Archives pour la catégorie truanderies politiciennes

[Moment rare] Interdit d’interdire : Olivier Berruyer et Jean-Michel Aphatie – Information ou propagande ?

Un échange rarissime, et intéressant, sur RT (forcément) (puisque c’est presque le dernier grand média libre du pays) :

On y parle des violences policières très mal couvertes par les gens comme Apathie, des critiques de l’UE et de l’euro pas couvertes non plus par Apathie et ses complices, de pluralisme de la presse en danger, du fléau de la traque gouvernementale aux opposants via les dernières lois comme celle sur les « fake news », et de la dérive autoritaire du régime Macron sous l’œil indifférent de des prétendus « journalistes » (incapables de dire du mal de Big Brother Macron et des ravages qu’il cause au pays).

On y parle d’Assange, de son emprisonnement pour avoir révélé des choses vraies, des protestations de l’ONU et des ONG contre les mauvais traitements qu’on lui inflige, et du silence de la presse française sur ce point (avec la technique fourbe de la page 27) : je trouve scandaleux le mépris assumé d’Apathie pour la torture du journaliste Julian Assange ; au moins, ici, c’est prouvé. Il y a des gens à qui le qualificatif d’ennemi du peuple va comme un gant (de fer).

On y parle aussi du RIC, outil démocratique par excellence dans un système de domination parlementaire : je trouve aussi scandaleuse l’incompétence crasse d’Apathie sur ce sujet, dont il ose pourtant parler avec aplomb un peu partout. Apathie essaie (deux fois) de se servir des controverses qu’il entretient lui-même sur Chouard comme épouvantail à moineaux pour détourner les regards du RIC ; mais Olivier esquive bien.

Apathie évoque même les ateliers constituants populaires (en soulignant qu’il aime beaucoup le droit constitutionnel), mais c’est pour les trouver absolument ridicules (sans le moindre argument bien sûr).

Merci à Frédéric Taddéi d’organiser des moments comme celui-là. Merci à Carla Costantini, surtout 🙂

Amitiés à tous.

N’oubliez pas de faire des ateliers constituants tous les jours, avec vos voisins, avec vos copains, avec vos frangins, avec vos cousins… Vous allez progressivement (et sans l’aide d’aucun chef) devenir tous très bons pour écrire le contrat de travail de vos représentants. Et, le moment voulu, c’est ça qui va tout changer.

Étienne.

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[APPAUVRISSEMENT général pendant que les ultra-riches se goinfrent] Scandale de NOTRE DÉSINDUSTRIALISATION, VOULUE ET IMPOSÉE depuis 40 ans par Pompidou (banquier) et ses successeurs, eux aussi vendus aux plus riches. Les gilets jaunes construisent déjà l’alternative : ateliers constituants, RICs sauvages…

Pierre Lévy, fondateur du journal Ruptures radicalement eurocritique, vient de publier sa troisième émission télévisée, « Le Point de Ruptures », et cette fois, nous avons travaillé sur le petit livre (très stimulant) de Pierre Vermeren, « La France qui déclasse. Les gilets jaunes, une jacquerie du 21e siècle » (Tallandier 2019).


https://www.tallandier.com/livre/la-france-qui-declasse/

Voici notre entretien :

Nous avons donc parlé de la scandaleuse désindustrialisation VOLONTAIRE (appauvrissement continu, régression historique, mise en dépendance dangereuse et non nécessaire) décidée sans débat public ni accord populaire — et sans aucune remise en cause malgré les innombrables résultats catastrophiques pour le pays.

Le livre de Pierre Vermuren propose un état des lieux tonique et documenté de quarante ans de ce j’appelle des « trahisons » et que l’auteur appelle « un gâchis ». Après que Pierre ait résumé le panorama (effrayant) des résultats (cataclysmiques) des politiques pensées et imposées par nos prétendues « élites » depuis 40 ans, sans avoir jamais eu aucune responsabilité à assumer, j’ai insisté sur les diableries du libre-échange et de la « dette publique » (qui sont dans l’ADN de l’UE), et de l’euro fort (qui est dans l’ADN de l’euro, comme autant d’instruments de torture des peuples et de « tiermondisation ».

Tous les pays qui ont appliqué le libre-échange (L-É) se sont ruinés.

Tous.

. Tous les pays développés se sont protégés.

Tous.

. Le L-É est une idéologie criminelle, toujours imposée par un empire à ses colonies.

. En Europe, l’Allemagne se comporte comme la tête de pont d’un empire, prédatrice et cruelle (voyez comme elle pille encore la Grèce), et la France se comporte comme une colonie, servile et rançonnée, dont les « élites » corrompues trahissent leur pays à tout propos.

. Partout sur terre, les multinationales martyrisent les pays colonisés, dirigés par des traîtres.

Je voulais signaler ici un livre très important : « Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres » d’Erik Reinert, avec une préface exceptionnelle (un vrai bon livre en soi) de Claude Rochet :


https://books.google.fr/books?id=nmHLDAAAQBAJ…..

Le livre de Pierre est un bon livre. Mais, j’en ai souligné une (grande) lacune, dans son évocation des gilets jaunes : pas un mot n’a été dit, alors que c’est une innovation historique et porteuse de grands espoirs inédits, de l’action révolutionnaire des gilets jaunes, avec leurs RICs SAUVAGES (déclenchés sans l’aide des élus) et leurs ateliers constituants (transformant des foules d’électeurs enfants en citoyens adultes), partout dans le pays.

Les gilets jaunes sont exemplaires, en ténacité, en volonté d’unité, et en créativité ; ils montrent le chemin de l’émancipation au reste de la population : nous sommes en train d’apprendre nous-mêmes à écrire nous-mêmes le contrat de travail de nos représentants (notre constitution en peuple digne de ce nom), et nous n’avons pas besoin de nos maîtres pour nous émanciper de la sorte.

Merci à tous pour votre soutien, très émouvant et très important : vous êtes pour moi comme une armure contre les mauvais coups des ennemis du peuple : nous sommes déjà en train de nous émanciper sans eux.

Restez unis.

Et continuez, inlassablement, à transformer les autres en constituants. On ne progresser que par éducation populaire, entre nous.

On grandit ensemble.

Étienne.

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https://ruptures-presse.fr/actu/troisieme-emission-point-ruptures-vermeren-chouard-levy/

Pour soutenir l’équipe de Ruptures, qui prépare chaque semaine un bon outil pour s’informer avec sérieux sur les responsabilités unioneuropéennes du désastre économique, politique et social que nous vivons tous, je conseille de s’abonner au journal :
https://ruptures-presse.fr/abonnement/

Le Point de Ruptures N°2 : que se cache-t-il derrière « le populisme » ?, avec Pierre Lévy et Pierre-Yves Rougeyron

À la suite des élections européennes, on parle ici « des populismes », mot important et positif utilisé comme une insulte par les démophobes, ennemis du peuple, d’abord au singulier pour dire « extrême droite et démagogue », puis mis au pluriel pour y fourrer « la gauche radicale ».

On parle aussi un peu des gilets jaunes constituants et des RICs SAUVAGES qui se multiplient un peu partout dans le pays :

[Important] L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine Orange, Mediapart

L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine ORANGE, Mediapart

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

« Officiellement, il ne s’agit que d’une motion de principe, sans autre portée. Mais cette motion a été votée à l’unanimité par la chambre des députés italienne le 28 mai. Et c’est cette unanimité qui inquiète d’abord nombre de responsables européens. Toutes tendances confondues, les députés ont approuvé le principe de créer des titres de paiement appelés mini-BOTs (Buoni ordinari del tesoro). Sorte de bons ordinaires du Trésor à court terme, ils sont censés pouvoir être utilisés pour payer les créances intérieures de l’État italien.

Tout de suite après le vote, le premier ministre Giuseppe Conte et le ministre des finances Giovanni Tria ont dit tout le mal qu’ils pensaient de cette initiative parlementaire, assurant que jamais ils n’auraient recours à de tels instruments. Mais ces annonces n’ont pas suffi à calmer le monde financier et les responsables européens. De nombreux analystes s’interrogent sur les intentions du gouvernement italien, dominé par le chef de la Ligue, Matteo Salvini. Va-t-il ou non utiliser ces nouveaux titres ? Ceux-ci pourraient-ils être assimilés à une monnaie parallèle, au risque de miner l’euro ?

La menace est prise tellement au sérieux que le président de la BCE, Mario Draghi, s’est senti obligé lors d’une conférence de presse du 6 juin de commenter cette initiative italienne, dans l’espoir de l’arrêter au plus vite. « Les mini-BOTs sont soit de la monnaie, alors ils sont illégaux, soit de la dette et alors l’endettement italien va encore augmenter. Je ne pense pas qu’il y ait une troisième possibilité », a-t-il expliqué. Signe de l’inquiétude grandissante, l’ancien vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, est à son tour intervenu pour essayer de tuer dans l’œuf l’idée italienne. « Ce genre de “bons” a déjà été expérimenté en Argentine ou en Autriche, dans les années 1930. Cela n’a jamais fonctionné »insiste-t-il, après avoir rappelé que ces instruments seraient contraires aux traités européens.

Le responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © ReutersLe responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © Reuters
 
C’est l’économiste Claudio Borghi, conseiller de la Ligue et maintenant président de la commission du budget de l’Assemblée nationale, qui est à l’origine de l’idée des mini-BOTs. Militant de longue date pour la sortie de l’euro, il ne parle plus depuis son élection – tout comme la Ligue, d’ailleurs – d’une sortie brutale de la monnaie unique. Trop dangereux. Mais marqué par la crise européenne et le traitement réservé à la Grèce, il a promu l’idée de créer des instruments de paiement qui pourraient permettre de redonner des marges de manœuvre économiques et budgétaires au gouvernement italien dans le cadre des traités existants, et servir de moyens alternatifs en cas de crise. Et, avec cette idée, la Ligue a convaincu son allié gouvernemental, le Mouvement Cinq Étoiles (M5S).

Selon le mécanisme imaginé par Borghi, les mini-BOTs seraient des titres de paiement – comme une sorte de reconnaissance de dette –, pouvant aller de 1 à 500 euros, émis par le Trésor italien pour faire face aux retards de paiement de l’État à l’égard de ses fournisseurs. L’État italien pourrait aussi les émettre comme des lettres de crédit pour les contribuables qui bénéficient de remboursement. Ces titres, sans limite de temps, seraient garantis par l’État, et pourraient être acceptés comme paiement pour les impôts. Les particuliers, en revanche, ne seraient pas obligés de les accepter.

Pour les deux alliés de la coalition gouvernementale, ce système aurait le mérite de permettre à l’Italie de sortir du carcan de l’austérité imposé par l’euro, sans enfreindre les traités européens. D’après leurs premières estimations, entre 50 et 100 milliards d’euros pourraient être émis sous la forme de mini-BOTs, ce qui permettrait, selon eux, de relancer l’économie.

Quelles sont les intentions réelles de Matteo Salvini ? Prépare-t-il sans le dire une sortie de l’euro ? Ou cherche-t-il avec les mini-BOTs à se donner un moyen de pression pour mieux négocier des marges de manœuvre avec Bruxelles ? À ce stade, personne ne sait répondre. Les responsables européens regardent en tout cas son initiative comme une menace susceptible d’ébranler tout l’édifice européen.

La Ligue et M5S se défendent aujourd’hui de toute volonté de sortir de l’euro, en utilisant les mini-BOTs. Pour le responsable de M5S, Luigi Di Maio, il s’agit juste d’une idée pour payer les arriérés dus par l’État. « Si c’est une proposition pour accélérer le paiement des dettes commerciales de l’administration publique, discutons-en », dit-il. Depuis la crise, de nombreuses PME accusent l’État de les avoir mises en difficulté, faute de payer à temps ses factures.Mais pour les détracteurs de ce projet, les mini-BOTs sont bien plus qu’un moyen de sécuriser la dette existante : ils constituent une menace de monnaie parallèle. Comment empêcher en fait que ces titres ne deviennent pas des titres de paiement pour les transactions courantes entre particuliers ?

Le risque de voir les mini-BOTs se transformer en une monnaie parallèle à l’euro est d’autant plus grand que la Ligue met tout en œuvre pour créer cette confusion. En début d’année, elle a fait adopter une disposition législative pour rappeler que l’or déposé à la Banque d’Italie appartient bien à l’État. Elle aimerait aussi donner aux titres émis l’aspect de billets, en reprenant certains modèles de la lire, ce qui confirmerait son statut de monnaie.

Insensiblement, le gouvernement italien est ainsi en train de mettre en place, à travers le Trésor public, les moyens pour créer une sorte de banque centrale autonome du système de l’euro, susceptible d’émettre sa propre monnaie et de la garantir. Dès lors, la BCE, qui est garante de l’émission et du contrôle de la monnaie, perdrait tout contrôle sur une partie des émissions en euros. Au risque de saper toute la crédibilité de la monnaie européenne.

Monnaie ou dette ?

Le deuxième risque, aux yeux des responsables européens, est que le gouvernement italien utilise les mini-BOTs pour s’affranchir de toute discipline budgétaire. Ces titres, préviennent-ils, ne pourraient être assimilés qu’à des instruments de dette et donc contribuer à la dette totale de l’Italie, déjà énorme : 133 % du PIB.

Surtout, insistent-ils, si les contribuables paient leurs impôts avec des mini-BOTs, cela ne pourrait que diminuer les revenus de l’État italien en euros et poser des questions sur sa capacité à honorer le service de sa dette à l’extérieur. Ce doute, à terme, risque de porter atteinte à la signature de l’Italie et plus généralement de la zone euro, voire de relancer une crise, préviennent-ils. Sur les marchés financiers, le spread (différence) entre les taux italiens et les taux allemands, qui servent de référence sur le marché obligataire de la zone euro, est déjà de plus de 2,5 %.

La défiance des responsables européens à l’égard du gouvernement italien est totale. Et les critiques fusent. « Quand nous examinons l’économie italienne, nous voyons les dommages causés par les choix politiques récents. Le chemin pour le redressement et la croissance italienne ne passe pas par dépenser plus quand il n’y a pas les marges de manœuvre financière pour le faire »dit Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne. 

Pour la troisième fois depuis 2008, l’Italie est en récession. Faute d’activité et de rentrées suffisantes, l’État italien a le plus grand mal à tenir ses engagements budgétaires : le déficit pourrait atteindre 2,5 % au lieu des 2 % prévus, selon les calculs européens. Il y a quinze jours, la Commission européenne a engagé les premières étapes pour déclencher une nouvelle procédure pour déficit excessif contre Rome. Elle considère que le gouvernement ne prend pas les mesures suffisantes pour stabiliser sa situation économique et financière et réduire son endettement.

Le ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © ReutersLe ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © Reuters

Même si le premier ministre réaffirme sa volonté de s’en tenir strictement aux cadres imposés par la Commission européenne – il a menacé de démissionner la semaine dernière s’il ne parvenait pas à un accord gouvernemental sur ce point –, la Ligue conteste de plus en plus ouvertement les règles et les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles. « Nous ne sommes pas la Grèce. Nous sommes des contributeurs nets au budget européen. Nous avons un excédent commercial, nous avons un budget primaire [avant service de la dette – ndlr] excédentaire. Nous ne demandons rien à personne. Et nous sommes en meilleure forme que la France », s’indigne Claudio Borghi, qui aimerait voir les mini-BOTs entrer en action au plus vite.

Alors que le ton est déjà monté très haut entre Rome et Bruxelles, il pourrait monter encore plus haut à partir de septembre, au moment des négociations sur le budget de 2020. La Ligue a déjà fait savoir qu’il était hors de question de respecter les règles européennes et d’appliquer des mesures d’austérité et de consolidation budgétaire alors que le pays est en pleine récession. « Je ne vais pas me suicider pour des règles imbéciles. Tant que le chômage n’est pas tombé à 5 %, nous avons le droit d’investir. Nous avons des régions où le chômage des jeunes est supérieur à 50 % », a déclaré Matteo Salvini devant un auditoire de la Ligue tout acquis à sa cause.

Le leader du parti d’extrême droite souhaite imposer dans le cadre du prochain budget une forte diminution des impôts, notamment pour les plus aisés, pour relancer l’activité. Cela pourrait peut-être à très court terme faire remonter la croissance italienne. Mais les effets de ces mesures retombent comme un soufflé, comme le prouve l’amnistie fiscale décrétée par Donald Trump. Dix-huit mois plus tard, il n’y a plus rien sauf des dettes supplémentaires. Les réductions fiscales pourraient coûter à l’Italie 1 % à 2 % d’endettement supplémentaire, selon de premières estimations.

