Archives pour la catégorie LIBÉREZ ASSANGE

Aidez Chelsea Manning à payer son « amende » de 250 000$ pour avoir refusé de balancer #JulianAssange. 180 000$ recueillis en 24h

Julian Assange bientôt Genevois ?

#LondresCapitaleMondialeDuCrimeEtDeLArbitraire
#FreeAssange

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157964965107317

Formidable Pepe Escobar sur Sputnik France : Procès de Julian Assange : « C’est un tribunal stalinien »

Avec des passages enthousiastes sur le (très intéressant) livre de Juan Branco, « Assange : l’antisouverain ».

Procès de Moscou, désormais à Londres et Washington, capitales du crime :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157962207352317

[Free Assange] Craig Murray : la cage de verre blindée est un instrument de torture

Craig MURRAY : La cage de verre blindée est un instrument de torture


photo : illustration par la rédaction du Grand Soir (source indéterminée)

Lors de l’audience séparée de jeudi sur l’autorisation donnée à Assange de sortir de la cage blindée pour s’asseoir avec son équipe d’avocats, j’ai pu constater directement que la décision de Baraitser contre Assange a été présentée par elle au tribunal AVANT qu’elle n’ait entendu l’avocat de la défense présenter les arguments, et qu’elle les a présentés sans aucune modification.

Je pourrais commencer par vous expliquer ma position dans la tribune publique par rapport au juge. Toute la semaine, je me suis délibérément assis à l’avant, sur le siège de droite. La galerie donne sur une fenêtre en verre blindé à une hauteur d’environ 2 mètres au-dessus de la salle d’audience. Elle descend d’un côté du tribunal, et l’extrémité droite de la galerie publique se trouve au-dessus du banc du juge, qui est assis en dessous perpendiculairement à celui-ci. Depuis les sièges de droite de la galerie publique, vous avez donc une vue plongeante directe sur le banc du juge, et que vous pouvez voir tous ses documents et son écran d’ordinateur.

L’avocat Mark Summers a souligné que dans l’affaire Belousov contre la Russie, la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a statué contre l’État de Russie parce que Belousov avait été jugé dans une cage de verre pratiquement identique dans sa construction et sa position à celle dans laquelle se trouve présentement Assange. Cette situation a entravé sa participation au procès et son libre accès à un avocat, et l’a privé de sa dignité humaine en tant qu’accusé.

Summers poursuit en disant qu’il est normal que certaines catégories de prisonniers non condamnés soient libérés du banc des accusés pour s’asseoir avec leurs avocats. Le tribunal disposait de rapports psychiatriques sur l’extrême dépression clinique d’Assange et, en fait, le guide des meilleures pratiques du ministère britannique de la justice à l’intention des tribunaux indiquait que les personnes vulnérables devraient être libérées pour s’asseoir aux côtés de leurs avocats. Un traitement spécial n’était pas demandé pour Assange – il demandait à être traité comme toute autre personne vulnérable.

La défense a été entravée par son incapacité à communiquer confidentiellement avec son client pendant la procédure. Dans la phase suivante du procès, où les témoins seront interrogés, il est essentiel de communiquer en temps utile. En outre, ils ne pouvaient parler avec lui que par une fente dans la vitre, à portée d’oreille des agents de sécurité de la société privée qui le surveillaient (il a été précisé qu’il s’agissait de Serco, et non du groupe 4 comme l’avait dit Baraitser la veille), et en présence de microphones.

Baraitser s’est mise de mauvaise humeur à ce moment-là et a parlé avec un réel tranchant de voix. « Qui sont ces gens derrière vous, au dernier rang », a-t-elle demandé avec sarcasme à Summers – une question à laquelle elle connaissait prafaitement la réponse. Summers a répondu qu’ils faisaient partie de l’équipe juridique de la défense. Baraitser a dit qu’Assange pouvait les contacter s’il avait un point à faire valoir. Summers répondit qu’il y avait une allée et un muret entre la cage de verre et leur position, et que tout ce qu’Assange pouvait voir par-dessus le mur était le haut de l’arrière de leur tête. Baraitser a dit qu’elle avait vu Assange crier. Summers a déclaré que crier à travers la salle d’audience n’était ni confidentiel ni satisfaisant.

On m’a maintenant informé que c’est un délit de publier la photo de Julian dans sa cage de verre, même si je ne l’ai pas prise et qu’elle est absolument partout sur Internet. Il convient également de noter que je suis de retour dans mon pays, l’Écosse, où se trouve mon blog, et que ni l’un ni l’autre ne relève de la juridiction du tribunal anglais. Mais je tiens à ne pas leur donner d’excuse pour m’exclure de l’audience du tribunal, c’est pourquoi je l’ai supprimée, mais vous pouvez la voir ici (en illustration du présent article – NdT).

C’est la photo prise illégalement (pas par moi) d’Assange au tribunal. Si vous regardez attentivement, vous pouvez voir qu’il y a un passage et un muret en bois entre lui et la dernière rangée d’avocats. Vous pouvez voir l’un des deux agents de la prison de Serco qui le surveille à l’intérieur de la cage.

Baraitser a dit qu’Assange pouvait passer des notes, et qu’elle l’avait vu passer des notes. Summers a répondu que les officiers de justice avaient désormais interdit la transmission de notes. Baraitser a dit qu’ils pouvaient en parler à Serco, que c’était une question qui relevait des autorités de la prison.

Summers a affirmé que, contrairement à ce que Baraitser avait déclaré la veille, elle était effectivement compétente pour sortir Assange de la cage. Baraitser est intervenue pour dire qu’elle était d’accord avec ça. Summers a ensuite déclaré qu’il avait produit un certain nombre d’éléments pour montrer que Baraitser avait également eu tort de dire qu’être en garde à vue ne pouvait que signifier être enfermé dans la cage. Vous pouvez être en garde à vue n’importe où dans l’enceinte du tribunal, ou même à l’extérieur. Baraitser en est devenue très contrariée et a déclaré qu’elle avait seulement dit que la garde dans tribunal devait être égale à la garde dans la cage.

Ce à quoi Summers a répondu de façon mémorable, maintenant très contrarié : « Eh bien, c’est faux aussi, et c’est faux depuis ces huit dernières années. »

Mettant un terme à son argumentation, Baraitser a donné son avis sur cette question. Voici maintenant ce qui est intéressant, et je suis un témoin oculaire direct. Elle a lu son jugement, qui était écrit à la main sur plusieurs pages. Elle l’avait apporté avec elle au tribunal sous forme de liasse, et elle n’y a apporté aucune modification. Elle avait rédigé son jugement avant même d’avoir entendu Mark Summers.

Ses principaux points étaient qu’Assange était capable de communiquer avec ses avocats en criant depuis la cage. Elle l’avait vu passer des notes. Elle était prête à ajourner le tribunal à tout moment pour qu’Assange puisse descendre avec ses avocats pour discuter dans les cellules, et si cela allongeait la durée de l’audience de trois à six semaines, cela pourrait prendre autant de temps que nécessaire.

Baraitser a déclaré qu’aucun des rapports psychiatriques qu’elle avait devant elle n’indiquait qu’il était nécessaire pour Assange de quitter la cage. Comme aucun des psychiatres n’avait été interrogé à ce sujet – et très probablement aucun ne connaissait la disposition de la salle d’audience – cela n’est guère surprenant.

Je me suis demandé pourquoi il est si important pour le gouvernement britannique de maintenir Assange dans cette cage, incapable d’entendre les procédures ou de communiquer avec ses avocats, même lorsque les avocats du gouvernement américain ont déclaré qu’ils n’avaient aucune objection à ce qu’Assange siège avec ses avocats.

La réponse se trouve dans l’évaluation psychiatrique d’Assange donnée à la cour par le très distingué professeur Michael Kopelman (qui est familier à tous ceux qui ont lu Murder in Samarkand) :

« M. Assange montre pratiquement tous les facteurs de risque que les chercheurs d’Oxford ont décrit des prisonniers qui se suicident ou font des tentatives mortelles. …
Je suis aussi sûr qu’un psychiatre peut l’être que, si l’extradition vers les États-Unis devenait imminent, M. Assange trouverait un moyen de se suicider ».

Le fait que Kopelman ne déclare pas spécifiquement, comme l’a dit Baraitser, que la cage de verre blindée est mauvaise pour Assange ne reflète rien d’autre que le fait qu’on ne lui a pas posé cette question. Tout être humain ayant la moindre décence serait en mesure d’en tirer la conclusion. Le point de vue étroit de Baraitser, selon lequel aucun psychiatre n’a spécifiquement déclaré qu’il devrait être libéré de la cage blindée, est à couper le souffle, malhonnête et inhumain. Il est presque certain qu’aucun psychiatre n’avait imaginé qu’elle déterminerait l’application d’une telle torture.

Alors pourquoi Baraitser le fait-elle ?

Je crois que l’enfermement d’Assange, ce geek intellectuel de l’informatique, à la manière d’Hannibal Lecter et qui n’a aucun fondement rationnel, est une tentative délibérée de pousser Julian au suicide. Le tribunal anti-terroriste de haute sécurité se trouve physiquement dans l’enceinte de la forteresse qui abrite la prison de haute sécurité. Il est amené, menotté et sous forte escorte, de sa cellule d’isolement à la cage blindée, via un tunnel souterrain. Dans ces circonstances, quel est le besoin éventuel pour lui d’être fouillé à nu en permanence ? Pourquoi n’est-il pas autorisé à avoir ses documents sur lui ? Le plus révélateur pour moi est le fait qu’il n’est pas autorisé à serrer la main ou à toucher ses avocats par la fente de la cage blindée.

Ils appliquent sans relâche le déni systématique de tout réconfort humain de base, comme le fait de toucher le bout des doigts d’un ami ou d’empêcher le soulagement qu’il pourrait ressentir simplement en étant aux côtés d’un ami. Ils assurent la poursuite des effets psychologiques extrêmes de l’isolement d’une année par un isolement virtuel. Un tout petit peu de confort humain pourrait faire énormément de bien à sa santé mentale et à sa résilience. Ils sont déterminés à y mettre fin à tout prix. Ils tentent de le pousser à se suicider – ou de créer en lui la condition dans laquelle sa mort accélérée pourrait être expliquée comme un suicide.

C’est aussi la seule explication que je puisse trouver pour expliquer pourquoi ils risquent de créer des conditions aussi évidentes d’annulation de procès. Les morts ne peuvent pas faire appel.

Je vous rappelle que Julian est un prévenu qui a purgé sa peine d’une durée sans précédent pour avoir violé sa liberté sous caution. Son statut est censé être actuellement celui d’un innocent accusé. Ces accusations n’ont aucun fondement, si ce n’est la publication des révélations de Chelsea Manning sur les crimes de guerre.

Il me semble certain que Baraitser agit selon des instructions. Tout au long du procès, elle a cherché désespérément à saisir toute occasion de nier toute responsabilité dans ce qui arrive à Julian. Elle a déclaré qu’elle n’avait aucune compétence sur son traitement en prison, et même lorsque la défense et l’accusation se sont unies pour affirmer qu’il était normal que les magistrats transmettent des instructions ou des demandes à l’administration pénitentiaire, elle a refusé de l’admettre.

Baraitser tente manifestement de se distancer psychologiquement de toute responsabilité dans ce qui est fait. À cette fin, elle a multiplié les dénis de compétence ou de capacité à influencer les événements. Elle a déclaré qu’elle n’avait pas compétence pour interférer avec la fouille à nu, le menottage et la confiscation des papiers d’Assange ou son maintien en isolement. Elle a déclaré qu’elle n’était pas compétente pour demander que les avocats de la défense aient davantage accès à leur client en prison pour préparer sa défense. Elle a déclaré qu’elle n’avait pas compétence pour s’occuper de sa position dans la salle d’audience. Elle a suggéré à plusieurs reprises que c’est à la société Serco de décider s’il peut transmettre des notes à ses avocats et au Groupe 4 de décider s’il peut être libéré de la cage blindée. Les moments où elle semble la plus satisfaite en écoutant les arguments, sont ceux où l’avocat de l’accusation James Lewis affirme qu’elle n’a pas d’autre décision à prendre que de signer l’extradition parce qu’elle est en bonne et due forme et que l’article 4 du traité n’a aucune valeur juridique.

Un membre de la famille Assange m’a fait remarquer, à la fin de la première semaine, qu’elle semble très paresseuse et qu’elle est donc ravie d’accepter tout argument qui réduit la quantité de travail qu’elle doit faire. Je pense qu’il s’agit d’autre chose. Je pense qu’il y a un coin de l’esprit de cette fille de dissidents de l’apartheid qui rejette son propre rôle dans la torture d’Assange, et qui ne cesse de répéter « Je n’avais pas le choix, je n’avais pas d’autorité ». Ceux qui succombent au mal doivent trouver le réconfort intérieur qu’ils peuvent.

Avec nos remerciements à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont abonnés pour rendre ce reportage possible. Je tiens à souligner à nouveau que je ne veux absolument pas que quiconque donne quoi que ce soit si cela lui cause la moindre possibilité de contrainte financière.

Cet article est entièrement libre de reproduction et de publication, y compris en traduction, et j’espère vivement que les gens le feront activement. La vérité nous rendra libres.

Craig Murray

Traduction « c’est bien une course contre la montre » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/la-cage-de-verre-blindee-est-un-instrument-de-torture.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157962188802317

Julian Assange (WikiLeaks), entretien en 2014 pour « le grand journal »

Que c’est bien, d’écouter cet homme parler, calme et bon, comme s’il était libre…

L’entretien date de 2014, dans les locaux de l’ambassade d’Équateur, où il est prisonnier depuis deux ans à l’époque.

La fin est particulièrement intéressante.

#FreeAssange

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157958969647317&id=600922316

[Procès stalinien à Londres, capitale du crime] Compte-rendu du Procès Assange, 4ème jour, par Craig MURRAY

Julian Assange Prison de Belmarsh 24 février 2020

Craig Murray : « S’il vous plaît, tentez cette expérience pour moi.
Posez cette question à haute voix, sur un ton d’encouragement et de curiosité intellectuelle : « Suggérez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Posez maintenant cette question à voix haute, sur un ton d’hostilité et d’incrédulité frisant le sarcasme : « Suggérez-vous que les deux ont le même effet ? ».

Tout d’abord, félicitations pour vos talents d’acteur ; vous prenez très bien la direction des opérations. Deuxièmement, n’est-il pas fascinant de voir comment les mêmes mots peuvent précisément transmettre le sens opposé en fonction de la modulation du stress, de la hauteur et du volume ?

Hier, l’accusation a poursuivi son argument selon lequel la disposition du traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 qui interdit l’extradition pour des délits politiques est lettre morte, et que les objectifs de Julian Assange ne sont de toute façon pas politiques. James Lewis avocat pour l’accusation a parlé pendant environ une heure, et Edward Fitzgerald a répondu pour la défense pendant environ le même temps. Au cours de la présentation de Lewis, il a été interrompu par le juge Baraitser, précisément une fois. Pendant la réponse de Fitzgerald, Baraitser l’a interrompu dix-sept fois.

Dans la transcription, ces interruptions n’auront pas l’air déraisonnables :
« Pourriez-vous préciser le pour moi, M. Fitzgerald… »
« Alors, comment faites-vous face au point de vue de M. Lewis selon lequel… »
« Mais c’est sûrement un argument circulaire… »
« Mais il n’est pas incorporé, n’est-ce pas ?… »

Toutes ces interruptions et les douze autres ont été conçues pour montrer que le juge tente de clarifier l’argument de la défense dans un esprit de test intellectuel. Mais si vous avez entendu le ton de la voix de Baraitser, vu son langage corporel et ses expressions faciales, c’était tout sauf cela.

L’image fausse qu’une transcription pourrait donner est exacerbée par le fait que la cour Fitzgerald répond continuellement à chaque harcèlement évident par « Merci Madame, c’est très utile », ce qui, encore une fois, si vous étiez là, signifiait clairement le contraire. Mais ce que la transcription montrera utilement, c’est la tactique de Baraitser qui consiste à interrompre Fitzgerald encore et encore, à minimiser ses arguments et à l’empêcher délibérément d’entrer dans le vif du sujet. Le contraste avec son traitement de Lewis ne pourrait être plus prononcé.

Nous allons donc maintenant présenter les arguments juridiques eux-mêmes.

James Lewis pour l’accusation, poursuivant ses arguments de la veille, a déclaré que le Parlement n’avait pas inclus dans la loi de 2003 une interdiction d’extradition pour des infractions politiques. Elle ne peut donc pas être réintroduite dans la loi par un traité. « Introduire une interdiction des infractions politiques par une voie détournée serait subvertir l’intention du Parlement ».

Lewis a également fait valoir qu’il ne s’agissait pas de délits politiques. Au Royaume-Uni, la définition d’un délit politique se limitait à un comportement visant à « renverser ou changer un gouvernement ou à l’inciter à modifier sa politique ». En outre, l’objectif doit être de changer de gouvernement ou de politique à court terme, et non pas dans un avenir indéterminé.

Lewis a déclaré qu’en outre, le terme « infraction politique » ne pouvait être appliqué qu’aux infractions commises sur le territoire où l’on tentait d’opérer le changement. Ainsi, pour être qualifié de délit politique, Assange aurait dû les commettre sur le territoire des États-Unis, mais il ne l’a pas fait.

Si Baraitser décidait que l’interdiction des infractions politiques s’appliquait, le tribunal devrait déterminer la signification de l’expression « infraction politique » dans le traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis et interpréter le sens des paragraphes 4.1 et 4.2 du traité. L’interprétation des termes d’un traité international dépassait les pouvoirs de la cour.

Lewis a déclaré que la conduite de Julian Assange ne pouvait pas être qualifiée de délit politique. « Il est impossible de placer Julian Assange dans la position d’un réfugié politique ». L’activité dans laquelle Wikileaks était engagé n’était pas dans son sens propre une opposition politique à l’administration américaine ou une tentative de renverser cette administration. Par conséquent, l’infraction n’était pas politique.

Pour la défense, Edward Fitzgerald a répondu que la loi sur l’extradition de 2003 était une loi d’habilitation en vertu de laquelle les traités pouvaient s’appliquer. Le Parlement s’est soucié de supprimer toute menace d’abus de l’interdiction des infractions politiques pour couvrir les actes terroristes de violence contre des civils innocents. Mais il reste une protection claire, acceptée dans le monde entier, pour la dissidence politique pacifique. Le traité d’extradition sur la base duquel la cour agissait en tient compte.

M. Baraitser interrompt la séance en indiquant que le traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a pas été intégré au droit anglais.

Fitzgerald répond que l’ensemble de la demande d’extradition est basée sur le traité. C’est un abus de procédure pour les autorités de s’appuyer sur le traité pour la demande mais de prétendre ensuite que ses dispositions ne s’appliquent pas.

« À première vue, c’est un argument très bizarre qu’un traité qui donne lieu à l’extradition, sur lequel l’extradition est fondée, puisse être ignoré dans ses dispositions. À première vue, c’est absurde » a dit Edward Fitzgerald pour la défense

Fitzgerald a ajouté que les tribunaux anglais interprètent les traités tout le temps. Il a donné des exemples.

Fitzgerald a poursuivi en disant que la défense n’acceptait pas que la trahison, l’espionnage et la sédition ne soient pas considérés comme des délits politiques en Angleterre. Mais même si l’on acceptait la définition trop étroite de Lewis de l’infraction politique, le comportement d’Assange répondait quand même au critère. Quel pourrait être le motif de la publication des preuves des crimes de guerre et de la corruption du gouvernement, si ce n’est de changer la politique du gouvernement ? En effet, les preuves prouveraient que Wikileaks a effectivement changé la politique du gouvernement américain, en particulier sur l’Irak.

Baraitser a interféré en disant que dénoncer les méfaits du gouvernement n’était pas la même chose que d’essayer de changer la politique du gouvernement. Fitzgerald lui a demandé, finalement exaspéré après d’innombrables interruptions, quel autre intérêt il y aurait à exposer les méfaits du gouvernement que d’induire un changement de politique gouvernementale.

C’est ainsi que se terminent les plaidoiries d’ouverture de l’accusation et de la défense.

MON COMMENTAIRE PERSONNEL

Permettez-moi d’être aussi neutre que possible. Si vous pouviez affirmer avec justesse que l’argument de Lewis était beaucoup plus logique, rationnel et intuitif que celui de Fitzgerald, vous pourriez comprendre pourquoi Lewis n’avait pas besoin d’être interrompu alors que Fitzgerald devait être continuellement interrompu pour « clarification ». Mais en fait, c’est Lewis qui a fait valoir que les dispositions du traité même en vertu duquel l’extradition est effectuée ne s’appliquent pas, une étape logique qui, à mon avis, demanderait un peu plus d’explications que l’argumentaire contraire de Fitzgerald. Le harcèlement que Baraitser a fait subir à Fitzgerald lorsqu’il a mis l’accusation dans les cordes est tout droit sorti du livre de recettes des procès staliniens.

La défense ne l’a pas mentionné, et je ne sais pas si cela figure dans leurs arguments écrits, mais j’ai trouvé que l’argument de Lewis selon lequel il ne pouvait s’agir de délits politiques, parce que Julian Assange n’était pas aux États-Unis lorsqu’il les a commis, était d’une malhonnêteté à couper le souffle. Les États-Unis revendiquent une compétence universelle. Assange est accusé de crimes de publication commis alors qu’il se trouvait en dehors des États-Unis. Les États-Unis revendiquent le droit d’inculper toute personne de toute nationalité, partout dans le monde, qui nuit aux intérêts américains. En outre, ils affirment ici que, comme les documents pouvaient être vus sur Internet aux États-Unis, il y a eu infraction aux États-Unis. En même temps, prétendre que cela ne pourrait pas être un délit politique puisque le crime a été commis en dehors des États-Unis est, comme Edward Fitzgerald pourrait le dire, à première vue absurde. Ce que, curieusement, Baraitser n’a pas relevé.

L’argument de Lewis selon lequel le traité n’a aucune valeur en droit anglais n’est pas une invention de sa part. Nigel Farage ne s’est pas matérialisé de nulle part. Il existe en vérité une longue tradition dans le droit anglais selon laquelle même un traité signé et ratifié avec un pays étranger quelconque, ne peut en aucun cas lier un tribunal anglais. Lewis pouvait, et il l’a fait, faire jaillir des pages et des pages de jugements de juges à la face de betterave qui s’efforcent de dire exactement cela à la Chambre des Lords, avant d’aller tirer sur du gibier et donner la fessée au fils du valet. Lewis était particulièrement attaché à l’affaire du Tin Councel [Ndt : Maclaine Watson and Co Ltd contre International Tin Council : HL 2 janv. 1989. Le Tin Council était un organe constitué par un traité international non incorporé dans la législation du Royaume-Uni. … Un traité non incorporé ne peut créer aucun droit ou obligation dans le droit national. (Wikipedia)]

Il existe bien sûr une tradition contraire et plus éclairée, et un certain nombre de jugements qui disent exactement le contraire, pour la plupart plus récents. C’est la raison pour laquelle les arguments étaient si répétitifs, chaque partie ayant accumulé de plus en plus de volumes d’ »autorités » pour défendre son point de vue.

La difficulté pour Lewis – et pour Baraitser – est que cette affaire n’est pas comparable au fait que j’achète une barre de chocolat et que je me rende ensuite au tribunal parce qu’un traité international sur les barres de chocolat dit que la mienne est trop petite.

La loi sur l’extradition de 2003 est plutôt une loi d’habilitation dont dépendent ensuite les traités d’extradition. Vous ne pouvez donc pas extrader en vertu de la loi de 2003 sans le traité. Le traité d’extradition de 2007 devient donc, dans un sens très réel, un instrument exécutif légalement nécessaire pour autoriser l’extradition. Pour que les autorités d’exécution enfreignent les termes de l’instrument exécutif nécessaire en vertu duquel elles agissent, il faut simplement qu’il y ait un abus de procédure. Ainsi, le traité d’extradition, en raison de sa nature et de la nécessité d’une action en justice, est en fait intégré au droit anglais par la loi sur l’extradition de 2003 dont il dépend.

Le traité d’extradition est une condition préalable nécessaire à l’extradition, alors qu’un traité sur les barres de chocolat n’est pas une condition préalable nécessaire à l’achat d’une barre de chocolat.

Je ne peux pas être plus clair. J’espère que c’est compréhensible.

