Archives pour la catégorie Union européenne

[Chez Ruptures, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Macron, Union européenne, médias mainstream…

Le week-end dernier, à Paris, j’ai rencontré deux jeunes gens de Ruptures, l’important journal de résistance au régime illégitime européen.

En voici la trace, dans cet article et cette vidéo, synthèse assez complète de ce que je pense du mouvement formidable — historique et exemplaire — des #GiletsJaunesConstituants.

Extraits 🙂 :

«Sur les ronds-points, les Gilets jaunes font ce que nous devrions tous faire, ils sortent de chez eux, ils arrêtent de regarder la télé, ils refont société»

«Joffrin, Aphatie, Barbier et toute la bande des voleurs de parole sont des couards […] ils ne sont pas capables de me prendre en face-à-face pour discuter du fond»

«L’Union européenne est à mon avis un projet d’occupation, il faut voir le travail remarquable de François Asselineau là-dessus».

Bonne lecture à tous

Étienne.

PS : je serai le 7 janvier à Paris (chez Taddéï), le 12 à Nice, le 14 à Marseille (théâtre Toursky), le 18 à Toulon, le 20 à Avignon, les 24, 25 et 26 à Paris, du 7 au 10 février en Bretagne… 

Vie de fou, mais période passionnante. 

En théorie et en pratique, on grandit ensemble, on devient des adultes politiques. 

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Bon courage à tous 🙂


https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-macron-union-europeenne-medias-mainstream-entretien-etienne-chouard

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

Lire aussi, sur Ruptures : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

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[Chez Sputnik, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie !

Sputnik a écrit un article sur cet entretien :
Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!» https://fr.sputniknews.com/france/201901031039523550-etienne-chouard-democratie-referendum-gilets-jaunes/

Donc, évidemment que nous ne sommes pas en démocratie, et rendons-nous à l’évidence : en 2019, heureusement qu’il y a des médias russes pour sauver la liberté d’expression en France…

Merci @sputnik_fr, merci @RTenfrancais

Étienne.

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16 déc. 2018, avec les Gilets jaunes à La Ciotat (extraits, 13′)

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« (Macron) est un gredin, un voleur, un criminel ! » – Invité chez Éric Morillot (Les Incorrectibles, Sud Radio)

J’aime bien le format « ping pong rapide », en fait ; ça complique un peu la tâche pour développer sa pensée, mais c’est un format complémentaire des exposés en conférence, nettement plus tonique — un peu risqué aussi, parce qu’on peut s’emporter et prononcer des mots qu’on pourrait regretter et qui sont pourtant enregistrés.

Il faudrait un peu plus de temps, quand même, sur des sujets aussi importants et riches en détails décisifs.

Je dis un grand merci à Sud Radio. Je trouve certains commentaires (sous la vidéo) très injustes avec un des seuls médias qui, précisément, me permettent de me défendre en public et en direct (sans tricher). C’est normal qu’ils me rentrent dans le lard, et ils ne sont pas malveillants : il faut que les points problématiques soient évoqués et traités, et leurs questions m’ont permis d’en évoquer beaucoup.

Certes, il aurait fallu plus de temps, ce qui leur aurait permis de poser leurs questions plus lentement, et d’attendre que j’ai répondu à chacune d’entre elles — et à moi de parler un peu plus calmement 🙂 Mais globalement, ce sont des émissions comme celle-là dont nous avons besoin. Je dis un grand merci à Éric Morillot, et j’espère à bientôt ; avec Raphaël Enthoven ce sera assurément passionnant 🙂

Étienne.

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Edit : Un des #GiletsJaunesConstituants nous a mitonné un bon petit résumé, en seulement 11 minutes , de la première partie de l’émission de @SudRadio 🙂 :

Rendez-vous sur Sud Radio dimanche prochain, 30 déc. 2018 de 13h à 14h

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POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de chercher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE

POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de chercher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE : lobbying, trafic d’influence, pantouflage, impunité des grands fraudeurs, appropriation des grandes sources d’information, promesses impunément bafouées, mensonges éhontés et trahisons de l’intérêt général…

Tous les pouvoirs ont une tendance éternelle à s’autonomiser, à s’affranchir de tout contrôle, et donc à écrire eux-mêmes les règles de la représentation (la constitution), leurs propres limites.

Or, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir : ce n’est pas aux parlementaires, ni aux ministres, ni aux professionnels de la politique, d’écrire ou de modifier la constitution, parce qu’ils sont en CONFLIT D’INTÉRÊTS : ils ont un intérêt personnel (instituer LEUR puissance) contraire à l’intérêt général (instituer la souveraineté POPULAIRE).

Seuls les représentés sont légitimes et aptes à écrire les règles de la représentation. Les représentants, eux, devraient être écartés du processus constituant.

Les gilets jaunes aujourd’hui, les autres citoyens demain, sont en train de contester la représentation faussée par les politiciens, et de penser EUX-MÊMES les règles de la représentation.

Les électeurs enfants deviennent des citoyens constituants.

C’est historique.

Étienne.


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[#giletsjaunesconstituants] chez Taddéï, Interdit d’interdire – Gilets jaunes : suite ou fin ?



Merci Carla, merci Meriem, merci Frédéric, merci RT France.

Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

LA CASTE, COMMENT S’EN DÉBARRASSER ? COMMENT LA REMPLACER ? François Ruffin invite Laurent Mauduit, Denis Robert et Monique Pinçon-Charlot

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les quatre vrais journalistes qui se rencontrent ici, quatre vraies sentinelles du peuple :

Mais je note, bien sûr (vous, vous l’avez bien senti, vous aussi, n’est-ce pas ?), que, parmi leurs propositions centrales « pour se débarrasser de la caste et la remplacer », PAS UN SEUL de ces (authentiques) résistants ne pense au processus constituant, ni au remplacement du faux « suffrage universel » par le tirage au sort, ni au vote des lois par les citoyens eux-mêmes, ni au référendum d’initiative populaire, ni aux Chambres de contrôles tirées au sort, etc.

Je pense que, s’ils n’y pensent pas (encore) spontanément, c’est parce qu’ils n’ont pas encore animé (ni même participé à) un atelier constituant populaire 🙂

Ça viendra, je suis sûr.

Étienne.


À lire d’eux :

François Ruffin : LEUR GRANDE TROUILLE. Journal intime de mes « pulsions protectionnistes »


https://www.actes-sud.fr/catalogue/pochebabel/leur-grande-trouille-babel

Laurent Mauduit : LA CASTE. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir


https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_caste-9782348037702.html

Denis Robert : LES PRÉDATEURS. Des milliardaires contre les États.


https://www.lisez.com/livre-grand-format/les-predateurs/9782749155937

Monique Pinçon-Charlot : LE PRÉDATEURS AU POUVOIR. Main basse sur notre avenir.


http://www.editionstextuel.com/index.php?cat=020407&id=678

[Magnifique François Ruffin !] « En quelle langue faut-il donc vous le dire ? Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) est une gabegie ! »

À faire passer partout, à retranscrire et à relire, à afficher partout, dans les écoles et dans les facultés, dans les bureaux, dans les usines, dans les magasins, chez les médecins, dans les palais de justice, dans les prisons, dans les commissariats, dans les casernes, dans les hôpitaux et les hospices, dans toutes les salles d’attente, le long de toutes les files d’attente, chez nous dans l’entrée au salon et ailleurs, à placarder dans les rues et les avenues, sur les portes cochères des banquiers et des grands bourgeois, sur les murs de toutes les salles de rédaction vendues aux milliardaires…

Merci François !

Étienne.


Le texte (à placarder partout) est là :
https://francoisruffin.fr/cice-cyrano/

« Madame la ministre, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, en quelle langue faut-il donc vous le dire ?

En anglais : what a waste ! En italien :che spreco ! Je veux bien, même, essayer en chinois : touome lang fei !

En français, tout de même : quelle gabegie ! Quel gâchis colossal !

J’ai découvert le scandale, un matin, en écoutant la radio – je roulais dans mon Berlingo : « D’après un rapport de France Stratégie, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi aurait permis de créer ou de sauvegarder 100 000 emplois. » C’est le genre de calcul que j’aime bien faire dans ma tête ; ça fait passer le temps au volant. Allons-y ensemble : le CICE coûte aux alentours de 20 milliards d’euros par an ; si l’on divise cette somme par 100 000 emplois, on obtient 200 000.

J’ai dit à mon collaborateur, Vincent, qui était à côté de moi : « Tu te rends compte : 200 000 euros par emploi et par an ! C’est pas possible, j’ai dû m’emmêler dans les zéros… » Sur le siège passager, Vincent a vérifié sur son téléphone portable : « C’est bien ça : 200 000 euros par an pour un emploi. »

Cela paraissait tellement incroyable, tellement délirant, tellement surréaliste ! Si j’étais informaticien, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ». Vous saisiriez le nom d’un métier, « infirmier » par exemple. C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous : les patients attendent des nuits entières aux urgences ; les établissements parisiens épuisent leurs salariés ; dans d’autres, le personnel apporte son propre papier toilette. Bref, l’hôpital est au bord de la crise de nerfs. Donc, embaucher des infirmiers, qui est contre ? Eh bien, ces 20 milliards de CICE, ça fait 625 000 infirmiers !

Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur, chacun pourrait se faire son propre mix, ses embauches idéales : des accompagnants pour les enfants handicapés, des animateurs pour le périscolaire, des auxiliaires pour les personnes âgées, des inspecteurs du travail… et tout ça, par centaines de milliers. Est-ce que vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces 20 milliards ?

Et à qui profite ce CICE ? Pour moitié aux multinationales. Le premier bénéficiaire dans le privé, c’est Carrefour, Carrefour qui licencie 4 500 caissières et autres employés, Carrefour qui reçoit, néanmoins, 130 millions d’euros au titre du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Emploi, emploi… Ça ne vous choque pas ? Dans tout le pays, il n’y a qu’ici que ça ne choque pas ! Tous les experts vous le disent : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est une gabegie. Le comité de suivi de France Stratégie le dit. La fédération « Travail, emploi et politiques publiques » du CNRS le dit. Le laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques le dit. Toutes ces études aboutissent à la même conclusion : un effet quasi-nul.

Malgré ces rapports, ces études, ces évaluations, que décidez-vous ? Que décidez-vous après la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, après la flat tax, après la suppression de l’exit tax, après la baisse de l’impôt sur les sociétés ? Vous décidez de poursuivre le CICE, de le pérenniser en allégements de charges et même, pour cette année, de le doubler, en le faisant passer à 40 milliards d’euros. Quarante milliards, c’est, pour 2018, douze fois le budget de l’agriculture, quatorze fois celui de la culture, quatre fois celui de l’écologie !

Mais vous êtes sourds.

Vous êtes sourds aux faits ; vous êtes sourds aux Français ; vous êtes aveuglés par votre dogme. Ces chercheurs, de France Stratégie ou du CNRS, devraient abandonner leur langue convenue et convenable. Ils devraient vous l’écrire en très grand, en lettres clignotantes, tout en klaxonnant : gaspillage ! Gaspillage ! Gaspillage !

Ou alors, comme Cyrano de Bergerac, ils devraient vous le déclamer.

