Archives pour l'étiquette Désunion européenne

[BIENTÔT CHEZ NOUS] Pillage et dévastation volontaires en Grèce, au Portugal et à Chypre – L’UE est un carcan criminel d’usuriers : CORRUPTION généralisée et totale IMPUNITÉ chez les voleurs de pouvoir (baptisés « troïka »)

• L’enquête suivante (un film d’Arte, 1h30) est magistrale, une puissante et révoltante démonstration que la toute première urgence pour nous tous est de fuir ce piège mortel qu’est la prétendue « Union européenne » :

Le documentaire original (2015) :
« Puissante et incontrôlée, la Troïka »

Il faudrait RETRANSCRIRE le texte de ce film important, pour le travailler point par point, comme j’avais retranscrit le film INSIDE JOB, cette autre enquête fondamentale à ne surtout pas rater. Si quelqu’un peut m’aider, en récupérant les sous-titres par exemple, ce serait super 🙂

• Rappel d’une autre vidéo historique (1 M vues), avec Myret Zaki, essentielle pour comprendre les raisons profondes (spéculatives et institutionnelles) du scandaleux (et absolument NON NÉCESSAIRE) martyr des Grecs — martyr grec qui nous donne à voir clairement notre propre prochain martyr puisque nous élisons nous-mêmes, les uns après les autres, dans la joie, des euro-maîtres, des euro-tyrans, des euro-bourreaux :

• Il y a aussi l’excellent film « DÉDALE, un fil vers la démocratie« , visible ici : http://preuves-par-images.fr/#/dedale-un-fil-vers-la-democratie

• Il faut lire aussi les deux excellents livres ci-dessous,
deux brillantes synthèses de la prédation dite « libérale » :

[FORMIDABLE BOUQUIN] Olivier Delorme : 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe


http://www.ho-editions.com/productdisplay/30-bonnes-raisons-pour-sortir-de-leurope

[FORMIDABLE BOUQUIN] Thomas Guénolé : « La Mondialisation malheureuse. Inégalités – Pillage – Oligarchie »


http://thomas-guenole.fr/?page_id=11

TOUT MONTRE que l’Europe n’est pas un projet de paix et de démocratie, mais un projet de prédation et d’exploitation, un projet ultra-capitaliste et antidémocratique.

Je trouve désespérant que des militants de gauche (ou soi-disant tels) osent défendre le projet de domination « UE » (en répétant stupidement qu’ils défendent « une autre Europe »), et qu’ils osent même condamner/calomnier ceux qui veulent (évidemment) sortir au plus vite de ce piège esclavagiste.


• Attention : bientôt, les grands usuriers qui nous ont volé la création monétaire depuis 300 ans (1694) vont nous priver complètement de monnaie, nous jetant tous dans un chaos total (comme ils l’ont fait en Argentine : voyez absolument le film « Mémoire d’un saccage ») : il est donc important — et urgent — que de très nombreux citoyens apprennent à créer la monnaie (à travers la pratique de monnaies locales, mais surtout en lisant des livres citoyens sur ce sujet, pour nous déniaiser rapidement), car il faudra en créer vite, pour survivre, quand tout va s’effondrer.

Lisez
« RÉINVENTONS LA MONNAIE !
Les premiers pas vers un nouveau paradigme »

de Bernard LIETAER et Jacqui DUNNE
(Préface de John PERKINS)


http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-nouveautes/reinventons-la-monnaie/

Lisez aussi l’excellent livre de Gérard Foucher :

« LES SECRETS DE LA MONNAIE
Changer la monnaie pour changer le monde »


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/secrets-de-la-monnaie-les/

• Voyez aussi ma page dédiée à la création monétaire :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php


Page facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155302273207317

Rendez-vous à Nice, le 26 avril 2017 à 19h, pour un débat : L’EUROPE, STOP OU ENCORE ?

Je vous propose une rencontre rare : mercredi prochain, je suis aimablement invité par le Mouvement européen des Alpes Maritimes à un échange public sur l’Union européenne avec Monsieur Bertoncini, spécialiste des affaires européennes. Le titre est : L’EUROPE ! STOP OU ENCORE ?

Il est très rare que de simples citoyens opposés à l’UE soient ainsi invités à un échange public avec des défenseurs de l’UE, avec un peu de temps pour argumenter. Donc, merci à ceux qui rendent ce moment possible.

Comme vous savez, j’ai une série de graves griefs à reprocher à l’UE et je suis bien impatient de voir ce que d’honnêtes défenseurs de l’UE peuvent répondre à un citoyen inquiet comme moi, révolté par ce que nos représentants ont fait de notre NON de 2005 :

• Je vous rappelle la page que j’ai dédiée à la résistance citoyenne aux traités anticonstitutionnels :
(pardon pour les liens morts, je n’ai pas le temps de les corriger)
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/resistance_a_tous_les_traites_constitutionnels.php

• Avec notamment mes 10 principaux griefs contre l’UE :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Principaux_griefs_contre_les_institutions_europeennes.pdf

J’ai hâte de vous y retrouver ; ça devrait être bien intéressant.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155162038792317

La prophétie de Fakir en 2012 : les politiciens feront ce que les riches (les dieux cruels « marchés financiers ») leur diront de faire, grâce au fléau de la prétendue « union européenne » : « les nécessaire réformes », c’est-à-dire la destruction de toutes les protections sociales

Ça, c’est du bon boulot. Bien montrer – et démontrer – que les pires régressions sociales – récentes, présentes et à venir – sont DUES (rendues possibles et même rendues obligatoires ! ) par notre « appartenance » (c’est le bon mot) à la prétendue « union européenne » (outil des 1 % atlantistes pour asservir les 99 % européens), ce travail-là, c’est du bon boulot de vrais journalistes – « sentinelles du peuple » comme on appelait les journalistes en 1789, à l’époque de Marat (visionnaire dévoué au bien commun, lui aussi).

Merci Fakir.

Les politiciens sont des gredins, adversaires du bien comun. Il faut d’urgence sortir de leurs pièges démophobes, il faut sortir de l’euro, de l’UE, de l’OTAN, de l’OMC, du FMI…

Mais la solution ne viendra pas des « élus », qui sont le problème : il nous faut une constitution digne de ce nom, et il faudra bien apprendre à l’écrire (et ensuite la protéger) nous-mêmes.

Allez, au boulot ! 🙂 Multipliez donc vos mini-ateliers, tous les jours…
Et faites passer.

Bon courage à tous — et merci pour vos chouettes messages, tous les jours 🙂

Étienne.
_____________

PS : Ne ratez pas (et faites connaître autour de vous, ceci est essentiel) la grande enquête de Fakir sur le piège unioneuropéen, et le formidable petit bouquin – explosif – de François Ruffin :  » Faut-il faire sauter Bruxelles ?  » :

http://www.fakirpresse.info/+-Faut-il-faire-sauter-Bruxelles-+

Rappel:http://chouard.org/blog/2014/05/13/faut-il-faire-sauter-bruxelles-francois-ruffin-fakir/

Fil Facebook correspondant à ce billet:
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154236196457317

L’Union européenne veut la destruction du droit du travail en France, et le P$ lui obéira si les salariés ne bloquent pas tout pour l’empêcher

Le gouvernement impose au pays, et sans même passer par le Parlement (49.3), une loi qu’il n’avait pas annoncée dans son programme (c’est donc un tour de brigands) et qui supprime carrément la protection des salariés par le droit du travail ; c’est littéralement tyrannique : l’exécutif fait la loi ; cette confiscation du pouvoir législatif par ceux qui dirigent la police et l’armée (confiscation qu’on appelle confusion des pouvoirs) est la hantise principale de tous les penseurs qui cherchent à protéger les sociétés des abus de pouvoir, depuis toujours.

La régression principale, celle qu’il faut bien avoir repérée pour comprendre à la fois l’ampleur du danger social et le motif légitime pour une grève générale illimitée, c’est la possibilité prévue par cette loi scélérate, pour des accords locaux (accords de branche ou accords d’entreprise), d’imposer aux salariés des règles moins favorables que celles que prévoit la loi en général (ce qui est carrément une inversion dans la hiérarchie des normes), ce qui veut dire en clair que la protection de la loi disparaît. Les digues sautent, on va redécouvrir l’hubris des patrons, déjà bien éprouvée au 19ème siècle.

D’où vient cette loi El Khomery ? Directement des consignes (explicites) de la prétendue « Union européenne », voulue depuis les années 20 par les multinationales. L’UE aujourd’hui veut la disparition du droit du travail, pour baisser les salaires et hausser les profits. Ensuite, les gouvernements, comme de vils bourreaux, ne font qu’exécuter les ordres des technocrates — non élus et hors contrôle — de l’UE.

Le gouvernement dément qu’il obéit à l’UE ; Junker l’avoue pourtant tout net ; voyez ce bon papier de Coralie Delaume :

 

L’Union européenne assume : la loi El Khomri, c’est elle

Par Coralie Delaume

Jean-Claude Juncker, président luxembourgeois de la Commission européenne

FIGAROVOX/DECRYPTAGE – Jean-Claude Juncker a déclaré que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire». Pour Coralie Delaume, l’économie de notre pays est depuis longtemps l’application des orientations de l’Union européenne.


Coralie Delaume est journaliste. Elle a notamment publié Europe. Les Etats désunis (Michalon, 2014). Découvrez ses chroniques sur son blog.


La loi El Khomri est un produit d’importation made in Union européenne (voir explications détaillées ici). Les «Grandes orientations de politique économique» (GOPÉ), dont l’existence est posée par les traités, et le «Programme national de réformes» (PNR), qui s’inscrit lui-même dans le cadre de la stratégie Europe 2020 «pour une croissance économique intelligente, durable et inclusive» (tsoin-tsoin), prescrivent à de nombreux pays et depuis longtemps le malthusianisme budgétaire et la modération salariale.

Dans même temps, la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union (CJUE), n’a de cesse de promouvoir l’ordre concurrentiel et la dérégulation. Surtout, au travers d’arrêts à l’impact décisif mais mal connus du grand public, tels, par exemple, les arrêts Laval et Viking de 2007, elle œuvre à saper le droit du travail dans les pays membres, et à affaiblir la capacité de négociation des salariés dans les conflits sociaux.

Enfin, l’appartenance à l’euro interdit toute dépréciation de la monnaie. Dès lors, elle conduit les pays de l’eurozone non à renforcer leur coopération, non à développer entre eux la solidarité, mais à se mener les uns aux autres une véritable «guerre de la désinflation salariale», selon une expression de Steve Ohana. Pour livrer cette guerre, ajoute l’économiste, «la France ne semble plus avoir d’autre choix que de s’engager plus franchement dans des politiques de dévaluation interne, non plus seulement via la baisse de la fiscalité sur le travail, mais via la compression des salaires eux-mêmes ( …) c’est l’option qui sous-tend la loi El Khomri».

Face au caractère scandaleux de l’affaire, face à la blessure d’orgueil que ne peut manquer d’occasionner, chez n’importe quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l’idée d’être « gouvernancé » depuis Bruxelles, Francfort ou Luxembourg au lieu d’être normalement gouverné par les dirigeants qu’il a élus, on pourrait s’attendre à ce que les « Européens de métier » fassent profil bas. Par décence

Face au caractère scandaleux de l’affaire, face à la blessure d’orgueil que ne peut manquer d’occasionner, chez n’importe quel peuple encore un peu conscient de lui-même, l’idée d’être «gouvernancé» depuis Bruxelles, Francfort ou Luxembourg au lieu d’être normalement gouverné par les dirigeants qu’il a élus, on pourrait s’attendre à ce que les «Européens de métier» fassent profil bas. Par décence. Par souci de ne pas attiser la colère. Parce que le fait de bénéficier de pouvoirs exorbitants dont ils ne doivent la titulature qu’à une série d’erreurs d’aiguillage de l’Histoire, devrait suffire à les contenter.

Mais non. Jouir en silence du confort sans risque qu’offre le séjour dans cet Olympe grisâtre depuis lequel ils nous surplombent n’est pas assez bien pour ces encravatés. Il faut encore qu’ils portent en bandoulière leur bonheur niais d’être là où ils sont, et qu’ils l’ouvrent à tout propos. Sans se rendre compte qu’à la fin, «les gens» commencent à comprendre. Et à s’agacer.

L’ouvrir très grand, c’est l’une des choses que Jean-Claude – « il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » – Juncker fait le mieux. Aussi a-t-il trouvé judicieux, dans un récent entretien au journal Le Monde de formuler ces quelques regrets: « à voir les réactions que suscite la ‘loi travail’, je n’ose pas m’imaginer quelle aurait été la réaction de la rue, à Paris ou à Marseille, si votre pays avait dû appliquer des réformes comme celles qui ont été imposées aux Grecs ». Ah, ces Français rétifs! Comme il est dommage de ne pouvoir vitrifier leur économie avec cette même brutalité joyeuse dont on à usé contre l’économie grecque!

Ceci dit, rien n’est jamais perdu pour qui sait s’armer de patience. Durant l’été 2015, au cœur de la « crise grecque », le ministre hellène Yanis Varoufakis avait donné quelques clés pour comprendre la dureté des créanciers vis-à-vis de son pays. Selon lui, la véritable cible des «Européens» (et de l’Allemagne, plus encore que de l’Europe institutionnelle) était en fait l’Hexagone. « La Grèce est un laboratoire de l’austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d’être exporté. La crainte du Grexit vise à faire tomber les résistances françaises, ni plus ni moins », avait-il osé. Pour lui, les cibles terminales étaient l’État-providence et le droit du travail français.

Pour Jean-Claude Juncker, il se trouve que « la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire ». Le minimum seulement.

Or pour Jean-Claude Juncker, il se trouve que «la réforme du droit du travail voulue et imposée par le gouvernement Valls est le minimum de ce qu’il faut faire». Le minimum seulement. Et, avec un peu de chance, de constance et d’audace, une simple étape vers ce rêve éveillé que constitue l’idéal grec!

Autre grand bavard: Pierre Moscovici. Lui assume mieux encore que Juncker, et ses insinuations n’en sont plus. Ce sont même des aveux : oui, l’Union européenne veut la loi El Khomri. Dans un entretien publié ici le 18 mai soit, précisément, le jour de la parution des recommandations adressées par la Commission à la France dans le cadre du « semestre européen« , le commissaire aux Affaires économiques faisait connaître sa volonté. S’il minaudait tout d’abord en prétendant qu’il ne lui appartenait pas de « juger » la Loi travail, il rappelait toutefois qu’il lui appartenait bien de l’exiger : « Tout ce que je peux dire, c’est que la réforme est indispensable et qu’y renoncer serait une erreur lourde (…) les Français ont souvent le même réflexe quand une réforme se présente: celui de s’y opposer. Cela ne signifie pas que la réforme n’est pas nécessaire et qu’elle ne doit pas être menée (…) En outre, je pense que la volonté du peuple doit s’exprimer dans les élections, pas dans les sondages ».

C’est vrai. En principe, sauf à vivre dans le chaos de la démocratie d’opinion, les scrutins font foi bien plus que les sondages. Mais en principe aussi, le pouvoir exécutif français se situe à l’Élysée et à Matignon (Paris, France), et non dans le bâtiment du Berlaymont (Bruxelles, Belgique). Sauf à vivre dans le chaos de la démocratie congédiée.

Évidemment, si les choses en sont là, et Moscovici le dit fort bien, c’est en raison « des traités que les gouvernements et les Parlements de l’Union européenne, à commencer par celui de la France, ont signés ». C’est là l’argument dont les européistes se prévalent sans cesse, car il n’y a plus que ça en magasin. Au passage, ils se hâtent d’oublier que le dernier des traités, celui de Lisbonne, a tout de même nécessité pour être signé que l’on s’assoie en 2005 sur les résultats de deux référendums, le néerlandais et le français. Tout comme on s’est assis sur le résultat de la consultation grecque de juillet 2015. Autrement, c’était début du détricotage de la zone euro.

Au sujet du mouvement social actuellement en cours, Myriam El Khomri a eu ces mots très contestés: « il n’est pas question que l’économie de notre pays soit prise en otage ». Ils sont pourtant incontestables: l’économie de notre pays est, depuis longtemps, en situation de captivité. Simplement, les rançonneurs ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

________

On rappelle que la presse patronale (pléonasme), experte de l’inversion accusatoire, ose traiter « d’extrême droite » tous ceux qui résistent à ce néofascisme qu’est l’UE, tous ceux qui défendent la souveraineté populaire et nationale.

