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[Fake news débitées au km par les prétendus « News checkers »] Le EU DisinfoLab à l’origine d’une intox : l’affaire Benalla, produit de la « russosphère » ?

[Fake news débitées au km par les prétendus « News checkers »] Encore une enquête remarquable d’Olivier Berruyer, sur les-crises.fr :

Le EU DisinfoLab à l’origine d’une intox : l’affaire Benalla, produit de la « russosphère » ?


https://www.les-crises.fr/nicolas-vanderbiest-et-le-eu-disinfolab-a-l-origine-d-une-intox-l-affaire-benalla-produit-de-la-russosphere/

« Après le Brexit, l’élection de Trump, la Catalogne, les fausses informations lors de l’élection de Macron, les armes chimiques en Syrie, la cyberattaque des JO de Pyeongchang, la Vague de Froid de l’hiver dernier, etc, voici aujourd’hui l’ombre russe dans… l’affaire Benalla.

Cette narrative est venue de l’association “EU DisinfoLab”, par la voix du cofondateur Nicolas Vanderbiest et de son président Alexandre Alaphilippe.

Nous allons donc présenter cette association, puis ses récents travaux et enfin analyser les réactions de la presse.

  1. EU DisinfoLab et sa galaxie
  2. Le Monitoring des élections françaises de 2017 par EU DisinfoLab
  3. L’étude de Nicolas Vanderbiest sur l’affaire Benalla
  4. Les tweets de Nicolas Vanderbiest sur le “gonflage numérique” de l’affaire Benalla
  5. “L’écosystème russophile” de Nicolas Vanderbiest
  6. De la désinformation par les grands médias à la récupération politique
  7. Fact-checking de Nicolas Vanderbiest : la victime crimméenne
  8. Des erreurs et biais grotesques disqualifiant l’étude ?

[…] Lire la suite, enquête approfondie, sur les-crise.fr :
https://www.les-crises.fr/nicolas-vanderbiest-et-le-eu-disinfolab-a-l-origine-d-une-intox-l-affaire-benalla-produit-de-la-russosphere/


Mon commentaire :

Et les prétendus « journalistes » (désormais tous vendus aux plus grands voleurs) du pays « France » (franc signifie libre) qui voient des >complots russes< partout (et qui prétendent voir aussi des >complotistes< paranoïaques partout — non mais regardez qui parle, sans blague !) et qui relaient et amplifient ces conneries russophobes sur la « russosphère » partout dans leurs pages, sans jamais rien démentir même quand il devient évident qu’ils ont publié de la m…

Une fois de plus, les médias des riches nous intoxiquent pour nous conduire à vouloir leur sale guerre. Le grand George Orwell avait bien expliqué (dans 1984) que Big Brother avait besoin d’une guerre permanente pour légitimer sa contrainte totale sur la population, et comment la désinformation systématique était un autre outil central de domination.

J’espère que vous, au moins, dans vos ateliers constituants quotidiens, vous bossez sur vos projets d’articles de constitution sur l’indépendance des journalistes et sur le contrôle de la qualité de l’information des citoyens 🙂

 
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156487399757317

Rétablir les faits : Que se passe-t-il réellement au Nicaragua ? (Popular Resistance, traduit par Viktor Dedaj pour Le Grand Soir)

Encore un article passionnant et important, sur le site important d’information quotidienne qu’est Le Grand Soir.

Merci Viktor, pour la traduction et pour le signalement.

On reconnaît le mode opératoire du putsch néonazi en Ukraine organisé et soutenu par les USA et l’UE.

Étienne.

Rétablir les faits : Que se passe-t-il réellement au Nicaragua ? (Popular Resistance, traduit par Viktor Dedaj pour Le Grand Soir)

10 juillet 2018 – Il y a beaucoup d’informations fausses et inexactes sur le Nicaragua dans les médias. Même à gauche, certains ont simplement répété les affirmations douteuses de CNN et des médias oligarchiques du Nicaragua pour soutenir la destitution du président Ortega. Le récit de manifestants non violents contre les escadrons anti-émeute et les paramilitaires pro-gouvernementaux n’a pas été remis en question par les médias internationaux.

Cet article cherche à rétablir les faits, à décrire ce qui se passe au Nicaragua et pourquoi. Au moment où nous écrivons ces lignes, le coup d’Etat semble échouer, les gens se sont ralliés pour la paix (comme l’a montré cette marche massive pour la paix du samedi 7 juillet) et la vérité est en train de sortir (par exemple, la cache d’armes découverte dans une église catholique le 9 juillet). Il est important de comprendre ce qui se passe parce que le Nicaragua est un exemple des types de coups d’État violents que les États-Unis et les riches utilisent pour mettre en place des gouvernements néolibéraux dominés par le monde des affaires. Si les gens comprennent ces tactiques, celles-ci seront moins efficaces.

Brouiller les intérêts de classe

Les experts américains tirent en partie leur information des médias, comme La Prensa de Jaime Chamorro-Cardenal et Confidencial de la même famille oligarchique, qui sont les éléments les plus actifs des médias pro-coup. La répétition et l’amplification de leur récit délégitiment le gouvernement sandiniste et demande la reddition inconditionnelle de Daniel Ortega comme la seule option acceptable. Ces experts fournissent une couverture à des intérêts internes et externes néfastes qui ont pour objectif de contrôler le pays le plus pauvre et pourtant riche en ressources de l’Amérique centrale.

La tentative de coup d’Etat a mis en évidence les divisions de classe au Nicaragua. Piero Coen, l’homme le plus riche du Nicaragua, propriétaire de toutes les opérations nationales de Western Union et d’une entreprise agrochimique, est arrivé personnellement le premier jour des protestations à l’Université Polytechnique de Managua, pour encourager les étudiants à continuer à protester, en promettant son soutien.

L’oligarchie traditionnelle du Nicaragua, dirigée politiquement par la famille Chamorro, publie des ultimatums constants au gouvernement par l’intermédiaire de ses médias et finance les barrages routiers qui paralysent le pays depuis huit semaines.

L’Église catholique, longtemps alliée aux oligarques, a mis tout son poids derrière la création et le maintien d’actions antigouvernementales, y compris ses universités, ses écoles secondaires, ses églises, ses comptes bancaires, ses véhicules, ses tweets, ses sermons dominicaux et un effort totalement partisan pour servir de médiateur au Dialogue national. Des évêques ont proféré des menaces de mort contre le président et sa famille, et un prêtre a été filmé en train de superviser la torture des Sandinistes. Le pape François a appelé à un dialogue de paix, et même convoqué le cardinal Leonaldo Brenes et l’évêque Rolando Alvarez à une réunion privée au Vatican, déclenchant des rumeurs selon lesquelles les monseñores nicaraguayens étaient sermonnés pour leur implication évidente dans le conflit qu’ils étaient officiellement en train d’arbitrer. L’église reste l’un des rares piliers qui maintiennent le coup d’Etat en vie.

Une affirmation courante est que Ortega s’est allié à l’oligarchie traditionnelle, mais c’est tout le contraire. C’est le premier gouvernement depuis l’indépendance du Nicaragua qui ne comprend pas un membre de l’oligarchie. Depuis les années 1830 jusqu’aux années 1990, tous les gouvernements nicaraguayens – même pendant la Révolution sandiniste – comprenaient des membres des ’grandes familles’, Chamorro, Cardenal, Belli, Pellas, Lacayo, Montealegre, Gurdián. Depuis 2007, ce n’est plus cas, ce qui explique pourquoi ces familles appuient le coup d’État.

Les détracteurs d’Ortega affirment que son dialogue tri-partite, entre syndicats, capitalistes et l’État constitue une alliance avec les grandes entreprises. En fait, ce processus a permis d’obtenir le taux de croissance le plus élevé d’Amérique centrale et des augmentations annuelles du salaire minimum de 5 à 7 % supérieures à l’inflation, améliorant ainsi les conditions de vie des travailleurs et permettant aux gens de sortir de la pauvreté. Le projet Borgen de lutte contre la pauvreté rapporte que la pauvreté a chuté de 30 pour cent entre 2005 et 2014.

Le gouvernement dirigé par le FSLN a mis en place un modèle économique basé sur l’investissement public et le renforcement du filet de sécurité pour les pauvres. Le gouvernement investit dans l’infrastructure, le transport en commun, l’entretien de l’eau et de l’électricité dans le secteur public et a transféré les services privatisés, par exemple, les soins de santé et l’éducation primaire dans le secteur public. Ceci a assuré une structure économique stable qui favorise l’économie réelle par rapport à l’économie spéculative. La part du lion de l’infrastructure au Nicaragua a été construite au cours des 11 dernières années, ce qui est comparable à l’époque du New Deal aux États-Unis, y compris les centrales électriques à énergies renouvelables à travers le pays.

Ce que les commentateurs libéraux et même de gauche négligent, c’est que contrairement au gouvernement Lula au Brésil, qui a réduit la pauvreté par des versements d’argent aux familles pauvres, le Nicaragua a redistribué le capital productif afin de développer une économie populaire autosuffisante. Le modèle FSLN doit être compris comme un modèle qui met l’accent sur l’économie populaire plutôt que sur l’État ou les sphères capitalistes.

Alors que le secteur privé emploie environ 15% des travailleurs nicaraguayens, le secteur informel emploie plus de 60%. Le secteur informel a bénéficié d’investissements publics de 400 millions de dollars, dont une grande partie provient des fonds de l’alliance ALBA pour financer des microcrédits pour les petites et moyennes entreprises agricoles. Ces entreprises sont soutenues aussi par les politiques visant à faciliter le crédit, l’équipement, la formation, le bétail, les semences et le carburant subventionné. Les petits et moyens producteurs du Nicaragua ont conduit le pays à produire 80 à 90 % de sa production alimentaire et à mettre fin à sa dépendance aux prêts du FMI.

En tant que tels, les travailleurs et les paysans – dont beaucoup sont des travailleurs indépendants et qui ont accédé au capital productif par la Révolution sandiniste et les luttes qui ont suivi – représentent un sujet politique important du développement social stable de l’après-guerre de la dernière décennie, y compris les centaines de milliers de paysans qui ont reçu des titres fonciers et près du quart du territoire national attribué à titre collectif en tant que territoire des nations autochtones. Les mouvements sociaux des travailleurs, des paysans et des groupes indigènes ont été la base du soutien populaire qui a ramené le FSLN au pouvoir.

L’octroi de titres fonciers et l’aide aux petites entreprises ont également mis l’accent sur l’égalité des femmes, ce qui a permis au Nicaragua d’avoir le niveau d’inégalité entre les sexes le plus bas d’Amérique latine et de se classer 12e sur 145 pays dans le monde, juste derrière l’Allemagne.

Au fil du temps, le gouvernement du FSLN a incorporé ce secteur indépendant massif, ainsi que les travailleurs maquiladora (c’est-à-dire les travailleurs du textile dans les usines étrangères situées dans les zones franches créées par les gouvernements néolibéraux précédents), dans le système de soins de santé et de retraite, ce qui a fait croître les engagements financiers, ce qui exigeait une nouvelle formule pour assurer la stabilité fiscale. Les réformes proposées à la sécurité sociale ont déclenché des protestations du secteur privé et des étudiants le 18 avril. Le lobby des entreprises a appelé à la protestation lorsque Ortega a proposé d’augmenter de 3,5 % les cotisations patronales aux fonds de pension et de santé, alors que les cotisations des travailleurs n’étaient que légèrement augmenté de 0,75 %, et de transférer 5 % des pensions des retraités à leur fonds de soins de santé. La réforme a également mis fin à une échappatoire qui permettait aux personnes à revenu élevé de déclarer un faible revenu afin d’avoir accès aux prestations de santé.

Il s’agissait d’une contre-proposition à celle du FMI de relever l’âge de la retraite et de plus que doubler le nombre de semaines que les travailleurs devraient cotiser à la caisse de retraite pour avoir accès aux prestations. Le fait que le gouvernement se soit senti assez fort pour refuser les demandes d’austérité du FMI et du lobby des entreprises était un signe que le pouvoir de négociation du capital privé a diminué, alors que la croissance économique impressionnante du Nicaragua, une augmentation de 38% du PIB entre 2006-2017, a été tirée par les petits producteurs et les dépenses publiques. Cependant, l’opposition a utilisé des publicités manipulatrices sur Facebook présentant la réforme comme une mesure d’austérité, plus des fausses nouvelles de la mort d’un étudiant le 18 avril, pour provoquer des protestations à travers le pays le 19 avril. Aussitôt, la machine à changer de régime s’est mise en marche.

Le Dialogue national montre les intérêts de classe dans le conflit. L’Alliance civique pour la justice et la démocratie de l’opposition a comme figures clés : José Adan Aguirre, chef du lobby des entreprises privées ; Maria Nelly Rivas, directrice de Cargill au Nicaragua et directrice de la Chambre de commerce États-Unis-Nicaragua ; les étudiants d’universités privées du Mouvement du 19 avril ; Michael Healy, directeur d’une société sucrière colombienne et chef du lobby agroalimentaire ; Juan Sebastian Chamorro, qui représente l’oligarchie déguisé en société civile ; Carlos Tunnermann, 85 ans, ex-ministre sandiniste et ex-chancelier de l’Université nationale ; Azalea Solis, directrice d’une organisation féministe financée par le gouvernement américain ; et Medardo Mairena, un ’leader paysan’ financé par le gouvernement américain, qui a vécu 17 ans au Costa Rica avant d’être déporté en 2017 pour trafic d’êtres humains. Tunnermann, Solis et les étudiants du 19 avril sont tous associés au Mouvement pour la Rénovation du Sandinisme (MRS), un petit parti sandiniste qui mérite néanmoins une attention particulière.

Dans les années 1980, de nombreux cadres supérieurs du Front sandiniste étaient, en fait, les enfants de certaines des célèbres familles oligarchiques, comme les frères Cardenal et une partie de la famille Chamorro, en charge respectivement des ministères de la Culture et de l’Éducation et des médias du gouvernement révolutionnaire. Après la défaite électorale du FSLN en 1990, les enfants de l’oligarchie ont provoqué un exode du parti. Avec eux, certains des cadres intellectuels, militaires et du renseignement les plus remarquables ont quitté et formé, au fil du temps, le MRS. Le nouveau parti a renoncé au socialisme, blâmé Daniel Ortega pour toutes les erreurs de la Révolution et, avec le temps, s’est emparé de la sphère des organisations non gouvernementales (ONG) au Nicaragua, y compris les organisations féministes, écologistes, les jeunes, les médias et les organisations de défense des droits de l’homme.

Depuis 2007, le MRS est devenu de plus en plus proche de l’extrême droite du Parti républicain américain. Depuis l’éclatement de la violence en avril, beaucoup sinon la plupart des sources citées par les médias occidentaux (y compris, ce qui est inquiétant, Democracy Now ! d’Amy Goodman), proviennent de ce parti, qui a le soutien de moins de 2% de l’électorat nicaraguayen. Cela permet aux oligarques d’exprimer leur violente tentative de réinstaller le néolibéralisme dans un discours qui sonne de gauche d’anciens sandinistes critiques à l’égard du gouvernement Ortega.

C’est une farce de prétendre que les travailleurs et les paysans sont derrière les troubles. Vía Campesina, le Syndicat national des agriculteurs et des éleveurs, l’Association des travailleurs ruraux, le Front national des travailleurs, la nation indigène Mayangna et d’autres mouvements et organisations ont réclamé sans équivoque la fin de la violence et annoncé leur soutien au gouvernement Ortega. Cette agitation est une opération de changement de régime à grande échelle menée par des oligarques des médias, un réseau d’ONG financé par le gouvernement américain, des éléments armés de familles de propriétaires terriens de l’élite et l’Église catholique, et a ouvert la voie aux cartels de la drogue et au crime organisé pour prendre pied au Nicaragua.

L’éléphant dans la pièce

Ce qui nous amène à l’implication du gouvernement américain dans le coup d’Etat violent.

Comme Tom Ricker l’a signalé au début de cette crise politique, il y a plusieurs années, le gouvernement américain a décidé de financer le secteur de la société civile des ONG au lieu de financer les partis politiques de l’opposition, qui ont perdu une énorme légitimité au Nicaragua. Le National Endowment for Democracy (NED) a donné plus de 700 000 $ pour bâtir une opposition au gouvernement en 2017, et a accordé plus de 4,4 millions de dollars depuis 2014. L’objectif principal de ce financement était de ’fournir une stratégie coordonnée et une voix médiatique pour les groupes d’opposition au Nicaragua’. Ricker ajoute :

« Le résultat de cette construction cohérente et du financement des ressources de l’opposition a été de créer une chambre d’écho amplifiée par les commentateurs des médias internationaux – dont la plupart n’ont pas de présence au Nicaragua et s’appuient sur ces sources secondaires. »

Le père fondateur de NED, Allen Weinstein, a décrit NED comme une façade de la CIA : « Beaucoup de ce que nous faisons aujourd’hui a été fait clandestinement il y a 25 ans par la CIA. » Au Nicaragua, plutôt que la droite traditionnelle, le NED finance les organisations affiliées à la MRS qui émettent des critiques supposément de gauche contre le gouvernement. Les militants du changement de régime utilisent des slogans, des chansons et des symboles sandinistes alors même qu’ils brûlent des monuments historiques, repeignent par dessus les marques rouges et noires des martyrs tombés au champ d’honneur et attaquent physiquement les membres du parti sandiniste.

Parmi les groupes d’opposition du Dialogue national, l’organisation féministe Azalea Solis et l’organisation paysanne Medardo Mairena sont financées par des subventions NED, tandis que les étudiants du 19 avril séjournent dans des hôtels et font des voyages payés par Freedom House, un autre organe de changement de régime financé par NED et USAID. NED finance également Confidencial, l’organisation médiatique des Chamorro. Les subventions du NED financent l’Institute of Strategic Studies and Public Policy (IEEPP), dont le directeur exécutif, Felix Maradiaga, est un autre cadre de MRS très proche de l’ambassade des États-Unis. En juin, Maradiaga a été accusé d’avoir dirigé un réseau criminel appelé Viper qui, depuis le campus occupé de l’UPOLI, a organisé des vols de voitures, des incendies criminels et des meurtres afin de créer le chaos et la panique pendant les mois d’avril et mai.

Maradiaga a grandi aux États-Unis et est devenu membre de l’Aspen Leadership Institute, avant d’étudier les politiques publiques à Harvard. Il a été secrétaire au ministère de la Défense du dernier président libéral, Enrique Bolaños. Il est un « Young Global Leader » au Forum économique mondial et, en 2015, le Chicago Council on Global Affairs lui a décerné la bourse Gus Hart, bourse déjà décernée dans le passé à la dissidente cubaine Yoani Sánchez et à Henrique Capriles Radonski, le leader de l’opposition vénézuélienne qui a attaqué l’ambassade cubaine lors de la tentative de coup d’État de 2002.

Fait remarquable, Maradiaga n’est pas le seul dirigeant de la tentative de coup d’État à faire partie du réseauAspen World Leadership Network. Maria Nelly Rivas, directrice au Nicaragua du géant américain Cargill, est l’un des principaux porte-parole de l’Alliance civique de l’opposition. M. Rivas, qui dirige actuellement laChambre de commerce États-Unis-Nicaragua, est en cours de préparation en vue des prochaines élections présidentielles. Sous ces leaders préparés aux États-Unis, il y a un réseau de plus de 2 000 jeunes qui ontreçu une formation avec des fonds NED sur des sujets tels que les compétences en matière de médias sociaux pour la défense de la démocratie. Ce bataillon de guerriers des médias sociaux a été en mesure de façonner et de contrôler immédiatement l’opinion publique sur Facebook en cinq jours, du 18 au 22 avril, ce qui a donné lieu à des manifestations violentes et spontanées dans tout le pays.

Sur la violence

L’une des façons dont les reportages sur le Nicaragua se sont écartés le plus de la vérité est de qualifier l’opposition de ’non-violente’. Le scénario de violence, calqué sur les manifestations guarimbas de 2014 et 2017 au Venezuela, consiste à organiser des attaques armées contre les bâtiments du gouvernement, à inciter la police à envoyer des escadrons anti-émeute, à s’engager dans des confrontations filmées et à publier en ligne des images montées en prétendant que le gouvernement est violent à l’encontre des manifestants non violents.

Plus de 60 bâtiments gouvernementaux ont été incendiés, des écoles, des hôpitaux, des centres de santé attaqués, 55 ambulances endommagées, au moins 112 millions de dollars en dommages aux infrastructures, de petites entreprises ont été fermées et 200 000 emplois ont été perdus, ce qui a eu un impact économique dévastateur pendant les manifestations. Outre des milliers de blessés, 15 étudiants et 16 policiers ont été tués, ainsi que plus de 200 Sandinistes kidnappés, dont beaucoup ont été torturés publiquement. Lesatrocités violentes de l’opposition ont été présentées à tort comme une répression gouvernementale. S’il est important de défendre le droit du public à protester, quelles que soient ses opinions politiques, il est malhonnête d’ignorer que la stratégie de l’opposition exige et se nourrit de violence et de morts.

Les informations nationales et internationales font état de morts et de blessés dus à la ’répression’ sans expliquer le contexte. Les cocktails Molotov, les lanceurs de mortier, les pistolets et les fusils d’assaut utilisés par les groupes d’opposition sont ignorés par les médias, et lorsque des sympathisants sandinistes, des policiers ou des passants sont tués, ils sont faussement comptés comme victimes de la répression de l’État. Les allégations explosives lancées par l’opposition telles que les massacres d’enfants et les meurtres de femmes, se sont révélées fausses, et les cas de torture, de disparitions et d’exécutions extrajudiciaires par les forces de police n’ont pas été corroborés par des preuves ou une procédure régulière.

Bien qu’il existe des preuves à l’appui de l’allégation de l’opposition selon laquelle des tireurs d’élite tuent des manifestants, il n’y a pas d’explication logique pour que l’État utilise des tireurs d’élite pour augmenter le nombre de morts, et les contre-manifestants ont également été victimes de tirs de tireurs d’élite, suggérant la présence d’un provocateur ’tiers’ dans la violence déstabilisante. Lorsqu’une famille sandiniste entière a été brûlée à mort à Managua, les médias d’opposition ont tous cité un témoin qui affirmait que la police avait mis le feu à la maison, alors que la maison se trouvait dans un quartier barricadé interdit à la police.

La Police nationale du Nicaragua est reconnue depuis longtemps pour son modèle de police communautaire (contrairement à la police militarisée dans la plupart des pays d’Amérique centrale), son manque relatif de corruption et ses hauts gradés majoritairement féminins. La stratégie du coup d’État a cherché à détruire la confiance du public dans la police par l’utilisation flagrante de fausses nouvelles, comme les nombreuses fausses allégations d’assassinats, de passages à tabac, de torture et de disparitions au cours de la semaine du 17 au 23 avril. Plusieurs jeunes dont les photos ont été prises lors de rassemblements d’opposition en tant que victimes de la violence policière se sont révélés vivants et en bonne santé.

La police a été totalement inadaptée et sous-préparée aux affrontements armés. Les attaques contre plusieurs bâtiments publics la même nuit et les premiers grands incendies criminels ont conduit les fonctionnaires à tenir des veillées avec des barils d’eau et, souvent, des bâtons et des pierres, pour repousser les assaillants. L’opposition, frustrée de ne pas parvenir à plus de conflits avec les policiers, a commencé à construire des barrages routiers à travers le pays et à brûler les maisons des Sandinistes, et même à tirer et brûler des familles sandinistes dans des crimes de haine atroces. Contrairement à la version des événements de La Prensa, les Nicaraguayens ont ressenti le manque de présence policière et l’absence de sécurité dans leurs quartiers, alors que beaucoup étaient les cibles de la violence.

Depuis mai, la stratégie de l’opposition a été de construire des barrages routiers armés à travers le pays, en bloquant les transports et en piégeant les gens. Les barrages routiers, généralement construits avec de gros pavés, sont tenus par 5 à 100 hommes armés avec des bandanas ou des masques. Alors que les médias parlent de jeunes idéalistes qui contrôlent les barrages routiers, la grande majorité des barrages routiers sontcontrôlés par des hommes rémunérés qui viennent d’un milieu de petite délinquance. Là où de grandes zones urbaines sont bloquées et interdits au gouvernement et aux forces de police, les activités liées à la drogue s’intensifient, et les gangs de la drogue contrôlent maintenant de nombreux barrages routiers et paient les salaires.

