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[Courageusement] invité par Denis Robert sur Le Média TV mardi 21 mai 2019 : élections européennes, gilets jaunes, RIC et règles de la représentation

La semaine qui a précédé l’émission du 10 juin (celle dont 3 minutes ont été copieusement montées en épingle et déformées par les acteurs mainstream du système de domination parlementaire — acteurs qui me tapent dessus depuis dix ans et qui ont simplement profité d’une nouvelle maladresse pour redoubler leurs coups, tout ça pour éviter à tout prix de débattre loyalement sur le fond des sujets les plus importants), la semaine précédente, donc, Denis Robert m’avait gentiment – et courageusement – invité sur Le Média TV, le mardi 21 mai 2019, pour évoquer les gilets jaunes et les élections européennes. Voici l’émission complète (que j’avais oublié de vous signaler à l’époque) :

• Ma première intervention est à la min 1h26’45  : l’UE est un outil de dépossession politique absolue, qui nous conduit comme d’habitude à élire plutôt qu’à voter, mais en éloignant encore davantage (et pour toujours) les représentants des représentés ; les professionnels de la politique nous privent de toute possibilité de décider quoi que ce soit ; il faudrait distinguer les deux mots voter (= décider) et élire (= renoncer à voter = contraire de la démocratie = mise à l’écart du peuple depuis l’origine en 1789 avec Sieyes) ; notre vieux système de domination parlementaire national est encore renforcé (et gravement) en devenant international (européen) ; particularité remarquable — historique ! — des gilets jaunes qui deviennent constituants, qui écrivent eux-même le RIC qu’ils veulent ; ce n’est pas aux représentants d’écrire les règles de la représentation : c’est aux aux représentés, qui sont les seuls à être à la fois aptes et légitimes pour écrire la constitution…

• Et surtout, ma 2ème intervention à la minute 1h49’50 : j’interpelle face à face un député, Renaud Muselier, en déplorant que ces grands privilégiés détruisent une à une toutes les protections sociales sans souffrir eux-mêmes des plaies qu’ils infligent au corps social et en toute impunité (sans que leurs victimes, mal représentées, aient la moindre institution pour résister aux mauvais coups de leurs représentants).

Ce serait bien, peut-être, d’isoler ces deux passages dans une vidéo spéciale.

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[Édit : certains commentaires entretiennent un ressentiment (contre Denis) que j’estime être un contresens. Je recopie ci-dessous une explication que j’ai rédigée pour Sigolene mais qui devrait aider d’autres personnes à comprendre mon point de vue :

« Chère Sigolene,

Je dis des choses importantes dans cette vidéo (grâce au courage de Denis, qui a bravé l’interdit de me donner la parole malgré les menaces des antifa-natiques), et originales : ce n’est pas tous les matins qu’on est en face d’un élu qu’on peut interpeler, en direct, avec du temps et du calme. Je l’ai interpelé sur son salaire obscène, sur ses privilèges révoltants, sur sa scandaleuse impunité après avoir commis le crime antisocial de la désindexation des retraites, je lui ai signalé la mutation formidable – historique – des gilets jaunes en citoyens constituants (écrivant d’ores et déjà, un peu partout dans le pays, le RIC qu’ils veulent EUX et le salaire des élus qui devrait être égal au salaire médian des électeurs)…

Le spectacle public de cette interpellation (d’un représentant par un représenté, qui conteste jusqu’à sa légitimité), nous le devons au courage de Denis (et ce n’était qu’un début).

C’était AVANT le 10 juin et on voit bien la bienveillance de Denis. Arrêtez de lui coller une responsabilité qui n’est pas la sienne : ceux qui me tapent dessus (par derrière et à plusieurs, sans me permettre de me défendre : Libération, Les Inrocks, L’Obs et tous les complices du système de domination parlementaire) sont les vrais affreux (ça fait dix ans qu’ils me tapent dessus aussi malhonnêtement ; ils tapent simplement plus fort que jamais, toujours pour se dispenser d’un débat de fond loyal qu’ils craignent plus que tout, mais rien n’a changé sur le fond ; c’est une variation d’intensité), affeux qui ont exploité malhonnêtement MA maladresse.

Denis est un type bien.

Étienne. »]

[Moment rare] Interdit d’interdire : Olivier Berruyer et Jean-Michel Aphatie – Information ou propagande ?

Un échange rarissime, et intéressant, sur RT (forcément) (puisque c’est presque le dernier grand média libre du pays) :

On y parle des violences policières très mal couvertes par les gens comme Apathie, des critiques de l’UE et de l’euro pas couvertes non plus par Apathie et ses complices, de pluralisme de la presse en danger, du fléau de la traque gouvernementale aux opposants via les dernières lois comme celle sur les « fake news », et de la dérive autoritaire du régime Macron sous l’œil indifférent de des prétendus « journalistes » (incapables de dire du mal de Big Brother Macron et des ravages qu’il cause au pays).

On y parle d’Assange, de son emprisonnement pour avoir révélé des choses vraies, des protestations de l’ONU et des ONG contre les mauvais traitements qu’on lui inflige, et du silence de la presse française sur ce point (avec la technique fourbe de la page 27) : je trouve scandaleux le mépris assumé d’Apathie pour la torture du journaliste Julian Assange ; au moins, ici, c’est prouvé. Il y a des gens à qui le qualificatif d’ennemi du peuple va comme un gant (de fer).

On y parle aussi du RIC, outil démocratique par excellence dans un système de domination parlementaire : je trouve aussi scandaleuse l’incompétence crasse d’Apathie sur ce sujet, dont il ose pourtant parler avec aplomb un peu partout. Apathie essaie (deux fois) de se servir des controverses qu’il entretient lui-même sur Chouard comme épouvantail à moineaux pour détourner les regards du RIC ; mais Olivier esquive bien.

Apathie évoque même les ateliers constituants populaires (en soulignant qu’il aime beaucoup le droit constitutionnel), mais c’est pour les trouver absolument ridicules (sans le moindre argument bien sûr).

Merci à Frédéric Taddéi d’organiser des moments comme celui-là. Merci à Carla Costantini, surtout 🙂

Amitiés à tous.

N’oubliez pas de faire des ateliers constituants tous les jours, avec vos voisins, avec vos copains, avec vos frangins, avec vos cousins… Vous allez progressivement (et sans l’aide d’aucun chef) devenir tous très bons pour écrire le contrat de travail de vos représentants. Et, le moment voulu, c’est ça qui va tout changer.

Étienne.

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[APPAUVRISSEMENT général pendant que les ultra-riches se goinfrent] Scandale de NOTRE DÉSINDUSTRIALISATION, VOULUE ET IMPOSÉE depuis 40 ans par Pompidou (banquier) et ses successeurs, eux aussi vendus aux plus riches. Les gilets jaunes construisent déjà l’alternative : ateliers constituants, RICs sauvages…

Pierre Lévy, fondateur du journal Ruptures radicalement eurocritique, vient de publier sa troisième émission télévisée, « Le Point de Ruptures », et cette fois, nous avons travaillé sur le petit livre (très stimulant) de Pierre Vermeren, « La France qui déclasse. Les gilets jaunes, une jacquerie du 21e siècle » (Tallandier 2019).


https://www.tallandier.com/livre/la-france-qui-declasse/

Voici notre entretien :

Nous avons donc parlé de la scandaleuse désindustrialisation VOLONTAIRE (appauvrissement continu, régression historique, mise en dépendance dangereuse et non nécessaire) décidée sans débat public ni accord populaire — et sans aucune remise en cause malgré les innombrables résultats catastrophiques pour le pays.

Le livre de Pierre Vermuren propose un état des lieux tonique et documenté de quarante ans de ce j’appelle des « trahisons » et que l’auteur appelle « un gâchis ». Après que Pierre ait résumé le panorama (effrayant) des résultats (cataclysmiques) des politiques pensées et imposées par nos prétendues « élites » depuis 40 ans, sans avoir jamais eu aucune responsabilité à assumer, j’ai insisté sur les diableries du libre-échange et de la « dette publique » (qui sont dans l’ADN de l’UE), et de l’euro fort (qui est dans l’ADN de l’euro, comme autant d’instruments de torture des peuples et de « tiermondisation ».

Tous les pays qui ont appliqué le libre-échange (L-É) se sont ruinés.

Tous.

. Tous les pays développés se sont protégés.

Tous.

. Le L-É est une idéologie criminelle, toujours imposée par un empire à ses colonies.

. En Europe, l’Allemagne se comporte comme la tête de pont d’un empire, prédatrice et cruelle (voyez comme elle pille encore la Grèce), et la France se comporte comme une colonie, servile et rançonnée, dont les « élites » corrompues trahissent leur pays à tout propos.

. Partout sur terre, les multinationales martyrisent les pays colonisés, dirigés par des traîtres.

Je voulais signaler ici un livre très important : « Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres » d’Erik Reinert, avec une préface exceptionnelle (un vrai bon livre en soi) de Claude Rochet :


https://books.google.fr/books?id=nmHLDAAAQBAJ…..

Le livre de Pierre est un bon livre. Mais, j’en ai souligné une (grande) lacune, dans son évocation des gilets jaunes : pas un mot n’a été dit, alors que c’est une innovation historique et porteuse de grands espoirs inédits, de l’action révolutionnaire des gilets jaunes, avec leurs RICs SAUVAGES (déclenchés sans l’aide des élus) et leurs ateliers constituants (transformant des foules d’électeurs enfants en citoyens adultes), partout dans le pays.

Les gilets jaunes sont exemplaires, en ténacité, en volonté d’unité, et en créativité ; ils montrent le chemin de l’émancipation au reste de la population : nous sommes en train d’apprendre nous-mêmes à écrire nous-mêmes le contrat de travail de nos représentants (notre constitution en peuple digne de ce nom), et nous n’avons pas besoin de nos maîtres pour nous émanciper de la sorte.

Merci à tous pour votre soutien, très émouvant et très important : vous êtes pour moi comme une armure contre les mauvais coups des ennemis du peuple : nous sommes déjà en train de nous émanciper sans eux.

Restez unis.

Et continuez, inlassablement, à transformer les autres en constituants. On ne progresser que par éducation populaire, entre nous.

On grandit ensemble.

Étienne.

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https://ruptures-presse.fr/actu/troisieme-emission-point-ruptures-vermeren-chouard-levy/

Pour soutenir l’équipe de Ruptures, qui prépare chaque semaine un bon outil pour s’informer avec sérieux sur les responsabilités unioneuropéennes du désastre économique, politique et social que nous vivons tous, je conseille de s’abonner au journal :
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Le Point de Ruptures N°2 : que se cache-t-il derrière « le populisme » ?, avec Pierre Lévy et Pierre-Yves Rougeyron

À la suite des élections européennes, on parle ici « des populismes », mot important et positif utilisé comme une insulte par les démophobes, ennemis du peuple, d’abord au singulier pour dire « extrême droite et démagogue », puis mis au pluriel pour y fourrer « la gauche radicale ».

On parle aussi un peu des gilets jaunes constituants et des RICs SAUVAGES qui se multiplient un peu partout dans le pays :

[Important] L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine Orange, Mediapart

L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine ORANGE, Mediapart

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

« Officiellement, il ne s’agit que d’une motion de principe, sans autre portée. Mais cette motion a été votée à l’unanimité par la chambre des députés italienne le 28 mai. Et c’est cette unanimité qui inquiète d’abord nombre de responsables européens. Toutes tendances confondues, les députés ont approuvé le principe de créer des titres de paiement appelés mini-BOTs (Buoni ordinari del tesoro). Sorte de bons ordinaires du Trésor à court terme, ils sont censés pouvoir être utilisés pour payer les créances intérieures de l’État italien.

Tout de suite après le vote, le premier ministre Giuseppe Conte et le ministre des finances Giovanni Tria ont dit tout le mal qu’ils pensaient de cette initiative parlementaire, assurant que jamais ils n’auraient recours à de tels instruments. Mais ces annonces n’ont pas suffi à calmer le monde financier et les responsables européens. De nombreux analystes s’interrogent sur les intentions du gouvernement italien, dominé par le chef de la Ligue, Matteo Salvini. Va-t-il ou non utiliser ces nouveaux titres ? Ceux-ci pourraient-ils être assimilés à une monnaie parallèle, au risque de miner l’euro ?

La menace est prise tellement au sérieux que le président de la BCE, Mario Draghi, s’est senti obligé lors d’une conférence de presse du 6 juin de commenter cette initiative italienne, dans l’espoir de l’arrêter au plus vite. « Les mini-BOTs sont soit de la monnaie, alors ils sont illégaux, soit de la dette et alors l’endettement italien va encore augmenter. Je ne pense pas qu’il y ait une troisième possibilité », a-t-il expliqué. Signe de l’inquiétude grandissante, l’ancien vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, est à son tour intervenu pour essayer de tuer dans l’œuf l’idée italienne. « Ce genre de “bons” a déjà été expérimenté en Argentine ou en Autriche, dans les années 1930. Cela n’a jamais fonctionné »insiste-t-il, après avoir rappelé que ces instruments seraient contraires aux traités européens.

Le responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © ReutersLe responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © Reuters
 
C’est l’économiste Claudio Borghi, conseiller de la Ligue et maintenant président de la commission du budget de l’Assemblée nationale, qui est à l’origine de l’idée des mini-BOTs. Militant de longue date pour la sortie de l’euro, il ne parle plus depuis son élection – tout comme la Ligue, d’ailleurs – d’une sortie brutale de la monnaie unique. Trop dangereux. Mais marqué par la crise européenne et le traitement réservé à la Grèce, il a promu l’idée de créer des instruments de paiement qui pourraient permettre de redonner des marges de manœuvre économiques et budgétaires au gouvernement italien dans le cadre des traités existants, et servir de moyens alternatifs en cas de crise. Et, avec cette idée, la Ligue a convaincu son allié gouvernemental, le Mouvement Cinq Étoiles (M5S).

Selon le mécanisme imaginé par Borghi, les mini-BOTs seraient des titres de paiement – comme une sorte de reconnaissance de dette –, pouvant aller de 1 à 500 euros, émis par le Trésor italien pour faire face aux retards de paiement de l’État à l’égard de ses fournisseurs. L’État italien pourrait aussi les émettre comme des lettres de crédit pour les contribuables qui bénéficient de remboursement. Ces titres, sans limite de temps, seraient garantis par l’État, et pourraient être acceptés comme paiement pour les impôts. Les particuliers, en revanche, ne seraient pas obligés de les accepter.

Pour les deux alliés de la coalition gouvernementale, ce système aurait le mérite de permettre à l’Italie de sortir du carcan de l’austérité imposé par l’euro, sans enfreindre les traités européens. D’après leurs premières estimations, entre 50 et 100 milliards d’euros pourraient être émis sous la forme de mini-BOTs, ce qui permettrait, selon eux, de relancer l’économie.

Quelles sont les intentions réelles de Matteo Salvini ? Prépare-t-il sans le dire une sortie de l’euro ? Ou cherche-t-il avec les mini-BOTs à se donner un moyen de pression pour mieux négocier des marges de manœuvre avec Bruxelles ? À ce stade, personne ne sait répondre. Les responsables européens regardent en tout cas son initiative comme une menace susceptible d’ébranler tout l’édifice européen.

La Ligue et M5S se défendent aujourd’hui de toute volonté de sortir de l’euro, en utilisant les mini-BOTs. Pour le responsable de M5S, Luigi Di Maio, il s’agit juste d’une idée pour payer les arriérés dus par l’État. « Si c’est une proposition pour accélérer le paiement des dettes commerciales de l’administration publique, discutons-en », dit-il. Depuis la crise, de nombreuses PME accusent l’État de les avoir mises en difficulté, faute de payer à temps ses factures.Mais pour les détracteurs de ce projet, les mini-BOTs sont bien plus qu’un moyen de sécuriser la dette existante : ils constituent une menace de monnaie parallèle. Comment empêcher en fait que ces titres ne deviennent pas des titres de paiement pour les transactions courantes entre particuliers ?

Le risque de voir les mini-BOTs se transformer en une monnaie parallèle à l’euro est d’autant plus grand que la Ligue met tout en œuvre pour créer cette confusion. En début d’année, elle a fait adopter une disposition législative pour rappeler que l’or déposé à la Banque d’Italie appartient bien à l’État. Elle aimerait aussi donner aux titres émis l’aspect de billets, en reprenant certains modèles de la lire, ce qui confirmerait son statut de monnaie.

Insensiblement, le gouvernement italien est ainsi en train de mettre en place, à travers le Trésor public, les moyens pour créer une sorte de banque centrale autonome du système de l’euro, susceptible d’émettre sa propre monnaie et de la garantir. Dès lors, la BCE, qui est garante de l’émission et du contrôle de la monnaie, perdrait tout contrôle sur une partie des émissions en euros. Au risque de saper toute la crédibilité de la monnaie européenne.

Monnaie ou dette ?

Le deuxième risque, aux yeux des responsables européens, est que le gouvernement italien utilise les mini-BOTs pour s’affranchir de toute discipline budgétaire. Ces titres, préviennent-ils, ne pourraient être assimilés qu’à des instruments de dette et donc contribuer à la dette totale de l’Italie, déjà énorme : 133 % du PIB.