Je rappelle deux ou trois choses que je dis sur ce sujet depuis onze ans :


________

Citons aussi ces aveux importants, publiés par Fakir et Là-bas et qu’il faut connaître : dès avril 2012, avant l’élection de Hollande, les eurocrates savaient que le prochain élu ne pourrait pas faire autrement que détruire les diverses protections des salariés (notamment le CDI, mais pas seulement) ; l’UE est un piège antisocial, voulu comme tel par ceux qui le défendent :


_______

Rappelons enfin les explications par Gérard Filoche de la catastrophe en cours pour tous les salariés du pays : pour comprendre l’importance cruciale, intime, quotidienne, pour nous tous du Code du travail, et pour réaliser que c’est sa destruction qui est programmée par la loi « El Khomry » :

Voir aussi ce lien (importante explication) : http://rmc.bfmtv.com/emission/projet-de-loi-el-khomri-gerard-filoche-ps-milite-pour-une-greve-generale-953533.html

Et enfin ce très bon plaidoyer :

——-

PS : scandale absolu, quand on y pense :
De jeunes technocrates de l’Union Européenne dictent la politique de la France

10 raisons qui imposent de quitter l’Union Européenne – François Asselineau (UPR) :

________

Il n’y a que nous
pour défendre le Code du travail,
personnellement,
maintenant.

_____

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154215916447317

[De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer] Miracle à l’islandaise : à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

NOUS N’AVONS NI CONSTITUTION NI REPRÉSENTANTS
PARCE QUE NOUS N’AVONS PAS (ENCORE) APPRIS
À ÊTRE NOUS-MÊMES CONSTITUANTS.
IL EST PLUS QUE TEMPS.

______

Miracle à l’islandaise: à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 09/02/2016 à 09H45Piscine chauffée par géothermie en Islande î fortement volcanique
Piscine chauffée par géothermie en Islande, île fortement volcanique.

L’information n’a pas fait la Une : «L’Islande a retrouvé son niveau de chômage d’avant la crise.» Un résultat impressionnant pour la petite île indépendante qui a connu l’une des pires crises économiques d’Europe. Depuis sa faillite retentissante en 2008, l’Islande et ses quelque 320.000 habitants ont réussi un retournement économique impressionnant. Avec quelles recettes?

Le chômage en Islande est désormais de 1,9%, selon les chiffres officiels, le taux le plus bas depuis 2007. En 2007, le taux de chômage était de 1,3%…  Au plus fort de la crise, survenue en 2008, le chômage avait dépassé les 10% (avec des pointes à 12%).

Pourtant, la crise islandaise a été un vrai tsunami pour cette île. «Peu de pays, voire aucun, avaient vécu une débâcle économique aussi catastrophique», notait le FMI à son propos.

Ce petit miracle à l’islandaise s’explique. Selon le Premier ministre, «nous n’aurions pu sortir de la crise si nous avions été membre de l’Union européenne», avait-il dit en novembre 2015. Sigmundur Davíð Gunnlaugsson avait même été plus loin en affirmant que ne pas être membre de la zone euro avait été une chance pour l’Islande: «Si toutes ces dettes avaient été en euros, et si nous avions été obligés de faire la même chose que l’Irlande ou la Grèce et de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite, cela aurait été catastrophique pour nous sur le plan économique.»

Chômage Islande-Irlande

Comparaison chômage Islande-Irlande entre 2005 et 2014 (source Alterécoplus) © alterecoplus

Pourtant l’Islande revient de loin. Le pays a connu une crise beaucoup plus violente que les autres pays européens du fait de la démesure de son système financier lors de l’éclatement de la crise des subprimes. Mais face à une telle situation, l’Islande a pris des mesures très différentes des autres pays européens, quitte à provoquer de vives tensions avec certains d’entre eux (leurs avoirs n’ayant pas été remboursés à la suite d’un référendum en Islande). «A la différence des autres pays heurtés par la crise, l’Islande a laissé ses banques faire faillite, ne préservant que les comptes des ménages résidents. Les étrangers qui avaient placé leur argent dans les banques du pays ont tout perdu lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Europe, de nombreuses banques ont été nationalisées car il n’était pas concevable qu’elles puissent faire faillite», rappelait l’Express en 2015.

Le pays a mené une politique mêlant contrôle des capitaux (une idée mal vue en Europe), austérité budgétaire mais aussi hausse des impôts et surtout dévaluation importante de sa monnaie (60%) qui a entraîné une importante inflation, aujourd’hui maîtrisée… et une reprise de la croissance. Résultat, Reykjavik n’a pas sacrifié sa politique sociale et le FMI a été totalement remboursé de ses avances financières. Cette politique a fonctionné, moins d’entreprises ont fait faillite et il n’y a pas eu d’exode des jeunes comme au Portugal, Espagne ou Irlande.

De nombreux économistes font le parallèle avec le cas grec qui est toujours noyé dans sa dette et l’empilement des plans d’austérité. Mais les deux pays sont loin d’être semblables. La Grèce est enfermée dans les règles de la zone euro alors que l’Islande est libre de ses règles et de sa monnaie. Et a même décidé de ne plus demander son adhésion à l’Europe.

De plus, l’Islande a profité des capitaux qu’elle détenait du fait de l’énormité de son système bancaire, bloqués par le contrôle des changes. En conclusion de son rapport sur l’Islande, le FMI le reconnaît le côté peu orthodoxe de la reprise islandaise: «Cet ensemble éclectique de mesures a été efficace dans le cas de l’Islande, mais il n’est pas du tout certain que les enseignements à en tirer soient transposables ailleurs, y compris dans la zone euro en crise.»

En tout cas, l’Islande est devenue un exemple pour ceux qui critiquent l’intégration autour de l’euro. Avec raison ?

Source : http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

______

De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer.
______

Lien Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154146757002317

[« complotiste » ou courageuse lanceuse d’alerte ?] Manuela Cadelli, magistrate : « Le néolibéralisme est un fascisme »

Quand ce sont de simples citoyens qui disent que nos régimes parlementaires actuels, à force de se vendre pour gagner les élections, sont devenus l’outil d’un fascisme déguisé — et que cela se voit à la politique de domination absolue des multinationales (et de guerre permanente, pour terroriser tout le monde) que les prétendus « représentants » imposent au peuple —, ces donneurs d’alertes sont listés et traqués pour « conspirationnisme », pour « confusionnisme », pour « complotisme », etc. par de prétendus « antifas » et par de prétendus « journalistes » (presque tous vendus aux banques, manifestement).

Je suis curieux de voir le sort qui sera réservé à cette courageuse magistrate. Je trouve en tout cas son analyse intéressante :

Le néolibéralisme est un fascisme

http://www.lesoir.be/1137303/article/debats/cartes-blanches/2016-03-01/neoliberalisme-est-un-fascisme

La carte blanche de Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats.

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’État la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des États. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel

Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation

Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : «  There is no alternative  ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.

Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée

L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.

De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot

La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).

Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.

Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.

Ceci dans un État où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire

Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement

Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?

Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des États italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).

Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

Manuela Cadelli, présidente de l’Association Syndicale des Magistrats

Source :
http://www.lesoir.be/1137303/article/debats/cartes-blanches/2016-03-01/neoliberalisme-est-un-fascisme

==================

[Important] Complément de vocabulaire 🙂

Chomsky (passionnant) :
Ce qu’on appelle « Socialisme » ?

==================

Autre précieux complément (rappel) :

« Néolibéralisme versus État-providence.
Le débat économique entre classiques et keynésiens »
par Édouard Cottin-Euziol (2016)


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/neoliberalisme-versus-etat-providence/

J’ai rarement lu un livre à la fois aussi léger à lire et aussi efficace pour comprendre l’essentiel du débat économique fondamental pour les humains.

Un travail remarquable, à découvrir et à faire connaître.

=========================

Vous pouvez signer (si ce n’est déjà pas déjà fait) la PÉTITION INTERNATIONALE CONTRE LE TIPP ET LE CETA (Constitution néolibérale, préparée dans le plus grand secret, scandaleux crime contre l’humanité perpétré par les marchands géants) :

https://stop-ttip.org/fr/?noredirect=fr_FR

Plus de 3 millions de signataires ! Les technocrates néolibéraux irresponsables s’en fichent complètement, bien sûr, mais nous on se compte, on n’est pas seuls !

Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »

Voici un texte important, d’Aurélien Bernier, sur son blog :
http://abernier.vefblog.net/32.html#Faire_ouvertement_front_au_projet_europeeneuropeen

Faire ouvertement front au projet européen

La séquence de « négociations » entre la Grèce et l’Union européenne s’est achevée de la pire façon qui soit : par la signature, le 13 juillet, d’un accord renforçant l’austérité et détruisant encore un peu plus la souveraineté du peuple. Un accord accepté par le gouvernement de gauche radicale, élu justement pour en finir avec l’austérité et l’humiliation vécue par les Grecs depuis de longues années.

En rendant les armes, la majorité de Syriza emmenée par le premier ministre Alexis Tsipras n’a pas totalement trahi son programme électoral. Ce dernier, en effet, n’a jamais évoqué le fait de rompre avec l’Union européenne ou de sortir de la zone euro. Par contre, le référendum du 5 juillet, qui a vu le peuple dire massivement Non à un premier projet d’accord, interdisait absolument à Alexis Tsipras de signer un plan aussi proche du projet rejeté dans les urnes et aussi défavorable à la Grèce.

Le premier ministre a cru que la large victoire du Non le 5 juillet suffirait à assouplir la position des créanciers. Ce fut exactement le contraire. Mais cette erreur d’appréciation n’est rien à côté de la faute politique commise par la suite. Un référendum n’est pas un simple sondage d’opinion. Il engageait Alexis Tsipras à obtenir de meilleures conditions ou à refuser de signer. Quitte à démissionner en cas de blocage complet des négociations, lui qui avait mis cette démission sur la table huit jours plus tôt, à l’occasion du scrutin.

En acceptant l’ultimatum des créanciers, Syriza envoie un message terrible, à savoir que la rupture avec l’Union européenne serait encore pire que l’extrême austérité et la mise sous tutelle politique qui figurent dans l’accord. C’est une victoire de Margaret Thatcher à titre posthume : il n’y aurait aucune alternative à l’eurolibéralisme. C’est évidemment faux. Certes, il fallait envisager d’autres alliances (avec la Russie, la Chine…) qui n’auraient pas été sans contreparties, il fallait s’attendre à des représailles de la part des dirigeants européens et il fallait surtout avoir le courage de nationaliser largement, de dévaluer, de relancer la production et la consommation nationales. Mais on imagine difficilement que ce « plan B » puisse donner de pires résultats que le « plan A » qu’Alexis Tsipras a signé.

Peut-être la majorité de Syriza mise-t-elle sur un coup de billard à trois bandes pour se soustraire, à posteriori, à certaines clauses de l’accord. En attendant, ceux qui ont voté Non le 5 juillet ont bel et bien été trahis. Et les conséquences de cette faute sont prévisibles : le parti d’extrême droite Aube dorée s’est déjà positionné comme dernier rempart face à l’Union européenne ; il risque fort de progresser de façon spectaculaire lors des prochains scrutins.

Les répercussions seront également sévères dans le reste de l’Europe. Pour Podemos en Espagne tout d’abord, qui a cru bon de soutenir la majorité de Syriza après l’accord du 13 juillet. Dans ces conditions, où la coalition de gauche annonce à l’avance qu’elle aussi préférera se coucher plutôt que de rompre avec Bruxelles, on voit mal pourquoi les Espagnols la porteraient au pouvoir. Le renoncement de Syriza se paiera cher aussi en France. On imagine déjà Marine Le Pen renvoyer cet échec de la gauche radicale grecque à la figure de Jean-Luc Mélenchon ou de Pierre Laurent, qui auront bien du mal à trouver des arguments convaincants pour se défendre.

Les difficultés actuelles et celles qui s’annoncent sont très largement dues à la myopie de la gauche radicale sur la véritable nature de l’Union européenne. Pendant dix ans, entre le Non français du 29 mai 2005 et aujourd’hui, elle n’a cessé de prétendre, en dépit du bon sens, que les institutions communautaires étaient réformables. L’Union européenne pouvait bien imposer le traité de Lisbonne, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), martyriser et humilier les pays du Sud, négocier avec les États-Unis le Grand marché transatlantique… les Syriza, les Front de gauche et les Podemos n’en démordaient pas : la négociation avec Bruxelles, Francfort et Berlin permettrait de « changer l’Europe ». Et de faire de l’euro un outil au service des peuples… Le plus tragique est de ne pas avoir perçu que ce discours, même s’il est plus virulent dans sa forme, n’est qu’une réplique de la propagande sociale-démocrate : demain, l’Europe sociale ! Les promesses trahies de François Mitterrand, de Lionel Jospin puis de François Hollande suffisaient à disqualifier totalement cette stratégie. Mais la gauche radicale s’entêtait. Jusqu’à la séquence grecque de 2015 qui fait définitivement voler en éclat l’illusion de la « réforme de l’intérieur ».

Il est bien temps aujourd’hui d’entrouvrir ces débats, tout en les canalisant pour qu’ils ne nous emmènent pas trop loin. Clémentine Autain (Ensemble) estime que l’on peut à présent douter du fait que l’union monétaire soit le paradis sur Terre et que, par conséquent, on est en droit de remettre en cause son existence. Tout en précisant aussitôt que refuser l’euro ne veut pas dire refuser l’Union européenne. En Belgique, le trotskiste Daniel Tanuro accepte enfin d’envisager la sortie de la Grèce de la zone euro… avant d’indiquer que cette solution n’est pas valable pour la France ou d’autres pays. Je repense alors aux écrits de mon ami et camarade Samir Amin, au lendemain du 29 mai 2005 : « On ne pourra jamais faire évoluer « de l’intérieur » l’Europe engagée dans la voie du libéralisme atlantiste, en direction d’une « Europe sociale » et indépendante (des États-Unis). C’est en faisant front ouvertement au projet européen tel qu’il est qu’on maximisera les chances d’une construction alternative authentique1. » Et je me dis que nous avons perdu dix ans.

J’ai défendu de mon côté l’idée de « désobéissance européenne », en lui donnant un contenu très clair : restaurer la souveraineté juridique et monétaire au niveau national pour mener des politiques de gauche. Je considérais qu’à partir du moment où un État dirigé par la gauche radicale recouvrait sa souveraineté, l’appartenance formelle aux institutions communautaires était secondaire. Cela reste techniquement vrai, mais le sort qui est fait aujourd’hui à la Grèce change la donne. Le simple fait d’être membre de l’Union européenne est devenu politiquement intolérable pour la gauche. Il ne s’agit plus seulement de rompre avec l’eurolibéralisme. Il s’agit d’affirmer que nous n’avons absolument rien en commun, ni du point de vue des objectifs, ni du point de vue des valeurs, avec ces institutions conçues dans une logique de classe, pour lutter contre les peuples, et qui se sentent à présent assez puissantes pour ne plus faire le moindre compromis. Le seul objectif valable est d’en sortir et de les démanteler.

Aurélien Bernier.

________
Notes :
1« Quel « projet européen » ? », Samir Amin, 21 juin 2005.

Source : Démondialiser et coopérer.

 
Mon commentaire : seuls ceux qui appellent clairement à quitter l’UE tout de suite sont des résistants dignes de ce nom. Les autres, volontairement ou non, sont des collaborateurs de l’occupant.

La capitulation est totale. Abjecte.
Comme celle de nos « socialistes » et « communistes » à nous.
« Élites » toujours capitulardes et cruelles quand leurs privilèges sont contestés par le peuple.

Qu’on ne vienne plus me dire que la solution viendra de l’élection ou des « élus » :
Le faux « suffrage universel » (l’élection de maîtres constituants parmi des candidats) FONDE le capitalisme, et le VERROUILLE.

 
Ne ratez pas ce livre important :

 
(Moi, après avoir lu le seul rappel sur l’épouvantable félonie du chef (Robert HUE) du PC en 1997 (confirmée chaque jour depuis par TOUS les chefs du PC français), j’aurais plutôt intitulé le livre : « La gauche radicale et ses trahisons »…)

Pour ceux qui n’aiment pas lire, c’est cette vidéo qu’il ne faut manquer à aucun prix :

http://lesmutins.org/la-gauche-radicale-et-ses-tabous

— »’

Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153563891887317

La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? (Laurent de Sutter, dans « Libération »)

« La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ? », c’est le titre d’un papier publié récemment dans « Libération », et dont voici l’introduction et la conclusion :

La raison délirante de l’Europe,
un nouveau fascisme mou ?

par Laurent de SUTTER, Professeur de théorie du droit, à la Vrije Universiteit de Bruxelles et directeur de la collection «Perspectives critiques» aux Presses universitaires de France. (Source : « Libération« )

Il est temps d’ouvrir les yeux : les autorités qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fascisme nouveau. Ce fascisme, ce n’est plus celui, manifeste et assumé, qui a fait du XXe siècle l’un des grands siècles de la laideur politique ; il s’agit plutôt d’un fascisme mou et retors, dissimulant ses intentions mauvaises derrière un langage qui se voudrait de raison. Mais la raison que manifestent tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent forcés de discuter avec le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, est en réalité une raison délirante. Elle l’est sur plusieurs plans.

[…] [(délirant sur le plan politique, sur le plan économique, et sur le plan de la raison)] […]

Ce délire généralisé, que manifestent les autorités européennes, doit être interrogé. Pourquoi se déploie-t-il de manière si impudique sous nos yeux ? Pourquoi continue-t-il à faire semblant de se trouver des raisons, lorsque ces raisons n’ont plus aucun sens – ne sont que des mots vides, des slogans creux et des logiques inconsistantes ?