Il est bien sûr difficile pour Lewis que le même jour, la Cour d’appel se soit prononcée contre la construction de la troisième piste d’Heathrow, en partie à cause de son incompatibilité avec l’Accord de Paris de 2016, bien que ce dernier ne soit pas entièrement intégré au droit anglais par la loi sur le changement climatique de 2008.

UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE ESSENTIELLE

Il est extrêmement embarrassant pour le Foreign and Commonwealth Office (FCO) qu’un tribunal anglais répudie l’application d’un traité que le Royaume-Uni a ratifié avec un ou plusieurs États étrangers. C’est pourquoi, dans le monde moderne, des procédures et des précautions très sérieuses ont été mises en place pour s’assurer que cela ne puisse pas se produire. Par conséquent, l’argument de l’accusation selon lequel toutes les dispositions du traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis de 2007 ne peuvent pas être mises en œuvre en vertu de la loi sur l’extradition de 2003, devrait être impossible.

Je dois expliquer que j’ai moi-même négocié et supervisé l’entrée en vigueur des traités au sein du FCO. Le dernier pour lequel j’ai personnellement noué le ruban et opposé le sceau de cire (littéralement) était le traité anglo-belge sur le plateau continental de 1991, mais j’ai participé à la négociation d’autres traités et le système que je vais décrire était toujours en place lorsque j’ai quitté le FCO en tant qu’ambassadeur en 2005, et je crois qu’il n’a pas changé aujourd’hui (et souvenez-vous que la loi sur l’extradition date de 2003 et que le traité d’extradition américano-britannique a été ratifié en 2007, donc mes connaissances ne sont pas dépassées). Les nomenclatures ministérielles changent de temps en temps, de même que l’organisation structurelle. Mais les bureaux et les fonctions que je vais décrire restent les mêmes, même si les noms peuvent être différents.

Tous les traités internationaux comportent un processus en deux étapes. Tout d’abord, ils sont signés pour montrer que le gouvernement est d’accord avec le traité. Puis, après un certain délai, ils sont ratifiés. Cette deuxième étape a lieu lorsque le gouvernement a autorisé la législation et les autres organismes requis à appliquer le traité. C’est la réponse à l’observation de Lewis sur les rôles de l’exécutif et du législatif. La phase de ratification n’a lieu qu’après toute action législative requise. C’est là toute la question.

C’est ainsi que cela se passe au FCO. Les fonctionnaires négocient le traité d’extradition. Il est signé pour le Royaume-Uni. Le traité signé est ensuite renvoyé aux conseillers juridiques du FCO, au département de la nationalité et des traités, au département consulaire, au département nord-américain et à d’autres, puis il est envoyé aux avocats du Trésor et du Cabinet, au ministère de l’Intérieur, au Parlement et à tout autre département gouvernemental dont le domaine est concerné par le traité en question.

Le traité fait l’objet d’un examen approfondi afin de vérifier qu’il peut être pleinement appliqué dans toutes les juridictions du Royaume-Uni. Si ce n’est pas le cas, des modifications doivent être apportées à la loi pour qu’elle puisse être appliquée. Ces modifications peuvent être apportées par une loi du Parlement ou, plus généralement, par une législation secondaire en utilisant les pouvoirs conférés au secrétaire d’État par une loi. S’il existe déjà une loi du Parlement en vertu de laquelle le traité peut être mis en œuvre, aucune loi d’habilitation ne doit être adoptée. Les accords internationaux ne sont pas tous incorporés individuellement dans les lois anglaises ou écossaises par une nouvelle législation spécifique.

Il s’agit d’un processus très minutieux, mené étape par étape par des juristes et des fonctionnaires du FCO, du Trésor, du Cabinet Office [département exécutif du … Gouvernement britannique – NdT], du Ministère de l’Intérieur, du Parlement et d’autres instances. Chacun examinera en parallèle chaque clause du traité et vérifiera qu’elle peut être appliquée. Toutes les modifications nécessaires pour donner effet au traité doivent ensuite être apportées – modification de la législation et démarches administratives nécessaires. Les conseillers juridiques du FCO ne donneront le feu vert à la ratification du traité que lorsque tous les obstacles auront été levés, y compris la législation, et que les fonctionnaires du Parlement, du Trésor, du Cabinet Office, du Ministère de l’Intérieur et du FCO auront tous certifié que le traité est applicable au Royaume-Uni. Vous ne pouvez absolument pas ratifier le traité avant que les conseillers juridiques du FCO n’aient donné cette autorisation.

Il s’agit d’un processus sérieux. C’est pourquoi le traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni a été signé en 2003 et ratifié en 2007. Il ne s’agit pas d’un retard anormal.

Je sais donc avec certitude que TOUS les services juridiques compétents du gouvernement britannique DOIVENT avoir convenu que l’article 4.1 du traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis pouvait être mis en œuvre en vertu de la loi sur l’extradition de 2003. Cette certification doit avoir eu lieu, sinon le traité n’aurait jamais pu être ratifié.

Il s’ensuit nécessairement que le gouvernement britannique, en cherchant à faire valoir maintenant que l’article 4.1 est incompatible avec la loi de 2003, ment sciemment. [gras ajouté par le traducteur] Il ne pourrait y avoir d’abus de procédure plus flagrant.

J’ai tenu à ce que l’audition sur ce point particulier se termine afin de pouvoir vous faire bénéficier de mon expérience. Je vais me reposer pour l’instant, mais plus tard dans la journée, j’espère pouvoir continuer à m’exprimer sur l’échange d’hier au tribunal concernant la libération de Julian du sa cage blindée antiterroriste.

Avec mes remerciements à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont inscrits pour rendre ce reportage possible. Je tiens à souligner une fois de plus que je ne veux absolument pas que quiconque donne quoi que ce soit si cela lui cause le moindre problème financier.

Cet article est entièrement libre de reproduction et de publication, y compris en traduction, et j’espère vivement que les gens le feront activement. La vérité nous rendra libres.

Craig MURRAY

Traduction « Ils jouent à la justice comme on joue à la dinette : en faisant semblant » par Viktor Dedaj pour Le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

https://www.legrandsoir.info/compte-rendu-du-proces-assange-4eme-jour.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157957710642317

[Injustice chimiquement pure] Le journaliste Ami du peuple Julian Assange est torturé à mort par nos prétendus « représentants » dans le secret des geôles londoniennes alors qu’il n’est ACCUSÉ DE RIEN. Viktor Dedaj

Viktor Dedaj explique bien les mensonges mainstream sur le cas Assange :

JULIAN ASSANGE N’EST ACCUSÉ DE RIEN

Abonnez-vous au site de Viktor, Le Grand Soir, c’est un des meilleurs sites du pays pour se désintoxiquer des bobards des dominants.

#FreeAssange

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157957087227317&id=600922316

Doc RT 1h sur Julian ASSANGE : « LE COURAGE EST CONTAGIEUX »

J’aime cet homme. Il incarne pour moi le bien ; je le trouve exemplaire de l’idée que je me fais du journaliste : « sentinelle du peuple », vigilant et courageux, inquiétant vraiment les pouvoirs en révélant leurs intrigues et leurs crimes.

Le contraire de tous les pourris vendus « maintream », qui protègent les pouvoirs exploiteurs et martyrisent les lanceurs d’alerte.

Et la torture à mort que lui infligent les criminels dont il a précisément dévoilé les odieux forfaits n’en est que plus révoltante.

#FreeAssange

Julian Assange

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157955587812317&id=600922316

« Presque toutes les guerres sont le résultat de mensonges médiatiques. » Julian Assange, martyr du journalisme pour avoir créé WIKILEAKS, UN OUTIL POPULAIRE CONTRE LES GUERRES

« Presque toutes les guerres sont le résultat de mensonges médiatiques. » Julian Assange

Écoutez Julian parler :

Ils ont menti sur le Vietnam,
Ils ont menti sur l’Afghanistan,
Ils ont menti sur l’Irak (2 fois),
Ils ont menti sur la Libye,
Ils ont menti sur la Syrie,
Ils ont menti sur le Yémen,
etc. !

Ils mentent tout le temps.
Impunément.

ASSANGE A CRÉÉ UNE SOLUTION PUISSANTE ET SOLIDE !
C’est LA cause de sa torture depuis 10 ans, torture à mort menée en notre nom (!) par les criminels qu’il dénonce !!!

#FreeAssange

Étienne.

La juge Emma Arbuthnot refuse de se récuser dans le simulacre de procès de Julian Assange ! La séparation des pouvoirs ne suffit pas pour garantir les Droits de l’Homme ! il faut instituer UN POUVOIR POPULAIRE au-dessus de TOUS les pouvoirs.

La juge Emma Arbuthnot refuse de se récuser dans le simulacre de procès de Julian Assange

Par Thomas Scripps
12 juillet 2019

La juge Emma Arbuthnot a refusé de se récuser des audiences d’extradition de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Voilà à quoi ressemble la «justice de classe».

Arbuthnot, magistrat en chef et juge de district supérieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles, bafoue les principes juridiques fondamentaux pour s’assurer qu’elle préside un simulacre de procès contre Assange. Le procès doit reprendre au Tribunal de première instance à Westminster le 24 février prochain. En cas d’extradition, Assange fait face à des accusations en vertu de la Loi sur l’espionnage aux États-Unis et encourt une peine d’emprisonnement de 175 ans. D’autres accusations sont en instance, qui pourraient inclure la peine de mort.

La juge Emma Arbuthnot, magistrat en chef et juge de district supérieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles.

La juge Emma Arbuthnot, magistrat en chef et juge de district supérieur pour l’Angleterre et le Pays de Galles.

Le «Guide sur la conduite des juges» («Guide to Judicial Conduct) en Angleterre et au Pays de Galles, publié en 2018, stipule que «l’indépendance judiciaire est une pierre angulaire de notre système de gouvernement dans une société démocratique et une protection de la liberté et des droits du citoyen dans le cadre de l’État de droit. La magistrature doit être perçue comme indépendante des organes législatif et exécutif du gouvernement, tant à titre individuel que dans son ensemble».

Arbuthnot aurait dû se récuser d’office sur cette base.

Son mari, James Norwich Arbuthnot, est un membre conservateur de la Chambre des Lords. Il est intimement lié aux forces armées et aux services de sécurité britanniques, dont les opérations criminelles ont été exposées par WikiLeaks.

En tant que député conservateur, Lord Arbuthnot a présidé, entre 2005 et 2014, le Comité spécial de la défense, l’organe qui supervise le ministère de la Défense et les forces armées britanniques. Il était en poste lors des opérations militaires en cours en Afghanistan et en Irak, ainsi que des guerres pour le changement de régime en Libye et en Syrie.

Il est actuellement coprésident du conseil consultatif du fabricant britannique de matériel de défense Thales et membre du conseil consultatif de l’Institut royal des services unis pour les études de défense et de sécurité (RUSI). Lord Arbuthnot est également un ancien directeur d’une société de conseil en sécurité et en renseignement, SC Strategy, où il a travaillé pendant deux ans aux côtés des codirecteurs Lord Carlile et Sir John Scarlett.

Carlile est un éminent défenseur du MI5 qui a soutenu la Loi sur les pouvoirs d’enquête de 2016 (surnommée la «Charte des fouineurs») qui permet à l’État britannique d’accéder aux dossiers de connexion Internet sans mandat. Il a fait valoir que les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse perpétrée illégalement par l’État «équivalaient à un acte criminel». Il a supervisé la mise en œuvre de la législation antiterroriste et examiné les procédures de sécurité nationale en Irlande du Nord.

Scarlett est l’ancien directeur du MI6 et l’ancien président du Comité mixte du renseignement (JIC) du gouvernement. Il a supervisé la production d’un rapport qui plaide en faveur du droit des services secrets à «collecter des données de communication en masse». Enfin, il a eu la responsabilité de compiler le «dossier douteux» sur les armes de destruction massive en Irak.

Les activités de Lord Arbuthnot et de ses collègues ont fait l’objet de milliers de révélations de WikiLeaks. La base de données de WikiLeaks contient près de 2.000 références à Thales et près de 450 à RUSI. Lord Arbuthnot lui-même peut être trouvé dans plus de 50 entrées.

Comme l’ont fait valoir l’équipe juridique d’Assange et le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer, ce «conflit d’intérêts grave» oblige Lady Arbuthnot à se retirer de l’affaire Assange. Son mari a consacré toute sa vie politique à écraser la transparence et la responsabilité préconisées par WikiLeaks.

Le «Guide sur la conduite des juges» stipule explicitement que «Lorsqu’un proche membre de la famille d’un juge est politiquement actif, le juge doit garder à l’esprit la possibilité que, dans certaines procédures, cette activité politique puisse soulever des préoccupations quant à l’impartialité du juge et son détachement du processus politique et doit agir en conséquence».

De plus, «une animosité personnelle à l’égard d’un parti est aussi une raison impérieuse de disqualification».

L’animosité d’Arbuthnot envers Assange a été rendue publique.

Aucun argument juridique ne convaincra Arbuthnot de se récuser. Ses liens familiaux avec les services de sécurité sont la raison pour laquelle elle a été choisie pour superviser cette affaire. La classe dirigeante britannique exige qu’un fonctionnaire approuve le transfert d’Assange aux États-Unis, ce qui équivaut à une restitution extraordinaire.

Deux précédents cas de juges qui se sont récusés d’affaires judiciaires anglaises offrent un contraste frappant avec l’affaire du fondateur de WikiLeaks.

La première concerne Arbuthnot elle-même. En août 2018, elle a été contrainte de se retirer d’un procès contre Uber après que l’Observateur eut révélé que son mari avait un intérêt commercial dans la société de transport via SC Strategy et son client, la Qatar Investment Authority. Un porte-parole judiciaire a déclaré: «Dès que ce lien lui a été signalé, elle a confié l’affaire à un autre juge. C’est essentiel que les juges soient non seulement absolument impartiaux, mais qu’ils soient perçus comme tels.»

Ces préoccupations ne semblent pas exister dans le cas d’Assange. Aucun article dans les médias grand public n’a fait état de la contradiction flagrante entre les actions d’Arbuthnot en 2018 et celles d’aujourd’hui.

Le deuxième cas est celui d’un juge qui ne s’est pas récusé en 1998. Il s’agissait de la tentative d’extradition de l’ancien dictateur, tortionnaire et bourreau chilien Augusto Pinochet pour faire face à des accusations pénales en Espagne.

Lord Hoffmann a été sévèrement attaqué pour ne pas avoir établi clairement ses liens avec le groupe de défense des droits humains Amnesty International, qui était une partie dans l’affaire. Il a été président du service de collecte de fonds de l’organisme de bienfaisance à titre bénévole. Hoffmann avait été l’un des trois juges sur cinq (Lords juristes) à voter en faveur de l’annulation d’une décision de la Haute Cour qui confirmait l’immunité de Pinochet contre les poursuites judiciaires en raison de son statut de chef d’État au moment de ses crimes. Dans un geste sans précédent, le verdict de la Chambre des Lords contre Pinochet (impliquant Hoffmann) a été annulé par cinq juges et n’a été reconfirmé qu’un an plus tard, la plupart des accusations portées contre Pinochet ayant été invalidées par d’importantes réserves.

Les Lords juristes, dirigés par Lord Browne-Wilkinson, ont développé des arguments qui exigeraient absolument qu’Arbuthnot se récuse dans l’affaire Assange. Auparavant, pour qu’un juge soit automatiquement disqualifié d’une affaire, il fallait qu’il ait un intérêt financier dans son issue. La décision de Lord Browne-Wilkinson a étendu le principe de la disqualification automatique aux catégories beaucoup plus larges d’«intérêts» non financiers ou de soutien à des «causes».

Le verdict d’annulation a accepté l’affirmation de Pinochet selon laquelle le droit à un procès équitable lui avait été refusé en vertu de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui stipule que «tout juge pour lequel il y aurait raison légitime de craindre un manque d’impartialité doit se retirer».

Les dénonciations d’Hoffmann ont été brutales. Le Guardian a rapporté le 16 janvier 1999 que cinq Lords juristes avaient «critiqué Lord Hoffmann pour avoir bafoué le principe fondamental selon lequel “la justice ne doit pas seulement être rendue, mais doit être vue comme telle”. Cette critique dévastatrice a jeté le doute sur l’avenir de Lord Hoffmann en tant que Lord juriste».

Le Guardian poursuit: «Les juges accusent Lord Hoffmann d’avoir ignoré un principe judiciaire de base appris par chaque étudiant en première année de droit. La règle est si bien connue, a déclaré Lord Hope, qu’aucun tribunal civil du Royaume-Uni n’a vu son jugement annulé pour une violation de cette règle au cours de ce siècle… “Les juges sont bien conscients qu’ils ne devraient pas siéger dans une affaire dans laquelle ils ont le moindre intérêt personnel, que ce soit comme défendeur ou comme procureur”, a déclaré Lord Hope.»

«Lord Hutton a dit que la confiance du public dans l’intégrité de l’administration de la justice serait ébranlée si le vote décisif de Lord Hoffmann selon lequel le général Pinochet pourrait être poursuivi était maintenu.»

En janvier 2000, le ministre de l’Intérieur du gouvernement travailliste de Blair, Jack Straw, est intervenu pour protéger le meurtrier de masse, en annulant la décision de la Chambre des Lords et insistant pour que les procédures d’extradition soient suspendues en raison de la mauvaise santé présumée de Pinochet. Pinochet est revenu au Chili le 3 mars, atterrissant à l’aéroport de Santiago où il s’est levé de son fauteuil roulant aux acclamations de ses partisans fascisants.

De toute évidence, «l’impartialité judiciaire» signifie une chose lorsqu’il s’agit de défendre un dictateur brutal et allié de longue date de l’impérialisme américain et britannique. C’en est une autre quand il s’agit de persécuter un journaliste de renommée mondiale qui a dénoncé les crimes de la classe dirigeante.

Du point vue de l’impérialisme, le scalp d’Assange est absolument nécessaire pour poursuivre ses guerres de conquête de style colonial et la guerre mondiale contre les droits sociaux et démocratiques de la classe ouvrière. Pour le faire taire à jamais, non seulement le pouvoir judiciaire, mais aussi l’appareil d’État tout entier et ses défenseurs dans les médias se débarrassent de toute prétention démocratique et libérale.

Le Parti de l’égalité socialiste soutient les revendications des partisans d’Assange qui demandent à Arbuthnot de se récuser. Mais nous lançons l’avertissement que la seule force capable de libérer Assange est la classe ouvrière internationale mobilisée dans une lutte politique collective contre la classe dirigeante et son appareil judiciaire.

(Article paru en anglais le 11 juillet 2019)

Source : WSWS juillet 2019

https://www.wsws.org/fr/articles/2019/07/12/arbu-j12.html

Mon commentaire:

Cette enquête sur les gravissimes conflits d’intérêts des juges en train de martyriser Assange en toute impunité est consternante.

1) Wikileaks ou RSF ou WSWS ne pourraient-ils pas enquêter et publier le cv complet (avec photo et adresse) de la juge Vanessa Baraitser, pour faire connaître aux citoyens les conflits d’intérêts et raisons personnelles d’être aussi partiale et injuste de ce « juge » stalinien ?

2) Cette totale impunité d’une injustice criante pousse à réfléchir en amont aux institutions mêmes de la justice.

Nous n’avons pas de constitution.

À l’évidence, la séparation des pouvoirs ne suffit pas pour garantir les Droits de l’Homme ! il faut instituer UN POUVOIR POPULAIRE au-dessus de TOUS les pouvoirs.

Ce pouvoir populaire s’exercerait à travers des Chambres de contrôle, tirées au sort et formées pour bien jouer leur rôle, dédiées à chaque pouvoir : Chambre de contrôle des juges, Chambre de contrôle des forces armées, Chambre de contrôle des élus, Chambre de contrôle des banques, Chambre de contrôle de l’information (médias, instituts de sondages et de statistiques, information sur le processus électoral), etc.

La formation des magistrats et leur indépendance doit absolument être reconsidérée par leurs victimes, les citoyens qui les paient pour rendre la Justice.

SEULS les citoyens eux-mêmes (directement) sont LÉGITIMES (et APTES) à écrire puis défendre une vraie constitution (digne de ce nom).

Voilà un beau sujet pour vos prochains ateliers constituants personnels : le pouvoir judiciaire, nomination et contrôle des magistrats.

#FreeAssange
#GrèveGénéraleConstituante

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157946328347317&id=600922316

[Procès stalinien de Moscou à Londres, suite] Compte-rendu du Procès Assange, 3eme jour (26 fév 2020), par Craig Murray

[Procès stalinien de Moscou à Londres, suite]
Compte-rendu du Procès Assange, 3eme jour
Craig MURRAY

Julian Assange Prison de Belmarsh 24 février 2020
photo : illustration par la rédaction du Grand Soir (source indéterminée)

Lors de la procédure d’hier au tribunal, l’accusation a adopté des arguments si catégoriques et apparemment déraisonnables que je me suis demandé comment les rédiger d’une manière qui ne semble pas être une caricature ou une exagération injuste de ma part. Ce à quoi on assiste dans ce tribunal a depuis longtemps dépassé le stade de la caricature. Tout ce que je peux faire, c’est vous donner l’assurance personnelle que ce que je raconte est conforme à la réalité.

Comme d’habitude, je traiterai d’abord des questions de procédure et du traitement réservé à Julian, avant d’exposer clairement les arguments juridiques avancés.

Vanessa Baraitser a pour instruction claire de faire semblant d’être inquiète en demandant, vers la fin de chaque séance, juste avant la pause de toute façon, si Julian se sent bien et s’il souhaite une pause. Elle ignore alors systématiquement sa réponse. Hier, il a répondu assez longuement qu’il n’entendait pas bien dans sa boîte de verre et qu’il ne pouvait pas communiquer avec ses avocats (à un certain moment hier, ils avaient commencé à l’empêcher de passer des notes à son avocat, ce qui, j’apprends, a été le contexte de la prévention agressive de sa poignée de main d’adieu à Garzon).

Baraitser a insisté sur le fait qu’il ne pouvait être entendu que par ses avocats, ce qui, étant donné qu’on l’avait empêché de leur donner des instructions, était plutôt osé de sa part. Ceci dit, nous avons eu un ajournement de dix minutes pendant que Julian et son avocat étaient autorisés à parler dans les cellules – probablement là où ils pourraient être à nouveau mis sur écoute de façon plus pratique.

Au retour, Edward Fitzgerald a fait une demande formelle pour que Julian soit autorisé à s’asseoir à côté de ses avocats dans la cour. Julian était « un homme doux et intellectuel » et non un terroriste. Baraitser répondit que la libération d’Assange du banc des accusés dans le corps du tribunal signifierait qu’il était libre. Pour y parvenir, il faudrait demander une mise en liberté sous caution.

Une fois de plus, l’avocat de l’accusation James Lewis est intervenu du côté de la défense pour tenter de rendre le traitement de Julian moins extrême. Il n’était pas, a-t-il suggéré avec réticence, tout à fait certain qu’il était exact de devoir demander une libération sous caution pour que Julian puisse s’asseoir dans la salle du tribunal, ou que le fait d’être dans la salle du tribunal et encadré d’agents de sécurité signifiait qu’un prisonnier n’était plus en détention. Les prisonniers, même les plus dangereux des terroristes, ont témoigné depuis la barre des témoins dans la salle du tribunal aux avocats et aux magistrats. Au sein de la Haute Cour, les prisonniers s’asseyaient fréquemment avec leurs avocats lors des audiences d’extradition, dans les cas extrêmes de criminels violents menottés à un agent de sécurité.

Baraitser a répondu qu’Assange pouvait représenter un danger pour le public. Il s’agit d’une question de santé et de sécurité. Comment Fitzgerald et Lewis pensaient-ils qu’elle avait la capacité d’effectuer l’évaluation des risques nécessaire ? Il faudrait que le groupe 4 décide si cela est possible.

Oui, elle a vraiment dit cela. Le groupe 4 devrait décider.

Baraitser s’est mis à balancer du jargon comme un Dalek devenu incontrôlable. L’ »évaluation des risques » et la « santé et la sécurité » ont beaucoup fait parler d’eux. Elle a commencé à ressembler à quelque chose de pire qu’un Dalek, un fonctionnaire local particulièrement stupide et de très mauvaise qualité. « Pas de juridiction » – « Jusqu’au groupe 4 ». Se ressaisissant un peu, elle a affirmé fermement que la remise en détention ne peut signifier que la remise au banc des accusés, nulle part ailleurs dans la salle. Si la défense voulait qu’il soit dans la salle d’audience où il pourrait mieux entendre la procédure, elle ne pourrait que demander la mise en liberté sous caution et sa libération de détention en général. Elle a alors regardé les deux avocats dans l’espoir que cela les aurait fait s’asseoir, mais tous deux sont restés debout.

