Archives pour la catégorie tirage au sort

[Résumé dense, 37 min] Les électeurs-enfants doivent MUTER en citoyens-adultes (adultes politiques et DONC économiques)

Si vous ne connaissez pas cet entretien (c’est un rappel), (avec presque tout ce qui compte le plus, à savoir et à faire savoir, de mon point de vue), il devrait vous plaire (j’espère) 🙂

Bonne rentrée à tous, bande de virus 🙂 avec, j’espère, une bonne grève générale, illimitée et reconductible, avec occupation des usines et ateliers constituants, un peu partout sur terre 🙂


Deux conseils de lecture pour la rentrée, deux tout petits livres, puissants, enthousiasmants, épatants épatants épatants :

Simone Weil (magnifique) : grève et joie pure

(éditions Libertalia)


http://www.editionslibertalia.com/catalogue/a-boulets-rouges/simone-weil-greves-et-joie-pure


Noam Chomsky (passionnant) : Sur le contrôle de nos vies

(ou « La Conférence d’Albuquerque »)

(Édition Allia)


http://www.editions-allia.com/fr/livre/454/sur-le-controle-de-nos-vies-br-ou-la-conference-d-albuquerque

[Outils de contamination démocratique] ARGUMENTS pour débattre autour de vous sur le thème « ÉLECTION ou TIRAGE AU SORT ? »

Jérôme vient de publier un chouette boulot 🙂
Voici son annonce :

Jérôme Brachet a ajouté 16 photos à l’album Vices de l’élection vs Vertus du tirage au sort.

Proposition de visuels graphiques (Format JPEG / Taille 1160 x 640 px) extraits du tableau de synthèse des 16 vices de l’élection et vertus du tirage au sort, réalisé par Etienne Chouard pour le Plan C : instituer une vraie démocratie par une Constitution d’origine Citoyenne.

En réponse à l’appel lancé sur l’article [Vidéos + Conférence et débats, Nantes-école des Mines, 6 avril 2016, les films sont disponibles] d’Etienne Chouard > http://chouard.org/blog/2016/04/10/videos-conference-et-atelier-constituant-nantes-ecole-des-mines-6-avril-2016-les-films-sont-disponibles/

Sources :
Tableau sur le site du Plan C : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php
Page Facebook Etienne Chouard : https://www.facebook.com/etienne.chouard
Notes :
– Proposition graphique : Jérôme Brachet
– Crédit : graphisme Studio Jérôme Brachet – 2016
– Licence : images libre de droits dans le cadre du Plan C d’Etienne Chouard – Alsacerd.
Me contacter pour la source des visuels ou toute autre demande.

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Mon commentaire :

Ces planches peuvent aider les gens à lancer des discussions autour d’eux sur un point précis (un seul à la fois), plutôt que se lancer d’emblée sur un tsunami d’arguments 🙂

J’espère que ça va circuler et que de nouveaux arguments vont apparaître, que ceux-là vont être améliorés, corrigés, organisés, renforcés.

On a déjà suggéré (sur Facebook) que l’on pourrait faire des planche qui incite les gens à répondre eux-mêmes plutôt que leur asséner ainsi les réponse. C’est une bonne idée. Produisez des planches, on les publiera si elles sont bien.

On a aussi suggéré qu’il manquait les arguments en défense de l’élection 🙂
Alors, je souhaite solennellement bon courage à ceux qui vont tenter de bâtir une liste des vertus de l’élection parmi des candidats 🙂 du point de vue de l’intérêt général bien sûr, parce que le tableau des vertus de l’élection du point de vue des ultras riches, c’est fastoche 🙂
Ça serait même marrant à rédiger, non ?

Bon, j’attends beaucoup de notre cerveau collectif 🙂

Bon courage au quotidien, les virus 🙂

Étienne.

PS : ce serait bien de couper la partie de bas, pour déchouardiser le truc, je pense.
En même temps, c’est une vachement bonne idée de router les gens sur la page dédiée au tirage au sort : il y a des milliers de trucs importants sur cette page…
Je ne sais pas ce qu’il faut faire 🙂

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[Vidéos] Conférence et débats, Nantes-école des Mines, 6 avril 2016, les films sont disponibles

Les films de la soirée du 6 avril à l’école des Mines de Nantes
sont disponibles ici (deux parties => 2 vidéos) :

1. Histoire en deux mots (Athènes et les autres formes de démocratie), situation actuelle, mots importants à l’envers, et surtout comparaison élection vs tirage au sort, puis débat

http://imedia.emn.fr/videos/watch.php?id=772

2. Proposition : apprendre à vouloir écrire et protéger nous-mêmes la constitution, idée des ateliers constituants populaires, conseils pratiques pour la contagion, puis débat

http://imedia.emn.fr/videos/watch.php?id=771

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Remarque importante :
Je vous présente ici (de la minute 43:30 à 1 h 08:45 de la première vidéo) (est-ce que quelqu’un saurait isoler et publier ce passage-là ?), en prenant pour la première fois le temps d’en parler en détail, un tableau que je crois essentiel, qui devrait bien vous servir à fixer vos idées, et qui alimente le nécessaire procès citoyen du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter des lois), possible source première du capitalisme, en réorganisant la liste des arguments « en miroir » : vices de l’élection parmi des candidats(*) dans la colonne de gauche, en regard des vertus correspondantes du tirage au sort dans la colonne de droite (cliquez sur l’image) :

J’appelle à l’aide ici notre « cerveau collectif » pour suggérer un meilleur plan de ce comparatif en deux ou trois parties, avec une mise en ordre logique et puissante à l’intérieur de chaque partie, de manière à laisser une trace plus profonde et plus déterminante dans l’esprit des lecteurs.
Je vous passe le fichier au format doc et rtf : ce sera plus simple pour le réordonner/compléter/simplifier à votre guise.

Au plaisir de vous lire 🙂

Elle était vraiment chouette, cette soirée 🙂

Le lendemain aussi a été formidable (les ateliers). Je suis un gros veinard…

Merci à tous pour vos encouragements, vous êtes très émouvants.

Étienne.

(*) l’élection sans candidats n’a rien à voir, absolument rien à voir.

Rendez-vous à Nantes, mercredi et jeudi prochains : le 6 avril pour une conférence-débat à l’École des Mines, et le 7 pour des ateliers constituants

• Mercredi prochain, 6 avril 2016, à 19 h 15, je vous retrouve à Nantes, à l’École des Mines, avec le Collège des Transitions Sociétales, pour une conférence-débat intitulée :

« Pour entrer en démocratie, ne faut-il pas ré-écrire la constitution… ensemble ? »

Il fallait s’inscrire , mais les inscriptions sont closes car on a dépassé les 580 réservations à toute vitesse…

Je pense que ce sera filmé pour ceux qui ne pourront pas être là.
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• Le lendemain jeudi, 7 avril, à 18 h 45, nous nous retrouvons pour des ateliers constituants :

Bonne nouvelle : nous pourrons rester ensemble jusqu’à 23 h 🙂

Pour ces ateliers-ci, on a choisi de ne parler — mais à fond — que du référendum d’initiative populaire.
Je vous prépare aussi une surprise, pour la partie présentation des ateliers 🙂

Là aussi, il fallait s’inscrire, et là aussi nous sommes déjà à bloc, avec 250 réservations (qui est la limite de la salle). Là aussi, nos échanges devraient être filmés.

L’annonce des ateliers sur Facebook, avec les différents préparatifs :
https://www.facebook.com/events/1683367448617504/

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Pour préparer à la fois les ateliers constituants et le RIC, référendum d’initiative citoyenne, voyez cette longue mais importante vidéo (c’était lors d’un voyage émouvant sur l’île de La Réunion ; un très chouette souvenir, avec le Parti Pirate et plein de militants de tous bords, très chaleureux et enthousiastes) :


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J’ai hâte de vous retrouver 🙂

Étienne.

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« L’argent des Banques Centrales n’est donné qu’aux malfrats » #QEforThePeople !

Juste avant la rencontre épatante avec Jacques Testart à Lyon, vendredi dernier, j’ai passé quelques minutes avec les jeunes journalistes d’Agence Info Libre. En voici la trace (27 min) :

Je vous demande pardon, ceux qui suivent mon travail depuis longtemps vont trouver que je radote (et ils ont bien raison 🙂 ) Mais bon, une autre façon de voir ça est de dire que je tiens résolument un cap précis mûrement réfléchi.

Pour les pressés, il existe (déjà) un extrait très court — 3 minutes, ça va ? 🙂 :

Merci à tous ceux qui m’écrivent tous les jours des messages d’encouragement très émouvants et à qui je n’arrive pas à répondre, souvent, faute de temps (vous êtes trop nombreux). Même si je ne réponds pas, comme un affreux jojo que je suis, je vous lis et je puise une grande partie de ma force dans vos messages, qui me montrent que je ne fais pas tout ça pour rien, que ça sert à quelque chose, à quelqu’un. Il faudra peut-être un jour composer un livre avec ces messages ; c’est vraiment très émouvant et chaleureux.

Bon, merci pour tout, donc, et n’oubliez pas de vous entraîner tous les jours à constituer, bande de virus 🙂

Étienne.

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Rendez-vous à Lyon, le 11 mars 2016, avec Jacques Testart, sur le thème « Tirage au sort et démocratie »

Ah ! que je suis content de revoir cet homme-là !
J’aime son regard, dans tous les sens du terme ; j’aime sa certitude que tous les hommes peuvent devenir meilleurs, ensemble, s’ils acceptent de se parler pour décider du bien commun.

Nous allons animer ensemble, avec Jacques Testart, une rencontre publique à Lyon le 11 mars (vendredi prochain) à 19h, pour réfléchir à cette combinaison essentielle (et encore largement méconnue) :
tirage au sort et démocratie.

Ça se passe dans le cadre d’une semaine « Expériences politiques », dont voici le programme (cliquez sur l’image) :
http://experiences-politiques.fr/programme/

Le lendemain après-midi, il y a un atelier constituant 🙂

Nous n’aurons, vendredi soir, qu’une salle de 150 places, je crois, dont 100 ont été offertes ici : https://www.eventbrite.fr/e/billets-tirage-au-sort-et-democratie-experiences-politiques-22163262916, et dont 50 seront disponibles à la Maison Pour Tous (Lyon 3e).

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Je vous parle de Jacques depuis longtemps ( et , par exemple) parce que je trouve son travail extraordinairement utile pour PROUVER (pour que nous puissions être tous bien certains) qu’un monde politique démocratique digne de ce nom est à la fois possible et souhaitable.

Jacques est un scientifique qui réunit des Conférences de citoyens (assemblées tirées au sort) pour qu’elles forgent et formulent leur opinion sur des sujets d’éthique scientifique complexes et controversés. Mais pour lui, une opinion n’a de valeur que si elle est correctement éclairée, et il travaille précisément sur cet éclairage : il fait former les tirés au sort pendant plusieurs séances avant qu’ils ne puissent voter.

Astucieusement, les conditions de cet éclairage de l’opinion (de cette formation des tirés au sort) sont fixées par un Comité de pilotage, composé d’adversaires connus sur le problème controversé en question : ces adversaires ne vont pas mener eux-mêmes la formation, mais ils vont dire quel programme il faut suivre à leur avis, pour que les tirés au sort opinent en toute connaissance de cause.

Voici comment Jacques l’explique (je le trouve passionnant, tout simplement) :

Jacques Testart : Comment les citoyens peuvent s’emparer des choix de société ?

Conférences de citoyens & Démocratie directe

Le site Sciences citoyennes :

http://sciencescitoyennes.org/

Je trouve cette idée (faire piloter l’éclairage de l’opinion de tous par les adversaires d’une controverse, sujet par sujet) intelligente et stimulante, et je réfléchis à sa généralisation à toutes les institutions (sans la limiter aux seuls sujets d’éthique scientifique). Je compte donc poser quelques questions à Jacques pour avoir son sentiment (et ses suggestions) sur des propositions d’utilisation d’éclairage-guidé-par-des-Comités-de-pilotage en matière de politique générale.