Tout cela est impensable pour la Commission européenne. Pour elle, il faut s’en tenir aux règles, rien qu’aux règles. Mais derrière son opposition à la politique d’extrême droite de Matteo Salvini se cache aussi un déni à l’égard de l’Italie. À aucun moment, Bruxelles n’a voulu admettre les critiques et encore moins apporter le moindre remède à une construction de la zone euro mal faite qui s’est traduite par un effondrement économique de l’Italie.

Depuis son entrée dans l’euro, le pays stagne. Il n’a pas retrouvé aujourd’hui son niveau d’activité de 2007. Des régions entières dans le sud sont sinistrées. Son système bancaire est miné par les mauvaises créances et les impayés. Même s’il respecte nombre de règles européennes, comme celle portant sur le déficit budgétaire depuis 2005, il n’est pas parvenu à reconstituer les ressources suffisantes pour relancer son économie et diminuer son endettement.

Face à cette situation, l’Europe s’en est sortie jusqu’à présent en invoquant « l’irresponsabilité » italienne. Sans se poser la moindre question sur son action et ses conséquences. Car la montée en puissance de l’extrême droite et de Matteo Salvini se nourrit de ce terreau de désastre économique. De cela non plus, les responsables européens ne se sont pas excusés.

La situation est arrivée à un tel point de tension avec Rome que Bruxelles devrait cependant s’interroger sur les réponses à apporter à l’Italie. Car cette fois, l’Europe risque de ne pas pouvoir retenter un coup d’État larvé, comme elle l’a fait au sommet de Cannes de 2011 pour écarter Silvio Berlusconi du pouvoir. Cette fois, l’extrême droite italienne s’est dotée de moyens de riposte.

Car dans ce bras de fer, les mini-BOTs prennent l’allure d’une arme de dissuasion massive, tant leur charge représente un caractère détonant pour l’ensemble de la zone euro. « L’Union européenne devrait agir avec précaution […], le danger est que plus Salvini se trouve politiquement “cornérisé”, plus il risque de recourir à cet instrument. Et quand il le fera, la crise de l’Eurozone resurgira. Et cette fois, la BCE pourrait ne pas être capable de venir à la rescousse »avertit Wolfgang Münchau, éditorialiste du Financial Times.

L’enchaînement, qui pourrait conduire à une nouvelle crise, n’est pas assuré. Mais les risques sont bien là. À tout moment, l’Europe pourrait voir resurgir la crise qui n’a pas été traitée, mais seulement anesthésiée grâce à la politique monétaire de la BCE. Et cette fois, le danger est plus pressant. L’Italie n’est pas la Grèce : c’est la troisième puissance économique de l’Europe.

Martine Orange, Mediapart.

https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

[Entretien TED historique, à ne pas oublier et à faire connaître partout] Julian Assange : pourquoi le monde a besoin de WikiLeaks

À écouter plusieurs fois, dont une fois le crayon à la main, pour apprécier, goûter, la pensée, l’action, le courage, la voix, le regard, le sourire, et finalement l’importance de ce journaliste exemplaire.
Penser à activer les sous-titres français, puis penser à les retirer pour se concentrer sur l’image et sur le son original)

Un nouveau VOYAGE À LONDRES (pour soutenir Julian) est prévu le 12 juin :

https://yurplan.com/event/Soutien-Julian-Assange-le-12-06-2019-a-Londres/44517?fbclid=IwAR22DjEO56u1IBuvLVuU2jS-N9iLINUmYkYe-mVrgxoVs78KCu1rtfBHJEs#/

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Après les élections européennes : entretien avec Coralie Delaume et Pierre Levy (Ruptures Presse)

 

Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes

https://ruptures-presse.fr/actu/video-ruptures-point-europeennes/

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Jeudi Chouard #12, 30 mai 2019 : FRANC CFA et GBAGBO – L’exemple africain pour comprendre quelques rouages importants de l’asservissement des peuples (et pour organiser la résistance partout sur terre) ; avec Nicolas AGBOHOU, Bernard HOUDIN et François MATTEI

Chers amis,

Comme vous le savez, je travaille depuis quinze ans principalement sur trois chantiers : la démocratie (nécessairement instituée par les peuples eux-mêmes), la monnaie (nécessairement sous contrôle citoyen) et l’Union européenne (prison marchande 2.0 dont il faudrait s’échapper au plus vite).

Ce sont les deux premiers chantiers (droit des peuples à décider d’eux-mêmes et asservissement par le contrôle de la monnaie – et par la dette) que je vous propose de travailler ce soir, avec deux grands scandales à l’étranger : le franc CFA, encore imposé par la France à 14 pays africains et le coup d’État français contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Vous allez voir que ces deux coups de force perpétrés à l’étranger, à l’aide d’une puissante corruption politicienne, poussent à réfléchir…

[Édit : voici la vidéo :

(2 juin) ÉC]

Ce soir, jeudi 30 mai 2019, à 20h, je recevrai sur Sud radio, en direct :

1) Nicolas AGBOHOU, qui a écrit « Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique » (éditions Solidarité mondiale, sept. 2012) :


https://www.sangonet.com/Promoa/CFA-EuroAfri.html

Pour Jean ZIEGLER (écrivain et Professeur à l’Université de Genève en Suisse) :

 » Nicolas AGBOHOU [docteur en économie politique] a écrit un livre de révolte, intelligent et puissant. Livre d’économiste d’abord. En homme de science, érudit et précis. L’auteur démontre le mécanisme de la répression monétaire des anciennes colonies de la France. Le maintien du Franc CFA, en d’autres termes : la camisole de force des pays africains enserrés dans la zone franc, est pour lui la première cause de la persistante misère, de l’humiliation permanente, du sous-développement devenu réalité minérale des pays d’Afrique francophone…

Nicolas AGBOHOU défend sa thèse avec un langage vif, tranché et une foule d’arguments logiques et d’énoncés pertinents. Il est le contraire de ces scientifiques désincarnés et mornes qui, usant de leur érudition, énoncent des évidences, puis éteignent la lumière et sortent du champ de bataille. AGBOHOU est Africain, passionnément. C’est un patriote continental. Un homme en révolte. Bref : un intellectuel engagé au service des luttes populaires et des lumières à venir.

AGBOHOU appelle donc à la renaissance, à la revitalisation des mémoires, à l’insurrection des consciences. Quelles humiliations ne subissent-ils pas, les Africaines et Africains de cette fin de millénaire !

Ce livre est nécessaire. Il faut le diffuser largement et le lire avec attention. « 


2) Bernard HOUDIN qui a écrit « GBAGBO, un homme, un destin » (éditions Max Milo, déc. 2018) :


https://www.maxmilo.com/produit/gbagbo-un-homme-un-destin/

En 2000, à la surprise générale, l’opposant Laurent Gbagbo gagne les élections en Côte d’Ivoire, vitrine de la « Françafrique » depuis l’époque d’Houphouët-Boigny.
Cette victoire historique et démocratique ne va pas être « acceptée » par l’ex-puissance coloniale. Au prix d’une intervention militaire, le 11 avril 2011, Nicolas Sarkozy va installer au pouvoir Alassane Ouattara et orchestrer, avec Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), le transfert de Laurent Gbagbo à La Haye.

Après sept ans de détention et trois ans de procès au cours duquel sont apparues au grand jour les manipulations et errances de la justice internationale, l’heure de la vérité a sonné. S’appuyant sur des documents confidentiels, en particulier entre les autorités françaises et la CPI, l’auteur franco-ivoirien retrace la vraie histoire de ce combat sans merci pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire.


et 3) François MATTEI, qui a écrit, avec Laurent Gbagbo lui-même, « LIBRE, pour la vérité et la justice » (éditions Max Milo, nov. 2018)


https://www.maxmilo.com/produit/libre/

Chassé du pouvoir manu militari par l’armée française le 11 avril 2011, à l’issue de l’élection présidentielle contestée de novembre 2010 en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a été accusé de crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye le 5 décembre 2011.

Ce livre, écrit à partir de 2012, grâce à de très nombreuses visites et entretiens en prison, est le seul à avoir été réalisé avec la participation du président ivoirien pendant son incarcération et son procès.

Ce témoignage unique apparaît plus que jamais comme un document pour l’histoire, parce qu’il met en lumière les manipulations du scrutin de 2010, les connivences entre la France de Nicolas Sarkozy et la CPI pour se débarrasser de Laurent Gbagbo, jusqu’aux montages et manœuvres dilatoires qui ont entaché « le Gbagbogate ».

À l’occasion de nouvelles rencontres avec François Mattei, Laurent Gbagbo revient sur ses sept années de prison, en donne le sens et dévoile sa vision de l’avenir. Celle, quoi qu’il arrive, d’un homme libre.


Pour vous préparer à cette soirée, je vous propose de voir les quelques documents suivants :

– ITV (août 2017) de Nicolas Agbohou sur Africa 24 :

– ITV (fév 2019) de Bernard Houdin sur TV5 Monde Afrique :

https://afrique.tv5monde.com/videos/magazines/et-si-vous-me-disiez-toute-la-verite/season-2018-2019/episode-21-2

– ITV (fin mai 2019) de Bernard Houdin par Michel Collon (passionnant) :

– ITV (janv 2019) de Bernard Houdin sur L’Opinion :

– ITV radio de Bernard Houdin sur Abidjan TV :

– ITV (janv 2019) de Francois Mattei sur Sputnik :

– ITV passionnante (janv 2019) de Francois Mattei par Bercoff sur Sud radio :

https://www.sudradio.fr/monde/francois-mattei-laurent-gbagbo-est-un-vrai-democrate


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Très intéressante enquête sur la prison des peuples européens : « ON A INFILTRÉ LA COMMISSION EUROPÉENNE »

 

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Jeudi Chouard #11, 23 mai 2019, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l »UPR et Joël Périchaud du Pardem

Ce Jeudi Chouard #11, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l’UPR et Joël Périchaud du Pardem, pour étudier les LIENS entre la prison européenne et nos difficultés quotidiennes : on a parlé des détestables et criminelles GOPÉ, Grandes Orientations des Politiques Économiques européennes.

. Voici la première heure, intitulée « y’a du peuple. Seul contre tous » #11 le 23 mai 2019, où l’on parle de la liberté d’informer puis de la DÉSINDEXATION DES RETRAITES PAR DES DÉPUTÉS QUI SE SONT BIEN ARRANGÉS POUR NE RIEN CRAINDRE POUR LEUR PROPRE RETRAITE :

. Et les trois heures suivantes, intitulées « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » #11, le 23 mai 2019, où l’on parle des arguments soit pour élire soit pour s’abstenir (ou boycotter), puis où l’on parle des GOPÉ.

Et où je découvre que réguler les prises de parole, c’est un métier 🙂 J’ai plusieurs fois eu l’impression de revivre l’émission « droit de réponse » d’autrefois, avec ses chahuts mais bien vivants, à l’époque où il passait parfois des choses intéressantes à la télévision.

Peut-être cette émission-ci a-t-elle été trop politicienne, pardon, et dans doute aurais-je dû inviter un militant FI et deux GJ pour expliquer leur projet de listes GJ. À y réfléchir après-coup, je m’en veux de ces oublis, pardon :

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Disqualifier pour mieux dominer : LE COMPLOT DES ANTICOMPLOTISTES

[Rappel d’un papier IMPORTANT de Frédéric Lordon,
dans Le Monde diplomatique, en octobre 2017]

Disqualifier pour mieux dominer :
LE COMPLOT(ISME) DE L’ANTICOMPLOTISME

L’image est familière : en haut, des gens responsables se soucient du rationnel, du possible, du raisonnable, tandis que ceux d’en bas, constamment ingrats, imputent à leurs dirigeants une série de malveillances. Mais l’obsession du complot ne relève-t-elle pas plutôt des strates les plus élevées de la société ? Les journalistes reprenant les idées du pouvoir privilégient eux aussi cette hantise.

Après « réforme », « moderne » et « logiciel » (« en changer »), « complotisme » est en train de devenir le nouvel indice du crétin, le marqueur qui situe immanquablement son homme. Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter.

Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications. Comme un premier mouvement de panique, « antisémitisme » a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute critique du capitalisme ou des médias (1). Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe atomique s’il s’agit simplement d’éteindre un départ de feu. C’est que par définition on ne peut pas se livrer à un usage ordinaire et à répétition de la munition maximale, sauf à lui faire perdre rapidement toute efficacité. Ses usages tendanciellement grotesques soulignant son ignominie de principe, le procédé a fatalement entraîné l’autodisqualification de la disqualification.

Supposé moins couvrir ses propres utilisateurs de honte et mieux calibré pour l’arrosage extensif, susceptible par là d’être rapatrié dans le domaine du commentaire ordinaire, le « complotisme » est ainsi devenu le nouveau lieu de la bêtise journalistique — et de ses dépendances, philosophe dérisoire ou sociologue de service. Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples.

D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées…

Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité. « Vouloir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugements faux et n’interprètent pas tout de travers, écrivait il y a déjà longtemps Spinoza, c’est le comble de la stupidité (2). »

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de comprendre le mécanisme qui fait voir des complots partout, il y a lieu symétriquement de comprendre celui qui fait voir du complotisme partout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspirationnistes ni l’intention disqualificatrice, quoique massive, ne rendent entièrement compte de l’obsession non pas pour les complots, mais pour les complotistes — un complotisme anticomplotiste, si l’on veut… Si cette nouvelle idée fixe trouve si bien à prospérer, c’est aussi parce qu’elle trouve une profonde ressource dans des formes de pensée spontanées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des dominants, dont les journalistes, qui aux étages inférieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbibés comme par un fatal dégât des eaux.

La paranoïa des puissants

C’est que, par construction, être un dominant, c’est participer à des jeux de pouvoir, être immergé dans leurs luttes, en vivre toutes les tensions, et notamment l’impérieuse obligation de la vigilance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stratégies et contre-stratégies pour conserver ou bien développer ses positions de pouvoir. En réalité, dans ses strates les plus hautes, la division fonctionnelle du travail est inévitablement doublée par une division du pouvoir… la seconde ayant pour propriété de vampiriser la première : les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir.

Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante. On rêverait de pouvoir observer les journées d’un patron de chaîne, d’un directeur de journal, d’un cadre dirigeant, d’un haut fonctionnaire, d’un magistrat ou d’un mandarin universitaire louchant vers le ministère, pour y chronométrer, par une sorte de taylorisme retourné à l’envoyeur, les parts de son temps respectivement consacrées à remplir la fonction et à maintenir la position. La pathétique vérité des organisations peut conduire jusqu’à cette extrémité, en fait fréquemment atteinte, où un dirigeant pourra préférer attenter aux intérêts généraux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une opposition interne inquiétante ou d’obtenir la faveur décisive de son suzerain — et il y a dans ces divisions duales, celle du travail et celle du pouvoir, une source trop méconnue de la dysfonctionnalité essentielle des institutions.

La logique même du pouvoir, dont la conquête et la conservation sont immédiatement affaire d’entreprise décidée, voue par construction les hommes de pouvoir à occuper alternativement les deux versants du complot : tantôt comploteurs, tantôt complotistes.

En réalité, le complot est leur élément même, soit qu’ils s’affairent à en élaborer pour parvenir, soit que, parvenus, ils commencent à en voir partout qui pourraient les faire sauter. On n’imagine pas à quel degré la forme complot imprègne la pensée des puissants, jusqu’à la saturer entièrement. Leur monde mental n’est qu’un gigantesque Kriegspiel. La carte du théâtre des opérations est en permanence sous leurs yeux, leurs antennes constamment déployées pour avoir connaissance du dernier mouvement, leur énergie mentale engloutie par la pensée du coup d’avance, leur temps colonisé par le constant travail des alliances à nouer ou à consolider. Bien davantage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habiter le monde violent des dominants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr passeport pour le complotisme. Le pire étant que, pour un homme de pouvoir, la paranoïa n’est pas une pathologie adventice : elle est un devoir bien fondé. La question constante de l’homme de pouvoir, c’est bien : « Qu’est-ce qui se trame ? »

Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège (3) » — c’est en effet très différent.