Ces barrages routiers ont été les centres de violence, les travailleurs qui doivent passer par des barrages routiers sont souvent volés, frappés, insultés et, s’ils sont soupçonnés d’être sandinistes, ligotés, déshabillés,torturés, peints en bleu et blanc et parfois tués. Il y a trois cas de personnes qui sont morts dans des ambulances incapables de franchir les barrages routiers, et un cas d’une fillette de 10 ans enlevée et violée au barrage routier de Las Maderas. Lorsque les voisins organisés ou la police franchissent les barrages routiers, les groupes armés s’enfuient et se regroupent pour brûler des bâtiments, kidnapper ou blesser des gens par vengeance. Toutes les victimes que cette violence produit sont comptées par les médias grand public comme des victimes de la répression. Un mensonge total.

Le gouvernement nicaraguayen a fait face à cette situation en maintenant en grande partie la police à l’écart des rues, pour éviter les rencontres et les accusations de répression. En même temps, plutôt que d’arrêter simplement des manifestants violents, ce qui aurait certainement donné à l’opposition les morts au combat dont elle avait besoin, le gouvernement a appelé à un dialogue national, sous la médiation de l’Église catholique, dans le cadre duquel l’opposition peut présenter toute proposition de réforme politique et des droits de l’homme. Le gouvernement a créé une commission parlementaire pour la vérité et la paix et a lancé une enquête indépendante auprès du ministère public.

La police n’étant plus dans les rues, la violence de l’opposition s’est intensifiée tout au long des mois de mai et juin. En conséquence, un processus d’autodéfense de voisinage s’est développé. Des familles déplacées, des jeunes qui ont été battus, volés ou torturés, des vétérans de l’insurrection de 1979 et/ou de la guerre contre la Contra, organisent des veillées autour du quartier général du Front sandiniste dans chaque ville. Dans de nombreux endroits, ils ont construit des barricades contre les attaques de l’opposition et ont été faussement étiquetés comme forces paramilitaires par les médias. Dans les villes qui n’ont pas de telles barricades organisées par la communauté, le bilan humain de la violence de l’opposition est beaucoup plus lourd. L’Union nationale des étudiants nicaraguayens a été particulièrement visée par la violence de l’opposition. Un délégué étudiant du Dialogue national, Leonel Morales, a été kidnappé, abattu d’une balle dans l’abdomen et jeté dans un fossé en juin, afin de saboter le dialogue et le punir pour avoir contesté le droit des étudiants du 19 avril de parler au nom de tous les étudiants nicaraguayens.

Depuis avril, quatre grands rassemblements de l’opposition ont été organisés pour mobiliser les Nicaraguayens de la classe moyenne supérieure qui vivent dans les banlieues entre Managua et Masaya. Ces rassemblements mettaient en vedette tout le gratin de la haute société, dont des reines de beauté, des propriétaires d’entreprises et des oligarques, ainsi que des étudiants universitaires du Mouvement du 19 avril, le haut lieu moral de l’opposition.

Trois mois après le début du conflit, aucun des morts ne faisait partie de la bourgeoise. Tous sont issus des classes populaires du Nicaragua. Malgré les annonces d’une de répression totale, la bourgeoisie se sent parfaitement en sécurité pour participer à des manifestations publiques de jour – bien que le dernier rassemblement en journée se soit soldée par une attaque chaotique de manifestants contre des squatters sur une propriété de Piero Coen, curieusement, l’homme le plus riche du Nicaragua. Les attaques armées nocturnes sont généralement menées par des gens qui viennent de quartiers pauvres, dont beaucoup sont payés deux à quatre fois le salaire minimum journalier pour chaque nuit de destruction.

Malheureusement, la plupart des organisations nicaraguayennes de défense des droits de l’homme sont financées par NED et contrôlées par le Mouvement pour la rénovation sandiniste. Ces organisations ont accusé le gouvernement nicaraguayen de dictature et de génocide tout au long de la présidence d’Ortega. Les organisations internationales de défense des droits humains, y compris Amnesty International, ont été critiquées pour leurs rapports partiaux, qui ne contiennent aucune des informations fournies par le gouvernement ou des individus qui s’identifient comme Sandinistes.

Le gouvernement a invité la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) de l’OEA, une entité basée à Washington, notoirement hostile aux gouvernements de gauche, à enquêter sur les événements violents du mois d’avril et à déterminer s’il y a eu répression. La nuit d’une escarmouche controversée sur l’autoroute à l’extérieur de l’Université agraire de Managua a mis fin à une trêve négociée de 48 heures, le directeur de la CIDH, Paulo Abrao Abrao, a visité le site pour déclarer son soutien à l’opposition. La CIDH aignoré la violence généralisée de l’opposition et n’a rendu compte que de la violence défensive du gouvernement. Non seulement elle a été catégoriquement rejetée par le ministre des affaires étrangères du Nicaragua Denis Moncada comme une ’insulte à la dignité du peuple nicaraguayen’, mais une résolution approuvant le rapport de la CIDH n’a été soutenue que par dix pays sur 34.

Pendant ce temps, le Mouvement du 19 avril, composé d’étudiants ou d’anciens étudiants universitaires en faveur d’un changement de régime, a envoyé une délégation à Washington et a réussi à aliéner une grande partie de la société nicaraguayenne en souriant aux caméras avec des membres interventionnistes d’extrême droite du Congrès américain, dont le représentant Ileana Ros Lehtinen, le sénateur Marco Rubio et le sénateur Ted Cruz. Les dirigeants du M19 ont également applaudi les avertissements belliqueux lancés par le vice-président Mike Pence selon lesquels le Nicaragua figure sur la courte liste des pays qui connaîtront bientôt ce qui signifie la liberté selon l’administration Trump, et ont rencontré le parti ARENA d’El Salvador, connu pour ses liens avec les escadrons de la mort qui ont assassiné le théologien Oscar Romero, l’archevêque de la théologie de la libération. Au Nicaragua, la masse critique d’étudiants a cessé de manifester il y a des semaines, les grandes manifestations civiques d’avril et de mai ont diminué, et les mêmes vieux visages familiers de la droite nicaraguayenne se retrouvent devant la note à payer des dégâts matériels massifs et des pertes de vie.

Pourquoi le Nicaragua ?

Ortega a remporté son troisième mandat en 2016 avec 72,4 % des suffrages avec un taux de participation de 66 %, très élevé par rapport aux élections US. Non seulement le Nicaragua a mis en place une économie qui traite les pauvres comme des producteurs, avec des résultats remarquables pour améliorer leur niveau de vie en 10 ans, mais il a aussi un gouvernement qui rejette constamment l’impérialisme américain, s’alliant à Cuba, au Venezuela et à la Palestine, et exprime son soutien à l’indépendance portoricaine et à une solution pacifique à la crise coréenne. Le Nicaragua est membre de l’Alliance bolivarienne des Amériques et de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes, une alternative latino-américaine à l’OEA, dont ni les États-Unis ni le Canada ne font partie. Il s’est également allié à la Chine pour un projet de canal et à la Russie pour la coopération en matière de sécurité. Pour toutes ces raisons, les États-Unis veulent mettre en place un gouvernement nicaraguayen favorable aux États-Unis.

Plus important est l’exemple que le Nicaragua a donné pour un modèle social et économique réussi en dehors de la sphère de domination US. Générant plus de 75% de son énergie à partir de sources renouvelables, le Nicaragua était le seul pays ayant l’autorité morale pour s’opposer à l’Accord de Paris sur le climat, le jugeant insuffisant (il a rejoint le traité un jour après que Trump ait retiré les Etats-Unis, déclarant ’nous nous sommes opposés à l’accord de Paris par responsabilité, les Etats-Unis s’y opposent par irresponsabilité’). Le gouvernement FMLN d’El Salvador, bien que politiquement moins dominant que le Front sandiniste, a pris l’exemple de la bonne gouvernance au Nicaragua, interdisant récemment l’exploitation minière et la privatisation de l’eau. Même le Honduras, l’éternel bastion de la puissance US en Amérique centrale, avait montré des signes d’un déplacement vers la gauche, jusqu’au coup d’État militaire soutenu par les États-Unis en 2009. Depuis lors, il y a eu une répression massive des militants sociaux, une élection clairement volée en 2017, et le Honduras a permis l’expansion des bases militaires américaines près de la frontière nicaraguayenne.

En 2017, la Chambre des représentants des États-Unis a adopté à l’unanimité la Nicaraguan Investment Conditionality Act (NICA Act), qui, si elle est adoptée par le Sénat, obligera le gouvernement US à opposer son veto aux prêts consentis par des institutions internationales au gouvernement nicaraguayen. Cetimpérialisme US paralysera la capacité du Nicaragua à construire des routes, à moderniser les hôpitaux, à construire des usines d’énergie renouvelable et à passer de l’élevage extensif à des systèmes intégrés d’élevage et de foresterie, entre autres conséquences. Il peut aussi signifier la fin de nombreux programmes sociaux populaires, comme l’électricité subventionnée, des tarifs d’autobus stables et le traitement médical gratuit des maladies chroniques.

Le pouvoir exécutif américain a utilisé la Global Magnitsky Act pour cibler les finances des dirigeants de la Cour suprême électorale, de la police nationale, du gouvernement de la ville de Managua et de l’ALBA au Nicaragua. Les policiers et les bureaucrates de la santé publique se sont entendus dire que leurs visas US avaient été révoqués. La question n’est pas de savoir si ces fonctionnaires ont ou n’ont pas commis des actes qui méritent leur réprimande au Nicaragua, mais si le gouvernement US a la juridiction pour intimider et s’en prendre aux fonctionnaires nicaraguayens.

Alors que la violence sadique se poursuit, la stratégie des putschistes visant à chasser le gouvernement a échoué. La résolution de la crise politique passera par des élections, et le FSLN est susceptible de remporter ces élections, à moins d’une nouvelle offensive dramatique et improbable de la part de l’opposition de droite.

Une guerre des classes à l’envers

Il est important de comprendre la nature des coups d’État américains et oligarchiques de cette époque et le rôle des médias et de la tromperie des ONG parce qu’elle se répète dans de nombreux pays d’Amérique latine et dans d’autres pays. On peut s’attendre à une attaque similaire contre Andrés Manuel López Obrador, récemment élu au Mexique, s’il cherche à obtenir les changements qu’il a promis.

Les États-Unis cherchent à dominer le Nicaragua depuis le milieu du XIXe siècle. Les riches du Nicaragua ont cherché le retour de la gouvernance alliée aux Etats-Unis depuis que les Sandinistes ont pris le pouvoir. Cet échec du coup d’État ne signifie pas la fin de leurs efforts ou la fin de la désinformation dans les médias. Savoir ce qui se passe réellement et partager cette information est l’antidote pour les vaincre au Nicaragua et dans le monde entier.

Le Nicaragua est une guerre de classes à l’envers. Le gouvernement a relevé le niveau de vie de la majorité pauvre en redistribuant les richesses. Les oligarques et les Etats-Unis, incapables d’installer le néolibéralisme par le biais d’élections, ont créé une crise politique, mise en évidence par une fausse couverture médiatique pour forcer Ortega à démissionner. Le coup d’État échoue, la vérité émerge et ne doit pas être oubliée.

Kevin Zeese, Nils McCune

Kevin Zeese est un avocat qui codirige Popular Resistance, basée aux Etats-Unis. Nils McCune fait partie de l’équipe technique de l’IALA Mesoamerica (Institut agroécologique d’Amérique latine au Nicaragua) et est chercheur à l’Université du Michigan.

Traduction « bon, avec ça, y’en a qui devraient comprendre, non ? » par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://popularresistance.org/correcting-the-record-what-is-really-happening-in-nicaragua/

URL de cet article sur Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/retablir-les-faits-que-se-passe-t-il-reellement-au-nicaragua-popular-resistance.html

 
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Wikipédia, outil de calomnie et de mensonge pour ses parties politiques (et économiques), comme tous les autres médias vendus : l’Affaire Philip Cross, par Craig Murray

Pour simplifier l’accès aux savoirs SCIENTIFIQUES ET HISTORIQUE, Wikipédia est un outil pédagogique souvent très utile, évidemment ; mais dans les domaines POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES, où les voleurs de pouvoir (et les voleurs tout court, comme les industriels et les banquiers) ont beaucoup à gagner ou à perdre — et où il y a donc de puissantes raisons pour mentir —, Wikipédia est un outil de manipulation et de mensonge, exactement comme les autres médias achetés par les riches pour désinformer les citoyens, en discréditant fallacieusement les opposants et en flattant pernicieusement les dominants.

Pour preuve, par exemple, l’article passionnant ci-dessous, de Craig Murray.

C’est ainsi que ma propre page Wikipédia est progressivement devenue un outil de calomnie malveillante chimiquement pure — avec interdiction de m’y défendre moi-même…

Étienne.

Est-ce que le fait d’être libre n’offre pas forcément l’objet libre aux plus riches (le privant rapidement de réelle liberté) ?


L’Affaire Philip Cross par Craig Murray [Trad.]

Note Soverain : Cet article de Craig Murray met en évidence les liens entre Wikipédia, généralement réputée pour être une encyclopédie libre et participative (et donc une référence dans le domaine de l’information), et la manière dont elle est utilisée à des fins (géo)politiques avec la complicité supposée de son fondateur et de certains rédacteurs. Cet article traite de l’affaire « Philip Cross », un utilisateur de Wikipédia qui a un grand nombre de révisions à son actif, toutes en faveur des médias néo-conservateurs britanniques et en défaveur des médias indépendants et alternatifs. Cet article apporte des éléments de réponse pour juger de la neutralité de Wikipédia, et permet d’avoir un aperçu des difficultés rencontrées par d’autres personnes physiques ou morales (partis politiques, associations), même en France, pour disposer d’une page objective.

Craig Murray : « Philip Cross » n’a pas eu un seul jour de répit sur sa page Wikipedia depuis presque cinq ans. « Il » a édité tous les jours du 29 août 2013 au 14 mai 2018. Y compris cinq jours de Noël. Ça fait 1 721 jours consécutifs de révisions.

133 612 modifications ont été apportées à Wikipédia au nom de « Philip Cross » sur une période de 14 ans. C’est plus de 30 éditions par jour, sept jours sur sept. Et je ne l’utilise pas au sens figuré : Les révisions Wikipedia sont enregistrées dans le temps, et si vous les tracez, la carte de temps pour l’activité Wikipedia de « Philip Cross » est étonnante si il s’agit d’un seul individu :

L’activité se déroule comme une horloge, sept jours sur sept, toutes les heures de la journée, sans variation significative. Si « Philip Cross » est vraiment un individu, on ne peut nier qu’il soit maladivement obsédé. Je ne suis pas psychiatre, mais à mes yeux tout à fait inexpérimentés, cela ressemble au comportement d’un psychotique dérangé sans activités sociales en dehors de son domicile, sans travail (ou un patron incroyablement tolérant), vivant sa vie à travers un écran. Je dirige ce qui est sans doute le blog politique le plus lu au Royaume-Uni, et je ne passe pas autant de temps sur Internet que « Philip Cross ». Ma « timecard » montre les endroits où je regarde le football le samedi, je vais boire le vendredi, je vais au supermarché et me promener ou sortir en famille le dimanche, et en général, je me détends beaucoup plus et je lis des livres le soir. Cross n’a pas les schémas d’activité d’un être humain normal et parfaitement équilibré.

Il y a trois options. « Philip Cross » est soit une personne très étrange en effet, soit une fausse personne déguisant une activité payante pour contrôler le contenu de wikipedia, soit une vraie personne de façade pour une telle opération en son nom.

Pourquoi cette qualification d’obsessionnel compulsif sans amis – pour prendre l’explication officielle – est justifiée ?

Parce que le but de l’opération « Philip Cross » est de systématiquement attaquer et de miner la réputation de ceux qui jouent un rôle de premier plan dans la remise en cause du discours dominant des entreprises et des médias d’Etat, en particulier dans les affaires étrangères. « Philip Cross » cherche aussi systématiquement à faire briller la réputation des journalistes des médias grand public et d’autres personnalités qui jouent un rôle de premier plan dans la promotion de la propagande néoconservatrice et dans la promotion des intérêts d’Israël.

C’est important parce qu’un lecteur ordinaire qui tombe sur un article questionnant (disons le comme ça) le récit officiel sur les Skripals, est très susceptible de se tourner vers Wikipedia pour obtenir des informations sur l’auteur de l’article. En termes simples, le but de l’opération « Philip Cross » est de s’assurer que si ce lecteur recherche une personne antimilitariste comme John Pilger, ils concluront qu’ils ne sont pas du tout fiables et peu dignes de confiance, alors que s’ils recherchent un journaliste MSM de droite, ils concluront qu’ils sont un modèle de vertu et qu’il faut leur faire pleinement confiance.

Le traitement « Philip Cross » est réservé non seulement aux partisans de l’aile gauche, mais à tous les sceptiques du néo-conservatisme et qui s’opposent aux « guerres d’intervention ». La liste des victimes de Cross comprend Alex Salmond, Peter Oborne, John Pilger, Owen Jones, Jeremy Corbyn, Tim Hayward, Diane Abbott, Neil Clark, Lindsey German, Vanessa Beeley et George Galloway. Comme on peut s’y attendre, « Philip Cross » est particulièrement actif dans la modification des articles de Wikipedia des médias alternatifs et des sites de critique MSM. « Philip Cross » a fait 36 révisions à la page Wikipedia de The Canary et, de façon stupéfiante, plus de 800 révisions sur Media Lens. George Galloway reste la cible favorite de l’opération « Philip Cross » avec un nombre incroyable de 1 800 révisions.

Tout aussi révélateurs sont les gens que « Philip Cross » cherche à protéger et à promouvoir. Sarah Smith, l’uber-syndicaliste de la BBC Scotland, a demandé à « Philip Cross » de supprimer les références de son entrée sur Wikipedia aux liens familiaux qui (ahem) ont pu l’aider dans sa carrière. La députée Ruth Smeeth, de Labour Friends of Israel, a fait référence au câble diplomatique américain Wikileaks qui a montré qu’elle était une informatrice à l’ambassade des États-Unis sur les secrets du Parti travailliste, supprimé par « Philip Cross ». La chroniqueuse de droite Melanie Phillips et son déni du changement climatique s’est fait exciser par Cross.

« Philip Cross » ne se contente pas de veiller et protèger soigneusement la page Wikipedia de l’éditrice du Guardian Katherine Viner, qui a changé sa plume pour le camp néo-con, mais Philip Cross a aussi rédigé la page hagiographique (NDLT : écriture de la vie des saints) originale. Le contact MI6 du Guardian, Luke Harding, est particulièrement pris en charge par Cross, de même que leurs obsessifs anti-corbyn Nick Cohen et Jonathon Freedland. Il en va de même pour Murdoch, David Aaronovitch et Oliver Kamm.

Il ne fait aucun doute que Kamm, chef de file du Murdoch’s Times, est en lien avec l’opération « Philip Cross ». Beaucoup de gens croient que Kamm et Cross sont la même personne, ou que Kamm fait partie d’une personne multiple. Six fois j’ai eu personnellement des modifications hostiles à ma page Wikipedia par « Philip Cross » faites en liaison directe avec des attaques de Kamm, soit sur Twitter, dans un éditorial du Times ou dans le magazine Prospect. Au total, « Philip Cross » a effectué 275 modifications sur ma page Wikipedia. Il s’agit notamment d’appeler ma femme strip-teaseuse, de supprimer ma photo, de supprimer ma réponse aux attaques lancées contre moi par Kamm et Harding, entre autres, et de supprimer mon refus de tous les honneurs alors que j’étais diplomate britannique.

Neil Clark et Peter Oborne sont unes des nombreuses victimes de Philip Cross sur Wikipedia en même temps que les attaques de Kamm sur d’autres médias. Clark poursuit Kamm en justice pour harcèlement criminel – et « Philip Cross » a supprimé toute référence à ce fait de la page Wikipedia de Kamm.

Ce qui est clair, c’est que Kamm et Cross ont des opinions politiques extrêmement similaires, et que la ligne de démarcation entre ceux qu’ils attaquent et ceux qu’ils défendent est basée clairement sur les principes du Manifeste d’Euston (NDLT : une déclaration de principes d’un groupe de journalistes et activistes libéraux basés au Royaume-Uni). C’est peut-être un peu flou, mais il s’agit en fait d’une importante déclaration blairite de soutien à Israël et aux guerres néo-conservatrices d’intervention, et elle était liée à la fondation de la Henry Jackson Society. Qui est responsable de l’édition de la page Wikipedia du Manifeste d’Euston ? « Philip Cross ».

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que les positions de « Philip Cross » sont exactement les mêmes que celles de Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia. Jimmy Wales a été sur Twitter ces trois derniers jours extrêmement grossier et désagréable pour quiconque remettait en question les activités de Philip Cross. Son engagement en faveur de la liberté de Cross d’opérer sur Wikipedia serait bien plus impressionnant si l’opération Cross ne faisait pas la promotion des propres opinions de Wales. Jimmy Wales s’est activement prononcé contre Jeremy Corbyn, soutient le bombardement de la Syrie, soutient Israël, est tellement blairite qu’il a épousé la secrétaire de Blair, et siège au conseil d’administration de Guardian Media Group Ltd aux côtés de Katherine Viner.

L’attitude extrêmement défensive et le caractère surnaturel des réponses twitter de Wales sur l’opération « Philip Cross » est très révélateur. Pourquoi pensez-vous qu’il réagit ainsi ? C’est assez intéressant. Le bras mendiant de Wikipedia UK, Wikimedia UK, les a rejoint avec des réponses hostiles identiques à tous ceux qui remettent en question Cross.

En réponse, de nombreuses personnes ont envoyé des preuves à Jimmy Wales, qu’il a ignorées, tandis que sa  » fondation  » s’est fâchée contre ceux qui remettent en question les activités de Philip Cross.

Wikimedia est arrivé sans y être invité dans un fil twitter discutant des activités « Philip Cross » et a immédiatement commencé à attaquer les gens qui remettent en question la légitimité de Cross. Quelqu’un voit-il quelque chose d’insultant dans mon tweet ?

Je le répète, la coïncidence des opinions politiques de Philip Cross avec celles de Jimmy Wales, alliée à l’hostilité immédiate de Wales et de Wikimedia à l’égard de quiconque remet en question les activités de Cross – sans avoir besoin d’examiner des preuves – soulève un grand nombre de questions.

Philip Cross ne cherche pas à cacher son mobile ou sa haine de ceux dont il attaque les pages de Wikipedia. Il les raille ouvertement sur Twitter. La malhonnêteté évidente de ses révisions est évidente pour tout le monde.

Dans le passé, j’ai échangé des messages avec « Philip Cross ». Il dit qu’il est une personne, et qu’il édite en lien avec les tweets d’Oliver Kamm parce qu’il suit Kamm et que ses tweets l’inspirent à éditer. Il dit qu’il a rencontré Kamm et admet être en contact électronique avec lui. Cet échange que j’ai eu avec Cross, c’était il y a quelques années. Communication plus récente avec Cross (qui a maintenant changé son ID Twitter en « Julian »).

a été moins coopératif et il n’a pas répondu :

George Galloway offre une récompense de £1,000 pour le nom et l’adresse de « Cross » afin qu’il puisse également intenter une action en justice.

Je pense que Philip Cross est probablement une personne physique, mais qu’il fait la couverture d’un groupe agissant sous son nom. Il est incontestable, en fait le gouvernement s’en est vanté, que le MOD et le GCHQ ont tous deux des opérations de « cyberguerre » visant à défendre le récit « officiel » contre les médias alternatifs, et c’est précisément le but de l’opération « Philip Cross » sur Wikipedia. L’extrême régularité de la production plaide contre le fait que « Philip Cross » soit une opération à un seul homme ou bénévole. Je n’exclus cependant pas la possibilité qu’il ne soit vraiment qu’un seul fanatique extrêmement obsédé par la droite.