La réponse est simple : il s’agit bien de fascisme. Il s’agit de se donner une couverture idéologique de pure convention, un discours auquel on fait semblant d’adhérer, pour, en vérité, réaliser une autre opération. Comme je l’ai suggéré plus haut, cette autre opération est une opération d’ordre : il s’agit de s’assurer de la domestication toujours plus dure des populations européennes – de ce qu’elles ne réagiront pas aux mesures de plus en plus violentes prises à leur encontre.

Des gouvernements qui se prétendent démocratiques ont été élus par les différentes populations européennes – mais ce sont des gouvernements dont le programme caché est tout le contraire : ce sont des gouvernements qui souhaitent la fin de la démocratie, car la démocratie ne les arrange pas. Tout le reste n’est que prétexte.

Or, ce que le nouveau gouvernement grec tente de réaliser, c’est réintroduire un peu de réalisme au milieu de l’invraisemblable délire politique, économique et rationnel dans lequel baigne l’Europe – donc un peu de démocratie. Mais, ce faisant, il rend apparent l’ampleur de la crapulerie régnant dans les autres pays du continent – et, cela, on ne le lui pardonnera pas.

Laurent de SUTTER, Professeur de théorie du droit, à la Vrije Universiteit de Bruxelles et directeur de la collection «Perspectives critiques» aux Presses universitaires de France

Source : « Libération »

.
Mon commentaire :

Le point d’interrogation du titre de l’article est en trop.

Et le fascisme 2.0 régime autoritaire européen est clairement de moins en moins « mou ».

Les politiques publiques régressives qui sont imposées aux peuples ne sont « délirantes » que du point de vue des électeurs trop gentils qui font confiance aux « élus », comme si les « élus » servaient l’intérêt général.

Mais du point de vue des banquiers qui, en réalité, font élire nos maîtres (pour qu’ils servent prioritairement leurs intérêts de banquiers), rien n’est « délirant » : du point de vue de la réalité, tout se passe comme prévu. Les « élus » font bien leur job, d’escrocs professionnels. 

Ce qui est délirant, c’est notre crédulité dans les bobards des défenseurs du faux « suffrage universel » (quand nous acceptons gentiment d’« élire des rois au lieu de voter nos lois »).

Il est urgent d’apprendre — entre nous, sans attendre aucune aide d’aucun notable — à remettre les mots importants à l’endroit (démocratie, ploutocratie, fascisme, représentant, suffrage, citoyen, monnaie, tirage au sort, conflit d’intérêts, référendum d’initiative citoyenne…), car on ne peut pas penser à l’endroit avec des mots à l’envers.

Une fois les mots importants redevenus opérationnels, il apparaît alors vital, comme une évidence, naturelle, d’instituer nous-mêmes des procédures de désignation et de contrôle des acteurs politiques qui rendent IMPOSSIBLE D’AIDER DES CANDIDATS.

Car le vice suprême de l’élection-parmi-des-candidats, plus grave encore que de donner le pouvoir à ceux qui le veulent (ce qui est déjà une folie, on le sait depuis Platon), est de PERMETTRE D’AIDER des candidats à gagner la compétition électorale, ce que ne manquent jamais de faire les plus riches — évidemment ! —, toujours et partout, car cette aide fait des « élus » leurs serviteurs (ce qui est proprement un immense scandale, et le premier d’une longue série), aux dépens des gogos que sont les « électeurs ».

Le TIRAGE AU SORT est LA SEULE procédure qui n’offre AUCUNE PRISE à cette corruption au moment de désigner des acteurs politiques, notamment les membres d’une Assemblée constituante, mais aussi ceux des (très nécessaires) Chambres de contrôle.

La solution ne viendra pas des « élus » (qui sont précisément ceux qui nous ont mis dans cette prison politique, depuis 200 ans) : la solution ne peut venir que du peuple lui-même. Il faut que les électeurs s’entraînent, personnellement et quotidiennement, et deviennent des citoyens constituants.

Plus tard, on saura sans doute que citoyen constituant est un pléonasme : il n’est de citoyens que constituants. Il faut comprendre (et ensuite expliquer aux autres, vite) l’importance centrale, fondamentale, de NE PAS ÉLIRE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.

Faites passer.

Nota : voici l’adresse du fil de commentaires Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153348552507317

[Passionnant] FRIOT sur la LAÏCITÉ, outil radical de désintoxication des croyances religieuses capitalistes

Salut à tous.

Je vous parle de Bernard Friot depuis des années. Je le trouve épatant, attachant, émancipant… important.

Mon enthousiasme redouble encore, cette fois, avec cette (passionnante) conférence sur… la laïcité. Pourtant, jusque-là je pensais que le concept de laïcité était vraiment « à la marge » de mon travail (je me penche très peu sur les questions religieuses).

Eh bien, vous allez voir comment Bernard replace étonnamment la laïcité (laikos = peuple) au cœur de nos réflexions politiques modernes.

Les conférences de Bernard sont de plus en plus puissantes (et utiles), je trouve.

Bernard Friot: Religion Capitaliste & Laïcité (partie 1/2) :

Bernard Friot: Religion Capitaliste & Laïcité (partie 2/2) :

Il faudrait retranscrire cette conférence, je crois : sa langue est claire, convaincante, son message est à la fois subversif et émancipant. Mais je n’ai pas le temps.

[Edit (6 mai) : ça y est 🙂 Nicole a retranscrit toute la partie 1 !

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Bernard_FRIOT_Laicite_vs_Capitalisme_fevrier_2015.pdf

Incroyable cerveau collectif…
Merci Nicole ! 🙂 ]

J’ai gratté en l’écoutant plus de 30 pages de notes (avec mon écriture de pattes de mouches), et je vais en retranscrire ici les grandes lignes, pour que vous en sentiez l’importance (pour nous tous) :

[Extrait de mes notes, prises au vol :]

Il ne faut pas réduire la laïcité à la seule séparation entre l’Église et l’État ; elle passe par là, bien sûr, mais le fondement de la laïcité, c’est de rendre possible des lois, des institutions, qui affirment, contre le pouvoir, la souveraineté populaire (laikos = peuple).

En effet, le pouvoir exerce toujours son emprise contre la souveraineté populaire par le biais de croyances religieuses, en l’occurrence aujourd’hui des croyances « économiques ».

On va décrire ici 5 croyances religieuses, des croyances qui, aujourd’hui, appuient le pouvoir de la classe dirigeante contre la souveraineté populaire :

1) La croyance (religieuse, irrationnelle) que
« le patrimoine crée de la valeur économique »
(croyance en la légitimité de la propriété lucrative ;
croyance que « il est normal de tirer un revenu d’un patrimoine »,
alors que la seule source de valeur est — exclusivement — le travail vivant).

Antidote laïc : la copropriété d’usage des outils de travail.

2) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans
« la nécessité d’un marché du travail »
(marché du travail qui est la cause première du chômage !
croyance qu’il est légitime d’attacher le salaire au poste de travail,
et que seuls les employés subordonnés à un employeur créent de la valeur économique).

Antidote laïc : le droit au salaire à vie, comme matrice universelle du travail, avec qualification de la personne. Nous n’avons pas besoin d’employeurs pour travailler.

3) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans
« la nécessité du crédit pour financer les investissements »
(nous pensons « manquer d’argent », alors que ceux qui proposent de nous prêter de l’argent (moyennant un intérêt non nécessaire et ruineux) viennent de nous le piquer !)

Antidote laïc : la subvention de l’investissement, grâce à l’impôt et à la cotisation sociale (dont nous devrions demander l’augmentation massive, pour devenir les souverains de la valeur). Nous n’avons pas besoin de prêteurs pour financer l’investissement. Le Trésor public subventionne, il ne prête pas.

4) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans le fait que
« la réduction du temps de travail est la mesure de la productivité »
(croyance qu’il faut travailler plus vite pour travailler mieux ; harcèlement du management).

Antidote laïc : qualification du producteur (et pas du poste) et convention collective (par qui le salaire ne dépend plus du temps passé à travailler)

5) La croyance (religieuse, irrationnelle) dans le fait que
« la Sécurité sociale, c’est de la solidarité »
(croyance que « ceux qui travaillent » paient pour « ceux qui ne travaillent pas »).

Antidote laïc : la cotisation comme salaire signifie que TOUS ceux qui produisent des biens non marchands produisent AUSSI de la valeur économique.

Finalement, la religion du capital, elle nous dit que « ne produit de la valeur économique que celui qui va se vendre sur un « marché du travail » et se soumettre à un propriétaire lucratif, qui a financé son investissement par crédit, et qui mesure la valeur de ce qu’on produit par le temps passé à travailler. En dehors de ça, il n’y a pas de production de valeur, ce n’est que de l’utilité sociale ; donc, tous les autres, qui touchent de l’argent autrement, c’est grâce à la solidarité. »

Et cette religion a des curés, qui viennent prêcher le catéchisme du capital, tous les matins à la radio, au 6-9 : « si vous n’êtes pas sages, vous irez en enfer ».

Déplaçons notre combat laïc ; nos sociétés ne sont qu’à mi-chemin dans la bagarre de la laïcité.

C’est vraiment une bonne synthèse du travail de Friot, je trouve.

C’est un nouveau bel outil d’éducation populaire que Bernard — et ceux qui l’ont invité et ceux qui ont produit ce film — nous offrent.
À nous, ensuite, de le faire connaître autour de nous.

Faites passer…

—————-

Par ailleurs, l’association « Devenons Citoyens », à Basse-Terre en Guadeloupe, organise une semaine d’éducation populaire, du 6 au 12 juin 2015, avec Bernard Friot et Franck Lepage (les deux en même temps ! veinards de Guadeloupéens). Un beau moment d’éducation populaire en vue, donc.

Mais ils ont besoin de quelques sous pour finir de payer le voyage… Décidément, je vous parle pas mal de sous, ces temps-ci… Mais bon, il faut bien financer nous-mêmes nos outils d’auto-émancipation, n’est-ce pas ?

Donc, je vous donne ici les liens qui signalent l’événement, et ceux qui invitent à aider les organisateurs à financer ce voyage :

• Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/362891340586022/

• Financement collectif : https://www.lepotcommun.fr/pot/cgsh902v

• Programme :

• Site de l’asso « Devenons citoyens », chaîne Youtube et page FB :

http://devenonscitoyens.fr/

https://www.youtube.com/channel/UCXeDW6nh-CI3IZi-rxK65Lg

https://www.facebook.com/DevenonsCitoyens

—————

Ensuite, il y a des mois que je veux vous signaler le dernier livre de Bernard, « Émanciper le travail » :

C’est son meilleur livre, je trouve, il est bien adapté au grand public. La forme des entretiens assez courts le rend très agréable à lire, et toute la puissance subversive de ses propositions y est pourtant mieux exposée que jamais.

Le plan du livre est là : http://www.reseau-salariat.info/1b1052ba59f8cfbcacd6d41fb8e5b5ab?lang=fr

—————

Enfin, je veux dire encore un mot de l’outil d’éducation populaire créé par Bernard pour faire monter notre niveau de conscience et d’exigence sur l’enjeu du salaire : tâchez d’aider Réseau Salariat si vous le pouvez : nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour financer de tels outils.

———–

Merci pour toutes ces pensées affectueuses et pour tous ces encouragements que vous m’envoyez tous les jours, par mail et dans les différents fils de commentaires sur le net. Je n’ai pas le temps matériel de vous répondre individuellement, malheureusement, mais je le fais par la pensée, toujours avec émotion. On n’est forts qu’ensemble et vos témoignages amicaux me donnent bien de l’énergie. Merci.

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Le fil de commentaires correspondant à ce billet sur Facebook :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153340040542317

« Ruptures » : le 29 mai 2015, lancement d’un mensuel hors du commun

Bientôt 10 ans.
10 ans que nous avons uni nos forces en France pour crier aux prétendues « élites » un NON réfléchi et déterminé opposé à l’anti-constitution européenne.

C’était le 29 mai 2005.
Un jour de victoire populaire contre les mensonges médiatiques ; c’est plutôt rare.

10 ans, depuis lors, de scandaleux mépris du peuple de la part de nos prétendus « représentants » et de nos prétendus « journalistes » ; mépris de tous les journaux « importants », tous achetés par des banques ou des marchands d’armes ! Les « Ouiistes » nous ont traités (et nous traitent encore) de xénophobes, de « fascistes », de « moutons noirs », de repliés-sur-nous-mêmes, d’aigris…

Attention ! Danger (par ici) de moutons noirs !

10 ANS ET PLUS QUE JAMAIS BESOIN D’UN JOURNAL RADICALEMENT EURO-CRITIQUE, opposé frontalement au processus fondamentalement antidémocratique qu’est la prétendue « construction européenne ».

Ce journal des résistants sera peut-être

Il se fixe cet objectif-là, apparemment :
http://fr.ulule.com/ruptures-presse/

Pierre Levy, son rédacteur en chef, présente le projet :

Financement participatif :

« Ruptures » ne sera sans doute pas aidé par le système ; il a donc besoin de nos sous… C’est naturel, on le sait : si l’on veut des outils d’information vraiment libres, il faut que nous soyons capables de les financer nous-mêmes.

Donc, si vous faites partie des millions de « Nonistes » de 2005 (violés en 2008, et tous les jours depuis), si vous êtes comme moi un électeur humilié par les élus, vous devriez aider ce journal à naître, je crois.

J’aurais dû vous en parler depuis longtemps ; j’ai traîné, pardon, aujourd’hui, ça urge !

Le lien pour leur donner un coup de main :
http://fr.ulule.com/ruptures-presse/

Et… faites passer :o)

—————–

Et puis il faudrait peut-être aussi qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’on pourrait faire, le 29 mai prochain, pour marquer le coup de l’anniversaire de cette victoire populaire (l’anniversaire de la-trahison-des-élites, lui, serait plutôt « tous-les-jours-depuis »…)

Bon courage à tous.

Étienne.

John Pilger : renaissance du fascisme sous une forme moderne

Je soumets à votre esprit critique cette passionnante et importante synthèse de John Pilger sur la guerre qui vient :

La renaissance du fascisme sous une forme moderne

John Pilger
John Pilger

Par John Pilger – Le 26 février 2015.
Source Russia Today
http://lesakerfrancophone.net/la-renaissance-du-fascisme-sous-une-forme-moderne/
La récente 70e commémoration de la libération d’Auschwitz fut l’occasion de nous remémorer les grands crimes du fascisme dont l’iconographie nazie est gravée dans notre conscience.

Le fascisme est considéré comme de l’histoire ancienne, comme dans ces vieux films tremblotants de chemises noires marchant au pas, leur criminalité aussi terrifiante qu’évidente. Et pourtant dans nos sociétés libérales, alors même que des élites va-t-en guerre nous poussent au devoir de mémoire, le danger grandissant d’une forme moderne du fascisme est ignoré. Car c’est leur fascisme.

«Déclencher une guerre d’agression.., ont déclaré les juges du tribunal de Nuremberg en 1946, est non seulement un crime international mais de plus le pire crime international car, par rapport aux autres crimes de guerre, il contient en lui toute la malfaisance des autres crime de guerre réunis.»

Si les nazis n’avaient pas envahi l’Europe, Auschwitz et l’holocauste ne se seraient jamais produits. Si les États Unis et leurs alliés n’avaient pas commencé leur guerre d’agression en Irak en 2003, près d’un million de personnes seraient encore en vie aujourd’hui et l’État islamique ne serait pas en train de nous menacer de sa sauvagerie. Ce dernier est le rejeton du fascisme moderne, nourri par les bombes, les bains de sang et les mensonges de ce théâtre surréaliste que l’on appelle les actualités.

Vue générale du camp d’extermination à Auschwitz 26 janvier 2015. (Reuters/Laszlo Balogh)

Comme pendant la période fasciste des années 1930 et 1940, des mensonges y sont débités avec le débit d’un métronome grâce à des médias omniprésents et répétitifs et leur étroite censure par omission. La catastrophe libyenne par exemple.

En 2011, l’Otan a effectué 9 700 bombardements sur la Libye, dont plus d’un tiers ont atteint des cibles civiles. Des obus à uranium enrichi furent utilisés. Les villes de Misurata et Syrte furent rasées. La Croix-Rouge a retrouvé des fosses communes et l’UNICEF a rapporté que «plus de la moitié des enfants tués avaient moins de 10 ans.»

Le dirigeant Libyen Muammar Gaddafi. (Reuters/Filippo Monteforte)

La sodomie publique du président libyen Mouammar Kadhafi à l’aide d’une baïonnette rebelle fut accueillie par la secrétaire d’état américaine avec ces mots: «Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort». Son assassinat ainsi que la destruction de son pays ont été justifiée par un mensonge classique: il planifiait un génocide contre son propre peuple. «Nous savions que si nous attendions un jour de plus, Benghazi, une ville de la taille de Charlotte, aurait subi un massacre qui aurait eu des répercussions sur toute la région et aurait créé une tache sur la conscience du monde», a prétendu le président Obama.