Par exemple, si l’on considère qu’on ne peut valablement voter que si on a travaillé le sujet en question, est-ce qu’on ne devrait pas :

1) empêcher les référendums secs, sans débats contradictoires préalables ?
2) empêcher les sondages habituels, et imposer plutôt les sondage délibératifs ?
3) empêcher un député de voter une loi s’il a dormi ou s’il s’est absenté pendant les débats ? 😉
4) imposer aux services publics d’information de présenter toujours deux personnes en désaccord, sans jamais imposer un point de vue univoque ? (C’est juste une piste, car on sent bien poindre mille difficultés.)
5) empêcher (ou dissuader) un électeur d’élire un candidat sans avoir écouté attentivement tous les autres candidats ? (Ne grimpez pas aux rideaux tout de suite, on réfléchit 🙂 )
6) nous auto-organiser à faible coût un parlement citoyen délibératif et permanent, capable au moins de dire de facon fiable ce que désire réellement « le peuple français » sur tous les sujets de son choix. 50 ou 100 tirés au sort pourraient suffire pour cette institution auto-proclammée qui se chargerait d’interpeller les pouvoirs et de donner son point de vue dans les médias (suggestion de Chris).

Etc.

Je vous invite à nous suggérer ici, en commentaires, d’autres applications qui vous viendraient à l’esprit ; par exemple autour des Chambres de contrôle (toutes tirées au sort) : comment éclairer leur jugement ? Quels articles pourrait-on proposer ?

J’aimerais aussi savoir si, pour Jacques, il est (éventuellement) imaginable de faire passer l’éclairage de l’opinion (par Comités de pilotage) de l’échelle de 40 personnes à celle de 4 000 ou même de 40 millions de personnes, et avec quelles modalités.

Avons-nous besoin de représentants ? Est-il possible de désigner des représentants fidèles ? Comment pourrions-nous instituer un bon éclairage de l’opinion d’une Chambre législative 1) élue sans candidats ou 2) tirée au sort (environ 1000 personnes) ? Et si on écrivait un article ?

Par ailleurs, il est des cas où il n’est peut-être pas possible (et peut-être pas souhaitable) de prendre tout ce temps pour éclairer l’opinion de ceux qui vont voter. Je pense notamment à cet article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 qui déclarait le droit sacré (et le devoir indispensable) du peuple à l’insurrection (contre un pouvoir qui serait devenu tyrannique). Est-on d’accord pour dire qu’un référendum révocatoire n’a pas besoin de formation des électeurs ni de comité de pilotage ? 🙂

J’aimerais enfin (si c’est possible, on verra) consacrer un moment à essayer de faire avec Jacques, sur scène, un atelier constituant 🙂 pour montrer à ceux qui se demandent comment ils pourraient faire leurs propres ateliers, pour qu’ils voient comme c’est simple, finalement : on est autour d’une table à prendre un café, et l’un d’entre nous invite la Constitution dans la conversation, en montrant aux autres l’article qu’il a rédigé ce matin à la hâte au réveil ; il n’est pas très bien écrit, mais on s’en fiche car ce n’est qu’une première mouture et le secret de l’action, c’est de commencer. J’imagine que Jacques va me dire « hep hep hep tu as oublié de prévoir ça et ça, non ? » – « Ah oui, que je suis bête, corrigeons… », et on corrige ensemble, et ainsi de suite… La salle pourrait peut-être intervenir pour nous proposer des mots ou des idées…

Si on est en forme, ça peut être pédagogique, ça peut donner envie à plein de gens d’essayer, en donnant en spectacle le fait que les ateliers constituants c’est simple et agréable, non ?

Bon, j’ai déjà hâte d’y être 🙂

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Un dernier mot pour vous parler du dernier livre de Jacques :

L’humanitude au pouvoir Comment les citoyens peuvent décider du bien commun

http://www.seuil.com/livre-9782021219319.htm

C’est un livre génial 🙂 Ah, mais comme ça donne de l’espoir, toutes ces histoires d’humains devenant plus intelligents et plus généreux par l’effet de la délibération collective bien organisée !

Je vais reproduire ici un extrait que je trouve particulièrement émouvant ; c’est à la page 37 :

L’humanitude : intelligence collective avec empathie

Il est des situations privilégiées, hélas fort peu fréquentes, où les personnes impliquées dans une action de groupe particulièrement exaltante semblent subir une mutation intellectuelle, affective et comportementale que je propose de nommer humanitude. Ce terme, dont la sonorité évoquera celui de bravitude, lancé sans nécessité ni bravoure par la présidente de la Région Poitou-Charentes, risque d’être moqué. Pourtant, j’ai découvert après coup que le mot humanitude a déjà été proposé, il y a trente-cinq ans19 et repris en 1995 pour qualifier la relation de bientraitance vis-à-vis des personnes âgées : « Pour rester en relation avec ces personnes et partager avec elles émotion et sentiment, il faut un  »prendre soin » fondé sur toutes les caractéristiques qui permettent aux hommes de se reconnaître les uns les autres : l’Humanitude20. »

Le sens que nous donnons ici à humanitude n’est pas limité à la bienveillance et porte l’idée d’émancipation collective car, au-delà de la compassion, il vise la recherche active de solutions partagées.

Je ne connais pas de mot qui embrasse toutes les qualités que peut manifester une personne en communion avec ses semblables pour proposer, en responsabilité, des actions bénéfiques au plus grand nombre. En effet, si le substantif « humanisme » signale le caractère altruiste, empathique, fraternel, qui se manifeste dans l’humanitude, il ne dit rien sur l’intelligence collective qui permet d’apporter des propositions concrètes.

Ceux qui ont vécu Mai 68 se souviennent de l’empathie presque générale qui s’était emparée des usagers du métro ou de personnes croisées un peu partout : c’était comme si chacun éprouvait soudain le sens du mot fraternité et s’étonnait de n’en avoir rien su auparavant. Dans l’allégresse partagée, et souvent sans motif évident, on se souriait, échangeait des plaisanteries ou des idées un peu loufoques, on s’entraidait sans qu’il soit besoin de demander. Le monde était à nous parce qu’un autre monde semblait possible, libéré des méchants, des exploiteurs, des emmerdeurs et castrateurs, un monde où l’on aurait le droit de vivre intensément chaque instant, de le transformer en fête des sens et de l’esprit, de communier avec chacun qui n’est plus un inconnu, de découvrir le goût et l’aptitude pour le bonheur simple, l’échange, l’imagination, et le respect des gens.

Cette mutation de l’Homo economicus en Homo enfin sapiens sapiens, celui qui agit en conscience, se réalisait dans une situation où bien peu étaient réellement acteurs, seulement contemporains d’un mouvement débordant la médiocrité quotidienne en ouvrant des fenêtres généreuses et fantasques sur la « vraie vie ». Un phénomène comparable peut exister, par exemple à l’occasion d’une grande manifestation publique où s’expriment, dans l’enthousiasme et le nombre, des idées joliment utopiques mais largement partagées, ou à l’occasion d’une grève soutenue qui amène à des complicités profondes avec des collègues qu’on ignorait au quotidien.

Les avancées politiques et sociales obtenues depuis deux siècles ne résultent pas directement du suffrage universel, mais d’abord des luttes sociales, des mouvements à caractère révolutionnaire où fleurissait l’humanitude et qui ont été capables d’imposer ces avancées au législateur : abolition des discriminations raciales ou de l’esclavage, droits des minorités et des femmes, décolonisation, droits sociaux…

L’humanitude n’est pas une qualité individuelle, elle ne jaillit pas d’un mouvement solitaire, mais par l’émulation qui naît au sein d’un groupe en effervescence intellectuelle, morale et affective. Elle figure le meilleur de l’humanité et de l’intelligence partagée. Dans Douze Hommes en colère (film de 1957), le réalisateur Sidney Lumet montrait comment des jurés en viennent à innocenter un homme dont la culpabilité était initialement certaine : contre les jugements trop rapides, c’était un éloge de la réflexion et de l’esprit critique de citoyens gagnés par l’humanitude.

C’est la même humanitude qui se manifeste dans les conférences de citoyens. Celles-ci stimulent l’exaltation de personnes qui découvrent leur capacité à maîtriser un sujet compliqué et ignoré il y a peu, en inventant des solutions auxquelles les experts n’avaient pas pensé ou qu’ils avaient négligées, en éprouvant la puissance du collectif pour élaborer un avis qui échappe aux mesquineries des intérêts particuliers, en esquissant une nouvelle identité où ils peinent à se reconnaître tant elle est faite de savoir, de rigueur et d’altruisme, et en cultivant l’hypothèse que le monde pourrait être changé grâce à cette œuvre à laquelle ils participent.

Selon un expert allemand des jurys citoyens, « toutes les études démontrent que les conclusions sont fortement marquées par la recherche de l’intérêt général. Sa défense est un rôle si attrayant que les citoyens vont jusqu’à proposer des solutions qui vont parfois à l’encontre de leurs propres intérêts. C’est ainsi qu’aux États-Unis les jurys citoyens ont demandé une augmentation des impôts »21.

Pour la plupart, ces citoyens s’attristent de devoir retourner à la médiocrité où la condition ordinaire les condamne, à l’issue d’une telle communion intellectuelle et humaniste avec quelques-uns de leurs semblables. Ainsi peut-on observer « la transformation personnelle que beaucoup de membres des panels disent avoir subie : l’expérience les marque, certains changeant de métier, de mode de vie, s’impliquant dans la vie publique comme ils ne l’avaient jamais fait »22.

Malgré leur pouvoir informatif ou cathartique, aucune des autres procédures « participatives » n’est capable, au moins le temps d’élaboration d’un avis, de transformer un être banal en citoyen responsable capable d’humanitude. En ce sens, il faut craindre que l’engouement croissant pour faire de l’Internet un outil majeur de l’élaboration démocratique vienne briser l’élan d’empathie, lequel passe aussi par la communion physique, les regards complices, les émotions que traduisent les visages.

C’est surtout l’humanitude qui fait l’originalité d’une conférence de citoyens et ce phénomène nous semble découler d’une levée soudaine de la chape oppressive qui inhibait au jour le jour l’intelligence, la générosité, la volonté de savoir et décider. La conférence de citoyens est l’occasion d’une rébellion paisible mais intégrale contre la domestication. Cela ne suffit pas pour conduire une révolution sociale impliquant la majorité de la population, mais donne à espérer dans les capacités humaines pour définir et réaliser de véritables changements. Car les gens qui peuplent nos sociétés sont rarement admirables : souvent lâches, bêtes et égoïstes, la plupart ne sont que la forme inhibée d’Homo sapiens comme la chenille rampante contient le papillon. Permettre la métamorphose, même dans un bref échantillon, c’est constater que l’imago vaut mieux que la larve et qu’il peut s’épanouir chez le plombier ou la ménagère, le bourgeois ou le travailleur précaire, l’apolitique ou l’électeur d’extrême droite… Il s’agit d’une sorte de miracle, qu’ont observé presque tous ceux qui ont organisé ou participé à de telles procédures.

Peut-être n’est-ce possible que grâce à la sélection des seuls volontaires pour constituer un jury citoyen ? En effet, parmi les personnes tirées au sort mais qui ont refusé ce mandat, exigeant et non rémunérateur, on peut penser que certains auraient manqué de l’aspiration curieuse et altruiste nécessaire pour les transformer en « super-citoyens », c’est-à-dire en personnes pleinement conscientes que la solidarité est le meilleur ciment de l’humanité. Par l’acceptation d’une mission collective d’intérêt public, l’émulation naît dans ce petit groupe et éveille la conscience universaliste de ceux qui ne combattent pas pour prendre ou garder le pouvoir. Ainsi se révèle le meilleur de l’humanité. Pourtant, il ne s’agit pas d’élitisme quand ce sont les élus du sort eux-mêmes qui valident leur participation, offerte par le hasard, et que leur rôle fugace et bénévole se concentre sur le bien commun.

Croire aux vertus de la citoyenneté, ce n’est pas célébrer les êtres humains en l’état où les a placés la société, c’est ne pas douter qu’un citoyen sommeille en chacun et s’efforcer de l’éveiller, c’est cultiver l’humanitude pour faire du gogo un citoyen.

Dans l’immédiat, et pour cultiver au plus tôt la capacité d’humanitude, en faire désirer les effets, les enfants pourraient consacrer davantage de temps aux échanges pour des créations collectives (dessin, scénario, chant choral, théâtre…).

Si des conditions opportunes sont capables de révéler l’humanitude, on peut se demander si cet état de l’humain est le fruit d’une levée d’inhibition ou celui d’une stimulation. L’humanitude est-elle empêchée dans les conditions usuelles, ou bien des conditions exceptionnelles sont-elles capables de créer cet état ? On ne peut que remarquer le rôle de l’économie capitaliste pour maintenir les populations dans une situation d’inhumanitude mais d’autres formes de société semblent aussi y parvenir.