Surtout, insistent-ils, si les contribuables paient leurs impôts avec des mini-BOTs, cela ne pourrait que diminuer les revenus de l’État italien en euros et poser des questions sur sa capacité à honorer le service de sa dette à l’extérieur. Ce doute, à terme, risque de porter atteinte à la signature de l’Italie et plus généralement de la zone euro, voire de relancer une crise, préviennent-ils. Sur les marchés financiers, le spread (différence) entre les taux italiens et les taux allemands, qui servent de référence sur le marché obligataire de la zone euro, est déjà de plus de 2,5 %.

La défiance des responsables européens à l’égard du gouvernement italien est totale. Et les critiques fusent. « Quand nous examinons l’économie italienne, nous voyons les dommages causés par les choix politiques récents. Le chemin pour le redressement et la croissance italienne ne passe pas par dépenser plus quand il n’y a pas les marges de manœuvre financière pour le faire »dit Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne. 

Pour la troisième fois depuis 2008, l’Italie est en récession. Faute d’activité et de rentrées suffisantes, l’État italien a le plus grand mal à tenir ses engagements budgétaires : le déficit pourrait atteindre 2,5 % au lieu des 2 % prévus, selon les calculs européens. Il y a quinze jours, la Commission européenne a engagé les premières étapes pour déclencher une nouvelle procédure pour déficit excessif contre Rome. Elle considère que le gouvernement ne prend pas les mesures suffisantes pour stabiliser sa situation économique et financière et réduire son endettement.

Le ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © ReutersLe ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © Reuters

Même si le premier ministre réaffirme sa volonté de s’en tenir strictement aux cadres imposés par la Commission européenne – il a menacé de démissionner la semaine dernière s’il ne parvenait pas à un accord gouvernemental sur ce point –, la Ligue conteste de plus en plus ouvertement les règles et les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles. « Nous ne sommes pas la Grèce. Nous sommes des contributeurs nets au budget européen. Nous avons un excédent commercial, nous avons un budget primaire [avant service de la dette – ndlr] excédentaire. Nous ne demandons rien à personne. Et nous sommes en meilleure forme que la France », s’indigne Claudio Borghi, qui aimerait voir les mini-BOTs entrer en action au plus vite.

Alors que le ton est déjà monté très haut entre Rome et Bruxelles, il pourrait monter encore plus haut à partir de septembre, au moment des négociations sur le budget de 2020. La Ligue a déjà fait savoir qu’il était hors de question de respecter les règles européennes et d’appliquer des mesures d’austérité et de consolidation budgétaire alors que le pays est en pleine récession. « Je ne vais pas me suicider pour des règles imbéciles. Tant que le chômage n’est pas tombé à 5 %, nous avons le droit d’investir. Nous avons des régions où le chômage des jeunes est supérieur à 50 % », a déclaré Matteo Salvini devant un auditoire de la Ligue tout acquis à sa cause.

Le leader du parti d’extrême droite souhaite imposer dans le cadre du prochain budget une forte diminution des impôts, notamment pour les plus aisés, pour relancer l’activité. Cela pourrait peut-être à très court terme faire remonter la croissance italienne. Mais les effets de ces mesures retombent comme un soufflé, comme le prouve l’amnistie fiscale décrétée par Donald Trump. Dix-huit mois plus tard, il n’y a plus rien sauf des dettes supplémentaires. Les réductions fiscales pourraient coûter à l’Italie 1 % à 2 % d’endettement supplémentaire, selon de premières estimations.

Tout cela est impensable pour la Commission européenne. Pour elle, il faut s’en tenir aux règles, rien qu’aux règles. Mais derrière son opposition à la politique d’extrême droite de Matteo Salvini se cache aussi un déni à l’égard de l’Italie. À aucun moment, Bruxelles n’a voulu admettre les critiques et encore moins apporter le moindre remède à une construction de la zone euro mal faite qui s’est traduite par un effondrement économique de l’Italie.

Depuis son entrée dans l’euro, le pays stagne. Il n’a pas retrouvé aujourd’hui son niveau d’activité de 2007. Des régions entières dans le sud sont sinistrées. Son système bancaire est miné par les mauvaises créances et les impayés. Même s’il respecte nombre de règles européennes, comme celle portant sur le déficit budgétaire depuis 2005, il n’est pas parvenu à reconstituer les ressources suffisantes pour relancer son économie et diminuer son endettement.

Face à cette situation, l’Europe s’en est sortie jusqu’à présent en invoquant « l’irresponsabilité » italienne. Sans se poser la moindre question sur son action et ses conséquences. Car la montée en puissance de l’extrême droite et de Matteo Salvini se nourrit de ce terreau de désastre économique. De cela non plus, les responsables européens ne se sont pas excusés.

La situation est arrivée à un tel point de tension avec Rome que Bruxelles devrait cependant s’interroger sur les réponses à apporter à l’Italie. Car cette fois, l’Europe risque de ne pas pouvoir retenter un coup d’État larvé, comme elle l’a fait au sommet de Cannes de 2011 pour écarter Silvio Berlusconi du pouvoir. Cette fois, l’extrême droite italienne s’est dotée de moyens de riposte.

Car dans ce bras de fer, les mini-BOTs prennent l’allure d’une arme de dissuasion massive, tant leur charge représente un caractère détonant pour l’ensemble de la zone euro. « L’Union européenne devrait agir avec précaution […], le danger est que plus Salvini se trouve politiquement “cornérisé”, plus il risque de recourir à cet instrument. Et quand il le fera, la crise de l’Eurozone resurgira. Et cette fois, la BCE pourrait ne pas être capable de venir à la rescousse »avertit Wolfgang Münchau, éditorialiste du Financial Times.

L’enchaînement, qui pourrait conduire à une nouvelle crise, n’est pas assuré. Mais les risques sont bien là. À tout moment, l’Europe pourrait voir resurgir la crise qui n’a pas été traitée, mais seulement anesthésiée grâce à la politique monétaire de la BCE. Et cette fois, le danger est plus pressant. L’Italie n’est pas la Grèce : c’est la troisième puissance économique de l’Europe.

Martine Orange, Mediapart.

https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

Jeudi Chouard #14, jeudi 13 juin 2019, avec François Bégaudeau

Ce soir, 13 juin 2019, c’est Jeudi Chouard #14 sur Sud radio, et cette fois, j’ai le vif plaisir, l’honneur, l’émotion, de recevoir François Bégaudeau.

J’aime lire et écouter cet homme : il pense.
Librement.

Je voudrais parler avec lui de son dernier livre, « Histoire de ta bêtise », plein de pépites, de phrases qui claquent et de bons sujets de conversation politique.

Je voudrais aussi creuser quelques points importants évoqués dans son entretien chez Thinkerview, passionnant lui aussi.

ThinkerView : François Bégaudeau : Gilets Jaunes, Populisme, Bourgeois :

Sud radio, les Incorrectibles : François Bégaudeau : « le bourgeois de gauche oublie qu’il est de gauche »

J’aimerais parler avec François :
. du concept de « peuple », du « populisme »,
. de la gauche et de la droite,
. de l’intérêt général, de la volonté générale, de la loi, du législateur, du RIC,
. des communs et de leur gestion, d’Elinor Ostrom, de projets communs qui soient davantage qu’un « salmigondis unanimiste » (p. 82) 🙂
. de la nécessaire morale et des redoutables pharisiens (prêchant cruellement une morale qu’ils ne respectent pas eux-mêmes),
. des vertus de l’indignation,
. du rôle central de l’isoloir dans la liberté d’opiner (sans pression), du fait qu’une assemblée ne pense pas (Alain) et que, in fine, c’est chacun qui opine (co-décide) seul APRÈS avoir bien débattu,
. de l’impossibilité de décider sans vote,
. des « riches » et du « capital »,
. de la nécessité – ou pas – d’un État (sous contrôle populaire) pour établir un société anarchiste (authentiquement démocratique), de James C. Scott (Petit éloge de l’anarchisme),
. de la façon de penser contre soi par le jeu de bonnes institutions (une vraie mise en scène des conflits, une obligation à écouter nos pires ennemis avant de décider quoi que ce soit),
. de l’idée d’un processus constituant populaire pour protéger durablement les populations du monde contre l’arbitraire – et même contre le capitalisme…
. de Bernanos (La France contre les robots) et du Comité invisible (À nos amis)..
. du temps qui passe et de la lutte quotidienne, physique, pour arracher au capital du temps pour soi….
. de la bêtise (?) et du cynisme (indifférence à la souffrance d’autrui),
. du « complotisme » et des étiquettes (personne n’aime être étiqueté),
. d’Henri Guillemin,
. du mérite et de la responsabilité,
. de l’école,
. de la société (fiction utile ?),
. du jansénisme,
. de Foucault, de sa détestation de « toute la tradition socialiste » (1977) et de son rôle conceptuel dans le néolibéralisme, scientisme ennemi de toute forme d’autorité politique (scientisme commun à l’URSS et à l’UE), rôle souligné par Alain Supiot (Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres),
. de l’apport de Deleuze dans la pensée (mystérieux pour moi),
. de l’importance d’être reconnu par ses pairs (Cf. Thorstein Veblen et la rivalité ostentatoire) et de ne pas être reconnu par les pauvres (p. 93),
. de l’identité, que François juge être « une fable » (p. 94), de l’utilité des fables 🙂 , de Régis Debray (Éloge des frontières),
. du mot d’ordre des bourgeois : « tout sauf les classes ! » (p. 95),

Je voudrais aussi lire des passages puissants de son livre.

Rien ne me ferait plus plaisir que de passer mon procès de l’élection au feu de son esprit critique.

J’ai particulièrement hâte d’y être.

Du fond du cœur, je remercie tout ceux qui comprennent le sens de mon travail et qui m’aident, un peu partout dans le pays et sur Internet, à résister à la domination.

Étienne.

[Entretien TED historique, à ne pas oublier et à faire connaître partout] Julian Assange : pourquoi le monde a besoin de WikiLeaks

À écouter plusieurs fois, dont une fois le crayon à la main, pour apprécier, goûter, la pensée, l’action, le courage, la voix, le regard, le sourire, et finalement l’importance de ce journaliste exemplaire.
Penser à activer les sous-titres français, puis penser à les retirer pour se concentrer sur l’image et sur le son original)

Un nouveau VOYAGE À LONDRES (pour soutenir Julian) est prévu le 12 juin :

https://yurplan.com/event/Soutien-Julian-Assange-le-12-06-2019-a-Londres/44517?fbclid=IwAR22DjEO56u1IBuvLVuU2jS-N9iLINUmYkYe-mVrgxoVs78KCu1rtfBHJEs#/

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Passionnante Monique Pinçon-Charlot sur Thinkerview : Casse sociale, le début ?

Après les élections européennes : entretien avec Coralie Delaume et Pierre Levy (Ruptures Presse)

 

Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes

https://ruptures-presse.fr/actu/video-ruptures-point-europeennes/

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Jeudi Chouard #12, 30 mai 2019 : FRANC CFA et GBAGBO – L’exemple africain pour comprendre quelques rouages importants de l’asservissement des peuples (et pour organiser la résistance partout sur terre) ; avec Nicolas AGBOHOU, Bernard HOUDIN et François MATTEI

Chers amis,

Comme vous le savez, je travaille depuis quinze ans principalement sur trois chantiers : la démocratie (nécessairement instituée par les peuples eux-mêmes), la monnaie (nécessairement sous contrôle citoyen) et l’Union européenne (prison marchande 2.0 dont il faudrait s’échapper au plus vite).

Ce sont les deux premiers chantiers (droit des peuples à décider d’eux-mêmes et asservissement par le contrôle de la monnaie – et par la dette) que je vous propose de travailler ce soir, avec deux grands scandales à l’étranger : le franc CFA, encore imposé par la France à 14 pays africains et le coup d’État français contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Vous allez voir que ces deux coups de force perpétrés à l’étranger, à l’aide d’une puissante corruption politicienne, poussent à réfléchir…

[Édit : voici la vidéo :

(2 juin) ÉC]

Ce soir, jeudi 30 mai 2019, à 20h, je recevrai sur Sud radio, en direct :

1) Nicolas AGBOHOU, qui a écrit « Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique » (éditions Solidarité mondiale, sept. 2012) :


https://www.sangonet.com/Promoa/CFA-EuroAfri.html

Pour Jean ZIEGLER (écrivain et Professeur à l’Université de Genève en Suisse) :

 » Nicolas AGBOHOU [docteur en économie politique] a écrit un livre de révolte, intelligent et puissant. Livre d’économiste d’abord. En homme de science, érudit et précis. L’auteur démontre le mécanisme de la répression monétaire des anciennes colonies de la France. Le maintien du Franc CFA, en d’autres termes : la camisole de force des pays africains enserrés dans la zone franc, est pour lui la première cause de la persistante misère, de l’humiliation permanente, du sous-développement devenu réalité minérale des pays d’Afrique francophone…

Nicolas AGBOHOU défend sa thèse avec un langage vif, tranché et une foule d’arguments logiques et d’énoncés pertinents. Il est le contraire de ces scientifiques désincarnés et mornes qui, usant de leur érudition, énoncent des évidences, puis éteignent la lumière et sortent du champ de bataille. AGBOHOU est Africain, passionnément. C’est un patriote continental. Un homme en révolte. Bref : un intellectuel engagé au service des luttes populaires et des lumières à venir.

AGBOHOU appelle donc à la renaissance, à la revitalisation des mémoires, à l’insurrection des consciences. Quelles humiliations ne subissent-ils pas, les Africaines et Africains de cette fin de millénaire !

Ce livre est nécessaire. Il faut le diffuser largement et le lire avec attention. « 


2) Bernard HOUDIN qui a écrit « GBAGBO, un homme, un destin » (éditions Max Milo, déc. 2018) :


https://www.maxmilo.com/produit/gbagbo-un-homme-un-destin/

En 2000, à la surprise générale, l’opposant Laurent Gbagbo gagne les élections en Côte d’Ivoire, vitrine de la « Françafrique » depuis l’époque d’Houphouët-Boigny.
Cette victoire historique et démocratique ne va pas être « acceptée » par l’ex-puissance coloniale. Au prix d’une intervention militaire, le 11 avril 2011, Nicolas Sarkozy va installer au pouvoir Alassane Ouattara et orchestrer, avec Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), le transfert de Laurent Gbagbo à La Haye.

Après sept ans de détention et trois ans de procès au cours duquel sont apparues au grand jour les manipulations et errances de la justice internationale, l’heure de la vérité a sonné. S’appuyant sur des documents confidentiels, en particulier entre les autorités françaises et la CPI, l’auteur franco-ivoirien retrace la vraie histoire de ce combat sans merci pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire.


et 3) François MATTEI, qui a écrit, avec Laurent Gbagbo lui-même, « LIBRE, pour la vérité et la justice » (éditions Max Milo, nov. 2018)


https://www.maxmilo.com/produit/libre/

Chassé du pouvoir manu militari par l’armée française le 11 avril 2011, à l’issue de l’élection présidentielle contestée de novembre 2010 en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a été accusé de crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye le 5 décembre 2011.

Ce livre, écrit à partir de 2012, grâce à de très nombreuses visites et entretiens en prison, est le seul à avoir été réalisé avec la participation du président ivoirien pendant son incarcération et son procès.

Ce témoignage unique apparaît plus que jamais comme un document pour l’histoire, parce qu’il met en lumière les manipulations du scrutin de 2010, les connivences entre la France de Nicolas Sarkozy et la CPI pour se débarrasser de Laurent Gbagbo, jusqu’aux montages et manœuvres dilatoires qui ont entaché « le Gbagbogate ».

À l’occasion de nouvelles rencontres avec François Mattei, Laurent Gbagbo revient sur ses sept années de prison, en donne le sens et dévoile sa vision de l’avenir. Celle, quoi qu’il arrive, d’un homme libre.


Pour vous préparer à cette soirée, je vous propose de voir les quelques documents suivants :

– ITV (août 2017) de Nicolas Agbohou sur Africa 24 :

– ITV (fév 2019) de Bernard Houdin sur TV5 Monde Afrique :

https://afrique.tv5monde.com/videos/magazines/et-si-vous-me-disiez-toute-la-verite/season-2018-2019/episode-21-2

– ITV (fin mai 2019) de Bernard Houdin par Michel Collon (passionnant) :

– ITV (janv 2019) de Bernard Houdin sur L’Opinion :

– ITV radio de Bernard Houdin sur Abidjan TV :

– ITV (janv 2019) de Francois Mattei sur Sputnik :

– ITV passionnante (janv 2019) de Francois Mattei par Bercoff sur Sud radio :

https://www.sudradio.fr/monde/francois-mattei-laurent-gbagbo-est-un-vrai-democrate


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Très intéressante enquête sur la prison des peuples européens : « ON A INFILTRÉ LA COMMISSION EUROPÉENNE »

 

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Jeudi Chouard #11, 23 mai 2019, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l »UPR et Joël Périchaud du Pardem

Ce Jeudi Chouard #11, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l’UPR et Joël Périchaud du Pardem, pour étudier les LIENS entre la prison européenne et nos difficultés quotidiennes : on a parlé des détestables et criminelles GOPÉ, Grandes Orientations des Politiques Économiques européennes.