Mais c’était une invention des milices islamistes qui subissaient une défaite face aux forces gouvernementales libyennes. Ils ont dit à Reuters qu’il y aurait un véritable bain de sang, comme au Rwanda. Rapporté le 14 mars 2011, ce mensonge fut la première étincelle du déluge de feu de l’Otan, présenté par David Cameron comme une intervention humanitaire.

Secrètement approvisionnés et entraînés par les services spéciaux britanniques, beaucoup de ces rebelles deviendront membres de cet État Islamique dont la dernière vidéo en date montre la décapitation de 21 chrétiens coptes kidnappés à Syrte, la ville même qui fut rasée par les bombardements de l’Otan, en leur nom.

Pour Obama, Cameron et Hollande [plutôt Sarkozy en l’occurrence, NdT], le véritable crime de Kadhafi était l’indépendance économique de la Libye et son intention déclarée d’arrêter de vendre les plus grandes réserves de pétrole africaines en dollar américains. Le pétrodollar est un des piliers de la puissance impériale américaine. Kadhafi a eu l’audace de planifier la mise en place d’une monnaie africaine commune, adossée à l’or, de créer une banque pour toute l’Afrique et de pousser à l’union économique entre pays pauvres ayant des ressources en matières premières prisées. Que cela soit réalisable ou pas, rien que d’y penser était intolérable aux États-Unis, alors qu’ils se préparaient justement à pénétrer en Afrique et à corrompre les gouvernements africains avec leur partenariat militaire

A la suite de l’attaque de l’Otan sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité, Obama a, selon les écrits de Garikai Chengu, «confisqué les 30 milliards de dollars de la Banque centrale libyenne que Kadhafi avait mis de coté pour la mise en place d’une banque centrale africaine et d’une monnaie commune à l’Afrique, adossée à l’or».

La guerre humanitaire contre la Libye a suivi un modèle cher au cœur des libéraux occidentaux, spécialement dans les médias. En 1999, Bill Clinton et Tony Blair ont envoyé l’Otan bombarder la Serbie car, ont-ils menti, les Serbes étaient en train de commettre un génocide contre les habitants d’origine albanaise dans la province sécessionniste du Kosovo. David Scheffer, l’ambassadeur américain contre les crimes de guerre (sic), a prétendu que pas moins de 225 000 personnes d’origine albanaise âgées de 14 à 59 an pourraient avoir été assassinées. Clinton et Blair évoquèrent le spectre de l’Holocauste et l’esprit de la Deuxième Guerre mondiale. Les héroïques alliés de l’Occident étaient les membres de l’Armée de libération du Kosovo, dont les actes criminels furent mis de côté. Le secrétaire aux Affaires étrangères, Robin Cook, leur a dit de l’appeler n’importe quand sur son portable.

Pristina (Kosovo) après les bombardements de l’Otan 29 mars 1999. (Reuters)

Quand les bombardements de l’OTAN furent terminés et la plus grande partie des infrastructures de la Serbie en ruine, ses écoles, ses hôpitaux, ses monastères et même la station de télévision nationale, les équipes d’enquêteurs internationaux débarquèrent au Kosovo pour y trouver les preuves de cet holocauste. Le FBI ne trouva pas une seule fosse commune et rentra bredouille. L’équipe espagnole fit de même, jusqu’à ce que son chef dénonce avec colère une pirouette sémantique par les machines à propagande de guerre. Un an plus tard, le tribunal des Nations Unis pour la Yougoslavie annonça le décompte final des morts au Kosovo: 2 788. Nombre incluant les combattants des deux bords ainsi que les Serbes tués par l’Armée de libération du Kosovo. Il n’y a eu aucun génocide. L’holocauste n’était qu’un mensonge. L’attaque de l’Otan reposait donc sur une manipulation.

Mais derrière ces mensonges se cachait une raison sérieuse. La Yougoslavie était unique, indépendante, une fédération multiethnique qui a servi de pont politique et économique durant la Guerre Froide. La majorité de ses services et de sa capacité de production était publiques. Fait inacceptable pour une Communauté européenne en expansion, surtout pour l’Allemagne tout juste réunifiée et qui commençait à se tourner vers l’Est pour capturer ses marchés naturels dans les provinces de Croatie et de Slovénie. Au moment où les Européens se réunissaient à Maastricht en 1991 pour deviser sur le projet de mise en place de la catastrophique zone euro, un accord secret fut conclu, l’Allemagne reconnaîtrait la Croatie. C’en était fini de la Yougoslavie.

A Washington, les États-Unis veillèrent à ce que l’économie yougoslave en difficulté ne puisse bénéficier d’un prêt de la Banque mondiale. L’Otan, qui n’était plus à cette époque qu’une relique de la guerre froide, renaissait comme instrument de l’impérialisme. En 1999, à la conférence de paix du Kosovo à Rambouillet, en France, les Serbes furent soumis aux tactiques vicieuses des vainqueurs. L’accord de Rambouillet comporte l’annexe secrète B, rajoutée le dernier jour par la délégation américaine, qui demandait l’occupation militaire de toute la Yougoslavie et la mise en place d’une économie libérale ainsi que la privatisation de tout le domaine public. Aucun État souverain ne peut signer un tel accord. Alors la punition suit rapidement. Les bombes de l’Otan pleuvent sur le pays sans défense. Ce fut un avant goût des catastrophes qui frapperont l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye et dernièrement l’Ukraine.

Bâtiments détruits par l’Otan à 150km à l’est de Tripoli 21 juillet, 2011. (Reuters/Ismail Zitouny)

Depuis 1945, plus d’un tiers des membres des Nations unies – 69 pays – ont souffert, entre les mains du fascisme moderne américain, en partie ou totalement, de l’un de ces sévices: ils ont été envahis, leurs gouvernements renversés, leurs mouvements populaires réprimés, leurs élections manipulées, leur population bombardée, leurs économies malmenées et soumises à un embargo connu sous le nom de sanctions. L’historien britannique Mark Curtis compte le nombre de victimes en millions. A chaque fois un mensonge était utilisé.

«Ce soir, pour la première fois depuis le 11 septembre, notre mission de combat est terminée.» Tels furent les mots d’ouverture du discours sur l’état de l’Union en 2015. En réalité, il reste encore 10 000 troupes et 20 000 mercenaires américains en Afghanistan, pour une durée indéterminée. «La plus longue guerre de l’histoire des États-Unis a pris fin de manière responsable», a dit Obama. En fait, plus de civils ont été tués en 2014 en Afghanistan qu’au cours d’aucune autre année depuis que les Nations unies en font le décompte. La majorité ayant été tuée – civils comme soldats – durant la période de présidence d’Obama.

La tragédie afghane concurrence les crimes épiques en Indochine. Dans son livre tant vanté, Le grand échiquier: La primauté américaine et ses impératifs stratégiques, Zbigniew Brzezinski, le père de la politique étrangère américaine de l’Afghanistan à nos jours, écrit que si les États-Unis devait contrôler l’Eurasie et dominer le monde, ils ne pourraient supporter une démocratie populaire, parce que «la poursuite du pouvoir n’est pas quelque chose qui entraîne la passion du peuple… La démocratie n’est pas l’amie de la mobilisation impériale». Il a raison. Comme WikiLeaks et Edward Snowden l’ont révélé, un État policier est en train d’usurper la démocratie. En 1976, Brzezinski, qui était alors conseiller à la Sécurité nationale du président Carter, fit ses preuves en portant un coup mortel à la première et seule période démocratique afghane. Qui connait cette période de l’histoire?

Combat des Marines US contre les talibans dans la province de Helmand  5 avril 2010. (Reuters/Asmaa Waguih)

Dans les années 1960, une révolution populaire balaya l’Afghanistan, le plus pauvre pays sur terre, renversant finalement le régime aristocratique en 1978. Le Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA) a formé un gouvernement et déclaré un programme de réformes qui comprenait l’abolition du féodalisme, la liberté de religion, des droits égaux pour les femmes et la justice sociale pour les minorités ethniques. Plus de 13 000 prisonniers politiques furent libérés et les fichiers de la police brûlés en place publique.

Le nouveau gouvernement introduisit les soins médicaux gratuits pour les plus pauvres. Le servage fut aboli et un vaste programme contre l’illettrisme lancé. Pour les femmes, les gains furent immenses. A la fin des années 1980, la moitié des étudiants universitaires étaient des femmes; elles formaient aussi la moitié du contingent de médecins, un tiers des fonctionnaires et la majorité des instituteurs. «Toutes les filles, se souvient Saira Noorani, une femme chirurgien, pouvaient aller à l’école et à l’université. Nous pouvions aller où bon nous semblait et porter ce que l’on aimait. On avait l’habitude de sortir le vendredi soir dans les cafés pour écouter de la musique ou au cinéma pour y voir le dernier film indien. Tout a commencé à aller de travers quand les moudjahidines ont commencé à gagner. Ils tuaient les instituteurs et brulaient les écoles. On était terrifiés. C’était étrange et triste de penser que ces gens étaient aidés par l’Occident »

Le gouvernement PDPA était soutenu par l’Union soviétique, même si, comme l’ancien secrétaire d’État l’a admis plus tard «il n’y avait aucune preuve d’une complicité soviétique dans cette révolution». Alarmé par les succès croissants des mouvements de libération à travers le monde, Brzezinski décida que si le gouvernement PDPA réussissait en Afghanistan, son indépendance et ses réussites risquaient d’offrir la menace d’un exemple prometteur.

Le 3 juillet 1979, la Maison Blanche décida de soutenir secrètement les groupes tribaux fondamentalistes connus comme les moudjahidines, un soutien dont le coût monta jusqu’à plus de 500 millions de dollars par an en fourniture d’armes et autre assistance. L’objectif était de renverser le premier gouvernement laïque et réformiste d’Afghanistan. En aout 1979, l’ambassade américaine à Kaboul rapporta que «les intérêts supérieurs des États Unis… seraient servis par la destitution [du gouvernement PDPA], quelles qu’en soient les conséquences pour les réformes sociales et économiques en Afghanistan».

Les moudjahidines furent les précurseurs d’al-Qaida et de l’État islamique. Gulbuddin Hekmatyar, qui reçu des dizaines de millions de dollars en liquide, fut l’un des leurs. La spécialité d’Hekmatyar était le trafic d’opium et l’aspersion d’acide sur le visage des femmes qui refusaient de porter le voile. Invité à Londres, il fut présenté par le premier ministre Thatcher comme un combattant pour la liberté.

De tels fanatiques seraient restés dans leur monde tribal si Brzezinski n’avait pas initié un mouvement international pour promouvoir le fondamentalisme islamique en Asie Centrale et donc miné la politique séculaire de libération pour déstabiliser l’Union Soviétique, créant, ainsi qu’il l’écrit dans son autobiographie, quelques musulmans agités. Son grand plan coïncidait avec celui du dictateur pakistanais Zia ul-Haq pour dominer la région. En 1986, la CIA et l’agence pakistanaise de renseignement, l’ISI, commencèrent à recruter des gens a travers le monde pour rejoindre le djihad afghan. Le multi-millionnaire saoudien Oussama Ben Laden était l’un d’eux. Des volontaires, qui finalement rejoindront les talibans et al-Qaida, furent recrutés dans un collège islamique de Brooklyn, à New York, et reçurent un entrainement para-militaire dans un camp de la CIA en Virginie. Cette opération fut nommée Opération Cyclone. Son succès fut fêté en 1996 quand le dernier président PDPA d’Afghanistan, Mohammed Najibullah – qui venait de demander de l’aide à l’assemblée générale des Nations unies – fut pendu à un réverbère dans la rue, par les talibans.

Le retour de bâton de l’opération Cyclone et ses quelques musulmans agités arriva le 11 septembre 2001. L’opération Cyclone se transforma en guerre contre le terrorisme, dans laquelle un nombre incalculable d’hommes, de femmes et d’enfants vont perdre la vie dans tout le monde musulman, de l’Afghanistan à l’Irak, au Yémen, en Somalie et en Syrie. Le message des puissants était, et est toujours: «Vous êtes soit avec nous soit contre nous».

Le fil conducteur du fascisme, autrefois comme aujourd’hui, est le meurtre de masse. L’invasion américaine du Vietnam eut ses zones de tir à vue , sa comptabilité de cadavres et ses dommages collatéraux. Dans la province de Quang Ngai, ou j’étais basé, des milliers de civils furent tués par les États-Unis, même si l’on ne se souvient que d’un seul massacre, celui de My Lai. Au Laos et au Cambodge, le plus grand bombardement aérien de l’histoire a entrainé une époque de terreur marquée encore aujourd’hui par le spectacle de ces cratères de bombes se rejoignant jusqu’à former, vu du ciel, l’image d’un monstrueux collier. Les bombardements ont fourni au Cambodge son propre État islamique, les Khmers rouges dirigés par Pol Pot.

De Pol Pot à l’EI: Tout ce qui vole contre tout ce qui bouge

Aujourd’hui, la plus grande campagne de terreur qui ait jamais existé entraîne l’exécution de familles entières, d’invités à des mariages ou à des funérailles. Ce sont les victimes des tirs de drones d’Obama. Selon le New York Times, Obama fait sa sélection à partir d’une liste des personnes à tuer que la CIA lui présente chaque mardi dans la Situation Room de la Maison Blanche. Il décide alors, sans la moindre justification légale, qui vivra et qui mourra. Son arme de bourreau est le missile Hellfire [les feux de l’enfer, NdT] emporté par un avion sans pilote connu sous le nom de drone. Ces missiles rôtissent leurs victimes et laissent la région parsemée de cadavres calcinés. Chaque frappe est enregistrée sur une console très éloignée du point d’impact, console nommée Bugsplat.

«A ceux qui marchent au pas, écrit l’historien Norman Pollock, se substitue une  militarisation de la culture apparemment plus anodine. Et à un dirigeant grandiloquent se substitue un réformateur effacé, heureux dans son travail de planificateur et d’exécuteur des hautes œuvres, toujours souriant.»

Ce qui rapproche aussi l’ancienne et la moderne version du fascisme est le culte de la supériorité [le suprématisme, NdT]. «Je crois en l’exceptionnalisme américain de toutes les fibres de mon être», a déclaré Obama, faisant écho aux déclarations ultranationalistes des années 1930. Comme l’historien Alfred W. McCoy l’a souligné, c’est un homme dévoué à Hitler, Carl Schmitt, qui dit un jour : «Le souverain est celui qui décide de l’exception». Cela résume tout à fait l’américanisme, l’idéologie qui domine le monde actuel.

Qu’elle ne soit pas reconnue comme une idéologie prédatrice est le résultat d’un lavage de cerveau, lui-même non reconnu. Insidieux, caché, finement présenté comme un éclairage universel, son totalitarisme inonde la culture occidentale. J’ai moi-même grandi dans un environnement cinématographique à la gloire de l’Amérique, qui était presque toujours une déformation de la réalité. Je n’avais aucune connaissance du fait que l’Armée rouge avait détruit quasiment toute la machine de guerre nazie, au prix de la vie de 13 millions de ses soldats. Par comparaison, les pertes américaines, incluant celles du Pacifique, furent de 400 000 hommes. Hollywood avait inversé les faits.

La différence, de nos jours, tient à ce que le public des salles obscures est invité à s’accrocher au fauteuil sur la tragédie de psychopathes américains devant tuer des gens partout dans le monde – comme le fait le président des États-Unis lui-même. Symbole de la violence hollywoodienne, l’acteur et réalisateur Clint Eastwood, fut nominé pour un Oscar cette année pour son film American Sniper, film qui raconte l’histoire d’un assassin légal fou furieux. Selon le New York Times, «patriotique et pour toute la famille, ce film a battu tous les records d’audience dans ses premiers jours».

Il n’existe pas de film épique sur les flirts de l’Amérique avec le fascisme. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’Amérique (et la Grande-Bretagne) entrèrent en guerre contre la Grèce qui venait de se battre héroïquement contre le nazisme et résistait à l’avènement d’un fascisme grec. En 1967, la CIA aida une junte militaire fasciste à prendre le pouvoir à Athènes, comme elle le fit au Brésil et dans la plupart des pays d’Amérique latine. Les Allemands et les Européens de l’Est qui avaient collaboré avec les nazis et leurs crimes contre l’humanité reçurent l’asile aux États-Unis. Beaucoup furent bien soignés et leurs talents récompensés. Wernher von Braun, par exemple, fut à la fois le père de la fusée nazie V2 et du programme spatial des États Unis.

Dans les années 1990, alors que les anciennes républiques soviétiques, l’Europe de l’Est et les Balkans, devenaient des avant-postes militaires de l’Otan, on a donné leur chance aux héritiers du mouvement nazi ukrainien. Responsable de la mort de milliers de juifs, Polonais et Russes durant l’invasion de l’Union soviétique par les nazis, le mouvement fasciste ukrainien fut réhabilité et cette nouvelle vague considérée comme nationaliste par ceux qui gouvernent.