Ainsi, même dans les sociétés dites « primitives », une certaine hiérarchie et l’attribution de rôles affectés aux divers membres pourraient freiner les manifestations d’humanitude. Dans nos sociétés néolibérales, une dispute oppose ceux qui accusent le système de « flatter les bas instincts » avec les jeux d’argent, la culture de compétition, le culte de la réussite, etc., à ceux qui répondent qu’on ne doit pas refuser aux gens ce qui les rend heureux. Mais, ce qui indigne finalement si, comme défendu ici, les êtres humains ne sont pas ce qu’ils paraissent, s’ils peuvent plus et mieux, c’est la dérision qui fait nommer démocratie un mode d’administration du monde qui ignore (qui craint ?) ce supplément d’âme et d’intelligence, qui parque les humains dans un troupeau existentiel n’accédant à la vraie liberté que par des lucarnes intermittentes. La démocratie ne peut se suffire de l’exécution des pulsions de l’humain inachevé, mais c’est pourtant là la seule exigence des démocrates aujourd’hui. Si notre système politique ne peut qu’entretenir cette illusion grâce à l’aliénation des majorités à coups de sondages, de débats publics ou d’élections, c’est qu’il s’adresse toujours à la part la plus médiocre de l’humain. Ainsi va la comédie politique…

 Jacques Testart, « L’humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun », Seuil 2015, p. 37 et s..

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Notes :

  1. Freddy Klopfenstein, Humanitude, Genève, Labor et Fides, 1980.
  2. Voir: http://www.igm-formation.net/index.php?option=com_content & task = view & id = 20 & Itemid = 39
  3. Hans-Liudger Dienel, « Les jurys citoyens: pourquoi sont-ils si rarement utilisés ? », in La Démocratie participative inachevée, Marie-Hélène Bacqué et Yves Sintomer (dir.), Paris, Yves Michel, 2010.
  4. Marie-Angèle Hermitte, « Conférence de citoyens », in Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, voir: http://www.participation-et-democratie.fr/node/1289

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154009490537317

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Rappel de cette belle rencontre (pour moi très émouvante) entre trois personnes qui, dans le pays, bossent beaucoup à faire connaître au grand public les vertus fondamentalement démocratiques du tirage au sort en politique :

Plan détaillé minuté de « J’AI PAS VOTÉ – La rencontre – Étienne Chouard, Jacques Testart et Yves Sintomer »
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_de_%22J’AI_PAS_VOT%C3%89_-_La_rencontre_-_%C3%89tienne_Chouard,_Jacques_Testart_et_Yves_Sintomer%22
(Ouf ! Quel boulot ! Merci ! 🙂 )

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Autre rappel important :
Traitement des Objections contre le Tirage au Sort
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Affichage_Objections_contre_le_Tirage_au_Sort

NOTRE CAUSE COMMUNE : apprendre ensemble à instituer NOUS-MÊMES notre puissance politique

Voici une bonne synthèse de NOTRE (INDISPENSABLE) CAUSE COMMUNE, autour de laquelle nous devrions TOUS nous réunir — vraiment TOUS ! — partout sur terre, en refusant obstinément de donner prise aux semeurs de zizanie :

>>> seuls les citoyens eux-mêmes, sans représentants, sont capables d’instituer une démocratie digne de ce nom, c’est-à-dire la puissance politique du peuple ; des citoyens dignes de ce nom sont forcément des citoyens constituants <<<

Cette courte vidéo est extraite de « Dédale, un fil vers la démocratie », un film passionnant (et malheureusement censuré) sur l’important laboratoire grec :

Faites passer 🙂

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PS :
• le film entier « Dédale, un fil vers la démocratie » est téléchargeable ici : http://preuves-par-images.fr/#/dedale-un-fil-vers-la-democratie

• L’histoire de la censure du film « Dédale, un fil vers la démocratie » :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2013/06/01/330-censure-du-film-dedale-un-fil-vers-la-democratie

• Pour comprendre les racines du racket infligé au peuple grec, coup d’État mafieux qui nous sera bientôt imposé à nous aussi (par nos prétendus « représentants », soi-disant « compétents »), je vous conseille aussi cette formidable soirée (un million de vues) avec Myret Zaki :

• Pour creuser d’autres types de démocraties, voyez ceci :
Chouard prend une leçon de démocratie par des pirates, des indiens et des serfs
http://chouard.org/blog/2014/11/07/chouard-prend-une-lecon-de-democratie-par-des-pirates-des-indiens-et-des-serfs/
=> Seules les société démocratiques où les citoyens sont armés votent.
=> Les autres sociétés démocratiques, beaucoup plus nombreuses, décident à l’unanimité.
Ne ratez pas ça.

• Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153617206007317?pnref=story

« On passe à l’acte » Écrire nous-mêmes les constitutions pour améliorer nos sociétés

De jeunes militants (qui animent le site « On passe à l’acte ») m’ont interrogé l’an dernier (en 2014), lors de l’Université d’été du Revenu de base.
Voici la première vidéo qu’ils en ont tirée.
J’espère que ce sera bien contagieux 🙂

(Pardon pour les quelques gros mots qui m’ont échappé…
Mais bon, c’est pas du théâtre, c’est la vraie vie, c’est pas grave.)

http://onpassealacte.fr/initiative.ecrire-nous-meme-les-constitutions-pour-ameliorer-nos-societes.91396246272.html

Version courte (4’30) :

J'ai décidé d'organiser des ateliers d'écriture… par onpassealacte

Version longue (7’45) :

J’ai décidé d’organiser des ateliers d’écriture… par onpassealacte

Le fil Facebook (bien crépitant) correspondant à ce billet est ici.

Vous trouverez plein de ressources utiles sur les ateliers constituants à cette adresse : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Catégorie:Atelier_constituant.

Magnifique plaidoyer de Judith Bernard, pour le tirage au sort, la seule procédure démocratique digne de ce nom.

Magnifique plaidoyer de Judith Bernard, pour le tirage au sort, la seule procédure démocratique digne de ce nom.

Un peuple devenu constituant saura tenir en respect tous les voleurs de pouvoir.

Je prépare moi-même une réponse à Pascale Fautrier, et c’est si important que je vous demande un peu de patience ; je sais que ça urge, mais je vais quand même me relire et me corriger beaucoup.

Je vous remercie tous pour votre immense énergie positive. Ce serait juste impossible d’encaisser tout ça sans vous. N’oubliez pas, s’il vous plaît, d’être toujours très gentils, même quand vous êtes révoltés d’une injustice qui m’est faite. Un excès n’en justifie pas un autre. Jamais. Soyons nous-mêmes comme nous voulons que le monde devienne.
Encore merci, bande de virus 🙂

Les militants du sort portent un projet radicalement antifasciste.

http://blogs.mediapart.fr/blog/judith-bernard/241114/les-militants-du-sort-portent-un-projet-radicalement-antifasciste

24 novembre 2014 | Par Judith Bernard

Me voici donc sommée de m’expliquer : de m’expliquer, en tant que signataire du M6R, en tant que membre du Comité d’Initiative de ce mouvement, sur ma position favorable au tirage au sort pour la désignation de la Constituante, et sur mon « indulgence avec Chouard et sa mouvance », qui est supposée être une complaisance avec Alain Soral et ses discours délirants.

Le tirage au sort est désormais suspect ; voilà plusieurs fois qu’il est soupçonné d’être l’ingrédient d’un projet « fasciste ». La chose pourrait faire rire ceux qui découvrent cette polémique, elle est pourtant à pleurer tant elle procède d’un hystérique refus de penser selon les règles de la plus élémentaire rationalité. Pascale Fautrier, dans le papier où elle m’intime de me justifier, et même de démissionner des instances du M6R où je suis engagée, affirme en effet ceci : « Il y a quelque chose dans le tirage au sort qui a à voir avec ce raccourci anti-rhétorique qu’est le fascisme – auquel leurs partisans feraient bien de réfléchir. »

Reprenons donc les éléments du raisonnement, puisqu’on nous enjoint de réfléchir : ceux qui militent pour le tirage au sort sont pour la plupart engagés depuis longtemps dans une réflexion sur les institutions politiques. Ils observent que la « crise » où la France, comme d’autres démocraties occidentales, est plongée depuis des décennies ne trouve pas de réponse du côté d’un corps politique manifestement plus empressé à servir les intérêts du capital qu’à servir l’intérêt général. Cette incurie politique est essentiellement liée à la nature de nos institutions, et d’abord à la mère de toutes : la Constitution. Je l’écrivais dans ma déclaration d’adhésion au M6R, cette Constitution doit être réécrite, et cette fois elle doit être écrite par le peuple, et pour le peuple. Seul un processus constituant citoyen pourra instituer la puissance populaire qui passe par quelques règles élémentaires : la révocabilité des élus, l’interdiction du cumul des mandats, la reddition des comptes, le référendum d’initiative citoyenne, règles élémentaires, mais peu susceptibles d’être écrites par des élus qui n’y verraient (à juste titre) que contraintes limitant leur prospérité et leur carrière.

S’il faut des citoyens et non des élus pour écrire ces règles, la question de leur mode de désignation se pose : le tirage au sort se présente, parmi d’autres options, comme une solution raisonnable, expérimentée ici et là sur la planète – sans avoir précipité les peuples qui s’y étaient risqués dans le péril fasciste. Et l’on voit bien pourquoi : le tirage au sort repose sur la reconnaissance d’une absolue égalité entre tous les citoyens. C’est un outil parfaitement aveugle aux conditions de classe, d’origine, de religion ou de sexe, et la plus ferme garantie qui soit contre toute tentative de discrimination. En cela il est l’antidote d’un projet fasciste – volontiers porté, lui, sur la désignation d’une communauté jugée coupable, et désignée à l’opprobre ou à l’extermination. En outre, en confiant l’écriture des règles de la démocratie au peuple, dans l’hypothèse d’une Constituante tirée au sort, il se donne comme projet d’instituer la souveraineté populaire, enfin à même de se protéger des abus de pouvoir : tandis que le fascisme repose sur le culte d’un chef omnipotent, les règles auxquelles les militants du sort aspirent consistent toutes dans la limitation des pouvoirs des gouvernants, afin que nulle capture fasciste des forces de l’Etat ne soit possible. Le tirage au sort est donc, à ce titre également, un antidote au fascisme, et non son allié. Ceci est pour les principes de philosophie politique qui sous-tendent la vision portée par les militants du sort.

Cela devrait suffire, mais il faut apparemment se positionner sur Soral, sur qui se focalisent désormais les controverses qui traversent actuellement le débat : cette polarisation autour d’un seul homme est absurde et regrettable, mais puisqu’il faut lever le malentendu – les militants du sort étant désormais accusés d’être des « soraliens » déguisés, ayant entrepris de « noyauter » le mouvement pour la 6ème République avec une idéologie d’extrême-droite (et je redis que c’est irrationnel puisque les militants du sort refusent catégoriquement toute figure de « chef » ainsi que tout projet discriminatoire, qui sont les ingrédients constitutifs de cette idéologie toxique), alors je vais le dire : Soral produit un discours que j’exècre. Les relents antisémites, sexistes et homophobes qui émanent de ses allocutions suffisent à discréditer pour moi sa position politique, qui me paraît délirante : parce qu’il tend à la discrimination d’une communauté jugée inférieure (les « pédés ») ou d’une autre jugée dangereusement puissante (les juifs), parce qu’en outre il appelle à un « despotisme éclairé » de sinistre augure, il incarne à mes yeux un projet de société haïssable, et absolument à l’opposé de la démocratie exigeante, réelle et non pas seulement invoquée, pour laquelle je milite. Je l’écris sans peine – et pourtant je m’inquiète qu’il faille désormais se prêter à ce rituel de la condamnation publique de Soral pour s’acheter un certificat de légitimité à participer au débat public.