. Voici la première heure, intitulée « y’a du peuple. Seul contre tous » #11 le 23 mai 2019, où l’on parle de la liberté d’informer puis de la DÉSINDEXATION DES RETRAITES PAR DES DÉPUTÉS QUI SE SONT BIEN ARRANGÉS POUR NE RIEN CRAINDRE POUR LEUR PROPRE RETRAITE :

. Et les trois heures suivantes, intitulées « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » #11, le 23 mai 2019, où l’on parle des arguments soit pour élire soit pour s’abstenir (ou boycotter), puis où l’on parle des GOPÉ.

Et où je découvre que réguler les prises de parole, c’est un métier 🙂 J’ai plusieurs fois eu l’impression de revivre l’émission « droit de réponse » d’autrefois, avec ses chahuts mais bien vivants, à l’époque où il passait parfois des choses intéressantes à la télévision.

Peut-être cette émission-ci a-t-elle été trop politicienne, pardon, et dans doute aurais-je dû inviter un militant FI et deux GJ pour expliquer leur projet de listes GJ. À y réfléchir après-coup, je m’en veux de ces oublis, pardon :

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Disqualifier pour mieux dominer : LE COMPLOT DES ANTICOMPLOTISTES

[Rappel d’un papier IMPORTANT de Frédéric Lordon,
dans Le Monde diplomatique, en octobre 2017]

Disqualifier pour mieux dominer :
LE COMPLOT(ISME) DE L’ANTICOMPLOTISME

L’image est familière : en haut, des gens responsables se soucient du rationnel, du possible, du raisonnable, tandis que ceux d’en bas, constamment ingrats, imputent à leurs dirigeants une série de malveillances. Mais l’obsession du complot ne relève-t-elle pas plutôt des strates les plus élevées de la société ? Les journalistes reprenant les idées du pouvoir privilégient eux aussi cette hantise.

Après « réforme », « moderne » et « logiciel » (« en changer »), « complotisme » est en train de devenir le nouvel indice du crétin, le marqueur qui situe immanquablement son homme. Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter.

Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications. Comme un premier mouvement de panique, « antisémitisme » a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute critique du capitalisme ou des médias (1). Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe atomique s’il s’agit simplement d’éteindre un départ de feu. C’est que par définition on ne peut pas se livrer à un usage ordinaire et à répétition de la munition maximale, sauf à lui faire perdre rapidement toute efficacité. Ses usages tendanciellement grotesques soulignant son ignominie de principe, le procédé a fatalement entraîné l’autodisqualification de la disqualification.

Supposé moins couvrir ses propres utilisateurs de honte et mieux calibré pour l’arrosage extensif, susceptible par là d’être rapatrié dans le domaine du commentaire ordinaire, le « complotisme » est ainsi devenu le nouveau lieu de la bêtise journalistique — et de ses dépendances, philosophe dérisoire ou sociologue de service. Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples.

D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées…

Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité. « Vouloir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugements faux et n’interprètent pas tout de travers, écrivait il y a déjà longtemps Spinoza, c’est le comble de la stupidité (2). »

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de comprendre le mécanisme qui fait voir des complots partout, il y a lieu symétriquement de comprendre celui qui fait voir du complotisme partout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspirationnistes ni l’intention disqualificatrice, quoique massive, ne rendent entièrement compte de l’obsession non pas pour les complots, mais pour les complotistes — un complotisme anticomplotiste, si l’on veut… Si cette nouvelle idée fixe trouve si bien à prospérer, c’est aussi parce qu’elle trouve une profonde ressource dans des formes de pensée spontanées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des dominants, dont les journalistes, qui aux étages inférieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbibés comme par un fatal dégât des eaux.

La paranoïa des puissants

C’est que, par construction, être un dominant, c’est participer à des jeux de pouvoir, être immergé dans leurs luttes, en vivre toutes les tensions, et notamment l’impérieuse obligation de la vigilance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stratégies et contre-stratégies pour conserver ou bien développer ses positions de pouvoir. En réalité, dans ses strates les plus hautes, la division fonctionnelle du travail est inévitablement doublée par une division du pouvoir… la seconde ayant pour propriété de vampiriser la première : les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir.

Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante. On rêverait de pouvoir observer les journées d’un patron de chaîne, d’un directeur de journal, d’un cadre dirigeant, d’un haut fonctionnaire, d’un magistrat ou d’un mandarin universitaire louchant vers le ministère, pour y chronométrer, par une sorte de taylorisme retourné à l’envoyeur, les parts de son temps respectivement consacrées à remplir la fonction et à maintenir la position. La pathétique vérité des organisations peut conduire jusqu’à cette extrémité, en fait fréquemment atteinte, où un dirigeant pourra préférer attenter aux intérêts généraux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une opposition interne inquiétante ou d’obtenir la faveur décisive de son suzerain — et il y a dans ces divisions duales, celle du travail et celle du pouvoir, une source trop méconnue de la dysfonctionnalité essentielle des institutions.

La logique même du pouvoir, dont la conquête et la conservation sont immédiatement affaire d’entreprise décidée, voue par construction les hommes de pouvoir à occuper alternativement les deux versants du complot : tantôt comploteurs, tantôt complotistes.

En réalité, le complot est leur élément même, soit qu’ils s’affairent à en élaborer pour parvenir, soit que, parvenus, ils commencent à en voir partout qui pourraient les faire sauter. On n’imagine pas à quel degré la forme complot imprègne la pensée des puissants, jusqu’à la saturer entièrement. Leur monde mental n’est qu’un gigantesque Kriegspiel. La carte du théâtre des opérations est en permanence sous leurs yeux, leurs antennes constamment déployées pour avoir connaissance du dernier mouvement, leur énergie mentale engloutie par la pensée du coup d’avance, leur temps colonisé par le constant travail des alliances à nouer ou à consolider. Bien davantage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habiter le monde violent des dominants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr passeport pour le complotisme. Le pire étant que, pour un homme de pouvoir, la paranoïa n’est pas une pathologie adventice : elle est un devoir bien fondé. La question constante de l’homme de pouvoir, c’est bien : « Qu’est-ce qui se trame ? »

Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège (3) » — c’est en effet très différent.

Sans doute y a-t-il une forme d’injustice à ce que, de cet effet projectif, ce soient les journalistes ou les publicistes, dominés des dominants, qui portent cependant l’essentiel du poids de ridicule. Car les dominants eux-mêmes lâchent rarement le fond de leur pensée : leur sauvagerie la rend imprésentable, et puis ce sont toujours des schèmes complotistes particuliers qu’il y aurait à y lire : « celui-ci me monte une cabale », « ceux-là m’orchestrent un coup », etc. Ironiquement, ce sont donc des agents simplement satellites des plus hauts lieux de pouvoir, donc moins directement engagés dans leurs paranoïas, qui vont se charger de faire passer les schèmes complotistes particuliers au stade de la généralité, puis de les verbaliser comme tels, mais bien sûr toujours selon le mouvement d’extériorisation qui consiste à les prêter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pensée complotiste passe ainsi de ceux qu’elle habite en première instance à ceux qui racontent leur histoire. D’abord parce que les journalistes politiques se sont définitivement abîmés dans les « coulisses », les « arcanes » et le « dessous des cartes », manière ostentatoire de faire savoir qu’« ils en sont », mais surtout perspective qui emporte nécessairement la forme complot. Ensuite parce que la fréquentation assidue de leurs « sujets » se prête idéalement à la communication et au partage des formes élémentaires de la pensée, si bien que l’inconscient complotiste est peu ou prou devenu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre directement en œuvre dans leurs propres manœuvres institutionnelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de passer dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bruno Roger-Petit, qui aurait furieusement nié toute action concertée au sein de l’univers des médias pour faire aboutir la candidature Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services officiellement récompensés. C’est donc très logiquement qu’il n’a pas cessé avant d’être nommé porte-parole de l’Élysée de dénoncer comme complotiste toute lecture de l’élection comme synarchie financière et médiatique : c’était une pure chevauchée politique.

De la croisade anticomplotiste à l’éradication de la fake news (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un « décodeur » du Monde.fr au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anticomplotistes ?

Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un « effet de milieu », plus complexe et plus diffus. Pas moins puissant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une perception simple. Un milieu sécrète ses formes de pensée. La forme de pensée médiatique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pensées individuelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de : 1) l’adhésion globale à l’ordre social du moment, 2) l’hostilité réflexe à toute critique radicale de cet ordre, 3) la réduction à une posture défensive dans un contexte de contestation croissante, la pénurie de contre-arguments sérieux ne laissant plus que la ressource de la disqualification, 4) la croisade anticomplotiste comme motif particulier de la disqualification, répandu par émulation, dans les couches basses du pouvoir médiatique, du schème éradicateur développé comme mauvaise conscience projective dans les couches hautes — un effet de « ruissellement », si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte.

En résumé, on commence par entendre pendant des années des « BHL » et des Jean-Michel Aphatie, et puis, par lente imprégnation, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique Les décodeurs du Monde.fr, d’autant plus pernicieux qu’on a affaire, comme on dit à Marseille, à « un innocent ».

Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas Les décodeurs par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes. Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

Il est vrai que, manifestation canonique de l’« innocence », les journalistes vivent dans la parfaite inconscience subjective de leur fonctionnalité objective, où leur dénégation prend tous les accents de la sincérité. Le fait est là pourtant, et le schème du retournement, qui prête au peuple des tendances paranoïaques en réalité partout présentes dans l’univers des dominants, n’en prend que plus de force.

Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : couvrir projectivement le peuple révolté de monstruosité est une opération vieille comme la presse ancillaire — qu’on se souvienne des hauts faits de la presse versaillaise pendant la Commune ou de ceux de la presse bourgeoise russe relatant la prise du Palais d’hiver. La croisade médiatique contemporaine contre la fake news aura du mal à recouvrir que la presse elle-même est le lieu le plus autorisé de mise en circulation de fake news (4) — ceci expliquant cela ? Au milieu d’un océan : Le Monde rapporte sans un battement de cil ni le moindre commentaire le propos, cet été, d’un « responsable macroniste » inquiet : « Les Français ont l’impression qu’on fait une politique de droite (5). » Quelques jours auparavant, le Financial Times rencontrait le premier ministre Édouard Philippe (6) : « Lorsqu’on [lui] suggère que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : “Vous vous attendiez à quoi ?” »

Frédéric Lordon

Économiste et philosophe. Dernier ouvrage paru : Les Affects de la politique, Seuil, Paris, 2016.

Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Le complot des anticomplotistes »

(1) Cf. typiquement Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde, 2 avril 2004.

(2) Lire « Conspirationnisme, la paille et la poutre », La pompe à phynance, 24 août 2012, et le dossier « Vous avez dit « complot » ? », Le Monde diplomatique, juin 2015.

(3) « Affaire DSK : Cambadélis ne croit pas à “la théorie du complot” », n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.

(4) Lire Pierre Rimbert, « Les chauffards du bobard », Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, « Le voyage en Grèce de Macron raconté par Le Monde ? Tout est faux ! », blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017.

(5) Solenn de Royer, « Après un mois de juillet difficile, Macron veut reprendre la main », Le Monde, 28 juillet 2017.

(6) « French centre-right premier says he is at ease with Macron agenda », Financial Times, Londres, 11 juillet 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/LORDON/57960

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Jean Bricmont analyse ici l’UE et les élections européennes, en s’appuyant sur les livres de Coralie Delaume, David Cayla et Olivier Delorme

Jean Bricmont étudie le projet profondément antidémocratique et antisocial appelé « Union Européenne » :

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JUSQU’OÙ IRONT LES GILETS JAUNES ? Entretien avec François Boulo et les jeunes étudiants en Sciences politiques de la Critique de la Raison Européenne

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même (Caitlin Johnstone, sur Le Grand Soir)

Pour être à l’heure à Paris ce soir chez @Sud radio avec Didier Maisto pour ce prochain Jeudi Chouard (émission qui sera avec Michel Collon, précisément sur la diabolisation des opposants politiques), je reviens vite de Londres, où j’ai retrouvé 80 gilets jaunes français venus comme moi par la route dans la nuit pour défendre Julian Assange, journaliste lanceur d’alerte qui va être déporté vers un camp de torture de l’empire américain (qui l’ordonne à sa colonie anglaise).

Je profite de cet événement dramatique (la déportation d’un journaliste vers la torture par la patrie même qui a inventé et défendu le libre journalisme comme contre-pouvoir fondateur de la liberté) pour rappeler un texte important, à connaître et à faire connaître : à dupliquer et à distribuer et à afficher, dans votre entreprise, dans votre salon, dans toutes les stations de bus et de métro, etc..

Bon courage à tous et merci pour ce que vous faites pour le bonheur et pour la liberté.

Étienne.

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même

Caitlin JOHNSTONE

La mère de Julian Assange a rapporté hier que le fondateur de WikiLeaks n’a pas été autorisé à recevoir de visiteurs pendant sa détention à la prison de Belmarsh, y compris des médecins et ses avocats. Les médecins qui ont visité Assange à l’ambassade de l’Équateur ont attesté qu’il avait un besoin urgent de soins médicaux. Belmarsh est une prison de haute sécurité, parfois appelée le « Guantanamo Bay du Royaume-Uni ».

Et pourtant, on nous demande de croire que cela a quelque chose à voir avec une prétendue violation de la liberté sous caution et une demande d’extradition US pour des crimes informatiques présumés passibles d’une peine maximale de cinq ans. Si vous faites un zoom arrière et écoutez les bavardages moins éclairés des propagandistes et des consommateurs des médias de masse occidentaux, vous constaterez aussi que les gens croient que cela aurait quelque chose à voir avec la Russie et des accusations de viol.

En fait, rien de tout cela n’est vrai. Assange est emprisonné dans des conditions draconiennes pour son journalisme, et uniquement pour son journalisme. L’administration Obama s’est abstenue de le poursuivre après la publication des fuites de Manning par WikiLeaks, craignant que cela ne mette en danger la liberté de la presse, et l’administration Obama n’avait pas plus de preuves à sa disposition que l’administration Trump n’en a aujourd’hui. Le « crime » dont est accusé Assange n’est rien d’autre que les pratiques journalistiques habituelles des journalistes d’investigation, y compris la protection des sources et l’encouragement de ces dernières à obtenir davantage de matériel. La seule chose qui a changé, c’est que la Maison-Blanche est de plus en plus disposée à poursuivre les journalistes qui pratiquent le journalisme, et il y a de nombreuses raisons de croire qu’une fois extradé aux Etats-Unis, il fera l’objet d’accusations beaucoup plus graves. Ils ne se donnent pas tout ce mal pour une violation de la liberté sous caution et une peine maximale de cinq ans.

Mais si vous faites encore un zoom arrière, dans le grand schéma des choses, cela n’a presque rien à voir avec Assange. Bien sûr, Assange a été une épine dans le pied de ceux qui dirigent l’alliance transnationale des puissances occidentales, et s’ils avaient le choix, ils préféreraient évidemment le voir en prison ou mort plutôt que libre et vivant. Mais ce n’est pas pour cela que les gens d’influence corrompus qui étranglent notre monde se démènent. Ils veulent s’emparer de quelque chose de beaucoup, beaucoup plus gros. Assange n’est qu’une étape sur cette voie.

Comme je l’ai déjà écrit, la persécution d’Assange vise en fait à créer un précédent juridique qui permettra au gouvernement US d’emprisonner des journalistes qui tenteraient de lui demander des comptes en faisant du journalisme. La raison pour laquelle vous voyez à présent l’expression « Assange n’est pas un journaliste » constamment bêlée partout dans le monde par les laquais de l’empire est qu’ils ont besoin d’un contre-narratif. Le fait indiscutable est que ce précédent constituera une menace pour les journalistes du monde entier, leur contre-argument est donc qu’Assange n’est pas un journaliste (ce ne sont que des conneries, soit-dit en passant), et que cela ne créera donc pas un précédent pour les journalistes. Comme si leur définition personnelle de ce qu’est un « vrai journaliste » sera la même que celle du gouvernement US pour déterminer s’il convient ou non de poursuivre quelqu’un pour des actes similaires à ceux d’Assange. La définition du journalisme selon le gouvernement US sera celle qui lui conviendra.

Mais pour avoir une vue d’ensemble de ce que ces salauds veulent faire, nous devons faire encore un zoom arrière.

Dans le roman de science-fiction Ender’s Game [La Stratégie Ender – NdT], le jeune protagoniste frappe violemment un autre garçon qui le tyrannisait, et le tue. Lorsque ses supérieurs lui demandent d’expliquer son geste, le garçon, qui a été élevé et formé pour devenir un savant stratégique, explique qu’il ne l’a pas fait par malice envers le tyran, ni même pour gagner le combat, mais pour gagner tous les combats futurs. Si les enfants à l’école voient de quelle sauvagerie il est capable et savent qu’il ne faut pas l’embêter, il n’aura plus jamais à combattre.

Si ça vous paraît un peu sociopathique, c’est parce que ça l’est. Et, avec la différence notable que les rôles du tyran et de la victime sont inversés, c’est exactement le principe que nous voyons être appliqué à Assange.