Cette vague a atteint son apogée quand l’administration Obama a misé 5 milliards de dollars sur un coup d’État contre le gouvernement élu en place. Les troupes de choc étaient formées de néo–nazis du Secteur Droit et de Svoboda. Parmi leurs dirigeants on retrouve Oleh Tyahnybok, qui a appelé à la purge de la mafia juive et moscovite et autres merdes telles que les homosexuels, les féministes et les gauchistes.

Ces fascistes font maintenant partie du gouvernement ukrainien issu du coup d’État. Le rapporteur de l’assemblée nationale ukrainienne, Andriy Parubiy, un dirigeant du parti au pouvoir, est aussi un co-fondateur de Svoboda. Le 14 février, Parubiy annonça qu’il partait pour Washington afin d’obtenir que «les États-Unis nous fournissent des armes de précision». S’il y arrive, cela sera considéré comme un acte de guerre par la Russie.

Aucun dirigeant occidental ne s’est insurgé contre cette renaissance du fascisme en plein cœur de l’Europe, à l’exception de Vladimir Poutine dont le peuple a perdu 22 millions de personnes dans l’invasion nazie qui arriva à travers les frontières de l’Ukraine. A la dernière Conférence sur la sécurité de Munich, l’assistante d’Obama pour les affaires européennes et eurasiennes, Victoria Nuland, a critiqué les dirigeants européens qui s’opposent à ce que les États-Unis arment le régime de Kiev. Elle a fait référence au ministre allemand de la défense en le traitant de «ministre du défaitisme». C’est Nuland qui avait organisé le coup d’État à Kiev. Elle est la femme de Robert D. Kagan, une figure du mouvement néo-conservateur et cofondateur de l’association d’extrême-droite Project for a New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain). Elle a aussi été conseillère en politique étrangère de Dick Cheney.

Le feu à la Maison des Syndicats à Odessa. (RIA Novosti/Maxim Voitenko)

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas totalement déroulé comme prévu. L’Otan n’a pas pu s’emparer de l’historique et légitime base navale russe en Crimée. La population de Crimée, en grande majorité d’origine russe  – qui fut illégalement annexée à l’Ukraine par Nikita Kroutchev en 1954 – a largement voté pour son rattachement à la Russie, comme elle l’avait fait dans les années 1990. Le référendum fut non imposé, populaire et sous observation internationale. Il n’y a pas eu d’invasion.

Dans le même temps, le régime de Kiev s’en est pris à la population d’origine russe dans l’est du pays avec la férocité d’un nettoyage ethnique. Tout en déployant des milices néo-nazies dans le style de la Waffen SS, ils ont assiégé et bombardé villes et villages. Ils ont affamé les populations, coupé l’électricité, gelé les comptes en banque, arrêté le versement des prestations sociales et des retraites. Plus d’un million de personnes ont traversé la frontière pour se réfugier en Russie. Réfugiés décrits dans les médias occidentaux comme des gens fuyant les violences causées par l’invasion russe. Le commandant de l’Otan, le général Breedlove, dont le nom et les actes pourraient avoir été inspirés par le Dr Strangelove [Dr Folamour, NdT] de Stanley Kubrick, annonça que 40 000 soldats russes se rassemblaient aux frontières. A l’âge des photos satellites, il n’en a trouvé aucune pour prouver ses affirmations.

Le peuple d’Ukraine de langue russe et bilingue, un tiers de la population, a longtemps cherché a créer une fédération qui puisse refléter la diversité ethnique du pays et qui soit autonome et indépendante de Moscou. La plupart ne sont pas des séparatistes, ils veulent simplement vivre en sécurité dans leur pays et s’opposent à la prise de pouvoir qui a eu lieu à Kiev. Leur révolte et la création de républiques autonomes sont venues en réaction aux attaques de Kiev. On l’a très peu expliqué au public occidental.

En mai 2014 à Odessa, 41 personnes d’origine russe furent brûlées vives au siège social des syndicats sous les regards de la police. Le dirigeant de Secteur Droit Dmytro Yarosh a considéré ce massacre comme encore un grand jour dans l’histoire de notre pays. Dans les médias britanniques et américains cela fut reporté comme une tragédie opaque résultant de bagarres entre nationalistes (les néo nazis) et séparatistes (les gens récoltant des signatures pour un référendum sur une Ukraine fédérale).

Le New York Times a enterré l’affaire en traitant de propagande russe les avertissements sur la politique fasciste et antisémite des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street Journal a condamné les victimes avec cet en-tête: «L’incendie mortel a été apparemment initié par les rebelles», dit le gouvernement. Obama a félicité la junte ukrainienne pour sa retenue.

Si Poutine était tombé dans le piège de venir défendre les rebelles, son statut de paria dans le monde occidental aurait justifié le mensonge d’une Russie envahissant l’Ukraine. Le 29 janvier, le général Viktor Muzhenko, haut commandant des armées ukrainiennes a, presque par inadvertance, rejeté la base même des sanctions occidentales quand il déclara de manière emphatique au cours d’une conférence de presse: «L’armée ukrainienne ne combat pas contre les troupes régulières russes», mais contre des «citoyens ordinaires», membres de «groupes armées illégaux»; il n’y avait plus d’invasion russe. Vadym Prystaiko, adjoint au ministre de la Défense, a lui, appelé à la guerre totale contre la Russie, une puissance nucléaire.

Le 21 février, le sénateur américain James Inhofe, un républicain de l’Oklahoma, a introduit un arrêté parlementaire pour autoriser l’exportation d’armes américaines vers Kiev. Au cours de sa présentation au Sénat, Inhofe a utilisé des photos qu’il a présentées comme des preuves de troupes russes franchissant la frontière ukrainienne, photos qui ont depuis été démasquées comme des faux. Cela m’a rappelé les fausses photos de Ronald Reagan d’une installation soviétique au Nicaragua et les fausses preuves de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak.

L’intensité de la campagne de dénigrement contre la Russie et la présentation de son président comme un méchant de foire ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir au cours de ma vie de journaliste. Robert Parry, un des journalistes d’investigation américain les plus réputés, qui a révélé le scandale Iran–Contra, a écrit récemment: «Aucun gouvernement occidental, depuis l’Allemagne hitlérienne, n’avait osé envoyer des troupes de choc nazies contre sa propre population, mais le régime de Kiev l’a fait et en toute conscience. Pourtant, le monde politico-médiatique a fait tout ce qu’il a pu pour cacher cette réalité, allant jusqu’à ignorer des faits clairement établis… Si vous vous demandez comment le monde pourrait tomber dans une troisième guerre mondiale – comme cela s’est passé pour la première il y a un siècle – tout ce que vous avez a faire est de regarder la folie en ce qui concerne l’Ukraine, folie qui se montre imperméable aux faits ou à la raison.»

Procés de Nuremberg. Les dirigeants nazis 1945-1946. (1er rang, g. à d. )Göring, Rudolf Heß, von Ribbentrop, Keitel (2ème rang, g. à d.) Dönitz, Raeder, von Schirach, Sauckel (Image de Wikipedia)

En 1946, le procureur du tribunal de Nuremberg a déclaré aux journaux allemands : «L’utilisation par les conspirateurs nazis de la guerre psychologique est bien connue. Avant chaque attaque majeure, à l’exception de celles reposant sur la rapidité d’action, ils démarraient une campagne de presse destinée à abaisser leurs victimes et à préparer psychologiquement le peuple allemand à l’attaque… Dans le système de propagande de l’État hitlérien, les armes les plus importantes furent la presse quotidienne et la radio.»

Dans le Guardian du 2 février, Timothy Garton-Ash a demandé, en mots clairs, une guerre mondiale. «Poutine doit être empêché, dit le titre. Et parfois seuls les armes peuvent arrêter les armes.» Il concéda que la menace d’une guerre puisse nourrir la paranoïa russe de l’encerclement, mais que cela n’était pas grave. Il fit la liste de l’équipement militaire nécessaire pour le boulot et conseilla ses lecteurs en affirmant que l’Amérique avait le meilleur équipement.

En 2003, le même Garton-Ash, alors professeur a Oxford, répéta la propagande qui entraina le massacre en Irak. Saddam Hussein, écrivait il, «a, comme l’a montré Colin Powell, accumulé de grandes quantités d’armes chimiques et biologiques et cache ce qui lui reste. Il est toujours en train d’acquérir des armes nucléaires». Il loua Blair comme un «Gladstonien, un chrétien libéral interventionniste». En 2006, il écrivit: «Maintenant nous faisons face au prochain grand défi occidental après l’Irak: l’Iran»

Ces proclamations – ou comme Garton-Ash préfère le dire, son ambivalence libérale torturée – sont assez courantes chez ceux qui, dans l’élite libérale transatlantique, ont signé un pacte faustien. Le criminel de guerre qu’est Tony Blair est leur idole déchue. Le Guardian, journal dans lequel le texte de Garton-Ash fut publié a mis en page une publicité pour un avion de chasse furtif américain. Sous l’image menaçante de ce monstre crée par Lockheed Martin s’étalent les mots: «Le F35. Grand pour la Grande Bretagne». Ce matériel [qui ne vole toujours pas, NdT] américain coûtera aux contribuables britanniques 1,3 milliards de livres, les modèles précédents ayant déjà fait des massacres à travers le monde. En parfait accord avec son annonceur, l’éditorial du Guardian a plaidé pour une augmentation des dépenses militaires.

La encore, cela suit un objectif sérieux. Les maitres du monde ne veulent pas seulement que l’Ukraine soit une base de missiles, ils veulent son économie. La nouvelle ministre des finances de Kiev, Nataliwe Jaresko, est une Américaine, ancienne fonctionnaire du Département d’État américain en charge des investissements à l’étranger. On lui a octroyé la nationalité ukrainienne en toute hâte.

Ils veulent l’Ukraine pour son gaz abondant. Le fils du vice-président Joe Biden est entré au conseil d’administration de la plus grosse compagnie pétrolière d’Ukraine. Les fabricants de graines génétiquement modifiées, comme le tristement célèbre Monsanto, veulent les riches terres cultivables de l’Ukraine.

Mais par dessus tout, ils veulent le puissant voisin de l’Ukraine, la Russie. Ils veulent balkaniser et démembrer la Russie pour exploiter la plus grande source de gaz naturel sur terre. Alors que l’Arctique fond, ils veulent contrôler l’océan Arctique et ses richesses énergétiques, tout comme les terres russes qui le longent. Leur homme à Moscou fut Boris Eltsine, un alcoolique, qui livra l’économie de son pays à l’Occident. Son successeur, Poutine, a rétabli la souveraineté russe. Tel est son crime.

Notre responsabilité ici est donc claire. Elle repose sur l’identification et la mise à nu des mensonges permanents des va-t-en guerre et à ne jamais collaborer avec eux. Elle est dans le réveil des grands mouvements populaires qui ont conduit une civilisation fragile vers des États modernes. Et, plus que tout, elle réside dans notre habileté à empêcher qu’ils ne nous écrasent. Si nous restons silencieux, leur victoire sur nous est assurée et l’holocauste est proche.

John Pilger

John Pilger, est un journaliste basé à Londres, il est aussi cinéaste et auteur. Il anime le site www.johnpilger.com.

Traduit par Wayan, relu par jj et par Diane pour le Saker Francophone

Source : lesakerfrancophone.net

Fil de commentaires Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153297898897317

[via les-crises.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

L’assassinat de la Grèce
par James Petras :

http://www.les-crises.fr/l-assassinat-de-la-grece/

L’asphyxie de Syriza fait partie intégrante d’un processus qui dure depuis dix ans en vue de l’élimination de la Grèce par l’UE.

by Dr. James Petras

Le gouvernement grec est aujourd’hui enfermé dans une lutte à mort face à l’élite qui domine les banques et les centres du pouvoir politique de l’Union Européenne.

Ce qui est en jeu, ce sont les conditions de vie de 11 millions de travailleurs, fonctionnaires et artisans grecs, ainsi que la viabilité de l’Union Européenne. Si le gouvernement de Syriza capitule face aux exigences des banquiers de l’Union Européenne et accepte de poursuivre la politique d’austérité, la Grèce sera alors condamnée à des décennies de régression, de misère et de domination coloniale. Si la Grèce décide de résister et si elle est contrainte de quitter l’Union Européenne, il lui faudra répudier une dette extérieure de 270 milliards d’euros, provoquant la chute des marchés financiers internationaux et l’effondrement de l’Union Européenne.

Les dirigeants européens : des fantoches impuissants

Les dirigeants de l’Union Européenne misent sur un reniement par les dirigeants de Syriza des promesses faites à l’électorat grec qui, au début du mois de février 2015, voulait, à une écrasante majorité (plus de 70 %), en finir avec l’austérité et le paiement de la dette, développer les investissements de l’état dans l’économie nationale et le développement social (Financial Times 7-8/2/15, p. 3). Les choix sont douloureux, leurs conséquences auront une portée historique mondiale. Les enjeux vont bien au-delà de l’aspect local, ou même régional à court terme. C’est à l’échelle mondiale que tout le système financier en sera affecté (FT 10/2/15, p. 2).

Bien au-delà de l’Europe, le non-remboursement de la dette va se propager à tous, débiteurs ou créanciers ; la confiance des investisseurs à l’égard de l’empire financier occidental sera ébranlée. Avant tout, toutes les banques occidentales ont des liens directs ou indirects avec les banques grecques (FT 2/6/15, p. 3). Quand ces dernières s’effondreront, elles seront profondément affectées au-delà de ce que leurs gouvernements peuvent supporter. L’intervention massive de l’état sera à l’ordre du jour. Le gouvernement grec n’aura plus alors d’autre choix que de prendre le contrôle de l’ensemble du système financier… l’effet domino affectera en premier lieu l’Europe du Sud puis se propagera aux “régions dominantes” du nord ainsi qu’à l’Angleterre et à l’Amérique du Nord (FT 9/2/15, p. 2).

Afin de comprendre les origines de ces crises et des choix auxquels la Grèce et l’Union Européenne sont confrontées, il est nécessaire de passer rapidement en revue les développements économiques et politiques des trois dernières décennies. Nous procéderons en examinant les relations grecques et européennes entre les années 1980 et 2000, puis la crise actuelle et l’intervention européenne dans l’économie grecque. Dans la section finale, nous discuterons de l’ascension et de l’élection de Syriza et de sa soumission grandissante dans le contexte 0de domination et d’intransigeance de l’Union Européenne, mettant en évidence la nécessité d’une cassure radicale avec les anciennes relations de ‘seigneur à vassal’.

Histoire ancienne : la fondation de l’empire européen

En 1980 la Grèce fut admise dans la Communauté économique européenne (CEE) comme un état vassal de l’empire émergent franco-allemand. Avec l’élection d’Andreas Papandréou, chef du parti panhellénistique socialiste grec qui disposait d’une majorité absolue au Parlement, l’espoir d’un changement radical dans les affaires intérieures et extérieures se faisait jour. 1/ En particulier, pendant la campagne électorale, Papandréou avait promis la sortie de l’OTAN et de la CEE, l’annulation des accords autorisant les États-Unis à maintenir des bases militaires en Grèce et une économie fondée sur la “propriété sociale” des moyens de production. Après avoir été élu, Papandréou a immédiatement assuré à la CEE et à Washington que son gouvernement resterait au sein de la communauté européenne et de l’OTAN et renouvelé les accords sur les bases militaires des États-Unis. Des études, commandées par le gouvernement au début des années 80, montrant les résultats à moyen et long terme du maintien de la Grèce dans la CEE, notamment la perte de contrôle du commerce, des budgets et des marchés, ont été ignorées par Papandréou qui a choisi de sacrifier l’indépendance politique et l’autonomie économique sur l’autel des transferts de fonds à grande échelle, des prêts et des crédits venant de la CEE. Depuis son balcon, Papandréou a parlé aux masses d’indépendance, de justice sociale, alors qu’il conservait des liens avec les banquiers européens et les oligarques grecs, armateurs comme banquiers. L’élite européenne à Bruxelles et les oligarques grecs à Athènes ont gardé la mainmise sur les hautes sphères du système politique et économique de la Grèce.

Papandréou a conservé les pratiques de clientélisme politique mises en place par les précédents gouvernements de droite, remplaçant uniquement les fonctionnaires de droite par des membres du parti PASOK.

La CEE a balayé la rhétorique radicale bidon de Papandréou et s’est focalisée sur le fait qu’elle achetait le contrôle et la soumission de l’état grec en finançant un régime clientéliste corrompu, qui détournait les fonds des projets de développement de la compétitivité économique grecque au profit d’un système de favoritisme fondé sur une consommation accrue.

Les élites européennes savaient, au final, que la mainmise financière sur l’économie leur permettrait de dicter la politique grecque et de la garder au sein de l’empire européen émergent.