Généreux : « Moi, si j’avais un tel magot dans ma besace, /Il faudrait sur le champ que je le partageasse ! »

Curieux : « Dites-moi, de quoi sert ce fabuleux pécule ? /Aimez-vous à ce point les très grandes fortunes / Que paternellement vous vous préoccupâtes / De leur tendre ce chèque de 40 000 patates ? »

Dramatique : « Ô rage ! Ô désespoir ! C’est le peuple que l’on saigne ! /Mais pour les millionnaires, quelle formidable aubaine ! »

Agressif : « Le voilà donc, monsieur, votre « pognon de dingue » /Pour que l’oligarchie fasse follement la bringue ! »

Quarante milliards, donc ! Quarante milliards ! Et en même temps, vous osez. En même temps, vous osez geler les pensions de retraite. En même temps, vous osez geler les allocations familiales.

En même temps, vous osez geler les pensions d’invalidité.

Vous vous rattrapez sur les familles pauvres, sur les personnes âgées, sur les personnes handicapées. Sur elles, vous allez gratter 7 milliards. À elles, vous criez la nécessité de l’effort budgétaire. Vous osez. Bravo ! Chapeau !

Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. »
[Aujourd’hui,] vous êtes les maîtres d’œuvre de cette injustice ! Vous êtes le bras armé de cette iniquité ! »

François Ruffin.

Sa chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCIQGSp79vVch0vO3Efqif_w

 

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« Maintenant, le règne des banquiers va commencer »

[À méditer, le crayon à la main (ça fait 200 ans que ça dure…) : cherchez la cause des causes]

« Après la révolution de Juillet [1830], lorsque le banquier libéral Laffitte conduisit en triomphe son compère le duc d’Orléans à l’Hôtel de ville, il laissa échapper ces mots : « Maintenant, le règne des banquiers va commencer. » Laffitte venait de trahir le secret de la révolution.

Ce n’est pas la bourgeoisie française qui régnait sous Louis-Philippe, mais une fraction de celle-ci : banquiers, rois de la Bourse, rois des chemins de fer, propriétaires de mines de charbon et de fer, propriétaires de forêts et la partie de la propriété foncière ralliée à eux, ce que l’on appelle l’aristocratie financière. Installée sur le trône, elle dictait les lois aux Chambres, distribuait les charges publiques, depuis les ministères jusqu’aux bureaux de tabac.

La bourgeoisie industrielle proprement dite formait une partie de l’opposition officielle, c’est-à-dire qu’elle n’était représentée que comme minorité dans les Chambres. Son opposition se fit de plus en plus résolue au fur et à mesure que le développement de l’hégémonie de l’aristocratie financière devenait plus net et qu’après les émeutes de 1832, 1834 et 1839 noyées dans le sang elle crut elle-même sa domination plus assurée sur la classe ouvrière. Grandin, fabricant de Rouen, l’organe le plus fanatique de la réaction bourgeoise, tant dans l’Assemblée nationale constituante que dans la Législative était, à la Chambre des députés, l’adversaire le plus violent de Guizot, Léon Faucher, connu plus tard pour ses vains efforts à se hausser au rôle de Guizot de la contre-révolution française, guerroya dans les derniers temps de Louis-Philippe à coups de plume en faveur de l’industrie contre la spéculation et son caudataire, le gouvernement. Bastiat, au nom de Bordeaux, et de toute la France vinicole, faisait de l’agitation contre le système régnant.

La petite bourgeoisie dans toutes ses stratifications, ainsi que la classe paysanne étaient complètement exclues du pouvoir politique. Enfin, se trouvaient dans l’opposition officielle, ou complètement en dehors du pays légal, les représentants idéologiques et les porte-parole des classes que nous venons de citer, leurs savants, leurs avocats, leurs médecins, etc., en un mot ce que l’on appelait les capacités.

La pénurie financière mit, dès le début, la monarchie de Juillet sous la dépendance de la haute bourgeoisie et cette dépendance devint la source inépuisable d’une gêne financière croissante. Impossible de subordonner la gestion de l’État à l’intérêt de la production nationale sans établir l’équilibre du budget, c’est-à-dire l’équilibre entre les dépenses et les recettes de l’État. Et comment établir cet équilibre sans réduire le train de l’État, c’est-à-dire sans léser des intérêts qui étaient autant de soutiens du système dominant, et sans réorganiser l’assiette des impôts, c’est-à-dire sans rejeter une notable partie du fardeau fiscal sur les épaules de la grande bourgeoisie elle-même ?

L’endettement de l’État était, bien au contraire, d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et légiférait au moyen des Chambres. C’était précisément le déficit de l’État, qui était l’objet même de ses spéculations et le poste principal de son enrichissement. À la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait à l’aristocratie une nouvelle occasion de rançonner l’État, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de traiter avec les banquiers dans les conditions les plus défavorables. Chaque nouvel emprunt était une nouvelle occasion, de dévaliser le public qui place ses capitaux en rentes sur l’État, au moyen d’opérations de Bourse, au secret desquelles gouvernement et majorité de la Chambre étaient initiés.

En général, l’instabilité du crédit public et la connaissance des secrets d’État permettaient aux banquiers, ainsi qu’à leurs affiliés dans les Chambres et sur le trône, de provoquer dans le cours des valeurs publiques des fluctuations insolites et brusques dont le résultat constant ne pouvait être que la ruine d’une masse de petits capitalistes et l’enrichissement fabuleusement rapide des grands spéculateurs.

Le déficit budgétaire étant l’intérêt direct de la fraction de la bourgeoisie au pouvoir, on s’explique le fait que le budget extraordinaire, dans les dernières années du gouvernement de Louis-Philippe, ait dépassé de beaucoup le double de son montant sous Napoléon, atteignant même près de 400 millions de francs par an, alors que la moyenne de l’exportation globale annuelle de la France s’est rarement élevée à 750 millions de francs.

En outre, les sommes énormes passant ainsi entre les mains de l’État laissaient place à des contrats de livraison frauduleux, à des corruptions, à des malversations et à des escroqueries de toute espèce. Le pillage de l’État en grand, tel qu’il se pratiquait au moyen des emprunts, se renouvelait en détail dans les travaux publics. Les relations entre la Chambre et le gouvernement se trouvaient multipliées sous forme de relations entre les différentes administrations et les différents entrepreneurs.

De même que les dépenses publiques en général et les emprunts publics, la classe dominante exploitait aussi les constructions de lignes de chemin de fer. Les Chambres en rejetaient sur l’État les principales charges et assuraient à l’aristocratie financière spéculatrice la manne dorée. On se souvient des scandales qui éclatèrent à la Chambre des députés lorsqu’on découvrit, par hasard, que tous les membres de la majorité, y compris une partie des ministres, étaient actionnaires des entreprises mêmes de voies ferrées, à qui ils confiaient ensuite, à titre de législateurs, l’exécution de lignes de chemins de fer pour le compte de l’État.

Par contre, la moindre réforme financière échouait devant l’influence des banquiers, telle, par exemple, la réforme postale. Rothschild protesta, l’État avait-il le droit d’amoindrir des sources de revenu qui lui servaient à payer les intérêts de sa dette sans cesse croissante ?

La monarchie de Juillet n’était qu’une société par actions fondée pour l’exploitation de la richesse nationale française dont les dividendes étaient partagés entre les ministres, les Chambres, 240 000 électeurs et leur séquelle. Louis-Philippe était le directeur de cette société : Robert Macaire sur le trône. Le commerce, l’industrie, l’agriculture, la navigation, les intérêts de la bourgeoisie industrielle ne pouvaient être que menacés et lésés sans cesse par ce système. Aussi, celle-ci avait-elle inscrit sur son drapeau, pendant les journées de Juillet : Gouvernement à bon marché.  »

Karl Marx, Les luttes de classes en France (1848).


https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301b.htm

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Ma suggestion :

[Vidéos et texte] L’antidote universel au capitalisme, ce sera un peuple devenu constituant, capable de conduire lui-même LE PROCÈS DE L’ÉLECTION :

http://chouard.org/blog/2016/12/21/video-et-texte-lantidote-universel-au-capitalisme-ce-sera-un-peuple-devenu-constituant-capable-de-conduire-lui-meme-le-proces-de-lelection/

[Fléau universel de la « banque universelle » too big to fail, too big to jail] BNP Paribas – Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne

Cette passionnante enquête diffusée à la télé hier soir très tard (à enregistrer rapidement avant qu’on ne la censure) va nous aider à réfléchir :

. à l’enjeu mondial du Glass Steagall Act, loi US votée en 1933 précisément pour empêcher tout retour de la « banque universelle » (confusion des banques de dépôt et des banques d’affaires qui permet —toujours— aux usuriers de jouer au casino de la bourse avec les économies des gens normaux),

. aux indispensable institutions populaires de contrôle de la monnaie et de la banque,

. aux mensonges politiciens toujours impunis faute de constitution digne de ce nom,

. à l’esprit de corps (et surtout de corruption) des élites françaises comme l’inspection générale des finances (qui a noyauté et corrompu la république française),

. à la duplicité de ce voleur de Pébereau, qui a tant plaidé pour que l’État équilibre son budget en imposant de cruelles économies sur tous les budgets publics alors même que sa propre banque incitait et aidait les pires fraudeurs à échapper à l’impôt (et donc à dévaster le budget en question),

. au rôle central et criminel de Pébereau et de ses copains-coquins (Trichet, DSK, etc.) dans le martyr révoltant des Grecs et dans l’austérité française,

. et, last but not least, au financement (ultra-lucratif) des armes des génocides africains !!!

Alors, certes, la BNP-Paribas n’est pas la seule banque à corrompre et à financer des massacres (c’est le palmarès de tous les usuriers), et si elle avait été américaine elle poursuivrait sans soute ses crimes impunément, mais la malfaisance de ce géant est emblématique de la démesure criminelle qu’on peut prévoir chaque fois qu’on néglige de fixer des limites drastiques à tous les pouvoirs.

Quand le peuple va-t-il enfin chasser (lui-même) ses bourreaux ?

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Franklin Roosevelt signe le Glass-Steagall-Act le 16 juin 1933 :
à partir de cette date, c’est la fin des crises financières ! (et le métier de banquier de dépôts devient ennuyeux et mal payé).


1999 : Clinton-Le-Grand-Pourri signe le Gramm-Leach-Bliley avec ses Parrains, ce qui assassine le Glass Steagall Act :
à partir de la dérégulation (globalisation) financière des années 1980, le métier de banquier redevient amusant et extrêmement enrichissant, les crises financières se multiplient (une tous les 3 ou 4 ans !), la ruine criminelle des épargnants se répète, et ce jusqu’à l’effondrement, en 2008… Et quoi demain ?

NB : sur la catastrophique dérégulation financière organisée depuis Reagan aux USA, Thatcher en Angleterre, Pompidou en France, etc., il faut absolument voir (et travailler le crayon à la main) l’enquête magnifique « INSIDE JOB » : Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites ».


Voir aussi :

Pantouflages et collusions entre la fonction publique et le monde des affaires


https://www.pantouflewatch.org/2016/06/06/pantouflage-kezako/

Voir aussi le dernier livre de

Laurent Mauduit (Mediapart), « LA CASTE. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir » :


http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_caste-9782348037702.html


Voir aussi, sur Médiapart :

Les parts d’ombre de BNP Paribas

par Martine ORANGE

En trente ans, BNP Paribas est devenu un monstre bancaire. Un documentaire diffusé ce 4 octobre raconte les faces cachées de la quatrième banque mondiale. Mediapart a obtenu des auteurs des extraits en video de l’entretien avec l’ex-procureur américain chargé de l’enquête sur la banque, accusée d’avoir violé l’embargo sur le Soudan et condamnée en 2014 à une amende record. Décapant.

Ce fut le mantra de toute la classe politique pendant la crise financière de 2008. « Les banques françaises n’ont rien coûté aux finances publiques. Le modèle de la banque universelle a prouvé sa résistance pendant la crise », n’ont-ils cessé de répéter. Les banques françaises, un modèle, vraiment ?