Dans sa manière réservée (qui, je l’avoue, commence à me taper sur le système), Lewis a déclaré : « l’accusation est neutre sur cette demande, bien sûr, mais, euh, je ne pense vraiment pas que ce soit juste ». Il la regardait comme un oncle bienveillant dont la nièce préférée vient de commencer à boire de la tequila à la bouteille lors d’une fête de famille.

Baraitser a conclu l’affaire en déclarant que la défense devrait soumettre des arguments écrits sur ce point avant 10 heures demain matin, et qu’elle tiendrait alors une audience séparée sur la question de la position de Julian au tribunal.

La journée avait commencé avec un Magistrat Baraitser très en colère s’adressant à la galerie publique. Hier, a-t-elle dit, une photo avait été prise à l’intérieur de la salle d’audience. Prendre ou tenter de prendre des photos à l’intérieur de la salle d’audience est un délit. Vanessa Baraitser paraissait à ce moment avoir très envie d’incarcérer quelqu’un. Elle semblait également, dans sa colère, faire l’hypothèse non fondée que celui qui avait pris la photo depuis la galerie publique mardi était encore présent mercredi ; je pense que non. Être en colère contre le public au hasard doit être très stressant pour elle. Je soupçonne qu’elle crie beaucoup dans les trains.

Mme Baraitser n’aime pas les photos – elle semble être la seule personnalité publique en Europe occidentale à ne pas avoir de photo d’elle sur Internet. En effet, n’importe quel pékin a laissé plus de preuves de son existence et de son histoire sur internet que Vanessa Baraitser. Ce qui n’est pas un crime de sa part, mais je soupçonne qu’un tel effacement ne se fait pas sans un effort considérable. [Ndt – Cela demande effectivement soit un travail considérable soit une attention de tous les instants et de longue date] Quelqu’un m’a suggéré qu’elle pourrait être un hologramme, mais je ne pense pas. Les hologrammes ont plus d’empathie qu’elle.

J’ai été amusé par l’infraction pénale consistant à tenter de prendre des photos dans la salle d’audience. Dans quelle mesure faudrait-il être incompétent pour tenter de prendre une photo et ne pas le faire ? Et si aucune photo n’a été prise, comment prouver que vous avez tenté d’en prendre une, plutôt que d’envoyer un SMS à votre mère ? Je suppose que « tenter de prendre une photo » est un crime qui pourrait attraper quelqu’un arrivant avec un grand appareil photo reflex, un trépied et plusieurs lampes d’éclairage, mais aucun ne semble avoir réussi à se glisser dans la galerie publique.

Baraitser n’a pas précisé si la publication d’une photographie prise dans une salle d’audience (ou même la tentative de publier une photographie prise dans une salle d’audience) constituait un délit. Je pense que c’est le cas. Quoi qu’il en soit, Le Grand Soir a publié une traduction de mon rapport hier, et vous pouvez y voir une photo de Julian dans sa cage antiterroriste en verre pare-balles. Et je m’empresse d’ajouter qu’elle n’a pas été prise par moi. [et la Rédaction du Grand Soir s’empresse d’ajouter que cette photo ne nous a pas été fournie par M. Murray ni par les services de renseignements russes et qu’elle circule par-ci par-là sur l’internet]

Nous en arrivons maintenant à l’examen des arguments juridiques d’hier concernant la demande d’extradition elle-même. Heureusement, ils sont assez simples à résumer, car bien que nous ayons eu cinq heures de discussions, elles ont consisté en grande partie à ce que les deux parties s’affrontent en citant des dizaines d’ »autorités », par exemple des juges morts, pour faire valoir leur point de vue, et en répétant ainsi continuellement les mêmes points sans grande valeur d’exégèse des innombrables citations.

Comme l’a préfiguré hier le magistrat Baraitser, le ministère public soutient que l’article 4.1 du traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a pas force de loi.

Les gouvernements britannique et américain affirment que la Cour applique le droit national, et non le droit international, et que le traité n’a donc aucune valeur. Cet argument a été présenté à la Cour sous forme d’un écrit auquel je n’ai pas accès. Mais d’après les discussions au tribunal, il est clair que le ministère public soutient que la loi sur l’extradition de 2003, en vertu de laquelle le tribunal fonctionne, ne fait pas d’exception pour les infractions politiques. Toutes les lois d’extradition précédentes avaient exclu l’extradition pour des délits politiques, il doit donc être dans l’intention du parlement souverain que les délinquants politiques puissent désormais être extradés.

En ouvrant son argumentation, Edward Fitzgerald a fait valoir que la loi sur l’extradition de 2003 ne suffit pas à elle seule pour procéder à une véritable extradition. L’extradition nécessite la mise en place de deux éléments : la loi générale sur l’extradition et le traité d’extradition avec le ou les pays concernés. « Pas de traité, pas d’extradition » était une règle inviolable. Le traité était la base même de la demande. Dire que l’extradition n’était pas régie par les termes du traité même en vertu duquel elle a été faite, c’était créer une absurdité juridique et donc un abus de procédure. Il a cité des exemples de jugements rendus par la Chambre des Lords et le Privy Council où les droits issus du traité ont été jugés exécutoires malgré leur absence dans la législation nationale, notamment pour empêcher que des personnes soient extradées vers une exécution potentielle dans les colonies britanniques.

Fitzgerald a souligné que si la loi sur l’extradition de 2003 ne contient pas d’interdiction d’extradition pour des délits politiques, elle ne précise pas qu’une telle interdiction ne peut pas figurer dans les traités d’extradition. Et le traité d’extradition de 2007 a été ratifié après la loi d’extradition de 2003.

A ce stade, Baraitser l’a interrompu pour dire qu’il était clair que l’intention du Parlement était qu’il puisse y avoir une extradition pour des délits politiques. Sinon, il n’aurait pas supprimé l’obstacle dans la législation précédente. Fitzgerald a refusé de céder, affirmant que la loi ne disait pas que l’extradition pour des délits politiques ne pouvait pas être interdite par le traité autorisant l’extradition.

Fitzgerald a poursuivi en disant que la jurisprudence internationale avait accepté pendant un siècle ou plus que l’on n’extrade pas les délinquants politiques. C’est précisé dans La Convention européenne d’extradition, le modèle de traité d’extradition des Nations unies et la Convention d’Interpol sur l’extradition. C’est précisé dans chacun des traités d’extradition conclus par les États-Unis avec d’autres pays, et ce depuis plus d’un siècle, sur l’insistance des États-Unis. Le fait que les gouvernements britannique et américain disent qu’il ne s’applique pas est étonnant et créerait un terrible précédent qui mettrait en danger les dissidents et les prisonniers politiques potentiels de Chine, de Russie et de régimes du monde entier qui se sont échappés vers des pays tiers.

Fitzgerald a déclaré que toutes les grandes autorités étaient d’accord sur le fait qu’il y avait deux types de délits politiques. Le délit politique pur et le délit politique relatif. Un délit politique « pur » a été défini comme la trahison, l’espionnage ou la sédition. Un délit politique « relatif » est un acte normalement criminel, comme l’agression ou le vandalisme, commis avec un motif politique. Chacune des accusations portées contre Assange était un délit politique « pur ». Toutes sauf une étaient des accusations d’espionnage, et l’accusation de piratage informatique avait été comparée par l’accusation à la violation de la loi sur les secrets officiels pour répondre au critère de double incrimination. L’accusation primordiale selon laquelle Assange cherchait à nuire aux intérêts politiques et militaires des États-Unis est la définition même d’un délit politique selon toutes les autorités.

En réponse, Lewis déclara qu’un traité ne pouvait pas être contraignant en droit anglais à moins d’être spécifiquement incorporé dans le droit anglais par le Parlement. Il s’agissait là d’une défense démocratique nécessaire. Les traités étaient conclus par l’exécutif qui ne pouvait pas faire la loi. Cela relevait de la souveraineté du Parlement. Lewis a cité de nombreux jugements déclarant que les traités internationaux signés et ratifiés par le Royaume-Uni ne pouvaient pas être appliqués par les tribunaux britanniques. « Les autres pays pourraient être surpris que leurs traités avec le gouvernement britannique n’aient aucune force juridique », a-t-il plaisanté.

Lewis a déclaré qu’il n’y avait pas d’abus de procédure ici et qu’aucun droit n’était donc invoqué au titre de la Convention européenne. C’était le fonctionnement normal de la loi que la disposition du traité sur la non extradition pour des délits politiques n’avait pas de valeur juridique.

Selon M. Lewis, le gouvernement américain conteste que les infractions commises par Assange soient politiques. Au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis, la définition du délit politique est différente de celle du reste du monde. Nous avons considéré que les infractions politiques « pures » que sont la trahison, l’espionnage et la sédition n’étaient pas des infractions politiques. Seules les infractions politiques « relatives » – des crimes ordinaires commis avec un motif politique – étaient considérées comme des infractions politiques dans notre tradition. Dans cette tradition, la définition du terme « politique » se limitait également au soutien d’un parti politique concurrent dans un État. Lewis poursuivra demain avec cet argument.

Voilà qui conclut mon compte rendu de la procédure. J’ai un commentaire important à faire à ce sujet et j’essaierai de faire un autre article plus tard dans la journée. Je me précipite maintenant au tribunal.

Avec mes remerciements à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont abonnés pour rendre ce reportage possible.

Cet article est entièrement libre de reproduction et de publication, y compris en traduction, et j’espère vivement que les gens le feront activement. La vérité nous rendra libres.

Craig Murray

Traduction « quoi ma photo ? qu’est-ce qu’elle a ma photo ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Viktor Dedaj, Le Grand Soir,
https://www.legrandsoir.info/compte-rendu-du-proces-assange-3eme-jour.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157946334312317&id=600922316

[Pire que les procès de Moscou : les procès de Londres et de Washington] Compte-rendu du Procès Assange, 2eme jour

Compte-rendu du Procès Assange, 2eme jour

Par Craig MURRAY

Cet après-midi, l’avocat espagnol de Julian, Baltasar Garzon, a quitté le tribunal pour retourner à Madrid. En sortant, il s’est naturellement arrêté pour serrer la main de son client, en faisant passer ses doigts par l’étroite fente de la cage de verre pare-balles. Assange, à moitié debout, a pris la main de son avocat. Les deux gardes de sécurité dans la cage avec Assange se sont immédiatement levés, mettant la main sur Julian et le forçant à s’asseoir, empêchant la poignée de main.

Ce n’était pas le pire aujourd’hui, loin de là, mais c’est une image frappante de la force brute insensée utilisée continuellement contre un homme accusé de publier des documents. Le fait qu’un homme ne puisse même pas serrer la main de son avocat est contraire à l’esprit dans lequel les membres du système juridique aiment à faire semblant de pratiquer le droit. Je vous offre ce moment étonnant comme un résumé des événements d’hier au tribunal.

Le deuxième jour, la procédure avait commencé par une déclaration d’Edward Fitzgerald, avocat d’Assange, qui nous a brutalement secoué. Il a déclaré qu’hier, le premier jour du procès, Julian avait été déshabillé et fouillé à deux reprises, menotté à onze reprises et enfermé cinq fois dans différentes cellules de détention. De plus, tous les documents judiciaires lui ont été retirés par les autorités de la prison, y compris les communications privilégiées entre ses avocats et lui-même, et il n’a pas pu se préparer à participer au procès d’aujourd’hui.

La magistrate Baraitser a regardé Fitzgerald et a déclaré, d’une voix empreinte de dédain, qu’il avait déjà soulevé de telles questions auparavant et qu’elle lui avait toujours répondu qu’elle n’avait aucune compétence sur le domaine de la prison. Il devrait en parler avec les autorités de la prison. Fitzgerald resta sur ses positions, ce qui lui valut un air très renfrogné de la part de Baraitser, et lui répondit qu’il allait bien sûr recommencer, mais que ce comportement répété des autorités pénitentiaires menaçait la capacité de la défense à se préparer. Il a ajouté que, quelle que soit la juridiction, il était d’usage, selon son expérience, que les magistrats et les juges transmettent leurs commentaires et leurs demandes à l’administration pénitentiaire lorsque le déroulement du procès en était affecté, et que normalement les prisons prêtaient une oreille sympathique.

Baraitser a nié catégoriquement toute connaissance d’une telle pratique et a déclaré que Fitzgerald devrait lui présenter des arguments écrits exposant la jurisprudence en matière de compétence sur les conditions de détention. C’en était trop même pour l’avocat de l’accusation James Lewis, qui s’est levé pour dire que l’accusation voudrait aussi qu’Assange ait une audience équitable, et qu’il pouvait confirmer que ce que la défense suggérait était une pratique normale. Même alors, Baraitser refusait toujours d’intervenir auprès de la prison. Elle a déclaré que si les conditions carcérales étaient si mauvaises qu’elles rendaient impossible un procès équitable, la défense devrait présenter une motion de rejet des accusations pour ce motif. Dans le cas contraire, elle devrait laisser tomber.

L’accusation et la défense ont toutes deux semblé surprises par l’affirmation de Baraitser selon laquelle elle n’avait pas entendu parler de ce qu’elles qualifiaient toutes deux de pratique courante. Lewis a peut-être été sincèrement préoccupé par la description choquante du traitement de la prison d’Assange hier ; ou il a peut-être juste eu des alarmes qui se sont déclenchées dans sa tête en criant « annulation du procès ». Mais le résultat net est que Baraitser ne fera rien pour empêcher les abus physiques et mentaux de Julian en prison, ni pour essayer de lui donner la possibilité de participer à sa défense. La seule explication réaliste qui me vienne à l’esprit est que Baraitser a été prévenue, car ce mauvais traitement continu et la confiscation de documents relèvent de la haute autorité du gouvernement.

Un dernier petit incident à relater : après avoir fait la queue à nouveau dès les premières heures, j’étais dans la dernière file d’attente avant l’entrée de la galerie publique, lorsque le nom de Kristin Hrnafsson, rédacteur en chef de Wikileaks, avec qui j’étais en train de parler, a été prononcé. Kristin s’est identifié, et le fonctionnaire du tribunal lui a dit qu’il lui était interdit d’entrer dans la galerie publique.

J’étais avec Kristin pendant toute la procédure la veille, et il n’avait rien fait de mal – c’est un homme plutôt calme. Lorsqu’il a été appelé, c’était par son nom et par son titre professionnel – ils interdisaient spécifiquement le rédacteur en chef de Wikileaks de participer au procès. Kristin a demandé pourquoi et on lui a répondu que c’était une décision de la Cour.
À ce stade, John Shipton, le père de Julian, a annoncé que dans ce cas, les membres de la famille allaient tous partir aussi, et ils l’ont fait, en sortant du bâtiment. Ils ont alors commencé, avec d’autres, à tweeter la nouvelle du départ de la famille. Cela a semblé causer une certaine consternation parmi les fonctionnaires du tribunal, et quinze minutes plus tard, Kristin a été réadmise. Nous ne savons toujours pas ce qui se cache derrière tout cela. Plus tard dans la journée, les journalistes ont été informés par les fonctionnaires que c’était simplement pour avoir resquillé, mais cela semble improbable car il a été renvoyé par le personnel qui l’a appelé par son nom et son titre, plutôt que de l’avoir repéré comme un resquilleur.

Aucune de ces informations ne concerne l’affaire officielle. Tout ce qui précède vous en dit plus sur la nature draconienne du simulacre de procès politique qui se déroule que sur la mascarade qui se déroule dans la salle du tribunal. Il y a eu des moments aujourd’hui où j’ai été happé par l’argumentaire judiciaire et où suspendu aux levres comme on peut l’etre au théâtre, et où j’ai commencé à penser « Wow, cette affaire se passe bien pour Assange ». Puis un événement tel que ceux relatés ci-dessus se produit, une froideur s’empare de votre cœur, et vous vous souvenez qu’il n’y a pas de jury a convaincre. Je crois que rien de ce qui sera dit ou prouvé dans la salle d’audience aura un impact sur le verdict final de ce tribunal.

Passons donc à la procédure proprement dite.

Pour la défense, Mark Summers a déclaré que les accusations des États-Unis dépendaient entièrement de trois accusations factuelles de comportement d’Assange :

1) Assange a aidé Manning à décoder une clé de cryptage pour accéder à du matériel classifié.

Summers a déclaré qu’il s’agissait d’une allégation fausse prouvée lors de la cour martiale de Manning.

2) Assange a sollicité le matériel auprès de Manning

M. Summers a déclaré que les informations publiques prouvaient que cela était faux

3) Assister a sciemment mis des vies en danger

M. Summers a déclaré qu’il était prouvé que cela était faux, tant à partir d’informations accessibles au public qu’en raison de l’implication spécifique du gouvernement américain.

En résumé, M. Summers a déclaré que le gouvernement américain savait que les allégations formulées étaient fausses quant aux faits et qu’il était prouvé qu’elles avaient été formulées de mauvaise foi. Il s’agit donc d’un abus de procédure qui devrait conduire au rejet de la demande d’extradition. Il a décrit les trois chefs d’accusation ci-dessus comme « de la foutaise, de la foutaise et de la foutaise ».

Summers a ensuite passé en revue les faits. Il a déclaré que les accusations des États-Unis divisent en trois catégories les documents divulgués par Manning à Wikileaks qui sont :

a) Câbles diplomatiques
b) Les notes d’évaluation des détenus de Guantanamo
c) Règles d’engagement pour la guerre en Irak
d) Journaux de guerre afghans et irakiens

Les Summers ont ensuite méthodiquement passé en revue les points a), b), c) et d) en les reliant chacun à leur tour aux comportements allégués 1), 2) et 3), en douze explications et démonstrations en tout. Ce compte rendu exhaustif a pris environ quatre heures et je ne tenterai pas de le reproduire ici. Je vais plutôt en donner les grandes lignes, mais je me référerai occasionnellement au numéro du comportement allégué et/ou à la lettre de l’allégation. J’espère que vous suivrez cette méthode – il m’a fallu un certain temps pour le faire !

Pour 1) Summers a démontré de façon concluante que Manning avait accès à chaque matériel a) b) c) d) fourni à Wikileaks sans avoir besoin d’un code d’Assange, et qu’il avait cet accès avant même de contacter Assange. Manning n’avait pas non plus besoin d’un code pour dissimuler son identité comme l’alléguait l’accusation – la base de données des analystes du renseignement à laquelle Manning pouvait accéder – comme des milliers d’autres – ne nécessitait pas de nom d’utilisateur ou de mot de passe pour y accéder à partir d’un ordinateur militaire professionnel. Summers a cité le témoignage de plusieurs officiers de la cour martiale de Manning pour le confirmer. Le fait de casser le code d’administration du système ne donnerait pas non plus à Manning l’accès à d’autres bases de données classifiées. Summers a cité le témoignage de la cour martiale de Manning, où cela avait été accepté, selon lequel la raison pour laquelle Manning voulait accéder à l’administration des systèmes était de permettre aux soldats de mettre leurs jeux vidéo et leurs films sur les ordinateurs portables du gouvernement, ce qui en fait se produisait fréquemment.

Le magistrat Baraitser a procédé à deux reprises à des interruptions importantes. Elle a fait remarquer que si Chelsea Manning ne savait pas qu’elle ne pouvait pas être tracée comme l’utilisateur qui avait téléchargé les bases de données, elle aurait pu par ignorance demander l’aide d’Assange pour cracker un code afin de dissimuler son identité ; même si elle n’avait pas besoin de le faire, l’aide d’Assange constituerait une infraction.

Summers a souligné que Mme Manning savait qu’elle n’avait pas besoin de nom d’utilisateur et de mot de passe, car elle avait en fait accédé à tous les documents sans en avoir. Baraitser a répondu que cela ne constituait pas une preuve qu’elle savait qu’elle ne pouvait pas être pistée. Summers a déclaré qu’il n’était pas logique de soutenir qu’elle cherchait un code pour dissimuler son nom d’utilisateur et son mot de passe, alors qu’il n’y avait pas de nom d’utilisateur et de mot de passe. Baraitser a répondu à nouveau qu’il ne pouvait pas le prouver. C’est à ce moment que Summers est devenu quelque peu irritable avec Baraitser, et a énuméré de nouveau les preuves présentées à la cour martiale.

Baraitser a également fait remarquer que même si Assange aidait Manning à craquer un code d’administrateur, même si cela ne lui permettait pas d’accéder à d’autres bases de données, il s’agissait toujours d’une utilisation non autorisée et cela constituerait le crime de complicité d’utilisation abusive d’un ordinateur, même si dans un but innocent.

Après une brève pause, Baraitser est revenue avec quelques bien bonnes. Elle a dit à Summers qu’il avait présenté les conclusions de la cour martiale américaine de Chelsea Manning comme des faits. Mais elle n’était pas d’accord avec le fait que son tribunal devait considérer les preuves présentées devant une cour martiale américaine, même les preuves agréées ou non contestées ou les preuves de l’accusation, comme des faits. Summers a répondu que les preuves convenues ou les preuves à charge devant la cour martiale américaine étaient clairement considérées comme des faits par le gouvernement américain, et que la question était de savoir si le gouvernement américain lancait de fausses accusations en toute connaissance de cause. Baraitser a déclaré qu’elle reviendrait sur ce point une fois les témoins entendus.

Baraitser ne cherchait pas à dissimuler son hostilité envers l’argument de la défense, et semblait irritée qu’ils aient eu la témérité de le formuler. Cela paru évident lors de la discussion sur le point c), les règles d’engagement de la guerre en Irak. Summers a fait valoir que celles-ci n’avaient pas été sollicitées auprès de Manning, mais qu’elles avaient plutôt été fournies par Manning dans un dossier d’accompagnement avec la vidéo Collateral Murder qui montrait le meurtre d’enfants et de journalistes de Reuters. L’objectif de Manning, comme elle l’a déclaré lors de sa cour martiale, était de montrer que les actions visibles dans Collateral Murder violaient les règles d’engagement, même si le ministère de la défense affirmait le contraire. Summers a déclaré qu’en n’incluant pas ce contexte, la demande d’extradition américaine tentait délibérément de tromper car elle ne mentionnait même pas du tout la vidéo Collateral Murder.

À ce stade, Baraitser ne pouvait pas dissimuler son mépris. (…) Ceci une citation littérale :

« Suggérez-vous, M. Summers, que les autorités, le gouvernement, devraient fournir le contexte de leurs accusations ? »

Un Summers infatigable a répondu par l’affirmative et a ensuite montré où la Cour suprême l’avait dit dans d’autres affaires d’extradition. Baraitser semblait totalement perdue devant l’idée qu’on pouvait prétendre faire une distinction entre le gouvernement et Dieu.

L’essentiel de l’argumentation de Summers consistait à réfuter le comportement 3), la mise en danger de vies. Cela n’a été revendiqué qu’en relation avec les éléments a) et d). Summers a longuement décrit les efforts déployés par Wikileaks avec ses partenaires médiatiques pendant plus d’un an pour mettre en place une campagne de rédaction massive sur les câbles. Il a expliqué que les câbles non expurgés n’ont été disponibles qu’après que Luke Harding et David Leigh du Guardian aient publié le mot de passe de l’archive en tête du chapitre XI de leur livre sur Wikileaks, publié en février 2011.

Personne n’avait n’avait fait le rapprochement avec le mot de passe jusqu’à ce que la publication allemande Die Freitag le fasse et annonce en aout 2011 qu’elle avait toutes les câbles non expurgés. Summers a ensuite présenté les arguments les plus percutants de la journée.

Le gouvernement américain avait participé activement à l’exercice de rédaction des câbles. Ils savaient donc que les allégations de publication imprudente étaient fausses.

Une fois que Die Freitag a annoncé qu’ils avaient les documents non expurgés, Julian Assange et Sara Harrison ont immédiatement téléphoné à la Maison Blanche, au Département d’Etat et à l’Ambassade des Etats-Unis pour les avertir que les sources nommées pouvaient être mises en danger. Summers a lu les transcriptions des conversations téléphoniques alors qu’Assange et Harrison tentaient de convaincre les responsables américains de l’urgence d’activer les procédures de protection des sources – et ont exprimé leur perplexité face à l’obstruction des responsables. Ces preuves ont complètement miné le dossier du gouvernement américain et ont prouvé la mauvaise foi en omettant des faits extrêmement pertinents. Ce fut un moment très frappant.

