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[Tous concernés]Une illustration (sans gravité) de notre (non définitive) fragilité aux bobards

Chers amis,

Vous avez dû voir passer ce matin cette incroyable « nouvelle » intitulée :

« Étienne Chouard : Je me suis trompé, en fait on est en démocratie ! »
http://philonews.fr/2015/07/29/etienne-chouard-je-me-suis-trompe-en-fait-on-est-en-democratie/

C’est un texte amusant, évidemment.

Ce qui m’inquiète (un peu), c’est le nombre de (gentils) lecteurs qui, en commentaires sur les différents sites qui signalent ce papier, s’indignent immédiatement, comme emportés par l’émotion de bons sentiments, en prenant TOUT ce qu’ils lisent (trop vite) pour vrai, et au premier degré.

À commencer par le titre (bien fait pour émouvoir, techniquement).

Emportés par l’indignation au point de répondre aussitôt, vite vite vite, malgré le fait que, sur Philonews.fr (la source), on lit, dans « à propos » :

« Est-ce que PhiloNews est un site à vocation humoristique ? Tous les articles relatés ici sont faux (jusqu’à preuve du contraire) et rédigés dans un but humoristique. L’utilisation de noms de personnalités ou d’entreprises est ici à but purement satirique. Cependant, certains articles peuvent contenir des choses vraies. Nous comptons sur l’intelligence des lecteurs pour dissocier le vrai du faux. »

C’est quand même assez clair.

Ceux qui nous bernent et nous trompent vraiment, tous les jours, sont beaucoup plus difficiles à démasquer (et donc à combattre). Comment va-t-on faire (pour démasquer et combattre les vrais ennemis du peuple) si l’on n’est même pas capables de repérer ici l’ironie ?

C’est trop facile de manipuler les braves gens : on n’apprend pas assez aux enfants (et ensuite nous autres, adultes, éprouvons parfois de grandes difficultés) à SUSPENDRE NOTRE JUGEMENT (© Montaigne), attendre d’en savoir plus, attendre d’avoir entendu de nombreux avis (très) contraires, pour enfin seulement juger et opiner (exprimer son opinion).

Et encore ! Opiner, mais avec un droit (permanent) à se reprendre pour changer d’avis si l’on s’aperçoit qu’on s’est trompé. Se tromper n’est pas mal (c’est même le début du processus de base de tout progrès) : nous devrions dédiaboliser l’erreur.

On a donc encore, sur la planche, un gros travail d’éducation populaire… Travail qu’il faudra faire ensemble pour — tous — apprendre, en pratique et en profondeur, à nous méfier de notre propre crédulité. Je ne me considère pas moi-même à l’abri de ce piège permanent, bien sûr : je suis comme tout le monde très vulnérable aux bobards, cela va sans dire.

Tâchons de ne pas nous désunir trop facilement. Recentrons-nous vite, chaque fois, sur notre (précieuse) cause commune.

À propos, combien de mini-ateliers constituants prolifiques et contagieux (MAC-PC) pour vous cette semaine ? 😉

Amitiés à tous.

Étienne.

PS : Je vous propose de prendre ce fil comme point d’entrée de tous nos commentaires qui pourraient nous aider à devenir plus fort sur ce plan de notre crédulité. Comment être à la fois très vigilants et pas crédules ?

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153583217832317