Le monde entier voit le traitement infligé à Assange. Peu importe à quel point votre cerveau est lavé, peu importe si vous détestez cet homme ou non, vous voyez. Et vous en tirez une leçon. Et cette leçon est la suivante : si vous faites quelque chose de similaire, vous subirez le même sort. C’est là le véritable objectif de la persécution d’Assange, et cela n’affecte pas seulement un éditeur australien enfermé dans une cellule britannique, ni même les journalistes d’investigation du monde entier qui sont intéressés à pratiquer l’art perdu de demander des comptes au pouvoir en faisant du journalisme, mais tous ceux qui consomment les médias.

Et ça marche. Je sais que ça marche parce que ça marche avec moi. Si vous avez des informations qui incriminent les personnes les plus puissantes du monde, je vous le dis tout net, gardez-les pour vous. Donnez-les à quelqu’un d’autre, littéralement à n’importe qui d’autre, parce que je suis moi-même beaucoup trop lâche et j’ai beaucoup trop à perdre en m’impliquant dans tout ce qui pourrait me conduire à pourrir dans une cellule de prison à l’étranger. J’ai des enfants. Je suis amoureuse. Je ne peux pas et ne veux pas m’engager dans cette voie. Et si c’est vrai pour moi, je sais avec certitude que c’est vrai aussi pour d’innombrables autres. Ils ont brutalisé les lanceurs d’alerte au point que cela a certainement eu un effet dissuasif sur ceux qui, autrement, pourraient devenir des sources de fuites importantes. Et maintenant, ils brutalisent aussi les journalistes qui publient ces fuites. Les chances qu’une personne prête à dénoncer un pouvoir rencontre un journaliste disposé à l’aider tendent rapidement vers zéro.

Ils essaient de gagner ce combat contre Assange d’une manière brutale pour s’assurer qu’ils gagneront tous les combats futurs.

C’est pourquoi il est absolument stupide qu’une conversation se focalise sur Assange, l’homme, que ce soit pour en dire du mal ou du bien.

L’autre jour, j’ai publié un méga-article attaquant les principales calomnies que j’ai relevées sur Assange. Il y en a 27 au total jusqu’à présent, et j’en ajouterai bientôt d’autres. Cette montagne de calomnies existe parce qu’au lieu de prêter attention aux dangers qui façonnent le monde et qui menacent de rendre impossible toute opposition aux dirigeants de l’empire US qui nous entraînent vers l’extinction ou la dystopie, les gens parlent de la personnalité d’Assange, s’il a nettoyé ou non la litière de son chat à l’ambassade .

Le revers de la médaille, ce sont les gens qui se fixent sur Assange en tant que héros, ce qui peut bien sûr aider à attirer l’attention sur son sort et donc présenter un certain avantage, mais en fin de compte, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. C’est beaucoup, beaucoup plus grand qu’Assange, et nous devons nous y opposer pour des raisons qui sont beaucoup, beaucoup plus importantes que le caractère d’un homme qui, selon ce que nous aurions lu, serait sympathique ou non.

Ne perdez jamais de vue ceci : l’intimidation des lanceurs d’alerte et des éditeurs menace d’éradiquer la vérité sur les comportements de notre espèce, abandonnant ainsi notre destin aux caprices des plus puissants. Les personnes les plus puissantes sont celles qui se consacrent le plus à la recherche du pouvoir, celles qui sont assez sociopathes pour marcher sur la tête de n’importe qui et faire tout ce qu’il faut pour obtenir le plus de contrôle possible sur le plus d’êtres humains possible. Si nous permettons à la vérité d’être intimidée et réduite au silence, c’est à eux que nous confierons les commandes de notre monde.

Et ne perdez jamais de vue ceci non plus : avec l’emprisonnement et la persécution de Julian Assange, tous ces oppresseurs sociopathes se sont démasqués. Ils ont arraché le masque de Big Brother et révélé leurs âmes sombres. Si cet attachement soudain aux détails juridiques du protocole de mise en liberté sous caution et du protocole de protection des sources journalistiques ressemble en tous points à la persécution d’un journaliste pour avoir publié des faits, c’est parce que c’est exactement le cas. Ne laissez personne vous faire croire le contraire, et ne manquez pas cette occasion rare de montrer à vos semblables comment nos oppresseurs viennent de révéler leur véritable nature.

Caitlin Johnstone

Source : Le Grand Soir (site important à consulter souvent) :
https://www.legrandsoir.info/le-proces-de-julian-assange-est-infiniment-plus-grand-qu-assange-lui-meme.htmlq+

[Trahison des élites] mécanismes du VOL DES COMMUNS par nos prétendus « représentants »

Histoire des PRIVATISATIONS

On devrait arrêter de parler de « capitalisme » et préférer le mot CRAPULISME, comme conséquence cauchemardesque du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

NOTRE CAUSE COMMUNE, urgente et incandescente, c’est d’apprendre dès aujourd’hui à INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE POLITIQUE, pour résister enfin victorieusement aux parasites marchands (la classe oisive) qui ont pris le contrôles des sociétés humaines depuis 200 ans.

Le drapeau du grand bouleversement sera #CitoyensConstituants

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier

Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier, qui l’auront laissé torturer et crever sans le protéger.

Merci RT.

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[Arrestation de Julian ASSANGE à Londres] Rendez-vous avec Viktor Dedaj ce Jeudi Chouard #5, 20 h sur Sud radio

Salut,

Julian Assange, vient d’être arrêté par la police anglaise.

Scotland Yard vient de reconnaître que l’arrestation a eu lieu sur injonction des USA…

L’extradition du Royaume -uni vers les USA est très facile, sans dossier, donc sans possibilité de se défendre.

Notre meilleur lanceur d’alerte, héros mondial, exemple vivant de journalisme, sentinelle du peuple, va bientôt finir à Guantanamo, torturé puis assassiné par les chiens de l’empire.

Et nos salauds de « journalistes », littéralement vendus aux riches, vont se taire et laisser faire au lieu de tempêter et de résister… Ces vendus seront d’ailleurs eux-mêmes sur les prochaines charrettes de l’empire (les USA ont prévenu).

Tout ça est à pleurer.

Wikileaks le sentait venir

Je vous propose de faire, ce jeudi Chouard #5, juste après ma deuxième rencontre avec Raphaël (19h-20h), un « spécial Assange » avec Viktor Dedaj (et Didier Maïsto et Régis de Castelnau) : 20 h sur Sud radio, live Youtube et live Facebook.

Juan Branco ne pourra pas venir, mais on tâchera d’avoir avec lui un échange téléphonique.

À tout à l’heure.

Étienne.

LIBÉREZ ASSANGE !

PS : je serai au journal de RT France à 15 h.

PPS : la page dédiée à Julian sur Le Grand Soir :
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[RussEurope-en-Exil] A propos du livre d’Etienne Chouard, « Notre Cause Commune », par Jacques Sapir

Je remercie Jacques Sapir du fond du cœur pour tous ses précieux commentaires sur mon travail. Je remercie aussi Olivier Berruyer de publier cette recension :

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-a-propos-du-livre-detienne-chouard-notre-cause-commune-par-jacques-sapir/

[Jacques Sapir : ] Etienne Chouard vient de publier Notre Cause Commune[1], un livre où, à partir du mouvement des Gilets Jaunes, il fait un procès en règle de la démocratie représentative avec l’apologie du référendum et du tirage au sort. C’est un livre important, et qui choquera certains à gauche, et c’est tant mieux. Mais, ce livre devrait les inciter à réfléchir à ce qu’ils appellent « démocratie ». J’ai rencontré Etienne Chouard à deux reprises, quand il fut invité dans l’émission RussEurope Express ou j’interviens sur Sputnik France[2]. Disons le d’emblée, Etienne Chouard ne correspond nullement à la caricature qu’une certaine presse veut en dresser. Ce n’est ni un « complotiste », ni un dangereux excité, mais bien quelqu’un avec qui on a plaisir à discuter à débattre, même si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui, et peut-être surtout si l’on n’est pas d’accord. C’est quelqu’un qui m’a impressionné par la qualité de son écoute et par son humilité qui est tout sauf feinte. La forme d’interdiction de parole dont il est l’objet dans les médias « officiels » est particulièrement choquante. Au-delà, les questions qu’il pose dans son ouvrage sont des questions fondamentales.

Une utopie politique

Le livre est construit en 8 chapitres de taille diverse. Etienne Chouard présente le pourquoi du comment il s’est intéressé à la question politique et a été conduit à remettre en cause le principe de l’élection, dont il fait le « procès » au chapitre 2. Il cherche à montrer au chapitre 3 comment l’élection tend à infantiliser les citoyens, et soutient, au chapitre 4, qu’elle porte au pouvoir les « pires ». Dans le chapitre 5 il dresse un état des lieux des pratiques du tirage au sort, puis développe, dans le chapitre 6 l’idée d’une constitution qui serait directement écrite par les citoyens au travers d’atelier constituant. Le chapitre 7 présente diverses références sur la notion de démocratie, sur le processus électoral et sur le tirage au sort. Le chapitre 8, qui sert de conclusion, reprend le mouvement des Gilets Jaunes, veut en montrer l’exemplarité, présente une liste de doléances et insiste sur le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) comme point central de ce mouvement. Il y a à l’évidence un esprit utopique qui anime Etienne Chouard. Le terme ne doit pas être pris dans son sens péjoratif, car nous avons besoin d’utopies. Henri Maler n’avait-il pas intitulé, il y a quelques années, un de ses livres Convoiter l’Impossible [3]?

On peut tomber d’accord avec Etienne Chouard sur une série de points. Quand il dresse le bilan d’une corruption, tant matérielle que morale d’une partie du personnel politique, quand il insiste sur la dépossession de la souveraineté, dont les suites du référendum de 2005 furent un exemple flagrant, quand il montre l’inefficacité du système politique actuel, on peut très facilement tomber d’accord avec lui. De même, l’apologie des pratiques référendaires et du RIC pour tenter d’insuffler un nouvel esprit démocratique dans le système politique touche un point juste. Il en va de même, sur un mode plus mineur, avec la pratique du tirage du sort. Cette dernière est bien admise pour les jurés des assises. Pourquoi ne serait-elle pas étendue au système politique ?

Il y a un autre point sur lequel on se retrouvera avec Etienne Chouard, c’est évidemment sur l’importance du politique (et non de « la » politique). La dénonciation à laquelle il procède de l’envahissement des choix supposés « techniques » dans des domaines qui relèvent du politique est une évidence. Elle n’est pas nouvelle et de nombreux auteurs depuis les débuts du XXème siècle l’ont fait.

Mais, derrière ces points s’en cachent d’autres qui, eux, posent problèmes. On voudrait donc ici en faire une liste non exhaustive pour préciser aussi les points de divergence et de désaccord avec Etienne Chouard. Ces points sont-ils décisifs et en mesure de conduire à un rejet total des thèses de ce livre ? Je ne le pense pas, et je crois très sincèrement que des compromis peuvent être trouvés. En tout état de cause, on ne perd pas son temps à lire Etienne Chouard, car les questions qu’il pose sont des questions de la plus haute importance.

Le fond et la forme

Venons en donc aux points de désaccords. La premier, et sans doute le plus essentiel, est qu’Etienne Chouard confond souvent les principes et les formes d’application de ces derniers, ce que l’on appelle les « formes phénoménales ». On en trouve un exemple à propos de ce qu’est une Constitution. Cette dernière est toujours double, avec un énoncé des principes (quels qu’ils soient) et des conditions d’application de ces dits principes. Il en est ainsi quand il voue à la même détestation le régime représentatif du système politique de la IIIème République, de la IVème et de la Vème. Or, si l’on peut dire que tous ces systèmes politiques ont été représentatifs, il est faux de dire qu’ils ont tous été porteurs des mêmes défauts. Il y a une notion qui échappe complètement à l’analyse, c’est celle de « rapport de force ». Or, suivant la nature du rapport de forces, suivant aussi le cadre institutionnel, le régime représentatif peut être acceptable ou devenir la pire des choses. N’oublions jamais que c’est une assemblée issue d’un régime représentatif, celle des débuts de la IVème République, qui vota une grande partie du système social que Macron et ses sbires veulent aujourd’hui détruire. Le contexte historique compte, et son absence dans ce livre est un grand défaut.

De même quand Etienne Chouard écrit : « …pour soigner un mal, pour régler un problème, inutile de s’en prendre aux conséquences, bien sûr, mais inutile de s’en prendre même aux causes diverses (puisque tout est multifactoriel) : il y a toujours une cause déterminante (pas la seule mais une qui détermine toutes les autres) : c’est elle qui nous faut, c’est elle qu’il faut chercher… »[4]. Une telle affirmation peut être juste tout comme elle peut être fausse. Il y a des fois où les causes sont trop entremêlées pour pouvoir être distinguées. Ensuite, quand bien même existerait une cause déterminante, ce qui peut survenir, quelle garantie avons nous que cette cause est déterminante de manière générale ou du fait d’un cadre institutionnel qui lui-même est sujet à évolution ? Quand des auteurs (et j’en fait partie) relions les désordres de l’économie française à l’existence de l’euro, c’est parce que nous assumons un cadre institutionnel qui implique qu’il ne pourra pas y avoir de flux de transferts massifs et que la France est et sera dans une situation où les droits de douane sont faibles ou inexistants. Ce n’est qu’à ces conditions que l’on peut dire que l’euro est la source principale des désordres économiques que la France connaît.

Toute tentative de hiérarchisation des causes implique que l’on précise bien ce qui est secondaire de ce qui est principal, les liens de causalité et le contexte qui rend ces liens pertinents. Un exemple de confusion peut être trouvé dans le diagramme en arborescence qui suit cette citation, et qui montre bien qu’Etienne Chouard ne s’est pas livré à un travail sérieux de déconstruction de la question. On notera que ce diagramme présente des « doubles emplois » comme le chômage, les bas salaires et les « injustices sociales ». Je conçois, ayant été professeur comme l’est Etienne Chouard, que l’on puisse avoir besoin de simplifier pour être pédagogique, mais ici on est clairement au-delà de la simplification.

La démocratie dans une société hétérogène

Un deuxième problème vient de ce qu’Etienne Chouard me semble assumer la vue d’une société globalement unifiée et homogène (les « petits » face au « gros », les « dominés » face aux « dominants », et ne tient aucun compte de l’hétérogénéité qui existe dans toute société, mais en particulier dans les sociétés modernes.

Ce problème est manifeste quand Etienne Chouard fait références aux formes antiques de la démocratie, où le nombre de citoyens était fort réduit. Ici, il aurait bien fait avant que d’entrer dans des comparaisons, de lire le livre de Claudia Moatti et de Michelle Riot-Sarcey Pourquoi se référer au passé[5]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit du risque de l’anachronisme, la comparaison peut être faite car elle est lourde de sens. Dans son petit livre publié en 2002, l’historien britannique Fergus Millar, posait d’ailleurs fort bien cette question[6]. Ici encore il faut laisser la parole à Claudia Moatti qui écrit, dans un autre livre, les choses suivantes : « Pourquoi une ancienne société fondamentalement inégalitaire et ses idéaux aristocratiques gardent jusqu’à aujourd’hui encore une telle force d’attraction pour ceux qui tentent de penser la liberté républicaine? Pourquoi donc le détour par l’antique s’impose-t-il de manière aussi insistante? »[7].

La raison dans cette force d’attraction, une raison qui est permanente depuis la Révolution de 1789 jusqu’à nos jours c’est l’idée que ce qui se joue en permanence dans la politique c’est l’affrontement entre le peuple et une couche dominante, qu’on l’appelle oligarchie ou aristocratie. C’est pourquoi le sort tragique de Tiberius Gracchus, puis celui de son frère Caius Gracchus, continue de nous parler[8]. C’est pourquoi nous pouvons aussi nous retrouver dans la lutte implacable des populares, les partisans du peuple, contre les optimates, les partisans du Sénat, dans les personnages de Marius et de Sylla. Ce dernier nous est aussi familier par un vers de Victor Hugo, tiré du poème Ultima Verba publié dans Les Chatiments en 1853 :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; »

Ce n’est pas pour rien si le nom de Sylla détourna le mot de « dictature » de son ancienne signification, où ce mot désignait une magistrature exceptionnelle, mais prévue dans le cadre de la République, pour devenir un synonyme de Tyrannie[9].

Alors, oui, il nous faut penser la question de l’unité du peuple, mais non comme un résultat préexistant, comme un état général qui aurait pu être recouvert de « divisions » issues de la politique des « dominants », mais bien comme un état à construire, et une construction elle-même nécessairement temporaire et liée à un contexte précis. Il faut donc rappeler que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains[10]. Le « peuple » auquel on se réfère est un peuple « pour soi », qui se construit dans l’action et non pas un peuple « en soi », ce qui ne serait qu’une « multitude ». Se référer à cette notion de souveraineté, vouloir la défendre et la faire vivre, se définir donc comme souverainiste, implique de comprendre que nous vivons dans des sociétés hétérogènes et que l’unité de ces dernières se construit, et se construit avant tout politiquement. Cette unité n’est jamais donnée ni naturelle[11].