En ce qui concerne le même comportement 3) sur les documents d), Summers a montré que la cour martiale de Manning avait admis que ces documents ne contiennent pas de noms de sources en danger, mais a montré que Wikileaks avait de toute façon activé un exercice de rédaction pour une approche « ceinture et bretelles ». La défense a dit bien plus.

Pour l’accusation, James Lewis a indiqué qu’il répondrait de manière approfondie plus tard dans la procédure, mais a souhaité déclarer que l’accusation n’accepte pas les preuves de la cour martiale comme des faits, et en particulier n’accepte aucun des témoignages « égoïstes » de Chelsea Manning, qu’il a dépeint comme un criminel condamné se prévalant à tort de nobles motifs. L’accusation a généralement rejeté toute idée selon laquelle cette cour devrait examiner la vérité ou les faits car ceux-ci ne pouvaient être décidés que lors d’un procès aux États-Unis.

Ensuite, pour conclure la procédure, Baraitser a lancé une bombe. Elle a déclaré que bien que l’article 4.1 du traité d’extradition entre les États-Unis et le Royaume-Uni interdise les extraditions politiques, cela ne figure que dans le traité. Cette exemption n’apparaît pas dans la loi britannique sur l’extradition. À première vue, l’extradition politique n’est donc pas illégale au Royaume-Uni, car le traité n’a pas de force juridique devant la Cour. Elle a invité la défense à aborder cet argument dans la matinée.
Il est maintenant 6h35 et je suis en retard pour commencer à faire la queue…

Avec nos remerciements à ceux qui ont fait des dons ou qui se sont inscrits pour rendre ce reportage possible.

Cet article est entièrement libre de reproduction et de publication, y compris en traduction, et j’espère vivement que les gens le feront activement. La vérité nous rendra libres.

Craig Murray

traduction « avec une envie de gerber » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, Viktor Dedaj,
https://www.legrandsoir.info/compte-rendu-du-proces-assange-2eme-jour.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157944718602317&id=600922316

[IMPORTANT et révoltant. Naufrage de la justice anglaise. Procès truqué du journalisme] Compte-rendu du Procès Assange à Londres, 1er jour (lundi 24 fév 2020), par Craig MURRAY

JulianAssange Belmarsh 24 fevrier 2020Source : Viktor Dedaj, Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/compte-rendu-du-proces-assange-1er-jour.html

Woolwich Crown Court est conçu pour imposer le pouvoir de l’État. Les tribunaux normaux de ce pays sont des bâtiments publics, délibérément placés par nos ancêtres en plein centre-villes, presque toujours à proximité d’une rue principale. Le but principal de leur positionnement et de leur architecture était de faciliter l’accès au public, avec la conviction qu’il est vital que la justice soit visible par le public.

Woolwich Crown Court, qui accueille le Belmarsh Magistrates Court, est construit sur un principe totalement opposé. Il n’a pas d’autre but que d’exclure le public. Rattaché à une prison située dans un marais balayé par les vents, loin de tout centre social normal, une île accessible uniquement en naviguant dans un labyrinthe de routes à double voie, tout l’emplacement et l’architecture du bâtiment sont pensés pour décourager l’accès au public. Il est entouré par la même barrière de palissage en acier extrêmement résistant qui ceinture la prison. C’est une chose extraordinaire, un palais de justice qui fait partie du système carcéral lui-même, un lieu où l’on est déjà considéré comme coupable et incarcéré dès son arrivée. Le Woolwich Crown Court n’est rien d’autre que la négation physique de la présomption d’innocence, l’incarnation même de l’injustice coulée dans du béton, de l’acier, et des vitres blindées. Il a précisément la même relation à la justice que Guantanamo Bay ou la Lubyanka. Il n’est en réalité que l’aile de condamnations de la prison de Belmarsh.

Lorsqu’il s’est renseigné sur les possibilités de participation du public à l’audience, un militant d’Assange s’est fait dire par un membre du personnel du tribunal que nous devrions nous rendre compte que Woolwich est un « tribunal antiterroriste ». C’est vrai de facto, mais en réalité, un « tribunal antiterroriste » est une institution inconnue de la constitution britannique. En effet, il suffit de passer une seule journée passée au tribunal de la Couronne de Woolwich pour se rendre à l’évidence que la démocratie libérale est désormais un mensonge.

Les audiences d’extradition ne se tiennent pas à la Magistrates Court de Belmarsh, au sein de la Woolwich Crown Court. Elles ont toujours lieu à la Magistrates Court de Westminster, car la demande est réputée avoir été remise au gouvernement à Westminster. A vous de tirer les conclusions. Cette audience se tient à la Westminster Magistrates Court. Elle est tenue par les magistrats de Westminster et le personnel de la cour de Westminster, mais elle se déroule à la Magistrates Court de Belmarsh, à l’intérieur de la Crown Court de Woolwich. Cette étrange convolution a précisément pour but de leur permettre d’utiliser la « cour antiterroriste » pour limiter l’accès au public et imposer la peur du pouvoir de l’État.

L’une des conséquences est que, dans la salle d’audience elle-même, Julian Assange est confiné au fond du tribunal derrière un écran de verre pare-balles. Il a fait remarquer à plusieurs reprises au cours de la procédure qu’il lui était ainsi très difficile de voir et d’entendre les débats. La magistrate, Vanessa Baraitser, a choisi d’interpréter cela, avec une malhonnêteté étudiée, comme un problème dû au très faible bruit des manifestants à l’extérieur (160 gilets jaunes venus de France dans la nuit], par opposition à un problème causé par le fait qu’Assange est enfermé à l’écart dans une énorme boîte de verre pare-balles.

Or, il n’y a aucune raison pour qu’Assange se trouve dans cette boîte, conçue pour contenir des terroristes extrêmement violents physiquement. Il pourrait siéger, comme le ferait normalement un accusé à une audience, au sein du tribunal à côté de ses avocats. Mais la lâche et vicieuse Baraitser a refusé les demandes répétées et persistantes de la défense pour qu’Assange soit autorisé à s’asseoir avec ses avocats. Baraitser n’est bien sûr qu’une marionnette, étant supervisée par la magistrate en chef Lady Arbuthnot, une femme tellement imbriquée dans l’establishment des services de défense et de sécurité que son implication dans cette affaire ne pourrait être plus corrompue.

Peu importe à Baraitser ou Arbuthnot s’il est vraiment nécessaire d’incarcérer Assange dans une cage pare-balles, ou si cela l’empêche de suivre la procédure judiciaire. L’intention de Baraitser est d’humilier Assange, et de nous inspirer de l’horreur face à l’énorme pouvoir d’écrasement de l’État. La force inexorable de l’aile des condamnations de la cauchemardesque prison de Belmarsh doit être affirmée. Si vous êtes ici, c’est que vous êtes coupable.

C’est la Lubyanka. Vous ne pouvez être qu’un prisonnier en détention préventive. Il ne peut s’agir que d’une audience, pas d’un procès. Vous pouvez n’avoir aucun antécédent de violence et ne pas être accusé de violence. Vous pouvez avoir trois des plus éminents psychiatres du pays qui soumettent des rapports sur vos antécédents de dépression clinique sévère et qui avertissent d’un risque de suicide. Mais moi, Vanessa Baraitser, je vais quand même vous enfermer dans une boîte conçue pour le plus violent des terroristes. Pour montrer ce que nous pouvons faire aux dissidents. Et si vous ne pouvez pas suivre les procédures judiciaires, tant mieux.

Vous accepterez peut-être mieux ce que je dis de la Cour si je vous dis que, pour une audience suivie dans le monde entier, ils ont décidé de la tenir dans une salle d’audience qui a un nombre total de seize sièges disponibles pour les membres du public. 16. Pour être sûr d’avoir l’une de ces seize places et de pouvoir être votre témoin, je me suis présenté à l’extérieur de cette grande clôture de fer cadenassée, à faire la queue dans le froid, l’humidité et le vent dès 6 heures du matin. À 8 heures, la porte a été déverrouillée et j’ai pu entrer dans la clôture pour faire une autre queue devant la salle d’audience, où, malgré le fait que des avis indiquent clairement que la cour est ouverte au public à 8 heures, j’ai dû faire la queue à l’extérieur du bâtiment pendant encore une heure et quarante minutes. Ensuite, j’ai dû passer par des sas blindés, une sécurité de type aéroport, et faire de nouveau la queue derrière deux autres portes verrouillées, avant d’arriver enfin à mon siège au moment où le tribunal commençait à 10 heures. À ce stade, nous aurions dû être complètement intimidés, sans parler du fait d’être trempés et de risquer l’hypothermie.

Il y avait une entrée séparée pour les médias et une salle de presse avec retransmission en direct des débats dans la salle d’audience, et il y avait tellement de médias que j’ai pensé pouvoir me détendre et ne pas m’inquiéter car les faits le plus élémentaire allaient être largement diffusés. Grossière erreur. J’ai suivi les arguments très attentivement à chaque minute de la journée, et pas un seul des faits et arguments les plus importants aujourd’hui n’a été rapporté dans les médias grand public. C’est une affirmation audacieuse, mais je crains qu’elle ne soit parfaitement vraie. J’ai donc beaucoup de travail à faire pour que le monde sache ce qui s’est réellement passé. Le simple fait d’être un témoin honnête est soudain extrêmement important, alors que l’ensemble des médias ont abandonné ce rôle.

James Lewis a fait la déclaration d’ouverture pour l’accusation. Elle était composée de deux parties, aussi extraordinaires l’une que l’autre. La première partie, la plus longue, était vraiment remarquable car elle ne contenait aucun argument juridique et s’adressait non pas au magistrat mais aux médias. Il n’était pas seulement évident que c’était à eux que ses remarques étaient destinées, il a en fait déclaré à deux reprises au cours de sa déclaration d’ouverture qu’il s’adressait aux médias, une fois en répétant une phrase et en disant spécifiquement qu’il la répétait à nouveau parce qu’il était important que les médias comprennent.

Je suis franchement étonné que Baraitser ait permis cela. Il est tout à fait inadmissible qu’un avocat adresse des remarques non pas à la cour mais aux médias, et il ne pourrait y avoir de preuve plus claire qu’il s’agit d’un procès politique à grand spectacle et que Baraitser en est complice. Je n’ai pas le moindre doute que la défense aurait été arrêtée très rapidement si elle avait commencé à adresser des remarques aux médias. Baraitser ne prétend nullement être autre chose qu’une marionnette de la Couronne, et par extension du gouvernement américain.

Les points que Lewis souhaitait faire connaître aux médias étaient les suivants : il n’est pas vrai que les grands médias comme le Guardian et le New York Times sont également menacés par les accusations portées contre Assange, car ce dernier n’était pas accusé d’avoir publié les câbles, mais seulement d’avoir publié les noms des informateurs, et d’avoir encouragé Manning et de l’avoir aidée à tenter de pirater les ordinateurs. Seul Assange avait fait ces choses, et non les grands médias.

Lewis a ensuite lu une série d’articles des grands médias attaquant Assange, comme preuve que les médias et Assange n’étaient pas dans le même bateau. Pendant toute une heure, l’accusation s’est adressée aux médias pour tenter de creuser un fossé entre les médias et Wikileaks et ainsi réduire leur soutien à Assange. Il s’agissait d’un discours politique, et non d’une simple soumission juridique. En même temps, l’accusation avait préparé des copies de cette partie de l’intervention de Lewis, qui ont été distribuées aux médias et transmises électroniquement pour qu’ils puissent les copier-coller.

Après un ajournement, la magistrate Baraitser a interrogé l’accusation sur la véracité de certaines de ces affirmations. En particulier, l’affirmation selon laquelle les journaux ne se trouvaient pas dans la même situation parce qu’Assange était accusé non pas de publier, mais d’avoir « aidé et encouragé » Chelsea Manning à obtenir le matériel, ne semblait pas cohérente avec la lecture que faisait Lewis de la loi de 1989 sur les secrets officiels, selon laquelle le simple fait d’obtenir et de publier un secret gouvernemental constitue une infraction. Cela signifiait certainement, selon Baraitser, que les journaux qui se contentent de publier les fuites de Manning seraient aussi coupables d’un délit.

Lewis a paru complètement pris au dépourvu. La dernière chose à laquelle il s’attendait, c’était la perspicacité de Baraitser, dont le travail consistait simplement à faire ce qu’il disait [dont la mission convenue était seulement de lui obéir. ÉC]. Lewis a grommelé, bafouillé, enlevé et remis ses lunettes plusieurs fois, ajusté son microphone à plusieurs reprises et a ramassé une succession de morceaux de papier dans son dossier, chacun semblant le surprendre par son contenu, alors qu’il les agitait en l’air d’un air malheureux et disait qu’il aurait vraiment dû citer l’affaire Shayler mais qu’il ne la trouvait pas. C’était comme regarder un épisode (du feuilleton) Columbo mais sans le charme et sans la question qui tue à la fin.

Soudain, Lewis a semblé prendre une décision. Oui, a-t-il dit d’une voix beaucoup plus ferme. La loi de 1989 sur les secrets officiels avait été introduite par le gouvernement Thatcher après l’affaire Ponting, précisément pour éliminer la défense d’intérêt public et faire de la possession non autorisée d’un secret officiel un crime de responsabilité stricte – ce qui signifie que peu importe comment vous l’avez obtenu, le fait de le publier et même de le posséder vous rendait coupable. Par conséquent, en vertu du principe de la double incrimination, Assange était passible d’extradition, qu’il ait ou non aidé et encouragé Manning. Lewis a ensuite ajouté que tout journaliste et toute publication qui publierait le secret officiel commettrait donc également une infraction, quelle que soit la manière dont il l’aurait obtenu, qu’il ait ou non nommé des informateurs.

Lewis venait ainsi de contredire carrément toute sa déclaration d’ouverture aux médias en déclarant qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter puisque les accusations d’Assange ne pouvaient jamais leur être appliquées. Et il l’a fait immédiatement après l’ajournement, juste après que son équipe ait distribué des copies de l’argumentation qu’il venait de contredire. Je ne peux pas croire qu’il soit souvent arrivé au tribunal qu’un avocat chevronné se révèle de façon si évidente et si vite être un menteur invétéré et peu motivé. Ce fut sans aucun doute le moment le plus époustouflant de l’audience d’aujourd’hui.

Pourtant, il est remarquable que je ne trouve nulle part dans les médias grand public la moindre mention de ce qui s’est passé. Ce que je peux trouver, partout, c’est que les médias grand public rapportent, par le biais du copier-coller, la première partie de la déclaration de Lewis sur les raisons pour lesquelles l’accusation d’Assange ne constitue pas une menace pour la liberté de la presse ; mais personne ne semble avoir rapporté qu’il a totalement abandonné son propre argument cinq minutes plus tard. Les journalistes étaient-ils trop stupides pour comprendre les échanges ?

L’explication est très simple. La clarification provenant d’une question que Baraitser a posée à Lewis, il n’y a pas d’enregistrement imprimé ou électronique de la réponse de Lewis. Sa déclaration originale a été fournie aux médias sous forme de copier-coller. Sa contradiction exigerait qu’un journaliste écoute ce qui a été dit au tribunal, le comprenne et l’écrive. De nos jours, aucun pourcentage significatif de journalistes des médias grand public ne maîtrise cette capacité élémentaire. Le « journalisme » consiste à couper et coller uniquement des sources approuvées. Lewis aurait pu poignarder Assange à mort dans la salle d’audience, et cela n’aurait pas été rapporté à moins de figurer dans un communiqué de presse du gouvernement.

Je n’étais pas sûr de l’objectif de Baraitser dans cette affaire. Il est clair qu’elle a très mal traité Lewis sur ce point, et semblait plutôt apprécier de le faire. D’un autre côté, le point qu’elle a soulevé n’est pas nécessairement utile à la défense. Ce qu’elle a dit, c’est essentiellement que Julian pouvait être extradé en vertu de la double incrimination, du point de vue britannique, uniquement pour avoir publié, qu’il ait ou non conspiré avec Chelsea Manning, et que tous les journalistes qui ont publié pouvaient être inculpés également. Mais ce point est certainement si extrême qu’il serait forcément invalide en vertu de la loi sur les droits de l’homme. A-t-elle poussé Lewis à formuler une position si extrême qu’elle serait intenable – en lui donnant assez de corde pour se pendre – ou a-t-elle alimenté l’idée de non seulement extrader Assange, mais aussi de poursuivre en masse les journalistes ?

La réaction d’un certain groupe a été très intéressante. Les quatre avocats du gouvernement américain assis juste derrière Lewis ont eu la grâce de paraître très mal à l’aise, car Lewis a déclaré sans ambages que tout journaliste et tout journal ou média qui publiait ou même possédait un secret gouvernemental commettait un délit grave. Toute leur stratégie avait consisté à faire semblant de dire le contraire.

Lewis est ensuite passé à la conclusion des arguments de l’accusation. Le tribunal n’avait aucune décision à prendre, a-t-il déclaré. Assange doit être extradé. L’infraction répondait au critère de la double incrimination puisqu’il s’agissait d’un délit à la fois aux États-Unis et au Royaume-Uni. La loi britannique sur l’extradition interdit expressément au tribunal de vérifier s’il existe des preuves à l’appui des accusations. S’il y avait eu, comme l’a fait valoir la défense, un abus de procédure, le tribunal devait quand même procéder à l’extradition et examiner l’abus de procédure comme une affaire distincte. (Cet argument est particulièrement spécieux car il n’est pas possible pour le tribunal d’engager une action contre le gouvernement américain en raison de l’immunité souveraine, comme Lewis le sait bien). Enfin, Lewis a déclaré que la loi sur les droits de l’homme et la liberté d’expression n’étaient absolument pas pertinentes dans les procédures d’extradition.

Edward Fitzgerald s’est ensuite levé pour faire la déclaration d’ouverture pour la défense. Il a commencé par déclarer que le motif de l’accusation était entièrement politique, et que les infractions politiques étaient spécifiquement exclues en vertu de l’article 4.1 du traité d’extradition entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Il a souligné qu’au moment du procès de Chelsea Manning et de nouveau en 2013, l’administration Obama avait pris des décisions spécifiques de ne pas poursuivre Assange pour les fuites de Manning. Cette décision a été annulée par l’administration Trump pour des raisons entièrement politiques.

Concernant l’abus de procédure, M. Fitzgerald a fait référence aux preuves présentées devant les tribunaux pénaux espagnols selon lesquelles la CIA avait chargé une société de sécurité espagnole d’espionner Julian Assange à l’ambassade, et que cet espionnage comprenait spécifiquement la surveillance des réunions privilégiées d’Assange avec ses avocats pour discuter de son extradition. Que l’État qui demande l’extradition espionne les consultations client-avocat de l’accusé est en soi un motif de rejet de l’affaire. (Ce point est sans aucun doute vrai. Tout juge digne de ce nom rejetterait sommairement l’affaire pour cause d’espionnage scandaleux des avocats de la défense).

Fitzgerald a poursuivi en disant que la défense présenterait des preuves que la CIA a non seulement espionné Assange et ses avocats, mais qu’elle a activement envisagé de l’enlever ou de l’empoisonner, et que cela montrait qu’il n’y avait aucun engagement en faveur d’un véritable État de droit dans cette affaire.

Fitzgerald a déclaré que l’accusation avait délibérément déformé les faits, ce qui constituait également un abus de procédure. Il n’est pas vrai qu’il existe des preuves de préjudice causé aux informateurs, et le gouvernement américain l’a confirmé à d’autres occasions, par exemple lors du procès de Chelsea Manning. Il n’y a pas eu de complot pour pirater des ordinateurs et Chelsea Manning a été acquittée de cette accusation devant la cour martiale. Enfin, il est faux que Wikileaks soit à l’origine de la publication de noms d’informateurs, car d’autres organisations de médias l’avaient déjà fait avant.

Encore une fois, pour autant que je sache, si l’allégation américaine de préjudice aux informateurs a été largement diffusée, la réfutation totale de la défense sur les faits et l’affirmation selon laquelle la fabrication de faits équivaut à un abus de procédure n’ont pas du tout été rapportées.

Fitzgerald a enfin évoqué les conditions de détention aux États-Unis, l’impossibilité d’un procès équitable aux États-Unis et le fait que l’administration Trump a déclaré que les ressortissants étrangers ne bénéficieront pas des protections du premier amendement, comme autant de raisons pour lesquelles l’extradition doit être refusée. Vous pouvez lire toute la déclaration de la défense ci-dessous, mais à mon avis, le passage le plus fort a porté sur les raisons pour lesquelles il s’agit d’un procès politique, ce qui interdit l’extradition.

Aux fins de l’article 81(a), je dois ensuite aborder la question de savoir comment cette poursuite à motivation politique satisfait au critère d’être dirigée contre Julian Assange à cause de ses opinions politiques. L’essence de ses opinions politiques qui ont provoqué ces poursuites sont résumées dans les rapports du professeur Feldstein [pièce 18], du professeur Rogers [pièce 40], du professeur Noam Chomsky [pièce 39] et le professeur Kopelman :

i. Il est l’un des principaux partisans d’une société ouverte et de la liberté d’expression.

ii. Il est anti-guerre et anti-impérialiste.

iii. Il est un champion de renommée mondiale de la transparence politique et du droit du public à l’information sur des questions importantes – des questions telles que la corruption politique, les crimes de guerre, la torture et les mauvais traitements des détenus à Guantanamo.

5.4 Ces croyances et ces actions le mettent inévitablement en conflit avec des États puissants, y compris l’actuelle administration américaine, pour des raisons politiques. Ce qui explique pourquoi il a été dénoncé comme terroriste et pourquoi le président Trump a, par le passé, réclamé la peine de mort.

5.5 Mais je dois ajouter que ses révélations sont loin de se limiter aux méfaits des États-Unis. Il a dénoncé la surveillance exercée par la Russie et a publié des articles sur M. Assad en Syrie ; et on dit que les révélations de WikiLeaks sur la corruption en Tunisie et la torture en Égypte ont été le catalyseur du printemps arabe lui-même.

5.6 Les États-Unis affirment qu’il n’est pas journaliste. Mais vous trouverez un compte-rendu complet de son travail dans le dossier M. Il est membre du syndicat des journalistes australiens depuis 2009, il est membre de la NUJ et de la Fédération européenne de journalistes. Il a remporté de nombreux prix dans le domaine des médias, notamment la plus haute distinction pour les journalistes australiens. Son travail a été reconnu par The Économiste, Amnesty International et le Conseil de l’Europe. Il est le lauréat du prix Martha Gelhorn et a été nominé à plusieurs reprises pour le prix Nobel Prix de la paix, y compris l’année dernière et cette année. Vous pouvez voir qu’il a écrit des livres, des articles et des documentaires. Il a eu des articles publiés dans le Guardian, le New York Times, le Washington Post et le New Statesman, pour n’en citer que quelques-uns. Certaines des publications pour lesquelles l’extradition est demandée ont été évoquées et invoquées dans les tribunaux du monde entier, y compris la Cour Suprême du Royaume-Uni et la Cour européenne des droits de l’homme. En bref, il a défendu la cause de la transparence et la liberté d’information dans le monde entier.

5.7. Le professeur Noam Chomsky s’exprime ainsi : – « en soutenant courageusement des opinions politiques que la plupart des personnes déclarent partager, il a rendu un énorme service à tous ceux qui, dans le monde, chérissent les valeurs de la liberté et la démocratie et qui réclament donc le droit de savoir ce que font leurs représentants élus » [voir onglet 39, paragraphe 14].

L’impact positif de Julian Assange sur le monde est donc indéniable. L’hostilité qu’il a provoqué de la part de l’administration Trump est tout aussi indéniable.

Le test juridique pour les « opinions politiques »

5.8. Je suis sûr que vous connaissez les standards en la matière, à savoir si une demande est faite en raison des opinions politiques de l’accusé. Une approche large doit être adoptée lors de l’application du test. Pour ce faire, nous nous appuyons sur l’affaire Re Asliturk [2002] EWHC 2326 (autorités chargées des abus, onglet 11, paragraphes 25 – 26) qui établit clairement qu’une approche aussi large devrait être appliquée au concept d’opinions politiques. Et cela couvrira clairement les positions idéologiques d’Assange. En outre, nous nous appuyons également sur des cas tels que Emilia Gomez contre SSHD [2000] INLR 549, onglet 43 du dossier infraction politique des autorités. Celles-ci montrent que la notion d’ »opinions politiques » s’étend aux opinions politiques imputées au citoyen par l’État qui le poursuit. C’est pourquoi la caractérisation de Julian Assange et WikiLeaks en tant qu’ »agence de renseignement hostile non étatique » par M. Pompeo établit clairement qu’il a été ciblé pour ses opinions politiques. Tous les les experts dont vous avez les rapports montrent que Julian Assange a été pris pour cible en raison de la position politique qui lui a été attribuée par l’administration Trump – comme un ennemi de l’Amérique qui doit tomber.