Sans doute y a-t-il une forme d’injustice à ce que, de cet effet projectif, ce soient les journalistes ou les publicistes, dominés des dominants, qui portent cependant l’essentiel du poids de ridicule. Car les dominants eux-mêmes lâchent rarement le fond de leur pensée : leur sauvagerie la rend imprésentable, et puis ce sont toujours des schèmes complotistes particuliers qu’il y aurait à y lire : « celui-ci me monte une cabale », « ceux-là m’orchestrent un coup », etc. Ironiquement, ce sont donc des agents simplement satellites des plus hauts lieux de pouvoir, donc moins directement engagés dans leurs paranoïas, qui vont se charger de faire passer les schèmes complotistes particuliers au stade de la généralité, puis de les verbaliser comme tels, mais bien sûr toujours selon le mouvement d’extériorisation qui consiste à les prêter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pensée complotiste passe ainsi de ceux qu’elle habite en première instance à ceux qui racontent leur histoire. D’abord parce que les journalistes politiques se sont définitivement abîmés dans les « coulisses », les « arcanes » et le « dessous des cartes », manière ostentatoire de faire savoir qu’« ils en sont », mais surtout perspective qui emporte nécessairement la forme complot. Ensuite parce que la fréquentation assidue de leurs « sujets » se prête idéalement à la communication et au partage des formes élémentaires de la pensée, si bien que l’inconscient complotiste est peu ou prou devenu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre directement en œuvre dans leurs propres manœuvres institutionnelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de passer dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bruno Roger-Petit, qui aurait furieusement nié toute action concertée au sein de l’univers des médias pour faire aboutir la candidature Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services officiellement récompensés. C’est donc très logiquement qu’il n’a pas cessé avant d’être nommé porte-parole de l’Élysée de dénoncer comme complotiste toute lecture de l’élection comme synarchie financière et médiatique : c’était une pure chevauchée politique.

De la croisade anticomplotiste à l’éradication de la fake news (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un « décodeur » du Monde.fr au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anticomplotistes ?

Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un « effet de milieu », plus complexe et plus diffus. Pas moins puissant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une perception simple. Un milieu sécrète ses formes de pensée. La forme de pensée médiatique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pensées individuelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de : 1) l’adhésion globale à l’ordre social du moment, 2) l’hostilité réflexe à toute critique radicale de cet ordre, 3) la réduction à une posture défensive dans un contexte de contestation croissante, la pénurie de contre-arguments sérieux ne laissant plus que la ressource de la disqualification, 4) la croisade anticomplotiste comme motif particulier de la disqualification, répandu par émulation, dans les couches basses du pouvoir médiatique, du schème éradicateur développé comme mauvaise conscience projective dans les couches hautes — un effet de « ruissellement », si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte.

En résumé, on commence par entendre pendant des années des « BHL » et des Jean-Michel Aphatie, et puis, par lente imprégnation, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique Les décodeurs du Monde.fr, d’autant plus pernicieux qu’on a affaire, comme on dit à Marseille, à « un innocent ».

Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas Les décodeurs par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes. Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

Il est vrai que, manifestation canonique de l’« innocence », les journalistes vivent dans la parfaite inconscience subjective de leur fonctionnalité objective, où leur dénégation prend tous les accents de la sincérité. Le fait est là pourtant, et le schème du retournement, qui prête au peuple des tendances paranoïaques en réalité partout présentes dans l’univers des dominants, n’en prend que plus de force.

Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : couvrir projectivement le peuple révolté de monstruosité est une opération vieille comme la presse ancillaire — qu’on se souvienne des hauts faits de la presse versaillaise pendant la Commune ou de ceux de la presse bourgeoise russe relatant la prise du Palais d’hiver. La croisade médiatique contemporaine contre la fake news aura du mal à recouvrir que la presse elle-même est le lieu le plus autorisé de mise en circulation de fake news (4) — ceci expliquant cela ? Au milieu d’un océan : Le Monde rapporte sans un battement de cil ni le moindre commentaire le propos, cet été, d’un « responsable macroniste » inquiet : « Les Français ont l’impression qu’on fait une politique de droite (5). » Quelques jours auparavant, le Financial Times rencontrait le premier ministre Édouard Philippe (6) : « Lorsqu’on [lui] suggère que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : “Vous vous attendiez à quoi ?” »

Frédéric Lordon

Économiste et philosophe. Dernier ouvrage paru : Les Affects de la politique, Seuil, Paris, 2016.

Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Le complot des anticomplotistes »

(1) Cf. typiquement Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde, 2 avril 2004.

(2) Lire « Conspirationnisme, la paille et la poutre », La pompe à phynance, 24 août 2012, et le dossier « Vous avez dit « complot » ? », Le Monde diplomatique, juin 2015.

(3) « Affaire DSK : Cambadélis ne croit pas à “la théorie du complot” », n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.

(4) Lire Pierre Rimbert, « Les chauffards du bobard », Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, « Le voyage en Grèce de Macron raconté par Le Monde ? Tout est faux ! », blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017.

(5) Solenn de Royer, « Après un mois de juillet difficile, Macron veut reprendre la main », Le Monde, 28 juillet 2017.

(6) « French centre-right premier says he is at ease with Macron agenda », Financial Times, Londres, 11 juillet 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/LORDON/57960

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Jean Bricmont analyse ici l’UE et les élections européennes, en s’appuyant sur les livres de Coralie Delaume, David Cayla et Olivier Delorme

Jean Bricmont étudie le projet profondément antidémocratique et antisocial appelé « Union Européenne » :

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JUSQU’OÙ IRONT LES GILETS JAUNES ? Entretien avec François Boulo et les jeunes étudiants en Sciences politiques de la Critique de la Raison Européenne

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même (Caitlin Johnstone, sur Le Grand Soir)

Pour être à l’heure à Paris ce soir chez @Sud radio avec Didier Maisto pour ce prochain Jeudi Chouard (émission qui sera avec Michel Collon, précisément sur la diabolisation des opposants politiques), je reviens vite de Londres, où j’ai retrouvé 80 gilets jaunes français venus comme moi par la route dans la nuit pour défendre Julian Assange, journaliste lanceur d’alerte qui va être déporté vers un camp de torture de l’empire américain (qui l’ordonne à sa colonie anglaise).

Je profite de cet événement dramatique (la déportation d’un journaliste vers la torture par la patrie même qui a inventé et défendu le libre journalisme comme contre-pouvoir fondateur de la liberté) pour rappeler un texte important, à connaître et à faire connaître : à dupliquer et à distribuer et à afficher, dans votre entreprise, dans votre salon, dans toutes les stations de bus et de métro, etc..

Bon courage à tous et merci pour ce que vous faites pour le bonheur et pour la liberté.

Étienne.

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même

Caitlin JOHNSTONE

La mère de Julian Assange a rapporté hier que le fondateur de WikiLeaks n’a pas été autorisé à recevoir de visiteurs pendant sa détention à la prison de Belmarsh, y compris des médecins et ses avocats. Les médecins qui ont visité Assange à l’ambassade de l’Équateur ont attesté qu’il avait un besoin urgent de soins médicaux. Belmarsh est une prison de haute sécurité, parfois appelée le « Guantanamo Bay du Royaume-Uni ».

Et pourtant, on nous demande de croire que cela a quelque chose à voir avec une prétendue violation de la liberté sous caution et une demande d’extradition US pour des crimes informatiques présumés passibles d’une peine maximale de cinq ans. Si vous faites un zoom arrière et écoutez les bavardages moins éclairés des propagandistes et des consommateurs des médias de masse occidentaux, vous constaterez aussi que les gens croient que cela aurait quelque chose à voir avec la Russie et des accusations de viol.

En fait, rien de tout cela n’est vrai. Assange est emprisonné dans des conditions draconiennes pour son journalisme, et uniquement pour son journalisme. L’administration Obama s’est abstenue de le poursuivre après la publication des fuites de Manning par WikiLeaks, craignant que cela ne mette en danger la liberté de la presse, et l’administration Obama n’avait pas plus de preuves à sa disposition que l’administration Trump n’en a aujourd’hui. Le « crime » dont est accusé Assange n’est rien d’autre que les pratiques journalistiques habituelles des journalistes d’investigation, y compris la protection des sources et l’encouragement de ces dernières à obtenir davantage de matériel. La seule chose qui a changé, c’est que la Maison-Blanche est de plus en plus disposée à poursuivre les journalistes qui pratiquent le journalisme, et il y a de nombreuses raisons de croire qu’une fois extradé aux Etats-Unis, il fera l’objet d’accusations beaucoup plus graves. Ils ne se donnent pas tout ce mal pour une violation de la liberté sous caution et une peine maximale de cinq ans.

Mais si vous faites encore un zoom arrière, dans le grand schéma des choses, cela n’a presque rien à voir avec Assange. Bien sûr, Assange a été une épine dans le pied de ceux qui dirigent l’alliance transnationale des puissances occidentales, et s’ils avaient le choix, ils préféreraient évidemment le voir en prison ou mort plutôt que libre et vivant. Mais ce n’est pas pour cela que les gens d’influence corrompus qui étranglent notre monde se démènent. Ils veulent s’emparer de quelque chose de beaucoup, beaucoup plus gros. Assange n’est qu’une étape sur cette voie.

Comme je l’ai déjà écrit, la persécution d’Assange vise en fait à créer un précédent juridique qui permettra au gouvernement US d’emprisonner des journalistes qui tenteraient de lui demander des comptes en faisant du journalisme. La raison pour laquelle vous voyez à présent l’expression « Assange n’est pas un journaliste » constamment bêlée partout dans le monde par les laquais de l’empire est qu’ils ont besoin d’un contre-narratif. Le fait indiscutable est que ce précédent constituera une menace pour les journalistes du monde entier, leur contre-argument est donc qu’Assange n’est pas un journaliste (ce ne sont que des conneries, soit-dit en passant), et que cela ne créera donc pas un précédent pour les journalistes. Comme si leur définition personnelle de ce qu’est un « vrai journaliste » sera la même que celle du gouvernement US pour déterminer s’il convient ou non de poursuivre quelqu’un pour des actes similaires à ceux d’Assange. La définition du journalisme selon le gouvernement US sera celle qui lui conviendra.

Mais pour avoir une vue d’ensemble de ce que ces salauds veulent faire, nous devons faire encore un zoom arrière.

Dans le roman de science-fiction Ender’s Game [La Stratégie Ender – NdT], le jeune protagoniste frappe violemment un autre garçon qui le tyrannisait, et le tue. Lorsque ses supérieurs lui demandent d’expliquer son geste, le garçon, qui a été élevé et formé pour devenir un savant stratégique, explique qu’il ne l’a pas fait par malice envers le tyran, ni même pour gagner le combat, mais pour gagner tous les combats futurs. Si les enfants à l’école voient de quelle sauvagerie il est capable et savent qu’il ne faut pas l’embêter, il n’aura plus jamais à combattre.

Si ça vous paraît un peu sociopathique, c’est parce que ça l’est. Et, avec la différence notable que les rôles du tyran et de la victime sont inversés, c’est exactement le principe que nous voyons être appliqué à Assange.

Le monde entier voit le traitement infligé à Assange. Peu importe à quel point votre cerveau est lavé, peu importe si vous détestez cet homme ou non, vous voyez. Et vous en tirez une leçon. Et cette leçon est la suivante : si vous faites quelque chose de similaire, vous subirez le même sort. C’est là le véritable objectif de la persécution d’Assange, et cela n’affecte pas seulement un éditeur australien enfermé dans une cellule britannique, ni même les journalistes d’investigation du monde entier qui sont intéressés à pratiquer l’art perdu de demander des comptes au pouvoir en faisant du journalisme, mais tous ceux qui consomment les médias.

Et ça marche. Je sais que ça marche parce que ça marche avec moi. Si vous avez des informations qui incriminent les personnes les plus puissantes du monde, je vous le dis tout net, gardez-les pour vous. Donnez-les à quelqu’un d’autre, littéralement à n’importe qui d’autre, parce que je suis moi-même beaucoup trop lâche et j’ai beaucoup trop à perdre en m’impliquant dans tout ce qui pourrait me conduire à pourrir dans une cellule de prison à l’étranger. J’ai des enfants. Je suis amoureuse. Je ne peux pas et ne veux pas m’engager dans cette voie. Et si c’est vrai pour moi, je sais avec certitude que c’est vrai aussi pour d’innombrables autres. Ils ont brutalisé les lanceurs d’alerte au point que cela a certainement eu un effet dissuasif sur ceux qui, autrement, pourraient devenir des sources de fuites importantes. Et maintenant, ils brutalisent aussi les journalistes qui publient ces fuites. Les chances qu’une personne prête à dénoncer un pouvoir rencontre un journaliste disposé à l’aider tendent rapidement vers zéro.

Ils essaient de gagner ce combat contre Assange d’une manière brutale pour s’assurer qu’ils gagneront tous les combats futurs.

C’est pourquoi il est absolument stupide qu’une conversation se focalise sur Assange, l’homme, que ce soit pour en dire du mal ou du bien.

L’autre jour, j’ai publié un méga-article attaquant les principales calomnies que j’ai relevées sur Assange. Il y en a 27 au total jusqu’à présent, et j’en ajouterai bientôt d’autres. Cette montagne de calomnies existe parce qu’au lieu de prêter attention aux dangers qui façonnent le monde et qui menacent de rendre impossible toute opposition aux dirigeants de l’empire US qui nous entraînent vers l’extinction ou la dystopie, les gens parlent de la personnalité d’Assange, s’il a nettoyé ou non la litière de son chat à l’ambassade .

Le revers de la médaille, ce sont les gens qui se fixent sur Assange en tant que héros, ce qui peut bien sûr aider à attirer l’attention sur son sort et donc présenter un certain avantage, mais en fin de compte, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. C’est beaucoup, beaucoup plus grand qu’Assange, et nous devons nous y opposer pour des raisons qui sont beaucoup, beaucoup plus importantes que le caractère d’un homme qui, selon ce que nous aurions lu, serait sympathique ou non.

Ne perdez jamais de vue ceci : l’intimidation des lanceurs d’alerte et des éditeurs menace d’éradiquer la vérité sur les comportements de notre espèce, abandonnant ainsi notre destin aux caprices des plus puissants. Les personnes les plus puissantes sont celles qui se consacrent le plus à la recherche du pouvoir, celles qui sont assez sociopathes pour marcher sur la tête de n’importe qui et faire tout ce qu’il faut pour obtenir le plus de contrôle possible sur le plus d’êtres humains possible. Si nous permettons à la vérité d’être intimidée et réduite au silence, c’est à eux que nous confierons les commandes de notre monde.

Et ne perdez jamais de vue ceci non plus : avec l’emprisonnement et la persécution de Julian Assange, tous ces oppresseurs sociopathes se sont démasqués. Ils ont arraché le masque de Big Brother et révélé leurs âmes sombres. Si cet attachement soudain aux détails juridiques du protocole de mise en liberté sous caution et du protocole de protection des sources journalistiques ressemble en tous points à la persécution d’un journaliste pour avoir publié des faits, c’est parce que c’est exactement le cas. Ne laissez personne vous faire croire le contraire, et ne manquez pas cette occasion rare de montrer à vos semblables comment nos oppresseurs viennent de révéler leur véritable nature.

Caitlin Johnstone

Source : Le Grand Soir (site important à consulter souvent) :
https://www.legrandsoir.info/le-proces-de-julian-assange-est-infiniment-plus-grand-qu-assange-lui-meme.htmlq+

[Trahison des élites] mécanismes du VOL DES COMMUNS par nos prétendus « représentants »

Histoire des PRIVATISATIONS

On devrait arrêter de parler de « capitalisme » et préférer le mot CRAPULISME, comme conséquence cauchemardesque du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

NOTRE CAUSE COMMUNE, urgente et incandescente, c’est d’apprendre dès aujourd’hui à INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE POLITIQUE, pour résister enfin victorieusement aux parasites marchands (la classe oisive) qui ont pris le contrôles des sociétés humaines depuis 200 ans.

Le drapeau du grand bouleversement sera #CitoyensConstituants

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, sur Sud Radio : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? » avec Jean Bricmont et Ronald Mazzoleni

Plus que jamais en retard sur tout, je vous confirme le jour-même que la 6ème émission de « Jeudi Chouard, les citoyens constituants ont la parole », ce 18 avril 2109 à 20 h sur les chaînes Youtube et Facebook de Sud radio, sera consacrée à la question « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? », et que j’aurai le plaisir de recevoir deux chers amis belges : Jean Bricmont (physicien, grand connaisseur de Noam Chomsky et philosophe rigoureux sur la liberté d’expression) et Ronald Mazzoleni (commentateur passionnant du blog).

J’ai bon espoir de rédiger avec eux un bon article de constitution d’origine citoyenne sur ce point précis de la liberté d’expression des citoyens d’un pays démocratique.

J’espère qu’on pourra prendre quelques unes de vos questions (c’est vraiment difficile, quand il y a un invité, de s’en détacher).