C’est essentiellement parce qu’Étienne Chouard a jusqu’à présent refusé d’en passer par ce rituel de condamnation publique qu’il est accusé d’être un soralien déguisé. Qu’il ait montré à l’égard de Soral une coupable indulgence, en le qualifiant, quand on l’interrogeait sur lui, de « résistant », sans dénoncer vigoureusement son antisémitisme, est une chose certaine : je l’ai maintes fois interpellé là-dessus, et nous sommes nombreux à lui avoir demandé de clarifier ses positions d’une manière qui ne permette plus de malentendu. Cette indulgence avec l’homme, en effet problématique, ne doit cependant pas être prise pour une complaisance envers les idées fascisantes dont Soral est l’expression : il n’y a pas trace chez Étienne Chouard de la moindre orientation antisémite, homophobe, sexiste, ni la moindre fascination pour une société assujettie à un chef – puisque, comme je le répète inlassablement, en militant du tirage au sort il met au dessus de tout le refus de toute discrimination, et l’aspiration à un contrôle citoyen de tous les pouvoirs.

D’une manière générale, il est urgent que le débat sur le tirage au sort, et plus généralement sur les procédures envisagées pour la désignation de la Constituante (mixte d’élection et de tirage au sort, écriture participative à l’échelle de toute la société par la voie des outils numériques dont nous disposons désormais…) ait lieu dans des conditions dignes de son importance. C’est-à-dire sans que cette idée, en soi insoupçonnable de dérive totalitaire, soit entachée par des amalgames calomnieux ou des articles diffamatoires quant aux personnes qui s’en font les porte-parole. Ce qui est en jeu ici est la réflexion sur la refondation d’une démocratie qui instaure enfin réellement la souveraineté populaire : c’est un combat historique, qui mérite mieux que les invectives personnelles, d’abjectes calomnies, et cette sorte de chasse aux sorcières que d’aucuns semblent vouloir remettre au goût du jour, déguisant sous les oripeaux d’une lutte prétendument « antifasciste » le refus d’un débat authentiquement démocratique.

Judith Bernard.

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/judith-bernard/241114/les-militants-du-sort-portent-un-projet-radicalement-antifasciste

1 heure sur Radio Grenouille (Marseille, 88,8 FM), ce jeudi à 13h30, avec Christophe Meierhans, qui présente théâtralement sa proposition de constitution, au MUCEM (ce soir)

Étonnante découverte : les animateurs de Radio Grenouille (pour qui j’ai fait quelques chroniques il y a quelques années) m’invitent à rencontrer chez eux Christophe Meierhans, et je découvre à cette occasion un travail étonnant et utile, que les GV ne manqueront pas d’étudier, j’en suis sûr.

Christophe travaille un projet de Constitution et le présente sous forme théâtrale :

http://www.mucem.org/fr/node/2873

Son spectacle s’intitule :
Some use for your broken clay pots
(Suggestion d’utilisation pour vos poteries cassées 🙂 )

J’ai trouvé quelques commentaires de ce spectacle qui donnent bien envie d’aller voir, ce soir à Marseille, de quoi il retourne ; celui-là par exemple :

l’envoi de Paul Hermant à Christophe Meierhans
26 avril 2014, 11:00 | Paul Hermant

« Cher Christophe Meierhans, ce n’est pas la première fois que je m’entretiens avec un constitutionnaliste, mais c’est sans doute la première fois que je m’adresse à quelqu’un qui a rédigé une Constitution tandis qu’on ne lui avait rien demandé.

J’ai par exemple le souvenir de mon ami Kamel Jendoubi suant pendant des mois et des mois sur la Constitution tunisienne d’après Ben Ali : plus le temps passait, plus il s’épuisait. Cet exercice lui pesait plus encore que la résolution de la quadrature du cercle.

Bon, mais maintenant, ça y est, c’est fait, cela tourne plus ou moins rond et il peut respirer à l’aise. Peut-être mieux que nous qui, dans un mois assez exactement, allons vivre la mère de toutes les élections, enfin quand je dis la mère de toutes les élections on disait déjà ça des dernières qui nous avaient valu plus de 500 jours de vacances gouvernementales fédérales, alors peut-être que le prochain scrutin sera finalement la grand-mère de toutes les élections. Ou la fille. Ou la cousine, on ne sait plus bien. Nous sommes un peu perdus, à vrai dire.

Alors, tant mieux s’il existe des gens qui rédigent des Constitutions sans qu’on leur ait rien demandé. Et que vous soyez, cher Christophe Meierhans citoyen d’un pays, la Suisse, qui a construit sa démocratie sur les votations et les référendum d’initiative populaire ajoute encore un peu de sel à la chose.

Car voilà bien que l’on comprend que tous et partout, nous cherchons des alternatives à la façon dont les peuples se présentent et se représentent.

Sans doute sommes-nous nombreux à constater en effet que le système électoral tel que nous l’utilisons aujourd’hui n’a jamais vécu de réelle rénovation depuis sa naissance lors de la révolution industrielle qu’il a accompagnée. N’importe quoi, dans quelque secteur que ce soit, qui n’aurait pas été retouché et entretenu depuis plus de deux siècles serait, je pense, dans le même état. En vérité, assez décrépi.

Les partis, qui sont le corps du système électoral, vivent désormais sans trop de membres et les journaux, qui en étaient l’âme, survivent aujourd’hui sans assez de lecteurs. Le système électoral délégatif, celui où nous désignons ce qui s’appelle littéralement un représentant, trouve sans doute ses limites dans cette perte où les électeurs comme les lecteurs ne trouvent plus de lieu où attiser leur feu.

D’où sans doute, ces appels à réinventer l’acte démocratique en soi car l’on se rend compte peu à peu que déléguer sa voix ne suffit plus, ne suffit pas, n’épuise plus aucune sorte d’idéal et n’épouse plus non plus beaucoup de convictions.

Je vais vous dire, cher Christophe Meierhans : il y a des jours où l’on ferait bien double ou triple chronique et où l’on sait que quoi que l’on dise ce sera à la fois trop court et trop long, de sorte que sur toutes les idées bien revigorantes que vous proposez : le tirage au sort, la négociation pentatonique, le Service démocratique, le nombre de mots que peuvent comporter les lois ou les rituels constitutionnels , rituels de passage entre citoyens — vous inventez ici une parade, presque un carnaval, autant dire un charivari — de tout cela donc je vous laisserai deviser avec Pascale Seys.

Je noterai simplement que votre Constitution débute par un chapitre sur la Disqualification, sorte de miroir renversé du choix par défaut que nous effectuons, semble-t-il, de plus en plus souvent lors des consultations électorales. (Et, entre nous soit dit, ce mot de consultation décrit déjà assez bien en lui même la pathologie démocratique ambiante).

Mais donc, cet ostracisme à la grecque que vous proposez— d’où le titre de votre ouvrage et de votre spectacle que je pourrais traduire librement par  » quelque idées pour utiliser vos tessons de poteries  » (il s’agit là d’une référence à la manière dont se pratiquait l’ostracisme : en notant un nom sur un morceau de poterie),…. ce système qui disqualifie donc a posteriori suppose que l’on puisse non seulement être à être désavoué sur ses actes et sur ses décisions mais que l’on puisse l’être aussi de façon quasi permanente et non pas lors d’échéances programmées, ce système donc tranche assez bien avec les régulations qui sont aujourd’hui les nôtres.

Au total, je le disais, un livre et un spectacle qui ont le sens de la montre et qui tombent exactement à leur heure…

Il y a tout de même cette question : pourquoi est-ce que ce sont des poètes, des écrivains, des plasticiens qui, aujourd’hui se préoccupent des formes de représentations et de participations citoyennes tandis que l’on pourrait penser que c’est là sinon le travail de véritables constitutionalistes ou de juristes spécialisés, au moins de politiques… Le G1000 hier, vous aujourd’hui… Des gens de la culture, des artistes… Vous me direz : il y a bien des ministres de la Culture ou de l’Emploi qui s’occupent de donner des statuts aux artistes sans avoir jamais écrit une chanson ou défendu un texte sur scène, et ce n’est dès lors que saine justice que les gens de la culture s’emparent à leur tour de questions qui semblent le pré carré du monde de la politique.

Et c’est pourquoi, vous ne serez pas surpris et encore moins meurtri si, — précisément parce que vous occupez un terrain qui n’est pas réputé le vôtre — l’on vous moque un peu et que l’on vous serine d’ici et de là que tout cela n’est jamais que billevesées et calembredaines… Vous savez ce que d’on dit : d’abord, on vous ignore, ensuite on vous raille, puis on vous combat et, enfin, vous gagnez. Je vous souhaite le bon jour.

Paul Hermant

Source : http://www.rtbf.be/musiq3/article_l-envoi-de-paul-hermant-a-christophe-meierhans?id=8267804

 
Je suis en train de plancher sur le fichier PDF de son projet de constitution.

C’est long, mais c’est très intéressant 🙂

13h30 sur Radio Grenouille (Marseille 88,8 FM) et 20h30 au MUCEM, donc.
À tout à l’heure ?

Yves Sintomer, professeur de sciences politiques : «Le tirage au sort permettrait de recrédibiliser la politique»

Yves Sintomer : « Le tirage au sort permettrait de recrédibiliser la politique »

par Martine Kis

Yves Sintomer, professeur de sciences politiques
© CNRS-C. Frésillon

Le tirage au sort, vieille pratique politique, tombée en désuétude, retrouve une certaine popularité. Y recourir permettrait à une large fraction de la population qui ne s’exprime pas et qui n’est plus représentée par les élus, de participer au débat démocratique, comme l’explique Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à Paris VIII.

Courrierdesmaires.fr. Pourquoi serait-il intéressant de parler, aujourd’hui, de recourir au tirage au sort pour la représentation des citoyens ?

Yves Sintomer(1). Parce que la démocratie est un régime où l’on invente régulièrement. Depuis deux siècles, nous avons eu plusieurs constitutions, la création des partis politiques, un bouleversement des équilibres institutionnels. Et cela va continuer. Il n’y a aucune raison pour que la vie politique du XXIe siècle ressemble à celle du XXe siècle – et le tirage au sort est l’une des pistes possibles de renouvellement.

Quelles critiques peut-on faire au système de l’élection ?

Y. S. L’élection fonctionnait bien lorsque l’on avait des partis de masse, qui sélectionnaient le personnel politique amené à gouverner et organisaient la société, directement ou à travers des syndicats et des associations. Ces partis constituaient des canaux de communication entre les citoyens et les gouvernants et menaient une réflexion sur l’avenir.

Aujourd’hui, les partis n’organisent plus la société, les classes populaires ont décroché de la vie politique organisée par eux. Naguère, c’est dans les banlieues rouges que l’on votait le plus. Les classes populaires ne sont presque plus représentées à l’Assemblée nationale, les maires qui en sont issus sont de plus en plus rares. Les canaux de communication entre citoyens et gouvernants ne fonctionnent pas. Quant à la vision de l’avenir, elle ne se trouve plus guère dans les partis.

Le résultat de tout cela est que les élections tournent à vide. L’abstention, le mécontentement croissant, mais aussi des mouvements comme “Occupy” et des manifestations plus ou moins violentes sont des expressions de distanciation.

Comment donc donner du souffle à la politique ?

Y. S. Il ne s’agit naturellement pas de supprimer les partis et les élections, mais de les coupler avec d’autres mécanismes. Et l’un de ceux-ci pourrait être le tirage au sort de personnes qui pourraient discuter, opiner, proposer, décider même, dans des domaines d’intérêt public. On aboutirait ainsi à un avis éclairé, qui ne sera peut-être pas celui du peuple consulté par référendum ou par sondage.

Ce n’est pas une vue de l’esprit, une théorie universitaire. Chaque année des centaines d’expériences sont menées dans le monde. Et le tirage au sort a été largement utilisé au cours de l’histoire.

Quels sont les grands exemples historiques ?

Y. S. Il a été utilisé dans l’Antiquité par la démocratie athénienne, lors de sa période de plus grande puissance. Il était fondamental pour constituer la “Boulê”, le conseil législatif, pour désigner une grande majorité des charges politiques, les jurys populaires.

Florence aussi y a eu recours, à l’époque où elle a inventé la Renaissance, la perspective… La Révolution française l’a adoptée pour les jurys d’assises. Aux Etats-Unis, le jury populaire est toujours un pan important de l’organisation de la justice.

 

« On sait désormais que le tirage au sort permet de sélectionner un échantillon représentant toutes les strates de la population, jeunes, vieux, hommes, femmes, éduqués ou non, etc. Ce que l’élection ne fait plus. »

 

Quelle était l’argumentation pour privilégier le tirage au sort ?