Demain, la défense poursuivra. Je ne sais vraiment pas ce qui va se passer car je me sens pour l’instant bien trop épuisé pour être présent dès 6 heures du matin et faire la queue pour entrer. Mais j’espère que d’une manière ou d’une autre, j’arriverai à rédiger un autre rapport demain soir.

Je remercie vivement ceux qui ont fait des dons ou qui se sont inscrits pour rendre ce rapport possible.

Cet article est entièrement libre de reproduction et de publication, y compris en traduction, et j’espère vivement que les gens le feront activement. La vérité nous rendra libres.

Craig Murray

Traduction « avec plaisir, M. Murray » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://www.craigmurray.org.uk/archives/2020/02/your-man-in-the-public…

Source : Viktor Dedaj, Le Grand Soir,
https://www.legrandsoir.info/compte-rendu-du-proces-assange-1er-jour.html

«Chapeau !» : le père de Julian Assange remercie ses soutiens français. On y retourne ce soir 😇

https://francais.rt.com/france/71497-le-pere-de-julian-assange-remercie-ses-soutiens-francais/amp?__twitter_impression=truetrue

«Je pense qu’en France vous dites : « Chapeau ! »», c’est par ces mots que le père de Julian Assange a tenu à remercier les Français, dont nombre de Gilets jaunes qui étaient venus manifester sous les fenêtres de sa prison de Belmarsh en janvier.

Interrogé à Paris le 20 février par le journaliste de RT France Thomas Bonnet sur cette question, le père du lanceur d’alerte a expliqué que son fils avait entendu les cris des manifestants.

«L’autre jour, quand il y avait des Français devant la prison […] Julian m’a dit qu’il pouvait entendre les manifestants depuis sa cellule. C’est très encourageant. La prison vous enlève votre indépendance et votre humanité. Cette humanité vous revient quand vous vous rendez compte que les gens à l’extérieur de la prison vous aime et vous soutiennent», a-t-il déclaré.

Et à John Shipton d’adresser un «Chapeau !», en français aux Gilets jaunes ayant fait le déplacement jusqu’en Angleterre pour soutenir son fils.

Le père du lanceur d’alerte qui risque jusqu’à 175 ans de prison aux Etats-Unis, était présent en France avec d’autres défenseurs de son fils pour faire un point sur sur sa situation. Ses nouveaux avocats français Eric Dupond-Moretti et Antoine Vey, ont annoncé souhaiter rencontrer Emmanuel Macron afin d’obtenir l’asile politique en France de Julian Assange.

Ce dernier, âgé de 48 ans, est détenu dans la prison de haute-sécurité de Belmarsh, au sud de Londres, depuis son arrestation en avril 2019 à l’ambassade d’Equateur où il était resté cloîtré pendant sept années. Outre-Manche, les soutiens de Julian Assange sont mobilisés pour pousser le Premier ministre britannique à ne pas procéder à son extradition. Une grande manifestation le samedi 22 février à cet effet a réuni plusieurs personnalités comme l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, l’ex-membre des Pink Floyd Roger Waters, le producteur et musicien Brian Eno ou encore la créatrice de mode Vivienne Westwood.

Source : RT, https://francais.rt.com/france/71497-le-pere-de-julian-assange-remercie-ses-soutiens-francais/amp?__twitter_impression=true

John PILGER : Julian Assange doit être libéré, pas trahi

Julian Assange doit être libéré, pas trahi (Consortium News)

John PILGER

Le 24 février, lorsque Julian Assange entrera au tribunal de la Couronne de Woolwich, le véritable journalisme sera le seul crime jugé.

Ce samedi, il y aura une marche de l’Australia House à Londres vers Parliament Square, le centre de la démocratie britannique. Les gens porteront des portraits de l’éditeur et journaliste australien Julian Assange qui, le 24 février, sera confronté à un tribunal qui décidera s’il doit ou non être extradé vers les États-Unis où il sera comme un mort vivant.

Je connais bien l’Australia House. Étant moi-même Australien, j’y allais à mes débuts à Londres pour lire les journaux du pays. Ouverte par le roi George V il y a plus d’un siècle, son immensité de marbre et de pierre, ses lustres et ses portraits solennels, importés d’Australie au moment où les soldats australiens mouraient dans le massacre de la Première Guerre mondiale, ont fait de cette maison un monument de servilité impériale.

En tant que l’une des plus anciennes « missions diplomatiques » du Royaume-Uni, cette relique de l’empire offre une sinécure agréable aux hommes politiques des Antipodes : un « compagnon » récompensé ou un fauteur de troubles exilé.

Connu sous le nom de Haut Commissaire, l’équivalent d’un ambassadeur, le bénéficiaire actuel est George Brandis, qui, en tant que procureur général, a tenté d’édulcorer la loi australienne sur la discrimination raciale et a approuvé des raids contre des lanceurs d’alerte qui avaient révélé la vérité sur l’espionnage illégal de l’Australie au Timor oriental lors des négociations pour le partage du pétrole et du gaz de ce pays appauvri.

Cela a conduit à la poursuite des lanceurs d’alerte Bernard Collaery et « Witness K », sous de fausses accusations. Comme Julian Assange, ils doivent être réduits au silence dans un procès kafkaïen et mis en prison.

L’Australia House est le point de départ idéal pour la marche de samedi.

Au service du grand jeu

« J’avoue », écrivait Lord Curzon, vice-roi de l’Inde, en 1898, « que les pays sont des pièces sur un échiquier sur lequel se joue un grand jeu pour la domination du monde ».

Nous, Australiens, sommes au service du Grand Jeu depuis très longtemps. Ayant dévasté notre peuple indigène lors d’une invasion et d’une guerre d’usure qui se poursuit encore aujourd’hui, nous avons versé le sang de nos maîtres impériaux en Chine, en Afrique, en Russie, au Moyen-Orient, en Europe et en Asie. Aucune aventure impériale contre ceux avec qui nous n’avons pas de querelle n’a échappé à notre dévouement.

Le mensonge a été un trait caractéristique. Lorsque le Premier ministre Robert Menzies a envoyé des soldats australiens au Vietnam dans les années 1960, il les a décrits comme une équipe d’entraînement, envoyée à la demande du gouvernement assiégé à Saigon. C’était un mensonge. Un haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères a écrit secrètement que « bien que nous ayons souligné publiquement le fait que notre aide a été donnée en réponse à une invitation du gouvernement du Sud-Vietnam », l’ordre venait de Washington.

Deux versions. Le mensonge pour nous, la vérité pour eux. Jusqu’à quatre millions de personnes sont mortes dans la guerre du Vietnam.

Lorsque l’Indonésie a envahi le Timor oriental en 1975, l’ambassadeur australien, Richard Woolcott, a secrètement exhorté le gouvernement de Canberra à « agir de manière à minimiser l’impact public en Australie et à faire preuve de compréhension privée envers l’Indonésie ». En d’autres termes, de mentir. Il a fait allusion aux réserves de pétrole et de gaz de la mer de Timor qui, selon le ministre des affaires étrangères Gareth Evans, valaient des « milliards ».

Dans le génocide qui a suivi, au moins 200 000 Timorais de l’Est sont morts. L’Australie a reconnu, presque seule, la légitimité de l’occupation.

Lorsque le Premier ministre John Howard a envoyé des forces spéciales australiennes pour envahir l’Irak avec l’Amérique et la Grande-Bretagne en 2003, il a – comme George W. Bush et Tony Blair – menti en disant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Plus d’un million de personnes sont mortes en Irak.

WikiLeaks n’a pas été le premier à dénoncer le modèle de mensonge criminel dans les démocraties qui restent aussi rapaces qu’au temps de Lord Curzon. La remarquable organisation d’édition fondée par Julian Assange a réussi à en apporter la preuve.

Les vrais mensonges exposés

WikiLeaks nous a informés sur la façon dont les guerres illégales sont fabriquées, sur la façon dont les gouvernements sont renversés et la violence est utilisée en notre nom, sur la façon dont nous sommes espionnés via nos téléphones et nos écrans. Les véritables mensonges des présidents, des ambassadeurs, des candidats politiques, des généraux, des mandataires, des fraudeurs politiques ont été révélés au grand jour. Un par un, ces aspirants empereurs ont réalisé qu’ils étaient nus.

Il s’agit d’un service public sans précédent ; c’est avant tout un journalisme authentique, dont la valeur peut être jugée par le degré d’apoplexie des corrompus et de leurs apologistes.

Par exemple, en 2016, WikiLeaks a publié les courriels divulgués du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, qui ont révélé un lien direct entre Clinton, la fondation qu’elle partage avec son mari et le financement du djihadisme organisé au Moyen-Orient – le terrorisme.

Un courriel a révélé que l’État islamique (ISIS) était financé par les gouvernements d’Arabie Saoudite et du Qatar, dont Clinton a accepté d’énormes « dons ». De plus, en tant que secrétaire d’État américaine, elle a approuvé la plus grande vente d’armes au monde à ses bienfaiteurs saoudiens, d’une valeur de plus de 80 milliards de dollars. Grâce à elle, les ventes d’armes américaines au monde entier – destinées à des pays sinistrés comme le Yémen – ont doublé.

Révélés par WikiLeaks et publiés dans le New York Times, les e-mails de Podesta ont déclenché une campagne virulente contre le rédacteur en chef Julian Assange, sans preuves. Il était un « agent de la Russie travaillant à l’élection de Trump » ; le « Russiagate » absurde a suivi. Le fait que WikiLeaks ait également publié plus de 800 000 documents souvent accablants en provenance de Russie a été ignoré.

En 2017, dans une émission de l’Australian Broadcasting Corporation, Four Corners, Clinton a été interviewée par Sarah Ferguson, qui a commencé : « Personne ne pouvait manquer d’être ému par la douleur sur votre visage [au moment de l’investiture de Donald Trump] … Vous souvenez-vous de la douleur viscérale que vous avez ressentie ? »

Ayant établi la souffrance viscérale de Clinton, le faussaire Ferguson a décrit « le rôle de la Russie » et le « dommage que vous avez personnellement subi » par Julian Assange.

Clinton a répondu : « Il [Assange] est très clairement un outil des services de renseignement russes. Et il a fait ce qu’ils lui demandaient ».

Ferguson a déclaré à Clinton : « Beaucoup de gens, y compris en Australie, pensent qu’Assange est un martyr de la liberté d’expression et de la liberté d’information. Comment le décririez-vous ? »

Une fois de plus, Clinton a été autorisée à diffamer Assange – un « nihiliste » au service des « dictateurs » – tandis que Ferguson a assuré à son interlocuteur qu’elle était « l’icône de votre génération ».

Il n’a pas été fait mention d’un document divulgué par WikiLeaks, appelé Libya Tick Tock, préparé pour Hillary Clinton, qui la décrivait comme la figure centrale de la destruction de l’État libyen en 2011. Cela a provoqué 40 000 morts, l’arrivée de DAECH en Afrique du Nord et la crise des réfugiés et des migrants européens.

Le seul crime jugé

Pour moi, cet épisode de l’interview de Clinton – et il y en a beaucoup d’autres – illustre de façon frappante la division entre le faux et le véritable journalisme. Le 24 février, lorsque Julian Assange entrera au tribunal de la Couronne de Woolwich, le véritable journalisme sera le seul crime jugé.

On me demande parfois pourquoi je me suis fait le champion d’Assange. D’abord, je l’aime et je l’admire. C’est un ami au courage étonnant ; et il a un sens de l’humour finement aiguisé et noir. Il est le contraire du personnage inventé puis assassiné par ses ennemis.

En tant que reporter dans des lieux de bouleversements partout dans le monde, j’ai appris à comparer les preuves dont j’ai été témoin avec les paroles et les actions de ceux qui détiennent le pouvoir. De cette façon, il est possible de se faire une idée de la façon dont notre monde est contrôlé, divisé et manipulé, de la façon dont le langage et les débats sont déformés pour produire la propagande de la fausse conscience.

Lorsque nous parlons de dictatures, nous appelons cela un lavage de cerveau : la conquête des esprits. C’est une vérité que nous appliquons rarement à nos propres sociétés, quelle que soit la traînée de sang qui remonte jusqu’à nous et qui ne sèche jamais.

WikiLeaks a mis cela en évidence. C’est pourquoi Assange se trouve dans une prison de haute sécurité à Londres et fait face à des accusations politiques concoctées en Amérique, et c’est pourquoi il a fait honte à tant de ceux qui ont payé pour que les choses soient claires. Regardez ces journalistes qui cherchent maintenant une couverture alors qu’ils se rendent compte que les fascistes américains qui sont venus pour Assange pourraient venir pour eux, notamment ceux du Guardian qui ont collaboré avec WikiLeaks et ont gagné des prix et obtenu des contrats lucratifs pour des livres et des films hollywoodiens basés sur son travail, avant de se retourner contre lui.

En 2011, David Leigh, le « rédacteur en chef des enquêtes » du Guardian, a déclaré aux étudiants en journalisme de la City University de Londres qu’Assange était « assez dérangé ». Lorsqu’un étudiant perplexe lui a demandé pourquoi, Leigh a répondu : « Parce qu’il ne comprend pas les paramètres du journalisme conventionnel ».

Mais c’est précisément parce qu’il a compris que les « paramètres » des médias protégeaient souvent des intérêts politiques et acquis et n’avaient rien à voir avec la transparence que l’idée de WikiLeaks était si attrayante pour de nombreuses personnes, en particulier les jeunes, cyniques à juste titre à l’égard de ce qu’on appelle le « courant dominant ».

Leigh se moquait de l’idée même qu’une fois extradé, Assange finirait par « porter une combinaison orange ». Ce sont des choses, a-t-il dit, « que lui et son avocat disent pour nourrir sa paranoïa ».

Les accusations américaines actuelles contre Assange se concentrent sur les journaux afghans et irakiens, que le Guardian a publiés et sur lesquels Leigh a travaillé, ainsi que sur la vidéo du meurtre collatéral montrant un équipage d’hélicoptère américain abattant des civils et célébrant le crime. Pour ce journalisme, Assange fait face à 17 chefs d’accusation d’ »espionnage » qui entraînent des peines de prison totalisant 175 ans.

Que son uniforme de prisonnier soit ou non une « combinaison orange », les dossiers des tribunaux américains vus par les avocats d’Assange révèlent qu’une fois extradé, Assange sera soumis à des mesures administratives spéciales, connues sous le nom de MAS. Un rapport de 2017 de la faculté de droit de l’université de Yale et du Centre pour les droits constitutionnels décrit les MAS comme « le coin le plus sombre du système carcéral fédéral américain », combinant « la brutalité et l’isolement des unités de sécurité maximale avec des restrictions supplémentaires qui privent les individus de presque tout lien avec le monde humain … L’effet est de protéger cette forme de torture de tout véritable examen public ».

Le fait qu’Assange avait raison depuis le début, et que le faire venir en Suède était une fraude pour couvrir un plan américain visant à le « rendre », devient enfin clair pour beaucoup qui ont avalé les incessantes campagnes de calomnies. « Je parle couramment le suédois et j’ai pu lire tous les documents originaux », a déclaré récemment Nils Melzer, le rapporteur des Nations unies sur la torture, « j’en croyais à peine mes yeux. Selon le témoignage de la femme en question, un viol n’avait jamais eu lieu. Et ce n’est pas tout : le témoignage de la femme a ensuite été modifié par la police de Stockholm sans qu’elle soit au courant afin de faire croire à un éventuel viol. J’ai tous les documents en ma possession, les e-mails, les SMS ».

Keir Starmer est actuellement candidat à la direction du parti travailliste en Grande-Bretagne. Entre 2008 et 2013, il a été directeur des poursuites publiques et responsable du Crown Prosecution Service. Selon les recherches effectuées par la journaliste italienne Stefania Maurizi dans le cadre de la liberté d’information, la Suède a tenté d’abandonner l’affaire Assange en 2011, mais un fonctionnaire du CPS à Londres a dit au procureur suédois de ne pas la traiter comme « une extradition de plus ».

En 2012, elle a reçu un courriel du CPS : « Ne vous dégonflez pas !!! D’autres courriels du CPS ont été soit supprimés, soit expurgés. Pourquoi ? Keir Starmer doit dire pourquoi.

Au premier rang de la marche de samedi se trouvera John Shipton, le père de Julian, dont le soutien infatigable à son fils est l’antithèse de la collusion et de la cruauté des gouvernements d’Australie, notre pays.

L’appel à la honte commence avec Julia Gillard, la première ministre travailliste australienne qui, en 2010, a voulu criminaliser WikiLeaks, arrêter Assange et annuler son passeport – jusqu’à ce que la police fédérale australienne fasse remarquer qu’aucune loi ne le permettait et qu’Assange n’avait commis aucun crime.

Alors qu’elle prétendait à tort lui fournir une assistance consulaire à Londres, c’est l’abandon choquant de son citoyen par le gouvernement Gillard qui a conduit l’Équateur à accorder l’asile politique à Assange dans son ambassade de Londres.

Dans un discours ultérieur devant le Congrès américain, Gillard, une des favorites de l’ambassade américaine à Canberra, a battu des records de flagornerie (selon le site internet Honest History) en déclarant, encore et encore, la fidélité des « potes d’en bas » de l’Amérique.

Aujourd’hui, pendant qu’Assange attend dans sa cellule, Gillard parcourt le monde, se présentant comme une féministe soucieuse des « droits de l’homme », souvent en tandem avec cette autre féministe de droite, Hillary Clinton.

« Notre monde est contrôlé, divisé et manipulé, … le langage et les débats sont déformés pour produire la propagande de la fausse conscience. »

La vérité est que l’Australie aurait pu sauver Julian Assange et peut encore le faire.

En 2010, je me suis arrangé pour rencontrer un éminent député libéral (conservateur), Malcolm Turnbull. Jeune avocat dans les années 1980, Turnbull avait combattu avec succès les tentatives du gouvernement britannique pour empêcher la publication du livre Spycatcher, dont l’auteur, Peter Wright, un espion, avait exposé « l’état profond » de la Grande-Bretagne.

Nous avons parlé de sa célèbre victoire pour la liberté d’expression et de publication et j’ai décrit l’erreur judiciaire qui attendait Assange – la fraude de son arrestation en Suède et son lien avec un acte d’accusation américain qui piétine la Constitution des États-Unis et l’État de droit international.

Turnbull a semblé montrer un réel intérêt et un assistant a pris des notes détaillées. Je lui ai demandé de remettre au gouvernement australien une lettre de Gareth Peirce, la célèbre avocate britannique des droits de l’homme qui représente Assange.

Dans cette lettre, Peirce écrit ,

« Étant donné l’ampleur du débat public, souvent sur la base d’hypothèses totalement fausses, il est très difficile de tenter de préserver la présomption d’innocence de [Julian Assange]. M. Assange a maintenant sur lui non pas une mais deux épées de Damoclès, d’une éventuelle extradition vers deux juridictions différentes pour deux crimes présumés différents, dont aucun n’est un crime dans son propre pays, et que sa sécurité personnelle est devenue en danger dans des circonstances qui sont hautement politisées ».

Turnbull a promis de livrer la lettre, de la faire suivre et de m’en informer. Je lui ai ensuite écrit plusieurs fois, j’ai attendu et je n’en ai plus entendu parler.

En 2018, John Shipton a écrit une lettre très émouvante au premier ministre australien de l’époque, lui demandant d’exercer le pouvoir diplomatique dont dispose son gouvernement et de ramener Julian chez lui. Il écrivait qu’il craignait que si Julian n’était pas secouru, il y aurait une tragédie et que son fils mourrait en prison. Il n’a pas reçu de réponse. Le premier ministre était Malcolm Turnbull.

L’année dernière, quand on a interrogé l’actuel Premier ministre, Scott Morrison, un ancien homme de relations publiques, sur Assange, il a répondu comme à son habitude : « Il devra faire face à son destin ! »

Lorsque la marche de samedi atteindra les Chambres du Parlement, dite « la Mère des Parlements », Morrison et Gillard et Turnbull et tous ceux qui ont trahi Julian Assange devraient être interpellés ; l’histoire et la décence ne les oublieront pas, ni ceux qui se taisent aujourd’hui.

Et s’il reste un peu de sens de la justice dans le pays de la Grande Charte, la parodie qu’est le procès contre cet héroïque Australien doit être rejetée. Sinon, gare à nous, gare à nous tous.

John Pilger

La marche du samedi 22 février commence à l’Australia House à Aldwych, Londres WC2B 4LA, à 12h30 : rassemblement à 11h30.

Traduction « tellement à dire, à dénoncer, à combattre, et si peu de temps » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://consortiumnews.com/2020/02/17/john-pilger-julian-assange-must-…

Source : Le Grand Soir,  
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-doit-etre-libere-pas-trahi-consortium-news.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157919518872317

Mettre fin à la complicité des médecins qui permettent la torture de Julian Assange

Mettre fin à la torture et à la négligence médicale de Julian Assange (The Lancet)

Doctors for Assange : Le 22 novembre 2019, nous, un groupe de plus de 60 médecins, avons écrit au ministre de l’intérieur britannique pour lui faire part de nos graves inquiétudes concernant la santé physique et mentale de Julian Assange.

Dans notre lettre, nous avons documenté un passé de refus d’accès aux soins de santé et de torture psychologique prolongée. Elle demandait qu’Assange soit transféré de la prison de Belmarsh à un CHU pour y être éxaminé et recevoir des soins. Face aux preuves de torture, non traitée et continue, nous avons également soulevé la question de l’aptitude d’Assange à participer à la procédure d’extradition américaine.

N’ayant reçu aucune réponse substantielle du gouvernement britannique, ni à notre première lettre ni à notre lettre de suivi, nous avons écrit au gouvernement australien, lui demandant d’intervenir pour protéger la santé de son citoyen.

À ce jour, aucune réponse n’a malheureusement été reçue. Entre-temps, de nombreux autres médecins du monde entier se sont joints à notre appel. Notre groupe compte actuellement 117 médecins, représentant 18 pays.

Le cas d’Assange, le fondateur de Wikileaks, présente de multiples facettes. Il concerne le droit, la liberté d’expression, la liberté de la presse, le journalisme, l’édition et la politique. Mais il est aussi clairement lié à la médecine et à la santé publique. L’affaire met en lumière plusieurs aspects préoccupants qui méritent une attention particulière et une action concertée de la part de la profession médicale.

Nous avons été amenés à agir suite aux témoignages poignants de l’ancien diplomate britannique Craig Murray et du journaliste d’investigation John Pilger, qui ont décrit la détérioration de l’état d’Assange lors d’une audience de gestion du dossier le 21 octobre 2019.

Assange était apparu à l’audience pâle, en sous-poids, âgé et boiteux, et il avait visiblement eu du mal à se rappeler les informations de base, à se concentrer et à articuler ses mots. À la fin de l’audience, il a « dit à la juge de district Vanessa Baraitser qu’il n’avait pas compris ce qui s’était passé au tribunal ».

Nous avons rédigé une lettre au ministre de l’intérieur du Royaume-Uni, qui a rapidement recueilli plus de 60 signatures de médecins d’Australie, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, de Norvège, de Pologne, du Sri Lanka, de Suède, du Royaume-Uni et des États-Unis, pour conclure : « Nous sommes d’avis que M. Assange a besoin de toute urgence d’une évaluation médicale experte de son état de santé physique et psychologique. Tout traitement médical indiqué doit être administré dans un hôpital universitaire (soins tertiaires) correctement équipé et doté d’un personnel spécialisé. Si cette évaluation et ce traitement urgents n’avaient pas lieu, nous craignons vraiment, au vu des éléments actuellement disponibles, que M. Assange ne meure en prison. La situation médicale est donc urgente. Il n’y a pas de temps à perdre ».

Le 31 mai 2019, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a rendu compte de sa visite à Assange, à Belmarsh, le 9 mai 2019, accompagné de deux experts médicaux : « M. Assange a présenté tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris un stress extrême, une anxiété chronique et un traumatisme psychologique intense ».

Le 1er novembre 2019, Melzer a averti que « l’exposition continue de M. Assange à l’arbitraire et aux abus pourrait bientôt lui coûter la vie ».

Des exemples de communications mandatées par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture à l’intention des gouvernements sont fournis en annexe.