L’individu limité

Le troisième problème, dont Etienne Chouard a d’ailleurs reconnu la pertinence lors de la première émission que nous fîmes ensemble, c’est la question de la saturation de l’esprit humain par des signaux ou des informations trop nombreuses, une question qui conduit, alors, à une forme de spécialisation du personnel politique. Très clairement, Etienne Chouard a fait sienne les vues quasiment anarchiste du Lénine de l’Etat et a Révolution[12], un ouvrage rédigé en 1917 avant que les Bolchéviques ne soient confrontés à l’épreuve du pouvoir. Ce livre est aussi porteur d’une utopie, tout comme celui d’Etienne Chouard. Mais, avec le recul, et sans mésestimer la question des rapports de forces, nous pouvons analyser ce qui a empêché le rêve de démocratie directe.

Cela est connu en économie. Herbert Simon nous invite à considérer comme un processus empreint de subjectivité le traitement même du signal pour en extraire l’information[13]. Que ce soit pour des raisons d’incomplétude radicale du catalogue d’évaluation ou du fait de la limite imposée par le temps de la décision, application du principe de contrainte temporelle, le processus d’interprétation est incomplet. Il est soumis à des règles d’évaluation et d’arrêt, ainsi que des routines qui sont propres à chaque individu. Il en résulte que l’excès de signaux est aussi problématique du point de vue de la décision que la pénurie d’information. Ainsi: “Dans un monde où l’attention est une ressource rare, l’information peut être un luxe coûteux, car elle détourne notre attention de ce qui est important vers ce qui est secondaire.” [14]C’est ce problème qui rend indispensable des formes de représentation et qui condamne les formes simplistes de la démocratie directe.

La question de la délibération, et du vote, a été analysée par de nombreux auteurs. Le Paradoxe de Condorcet, qu’il faudrait en réalité appeler « Paradoxe de Borda » ou paradoxe du scrutin, montre que, dans un choix délibératif avec vote, quel que soit l’ordre de préférence des votants, il est possible que le résultat du scrutin ne corresponde à l’échelle de préférence d’aucun des votants, autrement dit que le choix collectif ne satisfasse aucun des participants individuels[15]. Mais, le paradoxe de Condorcet s’appuie sur une vision fausse des préférences individuelles, ce qui avait été pressentie par Maurice Allais[16], et ce qui a été démontré dans les travaux des années 1980 et 1990[17]. Le contexte est donc essentiel pour la formation des préférences individuelles. Cette question du contexte implique que l’on ne peut parler au sujet d’une démocratie « décontextualisée ». On revient donc au problème récurrent dans le livre d’Etienne Chouard, cette « dé-contextualisation » de la démocratie représentative[18]. Que cette dernière soit aujourd’hui en crise est une évidence. Mais, la construction de cette crise en principe par la dé-contextualisation dans le but de servir de marchepied à l’utopie de la démocratie directe et de la non-professionnalisation de la classe politique pose un réel problème.

Les subventions aux produits de première nécessité

Le dernier point qui pique dans le livre se trouve au chapitre 8. C’est la proposition de subventionner les produits de « première nécessité »[19]. On glissera sur le problème (réel) de la définition de « première nécessité ». On glissera aussi sur la question d’une application de taux de TVA différenciés, ce qui est déjà le cas. Mais, l’idée d’une subvention directe pose d’autres problèmes.

Ce ne peut être, au mieux, qu’une mesure d’urgence, qui ne peut être prise que dans des circonstances particulières. Encore faut-il savoir qu’en sortir est extrêmement difficile. Le cas de la subvention aux prix du carburant au Venezuela en est un exemple. La subvention va tout autant au commerçant de la classe moyenne qui roule dans un gros 4 x 4 (et qui n’en a pas besoin) qu’aux ouvriers et aux paysans (qui eux en ont besoin). Lors de mon premier séjour dans ce pays (en 2009) j’avais interpellé Nicolas Maduro (alors Chancelier du gouvernement) sur ce point. La réponse que j’avais obtenue était cohérente à défaut d’être satisfaisante : il fallait subventionner les agriculteurs auxquels on donnait des terres pour qu’ils puissent ramener leurs récoltes sur les marchés des villes (la population est à 90% urbaine). J’avais proposé un système de coupons permettant d’acheter du carburant à la place de ces prix anormalement bas, idée qui avait semblé raisonnable à certains de mes interlocuteurs, mais ces derniers m’avaient objecté qu’elle serait lourde à mettre en place. Quand je suis revenu en 2013, l’ensemble du gouvernement se plaignait de la contrebande de carburant vers la Colombie, un phénomène qui créait une « économie de l’ombre » importante et dommageable. Mais, cette contrebande ne faisait qu’exploiter la différence entre le litre de gazole du côté Vénézuélien et du côté Colombien de la frontière !

A chaque fois qu’un gouvernement a voulu subventionner des produits de consommation (comme l’URSS à partir de 1954 pour certaines consommations alimentaires) il a créé des distorsions de prix relatifs extrêmement importantes, distorsions qui ont contribué à modifier la structure de la production[20]. Dans les années 1960 les paysans russes nourrissaient ainsi leur bétail avec du pain dont le prix (subventionné) était bien plus faible que le fourrage…

Bref, si je suis conscient d’un problème évident quant à la consommation des plus précaires dans notre pays, je pense que c’est une erreur de tenter de le résoudre par une subvention des prix des produits de « première nécessité ». Mieux vaudrait attribuer en fonction du revenu, de manière dégressive pour éviter ce que l’on appelle des « effets de seuil », des chèques qui ne seraient utilisables QUE pour acheter certains produits et que les commerçants pourraient amener aux recettes du Trésor pour obtenir de la monnaie. Ce système serait l’équivalent des « food stamps »[21] qui sont aujourd’hui utilisés aux Etats-Unis. Ce système, qui n’est pas parfait car il introduit une dépendance directe des personnes bénéficiaires face aux agences d’Etat, et indirectement pose un problème pour la démocratie, mais il permet cependant d’éviter les désordres qu’introduirait la subvention aux prix des produits.

Fondamentalement, la véritable solution passe plus par une hausse des revenus, et donc du SMIC entre autres, mais cette solution ne pourra être mise en cause que sur la base d’une sortie de l’euro.

Une synthèse possible ?

Ces critiques n’empêchent pas de trouver plusieurs points extrêmement positifs dans ce livre. Et, sur cette base, on peut tenter d’imaginer ce que pourrait être un compromis entre l’utopie, car c’est bien de cela qu’il s’agit, que propose Etienne Chouard et un système réaliste. Une piste possible pourrait provenir d’une lecture approfondie de la citation de Raymond Carré de Malberg, grand juriste français, que l’on trouve à la p. 62. Le sens profond de ce qu’écrit Carré de Malberg, c’est qu’une délégation de la souveraineté est possible, à la condition qu’elle se fasse dans des formes légales et que le contrôle du délégataire sur le délégué soit établi et maintenu. Si l’on admet que le peuple est le seul souverain, la question d’une délégation partielle des pouvoirs peut se poser comme une forme de réponse aux problèmes dont on a parlé plus haut, comme celui de l’attention limité et de la saturation de l’esprit humain par un excès de signaux et d’information. Nous aurions alors un Parlement, assurément élu dans un système faisant une plus large place à la pluralité des opinions, mais contrebalancé par un usage important du référendum, ce dernier ayant toujours la prééminence.

On peut aussi imaginer que, comme c’est déjà le cas pour la séparation du domaine de la loi et du règlement, la Constitution prévoit que tout sujet sur lequel le peuple s’est exprimé par référendum ne peut être à nouveau tranché que par un autre référendum. D’une manière générale, on peut considérer qu’il convient de fortement augmenter l’importance de la procédure référendaire, et d’ouvrir bien plus largement la possibilité de référendum. De ce point de vue, et sous réserve que des garde-fous (en particulier au sujet du référendum révocatoire) soient établis, le référendum d’initiative citoyenne apparaît comme un instrument utile pour combattre la crise de la démocratie que nous traversons.

De même, la question du tirage au sort doit être abordée sérieusement. Il fonctionne déjà dans la société actuelle pour les jurys des assises. Pourquoi ne pas l’étendre à tout ce qui relèverait des commissions de contrôle ou de surveillance des organes de pouvoir ? Si le tirage au sort est inadapté quand il s’agit de représenter les opinions et les intérêts existant dans une société, il est bien plus justifié quand il s’agit de désigner les personnes qui devront vérifier et contrôler des organes de pouvoir, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Quant au processus constituant, Chouard a une préférence pour le tirage au sort après discussion dans des comités locaux. L’idée est sympathique, mais elle suppose que le niveau d’activité des comités locaux soit constant, que l’on ne soit jamais confronté à une « fatigue » de la politique. Or, dans le monde réel, c’est très exactement ce qui se passe. Rappelons que les « soviets » en Russie, qui n’étaient autres que des comités locaux tels que ceux qu’anticipe Chouard, se sont vidés de leur substance et ce avant même que le pouvoir issu de la Révolution de 1917 ne cherche à les contrôler[22]. L’hypothèse que fait Etienne Chouard que le niveau d’activité politique de la population reste constant n’est pas vérifiée par l’expérience historique. C’est d’ailleurs aussi la raison pour laquelle l’idée défendue par Lénine dans l’Etat et la Révolution a rapidement disparu du programme défendu par le pouvoir issu de la Révolution. Mais, ceci étant dit, la construction collective des choix politiques est une nécessité impérative. Cette construction ne peut être permanente, mais dire cela ne signifie pas non plus qu’elle ne puisse être. Il faut donc distinguer entre choix fondamentaux, qui pourraient donner lieu à une procédure référendaire, et choix secondaires qui seraient laissés au Parlement.

Etienne Chouard continue son combat. On peut penser qu’il a raison sur certains points, tort sur d’autres, mais il est et il sera un des interlocuteurs obligés dans le débat sur l’état et sur les formes de la démocratie. En cela, il faut inviter tous ceux qui pensent que ce débat est aujourd’hui crucial à lire et à discuter son livre.

Jacques Sapir.

_________
Notes :[1] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, Paris, Max Milo éditions.

[2] Les émissions du 13 février et du 8 mars 2019 sont en ligne sur Youtube, et l’on peut y accéder par la page de Sputnik, https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/

[3] Maler H., (1995), Convoiter l’Impossible, Albin Michel, Paris.

[4] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 15.

[5] Moatti C. et Riot-Sarcey M., (edits), (2018), Pourquoi se référer au passé, Paris, Editions de l’Atelier, 2018.

[6] Millar, F. (2002), The Roman Republic in political thought. Brandeis, Hanover.

[7] Moatti C., (2018), Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, coll. Ouvertures,, p.8

[8] Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967

[9] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000,

[10] Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste. Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments »

[11] Cette question est largement traitée dans le livre écrit pour le Haut Collège d’Economie de Moscou, Sapir J., (2001), K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes – Essai sur l’étude des économies décentralisées) – traduction de E.V. Vinogradova et A.A. Katchanov, Presses du Haut Collège d’Économie, Moscou. Une partie de l’argumentation est reprise sous une forme différente dans Sapir J., Les trous noirs de la science économique – Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[12] Lénine, V., (1917, 1951) L’État et la Révolution, édition en langues étrangères, Moscou, 132 p.

[13] Simon H.A., (1972), “Theories of bounded rationality”, in C.B. Radner et R. Radner (eds.), Decision and Organization, North Holland, Amsterdam, 1972, pp. 161-176

[14] Simon H.A., (1978), “Rationality as a process and as a Product of thought” in American Economic Review, vol. 68, n°2, pp. 1-16, p. 13.

[15] K. Arrow Social Choice and Individual Values, New Haven, Yale University Press, 1951, p. 2. Pour une analyse du texte de Condorcet, et la généalogie du problème, G.-G. Granger, La Mathématique Sociale du Marquis de Condorcet, Paris, PUF, 1956 (ch. 3).

[16] Allais M., (1953), « Le Comportement de l’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’école américaine », in Econometrica, vol. 21, p. 503-546. Appleby L. et C. Starmer, “Individual Choice Under Uncertainty: A review of Experimental Evidence, Past and Present” in J.D. Hey et J. Lambert (edits.), Surveys in the Economics of Uncertainty, Basil Blackwell, Oxford-New York, 1987, pp. 24-45.

[17] Sapir J., (2005), Quelle Economie pour le XXIème Siècle ?, Paris, Odile Jacob, chap. 1.

[18] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 26-27 notamment.

[19] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 122.

[20] Sapir J., (1989), Les Fluctuations Economiques en URSS, 1941-1985, Paris, Editions de l’EHESS.

[21] Ou Supplemental Nutrition Assistance Programhttps://www.fns.usda.gov/snap/supplemental-nutrition-assistance-program-snap

[22] Ferro M. (1967-1976), La Révolution de 1917, Paris, Aubier Montaigne, 2 volumes.

[Lumineux et important] Juan Branco analyse le mouvement des Gilets jaunes et l’aveuglement du régime en réaction

Toujours passionnant, important, éclairant : Juan :

Il serait utile de retranscrire cette synthèse, je crois.

Il faut vraiment qu’on parle ensemble (tous les deux, publiquement pour démultiplier rapidement la prise de conscience générale) de la préparation du moment juste après le changement de régime, du processus constituant populaire, des articles les plus importants pour le peuple, dans la phase de transition et dans la suivante.

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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[Bouleversant, poignant, révoltant] « Gilets jaunes », « lycéens » ou simples « passants » : LA VIE D’APRÈS DES ÉBORGNÉS

AFP, Guillaume Daudin, Sami Acef, Rémi Banet, François D’Astier, Fred Bourgeais, Jacky Fong, Clara Morineau le Jeudi 4 avril 2019

https://factuel.afp.com/gjeborgnes

Des vies « gâchées », de l’incompréhension ou de la colère : pendant deux mois, l’AFP a recueilli le témoignage de 14 « gilets jaunes » mais aussi de « passants » ou « lycéens » grièvement blessés à l’oeil au cours des manifestations des derniers mois, au coeur des accusations de violences contre les forces de l’ordre.

A l’instar de Jérôme Rodrigues, l’une des têtes d’affiche des « gilets jaunes », les regards mutilés de Vanessa, Patrick ou Alexandre ont été érigés en symbole des « violences policières ». 23 personnes ont affirmé avoir perdu leur oeil depuis novembre, selon les recensements faits par le journaliste indépendant David Dufresne et son projet « Allô place Beauvau ? » ou par le collectif militant « Désarmons-les ».

L’AFP a pu obtenir le témoignage de 14 de ces éborgnés, tandis que 9 ont décliné -leurs noms sont grisés dans notre tableau récapitulatif, au bas de cette infographie- (cliquez sur les noms en bleu pour en savoir plus).

Ils sont 21 hommes et 2 femmes, âgés de 14 à 59 ans, blessés à Paris, Bordeaux, Toulouse, La Réunion… Souvent, ce sont des « gilets jaunes » revendiqués, parfois des « lycéens » ou de simple « passants », contestant tout lien avec le mouvement.
Beaucoup rendent le lanceur de balles de défense (LBD) responsable de leur blessure, mais certains pointent aussi du doigt les grenades GLI-F4, celles de désencerclement, les « DMP », voire des grenades lacrymogènes.

Jeudi 4 avril, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué sur France 2 que « s’il y a eu des fautes, il y aura des sanctions », ne concédant que des « fautes marginales » des forces de l’ordre, dont il a défendu l’action.

La plupart ont un diagnostic net concernant l’un de leurs yeux : pour 14 d’entre eux, selon les certificats médicaux consultés par l’AFP, la vue est perdue et/ou l’oeil n’est plus. Deux pronostics sont en évolution péjorative, vers la cécité. Dans au moins un cas, enfin, la blessure est moins visible, l’oeil toujours présent, mais seules quelques formes apparaissent.
Si certains essaient de donner un sens à cet événement, comme Patrice, 49 ans, qui y voit un « passeport pour un combat contre les armes dites non létales », ils sont nombreux à broyer du noir, pour certains prostrés chez eux ou vivant comme des « taupes », dans le noir. « J’aurais préféré prendre dix ans de prison », se désole Alexandre. L’un a même affirmé à l’AFP avoir fait une tentative de suicide.

Deux options pour découvrir ces témoignages :
– En vidéos, sur notre chaîne YouTube.
– En infographie interactive, ci-dessous.

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David BREIDENSTEIN:
40 ans, blessé à Paris le 16 mars

Je suis parti de Troyes en train, avec une quarantaine de Troyens. On est descendu à la gare de l’Est, on est monté jusqu’à place de l’Etoile. C’était au moins la septième fois que je venais à Paris [depuis le début du mouvement, ndlr]. Je suis « gilet jaune » depuis le début.

On est remonté vers l’Etoile, ça a commencé à charger, du coup on est redescendu avec une paire de gilets jaunes. Là ça commençait à gazer un peu, ils ont tiré des grenades pour disperser un peu tout le monde, du coup on s’est écarté. J’étais en train de marcher, j’ai tourné la tête et j’ai pris le tir. On a l’impression de recevoir un gros parpaing dans la tête, tellement la force elle est monumentale. C’est énorme, ça m’a couché, ça m’a foutu par terre. J’avais juste mon gilet jaune, mon sac à dos, ma clope et c’est tout. J’étais une cible, je marchais tranquillement, je courais pas, j’étais fatigué.