Y. S. Les Grecs lui reconnaissaient de permettre l’impartialité et de limiter les conflits pour le pouvoir, en désignant des personnes dont la carrière n’était pas en jeu grâce à une rotation rapide. Pour eux, démocratie signifiait aussi être tour à tour gouvernant et gouverné.

Quand la politique a été réinventée dans les communes, au Moyen-Age en Italie, le tirage au sort a été couplé à l’élection pour parvenir à plus d’impartialité. Chaque année, Florence tirait au sort un millier de personnes parmi environ 12 000 hommes adultes, sur une population totale de 20 000 personnes.

Pourquoi le tirage au sort a-t-il régressé à l’époque moderne ?

Y. S. Les pères fondateurs des révolutions françaises et américaines ne voulaient pas la démocratie, mais une aristocratie élective. Il s’agissait de permettre au peuple de désigner les meilleurs.

En outre, le tirage au sort ne paraissait pas possible dans les grands pays. On ne concevait pas que 500 personnes puissent représenter 20 à 30 millions d’habitants.

Les choses ont changé avec la notion d’échantillon représentatif de la population, que les sondages ont popularisé. On sait désormais que le tirage au sort permet de sélectionner un échantillon représentant toutes les strates de la population, jeunes, vieux, hommes, femmes, éduqués ou non etc. Ce que l’élection ne fait plus.

Quels en sont les exemples récents de mise en œuvre?

Y. S. En France, nous avons une prolifération d’exemples au niveau local, avec les conseils de quartier, les conférences citoyennes. Au niveau national, il y a des consultations sur des sujets scientifiques, techniques, d’aménagement du territoire.

En Colombie britannique, au Canada, une assemblée tirée au sort a travaillé pendant un an sur une nouvelle loi électorale, soumise ensuite à référendum. Elle a obtenu la majorité des suffrages, mais pas la majorité qualifiée nécessaire à son adoption.

Autre grand exemple : l’Islande, après la faillite de son système bancaire. Deux grandes assemblées tirées au sort ont discuté sur la refondation du pays et sur une nouvelle constitution. L’expérience a capoté suite au revers électoral du parti qui la portait. Mais elle pourrait se renouveler.

 

« Le tirage au sort limite les querelles liées à la conservation ou à la recherche du pouvoir. »

 

Qu’en pensent les partis politiques ?

Y. S. Aujourd’hui, partis et fondations politiques s’emparent de cette idée. Le Front national propose le tirage au sort pour la désignation des membres du Conseil constitutionnel, parmi plusieurs groupes de hauts fonctionnaires.

Fondapol, proche de l’UMP, propose de désigner ainsi 10% des conseillers municipaux. L’Institut Montaigne, libéral, a organisé une conférence citoyenne sur la réforme de la santé basée sur le tirage au sort.

La Fondation Jean Jaurès, socialiste, a publié une note sur les jurys citoyens tirés au sort. La Fondation Nicolas Hulot préconise une 3e chambre tirée au sort. Attac veut remplacer le Sénat par une Chambre des citoyens tirés au sort. Bref, tout l’arc politique s’y intéresse.

Quels sont les thèmes qui se prêtent à ce type de débat ?

Y. S. Tout d’abord ceux où l’on a besoin d’impartialité, où il faut neutraliser les intérêts particuliers, comme la réforme de la carte territoriale, le changement de mode de scrutin, la modification des périmètres des circonscriptions électorales. Le tirage au sort limite les querelles liées à la conservation ou à la recherche du pouvoir.

Autre cas : les questions très précises et controversées, comme l’aménagement d’un barrage, l’autorisation ou non des OGM, la municipalisation de la gestion de l’eau, la construction d’une usine d’incinération… Sur ce type de question, les citoyens peuvent se former et prendre une décision pertinente.

Enfin, au niveau microlocal, on peut mobiliser le savoir d’expertise d’usage des habitants. Par exemple pour l’aménagement d’une place. Les conseils de quartiers ne sont en effet généralement pas représentatifs de la population. C’est pourquoi on y crée parfois un collège tiré au sort.

Le problème n’est-il pas que les élus refusent ce qu’ils voient comme une dépossession de leur pouvoir ?

Y. S. Ils doivent comprendre que le pouvoir n’est pas un jeu à somme nulle. Ce n’est pas parce qu’ils en donnent une part à d’autres qu’ils en auront moins. Au contraire. On peut avoir un jeu gagnant-gagnant.

Ces pratiques contribueraient à recrédibiliser la politique, montreraient la complexité de la prise de décision. Il faut mettre fin à une division de travail absurde entre des élus qui auraient le monopole de la défense de l’intérêt général et des citoyens qui ne défendraient que leur bout de gras.

En outre, il n’est pas question de mettre fin ni aux élections ni aux référendums, mais de le coupler avec les initiatives populaires et le tirage au sort.

Pour dépasser le stade actuel, il faudrait cependant institutionnaliser ces dispositifs, pour qu’ils ne dépendent pas du libre arbitre des décideurs.

 

« À travers une animation dynamique et équilibrée de la délibération, les différences de diplômes, de culture, de niveau social sont largement neutralisées. »

 

N’y a-t-il pas finalement un risque de tirer au sort des personnes trop peu qualifiées, inaptes à participer aux débats ?

Y. S. L’exemple d’Athènes et de Florence montre que le tirage au sort n’empêche pas un rayonnement politique et culturel exceptionnel.

Plus récemment, l’Institut Montaigne a organisé une conférence citoyenne sur la réforme de la santé avec un jury tiré au sort, comprenant quelques personnes ayant des difficultés d’alphabétisation. À la fin, les experts ont reconnu qu’ils n’avaient jamais vu une telle qualité de discussion.

À travers une animation dynamique et équilibrée de la délibération, les différences de diplômes, de culture, de niveau social sont largement neutralisées. Et l’on découvre que ce ne sont pas toujours les « forts en gueule » qui s’expriment le plus et le mieux.

Yves Sintomer.

Note 01:Professeur de sciences politiques à Paris VIII, Yves Sintomer est membre de l’Institut universitaire de France

Source : http://www.courrierdesmaires.fr/42341/yves-sintomer-professeur-de-sciences-politiques-le-tirage-au-sort-permettrait-de-recredibiliser-la-politique/

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Je rappelle cette rencontre stimulante (Testart, Sintomer, Chouard… un chouette souvenir), que vous aimerez voir ou revoir pour apprivoiser l’idée du tirage au sort de façon apaisée et constructive :

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Voir aussi :
Peter Jones: The lesson of Athens :
« to make people care about politics, give them real power »

http://equalitybylot.wordpress.com/2014/11/14/peter-jones-the-lesson-of-athens/

« Libération » pose la question : « Une assemblée tirée au sort ? », mais curieusement, sans dire quelle assemblée…

http://www.liberation.fr/politiques/2014/11/13/une-assemblee-tiree-au-sort_1142113

Image de tirage du LOTO pour discréditer le tirage au sort en politique

C’est Clément-le-Terrible qui en remet une couche (on reconnaît sa façon de s’exprimer), mais toujours sans dire un mot du conflit d’intérêts des politiciens dans le processus constituant, vous noterez, bande de virus 🙂
Ça ne l’intéresse pas, décidément ; pour lui c’est un détail…

J’ai posté ce commentaire (en attente de modération) :

« Bonjour,

Il est étonnant de publier ainsi une critique du tirage au sort en politique sans dire un seul mot — mais alors pas un seul, c’est amusant — du (scandaleux) CONFLIT D’INTÉRÊTS DES ÉLUS DANS LE PROCESSUS CONSTITUANT ; conflit d’intérêts que le tirage au sort permet précisément d’éviter, mécaniquement.

Une Constitution digne de ce nom est le texte supérieur qui doit protéger le peuple contre les abus de pouvoir ; une constitution (digne de ce nom) doit limiter et contrôler tous les pouvoirs ; une constitution (digne de ce nom) doit surtout — très prioritairement — AFFAIBLIR les pouvoirs, pour nous protéger (tous, et tout le temps) contre toutes les formes d’arbitraire.

Quand un professionnel de la politique (qui fait de l’exercice du pouvoir politique son métier) — un parlementaire ou un ministre ou un candidat au pouvoir… — écrit la Constitution, il est à la fois juge et partie, indubitablement, il a un intérêt personnel (instituer sa propre puissance) contraire à l’intérêt général (instituer la puissance du peuple).

Toute ÉLECTION d’une Assemblée constituante parmi des candidats professionnels de la politique conduira DONC mécaniquement à ce conflit d’intérêts dramatique (et à l’impuissance populaire qui en découlera forcément, toujours et partout).

Un élu écrira toujours une anti-constitution, conformément à son intérêt personnel.

Le tirage au sort (TAS) est un antidote anti-oligarchique. Universel.

En l’occurrence, en tenant les professionnels de la politique À L’ÉCART du processus constituant, le tirage au sort de l’Assemblée constituante protège le peuple contre ce conflit d’intérêts constituant, PREMIER ET CAUSAL.

Plus généralement, égalitaire et incorruptible, le tirage au sort est LA procédure démocratique DE BASE, par définition. Pour cette raison, le tirage au sort ne sera jamais défendu par des professionnels de la politique (à cause du conflit d’intérêts), et c’est au peuple lui-même de le défendre pied à pied.

D’une façon plus fondamentale, seul le peuple lui-même peut instituer sa propre puissance, en participant directement au processus constituant (et/ou en le contrôlant à tout moment).

En matière d’émancipation populaire, la solution ne viendra pas des élus, jamais ; car les élus sont, précisément, le problème. Ce sont les élus qui infantilisent (et dominent) les électeurs, par construction.

• Un citoyen est un adulte politique : il vote lui-même les lois auxquelles il consent à obéir.

• Un électeur est un enfant politique : il désigne des maîtres qui voteront tout à sa place, parmi des candidats qu’il n’a même pas choisis.

En fait, il n’est de citoyens que constituants.

Pour en savoir plus, voyez ce lien :
http://chouard.org/blog/2014/10/09/reponses-a-clement-senechal-sur-le-tirage-au-sort-en-politique/

Bien cordialement.

Étienne Chouard »

Chouard prend une leçon de démocratie par des pirates, des indiens et des serfs

J’aime bien le titre qu’a choisi Benoît pour cette nouvelle fiole d’élixir viral 🙂
Et puis la musique de film à la fin… Sacré virus, ce jeune homme !

Évident (et monstrueux) COMPLOT : les 99% ne devraient pas se laisser intimider par l’accusation de « théorie du complot », accusation qui protège les comploteurs et les traîtres, en interdisant tout diagnostic correct (et donc toute remédiation) des drames en cours

Un jeune homme de l’Agence Info Libre à Marseille m’a proposé de parler un peu, au calme, du « prix Nobel » Jean Tirole et de quelques autres sujets économiques.

Laurent Mauduit,  Steve Keen,  Jean Massin,
Inside Job : les universitaires économistes pris la main dans le sac
(Ne ratez à aucun prix le film « Inside Job » : c’est une bombe.)

Finalement, on a parlé de l’émission « Ce soir ou jamais » (extrait à 5 millions de vues au cours du seul mois de septembre), de Jean Tirole, donc, et de la catastrophique corruption de l’enseignement universitaire dont cet homme est coresponsable, de Laurent Mauduit qui démontre puissamment ces malversations en France (avec son livre révoltant « Les imposteurs de l’économie ») et de Steve Keen qui dénonce la même intoxication intellectuelle de nos meilleurs enfants (et du public) partout dans le monde (avec son livre formidable « L’imposture économique »), deux importants résistants contre ce dévoiement criminel de notre école par les escrocs qu’on appelle gentiment « la finance » ou « le capital ». On a aussi parlé du film bouleversant Inside Job, du ministre de l’économie Emmanuel Macron (banquier gouvernant carrément le pays qu’il ruine), du tirage au sort (bien sûr, mais ce n’est pas le plus important), d’auto-éducation populaire constituante, du parti de Pierre Larrouturou « Nouvelle Donne », et de Mélenchon :


__________
 
Pour approfondir ces sujets importants :

► « LES IMPOSTEURS DE L’ÉCONOMIE » de Laurent Mauduit :

Laurent Mauduit,

• Une bonne recension de ce livre important sur (l’excellent site) Le Grand Soir : Laurent Mauduit. Les Imposteurs de l’économie.
http://www.legrandsoir.info/laurent-mauduit-les-imposteurs-de-l-economie.html

• L’article de Laurent Maudit sur Tirole-l’imposteur-doublé-d’un-corrupteur (article important, prenez le temps de lire ça, c’est du journalisme digne de ce nom), sur Médiapart (abonnez-vous, ces donneurs d’alerte ont besoin de notre aide à tous, pour rester indépendants de « la finance ») :

Jean Tirole, prix Nobel des «imposteurs de l’économie»

|  Par Laurent Mauduit

Le Nobel a été attribué lundi au président et fondateur de l’École d’économie de Toulouse, l’un des principaux promoteurs en France de l’OPA de la finance sur l’enseignement et la recherche économique à l’université.