Pour ce dixième anniversaire de la crise, le documentaire de Thomas Lafarge et Xavier Harel, BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque française, vient à point nommé pour relativiser ces paroles, en revisitant les actes et les propos de la banque pendant cette période. BNP Paribas y révèle ses côtés sombres, obscurs, inavouables parfois. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ce documentaire est diffusé ce jeudi 4 octobre, en toute fin de soirée sur France 3. Il faut savoir préserver les icônes.

Pour planter le décor de la puissance de BNP sur le monde politique français, les auteurs ont choisi de retenir une photo, abondamment commentée depuis sa parution dansParis Match à l’automne 2008. Elle fut prise un dimanche d’octobre 2008 à Bercy, au moment où la crise financière se déchaînait. Après Lehman Brothers, ce sont les banques européennes, à commencer par Dexia, Fortis – rachetée à vil prix par BNP dans les semaines qui suivent –, Royal of Scotland, qui menacent de s’effondrer. Sur la photo, ils sont tous là, la ministre des finances Christine Lagarde, le directeur du Trésor, le secrétaire général de l’Élysée, les membres des cabinets. Tous debout, ils écoutent un homme assis, de dos. Michel Pébereau, PDG de BNP Paribas, leur explique ce qui se passe, et sans doute ce qu’il convient de faire.

Michel Pébereau, président de BNP Paribas en 2011 © ReutersMichel Pébereau, président de BNP Paribas en 2011 © Reuters

Peut-on se passer de l’avis d’un homme aussi puissant qui dirige la quatrième banque mondiale, affichant un bilan de plus de 2 000 milliards d’euros, plus lourd que le PNB (produit national brut) de la France ? Certes, non. Mais le malaise suscité par cette image vient de ce qu’elle dit du rapport de force existant. Rarement image n’a autant résumé la capture du monde politique par le monde bancaire pendant la crise, ce « too big to fail » qui a pris tout le monde en otage et dicte ses solutions. Car ce sont bien les choix des responsables bancaires qui seront retenus, sans délibération démocratique, dans la gestion de la crise de 2008. Et c’est du président de BNP Paribas, que le pouvoir politique attend alors des remèdes.

Cette puissance, BNP Paribas l’a acquise en à peine trente ans, à la faveur de la financiarisation et de la mondialisation de l’économie, mais porté aussi par l’ambition de fer de Michel Pébereau, qui a présidé l’établissement de 1993 à 2011. Avant lui, BNP était une banque de détail, une banque qui osait déjà dire « votre argent nous intéresse », mais qui restait au contact de ses clients, des entreprises, comme témoigne une des dernières salariées de cette période. Tout a changé avec la privatisation de la banque, décidée par Édouard Balladur en 1993. Michel Pébereau est alors désigné par le gouvernement pour présider l’établissement, le changer.

La vraie transformation viendra six ans plus tard, en 1999 lorsque BNP s’empare de Paribas, aux termes d’une bataille féroce avec la Société générale. Bizarrement, le documentaire passe sous silence ce conflit qui mit le capitalisme français à feu et à sang, appelant le pouvoir à trancher entre les ambitions des deux banques.

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Prendre le contrôle de Paribas, c’est non seulement changer de taille, mettre la main sur des milliards de capitaux, mais c’est aussi changer de statut. BNP se trouve propulsé dans « la haute banque » comme on disait au XIXe siècle, celle qui siège dans les conseils d’administration, qui a une mainmise sur toute l’économie, au travers de centaines de participations et de sièges d’administrateur qui vont avec. Mais c’est aussi entrer dans le monde obscur de l’évasion fiscale, des fortunes cachées en Suisse ou ailleurs, des paradis fiscaux. Un monde que Paribas fréquente de très longue date, au moins depuis les années 1950 et que Michel Pébereau se gardera bien de bousculer.Les salariés de BNP qui ont accepté de témoigner pour ce documentaire racontent le choc culturel que fut l’arrivée de Paribas. Entre eux, les centaines de milliers de salariés, présents dans les agences au coin de la rue, et les « seigneurs » qui arrivaient de la très feutrée rue d’Antin, siège de Paribas, le choix de la direction fut vite fait : les « seigneurs » l’emportèrent. Toute la culture du mérite, des possibilités d’évolution de carrière qui permettaient de partir au bas de l’échelle pour grimper jusqu’au sommet furent emportée avec.

Mais la banque aussi changea d’aspect : elle jouait désormais dans la cour des grands. Elle était une banque internationale, présente sur tous les marchés mondiaux, goûtant comme toutes les autres les délices de la finance mondialisée, de l’ingénierie financière. Elle reprit aussi toutes les pratiques de l’évasion fiscale, si chère à Paribas suisse, en dépit de toutes les alertes internes. « 100 % des clients étaient non déclarés », soutient aujourd’hui un ancien responsable. Plus de 40 milliards d’euros étaient cachés dans cette filiale, devenue une banque dans la banque, avec le plein assentiment de la direction en France. Sans que le fisc français ou les régulateurs ne s’en émeuvent.

Rien ne semblait devoir briser cette dynamique du toujours plus. Jusqu’à ce qu’advienne, en 2008, la crise des subprimes. Une crise entièrement liée aux dérives de Wall Street et des banquiers américains et qui a contaminé la « blanche » finance européenne, à en croire les banques européennes.

C’est peut-être une des lacunes de ce documentaire de ne pas démonter cette fable. Il n’explique pas suffisamment comment l’éclatement de la bulle immobilière américaine devint une crise de la finance mondiale. Car contrairement à ce que le monde financier français et européen n’a cessé de soutenir, les banques européennes avaient entièrement partie liée avec Wall Street. C’est leur développement sans limites, leurs interventions et leurs jeux financiers massifs, les amenant à dépendre entièrement du marché des capitaux américains pour refinancer leurs engagements qui a permis cette propagation sans contrôle de la crise.

BNP Paribas est la parfaite illustration de cette transformation. De l’avis de tous les historiens, ce fut elle qui donna la première le signal de la crise financière et sa propagation dans tout le système financier international, en annonçant le 9 août 2007 la suspension de trois de ces fonds. « Il n’y avait plus de valorisation possible de certains actifs », expliqua-t-elle alors. Ce seul constat créa un séisme dans le monde financier : il n’était plus possible de mettre des chiffres en face des biens ou des engagements.

Et ce n’est pas grâce à « la résistance du modèle de banque universelle français qu’est BNP Paribas » que la banque put traverser sans trop de dommages la crise, mais grâce au soutien illimité des banques centrales. La banque centrale européenne, dirigée alors par Jean-Claude Trichet ouvrit alors les vannes monétaires à fond pour prendre le relais d’un marché interbancaire, assurant normalement la liquidité du système, qui avait littéralement disparu. Mais l’action de la Réserve fédérale fut encore plus décisive, en acceptant de fournir sans conditions et de manière illimitée les centaines de milliards de dollars dont le système financier européen avait besoin pour se refinancer.

« C’était intentionnel. C’était délibéré »

2008 ne fut que la première secousse sismique pour la finance européenne. La deuxième beaucoup plus grave arriva en 2010 avec la crise grecque puis la crise de l’ensemble de la zone euro. C’est à juste titre que le documentaire insiste sur ce moment qui aurait pu être mortel pour BNP Paribas. Cependant, il donne une lecture faible et biaisée des événements d’alors.

Michel Pébereau et Christine Lagarde, alors ministre des finances en octobre 2009 © ReutersMichel Pébereau et Christine Lagarde, alors ministre des finances en octobre 2009 © Reuters

Que la caste de l’inspection des finances, monopolisant tous les postes dans les grandes banques, de la haute administration de Bercy et d’ailleurs, à la banque de France, et jusqu’à l’Élysée ait pesé sur toutes les décisions à cette période, cela ne se discute même pas. Elle a organisé l’impunité totale du monde bancaire. Elle a été à la manœuvre pour enterrer toutes les tentatives sérieuses d’encadrement, de régulation et de contrôle. Il en est allé de même pour la lutte contre l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, la séparation des activités bancaires en France. Tout a été tourné au simulacre et à la parodie. En entendant Karine Berger, rapporteuse à l’Assemblée du projet de loi sur cette fameuse séparation des activités bancaires en 2013, raconter dans le documentaire que « les banquiers ont rédigé eux-mêmes la loi » – ce dont on se doutait –, on se prend à regretter son silence d’alors. Que n’a-t-elle pas parlé alors, plutôt que de cautionner par son mutisme cette caricature de réforme, qui allait emporter avec elle tous les projets européens de réforme bancaire ? (lire ici, ou encore )  

Mais dire que ce fut cette même caste qui imposa seule ses vues lors de la crise grecque est plus discutable. Certes, Jean-Claude Trichet, membre illustre de l’inspection, pesait sur toutes les décisions en tant que président de la BCE. Certes, tous les banquiers français, tous issus des rangs de l’inspection, et largement exposés à la dette grecque, prônaient des voies qui leur permettraient de sortir indemnes de cette crise. Certes, Dominique Strauss-Kahn, alors président du Fonds monétaire international (FMI), restait très sensible aux sirènes de Bercy et de l’inspection. Mais le compromis européen qui s’est fait sur le dos de la Grèce a été beaucoup plus large que cela.

Toutes les banques européennes, les françaises en premier, mais les allemandes en deuxième, étaient largement exposées au risque grec. Tous les gouvernements, à commencer par Berlin et Paris, ont choisi de sauver leurs banques plutôt qu’Athènes, en cachant ces choix inavouables derrière la rhétorique la plus rance des “fainéants de Grecs”. Et l’Europe n’a pas fini de payer de cette faute inexcusable de n’accorder aucune remise de dettes, aucune remise de peine à la Grèce. ( lire ici ou >)

« Lorsque les choses deviennent sérieuses, il faut mentir », déclara Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne en 2011. À cette période, les responsables politiques et financiers ont manifestement beaucoup menti. Car la crise de la Grèce, que tous avaient cru évacuer promptement en imposant des conditions irréalisables à Athènes est revenue par la fenêtre en se transformant en crise de l’euro. D’un coup, toutes les contreparties américaines et internationales des banques européennes n’ont plus voulu prêter aux banques européennes. Tout le marché interbancaire s’est retrouvé paralysé. C’était un bank run à l’ère du numérique, se propageant à la vitesse de la lumière, mais invisible pour les non-spécialistes, comme le qualifie Adam Tooze dans son livre sur la crise de 2008.

Les témoignages des personnes rapportés dans le film sur cette période donnent la mesure du péril. Tandis que les responsables de BNP Paribas continuent de vanter « la banque universelle à la française », à l’arrière de la scène, ils sont pétrifiés : la banque est au bord de l’asphyxie, comme le rapporte un témoin. L’intervention de la BCE, encore dirigée par Jean-Claude Trichet, aida à sauver la banque et tout le système financier européen, mais celle de la FED fut plus décisive encore. Une nouvelle fois, la Réserve fédérale américaine apporta à des milliards de dollars pour éviter l’effondrement des banques européennes.

Compte tenu du rôle qu’ont joué les autorités américaines pour aider la finance européenne pendant la crise, on comprend mieux que par la suite elles demandent des comptes, considèrent comme légitime de les assujettir à leurs lois. Mais manifestement Michel Pébereau ne l’entendait pas ainsi. Qu’un juge, qui plus est américain, ose lui demander des comptes sur les pratiques de la banque, et plus particulièrement de sa filiale suisse, à lui qui n’avait jamais eu à s’expliquer et encore moins à se justifier devant aucune autorité française, voilà qui était insupportable.