Je bosse dans une usine de forge, je fais tout ce qui est pièces d’Airbus, et tout. Je suis scieur, au débitage acier. On fait des pièces, il y a des réglages à faire sur les machines, il y a plein de contrôles à faire. Donc sans mon œil je ne sais pas comment ça va se passer. Là je suis chez moi, je suis enfermé avec les volets fermés tellement ça fatigue l’autre œil. Dès qu’il y a un peu de soleil, ou le reflet de la télé, ça me fait mal aux yeux, ça me fatigue. Du coup je redors parfois une petite heure pour reposer un peu les yeux mais c’est très très fatigant ●

David Breidenstein a déposé plainte

“On a l’impression de recevoir un gros parpaing dans la tête“

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Franck DIDRON:
20 ans, blessé à Paris le 1er décembre

Aujourd’hui on revendique beaucoup de choses différentes, et c’est une bonne chose, parce que des gens rejoignent le mouvement pour différents motifs, mais quand j’ai commencé à manifester c’était pour des raisons de pouvoir d’achat. Les fins de mois pour moi c’était la merde (sic), j’avais beaucoup trop de mal à les finir.

Quand j’ai appris que ce mouvement existait j’ai foncé pour aller manifester. C’était la toute première fois que j’allais manifester pour ce mouvement [le 1er décembre, ndlr].

J’étais dans un groupe de manifestants pacifiques. On était encerclé de CRS. Mon téléphone a sonné, c’était ma mère qui m’appelait pour me demander des nouvelles parce qu’elle voyait à la télé que le climat était anormal. Je rassurais ma mère. Des gilets jaunes m’ont dit « attention les CRS chargent », je regarde à droite, à gauche, et au moment où je tourne ma tête pour regarder derrière je reçois une balle de LBD 40.

Depuis que j’ai été blessé je me demande pourquoi il m’a tiré dessus ce CRS. Où était l’acte de violence ? J’aimerais bien que ce CRS se manifeste, qu’il vienne devant moi, et que droit dans les yeux il me dise pourquoi il m’a tiré dessus. Parce que là il a gâché ma vie.

Le plus compliqué, c’est d’apprécier les distances, quand tu te sers un verre d’eau. Il faut tout réapprendre. Moi j’étais paysagiste, depuis trois ans dans une entreprise. J’intervenais principalement chez des personnes âgées, mais depuis j’ai beaucoup de mal à retrouver du boulot…. Je ne pense pas qu’un patron va reprendre un ouvrier comme moi avec un œil en moins. Il ne va pas pas prendre le risque de mettre un autre ouvrier en danger. Pour retrouver du travail ça va être super compliqué ●

Franck Didron a déposé plainte, et a été auditionné par l’IGPN selon son avocat.

“Il a gâché ma vie“

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Alexandre FREY:
37 ans, blessé à Paris le 8 décembre

J’ai un enfant et je me demande ce que va devenir la France. Elle part mal, les gens crèvent de faim. La misère, je la vois tous les jours quand je viens travailler à Paris, c’est effroyable. Je voulais crier ma colère, me battre pour que mon fils et ceux de mes proches aient un avenir. C’était ma deuxième manifestation à Paris. Paris c’est la capitale, c’est symbolique, c’était important d’y manifester. Je ne suis pas leader, mais je n’ai pas peur de manifester, donc j’étais souvent en première ligne, ils ont dû me prendre pour un leader.

On est partis pour les Champs vers 10 heures. Dès qu’on a franchi la Seine, j’ai compris que ce n’était pas une manifestation comme les autres. C’était bloqué de tous les côtés, comme une souricière. Ca tirait de partout, ça cramait, c’était la guerre. (…) A un moment donné, mon ami est touché à la jambe. Je le réconforte, je le mets sur le côté. On nous met encore en joue. Là je la prends dans l’œil, elle m’explose l’œil, l’orbite, la rétine, tout. Je ne tombe pas, mais mes amis me disent ‘t’as plus d’œil, t’as plus d’œil !’.

Ce jour-là ils ont tout confondu, ils ont eu plus peur que nous j’ai l’impression. J’ai pas cassé de vitrine, pas tapé un flic, mais même si j’avais cassé une vitrine j’aurais pas mérité ça.

J’ai 37 ans, ma vie est gâchée. J’aurais préféré prendre dix ans de prison. On peut me donner toutes les indemnités du monde, on m’a pris une partie de moi, ce qui m’est arrivé est marqué sur mon visage.

J’espère que je pourrai retravailler. Je fais de la régie, dans le milieu il faut bien présenter. Il faut que je m’adapte à ma nouvelle vie: marcher c’est plus la même chose, conduire ou aller à la piscine j’y pense même plus.

J’en veux même pas aux flics (…) J’en veux juste à ces politiciens, qui donnent des ordres effroyables.

Je suis toujours gilet jaune. Ces gens sur les ronds-points sont incroyables. J’ai des petites vieilles qui me donnent 10 euros en me disant « tiens, pour t’aider » alors qu’elles gagnent 600 € par mois ●

Alexandre Frey a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’aurais préféré prendre dix ans de prison“

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Patrick GALLIAND:
59 ans, blessé à Paris le 24 novembre

On s’était rendu avec quelques amis à cette manifestation parce qu’on avait estimé que c’était important d’exprimer notre mécontentement.

La manifestation était bon enfant, ça chantait ça braillait… rien de spécial et puis d’un seul coup, des gaz lacrymogènes nous sont arrivés dessus… Puis des charges de police. N’ayant pas l’intention de rentrer dans ce genre d’événements avec bagarres, on s’est mis avec notre groupe d’amis dans une rue parallèle pour être plus au calme. On s’est mis en retrait et puis à un moment on a entendu ‘Ils chargent ! Ils chargent !’. Et là j’ai entendu une très forte détonation et j’ai eu un choc à la tête, à l’œil. J’avais l’œil en sang.

D’abord c’est la stupéfaction. On ne comprend pas. Puis très vite c’est de la colère. Contre les politiques, les policiers. J’ai la chance d’avoir été très soutenu par mon employeur, mes amis et ma famille. Tout le monde ne l’a pas (…). (Dans mon travail), je suis amené à monter sur des toitures, sur des machines : il y a un risque que je ne voie pas un endroit où je pose le pied (…). Si je bricole maintenant, je mets systématiquement mes lunettes de sécurité parce que s’il arrive quoi que ce soit à mon autre œil, c’est fini, je suis aveugle.

Aller à la manifestation des blessés était important pour témoigner mais y aller m’a demandé un effort énorme. Des gens faisaient péter des pétards. Chaque détonation, pour moi, c’était un vent de panique ●

Patrick Galliand a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Une partie de mes plaisirs s’en va “

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Vanessa LANGARD:
34 ans, blessée à Paris le 15 décembre

Je m’occupe de ma grand-mère, je suis son auxiliaire de vie, elle vit ici, avec moi, dans cet appartement. Il n’y a rien pour elle. Quand on vit seule, on peut pas vivre. Les retraites, c’est le 1er motif pour lequel je manifestais. L’Etat me paie 380€, c’est ma famille qui me paie un complément de salaire. Macron a parlé des fainéants, mais le 19 décembre, moi, j’avais un 2e travail qui allait commencer dans les écoles, en plus de celui de décoratrice sur verre. Je ne pense pas que j’étais une fainéante. Maintenant, ce n’est plus possible. Je ne manifestais quasiment jamais : quand j’avais 16 ans, oui, j’avais manifesté contre Le Pen…

Après les images des week-ends précédents, la priorité était de faire attention. Contrairement aux autres manifs c’était très calme, j’étais étonnée (…). On tombe sur une barre de CRS. On fait demi-tour, on marche. Des policiers en civil arrivent, ils tirent. Je me fais impacter. Ma meilleure amie entend « pouh ! pouh! ». Elle tourne la tête, un truc noir tombe par terre. « C’est pas de la lacrymo », se dit-elle…Pour moi, plein de choses se sont effacées.

Mais des images que j’ai vues, je suis à terre, le crâne éclaté, on voit l’os. Mon amie est traumatisée, elle m’a cru morte. Quatre personnes qui font demi-tour en se prenant la main pour pas se perdre, je ne pense pas qu’on était dangereux. A ce moment-là, il n’y avait ni menaces, ni cris, ni personnes qui jetaient de choses.

J’ai eu deux interventions à l’hôpital : pour l’hémorragie cranienne, puis pour me poser trois plaques de métal. C’est en sortant que ça a été beaucoup plus compliqué. Mon œil ne peut pas être opéré, il ne se réparera jamais. C’est touché à l’intérieur: j’ai des trous au niveau du nerf optique.

L’handicap de mon handicap c’est qu’il ne se voit pas. J’ai des maux de tête, de la fatigue, les gens ne vont pas comprendre que je sois KO parce que j’ai une apparence normale. J’ai l’impression de ne plus être moi-même.

Je prenais soin de moi-même, j’adorais me maquiller, m’apprêter, maintenant je ne peux plus. Ma vie désormais c’est un combat au quotidien. J’ai un an de rééducation devant moi: mon visage et surtout le cerveau. Je ne retiens plus du tout. Les connexions ne se font plus ●

Vanessa Langard a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’ai l’impression de ne plus être moi-même“

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Gwendal LEROY:
27 ans, blessé à Rennes le 19 janvier

Le mouvement des gilets jaunes c’est quelque chose d’historique: dans la rue, dans un cortège de manifestation un samedi on voit de tout. Des chômeurs, des salariés, des retraités, des gens de tous corps, de tous métiers. Tout le monde est dans la rue, il n’y a pas d’histoire de syndicats, c’est vraiment citoyen. Oui, c’est vraiment quelque chose d’historique. (Quand) il y a une loi qui passe ou autre qui attaque un certain métier, (comme) les routiers, personne ne vient en aide à chaque fois à telle ou telle classe de métier qui se fait attaquer. Du coup, à chaque fois les lois passent. Si par exemple une loi mauvaise passe vis-à-vis des infirmières, il faudrait que tout le monde aille dans la rue, et là je peux vous dire les lois ne passeraient pas. Mais les gens ne sentent plus concernés.

(Ça) m’est arrivé, je crois rue du Maréchal Joffre. On avait vraiment décidé de partir, il était 18 heures et quelque, on avait deux heures de route. Et en remontant la rue, arrivés au niveau des arrêts de bus, j’ai entendu une grenade atterrir à mes pieds. On entend le bruit, donc forcément (on se dit) : ‘qu’est-ce que c’est ?’, on se retourne et donc là j’ai vu un flash, une explosion, violente. Tout de suite j’ai senti quelque chose qui m’a percuté le visage. Je n’estimais pas encore avoir perdu l’usage de (mon) oeil.

A l’hôpital, quelqu’un s’est approché de moi. Il a soulevé la paupière de l’oeil gauche et, c’est là que j’ai compris que c’était grave, parce qu’il a appelé, enfin il a hurlé « on le prend en charge tout de suite ! ».

Je ne sais même pas si j’ai encore accepté en fait, c’est ça le truc. Je ne sais pas si j’ai pris pleinement conscience, que cela va être définitif et à vie.

Il y a des prises de conscience temporaires. Il y a des moment où on est assis sur une chaise et là pendant 10-15 secondes on va être plus lucide, on va se dire « ah ouais, j’ai perdu un oeil. Et c’est à ces moments-là précisément que soit ça passe moralement, soit psychologiquement, (sinon) la journée elle est dans les chaussettes.

J’étais cariste. Je ne sais pas si c’est possible encore de conduire un chariot élévateur. Et puis, il y a la partie « comment trouver un travail »: quel employeur voudrait d’une entre guillemets « personne qui n’aurait qu’un oeil » alors qu’il y a énormément de personnes sur le marché (qui ont) deux yeux ●

Gwendal Leroy a déposé plainte

“Je ne sais pas si j’ai pris pleinement conscience, que cela va être définitif et à vie“

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Fiorina LIGNIER:
20 ans, blessée à Paris le 8 décembre

Je n’avais jamais manifesté de ma vie, je ne suis pas investie en politique. Au départ, je pensais que le président Macron allait réagir mais pas du tout, il a fait le sourd. Ce sont des problèmes qui touchent tout le monde et si personne ne bouge, ça ne changera pas. Donc j’ai voulu y aller moi-même pour porter la parole des « gilets jaunes ». Certes ça ne touche pas les jeunes mais ça nous touchera dans cinq ans. On est la 6e puissance économique mondiale et nos retraités sont obligés de retravailler, c’est aberrant ! La veille de l’Acte 4, on a donc décidé d’aller à Paris avec Jacob (son petit-ami depuis deux ans, NDLR)

Vers 14H00, des casseurs commencent à s’attaquer aux boutiques. Nous sommes tout en haut des Champs au milieu d’une bonne centaine de « gilets jaunes » très calmes. Il n’y a pas de casseurs parmi nous, personne n’a le visage masqué ni l’air violent. Avec Jacob, nous ne portons pas de gilet jaune : les magasins étaient en rupture de stock. Des gendarmes mobiles nous empêchent de reculer. Les policiers chargent et à ce moment-là je reçois une grenade. Je ressens une décharge dans tout le corps. J’ai un trou noir de quelques secondes. Je subis une première opération d’urgence pour resuturer l’oeil. Je suis ensuite hospitalisée pendant 16 jours à La Salpêtrière où j’ai subi une deuxième opération pour restructurer la face. On me dit tout de suite que j’ai perdu l’usage de mon œil.

On va m’enlever l’œil car j’ai des douleurs quand il bouge. Je dors énormément. Je ne peux pas rester trop debout, ma tête tourne encore beaucoup. Les douches, c’est compliqué. Mon muscle pour ouvrir la paupière ne fonctionne plus, il a été sectionné, mais à des moments l’œil s’ouvre et je n’arrive pas à le refermer (…) Je n’arrive plus à lire. C’est plus du tout la même vie, c’est tout au ralenti. Même le ménage j’ai du mal : je range 10 minutes et je suis essoufflée. C’est très rare que les volets soient ouverts, je vis comme une taupe. J’ai des sensations fantômes.

La cagnotte (de 50.000 euros, ndlr), je trouve ça énorme. Autant de solidarité ! J’ai du mal à réaliser parce que je suis étudiante donc 50.000 euros … c’est un pactole ●

Fiorina Lignier a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Je vis comme une taupe“

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Jean-Marc MICHAUD:
41 ans, blessé à Bordeaux le 8 décembre

On était là pacifiquement, pas en agresseurs. Si j’avais voulu aller « taper » du CRS, j’y serais allé avec 50 potes, pas avec ma petite femme (…). Merde! On a quand même a le droit de gueuler, on n’en veut plus de cette France politicarde qui s’en met plein les poches, qui ne pense qu’aux riches.

Mes premières manifestations ça ne craignait pas, c’était à Rochefort, il y a 75% de retraités. Comme cela faisait un mois que je n’avais pas vu ma femme, (aller manifester) c’était l’occasion de passer un petit moment ensemble et de s’amuser car c’était très festif.

Vers 16h30/17H00 ça a commencé à dénégérer, les premières lacrymo et grenades. (…) Il y a une charge de « baqueux » qui nous allument. On part, on se cache derrière un mur, je pousse ma femme et moi je me mets (les mains) en l’air (il mime le geste, ndlr) et là ils m’ont abattu comme un chien, à 5/6 mètres, 7 mètres maximum (…). Je me suis réveillé le dimanche soir à l’hopîtal, en chambre stérile, branché de partout. (…) Puis j’ai vu ma femme entrer, en combinaison (…). J’en ai pleuré.

Pour l’instant il n’y a pas de futur, il n’y a que le présent. Et je pense que toutes les victimes sont comme ça.

Physiquement je me sens bien, je suis combatif. Par contre, moralement j’ai des faiblesses. La perte d’un oeil, c’est quelque chose de très dur.

J’étais très sportif, je faisais du kayak en mer, j’allais pêcher… Il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire. J’étais horticulteur. Dernièrement, je taillais les vignes chez un viticulteur mais je ne peux plus car je n’ai plus la 3D.

Je n’arrive plus à prendre ma femme dans mes bras. Je n’arrive même pas à me regarder dans une glace, je ne me suis pas rasé depuis. Je ne me reconnais pas. Quand j’arriverai à m’accepter, alors j’accepterai les câlins de ma femme ●

L’IGPN a été saisie

“Quand j’arriverai à m’accepter, alors j’accepterai les câlins de ma femme“

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Patrice PHILIPPE:
49 ans, blessé à Paris le 8 décembre

J’étais à Paris le 8 décembre 2018. Paris c’est symbolique, c’est la capitale, je me suis dit que j’allais apporter un peu plus de jaune sur les Champs-Elysées. C’était ma première manifestation. Je suis parti la fleur au fusil. Une chose importante : mon père est un ancien gendarme mobile. Je ne montais à Paris pas pour péter du flic.Le matin, c’était bon enfant.

A 11h00, je prends un premier tir de LBD dans le poignet (…). Cela montait crescendo dans la violence, des gilets jaunes commençaient à desceller des pavés sur les Champs-Elysées (…).

A un moment, je veux sortir. Je me rends compte que c’est impossible (…). Ce phénomène de nasse, de tout fermer, moi j’appelle ça du tir au pigeon (…). Sur un mouvement de recul des gilets jaunes, je m’avance sans signe d’agression. Je voulais aller discuter avec un gendarme pour qu’il me laisse sortir (…) et là une déflagration, une grenade qui m’assourdit, qui me désoriente, et quelques secondes plus tard le tir de LBD dans l’œil. Je titube (…). Le premier gilet jaune qui me voit, quand je vois son visage horrifié, je me dis que je ne suis pas bien, je fais quelques pas et je tombe.