C’est, sans grande surprise, un concert de louanges qui a accueilli l’attribution du « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel » – improprement appelé prix Nobel d’économie – au Français Jean Tirole. Du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, jusqu’à Jacques Attali, en passant par Najat Vallaud-Belkacem ou encore Valérie Pécresse, ce sont des applaudissements venus de tous les horizons qui ont salué le président et fondateur de l’École d’économie de Toulouse, par ailleurs professeur invité au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Jean Tirole.Jean Tirole. © (dr)

Avant de se laisser emporter par cet unanimisme émouvant et un tantinet franchouillard, mieux vaut savoir qui est l’heureux récipiendaire de cette récompense planétaire. Car le personnage suscite aussi beaucoup de controverses. Il est même celui qui a le plus contribué, en France, à l’OPA du monde de la finance et de l’assurance sur la recherche économique de pointe. Il est, dans notre pays, l’une des figures les plus connues de cette catégorie d’experts que j’avais baptisés dans un livre publié en avril 2012, les Imposteurs de l’économie (Éditions Pocket), dont Mediapart avait publié les bonnes feuilles (lire L’OPA de la finance sur la recherche économique). Et il n’y a guère que l’association Attac qui s’en soit souvenu, lundi, en publiant un communiqué à contre-courant : « Alors qu’un déluge de commentaires élogieux en forme de « cocoricos » se propage dans les médias, Attac déplore ce choix qui s’inscrit dans la lignée des prix attribués à Hayek, Friedman et autres économistes néolibéraux en grande partie responsables de la crise actuelle ».

Certes, tout cela ne transparaît nullement dans le communiqué officiel annonçant l’honneur fait à l’économiste français. Le jury du Nobel s’y est seulement borné à souligner qu’il entendait récompenser Jean Tirole pour son « analyse de la puissance du marché et de la régulation ». « Jean Tirole est l’un des économistes les plus influents de notre époque. Il est l’auteur de contributions théoriques importantes dans un grand nombre de domaines, mais a surtout clarifié la manière de comprendre et réguler les secteurs comptant quelques entreprises puissantes. (…) La meilleure régulation ou politique en matière de concurrence doit (…) être soigneusement adaptée aux conditions spécifiques de chaque secteur. Dans une série d’articles et de livres, Jean Tirole a présenté un cadre général pour concevoir de telles politiques et l’a appliqué à un certain nombre de secteurs, qui vont des télécoms à la banque », lit-on encore dans ce communiqué.

Dans la communauté des économistes français, la nouvelle risque pourtant d’être accueillie avec beaucoup plus de réserves. D’abord, parce que le jury du Nobel d’économie a pris la détestable habitude depuis plus de deux décennies de ne récompenser, à l’exception de Paul Krugman en 2008, qu’un seul courant de pensée, celui du néolibéralisme. Or l’économie n’est pas une science exacte mais une branche des sciences sociales, c’est-à-dire une discipline dont la richesse dépend du pluralisme de ses approches. Avec Jean Tirole, la détestable habitude se prolonge encore une année de plus.

Il y a une autre explication à la déception que ressentiront beaucoup d’économistes, qui tient à la personnalité même du récipiendaire. Car Jean Tirole est à l’origine – et toujours à la direction – de l’École d’économie de Toulouse, qui est la tête de pont au sein de l’université française des courants de pensée libéraux ou ultralibéraux en économie. Plus que cela ! C’est lui, effectivement, qui a joué les précurseurs pour inviter le monde de la finance à sponsoriser la recherche économique.

Dans ce livre sur Les Imposteurs de l’économie, je m’étais certes intéressé à beaucoup d’autres économistes que lui. J’avais surtout cherché à montrer comment la crise financière avait suscité aux États-Unis un large débat public, alimenté notamment par le documentaire Inside Job, sur l’honnêteté et l’indépendance des économistes. Mais j’observais qu’en France, aucune enquête sérieuse n’avait encore eu lieu sur le même sujet (lire ici mon billet de blog).

En m’appuyant sur des premiers travaux, notamment ceux de l’économiste Jean Gadrey, j’avais cherché à établir la liste des économistes français qui arguent de leur qualité d’universitaire pour monopoliser les débats publics, notamment sur les plateaux de télévision, mais qui cachent le plus souvent qu’ils siègent dans des conseils d’administration de grandes banques, de compagnies d’assurance –ce qui est interdit par la loi –, ou alors qui mènent des missions rémunérées par elles –,ce qui est également interdit par la loi si l’intéressé n’en formule pas la demande auprès de son autorité hiérarchique. Dans cette enquête, je me suis donc attardé sur des personnalités telles que Daniel Cohen,  Jean-Paul Fitoussi, Jean-Hervé Lorenzi ou encore Olivier Pastré et leurs amis du Cercle des économistes (de la pensée unique !).

En somme, je m’étais appliqué à établir que le monde de la finance avait lancé une OPA sur le monde des économistes et que certains d’entre eux y avaient cédé, en devenant peu ou prou lobbyistes au profit de leurs discrets employeurs.

Pour bien souligner la gravité de cette évolution, je m’étais aussi appliqué à établir que le monde de la finance avait lancé une véritable OPA sur l’ensemble du secteur de la recherche économique de pointe en France et notamment sur les pôles d’excellence à l’Université. Et c’est la raison pour laquelle je m’étais alors intéressé à Jean Tirole. Voici donc ce que j’écrivais dans Les Imposteurs de l’économie sur l’École d’économie de Toulouse et, par contraste, sur sa grande rivale, l’École d’économie de Paris. Cela ne permet pas de cerner les travaux personnels de Jean Tirole. Mais avec le recul, c’est utile pour quiconque veut comprendre l’importance qu’il a acquise dans le monde de l’enseignement et de la recherche économique en France.

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C’est peu dire en effet que le monde de l’économie, et donc celui de l’enseignement et de l’Université vivent depuis quelques années une sorte d’épidémie, comme si un virus s’était propagé dans l’ensemble des secteurs de l’Université chargés de l’enseignement de l’économie – ces secteurs qui paraissaient précisément le plus protégés de ces funestes évolutions pour n’obéir qu’à une seule logique, celle de la recherche et du savoir. Ce n’est pas le virus des « subprimes », mais c’est tout comme. Par commodité, appelons-le le « virus Tirole ».

Dans la galaxie de l’Université, l’économiste Jean Tirole occupe une place à part. Avec Jean-Jacques Laffont (1947-2004), qui jouissait d’une grande notoriété pour ses travaux sur la théorie des incitations et de la régulation, il est à l’origine de l’École d’économie de Toulouse – la célèbre Toulouse School of Economics (TSE) – qui est indéniablement l’une des très grandes réussites françaises, avec l’École d’économie de Paris (PSE).

Grand spécialiste de l’économie industrielle, récipiendaire de la médaille d’or du CNRS, Jean Tirole est l’un des plus grands économistes français, l’un des plus talentueux. Mais disons-le franchement, c’est aussi l’un des plus inquiétants, car c’est lui, à Toulouse, qui a fait entrer le plus spectaculairement le loup dans la bergerie, ou plutôt la finance dans le monde de l’Université. Il a donné l’exemple, que d’autres universités ont suivi. Ce qui est à l’origine d’une véritable implosion de l’enseignement de l’économie et de la recherche.

Le virus Tirole

C’est en effet l’Institut d’économie industrielle (Idei), ancêtre de la Toulouse School of Economics qui, au début des années 90, a avancé en éclaireur, en nouant des partenariats avec des entreprises pour créer et financer une fondation abritant des enseignants- chercheurs disposant de compléments de salaire par rapport aux rémunérations publiques et couvrant de nouveaux secteurs de recherche, souhaités notamment par les entreprises. Ou alors pour financer directement une chaire d’enseignement spécifique.

Marchant sur ces brisées, de nombreuses universités ont créé à leur tour des structures semblables, profitant de financements publics mais aussi de capitaux privés. Aux quatre coins de la France, des fondations ont donc vu le jour ou des chaires financées par le privé ont éclos. Mais dans cette « financiarisation » de l’enseignement de l’économie, Toulouse a toujours gardé cent coudées d’avance sur les centres rivaux.

Le drame, c’est que le processus est invisible ; il est souterrain. Tous les nouveaux centres qui prospèrent affichent l’ambition d’être des pôles d’excellence. Et tous les critères de validation, propres à toute recherche scientifique, sont scrupuleusement respectés. Mais le monde de la finance s’est introduit, si l’on peut dire, dans le cœur du réacteur. La loi de 2006 sur la recherche, en organisant ce système de fondation financée par des fonds publics et des groupes privés voire même des mécènes, avec à la clef de très fortes défiscalisations, a brutalement accéléré cette privatisation à peine masquée de l’enseignement universitaire de pointe et de la recherche économique.

Certes, Jean Tirole conteste, bec et ongles, les effets corrupteurs de cette OPA de la finance sur le monde académique. Dans une tribune libre publiée par le journal Le Monde (11 décembre 2007), il a présenté un long argumentaire en défense de son école : « Et l’indépendance ? Bien que fortement financées par le secteur privé, les universités américaines sont non seulement des lieux de bouillonnement intellectuel intense, mais aussi des espaces de liberté extraordinaires. Peut-on craindre qu’il en soit différemment pour les universités françaises ? Je ne le crois pas. Tout d’abord, parce que, d’expérience personnelle, les entreprises respectent l’indépendance de l’Université. À l’avenir, elles financeront l’Université française collectivement pour avoir accès à des étudiants bien formés et des experts. Violer cette indépendance irait à l’encontre des objectifs recherchés. L’indépendance peut de surcroît être renforcée par la diversification des partenariats, la constitution d’un capital, le droit de publier librement, la validation des travaux par les grandes revues internationales (garantes de qualité) et la concurrence entre universités (frein aux dérives intellectuelles). »

Mais, ses arguments peinent à emporter l’adhésion car ils ne donnent qu’une faible idée de l’implosion du système universitaire qu’induisent ces partenariats déséquilibrés avec le privé. Pour en prendre la mesure, il suffit de parcourir un rapport au-dessus de tout soupçon, dont la presse n’a jamais parlé car il n’a pas été rendu public, celui que la Cour des comptes a consacré à cette école.

Ce rapport confidentiel de la Cour des comptes, le voici. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

Ecole d’economie de Toulouse: le rapport de la Cour des comptes by Laurent MAUDUIT

Le tapis rouge pour Axa et BNP

Dans ce rapport qui couvre les années 2007 à 2010, on mesure en effet que ce partenariat public-privé a pris une forme étrange. Tout a été fait par l’État pour que les grands groupes industriels et financiers soient aux postes de commande, presque à parité avec les organismes publics. C’est une privatisation, ou du moins une privatisation partielle de l’Université et de la recherche économique qui a été organisée.

L’École d’économie de Toulouse est gérée par une fondation du type de celle que la loi ultralibérale sur la recherche de 2006 a autorisée. Dénommée Fondation Jean-Jacques Laffont, cet organisme a été créé par des établissements publics prestigieux : le CNRS, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l’université Toulouse 1. Mais, plutôt que de garder la main sur leur « bébé » et de n’inviter des partenaires privés que de manière minoritaire, ces organismes ont tout fait, sous la houlette de Jean Tirole, pour que le privé entre en force dans la fondation, pour qu’il en partage la gouvernance et les financements.

Les apports financiers prévus sur la période 2007-2012 pour financer la Fondation et les 140 chercheurs qu’elle abrite au sein de l’école en témoignent : 42,8 millions d’euros proviennent de l’État, 0,825 des fondateurs, et 33,4 millions des entreprises privées. À titre d’illustration, pour la seule année 2010, l’État a apporté 7,5 millions d’euros, les fondateurs 0,165 et le privé 6,825 millions d’euros.