En dépit de la rhétorique démagogique “tiers-mondiste” de Papandréou, la Grèce était profondément ancrée au sein de l’Union Européenne et de l’OTAN. Entre 1981 et 1985, Papandréou a rejeté sa rhétorique socialiste en faveur d’une augmentation des dépenses sociales pour les réformes de l’aide sociale, l’augmentation des salaires, des pensions et de la couverture de santé, tout en renflouant les entreprises en faillite économique mises à terre par des capitalistes kleptocrates. Résultat, tandis que le niveau de vie augmentait, la structure économique de la Grèce ressemblait toujours à celle d’un état vassal fortement dépendant de la finance de l’Union Européenne, des touristes européens, et à une économie de rente basée sur l’immobilier, la finance et le tourisme.

Papandréou a consolidé le rôle de la Grèce comme avant-poste vassalisé de l’OTAN, une plate-forme pour une intervention militaire américaine au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale doublée d’un marché pour les produits manufacturés d’Allemagne et d’Europe du Nord.

D’octobre 1981 à juillet 1989 la consommation grecque a augmenté tandis que la productivité stagnait. Papandréou a remporté les élections en 1985 en utilisant les fonds de la CEE. Pendant ce temps la dette grecque européenne s’envolait… Les dirigeants de l’UE ont condamné la mauvaise utilisation des fonds par la vaste armée de kleptocrates de Papandréou mais pas trop bruyamment. Bruxelles reconnaissait que Papandréou et le PASOK représentaient le meilleur moyen pour museler l’électorat radical grec et garder la Grèce sous tutelle de la CEE et comme fidèle vassal de l’OTAN.

Des leçons pour Syriza : les réformes à court terme et la stratégie vassaliste du PASOK

Qu’il soit dans le gouvernement ou en dehors, le PASOK a suivi les traces de son adversaire de droite (Nouvelle Démocratie) en acceptant la camisole de force de l’OTAN-CEE. La Grèce a continué à maintenir les dépenses militaires par habitant au niveau le plus élevé de tous les membres européens de l’OTAN. Résultat, la Grèce a reçu prêts et crédits pour financer des réformes sociales à court terme et la corruption à grande échelle à long terme, tout en élargissant l’appareil politique de l’état-parti.

Avec l’ascension du premier ministre ouvertement néolibéral Costas Simitis en 2002, le régime du PASOK a manipulé les comptes, fabriqué des données gouvernementales sur son déficit budgétaire, avec l’aide des banques d’investissement de Wall Street, et est devenu un membre de l’Union Monétaire Européenne. En adoptant l’euro, Simitis a favorisé une plus grande subordination financière de la Grèce aux fonctionnaires européens non élus de Bruxelles, dominés par le ministère allemand des finances et les banques.

Les oligarques grecs ont fait de la place au sommet pour une nouvelle espèce d’élite kleptocratique issue du PASOK, qui a détourné des millions sur les achats militaires, commis des fraudes bancaires et s’est livrée à une évasion fiscale massive.

Les élites bruxelloises ont permis à la classe moyenne grecque de vivre l’illusion d’être des “européens prospères” car elles conservaient une influence décisive à travers les prêts et l’accumulation des dettes.

Une fraude bancaire à grande échelle – trois cent millions d’euros – a même impliqué le bureau de l’ex-premier ministre Papandréou.

Les relations clientélistes à l’intérieur de la Grèce n’avaient d’égales que les relations clientélistes entre Bruxelles et Athènes.

Même avant le krach de 2008 les créanciers de l’UE, banquiers privés et prêteurs officiels, fixaient les paramètres de la politique grecque.

Le krach mondial révéla les fondations fragiles de l’état grec – et conduisit directement à l’intervention directe et brutale de la Banque Centrale Européenne, du Fonds Monétaire International et de la Commission Européenne – la tristement célèbre « Troïka ». Cette dernière a imposé les politiques « d’austérité » comme condition du “sauvetage”, qui ont dévasté l’économie, provoquant une crise économique majeure, appauvrissant plus de 40% de la population, réduisant les revenus de 25% et générant 28% de chômage.

La Grèce : captivité par invitation

Prisonnière de l’UE politiquement et économiquement, la Grèce était impuissante au plan politique. Mis à part les syndicats qui ont lancé trente grèves générales entre 2009 et 2014, les deux principaux partis, PASOK et Nouvelle Démocratie, ont amené la prise de contrôle par l’UE. La dégénérescence du PASOK en un appendice de l’UE constitué d’oligarques et de vassaux collaborateurs a vidé de son sens la rhétorique ‘socialiste’. Le parti de droite Nouvelle Démocratie a renforcé et rendu plus profonde encore la mainmise de l’UE sur l’économie grecque. La Troïka a prêté à son vassal grec des fonds (“de sauvetage”) qui furent utilisés pour rembourser les oligarques financiers allemands, français et anglais et renforcer les banques privées grecques. La population grecque était ‘affamée’ par les politiques “d’austérité” destinées à maintenir le flot des remboursements sortant vers le haut.

L’Europe : Union ou Empire ?

La crise de L’Union Européenne de 2008/2009 eut plus d’impact sur ses maillons faibles, l’Europe du Sud et l’Irlande. L’Union Européenne a révélé sa véritable nature d’empire hiérarchique, dans lequel les états puissants, l’Allemagne et la France, pouvaient ouvertement et directement contrôler l’investissement, le commerce, les politiques monétaires et financières. Le “sauvetage” de la Grèce tant vanté par l’UE était en fait le prétexte pour imposer de profonds changements structurels. Ceux-ci incluaient la dénationalisation et la privatisation de tous les secteurs économiques stratégiques, les remboursements de dettes perpétuels, les diktats étrangers sur les politiques de revenus et d’investissements. La Grèce a cessé d’être un état indépendant : elle a été totalement et absolument colonisée.

Les crises perpétuelles de la Grèce : la fin de “l’illusion européenne”

L’élite grecque et, au moins depuis 5 ans, la plupart des électeurs, ont cru que les mesures régressives (“austérité”) adoptées – les licenciements, les coupes budgétaires, les privatisations, etc., étaient des traitements amers de courte durée qui mèneraient rapidement à une réduction de la dette, à l’équilibre budgétaire, à de nouveaux investissements, à la croissance et au redressement. Du moins, c’est ce que leur disaient les experts économiques et les dirigeants de Bruxelles.

En réalité, la dette a augmenté, la spirale descendante de l’économie s’est poursuivie, le chômage s’est amplifié, la dépression s’est aggravée. “L’austérité” était une politique de classe instaurée par Bruxelles pour enrichir les banquiers étrangers et piller le secteur public grec.

La clé du pillage par l’UE a été la perte de la souveraineté grecque. Les deux partis majoritaires, Nouvelle Démocratie et le PASOK, en étaient des complices actifs. Malgré un taux de chômage de 55% chez les 16-30 ans, la coupure de l’électricité de 300 000 foyers et un exode de masse (plus de 175 000), l’UE (comme on pouvait le prévoir) a refusé d’admettre que le plan d’”austérité” avait échoué à redresser l’économie grecque. La raison pour laquelle l’UE s’obstinait dans cette “politique ayant échoué” résidait dans le fait qu’elle bénéficiait du pouvoir, des privilèges et des profits du pillage et de sa suprématie impériale.

De plus, la reconnaissance par l’élite de Bruxelles de son échec en Grèce aurait probablement pour résultat qu’il lui serait demandé de reconnaître également ses échecs dans le reste de l’Europe du Sud et au-delà, y compris en France, en Italie et chez d’autres membres clés de l’UE (Economist 17/1/15, p. 53). Les élites dirigeantes, financières et entrepreneuriales, d’Europe et des USA ont prospéré par les crises et la dépression, en imposant des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux, les salaires et les traitements. Admettre un échec en Grèce aurait des répercussions en Amérique du Nord et en Europe, remettant en question leurs politiques économiques, leur idéologie et la légitimité des dirigeants. La raison pour laquelle tous les régimes de l’UE soutiennent l’insistance de l’UE à ce que la Grèce continue à respecter cette politique “d’austérité” manifestement perverse et rétrograde et impose des “réformes structurelles” réactionnaires, est que ces mêmes gouvernants ont sacrifié le niveau de vie de leur propre population active au cours des crises économiques (FT 13/2/15, p. 2).

Les crises économiques, de 2008/2009 jusqu’à aujourd’hui (2015), demandent toujours de durs sacrifices pour perpétuer les profits des classes dirigeantes et financer les subventions publiques des banques privées. Toutes les institutions financières majeures – la BCE, la Commission Européenne et le FMI – suivent la même ligne : aucune contestation ou écart ne sera toléré. La Grèce doit accepter les diktats de l’UE ou faire face à d’énormes représailles financières. “Etranglement économique ou servage perpétuel envers la dette” est la leçon que Bruxelles envoie à tous les états membres de l’UE. Alors que, ostensiblement, elle parle à la Grèce – c’est un message destiné à tous les états, mouvements d’opposition et syndicats qui mettraient en question les diktats de l’oligarchie bruxelloise et de ses suzerains allemands.

Tous les principaux médias et grands pontes de l’économie ont servi de mégaphone aux oligarques de Bruxelles. Le message répété sans cesse par les libéraux, conservateurs et sociaux démocrates aux nations persécutées, aux travailleurs dont les revenus baissent, qu’ils soient salariés ou payés à la tâche, ainsi qu’aux petits entrepreneurs, est qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter des mesures rétrogrades, taillant dans le vif de leurs conditions de vie (les “réformes”) s’ils veulent espérer la ‘reprise économique’ – qui, bien sûr, n’a pas eu lieu depuis cinq ans !

La Grèce est devenue la cible principale des élites économiques en Europe car les grecs sont passés de manifestations sans conséquence au pouvoir politique. L’élection de Syriza, sur la base d’une souveraineté convalescente, rejetant l’austérité et redéfinissant ses relations avec les créditeurs en faveur d’un développement national marque les prémices d’une éventuelle confrontation à l’échelle du continent.

L’ascension de Syriza : héritage douteux, luttes de masse et promesses radicales (non tenues)

La croissance de Syriza, d’une alliance de petites sectes marxistes en un parti électoral de masse, est largement due à l’incorporation de millions de fonctionnaires des classes moyennes, de retraités et de petits entrepreneurs. Beaucoup soutenaient le PASOK auparavant. Ils ont voté Syriza pour retrouver leurs conditions de vie et la stabilité de l’emploi de la précédente période de “prospérité” (2000-2007) qu’ils avaient obtenue au sein de l’UE. Le rejet total du PASOK et de la Nouvelle Démocratie fut l’aboutissement de 5 années de profondes souffrances qui auraient pu provoquer une révolution dans un autre pays. Leur radicalisme commença par des manifestations, des marches, et des grèves qui furent autant de tentatives de pression sur les régimes de droite pour qu’ils changent le cap de l’UE et que cesse l’austérité tout en restant au sein de l’UE.

Ce secteur de SYRIZA est ‘radical’ en ce qu’il oppose le conformisme présent à la nostalgie du passé – le temps des vacances à Londres et Paris financées par l’euro, du crédit facile pour acheter voitures et mets importés, pour ‘se sentir moderne’ et ‘européen’ et parler anglais !

La politique de Syriza reflète, en partie, cette part ambigüe de son électorat. D’un autre côté, Syriza s’est assuré le vote des jeunes radicaux, chômeurs et travailleurs, qui n’ont jamais fait partie de la société de consommation et qui ne s’identifient pas à “l’Europe”. Syriza s’est imposé comme un parti de masse en moins de 5 ans et ses sympathisants comme ses dirigeants reflètent un haut degré d’hétérogénéité.

La branche la plus radicale, idéologiquement, est représentée principalement par des groupes marxistes qui à l’origine se sont regroupés pour former un parti. La branche des jeunes chômeurs s’y est jointe suite aux émeutes contre la police déclenchées par l’assassinat d’un jeune activiste lors des premières années de la crise. La troisième vague est composée en majorité de milliers de fonctionnaires licenciés et de retraités qui ont souffert de larges coupes dans leurs pensions sur ordre de la troïka en 2012. La quatrième vague représente les membres de l’ex PASOK qui ont fui le naufrage d’un parti en faillite.

La gauche de Syriza se trouve principalement dans la base populaire et parmi les dirigeants des mouvements locaux issus des classes moyennes. Les grands dirigeants de Syriza qui tiennent les postes-clés sont des universitaires, dont certains étrangers. Beaucoup sont des membres récents voire ne sont même pas membres du parti. Peu d’entre eux ont pris part aux luttes de masse – et beaucoup n’ont que peu de liens avec les militants de base. Ils sont les plus enclins à signer un “accord” trahissant des grecs appauvris.

Depuis que Syriza a remporté les élections en 2015, le parti a commencé à enterrer son programme initial de changements structurels radicaux (socialisme) et à adopter des mesures visant à s’adapter aux intérêts du secteur des affaires grec. Tsipras a parlé de la “négociation d’un accord” dans le cadre d’une Union Européenne dominée par les allemands. Tsipras et son ministre des finances ont proposé de renégocier la dette, l’obligation de payer et 70% des réformes ! Quand un accord a été signé, ils ont complètement capitulé !

Pendant un court moment, Syriza a maintenu une position double : “s’opposer” à l’austérité et parvenir à un accord avec ses créanciers. Cette politique “réaliste” reflète les positions des nouveaux ministres universitaires, des anciens membres du PASOK et de la classe moyenne qui s’enfonce. La rhétorique et les postures radicales de Syriza sont révélatrices de la pression des chômeurs, de la jeunesse et de la masse pauvre, qui seraient ceux qui auraient à perdre si un accord de paiement aux créanciers était négocié.

Union Européenne – SYRIZA : les concessions avant la lutte ont mené à la reddition et à la défaite

La “dette grecque” n’est pas vraiment une dette des grecs. Les créanciers institutionnels et les banques européennes ont prêté sciemment et à grand risque de l’argent à des kleptocrates, des oligarques et des banquiers qui en ont siphonné la plus grande partie dans des comptes en Suisse, dans de l’immobilier de grand standing à Londres et à Paris, activités incapables de générer des revenus afin de rembourser la dette. En d’autres termes, la dette est en grande partie illégitime et a été mise à tort sur le dos des grecs.

Syriza, depuis le début des “négociations”, n’a pas remis en question la légitimité de la dette ni identifié les catégories spécifiques de personnes et les entreprises qui devraient la payer.

De plus, pendant que Syriza contestait la politique “d’austérité”, il ne remettait pas en cause les organisations et les institutions européennes qui l’imposaient.

Depuis ses débuts, Syriza a accepté l’adhésion à l’Union Européenne. Au nom du “réalisme”, le gouvernement Syriza a accepté de payer la dette ou une partie de celle-ci comme base de négociation.

Structurellement, Syriza a développé une direction très centralisée dans laquelle toutes les décisions majeures sont prises par Alexis Tsipras, ce qui limite l’influence des militants de base radicalisés. Cela a facilité les “compromis” avec l’oligarchie de Bruxelles qui vont à l’encontre des promesses de campagne et qui peuvent mener à la perpétuelle dépendance de la Grèce aux dirigeants et créanciers de l’UE.

De plus, Tsipras a resserré la discipline au sein du parti au lendemain de son élection, s’assurant qu’aucun compromis douteux ne ferait l’objet d’un quelconque débat public ou d’une révolte extra-parlementaire.

L’Empire contre le succès démocratique grec

Lors des élections parlementaires grecques, probablement les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale, les travailleurs grecs ont défié une incroyable campagne médiatique de peur et ont voté massivement pour le parti de gauche, anti-austérité, SYRIZA.

Dès l’instant où Syriza a reçu un mandat démocratique, l’élite de l’UE a suivi la route autoritaire typique de tous les monarques impériaux. Elle a exigé de Syriza (1) une reddition inconditionnelle, (2) le maintien des structures, politiques et pratiques du précédent régime vassal de coalition (PASOK-Nouvelle Démocratie) (3) que Syriza suspende toute réforme sociale, (augmentation du salaire minimum, augmentation des dépenses dans le secteur des retraites, de la santé, de l’éducation et de la lutte contre le chômage) (4) que SYRIZA se plie aux directives économiques strictes et à la supervision développées par la “troïka” (la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne, et le Fonds Monétaire International) (5) que SYRIZA conserve l’objectif actuel d’excédent budgétaire primaire de 4,5% du PIB en 2015-2017.

Pour renforcer sa stratégie de strangulation du nouveau gouvernement, Bruxelles a menacé de couper brusquement toutes les facilités de crédit présentes et futures, de réclamer tous les paiements de dette, de mettre fin à l’accès aux fonds d’urgence, et de ne pas soutenir les obligations bancaires grecques – lesquelles fournissent les prêts aux entreprises locales.

Bruxelles offre à Syriza la funeste “solution” de commettre un suicide politique en acceptant le diktat qui lui est imposé, s’aliénant ainsi son électorat. En trahissant son mandat, Syriza se confronterait à des manifestations de colère populaire. En rejetant le diktat de Bruxelles et en mobilisant son électorat, Syriza pourrait chercher de nouvelles sources de financement, en imposant un contrôle des capitaux et en s’orientant vers une « économie d’urgence » radicale.