Enfin, il convient de noter que sur Wikipedia, une campagne visant à renforcer la narration des médias grand public et à dénigrer les sources alternatives présente l’énorme avantage que seule l’information provenant des médias grand public est autorisée dans les articles politiques.

En conclusion, quelques images des pages de révision des articles de Wikipedia pour donner un petit aperçu de ce dont je parle :

Je m’inquiète un peu, de peur de devenir moi-même obsédé. Trouvez-vous cela aussi fascinant que moi ?

Craig Murray.

Source originale : https://www.craigmurray.org.uk/archives/2018/05/the-philip-cross-affair/

Source en français : https://www.soverain.fr/laffaire-philip-cross/

 

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Rendez-vous à Toulon le 24 mai 2018, à 18 h, avec les Indignés, autour du dernier film sur Chomsky

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Aude Lancelin, sur la scandaleuse appropriation des médias (y compris des prétendus « Reporters sans frontières », apparemment) par les ultrariches, en France comme ailleurs

Remarquable synthèse, en 7 min, sur la scandaleuse appropriation des médias (y compris des prétendus « Reporters sans frontières« , apparemment) par les ultrariches, en France comme ailleurs.

Merci Aude Lancelin.


Ça me rappelle évidemment ma propre synthèse, en 3 min en 2014, qui reliait cette honteuse mainmise médiatique à l’escroquerie historique du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois), à notre impuissance politique populaire et à sa cause première : notre démission du processus constituant :

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[Ennemis du peuple] Ceux qui se prennent pour « les élus » sont les fléaux de l’humanité. L’antidote universel contre leur accès au pouvoir est le tirage au sort, mais celui-ci ne sera institué et protégé que par des citoyens devenus personnellement et massivement constituants

Pendant que nos « élus de la république » détruisent impunément une à une toutes les protections sociales et toutes les institutions de l’état de droit (au profit des usuriers, leurs maîtres), les nouveaux nazis du moment — « élus de dieu » israéliens et américains « sionistes » —, racistes, colonialistes, impérialistes, terroristes, déporteurs, génocidaires, assassins, voleurs, menteurs, espionneurs, violeurs, exploiteurs, empoisonneurs, affameurs, bombardeurs, imposant à Gaza, comme exemple intimidant de terreur impériale, des camps de concentration et d’extermination, un apartheid abject et les pires crimes contre l’humanité, ces nouveaux monstres totalitaires conduisent impunément le monde entier vers une nouvelle tuerie générale, mensongèrement drapés dans l’expression « démocratie », avec l’aval dégoûtant, écœurant, révoltant, des faux « journalistes » qu’ils ont tous pourris en les achetant avec leur sale fausse monnaie 🙁

Putain d’impuissance politique de merde…

Au diable les « élus », au diable !

Étienne.


Bruno Guigue : Massacre colonial pour “un jour de gloire”

55 morts et 2400 blessés dont 1200 par balles. C’est le dernier bilan de la sanglante journée du 14 mai 2018 dans la bande de Gaza. Mais pour Netanyahou, c’est un “jour glorieux”. Lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, il a remercié Donald Trump avec des trémolos dans la voix. “Quel jour glorieux ! Souvenez-vous toujours de ce moment, c’est un jour historique. C’est un grand jour pour Jérusalem et pour l’État d’Israël. Un jour qui restera dans nos mémoires pour des générations et des générations”. Cette journée restera dans les mémoires, en effet, mais pour ce qu’elle est vraiment : un nouveau massacre colonial.

Déversant un déluge de feu sur des manifestants palestiniens désarmés, l’appareil répressif israélien s’est surpassé dans l’horreur. Où sont ses laudateurs habituels, toujours prompts à répéter le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne pénétrée d’impératifs moraux et soucieuse d’épargner les civils ? On ne les entend guère, ils rasent les murs. Quand les courageux pionniers de l’idéal sioniste se livrent à un pogrom en direct, ces imposteurs fielleux et abonnés aux plateaux-télé ont la mine basse et le regard chafouin.

Mais peu importe. D’autres se mettent à l’ouvrage, bien décidés à maquiller la scène de crime. Hypocrites, les médias français prennent le relais, nous expliquant du bout des lèvres que “les tensions sont vives” et qu’il y a des “affrontements à la frontière”. Quel sens de l’euphémisme ! On se demande bien, d’ailleurs, de quelle frontière il s’agit, car Israël n’en a aucune. La bande de Gaza est un morceau libéré – et assiégé – de la Palestine historique. Lorsque ses habitants veulent se rendre dans une autre région de la Palestine, ils rentrent chez eux, tout simplement. Parler de frontière, c’est faire comme si l’occupation était légale, c’est joindre le mensonge à la justification du forfait colonial.

Cette journée du 14 mai est la plus meurtrière depuis la guerre de l’été 2014 contre Gaza. Mais une fois de plus, dès qu’il s’agit de nommer l’oppression subie par les Palestiniens, les mots sont démonétisés, vidés de leur substance, frappés par une censure invisible. On connaît la rengaine : “Israël a le droit de se défendre”, les colonies sont des “implantations », les résistants des “terroristes”, le mur de séparation “un mur de sécurité”, Israël une “démocratie”, les manifestants de Gaza des “provocateurs” et des “extrémistes”. Dans cette novlangue invasive, les expressions apparemment les plus anodines sont trompeuses.

Au nom de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, par exemple, appelle “toutes les parties à agir avec la plus grande retenue, afin d’éviter des pertes de vies humaines supplémentaires”. On savait déjà que l’UE ne servait à rien, mais il faut avouer que cette inutilité finit par se voir de très loin. Dans le même registre, “la France, elle, appelle l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité afin de prévenir un nouvel embrasement au Proche-Orient”, déclare le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Sournoises à l’excès, ces formules laissent entendre que deux peuples s’affrontent sur le champ de bataille, alors qu’il s’agit de la révolte d’un peuple colonisé contre le colonisateur. Elles font comme si le conflit provenait d’une double intransigeance et qu’il suffisait, au fond, de ramener à la raison les forces antagonistes pour rétablir la paix. On sait ce que signifie cet angélisme de façade : il s’agit d’obtenir la reddition de ceux qui protestent contre l’occupation. D’une lutte de libération, cette rhétorique lénifiante fait une obscure querelle. Son artifice, dans le meilleur des cas, consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si les responsabilités étaient partagées.

En attendant, la débauche de violence de l’occupant fait renaître l’atmosphère sanguinaire des pires massacres coloniaux. Enracinée dans les esprits par une idéologie raciste, la diabolisation du Palestinien autorise toutes les transgressions. Des citoyens israéliens s’installent sur les miradors pour assister en direct aux tirs à balles réelles sur cibles humaines. Quel beau spectacle ! Après tout, les héros de “Tsahal” excellent dans leur spécialité. Flinguer des civils, hommes, femmes et enfants confondus, c’est quand même plus facile que vaincre le Hezbollah au Liban-Sud ou aller chercher le combattant palestinien, à la baïonnette, dans les ruelles obscures de Gaza.

“Nos soldats défendent nos frontières”, déclare Netanyahou. Va-t-il également proclamer l’époustouflante victoire de sa vaillante armée ? Déjà, durant l’été 2014, le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés était censé relever, dans la novlangue sioniste, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom, l’Etat-colon se vantait de ses turpitudes. Aujourd’hui encore, comme un serial killer de série B, il se regarde dans le miroir, fasciné par sa propre image mortifère.

Bruno Guigue.
 
https://www.legrandsoir.info/massacre-colonial-pour-un-jour-de-gloire.html

Rdz-vs à Nîmes, le 20 mai 2018, toute la journée, avec Heu?reka (Gilles) pour analyser et comparer les différentes alternatives pour une souveraineté monétaire digne de ce nom

Chers amis,

Je vais vous parler d’un jeune homme que je trouve épatant : il s’appelle Gilles et il anime une chaîne Youtube de grande qualité, qui s’appelle Heu?reka et qui parle beaucoup de monnaie, de création monétaire, de dettes, de banques et d’économie en général, toujours dans un souci exemplaire de pédagogie :

Chacune de ses vidéos est très riche et bien faite, incite à réfléchir et aide à comprendre les arnaques des « économistes » de banque qu’on entend tous les jours sur toutes les ondes (tous les journaux du pays ont été achetés par les ultra-riches, ce qui permet une désinformation générale à propos de « la finance »).

Par exemple, sa dernière vidéo, sur l’état de la Grèce avant les rapines et la dévastation actuelles, est vraiment très intéressante :

La crise de l’€ part 06 : La Grèce – Heu?reka #24-6

Bien sûr, en l’écoutant sur la genèse du martyr des Grecs, je bouillais d’envie d’exprimer de nombreuses remarques et ajouts, et de poser de multiples questions, gardant en tête cette conférence historique avec Myret Zaki, en 2011 à Genève, où Myret nous avait expliqué les causes réelles de la catastrophe grecque : un coup ! un coup de traders, un coup de bluff contre « la dette publique » (quel scandale, cette expression) d’un pays particulièrement faible de la zone euro… et au final, une « dette publique » inique, énorme, non nécessaire et criminelle. Je vous rappelle (et je vous recommande chaleureusement) cette importante vidéo :

Bon, eh bien figurez-vous que nous allons nous rencontrer, Gilles et moi, avec vous si vous le voulez, à Nîmes, le 20 mai prochain, pour une journée entière consacrée aux alternatives monétaires :

Merci à Tristan d’organiser cette rencontre. Tristan est ce jeune homme au dévouement exemplaire qui nous a programmé cet outil formidable (sur mesure) pour mener à distance nos ateliers constituants personnels : http://jecrislaconstitution.fr/

http://jecrislaconstitution.fr/

Début de la matinée : Gilles nous prépare en ce moment un exposé de synthèse à sa manière sur la monnaie et, connaissant son soin habituel, j’ai très hâte de découvrir son travail sur ce sujet vital pour les sociétés.

Puis, nous croiserons nos points de vue : j’aimerais connaître le regard de Gilles sur les deux alternatives monétaires que je préfère aujourd’hui : le chartalisme et la monnaie libre (la Ğ1, prononcer « june » ), et la façon dont on pourrait les combiner entre le niveau national et le niveau local.

Nous évoquerons certainement bien d’autres alternatives possibles, avec leurs avantages et inconvénients. On parlera sans doute du Crédit social (défendu par le major Douglas et Louis Even) et de l’initiative suisse « Monnaie pleine » qui va être votée en juin prochain. Nous aurons sûrement aussi l’occasion d’évoquer des sujets connexes mortifères, comme le prétendu « libre-échange » (aux effets dévastateurs sur les monnaies).

Puis nous répondrons à vos questions, jusqu’à la fin de la matinée.

L’après-midi, Gilles est d’accord pour commencer par un atelier constituant tous les deux sur la monnaie. Puis, vous vous y mettrez vous-mêmes 🙂 par groupes. Il s’agit de faire marcher notre cerveau collectif pour produire des articles de constitution en matière monétaire (aussi bien au niveau national que local).

Sans doute faudra-t-il rédiger à part des parties de glossaire pour expliquer aux simples citoyens (en annexe de la constitution) certains termes techniques (avec des schémas et des exemples).

Si de profonds désaccords se font jour au sein d’un groupe, au lieu de se disputer, nous nous entraînerons à « construire nos désaccords », sans les trancher tout de suite, en notant côte-à-côte les différentes options incompatibles (et qui nécessitent donc un choix) qui se présentent au débat public.

On finira la journée par une mise en commun des propositions des différents groupes.

Tout cela devrait être filmé (pour ceux qui ne pourront pas être avec nous) et je rêve qu’on puisse, à cette occasion, utiliser l’outil de Tristan, http://jecrislaconstitution.fr/, pour travailler en direct avec les citoyens intéressés mais éloignés .

J’ai hâte d’y être et de vous y retrouver 🙂

Étienne.

PS : ceux qui comptent venir seraient très gentils de le dire (en cliquant sur Participe) sur la page de l’événement fb :
https://www.facebook.com/events/1381076778704672/
Ça aidera beaucoup Tristan​​ à nous recevoir comme il faut.

À midi, on se débrouille pour déjeuner (sans compter sur Tristan), soit avec un pique-nique sorti du sac, soit en allant dans un des nombreux restaurants alentour.

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Premières traces de ce qui fut une très chouette rencontre :

Comprendre la souveraineté monétaire (1ère partie 🙂 ) :

Rendez-vous à Paris, samedi 28 avril 2018, pour découvrir (et encourager) les lanceurs d’alerte Martine Donnette et Claude Diot dans leur bagarre héroïque, seuls contre des ennemis du peuple géants : les grandes surfaces, qui doivent plus de 400 milliards à l’État ! qui ne les leur réclame pas !!!

Chers amis,

Je vous donne rendez-vous à Paris, samedi prochain, dans 3 jours (je suis très en retard, pardon), pour découvrir (et encourager) deux lanceurs d’alerte formidables, Martine Donnette et Claude Diot, dans leur bagarre héroïque, seuls contre des ennemis du peuple géants : les grandes surfaces — et leurs nombreux complices dans les administrations publiques !

L’histoire de Martine Donnette et Claude Diot (et de leur association, « En toute franchise ») est à la fois consternante, révoltante et exemplaire : Martine et Claude sont des gens simples, mais je les considère comme des héros : ce qu’ils font est incroyable, et admirable. Leur opiniâtreté et leur courage sont stupéfiants. Moi, ils me bluffent.

L’État français pourrait récupérer 418 milliards d’euros (418 G€ de recettes !) auprès des grandes surfaces qui construisent sur des surfaces illégales ET IL NE LE FAIT PAS ! Corruption ouverte et généralisée ! Il faut aider et relayer les vaillants lanceurs d’alerte qui dénoncent cet immense SCANDALE : 418 Mds d’€ de RECETTES PERDUES (pour les Bouches-du-Rhône seulement) !

Ce qui me choque le plus, en découvrant cette histoire très émouvante, c’est le peu d’aide dont disposent Martine et Claude : ces deux citoyens se dévouent au bien commun depuis près de 30 ans (30 ans !) pour protéger les commerçants indépendants, les citoyens, les finances publiques et l’environnement, et ils en sont réduits à mendier chaque mois quelques euros pour survivre et continuer à agir ! C’est juste incroyable. Il y a en France environ 2 millions de commerçants indépendants (2 millions !) ; il suffirait que chacun de ces commerçants leur donne un euro (un euro, bon sang !) pour que leurs meilleurs défenseurs, Martine et Claude, disposent enfin de moyens considérables pour être infiniment plus efficaces et plus rapides. Et pourtant, la presque totalité des commerçants, tout en leur disant « c’est super ce que vous faites, bravo, continuez… », ne leur donnent RIEN. Cet égoïsme stupide (qui finira par la disparition complète des petits commerçants, et du tissu social qui va avec eux) me désespère, je dois dire.

Nous autres simples citoyens, c’est pareil : que faisons-nous pour aider financièrement les différents lanceurs d’alerte dans leur bagarre pour le bien commun contre les bandits qu’ils dénoncent ? PRESQUE RIEN. C’est vraiment lamentable. J’espère que ce n’est pas définitif, j’espère que nous allons prendre conscience du besoin (évident) de tous les lanceurs d’alerte d’être aidés financièrement .

En tout cas, moi, je vais à Paris pour les aider comme je peux. Et je vous invite, si vous le pouvez, à venir vous aussi.

Je vais vous donner ci-dessous quelques documents pour comprendre les enjeux immenses de la lutte de Martine Donnette et de Claude Diot :

• D’abord, un reportage d’Élise Lucet, sur ces deux héros et sur l’incroyable corruption des pouvoirs publics par la grande distribution (corruption active, avec des valises de billets…) :

(Ne ratez pas ça, ça déménage : vous trouvez là LES PREUVES de la corruption à grande échelle des politiques par la grande distribution.)

Dossiers Noirs de la Grande Distribution Pieces à Conviction FR3

Dans ce reportage, on apprend (entre autres) qu’en 2004, 9 % des surfaces de vente sont illicites = 7 000 000 m2 illicites soit avec 150 euros/jour/m2 d’infraction = (sur 300 jours d’exploitation commerciale/an) = 315 milliards/an ==> 4 410 milliards sur 14 ans (depuis 2004).

• Une élue courageuse, Danielle Simonnet, a compris tout récemment l’importance pour nous tous de la bagarre historique de Martine et Claude contre les grandes surfaces, et elle résume ça en 2 minutes :

Danielle SIMONNET : « Grande Distribution, le scandale à 418 milliards d’€ ! »

• Martine a préparé une courte synthèse (10 minutes) du cas d’école qu’est le Carrefour Vitrolles (près de Marseille) qui permet de comprendre le mode opératoire commun à tous ces gredins à travers le pays :

L’INTÉGRALE DU DOSSIER CARREFOUR

Vous allez voir ici la rigueur de Martine et Claude, la précision des pièces avancées, leurs dossiers sont solides et documentés (il y a des caves entières de tels dossiers chez Martine !) et l’État ne s’en sert pas !!! ni les fonctionnaires, ni les juges !!! C’est soit une gabegie totale, soit une corruption généralisée, mais c’est digne d’une république bananière !

• Martine résume encore tout ça, en 8 minutes cette fois :

Martine Donnette le 10 octobre 2017

Les conséquences de l’expansion incontrôlée des grandes surfaces sont :
• la ruine et la destruction des commerçants indépendants,
• la suppression des emplois liés au petit commerce (les grandes surfaces détruisent infiniment plus d’emplois qu’elles n’en créent),
• la destruction du tissu social urbain,
• l’étranglement des PME, fournisseurs des grandes surfaces (et celui de tous les salariés de leur filière) via quelques centrales d’achat surpuissantes,
• la désertification du territoire,
• les ravages écologiques avec imperméabilisation des sols et la perte de zones immenses de terres fertiles.
• la constitution progressive, par accumulation, d’entités IRRESPONSABLES ET CUPIDES « TOO BIG TO FAIL » (trop grandes pour faire faillite) et « TOO BIG TO JAIL » (trop grandes pour aller en prison), cancer aussi grave qu’en matière bancaire, capable de prendre en otage la société entière avec la menace d’interrompre une fonction vitale.

Et tout ça continue et redouble aujourd’hui, faute d’intervention des pouvoirs publics POUR CAUSE DE CORRUPTION GÉNÉRALISÉE ET AU PLUS HAUT NIVEAU (voir première vidéo « Pièces à conviction » ci dessus) !

• Martine a aussi écrit UN LIVRE, émouvant, que je suis en train de lire et que je vous recommande : c’est un cas d’école de dévouement et de courage, face à une adversité implacable et des adversaires puissants et cruels, « Seule face aux géants », chez Max Milo, éditeur qu’il faut saluer pour les services qu’il rend au bien commun, je trouve :


https://www.maxmilo.com/produit/seule-face-aux-geants/

France-Info a fait une courte mais fidèle recension de ce livre (5 minutes) :

• La courageuse revue NEXUS, qui organise la rencontre de samedi, a consacré deux numéros au travail de Martine : le n°109 (pages 14 et s.) et le n°114 (pages 16 et s.).

(Nexus est cette revue qui a réalisé deux belles enquêtes et deux beaux articles, honnêtes et passionnants, sur les ateliers constituants populaires que je défends depuis plus de 10 ans : dans le n°78 et le n°96. Je remercie du fond du cœur cette équipe de journalistes qui fait mille fois mieux son boulot d’information honnête que les prétendus « journalistes » mainsream.)

• Martine a conçu un diaporama passionnant pour comprendre les étapes de la scandaleuse DÉRÉGULATION des grandes surfaces depuis des décennies :

COMMENT LA GRANDE DISTRIBUTION EST DEVENUE AUSSI PUISSANTE

Cette corruption patiente des pouvoirs publics par la grande distribution depuis les années 80, que récapitule ici Martine, me rappelle, bien sûr, la dérégulation financière catastrophique, obtenue par les banques et démontrée brillamment dans ce film important qu’est Inside Job, que je vous recommande très chaleureusement, et dont j’avais publié le script intégral dans un pdf de 80 pages. Vous devriez voir ce film et lire ce texte le crayon à la main, c’est la meilleure enquête que je connaisse sur la prétendue « crise » financière de 2008 :

Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

https://chouard.org/blog/2016/02/20/histoire-detaillee-dun-odieux-complot-celui-de-la-deregulation-financiere-inside-job-enquete-essentielle-pour-comprendre-la-prochaine-crise/

Texte intégral du film-événement « INSIDE JOB. Autopsie d’une crise financière annoncée »

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.pdf

La chaîne Youtube de Martine, « En toute franchise » :
https://www.youtube.com/channel/UCM1aN_Gh51aeyglT-np2ocw

• La page Facebook de Martine, « En toute franchise » :
https://www.facebook.com/asso.entoutefranchise

La rencontre de samedi, pendant 3 heures, dont le sommaire est vraiment très intéressant, sera retransmise en live sur Facebook, sur la page du magazine Nexus :
https://www.facebook.com/magazine.nexus/


Et, pour finir, voici quelques pensées collatérales à propos des lanceurs d’alerte,
si importants pour nous tous, si martyrisés par les pouvoirs, et si peu aidés par nous :

• Il y a une jeune femme, Caroline Chaumet-Delattre, qui se dévoue, elle aussi, pour compiler sur un site, https://passeurdalertes.org/, (https://www.facebook.com/passeurdalertes/ sur Facebook) toutes les actions des divers lanceurs d’alerte à soutenir. C’est un endroit passionnant et important. Elle aussi, mériterait qu’on l’aide : qu’on l’aide à aider les lanceurs d’alerte !

• Je rappelle ici l’existence de deux lanceurs d’alerte géants que sont Julian Assange (celui qui a créé Wikileaks, et qui est emprisonné depuis des années à Londres, démocratie de mes fesses, pardon, alors que c’est un héros) et Edward Snowden (celui qui a révélé la surveillance généralisée de la NSA sur la terre entière, et qui est, depuis, en exil en Russie, soi-disant le pays du mal incarné, alors que c’est un héros).

• Je rappelle aussi le dénuement scandaleux de Stéphanie Gibaud (qui a révélé l’évasion fiscale en Suisse et qui a permis à son pays de récupérer plus de 10 milliards d’euros (!!!) et qui est plus traquée que remerciée). On peut l’aider directement ou en achetant ses livres : « La femme qui en savait vraiment trop » et « La traque des lanceurs d’alerte »

• Je pense aussi à Philippe Pascot, grand dénonciateur d’élus véreux devant l’Éternel. Il faut lire ses livres, ils sont tous écrits au vitriol anti-corruption. Voyez ceci :

[Délits d’élus, pilleurs d’État…] « ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… » – Philippe Pascot publie le 4e tome de sa (précieuse) encyclopédie des turpitudes des voleurs de pouvoir ( + 3 vidéos)

http://chouard.org/blog/2017/04/07/delits-delus-pilleurs-detat-allez-presque-tous-vous-faire-philippe-pascot-publie-le-4e-tome-de-sa-precieuse-encyclopedie-des-turpitudes-des-voleurs-de-pouvoir/

• Je vous rappelle enfin l’excellent livre de Vincent Le Coq et Anne-Sophie Poiroux, « Le ‘toujours moins cher’ : à quel prix ? Grande distribution, élus, État, Justice : une ‘entente’ cordiale », chez Yves Michel, autre éditeur courageux :


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/le-toujours-moins-cher-a-quel-prix/

À samedi, j’espère, en vrai ou en live sur Facebook 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156211745962317

PS : vous comprenez pourquoi j’ai tardé à vous annoncer cette rencontre ? J’avais mille choses à vous dire à propos de Martine et Claude 🙂 Et encore, je suis sûr que j’en ai oublié plein…


COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Paris, le 17 avril 2018.

CONFÉRENCE

Grande distribution : Bercy va-t-il récupérer les 418 000 000 000 € d’infractions non perçues par l’État ?

Nous étions hier, lundi 16 avril, avec l’association En Toute Franchise, Des Terres pas d’Hypers et Danielle Simonnet, Conseillère de Paris, devant le ministère de l’Économie et des Finances afin d’interpeller Bruno Le Maire sur les 418 milliards € que doit la Grande Distribution par ses nombreuses installations illicites sur la seule région Paca (cumul des infractions de 5e classe non réclamées par l’État depuis plus de 30 ans). L’association En Toute Franchise a déjà envoyé son enquête à l’Elysée, et Emmanuel Macron a répondu le 9 octobre 2017 que le dossier a été transmis à Bruno Le Maire (voir courrier plus bas). En Toute Franchise est encore sans nouvelle du ministre à ce jour.