Pendant la première heure (« Y’a du peuple, seul contre tous » à 19h), je serai avec Élisabeth Lévy, d’abord d’abord autour de l’actualité (on voit venir l’incendie de Notre Dame de Paris…), et ensuite autour de ce thème de l’importance d’une vraie liberté d’expression, aussi bien pour protéger les opposants et une presse pluraliste contre les pouvoirs politiques, que pour protéger les lanceurs d’alertes contre les pouvoirs économiques.

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.


Ressources, texes et citations utiles :

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 10
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Source : Conseil constitutionnel


Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, Article 11 – Liberté d’expression et d’information
1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.
2. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés.
https://fra.europa.eu/fr/charterpedia/article/11-liberte-dexpression-et-dinformation


« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré. » Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »


Pourquoi nous voulons abolir le délit d’opinion ?

La liberté d’expression est une valeur humaine dans sa liberté même de dire l’inhumain. Les opinions racistes, xénophobes, sexistes, sadiques, haineuses, méprisantes ont autant le droit de s’exprimer que les nationalismes, les croyances religieuses, les idéologies sectaires, les clans corporatistes qui les encouragent ouvertement ou sournoisement selon les fluctuations de l’ignominie démagogique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gayssot de 1992, s’en prennent au « puéril revers des choses » sans toucher aux causes. Elles exorcisent le mal au lieu de le prévenir et de le guérir. Elles substituent la sanction à l’éducation. Ce ne sont pas les propos qui doivent être condamnés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les discours ignominieux du populisme qui doivent faire l’objet de poursuites ‐ sans quoi il faudrait dénoncer aussi leur imprégnation sournoise et leur présence masquée dans les déclarations démagogiques de la politique clientéliste et bien‐pensante ‐, ce sont les violences à l’encontre des biens et des personnes, perpétrées par les sectateurs de la barbarie.

Le sens commun montre qu’il est inconséquent d’interdire Mon Combat de Hitler, Bagatelles pour un massacre de Céline, les Protocoles des sages de Sion, ou les ouvrages révisionnistes, et de tolérer par ailleurs les propos misogynes de Paul de Tarse et du Coran, les diatribes antisémites de saint Jérôme et de Luther, un livre truffé d’infamies comme la Bible, l’exhibition complaisante des violences qui forment la matière ordinaire de l’information, l’affichage omniprésent du mensonge publicitaire et tant de contrevérités historiques, entérinées par l’histoire officielle. Mieux vaut ne pas l’oublier : une fois instaurée, la censure ne connaît pas de limites, car la purification éthique se nourrit de la corruption qu’elle dénonce.

On ne combat pas et on ne décourage pas la bêtise et l’ignominie en leur interdisant de s’exprimer : la meilleure critique d’un état de fait déplorable consiste à créer la situation qui y remédie. La bêtise, l’infamie, la pensée ignoble sont les sanies d’une sensibilité blessée.  Les empêcher de s’écouler, c’est envenimer la blessure au lieu d’en diagnostiquer les causes afin d’y porter remède. Si nous ne voulons pas qu’une aberration finisse par infecter le tissu social comme une tumeur maligne, nous devons la reconnaître pour ce qu’elle est  : le symptôme d’un malaise dans l’individu et dans la société.

Ce n’est pas le symptôme qui est condamnable, c’est notre peu
d’empressement à éradiquer des conditions qui propagent le prurit, l’abcès, la peste. Au souci d’écraser l’infâme, mieux vaut seconder le désir de vivre mieux ‐ c’est‐à‐dire plus humainement.

Raoul Vaneigem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.


Dans les États qui juxtaposent à la puissance législative des Chambres la possibilité de demandes populaires de référendums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’acquisition du pouvoir de prononcer le rejet ou l’adoption définitive des décisions parlementaires.

Du coup le Parlement se trouve ramené au rang de simple autorité : il ne représente plus la volonté générale que pour chercher et proposer l’expression qu’il convient de donner à celle-ci ; il ne remplit ainsi qu’office de fonctionnaire.

Le véritable souverain c’est alors le peuple.

Carré de Malberg, dans un article de 1931 « Référendum Initiative populaire », cité Dans « La démocratie locale et le référendum » de Marion Paoletti, chez l’Harmattan page 89.


La liberté de la presse, c’est la liberté pour la presse de ne pas être un métier.
Marx.


« Sous le gouvernement représentatif, surtout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de représentants, l’exercice de ce droit sacré [la libre communication des pensées entre les citoyens] est la seule sauvegarde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les représentants peuvent mettre leur volonté particulière à la place de la volonté générale, il est nécessaire que la voix de l’opinion publique retentisse sans cesse autour d’eux, pour balancer la puissance de l’intérêt personnel et les passions individuelles ; pour leur rappeler, et le but de leur mission et le principe de leur autorité.

Là, plus qu’ailleurs, la liberté de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de ramener le législateur à la règle unique de la législation. Si vous l’enchaînez, les représentants, déjà supérieurs à toute autorité, délivrés encore de la voix importune de ces censeurs, éternellement caressés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les propriétaires ou les usufruitiers paisibles de la fortune et des droits de la nation ; l’ombre même de la souveraineté disparaît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indestructible de toutes les tyrannies ; c’est alors qu’il est au moins difficile de contester la vérité de l’anathème foudroyant de Jean-Jacques Rousseau contre le gouvernement représentatif absolu. »

Robespierre, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, 17 juin 1792.


« Ou tu défends la liberté d’expression pour des opinions que tu détestes, ou tu ne la défends pas du tout. Même Hitler et Staline étaient ravis de défendre la liberté d’expression pour des idées qui leur convenaient. Voilà les enjeux essentiels. Pour pouvoir éluder ce débat, il y a toujours le flot de mensonges habituels. » Noam Chomsky


« Quant à la liberté de penser, on dit vrai dans une large mesure quand on dit que sans elle il n’y a pas de pensée. Mais il est plus vrai encore de dire que quand la pensée n’existe pas, elle n’est pas non plus libre. » Simone Weil.


« On mesure le degré de liberté d’une société non pas à la façon dont elle traite les bons citoyens, obéissants et conformistes mais à la façon dont elle traite ses dissidents et ceux qui résistent à l’orthodoxie. » Alexandre Astier.


« Il y a dans la Constitution du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait délicieux : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent. » (Article 9.) »
Catherine Baker, « Insoumission à l’école obligatoire » (1995), p22.


« La liberté n’est pas menacée seulement par les régimes totalitaires ou autoritaires. Elle l’est aussi, de manière plus cachée mais non moins forte, par l’atrophie du conflit et de la critique, l’expansion de l’amnésie et de l’irrelevance, l’incapacité croissante de mettre en question le présent et les institutions existantes. » Cornélius Castoriadis, « La « fin de la philosophie » ? », in Les Carrefours du labyrinthe.


« Le gouvernement représentatif devient bientôt le plus corrompu des gouvernements si le peuple cesse d’inspecter ses représentants.
Le problème des Français, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ainsi qu’on perd la liberté.
Il est vrai que cette confiance est infiniment commode : elle dispense du soin de veiller, de penser et de juger. »
Madame Rolland (1789), citée par Rosanvallon (2006, n°3, min. 2:37).


« Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis. Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. » Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir, aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. » Christopher Hill, « 1640 : la révolution anglaise » (1940).


« Il est donc incontestable, et c’est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donné des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir. » Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes » (1754).


Pour rester libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.

Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l’alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l’abîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tomber l’indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis.

Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition.

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »

Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.


« Le droit qu’ont les citoyens de s’assembler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’occuper de la chose publique, est inhérent à tout peuple libre.
Sans ce droit sacré, l’état est dissous, et le souverain est anéanti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se montrer en corps, il ne reste dans l’État que des individus isolés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéanti la souveraineté du peuple, tout en ayant l’air d’assurer la liberté individuelle. En Angleterre, toute assemblée paisible est licite : la loi ne défend que les attroupements séditieux. Voilà la liberté. »
Marat 16-17 août 1792.


« Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la vérité et je la chéris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vaincues d’aussi loin que je la vois approcher. Et, pourvu qu’on n’y procède pas avec l’air trop impérieux d’un maître d’école, je prête l’épaule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même souvent modifiés plus pour une raison de civilité que pour une raison d’amélioration, car j’aime à favoriser et à encourager la liberté de ceux qui me font des critiques par ma facilité à céder, même à mes dépens. Toutefois il est assurément difficile d’attirer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le courage de critiquer les autres parce qu’ils n’ont pas le courage de supporter de l’être, et ils parlent toujours avec dissimulation en présence les uns des autres. Je prends un si grand plaisir à être jugé et connu qu’il m’est pour ainsi dire indifférent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pensée se contredit elle-même si souvent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu principalement que je ne donne à sa critique que l’importance que je veux. »

Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1119.


« Nous n’apprenons à discuter que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en résulte que tout le profit de la discussion, c’est de ruiner et anéantir la vérité. » Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1121.


« Je hais la servitude comme la source de tous les maux du genre humain. Les tyrans et leurs flatteurs crient sans cesse : peuples, portez vos fers sans murmure car le premier des biens est le repos ; ils mentent : c’est la liberté. » Jean-Jacques Rousseau, « Fragment de lettre à Christophe de Beaumont », 1763.


« Vous n’avez plus de tête : on vous l’a coupée en vous coupant la parole, en vous volant les mots. La liberté, c’est d’avoir compris cela : qu’on va sans tête. Nous sommes enfumés, enfermés par nous-mêmes, et nous ne pouvons compter sur personne pour nous délivrer. Prison modèle où les gardiens sont les détenus eux-mêmes. » D’après Arnaud Upinsky et Marcel Jullian.


Attention ! Dans le texte suivant, la première partie est superbe, légendaire, une invitation à exercer librement son esprit critique, un pilier de la légende des Lumières. Mais ensuite, on comprend que cette liberté n’est prévue que pour les savants, en qualité de savant ! Pour ce qui concerne les autres, nous sommes apparemment condamnés à obéir servilement ! Donc, exerçons notre esprit critique… sur l’idéologie des Lumières elle-même…

——

Qu’est-ce que les Lumières ? (selon Emmanuel Kant)

1. La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui.

Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux.

Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité.

Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

[…]

4. Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l’esprit d’une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même.

Notons en particulier que le public qui avait été mis auparavant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se placer dessous, une fois qu’il a été incité à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs incapables eux-mêmes de toute lumière : tant il est préjudiciable d’inculquer des préjugés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers.

Aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux lumières. Une révolution peut bien entraîner une chute du despotisme personnel et de l’oppression intéressée ou ambitieuse, (cupide et autoritaire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de penser ; tout au contraire, de nouveaux préjugés surgiront qui serviront, aussi bien que les anciens de lisière à la grande masse privée de pensée.

5. […] Mais quelle limitation est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avantageuse ? – Je réponds : l’usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières. J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage privé celui qu’on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l’intérêt de la communauté un certain mécanisme qui est nécessaire et par le moyen duquel quelques membres de la communauté doivent se comporter passivement afin d’être tournés, par le gouvernement, grâce à une unanimité artificielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empêchés de détruire ces fins. Là il n’est donc pas permis de raisonner ; il s’agit d’obéir. Mais, qu’une pièce (élément) de la machine se présente en même temps comme membre d’une communauté, et même de la société civile universelle, en qualité de savant, qui, en s’appuyant sur son propre entendement, s’adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas raisonner, sans qu’en pâtissent les affaires auxquelles il est préposé partiellement en tant que membre passif. Il serait très dangereux qu’un officier à qui un ordre a été donné par son supérieur, voulût raisonner dans son service sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir.

Emmanuel Kant (1724-1804), « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784).


« Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » Mark Twain.


« Il y a des gens qui, à propos de certains problèmes, font preuve d’une grande tolérance. C’est souvent parce qu’ils s’en foutent. » Mark Twain.


« Et quand même tous les vents de la doctrine auraient libre cours sur Terre, si la Vérité est en lice, c’est lui faire injure que douter de sa force, en mettant en place censure et interdiction. Que la Fausseté s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Vérité ait le désavantage dans une rencontre libre et ouverte ? Aucune censure n’a le poids de sa réfutation. » John Milton, « Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure » (1644).


« Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. » Alexis de Tocqueville, « L’Ancien Régime et la Révolution », 1866 [décrivant honnêtement le fond de l’idéologie esclavagiste dite libérale].


Un dompteur de cirque parvient à dresser un éléphant en recourant à une technique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Malgré tous ses efforts, l’éléphanteau n’arrive pas à se libérer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est devenu un adulte doté d’une force colossale, il suffit de lui passer une corde au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cherchera même pas à se libérer.

Comme ceux des éléphants, nos pieds sont entravés par des liens fragiles. Mais, comme nous avons été accoutumés dès l’enfance à la puissance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter.

Sans savoir qu’il nous suffirait d’un geste de courage pour découvrir toute notre liberté.

Paulo Coelho, « Maktub ».


« Priver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu’il n’en fasse un mauvais usage, ou bien enchaîner sa langue de peur qu’il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre, que cette méthode est tout simplement le secret du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des instruments passifs ou de vils automates. »

Robespierre, « Discours sur la liberté de la presse », prononcé à la Société des Amis de la Constitution le 11 mai 1791, et utilisé en partie devant l’Assemblée Nationale le 22 août 1791.


« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. » Montesquieu.


« Toutes les opinions, y compris les erreurs, sont d’un grand service pour atteindre rapidement la plus haute vérité.
Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.
Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience, avant toute autre liberté. »

John Milton, Pour la liberté d’imprimer, sans autorisation ni censure (1644).


« L’ordre social n’aura vraiment atteint le degré de perfection auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obligatoire qu’après avoir été soumis immédiatement à l’examen de tout individu (…).

Je propose pour cette fois, de borner ce droit individuel aux seuls articles relatifs à la constitution ; mais c’est dans l’espérance que les progrès de la raison et l’effet que des institutions plus légales et plus justes produiront nécessairement dans les esprits, permettront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et successivement de l’étendre à toutes »

« Les hommes ont tellement pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liberté est, pour la plupart d’entre eux, le droit de n’être soumis qu’à des maîtres choisis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sentiment de leur indépendance.
(…)
Presque partout cette demi-liberté est accompagnée d’orages ; alors on les attribue à l’abus de la liberté, et l’on ne voit pas qu’ils naissent précisément de ce que la liberté n’est pas entière ; on cherche à lui donner de nouvelles chaînes, lorsqu’il faudrait songer, au contraire, à briser celles qui lui restent. »

Condorcet, 1789 :
Sur la nécessité de faire ratifier la constitution par les citoyens.


L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être ; et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées.
(…)
Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation, le moyen de réduire ces attentats en système. Les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier : c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Robespierre.
(Pour le bonheur et pour la liberté, actualité d’un homme irrécupérable, La Fabrique, 2000)


« L’anarchisme est cette tendance, présente dans toute l’histoire de la pensée et de l’agir humains, qui nous incite à vouloir identifier les structures coercitives, autoritaires et hiérarchiques de toutes sortes pour les examiner et mettre à l’épreuve leur légitimité ; lorsqu’il arrive que ces structures ne peuvent se justifier — ce qui est le plus souvent le cas — l’anarchisme nous porte à chercher à les éliminer et à ainsi élargir l’espace de la liberté. » Noam Chomsky.


« L’acceptation d’une croyance n’est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ?

Et pourtant un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. » Jiddu Krishnamurti (1895-1986) La première et la dernière liberté, 1964.


« La vérité est le nom que les plus forts donnent à leur opinion. » Alphonse Karr (1808-1890)


La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la « justice », mais parce que tout ce qu’il y a d’instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la « liberté » devient un privilège.

Rosa Luxembourg (La révolution russe).


« La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.
Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain. » Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. » Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Le mot iségoria, le droit pour tous de parler à l’assemblée, était quelquefois employé par les écrivains grecs comme un synonyme de ‘démocratie’. »

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne » (1972), p 64.


La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.

Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain.

Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Tout endoctrinement facilité par l’ignorance de l’informé, ne lui présentant qu’un aspect des choses, tendant à lui imposer des automatismes de pensée et de comportement, occultant les opinions contraires en décrétant qu’elles sont erronées ou tentant de les présenter de telle sorte qu’elles perdent aussitôt toute cohérence face à la solution préparée par celui qui informe, individu ou institution, est l’expression d’un mépris profond de l’homme.

C’est considérer qu’il est incapable de se faire une opinion personnelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de combler son ignorance en lui fournissant des opinions et des informations différentes ou contraires, c’est le tromper que de ne lui montrer qu’un aspect des choses. C’est le considérer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véritable racisme.

Le rôle d’un pouvoir ne devrait pas être de « former » l’opinion, mais de lui fournir des éléments d’information nombreux et différenciés permettant à chaque individu de remettre en cause chaque jour les bases de la pérennité de ce pouvoir même.