L’affaire était grave pourtant, comme le raconte l’ancien procureur américain Adam Kaufmann, chargé de l’enquête aux États-Unis. BNP Paribas était soupçonné d’avoir réalisé des milliards de dollars de transactions, en provenance du Soudan et de l’Iran, pays frappés par des sanctions internationales, d’avoir recyclé tous ces avoirs dans le système international, en falsifiant toutes les preuves pendant des années. « C’était intentionnel, c’était délibéré », soutient aujourd’hui l’ancien procureur dans des extraits de l’entretien que les réalisateurs du documentaire ont accepté de confier à Mediapart.

Ce n’est qu’à la dernière extrémité, début 2014, alors que les poursuites judiciaires avaient été engagées cinq ans auparavant, que la direction de BNP Paribas a révélé l’existence d’une enquête américaine pour violation d’embargo, à l’occasion de la publication de son rapport annuel. Et encore, en en minimisant les conséquences ! Il ne s’agissait que d’un petit litige. La peine encourue devait être de 1 milliard de dollars maximum, affirmait-elle alors. Jamais la banque n’expliqua ce qui lui était reproché. Jamais elle ne mentionna le nom de Paribas Suisse et encore moins ceux des responsables.

BNP Paribas a été condamnée à une des plus fortes amendes imposées à une banque par les autorités américaines : 8,9 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros à l’époque). Le réquisitoire, publié par les autorités américaines, était assassin : il détaillait les agissements de la banque, qui avait accepté de devenir une quasi-banque centrale pour le Soudan, considéré pourtant par les instances internationales comme un État terroriste.

Les principaux dirigeants de Paribas Suisse ont été démissionnés par la suite, avec de confortables indemnités à la clé. Sauf Michel Pébereau. Son nom ne fut jamais prononcé et sa responsabilité jamais mise en cause : il avait pourtant siégé au conseil de l’établissement suisse à partir de son rachat en 1999 jusqu’en 2012.

Puisqu’il fallait quand même un responsable, Baudoin Prot, son successeur à la tête de BNP Paribas, joua les fusibles. Les apparences étaient sauves. On n’attaque pas ainsi une des figures tutélaires de l’inspection des finances, un des parrains du capitalisme français. Alors, parfois, il est bon de regarder un documentaire vif et décapant pour remettre certaines pendules à l’heure, de rappeler le coût économique et financier réel pour un pays d’avoir un monstre comme BNP Paribas.

Martine Orange, Mediapart.
https://www.mediapart.fr/journal/economie/041018/les-parts-d-ombre-de-bnp-paribas

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Crise de 2008: la vraie facture laissée par les banques à la France

4 octobre 2018 par Romaric GODIN :

Les banques estiment qu’elles n’ont pas coûté un euro aux finances publiques lors de la crise financière de 2008. Dix ans après, cet argument ne semble plus tenir et la facture totale des erreurs des banques s’annonce très lourde.

Combien les erreurs des banques ont-elles coûté au pays ? À cette question, la réponse du lobby bancaire est toujours la même : rien. Dans le documentaire diffusé ce 4 octobre sur France 3, on voit Baudoin Prot, président de BNP Paribas et de la Fédération bancaire française (FBF) de 2011 à 2014, rappeler que les établissements bancaires français ont remboursé à l’État les aides publiques destinées en 2008-2009 à les sauver, mais ont en sus payé des intérêts qui, in fine, ont enrichi l’État. Sauver les banques serait donc une bonne chose pour les finances publiques ?

En septembre 2015, un communiqué de la FBF, faisant suite à une étude de la BCE (banque centrale européenne), se voulait absolument catégorique : « La France est l’un des rares pays de la zone dans lequel la crise bancaire n’a pas eu d’impact significatif sur le déficit et la dette publics. » Et de souligner que l’État a gagné dans le sauvetage bancaire 2,3 milliards d’euros d’intérêts. La conclusion du lobby bancaire est sans appel : « L’augmentation de la dette publique française de 31,1% du PIB sur la période 2008-2014 n’est donc pas liée aux mesures de soutien aux banques françaises. » Le communiqué était d’ailleurs titré : « Crise bancaire, aucun impact sur les finances publiques en France ». Si la dette augmente, il faut regarder ailleurs. Évidemment, on regardera du côté des dépenses publiques, autrement dit des fonctionnaires et des transferts sociaux.

Le siège de BNP Paribas à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en juin 2014. © ReutersLe siège de BNP Paribas à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en juin 2014. © ReutersMais ce n’est que la partie visible de l’iceberg de la crise bancaire. Car c’est oublier plusieurs éléments clés de la facture. Et d’abord, plusieurs éléments de ce sauvetage comme celui de Dexia (6 milliards d’euros) ou encore le coût des emprunts toxiques aux collectivités locales (1,2 milliard d’euros). Ce dernier continuera de peser sur les comptes de collectivités déjà contraintes à des économies budgétaires. Ensuite, le sauvetage bancaire n’a pas été que direct, il a également été indirect. Le plan « d’aide » à la Grèce de mai 2010 a été bâti pour permettre de rembourser les banques créancières et financé par des coupes sombres dans le budget. Sans ce plan, les pertes encaissées par les banques, notamment françaises, auraient été considérables et auraient sans doute nécessité une deuxième aide publique directe. Qui plus est, cette décision n’a pas été sans impact sur les finances publiques : d’abord, parce que l’État s’est endetté pour permettre à la Grèce de rembourser les banques et, ensuite, parce que la stratégie austéritaire qui a suivi a déclenché une spirale récessive qui a provoqué une « rechute » de l’économie européenne et la plus longue récession de l’après-guerre : six trimestres de contraction du PIB, de la fin 2011 au début 2013. Or une récession a un coût pour les finances publiques.

Et voilà bien le cœur du problème. Les banques tentent de faire croire que leur sauvetage par l’État serait pratiquement un bienfait pour les finances publiques et qu’elles n’ont aucune responsabilité dans l’état de ces finances. Rien n’est moins vrai. En 2011, mais auparavant en 2008, et malgré leur « sauvetage », leurs erreurs ont eu des conséquences majeures sur l’économie. L’activité s’est contractée ET elles ont aggravé le mouvement en réduisant le crédit.

Évolution des encours de crédits aux sociétés non financières en France.Évolution des encours de crédits aux sociétés non financières en France.

Rappelons ainsi, qu’avant 2007, les banques européennes ont pleinement participé au système financier explosif qui se mettait en place aux États-Unis. Les banques ont pu, un temps, croire qu’elles étaient les innocentes victimes d’une crise étasunienne dans laquelle elles n’étaient pas impliquées. C’est en réalité une vision erronée de la réalité. Dans un ouvrage récent, intitulé Crashed (éditions Allen Lane), l’historien Adam Tooze rétablit cette responsabilité d’un système financier « transatlantique » auquel les banques européennes et françaises ont parfaitement contribué. Il rappelle qu’en 2008, 1 000 milliards de dollars étaient investis par les banques européennes dans la dette et les billets de trésorerie aux États-Unis. Il souligne qu’alors, ces banques agissaient comme un « fonds spéculatif mondial ». Et de fait, c’est bien BNP Paribas qui a « internationalisé » la crise des subprimes en fermant ses fonds en août 2007. La crise de 2008 n’est pas qu’une crise étasunienne, c’est une crise mondiale à laquelle les banques européennes ont apporté leur écot de responsabilité.

Responsables du déclenchement de la crise, les banques ne l’ont pas moins été pendant la crise. Une fois protégées par la sphère publique de la faillite, les banques se sont assainies en réduisant leurs prêts à l’économie. Les encours de crédit aux sociétés non financières ont mis à partir de 2009 deux ans à retrouver leur niveau d’avant crise. L’activité s’est alors violemment réduite et c’est… l’État qui a dû prendre le relais pour redresser la demande et faire jouer les stabilisateurs automatiques. L’explosion du déficit français en 2009 à 7,5 % du PIB s’explique par ce double effet : perte d’activité et intervention pour freiner la chute. Qui peut alors croire que les banques ne sont pour rien dans ce phénomène ? Dire que les banques n’ont rien coûté aux finances publiques est donc un mensonge qui permet au secteur financier de se racheter à fort bon compte une conduite. […]

Lire la suite, sur Médiapart :
https://www.mediapart.fr/journal/france/041018/crise-de-2008-la-vraie-facture-laissee-par-les-banques-la-france

Coralie Delaume : « l’Union européenne est néolibérale ET autoritaire »

C’est sur RT France, chez Frédéric Taddéï.

Merci RT, et au diable les « journalistes » français eurolâtres vendus (littéralement) aux milliardaires et aux banques !

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156605059932317

Pourquoi le cauchemar grec est loin d’être terminé, par Coralie Delaume

Encore un bon papier de Coralie.

Il faut sortir du piège mortel de la prétendue « Union européenne ».
Lisez aussi François Asselineau, qui fait du bon boulot.
Résistez comme vous pouvez, pendant qu’il est encore temps : la Grèce est un laboratoire (criminel) pour les usuriers, avant de piller les autres peuples à leur tour. L’UE, c’est la guerre, la guerre des 1% oisifs contre les 99% qui travaillent. L’objectif de l’UE et des « élus » (des banques), c’est le prétendu « libéralisme », c’est l’insécurité sociale.
Si vous n’êtes pas devenu un mollusque décérébré par la télé, le sort des Grecs devrait vous révolter et vous mobiliser contre l’UE, contre les banques privées, et pour la souveraineté des peuples libres.
Il me semble que ça urge.
Étienne.
 

Pourquoi le cauchemar grec est loin d’être terminé, par Coralie Delaume

FIGAROVOX/ENTRETIEN – La Grèce n’est plus sous la tutelle des institutions européennes et du FMI. De nombreux commentaires optimistes ont salué la nouvelle. Un point de vue que ne partage pas l’essayiste eurocritique Coralie Delaume. Pour elle, la situation sociale du pays reste très grave et l’avenir économique et financier de la Grèce fort sombre. Entretien avec Etienne Campion :


Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017) et tient le blog «L’arène nue».


FIGAROVOX.- Depuis le 20 août 2018, la Grèce n’est plus sous la tutelle de l’Union européenne et du FMI. Était-ce vraiment un «jour historique», comme les dirigeants l’affirment? La Grèce est-elle sauvée?

Coralie DELAUME.- Non. On s’est contenté d’acheter un peu de temps, quitte à dévaster l’économie du pays.

La sortie d’un des membres de la zone euro a simplement été différée. Le mythe de l’irréversibilité de cette dernière est à peu près préservé, même si les menaces de «Grexit hostile» formulées par les créanciers d’Athènes en 2015 l’ont écorné. Que la Grèce ait conservé l’euro, en dépit de toutes les souffrances endurées par la population, est pour certains la preuve que cette monnaie est immortelle. Ce serait une première dans l’Histoire, mais en même temps, il est question de foi religieuse quant au rapport de nos dirigeants avec l’euro. Comme l’explique le politologue belge François Foret, «l’euro constitue en lui-même un nouveau sacré européen justifiant tous les sacrifices économiques, sociaux et culturels».

Le maintien de la Grèce dans l’eurozone a permis de repousser la perspective de voir la communauté des croyants se désintégrer.