Danielle Simonnet nous a apporté son soutien et va faire le relais de cette enquête que l’association En Toute Franchise mène depuis plus de 20 ans. « Je pense qu’il faut détruire les édifices illégaux de la grande distribution. De la même manière, les grandes enseignes qui ne respectent pas leurs obligations fiscales, il faut les réquisitionner », explique Danielle Simonnet.

Ni Bercy, ni Matignon, ni l’Élysée, ne semblent prêts à réaliser un moratoire, et à contrôler les grandes surfaces qui croissent dans l’irrespect total des zones protégées, agricoles, et inondables.

Après 20 ans d’enquête, l’association En Toute Franchise a calculé le coût total de ces infractions (infraction de 5e classe) à plus de 418 milliards d’euros pour la seule région Paca. Que fait l’État ? Cela représente plus d’un quart de la dette française !

Nous organisons une conférence le 28 avril prochain à Paris pour expliquer le détail de cette enquête.

Intervenants : Martine Donnette (En Toute Franchise), Jacqueline Lorthiois (socio-économiste), Robert Levesque (agronome Groupe Carma), Bertrand Veau (maire de Tournus), Philippe Pascot (écrivain), Étienne Chouard (enseignant).

Samedi 28 avril à 14h : 14, rue de Patay, Paris 13e

Contact presse : marcdaoud@nexus.fr / Tél. : 01 47 41 35 61

Marc Daoud, Directeur de la publication
22 rue Pasteur, 92380 Garches
01.47.41.35.61 – 06.13.69.02.28
MAGAZINE NEXUS
www.nexus.fr


Edit : la vidéo de cette chouette rencontre est disponible ici : https://www.facebook.com/magazine.nexus/videos/10160207531185244/

[Ennemis du peuple] La sécession des « élites » et l’abolition de la démocratie (Coralie Delaume, Christopher Lasch)

Encore une analyse remarquable de Coralie Delaume (L’arène nue), cette jeune femme épatante placée à mes côtés chez Taddéi en 2014 et qui m’a aidé (vers la min 11:40) à résister aux énormes mensonges de Jacques Attali :

(900 000 vues 🙂 ).

Voici son article :


FIGAROVOX/TRIBUNE – Coralie Delaume analyse les raisons de la fracture qu’elle observe entre les «élites», une classe minoritaire de privilégiés, et la masse qui n’a pas accès aux études prestigieuses ou qui n’a pas son mot à dire dans les orientations économiques de l’Union européenne.


Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017) et animatrice du site L’arène nue.


La Révolte des élites et la trahison de la démocratie est le titre d’un livre du sociologue américain Christopher Lasch, publié à titre posthume en 1995. Bien sûr, l’ouvrage analysait l’Amérique de son temps. Pourtant, il s’applique parfaitement à la France et à l’Europe d’aujourd’hui, dont il semble avoir anticipé l’évolution des classes favorisées avec une acuité visionnaire.

Le livre pose l’hypothèse que ce n’est plus la «révolte des masses» qui menace désormais la vie démocratique, mais la coupure de plus en plus prononcée entre le peuple et les «élites». Une coupure tant économique et matérielle qu’éducative et intellectuelle, dont résulte le repli sur eux-mêmes des privilégiés. Ces derniers ne parlent plus qu’à leurs pareils, c’est-à-dire non seulement à ceux qui bénéficient d’un même niveau de richesses, mais également à ceux qui partagent le même niveau d’instruction. Ils adorent mettre en scène leur pouvoir et le font de mille façons: exhibition des signes extérieurs de richesse, bien sûr, mais également – et de plus en plus – de leur patrimoine culturel. Le discours, ahurissant de cuistrerie, du président Macron sur l’intelligence artificielle (29 mars 2018) en est un exemple qui confine au grotesque. En revanche, ils n’assument plus que de mauvaise grâce les charges et responsabilités qui devraient leur incomber, et préfèrent le service de leur intérêt bien compris à celui d’un «intérêt général», dont ils ne conçoivent même plus qu’il pût exister.

Vingt ans après Lasch, le phénomène du séparatisme élitaire qu’il voyait poindre dans son pays vient de faire l’objet, pour la France cette fois, d’une étude chiffrée. Jérôme Fourquet a en effet publié, pour le compte de la Fondation Jean Jaurès, une note au titre évocateur: «1985-2017, quand les classes favorisées ont fait sécession». Il y explique notamment que la cohésion de la société française «est mise à mal aujourd’hui par un processus presque invisible à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences: un séparatisme social qui concerne toute une partie de la frange supérieure de la société, les occasions de contacts et d’interactions entre les catégories supérieures et le reste de la population étant en effet de moins en moins nombreuses».

Le dépérissement du cadre national permet aux « élites » de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension.

Le sondeur illustre ensuite. Il note que le cœur des grandes villes est massivement investi par les cadres, certains centres urbains leur tenant désormais lieu de ghettos dorés. Les CSP+ sont ainsi passés de 25 % à 46 % de la population parisienne en 30 ans, cependant que le pourcentage des ouvriers a décru, passant de 18 % à 7 %. Fourquet analyse ensuite la désertion de l’enseignement public et la scolarisation massive des enfants de cadres dans le privé, le séparatisme électoral des plus aisés ou, pour les cas extrêmes, l’exil fiscal, ce dernier signant le refus d’une partie de la population de financer le fonctionnement la collectivité dans son ensemble. Pour l’auteur de l’étude, nous faisons face à l’«autonomisation d’une partie des catégories les plus favorisées, qui se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale». On voit en effet combien le phénomène est lié au dépérissement du cadre national, dépérissement qui permet aux «élites» de vivre de plus en plus dans une sorte d’alter-monde en suspension, cependant que les autres sont rivés à un ici-bas qui commence à se changer en friche, et finira par se muer en jungle.

Jérôme Fourquet n’est pas le premier à faire ce constat. L’anthropologue Emmanuel Todd l’a fait également, et donne dans son dernier ouvrage (Où en sommes nous, Seuil, 2017) une explication convaincante. Pour lui, c’est la fracture éducative qui est en cause, le développement de l’éducation supérieure ayant eu un effet pervers inattendu en tronçonnant le corps social en deux catégories de personnes: les éduqués supérieurs et les autres. Alors que la massification des éducations primaire et secondaire avait contribué à égaliser le niveau éducatif général et favorisé l’épanouissement de la démocratie, c’est à l’inverse qu’on assiste aujourd’hui. La raison en est simple: l’éducation supérieure ne s’est pas (encore?) généralisée.«L’accès universel à l’instruction primaire puis secondaire avait nourri un subconscient social égalitaire ; le plafonnement de l’éducation supérieure a engendré, (…) un subconscient social inégalitaire», énonce le chercheur.

De ce «subconscient inégalitaire», on perçoit chaque jour les effets. On constate que ne se mélangent plus guère ces éduqués supérieurs contents d’eux, étrangement persuadés de ne rien devoir qu’à leur talent. De toute façon, ils sont suffisamment nombreux pour pouvoir fonctionner en circuit fermé et pour ne plus avoir à s’adresser qu’aux autres «manipulateurs de symboles», ainsi que l’économiste Robert Reich qualifiait les gagnants de la mondialisation, ces diplômés, plurilingues, mobiles, à l’aise dans le domaine de la communication et qui font l’opinion. Car ce sont eux, bien sûr, qui tiennent les plumes et parlent dans les micros. Ils nous font partager leur manière propre d’appréhender la masse des «gens qui ne sont rien» comme dirait Macron, autrement dit des gens qui ne sont pas comme eux. Ils nous les peignent comme frileux, «réacs», hostiles de façon primitive et irrationnelle aux réformes ainsi qu’à tout type changement. Ils nous expliquent que s’ils votent «populiste», c’est parce qu’ils sont xénophobes, et que s’ils votent mal aux référendums c’est parce qu’ils ne comprennent pas les questions. Peut-être cette partition de la société devrait-elle nous conduire à reconsidérer le contour des classes sociales? Si celles-ci existent encore (et c’est évidemment le cas) la sécession des «élites» n’est pas seulement le fait des «riches» et des propriétaires des moyens de productions. Elle est également celui des détenteurs d’un capital éducatif et culturel, lequel s’hérite de plus en plus d’ailleurs, sur fond de destruction de l’école publique et de dégraissage perpétuel du «Mammouth».

Le dégraissage concerne d’ailleurs l’ensemble de l’appareil d’État et des services publics, ceux-ci ayant le tort de présenter des vertus égalisatrices qui entravent le séparatisme élitaire. Pour leur régler leur compte, les pays européens membres de l’UE ont inventé un prétexte ingénieux et unique au monde: la nécessite de respecter les «critères de convergence» de Maastricht. Notamment celui des 3 % de déficit public, et c’est en son nom que les gouvernements détruisent ou vendent tout le patrimoine collectif. La France vient d’ailleurs de passer sous la barre fatidique (2,6 % pour 2017), avant même d’avoir fini de brader la SNCF.

La construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des « élites » nationales.

D’une manière générale, la construction européenne est un formidable outil de déresponsabilisation des «élites» nationales, notamment des élites politiques. Celles-ci, toutes ointes qu’elles sont de la légitimité offerte par le suffrage universel, n’en assument pas pour autant les vraies charges. La capacité à faire les grands choix a été massivement transférée au niveau supranational, qui lui ne rend pas de comptes. Les dirigeants de la Banque centrale européenne ne rendent pas de compte pour la politique monétaire qu’ils conduisent. La Commission de Bruxelles ne risque pas d’affronter une grève pour s’être mêlée d’un peu trop près, dans le cadre du «Semestre européen», du contenu des budgets des États membres. La Cour de justice de l’UE ne risque pas la sanction des citoyens (de quel État au demeurant?) pour les jurisprudences de dérégulation économique qu’elle pond à la chaîne. De toute façon, en «constitutionnalisant» les traités européens de sa propre initiative via des arrêts datant des années 1960, la Cour a très tôt permis que ces traités et tous les éléments de politique économique qu’ils contiennent, se situent au-dessus des lois dans la hiérarchie des normes des États-membres. C’est-à-dire hors de portée des Parlements, donc des électeurs.

La manière dont est organisée l’UE a pour effet de décorréler les élections (qui ont lieu au niveau national) et la prise de décision (qui se fait à l’échelon supranational), ce qui en fait une véritable machine de défilement au service «d’élites» politiques en rupture de ban avec leurs nations d’origines – et qui ressemblent bien plus à une oligarchie qu’à une véritable élite désormais. Par ailleurs, l’UE offre de multiples possibilités d’évitement fiscal grâce à ses paradis fiscaux intégrés (Irlande, Luxembourg…). Enfin, la libre circulation du capital et du travail dans le Marché unique contribue à mettre les deux en concurrence au profit du plus mobile et du rapide (le capital) et au détriment du plus sédentaire (le travail). Le tout pour la grande joie des catégories possédantes, cette fois.

Dans ce cadre, il n’est pas étonnant qu’un politiste spécialisé sur les questions européennes tel le Bulgare Ivan Krastev, consacre de longues pages de son dernier ouvrage (Le destin de l’Europe, Premier Parallèle, 2017), à décrire le phénomène de sécession des classes dirigeantes à l’échelle continentale. «Les élites aristocratiques traditionnelles avaient des devoirs et des responsabilités, et leur éducation les préparait à se montrer à leur hauteur», écrit-il. «En comparaison, les nouvelles élites sont formées pour gouverner mais sont tout sauf prêtes au sacrifice». Pas même au sacrifice financier, aurait-il pu ajouter, en tout cas de moins en moins puisque l’optimisation fiscale est devenue l’un des sports phares de notre époque. Puis Krastev d’ajouter: «La nature et la convertibilité des compétences des nouvelles élites les affranchissent très concrètement de leur propre nation. Elles ne dépendent pas des systèmes éducatifs publics nationaux (leurs enfants étudient dans les établissements privés) ni des systèmes de protection sociale nationaux (elles peuvent se permettre les meilleurs établissements hospitaliers). Elles ont perdu la capacité de partager les passions et les émotions de leur communauté».

En même temps que l’on « dépasse » les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Dès lors, la montée de ce qu’on appelle «les populismes» correspondrait avant tout à une quête de loyauté. D’ailleurs, le discours «souverainiste» ou anti-mondialisation desdits «populistes» est probablement l’une des clés de leur succès. Il correspond à un désir de plus en plus profond, de la part des peuples, de «rapatrier» leurs classes dirigeantes, afin qu’elles ne se défilent plus. Afin qu’il redevienne possible d’exiger qu’elles assument leurs devoirs autant qu’elles jouissent de leurs droits, et qu’elles rendent à la collectivité une part au moins de ce qu’elles ont reçu, c’est-à-dire beaucoup (sécurité des biens et des personnes, système de santé, système éducatif, etc.). Enfin et concernant le personnel politique, son «rapatriement» et le fait de refaire coïncider les mandats nationaux avec la conduite effective des politiques, est le seul moyen de rendre à nouveau possible l’exercice d’un contrôle démocratique normal.

Cela est-il possible? Le moins que l’on puisse dire est que pour l’heure, on n’en prend pas le chemin. À l’inverse et jour après jour, en même temps que l’on «dépasse» les nations et que l’on détruit l’État, c’est la démocratie qu’on abolit.

Coralie Delaume.

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/04/20/31003-20180420ARTFIG00185-la-secession-des-elites-ou-comment-la-democratie-est-en-train-d-etre-abolie-par-coralie-delaume.php


Mon commentaire :

Comme tout être vivant, un corps social qui n’a plus de défenses immunitaires est voué à disparaître. En devenant des CITOYENS CONSTITUANTS, les électeurs, enfants impotents, se transforment en « globules blancs », soldats actifs et résistants, contre les ennemis du pays, agents de l’étranger et autres dangers.

Si nous devenons des millions à avoir appris à constituer (et à enfin VOULOIR constituer), en priorité, rien ne nous arrêtera, ça adviendra.

Ce qui nous manque, et qui entretient éternellement notre faiblesse, c’est notre dispersion sur les innombrables conséquences de notre impuissance politique. Les ateliers constituants nous FOCALISENT SUR L’ESSENTIEL, SUR UNE CAUSE COMMUNE : CELLE DE NOTRE IMPUISSANCE POLITIQUE, NOTRE DÉMISSION DU PROCESSUS CONSTITUANT.

Et les ennemis du peuple savent bien qu’il est hautement stratégique de diviser pour régner. Et tous les sujets législatifs sont parfaits pour nous conduire à nous entre-déchirer. À nous de les repérer et de les éviter.

À vous de décider, librement, de votre rôle personnel dans la survie de votre Cité.

Merci pour tous vos gentils messages, vous me donnez ma force.
Mais n’oubliez pas d’apprendre à constituer 🙂 Vous ne pouvez pas mieux m’aider qu’en devenant, vous aussi, constituant.

Bien amicalement.

Étienne.

PS : n’oubliez pas d’essayer l’outil formidable que Tristan Matrixien nous a programmé pour organiser nos ateliers, c’est une merveille : http://jecrislaconstitution.fr/

PPS : [Ne ratez pas ça] J’avais publié en 2011 un chapitre formidable du livre important de Christopher Lasch dont parle Coralie : « L’ART PERDU DE LA CONTROVERSE » :

Chavez défend son peuple contre les banques ! ce qui me fait penser au populisme défendu par Christopher LASCH

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/02/07/115-chavez-defend-son-peuple-contre-les-banques

PPPS : « Il convient de dissocier les idées, avant et afin d’associer les cœurs. »
Jean Grenier, Essai sur l’esprit d’orthodoxie (1938). [Formidable réflexion contre l’esprit de parti.]


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156208314527317

[À propos des traîtres qui nous gouvernent et qui nous jettent dans la guerre] Emmanuel Todd, passionnant, hier sur France Culture

Il faudrait retranscrire ça.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156189062547317

Relayé aussi par les-crises.fr : https://www.les-crises.fr/emmanuel-todd-en-equilibrant-les-pouvoirs-la-russie-est-un-pole-de-stabilite/

Élus responsables ? Une carte chronologique de chaque explosion nucléaire depuis 1945

Élus responsables ? On nous rebat les oreilles avec cette idée que les « élus » seraient des gens compétents et responsables, plus soucieux du bien commun que les simples citoyens.

1) Prenez 1/4 h pour réaliser l’ampleur et la portée de ces décisions politiques scandaleuses (plus de 2000 explosions nucléaires !) (rappel).

2) Réfléchissez à la probabilité d’un lien avec le cancer généralisé sur terre.

2) Demandez-vous quelle est la cause, quelle est LA procédure politique qui a rendus possibles des actes aussi irresponsables et aussi impunis.

Le suffrage universel digne de ce nom, c’est le vote des lois par le peuple lui-même, quand il le souhaite (et non pas l’élection de maîtres).

Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Ce n’est pas aux parlementaires ni aux ministres d’écrire ou de réviser la Constitution : ils sont en conflit d’intérêts, ils écrivent eux-mêmes les règles qu’ils devraient craindre, et ils trichent, toujours et partout.

Seul le peuple lui-même est à la fois apte et légitime pour écrire une Constitution digne de ce nom, avec des acteurs politiques pleinement responsables de leurs décisions.

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[L’UE, c’est la guerre] Affaire Skripal : les Occidentaux expulsent des diplomates russes

Olivier Berruyer : « Le 23 mars, Donald Tusk déclarait que pour “l’Union européenne […] il est hautement probable que la Russie soit responsable de l’attaque de Salisbury et qu’il n’existe pas d’autre explication plausible“.

En voici les conséquences. Tout ceci reste incroyable quand on songe au fait qu’aucune preuve sérieuse n’a pour l’heure été divulguée – nous vous renvoyons vers notre dossier dédié.

Il est désolant de voir qu’il n’y a apparemment pas de journalistes pugnaces sur un tel dossier, à la fois grave et d’une grande complexité (et qui, d’ailleurs, ne concerne en rien la France). »

[…] Lire la suite, sur les-crises.fr :
https://www.les-crises.fr/affaire-skripal-les-pays-de-lue-les-usa-et-le-canada-expulsent-des-diplomates-russes/

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« Les Pays-Bas suppriment le référendum » annonce la presse vendue

« Les Pays-Bas suppriment le référendum » titre la presse vendue.


Deux voleurs de pouvoir en action, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte (centre) et Kajsa Ollongren, ministre des Affaires intérieures | Photo d’illustration – EPA

https://www.ouest-france.fr/europe/pays-bas/les-pays-bas-suppriment-le-referendum-5592281

Ce titre est trompeur, car il laisse entendre que ce sont les Néerlandais eux-mêmes qui ont choisi de renoncer à leur propre souveraineté, à leur droit de décider eux-mêmes de ce qu’est le bien commun, loi par loi.

Mais en fait, ce sont les voleurs de pouvoir qui s’autonomisent, comme toujours et partout dès que les peuples leur font confiance au lieu de s’en méfier comme de la peste.

Ce sont, comme d’habitude, des « élus » irresponsables, des professionnels du mensonge, des ennemis du peuple, qui s’affranchissent traîtreusement de tout contrôle sérieux de la part de ceux qu’ils prétendent « représenter ».

CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
C’est la règle n°1 en politique.
Et seuls les simples citoyens sont aptes et légitimes pour la comprendre et pour l’imposer, au plus haut niveau du droit.

Encore faut-il que ce soit des citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire qu’ils soient constituants. De simples électeurs, c’est-à-dire des enfants politiques, démissionnaires de leurs responsabilités constituantes c’est-à-dire démissionnaires de leur vigilance personnelle et permanente à l’égard de tous les pouvoirs, de tels électeurs ne méritent nullement d’être nommés citoyens : ce ne sont encore que des enfants ; il faudra qu’ils se transforment en adultes politiques pour devenir des citoyens dignes de ce nom.

De la même façon qu’on ne naît pas adulte,
ON NE NAÎT PAS CITOYEN, ON LE DEVIENT.

Les progrès du carcan oligarchique sont très inquiétants, ces derniers temps. La perte de la télévision et des journaux (désormais tous contrôlés par les plus riches) est une terrible catastrophe pour l’intérêt général et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Ça va encore mal se terminer, je le crains, avec l’aval de la population désinformée.

Il serait temps de se réveiller.

Étienne.

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[Notre avenir, infernal, si nous restons passifs] Grèce : Le démantèlement méthodique et tragique des institutions de santé publique (CADTM)

Source : CADTM, Comité d’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org/Grece-Le-demantelement-methodique

12 mars 2018 par Noëlle Burgi

[Nota : « dévaluation interne« , pour les économistes gredins, est le nom de code secret pour dire « baisse des salaires et de la protection sociale« . ÉC] 

5 juillet 2015 – Photo mlck

 
Le système national de santé grec a été démantelé par l’application d’un ensemble de mesures imposées depuis 2010 par les créanciers de la Grèce dans les secteurs de santé primaire, secondaire et pharmaceutique. Ce texte présente une analyse critique des principales mesures de compression budgétaire mises en place dans ces secteurs et introduit un débat sur des initiatives communautaires censées renforcer certains déterminants sociaux de la santé (indemnités de chômage, assurance maladie, revenu minimum garanti). Il apparaît que les politiques mémorandaires ont manqué le but d’efficience et d’efficacité affiché, mais peut-être pas le projet implicite de construire un « nouveau modèle social européen » réduit à quelques prestations tout juste suffisantes à la survie des dépossédés. En s’appuyant sur de nombreux travaux scientifiques, des entretiens en Grèce auprès de militants et dans des établissements de soin et une enquête en cours dans des quartiers ouvriers du Pirée, l’article conclut à l’épuisement – passager ? – des forces luttant pour la survie des droits sociaux démocratiques.

Sept ans après la mise en œuvre des memoranda, la Grèce se trouve dans une situation bien pire qu’en 2010

Depuis 2010, la Grèce est soumise à un régime de discipline et de contrôle de ses finances et politiques publiques sans équivalent dans l’histoire européenne d’après 1945. Peu après la révélation en 2009 des « vrais » chiffres, jusque-là maquillés, du déficit public grec [1] par le gouvernement tout juste élu de Georges Papandreou, la troïka (Commission européenne,Banque centrale européenne et Fonds monétaire international [2]) des institutions créditrices du pays a mis le pays sous tutelle à travers une série de plans d’ajustement structurel ou mémorandums (2010, 2012, 2015 [3]) censés résoudre le problème de sa dette et le remettre sur le chemin de la croissance. Les objectifs affichés de ces programmes n’ont pas été atteints, au contraire. Sept ans après leur mise en œuvre, la Grèce se trouve dans une situation bien pire qu’en 2010.

Ce n’est pas faute d’avoir appliqué les mesures contenues dans les mémorandums, ou d’avoir prolongé à souhait leur mise en œuvre. La troïka se dit régulièrement « impatiente » et reproche au gouvernement grec ses retards dans la mise en œuvre des « paquets » de réformes prescrites, mais elle ne lui laisse pratiquement aucune marge de manœuvre. En effet, l’approche générale des mémorandums est celle d’un « système de surveillance intense et quasi permanent ». Joaquin Almunia, alors commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires, avait utilisé cette formule en février 2010 pour désigner le régime qui serait bientôt infligé à la Grèce : celle-ci devrait « quantifier » et « préciser » les mesures annoncées, « envoyer le calendrier » de leur mise en œuvre, rendre compte très régulièrement de l’état d’avancement de son programme et s’engager à prendre incessamment des mesures supplémentaires si ces objectifs n’étaient pas atteints [4].