Autrement dit, ce serait alors se supprimer tout pouvoir centralisé. Ce serait de fournir à chaque individu les moyens d’apporter sa part imaginative à la construction jamais finie de la société humaine. »

Henri Laborit, La Nouvelle Grille.


Purification linguistique

« Vous n’appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Au fond, vous auriez préféré rester fidèle à l’ancien langage, à son imprécision et ses nuances inutiles (…).
Ne voyez-vous pas que le but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en version novlangue. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme « La liberté, c’est l’esclavage », alors que le concept même de liberté aura été aboli ? En fait, il n’y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non pensant, qui n’a pas besoin de pensée. L’orthodoxie, c’est l’inconscience.
George Orwell (1903-1950), »1984″ (1949).


« Comme le soulignait John Stuart Mill, pouvoir critiquer sans aucune crainte les lois de Newton et voir qu’elles résistent à ces critiques est une des raisons de croire aux lois de Newton. Si on poursuivait devant les tribunaux tous ceux qui contestent la validité des lois de la physique, il n’y aurait plus aucune raison d’y croire. La même chose est vraie, a fortiori, pour la sociologie. »

Jean Bricmont, la République des Censeurs, 2014 (p24).


« À chaque époque, il existe des libres penseurs, c’est-à-dire des gens qui n’appartiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune religion, s’intéressent aux faits avant de parler de valeurs, jugent de la vérité d’une opinion indépendamment de la personne qui l’énonce, qui écoutent différents points de vue, hésitent, doutent et discutent avec tout le monde. Ils pensent que chacun a le droit d’exprimer son opinion.

En face d’eux, il y a les fanatiques, les cléricaux, les obscurantistes, qui font exactement le contraire. Ils tiennent (plus ou moins) à jour leurs fiches, surveillent qui parle avec qui et lancent des campagnes de haine et de diffamation contre les libres penseurs. Ils censurent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incarner la lutte du Bien contre le Mal.

Malheureusement, de nos jours, les fanatiques, les cléricaux et les obscurantistes ne parlent que de démocratie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’égarer un certain nombre d’esprits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’étant que des victimes de l’illusion consistant à croire que l’on appartient au camp du Bien et qui se privent et tentent de priver les autres des ressources de l’esprit critique. »

Jean Bricmont, juin 2016.


Les livres autorisés par la censure ne font qu’exprimer les idées reçues de l’époque.
Francis Bacon.

Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier

Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier, qui l’auront laissé torturer et crever sans le protéger.

Merci RT.

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La vidéo (sans pubs) de notre deuxième rencontre, avec Raphaël, sur Sud radio

Qu’en pensez-vous ?
On progresse, non ?

Merci Didier (Maïsto), de rendre ça possible : c’est bon pour l’intérêt général, ça pacifiera la société, de rendre ainsi possibles de vrais débats sur ce qui compte le plus pour la Cité. Merci pour cette incroyable prise de risque personnel que tu assumes pour que le peuple soit mieux représenté. C’est historique, je pense.

Étienne.

[Arrestation de Julian ASSANGE à Londres] Rendez-vous avec Viktor Dedaj ce Jeudi Chouard #5, 20 h sur Sud radio

Salut,

Julian Assange, vient d’être arrêté par la police anglaise.

Scotland Yard vient de reconnaître que l’arrestation a eu lieu sur injonction des USA…

L’extradition du Royaume -uni vers les USA est très facile, sans dossier, donc sans possibilité de se défendre.

Notre meilleur lanceur d’alerte, héros mondial, exemple vivant de journalisme, sentinelle du peuple, va bientôt finir à Guantanamo, torturé puis assassiné par les chiens de l’empire.

Et nos salauds de « journalistes », littéralement vendus aux riches, vont se taire et laisser faire au lieu de tempêter et de résister… Ces vendus seront d’ailleurs eux-mêmes sur les prochaines charrettes de l’empire (les USA ont prévenu).

Tout ça est à pleurer.

Wikileaks le sentait venir

Je vous propose de faire, ce jeudi Chouard #5, juste après ma deuxième rencontre avec Raphaël (19h-20h), un « spécial Assange » avec Viktor Dedaj (et Didier Maïsto et Régis de Castelnau) : 20 h sur Sud radio, live Youtube et live Facebook.

Juan Branco ne pourra pas venir, mais on tâchera d’avoir avec lui un échange téléphonique.

À tout à l’heure.

Étienne.

LIBÉREZ ASSANGE !

PS : je serai au journal de RT France à 15 h.

PPS : la page dédiée à Julian sur Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-prisonnier-politique-depuis-2012-9.html

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[RussEurope-en-Exil] A propos du livre d’Etienne Chouard, « Notre Cause Commune », par Jacques Sapir

Je remercie Jacques Sapir du fond du cœur pour tous ses précieux commentaires sur mon travail. Je remercie aussi Olivier Berruyer de publier cette recension :

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-a-propos-du-livre-detienne-chouard-notre-cause-commune-par-jacques-sapir/

[Jacques Sapir : ] Etienne Chouard vient de publier Notre Cause Commune[1], un livre où, à partir du mouvement des Gilets Jaunes, il fait un procès en règle de la démocratie représentative avec l’apologie du référendum et du tirage au sort. C’est un livre important, et qui choquera certains à gauche, et c’est tant mieux. Mais, ce livre devrait les inciter à réfléchir à ce qu’ils appellent « démocratie ». J’ai rencontré Etienne Chouard à deux reprises, quand il fut invité dans l’émission RussEurope Express ou j’interviens sur Sputnik France[2]. Disons le d’emblée, Etienne Chouard ne correspond nullement à la caricature qu’une certaine presse veut en dresser. Ce n’est ni un « complotiste », ni un dangereux excité, mais bien quelqu’un avec qui on a plaisir à discuter à débattre, même si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui, et peut-être surtout si l’on n’est pas d’accord. C’est quelqu’un qui m’a impressionné par la qualité de son écoute et par son humilité qui est tout sauf feinte. La forme d’interdiction de parole dont il est l’objet dans les médias « officiels » est particulièrement choquante. Au-delà, les questions qu’il pose dans son ouvrage sont des questions fondamentales.

Une utopie politique

Le livre est construit en 8 chapitres de taille diverse. Etienne Chouard présente le pourquoi du comment il s’est intéressé à la question politique et a été conduit à remettre en cause le principe de l’élection, dont il fait le « procès » au chapitre 2. Il cherche à montrer au chapitre 3 comment l’élection tend à infantiliser les citoyens, et soutient, au chapitre 4, qu’elle porte au pouvoir les « pires ». Dans le chapitre 5 il dresse un état des lieux des pratiques du tirage au sort, puis développe, dans le chapitre 6 l’idée d’une constitution qui serait directement écrite par les citoyens au travers d’atelier constituant. Le chapitre 7 présente diverses références sur la notion de démocratie, sur le processus électoral et sur le tirage au sort. Le chapitre 8, qui sert de conclusion, reprend le mouvement des Gilets Jaunes, veut en montrer l’exemplarité, présente une liste de doléances et insiste sur le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) comme point central de ce mouvement. Il y a à l’évidence un esprit utopique qui anime Etienne Chouard. Le terme ne doit pas être pris dans son sens péjoratif, car nous avons besoin d’utopies. Henri Maler n’avait-il pas intitulé, il y a quelques années, un de ses livres Convoiter l’Impossible [3]?

On peut tomber d’accord avec Etienne Chouard sur une série de points. Quand il dresse le bilan d’une corruption, tant matérielle que morale d’une partie du personnel politique, quand il insiste sur la dépossession de la souveraineté, dont les suites du référendum de 2005 furent un exemple flagrant, quand il montre l’inefficacité du système politique actuel, on peut très facilement tomber d’accord avec lui. De même, l’apologie des pratiques référendaires et du RIC pour tenter d’insuffler un nouvel esprit démocratique dans le système politique touche un point juste. Il en va de même, sur un mode plus mineur, avec la pratique du tirage du sort. Cette dernière est bien admise pour les jurés des assises. Pourquoi ne serait-elle pas étendue au système politique ?

Il y a un autre point sur lequel on se retrouvera avec Etienne Chouard, c’est évidemment sur l’importance du politique (et non de « la » politique). La dénonciation à laquelle il procède de l’envahissement des choix supposés « techniques » dans des domaines qui relèvent du politique est une évidence. Elle n’est pas nouvelle et de nombreux auteurs depuis les débuts du XXème siècle l’ont fait.

Mais, derrière ces points s’en cachent d’autres qui, eux, posent problèmes. On voudrait donc ici en faire une liste non exhaustive pour préciser aussi les points de divergence et de désaccord avec Etienne Chouard. Ces points sont-ils décisifs et en mesure de conduire à un rejet total des thèses de ce livre ? Je ne le pense pas, et je crois très sincèrement que des compromis peuvent être trouvés. En tout état de cause, on ne perd pas son temps à lire Etienne Chouard, car les questions qu’il pose sont des questions de la plus haute importance.

Le fond et la forme

Venons en donc aux points de désaccords. La premier, et sans doute le plus essentiel, est qu’Etienne Chouard confond souvent les principes et les formes d’application de ces derniers, ce que l’on appelle les « formes phénoménales ». On en trouve un exemple à propos de ce qu’est une Constitution. Cette dernière est toujours double, avec un énoncé des principes (quels qu’ils soient) et des conditions d’application de ces dits principes. Il en est ainsi quand il voue à la même détestation le régime représentatif du système politique de la IIIème République, de la IVème et de la Vème. Or, si l’on peut dire que tous ces systèmes politiques ont été représentatifs, il est faux de dire qu’ils ont tous été porteurs des mêmes défauts. Il y a une notion qui échappe complètement à l’analyse, c’est celle de « rapport de force ». Or, suivant la nature du rapport de forces, suivant aussi le cadre institutionnel, le régime représentatif peut être acceptable ou devenir la pire des choses. N’oublions jamais que c’est une assemblée issue d’un régime représentatif, celle des débuts de la IVème République, qui vota une grande partie du système social que Macron et ses sbires veulent aujourd’hui détruire. Le contexte historique compte, et son absence dans ce livre est un grand défaut.

De même quand Etienne Chouard écrit : « …pour soigner un mal, pour régler un problème, inutile de s’en prendre aux conséquences, bien sûr, mais inutile de s’en prendre même aux causes diverses (puisque tout est multifactoriel) : il y a toujours une cause déterminante (pas la seule mais une qui détermine toutes les autres) : c’est elle qui nous faut, c’est elle qu’il faut chercher… »[4]. Une telle affirmation peut être juste tout comme elle peut être fausse. Il y a des fois où les causes sont trop entremêlées pour pouvoir être distinguées. Ensuite, quand bien même existerait une cause déterminante, ce qui peut survenir, quelle garantie avons nous que cette cause est déterminante de manière générale ou du fait d’un cadre institutionnel qui lui-même est sujet à évolution ? Quand des auteurs (et j’en fait partie) relions les désordres de l’économie française à l’existence de l’euro, c’est parce que nous assumons un cadre institutionnel qui implique qu’il ne pourra pas y avoir de flux de transferts massifs et que la France est et sera dans une situation où les droits de douane sont faibles ou inexistants. Ce n’est qu’à ces conditions que l’on peut dire que l’euro est la source principale des désordres économiques que la France connaît.

Toute tentative de hiérarchisation des causes implique que l’on précise bien ce qui est secondaire de ce qui est principal, les liens de causalité et le contexte qui rend ces liens pertinents. Un exemple de confusion peut être trouvé dans le diagramme en arborescence qui suit cette citation, et qui montre bien qu’Etienne Chouard ne s’est pas livré à un travail sérieux de déconstruction de la question. On notera que ce diagramme présente des « doubles emplois » comme le chômage, les bas salaires et les « injustices sociales ». Je conçois, ayant été professeur comme l’est Etienne Chouard, que l’on puisse avoir besoin de simplifier pour être pédagogique, mais ici on est clairement au-delà de la simplification.

La démocratie dans une société hétérogène

Un deuxième problème vient de ce qu’Etienne Chouard me semble assumer la vue d’une société globalement unifiée et homogène (les « petits » face au « gros », les « dominés » face aux « dominants », et ne tient aucun compte de l’hétérogénéité qui existe dans toute société, mais en particulier dans les sociétés modernes.

Ce problème est manifeste quand Etienne Chouard fait références aux formes antiques de la démocratie, où le nombre de citoyens était fort réduit. Ici, il aurait bien fait avant que d’entrer dans des comparaisons, de lire le livre de Claudia Moatti et de Michelle Riot-Sarcey Pourquoi se référer au passé[5]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit du risque de l’anachronisme, la comparaison peut être faite car elle est lourde de sens. Dans son petit livre publié en 2002, l’historien britannique Fergus Millar, posait d’ailleurs fort bien cette question[6]. Ici encore il faut laisser la parole à Claudia Moatti qui écrit, dans un autre livre, les choses suivantes : « Pourquoi une ancienne société fondamentalement inégalitaire et ses idéaux aristocratiques gardent jusqu’à aujourd’hui encore une telle force d’attraction pour ceux qui tentent de penser la liberté républicaine? Pourquoi donc le détour par l’antique s’impose-t-il de manière aussi insistante? »[7].

La raison dans cette force d’attraction, une raison qui est permanente depuis la Révolution de 1789 jusqu’à nos jours c’est l’idée que ce qui se joue en permanence dans la politique c’est l’affrontement entre le peuple et une couche dominante, qu’on l’appelle oligarchie ou aristocratie. C’est pourquoi le sort tragique de Tiberius Gracchus, puis celui de son frère Caius Gracchus, continue de nous parler[8]. C’est pourquoi nous pouvons aussi nous retrouver dans la lutte implacable des populares, les partisans du peuple, contre les optimates, les partisans du Sénat, dans les personnages de Marius et de Sylla. Ce dernier nous est aussi familier par un vers de Victor Hugo, tiré du poème Ultima Verba publié dans Les Chatiments en 1853 :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; »

Ce n’est pas pour rien si le nom de Sylla détourna le mot de « dictature » de son ancienne signification, où ce mot désignait une magistrature exceptionnelle, mais prévue dans le cadre de la République, pour devenir un synonyme de Tyrannie[9].

Alors, oui, il nous faut penser la question de l’unité du peuple, mais non comme un résultat préexistant, comme un état général qui aurait pu être recouvert de « divisions » issues de la politique des « dominants », mais bien comme un état à construire, et une construction elle-même nécessairement temporaire et liée à un contexte précis. Il faut donc rappeler que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains[10]. Le « peuple » auquel on se réfère est un peuple « pour soi », qui se construit dans l’action et non pas un peuple « en soi », ce qui ne serait qu’une « multitude ». Se référer à cette notion de souveraineté, vouloir la défendre et la faire vivre, se définir donc comme souverainiste, implique de comprendre que nous vivons dans des sociétés hétérogènes et que l’unité de ces dernières se construit, et se construit avant tout politiquement. Cette unité n’est jamais donnée ni naturelle[11].

L’individu limité

Le troisième problème, dont Etienne Chouard a d’ailleurs reconnu la pertinence lors de la première émission que nous fîmes ensemble, c’est la question de la saturation de l’esprit humain par des signaux ou des informations trop nombreuses, une question qui conduit, alors, à une forme de spécialisation du personnel politique. Très clairement, Etienne Chouard a fait sienne les vues quasiment anarchiste du Lénine de l’Etat et a Révolution[12], un ouvrage rédigé en 1917 avant que les Bolchéviques ne soient confrontés à l’épreuve du pouvoir. Ce livre est aussi porteur d’une utopie, tout comme celui d’Etienne Chouard. Mais, avec le recul, et sans mésestimer la question des rapports de forces, nous pouvons analyser ce qui a empêché le rêve de démocratie directe.

Cela est connu en économie. Herbert Simon nous invite à considérer comme un processus empreint de subjectivité le traitement même du signal pour en extraire l’information[13]. Que ce soit pour des raisons d’incomplétude radicale du catalogue d’évaluation ou du fait de la limite imposée par le temps de la décision, application du principe de contrainte temporelle, le processus d’interprétation est incomplet. Il est soumis à des règles d’évaluation et d’arrêt, ainsi que des routines qui sont propres à chaque individu. Il en résulte que l’excès de signaux est aussi problématique du point de vue de la décision que la pénurie d’information. Ainsi: “Dans un monde où l’attention est une ressource rare, l’information peut être un luxe coûteux, car elle détourne notre attention de ce qui est important vers ce qui est secondaire.” [14]C’est ce problème qui rend indispensable des formes de représentation et qui condamne les formes simplistes de la démocratie directe.