Ces avertissements et la présentation de M. Assange lors de l’audition d’octobre n’auraient peut-être pas dû surprendre. Après tout, avant sa détention dans la prison de Belmarsh dans des conditions équivalant à l’isolement, Assange avait passé près de 7 ans confiné dans quelques pièces de l’ambassade équatorienne à Londres. Là, il a été privé d’air frais, de lumière du soleil, de la possibilité de se déplacer et de faire de l’exercice librement, et de l’accès à des soins médicaux appropriés. En effet, le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait qualifié cet enfermement de « détention arbitraire ».

Le gouvernement britannique a refusé d’accorder à Assange un passage sûr vers un hôpital, malgré les demandes des médecins qui avaient pu lui rendre visite à l’ambassade.

Un climat de peur régnait également autour de la fourniture de soins de santé à l’ambassade. Un médecin qui a rendu visite à Assange à l’ambassade a documenté ce qu’un collègue d’Assange a rapporté : « Il a été très difficile de trouver des médecins qui étaient prêts à examiner M. Assange à l’ambassade. Les raisons invoquées étaient l’incertitude quant à savoir si l’assurance médicale couvrirait l’ambassade équatorienne (une juridiction étrangère), si l’association avec M. Assange pouvait nuire à leur gagne-pain ou attirer une attention non désirée sur eux et leur famille, et le malaise au fait d’être associé à Assange en entrant dans l’ambassade. Un médecin a exprimé son inquiétude à l’une des personnes interrogées après que la police ait pris des notes sur son nom et sur le fait qu’il rendait visite à M. Assange. Un médecin a écrit qu’il avait accepté de produire un rapport médical à la seule condition que son nom ne soit pas rendu public, par crainte de répercussions ».

Il est inquiétant de constater que ce climat d’insécurité et d’intimidation, qui compromet encore plus les soins médicaux offerts à Assange, était intentionnel. Assange a fait l’objet d’une opération de surveillance secrète 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 à l’intérieur de l’ambassade, comme l’a montré l’apparition d’enregistrements vidéo et audio secrets.

Il a été surveillé en privé et avec des visiteurs, notamment des membres de sa famille, des amis, des journalistes, des avocats et des médecins. Non seulement ses droits à la vie privée, à la vie personnelle, au privilège juridique et à la liberté d’expression ont été violés, mais son droit à la confidentialité entre médecin et patient l’a également été.

Nous condamnons la torture d’Assange. Nous condamnons le déni de son droit fondamental à des soins de santé appropriés. Nous condamnons le climat de peur qui entoure la fourniture de soins de santé à Assange. Nous condamnons les violations de son droit au secret médical. La politique ne peut être autorisée à interférer avec le droit à la santé et l’exercice de la médecine. Selon l’expérience du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, l’ampleur de l’ingérence de l’État est sans précédent : « En 20 ans de travail avec les victimes de la guerre, de la violence et de la persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques se rassembler pour isoler, diaboliser et abuser délibérément un seul individu pendant si longtemps et avec si peu de considération pour la dignité humaine et l’État de droit ».

Nous invitons nos collègues médecins à se joindre à nous en tant que signataires de nos lettres afin d’ajouter des voix supplémentaire à nos appels. Depuis que les médecins ont commencé à évaluer Assange à l’ambassade équatorienne en 2015, les avis d’experts et les recommandations urgentes des médecins ont été systématiquement ignorés. Alors même que les autorités désignées du monde entier en matière de détention arbitraire, de torture et de droits de l’homme ont ajouté leurs appels aux avertissements des médecins, les gouvernements ont n’ont fait aucun cas de l’autorité médicale, l’éthique médicale et le droit à la santé. Cette politisation des principes médicaux fondamentaux nous préoccupe beaucoup, car elle a des implications qui vont au-delà du cas d’Assange. L’abus par négligence médicale à motivation politique crée un dangereux précédent, par lequel la profession médicale peut être manipulée comme un outil politique, ce qui, en fin de compte, mine l’impartialité de notre profession, son engagement envers la santé pour tous et son obligation de ne pas nuire.

Si Assange devait mourir dans une prison britannique, comme l’a averti le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, il aurait été effectivement torturé à mort. La plupart de ces tortures auront eu lieu dans le service médical de la prison, sous la surveillance de médecins. La profession médicale ne peut pas se permettre de rester silencieuse, du mauvais côté de la torture et du mauvais côté de l’histoire, pendant qu’une telle mascarade se déroule.

Dans le but de défendre l’éthique médicale, l’autorité médicale et le droit humain à la santé, et de prendre position contre la torture, nous pouvons ensemble contester les abus décrits dans nos lettres et les faire connaître.

Nos appels sont simples : nous demandons aux gouvernements de mettre fin à la torture d’Assange et de lui garantir l’accès aux meilleurs soins de santé disponibles avant qu’il ne soit trop tard. Notre demande aux autres est la suivante : rejoignez-nous.

Nous sommes membres de Doctors for Assange (Médecins pour Assange). Nous déclarons qu’il n’y a pas de conflits d’intérêts. Les signataires de cette lettre sont énumérés en annexe.

Traduction « ils ne s’en cachent même pas » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Pour consulter les notes et références de cet article, voir le texte original.

Source : Le Grand Soir,  
https://www.legrandsoir.info/mettre-fin-a-la-torture-et-a-la-negligence-medicale-de-julian-assange-the-lancet.html

Je rappelle que plusieurs bus partent de Paris à Londres dimanche prochain, à 20 h, pour passer la journée de lundi 24 février à Londres pour manifester notre soutien à Julian Assange, journaliste martyr, torturé à mort avec la complicité de tous les gouvernements du monde.

Si vous le pouvez, VENEZ AVEC NOUS ! Julian n’a plus que nous, les simples citoyens, pour le défendre.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157919131427317

Tous ensemble à Londres, le 24 février 2020, pour soutenir Julian Assange, journaliste exemplaire et pourtant emprisonné depuis 2012 et aujourd’hui torturé

Julian Assange a dévoué sa vie pour nous défendre, nous tous, contre les criminels au pouvoir, en dénonçant publiquement et puissamment ceux qui martyrisent et torturent leurs opposants politiques, partout sur terre.

Aujourd’hui, comble de l’injustice, Julian est seul, enfermé et torturé à son tour, par ceux-là mêmes dont il a prouvé les crimes impardonnables.

Julian Assange – Prisonnier politique depuis 2012
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-prisonnier-politique-depuis-2012-9.html

Julian n’a plus que nous.
Privés de constitution, nous n’avons aucun moyen institutionnel pour mettre fin nous-mêmes à cette honte.
Mais nous pouvons encore nous réunir pour protester sur les lieux de pouvoirs injustes.
Si nous ne sommes que quelques centaines à nous mobiliser, les criminels souriront cyniquement, et de notre faiblesse et de l’indifférence générale à leur cruauté. Il faut que nous soyons des milliers et des milliers, pour montrer aux juges que Julian n’est pas seul, pour montrer à Julian qu’il n’est pas seul, et pour montrer à nos enfants que nous ne sommes pas des lâches, que nous avons résisté comme nous avons pu — car ce sont nos enfants qui vont vivre dans la société de violence arbitraire que nous aurons laissée s’installer chez nous sans rien dire, ou pas.

Je demande à ceux qui le peuvent — simples citoyens, mais aussi parlementaires, intellectuels, et bien sûr journalistes dignes de ce nom — de venir avec nous à Londres, lundi 24 février prochain, pour protester publiquement contre le sort infernal qui est réservé par les gouvernements à Julian Assange, héros et martyr du journalisme.

Je reproduis ci-dessous, en jaune, l’annonce des organisateurs du voyage.

J’y ajoute aussi deux vidéos que je trouve importantes, l’une de Viktor Dedaj et l’autre de Juan Branco, pour mesurer l’importance cruciale, structurelle, institutionnelle, des outils politiques que nous donne Assange, et dont veulent nous priver les voleurs de pouvoir partout sur terre.

J’y ajoute enfin, en bleu, un article bouleversant, écrit par Nils Melzer, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, article à lire jusqu’au bout car tout les mots y sont importants, pour comprendre le scandale absolu du cas Assange et la honte inexpiable des prétendues « élites », ET SURTOUT DES PRÉTENDUS « JOURNALISTES ».

Merci pour tout ce que vous pourrez faire, à votre échelle, pour aider Julian.

Étienne.


 

24 février : Tous ensemble à Londres pour soutenir Julian Assange

La date du 24 février ouvre le départ des dernières audiences d’extradition du fondateur de WikiLeaks Julian Assange sur la demande des Etat-Unis. Sur le territoire américain Julian risque jusqu’à 175 années de prison pour avoir diffuser des documents sur la guerre en Irak et en Afghanistan dévoilant ainsi au grand jour tortures et exactions de l’armée américaine, pour avoir fait son travail de journaliste. S’il est jugé par un tribunal fédéral dans un état où la peine capitale est autorisée, il risque la peine de mort pour espionnage et divulgation de secrets d’Etat .

Nous organisons ce 23 février un départ de Paris en Bus pour Londres. Nous arriverons le 24 au matin pour commencer la manifestation et repartirons le soir afin d’être de retour le 25 au petit matin sur Paris.

Au nom de la Liberté de la presse, de la Liberté d’expression, de la Vérité nous demandons l’arrêt immédiat de la procédure d’extradition et la libération de Julian Assange.

Informations/contacts : https://www.facebook.com/events/467998704155446/

Réservations : https://yurplan.com/event/Tous-ensemble-a-Londres-pour-Julian-le-24-fevrier-2020/54080

Le Grand Soir,
https://www.legrandsoir.info/24-fevrier-tous-ensemble-a-londres-pour-soutenir-julian-assange.html

.

Viktor Dedaj, sur EURÊKA, explique le scandale de l’affaire Assange

.

Juan Branco, sur France Culture, explique l’importance institutionnelle du travail de Julian Assange, pour protéger les peuples — durablement et efficacement — contre les crimes de leurs représentants politiques

.

Ce qui suit est à lire très attentivement, surtout la fin :

« Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux » (Republik)

Nils MELZER

Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique – et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur le cas du fondateur de Wikileaks, Julian Assange.

1. La police suédoise a monté de toutes pièces une histoire mensongère de viol

Nils Melzer, pourquoi le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture s’intéresse-t-il à Julian Assange ?

C’est une question que le ministère allemand des affaires étrangères m’a également posée récemment : Est-ce vraiment votre mandat principal ? Assange est-il victime de la torture ?

Quelle a été votre réponse ?

L’affaire relève de mon mandat de trois manières différentes : Premièrement, Assange a publié des preuves de torture systématique. Mais au lieu des responsables de la torture, c’est Assange qui est persécuté. Deuxièmement, il a lui-même été maltraité au point qu’il présente maintenant des symptômes de torture psychologique. Et troisièmement, il doit être extradé vers un pays qui maintient des personnes comme lui dans des conditions de prison qu’Amnesty International a décrites comme de la torture. En résumé : Julian Assange a découvert la torture, a été lui-même torturé et pourrait être torturé à mort aux États-Unis. Et un tel cas n’est pas censé faire partie de mon domaine de responsabilité ? Au-delà de cela, l’affaire a une importance symbolique et touche chaque citoyen d’un pays démocratique.

Pourquoi n’avez-vous pas pris en charge l’affaire beaucoup plus tôt ?

Imaginez une pièce sombre. Soudain, quelqu’un éclaire l’éléphant qui se trouve dans la pièce – sur les criminels de guerre, sur la corruption. Assange est l’homme qui a le projecteur braqué sur l’éléphant. Les gouvernements sont brièvement sous le choc, mais ensuite ils retournent les projecteurs en l’accusant de viol. C’est une manœuvre classique lorsqu’il s’agit de manipuler l’opinion publique. L’éléphant disparaît une fois de plus dans l’obscurité, derrière les projecteurs. Et c’est Assange qui devient le centre d’attention, et on commence à se demander si Assange fait du skateboard dans l’ambassade ou s’il nourrit correctement son chat. Soudain, nous savons tous qu’il est un violeur, un hacker, un espion et un narcissique. Mais les abus et les crimes de guerre qu’il a découverts s’évanouissent dans l’obscurité. J’ai également perdu ma concentration, malgré mon expérience professionnelle, ce qui aurait dû me conduire à être plus vigilant.

Commençons par le début : Qu’est-ce qui vous a amené à vous occuper de cette affaire ?

En décembre 2018, ses avocats m’ont demandé d’intervenir. J’ai d’abord refusé. J’étais surchargé par d’autres requêtes et je ne connaissais pas vraiment l’affaire. Mon impression, largement influencée par les médias, était également influencée par le préjugé selon lequel Julian Assange était d’une certaine manière coupable et qu’il voulait me manipuler. En mars 2019, ses avocats m’ont approché pour la deuxième fois parce qu’il y avait de plus en plus d’indications qu’Assange serait bientôt expulsé de l’ambassade équatorienne. Ils m’ont envoyé quelques documents clés et un résumé de l’affaire et je me suis dit que mon intégrité professionnelle exigeait que je jette au moins un coup d’œil à ces documents.

Et ensuite ?

Il m’est rapidement apparu que quelque chose n’allait pas. Qu’il y avait une contradiction qui n’avait aucun sens pour moi, compte tenu de ma grande expérience juridique : Pourquoi une personne serait-elle soumise à neuf ans d’enquête préliminaire pour viol sans qu’aucune accusation n’ait jamais été portée contre elle ?

Est-ce que c’est inhabituel ?

Je n’ai jamais vu un cas comparable. N’importe qui peut déclencher une enquête préliminaire contre quelqu’un d’autre en allant simplement à la police et en accusant l’autre personne d’un crime. Les autorités suédoises n’ont cependant jamais été intéressées par le témoignage d’Assange. Elles l’ont délibérément laissé dans l’incertitude. Imaginez que vous soyez accusé de viol pendant neuf ans et demi par tout un appareil d’État et par les médias sans jamais avoir la possibilité de vous défendre parce qu’aucune accusation n’a jamais été portée.

Vous dites que les autorités suédoises n’ont jamais été intéressées par le témoignage d’Assange. Mais les médias et les organismes gouvernementaux ont brossé un tableau complètement différent au fil des ans : Julian Assange, disent-ils, a fui la justice suédoise pour éviter d’avoir à répondre de ses actes.

C’est ce que j’ai toujours pensé, jusqu’à ce que je commence à enquêter. C’est le contraire qui est vrai. Assange s’est mis à disposition des autorités suédoises à plusieurs reprises parce qu’il voulait répondre aux accusations. Mais les autorités ont fait de l’obstruction.

Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? ’Les autorités ont fait de l’obstruction ?’

Permettez-moi de commencer par le début. Je parle couramment le suédois et j’ai donc pu lire tous les documents originaux. J’en croyais à peine mes yeux : Selon le témoignage de la femme en question, un viol n’avait jamais eu lieu. Et ce n’est pas tout : Le témoignage de la femme a ensuite été modifié par la police de Stockholm sans qu’elle soit impliquée, afin de faire croire à un éventuel viol. J’ai tous les documents en ma possession, les e-mails, les SMS.

’Le témoignage de la femme a ensuite été modifié par la police’ – comment exactement ?

Le 20 août 2010, une femme nommée S. W. est entrée dans un poste de police de Stockholm avec une deuxième femme nommée A. A. La première femme, S. W., a déclaré qu’elle avait eu des relations sexuelles consenties avec Julian Assange, mais qu’il ne portait pas de préservatif. Elle a dit qu’elle craignait maintenant d’être infectée par le VIH et voulait savoir si elle pouvait forcer Assange à passer un test de dépistage du VIH. Elle a dit qu’elle était très inquiète. La police a écrit sa déclaration et a immédiatement informé les procureurs. Avant même que l’interrogatoire ne puisse être terminé, S. W. a été informée qu’Assange serait arrêtée pour suspicion de viol. S. W. a été choquée et a refusé de poursuivre l’interrogatoire. Alors qu’elle était encore au poste de police, elle a écrit un message texte à un ami pour lui dire qu’elle ne voulait pas incriminer Assange, qu’elle voulait juste qu’il passe un test de dépistage du VIH, mais que la police était apparemment intéressée à ’mettre la main sur lui’.

Qu’est-ce que cela signifie ?

S.W. n’a jamais accusé Julian Assange de viol. Elle a refusé de participer à un autre interrogatoire et est rentrée chez elle. Néanmoins, deux heures plus tard, un titre est apparu en première page d’Expressen, un tabloïd suédois, disant que Julian Assange était soupçonné d’avoir commis deux viols.

Deux viols ?

Oui, car il y avait la deuxième femme, A. A. Elle ne voulait pas non plus porter plainte, elle avait simplement accompagné S. W. au poste de police. Elle n’a même pas été interrogée ce jour-là. Elle a dit plus tard qu’Assange l’avait harcelée sexuellement. Je ne peux pas dire, bien sûr, si c’est vrai ou non. Je ne peux qu’indiquer l’ordre des événements : Une femme entre dans un poste de police. Elle ne veut pas porter plainte mais veut exiger un test de dépistage du VIH. La police décide alors qu’il pourrait s’agir d’un cas de viol et que cela pourrait relever du ministère public. La femme refuse d’accepter cette version des faits, puis rentre chez elle et écrit à une amie que ce n’était pas son intention, mais que la police veut ’mettre la main sur’ Assange. Deux heures plus tard, l’affaire est publiée dans le journal. Comme nous le savons aujourd’hui, les procureurs publics ont divulgué l’affaire à la presse – et ils l’ont fait sans même inviter Assange à faire une déclaration. Et la deuxième femme, qui aurait été violée selon le gros titre du 20 août, n’a été interrogée que le 21 août.

Qu’a dit la deuxième femme lorsqu’elle a été interrogée ?

Elle a dit qu’elle avait mis son appartement à la disposition d’Assange, qui était en Suède pour une conférence. Un petit appartement d’une pièce. Quand Assange était dans l’appartement, elle est rentrée plus tôt que prévu, mais lui a dit que ce n’était pas un problème et qu’ils pouvaient dormir tous les deux dans le même lit. Cette nuit-là, ils ont eu des rapports sexuels consensuels, avec un préservatif. Mais elle a dit que pendant l’acte sexuel, Assange avait intentionnellement brisé le préservatif. Si c’est vrai, alors il s’agit bien sûr d’un délit sexuel – ce qu’on appelle la ’furtivité’. Mais la femme a également dit qu’elle n’avait remarqué que plus tard que le préservatif était cassé. C’est une contradiction qui aurait absolument dû être clarifiée. Si je ne le remarque pas, alors je ne peux pas savoir si l’autre l’a intentionnellement brisé. Pas une seule trace d’ADN d’Assange ou d’A. A. n’a pu être détectée sur le préservatif qui a été présenté comme preuve.

Comment les deux femmes se connaissaient-elles ?

Elles ne se connaissaient pas vraiment. A. A., qui hébergeait Assange et lui servait d’attaché de presse, avait rencontré S. W. lors d’un événement où S. W. portait un pull en cachemire rose. Elle savait apparemment par Assange qu’il était intéressé par une rencontre sexuelle avec S. W., car un soir, elle a reçu un SMS d’une connaissance disant qu’il savait qu’Assange était chez elle et que elle, la connaissance, aimerait contacter Assange. A. A. a répondu : Assange semble coucher en ce moment avec la ’fille au cachemire’. Le lendemain matin, S. W. a parlé avec A.A. au téléphone et a dit qu’elle aussi avait couché avec Assange et qu’elle s’inquiétait maintenant d’avoir été infectée par le VIH. Cette inquiétude était apparemment réelle, car S.W. s’est même rendue dans une clinique pour une consultation. A. A. a alors suggéré : Allons à la police – ils peuvent obliger Assange à faire un test de dépistage du VIH. Les deux femmes ne se sont cependant pas rendues au poste de police le plus proche, mais à un poste assez éloigné où une amie d’A. A. travaille comme policière – qui a ensuite interrogé S. W., d’abord en présence d’A. A., ce qui n’est pas une pratique correcte. Mais jusqu’à présent, le seul problème était tout au plus un manque de professionnalisme. La malveillance délibérée des autorités n’est apparue que lorsqu’elles ont immédiatement diffusé le soupçon de viol par le biais de la presse à sensation, et ce sans interroger A. A. et en contradiction avec la déclaration de S. W. Cela a également violé une interdiction claire de la loi suédoise de divulguer les noms des victimes ou des auteurs présumés dans les affaires de délits sexuels. L’affaire a maintenant été portée à l’attention du procureur général de la capitale et elle a suspendu l’enquête sur le viol quelques jours plus tard, estimant que si les déclarations de S. W. étaient crédibles, il n’y avait aucune preuve qu’un crime avait été commis.

Mais alors l’affaire a vraiment pris son envol. Pourquoi ?

Le superviseur de la policière qui avait mené l’interrogatoire lui a écrit un e-mail lui demandant de réécrire la déclaration de S. W.

Ce document a été obtenu par la journaliste d’investigation italienne Stefania Maurizi (@SMaurizi) dans le cadre d’une requête sur la liberté d’information qui dure depuis cinq ans et qui est toujours en cours. (NdT)

Qu’est-ce que la policière a changé ?

Nous ne le savons pas, car la première déclaration a été directement réécrite dans le programme informatique et n’existe plus. Nous savons seulement que la première déclaration, selon le procureur général, ne contenait apparemment aucune indication qu’un crime avait été commis. Dans la version révisée, il est dit que les deux ont eu des rapports sexuels à plusieurs reprises – consensuels et avec un préservatif. Mais le matin, selon la déclaration révisée, la femme s’est réveillée parce qu’il a essayé de la pénétrer sans préservatif. Elle demande : ’Est-ce que tu portes un préservatif ?’ Il répond : ’Non.’ Puis elle dit : ’Tu as intérêt à ne pas avoir le SIDA’ et lui permet de continuer. La déclaration a été éditée sans la participation de la femme en question et n’a pas été signée par elle. Il s’agit d’une preuve manipulée à partir de laquelle les autorités suédoises ont ensuite fabriqué une histoire de viol.

Pourquoi les autorités suédoises feraient-elles une telle chose ?

Le moment est décisif : fin juillet, Wikileaks – en coopération avec le ’New York Times’, le ’Guardian’ et ’Der Spiegel’ – a publié le ’Journal de guerre afghan’. C’était l’une des plus grandes fuites de l’histoire de l’armée américaine. Les États-Unis ont immédiatement exigé que leurs alliés inondent Assange d’affaires criminelles. Nous ne connaissons pas toute la correspondance, mais Stratfor, une société de conseil en sécurité qui travaille pour le gouvernement américain, a conseillé aux responsables américains d’inonder Assange de toutes sortes d’affaires criminelles pendant les 25 années suivantes.

2. Assange prend contact avec la justice suédoise à plusieurs reprises pour faire une déclaration – mais il est ignoré

Pourquoi Assange ne s’est-il pas rendu à la police à l’époque ?

Il l’a fait. Je l’ai déjà mentionné.

Pouvez-vous préciser ?

Assange a appris les allégations de viol par la presse. Il a pris contact avec la police pour pouvoir faire une déclaration. Bien que le scandale ait atteint le public, il n’a été autorisé à le faire que neuf jours plus tard, après que l’accusation de viol de S. W. n’ait plus été retenue. Mais la procédure relative au harcèlement sexuel de A. A. était en cours. Le 30 août 2010, Assange s’est présenté au poste de police pour faire une déclaration. Il a été interrogé par la même policière qui avait depuis ordonné que la déclaration soit révisée par S. W. Au début de la conversation, Assange a dit qu’il était prêt à faire une déclaration, mais a ajouté qu’il ne voulait pas lire à nouveau sa déclaration dans la presse. C’est son droit, et il a reçu l’assurance que ce serait le cas. Mais le soir même, tout était à nouveau dans les journaux. Cela ne pouvait venir que des autorités car personne d’autre n’était présent lors de son interrogatoire. L’intention était très clairement de salir son nom.

D’où venait l’histoire selon laquelle Assange cherchait à fuir la justice suédoise ?