« C’est la première fois que des instruments de surveillance économique et budgétaire sont utilisés simultanément et de manière intégrée », se félicitait pour sa part la Commission européenne. De fait, pour éviter tout retour en arrière et rendre les effets des programmes d’austérité irréversibles, la méthode appliquée en Grèce (puis à d’autres pays vulnérables) consiste à concentrer les mesures (frontloading) et à en vérifier constamment la bonne exécution, notamment à la veille des versements du prêt, prévus par tranches en principe tous les trimestres. L’état d’avancement du programme d’austérité est lui-même subordonné à l’appréciation qu’en donnent les experts et contrôleurs de la troïka, installés à plein temps dans les ministères et soutenus dans leur tâche par d’autres experts. Ce qui conduit les créanciers du pays à des actes répétitifs d’intimidation et de chantage. Ils exigent régulièrement des mesures d’austérité plus convaincantes à leurs yeux, reportent les versements, menacent de couper les vivres.

En Grèce, les programmes d’austérité ont entraîné une dépression économique et une récession sociale

Les mémorandums font partie d’une stratégie plus globale fondée sur une doctrine dite d’« austérité expansionniste » en vertu de laquelle une baisse des coûts relatifs par rapport à d’autres économies permet de créer les conditions d’une reprise par les exportations. En l’absence d’une dévaluation de la monnaie, elle suppose que soient appliquées des politiques austéritaires [5]dites de dévaluation interne : coupes plus ou moins importantes dans la protection sociale, la santé, l’éducation et d’autres services publics, baisses des salaires et des retraites, augmentation des impôts indirects sur la consommation, dérégulation des relations professionnelles et du droit du travail… Cette doctrine a été discréditée sur les plans méthodologique et empirique (Jayadev, Konczal, 2010 ; FMI, 2012 ; Herndon et al., 2013) : comme l’avait noté Paul Krugman, ses prédictions « ont été entièrement contredites par la réalité, et la recherche académique invoquée pour soutenir [cette] position s’est révélée truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques suspectes ».

Entre autres difficultés, la dévaluation interne ne peut pas fonctionner si tous les pays d’une même zone économique l’adoptent simultanément : dans ce cas, son seul effet est de conduire à une baisse des niveaux de vie et à réduire l’accès des populations aux biens publics essentiels.

C’est néanmoins la voie qui fut choisie en réponse à la crise financière de 2007-2008 pour tous les États membres de l’Union économique et monétaire (UEM). En Grèce, les programmes d’austérité sans fin et toujours plus intenses ont entraîné une dépression économique et une récession sociale jamais vues en Europe en temps de paix (Ioakeimoglou, 2017). Persistantes, les institutions créditrices du pays lui appliquent encore ces mesures.

Le bureau électoral du PASOK le soir des élections du 25 janvier 2015
 
La société grecque a pourtant résisté au traitement subi. Le pays fut secoué par une impressionnante vague de grèves et de manifestations qui dura jusqu’en 2012 malgré une tout aussi impressionnante répression policière (Kotronaki, 2014). Le système politique se fractura. Tandis qu’aux élections de 2012 le Parti socialiste panhellénique (Pasok) s’effondrait et que les conservateurs de Nouvelle démocratie (ND), quoique plus résistants, s’affaiblissaient, le parti de la gauche radicale Syriza devenait le premier parti d’opposition. Emmené par Alexis Tsipras et porté par le mouvement social, il venait de connaître une ascension fulgurante : tout juste entré au Parlement en 2009 avec 4,6 % des voix, il obtint 27 % des suffrages en juin 2012. Sa montée se poursuivit jusqu’aux législatives de janvier 2015 qui le portèrent au pouvoir.

Syriza incarnait l’espoir qu’un gouvernement formé par une nouvelle génération de politiciens de gauche, jeunes et non corrompus, rendrait sa dignité et sa souveraineté au pays et mettrait fin aux mémorandums.

Cependant, n’ayant réussi à obtenir aucune concession pendant les six premiers mois de stériles négociations avec la troïka, Alexis Tsipras organisa un référendum le 5 juillet 2015 à l’issue duquel les citoyens grecs dirent massivement « Non » (61,5 % des voix) à la poursuite de l’austérité.

Le Premier ministre n’avait pas prévu ce résultat et ne pouvait ni ne voulait affronter ses créditeurs au point d’envisager une sortie de la Grèce de l’euro (le « Grexit »). Sept jours plus tard, il transformait le « Non » en « Oui » et cédait face à l’Union européenne. Il acceptait l’ultimatum du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, en vertu duquel la Grèce renonçait à sa souveraineté et se pliait, en contrepartie d’un nouveau mémorandum (incluant un prêt de 86 milliards d’euros étalés sur trois ans et servant uniquement à rembourser la dette), au programme d’ajustement structurel le plus austère jamais exigé d’un pays européen.

Alexis Tsipras ne démissionna pas. Il remporta de nouvelles élections en septembre, juste avant la mise en œuvre des premières mesures d’austérité du troisième programme. Depuis, il applique les prescriptions de ses créditeurs – les véritables gouverneurs de la Grèce –, creusant le désespoir d’une société atteinte dans sa substance, désorganisée et vaincue par ceux-là mêmes qui promettaient de la défendre.

Soutien au NON le 3 juillet 2015. Photo mlck
 
Cet article analyse les principales mesures appliquées au système national de santé grec, secteur d’une importance capitale en période de crise des finances publiques et miroir dans lequel se reflètent les conditions d’existence des populations. Le texte questionne la rationalité en vertu de laquelle les gouverneurs de l’UEM persistent à « faire comme si » la dévaluation interne était la seule voie possible et à se montrer aveugles aux effets délétères de celle-ci.

L’hypothèse, défendue ailleurs plus en détail (Burgi, 2014a), est que nous assistons à la culmination d’un effort long de désinstitutionalisation des régimes de protection sociale, poursuivi graduellement depuis au moins trois décennies, qui s’accélère à la faveur des choix politiques arrêtés par les puissances hégémoniques d’Europe pour gérer les effets de la crise financière de 2007-2008. Cet effort est lié à un projet néolibéral de refondation complète des principes, des modalités et des finalités de l’intervention de l’État d’après 1945. Également appelé « fondamentalisme de marché [6] », il préconise la sujétion de toute la vie sociale et de toute la sphère publique, y compris l’État, aux mécanismes du marché.

Parmi les nouvelles attributions de l’État, l’une des règles essentielles commande que sa politique sociale soit entièrement remodelée pour accompagner « de façon active » et porter à leur paroxysme les mécanismes de concurrence. Avant 2010, quasiment tous les gouvernements occidentaux, chacun à leur rythme et avec leurs modalités propres, ont cherché à progressivement reconfigurer leurs systèmes nationaux de protection sociale pour les conduire dans cette direction et les mener vers la constitution d’un nouveau « modèle social européen » dans lequel les prestations à vocation universelle des États sociaux construits après 1945 sont remplacées par un filet social minimal, par un « minimum vital » (Hayek, 1985 [1946]:89-90).

Ce minimum n’est pas conçu comme un moyen de lutte contre la précarisation et la paupérisation des masses car il n’est pas question de s’attaquer à leurs causes ni de revenir sur la régulation néolibérale. Au contraire, dans le cadre du « fondamentalisme de marché », le minimum vital a pour fonction de faire en sorte que personne, en principe, ne tombe définitivement hors-jeu – hors du jeu de la concurrence généralisée. Pour le dire autrement, le problème théorique et pratique posé à la gouvernementalité [7] néolibérale dans la redéfinition des politiques de protection sociale est de savoir, non pas comment combattre le chômage de masse ou contenir l’extension des zones de précarité et de vulnérabilité, mais jusqu’où il est possible et/ou souhaitable d’abaisser le « seuil de pauvreté “absolue” [8] » en dessous duquel l’État devra imposer un filet social minimal, au sens d’un régime de soutien (et de contrôle étroit et punitif) des plus démunis, certes financé par la collectivité, mais juste suffisant pour le marché.

Au rythme dicté par la troïka, les gouvernements grecs ont taillé dans les dépenses de santé au couteau de boucher

La déconstruction méthodique, quoique parfois anarchique, des institutions grecques de santé publique s’inscrit dans cette évolution. Au rythme dicté par les institutions de la troïka, les gouvernements grecs ont taillé dans les dépenses de santé « avec des couteaux de boucher », selon l’expression d’un ancien ministre de la Santé (2010-2012), Andreas Loverdos, et cela, au moment même où les déterminants sociaux de la santé – les conditions de vie, fortement dégradées sous l’effet des politiques austéritaires dans leur ensemble – se répercutaient sur la santé de la population. Pour reconfigurer le secteur, des recettes « clé en main » de la Banque mondiale et du FMI (partage des coûts, principe de dissociation entre acheteurs et fournisseurs, tarification à l’activité, privatisation des services…) ont été plaquées sur le système public de santé grec dans l’intention prioritaire de réduire les coûts, d’extraire des ressources et de réorienter les comportements vers la consommation d’assurances et de services privés.

L’ampleur des coupes budgétaires et la logique qui leur est sous-jacente sont présentées dans un premier temps (I). Une deuxième partie étudie plus en détail les contradictions et les effets des politiques relatives aux médicaments et aux secteurs secondaire (hospitalier) et primaire (II). Abordant en dernier lieu la question des déterminants sociaux de la santé (III), la réflexion, centrée sur la mise en place d’un filet social équitable qui reste très largement insuffisant, débouche sur un questionnement portant sur le sens et les perspectives d’une société dite résiliente.


I. Des « couteaux de boucher » pour tailler dans les dépenses

En valeur réelle, les dépenses de santé ont donc chuté de près de moitié en quelques années

Depuis sept ans, le secteur de la santé publique est l’une des principales cibles des programmes dits d’ajustement structurel dictés à la Grèce par les institutions de la troïka dans le cadre des mémorandums de 2010, 2012 et 2015. Le premier avait exigé que les budgets de santé publique passent de 6,8 % du PIB en 2010 à 6,0 % en 2012. À l’époque, des chercheurs internationalement reconnus avaient jugé « arbitraire » et « anormalement bas » un tel objectif (Stuckler, Basu, 2013, trad. fr. 2014 ; Karanikolos et al., 2013 ; Kondilis et al., 2012, 2013 ; Kentikelenis et al., 2014). Il fut cependant atteint en 2012 puis largement dépassé. En 2014, le ratio des dépenses de santé publique rapportées au PIB était de 4,9 %, son niveau le plus bas depuis 2004. Il est remonté à 5,0 % en 2015, 5,1 % en 2016 et les prévisions pour 2017 le situent à 5,4 % du PIB. Cela se compare à une moyenne de 6,5 % dans l’Union européenne (UE) et à des ratios (stables) bien plus élevés dans les pays les plus riches de l’Union, notamment la France et l’Allemagne (tableau 1). On soulignera que la contraction des budgets de santé publique a été plus implacable encore en Grèce que ne l’indiquent ces pourcentages : dans la mesure où le PIB a lui-même perdu 27 points de pourcentage depuis 2010. En valeur réelle, les dépenses de santé ont donc chuté de près de moitié en quelques années.

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Tableau 1

 
Cette compression a donné lieu à une recomposition des dépenses de santé. Selon Giannis Kyriopoulos [9], ancien doyen de l’École nationale de santé d’Athènes, alors que le financement des hôpitaux publics a chuté de plus de moitié entre 2009 et 2014 et que les dépenses totales de santé (publiques et privées) sont en forte baisse, le secteur hospitalier a connu un accroissement de sa part (+41 % entre 2008 et 2013) dans les dépenses totales, devenant (sans moyens supplémentaires) le dernier recours pour les malades. Cela reflète un moindre accès non seulement aux soins hospitaliers privés (qui ont baissé de 28 % pendant la même période), mais encore aux soins primaires (services médicaux de base, soins dentaires, diagnostics, physiothérapies et autres) pour lesquels les dépenses ont chuté de 56 % au cours de ces années. Dans le même temps, la désorganisation des structures de soin a accentué la corruption et la quête de passe-droits avec des paiements formels et informels aux médecins du secteur privé, en hausse de 52 %.

La chute des dépenses publiques de santé après 2010 les ramènent à leur niveau de 2004

Aussi indispensables soient-elles, les données agrégées ne permettent cependant pas de saisir l’ampleur de la crise sanitaire. On constate par exemple en 2014 que la chute des dépenses publiques de santé après 2010 les ramènent, en valeur relative, à leur niveau de 2004 (graphique 1). Or en 2004, les Grecs, dans l’ensemble, avaient accès aux soins médicaux. Ce n’est plus le cas en 2014, et moins encore en 2017.

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Graphique 1

 
Le taux de pauvreté extrême est passé de 2,2 % en 2009, à 8 % en 2011 et à 15 % en 2015

La différence entre 2004 et 2017 tient aux dimensions qualitatives du démantèlement récent des structures de santé publique – non-recours aux soins en temps utile, carences et dysfonctionnements des services médicaux… –, dont un des indices clés se constate dans l’augmentation significative après 2010 des cas de mortalité dus à des événements indésirables survenus en cours de traitement (Laliotis et al., 2016).

Mais la santé publique dépend aussi très largement de facteurs sociaux plus généraux : accès à l’éducation, conditions de travail et loisirs, logement, perspectives d’avenir, état des communautés, des villages et des villes. Ces conditions structurelles de la vie quotidienne constituent « les déterminants sociaux de la santé et sont responsables pour une part importante des inégalités de santé entre pays et à l’intérieur des pays » (Commission on Social Determinants of Health [CSDH], 2008:1 ; Daniels et al., 1999).

Or, dans le contexte des politiques austéritaires généralisées exigées par l’UE et ses membres les plus influents pour gérer les effets de la crise financière de 2008, la Grèce, classée première par l’OCDE (2015:126) pour sa « réactivité globale aux priorités de réformes » entre 2007 et 2014, est allée plus loin que tous les autres pays de l’organisation internationale dans la mise en place de mesures d’austérité, exceptionnellement sévères en ce qui la concerne.

Au-delà des services de santé stricto sensu, elles ont provoqué une abrupte dégradation des conditions de vie (des déterminants sociaux de la santé) (comparaison des données Elstat [10] entre 2012 et 2017 ; Burgi, 2014c). Pratiquement du jour au lendemain, le taux de chômage a grimpé pour devenir le plus élevé d’Europe (il frappe le quart de la population, la moitié des jeunes et sa durée s’allonge : les chômeurs étaient à 73,5 % de longue durée en 2015), les niveaux de vie se sont effondrés de plus de 30 % en moyenne, la pauvreté relative et surtout l’extrême pauvreté ont connu une progression spectaculaire [11], les services publics ont été démantelés et le droit du travail et de la négociation collective quasiment liquidé (Kapsalis, Kouzis, 2014), le tout entraînant une importante fuite des cerveaux (Koniordos, 2017) et des capitaux et une « catastrophe » sanitaire (expression de Médecins du Monde, notamment).

Les conséquences sur la santé des politiques d’ajustement structurel ont été largement ignorées, voire niées par les gouverneurs [12] européens et grecs. Ils ont presque [13] toujours soutenu, contre l’évidence, que les politiques austéritaires ne touchent en rien les services essentiels : « nécessaires » au bien commun, elles auraient au contraire permis de préserver l’avenir grâce à des gains d’efficience et d’efficacité du système de soins.

La santé comme un droit humain fondamental accessible à tous s’est muée en transaction économique

Cette ligne d’argumentation n’est pas nouvelle ni limitée à un pays. Elle reflète un changement profond dans la manière de concevoir et d’aborder les problématiques relatives à la santé publique. L’idéal inscrit dans la déclaration d’Alma Alta (1978) en vertu duquel la santé, considérée comme un droit humain fondamental, devrait être accessible à tous en fonction des besoins de chacun, s’est mué en une représentation de la santé assimilée à une transaction économique.

Cette approche, portée par des institutions puissantes comme la Banque mondiale et le FMI, est devenue hégémonique dans les années 1990 et 2000. La première a réussi à imposer au monde sa vision économiciste de la santé et ces mêmes préceptes se retrouvent dans les prescriptions standardisées des programmes d’ajustement structurel du FMI : maximisation des prestations privées, frais modérateurs [14], priorité aux marchés et à la concurrence. Le but serait d’accroître la rentabilité des dépenses afin de créer les conditions d’un développement économique soutenable.

Cependant, comme le montre la littérature académique qui a analysé les conséquences de ces mesures, les dispositifs de type marchand ont accru plutôt que réduit les coûts, notamment les coûts bureaucratiques ; ils ont miné la recherche médicale et les services publics de santé existants et approfondi les inégalités (Lister, 2008 ; Sachs, 2005 ; Commission on Social Determinants of Health [CSDH], 2008).

 

II. Construction et déconstruction du système de santé

Les reproches adressés aux opérations « clé en main » de restructuration des institutions de santé publique n’induisent pas qu’il ne faudrait pas améliorer ou réformer les systèmes existants. Ils portent sur la méthode, les finalités et les effets des mesures introduites sans considération pour les droits fondamentaux et le bien-être physique, mental et social des citoyens dans leur ensemble. S’agissant du système national de santé grec, il n’a jamais été particulièrement cohérent ou efficient. Mais les dispositions prises depuis 2010 par les gouvernements successifs sous l’égide de la troïka – politique du médicament, restructuration hospitalière, rationalisation des soins primaires – ont considérablement aggravé les problèmes de fonctionnement, d’efficacité et d’accès aux soins médicaux observables à la veille des mémorandums.


II.1. Déboires et succès du système national de santé grec (ESY) à la veille des mémorandums

Créé en 1983, l’ESY représente incontestablement le plus important effort tenté en Grèce pour établir un véritable système national de santé. À l’origine, le projet ambitionnait d’unifier une pléthore de caisses professionnelles et de remplacer l’incohérente infrastructure de soins primaires existants par un réseau entièrement nouveau de centres de santé urbains et ruraux qui donneraient à tous les citoyens un égal accès aux soins, gratuits au point d’utilisation.

Cependant, la résistance de groupes d’intérêt puissants (médecins pratiquant dans des cabinets privés, fonds d’assurance autonomes, fonctionnaires, syndicats, ainsi que des politiciens au pouvoir ou dans l’opposition) contraria cette visée initiale (Mossialos et al., 2005) et le système finalement mis en place associa de façon complexe trois types de structures : (a) des structures de type beveridgiennes financées par l’impôt (l’ESY proprement dit) ; (b) des organismes de type bismarckien regroupés dans le réseau des assurances sociales obligatoires financées par des cotisations de sécurité sociale ; et (c) les services de santé privés [15].

Centre de santé, île de Skopelos.
 
Avant 2010, l’ESY comprenait : 201 centres de santé ruraux et trois centres de santé urbains qui formaient des unités décentralisées des hôpitaux régionaux de l’ESY ; 1 478 postes médicaux ou chirurgicaux rattachés aux centres de santé ; et les cliniques ambulatoires de 140 hôpitaux publics. Les centres de santé, les postes médicaux et chirurgicaux offraient à la population rurale des services préventifs, curatifs, d’urgence et de réhabilitation gratuits au point d’utilisation. Les cliniques ambulatoires des hôpitaux publics proposaient des services de spécialistes ou de diagnostic à la population urbaine et semi-urbaine. De jour, l’accès était gratuit ou soumis à une participation financière minimale et, de nuit, il fallait acquitter un copaiement.

Le réseau de sécurité sociale consistait en 36 caisses professionnelles couvrant les soins primaires de 95 % de la population selon diverses formules. L’affiliation à ces caisses, structurées par branche ou par catégorie socio-professionnelle, était obligatoire. Par ordre d’importance, la première des quatre principales caisses était l’IKA (ou Fondation de Sécurité sociale, créée en 1934), la caisse la plus importante des travailleurs du secteur privé. Elle avait sa propre infrastructure de soins et ses propres médecins (surtout des spécialistes), tous salariés et autorisés à ouvrir des cabinets privés à mi-temps. Les trois autres caisses couvraient respectivement les travailleurs agricoles (l’OGA), les professions libérales (l’OAEE) et les employés du secteur public (l’OPAD).

Tous les centres de santé achetaient partiellement ou exclusivement des services auprès de laboratoires ou de médecins privés. Les assurés avaient gratuitement accès à une vaste gamme de services, principalement curatifs et de diagnostic. Si les patients étaient redirigés vers des laboratoires et médecins privés, ils versaient un copaiement.

Enfin, le secteur privé comprenait environ 25 000 médecins, 12 000 dentistes, entre 400 et 700 laboratoires et 167 hôpitaux avec leurs départements ambulatoires. Des centres de diagnostic privés hautement rentables contrôlaient presque tout l’équipement biomédical du pays. Ces centres et les médecins privés passaient des contrats avec les caisses d’assurances sociales et les assurances privées et facturaient leurs interventions sur la base d’un forfait fixe par service payé conjointement par les usagers et les caisses. Le secteur primaire privé absorbait plus de 65 % des dépenses privées totales de santé (Kondilis et al., 2012).

Pour diverses raisons, ce système compliqué, fragmenté et peu coordonné connaissait des difficultés permanentes avant 2010. La part importante du secteur privé, la carence de généralistes, d’importantes différences dans le nombre et la qualité des services et dans l’étendue de la couverture garantis par les différents régimes d’assurance, et de réelles carences dans les zones rurales rendaient le système inefficient et inégalitaire. En outre, les très faibles salaires du personnel de l’ESY et du réseau primaire des assurances sociales avaient causé des problèmes structurels : difficultés permanentes de recrutement dans les hôpitaux, sous-effectifs importants, surtout d’infirmiers et de docteurs, manque d’unités de soins intensifs (du fait des sous-effectifs), longues listes d’attente… conduisant à l’habitude de glisser une enveloppe (fakelaki) entre les mains des médecins afin de contourner la liste d’attente et (espérer) obtenir un meilleur traitement.

S’il ne fait pas de doute que le système national de santé avait besoin de changement, il avait malgré tout contribué à une amélioration remarquable de la santé publique entre 1983 et 2009. Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquent une importante progression de l’espérance de vie pendant cette période grâce à la chute des mortalités évitables (causées par des maladies traitables), en particulier un remarquable déclin de la mortalité infantile et néonatale (passées respectivement de 17,94 à 2,65 et de 13,58 à 1,79 morts pour 1 000 naissances), et de la mortalité postnatale et maternelle. De même, dans le Rapport sur la santé dans le monde publié par l’OMS en 2000, la Grèce figurait en excellente position dans le classement des 191 pays membres de l’Organisation selon la qualité des soins médicaux dispensés. Elle était alors 14e. La France figurait au premier rang, suivie par l’Italie ; l’Espagne était septième ; le Portugal, précédé de la Norvège, 12e. La Suède arrivait en 23e position, l’Allemagne en 25e, les États-Unis, pays notoirement connu pour son système de santé mercantile, 37e.


II.2. Restrictions budgétaires et délais de paiement : des médicaments de moins en moins accessibles

Les dysfonctionnements de l’ESY avaient favorisé une surconsommation de médicaments en Grèce. En 2009, les dépenses médicamenteuses étaient les plus élevées des pays de l’OCDE (2,4 % du PIB contre 1,6 % en moyenne). Ce phénomène s’explique notamment par les pratiques des médecins du réseau primaire des assurances sociales : ils avaient été nombreux à chercher une compensation à leurs faibles salaires [16] en ouvrant les après-midis des cabinets privés. Du coup, les consultations publiques du matin devenaient un vivier de recrutement de patients pour leurs consultations privées : schématiquement, le patient était rapidement reçu le matin avant de repartir avec un rendez-vous pour une consultation privée, ou à défaut avec une grosse ordonnance de médicaments.

La réduction des dépenses pharmaceutiques fut programmée dès le premier mémorandum. La troïka voulut une baisse de près de moitié des dépenses en deux ans (de 4,37 milliards d’euros en 2010 à 2,88 milliards d’euros en 2012 – cet objectif fut atteint) puis à 2 milliards d’euros en 2014 (Kentikelenis et al., 2014) en agissant sur les prix, les prescriptions et le monitoring (Carone et al., 2012:50-52). Parmi les autres mesures figurait une liste régulièrement modifiée de médicaments remboursables conçue pour servir l’objectif prioritaire, en Grèce comme ailleurs, du recours aux génériques ; un système de rabais sur tous les médicaments vendus aux caisses de sécurité sociale ; et un droit de recouvrement par l’État lorsque les dépenses du budget pharmaceutique public excédaient un plafond périodiquement révisé.