La question de la délibération, et du vote, a été analysée par de nombreux auteurs. Le Paradoxe de Condorcet, qu’il faudrait en réalité appeler « Paradoxe de Borda » ou paradoxe du scrutin, montre que, dans un choix délibératif avec vote, quel que soit l’ordre de préférence des votants, il est possible que le résultat du scrutin ne corresponde à l’échelle de préférence d’aucun des votants, autrement dit que le choix collectif ne satisfasse aucun des participants individuels[15]. Mais, le paradoxe de Condorcet s’appuie sur une vision fausse des préférences individuelles, ce qui avait été pressentie par Maurice Allais[16], et ce qui a été démontré dans les travaux des années 1980 et 1990[17]. Le contexte est donc essentiel pour la formation des préférences individuelles. Cette question du contexte implique que l’on ne peut parler au sujet d’une démocratie « décontextualisée ». On revient donc au problème récurrent dans le livre d’Etienne Chouard, cette « dé-contextualisation » de la démocratie représentative[18]. Que cette dernière soit aujourd’hui en crise est une évidence. Mais, la construction de cette crise en principe par la dé-contextualisation dans le but de servir de marchepied à l’utopie de la démocratie directe et de la non-professionnalisation de la classe politique pose un réel problème.

Les subventions aux produits de première nécessité

Le dernier point qui pique dans le livre se trouve au chapitre 8. C’est la proposition de subventionner les produits de « première nécessité »[19]. On glissera sur le problème (réel) de la définition de « première nécessité ». On glissera aussi sur la question d’une application de taux de TVA différenciés, ce qui est déjà le cas. Mais, l’idée d’une subvention directe pose d’autres problèmes.

Ce ne peut être, au mieux, qu’une mesure d’urgence, qui ne peut être prise que dans des circonstances particulières. Encore faut-il savoir qu’en sortir est extrêmement difficile. Le cas de la subvention aux prix du carburant au Venezuela en est un exemple. La subvention va tout autant au commerçant de la classe moyenne qui roule dans un gros 4 x 4 (et qui n’en a pas besoin) qu’aux ouvriers et aux paysans (qui eux en ont besoin). Lors de mon premier séjour dans ce pays (en 2009) j’avais interpellé Nicolas Maduro (alors Chancelier du gouvernement) sur ce point. La réponse que j’avais obtenue était cohérente à défaut d’être satisfaisante : il fallait subventionner les agriculteurs auxquels on donnait des terres pour qu’ils puissent ramener leurs récoltes sur les marchés des villes (la population est à 90% urbaine). J’avais proposé un système de coupons permettant d’acheter du carburant à la place de ces prix anormalement bas, idée qui avait semblé raisonnable à certains de mes interlocuteurs, mais ces derniers m’avaient objecté qu’elle serait lourde à mettre en place. Quand je suis revenu en 2013, l’ensemble du gouvernement se plaignait de la contrebande de carburant vers la Colombie, un phénomène qui créait une « économie de l’ombre » importante et dommageable. Mais, cette contrebande ne faisait qu’exploiter la différence entre le litre de gazole du côté Vénézuélien et du côté Colombien de la frontière !

A chaque fois qu’un gouvernement a voulu subventionner des produits de consommation (comme l’URSS à partir de 1954 pour certaines consommations alimentaires) il a créé des distorsions de prix relatifs extrêmement importantes, distorsions qui ont contribué à modifier la structure de la production[20]. Dans les années 1960 les paysans russes nourrissaient ainsi leur bétail avec du pain dont le prix (subventionné) était bien plus faible que le fourrage…

Bref, si je suis conscient d’un problème évident quant à la consommation des plus précaires dans notre pays, je pense que c’est une erreur de tenter de le résoudre par une subvention des prix des produits de « première nécessité ». Mieux vaudrait attribuer en fonction du revenu, de manière dégressive pour éviter ce que l’on appelle des « effets de seuil », des chèques qui ne seraient utilisables QUE pour acheter certains produits et que les commerçants pourraient amener aux recettes du Trésor pour obtenir de la monnaie. Ce système serait l’équivalent des « food stamps »[21] qui sont aujourd’hui utilisés aux Etats-Unis. Ce système, qui n’est pas parfait car il introduit une dépendance directe des personnes bénéficiaires face aux agences d’Etat, et indirectement pose un problème pour la démocratie, mais il permet cependant d’éviter les désordres qu’introduirait la subvention aux prix des produits.

Fondamentalement, la véritable solution passe plus par une hausse des revenus, et donc du SMIC entre autres, mais cette solution ne pourra être mise en cause que sur la base d’une sortie de l’euro.

Une synthèse possible ?

Ces critiques n’empêchent pas de trouver plusieurs points extrêmement positifs dans ce livre. Et, sur cette base, on peut tenter d’imaginer ce que pourrait être un compromis entre l’utopie, car c’est bien de cela qu’il s’agit, que propose Etienne Chouard et un système réaliste. Une piste possible pourrait provenir d’une lecture approfondie de la citation de Raymond Carré de Malberg, grand juriste français, que l’on trouve à la p. 62. Le sens profond de ce qu’écrit Carré de Malberg, c’est qu’une délégation de la souveraineté est possible, à la condition qu’elle se fasse dans des formes légales et que le contrôle du délégataire sur le délégué soit établi et maintenu. Si l’on admet que le peuple est le seul souverain, la question d’une délégation partielle des pouvoirs peut se poser comme une forme de réponse aux problèmes dont on a parlé plus haut, comme celui de l’attention limité et de la saturation de l’esprit humain par un excès de signaux et d’information. Nous aurions alors un Parlement, assurément élu dans un système faisant une plus large place à la pluralité des opinions, mais contrebalancé par un usage important du référendum, ce dernier ayant toujours la prééminence.

On peut aussi imaginer que, comme c’est déjà le cas pour la séparation du domaine de la loi et du règlement, la Constitution prévoit que tout sujet sur lequel le peuple s’est exprimé par référendum ne peut être à nouveau tranché que par un autre référendum. D’une manière générale, on peut considérer qu’il convient de fortement augmenter l’importance de la procédure référendaire, et d’ouvrir bien plus largement la possibilité de référendum. De ce point de vue, et sous réserve que des garde-fous (en particulier au sujet du référendum révocatoire) soient établis, le référendum d’initiative citoyenne apparaît comme un instrument utile pour combattre la crise de la démocratie que nous traversons.

De même, la question du tirage au sort doit être abordée sérieusement. Il fonctionne déjà dans la société actuelle pour les jurys des assises. Pourquoi ne pas l’étendre à tout ce qui relèverait des commissions de contrôle ou de surveillance des organes de pouvoir ? Si le tirage au sort est inadapté quand il s’agit de représenter les opinions et les intérêts existant dans une société, il est bien plus justifié quand il s’agit de désigner les personnes qui devront vérifier et contrôler des organes de pouvoir, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Quant au processus constituant, Chouard a une préférence pour le tirage au sort après discussion dans des comités locaux. L’idée est sympathique, mais elle suppose que le niveau d’activité des comités locaux soit constant, que l’on ne soit jamais confronté à une « fatigue » de la politique. Or, dans le monde réel, c’est très exactement ce qui se passe. Rappelons que les « soviets » en Russie, qui n’étaient autres que des comités locaux tels que ceux qu’anticipe Chouard, se sont vidés de leur substance et ce avant même que le pouvoir issu de la Révolution de 1917 ne cherche à les contrôler[22]. L’hypothèse que fait Etienne Chouard que le niveau d’activité politique de la population reste constant n’est pas vérifiée par l’expérience historique. C’est d’ailleurs aussi la raison pour laquelle l’idée défendue par Lénine dans l’Etat et la Révolution a rapidement disparu du programme défendu par le pouvoir issu de la Révolution. Mais, ceci étant dit, la construction collective des choix politiques est une nécessité impérative. Cette construction ne peut être permanente, mais dire cela ne signifie pas non plus qu’elle ne puisse être. Il faut donc distinguer entre choix fondamentaux, qui pourraient donner lieu à une procédure référendaire, et choix secondaires qui seraient laissés au Parlement.

Etienne Chouard continue son combat. On peut penser qu’il a raison sur certains points, tort sur d’autres, mais il est et il sera un des interlocuteurs obligés dans le débat sur l’état et sur les formes de la démocratie. En cela, il faut inviter tous ceux qui pensent que ce débat est aujourd’hui crucial à lire et à discuter son livre.

Jacques Sapir.

_________
Notes :[1] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, Paris, Max Milo éditions.

[2] Les émissions du 13 février et du 8 mars 2019 sont en ligne sur Youtube, et l’on peut y accéder par la page de Sputnik, https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/

[3] Maler H., (1995), Convoiter l’Impossible, Albin Michel, Paris.

[4] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 15.

[5] Moatti C. et Riot-Sarcey M., (edits), (2018), Pourquoi se référer au passé, Paris, Editions de l’Atelier, 2018.

[6] Millar, F. (2002), The Roman Republic in political thought. Brandeis, Hanover.

[7] Moatti C., (2018), Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, coll. Ouvertures,, p.8

[8] Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967

[9] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000,

[10] Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste. Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments »

[11] Cette question est largement traitée dans le livre écrit pour le Haut Collège d’Economie de Moscou, Sapir J., (2001), K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes – Essai sur l’étude des économies décentralisées) – traduction de E.V. Vinogradova et A.A. Katchanov, Presses du Haut Collège d’Économie, Moscou. Une partie de l’argumentation est reprise sous une forme différente dans Sapir J., Les trous noirs de la science économique – Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[12] Lénine, V., (1917, 1951) L’État et la Révolution, édition en langues étrangères, Moscou, 132 p.

[13] Simon H.A., (1972), “Theories of bounded rationality”, in C.B. Radner et R. Radner (eds.), Decision and Organization, North Holland, Amsterdam, 1972, pp. 161-176

[14] Simon H.A., (1978), “Rationality as a process and as a Product of thought” in American Economic Review, vol. 68, n°2, pp. 1-16, p. 13.

[15] K. Arrow Social Choice and Individual Values, New Haven, Yale University Press, 1951, p. 2. Pour une analyse du texte de Condorcet, et la généalogie du problème, G.-G. Granger, La Mathématique Sociale du Marquis de Condorcet, Paris, PUF, 1956 (ch. 3).

[16] Allais M., (1953), « Le Comportement de l’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’école américaine », in Econometrica, vol. 21, p. 503-546. Appleby L. et C. Starmer, “Individual Choice Under Uncertainty: A review of Experimental Evidence, Past and Present” in J.D. Hey et J. Lambert (edits.), Surveys in the Economics of Uncertainty, Basil Blackwell, Oxford-New York, 1987, pp. 24-45.

[17] Sapir J., (2005), Quelle Economie pour le XXIème Siècle ?, Paris, Odile Jacob, chap. 1.

[18] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 26-27 notamment.

[19] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 122.

[20] Sapir J., (1989), Les Fluctuations Economiques en URSS, 1941-1985, Paris, Editions de l’EHESS.

[21] Ou Supplemental Nutrition Assistance Programhttps://www.fns.usda.gov/snap/supplemental-nutrition-assistance-program-snap

[22] Ferro M. (1967-1976), La Révolution de 1917, Paris, Aubier Montaigne, 2 volumes.

[Lumineux et important] Juan Branco analyse le mouvement des Gilets jaunes et l’aveuglement du régime en réaction

Toujours passionnant, important, éclairant : Juan :

Il serait utile de retranscrire cette synthèse, je crois.

Il faut vraiment qu’on parle ensemble (tous les deux, publiquement pour démultiplier rapidement la prise de conscience générale) de la préparation du moment juste après le changement de régime, du processus constituant populaire, des articles les plus importants pour le peuple, dans la phase de transition et dans la suivante.

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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Rendez-vous mardi prochain, 9 avril 2019, à BÉZIERS

Le Midi Libre annonce cette rencontre sans malveillance aucune, merci à eux :

Béziers : Etienne Chouard invité des « gilets jaunes » mardi à Zinga Zanga

https://www.midilibre.fr/2019/04/07/beziers-etienne-chouard-invite-des-gilets-jaunes-mardi-a-zinga-zanga,8116306.php

Etienne Chouard lors de son passage à Bagnols.Etienne Chouard lors de son passage à Bagnols-sur-Cèze.

Une réunion citoyenne et constructive est organisée pour dialoguer, partager et comprendre le RIC.

Après la projets du film de François Ruffin la semaine dernière à Monciné, la manifestation de samedi en ville, les « gilets jaunes » de Béziers vont accueillir, mardi 9 avril, à 19 h, salle Zinga Zanga, Etienne Chouard.

Il s’agit d’une réunion citoyenne et constructive pour dialoguer, partager et comprendre le RIC (référendum d’initiative citoyenne) souhaité par la plupart des manifestants.

Un professeur d’économie

Étienne Chouard est professeur de droit et d’économie, spécialiste de la Constitution de la République française et auteur, entre autres, du livre Notre cause commune, qui se veut apporter « des réflexions approfondies sur les solutions à trouver ensemble pour sortir de cette crise de la République ».

Les Biterrois intéressés sont donc invités à venir proposer des idées, réfléchir et trouver des solutions ensemble.

MIDI LIBRE

https://www.midilibre.fr/2019/04/07/beziers-etienne-chouard-invite-des-gilets-jaunes-mardi-a-zinga-zanga,8116306.php

 
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Régis de Castelnau : « LOI ANTICASSEURS CENSURÉE »… COMMENT SE MOQUER DU MONDE !

Régis de Castelnau :

Victoire , le Conseil constitutionnel de Fabius et Juppé a censuré une mesure phare de la loi anti-casseurs !

Ah les braves gens ! Victoire ! Victoire ! La liberté triomphe ! Alléluia, faites sonner les cloches dans tout le pays ! Comment le petit freluquet de l’Élysée et le barbu du Havre ils n’ont pas été mouchés !

« Heuh, mais Tonton, pourquoi tu tousses ? Pourquoi tu tords le nez ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? T’es jamais content Tonton !

– Ben c’est seulement la disposition relative à l’interdiction administrative préalable de manifester ordonnée par le préfet qui a été retoquée. Elle était intenable et son annulation était inéluctable, mais LE RESTE, TOUT LE RESTE DE CETTE LOI SCÉLÉRATE A ÉTÉ VALIDÉ. Pour que ça passe tranquille dans les bruits de l’orchestre.

– Ah merde !

– En plus le Conseil n’a pas invalidé le principe (liberticide) de l’interdiction préalable. Il a été malin, il faut lire le considérant numéro 24 qui se conclut par la phrase : « Dès lors, les dispositions contestées laissent à l’autorité administrative une latitude excessive dans l’appréciation des motifs susceptibles de justifier l’interdiction. ». Joli, non ? Si on lit bien on comprend que si le texte avait été un peu plus rigoureux et avait laissé au préfet une latitude qui ne soit pas « excessive » pour porter atteinte à une liberté fondamentale, eh bien cela aurait pu coller.

– Tu crois ?

– C’est assez évident, parce qu’en fait le considérant numéro 24 explique en détail ce qu’il aurait fallu faire pour que ça passe. Voilà ce que nous disent les sages : «Ainsi, le législateur n’a pas imposé que le comportement en cause présente nécessairement un lien avec les atteintes graves à l’intégrité physique ou les dommages importants aux biens ayant eu lieu à l’occasion de cette manifestation. Il n’a pas davantage imposé que la manifestation visée par l’interdiction soit susceptible de donner lieu à de tels atteintes ou dommages. En outre, l’interdiction peut être prononcée sur le fondement de tout agissement, que celui-ci ait ou non un lien avec la commission de violences. Enfin, tout comportement, quelle que soit son ancienneté, peut justifier le prononcé d’une interdiction de manifester. » L’interdiction administrative individuelle préalable est une hérésie au regard des principes qui guident les libertés publiques constitutionnelles dont fait partie le droit de manifestation. ELLE EST ICI VALIDÉE DANS SON PRINCIPE ! Il suffit simplement de l’aménager comme la décision elle-même le conseille. On peut même dire qu’elle fournit le mode d’emploi. Message reçu et il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu’Emmanuel Macron et sa petite bande vont très bien le comprendre et remettre leur ouvrage sur le métier à la première occasion.

– Donc on se fout de nous ?