Cette version a été fabriquée, mais elle n’est pas conforme aux faits. S’il avait essayé de se cacher, il ne se serait pas présenté au poste de police de son plein gré. Sur la base de la déclaration révisée de S.W., un appel a été déposé contre la tentative du procureur de suspendre l’enquête, et le 2 septembre 2010, la procédure de viol a été reprise. Un représentant légal du nom de Claes Borgström a été nommé aux frais de l’État pour les deux femmes. L’homme était un associé du cabinet d’avocats de l’ancien ministre de la Justice, Thomas Bodström, sous la supervision duquel le personnel de sécurité suédois avait arrêté deux hommes que les États-Unis avaient trouvés suspects au centre de Stockholm. Les hommes ont été arrêtés sans aucune forme de procédure judiciaire, puis remis à la CIA, qui a procédé à leur torture. Cela montre plus clairement la toile de fond transatlantique de cette affaire. Après la reprise de l’enquête sur le viol, Assange a indiqué à plusieurs reprises, par l’intermédiaire de son avocat, qu’il souhaitait répondre aux accusations. La procureure responsable n’a cessé de retarder. Un jour, cela ne correspondait pas à l’emploi du temps de la procureure, et l’autre jour, le fonctionnaire de police responsable était malade. Trois semaines plus tard, son avocat a finalement écrit qu’Assange devait vraiment se rendre à Berlin pour une conférence et lui a demandé s’il était autorisé à quitter le pays. Le ministère public lui a donné l’autorisation écrite de quitter la Suède pour de courtes périodes.

Et ensuite ?

La question est la suivante : Le jour où Julian Assange a quitté la Suède, à un moment où il n’était pas clair s’il partait pour une courte ou une longue période, un mandat d’arrêt a été émis contre lui. Il a pris l’avion avec Scandinavian Airlines de Stockholm à Berlin. Pendant le vol, ses ordinateurs portables ont disparu de ses bagages enregistrés. À son arrivée à Berlin, Lufthansa a demandé une enquête à SAS, mais la compagnie aérienne a apparemment refusé de fournir la moindre information.

Pourquoi ?

C’est exactement le problème. Dans ce cas, il se passe constamment des choses qui ne devraient pas être possibles, à moins de les voir sous un autre angle. Assange, en tout cas, a poursuivi sa route vers Londres, mais n’a pas cherché à fuir la justice. Par l’intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d’interrogatoire en Suède – cette correspondance existe. Ensuite, il se produit ceci : Assange a eu vent du fait qu’une affaire pénale secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l’époque, cela n’a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd’hui, nous savons que c’est vrai. À partir de ce moment, l’avocat d’Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l’assurance diplomatique que la Suède ne l’extraderait pas vers les États-Unis.

Était-ce même un scénario réaliste ?

Absolument. Quelques années auparavant, comme je l’ai déjà mentionné, le personnel de sécurité suédois avait remis à la CIA deux demandeurs d’asile, tous deux enregistrés en Suède, sans aucune procédure judiciaire. Les abus avaient déjà commencé à l’aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et emmenés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agissait des seuls cas de ce genre. Mais nous sommes au courant de ces cas parce que les hommes ont survécu. Tous deux ont ensuite déposé des plaintes auprès des agences de défense des droits de l’homme des Nations unies et ont eu gain de cause. La Suède a été obligée de verser à chacun d’eux un demi-million de dollars de dommages et intérêts.

La Suède a-t-elle accepté les demandes présentées par Assange ?

Les avocats affirment que pendant les sept années où Assange a vécu à l’ambassade équatorienne, ils ont fait plus de 30 offres pour qu’Assange se rende en Suède – en échange d’une garantie qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. Les Suédois ont refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n’avaient pas fait de demande officielle d’extradition.

Que pensez-vous de la demande formulée par les avocats d’Assange ?

Ces assurances diplomatiques sont une pratique internationale courante. Les personnes demandent des assurances qu’elles ne seront pas extradées vers des endroits où il existe un risque de graves violations des droits de l’homme, que le pays en question ait ou non déposé une demande d’extradition. Il s’agit d’une procédure politique, et non juridique. Voici un exemple : Supposons que la France demande à la Suisse d’extrader un homme d’affaires kazakh qui vit en Suisse mais qui est recherché à la fois par la France et le Kazakhstan pour des allégations de fraude fiscale. La Suisse ne voit aucun danger de torture en France, mais pense qu’un tel danger existe au Kazakhstan. C’est ce que la Suisse dit à la France : Nous allons vous extrader l’homme, mais nous voulons l’assurance diplomatique qu’il ne sera pas extradé vers le Kazakhstan. La réponse de la France est négative : ’Le Kazakhstan n’a même pas déposé de demande !’ Ils nous donneraient plutôt une telle assurance, bien entendu. Les arguments de la Suède étaient, au mieux, ténus. Cela en fait partie. L’autre, et je le dis sur la base de toute mon expérience dans les coulisses de la pratique internationale standard : Si un pays refuse de fournir une telle assurance diplomatique, alors tous les doutes sur les bonnes intentions du pays en question sont justifiés. Pourquoi la Suède ne devrait-elle pas fournir de telles assurances ? D’un point de vue juridique, après tout, les États-Unis n’ont absolument rien à voir avec les procédures suédoises en matière de délits sexuels.

Pourquoi la Suède n’a-t-elle pas voulu offrir une telle assurance ?

Il suffit de voir comment l’affaire a été gérée : Pour la Suède, il n’a jamais été question des intérêts des deux femmes. Même après sa demande d’assurance qu’il ne serait pas extradé, Assange voulait toujours témoigner. Il a dit : Si vous ne pouvez pas garantir que je ne serai pas extradé, alors je suis prêt à être interrogé à Londres ou par liaison vidéo.

Mais est-il normal, ou même légalement acceptable, que les autorités suédoises se rendent dans un autre pays pour un tel interrogatoire ?

C’est une indication supplémentaire que la Suède n’a jamais été intéressée par la découverte de la vérité. Pour ce type de questions judiciaires, il existe un traité de coopération entre le Royaume-Uni et la Suède, qui prévoit que les fonctionnaires suédois peuvent se rendre au Royaume-Uni, ou vice versa, pour mener des interrogatoires ou que ces interrogatoires peuvent avoir lieu par liaison vidéo. Pendant la période en question, de tels interrogatoires entre la Suède et l’Angleterre ont eu lieu dans 44 autres affaires. Ce n’est que dans le cas de Julian Assange que la Suède a insisté sur le fait qu’il était essentiel qu’il comparaisse en personne.

3. Lorsque la plus haute juridiction suédoise a finalement obligé les procureurs de Stockholm à porter des accusations ou à suspendre l’affaire, les autorités britanniques ont exigé : « Ne vous dégonflez pas ! »

Pourquoi ?

Il n’y a qu’une seule explication pour tout – pour le refus d’accorder des assurances diplomatiques, pour le refus de l’interroger à Londres : Ils voulaient l’appréhender pour pouvoir l’extrader vers les États-Unis. Le nombre d’infractions à la loi qui se sont accumulées en Suède en quelques semaines seulement pendant l’enquête criminelle préliminaire est tout simplement grotesque. L’État a affecté un conseiller juridique aux femmes qui leur a dit que l’interprétation pénale de ce qu’elles avaient vécu dépendait de l’État, et non plus d’elles. Lorsque leur conseiller juridique a été interrogé sur les contradictions entre le témoignage des femmes et le récit auquel se conforment les fonctionnaires, le conseiller juridique a déclaré, en référence aux femmes ’ah, mais elles ne sont pas avocates’. Mais les procureurs publics ont refusé pendant cinq ans d’interroger Assange sur la question du préservatif prétendument déchiré intentionnellement – au point que le délai de prescription a expiré. Dans la deuxième affaire – l’affaire de viol fabriquée par les autorités, à laquelle s’applique un délai de prescription de dix ans – les avocats d’Assange ont demandé à la plus haute juridiction suédoise de forcer les procureurs publics à porter plainte ou à suspendre l’affaire. Lorsque les Suédois ont dit au Royaume-Uni qu’ils pourraient être contraints d’abandonner l’affaire, les Britanniques ont répondu, inquiets : ’Surtout ne vous dégonflez pas !!’

Vous êtes sérieux ?

Oui, les Britanniques, ou plus précisément le Crown Prosecution Service, voulaient empêcher la Suède d’abandonner l’affaire à tout prix. Mais en réalité, les Anglais auraient dû être heureux de ne plus avoir à dépenser des millions de dollars de l’argent des contribuables pour maintenir l’ambassade équatorienne sous surveillance constante afin d’empêcher la fuite d’Assange.

Pourquoi les Britanniques étaient-ils si désireux d’empêcher les Suédois de clore l’affaire ?

Il faut cesser de croire qu’il y avait vraiment un intérêt à mener une enquête sur un délit sexuel. Ce que Wikileaks a fait est une menace pour l’élite politique aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France et en Russie dans une même mesure. Wikileaks publie des informations d’État secrètes – ils sont opposés à la classification. Et dans un monde, même dans les démocraties dites matures, où le secret est devenu omniprésent, cela est considéré comme une menace fondamentale. Assange a clairement indiqué que les pays ne sont plus aujourd’hui intéressés par la confidentialité légitime, mais par la suppression d’informations importantes sur la corruption et les crimes. Prenez l’archétype de l’affaire Wikileaks à partir des fuites fournies par Chelsea Manning : La vidéo dite ’Collateral Murder’. (Note de l’éditeur : Le 5 avril 2010, Wikileaks a publié une vidéo classifiée de l’armée américaine qui montrait le meurtre de plusieurs personnes à Bagdad par des soldats américains, dont deux employés de l’agence de presse Reuters). En tant que conseiller juridique de longue date du Comité international de la Croix-Rouge et délégué dans les zones de guerre, je peux vous le dire : La vidéo documente sans aucun doute un crime de guerre. Un équipage d’hélicoptère a simplement fauché un groupe de personnes. Il se pourrait même qu’une ou deux de ces personnes portent une arme, mais les blessés ont été ciblés intentionnellement. C’est un crime de guerre. ’Il est blessé’, vous pouvez entendre un Américain dire. ’Je tire.’ Et puis ils rient. Puis une camionnette arrive pour sauver les blessés. Le chauffeur a deux enfants avec lui. On entend les soldats dire : C’est de leur faute s’ils emmènent leurs enfants sur un champ de bataille. Et puis ils ouvrent le feu. Le père et les blessés sont immédiatement tués, bien que les enfants survivent avec de graves blessures. Grâce à la publication de la vidéo, nous sommes devenus les témoins directs d’un massacre criminel et inadmissible.

Que doit faire une démocratie constitutionnelle dans une telle situation ?

Une démocratie constitutionnelle enquêterait probablement sur Chelsea Manning pour violation du secret officiel parce qu’elle a transmis la vidéo à Assange. Mais elle ne s’en prendrait certainement pas à Assange, car il a publié la vidéo dans l’intérêt public, conformément aux pratiques du journalisme d’investigation classique. Mais plus que tout, une démocratie constitutionnelle enquêterait et punirait les criminels de guerre. Ces soldats doivent être derrière les barreaux. Mais aucune enquête criminelle n’a été lancée. Au lieu de cela, l’homme qui a informé le public est enfermé dans une détention pré-extradition à Londres et risque une peine possible aux Etats-Unis allant jusqu’à 175 ans de prison. C’est une peine complètement absurde. En comparaison : Les principaux criminels de guerre du tribunal yougoslave ont été condamnés à 45 ans de prison. Cent soixante-quinze ans de prison dans des conditions qui ont été jugées inhumaines par le rapporteur spécial des Nations unies et par Amnesty International. Mais ce qui est vraiment horrifiant dans cette affaire, c’est l’anarchie qui s’est développée : Les puissants peuvent tuer sans crainte d’être punis et le journalisme se transforme en espionnage. Dire la vérité devient un crime.

Qu’est-ce qui attend Assange une fois qu’il aura été extradé ?

Il ne bénéficiera pas d’un procès conforme à l’État de droit. C’est une autre raison pour laquelle son extradition ne devrait pas être autorisée. Assange sera jugé par un jury à Alexandria, en Virginie – la fameuse ’Espionage Court’ où les États-Unis jugent toutes les affaires de sécurité nationale. Le choix du lieu n’est pas une coïncidence, car les membres du jury doivent être choisis en proportion de la population locale, et 85 % des habitants d’Alexandrie travaillent dans le domaine de la sécurité nationale – à la CIA, à la NSA, au ministère de la défense et au département d’État. Lorsque des personnes sont jugées pour atteinte à la sécurité nationale devant un tel jury, le verdict est clair dès le départ. Les affaires sont toujours jugées devant le même juge à huis clos et sur la base de preuves classifiées. Personne n’a jamais été acquitté dans une telle affaire. Le résultat est que la plupart des accusés parviennent à un accord, dans lequel ils admettent une culpabilité partielle afin de recevoir une peine plus légère.

Vous dites que Julian Assange ne bénéficiera pas d’un procès équitable aux États-Unis ?

Sans aucun doute. Tant que les employés du gouvernement américain obéissent aux ordres de leurs supérieurs, ils peuvent participer à des guerres d’agression, à des crimes de guerre et à des actes de torture en sachant parfaitement qu’ils n’auront jamais à répondre de leurs actes. Qu’est-il advenu des leçons tirées des procès de Nuremberg ? J’ai travaillé assez longtemps dans des zones de conflit pour savoir que les erreurs se produisent en temps de guerre. Ce ne sont pas toujours des actes criminels sans scrupules. C’est en grande partie le résultat du stress, de l’épuisement et de la panique. C’est pourquoi je peux absolument comprendre quand un gouvernement dit : Nous allons faire éclater la vérité et, en tant qu’État, nous assumons l’entière responsabilité des dommages causés, mais si le blâme ne peut être directement attribué à des individus, nous n’imposerons pas de punitions draconiennes. Mais il est extrêmement dangereux que la vérité soit étouffée et que les criminels ne soient pas traduits en justice. Dans les années 1930, l’Allemagne et le Japon ont quitté la Société des Nations. Quinze ans plus tard, le monde était en ruines. Aujourd’hui, les États-Unis se sont retirés du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, et ni le massacre des ’meurtres collatéraux’, ni la torture pratiquée par la CIA après le 11 septembre, ni la guerre d’agression contre l’Irak n’ont donné lieu à des enquêtes criminelles. Aujourd’hui, le Royaume-Uni suit cet exemple. Le Comité de sécurité et de renseignement du parlement britannique a publié deux rapports détaillés en 2018, montrant que la Grande-Bretagne était beaucoup plus impliquée dans le programme secret de torture de la CIA qu’on ne le pensait auparavant. Le comité a recommandé une enquête officielle. La première chose que Boris Johnson a faite après être devenu Premier ministre a été d’annuler cette enquête.

4. Au Royaume-Uni, les violations des conditions de mise en liberté sous caution ne sont généralement sanctionnées que par des amendes ou, tout au plus, par quelques jours de prison. Mais Assange a reçu 50 semaines dans une prison de haute sécurité sans avoir la possibilité de préparer sa propre défense

En avril, Julian Assange a été traîné hors de l’ambassade équatorienne par la police britannique. Que pensez-vous de ces événements ?

En 2017, un nouveau gouvernement a été élu en Équateur. En réponse, les États-Unis ont écrit une lettre indiquant qu’ils étaient désireux de coopérer avec l’Équateur. Il y avait bien sûr beaucoup d’argent en jeu, mais il y avait un obstacle : Julian Assange. Le message était que les États-Unis étaient prêts à coopérer si l’Équateur remettait Assange aux États-Unis. Ils lui ont rendu la vie difficile. Mais il est resté. L’Équateur a alors annulé son amnistie et a donné le feu vert à la Grande-Bretagne pour l’arrêter. Comme le gouvernement précédent lui avait accordé la citoyenneté équatorienne, le passeport d’Assange a également dû être révoqué, car la constitution équatorienne interdit l’extradition de ses propres citoyens. Tout cela s’est passé du jour au lendemain et sans aucune procédure judiciaire. Assange n’a pas eu la possibilité de faire une déclaration ni d’avoir recours à un recours juridique. Il a été arrêté par les Britanniques et conduit le jour même devant un juge britannique, qui l’a condamné pour violation de sa liberté sous caution.

Que pensez-vous de ce verdict accéléré ?

Assange n’a eu que 15 minutes pour se préparer avec son avocat. Le procès lui-même n’a également duré que 15 minutes. L’avocat d’Assange a posé un épais dossier sur la table et a fait une objection formelle à l’un des juges pour conflit d’intérêt parce que son mari avait été exposé par Wikileaks dans 35 cas. Mais le juge principal a balayé ces préoccupations sans les examiner plus avant. Il a déclaré qu’accuser son collègue de conflit d’intérêts était un affront. Assange lui-même n’a prononcé qu’une seule phrase pendant toute la procédure : ’Je plaide non coupable.’ Le juge s’est tourné vers lui et a dit : ’Vous êtes un narcissique qui ne peut pas aller au-delà de son propre intérêt. Je vous condamne pour violation de la liberté sous caution.’

Si je vous comprends bien : Julian Assange n’a jamais eu sa chance depuis le début ?

C’est le but. Je ne dis pas que Julian Assange est un ange ou un héros. Mais il n’a pas à l’être. Nous parlons des droits de l’homme et non des droits des héros ou des anges. Assange est une personne, et il a le droit de se défendre et d’être traité avec humanité. Peu importe de quoi il est accusé, Assange a droit à un procès équitable. Mais ce droit lui a été délibérément refusé – en Suède, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Équateur. Au lieu de cela, il a été laissé à pourrir pendant près de sept ans dans les limbes d’une pièce. Puis, il a été soudainement été traîné dehors et condamné en quelques heures et sans aucune préparation pour une violation de la liberté sous caution qui consistait à lui avoir accordé l’asile diplomatique d’un autre État membre des Nations unies sur la base de persécutions politiques, comme le veut le droit international et comme l’ont fait d’innombrables dissidents chinois, russes et autres dans les ambassades occidentales. Il est évident que ce à quoi nous avons affaire ici, c’est la persécution politique. En Grande-Bretagne, les violations de la liberté sous caution entraînent rarement des peines de prison – elles ne sont généralement passibles que d’amendes. En revanche, Assange a été condamné dans le cadre d’une procédure sommaire à 50 semaines dans une prison de haute sécurité – une peine clairement disproportionnée qui n’avait qu’un seul but : détenir Assange suffisamment longtemps pour que les États-Unis puissent préparer leur dossier d’espionnage contre lui.

En tant que rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, qu’avez-vous à dire sur ses conditions d’emprisonnement actuelles ?

La Grande-Bretagne a refusé à Julian Assange tout contact avec ses avocats aux États-Unis, où il fait l’objet de procédures secrètes. Son avocate britannique s’est également plainte de n’avoir même pas eu suffisamment accès à son client pour examiner avec lui les documents et les preuves du tribunal. Jusqu’en octobre, il n’était pas autorisé à avoir un seul document de son dossier avec lui dans sa cellule. Il s’est vu refuser son droit fondamental de préparer sa propre défense, tel que garanti par la Convention européenne des droits de l’homme. A cela s’ajoutent la mise à l’isolement presque totale et la peine totalement disproportionnée pour violation de la liberté sous caution. Dès qu’il sortait de sa cellule, les couloirs étaient vidés pour l’empêcher d’avoir des contacts avec les autres détenus.

Et tout cela à cause d’une simple violation de la liberté sous caution ? À quel moment l’emprisonnement devient-il une torture ?

Julian Assange a été intentionnellement torturé psychologiquement par la Suède, la Grande-Bretagne, l’Équateur et les États-Unis, d’abord par le traitement hautement arbitraire des procédures engagées contre lui. La façon dont la Suède a poursuivi l’affaire, avec l’aide active de la Grande-Bretagne, visait à le mettre sous pression et à le piéger dans l’ambassade. La Suède ne s’est jamais souciée de trouver la vérité et d’aider ces femmes, mais de pousser Assange dans un coin. Il s’agit d’un abus des procédures judiciaires visant à pousser une personne dans une position où elle est incapable de se défendre. À cela s’ajoutent les mesures de surveillance, les insultes, les indignités et les attaques de la part de politiciens de ces pays, jusqu’aux menaces de mort. Cet abus constant du pouvoir de l’État a déclenché un stress et une anxiété importants à Assange et a entraîné des dommages cognitifs et neurologiques mesurables. J’ai rendu visite à Assange dans sa cellule à Londres en mai 2019, en compagnie de deux médecins expérimentés et très respectés, spécialisés dans l’examen médico-légal et psychologique des victimes de la torture. Le diagnostic posé par les deux médecins était clair : Julian Assange présente les symptômes typiques de la torture psychologique. S’il ne reçoit pas rapidement une protection, sa santé risque de se détériorer rapidement et la mort pourrait en être l’une des conséquences.

Six mois après qu’Assange ait été placé en détention pré-extradition en Grande-Bretagne, la Suède a tranquillement abandonné les poursuites contre lui en novembre 2019, après neuf longues années. Pourquoi ?

L’État suédois a passé près d’une décennie à présenter intentionnellement Julian Assange au public comme un délinquant sexuel. Puis, ils ont soudainement abandonné l’affaire contre lui sur la base du même argument que celui utilisé par la première procureure de Stockholm en 2010, lorsqu’elle a initialement suspendu l’enquête après seulement cinq jours : La déclaration de la femme était crédible, mais il n’y avait aucune preuve qu’un crime avait été commis. Il s’agit d’un scandale incroyable. Mais le moment choisi n’était pas un accident. Le 11 novembre, un document officiel que j’avais envoyé au gouvernement suédois deux mois auparavant a été rendu public. Dans ce document, j’ai demandé au gouvernement suédois de fournir des explications sur une cinquantaine de points concernant les implications en matière de droits de l’homme de la manière dont l’affaire était traitée. Comment est-il possible que la presse ait été immédiatement informée malgré l’interdiction de le faire ? Comment est-il possible qu’un soupçon ait été rendu public alors que l’interrogatoire n’avait pas encore eu lieu ? Comment est-il possible que vous disiez qu’un viol a été commis alors que la femme impliquée conteste cette version des faits ? Le jour où le document a été rendu public, j’ai reçu une réponse dérisoire de la Suède : Le gouvernement n’a pas d’autre commentaire à faire sur cette affaire.

Que signifie cette réponse ?

Il s’agit d’un aveu de culpabilité.

Comment cela ?

En tant que rapporteur spécial des Nations unies, j’ai été chargé par la communauté internationale des nations d’examiner les plaintes déposées par les victimes de la torture et, si nécessaire, de demander des explications ou des enquêtes aux gouvernements. C’est le travail quotidien que je fais avec tous les États membres des Nations unies. D’après mon expérience, je peux dire que les pays qui agissent de bonne foi sont presque toujours intéressés à me fournir les réponses dont j’ai besoin pour mettre en évidence la légalité de leur comportement. Lorsqu’un pays comme la Suède refuse de répondre aux questions posées par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, cela montre que le gouvernement est conscient de l’illégalité de son comportement et qu’il ne veut pas en assumer la responsabilité. Ils ont arrêté et abandonné l’affaire une semaine plus tard parce qu’ils savaient que je ne reculerais pas. Lorsque des pays comme la Suède se laissent manipuler de la sorte, nos démocraties et nos droits de l’homme sont alors confrontés à une menace fondamentale.

Vous pensez que la Suède était pleinement consciente de ce qu’elle faisait ?

Oui. De mon point de vue, la Suède a très clairement agi de mauvaise foi. Si elle avait agi de bonne foi, il n’y aurait eu aucune raison de refuser de répondre à mes questions. Il en va de même pour les Britanniques : Après ma visite à Assange en mai 2019, ils ont mis six mois pour me répondre – dans une lettre d’une seule page, qui se limitait essentiellement à rejeter toutes les accusations de torture et toutes les incohérences de la procédure judiciaire. Si vous jouez à ce genre de jeu, quel est l’intérêt de mon mandat ? Je suis le rapporteur spécial sur la torture pour les Nations unies. J’ai pour mandat de poser des questions claires et d’exiger des réponses. Quelle est la base juridique permettant de refuser à une personne son droit fondamental à se défendre ? Pourquoi un homme qui n’est ni dangereux ni violent est-il maintenu en isolement pendant plusieurs mois alors que les normes des Nations unies interdisent légalement l’isolement pendant des périodes dépassant 15 jours ? Aucun de ces États membres des Nations unies n’a ouvert d’enquête, ni répondu à mes questions, ni même manifesté un intérêt pour le dialogue.

5. Une peine de prison de 175 ans pour le journalisme d’investigation : Le précédent que pourrait créer l’affaire USA contre Julian Assange

Que signifie le refus des États membres de l’ONU de fournir des informations à leur propre rapporteur spécial sur la torture ?