Les hôpitaux délabrés ne sont pas en mesure de commander des médicaments dont les patients ont besoin

Le prix des médicaments est maintenant basé sur la moyenne des trois plus bas prix de l’Union européenne. Des économies substantielles ont ainsi été réalisées sans toutefois assurer un meilleur accès du public aux médicaments. Les raisons en sont complexes. Les hôpitaux délabrés ne sont pas en mesure de commander des médicaments dont les patients ont besoin et laissent ces derniers essayer de résoudre le problème. Les pharmacies sont en difficulté : d’un côté, elles ont accumulé des dettes du fait des délais de remboursement des organismes de sécurité sociale (actuellement, quatre à cinq mois de retard en moyenne, mais cela peut atteindre dix ou onze mois) qui leur doivent un total évalué en 2015-2016 à 500 millions d’euros (Karamanoli, 2015 ; Mantas, entretien 2016). De l’autre côté, les fournisseurs accordent un délai de un à trois mois, mais exigent le plus souvent un règlement immédiat.


Un très grand nombre de pharmacies a fermé

Les pharmacies sont alors forcées de payer leurs commandes d’avance en attendant le remboursement des assureurs sociaux, ou de s’organiser informellement avec d’autres pharmacies, parmi lesquelles les pharmacies solidaires aujourd’hui très bien organisées [17], pour trouver ou échanger les médicaments ; ou encore d’exiger des patients d’avancer les fonds ; ou enfin de les envoyer tenter leur chance ailleurs. Ces solutions sont fragiles : un très grand nombre de pharmacies a fermé. Beaucoup d’autres ont survécu en apparence mais ont été rachetées par des firmes multinationales de grossistes privés. Ces derniers ont réagi aux bas prix et aux longs délais d’apurement des créances en se tournant vers d’autres marchés plus lucratifs. Pendant un temps, les fabricants ont fixé des quotas censés couvrir les besoins du marché grec, et, par conséquent, ils ne livraient pas nécessairement les commandes en totalité. Pour se justifier, ils disaient ne pas avoir suffisamment de stocks, et parmi eux quelques-uns avaient arrêté de vendre des médicaments coûteux à la Grèce.

Un problème particulier se pose au sujet des nouveaux médicaments entrant sur le marché grec (83 ces trois dernières années) parce que la Grèce figure au plan international parmi les pays de référence pour l’établissement et la négociation de leur prix [18]. Ainsi, la firme Novartis s’est alliée avec des agents publics et des docteurs grecs pour vendre en Grèce certains nouveaux produits à des prix exorbitants qui lui ont assuré des profits élevés dans des pays plus peuplés (comme par exemple la Turquie, et plus encore le Brésil). Le scandale Novartis [19] fait actuellement l’objet d’une enquête pour établir les faits et déterminer les responsabilités. En attendant, des initiatives internationales sont prises pour tenter de modérer les appétits des fabricants du fait de la crise générale des finances publiques. En Grèce, la pression (et le mécontentement des fabricants) est encore plus forte parce que, en sus de son droit de recouvrement, l’État demande aux fabricants une réduction de 25 % pour chaque nouveau médicament dont le prix est fixé en Grèce.

Ajoutons enfin que l’industrie pharmaceutique grecque est structurellement vulnérable aux firmes multinationales et aux politiques gouvernementales. Elle produit des génériques de haute qualité et constitue un vivier de main-d’œuvre effectif et potentiel, mais elle n’est pas en mesure de se défendre contre des menaces telles que le dumping sur les prix des firmes pharmaceutiques mondiales. Elle a aussi été affaiblie par le droit de recouvrement de l’État dont le montant pour 2014 a été estimé à 30 % du budget national pharmaceutique (Anastasaki et al., 2014). Des opportunités de croissance endogène se perdent ainsi, tandis que la société est dépossédée d’un fournisseur de qualité.

Les nouvelles politiques ont transféré une partie des coûts aux patients

Pour aggraver la situation, les nouvelles politiques ont transféré une partie des coûts aux patients qui doivent assumer une part croissante de la dépense totale non remboursée au risque de se priver de soins. Le panier de soins a été modifié pour introduire des frais modérateurs et exclure certains produits et services, en particulier les tests cliniques et pharmacologiques, de la couverture publique (les assureurs privés ont aussi restreint leur couverture). En moyenne, le ticket modérateur acquitté par les assurés est passé de 9 % du prix du médicament en 2011 à 25 % en 2013 et 35 à 40 % en 2015. Dans les cas extrêmes, le ticket modérateur peut atteindre 75 % du prix du médicament. En raison des effets combinés des pénuries, des stratégies des firmes, et de la règle stricte de l’alignement du médicament sur les trois plus bas prix de l’UE, les médicaments prescrits sont régulièrement introuvables sur le marché. Par exemple, ce sont les vaccins, surtout les vaccins pour enfants (en 2017), ou encore l’insuline, les anticoagulants, les produits antidiabétiques et anticancéreux, les immunosuppresseurs et d’autres produits essentiels qui ne sont plus en circulation ou ne s’obtiennent que très difficilement. Le dysfonctionnement du système est particulièrement dangereux pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

En 2017, les vaccins pour enfants, l’insuline, les anticoagulants, les produits antidiabétiques, anticancéreux et autres produits essentiels s’obtiennent difficilement


II.3. Les hôpitaux en sursis permanent

Des mesures drastiques ont été introduites pour restructurer les hôpitaux publics et le reste de l’ESY. Au cours des dernières années, on a assisté à la fermeture de grands hôpitaux à Athènes, Thessalonique et ailleurs, la suppression et/ou la fusion d’un grand nombre de cliniques ou d’unités spécialisées, le regroupement de centaines de laboratoires, et l’élimination d’au moins 2 000 lits. Des mécanismes de surveillance managériale ont été mis en place : les budgets des hôpitaux sont maintenant gérés par une firme privée (Karakioulafis, 2014:90) et des techniques variées permettent d’inspecter l’activité hospitalière et celle des médecins, dont un système de collecte mensuelle des données pour contrôler l’activité et les dépenses hospitalières à travers des procédures électroniques obligatoires. Comme ailleurs en Europe, deux instruments clés ont été actionnés par les gouverneurs pour ralentir la croissance des dépenses hospitalières : la tarification à l’acte et la compression du personnel.


La tarification à l’activité

La tarification à l’activité ou diagnosis related groups (DRGs) est un outil budgétaire importé des États-Unis au début des années 1980 qui s’est substitué au prix de journée habituellement pratiqué en Europe. Elle s’est imposée partout, bien que la recherche scientifique et les évaluations indépendantes mettent depuis longtemps en lumière sa nuisibilité tant pour les finances publiques que pour les patients. Elle consiste à lier directement les recettes des hôpitaux au volume d’activité (nombre d’actes et de consultations) enregistrées pour chaque groupe homogène de malades. Le critère est purement comptable et ne permet pas de distinguer entre une activité technique, facilement quantifiable, mesurable, et une autre plus complexe exigeant plus de temps et l’appel à des compétences pluridisciplinaires. En France, par exemple, où un financement analogue a été introduit, toute consultation, pour être rentable, ne devrait pas dépasser douze minutes. Dans le contexte de l’injonction politique d’un retour à « l’équilibre financier », il n’est donc plus vraiment question de soins mais d’augmentation du nombre d’actes rentables (Grimaldi, 2009). En Grèce aussi, cette politique organise le renoncement à la qualité de bien public inhérente aux services de soin pour les transformer en entreprises capitalistes (Ioakeimoglou, 2010).

Cette transformation est cependant coûteuse. Comme le note le neurologue Makis Mantas (entretien, 2014), coordinateur jusqu’en juillet 2015 du programme de soins primaires de Syriza, le système de paiement à l’acte « … a accru les déficits publics [grecs] et multiplié les coûts hospitaliers par sept. Il favorise les hôpitaux privés. Prenez le cas du strabisme. Il s’agit d’un acte très simple. Dans le passé, l’opération coûtait entre 70 et 90 euros en Grèce. Aucun hôpital privé ne s’y intéressait. Aujourd’hui, la même opération coûte dix fois plus cher. Soudainement, les hôpitaux publics qui prenaient en charge toutes ces opérations le font de moins en moins ; ils cèdent la place aux hôpitaux privés. »

Les hôpitaux privés y trouvent leur compte et en tirent des profits élevés parce qu’ils peuvent facilement se spécialiser dans les traitements relativement simples et peu risqués de maladies courantes et prévisibles. Ce qui pénalise les hôpitaux publics et universitaires auxquels incombent les traitements plus complexes, coûteux et risqués, alors que leurs ressources et celles de la recherche médicale ont diminué.


Des coupes drastiques dans les salaires et les effectifs du secteur public de santé

Autre instrument majeur visant la baisse des coûts, les coupes salariales et la liquidation des droits des travailleurs dans tout le secteur public ont été, dès le premier mémorandum, l’une des principales priorités de la troïka. En 2011, il apparaissait déjà que la chute des dépenses publiques hospitalières avait été obtenue spécialement au moyen d’une diminution de 75 % des coûts salariaux (plutôt que d’un accroissement de l’efficience) (Kondilis et al., 2013). Les salaires des professionnels de santé publique, qui étaient les plus faibles d’Europe occidentale avant la crise financière, ont été réduits d’au moins 40 % depuis 2010. Charis Matsouka (entretien, 2014 [20]) affirmait qu’elle gagnait 2 000 euros par mois, frais professionnels inclus, alors qu’elle avait atteint le sommet de la carrière hospitalière. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un nouveau médecin référent ou d’un professeur de médecine débutant s’élève environ à 1 100 euros (Ifanti et al., 2014 ; entretiens, 2016, 2017).

Une perte de 30 % des effectifs

La compression du personnel dans le secteur de la santé publique a été dramatique, avec une perte de 30 % des effectifs consécutive au gel des embauches, au non-remplacement de fait des travailleurs partant à la retraite et au non-renouvellement des contrats temporaires. En 2011, l’Association médicale d’Athènes estimait qu’en cette seule année, 26 000 agents du secteur de la santé publique, dont près de 9 100 médecins, allaient perdre leur travail (Triantafyllou, Angeletopoulou, 2011). La réduction du nombre de médecins a été beaucoup plus importante que celle prévue par la troïka (Correia et al., 2015) à cause de la détérioration rapide de l’environnement et des conditions de travail. Nombre de docteurs et d’infirmiers ont pris des retraites anticipées. À cela s’ajoute un exode massif depuis 2010 de jeunes grecs hautement qualifiés, parmi lesquels des médecins spécialistes et autres personnels médicaux à la recherche de conditions de travail meilleures hors de Grèce. On estime à plus de 7 500 le nombre de médecins grecs ayant émigré jusqu’en 2014, notamment vers l’Allemagne où ils sont employés dans des postes en deçà de leurs qualifications et à des taux de rémunération inférieurs à ceux de leurs collègues [21].

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Consultations cancérologie, Aghios Savvas, Athènes.

 

Des conditions de travail et sanitaires déplorables

Les hôpitaux sont à court des fournitures les plus élémentaires

Les sous-effectifs, un afflux considérable de patients et les pénuries ont poussé les hôpitaux publics au point de rupture. Les conditions de travail y sont précaires et dangereuses. Les hôpitaux sont à court des fournitures les plus élémentaires : draps, ciseaux, antalgiques, tensiomètres, équipement stérilisé, médicaments vitaux, dépistage du cancer et équipement approprié pour les interventions chirurgicales… Le nombre d’heures travaillées a considérablement augmenté. Le temps de travail des médecins, incluant les périodes de garde, peut atteindre 32 heures ininterrompues, et lorsqu’ils sont en service d’astreinte la durée du travail peut atteindre 93 heures par semaine.

Alertée, la Commission européenne a porté le problème devant la Cour de justice qui a jugé ces pratiques illégales [22]. Jusqu’ici, cela n’a pas été suivi d’effet : alors que taux de chômage est élevé parmi les médecins et le personnel soignant, les recrutements de médecins statutaires n’ont pas augmenté, des milliers d’embauches sont toujours en attente et les internes quittent l’ESY. À la mi-2017, une loi destinée à réduire le temps de travail légal des médecins grecs pour le rendre conforme aux normes européennes (48 heures) était en préparation. Mais comme il n’est toujours pas possible de recruter du personnel statutaire, le projet de loi prévoit une option en vertu de laquelle les médecins qui le souhaitent auront la possibilité de travailler 60 heures hebdomadaires à condition de signer un document attestant qu’ils font eux-mêmes le choix de travailler plus (auparavant, ils y étaient obligés).

Par ailleurs, la pratique consistant à recruter du personnel non statutaire auto-employé sur des contrats à court terme se généralise. Des unités de soins intensifs, des laboratoires et même des départements hospitaliers entiers ferment ou menacent constamment de fermer. Les divers services luttent constamment pour obtenir les financements indispensables à leur survie. Comme le dit une femme médecin dans un entretien :

« Nous devons sans arrêt nous battre pour obtenir des fonds additionnels du gouvernement. (…) Ça se passe tous les trois mois. Donc nous avons constamment un horizon de trois mois devant nous. C’est épuisant. Et déprimant… »

Certains centres publics de traitement du cancer n’arrivent même pas à nourrir leurs patients

Certains centres publics de traitement du cancer n’arrivent même pas à nourrir leurs patients. Le manque de ressources les amène parfois à fermer abruptement leurs services à divers moments de la journée et à annuler des consultations sans les reporter à une autre date. En janvier 2016, l’hôpital universitaire général Laiko à Athènes a renvoyé des dizaines de patients atteints du cancer parce qu’il ne pouvait pas pratiquer les chimiothérapies vitales prévues pour eux [23].

Dans certaines circonstances extrêmes, des nouveau-nés ont été retirés à leur mère jusqu’à ce qu’elle puisse payer la facture hospitalière ; le cardiologue Georgos Vichas, qui dirige la clinique métropolitaine solidaire d’Hellinikon, a rapporté des situations où des patients atteints du cancer avaient été expulsés de l’établissement de soins où ils devaient subir une opération chirurgicale parce qu’ils ne pouvaient pas payer 1 800 euros. Conséquence de la forte proportion de personnes non assurées, ces dernières situations sont cependant restées exceptionnelles grâce à l’ingéniosité des médecins grecs qui trouvent des moyens créatifs de contourner les régulations.


II.4. Le démantèlement du système de soins primaires

Inégalitaire et fragmenté avant 2010, le réseau des services de soins primaires a connu, depuis, une série de réorganisations. En 2011-2012, les quatre principales caisses d’assurances sociales (IKA, OGA, OAEE et OPAD) furent transférées avec leurs effectifs et leur infrastructure à une nouvelle et unique Organisation nationale pour la prestation de services de santé (EOPYY). L’intégration des structures de soins primaires avait été espérée depuis au moins la création de l’ESY en 1983 car elle portait une promesse d’universalité et d’égalité d’accès à la santé. La promesse ne fut pas honorée dans le contexte des mémorandums. Légalement obligées de déposer 77 % de leurs avoirs disponibles à la Banque de Grèce, les caisses d’assurance maladie absorbées par l’EOPYY perdirent 53,5 % de leurs avoirs au moment de la restructuration (« la décote ») d’une partie de la dette grecque en mars 2012. Elles ne reçurent aucune compensation pour leurs pertes (environ 10 milliards d’euros en trois mois), contrairement aux banques. Par ailleurs, la diminution des prestations couvertes par les caisses, l’augmentation des frais modérateurs, la compression des personnels soignants et les baisses de salaire détériorèrent, comme dans le secteur hospitalier, la qualité des prestations et l’accès aux soins primaires publics (Kaitelidou, Kouli, 2012 ; Kondilis et al., 2013).

En 2014, Georgiadis ferma les unités de soins primaires et renvoya chez eux 6 500 à 8 000 médecins

En 2014, dans la ligne des principes promus par la Banque mondiale, le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, dissocia les fonctions d’acheteur et de fournisseur ou prestataire de soins. La fonction d’acheteur resta de la compétence de l’EOPYY, tandis que les prestations de santé furent confiées à un nouveau Réseau national de soins de santé primaire (PEDY). Le ministre manœuvra habilement pour provoquer le départ « volontaire » de la moitié des médecins des centres de santé intégrés à l’EOPYY deux ans plus tôt. En février 2014, il ferma du jour au lendemain toutes les unités du réseau de soins primaires et renvoya chez eux quelque 6 500 à 8 000 médecins. Il annonça que ceux-ci pourraient être embauchés à l’ouverture du nouveau réseau (PEDY), à condition d’accepter des contrats de travail à plein temps et de fermer leurs cabinets privés. L’idée de créer un statut d’emploi exclusivement public dans le secteur des soins primaires était populaire et en général bienvenue, mais cela impliquait que les docteurs dorénavant se contentent du même (bas) salaire (1 100 euros), renoncent à des sources supplémentaires de revenus (en fermant leurs cabinets) et oublient les perspectives de carrière [24]. Ils furent nombreux à « s’auto-licencier », pour citer la formule d’un de mes interlocuteurs, c’est-à-dire à « choisir » de perdre leur emploi. Aujourd’hui, le réseau PEDY compte quelque 2 700 médecins.

De très nombreux patients doivent attendre longtemps pour une très brève consultation

En dehors de réussir un « coup » avec la suppression d’un nombre conséquent d’employés du secteur public, l’initiative d’Adonis Georgiadis s’est révélée problématique. D’abord, les structures de soins primaires (c’est-à-dire principalement celles de l’ancienne IKA) ont pratiquement cessé de fonctionner en raison de l’importance des sous-effectifs. Autrefois dotées de moyens, notamment humains, suffisants, elles sont désormais pratiquement vides. Par conséquent, de très nombreux patients doivent attendre longtemps pour une très brève consultation [25]. Les médecins n’ont pas le temps de faire davantage que de contrôler les carnets de santé ou les anciennes ordonnances, et en faire de nouvelles. De plus, ils sont étroitement surveillés par une plateforme électronique : ils ne peuvent pas prescrire de médicaments ou d’examens au-delà de ce qu’autorise leur budget [26]. S’ils s’y hasardent, le système commence par lancer un avertissement avant de se bloquer, et le médecin, alors passible d’une amende, ne peut plus rien prescrire.

Dans les services de santé primaire (comme à l’hôpital), des auxiliaires précaires sont embauchés pour des périodes courtes allant de huit mois (ce qui évite de les garder l’été) à un an et demi au mieux : ceux-là ne veulent pas risquer leur emploi ou avoir une amende. Les autres [27] sont également piégés par le système, de sorte que la plupart des médecins ne peuvent pas soigner leurs patients. Si nécessaire, ils les envoient à l’hôpital où il est encore possible de prescrire librement des médicaments ou des examens. Mais c’est un cercle vicieux, car les médecins hospitaliers estiment à juste titre qu’ils n’ont pas le temps de recevoir les gens pour simplement leur délivrer des ordonnances, et que ce n’est pas leur rôle.


 
Même quand ils n’étaient pas dirigés à l’hôpital par leur médecin traitant, et parce que les soins primaires ne fonctionnent pas, les patients se sont massivement tournés vers les urgences hospitalières. C’est le deuxième grand écueil de la réorganisation conduite par Adonis Georgiadis. Pour décongestionner les urgences et pallier les conséquences des sous-effectifs dans les soins primaires, le ministre de la Santé a cru trouver une solution en incitant les médecins du secteur privé à passer des conventions avec l’EOPYY : ils s’engageaient à examiner 200 patients par mois contre une rémunération de 2 000 euros mensuels. Cette mesure extrêmement coûteuse pour le système de santé publique s’est aussi avérée très inefficace car la plupart des médecins « se débarrassaient » des 200 patients en une semaine, sinon plus vite, et pendant le restant du mois les malades n’avaient d’autre choix que de payer le prix d’une consultation privée, d’aller à l’hôpital ou de tenter leur chance dans un centre de soins primaires.

Telle était encore la situation au printemps 2017 quand l’actuel ministre de la Santé, Andreas Xanthos, lançait un nouveau projet de loi quadriennal dit « Soins primaires de santé » [28]. Son objectif prioritaire consiste toujours à désengorger les urgences hospitalières mais le gouvernement entend aussi remettre à plat tout le système en vue de son amélioration (encadré). L’initiative est bienvenue : elle simplifie l’organisation des soins primaires, vise leur intégration à un système national de santé unique et pourrait corriger certains dysfonctionnements. Mais les fortes contraintes budgétaires indiquent que la perspective reste celle d’un rationnement des soins de santé publique. Les besoins du pays tout entier ne sauraient être couverts par le recrutement de seulement 1 300 nouveaux médecins, même si les profils privilégiés (généralistes, internistes, pédiatres) correspondent à un manque avéré, tant le déséquilibre est grand entre, d’un côté, les spécialistes en surnombre et, de l’autre, les généralistes souvent inexistants dans les services de soins primaires. Avec seulement trois praticiens, le rôle des unités locales de santé risque de se ramener à celui de pourvoyeur d’ordonnances et de garde-barrière empêchant le tout-venant de se rendre spontanément aux urgences hospitalières. On ne sait pas encore ce que devrait impliquer la restructuration de ces dernières, actuellement à l’étude. Elles pourraient devenir des unités autonomes dotées d’un personnel propre, distinct des équipes soignantes des hôpitaux.

Dans l’ensemble, la précarisation des personnels soignants ira en augmentant. Même si les contrats des médecins conventionnés sont révisés, il manquera au système national de santé, et singulièrement au secteur des soins primaires, la masse critique indispensable à des prestations publiques de qualité. La dépendance à l’égard du secteur privé n’en sera que renforcée. On s’achemine très probablement vers un système à deux vitesses comprenant des services publics rudimentaires, sinon gratuits du moins à faible coût, et des prestations privées ou mixtes accessibles seulement aux plus aisés.

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Encadré

 
De fait, la logique d’une participation maximale du secteur privé s’installe progressivement dans le secteur des soins primaires. Les dépenses non remboursables se multiplient. Les copaiements pour les consultations ambulatoires sont passées de 3 à 5 euros en 2011 (le gouvernement Syriza a supprimé cette taxe qui vient d’être réintroduite). Les prescriptions médicales sont limitées à trois médicaments. S’il en faut davantage, le médecin doit établir une ou plusieurs nouvelles ordonnances, chacune coûtant 1 euro au patient. Il y a aussi d’autres coûts moins visibles, comme le prix d’un appel téléphonique pour programmer un rendez-vous chez le docteur. Il sera bientôt possible de le faire par voie électronique, solution difficile pour les personnes âgées ou démunies.

L’assurance privée croît lentement dans le marché des soins primaires avec des formules bon marché. Par exemple, on a vu des journaux comme Proto Thema ou Anexartisia offrir aux lecteurs dans leurs éditions du week-end des coupons à collectionner pour obtenir une carte de santé « gratuite » donnant un accès annuel limité et à faible coût à des médecins et des centres privés de diagnostic. Les banques aussi offrent à leurs clients différents types de polices d’assurance maladie (selon un éventail de prix variant de 85 à 800 euros annuels).

Les montants de ces contributions acquittées par le patient peuvent paraître négligeables. Cependant, elles pourraient bien avoir un but pédagogique. Comme a pu le dire un médecin grec au cours d’un entretien : « Le projet consiste à habituer les gens à payer jusqu’à ce que le système [de santé publique] soit finalement supprimé. » Dans sa contribution aux travaux du réseau Globalization and Health Knowledge Network, John Lister note : « Il ne fait pas de doute qu’en promouvant des frais modérateurs, la Banque mondiale et d’autres agences entendaient notamment nourrir l’apparition de polices d’assurance, même dans les pays les plus pauvres […]. [Par exemple], à l’occasion d’un atelier majeur financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui s’est tenu au Zimbabwe, l’une des conclusions principales relatives aux “enseignements” tirés de la réflexion sur le financement des soins de santé était que “les frais modérateurs sont vitaux pour l’introduction de n’importe quel type de système assurantiel” » (McEuen et McGaugh, cité par Kondilis et al., 2013 ; Lister, 2008:34).