En clair, les portes de TSE, à la pointe de la recherche économique en France, ont toutes grandes été ouvertes au privé. Le groupe Axa a ainsi apporté 600.000 euros ; EDF 500.000 euros ; Electrabel (filiale de GDF Suez) 600.000 euros ; la Caisse des dépôts 600.000 euros ; BNP Paribas 600.000 euros, La Poste 300.000 euros ; Crédit Agricole 600.000 euros, Total 600.000 euros et France Télécom 250.000 euros.

La gouvernance de la fondation est presque identique. Les financeurs privés détiennent des sièges au conseil pratiquement à parité avec les fondateurs. Outre Jean Tirole, qui préside, et deux personnalités qualifiées, les membres du conseil au titre des fondateurs sont au nombre de six ; et les membres représentant les entreprises sont au nombre de cinq, en l’occurrence les représentants d’Exane, de GDF Suez, de France Télécom, du Crédit Agricole et de BNP Paribas.

En somme, une bonne partie des « gestionnaires » de la recherche économique de pointe en France sont des entreprises privées, et notamment des banques. Des établissements privés qui ont bien sûr importé le fonctionnement du privé au sein de l’école.

La Cour des comptes mentionne cet état de fait notamment dans le cas des rémunérations. Alors que le traitement d’un professeur d’université en fin de carrière avoisine les 5.000 euros net par mois, les bénéficiaires d’une « chaire senior » à l’École de Toulouse profitent de rémunérations financées par la fondation qui oscillent entre « 21.000 et 80.000 euros ». Ces rémunérations, note la Cour des comptes, résultent d’une « négociation de gré à gré entre la direction de TSE et les intéressés », dans des conditions de discrétion « proche de l’opacité».

À cela s’ajoute une rémunération au mérite, grâce à des primes attribuées aux chercheurs qui publient dans les meilleures revues internationales. Ces primes ont atteint un montant proche de 700.000 euros en 2010 pour les 140 chercheurs. Soit 5.000 euros en moyenne. Mais les deux tiers des chercheurs n’en perçoivent pas. Autrement dit quelque 46 chercheurs se partagent la somme, soit plus de 15.000 euros chacun. « Les bénéficiaires d’une chaire junior se voient proposer des rémunérations de 35.000 à 42.000 euros par an (soit près du double de la rémunération d’un maître de conférences en début de carrière), plus 10.000 euros de frais de recherche », note encore la Cour des comptes.

En bref, c’est une bombe qui a été logée au sein de l’Université française. Une bombe qui risque de conduire à un éclatement de l’Université dans les disciplines économiques : avec une université de luxe, sous la coupe du privé, disposant de professeurs et de chercheurs profitant des rémunérations considérablement supérieures à celles de la fonction publique ; et une université du pauvre, abandonnée au public, avec des professeurs sous-payés.

(…) Mais les conséquences de cette privatisation pas même masquée vont encore au-delà car ce système induit un type de recrutement de chercheurs bien particuliers. On se doute en effet que les économistes spécialistes de l’exclusion sociale ou des inégalités ont assez peu de chances de faire carrière à Toulouse. En tout cas, ils ont moins de chances que les chercheurs dont les inclinaisons sont plus libérales et les thématiques de recherches davantage liées aux marchés financiers. Survenu à la rentrée universitaire 2009, un recrutement à Toulouse est particulièrement illustratif de ce phénomène, celui d’Augustin Landier.

Dans les allées poisseuses du CAC 40

Diplômé de l’École normale supérieure, agrégé de mathématiques et titulaire d’un doctorat d’économie au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), il a fondé un hedge funds à New York avant de passer au Fonds monétaire international pour finalement atterrir à la Toulouse School of Economics. Trader autant qu’économiste, spéculateur autant que théoricien, Augustin Landier est le symbole vivant de ce dangereux effacement des frontières entre la finance et l’Université. Il est même devenu l’une des coqueluches de TSE et n’a pas attendu bien longtemps avant d’être coopté au Conseil d’analyse économique.

(…) Mais, une autre série de conséquences est également prévisible : ce ne sont plus les critères académiques, ou en tout cas plus seulement eux, qui président aux choix de l’attribution des financements à tel ou tel pôle. Désormais, les sponsors privés détiennent une bonne partie de la décision. Même entre les différents pôles d’excellence, ils peuvent ainsi privilégier un type de recherche plutôt qu’un autre. Avantager par exemple la recherche sur toutes les thématiques qu’affectionne le monde de la finance et désavantager les recherches liées à une meilleure régulation de l’économie.

Les promoteurs de la privatisation, Jean Tirole en tête, récusent cette dérive. Ils font valoir que le secteur privé cofinance les fondations – celle de Toulouse comme les autres qui ont ensuite vu le jour – mais qu’il y a une frontière étanche entre la gestion et les contenus scientifiques. C’est sa ligne de défense. C’est aussi une fable. Et il n’est pas difficile d’en établir la démonstration.

Prenons un autre exemple, tout aussi prestigieux, celui de l’École d’économie de Paris (PSE), créée en décembre 2006 et qui est gérée de la même manière, c’est-à-dire par l’entremise d’une fondation où sont représentées de grandes institutions publiques (l’École normale supérieure, l’École des hautes études en sciences sociales, le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la recherche économique et de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne) mais aussi des groupes privés, dont AXA et Exane.

(…) En apparence, PSE, qui accueille quelque 150 enseignants-chercheurs et économistes donne l’impression de s’être tenue à l’écart des dérives de son homologue de Toulouse. L’École de Paris a ainsi veillé à ce que les entreprises privées qui financent la fondation ne disposent que de trois sièges au conseil d’administration, dont le président est Roger Guesnerie, professeur au Collège de France. PSE se tient donc à distance raisonnable du monde de la finance, qui a été associé au projet mais qui n’en a pas pris le contrôle.

Cette situation tient en grande partie à la personnalité du premier directeur de l’école, Thomas Piketty. Farouchement jaloux de son indépendance, très peu enclin aux mondanités – contrairement à nombre d’autres économistes –, le jeune chercheur s’est détourné de ses recherches quelques mois fin 2006-début 2007 pour porter le projet et trouver des financements privés. Mais, passant le relais à un autre économiste, François Bourguignon, ex-chef économiste de la Banque mondiale, il est retourné à ses études sitôt l’école créée, début 2007, suscitant la colère de certains des sponsors, dont Henri de Castries, le patron d’Axa. La mini-crise qui a émaillé la naissance de l’École d’économie de Paris a contribué, elle aussi, à mettre un peu de distance entre la prestigieuse école et ces sponsors privés. Pour des raisons de fond comme de circonstance, l’OPA sur l’École d’économie de Paris, peut sembler avoir échoué.

Pourtant, là encore, on peut sans trop de difficultés constater que le système mis en place à partir de 2006 a eu des conséquences néfastes sur cet établissement.

D’abord, par cette loi de 2006, les chercheurs ou les économistes ont été sommés d’arpenter les allées, parfois poisseuses, du CAC 40 pour faire la manche. Ce qui est naturellement malsain ou humiliant (…) Mais il y a plus préoccupant : face à Toulouse qui a avancé à marche forcée dans ce processus de privatisation, l’École d’économie de Paris a cherché à défendre son indépendance. Mais, elle l’a fait dans des conditions de plus en plus difficiles comme le souligne cet autre rapport confidentiel de la Cour des comptes, couvrant exactement la même période 2006-2009.

Ce rapport confidentiel, le voici. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous:

Ecole d’economie de Paris: le rapport de la Cour des comptes by Laurent MAUDUIT

33 millions pour Toulouse, 2 millions pour Paris

(…) La plus spectaculaire illustration de cette inégalité, ce sont les financements que PSE a trouvés en quantité beaucoup plus faible que ceux de TSE. Alors que Toulouse est parvenue à lever 42,8 millions d’euros provenant de l’État, 0,825 des fondateurs, et 33,4 millions des entreprises privées, l’École de Paris n’a obtenu en comparaison qu’une misère : l’État a apporté 20 millions d’euros en 2007, les fondateurs (École normale supérieure, CNRS, EHESS, Paris I…) 300.000 euros et les groupes privés seulement… 2,375 millions d’euros, fournis notamment par Axa et Exane (un groupe financier lié à BNP Paribas). Et même si l’on ajoute à ces sommes près de 20 millions d’euros générés par des apports immobiliers en faveur de PSE, le magot global de l’école ne dépasse pas 45 millions d’euros.

Au total, les grands groupes privés ont apporté 33,4 millions d’euros à TSE et seulement 2,375 millions à PSE. Dans la disproportion spectaculaire des chiffres, on comprend sur-le-champ les risques induits par cette privatisation rampante de la recherche et de l’enseigne- ment de pointe en économie : le secteur privé – les grandes banques, les groupes d’assurance ou quelques mastodontes industriels – a la faculté de favoriser un pôle d’excellence plutôt qu’un autre.

Triste mais logique ! Réputée plus à gauche et plus attachée à la régulation, l’École d’économie de Paris a trouvé beaucoup moins d’argent que Toulouse, réputée plus à droite et plus ouverte aux thèses libérales sinon ultralibérales. Imagine-t-on que le très réactionnaire patron d’Axa, Henri de Castries, subventionne de gaieté de cœur l’École d’économie de Paris et, du même coup, les travaux de Thomas Piketty qui dressent un formidable réquisitoire contre le monde inégalitaire dont le même Henri de Castries est l’un des symboles ?

Assez logiquement, des groupes comme Axa ou BNP Paribas adorent l’économiste Augustin Landier et les thématiques libérales et réactionnaires sur lesquelles il travaille, et ont en horreur Thomas Piketty, et les thématiques progressistes qui inspirent ses travaux. On devine sans grande peine qu’Henri de Castries ne doit par exemple pas être un adepte de la « révolution fiscale » dont Thomas Piketty est le premier et plus fougueux partisan.

Épilogue de cette histoire, d’ailleurs prévisible : fin 2010, Henri de Castries a annoncé qu’il ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat de membre du conseil d’administration de PSE. Et en janvier 2011, le patron d’Exane, Nicolas Chanut, a adressé une lettre véhémente à tous les administrateurs de PSE pour leur annoncer que lui aussi tirait sa révérence et ne siégerait plus au conseil.

Le plus invraisemblable dans cette affaire, c’est que le rapport de la Cour des comptes ne cherche même pas à identifier les racines de la faiblesse des apports privés en faveur de PSE ni même ses possibles dangers. Se bornant à l’aspect comptable des choses, qui relève de son champ de compétence, la Cour déplore que l’École d’économie de Paris n’ait pas su lever plus de fonds auprès de… bailleurs privés ! « La Cour recommande plus particulièrement que la fondation accroisse fortement son capital par la levée de fonds privés, afin d’augmenter le produit de ses placements », dit-elle en conclusion, sans mesurer l’ineptie du constat.

Dans ce monde où la finance détient toutes les commandes, les inégalités entre PSE et TSE ne se jugent pas seulement à l’aune de ces dotations. À la différence de son homologue de Toulouse, l’École d’économie de Paris est aussi confrontée à d’inextricables difficultés dans la rémunération des économistes qui y travaillent. Car elle ne peut pas offrir les mêmes avantages. L’École de Paris – c’est tout à son honneur ! – n’a pas voulu copier le système de rémunération mis en œuvre à Toulouse, qui dynamite les modes de rémunération qui ont cours à l’Université. PSE a juste choisi d’abonder les rémunérations publiques des chercheurs, en leur versant des compléments, le plus souvent modestes. Certains enseignants- chercheurs sont également invités à dispenser chaque mois un ou deux jours de cours ou de formation dans des enceintes publiques (Banque de France…), ce qui leur garantit un complément de ressources.

Que faire d’autre ? Face aux pratiques anglo-saxonnes, les rémunérations publiques françaises sont si faibles que PSE perdrait certains de ces économistes, qui seraient alors tentés de partir à l’étranger, si une solution de complément de salaire n’avait pas été trouvée.

Le rapport de la Cour des comptes détaille les rémunérations de PSE : de 1.000 à 2.000 euros net par mois pour deux cours de masters de 24 heures dans l’année pour les titulaires de chaire associée ; 3.600 euros net pour un cours de masters de 24 heures pour les professeurs associés ; 2.600 euros par mois pour les doctorants et 4.000 euros par mois pour les post-doctorants… En clair, PSE est à la traîne par rapport à TSE.