J’ai la « chance » de garder mon œil intact (dans sa forme) mais il y a eu destruction de la rétine (…) et derrière du nerf optique. Je ne verrai plus de cet œil (…).

Mon métier de chauffeur routier c’était une passion, ça faisait 25 ans, j’étais arrivé au summum de la profession: je faisais du convoi exceptionnel (…). J’ai une fille de 14 ans, je ne veux pas me laisser glisser sur un terrain dépressif, je me dois d’être debout (…). Je n’ai pas envie de finir dans (une structure spécialisée) en train d’enfiler des pieds de chaises.

Que peut faire un borgne ? (…) Même si le mouvement s’épuise je serai encore là (..). Ils m’ont donné le passeport pour un combat bien plus important à mes yeux (sourire), contre les armes dites non létales ●

Patrice Philippe a déposé plainte, l’IGGN a été saisie

“Que peut faire un borgne ?“

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Cédric POSE:
34 ans, blessé à La Possession le 27 novembre

J’étais pas manifestant, j’étais pour les gilets jaunes, je les soutenais. Ce jour-là j’étais à la maison en train de faire la cuisine pour des amis gilets jaunes.

Je suis sorti de la maison pour appeler pour venir manger, j’ai eu un coup dans l’oeil par les forces de l’ordre. J’étais pas trop loin d’eux, on m’a visé, et des amis ont confirmé que c’était des forces de l’ordre qui ont tiré sur moi.

L’oeil gauche, j’ai perdu la vue complètement, j’ai plus de vision et à partir de maintenant, je peux plus faire grand-chose. L’oeil droit, la vision baisse.

J’essaie de surmonter petit à petit car comme vous voyez là, j’ai ma petite maison, je suis seul. Pour le moment je ne peux plus travailler. Vu que je ne peux plus faire grand-chose, pour moi c’est pas facile, dans la vie en ce moment. De temps en temps, mes amis passent me voir pour prendre des nouvelles. Vu que je suis blessé, j’ai plus vraiment le temps d’être avec eux ●

Cédric Pose a déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“J’ai ma petite maison, je suis seul, je cherche à surmonter ça“

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Ninef RADJAH:
36 ans, blessé à Toulon le 12 janvier

Ninef Radjah était à Toulon pour un rendez-vous qui a été annulé. Il a donc passé l’après-midi « à traîner, discuter avec des amis », explique-t-il, mais assure ne pas être « gilet jaune » et ne pas avoir participé à la manifestation. Vers 18H00, il était sur l’avenue de la République, une rue qui longe la rade de Toulon fermée à la circulation en raison de la manifestation, « une bouteille à la main en train de boire, de profiter de la vie ».

La manifestation s’achève, quelques « gilets jaunes » restent sur l’avenue alors que la nuit commence à tomber. Ninef « regarde ce qui se passe et ne se sent pas concerné par les forces de l’ordre qui sont sur place », poursuit son avocat. « Les forces de l’ordre, sans raison, se mettent à charger », selon le récit qu’a fait Ninef Radjah à son avocat, Me Caporossi. « Il a un moment d’hésitation, ne comprend pas trop ce qui se passe », quand il se retrouve blessé, rapporte encore Me Caporossi. « J’ai vu des hommes en noir charger, j’ai lâché ma bouteille, j’ai couru après avoir senti quelque chose à la tête », décrit pour sa part Ninef Radjah quand il est interrogé sur le moment précis de sa blessure.

Aujourd’hui, il se bat « pour ne pas tomber dans la dépression ». « Il a mal à la tête, dort 17 heures par jour », assurent Cynthia Cazorla, un témoin, et son avocat ●

Ninef Radjah a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’étais une bouteille à la main en train de boire, de profiter de la vie“

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Jérôme RODRIGUES:
39 ans, blessé à Paris le 26 janvier

Moi, j’étais sorti dans la rue pour essayer de faire comprendre à ce gouvernement qu’il est important qu’aujourd’hui, le peuple français puisse vivre dignement du salaire qu’il gagne, du travail qu’il accomplit – moi j’ai des valeurs de travail, j’ai été élevé de cette manière-là -, et qu’il est regrettable qu’il ne l’entende pas. Un mouvement comme celui des « gilets jaunes », je l’attendais depuis des années. On aurait dû faire ça en 2008 pendant la crise des banques qu’on nous a demandé de renflouer (…). J’ai pas attendu que Macron dise de traverser la rue, j’ai traversé la France pour trouver du boulot et ça marche pas.

Je vois une équipe de jaunes qui sont amis avec moi qui venaient justement de se faire gazer. Je leur disais « partez d’ici les gars, allez pas vous blesser, allez pas perdre un œil ». Je vois une escouade de policiers qui commence à se mettre un petit peu en action. Je sais que je ne les gêne pas à l’instant T, mais j’ai ce mouvement de recul. Je me dis « recule-toi, les mecs ils vont se mettre au boulot on va pas les déranger ». Et là, patatras, je me prends une grenade au niveau des pieds qui m’abrutit l’espace d’une seconde, et une à deux secondes après un énorme impact au niveau de l’œil suite au tir de LBD que j’ai subi.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe ? Deux vies déglinguées. La mienne. Et le policier qui m’a tiré dessus, il va lui arriver quoi à lui ? Il a peut-être une femme et des enfants. Alors il a respecté un ordre, il est dans son bon droit, certes, mais peut-être qu’il a aussi une vie détruite derrière.

Ça me dérange d’être un symbole. Je me battais pour remplir le frigo, le RIC (référendum d’initiative citoyenne, ndlr) et la fin des privilèges et je m’aperçois qu’aujourd’hui je vais devoir mener un nouveau combat. J’ai pris conscience que ma voix a l’air d’avoir de l’importance. Lorsque ça a commencé, je m’étais senti investi d’une mission en tant que témoin-acteur. Aujourd’hui, j’ai une nouvelle responsabilité qui m’incombe, c’est d’essayer d’emmener le mouvement plus loin ●

Jérôme Rodrigues a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Ça me dérange d’être un symbole“

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Ritchie ALEXIS:
34 ans, blessé à Saint-Paul le 19 novembre

Habitant de Saint-Paul, Ritchie Alexis a été sollicité par un ami pour venir rencontrer des manifestants et « leur dire de se calmer pour que l’image du quartier ne soit pas ternie », affirme son avocat Me Rémy Boniface, du barreau de Saint-Denis à La Réunion. Cet homme de 34 ans, « respecté par tous » et « connu pour son tempérament calme » a tenté d’apaiser la situation lors de tensions entre les forces de l’ordre et des jeunes dans le quartier de La Grande Fontaine, détaille l’avocat.

Selon son avocat, Ritchie Alexis, après avoir « calmé les esprits » une première fois dans la matinée, est rentré chez lui pour déjeuner, puis a rejoint une nouvelle fois les manifestants « vers 16 heures ». La situation est tendue : « des jeunes ont dressé un barrage sur une route et font face aux forces de l’ordre ». Me Rémy Boniface raconte que Ritchie s’est alors dirigé vers les manifestants « pour leur demander de se calmer ». « Alors qu’il n’y a eu aucune sommation de la part des forces de l’ordre, mon client entend une première détonation, puis une seconde, c’est à ce moment qu’il reçoit un projectile dans l’oeil », assure le conseil.

« Il y a beaucoup de chagrin et d’incompréhension. Il veut connaître la vérité. Il n’est pas en colère, il admet que même des membres des forces de l’ordre peuvent se tromper et avoir tiré sur lui par erreur, mais il veut que les auteurs reconnaissent leur erreur », explique son avocat ●

Ritchie Alexis n’a pas encore déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“Il veut que les auteurs reconnaissent leur erreur“
Son avocat

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J-L:
17 ans, blessé à Béziers le 6 décembre

J., sortait de son établissement scolaire, où se déroulaient des heurts entre lycéens, « gilets jaunes » et policiers, selon son père. « Mon fils n’était ni manifestant, ni gilet jaune », insiste-t-il auprès de l’AFP.

Lors de cette manifestation, le jeune homme a été touché à l’oeil gauche « sans aucun doute possible » par un tir de LBD40, affirme son père. « Il sortait tout simplement de son lycée », déplore-t-il.

Opéré le 14 décembre, le jeune homme a subi une reconstruction faciale mais a perdu l’usage de son oeil gauche.

Son père, qui attend désormais que « justice soit faite », avait lancé à la télévision un appel à témoins. Il souhaite que l’origine de la blessure de son fils soit reconnue et qu’il y ait une indemnisation ●

J. a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Il sortait tout simplement de son lycée“
Son père

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Jacky SINEDIA:
58 ans, blessé à Saint-Louis le 27 novembre

Agent d’entretien à Saint-Louis, Jacky Sinédia était en chemin pour la maison de sa grand-mère, assure-t-il à l’AFP. Il affirme également qu’il ne soutient pas les « gilets jaunes », « ne participait pas du tout à la manifestation » et « n’a rien à voir » avec le mouvement.

« Il y avait des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants. Il y avait beaucoup de bruit, on entendait les explosions des grenades lacrymogènes et des grenades assourdissantes, les gens criaient et couraient partout », raconte Jacky Sinédia.

Le père de famille de 58 ans prend « peur pour sa fille et son petit-fils », réfugiés chez sa grand-mère, et sort de chez sa belle-mère pour tenter de les rejoindre. « J’étais à peine dans la rue que j’ai reçu un projectile en plein dans mon oeil gauche, j’ai cru que j’allais mourir et puis il y a eu un trou noir », dit-il.

Depuis les événements, Jacky Sinédia est en congé maladie. Il explique être très atteint psychologiquement. « Tous les soirs, j’entends encore les cris des gens et les bruits des explosions ». Il ajoute : « je veux que cette affaire aille jusqu’au bout, je ne suis pas un animal sur qui on tire et qu’on enterre dans un coin. Je n’ai rien fait de mal, je n’ai agressé personne, je veux réparation pour avoir l’esprit en paix, être clair dans ma tête » ●

Jacky Sinédia a déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“J’ai cru que j’allais mourir et puis il y a eu un trou noir“

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Olivier FOSTIER:
49 ans, blessé à Charleville-Mézières le 23 mars

Je vais régulièrement dans les manifestations des gilets jaunes, surtout par refus de la politique actuelle. On est régulièrement en fin de cortège. C’est même la première fois de ma vie que je vais manifester. Macron n’est peut-être pas responsable de tout, on ne lui demande même pas de donner tout, mais les gens veulent du travail et vivre dignement de ce travail.

Je marchais tranquillement, sans gilet jaune en plus. Une grenade arrive devant moi. Je me retourne pour me protéger des gaz, et là je reçois quelque chose. Une grenade ou un tir de LBD. C’est comme si on enfonçait un burin dans l’oeil. Je me suis mis à genoux, je ne tenais plus debout. Les pompiers sont arrivés immédiatement d’autant qu’il y avait eu un accident de voiture tout près.

L’oeil est perdu. L’os en dessous est fracturé. À terme, il y aura sans doute la pose d’une prothèse. Le moral ça va mais je commence à m’inquiéter parce que je me réveille plusieurs fois dans la nuit. J’ai vu un psychologue qui m’a dit que le contrecoup allait arriver plus tard.

Pour le travail je ne sais pas, je suis attaché d’exploitation dans le milieu de la propreté (dans 4 départements du Grand Est, ndlr). Je me déplace énormément, est-ce que cela va aller avec la conduite d’un véhicule ? Je suis aussi très souvent devant un ordinateur, je ne pense pas que cela soit sans conséquences ●

Olivier Fostier a déposé plainte

Source : AFP,
https://factuel.afp.com/gjeborgnes

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Régis de Castelnau : « LOI ANTICASSEURS CENSURÉE »… COMMENT SE MOQUER DU MONDE !

Régis de Castelnau :

Victoire , le Conseil constitutionnel de Fabius et Juppé a censuré une mesure phare de la loi anti-casseurs !

Ah les braves gens ! Victoire ! Victoire ! La liberté triomphe ! Alléluia, faites sonner les cloches dans tout le pays ! Comment le petit freluquet de l’Élysée et le barbu du Havre ils n’ont pas été mouchés !

« Heuh, mais Tonton, pourquoi tu tousses ? Pourquoi tu tords le nez ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? T’es jamais content Tonton !

– Ben c’est seulement la disposition relative à l’interdiction administrative préalable de manifester ordonnée par le préfet qui a été retoquée. Elle était intenable et son annulation était inéluctable, mais LE RESTE, TOUT LE RESTE DE CETTE LOI SCÉLÉRATE A ÉTÉ VALIDÉ. Pour que ça passe tranquille dans les bruits de l’orchestre.

– Ah merde !

– En plus le Conseil n’a pas invalidé le principe (liberticide) de l’interdiction préalable. Il a été malin, il faut lire le considérant numéro 24 qui se conclut par la phrase : « Dès lors, les dispositions contestées laissent à l’autorité administrative une latitude excessive dans l’appréciation des motifs susceptibles de justifier l’interdiction. ». Joli, non ? Si on lit bien on comprend que si le texte avait été un peu plus rigoureux et avait laissé au préfet une latitude qui ne soit pas « excessive » pour porter atteinte à une liberté fondamentale, eh bien cela aurait pu coller.

– Tu crois ?

– C’est assez évident, parce qu’en fait le considérant numéro 24 explique en détail ce qu’il aurait fallu faire pour que ça passe. Voilà ce que nous disent les sages : «Ainsi, le législateur n’a pas imposé que le comportement en cause présente nécessairement un lien avec les atteintes graves à l’intégrité physique ou les dommages importants aux biens ayant eu lieu à l’occasion de cette manifestation. Il n’a pas davantage imposé que la manifestation visée par l’interdiction soit susceptible de donner lieu à de tels atteintes ou dommages. En outre, l’interdiction peut être prononcée sur le fondement de tout agissement, que celui-ci ait ou non un lien avec la commission de violences. Enfin, tout comportement, quelle que soit son ancienneté, peut justifier le prononcé d’une interdiction de manifester. » L’interdiction administrative individuelle préalable est une hérésie au regard des principes qui guident les libertés publiques constitutionnelles dont fait partie le droit de manifestation. ELLE EST ICI VALIDÉE DANS SON PRINCIPE ! Il suffit simplement de l’aménager comme la décision elle-même le conseille. On peut même dire qu’elle fournit le mode d’emploi. Message reçu et il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu’Emmanuel Macron et sa petite bande vont très bien le comprendre et remettre leur ouvrage sur le métier à la première occasion.

– Donc on se fout de nous ?

– Faut croire. Il y avait un indice qui permettait de prévoir cette entourloupe. À votre avis, qui a déféré au Conseil constitutionnel la loi anticasseurs pour qu’il en examine la constitutionnalité ? Eh bien, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République c’est le président d’icelle. Pour se donner le beau rôle, Emmanuel Macron a utilisé l’article 61 de la constitution et ajouté son nom à ceux des parlementaires qui avaient utilisé leurs propres prérogatives. Tout ceci était cousu de fil blanc. »

Laurent Fabius et Alain Juppé ont un point commun : ils sortent tous les deux de l’École Normale Supérieure et de l’ENA . Malheureusement cela ne garantit pas l’exercice d’un minimum de probité républicaine.

Félicitations également aux parlementaires LR qui en proposant et en votant cette loi liberticide ont prêté la main à cette opération.

Régis de Castelnau

https://www.vududroit.com/2019/04/loi-anticasseurs-censuree-comment-se-moquer-du-monde/

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Scandale : Macron-L’éborgneur privatise nos aéroports à 6 h du matin !

Faute de constitution digne de ce nom, nous sommes TOUS IMPUISSANTS devant le spectacle scandaleux du bal des traîtres qui pillent le bien commun.

PAR RIC, NOUS RÉSISTERIONS VICTORIEUSEMENT À TOUTES CES FÉLONIES.

Coup de gueule matinal de Mélenchon à l’assemblée sur une des infinies conséquences de notre impuissance :

La priorité absolue est évidemment de DEVENIR NOMBREUX À VOULOIR ENSEMBLE instituer nous-mêmes notre puissance politique pour nous défendre contre les gredins, les canailles, les fripouilles et tous les voleurs de pouvoir comme le sont les serviles godillots (parlementaires, journalistiques et autres) de la macronie.

Et nous sommes les seuls, nous autres, simples citoyens, à être à la fois aptes et légitimes pour NOUS CONSTITUER NOUS-MÊMES en peuple d’adultes politiques.

Exemplaires, les Gilets Jaunes nous montrent le chemin, en devenant rapidement et unitairement constituants.
Partout sur terre, nous devrions devenir TOUS GILETS JAUNES CONSTITUANTS !

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

#CitoyensConstituants

Étienne.

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Voir aussi ceci, chez Libération :

Comment la privatisation d’ADP a-t-elle pu être votée à 6 heures du matin avec 45 députés présents ?

Vote à l'Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP
Vote à l’Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP Adrien Quatennens

Malgré les critiques, l’adoption du projet de loi ouvrant la cession d’Aéroports de Paris, de la Française des jeux et la cession de parts dans Engie a été validée de façon régulière.