Tout aussi importantes ont été d’autres mesures prises en Grèce pour aller dans la même direction. La dérégulation des services privés de santé a commencé très tôt au début du premier programme d’ajustement structurel. Par exemple, Kondilis et alii (2013) mentionnent la suppression de toutes les limites à l’établissement de laboratoires, de centres médicaux et d’unités de dialyse par des entrepreneurs privés, et la levée des restrictions relatives à l’expansion des hôpitaux privés. Les auteurs relèvent également l’introduction en 2011 de contrats passés par les établissements publics avec les compagnies d’assurance privées pour leur transférer des services hospitaliers publics. Ils leur ont attribué des centaines de lits hospitaliers de luxe. Avant même la loi « Soins primaires de santé » d’Andreas Xanthos, deux grandes cliniques privées aux spécialités multiples fonctionnant en lien avec d’importants prestataires d’assurance privées avaient été créées en remplacement des structures du réseau PEDY à Athènes et à Thessalonique.

III. Survivre sous conditions

L’importance des déterminants sociaux de la santé pour le bien-être physique, mental et social des communautés humaines a été soulignée plus haut. Avec l’aide et une certaine complicité du gouvernement grec (Burgi, 2014a), la troïka a prétendu pallier les effets de la « crise » (les effets de la quasi-liquidation, effective ou en instance, de la protection sociale) en agissant sur ces déterminants dans l’intention de renforcer la « résilience » de la population. Les mesures phares initiées à cette fin – indemnisation et accès des chômeurs aux soins médicaux, instauration d’un revenu minimum garanti (RMG) – tracent, dans leur version grecque, les contours matériels et idéels du « nouveau modèle social européen » appelé à se substituer à l’État social décrété « révolu » par le gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en 2012. Ce modèle est évoqué dans le mémorandum d’août 2015 qui consacre une petite section à un « authentique filet de sécurité sociale » et à « une société plus équitable ». Embrassant la notion promue par la Banque mondiale d’un « ensemble de prestations de base » (essential package) pour les plus démunis, il assure tout juste la survie des plus pauvres.


III.1. La reconfiguration des indemnités de chômage et de l’assurance-maladie

Avant juillet 2011, la durée maximale d’indemnisation du chômage, qui conditionnait l’accès aux prestations de santé, n’excédait pas un an, mais les patients en fin de droit et privés de ressources financières pouvaient encore être traités dans les hôpitaux. Après juillet 2011, de nouvelles dispositions exigèrent que les non-assurés paient intégralement leurs soins et en mars 2012, les montants de l’indemnisation furent réduits (de 561 à 360 euros [29]). Entretemps, les taux de chômage et le nombre de personnes non assurées grimpèrent en flèche et restèrent énormes jusqu’à aujourd’hui. Médecins de Monde estime qu’il y a environ 3 millions de non-assurés, si l’on inclut les auto-employés qui ne sont pas comptabilisés dans les chiffres officiels du chômage ; Makis Mantas estime la proportion de non-assurés toutes catégories confondues à 35 % de la population en 2016, parmi lesquels 60 % de professions indépendantes et d’auto-employés ; les rapports officiels de l’UE ou de l’OCDE avancent généralement le chiffre de 2,5 millions de non-assurés (sur une population totale de 11 millions d’habitants).

Sous la pression sociale, le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, introduisit par décret ministériel en 2013 puis en 2014 un système de coupons censés permettre aux non-assurés d’accéder aux soins primaires (2013) puis également aux soins hospitaliers (2014). Ces coupons, administrativement ingérables et en pratique inaccessibles au plus grand nombre, se révélèrent une mesure palliative [30]. Les patients se retrouvèrent dans des situations où ils devaient payer formellement ou informellement – en signant une reconnaissance de dette envers l’établissement public de soins – une partie sinon la totalité de leur traitement hospitalier, diagnostic et médicamenteux.

Finalement, c’est au gouvernement Syriza qu’est revenue la responsabilité de mettre en place un plan dit d’accès « égal et universel à la santé ». Amélioration significative, la loi n° 4368/16 complétée par un arrêté ministériel du 2 mars 2016 offre à tous les citoyens légalement installés en Grèce la possibilité d’être pleinement couverts sur simple présentation de leur numéro de Sécurité sociale. Les réfugiés récemment entrés et enregistrés en Grèce le sont au même titre que les autres citoyens dépourvus d’assurance sociale. Par contre, les immigrés sans papiers plus anciens, Pakistanais, Indiens ou autres, ne sont pas couverts.


 
Sauf pour les très pauvres, la gratuité des soins n’inclut pas les médicaments dont le coût est en moyenne supporté pour moitié par les patients. La dispense des frais modérateurs est subordonnée à des conditions telles que seul un petit nombre, estimé [31] à quelque 170 000 personnes, est concerné (sur au moins 2,5 millions de bénéficiaires potentiels, comme on vient de le voir). La gratuité des médicaments est soumise aux critères suivants : (1) les revenus ne doivent pas excéder 2 400 euros annuels pour une personne seule (le double pour un couple avec deux enfants) ; (2) si une personne n’a pas de revenus mais possède un bien immobilier d’une valeur de 150 000 euros et plus, ou si une personne a un compte en banque comprenant des avoirs équivalents à trois fois le critère annuel des 200 euros mensuels (donc un solde créditeur de 7 200 euros), elle doit participer aux frais modérateurs ; (3) les handicapés dont le taux de handicap est évalué à moins de 67 % ne sont pas couverts à 100 % (avec une légère différence en leur faveur s’il y a des enfants) ; (4) l’accès à la consultation de spécialistes est restreint : la prestation de services publics de santé gratuits est rigoureusement limitée aux ressources publiques existantes et ne s’étend pas à des services que les hôpitaux ou les centres de santé contractent auprès de prestataires privés. Dans tous les cas où les patients habitent une contrée dépourvue du service ou du spécialiste recherchés, ils se voient obligés ou bien de voyager s’ils le peuvent pour se rendre dans une grande ville, ou bien de se passer de soins spécialisés.


III.2. L’Allocation de solidarité sociale, un revenu minimum garanti

Censé refléter l’ambition de « justice sociale » des rédacteurs du troisième mémorandum, le revenu minimum garanti (RMG) incarne bien l’idéal d’une protection sociale réduite à un plancher de prestations minimales. La Commission européenne le décrit comme un « exemple typique d’investissement social » (Ziomas et al., 2015a). L’« investissement social » est alors l’antithèse des droits (durement conquis) à des revenus de transfert inconditionnels qui sont, eux, désobligeamment appelés « consommation sociale ». La finalité de cet « investissement social » ciblé exclusivement sur la pauvreté extrême (ibid.) n’est pas de combattre l’indigence, mais de réduire l’indicateur mesurant « l’écart de pauvreté » (Ziomas et al., 2015b), c’est-à-dire l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté.

Le RMG est entré en application en 2017 [32] sous l’appellation « allocation de solidarité sociale » (KEA selon l’acronyme grec). Il avait préalablement été l’objet d’une expérimentation pilote dans treize gouvernements locaux entre novembre 2014 et avril 2015. Le dispositif comprend une allocation dégressive inférieure au seuil de pauvreté extrême [33] n’excédant pas 200 euros mensuels pour une personne seule, et par exemple 400 euros pour une famille de quatre personnes ou 500 euros pour un couple et quatre enfants mineurs. Il comprend également une aide sociale en nature et une aide à la recherche d’emploi. Les conditions d’attribution des aides sont analogues à celles mentionnées précédemment au sujet du programme d’accès universel à la santé. Le revenu déclaré du ménage au cours des six mois précédant la demande ne doit pas excéder six fois le montant de l’allocation [34] ou un plafond fixé à 5 400 euros quel que soit le nombre de personnes composant le ménage. À cela s’ajoutent des critères portant sur la propriété, qui varient aussi en fonction de la composition du ménage. Ils incluent la valeur taxable des biens immobiliers en Grèce ou à l’étranger [35], le coût objectif de tous types de véhicules privés [36] et le montant total des dépôts en banque ou dans toute autre institution de crédit [37]. La mise en œuvre du dispositif est confiée aux municipalités.

Les volets aide sociale et aide à la recherche d’emploi n’avaient pas été inclus dans l’expérimentation pilote : celui sur la recherche d’emploi parce que la Grèce est plongée dans une dépression économique durable et que les structures de ce type sont quasiment inexistantes, en tout cas inopérantes ; celui sur l’aide sociale (principalement des opérations de distribution alimentaire), parce que les conditions d’ouverture respectivement du droit au revenu minimum garanti et du droit à l’aide sociale n’étaient pas encore harmonisées.

Depuis l’entrée en application du dispositif KEA, les listes de bénéficiaires du revenu minimum garanti sont utilisées par les services sociaux municipaux pour l’attribution d’une aide sociale et sont parfois croisées avec des listes établies par d’autres structures, dont les églises, pour éviter que le même individu puisse profiter simultanément de plusieurs programmes d’aide.

À partir de début 2018 aura lieu le renouvellement du droit à l’allocation KEA de solidarité sociale. À cette occasion, les bénéficiaires admis en 2017 qui n’auraient pas su qu’ils devaient, ou n’auraient pas voulu déclarer une éventuelle modification de leur situation dans le cours de l’année, ou ceux dont on s’apercevra que le dossier déposé en 2017 comporte des erreurs, quelles qu’elles soient et même si c’est à leur insu [38], seront sommés de rembourser les sommes qui leur ont été versées [39]. On ne sait pas ce qu’il adviendra de ces bénéficiaires ni comment le problème sera géré. En tout état de cause, l’adjonction de l’aide sociale au revenu minimum n’est pas de nature à consolider les déterminants sociaux de la santé.


III.3. Le cadre de la survie

De ce qui précède, il est permis de penser que l’allocation de solidarité sociale, composante centrale de ce qui est présenté comme un filet social, est appelée à devenir un dispositif intégré de coordination de politiques dites de protection sociale ciblées sur la misère, qui produisent, normalisent et contrôlent le statut de dépossédé ; un dispositif de gestion limité aux 15 % de la population classés comme extrêmement pauvres. Les conséquences sociales des politiques austéritaires se réduiraient à la « résilience » défectueuse d’une minorité.

Notion polysémique, la résilience sociale peut s’entendre comme la capacité des individus ou des groupes de résister à l’adversité en mobilisant et en inventant de nouvelles ressources et manières de faire et d’agir pour préserver leur bien-être matériel, physique et psychique, ainsi que la dignité conférée par la reconnaissance de soi et d’autrui comme membre à part entière d’une communauté de semblables. Bien sûr, les réponses individuelles et collectives à la déstabilisation des cadres sociaux diffèrent sensiblement d’une société à l’autre (Hall, Lamont, 2013). Pour ce qui concerne la santé publique en Grèce, la création, évoquée plus loin, d’un réseau de structures de soins solidaires dans tout le pays a été portée par l’espoir de préserver la substance de la société et défendre ses droits.

Ce n’est pas ainsi que les institutions dominantes conçoivent la notion de résilience. Elles donnent à ce vocable un sens normatif inférant une soumission allant de soi à l’ordre établi. Dans son acception politico-administrative, la résilience désigne la résistance avant tout psychologique des individus à l’infortune (euphémisme pour injustice) au sens de leur aptitude à réaliser un « ajustement positif » pour s’adapter et « rebondir » dans les contextes les plus difficiles – qui ne sont pas, eux, questionnés (par exemple Burgi, Soumara, 2015). Cette grammaire de la résilience induit la conviction qu’il faut s’accommoder de la (grande) précarité, contrôler le « désordre », les comportements « antisociaux », les troubles à l’ordre public, et légitimer si nécessaire des mesures d’exception et/ou le recours à la force. Il appartiendrait à chacun et à tous de se prendre en charge. Seules les catégories sociales totalement démunies (à l’exclusion des réfugiés et autres immigrés) pourraient espérer, sous d’austères conditions, une aide matérielle parcimonieuse financée par la communauté.

Des maladies que l’on croyait éradiquées comme la malaria réapparaissent, le VIH s’est répandu

La troïka trouve dans ces préceptes un moyen parmi d’autres de passer sous silence sinon de nier les conséquences de ses politiques. Avant la crise financière, les gens allaient chez le médecin malgré les carences des soins primaires. Maintenant, ils doivent se résoudre à une mort à échéance plus ou moins précoce. Même les assurés sociaux, souvent incapables de couvrir les dépenses non remboursables, ont tendance à négliger les examens préventifs, à les reporter à plus tard (ou trop tard) ; ils réduisent leurs traitements, les prennent de façon discontinue, les remplacent par des substituts moins chers, les arrêtent même. Des maladies que l’on croyait éradiquées comme la malaria réapparaissent, le VIH s’est répandu. L’état de la santé mentale est désastreux.

Dès le premier mémorandum, les médecins hospitaliers constataient une augmentation des pathologies cardiaques et accidents vasculaires cérébraux liés à l’anxiété et au stress [40]. Le taux de dépressions majeures est passé entre 2009 et 2014 de 3,5 % à 12,5 % de la population et le taux de suicides s’est accru de 35 % entre 2010 et 2013 (Economou, Peppou, Fousketatki et al., 2013 ; Economou, Madianos, Peppou et al., 2013 ; Economou et al., 2016 ; Madianos et al., 2014). La consommation de « drogues de la crise » – substances synthétiques très bon marché comme la métamphétamine (1 à 5 euros) fabriquées dans des laboratoires de fortune et même dans les cuisines des particuliers – pourrait détruire une génération entière d’adolescents, comme le sisaen Argentine (Matsa, 2014).

La désintégration de la société et le désastre sanitaire nourrissent la violence interpersonnelle (homicides et violence domestique). Le psychiatre Spyros Sourlas (entretien, 2015) a observé un accroissement de 30 % des troubles psychosomatiques (maux de tête, de ventre) parmi les enfants, dont un tiers finit à l’hôpital. Gerasimos Kolaitis et Georges Giannakopoulos (2015), tous deux pratiquant dans d’importants services hospitaliers de psychiatrie infantile à Athènes, rapportent qu’ils rencontrent un « nombre toujours grandissant de familles confrontées à des adversités psychosociales compliquées » et d’enfants maltraités ou négligés admis dans le plus grand hôpital pédiatrique de Grèce au titre de la protection de l’enfance…

Les traités font obligation à la Commission européenne d’évaluer les effets sociaux et sanitaires de toutes les politiques publiques, y compris celles de la troïka. Elle y a rechigné. Une étude d’impact social a fini par être réalisée a posteriori en 2015, mais elle fut pour le moins « décevante à bien des égards », comme le note dans sa déclaration de fin de mission sur l’état social et humain de la Grèce Juan Pablo Bohoslavsky (2015), expert indépendant sur la dette extérieure et les droits humains auprès des Nations unies. Elle « ne mentionne pas une seule fois la notion de “droits humains” » fondamentaux, poursuit l’expert, dont le rapport pointe au contraire une violation systématique de ces droits [41]. La « vertigineuse liste de normes, règles, lois grecques, européennes et internationales piétinées par les mémorandums » (CADTM, 2015) est aujourd’hui assez bien répertoriée (par exemple Salomon, 2015 ; Ghailani, 2016) mais mal connue du grand public mieux informé sur l’interprétation dominante des abondantes données économiques et financières que sur les atteintes à la démocratie.

Pour leur part, les gouvernements grecs se sont montrés tout aussi cyniques et indifférents au sort de la population. Ils ont par exemple reporté sur les femmes et les migrants la responsabilité de la crise sanitaire. En 2012 et 2013, ils orchestrèrent des campagnes de « nettoyage » contre les consommateurs de drogue et les migrants. Ils mirent le pays en garde contre la propagation du Sida – qui « peut être transmis par une femme migrante illégale au consommateur grec, à la famille grecque » – et contre les « bombes à retardement sanitaires » menaçant les hommes grecs et les ménages. Un décret (39A) de 2012 permettant à la police de détenir n’importe qui en vue de procéder à des tests forcés de dépistage des maladies infectieuses et de rendre publiques les données personnelles des sujets atteints du VIH entraîna de multiples rafles, des poursuites pénales, et l’arrestation, l’emprisonnement, la stigmatisation et l’humiliation de milliers de personnes (Vasilopoulou, 2014:225-227). Il fut définitivement abrogé en avril 2015 par le gouvernement Syriza, à qui fut cependant transférée par les puissances dominantes de l’UE la charge et la responsabilité de « traiter » au moins 60 000 réfugiés actuellement bloqués en Grèce où ils sont confrontés à la politique de détention automatique dans des camps inhumains et aux plus grandes difficultés d’accès (si tant est qu’ils accèdent) à des soins médicaux essentiels. Alors qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre la migration et l’importation de maladies contagieuses (par exemple Langlois et al., 2016 ; Rechel et al., 2011 ; Grove, Zwi, 2006), ces traitements spéciaux pourraient bien rendre encore plus critique la crise sanitaire et finir par mettre en danger la société tout entière.

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Pharmaciens solidaires dans le dispensaire social Mitropolitiko, Athènes, 2016.

 

Conclusion

 
Un élan de solidarité remarquable

Loin de cette logique mortifère, une partie de la société a pris un chemin d’une tout autre nature pour défendre la santé publique et ses conditions de possibilité. Dans un élan de solidarité remarquable, des hommes et des femmes bénévoles, médecins, soignants ou simples citoyens ont œuvré pour créer et faire fonctionner à partir de 2009 une quarantaine de cliniques et pharmacies autogérées dans tout le pays. Toute personne nécessitant des soins médicaux sans y avoir accès pour une raison ou une autre y est accueillie indépendamment de sa nationalité, de son statut social ou de ses origines. Ces structures ont sauvé des milliers de vies, mais leurs maigres ressources, provenant exclusivement de dons de la population et de réseaux militants nationaux et internationaux (dont le collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé) ne leur permettent de répondre qu’à une part minime des besoins de la population. La lutte ainsi engagée au nom de la santé pour tous n’a pas eu pour objet de construire une alternative au système public de santé. Elle a été pensée, menée et vécue comme un acte de résistance positive contre un pouvoir despotique, un acte susceptible d’amener les habitants à se relever et défendre par leurs pratiques solidaires leurs droits et les principes démocratiques.

Cet espoir s’essouffle depuis que le gouvernement Syriza et son Premier ministre, choisissant de conserver le pouvoir après la capitulation d’Alexis Tsipras en juillet 2015, appliquent un troisième programme mémorandaire plus violent et punitif encore que les deux précédents. L’apathie gagne du terrain. Les militants et bénévoles, épuisés, quittent les organisations de solidarité. Nul ne sait par quels moyens la société grecque cherchera dans le dénouement de cette tragédie à se défendre contre les atteintes portées à sa substance même.

Noëlle BURGI

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Noëlle Burgi est membre du CNRS, CESSP

Source : LA REVUE DE L’IRES N° 91-92 – 2017/1-2

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Notes

[1Surestimé à 15,8 % du PIB après de troublantes révisions à la hausse, mais tout de même bien supérieur à la limite des 3 % autorisée par le traité de Maastricht. Pour une analyse approfondie, voir le site du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et en particulier le Rapport CADTM 2015

[2Rejointe par le Mécanisme européen de stabilité (MES) en 2015, elle est devenue un Quartet.

[3De très nombreux documents sont associés aux mémorandums (CADTM, 2015). Pour les deux premiers mémorandums, on peut consulter les documents de la Commission européenne (European Commission, 2010, 2012). Pour le troisième, on dispose d’une version commentée par Yanis Varoufakis, ex-ministre des Finances du premier gouvernement Tsipras, du Communiqué de l’Eurogroupe, et du mémorandum avec sa traduction française sur le blog de Paul Jorion.

[4Joaquin Almunia est largement cité dans la presse quotidienne du 12 février 2010. Sur l’approche méthodique et punitive des mémorandums et, au-delà, de la « nouvelle gouvernance européenne » entérinée par le Traité budgétaire européen (2012), voir Greer et al. (2016) ; Stamati, Baeten (2014) ; Burgi (2014a, 2014b), ainsi que les mémorandums eux-mêmes (voir note précédente).

[5Au sens où ces politiques sont imposées par la contrainte (Lochard, Pernot, 2010).

[6Le fondamentalisme de marché s’enracine dans divers courants théoriques, dont l’ordo-libéralisme, théorisé par des économistes allemands et autrichiens rejoints par Friedrich Hayek dès avant la seconde guerre mondiale. Longtemps marginales, leurs thèses ont trouvé leur point d’appui politique dans les « révolutions conservatrices » des années 1970 et 1980 impulsées par Thatcher et Reagan.

[7La notion foucaldienne de « gouvernementalité » désigne, au-delà des structures politiques et de la gestion des États, et des formes instituées et légitimes d’assujettissement politique ou économique, un art de gouverner consistant à « conduire des conduites », à agir sur les possibilités d’action des individus et des groupes, et donc à structurer leur champ d’action éventuel.

[8L’expression est proposée par Michel Foucault (2004:207-213) dans un passage où il discute la question du minimum vital, qu’il appelle « clause de sauvegarde » ou de « non-exclusion ». La notion de pauvreté « absolue » ne s’entend évidemment pas au sens de la théorie économique. L’idée doit se comprendre comme une opération consistant à agir sur la paupérisation des masses, considérée comme un des effets de la régulation néolibérale, sans toutefois chercher à en modifier les causes. Il s’ensuit que le tracé du seuil de pauvreté résulte d’un choix et d’une appréciation politiques.

[9G. Kyriopoulos, « Υγεία : “νικητές” και “ηττημένοι” της κρίσης » (« Santé : gagnants et perdants de la crise »), The Huffington Post, 19 juin 2015 (en grec), http://www.huffingtonpost.gr/giannis-kyriopoulos/-_583_b_7619170.html

[11Selon l’étude détaillée de Matsaganis et al. (2016), le taux de pauvreté extrême n’excédait pas 2,2 % en 2009 ; il était de 8 % en 2011 et de 15 % en 2015. On en trouvera une synthèse en anglais dans Georgakopoulos (2016). Sur l’évolution du seuil de pauvreté, voir Parlement hellénique (2014) et Matsaganis, Leventi (2013).

[12J’emploie le mot gouverneurs pour marquer le déploiement en un ordre de bataille quasi-militaire des injonctions et des mesures d’austérité.

[13Depuis septembre 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras tient un double discours, « réaliste » ou « résistant », selon l’auditoire auquel il s’adresse.

[14Les frais modérateurs désignent la partie des coûts assumée par les patients pour les services couverts par les régimes publics d’assurance maladie : ticket modérateur (représentant un pourcentage fixe du coût du service), copaiement (montant forfaitaire exigible quel que soit le coût du service, par exemple 5 euros), franchise (coût total assumé à hauteur d’un certain plafond), surfacturation, etc.

[15La description qui suit est empruntée pour l’essentiel à Kondilis et al. (2012).

[161 100 euros mensuels dans les unités de soins de l’IKA, sans augmentation jusqu’à la retraite, non comprise l’assurance maladie obligatoire entièrement à leur charge (contrairement à tous les autres salariés), et sans indemnités en cas de licenciement.

[17Elles sont brièvement évoquées à la fin de ce texte.

[18Sur ces pratiques, voir par exemple Gandjour (2013).

[21Les données de l’OCDE sur l’émigration du personnel médical ne sont pas disponibles pour la Grèce.

[22Jugement de la Cour (Neuvième Chambre) du 23 décembre 2015, European Commission v Hellenic Republic, case C-180/14. La directive 2003/88/CE dispose qu’une période de travail de 24 heures doit être entrecoupée d’au moins 11 heures consécutives de repos et que le travail ne doit pas excéder 48 heures par semaine.

[23« Yet Again, Cancer Patients in Desperation at Laiko Hospital », MCCH, April 11, 2016, http://www.mkiellinikou.org/en/2016/04/11/yet-again-cancer-patients-in-desperation-at-laiko-hospital/.

[24Pour cette raison, les médecins et le personnel soignant avaient depuis novembre 2013 lancé des grèves reconductibles. Ils protestaient contre les plans du ministre et les licenciements, mises en disponibilité et mobilités forcées qui se profilaient. Nombre d’entre eux avaient cependant gardé ouverts leurs cabinets privés, ce qui a peut-être délégitimé le mouvement aux yeux d’une partie de l’opinion publique, les docteurs pouvant donner l’impression d’être mus par des motivations individuelles dans ce conflit.