Bruxelles s’est retranché sur ses positions et a fait la sourde oreille aux premières concessions de Syriza, préférant interpréter celles-ci comme une avancée vers une capitulation totale, au lieu d’y voir des efforts pour parvenir à un “compromis”.

Syriza a déjà abandonné ses demandes d’effacement de grandes parts de la dette, en faveur d’une extension de la période de recouvrement de celle-ci. Syriza a accepté de continuer à payer ses échéances, du moment qu’elles soient liées au taux de croissance économique. Syriza accepte la supervision de l’UE, tant qu’elle n’est pas menée par la “troïka” honnie, laquelle a des connotations toxiques pour la plupart des grecs. Malgré tout, les changements sémantiques ne changent pas la substance de la “souveraineté limitée”.

Syriza a déjà accepté une dépendance structurelle à moyen et long terme dans le but de s’assurer le temps et la marge de manœuvre nécessaires afin de financer ses programmes populaires à court terme. Tout ce que Syriza demande c’est un minimum de flexibilité fiscale sous la supervision de “radicaux” ayant la qualité de ministre des finances allemand !

Syriza a temporairement suspendu les privatisations en cours de secteurs clés de l’infrastructure (infrastructures portuaires et aéroportuaires), de l’énergie et des télécommunications. Cependant, elle n’y a pas mis fin, ni révisé les privatisations passées. Mais pour Bruxelles, la “liquidation” des lucratifs secteurs stratégiques grecs est une partie essentielle de son agenda de “réformes structurelles”.

Les propositions modérées de Syriza et ses efforts pour opérer dans le cadre structurel de l’UE établi par les précédents gouvernements vassaux ont été rejetés par l’Allemagne et ses 27 larbins de l’UE.

L’affirmation dogmatique de politiques extrémistes, ultra néolibérales de l’UE, y compris le démantèlement de l’économie nationale grecque et le transfert des secteurs les plus lucratifs dans les mains d’investisseurs impériaux, est répétée dans les pages de tous les principaux quotidiens. Le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times, le Washington Post, le Monde sont des armes de propagande de l’extrémisme de l’Union Européenne. Confronté à l’intransigeance de Bruxelles et face au ‘choix historique’ de la capitulation ou de la radicalisation, Syriza a essayé de persuader des gouvernements clés. Syriza a tenu de nombreuses réunions avec des ministres de l’UE. Le premier ministre Alexis Tsipras et le ministre des finances Yanis Varoufakis sont allés à Paris, Londres, Bruxelles, Berlin et Rome pour chercher un accord de ‘compromis’. Cela n’a servi à rien. L’élite bruxelloise martelait sans relâche :

La dette devra être payée entièrement et dans les temps.

La Grèce devrait restreindre ses dépenses pour accumuler un surplus de 4,5% ce qui assurerait les paiements aux créanciers, aux investisseurs, spéculateurs et kleptocrates.

Le manque de toute flexibilité économique de l’Union Européenne, comme de toute disposition à accepter le moindre compromis, est une décision politique : humilier et détruire la crédibilité de SYRIZA en tant que gouvernement anti-austérité aux yeux de ses soutiens nationaux et de ceux qui seraient susceptibles de l’imiter à l’étranger, en Espagne, en Italie, au Portugal ou en Irlande (Economist1/17/15, p. 53).

Conclusion

Yánis Varoufákis and Aléxis Tsípras (Voltaire)

L’étranglement de Syriza fait partie intégrante du processus, long de 10 ans, visant à l’assassinat de la Grèce par l’Union Européenne. Une réponse brutale à la tentative héroïque d’un peuple entier, projeté dans la misère, condamné à être dirigé par des conservateurs kleptocrates et des sociaux-démocrates.

Les empires ne se défont pas de leurs colonies par des arguments raisonnables ni par la faillite de leurs “réformes” régressives.

L’attitude de Bruxelles envers la Grèce est guidée par la politique du “diriger ou ruiner”. “Sauvetage” est un euphémisme pour recycler les financements, traversant la Grèce et retournant aux banques contrôlées par la zone euro, pendant que les travailleurs et salariés grecs sont accablés par une dette toujours plus importante et une domination durable. Le “plan de sauvetage” de Bruxelles est un instrument de contrôle par des institutions impériales, qu’elles s’appellent “troïka” ou autre.

Bruxelles et l’Allemagne ne veulent pas de membres contestataires, ils peuvent néanmoins condescendre à faire de petites concessions afin que le ministre des finances Varoufakis puisse revendiquer “une victoire partielle” – une comédie grotesque ayant pour euphémisme “rampez ! Sinon…”

Le plan de sauvetage sera décrit par Tsipras-Varoufakis comme étant “nouveau” et “différent” des accords passés ou encore comme un repli “temporaire”. Les allemands peuvent “accorder” à la Grèce de réduire son excédent de budget primaire de 4,5 à 3,5% ‘l’an prochain’ – mais elle devra toujours réduire les fonds destinés à stimuler l’économie et “reporter” la hausse des retraites, des salaires minimums…

Les privatisations et autres réformes régressives ne s’arrêteront pas, elles seront “renégociées”. L’état ne gardera qu’une “part” minoritaire.

On demandera aux ploutocrates de payer quelques taxes supplémentaires mais pas les milliards d’euros d’impôts non payés au cours des dernières décennies.

De même les kleptocrates du Pasok- Nouvelle Démocratie ne seront pas poursuivis en justice pour pillage et vol.

Les compromis de SYRIZA démontrent que la définition délirante donnée par la droite (the Economist, Financial Times Times, NY Times, etc.) de Syriza comme appartenant à la “gauche dure”, ou ultra-gauche n’est nullement fondée sur la réalité. Car “l’espoir pour l’avenir” de l’électorat grec pourrait à présent virer à la colère. Seule une pression populaire peut inverser l’apparente capitulation de Syriza, et les infortunés compromis du ministre des finances Varoufakis. Comme celui-ci manque de soutien dans son parti, Tsipras peut facilement le démettre pour avoir signé un “arrangement” qui sacrifie les intérêts fondamentaux du peuple.

Cependant, si, dans les faits, le dogmatisme de l’Union Européenne et son intransigeance excluent même les accords les plus favorables, Tsipras et Syriza (contre leur volonté) pourraient être forcés de quitter l’Empire de l’Euro et faire face au défi de bâtir une politique et une économie vraiment nouvelles et radicales, en tant qu’état libre et indépendant.

Une sortie réussie de la Grèce de l’empire germano-bruxellois entraînerait probablement la dissolution de l’UE, car d’autres états vassaux se rebelleraient et suivraient l’exemple grec. Ils renieraient non seulement l’austérité mais aussi leurs dettes extérieures et le paiement éternel des intérêts. L’empire financier tout entier – le prétendu système financier mondial pourrait être ébranlé… La Grèce pourrait redevenir le “berceau de la démocratie”.

Post-scriptum : Il y a trente ans, je fus un participant actif et un conseiller pendant trois ans (de 1981 à 1984), du premier ministre Papandréou. Tout comme Tsipras, il a commencé avec des promesses de changement radical et a fini par capituler devant Bruxelles et l’OTAN, se rangeant aux côtés des oligarques et des kleptocrates au nom de “compromis pragmatiques”. Espérons que face à une révolte de masse, le premier ministre Alexis Tsipras et Syriza prendront un tout autre chemin. L’Histoire n’est pas obligée de se répéter comme une tragédie ou une farce.

[1] Le compte-rendu du régime d’Andreas Papandreou s’appuie sur mon expérience personnelle, des interviews et des observations et sur mon article (écrit en collectif) “Socialisme grec : L’état patrimonial revisité” paru dans Paradoxes méditerranéens : la structure politique et sociale de l’Europe du Sud, James Kurth et James Petras (Oxford : presse de Berg 1993/ pp. 160-224)

Source : James Petras, My Catbird Seat, le 22/02/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Source : les-crises.fr

Mon commentaire (l’antienne d’Étienne) :

• Les banques ont une constitution, et donc les banques ont des représentants politiques (qui leur abandonnent premièrement le contrôle de la création monétaire), PARCE QU’ELLES s’occupent d’écrire elles-mêmes la Constitution (comme elles le font à travers les traités européens).

• Les électeurs n’ont PAS de constitution, et donc les électeurs n’ont PAS de représentants politiques (qui pourraient leur garantir le contrôle citoyen de la création monétaire), PARCE QU’ILS ne s’occupent PAS d’écrire eux-mêmes la Constitution (comme ils devraient le faire avec des milliers de mini-ateliers constituants populaires contagieux).

C’est une forme (terrible) de sélection naturelle :
si on veut une Constitution (digne de ce nom), et donc une monnaie publique au service du peuple, il faudra écrire NOUS-MÊMES cette Constitution.

Et pour l’écrire nous-mêmes, il ne suffit PAS d’avoir compris cette idée : il faut s’y entraîner, VRAIMENT, quotidiennement. Ne laissez plus passer une journée sans avoir rédigé vous-mêmes quelques mots de constitution. C’est vous qui devez impulser vous-même votre propre mutation en citoyen constituant. Personne ne le fera à votre place, et c’est votre mutation qui va tout changer. Un citoyen est constituant, forcément.

Faites passer
(aux Grecs aussi, si vous pouvez).

Bon courage à tous.
Étienne.

(Merci à Olivier Berruyer​. Sacré résistant ; esprit libre et courageux. Un type bien.)

Le gouvernement grec devrait reprendre, d’autorité et d’urgence, le droit de créer lui-même la monnaie dont son peuple a besoin.

Je lis les nouvelles de « la Grèce au bord de l’effondrement financier », et cette « information » m’inspire ce commentaire :

Le gouvernement grec devrait reprendre, d’autorité et d’urgence, le droit de créer lui-même la monnaie dont son peuple a besoin.

========================================

Un État digne de ce nom NE PEUT PAS être endetté (et encore moins être en faillite).

Un État digne de ce nom n’emprunte pas l’argent dont sa population a besoin : il la crée, lors de ses dépenses.

(Et il détruit la monnaie qu’il voit revenir via les impôts, qui sont ses recettes.)

Chaque citoyen avisé devrait connaître la piste émancipante du « Chartalisme« .

========================================

L’abandon de la création monétaire aux banques privées est à la fois une trahison (par nos prétendus « représentants ») et une catastrophe politique durable : un sabotage de la souveraineté populaire.

Mais ce n’est pas du tout une fatalité : une fois au pouvoir, il suffirait d’une volonté politique réelle pour s’émanciper des marchés financiers. Créateurs monétaires, nous n’aurions plus besoin de l’argent des riches.

Le gouvernement grec devrait fuir les griffes de ses bourreaux.
La dépendance des puissances publiques envers les marchés financiers est une construction politique (contraire à l’intérêt général), pas une loi immuable.

Ce que les banquiers font aux Grecs est un laboratoire (antisocial), et nous devrions tous nous sentir concernés et menacés : comme en bien d’autres matières, nous n’avons pas de problèmes techniques (nous avons bien des solutions), nous avons UN problème politique : nous n’avons pas de représentants. Nous devrions réfléchir dès aujourd’hui, avant que les banquiers nous assassinent à notre tour, aux alternatives monétaires capables de nous émanciper des ultra-riches.

Je ne comprends pas pourquoi les Grecs restent dans l’euro et dans l’UE.
De la part de gens qui disent défendre le peuple, c’est incompréhensible.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153231263582317

[Édit :
Sur une question (facebook) relative à la difficulté liée au contexte international qui impose leur valeur aux monnaies, j’ai répondu ceci : ]

1) La dépendance de la valeur d’une monnaie envers les spéculateurs (nationaux et internationaux) n’est possible QUE SI l’État laisse acheter et vendre sa monnaie comme une vulgaire marchandise.

==================
Mais un État digne de ce nom peut très bien l’interdire !
==================

2) En dehors de la spéculation, la valeur de la monnaie dépend des équilibres (ou des déséquilibres) de la balance des paiements : IL FAUT ABSOLUMENT ÉQUILIBRER TOUTES LES BALANCES COMMERCIALES pour calmer la folie des monnaies.

Il faut ainsi pénaliser (très lourdement) les prédateurs que sont les exportateurs nets (en taxant de taux confiscatoires toutes leurs exportations excédentaires).

Voir le projet mondial (tout à fait essentiel et à connaître absolument) de la CHARTE DE LA HAVANE (1948) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_La_Havane

3) Faute d’accord international de ce type, si la Grèce n’arrive pas à équilibrer ses échanges commerciaux (comme ce sera probablement le cas), elle devra de temps en temps DÉVALUER.

ET CE QUI N’EST PAS UN DRAME (sauf pour les riches qui cessent alors, pour quelque temps, de s’enrichir sans travailler), tout le monde dévalue de temps en temps, depuis toujours.

En empêchant les États de dévaluer leur monnaie, l’euro condamne tous les pays à procéder aux ajustements internationaux en baissant les SALAIRES (toujours le même enjeu central de la lutte des classes que sont nos salaires ; toujours l’increvable cupidité des ultra-riches), ce qui est une félonie !

IL FAUT SORTIR DE L’EURO ET DE L’UE.

Rappel 1 : pourquoi il ne faut surtout pas rembourser la dette publique :

Rappel 2 : l’excellent documentaire commenté sur la « crise » grecque, « Dédale, un fil vers la démocratie », peut se voir sur Preuves-par-image (et il est conseillé de télécharger avant qu’il ne soit retiré) :

http://preuves-par-images.fr/#/dedale-un-fil-vers-la-democratie

Le syndrome Tolstoïevsky (Slobodan Despot)

Le problème, avec l’approche occidentale de la Russie, n’est pas tant dans le manque de volonté de comprendre que dans l’excès de volonté de ne rien savoir.

Tolstoï-Evsky

Cette nation qui a donné Pouchkine et Guerre et Paix, Nijinsky et le Lac des Cygnes, qui a l’une des plus riches traditions picturales au monde, qui a classé les éléments de la nature, qui fut la première à envoyer un homme dans l’espace (et la dernière à ce jour), qui a produit des pelletées de génies du cinéma, de la poésie, de l’architecture, de la théologie, des sciences, qui a vaincu Napoléon et Hitler, qui édite les meilleurs manuels — et de loin — de physique, de mathématiques et de chimie, qui a su trouver un modus vivendi séculaire et pacifique, sur fond de respect et de compréhension mutuelle, avec ses Tatars et ses indénombrables musulmans, khazars, bouddhistes, Tchouktches, Bouriates et Toungouzes, qui a bâti la plus longue voie de chemin de fer au monde et l’utilise encore (à la différence des USA où les rails légendaires finissent en rouille), qui a minutieusement exploré et cartographié les terres, usages, ethnies et langues de l’espace eurasien, qui construit des avions de combat redoutables et des sous-marins géants, qui a reconstitué une classe moyenne en moins de quinze ans après la tiers-mondisation gorbatcho-eltsinienne, cette immense nation, donc, qui gouverne le sixième des terres émergées, est soudain traitée, du jour au lendemain, comme un ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la « vraie » civilisation !

*

L’Occident ressort la même guignolerie haineuse à chaque crise, depuis Ivan le Terrible à « Putler »-Poutine, en passant par le tsar Paul, la guerre de Crimée, le pauvre et tragique Nicolas II, et même l’URSS où tout succès était dit « soviétique » et tout échec dénigré comme « russe ».

Des nations serviles qui accordent aux Américains un crédit illimité de forfaiture et de brigandage « parce-qu’ils-nous-ont-libérés-en-45 » n’ont pas un mot, pas une pensée de gratitude pour la nation qui a le plus contribué à vaincre l’hydre national-socialiste… et qui en a payé le prix le plus lourd. Ses élus sont traités en importuns, son président caricaturé avec une haine obsessionnelle, la liberté de mouvement et de commerce de ses citoyens, savants, universitaires et hommes d’affaires est suspendue au bon vouloir d’obscures commissions européennes dont les peuples qu’elles prétendent représenter ne connaissent pas le nom d’un seul membre, ni pourquoi il y siège plutôt qu’un autre larbin des multinationales.

Mais tout ceci n’est encore rien. C’est dans l’ordre des choses. L’Occident et la Russie ne font que jouer les prolongations, à l’infini, du conflit Rome-Byzance en l’étendant aux continents voisins voire à l’espace interplanétaire. La vraie guerre des civilisations, la seule, est là. Barbare comme le sac de Constantinople, apocalyptique comme sa chute, ancienne et sournoise comme les schismes théologiques masquant de perfides prises de pouvoir. Tapie dans les replis du temps, mais prête à bondir et à mordre comme un piège à loups. C’est le seul piège, du reste, que l’empire occidental n’ait pas posé tout seul et qu’il ne puisse donc désamorcer. (Étant entendu que la menace islamique n’est que le produit des manœuvres coloniales anglo-saxonnes, de la cupidité pétrolière et de l’action de services d’État occupés à cultiver des épouvantails pour effrayer leurs propres sujets, puis à les abattre pour les convaincre de leur propre puissance et de leur nécessité.)