En somme, le maintien de la Grèce dans l’eurozone a permis de repousser la perspective de voir commencer à se désintégrer l’oumma de l’euro. En plus, le pays a durement expié: Tsipras et Syriza ont abjuré tout ce en quoi ils croyaient. Ils ont renoncé à mettre un terme à l’austérité. La Grèce est condamnée à faire maigre pour longtemps. Le petit rebond de croissance en 2017 (1,4%) après avoir perdu plus d’un quart de son PIB depuis le début de la crise n’est-il pas la preuve que la rédemption par l’ascèse est possible?

On a également différé le moment où la Grèce ferait défaut sur sa dette, et où les créanciers — qui sont désormais à 80 % constitués des institutions européennes (Banque centrale européenne, Mécanisme européen de stabilité, Fonds européen de stabilité financière) et des États européens — en seraient de leur poche. Car on n’a pas donné d’argent à la Grèce, on lui en a prêté.

Essentiellement d’ailleurs pour qu’elle puisse assurer le service de sa dette. Pour l’instant, cela a rapporté de l’argent aux créanciers puisqu’Athènes paie des intérêts. Entre 2012 et 2016, soit en quatre ans seulement, la BCE a réalisé 7,8 milliards de bénéfices sur les titres hellènes. Il est question depuis des années que ces sommes soient rétrocédées à la Grèce, mais on trouve toujours une excellente raison de ne pas le faire. L’Eurogroupe s’y est une nouvelle fois engagé au mois de juin de cette année, mais seulement pour les bénéfices sur les obligations grecques réalisées à partir de 2017, pas sur ceux réalisés les années précédentes. Par ailleurs, ces rétrocessions demeureront «conditionnées au maintien des réformes acceptées par la Grèce», comme indiqué dans le communiqué de l’Eurogroupe portant sur cette question. On s’assure autrement dit que la politique d’austérité perdurera.

L’Allemagne a également gagné de l’argent au détriment de la Grèce car Berlin s’endette aujourd’hui gratuitement sur les marchés. Sa dette tient lieu de «valeur refuge» pour les investisseurs en quête d’investissements sans risque. Cela lui permet de faire beaucoup d’économies, mais elle ne prête pas gratuitement pour autant. Les chiffres du ministère allemand des Finances (qui a été contraint de les fournir au Bundestag pour répondre à une question parlementaire) font état d’un bénéfice net faramineux de Berlin sur Athènes entre 2011 et 2017: l’Allemagne a gagné 3 milliards d’euros grâce à la dette grecque. En somme et jusqu’ici, la crise grecque a rapporté aux créanciers. Or le jour où la Grèce ne paiera plus, cela leur coûtera une fortune. Les gouvernements des États créanciers auront bien du mal à justifier la chose auprès d’opinions publiques de plus en plus hostiles à l’Union européenne.

La Grèce va-t-elle nécessairement cesser de rembourser sa dette, c’est-à-dire faire défaut ?

C’est ce que dit le FMI depuis plusieurs années ! Au moins depuis 2015, année où il indiquait dans un rapport (IMF Country report n° 15/186) que «la dette grecque était totalement non viable» et proposait qu’elle soit partiellement effacée.

La Grèce est désormais libre, mais «sous surveillance renforcée» !

Depuis, le Fonds répète cela chaque année: «sans allègement supplémentaire de la dette, il pourrait être difficile de conserver l’accès au marché à long terme», a-t-il notamment écrit dans la perspective du retour de la Grèce sur les marchés. Mais les créanciers européens s’y refusent, c’est pourquoi le FMI s’est souvent trouvé en conflit avec ses partenaires de la Troïka. Il a d’ailleurs décidé de ne plus prêter un sou à la Grèce car ses statuts lui interdisent de prêter à un pays insolvable.

Or, insolvable, la Grèce l’est puisque son «stock de dette» n’a pas été allégé, contrairement à ce qui avait été promis à Tsipras en 2015 en échange de son acceptation du «troisième mémorandum». Au mois de juin, les créanciers se sont tout juste entendus pour rééchelonner légèrement le calendrier des paiements, de manière à réduire le coût annuel des intérêts payés par Athènes. Mais en contrepartie de cette mesure très cosmétique, la Grèce devra afficher des excédents primaires (excédents budgétaires hors intérêts de la dette) de 3,5% du PIB jusqu’en 2022 et de 2,2% jusqu’en… 2060!

Est-ce à dire que la Grèce restera, dans les faits, sous tutelle jusqu’en 2060?

Il est hautement improbable que la zone euro existe encore en 2060. Quant à la Grèce, elle reste évidemment sous tutelle. Ou plutôt sous «surveillance renforcée». C’est ce qu’expliquait Pierre Moscovici le 20 août: «La Grèce va pouvoir se financer seule sur les marchés et définir sa politique économique. C’est un pays totalement libre, mais il y a une surveillance renforcée». Libre, mais sous surveillance renforcée! «La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force», écrivait Orwell dans 1984. Nous avons affaire à la même sémantique folle avec les dirigeants de l’Union européenne…

De fait, oui, comme le disait Klaus Regling, le patron allemand du MES dans une interview datée de juin 2018 au quotidien grec Ta Nea, un «système d’alerte précoce» demeurera en vigueur «jusqu’à ce que tout l’argent ait été remboursé», c’est-à-dire jusqu’en 2060. Il s’agira notamment de s’assurer de la poursuite de l’austérité car «la mise en œuvre des réformes est une tâche permanente. Ce n’est jamais fini. Et c’est vrai pour tous les pays du monde, pour tous les pays de l’Union européenne et, par conséquent, pour la Grèce».

Tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Le coût humain de l’austérité est effroyable. Et il n’y a aucune perspective d’amélioration à court terme.

Concrètement, la «liberté» de la Grèce va consister à se soumettre à un «audit» de ses finances publiques quatre fois par an. Regling a également déclaré: «La surveillance renforcée (…) nécessite une évaluation tous les trois mois et durera plusieurs années». Cette liberté va également consister à emprunter sur les marchés à des taux qui flamberont à la moindre secousse interne à l’eurozone. Et des secousses, il y en aura. Qui sait ce qui peut se produire en Italie dans les mois à venir, par exemple?

Quelle est la situation sociale de la Grèce aujourd’hui?

Tous les indicateurs sont au rouge vif et, cela aussi, tout le monde s’en rend compte. Les chiffres ont fusé dans la presse, tous plus ahurissants les uns que les autres.

Le chômage est certes redescendu à 20 % après être monté jusqu’à 28 % au plus fort de la crise. Mais les salaires sont faibles, et ne cessent de baisser. Selon une enquête relayée par le site «keeptalkinggreece.com», menée en début d’année à Athènes et dans sa région, plus de la moitié des personnes embauchées en 2017 l’ont été à temps partiel ou pour un salaire inférieur à 500€ par mois, ce qui signifie que les travailleurs pauvres sont légion. Par ailleurs, les salaires sont versés de façon très aléatoire, avec retard pour 42 % des travailleurs.

Entre 350 000 et 420 000 personnes ont quitté le pays entre 2008 et 2016. Rapporté à une population de 11 millions d’habitants, c’est énorme.

Le taux de chômage des jeunes étant de 43 %, beaucoup quittent le pays. Entre 350 000 et 420 000 personnes (les chiffres varient selon les études) ont quitté le pays entre 2008 et 2016. Rapporté à une population de 11 millions d’habitants, c’est énorme, et cela s’ajoute à un taux de fécondité très bas (moins de 1,4 enfant par femme), ce qui fait que le pays se dépeuple et vieillit. En plus, ce sont souvent les jeunes qualifiés qui s’expatrient, ce qui signifie qu’ils ne participeront pas au redressement du pays.

La moitié des Grecs vivent d’une pension de retraite, la leur ou celle d’un proche, mais le montant des retraites a chuté de 40 % en moyenne depuis 2010. Les retraites ont été réformées 14 fois. La situation sanitaire s’est beaucoup détériorée et 40 % des ménages repoussent les soins pour raisons financières.

Une enquête réalisée à partir de prélèvements sur les eaux usées d’Athènes offre des résultats particulièrement saisissants: si la consommation d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires a chuté, la consommation de psychotropes (benzodiazépines et antidépresseurs) a été multipliée par 35. En quatre ans! Et on savait déjà que le taux de suicide avait considérablement crû pour sa part (+ 35 % entre 2008 et 2017). Le coût humain de l’austérité est effroyable, et il n’y a aucune perspective d’amélioration à court terme.

L’Union européenne a-t-elle tiré les leçons de la crise grecque?

Non. L’Union européenne se comporte de manière autistique et dogmatique: elle ne tire pas de leçons. C’est selon elle aux peuples européens de tirer des leçons: quoi qu’il advienne c’est toujours eux qui sont fautifs. L’exemple grec témoigne du fait qu’on ne peut rompre avec l’austérité en demeurant dans le cadre supranational actuel. Celui qui essaie est immédiatement foudroyé et subit un sort proche de celui d’un pays vaincu et occupé.

Coralie Delaume.

Le blog de Coralie s’appelle «L’arène nue».

Source : Le Figaro,
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/08/24/31002-20180824ARTFIG00263-pourquoi-le-cauchemar-grec-est-loin-d-etre-termine.php

 
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[STARVE THE BEAST] « Pour aller toujours plus vite, on les rend grabataires » : lettre des infirmières du CHU de Grenoble

« Alerte. Les infirmières et infirmiers du CHU de Grenoble font part de leur désespoir dans une lettre ouverte à destination de leur direction mais également de la France entière et des autorités. La situation critique qu’ils et elles décrivent en EHPAD et USLD fait froid dans le dos. La dynamique managériale appliquée aux soins de santé – où le chiffre passe avant tout – s’attaque au sens même du travail d’infirmier, rendant les soins de moins en moins efficaces, éventuellement, au profit du secteur privé. Selon eux, le danger pour les patients est manifeste et les accidents risquent de se multiplier. Les hôpitaux, une entreprise comme les autres ? »

[Mr mondialisation]


Communiqué CGT du CHU de Grenoble – 04.76.76.51.03 – syndicatcgt@chu-grenoble.fr :

« Lettre à la direction du CHU de Grenoble Alpes concernant la situation catastrophique en gériatrie (Soins de Longue Durée et EHPAD) »

Ceci est un cri d’alarme, un cri de désespoir, car nous n’avons plus le temps. Nous n’avons plus le temps de soigner ni de prendre soin, nous n’avons plus le temps d’exercer notre métier. En tant que soignants, nous sommes en première ligne. Nous subissons nous-mêmes et voyons les patients subir les conséquences délétères de la politique du chiffre qui est menée partout au CHU. L’EHPAD et le SLD sont des lieux de vie, les gens qui y vivent y subissent au quotidien, et ce jusqu’à leur mort, les conséquences de cette politique gestionnaire.

Régulièrement, mes collègues se retrouvent seul·e infirmier·ère pour 40 résidents. Avez-vous une idée de ce que cela signifie de travailler dans ces conditions ? À l’aide d’un calcul simple on se rend compte que, sur un service de 7h30, une fois retirées les 30 minutes de transmissions orales, il ne reste à l’ infirmier·ère que 10,5 minutes par patient.

Mais ces 10,5 minutes ne sont même pas du temps de présence consacré à chaque patient, car il faut déduire le temps que l’infirmier·ère passe à : vérifier les prescriptions, piler les médicaments si nécessaire (environ 1/4 des patients), valider les actes dans le logiciel, faire les transmissions avec le médecin, préparer les perfusions, faire les transmissions écrites, gérer les imprévus, répondre au téléphone et aux familles, ranger la pharmacie, etc.

La situation des aides-soignants.es n’est pas plus enviable, d’autant plus que si l’infirmier·ère n’a que peu de temps pour réaliser les soins qui lui sont propres alors il/elle n’en n’aura pas pour réaliser les soins d’hygiène et de confort avec les aides-soignants·es.