Mais ce système est, en vérité, hypocrite. Car l’École d’économie de Paris n’est pas une oasis. Et dans un monde où la finance a tout perverti, elle y a été happée, elle aussi, et elle doit trouver sans trop le dire d’autres subterfuges pour que ses chercheurs soient rémunérés au-delà de ce que l’Université offre ordinairement à ses professeurs.

(…) Ce système de rémunération présente un aspect alarmant parce qu’il n’est pas publiquement assumé par la puissance publique, parce qu’il est en rupture avec les grilles de rémunérations publiques. Les économistes de PSE n’en sont pas directement responsables. C’est la logique infernale de l’État pauvre qui pousse l’école à pratiquer le système « D » au cas par cas. Terrible logique ! En conduisant une politique d’austérité, l’État fait cause commune avec les milieux de la finance qui veulent mettre la main sur les pôles d’excellence de la recherche économique française.

(…) Quoi qu’il en soit, tout se cumule, les dotations aussi bien que les rémunérations, pour que PSE soit désavantagée par rapport à TSE ; et plus encore les autres universités, par rapport à ces pôles d’excellence. L’État asphyxie les uns ; la banque ou l’assurance financent les autres… Oui, tout se cumule, en bout de course pour que les recherches libérales sur des thématiques proches de la finance ou de l’industrie soient beaucoup plus nombreuses que les recherches sur des thématiques plus citoyennes. En bref, quoi qu’en dise Jean Tirole, c’est la finance qui a pris le pouvoir. Et même si PSE traîne des pieds – et il faut l’en féliciter –, la finance est en passe de gagner la partie.

Laurent Mauduit.

Source : Médiapart, http://www.mediapart.fr/journal/france/131014/jean-tirole-prix-nobel-des-imposteurs-de-l-economie?onglet=full

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► « L’IMPOSTURE ÉCONOMIQUE » de Steve Keen :

Steve Keen,

• Une recension intéressante de ce livre important par Alain Granjean (qui produit lui aussi, d’ailleurs, un travail important, sur la relation fondamentale entre « Chômage et monnaie ») :
Steve Keen un évènement à ne pas rater
http://alaingrandjean.fr/2014/08/13/steve-keen-un-evenement-a-ne-pas-rater/

• Une autre recension intéressante, par Dan Israël sur Médiapart :
« L’imposture économique », le livre qui ébranle la pensée néolibérale
http://www.mediapart.fr/journal/economie/071014/limposture-economique-le-livre-qui-ebranle-la-pensee-neoliberale?onglet=full

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► « MARAT » de Jean Massin :
Jean Massin,

Ne ratez pas ce livre épatant.
L’icône emblématique des 99%, ce devrait être Marat, authentiquement l’Ami du peuple, dévoué et incorruptible
(et Voltaire l’icône des 1%, banquiers, négriers et marchands d’armes, menteurs, voleurs et assassins au besoin).

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► « LES CHAÎNES DE L’ESCLAVAGE » de Marat :
Marat,

Texte intégral des « chaînes » sur (l’indispensable site de l’)UCAQ : http://classiques.uqac.ca/classiques/marat_jean_paul/chaines_esclavage/chaines.html

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► Rappel de l’extrait de « Ce soir ou jamais » qui fait sur Internet, par buzz, ce que les médias mainstream refusent de faire : semer à grande échelle la graine d’idée émancipatrice de la traîtrise systémique de nos prétendus « représentants » et DONC de l’importance radicale de notre auto-éducation populaire constituante :
https://www.facebook.com/video.php?v=10204569192140196&set=vb.1545684073&type=3&theater
(1 270 000 vues pour ce seul post facebook, fin octobre…)

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► « INSIDE JOB » le documentaire qui PROUVE la trahison de « grands » universitaires « économistes », littéralement prostitués aux banques (la fin est stupéfiante !) :

Élection vs tirage au sort : l’objection de la COMPÉTENCE

À propos de la prétendue « incompétence des électeurs » et de la prétendue « compétence des élus », ce petit extrait d’une conférence à Lyon, que Benoît vient de créer (merci à lui) :

Élection vs tirage au sort : l’objection de la CORRUPTION

Pour argumenter sur la CORRUPTIBILITÉ COMPARÉE entre les élus et les tirés au sort, pensez à comparer les CONTRÔLES respectifs des représentants :

• Comment sont contrôlés les représentants élus (puisqu’on est censés les contrôler au moment de leur désignation, et donc leur faire confiance ensuite) ?

• Comment sont contrôlés les représentants tirés au sort (puisqu’on est censés ne PAS les contrôler au moment de leur désignation, et donc NE PAS leur faire confiance ensuite) ?

Et là, vous allez faire voir (et démontrer) l’évidence que le tirage au sort, avec ses nombreux contrôles, permanents et rigoureux, certes ne sera pas parfait (personne ne dit cela, personne), mais sera beaucoup mieux (pour les 99%, au moins) que l’élection (de maîtres, surtout constituants donc hors contrôle) :

(Merci Benoît, pour ce petit extrait, certainement plus viral que la grande originale.)

Faites passer.

Élection vs tirage au sort : l’objection de la GRANDE TAILLE du pays

Benoit nous a extrait un passage, court mais intense, que je trouve particulièrement important pour répondre comme il faut à l’argument de LA TAILLE de la société, argument fautif, mal fondé, qui « reproche au tirage au sort de n’être pas adapté à la grande taille de nos sociétés, grande taille qui exigerait forcément l’élection de maîtres (prétendument compétents) pour régler des problèmes modernes (prétendument complexes)… », alors que, précisément, le tirage au sort, accompagné et renforcé par les multiples contrôles permanents et rigoureux qui vont forcément avec, est mille fois mieux adapté (que l’élection) à la grande taille d’un corps politique :

Cette explication-là devrait bien servir à de nombreux virus, dans leurs efforts quotidiens pour rendre aimable à leurs proches (encore hypnotisés et endormis par la télé et la doxa) l’idée émancipatrice du tirage au sort en politique.
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Je profite de cette occasion pour rappeler ci-dessous quelques riches conversations à propos de la TAILLE idéale du corps politique, ainsi que de l’argument du NOMBRE :

Réflexion de MARAT sur la taille limite d’un État démocratique

Méditation sur l’obéissance et la liberté(Simone Weil, hiver 1937-1938)

L’arithmétique de la démocratie ; ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations (par Jean-Jacques Rosa, 2005)

Pas de démocratie sans cellules politiques à taille humaine : vive la commune

Faites passer 😐

Courageuse et exemplaire Camille : intéressant reportage sur une « journée d’éducation populaire sur la démocratie », à Saint-André de Valborgne

Si vous connaissez un peu ce site, vous connaissez Camille Halut ; on a parlé de son étonnante aventure et et . Ce que fait cette jeune femme, concrètement, personnellement, pour la démocratie réelle est formidable.

Camille HalutPour une vraie démocratie à Saint-André-de-Valborgne http://democratie-saintandredevalborgne.com/

Le dernier jour d’août dernier, nous sommes allés, avec une bande de gentils virus assez déterminés (il en venait de partout, d’Avignon, de Marseille, de Trets, de Draguignan, de Bordeaux, d’Annecy !), aider Camille et ses amis démocrates, tirés au sort ou pas, dans leur petit village reculé des Cévennes, pour leur montrer qu’on les regardait toujours avec beaucoup d’attention, même de loin, et qu’on était fiers d’eux.

Cette « journée d’éducation populaire sur la Démocratie » fut une bien belle journée, à tous points de vue.

Les jeunes gens du « Cercle des volontaires » étaient là (tout seuls ) (les <oxymore>journalistes professionnels</oxymore>, ça ne les intéresse pas, ces lubies d’amateurs politiques dans des trous perdus…) pour enquêter, filmer et finalement informer. Voici leur reportage ; je suis sûr que vous aller aimer plusieurs séquences, des idées originales :

« Le Cercle des Volontaires » a rédigé un petit texte pour expliquer ce film :
« Saint-André-de-Valborgne – Au coeur de la discorde »
http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/10/30/saint-andre-valborgne-au-coeur-discorde/

Courageuse et exemplaire Camille : elle fait dans sa petite commune ce que nous devrions peut-être tous faire, un peu partout sur terre, pour éviter l’enfer usuraire.

Valeureux efforts amateurs pour rendre possible, dans le cadre existant, une vraie démocratie, d’abord locale.

Edwy Plenel à son tour, cherchant ce qu’est la vraie démocratie, défend le tirage au sort et un processus constituant populaire

Edwy Plenel

Les raisons d’être content continuent à germer un peu partout.

Cette fois, c’est Edwy Plenel qui défend le tirage au sort en politique, le vrai suffrage universel (voter nous-mêmes nos lois) et l’institution imaginaire de notre propre société, dans cette magnifique conférence sur la Démocratie à l’Université Populaire de Lyon :

Merci Edwy.
C’est du vrai journalisme, ça.
Ça me fait penser à notre cher Guillemin. Merci.

 
Chers virus, il faudrait isoler (dans de courtes vidéos) :

• Les minutes 10′ et suivantes sur la définition de la démocratie : le régime où n’importe qui peut gouverner.

• les minutes 20’55 et suivantes sur les vérités d’opinion et les vérités de fait.

• les minutes 37′ et suivantes où Marc Bloch dénonce les prétendus « démocrates » qui reprochent d’être aveugle au peuple à qui ils ont eux-mêmes crevé les yeux (en le désinformant).

• Et surtout les minutes 51’45 » et suivantes sur le tirage au sort (de serviteurs), préférable à l’élection (de maîtres).

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Edwy Plenel a manifestement été bouleversé par le livre épatant de David Van Reybrouck, « Contre les élections ».
(Voir aussi cette page.)

David et moi avions passé, autour du tirage au sort en politique, une soirée formidable, pleine d’enseignements, incroyablement chaleureuse et fraternelle, à Bruxelles.

C’est une grande joie de voir enfin, après presque dix ans de traversée du désert, cette idée puissante, émancipatrice, prometteuse, enfin germer dans les meilleurs esprits.

On va peut-être se sortir du pétrin.

Mais faut pas traîner.
Faites passer.
Et n’oubliez pas d’organiser et d’animer, tous les jours et un peu partout, des mini-ateliers constituants, ultra contagieux (invitez vos voisins). Il n’y a QUE NOUS pour donner de la force à cette idée : la solution ne viendra pas des autres, et jamais de « élus » (!), il faut changer vous-même, il faut devenir (au moins un peu) constituant ; personnellement ; réellement.
Allez, faites passer.

Merci à tous, merci pour tout ce que vous faites, et merci pour tous ces mails très émouvants qui arrivent tous les jours à la maison.

Bon courage, bande de virus 🙂

Étienne.

Tirage au sort en politique : Jacques Testart, Yves Sintomer et Étienne Chouard y travaillent, et enfin en discutent :o)

Ah ! Encore une raison d’être content ce matin.
(À part le fait que ce site va passer la barre des 5 millions de visites dans quelques minutes 😐 )

Voilà des années que j’attends la vidéo de cette rencontre.
Dans le cadre du tournage du film « J’ai pas voté », quelques jeunes gens bien toniques ont réuni dans la même pièce, avec des caméras et un peu de temps au calme, les trois personnes qui sont, que je sache, les plus actives en France pour défendre l’idée du tirage au sort en politique : Jacques Testart, Yves Sintomer et moi. Moi qui m’alimente de leur travail et qui utilise leurs analyses sans arrêt en renfort de mes propres thèses, vous imaginez comme j’étais heureux de les rencontrer.
Ce fut effectivement un moment intense et utile, je crois.

Voici le précieux témoignage de cette rencontre :

J’ai le souvenir très net d’avoir interpellé Yves précisément sur la priorité absolue de la qualité du processus constituant, cause première des vices ou des vertus de toutes les institutions, et donc sur la toute première utilisation du TAS qui devrait être celui de l’Assemblée constituante. Mais cet échange-là n’a apparemment pas passé le cap du montage. Dommage. On recommencera 😐

Un bon moment, au calme.
Utile pour que grandisse la confiance populaire dans la seule procédure démocratique digne de ce nom.
Faites passer.

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Rappel :

• J’ai signalé le travail (passionnant) de Jacques Testart dans ce billet .

• J’ai signalé le travail (passionnant) d’Yves Sintomer , , et .
Yves Sintomer

De mon point de vue, ces deux personnes comptent beaucoup dans la possibilité d’une alternative authentiquement démocratique en France.

Merci à eux pour tout ce qu’ils font, les GV leur doivent beaucoup.

Étienne.