La menace russe, elle, est d’une autre nature. Voici une civilisation quasi-jumelle, ancrée sur ses terres, consciente d’elle-même et totalement ouverte aux trois océans, à l’Arctique comme à l’Himalaya, aux forêts de Finlande comme aux steppes de Mongolie. Voici des souverains qui — depuis la bataille de Kazan remportée par ce même Ivan qui nous sert de Père Fouettard — portent le titre de Khans tatars en même temps que d’Empereurs chrétiens siégeant dans l’ultime Rome, la troisième, Moscou, qui fleurit au moment où Byzance gémissait sous l’Ottoman et le pape sous la verge de ses mignons. Voici une terre aux horizons infinis, mais dont les contours sont gravés dans l’histoire du monde, inviolables bien que diffus. Voici des gens, enfin, et surtout, aussi divers qu’on peut l’imaginer, mêlant au sein d’un même peuple le poil blond des Vikings aux yeux obliques et aux peaux tannées de l’Asie. Ils n’ont pas attendu le coup de départ du métissage obligé, les Russes, ils l’ont dans leur sang, si bien assimilé qu’ils n’y pensent plus. Les obsédés de la race au crâne rasé qu’on exhibe sur les chaînes anglo-saxonnes ont la même fonction que les coucous suisses : des articles pour touristes.

*

Cela ressemble tellement à l’Europe. Et c’en est tellement loin ! Tellement loin que les infatigables arpenteurs des mers — génois, anglais, néerlandais, espagnols —, qui connaissent l’odeur de la fève de tonka et la variété des bois de Sumatra, ne savent rien de la composition d’un borchtch. Ni même de la manière dont on prononce le nom de cette soupe. Ce n’est pas qu’ils ne pourraient pas l’apprendre. C’est qu’ils n’en ont pas envie. Pas plus qu’ils ne veulent connaître, vraiment, l’esprit, les coutumes et la mentalité des immigrants exotiques qu’ils accueillent désormais par millions et qu’ils laissent s’agglutiner en ghettos parce qu’ils ne savent comment leur parler.

J’ai dû, moi, petit Serbe, apprendre deux langues et deux alphabets pour entamer ma vie d’immigré. J’en ai appris d’autres pour mieux connaître le monde où je vis. Je m’étonne sincèrement de voir que mes compatriotes suisses ne savent pas, pour la plupart, les deux autres grandes langues de leur pays. Comment connaître autrui si vous ne savez rien de la langue qu’il parle ? C’est le minimum de la courtoisie. Et cette courtoisie, désormais, se réduit de plus en plus à des rudiments d’anglais d’aéroport.

De même font les Russes, dont l’éducation intègre la culture ouest-européenne en sus de la leur propre. Où voit-on la réciproque, à l’ouest du Dniepr ? Depuis Pierre le Grand, ils se considéraient européens à part entière. Les artistes de la Renaissance et les penseurs des Lumières sont les leurs. Leontiev, le père Serge Boulgakov, Répine, Bounine, Prokofiev et Chestov sont-ils pour autant les nôtres? Non, bien entendu. Parler français fut deux siècles durant la règle dans les bonnes maisons — et le reste encore parfois. Ils se sont intensément crus européens, mais l’Europe s’est acharnée à leur dissiper cette illusion. Quand les jeunes Russes vous chantent Brassens par cœur, vous leur répondez en évoquant « Tolstoïevsky ». L’Europe de Lisbonne à Vladivostok n’aura été réelle qu’à l’Est. A l’Ouest, elle ne fut jamais que la projection livresque de quelques visionnaires.

L’Europe de Lisbonne à Vladivostok ! Imagine-t-on la puissance, la continuité, le rayonnement, les ressources d’un tel ensemble ? Non. On préfère definitely se mirer dans l’Atlantique. Un monde vieillissant et ses propres outlaws mal dégrossis s’étreignant désespérément par-dessus la mer vide et refusant de voir dans le monde extérieur autre chose qu’un miroir ou un butin. Leur derniers échanges chaleureux avec la Russie remontent à Gorbatchev. Normal : le cocu zélé avait entrepris de démonter son empire sans autre contrepartie qu’une paire de santiags au ranch de Reagan. Vingt ans plus tard, les soudards de l’OTAN occupaient toutes les terres, de Vienne à Lviv, qu’ils avaient juré de ne jamais toucher ! Au plus fort de la Gorbymania, Alexandre Zinoviev lançait son axiome que tous les Russes devraient apprendre au berceau : « Ils n’aimeront le tsar que tant qu’il détruira la Russie ! »

*

« Ah, vous les Slaves ! » — ouïs-je souvent dire — « Quel don pour les langues ! » Je me suis longtemps rengorgé, prenant le compliment pour argent comptant. Puis, ayant voyagé, j’ai fini par comprendre. Ce n’est pas « nous les Slaves » qui avons de l’aisance pour les langues : c’est vous, les « Européens » qui n’en avez pas. Qui n’en avez pas besoin, estimant depuis des siècles que votre package linguistique (anglais, français, allemand, espagnol) gouverne le monde. Pourquoi s’escrimer à parler bantou ? Votre langue, étendard de votre civilisation, vous suffit amplement, puisqu’au-delà de votre civilisation, c’est le limes (comme au temps de César), et qu’au-delà du limes, mon Dieu… Ce sont les terres des Scythes, des Sarmates, des Marcheurs Blancs, bref de la barbarie. Voire, carrément, le bord du monde où les navires dévalent dans l’abîme infini.

Voilà pourquoi le russe, pour vous, c’est du chinois. Et le chinois de l’arabe, et l’arabe de l’ennemi. Vous n’avez plus même, dans votre nombrilisme, les outils cognitifs pour saisir ce que les autres — qui soudain commencent à compter — pensent et disent, réellement, de vous. Ah ! Frémiriez-vous, si vous pigiez l’arabe des prédicateurs de banlieue ! Ah ! Railleriez-vous si vous entraviez des miettes de ce que les serveurs chinois du XIIIe dégoisent sur vous. Ah ! Ririez-vous s’il vous était donné de saisir la finesse de l’humour noir des Russes, plutôt que de vous persuader à chacun de leurs haussements de sourcil que leurs chenilles sont au bord de votre gazon.

Mais vous ne riez pas. Vous ne riez plus jamais. Même vos vaudevilles présidentiels sont désormais commentés avec des mines de fesse-mathieu. Vous êtes graves comme des chats qui caquent dans votre quiétude de couvre-feu, alors qu’eux, là-bas, rient, pleurent et festoient dans leurs appartements miniatures, leur métro somptueux, sur leur banquise, dans leurs isbas et jusque sous les pluies d’obus.

Tout ceci n’est rien, disais-je, parlant du malentendu historique qui nous oppose. La partie grave, elle arrive maintenant. Vous ne leur en voulez pas pour trois bouts d’Ukraine dont vous ignoriez jusqu’à l’existence. Vous leur en voulez d’être ce qu’ils sont, et de ne pas en démordre ! Vous leur en voulez de leur respect de la tradition, de la famille, des icônes et de l’héroïsme — bref, de toutes les valeurs qu’on vous a dressés à vomir. Vous leur en voulez de ne pas organiser pour l’amour de l’Autre la haine du Soi. Vous les enviez d’avoir résolu le dilemme qui vous mine et qui vous transforme en hypocrites congénitaux : Jusqu’à quand défendrons-nous des couleurs qui ne sont pas les nôtres ?

Vous leur en voulez de tout ce que vous avez manqué d’être !

Ce qui impressionne le plus, c’est la quantité d’ignorance et de bêtise qu’il vous faut déployer désormais pour entretenir votre guignolerie du ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la « vraie » civilisation. Car tout la dément : et les excellentes relations de la Russie avec les nations qui comptent et se tiennent debout (BRICS), et le dynamisme réel de ce peuple, et l’habileté de ses stratèges, et la culture générale du premier Russe venu, par opposition à l’inculture spécialisée du « chercheur » universitaire parisien qui prétend nous expliquer son obscurantisme et son arriération. C’est que ce ramassis de brutes croit encore à l’instruction et au savoir quand l’école européenne produit de l’ignorance socialisée ; croit encore en ses institutions quand celles de l’UE prêtent à rire ; croit encore en son destin quand les vieilles nations d’Europe confient le leur au cours de la Bourse et aux banquiers de Wall Street.

Du coup, la propagande a tout envahi, jusqu’à l’air qu’on respire. Le gouvernement d’Obama prend des sanctions contre le régime de Poutine : tout est dit ! D’un côté, Guantanamo, les assassinats par drones aux quatre coins du monde, la suspension des droits élémentaires et le permis de tuer sans procès ses propres citoyens — et, surtout, vingt-cinq ans de guerres coloniales calamiteuses, sales et ratées qui ont fait du Moyen-Orient, de la Bosnie à Kandahar, un enfer sur terre. De l’autre, une puissance qui essaie pas à pas de faire le ménage à ses propres frontières, celles justement dont on s’était engagé à ne jamais s’approcher. Votre gouvernement contre leur régime

Savez-vous de quoi vous vous privez en vous coupant ainsi, deux fois par siècle, de la Russie ? Du refuge ultime des vos dissidents, en premier lieu du témoin capital Snowden. Des sources d’une part considérable de votre science, de votre art, de votre musique, et même, ces jours-ci, du dernier transporteur capable d’emmener vos gens dans l’espace. Mais qu’importe, puisque vous avez soumis votre science, votre art, votre musique et votre quête spatiale à la loi suicidaire du rendement et de la spéculation. Et qu’être traqués et épiés à chaque pas, comme Snowden vous l’a prouvé, ne vous dérange au fond pas plus que ça. A quoi bon implanter une puce GPS à des chiens déjà solidement tenus en laisse ? Quant à la dissidence… Elle n’est bonne que pour saper la Russie. Tout est bon pour saper la Russie. Y compris les nazis enragés de Kiev que vous soutenez sans gêne et n’hésitez pas à houspiller contre leurs propres concitoyens. Quelle que soit l’issue, cela fera toujours quelques milliers de Slaves en moins…

Que vous a-t-il donc fait, ce pays, pour que vous en arriviez à pousser contre lui les forces les plus sanguinaires enfantées par la malice humaine : les nazis et les djihadistes ? Comment pouvez-vous songer à contourner un peuple étendu sur onze fuseaux horaires ? En l’exterminant ou en le réduisant en esclavage ? (Il est vrai que « toutes les options sont sur la table », comme on dit à l’OTAN.) Destituer de l’extérieur un chef d’État plus populaire que tous vos polichinelles réunis ? Êtes-vous déments ? Ou la Terre est-elle trop petite, à vos yeux, pour que l’« Occident » puisse y cohabiter avec un État russe ?

C’est peut-être cela, tout compte fait. La Russie est l’avant-poste, aujourd’hui, d’un monde nouveau, de la première décolonisation véritable. Celle des idées, des échanges, des monnaies, des mentalités. A moins que vous, atlantistes et eurocrates, ne parveniez à entraîner la nappe dans votre chute en provoquant une guerre atomique, le banquet de demain sera multipolaire. Vous n’y aurez que la place qui vous revient. Ce sera une première dans votre histoire : mieux vaut vous y préparer.

Slobodan Despot.


• Quelques lectures appropriées :

Jürgen Elsässer : Comment le djihad est arrivé en Europe

A.S. Khomiakov : L’Église latine et le Protestantisme au point de vue de l’Église d’Orient

Naomi Klein : La stratégie du choc

Konstantin Leontiev : L’Européen moyen, idéal et outil de la destruction universelle

C.S. Lewis : L’Abolition de l’Homme

Carroll Quigley : Tragedy and Hope

Steven Runciman : La chute de Constantinople

Eric Werner : De l’extermination, L’avant-guerre civile

Alexandre Zinoviev : La Grande Rupture, L’Occidentisme

Source : http://blog.despot.ch/le-syndrome-tolstoievsky


Le lien vers la conversation Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153154336942317

Aider Attac à lutter contre les intrigues secrètes et criminelles de nos « représentants » pour nous imposer le ruineux et antidémocratique « libre échange » : STOP TAFTA !

À l’occasion de mon voyage demain (9 nov 2014) à Bédarieux, je voudrais remercier chaleureusement les militants d’Attac pour tout ce qu’ils font pour nous tous les jours. Je les connais bien, depuis presque dix ans qu’on se croise et s’aide autour de causes communes (on s’est bagarrés ensemble vaillamment contre le scandaleux traité anticonstitutionnel européen, jusqu’au NON populaire au référendum du 29 mai 2005), et je constate toujours leur dévouement au bien commun et leur opiniâtreté à résister aux capitalistes crapules cupides qui exploitent le monde.

Attac Stop tafta

Leur principale bagarre, en ce moment, c’est ce projet criminel de la prétendue « Union européenne » : le « grand marché transatlantique », projet gravement antidémocratique (dont on a déjà pas mal parlé sur ce site).

Je vous signale à ce sujet :

• Une interview croisée sur le Traité transatlantique :


TAFTA/TTIP – Lori Wallach & Natacha Cingotti… par attactv

Lien site officiel: https://france.attac.org/actus-et-medias/les-videos/article/lori-wallach-natacha-cingotti-a-l

• Une vidéo pédagogique en dessin animé réalisée par Attac Allemagne et reprise récemment par Attac France sur le même thème.


Le traité transatlantique (TAFTA) expliqué en… par attactv

Lien site officiel: https://france.attac.org/actus-et-medias/les-videos/article/les-dangers-du-traite

• Rappels :

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens (Lori M. Wallach, Le Diplo nov. 2013)
http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803

– Le fait que nos « élus » soutiennent (tous) activement ce projet criminel en secret est une preuve évidente (une de plus) de la scandaleuse « trahison des élites », celle que Raoul Marc Jennar dénonçait déjà puissamment en 2004 :
Raoul Marc Jennar,

– Les conférences de Raoul Marc Jennar sur le GMT/TAFTA en novembre :
http://www.jennar.fr/?p=62

Remarque : Raoul Marc Jennar est (pour l’instant) radicalement contre le tirage au sort en politique, il défend mordicus le prétendu « suffrage universel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) comme une vache sacrée, au point qu’il s’est mis à me détester (pour l’instant) en me reprochant de devenir anti-parlementaire donc quasiment fasciste…

Je ne lui rend pas sa détestation et je continue à trouver son travail remarquable (bien que pas assez radical) ; j’espère qu’il changera un jour d’avis sur ce sujet central pour une société juste.

La controverse (importante) entre lui et moi (mais surtout, plus largement, entre deux visions de la politique : professionnelle ou pas, représentative ou directe, aristocratique ou démocratique) est ici :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/30/127-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie-la-video#c4534

________________________

Demain, je vais tâcher (encore une fois) d’aider ces militants qui me sont si proches à intégrer enfin le processus constituant populaire dans leurs analyses, comme la condition même de faisabilité de leur projets préférés.

Par exemple, qui va instituer la taxe Tobin ? Qui va nous protéger contre le TAFTA ? Les « élus » ?!? Mais comment ?! Ceux qui précisément nous ont mis dans ce pétrin et nous y enfoncent chaque jour un peu plus ??? La solution ne viendra jamais des élus, qui sont le problème.

Tant que les militants de gauche 1) (intimidés par la théorie de « la théorie du complot ») s’interdiront à eux-mêmes de réfléchir en terme de complots (intrigues quotidiennes des « élus » en mission pour les 1%, contre les 99%), et 2) tant qu’ils s’en tiendront à l’analyse (même fine) des conséquences de la trahison des élites, sans remonter à leur cause première (notre démission populaire du processus constituant), ils resteront, je le crains, impuissants à changer les choses comme ils le voudraient.

Je vais à Bédarieux écouter leurs arguments et réfléchir du mieux possible avec eux aux moyens radicaux d’en finir avec le capitalisme crapulisme.

Vivement demain.

Étienne.

PS : les militants du M’Pep, d’ailleurs, méritent autant d’aide et d’encouragements de notre part que ceux d’Attac (de mon point de vue, c’est la même bande de copains) :
M'Pep

François Asselineau invité à l’émission TV ‘On n’est pas couché’ samedi 20 sept. 2014

François Asselineau (sans doute notre meilleur donneur d’alerte sur tout ce qui touche à l’UE) est enfin invité à la télévision, et à une heure de grande écoute ; c’est samedi prochain (20 sept. 2014).

Asselineau invité à 'On n'est pas couché', le 20 sept 2014https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10152755160317612

Ça devrait bien stimuler (et alimenter en arguments) la prise de conscience populaire du piège radicalement antidémocratique qu’est la prétendue « Union européenne », depuis sa conception.

Étienne Chouard & David Van Reybrouck – Démocratie fatiguée : quelles solutions ?

Voici une trace chaleureuse d’une soirée bien intéressante.
C’était à Bruxelles, il y a dix jours à peine (le 18 avril 2014) :

Merci à tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre formidable.
Merci aussi à ceux qui ont filmé puis monté tout ça.
Merci enfin à tous les gentils virus, dont certains, ce soir-là encore, venaient de très loin !

Mille mercis très appuyés aux super-virus de constituante.be

__________
Edit (6 mai 2014) :
les échanges avec le public sont disponibles :