Les conséquences de ce manque de temps sur les patients ? De la douleur et de la souffrance provoquées par des gestes trop rapides des soignants, une douche par semaine au mieux, des pansements non renouvelés à temps, des escarres qui se développent par manque de temps avec les patients pour les mobiliser, des résidents réveillés très tôt pour pouvoir finir nos tours de soin, au détriment de leur santé et de leur confort, des pertes d’autonomie accélérées par manque de temps pour les accompagner dans les gestes de la vie quotidienne, gestes qu’on fait à leur place pour gagner du temps. Pour aller toujours plus vite, on les rend grabataires. Même d’un point de vue purement comptable cela n’a pas de sens : une fois grabataires, ces patients nécessitent encore plus de temps et de moyens.

Si on ne se fie qu’aux plannings, si on ne se fie qu’aux actes de soin dont la case « validé » a bien été cochée, alors on pourrait penser (le pensez-vous d’ailleurs&bnsp;?) que tout va pour le mieux puisque « le travail est fait ». Alors oui, les cases, sont bien cochées, les médicaments sont donnés, les corps sont lavés mais à quel prix ? Au prix d’une maltraitance institutionnalisée qui est dirigée bien évidement contre les patients mais également contre les soignants qui se voient, malgré eux, collabos de cette politique du chiffre.

Ce sont nous, les ouvriers du soin, qui en arrivons, malgré nous, à maltraiter ces corps, à malmener ces gens pour qui le quotidien de leurs dernières années consiste à ne croiser que des personnes pressées, des personnes stressées qui n’ont pas le temps de prendre soin d’eux correctement.

Le jour où il y aura des morts, des morts prématurées, chez les patients comme chez le personnel,ce jour-là il faudra assumer, c’est à dire répondre de vos actes et en accepter les conséquences. Je dis cela non comme une menace mais comme une triste prémonition d’une conséquence de la politique actuelle.

Aujourd’hui, quelques voix se lèvent mais globalement pourquoi ça continue de tourner ? Tout simplement parce que les principaux intéressés n’osent rien dire :

– Les patients sont bien souvent trop faibles pour dire quoi que ce soit et quand bien même : seraient-ils entendus ?

– Les familles, quant à elles, se plaignent régulièrement auprès des soignants mais ne vont pas plus haut dans la hiérarchie, et de toute façon, ont-elles d’autres choix ? qui est capable d’assumer à domicile un parent grabataire ? L’institution est pour eux la seule solution.

– Enfin, les soignants, complices malgré eux, ont bien souvent honte ou alors sont résignés. Épuisés par les efforts permanents qui leurs sont demandés (finir en retard, faire des heures supplémentaires, revenir sur les jours de repos, travailler en 12h, faire des « soirs-matins »…) et lorsque la colère éclate, malheureusement elle ne dépasse que rarement les murs des offices de soin.

Aujourd’hui, si je vous écris cette lettre, c’est parce que je ne me reconnais plus dans la soignante que l’institution me force à être et je ne supporte plus l’impact que cela a sur ma vie. Je souhaite qu’un jour, je n’aille plus travailler en gériatrie avec « la boule au ventre » mais avec plaisir. Plaisir généré par la satisfaction de prendre soin, la satisfaction de faire le travail que j’aime et de le faire bien, la satisfaction d’apporter un peu de sourire, un peu de bonheur à ces personnes qui vivent leurs dernières années.

On ne compte plus les arrêts de travail et les départ pour burn-out, vous poussez le personnel à bout en ne leur donnant pas les moyens d’exercer leur métier correctement. Métier exigeant qui demande de l’attention et des responsabilités, la spécificité de chaque service requiert une expertise qui n’est plus reconnue. Le recours massif à l’intérim le montre bien et crée un désengagement de la part du personnel.

Je ne cherche pas votre compassion, je ne me bats pas pour mon confort mais pour défendre un traitement digne des patients, une qualité de soin, cette même qualité qui fait tant votre fierté lorsqu’on voit apparaître le CHUGA dans le classement des meilleurs hôpitaux. Cette qualité dont vous vous vantez mais qui est illusoire, à force de réduction de personnel, elle n’existe plus à l’hôpital, et en gériatrie encore moins qu’ailleurs.

DU PERSONNEL ET DES MOYENS VITE !!!!!

Communiqué CGT du CHU de Grenoble – 04.76.76.51.03 – syndicatcgt@chu-grenoble.fr

Source : Mr Mondialisation, https://mrmondialisation.org/pour-aller-toujours-plus-vite-on-les-rend-grabataires/. « Notre parole est libre, indépendante et gratuite grâce à vous. Afin de perpétuer ce travail,soutenez-nous aujourd’hui par un thé 🙂 « 


Mon commentaire :

L’appauvrissement de l’État, l’austérité imposée aux personnels et l’assassinat programmé des services publics, sont VOULUS comme tels par des voleurs, des criminels, qui transforment progressivement les services publics en centres de profit. La doctrine de ces gredins a un slogan officiel (pas du tout secret), depuis presque 50 ans (Reagan, Thatcher, Pinochet et leurs Chicago boys dans les années 70) : ce slogan criminel est STARVE THE BEAST, affamer la bête, ruiner l’État, qui est le seul acteur capable de s’opposer aux riches, de limiter la prédation de la société par les riches, et que les riches veulent mettre hors d’état de leur nuire.

Chacun de ces crimes contre l’intérêt général est JUSTIFIÉ auprès de l’opinion publique, légitimé par les >journalistes< (presque tous vendus aux riches), rendu « techniquement nécessaire et utile » (!), par le fait de DÉPENSER MOINS D’ARGENT PUBLIC : coûter moins cher, ce serait être >évidemment< plus >efficace<.

C’est ce grossier mensonge qui nous conduit à accepter l’inacceptable.

Mais le manque d’argent pour les services publics est — précisément — une construction politique (criminelle) non nécessaire : si des personnels et des équipements sont nécessaires au bien commun et si les ressources (en humains et en biens) sont disponibles, IL FAUT CRÉER L’ARGENT correspondant au travail permettant de servir le bien commun. Une telle nouvelle monnaie ayant une bonne contrepartie (le travail utile correspondant) ne serait nullement inflationniste et serait au contraire source de prospérité.

Les prétendus >responsables< qui ne créent pas la monnaie nécessaire au fonctionnement des services publics et qui, au contraire, assassinent les services publics au nom de la >rigueur budgétaire publique<, ces gens-là sont soit des comptables incompétents qui devraient être révoqués et remplacés (s’ils sont de bonne foi, intoxiqués dans leur enfance dans les >grandes écoles< par une doxa économique scandaleuse), soit des traîtres criminels qui devraient être enfermés (s’ils sont de mauvaise foi, aux ordres de La Banque et/ou de puissances étrangères).

À l’évidence, nous n’avons pas de Constitution.

Une Constitution digne de ce nom (donc écrite d’abord et protégée ensuite par les citoyens eux-mêmes) permettrait aux citoyens de contrôler et de révoquer les politiciens malfaisants, et garantirait que la puissance publique soit vraiment maître de la création/destruction monétaire (sous contrôle citoyen quotidien), ce qui donnerait à cette puissance publique la capacité réelle d’être à la fois *employeur en dernier ressort* et pourvoyeur gratuit de bons services publics, bien équipés et bien contrôlés : santé, justice, éducation, information, transport, distribution, etc.

Où en êtes-vous, bande de virus, pendant ces vacances, avec vos mini-ateliers constituants populaires contagieux ?

Étienne.

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La souveraineté monétaire *rend possible* la souveraineté politique — et pas l’inverse.

Un nouveau résumé (14 min) de mon travail, en cet été 2018 :


(Compte censuré par Youtube…)

Copie de la vidéo sur Facebook :

La souveraineté monétaire rend possible la souveraineté politique — et pas l’inverse.
Les deux souverainetés doivent être instituées *ensemble*, et seuls des citoyens dignes de ce nom (donc constituants) sont à la fois légitimes et aptes pour le faire, en personne.

Jamais les « élus » des banques n’institueront autre chose que la souveraineté de leurs maîtres financiers.
Si on veut s’émanciper des travaux forcés au service des usuriers, il faut qu’on s’en occupe nous-mêmes personnellement, ce soir, demain soir, le plus souvent possible, opiniâtrement, contagieusement.

Je ne connais pas de meilleur plan de lutte contre toute forme de tyrannie sur terre.

Merci à Vincent Lapierre de relayer à son tour cette idée très radicalement antifasciste des ateliers constituants populaires.

Étienne.


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[Ennemis du peuple] Ceux qui se prennent pour « les élus » sont les fléaux de l’humanité. L’antidote universel contre leur accès au pouvoir est le tirage au sort, mais celui-ci ne sera institué et protégé que par des citoyens devenus personnellement et massivement constituants

Pendant que nos « élus de la république » détruisent impunément une à une toutes les protections sociales et toutes les institutions de l’état de droit (au profit des usuriers, leurs maîtres), les nouveaux nazis du moment — « élus de dieu » israéliens et américains « sionistes » —, racistes, colonialistes, impérialistes, terroristes, déporteurs, génocidaires, assassins, voleurs, menteurs, espionneurs, violeurs, exploiteurs, empoisonneurs, affameurs, bombardeurs, imposant à Gaza, comme exemple intimidant de terreur impériale, des camps de concentration et d’extermination, un apartheid abject et les pires crimes contre l’humanité, ces nouveaux monstres totalitaires conduisent impunément le monde entier vers une nouvelle tuerie générale, mensongèrement drapés dans l’expression « démocratie », avec l’aval dégoûtant, écœurant, révoltant, des faux « journalistes » qu’ils ont tous pourris en les achetant avec leur sale fausse monnaie 🙁

Putain d’impuissance politique de merde…

Au diable les « élus », au diable !

Étienne.


Bruno Guigue : Massacre colonial pour “un jour de gloire”

55 morts et 2400 blessés dont 1200 par balles. C’est le dernier bilan de la sanglante journée du 14 mai 2018 dans la bande de Gaza. Mais pour Netanyahou, c’est un “jour glorieux”. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a remercié Donald Trump avec des trémolos dans la voix. “Quel jour glorieux ! Souvenez-vous toujours de ce moment, c’est un jour historique. C’est un grand jour pour Jérusalem et pour l’État d’Israël. Un jour qui restera dans nos mémoires pour des générations et des générations”. Cette journée restera dans les mémoires, en effet, mais pour ce qu’elle est vraiment : un nouveau massacre colonial.

Déversant un déluge de feu sur des manifestants palestiniens désarmés, l’appareil répressif israélien s’est surpassé dans l’horreur. Où sont ses laudateurs habituels, toujours prompts à répéter le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne pénétrée d’impératifs moraux et soucieuse d’épargner les civils ? On ne les entend guère, ils rasent les murs. Quand les courageux pionniers de l’idéal sioniste se livrent à un pogrom en direct, ces imposteurs fielleux et abonnés aux plateaux-télé ont la mine basse et le regard chafouin.

Mais peu importe. D’autres se mettent à l’ouvrage, bien décidés à maquiller la scène de crime. Hypocrites, les médias français prennent le relais, nous expliquant du bout des lèvres que “les tensions sont vives” et qu’il y a des “affrontements à la frontière”. Quel sens de l’euphémisme ! On se demande bien, d’ailleurs, de quelle frontière il s’agit, car Israël n’en a aucune. La bande de Gaza est un morceau libéré – et assiégé – de la Palestine historique. Lorsque ses habitants veulent se rendre dans une autre région de la Palestine, ils rentrent chez eux, tout simplement. Parler de frontière, c’est faire comme si l’occupation était légale, c’est joindre le mensonge à la justification du forfait colonial.