– Faut croire. Il y avait un indice qui permettait de prévoir cette entourloupe. À votre avis, qui a déféré au Conseil constitutionnel la loi anticasseurs pour qu’il en examine la constitutionnalité ? Eh bien, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République c’est le président d’icelle. Pour se donner le beau rôle, Emmanuel Macron a utilisé l’article 61 de la constitution et ajouté son nom à ceux des parlementaires qui avaient utilisé leurs propres prérogatives. Tout ceci était cousu de fil blanc. »

Laurent Fabius et Alain Juppé ont un point commun : ils sortent tous les deux de l’École Normale Supérieure et de l’ENA . Malheureusement cela ne garantit pas l’exercice d’un minimum de probité républicaine.

Félicitations également aux parlementaires LR qui en proposant et en votant cette loi liberticide ont prêté la main à cette opération.

Régis de Castelnau

https://www.vududroit.com/2019/04/loi-anticasseurs-censuree-comment-se-moquer-du-monde/

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Rendez-vous le 4 avril à 19 h sur Sud Radio, c’est Jeudi Chouard #4 : « COMMENT VOULONS-NOUS DÉSIGNER NOS REPRÉSENTANTS ? »

Sur Sud Radio, un nouveau « Jeudi Chouard, les citoyens constituants ont la parole » s’approche, le 4 avril 2019 à 19 h ; ce sera le n°4, avec Élisabeth Lévy cette fois.

La semaine dernière, avec Régis de Castelnau, nous n’avons pas (du tout) fini de réfléchir au sujet « À qui servent les représentants ? Et qui est légitime pour le décider ? »

Donc, on remet le couvert (à propos des élus et des représentants), mais cette fois, je voudrais essayer de mieux éviter de sortir du sujet. Je vous propose de nous concentrer cette fois sur la seule PROCÉDURE DE DÉSIGNATION des représentants : élection ? tirage au sort ? ou une combinaison des deux ?

Cette semaine, on posera la question de fond : « COMMENT VOULONS-NOUS DÉSIGNER NOS REPRÉSENTANTS ? »

Je résumerai d’abord les reproches les plus graves que je formule contre l’élection (sujet central pour moi, vous le savez, et que je vais sans doute pouvoir creuser un peu mercredi prochain, 10 avril avec Raphaël Enthoven, je suis content : ce sera sur Sud radio, bien sûr, avec Éric Morillot en direct à 19 h).

Mais j’aimerais ensuite surtout vous présenter UNE PROCÉDURE COMBINÉE, avec d’abord des élections libres (de personnes jugées valeureuses sans qu’elles aient été candidates), et puis ensuite des tirages au sort (parmi ces élus issus d’élections libres).

Cette proposition concerne les gilets jaunes, comme les autres, car cette procédure, si l’idée leur plait, pourra très bien servir sur un rond-point occupé ou sur un péage libéré (rendu aux usagers), pour désigner librement des représentants dignes de ce nom.

Et puis, pour passer ensuite aux travaux pratiques, je viendrai avec une PREMIÈRE MOUTURE D’ARTICLE de constitution pour instituer cette procédure mixte, une sorte de brouillon que nous discuterons avec mes invités, s’ils le veulent bien (c’est la particularité de cette émission : on donne le spectacle de simples citoyens qui s’entraînent vraiment, concrètement, à instituer eux-mêmes la puissance politique dont ils ont besoin pour garantir ensuite la justice, la paix et la prospérité).

Proposition d’article (c’est un brouillon, un premier jet, à corriger, raturer, compléter, c’est précisément l’exercice de vous y coller 🙂 ) :

Désignation des représentants (mandataires) du peuple :

Article X : chaque citoyen désigne tous les ans (le jour de la Fête des Valeureux, le 21 mars, jour férié, chômé et payé), entre 0 et 10 (?) personnes qu’il connaît bien et qu’il juge particulièrement aptes (valeureux) pour servir le bien commun pendant un temps limité, sans que ces personnes aient été candidates.

Le Corps de Valeureux est ainsi composé de la première moitié de toutes les personnes les plus désignées (librement).

C’est dans ce Corps des Valeureux que seront tirés au sort les différents acteurs politiques désignés pour servir le bien commun pendant une période d’une semaine à un an.

Les tirés au sort ne peuvent refuser la charge qu’en cas de force majeure (à discuter : peuvent-ils refuser ?).

Les tirés au sort sont indemnisés du double de leurs revenus habituels (à creuser), comme le sont aussi leurs employeurs (pour qu’ils puissent leur garder leur place dans l’entreprise).

 
Il est question que Maxime Nicolle soit avec nous ce 4 avril, Emmanuel (Wikicrate) aussi, et peut-être Juan Branco (on verra). J’ai hâte de voir les modifications qu’on va imaginer ensemble.

Didier (Maïsto) et Dominique (Gaigne) nous aideront à garder le contact avec vous, en lisant vos commentaires en direct et en sélectionnant ceux qui leur paraissent particulièrement utiles, si vous avez des suggestions de correction. Nota : ce serait bien que vous restiez bien « sur la balle » (si vous posez des tas de questions en dehors du sujet, on n’avance pas du tout comme prévu 🙂 ).

Rappel du conducteur de la semaine passée, qui peut encore largement servir cette semaine : Vous pouvez télécharge le pdf ici (2 pages)..

Sauf que je viendrai avec d’autres livres 🙂 Ce sera une série de surprises, mais tous sont épatants, je le garantis formellement 🙂

Cette fois encore, j’ai hâte d’y être. Ça va être très chouette (vous savez que la chouette était l’animal mascotte de la démocratie athénienne : l’animal qui voit clair même la nuit, quand personne n’y voit rien 🙂 ).

Étienne.

PS : la semaine prochaine, le 11 avril, avec Régis, on va sans doute recevoir Jean Bricmont, et nous poser avec lui la question de fond : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? ». J’ai hâte de voir les articles de constitution qu’on va concevoir ensemble à ce sujet, avec vous.

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Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Étienne Chouard : la célèbre citation attribuée à Churchill sur la démocratie est une fake news

Pierrick Tillet (yéti blog) : « La pire des fake news est celle qui a fini par tellement s’enraciner dans la mémoire collective qu’elle apparaît comme une vérité incontestable. Ainsi la célèbre citation attribuée à Churchill sur la démocratie :

«La démocratie est la pire forme de gouvernement à l’exception de tous les autres.»

Or il s’agit d’une citation tronquée, nettoyée des passages pour faire dire à Churchill le contraire de ce qu’il voulait exprimer.

Sur le plateau de CNews, Étienne Chouard a recadré Pascal Praud en lisant la citation complète de Winston Churchill. La voici avec les passages « nettoyés » rétablis (soulignés en gras) :

«On a pu dire que la démocratie était la pire forme de gouvernement à l’exception de tous les autres, mais il existe le sentiment largement partagé dans notre pays que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue et que l’opinion publique exprimée par tous les moyens constitutionnels devraient façonner, guider, contrôler les actions des ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres» (Winston Churchill).

Voilà de quoi en boucher un coin à tous les «démocrates» de plateau-télé qui commencent à nous gonfler sérieux ! Merci, Étienne. »Pierrick Tillet.

Source : Yéti blog,

https://yetiblog.org/archives/16447

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[Étienne : ] De rien, cher Pierrick 🙂

La citation réelle, avec des dizaines d’autres importantes, est dans mon petit livre (qui ne me quitte pas et que je lis simplement ici, à l’antenne) « NOTRE CAUSE COMMUNE » :


https://www.maxmilo.com/produit/notre-cause-commune/

Je lis, page 88 :

« Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres.

[…]

Un groupe d’hommes qui a le contrôle de la machine et une majorité parlementaire a sans aucun doute le pouvoir de proposer ce qu’il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l’apprécie ou non, ou la moindre référence à sa présence dans son programme de campagne.

[…]

Le parti adverse doit-il vraiment être autorisé à faire adopter des lois affectant le caractère même de ce pays dans les dernières années de ce Parlement sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l’a placé là où il est ? Non, Monsieur, la démocratie dit: « Non, mille fois non. Vous n’avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d’une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire.

[…]

W. Churchill, discours du 11 novembre 1947. »

Source originale : https://api.parliament.uk/historic-hansard/commons/1947/nov/11/parliament-bill

Étienne.

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Scandale : Macron-L’éborgneur privatise nos aéroports à 6 h du matin !

Faute de constitution digne de ce nom, nous sommes TOUS IMPUISSANTS devant le spectacle scandaleux du bal des traîtres qui pillent le bien commun.

PAR RIC, NOUS RÉSISTERIONS VICTORIEUSEMENT À TOUTES CES FÉLONIES.

Coup de gueule matinal de Mélenchon à l’assemblée sur une des infinies conséquences de notre impuissance :

La priorité absolue est évidemment de DEVENIR NOMBREUX À VOULOIR ENSEMBLE instituer nous-mêmes notre puissance politique pour nous défendre contre les gredins, les canailles, les fripouilles et tous les voleurs de pouvoir comme le sont les serviles godillots (parlementaires, journalistiques et autres) de la macronie.

Et nous sommes les seuls, nous autres, simples citoyens, à être à la fois aptes et légitimes pour NOUS CONSTITUER NOUS-MÊMES en peuple d’adultes politiques.

Exemplaires, les Gilets Jaunes nous montrent le chemin, en devenant rapidement et unitairement constituants.
Partout sur terre, nous devrions devenir TOUS GILETS JAUNES CONSTITUANTS !

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

#CitoyensConstituants

Étienne.

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Voir aussi ceci, chez Libération :

Comment la privatisation d’ADP a-t-elle pu être votée à 6 heures du matin avec 45 députés présents ?

Vote à l'Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP
Vote à l’Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP Adrien Quatennens

Malgré les critiques, l’adoption du projet de loi ouvrant la cession d’Aéroports de Paris, de la Française des jeux et la cession de parts dans Engie a été validée de façon régulière.

Question posée le 19/03/2019

Bonjour,

Vous nous avez posé cette question que nous avons raccourcie : «Bonjour, comment est-il possible que des lois (comme samedi à 6 heures du matin) soient votées avec 45 députés présents sur 577 ?! Pas de quorum donc ? Comment et pourquoi cela est-il légal ? C’est un non-sens qu’il n’y ait pas une obligation de présence soit sur la totalité, soit les trois quarts des élus (a aménagé en fonction des lois votées). Idem pour les horaires, des horaires décents (qui éviteraient d’utiliser cette technique pour dissuader les élus de province par exemple de venir) et des horaires et un ordre du jour précis (ce qui n’est pas le cas actuellement). Et enfin, quels sont les recours que nous citoyens nous avons pour nous insurger contre ce fonctionnement qui est une farce de démocratie ?! Je ne comprends pas que les journalistes d’investigation n’aient jamais dénoncé cela. On l’apprend par Mélenchon qui, seul, le dénonce depuis presque deux ans maintenant !»

Des conditions de vote très critiquées

Le projet de loi de «croissance et transformation des entreprises» a été adopté par 27 députés (sur 45 votants) en nouvelle lecture par l’Assemblée nationale samedi aux alentours de six heures du matin, clôturant une séance de près de neuf heures et trois jours de débats. Le texte doit effectuer un dernier aller-retour avec le Sénat pour être définitivement validé par les députés. Pour rappel, plusieurs mesures du projet de loi sont particulièrement critiquées, notamment la cession du groupe Aéroports de Paris (ADP) pour une durée de soixante-dix ans et le transfert au privé de la majorité du capital de la Française des jeux.

VOUS NOUS AVEZ AUSSI DEMANDÉLes dividendes d’ADP, de la FDJ et d’Engie à l’Etat sont-ils supérieurs aux rendements perçus en cas de privatisation ?

Les conditions du scrutin ont ajouté à la polémique. Lors de son intervention précédant le vote, Jean-Luc Mélenchon a estimé que débattre dans ce contexte était «une folie» : «Il est six heures moins le quart du matin. La première chose à dire, à cette heure, est une protestation contre une telle situation. Ceux qui l’apprendront – car nous le ferons savoir – comprendront quelle folie il y a – même en nouvelle lecture – à débattre à cinq heures du matin des discriminations à l’embauche, à trois heures du tarif de l’électricité, et à cette heure-ci de tout ce que nous avons entendu. Tout cela est absurde. C’est une folie ! C’est certainement la forme la plus grave de dysfonctionnement de la vie du Parlement que cette situation dans laquelle nous nous plaçons à intervalle régulier.» Ses propos diffusés sur la chaîne YouTube du leader de la France insoumise et sur Twitter ont été très relayés sur les réseaux sociaux.

Vidéo intégrée

Jean-Luc Mélenchon

@JLMelenchon

« Six heures moins dix du matin. J’ai honte pour nous tous de ce que nous sommes en train de faire. »

Sur Facebook, une publication de la page «Perspicace ?» reprenant le détail du scrutin affiché dans l’hémicycle le matin du vote a été partagée près de 60 000 fois. 

Le quorum n’est pas obligatoire

L’article 61 du règlement de l’Assemblée nationale dispose que «l’Assemblée est toujours en nombre pour délibérer et pour régler son ordre du jour». Autrement dit, il n’y a pas de minimum de députés nécessaires pour voter une loi ou un amendement, comme nous l’expliquions dans une réponse précédente. Il existe une exception à cette norme. Un président d’un groupe peut demander au président de l’Assemblée, avant le début du vote, de vérifier que la majorité absolue des 577 députés, ce qu’on appelle le quorum, soit présente. Si tel n’est pas le cas, la séance est suspendue et le scrutin reporté.

Toutefois, cette pratique est limitée par plusieurs règles. D’abord, la majorité des membres du groupe à l’origine de la demande doit être présente dans l’hémicycle et la majorité absolue des députés de l’Assemblée, elle, doit se trouver «dans l’enceinte du Palais». Par ailleurs, le délai de report du scrutin est d’au minimum quinze minutes. Après ce quart d’heure, «le vote est alors valable, quel que soit le nombre des présents», précise le règlement.

Ainsi, samedi matin, les 45 votants étaient en nombre suffisant pour voter, même s’ils représentaient que 7,8% de l’effectif total. A noter que 47 députés étaient présents en tout. Richard Ferrand, député du Finistère et président de l’Assemblée nationale, ainsi que Francis Vercamer, député du Nord et président de la séance, ne pouvaient pas participer au vote.

Une séance en cours peut être prolongée dans la nuit

Autre critique : l’heure du scrutin, 6h15 du matin. D’après le règlement de l’Assemblée nationale, «l’Assemblée se réunit l’après-midi de 15 heures à 20 heures et en soirée de 21h30 à 1 heure le lendemain. Lorsque l’Assemblée tient séance le matin, elle se réunit de 9h30 à 13 heures». Mais il existe la possibilité (ce n’est pas une obligation) de repousser ces horaires le soir afin d’«achever une discussion en cours».

Cordialement

Emma Donada

Source : Libération, https://www.liberation.fr/checknews/2019/03/20/comment-la-privatisation-d-adp-a-t-elle-pu-etre-votee-a-6-heures-du-matin-avec-45-deputes-presents_1716269

Gaël Giraud chez Thinkerview : Tsunami financier, désastre humanitaire ?

Passionnant, passionnant passionnant !

Une pensée puissante et généreuse, claire, honnête et souvent lumineuse.

Encore une excellente vidéo Thinkerview.
Merci à toute sa jeune équipe 🙂

———————

Ce soir (21 mars 2019), sur Sud Radio, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » 🙂 et on va se demander, cette semaine avec Élisabeth Lévy, À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ?

On va bien sûr dénoncer (entre autres) la corruption du journalisme économique et financier (et donc de l’opinion publique) rendue possible par L’ACHAT DES MÉDIAS PAR LES BANQUES.

Je vais essayer d’organiser en deuxième heure la plage horaire consacrée à répondre à VOS QUESTIONS.

Pour parler des « dérives » du journalisme en France, j’ai invité, mais au dernier moment et c’est compliqué pour tout le monde de démarrer sur les chapeaux de roues, Viktor Dedaj, Juan Branco (il faudra bien dénoncer le scandale du comportement journalistique à propos de Julian Assange) et Denis Robert. Je vais aussi appeler Henri Maler, bien sûr, et je pense aussi à Romain Migus (mais il est encore au Venezuela), Maurice Lemoine (du Diplo), Romaric Godin, et évidemment Laurent Mauduit. Tous ces vrais journalistes (de fait) sont invités dans cette émission dédiée à la promotion d’un processus constituant populaire : j’aimerais écrire avec eux quelques articles de constitution, ici sur les journalistes et sur les lanceurs d’alerte (et sur d’autres sujets qui leur paraîtraient importants).

Hâte d’être à ce soir (je vous écris dans le train) 🙂

Et puis demain, c’est Longwy (près de Metz).

Étienne.