[25Il faut se représenter ce que cela signifie : j’ai vu un médecin généraliste s’occuper de 24 personnes en une heure un quart, ce qui revient à une durée moyenne de trois minutes par consultation. Ce n’est pas exceptionnel. Le travail du médecin est aussi pénible que l’est la situation pour le malade. Les patients pour la plupart savent ce qu’ils ont et viennent seulement renouveler leurs ordonnances. Mais il y a toujours au moins une minorité qui ne sait pas ce qui lui arrive et qui ne trouvera ni l’attention ni l’écoute dont elle a besoin.

[26Il est alloué à chacun en fonction de sa spécialité.

[27Ceux qui ont accepté les conditions posées par Adonis Georgiadis et ont été embauchés dans le nouveau réseau national (PEDY) après avoir le cas échéant fermé leur cabinet privé, et un second (petit) groupe de médecins et soignants qui avaient réintégré les services de soins primaires sur la base de plusieurs jugements des tribunaux condamnant le ministre pour leur licenciement de fait. Ces derniers ont bénéficié des mêmes conditions de travail (salaire et possibilité de conserver leur cabinet privé) pendant plusieurs années éventuellement renouvelables. Les personnels soignants ont donc des statuts d’emploi différenciés et inégalitaires.

[28D. Terzis, « Ετοιμάζουν… ΤοΜΥ στην Πρωτοβάθμια Υγεία » (« Ils préparent… Des ToMy dans le secteur primaire de la santé »), Efsyn, 12 avril 2017, http://www.efsyn.gr/arthro/etoimazoyn-tomy-stin-protovathmia-ygeia. Les ToMY sont des « unités locales de santé » (voir encadré).

[29Et la durée des indemnités de chômage fut étendue pour couvrir sous de strictes conditions certaines catégories de chômeurs de longue durée en fin de droit (200 euros mensuels).

[30En colère, les médecins des cliniques sociales solidaires dénoncèrent « une goutte dans l’océan ». « Le ministre de la Santé, dirent-ils en 2013, espère nous impressionner avec une aspirine, quand une cure beaucoup plus radicale est nécessaire » (MCCH, archive 2013, http://www.mkiellinikou.org/en/category/mcch/page/2/).

[31Estimations attribuées par la presse au ministre de la Santé Andreas Xanthos et à la vice-ministre, Theano Fotiou.

[32Arrêté ministériel du 24 janvier 2017 relatif à la loi n° 4320/15.

[33Selon les résultats de l’enquête de Matsaganis et al. (2016), le seuil d’extrême pauvreté varie selon les localités considérées : Athènes, « Autres zones urbaines », « Zones rurales et périurbaines » dans leur étude. Pour une personne seule, il se situait en 2015 respectivement à 222, 216 et 182 euros ; pour un couple avec deux enfants : 640, 614 et 524 euros. Ces chiffres concernent la population qui ne doit payer ni loyer ni emprunt immobilier. Avec un loyer ou un emprunt immobilier, les seuils sont plus élevés.

[341 200 euros pour une personne seule, un peu plus selon la composition du ménage, par exemple 3 000 euros pour un couple et quatre enfants.

[3590 000 euros pour une personne seule, avec un plafond fixé à 150 000 euros.

[36Voitures, et même bicyclettes : il ne doit pas excéder 6 000 euros.

[374 800 euros pour une personne seule, 9 600 euros pour deux adultes et deux enfants mineurs, 14 400 euros pour deux adultes et six enfants mineurs, avec des plafonds intermédiaires renvoyant à la composition des ménages.

[38Les demandeurs ont la possibilité de faire leur demande en ligne soit par eux-mêmes, soit avec l’aide d’un comptable, soit en passant par un centre de services aux citoyens (KEP), soit directement à la mairie. Il semble que les comptables et les KEP, peu familiers de la procédure, aient mal questionné ou informé les demandeurs et involontairement omis de mentionner des détails relatifs à leurs obligations et à leur situation (sources de revenus ou autres). Or, les demandeurs doivent signer un formulaire attestant de la véracité de la déclaration, et sont considérés comme responsables en cas d’inexactitude.

[39Entretiens effectués en octobre 2017 dans les municipalités portuaires de Perama et Keratsini- Drapetsona dans le cadre d’une enquête qualitative en cours effectuée par l’auteure de ces lignes avec l’historienne Eleni Kyramargiou, chercheure à la Fondation nationale de la recherche historique en Grèce.

[40Entretiens à l’hôpital universitaire de Thessalonique, 2011.

Noëlle BurgiMembre du CNRS, CESSP.

Source : CADTM, Comité d’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org/Grece-Le-demantelement-methodique
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[Pulvérisation des États nations] APPEL DES GRECS pour l’indépendance, la paix et l’intégrité territoriale des États

L’appel des Grecs aux autres nations, que je reproduis ci-dessous, vient de me parvenir par l’intermédiaire de Christina Komi, une femme formidable, franco-grecque, qui nous a fait récemment (en novembre à Nice) une bonne synthèse sur les révoltantes souffrances imposées aux Grecs au prétexte de « dette publique » (vidéo à la fin de ce billet).

Voici cet appel :

Fête de l’indépendance :
Appel de la Grèce aux autres nations

À l’occasion de la fête d’indépendance de la Grèce sur l’Empire Ottoman, le 25/3/1821, faisant écho aux grandes manifestations des citoyens grecs à Thessalonique (28/1/2018 ; 500.000), à Athènes (4/2/2018 ; 1.500.000), à Patras (à venir, le 4/3/2018), à New York devant le siège de l’ONU (à venir, le 18/4/2018),

les organisations grecques ΠΛΑΤΦΟΡΜΑ ΠΟΛΙΤΙΚΟΣ ΔΙΑΛΟΓΟΣ (Plate-forme Dialogue Politique), METΩΠΟ ΓΙΑ ΜΙΑ ΕΛΕΥΘΕΡΗ ΕΛΛΑΔΑ (Front pour une Grèce libre), et ΔΕΠΟΛ (Union Démocratique de citoyens) ont le plaisir de vous inviter à une MANIFESTATION POUR L’INDÉPENDANCE, LA PAIX ET L’INTÉGRITÉ TERRITORIALE DES ÉTATS, à Paris, PLACE DE LA NATION, le dimanche 25 mars 2018, 10 h – 14 h.

Manifestation à Thessalonique le 21 janvier 2018

* * *

À l’ère où le capitalisme sans frontières écrase tout sur son passage, et où nos dirigeants optent pour une « mondialisation » au bénéfice unique des banques et des multinationales, on nous présente l’éclatement de nos États comme un phénomène naturel et inéluctable. Au même moment, on nous martèle que les « minorités » (ethniques, raciales ou religieuses) de l’Europe « se réveillent », que leurs revendications identitaires sont légitimes entraînant le morcellement et l’affaiblissement de l’État souverain dont elles font partie.

Est-ce vraiment cela que nous voulons ?

Une nouvelle fois, les Balkans sont au bord d’une guerre dont l’Allemagne réunifiée est le moteur.

Dans le but d’asphyxier la Russie, l’OTAN avance ses pions reniant ainsi l’engagement fait à Gorbatchev lors de la réunification des deux Allemagnes. Les derniers bouts de l’ex-Yougoslavie intègrent un à un l’OTAN.

L’usage du nom « Macédoine » qui appartient à la Grèce depuis 3.000 ans et qui désigne le nord de la Grèce — la terre des rois macédoniens Philippe et Alexandre — est devenu, depuis Tito, mais surtout depuis ces 35 dernières années, un objet de marchandage aux mains des uns et des autres : en premier lieu l’OTAN ; ensuite la classe politicienne grecque asservie et vendue, sans oublier les falsificateurs de l’Histoire qui depuis des « Centres de recherche » allemands (tel l’ECMI « Centre pour la protection des Minorités » à Flensbourg) incitent les populations de la Slavie du sud à croire qu’ils sont les descendants d’Alexandre le Grand…

Derrière la pression exercée aujourd’hui sur le gouvernement d’Athènes — celui qui finit le sale boulot de ses prédécesseurs, le bradage du pays, l’humiliation, la trahison et le génocide du peuple grec — pour céder le nom « Macédoine » à nos voisins du nord, il y a l’expansion continue de l’OTAN.

Le peuple grec, plus affaibli que jamais, est aujourd’hui sommé de se défaire de son histoire et de son territoire national. La seule cession du nom d’une région grecque à un pays étranger ouvre ainsi la porte à l’irrédentisme du nouveau pays, menant en toute vitesse à l’amputation de la région grecque limitrophe, qui porte le nom de Macédoine, sous le prétexte de l’unification d’un supposé peuple macédonien en une seule et grande Macédoine qui n’aura plus rien à voir avec la Grèce…

Dans tout cela la Turquie ne reste pas en retrait. Elle soutient activement l’irrédentisme de Skopjie. Pour compléter le tableau, les dernières provocations de la Turquie dans la mer Égée (12 février), restées sans réponse de la part du régime grec actuel, exposent le pays, dont le sort est à présent livré aux mains de l’Empire Nord-Atlantique et des charognards spéculateurs, à un déchirement très violent. Il faut tenir compte aussi des actes de piratage commis par la flotte navale turc qui a empêché le derrick Italien d’arriver à la zone économique exclusive de la République de Chypre pour explorer les gisements de gaz.

Est-ce que la France, l’Italie, l’Espagne et les autres pays seront épargnés par ce morcellement planifié et volontaire ? Le « Centre Européen des Minorités » (ECMI), fondé en Allemagne en 1996, auto-proclamé protecteur des « minorités » s’en occupe dûment.

Bourguignons, Alsaciens, Occitans, Catalans… l’image d’une carte européenne d’États éclatés, en une centaine de petits cantons « indépendants » autour d’une grande Allemagne unie et forte n’est autre que le rêve allemand qui est de retour.

RESTERONS-NOUS PASSIFS ?
LE LAISSERONS-NOUS PASSER ?
NON ! LES ÉNORMES MANIFESTATIONS DE THESSALONIQUE (21/1/2018) ET D’ATHÈNES (04/2/2018) NOUS ONT OUVERT LA VOIE.
CONTINUONS !
REJOIGNEZ-NOUS LE 25 MARS À PARIS, PLACE DE LA NATION!
On finira cette journée festive par un syrtaki géant !

 


Christina m’a également transmis deux textes à la fois étonnants et inquiétants, de Ioannis Mazis, professeur de géographie à l’Université d’Athènes, textes que je publie ici avec son autorisation :

Affaiblissement des États Nations dans les Balkans via la « découverte » d’ethnies par les Allemands

Affaiblissement-des-Etats-Nations

Document téléchargeable ici.


Qui se cache derrière Skopje ?

Qui se cache derrière Skopje ?

Document téléchargeable ici.


Tout ça me rappelle évidemment ce que dénonce François Asselineau avec courage depuis longtemps, l’Europe des régions ethniques :

https://www.upr.fr/tag/europe-des-regions-ethniques


Enfin, je vous signale ci-dessous l’enregistrement vidéo de notre récente rencontre à Nice (le 3 novembre 2017) ; Christina avait préparé une intervention très intéressante, je trouve :

QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ?

https://youtu.be/JqLEzvYSV78

J’évoque à la minute 40:46 un document révoltant qui dénonce le scandale absolu du martyr des Grecs ; le voici :

Informations venant de Grèce (Stathis Kouvelakis, juin 2016)

Informations_venant_de_Grece_Stathis_Kouvelakis_juin_2016.pdf

Le document ci-dessus (très important) est la retranscription de l’intervention suivante, à connaître et à faire connaître : c’est notre propre avenir qui se déroule dans le laboratoire grec de la tyrannie qui vient :

Voici aussi le DÉBAT qui a suivi, avec la salle, le 3 novembre 2017 à Nice :

Voici enfin le texte de l’intervention de Christina Komi, DETTE ET INDÉPENDANCE, analyse du laboratoire de dévastation oligarchique qu’est la Grèce depuis quelques années, avertissement et alarme pour les autres nations européennes :

DETTE ET INDÉPENDANCE, intervention de Christina Komi, CLAJ 3 novembre 2017, à Nice

Texte téléchargeable ici.


Si vous avez des précisions ou des nouvelles sur ce projet oligarchique d’atomisation des unités politiques européennes, je suis preneur, bien sûr.

Bien à vous tous.

Étienne.

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Les Sujets Qui Fâchent #1 : Le Venezuela. Maurice Lemoine est l’invité de Gérard Miller sur Le Média, pour nous réinformer sur Maduro, et c’est passionnant

Une demi-heure passionnante de réinformation sur le Venezuela, sur Le Média.


https://www.lemediatv.fr/video/les-sujets-qui-fachent-1-venezuela-02092018-1732

J’éprouve depuis longtemps un profond respect pour Maurice Lemoine, que je lis depuis plus de dix ans dans le Diplo et qui présente toujours les analyses les plus nuancées et les plus fiables sur l’Amérique latine. Cet entretien est vraiment très intéressant et je le trouve évidemment trop court 🙂

Merci à Gérard Miller d’avoir voulu cet entretien, qui a quand même une autre allure que la honteuse propagande de guerre dont on nous rebat les oreilles sur les médias mainstream.

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Synthèse remarquable mais incomplète sur les ordonnances scélérates, imposées par les GOPÉ de l’UE

Synthèse remarquable, une fois de plus, de Jean-Luc Mélenchon contre la « loi travail » encore aggravée par les godillots du tyran, les valets « élus » de l’usurier « élu ».

Merci.

Mais il manque pourtant à cette synthèse une partie essentielle : François Asselineau a raison de souligner l’incohérence qui consiste à ainsi déplorer les conséquences cruelles des causes profondes qu’on ne veut pas combattre : la prétendue « Union européenne » est, avec les GOPÉ notamment mais pas seulement, le carcan qui aurait contraint tout élu quel qu’il soit à détruire le code du travail, les services publics, et toutes les institutions de la sécurité sociale ; et c’est ce même carcan qui contraindra tout président à nous martyriser plus durement chaque jour tant que nous n’en serons pas sortis.

Il faut sortir de l’UE comme on s’échappe d’une prison politique.

Naïvement peut-être, je souhaite un rapprochement entre la FI et l’UPR, qui associerait en un même mouvement de résistance à l’occupation une grande ambition de justice sociale et sa condition sine qua non, la sortie immédiate de l’UE, de l’euro et de l’OTAN.

En attendant, j’invite tous mes frères humains (et mes soeurs aussi, cela va sans dire) à se transformer en citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire en adultes politiques, par une pratique quotidienne des ateliers constituants, de manière à devenir progressivement capables, le jour venu, d’instituer eux-mêmes la société qu’ils désirent profondément.

Bon courage à tous les virus démocratiques, qui finiront bien par rendre mortellement malade le monstre oligarchique né de l’élection, grâce à l’antidote naturel et universel qu’est le tirage au sort, qui retire aux riches le moyen d’acheter le pouvoir politique.

Étienne.

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Les simples citoyens sont les seuls à être à la fois capables et légitimes pour écrire une constitution digne de ce nom (rappel :-) )

On se reconcentre sur l’essentiel ?

Les simples citoyens sont les seuls à être à la fois capables et légitimes pour écrire une constitution digne de ce nom :

POURQUOI RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (1/4) : « Les constitutions du monde, pour l’instant, nous tiennent À L’ÉCART »

POURQUOI NE VOULONS-NOUS PAS RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? 2/4 « Qu’est-ce qui manque à cette idée forte, cette CAUSE COMMUNE de l’humanité, pour se répandre plus rapidement ? »

ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3/4)

[ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4

Mille mercis aux jeunes gens d’Inform’Action à Toulouse 🙂

Faites passer 🙂

Étienne.

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[Scandale] Lactalis au-dessus des lois — et protégée par l’indifférence des prétendus « ministres »…

Incroyable… Les réponses de ce « ministre » sont littéralement scandaleuses.

Les prétendus « représentants responsables » politiques sont en fait des traîtres irresponsables.

Ils sont (et ils resteront) impunis parce que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom (constitution dont les acteurs politiques auraient peur et qui leur serait inaccessible) : si on veut une vraie constitution, il faudra apprendre à l’écrire nous-mêmes (dans des ateliers constituants populaires).

Le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois) donne le pouvoir aux riches et les pires gouvernent.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir : ce n’est pas aux « élus » d’écrire ou de réviser la constitution.

Pas de démocratie sans tirage au sort.

Étienne.

L’émission intégrale en replay :
https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/cash-investigation/cash-investigation-du-mardi-16-janvier-2018_2553523.html

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[Prétendu « complotisme » de nos meilleurs lanceurs d’alerte] Remarquable réponse de Peter Dale Scott à l’article de Marianne sur le concept « d’État profond »

Je reproduis ici intégralement le remarquable droit de réponse de Peter Dale Scott au journal Marianne, qui l’a traité de « conspirationniste » pour ses études (absolument formidables) sur l’État profond américain. Je recommande d’ailleurs chaleureusement tous les livres de Peter Dale Scott, tous très solidement documentés et littéralement bouleversants.

On commence à voir clairement 1) que l’accusation-même de « complotisme » n’est quasiment plus utilisée que par des collabos du système de domination, dont le sale boulot est d’empêcher qu’on puisse même désigner l’oppresseur, et 2) que les cibles de cette accusation de « complotisme » sont souvent les plus valeureux résistants. « Complotiste » et « conspirationniste » deviennent ainsi progressivement une sorte de légion d’honneur des vrais résistants.

Bon courage à tous les intrépides (et indispensables) dénonciateurs de complots, partout sur terre.

Étienne.

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Réponse de Peter Dale Scott à l’article de Marianne sur le concept « d’Etat profond »

Source : Marianne : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/reponse-de-peter-dale-scott-notre-article-sur-le-concept-d-etat-profond

Peter Dale Scott (avec Maxime Chaix) :

J’ai été récemment dénigré sur Marianne, et les accusations portent gravement atteinte à mon honneur ainsi qu’à ma réputation. Je suis donc tenu d’exercer mon droit de réponse. En effet, selon Marianne, « le concept [d’État profond] séduit aussi les conspirationnistes et plus particulièrement l’auteur canadien Peter Dale Scott » – une affirmation qui ne peut que me discréditer. M’assimilant à tort à l’extrême droite, votre magazine rappelle ensuite qu’un ancien conseiller de Marine Le Pen avait évoqué mes travaux lors d’une interview. Homme de gauche et défenseur de la non-violence, j’ai œuvré pendant des décennies pour diffuser les idées humanistes de Jürgen Habermas, d’Hannah Arendt, de Mario Savio ou de Czesław Miłosz. Au demeurant, je peine à comprendre comment l’on peut me reprocher le fait qu’un géopoliticien – qui a depuis rompu avec le FN et que je ne connais pas personnellement –, ait apprécié mes écrits.

Marianne m’attribue ensuite une définition de l’État profond qui n’est pas la mienne, expliquant que je porterais « la vision, beaucoup plus complotiste, “d’un État dans l’État”« , une notion que je critique pourtant dans mon dernier livre. J’ai donc demandé à mon éditeur de publier le second chapitre de cet ouvrage paru en 2015. J’espère que cette démarche contribuera à enrichir le débat sur cette question, et qu’elle prouvera à vos lecteurs que j’écris non pas des divagations complotistes, mais des analyses rigoureuses et solidement documentées. D’ailleurs, puisque ma crédibilité est mise en cause, je me dois de rappeler que de nombreux experts ont mis en avant la qualité de mes recherches.

En effet, mon livre La Route vers le nouveau désordre mondial a été vivement recommandé par le général d’armée Bernard Norlain, qui l’a recensé en 2011 alors qu’il dirigeait la prestigieuse Revue Défense Nationale. Au vu de sa carrière, nul ne peut soupçonner ce général 5 étoiles d’être un « conspirationniste », bien au contraire. À la suite de cette recension, mon ouvrage a été conseillé par le général Alain Lamballe (Le Milieu des Empires), et par l’École militaire spéciale de Saint-Cyr. Ce livre est également disponible à la bibliothèque de Sciences Po Paris, un institut où j’ai étudié en 1950, et il a été recommandé par le géopoliticien Jean-Marie Collin – qui vient d’ailleurs de remporter un prix Nobel de la paix à titre collectif pour son travail au sein du réseau ICAN. Ce livre a aussi été recensé positivement dans le magazineDiplomatie, et il a fait l’objet d’une critique élogieuse de la part de Jean-Loup Feltz dans la revue Afrique contemporaine, qui dépend de l’Agence Française de Développement. Ayant recommandé mes travaux, ces experts sont-ils, eux aussi, des « conspirationnistes » ? On peut légitimement en douter.

Intitulé La Machine de guerre américaine et publié en 2012, mon second ouvrage traduit en français a connu le même succès chez les spécialistes. En effet, le général Norlain l’a vivement conseillé dans la Revue Défense Nationale, puis le lieutenant-colonel et historien Rémy Porte l’a recensé positivement. Ce livre fut égalementrecommandé par Daniel Ellsberg – le précurseur des lanceurs d’alerte actuels –, etL’Humanité l’a chroniqué favorablement, à l’instar du magazine Diplomatie qui l’a mis en avant à l’occasion d’une nouvelle interview. Comme le précédent et le suivant, ce livre est disponible à la bibliothèque de Sciences Po Paris. Par ailleurs, ma conception de l’État profond explicitée dans cet ouvrage a été reprise par le commissaire divisionnaire, ex-officier de la DST et criminologue Jean-François Gayraud. Ainsi, réduire ma vision du système de l’État profond à une « nouvelle marotte du FN soufflée par Trump » me semble un peu léger.

Dernier livre de la trilogie, L’État profond américain résume, selon Daniel Ellsberg, « plus de quatre décennies de recherches « , qualifiant cette analyse de «  méticuleuse, brillante et magistrale. » Ancien spécialiste au Pentagone et à la RAND Corporation, M. Ellsberg est décrit comme un pionnier par Edward Snowden et d’autres lanceurs d’alerte. Soulignons également que mon livre a été recommandé dans le numéro 100 de la Revue Internationale et Stratégique de l’IRIS, qui nous en offre un pertinent résumé. Il a également été conseillé dans Paris Match par le grand reporter François de Labarre, qui a jugé mon ouvrage suffisamment crédible pour le recenser favorablement en tant que « livre de la semaine« .

Vous en conviendrez, les experts, auteurs, journalistes, magazines, revues et journaux précités ne sont aucunement « conspirationnistes ». J’espère donc que ma réponse permettra de laver mon honneur, et de clarifier utilement ma définition de l’État profond. Bien entendu, libre à quiconque de la critiquer, mais je préférerais qu’on le fasse après l’avoir étudiée sérieusement, sans m’associer à des idées extrémistes que je combats depuis des décennies.

Peter Dale Scott.

——

Vous pouvez feuilleter ci-dessous le précieux chapitre 2 du livre L’État profond américain, chapitre offert par les Éditions Demi-Lune (très courageux éditeur)  :

Peter Dale Scott, L'État profond américain, chapitre 2

Fichier pdf à télécharger ici :
http://www.editionsdemilune.com/media/extraits/l-etat-profond-americain/EDL-EPA-Chapitre-2.pdf


Voici donc les trois précieux bouquins cités dans ce droit de réponse, trois livres que vous devriez tous avoir chez vous, à la fois pour les lire et pour les faire connaître autour de vous. Ces livres sont pa-ssio-nnants :


http://www.editionsdemilune.com/la-route-vers-le-nouveau-desordre-mondial-p-36.html



http://www.editionsdemilune.com/la-machine-de-guerre-americaine-p-45.html



http://www.editionsdemilune.com/letat-profond-americain-p-58.html?zenid=a212b3d822732b53cd74cbc25a6d6118


Rappel du billet que j’avais publié sur ce dernier livre en juillet 2015 :

[Passionnant et important] Peter Dale Scott, « L’État profond américain. La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle ».

http://chouard.org/blog/2015/07/18/passionnant-et-important-peter-dale-scott-letat-profond-americain-la-finance-le-petrole-et-la-guerre-perpetuelle/


Enfin, je vous recommande cette très intéressante vidéo où Peter Dale Scott explique (en français !) son travail à l’équipe de Thinkerview :

Peter Dale Scott, professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Berkeley, Californie. Il a travaillé durant quatre ans (1957-1961) pour le service diplomatique canadien. Expert dans les domaines des opérations secrètes et du trafic de drogue international. Il est connu pour ses positions anti-guerre et ses critiques à l’encontre de la politique étrangère des États-Unis.

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

 


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