Question posée le 19/03/2019

Bonjour,

Vous nous avez posé cette question que nous avons raccourcie : «Bonjour, comment est-il possible que des lois (comme samedi à 6 heures du matin) soient votées avec 45 députés présents sur 577 ?! Pas de quorum donc ? Comment et pourquoi cela est-il légal ? C’est un non-sens qu’il n’y ait pas une obligation de présence soit sur la totalité, soit les trois quarts des élus (a aménagé en fonction des lois votées). Idem pour les horaires, des horaires décents (qui éviteraient d’utiliser cette technique pour dissuader les élus de province par exemple de venir) et des horaires et un ordre du jour précis (ce qui n’est pas le cas actuellement). Et enfin, quels sont les recours que nous citoyens nous avons pour nous insurger contre ce fonctionnement qui est une farce de démocratie ?! Je ne comprends pas que les journalistes d’investigation n’aient jamais dénoncé cela. On l’apprend par Mélenchon qui, seul, le dénonce depuis presque deux ans maintenant !»

Des conditions de vote très critiquées

Le projet de loi de «croissance et transformation des entreprises» a été adopté par 27 députés (sur 45 votants) en nouvelle lecture par l’Assemblée nationale samedi aux alentours de six heures du matin, clôturant une séance de près de neuf heures et trois jours de débats. Le texte doit effectuer un dernier aller-retour avec le Sénat pour être définitivement validé par les députés. Pour rappel, plusieurs mesures du projet de loi sont particulièrement critiquées, notamment la cession du groupe Aéroports de Paris (ADP) pour une durée de soixante-dix ans et le transfert au privé de la majorité du capital de la Française des jeux.

VOUS NOUS AVEZ AUSSI DEMANDÉLes dividendes d’ADP, de la FDJ et d’Engie à l’Etat sont-ils supérieurs aux rendements perçus en cas de privatisation ?

Les conditions du scrutin ont ajouté à la polémique. Lors de son intervention précédant le vote, Jean-Luc Mélenchon a estimé que débattre dans ce contexte était «une folie» : «Il est six heures moins le quart du matin. La première chose à dire, à cette heure, est une protestation contre une telle situation. Ceux qui l’apprendront – car nous le ferons savoir – comprendront quelle folie il y a – même en nouvelle lecture – à débattre à cinq heures du matin des discriminations à l’embauche, à trois heures du tarif de l’électricité, et à cette heure-ci de tout ce que nous avons entendu. Tout cela est absurde. C’est une folie ! C’est certainement la forme la plus grave de dysfonctionnement de la vie du Parlement que cette situation dans laquelle nous nous plaçons à intervalle régulier.» Ses propos diffusés sur la chaîne YouTube du leader de la France insoumise et sur Twitter ont été très relayés sur les réseaux sociaux.

Vidéo intégrée

Jean-Luc Mélenchon

@JLMelenchon

« Six heures moins dix du matin. J’ai honte pour nous tous de ce que nous sommes en train de faire. »

Sur Facebook, une publication de la page «Perspicace ?» reprenant le détail du scrutin affiché dans l’hémicycle le matin du vote a été partagée près de 60 000 fois. 

Le quorum n’est pas obligatoire

L’article 61 du règlement de l’Assemblée nationale dispose que «l’Assemblée est toujours en nombre pour délibérer et pour régler son ordre du jour». Autrement dit, il n’y a pas de minimum de députés nécessaires pour voter une loi ou un amendement, comme nous l’expliquions dans une réponse précédente. Il existe une exception à cette norme. Un président d’un groupe peut demander au président de l’Assemblée, avant le début du vote, de vérifier que la majorité absolue des 577 députés, ce qu’on appelle le quorum, soit présente. Si tel n’est pas le cas, la séance est suspendue et le scrutin reporté.

Toutefois, cette pratique est limitée par plusieurs règles. D’abord, la majorité des membres du groupe à l’origine de la demande doit être présente dans l’hémicycle et la majorité absolue des députés de l’Assemblée, elle, doit se trouver «dans l’enceinte du Palais». Par ailleurs, le délai de report du scrutin est d’au minimum quinze minutes. Après ce quart d’heure, «le vote est alors valable, quel que soit le nombre des présents», précise le règlement.

Ainsi, samedi matin, les 45 votants étaient en nombre suffisant pour voter, même s’ils représentaient que 7,8% de l’effectif total. A noter que 47 députés étaient présents en tout. Richard Ferrand, député du Finistère et président de l’Assemblée nationale, ainsi que Francis Vercamer, député du Nord et président de la séance, ne pouvaient pas participer au vote.

Une séance en cours peut être prolongée dans la nuit

Autre critique : l’heure du scrutin, 6h15 du matin. D’après le règlement de l’Assemblée nationale, «l’Assemblée se réunit l’après-midi de 15 heures à 20 heures et en soirée de 21h30 à 1 heure le lendemain. Lorsque l’Assemblée tient séance le matin, elle se réunit de 9h30 à 13 heures». Mais il existe la possibilité (ce n’est pas une obligation) de repousser ces horaires le soir afin d’«achever une discussion en cours».

Cordialement

Emma Donada

Source : Libération, https://www.liberation.fr/checknews/2019/03/20/comment-la-privatisation-d-adp-a-t-elle-pu-etre-votee-a-6-heures-du-matin-avec-45-deputes-presents_1716269

Gaël Giraud chez Thinkerview : Tsunami financier, désastre humanitaire ?

Passionnant, passionnant passionnant !

Une pensée puissante et généreuse, claire, honnête et souvent lumineuse.

Encore une excellente vidéo Thinkerview.
Merci à toute sa jeune équipe 🙂

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Ce soir (21 mars 2019), sur Sud Radio, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » 🙂 et on va se demander, cette semaine avec Élisabeth Lévy, À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ?

On va bien sûr dénoncer (entre autres) la corruption du journalisme économique et financier (et donc de l’opinion publique) rendue possible par L’ACHAT DES MÉDIAS PAR LES BANQUES.

Je vais essayer d’organiser en deuxième heure la plage horaire consacrée à répondre à VOS QUESTIONS.

Pour parler des « dérives » du journalisme en France, j’ai invité, mais au dernier moment et c’est compliqué pour tout le monde de démarrer sur les chapeaux de roues, Viktor Dedaj, Juan Branco (il faudra bien dénoncer le scandale du comportement journalistique à propos de Julian Assange) et Denis Robert. Je vais aussi appeler Henri Maler, bien sûr, et je pense aussi à Romain Migus (mais il est encore au Venezuela), Maurice Lemoine (du Diplo), Romaric Godin, et évidemment Laurent Mauduit. Tous ces vrais journalistes (de fait) sont invités dans cette émission dédiée à la promotion d’un processus constituant populaire : j’aimerais écrire avec eux quelques articles de constitution, ici sur les journalistes et sur les lanceurs d’alerte (et sur d’autres sujets qui leur paraîtraient importants).

Hâte d’être à ce soir (je vous écris dans le train) 🙂

Et puis demain, c’est Longwy (près de Metz).

Étienne.

PS : l’adresse de la playlist de Sud Radio Jeudi Chouard 🙂
https://www.youtube.com/watch?v=iEuvWhzQQ7U&list=PLaXVMKmPLMDSBxphlcbU9hXeMmE92bVG8

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Vente à vil prix des biens publics (Aéroport de Paris etc.) aux parrains des gredins. #mafiapoliticienne

Merci Nicole Ferroni, pour ça :

Mais diagnostiquer L’ERREUR (en riant), c’est empêcher de diagnostiquer la TRAHISON (sérieusement).

Nos prétendus « représentants » ne servent PAS les intérêts de ceux qui les ont élus (ils les ruinent, même !), mais ils servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire (les banques et les multinationales, avec les MÉDIAS qu’ils ont achetés pour ça).

Rappel (sept 2014, chez Taddéï) : https://facebook.com/story.php?story_fbid=1044208348997585&id=183950378356724&_rdr

La vente à vil prix des trésors du pays aux gredins mafieux qui ont porté le despote au pouvoir n’est pas une succession d’erreurs, c’est une succession de hautes trahisons.

Et nous n’avons ni journalistes dignes de ce nom (capables de s’y opposer réellement), ni constitution digne de ce nom (écrite par le peuple en personne) pour nous y opposer nous-mêmes efficacement.

PAR RIC, NOUS EMPÊCHERIONS TOUTES CES FORFAITURES — ET NOUS PUNIRIONS TOUTES CES FRIPOUILLES.

Cherchez la cause des causes.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Et devenons tous des #GiletsJaunesConstituants, vite !

Demain, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants », de 19h à 21h sur Sud Radio, et on posera la question À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ? (en distinguant, bien sûr, selon qu’on soit en démocratie ou en oligarchie), avec Élisabeth Lévy comme contradicteur cette semaine. J’ai plein d’idées, on ne va pas s’ennuyer 🙂 merci Didier ! 🙂

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

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https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157003866302317&id=600922316

[Best of] Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

Éric Schemoul a composé une compilation sur mon travail.

Merci Éric 🙂

C’est un gros boulot, bien utile sans doute. Ce sera même un travail précieux si c’est cette compilation-là qui, finalement, tourne beaucoup partout sur terre…

Il l’a appelée :

Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

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Fin du grand débat, début du grand débarras ! Lettre ouverte de Frédéric LORDON à Emmanuel MACRON. Bourse du Travail Paris 14 mars 2019

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156995179982317

Juan Branco est en direct sur Thinkerview

Ce jeune homme est captivant.

[Intéressant] Le débat Chouard / Enthoven sur la démocratie étudié par le Stagirite et par Loïc Chaigneau

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CADTM : Histoire et actualité de l’asservissement des peuples du monde par les usuriers et par les politiciens corrompus par les usuriers

La France est asservie par « la dette publique ».

Ou plutôt, les citoyens français sont asservis par « les élus », les Français sont trahis par leurs prétendus « représentants » (qui représentent en fait ceux qui les ont portés au pouvoir, c’est-à-dire les banques) qui ont fabriqué de toute pièces depuis 45 ans (!) une énorme « dette publique » (cette expression est en elle-même un scandale : un État digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie dont il a besoin : il la crée) en votant depuis 1974 (!) des budgets toujours en déficit ET en empruntant la monnaie aux « marchés financiers » au lieu de la créer (ou de la prendre aux ultra-riches en impôts).

Pour se défendre, il faut comprendre. En matière de dettes publiques à travers le monde, je vous recommande chaleureusement le CADTM, dont je considère les militants comme de formidables et précieuses sentinelles du peuple : l’histoire mondiale — et l’actualité scandaleuse — des DETTES ODIEUSES est très importante à connaître — et à faire connaître — pour élever le niveau de conscience et de résistance des populations opprimées par les usuriers.

Voyez cet article, par exemple. Et tâchez d’aider le CADTM si vous le pouvez, soit en vous abonnant à leur bulletin, soit en leur donnant des sous, soit simplement en parlant de leurs travaux autour de vous (c’est important).

À quand des réparations pour les dettes coloniales ?


http://www.cadtm.org/A-quand-des-reparations-pour-les-dettes-coloniales

[Réponse aux « antifas » et aux médias] François Bégaudeau sur Sud Radio (Les Incorrectibles) : « le bourgeois de gauche oublie qu’il est de gauche »

Cet entretien est passionnant et, quand François parle de moi, très émouvant.

Merci beaucoup.

Étienne.

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[Haute trahison] Dévastation inexorable des services publics par les politiciens pourtant payés pour les défendre : cherchez la cause des causes

Nicole Ferroni explique bien les méthodes prétendument « libérales » pour ravager les services publics, ici celui de l’éducation nationale, sans que PERSONNE ne puisse l’empêcher :

Nous n’avons pas de constitution (digne de ce nom), nous n’avons aucun contrôle de nos prétendus « représentants », nous sommes politiquement IMPUISSANTS, parce que nous acceptons d’être ravalés au rang dégradant d’ÉLECTEURS c’est-à-dire des INCAPABLES POLITIQUES.

Pour résister au cauchemar « libéral », nous devons apprendre à instituer nous-mêmes notre propre puissance politique, en devenant TOUS des #GiletsJaunesConstituants.

Ainsi, enfin armés d’une vraie SOUVERAINETÉ populaire, que nous aurons su vouloir ensemble, instituer et protéger (trois étapes essentielles, fondatrices), par RIC nous sortirons en même temps des deux prisons politiques que nos « représentants » ont bâties autour de nous pour nous exploiter impunément : nous sortirons de nous-mêmes de la prison nationale qu’est la « constitution » de 1958, et de la prison internationale qu’est « l’union européenne ».

Étienne, #citoyenconstituant.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution en peuple digne de ce nom.

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Quelques réponses aux accusations invraisemblables des antifas

C’était à Forcalquier le 15 février dernier. Vidéo de toute la soirée.



Au sujet des « prétendues alertes antifascistes », je signale ici un très bon papier de Christophe Guilluy dans Le Point :

Christophe Guilluy : « Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »


https://www.lepoint.fr/societe/faire-passer-les-classes-populaires-pour-fascisees-est-tres-pratique-16-11-2016-2083327_23.php

Extrait : « Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d’éviter de se poser des questions cruciales.

Lorsque l’on diagnostique quelqu’un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s’interroger sur l’organisation économique du territoire où il vit.

L’antifascisme est une arme de classe.

Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l’économie de marché, il ne lui reste qu’une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n’existe pas.

C’est exactement ce qui est en train de se passer. »

Christophe Guilluy


Je signale aussi ces deux excellentes réactions d’Olivier Berruyer sur un article diffamatoire (minable) paru dans « Libération » (sic) (un journal servant de repaire à la scandaleuse « ligue du lol ») :

[Roses-Bruns] Les méthodes douteuses de Simon Blin (1/2)


[Pharisien en chef]Laurent Joffrin, donneur de leçons en « mauvaises fréquentations », en vacances avec Jean-Marie Le Pen… (carrément, oui oui)
https://www.les-crises.fr/roses-bruns-les-methodes-douteuses-de-simon-blin/

Les sources mal sourcées de Simon Blin, journaliste formé à l’école BHL (2/2)


https://www.les-crises.fr/les-sources-mal-sourcees-de-simon-blin-journaliste-forme-a-lecole-bhl-2-2/

[IMPORTANT]Soirée mémorable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (député LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bretons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

C’est rarissime, de pouvoir interpeller longuement un élu de cette manière, ici notamment sur l’assassinat programmé de la Sécurité sociale .

Merci à Paul d’avoir accepté de présenter ensemble cette passionnante et utile controverse.

Et merci à Cédric et toute l’équipe d’avoir tout organisé parfaitement.

Étienne.

PS : est-ce que quelqu’un parmi nous pourrait rédiger le plan détaillé (et minuté) de cette rare et importante controverse ?

PPS : je viens de voir l’écran « demande de droit de réponse » à la fin 🙂 MERCI infiniment, Cédric et toute la bande des #BretonsConstituants, je vous trouve épatants.

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[Passionnant] François Bégaudeau sur Thinkerview : Gilet Jaunes, Populisme, Bourgeois ?

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RIC, démocratie, #GiletsJaunesConstituants… Entretien au calme, à la maison, avec l’ami Marc, de Nexus

Merci Marc, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

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[Chez Ruptures, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Macron, Union européenne, médias mainstream…

Le week-end dernier, à Paris, j’ai rencontré deux jeunes gens de Ruptures, l’important journal de résistance au régime illégitime européen.

En voici la trace, dans cet article et cette vidéo, synthèse assez complète de ce que je pense du mouvement formidable — historique et exemplaire — des #GiletsJaunesConstituants.

Extraits 🙂 :

«Sur les ronds-points, les Gilets jaunes font ce que nous devrions tous faire, ils sortent de chez eux, ils arrêtent de regarder la télé, ils refont société»

«Joffrin, Aphatie, Barbier et toute la bande des voleurs de parole sont des couards […] ils ne sont pas capables de me prendre en face-à-face pour discuter du fond»

«L’Union européenne est à mon avis un projet d’occupation, il faut voir le travail remarquable de François Asselineau là-dessus».

Bonne lecture à tous

Étienne.

PS : je serai le 7 janvier à Paris (chez Taddéï), le 12 à Nice, le 14 à Marseille (théâtre Toursky), le 18 à Toulon, le 20 à Avignon, les 24, 25 et 26 à Paris, du 7 au 10 février en Bretagne… 

Vie de fou, mais période passionnante. 

En théorie et en pratique, on grandit ensemble, on devient des adultes politiques. 

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Bon courage à tous 🙂


https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-macron-union-europeenne-medias-mainstream-entretien-etienne-chouard

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

Lire aussi, sur Ruptures : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156832239797317

[Chez Sputnik, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie !

Sputnik a écrit un article sur cet entretien :
Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!» https://fr.sputniknews.com/france/201901031039523550-etienne-chouard-democratie-referendum-gilets-jaunes/

Donc, évidemment que nous ne sommes pas en démocratie, et rendons-nous à l’évidence : en 2019, heureusement qu’il y a des médias russes pour sauver la liberté d’expression en France…

Merci @sputnik_fr, merci @RTenfrancais

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156830187282317

Je m’expliquais dimanche dernier à Bruxelles chez Michel Collon (sur sa chaîne d’info « Michel Midi »), à propos des Gilets jaunes, du RIC, des calomnies à mon sujet, des médias…

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