Cette journée du 14 mai est la plus meurtrière depuis la guerre de l’été 2014 contre Gaza. Mais une fois de plus, dès qu’il s’agit de nommer l’oppression subie par les Palestiniens, les mots sont démonétisés, vidés de leur substance, frappés par une censure invisible. On connaît la rengaine : “Israël a le droit de se défendre”, les colonies sont des “implantations », les résistants des “terroristes”, le mur de séparation “un mur de sécurité”, Israël une “démocratie”, les manifestants de Gaza des “provocateurs” et des “extrémistes”. Dans cette novlangue invasive, les expressions apparemment les plus anodines sont trompeuses.

Au nom de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, par exemple, appelle “toutes les parties à agir avec la plus grande retenue, afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”. On savait déjà que l’UE ne servait à rien, mais il faut avouer que cette inutilité finit par se voir de très loin. Dans le même registre, “la France, elle, appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité afin de prévenir un nouvel embrasement au Proche-Orient”, déclare le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Sournoises à l’excès, ces formules laissent entendre que deux peuples s’affrontent sur le champ de bataille, alors qu’il s’agit de la révolte d’un peuple colonisé contre le colonisateur. Elles font comme si le conflit provenait d’une double intransigeance et qu’il suffisait, au fond, de ramener à la raison les forces antagonistes pour rétablir la paix. On sait ce que signifie cet angélisme de façade : il s’agit d’obtenir la reddition de ceux qui protestent contre l’occupation. D’une lutte de libération, cette rhétorique lénifiante fait une obscure querelle. Son artifice, dans le meilleur des cas, consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si les responsabilités étaient partagées.

En attendant, la débauche de violence de l’occupant fait renaître l’atmosphère sanguinaire des pires massacres coloniaux. Enracinée dans les esprits par une idéologie raciste, la diabolisation du Palestinien autorise toutes les transgressions. Des citoyens israéliens s’installent sur les miradors pour assister en direct aux tirs à balles réelles sur cibles humaines. Quel beau spectacle ! Après tout, les héros de “Tsahal” excellent dans leur spécialité. Flinguer des civils, hommes, femmes et enfants confondus, c’est quand même plus facile que vaincre le Hezbollah au Liban-Sud ou aller chercher le combattant palestinien, à la baïonnette, dans les ruelles obscures de Gaza.

“Nos soldats défendent nos frontières”, déclare Netanyahou. Va-t-il également proclamer l’époustouflante victoire de sa vaillante armée ? Déjà, durant l’été 2014, le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés était censé relever, dans la novlangue sioniste, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom, l’Etat-colon se vantait de ses turpitudes. Aujourd’hui encore, comme un serial killer de série B, il se regarde dans le miroir, fasciné par sa propre image mortifère.

Bruno Guigue.
 
https://www.legrandsoir.info/massacre-colonial-pour-un-jour-de-gloire.html

Démocratie(s) ? Le film enquête de #DATAGUEULE

Comme 7 818 autres, il y a un an, j’ai modestement aidé l’équipe de DATAGUEULE à produire le film que voici, sur un sujet qui occupe toute ma vie depuis 13 ans.

C’est un bon film, tonique et parfois très agréablement décapant, qui aidera sans doute à éveiller des tas d’électeurs endormis 🙂

Je note, bien sûr, et je me réjouis, que la question fondamentale de la qualité du processus constituant apparaisse et progresse dans la plupart des enquêtes sur nos prétendues « démocraties ».

Mais je m’attriste cependant que la mise en accusation frontale du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois) et l’argumentation positive du tirage au sort (surtout pour la très décisive Assemblée constituante — et pour le stratégique Conseil constitutionnel), restent aussi timides et encore secondaires, dans les analyses de 2018.

Comme je suis très admiratif du travail de Jo Spiegel (à côté de qui j’ai fait une conférence et une émission de radio, à Strasbourg en novembre 2017), j’ai évidemment beaucoup aimé les 10 minutes qui lui sont ici consacrées.

Donc, pas un mot sur l’idée des ateliers constituants populaires, autonomes et contagieux, par éducation populaire, sans maîtres. Comme si cela n’existait pas, depuis 10 ans. Alors que rien ne changera, certainement, fondamentalement, sans la transformation autonome et massive des électeurs-enfants en citoyens-adultes.

Pas grave. Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. Cette idée finira par germer partout, puissante et déterminante : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Bon courage, bande de virus 🙂

Étienne.

« Démocratie » : l’habit ne fait pas le moine 🙂

Rdz-vs à Nîmes, le 20 mai 2018, toute la journée, avec Heu?reka (Gilles) pour analyser et comparer les différentes alternatives pour une souveraineté monétaire digne de ce nom

Chers amis,

Je vais vous parler d’un jeune homme que je trouve épatant : il s’appelle Gilles et il anime une chaîne Youtube de grande qualité, qui s’appelle Heu?reka et qui parle beaucoup de monnaie, de création monétaire, de dettes, de banques et d’économie en général, toujours dans un souci exemplaire de pédagogie :

Chacune de ses vidéos est très riche et bien faite, incite à réfléchir et aide à comprendre les arnaques des « économistes » de banque qu’on entend tous les jours sur toutes les ondes (tous les journaux du pays ont été achetés par les ultra-riches, ce qui permet une désinformation générale à propos de « la finance »).

Par exemple, sa dernière vidéo, sur l’état de la Grèce avant les rapines et la dévastation actuelles, est vraiment très intéressante :

La crise de l’€ part 06 : La Grèce – Heu?reka #24-6

Bien sûr, en l’écoutant sur la genèse du martyr des Grecs, je bouillais d’envie d’exprimer de nombreuses remarques et ajouts, et de poser de multiples questions, gardant en tête cette conférence historique avec Myret Zaki, en 2011 à Genève, où Myret nous avait expliqué les causes réelles de la catastrophe grecque : un coup ! un coup de traders, un coup de bluff contre « la dette publique » (quel scandale, cette expression) d’un pays particulièrement faible de la zone euro… et au final, une « dette publique » inique, énorme, non nécessaire et criminelle. Je vous rappelle (et je vous recommande chaleureusement) cette importante vidéo :

Bon, eh bien figurez-vous que nous allons nous rencontrer, Gilles et moi, avec vous si vous le voulez, à Nîmes, le 20 mai prochain, pour une journée entière consacrée aux alternatives monétaires :

Merci à Tristan d’organiser cette rencontre. Tristan est ce jeune homme au dévouement exemplaire qui nous a programmé cet outil formidable (sur mesure) pour mener à distance nos ateliers constituants personnels : http://jecrislaconstitution.fr/

http://jecrislaconstitution.fr/

Début de la matinée : Gilles nous prépare en ce moment un exposé de synthèse à sa manière sur la monnaie et, connaissant son soin habituel, j’ai très hâte de découvrir son travail sur ce sujet vital pour les sociétés.

Puis, nous croiserons nos points de vue : j’aimerais connaître le regard de Gilles sur les deux alternatives monétaires que je préfère aujourd’hui : le chartalisme et la monnaie libre (la Ğ1, prononcer « june » ), et la façon dont on pourrait les combiner entre le niveau national et le niveau local.

Nous évoquerons certainement bien d’autres alternatives possibles, avec leurs avantages et inconvénients. On parlera sans doute du Crédit social (défendu par le major Douglas et Louis Even) et de l’initiative suisse « Monnaie pleine » qui va être votée en juin prochain. Nous aurons sûrement aussi l’occasion d’évoquer des sujets connexes mortifères, comme le prétendu « libre-échange » (aux effets dévastateurs sur les monnaies).

Puis nous répondrons à vos questions, jusqu’à la fin de la matinée.

L’après-midi, Gilles est d’accord pour commencer par un atelier constituant tous les deux sur la monnaie. Puis, vous vous y mettrez vous-mêmes 🙂 par groupes. Il s’agit de faire marcher notre cerveau collectif pour produire des articles de constitution en matière monétaire (aussi bien au niveau national que local).

Sans doute faudra-t-il rédiger à part des parties de glossaire pour expliquer aux simples citoyens (en annexe de la constitution) certains termes techniques (avec des schémas et des exemples).

Si de profonds désaccords se font jour au sein d’un groupe, au lieu de se disputer, nous nous entraînerons à « construire nos désaccords », sans les trancher tout de suite, en notant côte-à-côte les différentes options incompatibles (et qui nécessitent donc un choix) qui se présentent au débat public.

On finira la journée par une mise en commun des propositions des différents groupes.

Tout cela devrait être filmé (pour ceux qui ne pourront pas être avec nous) et je rêve qu’on puisse, à cette occasion, utiliser l’outil de Tristan, http://jecrislaconstitution.fr/, pour travailler en direct avec les citoyens intéressés mais éloignés .

J’ai hâte d’y être et de vous y retrouver 🙂

Étienne.

PS : ceux qui comptent venir seraient très gentils de le dire (en cliquant sur Participe) sur la page de l’événement fb :
https://www.facebook.com/events/1381076778704672/
Ça aidera beaucoup Tristan​​ à nous recevoir comme il faut.

À midi, on se débrouille pour déjeuner (sans compter sur Tristan), soit avec un pique-nique sorti du sac, soit en allant dans un des nombreux restaurants alentour.

—–

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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Premières traces de ce qui fut une très chouette rencontre :

Comprendre la souveraineté monétaire (1ère partie 🙂 ) :

[Ennemis du peuple] La sécession des « élites » et l’abolition de la démocratie (Coralie Delaume, Christopher Lasch)

Encore une analyse remarquable de Coralie Delaume (L’arène nue), cette jeune femme épatante placée à mes côtés chez Taddéi en 2014 et qui m’a aidé (vers la min 11:40) à résister aux énormes mensonges de Jacques Attali :

(900 000 vues 🙂 ).

Voici son article :


FIGAROVOX/TRIBUNE – Coralie Delaume analyse les raisons de la fracture qu’elle observe entre les «élites», une classe minoritaire de privilégiés, et la masse qui n’a pas accès aux études prestigieuses ou qui n’a pas son mot à dire dans les orientations économiques de l’Union européenne.


Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017) et animatrice du site L’arène nue.


La Révolte des élites et la trahison de la démocratie est le titre d’un livre du sociologue américain Christopher Lasch, publié à titre posthume en 1995. Bien sûr, l’ouvrage analysait l’Amérique de son temps. Pourtant, il s’applique parfaitement à la France et à l’Europe d’aujourd’hui, dont il semble avoir anticipé l’évolution des classes favorisées avec une acuité visionnaire.

Le livre pose l’hypothèse que ce n’est plus la «révolte des masses» qui menace désormais la vie démocratique, mais la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites». Une coupure tant économique et matérielle qu’éducative et intellectuelle, dont résulte le repli sur eux-mêmes des privilégiés. Ces derniers ne parlent plus qu’à leurs pareils, c’est-à-dire non seulement à ceux qui bénéficient d’un même niveau de richesses, mais également à ceux qui partagent le même niveau d’instruction. Ils adorent mettre en scène leur pouvoir et le font de mille façons: exhibition des signes extérieurs de richesse, bien sûr, mais également – et de plus en plus – de leur patrimoine culturel. Le discours, ahurissant de cuistrerie, du président Macron sur l’intelligence artificielle (29 mars 2018) en est un exemple qui confine au grotesque. En revanche, ils n’assument plus que de mauvaise grâce les charges et responsabilités qui devraient leur incomber, et préfèrent le service de leur intérêt bien compris à celui d’un «intérêt général», dont ils ne conçoivent même plus qu’il pût exister.