PS : l’adresse de la playlist de Sud Radio Jeudi Chouard 🙂
https://www.youtube.com/watch?v=iEuvWhzQQ7U&list=PLaXVMKmPLMDSBxphlcbU9hXeMmE92bVG8

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Vente à vil prix des biens publics (Aéroport de Paris etc.) aux parrains des gredins. #mafiapoliticienne

Merci Nicole Ferroni, pour ça :

Mais diagnostiquer L’ERREUR (en riant), c’est empêcher de diagnostiquer la TRAHISON (sérieusement).

Nos prétendus « représentants » ne servent PAS les intérêts de ceux qui les ont élus (ils les ruinent, même !), mais ils servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire (les banques et les multinationales, avec les MÉDIAS qu’ils ont achetés pour ça).

Rappel (sept 2014, chez Taddéï) : https://facebook.com/story.php?story_fbid=1044208348997585&id=183950378356724&_rdr

La vente à vil prix des trésors du pays aux gredins mafieux qui ont porté le despote au pouvoir n’est pas une succession d’erreurs, c’est une succession de hautes trahisons.

Et nous n’avons ni journalistes dignes de ce nom (capables de s’y opposer réellement), ni constitution digne de ce nom (écrite par le peuple en personne) pour nous y opposer nous-mêmes efficacement.

PAR RIC, NOUS EMPÊCHERIONS TOUTES CES FORFAITURES — ET NOUS PUNIRIONS TOUTES CES FRIPOUILLES.

Cherchez la cause des causes.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Et devenons tous des #GiletsJaunesConstituants, vite !

Demain, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants », de 19h à 21h sur Sud Radio, et on posera la question À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ? (en distinguant, bien sûr, selon qu’on soit en démocratie ou en oligarchie), avec Élisabeth Lévy comme contradicteur cette semaine. J’ai plein d’idées, on ne va pas s’ennuyer 🙂 merci Didier ! 🙂

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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[Best of] Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

Éric Schemoul a composé une compilation sur mon travail.

Merci Éric 🙂

C’est un gros boulot, bien utile sans doute. Ce sera même un travail précieux si c’est cette compilation-là qui, finalement, tourne beaucoup partout sur terre…

Il l’a appelée :

Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

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Fin du grand débat, début du grand débarras ! Lettre ouverte de Frédéric LORDON à Emmanuel MACRON. Bourse du Travail Paris 14 mars 2019

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François Ruffin et moi

J’aime assez ce portrait de François Ruffin sur France Culture (malgré les objectifs sans doute « diviseurs de l’opposition » de l’auteur de l’article), François dont je me sens souvent infiniment proche, notamment dans sa recherche de rassemblement de toutes les classes populaires autour de leur cause commune (j’utilise là mes mots à moi) contre l’oppression organisée par les classes oisives :

François Ruffin disrupte l’opposition


https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-du-mardi-12-mars-2019

Une des différences entre nous deux, je crois (à part mon approche institutionnelle d’un peuple devenant constituant que François ne partage pas du tout), c’est que j’assume, moi, le fait que le résultat, — le peuple rassemblé autour d’une cause commune –, inclut forcément des gens de TOUS les bords politiques, y compris des bords déclarés « infréquentables » (impurs et bannis comme le seraient les « intouchables » en Inde) par les politiciens.

Je ne reconnais pas l’étiquette politique « infréquentable », que je considère comme raciste (essentialisante et définitive) et antipolitique. Je crois, comme les Grecs antiques, que les citoyens doivent défendre mordicus l’iségoria (le droit de parole pour TOUS, à tout moment et à tout propos) plus encore que l’isonomia (l’égalité devant la loi), pour permettre à TOUS de défendre le bien commun à leur manière.

Je refuse de réduire les hommes à leurs opinions du moment, comme si ces opinions étaient leur identité, leur nature, à vie.

Qu’il le veuille ou non, François sert aussi de « passerelle » entre humains artificiellement divisés, pour nous rejoindre sur l’essentiel, et moi je trouve ça bien. C’est même peut-être le plus important.

Malgré les « petites phrases » qui peuvent lui être extorquées sous pression puis montées en épingle (*) par les journalistes organiques du système de domination parlementaire, je conserve à François mon amitié et mon admiration. C’est un type bien, mu profondément par la recherche du bien commun.

Désuni, le peuple perdra toujours.
Uni, le peuple gagnera toujours.

Ce qui se passe en ce moment dans le pays, en profondeur, est grand.

Étienne.

(*) Je pense à l’article du Point évoqué ici : « Le mea culpa de François Ruffin sur le cas Etienne Chouard », et qui est bien meilleur dans sa version papier, plus intéressant et moins malveillant que cet extrait racoleur et exagéré destiné au web.

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Juan Branco est en direct sur Thinkerview

Ce jeune homme est captivant.

[Intéressant] Le débat Chouard / Enthoven sur la démocratie étudié par le Stagirite et par Loïc Chaigneau

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CADTM : Histoire et actualité de l’asservissement des peuples du monde par les usuriers et par les politiciens corrompus par les usuriers

La France est asservie par « la dette publique ».

Ou plutôt, les citoyens français sont asservis par « les élus », les Français sont trahis par leurs prétendus « représentants » (qui représentent en fait ceux qui les ont portés au pouvoir, c’est-à-dire les banques) qui ont fabriqué de toute pièces depuis 45 ans (!) une énorme « dette publique » (cette expression est en elle-même un scandale : un État digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie dont il a besoin : il la crée) en votant depuis 1974 (!) des budgets toujours en déficit ET en empruntant la monnaie aux « marchés financiers » au lieu de la créer (ou de la prendre aux ultra-riches en impôts).

Pour se défendre, il faut comprendre. En matière de dettes publiques à travers le monde, je vous recommande chaleureusement le CADTM, dont je considère les militants comme de formidables et précieuses sentinelles du peuple : l’histoire mondiale — et l’actualité scandaleuse — des DETTES ODIEUSES est très importante à connaître — et à faire connaître — pour élever le niveau de conscience et de résistance des populations opprimées par les usuriers.

Voyez cet article, par exemple. Et tâchez d’aider le CADTM si vous le pouvez, soit en vous abonnant à leur bulletin, soit en leur donnant des sous, soit simplement en parlant de leurs travaux autour de vous (c’est important).

À quand des réparations pour les dettes coloniales ?


http://www.cadtm.org/A-quand-des-reparations-pour-les-dettes-coloniales

[Mise au point] Ce qui m’anime : NOTRE CAUSE COMMUNE : apprendre à instituer nous-mêmes la puissance politique qui nous manque

On dirait que, chaque fois que mes concitoyens sont nombreux à dire de moi du bien, les journaux de mon pays montent au créneau nombreux pour dire de moi du mal…

– Ça a commencé en 2005, à l’occasion du débat référendaire contre le TCE.

– Ça a recommencé en 2008, à l’occasion de la haute trahison du Traité de Lisbonne, imposé au peuple par voie parlementaire – violence inouïe du 4 février 2008.

– Ça a encore recommencé en 2014, à l’occasion d’une vidéo extraite de Ce soir ou jamais (qui a fait depuis plus de 39 millions de vues).

– Et voilà que ça recommence en 2018, avec les gilets jaunes qui s’emparent de l’idée du RIC pour enfin s’émanciper par eux-mêmes et reprendre leur destin en main…

Il y a une étonnante régularité des journalistes de mon pays à me diaboliser tous ensemble (Libération, Le Monde, Le Point, L’Express, L’Obs, Les inrockuptibles, Charlie, et j’en passe…) chaque fois qu’il importe d’éviter d’avoir à argumenter en direct sur le fond.

C’est comme des accès de fièvre, d’un système de domination par le mensonge, pour se protéger contre un virus de vérité démocratique.

Les mots-clefs qui servent à justifier ma mise à l’écart des débats publics sont : complotisme, extrême droite, rouge-brun, heures sombres, antisémitisme, conspirationnisme, confusionnisme… Ces mots étant, pour la plupart, soit utilisés à l’envers, soit carrément absents des dictionnaires, donc sans définition… C’est plus commode pour diffamer impunément.

Systématiquement, les médias rajoutent aussi « Soral », comme si je cottoyais ou soutenais ce personnage infréquentable, alors que j’ai écrit le 28 novembre 2014, pour lever toute ambiguïté : « j’ai rapidement compris que Soral n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment. […] tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux […] Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire […] il y a un risque d’escalade des racismes… »

Mais les « journalistes » continuent encore aujourd’hui à relancer des polémiques avec des bouts de phrases sorties de leur contexte et sur lesquelles je me suis déjà expliqué dix fois…

Tout ceci empêche de penser.

 

Pour contredire toutes ces révoltantes calomnies, je vais résumer ici ce qui m’anime vraiment :

 
Tout ce que je pense, tout ce que je dis, tout ce que j’écris, tout ce que je fais depuis quinze ans vise à empêcher toutes les formes de domination.

La colonne vertébrale de tout mon travail depuis 2005, c’est l’organisation de la résistance populaire à toutes les formes d’abus de pouvoir, à toutes les intrigues contraires à l’intérêt général, à toutes les formes de corruption des organes de décision publique, à tous les systèmes arbitraires et autoritaires.

Je condamne évidemment sans la moindre ambiguïté toutes les formes de racisme et d’antisémitisme, d’homophobie, de sexisme, toutes les brutalités, toutes les injustices, et bien sûr toutes les formes de colonisation et d’atteintes aux droits de l’homme.

Je distingue très bien — je ne confonds pas — les pensées et paroles dangereuses et injustes, des pensées et paroles utiles au bien commun.

Je défends — sans jamais dévier — un projet radicalement et profondément humaniste : l’auto-institution pacifique de la société par les citoyens eux-mêmes ; et je combats évidemment — à leurs racines — toutes les idéologies autoritaires, violentes et ségrégatives.

Pour réfléchir à ce projet COMMUN, qui doit évidemment inclure TOUS les citoyens (sans distinction d’origine, de croyance, de culture, d’opinion), je dois comprendre — et donc parler avec — tout le monde. Je n’enferme pas mes interlocuteurs dans leurs opinions du moment (comme si leurs pensées étaient leur nature, à vie) : je crois que chacun peut (et va sans doute) changer d’avis, au gré de ses conversations politiques. La politique, selon moi, ça sert précisément à ça : découvrir en parlant où je me trompe, ou essayer de convaincre mon interlocuteur. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse, affûtée et bienveillante. J’ai besoin de mes contradicteurs pour progresser. Et je compte bien qu’ils fassent de même.

Je crois que la démocratie (véritable) est un système d’institutions qui nous OBLIGE (parce qu’on n’a pas envie) À DIALOGUER avec tous, et notamment ceux avec lesquels on est le plus gravement en désaccord, pour éviter la violence.

Je suis un homme honnête, humaniste, pacifique et dévoué au bien commun. Et s’il m’arrive, parfois, de commettre une erreur, je tente au mieux de la corriger.

En conclusion, je trouve scandaleux que les « responsables de l’information » de mon pays me harcèlent en me présentant tout au rebours de ce que je suis, 1) à l’évidence sans connaître mon travail, 2) sans même me contacter pour m’interviewer avant de me mettre en cause, et 3) refusent de me laisser m’exprimer en public loyalement, c’est-à dire en direct.

Étienne Chouard.

 

Annexe : Charte de Munich, code de déontologie des journalistes du monde entier :

Devoir n°1 : Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.

Devoir n°2 : Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique.

Devoir n°3 : Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.

Devoir n°4 : Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents.

Devoir n°5 : S’obliger à respecter la vie privée des personnes.

Devoir n°6 : Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte.

Devoir n°7 : Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement.

Devoir n°8 : S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.

Devoir n°9 : Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.

Devoir n°10 : Refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_Munich


Pour les journalistes ayant l’intention de travailler un peu avant d’écrire sur moi, je signale ces deux « excellents » 😉 petits livres, l’un théorique l’autre pratique, disponibles pour une somme modique dans toutes les bonnes librairies :

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[Haute trahison] Dévastation inexorable des services publics par les politiciens pourtant payés pour les défendre : cherchez la cause des causes

Nicole Ferroni explique bien les méthodes prétendument « libérales » pour ravager les services publics, ici celui de l’éducation nationale, sans que PERSONNE ne puisse l’empêcher :

Nous n’avons pas de constitution (digne de ce nom), nous n’avons aucun contrôle de nos prétendus « représentants », nous sommes politiquement IMPUISSANTS, parce que nous acceptons d’être ravalés au rang dégradant d’ÉLECTEURS c’est-à-dire des INCAPABLES POLITIQUES.

Pour résister au cauchemar « libéral », nous devons apprendre à instituer nous-mêmes notre propre puissance politique, en devenant TOUS des #GiletsJaunesConstituants.

Ainsi, enfin armés d’une vraie SOUVERAINETÉ populaire, que nous aurons su vouloir ensemble, instituer et protéger (trois étapes essentielles, fondatrices), par RIC nous sortirons en même temps des deux prisons politiques que nos « représentants » ont bâties autour de nous pour nous exploiter impunément : nous sortirons de nous-mêmes de la prison nationale qu’est la « constitution » de 1958, et de la prison internationale qu’est « l’union européenne ».

Étienne, #citoyenconstituant.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution en peuple digne de ce nom.

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Quelques réponses aux accusations invraisemblables des antifas

C’était à Forcalquier le 15 février dernier. Vidéo de toute la soirée.



Au sujet des « prétendues alertes antifascistes », je signale ici un très bon papier de Christophe Guilluy dans Le Point :

Christophe Guilluy : « Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »


https://www.lepoint.fr/societe/faire-passer-les-classes-populaires-pour-fascisees-est-tres-pratique-16-11-2016-2083327_23.php

Extrait : « Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales.

Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit.

L’antifascisme est une arme de classe.

Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas.

C’est exactement ce qui est en train de se passer. »

Christophe Guilluy


Je signale aussi ces deux excellentes réactions d’Olivier Berruyer sur un article diffamatoire (minable) paru dans « Libération » (sic) (un journal servant de repaire à la scandaleuse « ligue du lol ») :

[Roses-Bruns] Les méthodes douteuses de Simon Blin (1/2)


[Pharisien en chef]Laurent Joffrin, donneur de leçons en « mauvaises fréquentations », en vacances avec Jean-Marie Le Pen… (carrément, oui oui)
https://www.les-crises.fr/roses-bruns-les-methodes-douteuses-de-simon-blin/

Les sources mal sourcées de Simon Blin, journaliste formé à l’école BHL (2/2)


https://www.les-crises.fr/les-sources-mal-sourcees-de-simon-blin-journaliste-forme-a-lecole-bhl-2-2/

[IMPORTANT]Soirée mémorable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (député LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bretons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

C’est rarissime, de pouvoir interpeller longuement un élu de cette manière, ici notamment sur l’assassinat programmé de la Sécurité sociale .

Merci à Paul d’avoir accepté de présenter ensemble cette passionnante et utile controverse.

Et merci à Cédric et toute l’équipe d’avoir tout organisé parfaitement.

Étienne.

PS : est-ce que quelqu’un parmi nous pourrait rédiger le plan détaillé (et minuté) de cette rare et importante controverse ?

PPS : je viens de voir l’écran « demande de droit de réponse » à la fin 🙂 MERCI infiniment, Cédric et toute la bande des #BretonsConstituants, je vous trouve épatants.

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[Passionnant] François Bégaudeau sur Thinkerview : Gilet Jaunes, Populisme, Bourgeois ?

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RIC, démocratie, #GiletsJaunesConstituants… Entretien au calme, à la maison, avec l’ami Marc, de Nexus

Merci Marc, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

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Invité par « Le Samedi Politique » : Le RIC, L’ARME DU PEUPLE ?

Je remercie TV Libertés, chaîne « de droite », de me permettre ainsi de défendre loyalement le RIC, les gilets jaunes et, plus généralement, le droit des peuples (du monde entier) à disposer d’eux-mêmes.

Au passage, je trouve quand même étonnant qu’une chaîne « de gauche » comme Le Média TV ne m’offre rigoureusement aucun espace pour débattre de cette idée neuve d’émancipation politique et économique par un processus constituant populaire — et que même, au contraire, les responsables et proches de ce média « de gauche » me tapent carrément dessus… Et ce, sans même me permettre de me défendre !… Ce qui relève du niveau d’honnêteté et de courage du journal « Libération » (entre guillemets), ce qui n’est pas peu dire.

Étonnant.

(Traces d’échanges à venir : débat avec François Asselineau, débat avec Jacques Sapir sur Sputnik, soirées de jeudi et vendredi avec les gilets jaunes…)

Merci à tous, pour votre ferveur et pour votre gentillesse obstinée 🙂

Étienne.

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