Vingt ans après Lasch, le phénomène du séparatisme élitaire qu’il voyait poindre dans son pays vient de faire l’objet, pour la France cette fois, d’une étude chiffrée. Jérôme Fourquet a en effet publié, pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, une note au titre évocateur: «1985-2017, quand les classes favorisées ont fait sécession». Il y explique notamment que la cohésion de la société française «est mise à mal aujourd’hui par un processus presque invisible à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences: un séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société, les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population étant en effet de moins en moins nombreuses».

Le dépérissement du cadre national permet aux « élites » de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension.

Le sondeur illustre ensuite. Il note que le cœur des grandes villes est massivement investi par les cadres, certains centres urbains leur tenant désormais lieu de ghettos dorés. Les CSP+ sont ainsi passés de 25 % à 46 % de la population parisienne en 30 ans, cependant que le pourcentage des ouvriers a décru, passant de 18 % à 7 %. Fourquet analyse ensuite la désertion de l’enseignement public et la scolarisation massive des enfants de cadres dans le privé, le séparatisme électoral des plus aisés ou, pour les cas extrêmes, l’exil fiscal, ce dernier signant le refus d’une partie de la population de financer le fonctionnement la collectivité dans son ensemble. Pour l’auteur de l’étude, nous faisons face à l’«autonomisation d’une partie des catégories les plus favorisées, qui se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale». On voit en effet combien le phénomène est lié au dépérissement du cadre national, dépérissement qui permet aux «élites» de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension, cependant que les autres sont rivés à un ici-bas qui commence à se changer en friche, et finira par se muer en jungle.

Jérôme Fourquet n’est pas le premier à faire ce constat. L’anthropologue Emmanuel Todd l’a fait également, et donne dans son dernier ouvrage (Où en sommes nous, Seuil, 2017) une explication convaincante. Pour lui, c’est la fracture éducative qui est en cause, le développement de l’éducation supérieure ayant eu un effet pervers inattendu en tronçonnant le corps social en deux catégories de personnes: les éduqués supérieurs et les autres. Alors que la massification des éducations primaire et secondaire avait contribué à égaliser le niveau éducatif général et favorisé l’épanouissement de la démocratie, c’est à l’inverse qu’on assiste aujourd’hui. La raison en est simple: l’éducation supérieure ne s’est pas (encore?) généralisée.«L’accès universel à l’instruction primaire puis secondaire avait nourri un subconscient social égalitaire ; le plafonnement de l’éducation supérieure a engendré, (…) un subconscient social inégalitaire», énonce le chercheur.

De ce «subconscient inégalitaire», on perçoit chaque jour les effets. On constate que ne se mélangent plus guère ces éduqués supérieurs contents d’eux, étrangement persuadés de ne rien devoir qu’à leur talent. De toute façon, ils sont suffisamment nombreux pour pouvoir fonctionner en circuit fermé et pour ne plus avoir à s’adresser qu’aux autres «manipulateurs de symboles», ainsi que l’économiste Robert Reich qualifiait les gagnants de la mondialisation, ces diplômés, plurilingues, mobiles, à l’aise dans le domaine de la communication et qui font l’opinion. Car ce sont eux, bien sûr, qui tiennent les plumes et parlent dans les micros. Ils nous font partager leur manière propre d’appréhender la masse des «gens qui ne sont rien» comme dirait Macron, autrement dit des gens qui ne sont pas comme eux. Ils nous les peignent comme frileux, «réacs», hostiles de façon primitive et irrationnelle aux réformes ainsi qu’à tout type changement. Ils nous expliquent que s’ils votent «populiste», c’est parce qu’ils sont xénophobes, et que s’ils votent mal aux référendums c’est parce qu’ils ne comprennent pas les questions. Peut-être cette partition de la société devrait-elle nous conduire à reconsidérer le contour des classes sociales? Si celles-ci existent encore (et c’est évidemment le cas) la sécession des «élites» n’est pas seulement le fait des «riches» et des propriétaires des moyens de productions. Elle est également celui des détenteurs d’un capital éducatif et culturel, lequel s’hérite de plus en plus d’ailleurs, sur fond de destruction de l’école publique et de dégraissage perpétuel du «Mammouth».

Le dégraissage concerne d’ailleurs l’ensemble de l’appareil d’État et des services publics, ceux-ci ayant le tort de présenter des vertus égalisatrices qui entravent le séparatisme élitaire. Pour leur régler leur compte, les pays européens membres de l’UE ont inventé un prétexte ingénieux et unique au monde: la nécessite de respecter les «critères de convergence» de Maastricht. Notamment celui des 3 % de déficit public, et c’est en son nom que les gouvernements détruisent ou vendent tout le patrimoine collectif. La France vient d’ailleurs de passer sous la barre fatidique (2,6 % pour 2017), avant même d’avoir fini de brader la SNCF.

La construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des « élites » nationales.

D’une manière générale, la construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des «élites» nationales, notamment des élites politiques. Celles-ci, toutes ointes qu’elles sont de la légitimité offerte par le suffrage universel, n’en assument pas pour autant les vraies charges. La capacité à faire les grands choix a été massivement transférée au niveau supranational, qui lui ne rend pas de comptes. Les dirigeants de la Banque centrale européenne ne rendent pas de compte pour la politique monétaire qu’ils conduisent. La Commission de Bruxelles ne risque pas d’affronter une grève pour s’être mêlée d’un peu trop près, dans le cadre du «Semestre européen», du contenu des budgets des États membres. La Cour de justice de l’UE ne risque pas la sanction des citoyens (de quel État au demeurant?) pour les jurisprudences de dérégulation économique qu’elle pond à la chaîne. De toute façon, en «constitutionnalisant» les traités européens de sa propre initiative via des arrêts datant des années 1960, la Cour a très tôt permis que ces traités et tous les éléments de politique économique qu’ils contiennent, se situent au-dessus des lois dans la hiérarchie des normes des États-membres. C’est-à-dire hors de portée des Parlements, donc des électeurs.

La manière dont est organisée l’UE a pour effet de décorréler les élections (qui ont lieu au niveau national) et la prise de décision (qui se fait à l’échelon supranational), ce qui en fait une véritable machine de défilement au service «d’élites» politiques en rupture de ban avec leurs nations d’origines – et qui ressemblent bien plus à une oligarchie qu’à une véritable élite désormais. Par ailleurs, l’UE offre de multiples possibilités d’évitement fiscal grâce à ses paradis fiscaux intégrés (Irlande, Luxembourg…). Enfin, la libre circulation du capital et du travail dans le Marché unique contribue à mettre les deux en concurrence au profit du plus mobile et du rapide (le capital) et au détriment du plus sédentaire (le travail). Le tout pour la grande joie des catégories possédantes, cette fois.

Dans ce cadre, il n’est pas étonnant qu’un politiste spécialisé sur les questions européennes tel le Bulgare Ivan Krastev, consacre de longues pages de son dernier ouvrage (Le destin de l’Europe, Premier Parallèle, 2017), à décrire le phénomène de sécession des classes dirigeantes à l’échelle continentale. «Les élites aristocratiques traditionnelles avaient des devoirs et des responsabilités, et leur éducation les préparait à se montrer à leur hauteur», écrit-il. «En comparaison, les nouvelles élites sont formées pour gouverner mais sont tout sauf prêtes au sacrifice». Pas même au sacrifice financier, aurait-il pu ajouter, en tout cas de moins en moins puisque l’optimisation fiscale est devenue l’un des sports phares de notre époque. Puis Krastev d’ajouter: «La nature et la convertibilité des compétences des nouvelles élites les affranchissent très concrètement de leur propre nation. Elles ne dépendent pas des systèmes éducatifs publics nationaux (leurs enfants étudient dans les établissements privés) ni des systèmes de protection sociale nationaux (elles peuvent se permettre les meilleurs établissements hospitaliers). Elles ont perdu la capacité de partager les passions et les émotions de leur communauté».

En même temps que l’on « dépasse » les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Dès lors, la montée de ce qu’on appelle «les populismes» correspondrait avant tout à une quête de loyauté. D’ailleurs, le discours «souverainiste» ou anti-mondialisation desdits «populistes» est probablement l’une des clés de leur succès. Il correspond à un désir de plus en plus profond, de la part des peuples, de «rapatrier» leurs classes dirigeantes, afin qu’elles ne se défilent plus. Afin qu’il redevienne possible d’exiger qu’elles assument leurs devoirs autant qu’elles jouissent de leurs droits, et qu’elles rendent à la collectivité une part au moins de ce qu’elles ont reçu, c’est-à-dire beaucoup (sécurité des biens et des personnes, système de santé, système éducatif, etc.). Enfin et concernant le personnel politique, son «rapatriement» et le fait de refaire coïncider les mandats nationaux avec la conduite effective des politiques, est le seul moyen de rendre à nouveau possible l’exercice d’un contrôle démocratique normal.

Cela est-il possible? Le moins que l’on puisse dire est que pour l’heure, on n’en prend pas le chemin. À l’inverse et jour après jour, en même temps que l’on «dépasse» les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Coralie Delaume.

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/04/20/31003-20180420ARTFIG00185-la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-d-etre-abolie-par-coralie-delaume.php


Mon commentaire :

Comme tout être vivant, un corps social qui n’a plus de défenses immunitaires est voué à disparaître. En devenant des CITOYENS CONSTITUANTS, les électeurs, enfants impotents, se transforment en « globules blancs », soldats actifs et résistants, contre les ennemis du pays, agents de l’étranger et autres dangers.

Si nous devenons des millions à avoir appris à constituer (et à enfin VOULOIR constituer), en priorité, rien ne nous arrêtera, ça adviendra.

Ce qui nous manque, et qui entretient éternellement notre faiblesse, c’est notre dispersion sur les innombrables conséquences de notre impuissance politique. Les ateliers constituants nous FOCALISENT SUR L’ESSENTIEL, SUR UNE CAUSE COMMUNE : CELLE DE NOTRE IMPUISSANCE POLITIQUE, NOTRE DÉMISSION DU PROCESSUS CONSTITUANT.

Et les ennemis du peuple savent bien qu’il est hautement stratégique de diviser pour régner. Et tous les sujets législatifs sont parfaits pour nous conduire à nous entre-déchirer. À nous de les repérer et de les éviter.

À vous de décider, librement, de votre rôle personnel dans la survie de votre Cité.

Merci pour tous vos gentils messages, vous me donnez ma force.
Mais n’oubliez pas d’apprendre à constituer 🙂 Vous ne pouvez pas mieux m’aider qu’en devenant, vous aussi, constituant.

Bien amicalement.

Étienne.

PS : n’oubliez pas d’essayer l’outil formidable que Tristan Matrixien nous a programmé pour organiser nos ateliers, c’est une merveille : http://jecrislaconstitution.fr/

PPS : [Ne ratez pas ça] J’avais publié en 2011 un chapitre formidable du livre important de Christopher Lasch dont parle Coralie : « L’ART PERDU DE LA CONTROVERSE » :

Chavez défend son peuple contre les banques ! ce qui me fait penser au populisme défendu par Christopher LASCH

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/02/07/115-chavez-defend-son-peuple-contre-les-banques

PPPS : « Il convient de dissocier les idées, avant et afin d’associer les cœurs. »
Jean Grenier, Essai sur l’esprit d’orthodoxie (1938). [Formidable réflexion contre l’esprit de parti.]


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