Qu’il s’agit d’une affaire arrangée d’avance. Un simulacre de procès doit être utilisé pour faire un exemple de Julian Assange. Le but est d’intimider d’autres journalistes. L’intimidation, d’ailleurs, est l’un des principaux objectifs de l’utilisation de la torture dans le monde. Le message que nous devons tous recevoir est le suivant : Voici ce qui vous arrivera si vous imitez le modèle de Wikileaks. C’est un modèle qui est dangereux parce qu’il est si simple : Les personnes qui obtiennent des informations sensibles de leur gouvernement ou de leur entreprise les transfèrent à Wikileaks, mais le dénonciateur reste anonyme. La réaction montre à quel point la menace est perçue comme importante : Quatre pays démocratiques ont uni leurs forces – les États-Unis, l’Équateur, la Suède et le Royaume-Uni – afin d’utiliser leur pouvoir pour dépeindre un homme comme un monstre afin qu’il puisse ensuite être brûlé sur le bûcher sans aucun tollé. Cette affaire est un énorme scandale et représente l’échec de l’État de droit occidental. Si Julian Assange est reconnu coupable, ce sera une condamnation à mort pour la liberté de la presse.

Que signifierait ce précédent éventuel pour l’avenir du journalisme ?

Sur le plan pratique, cela signifie que vous, en tant que journaliste, devez maintenant vous défendre. Car si le journalisme d’investigation est classé comme de l’espionnage et peut être incriminé dans le monde entier, alors la censure et la tyrannie s’ensuivront. Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux. Les crimes de guerre et la torture ne sont pas poursuivis. Des vidéos sur YouTube circulent dans lesquelles des soldats américains se vantent d’avoir poussé des femmes irakiennes au suicide par des viols systématiques. Personne n’enquête sur ce sujet. Dans le même temps, une personne qui expose de telles choses est menacée de 175 ans de prison. Pendant toute une décennie, il a été inondé d’accusations qui ne peuvent être prouvées et qui le brisent. Et personne n’est tenu de rendre des comptes. Personne n’assume de responsabilité. Cela marque une érosion du contrat social. Nous donnons des pouvoirs aux pays et nous les déléguons aux gouvernements – mais en retour, ils doivent être tenus responsables de la manière dont ils exercent ces pouvoirs. Si nous n’exigeons pas qu’ils soient tenus responsables, nous perdrons tôt ou tard nos droits. Les êtres humains ne sont pas démocratiques par nature. Le pouvoir se corrompt s’il n’est pas contrôlé. Si nous n’insistons pas pour que le pouvoir soit surveillé, le résultat est la corruption.

Vous dites que le ciblage d’Assange menace le cœur même de la liberté de la presse.

Nous verrons où nous en serons dans 20 ans si Assange est condamné – ce que vous pourrez encore écrire alors en tant que journaliste. Je suis convaincu que nous courons un grave danger de perdre la liberté de la presse. C’est déjà le cas : Soudain, le siège d’ABC News en Australie a été perquisitionné en rapport avec le ’Journal de guerre afghan’. La raison ? Une fois de plus, la presse a mis au jour des fautes commises par des représentants de l’État. Pour que la répartition des pouvoirs fonctionne, l’État doit être contrôlé par la presse en tant que quatrième pouvoir. WikiLeaks est la conséquence logique d’un processus continu d’élargissement du secret : Si la vérité ne peut plus être examinée parce que tout est gardé secret, si les rapports d’enquête sur la politique de torture du gouvernement américain sont gardés secrets et si même de grandes parties du résumé publié sont censurées, il en résulte inévitablement des fuites à un moment donné. WikiLeaks est la conséquence d’un secret omniprésent et reflète le manque de transparence de notre système politique moderne. Il y a, bien sûr, des domaines où le secret peut être vital. Mais si nous ne savons plus ce que font nos gouvernements et les critères qu’ils suivent, si les crimes ne font plus l’objet d’enquêtes, alors cela représente un grave danger pour l’intégrité de la société.

Quelles en sont les conséquences ?

En tant que rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et, avant cela, en tant que délégué de la Croix-Rouge, j’ai été témoin de nombreuses horreurs et violences et j’ai vu à quelle vitesse des pays pacifiques comme la Yougoslavie ou le Rwanda peuvent se transformer en enfer. À l’origine de ces évolutions, il y a toujours un manque de transparence et un pouvoir politique ou économique débridé, combinés à la naïveté, l’indifférence et la malléabilité de la population. Soudain, ce qui est toujours arrivé à l’autre – torture, viol, expulsion et meurtre impunis – peut tout aussi bien nous arriver à nous ou à nos enfants. Et personne ne s’en souciera. Je peux vous le promettre.

Nils Melzer, Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture.

Interviewé par Daniel Ryser. Photos de Yves Bachmann (non publiées dans cette version traduite), traduction (vers l’anglais) Charles Hawley

Traduction « et la grenouille dans la casserole… et l’eau qui bout… » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

EN COMPLÉMENT : Julian Assange & l’affaire Suédoise : Dépositions et témoignages à la police (textes complets et traduits) https://www.legrandsoir.info/julian-assange-l-affaire-suedoise-deposit…

»»https://www.republik.ch/2020/01/31/nils-melzer-about-wikileaks-founder…

Source : Le GrandSoir, 
https://www.legrandsoir.info/un-systeme-meurtrier-est-en-train-de-se-creer-sous-nos-yeux-republik.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157899725817317

[Règles variables selon le détenu] Julian Assange à la prison anglaise de Belmarsh : injustice crasse en Grande Bretagne, qui n’est pas un État de droit

Julian Assange : Privation de justice et double standard à la prison de Belmarsh (21st Century Wire)

[Première partie – 28/8/2019] L’Histoire de deux prisonniers : Julian Assange, fondateur de Wikileaks, et Tommy Robinson, personnalité d’extrême-droite, sont traités très différemment à la prison de Belmarsh. Analyse de Nina CROSS.

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/julian-assange-privation-de-justice-et-double-standard-a-la-prison-de-belmarsh-21st-century-wire.html

Alfred de Zayas, ancien Rapporteur de l’ONU, a décrit les actions des autorités britanniques envers Assange comme ’…. contraires à l’état de droit et à l’esprit de la loi’. Ce que nous voyons à la surface est une illusion de la justice britannique qui masquant un programme politique.

La tristement célèbre prison de Belmarsh, en Grande-Bretagne, est maintenant présentée comme un exemple de bonne gouvernance, révélatrice d’une société juste et équitable, équitable mais ferme à l’égard de ceux qui ont enfreint la loi. Après un examen attentif du cas de Julian Assange, il ne fait guère de doute que placer le journaliste primé dans un tel établissement n’est rien d’autre que la dernière étape avant sa restitution aux États-Unis.

Jusqu’à présent, Belmarsh s’est acquitté de cette volonté de l’État.

Belmarsh comme arme de choix de l’État

La juge Deborah Taylor a envoyé Assange à la prison de catégorie A de Belmarsh pour une infraction à sa liberté surveillée, même s’il a démontré qu’il avait de bonnes raisons de le faire.

Il est difficile de ne pas conclure que son classement en catégorie A fut décidé pour l’affaiblir et le rendre vulnérable. Essentiellement, Assange a été envoyé à Belmarsh pendant 50 semaines pour ne pas s’être présenté à un poste de police. Il n’y avait pas de procès en cours ; il n’avait pas d’antécédents judiciaires ; il n’y avait pas d’accusations ; l’enquête suédoise avait été abandonnée. Donc, le gouvernement britannique n’avait rien d’autre contre lui que le fait de ne pas s’être présenté à un poste de police. Il convient également de souligner que la juge Taylor a commis une série d’erreurs lors de la condamnation le 1er mai [2019], se référant à des accusations de viol en Suède, qu’Assange a corrigées et qu’elle a ensuite reconnues comme étant erronées. Ce qui montre que la juge Taylor s’est présentée devant le tribunal sans être informée, avec l’idée qu’Assange avait été accusée de viol quelque part, d’une manière ou d’une autre. Cela peut expliquer en partie le raisonnement qui sous-tend la condamnation cruelle du juge Taylor, décrite par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire comme ’disproportionnée’, mais aussi comme favorisant la privation arbitraire de la liberté d’Assange. Qui plus est, il a été souligné que chaque année plusieurs milliers de personnes au Royaume-Uni en liberté surveillée ne se présentent pas au poste de police sans pour autant être soumises à des peines aussi sévères.

De toute évidence, le juge Taylor s’est appuyée sur les narratives fournies par l’État pour envoyer Assange dans un pénitencier de catégorie A, même si ces narratives ont été complètement démontées. Une de ces fausses informations diffusées par l’État britannique et ses principaux partenaires médiatiques était que les autorités suédoises avaient abandonné les allégations sexuelles qu’elles avaient portée contre Assange parce qu’elles ’ne pouvaient pas faire avancer le dossier’ car il était enfermé à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Cette désinformation était fausse, comme en témoigne le fait que les autorités suédoises avaient déjà réalisé pas moins de 44 liaisons vidéo ou entretiens avec des personnes d’intérêt et étaient donc tout à fait capables d’interroger Assange à distance.

Quant à l’affaire elle-même, la question qui se pose maintenant est la suivante : quelle affaire ? Ouverte puis fermée, puis ouverte à nouveau, puis fermée, puis fermée, puis ouverte, et pourtant – le ministère public suédois a encore dit à l’époque qu’’une interview n’était pas à l’ordre du jour’.

Il n’est donc pas surprenant que les autorités suédoises semblent laisser l’affaire en suspens, comme elles le font depuis des années. Les tribunaux suédois ayant récemment déjoué les tentatives du procureur d’extrader Assange vers la Suède, la réouverture de l’affaire n’est-elle plus qu’une simple tactique de contrôle de l’opinion publique ? Peut-être l’ont-ils ouvert pour la troisième fois parce que clôturer définitivement le récit de plus en plus fallacieux du « violeur » risquait d’attirer un soutien accru de la part des membres du public (et du gouvernement) qui n’étaient pas certains auparavant si Assange avait droit à un soutien moral quelconque. Nous verrons si le procureur suédois décidera si un ’entretien est à l’ordre du jour’ après avoir collé l’étiquette de violeur à Assange pendant plus de dix ans déjà.

C’est ainsi qu’avec toute la force que l’establishment britannique pouvait exercer derrière un délit mineur d’infraction à une liberté surveillée, Assange se retrouve piégé à l’intérieur de la prison de Belmarsh.

Belmarsh refuse d’appliquer la loi

Le régime de haute sécurité de la prison de SM Belmarsh s’est avéré jusqu’à présent paralysant pour les espoirs d’Assange d’organiser une défense juridique. Il est maintenant de notoriété publique que les fonctionnaires du gouvernement de Belmarsh ont imposé des restrictions qui ont pour effet de priver Assange de visites juridiques suffisantes, de lui refuser la possibilité de parler à ses avocats américains, de lui refuser l’accès et la possession de documents juridiques et de lui refuser les moyens essentiels pour préparer sa défense juridique, à savoir un ordinateur portable.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas le jargon juridique, les passages suivants montreront comment on peut mesurer le traitement d’Assange par Belmarsh par rapport aux protections et directives reconnues, telles que :

L’article 6.3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui revêt une importance particulière pour les prisonniers (Assange est clairement un prisonnier politique) et stipule que les détenus doivent :

’…. disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de leur défense…’

Le Conseil de l’Europe (CdE) a élaboré une définition de ce que cela signifie dans un guide sur l’article 6 de la CEDH :

386. Les ’facilités’ dont doit bénéficier toute personne accusée d’une infraction pénale comprennent la possibilité de prendre connaissance, aux fins de la préparation de sa défense, des résultats des enquêtes menées au cours de la procédure.
387.Afin de faciliter la conduite de la défense, l’accusé ne doit pas être empêché d’obtenir des copies des documents pertinents du dossier de l’affaire, ni de compiler et d’utiliser toute note prise.

NOTE : Lors de l’audience du tribunal d’extradition américain d’Assange en juin, Assange lui-même a été catégorique sur le fait qu’il n’avait même pas reçu le texte de l’acte d’accusation américain contre lui et a déclaré qu’il devait recevoir les documents juridiques essentiels qui lui étaient adressés. Son équipe juridique a égalementréitéré que la préparation de sa défense était entravée et que l’accès à son client était restreint par le gouvernement britannique. Il est difficile de croire que cette stratégie n’est pas intentionnelle.

Les lignes directrices du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme ont également énoncé dans ses Règles pénitentiaires européennes que :

23.6 Les détenus doivent avoir accès aux documents relatifs à leur procédure judiciaire ou être autorisés à les garder en leur possession.

Fair Trials, l’organisme mondial de surveillance de la justice pénale, explique :

Une personne faisant face à des accusations criminelles doit avoir le temps et les moyens nécessaires pour préparer sa défense. Ce droit existe à tous les stades de la procédure et comprend le droit à des documents, dossiers et informations ainsi que la garantie d’une communication confidentielle avec des avocats.

En mai 2019, Nils Melzer, Rapporteur des Nations Unies sur la torture, a indiqué qu’Assange avait un accès limité aux documents juridiques dans sa cellule.

Plus récemment, le journaliste lauréat John Pilger, a également expliqué qu’Assange n’avait pas eu accès à des documents pour préparer sa défense :

En ce qui concerne la demande d’Assange pour un ordinateur portable, les lignes directrices britanniques sur l’accès à la justice montrent qu’il s’agit d’une demande raisonnable et le cas d’Assange semble répondre exactement aux conditions prévues :

L’orientation dit que les ordinateurs portables devraient être accordés aux personnes qui ne pourraient pas se préparer correctement sans, mais ne devraient pas l’être uniquement pour une raison de commodité.’

Le guide du Conseil de l’Europe sur l’article 6.3 légitime également cette demande :

387. Lorsqu’une personne est détenue en attendant son procès, la notion de ’facilités’ peut inclure des conditions de détention qui permettent à la personne de lire et d’écrire avec un degré raisonnable de concentration. Il est essentiel que l’accusé et son avocat puissent tous deux participer à la procédure et présenter des observations sans souffrir d’une fatigue excessive.

Suite à son évaluation d’Assange en mai à l’intérieur de la prison de Belmarsh, Nils Melzer a publié une déclaration détaillant les conditions de détention. Melzer était accompagné de deux experts médicaux spécialisés dans l’examen des victimes potentielles de torture ainsi que dans la documentation des symptômes, tant physiques que psychologiques. En examinant Assange Melzer a observé ce qui suit :

«  Mais surtout, en plus des maux physiques, M. Assange présentait tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris le stress extrême, l’anxiété chronique et le traumatisme psychologique intense. »

En plus de ces préoccupations, des rapports indiquent également que des médicaments sont administrés à Assange.

Melzer a également expliqué que l’accumulation de procédures judiciaires multiples ajoute au stress et à l’incapacité d’Assange à faire face aux exigences de la préparation de sa défense. :

Il est important de noter que les préparatifs juridiques d’Assange dans cette affaire n’ont rien à voir avec les fausses accusations d’évasion sous liberté surveillée pour lesquelles Assange fut initialement arrêté et détenu par le gouvernement britannique. Sa défense juridique consiste plutôt à combattre ce qui pourrait devenir un précédent juridique déterminant pour notre génération – une affaire d’extradition américaine dans laquelle un citoyen non américain fait face à des accusations en vertu du Espionage Act de 1917 pour son rôle (en tant que journaliste) dans la divulgation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par le gouvernement américain – tous publiés par un média non américain. Par conséquent, on peut soutenir à juste titre qu’en limitant l’accès d’Assange à une défense juridique adéquate dans une affaire aussi médiatisée et historique, le gouvernement britannique agit contre l’intérêt public, non seulement à domicile, mais aussi à l’étranger.

Malgré tout cela, Belmarsh semble avoir ignoré ou rejeté les préoccupations concernant l’incapacité d’Assange d’avoir accès aux tribunaux pour sa défense et lui refuse des ’facilités’.

Les restrictions imposées par Belmarsh à la capacité d’Assange de rencontrer ses avocats et son refus de lui permettre de parler à ses avocats américains semblent saper le fondement même de l’article 6, qui, selon le guide du Conseil de l’Europe :

’….garantit le droit d’un accusé de participer effectivement à un procès pénal.’

En reconnaissance de l’article 6, le site Web du gouvernement britannique fournit des conseils sur le droit de tous les détenus de contacter leur avocat :

Les prisonniers ont des droits, y compris celui d’entrer en contact avec un avocat.’

Les droits des détenus sont également soutenus par le Citizen’s Advice Bureau (CAB) du Royaume-Uni, qui fournit un service consultatif à tous les détenus. Ce qui suit résume les droits des détenus dans les domaines particuliers où Assange a demandé un accès mais s’est vu refuser ou restreindre cet accès par Belmarsh (gras ajouté) :

  • Des installations adéquates pour préparer une défense, y compris un nombre illimité de visites de leur conseiller juridique.
  • Appels téléphoniques illimités à leur conseiller juridique ou au CAB. Un détenu peut être en mesure d’utiliser le téléphone officiel de la prison pour des appels juridiques urgents avec l’autorisation écrite du gouverneur. On s’attend à ce qu’un prisonnier paie pour ces appels, à moins que le gouverneur ne soit convaincu qu’il ne peut pas payer.
  • Un détenu a accès à des installations informatiques, pour une durée limitée, afin de l’aider à préparer une action en justice, lorsqu’il peut démontrer que son cas serait compromis sans cet accès – par exemple, s’il a un handicap ou un autre problème de santé pertinent.

Il apparaît donc clairement qu’Assange se voit refuser les droits des détenus en matière d’accès à la justice. Le résultat de ces restrictions imposées à Assange est qu’il ne peut pas participer effectivement à la procédure judiciaire engagée contre lui. Les restrictions actuelles de M. Belmarsh semblent miner toutes ses tentatives d’accès à toutes les voies de justice, ainsi que les moyens nécessaires pour participer à sa défense juridique depuis qu’il est entré en prison. Ces atteintes aux droits et ces refus d’accès à la justice sont souvent imputés à des pénuries, à des problèmes de système et à des défaillances, et même justifiés par la sécurité et la pratique institutionnelle. Cependant, toutes les lacunes du système britannique dans ce cas pourraient facilement être évitées ou corrigées par les autorités pénitentiaires.

Dans le cas d’Assange, cela signifie que son équipe juridique est forcée de perdre du temps et des ressources à tenter d’obtenir un accès légal à la justice, y compris éventuellement en intentant des poursuites contre Belmarsh et le gouvernement britannique. Il est facile d’imaginer pourquoi les autorités sont très satisfaites que cela se produise : cela fait perdre du temps, épuise les ressources de son équipe juridique et fait s’accumuler les litiges. Le nombre de batailles qui peuvent être livrées en même temps est limité ; l’appel d’Assange contre la sentence de Belmarsh sur la violation de liberté surveillée a déjà été abandonné. Et même si certaines restrictions seront moins sévères lorsqu’Assange se retrouvera probablement en détention provisoire pour lutter contre l’extradition, le bon sens nous dicte que l’impact des restrictions exercées avant cette date sera très préjudiciable à sa défense.

L’accès à la justice’ a été décrit par la CEDH comme suit :

L’accès à la justice permet aux individus de se protéger contre les atteintes à leurs droits, de réparer les torts civils, de demander des comptes au pouvoir exécutif et de se défendre dans les procédures pénales. C’est un élément important de l’État de droit…

Si nous pensons que les obstacles à la capacité d’Assange à se défendre contre l’extradition sont justifiés par les critères d’un système pénitentiaire de haute sécurité ’surchargé et sous-financé ’, alors nous ne faisons que consentir à l’érosion de la loi et accepter à sa place les règles imposées par les administrateurs des institutions de l’État – au détriment de la liberté individuelle. Ces justifications pour refuser à Assange son droit légal fondamental à la justice sont des prétextes commodes pour Belmarsh qui fut choisie – et pas par hasard – pour servir un objectif politique qui cherche à obtenir sa restitution aux Etats-Unis.

Deux poids, deux mesures : l’expérience de la prison de Belmarsh selon le gouverneur

Belmarsh est également la prison d’État de prédilection de Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), personnalité d’extrême-droite controversée et fondateur de l’English Defence League. M. Robinson a été reconnu coupable d’outrage au tribunal pour avoir diffusé le procès d’un gang de trafiquants sexuels sur Facebook Live à l’extérieur du tribunal de Leeds en 2018, et fut par la suite condamné et enfermé comme « détenu civil » [catégorisation des détenus en fonction de leur statut et/ou nature d’infraction – NdT].

JPEG - 45.5 ko
Robinson est entré en prison portant un t-shirt « condamné pour journalisme »

Contrairement à Assange qui a été placé dans la population carcérale générale avant d’être placé dans une aile médicale, le placement spécial de Robinson semble appartenir à la catégorie des détenus à Belmarsh qui, en raison de leur profil public et médiatique, nécessite des dispositions particulières de gestion’ et a donc été isolé de tous les autres détenus. En conséquence, il est détenu dans l’unité de haute sécurité à l’intérieur de Belmarsh. Les détenus civils sont traités de la même manière que les détenus condamnés, à quelques exceptions près, l’une d’entre elles étant le droit de visite. Selon l’un de ses récents visiteurs, Ezra Levant, directeur du média canadien The Rebel Media, par qui Robinson était employé, ce cernier reçoit des visiteurs trois ou quatre fois par semaine. Levant a également déclaré que le directeur de la prison, Rob Davis OBE, visite Robinson tous les jours, notant que,

’…le gouverneur de la prison, le directeur comme nous l’appelons en Amérique du Nord, lui rend visite tous les jours, ne serait-ce qu’un instant, pour lui dire ’comment ça va’. J’ai trouvé cela très intéressant. Non seulement le directeur se met à la disposition de Tommy, mais il inspecte pour s’assurer que tout va bien. J’ai trouvé ça très intéressant et rassurant.’

Une autre visiteuse de The Rebel MediaJessica Swietoniowski, a rapporté que Robinson est autorisé à faire des appels téléphoniques illimités entre 9h et 11h chaque matin, déclarant :

’… de 9 h à 11 h, il peut sortir de sa cellule, donc sa cellule s’ouvre de 9 h du matin à 11 h, à 11 h [il] revient dans la cellule. Pendant ce temps, il peut faire de l’exercice et passer autant d’appels qu’il veut, ce qui est une bonne nouvelle.’

Il convient de noter ici que la capacité de Robinson d’avoir un accès sans entraves aux appels téléphoniques est probablement due au fait qu’il est un détenu civil. Cependant, cela montre le fossé qui sépare l’accès aux ressources d’un détenu à un autre, et le peu de ressources accordées à Assange en comparaison.

Swietoniowski a également déclaré que le gouverneur de Belmarsh avait ’ fait une exception pour moi ’ de rendre visite à Robinson lors d’une session de visite le vendredi 15 août au matin, et que le directeur de la prison travaillait avec ’nous’ (The Rebel Media) pour assurer que leurs visites à Belmarsh soient aussi ’positives que possible’. Ceci est expliqué dans les ’rapports de prison’ de The Rebel qui documentent leurs visites à Belmarsh.

Il convient également de noter que si le gouverneur a pris la décision de faire une exception pour un organe de presse qui a employé Robinson et qui peut toucher les partisans de Robinson – il y aura forcément des répercussions positives en termes de relations publiques pour Belmarsh, et par extension pour tous les fonctionnaires du gouvernement britannique impliqués dans le processus. Ils espèrent peut-être que les efforts de Belmarsh auront un écho favorable auprès des partisans de Robinson et contribueront à apaiser les menaces d’agitation que craint le gouvernement. De même, aux yeux de la base de soutien de droite de M. Robinson, le traitement globalement positif de M. Belmarsh à l’égard de M. Robinson pourrait avoir des répercussions positives sur le nouveau gouvernement conservateur et le cabinet dirigé par Boris Johnson, alors que le Parlement se dirige vers des élections générales. Il est raisonnable de considérer qu’il s’agit là d’un résultat prévisible du traitement publiquement favorable que le gouverneur a réservé à Robinson.

L’État, par l’intermédiaire de Belmarsh, tente-t-il de calmer les partisans d’un individu tout en refusant à un autre l’accès à la justice ? S’agit-il d’un programme fallacieux qui se déroule actuellement dans le cadre d’un système carcéral politisé ?

Le contraste frappant entre le traitement réservé par la prison à deux personnalités de premier plan, Robinson et Assange, est certainement évident. Bien que Robinson soit traité équitablement et légalement, Assange ne l’est pas.

 

John Pilger

@johnpilger

Visiting Julian in prison I glimpsed his barbaric treatment. Isolated, denied proper exercise, access to the library, a laptop, he cannot prepare his defence. He is even denied calls to his US lawyers. His UK lawyer wrote to the governor on 4 June. Silence. How lawless.

7,401 people are talking about this

Selon John Pilger, le directeur de la prison n’avait pas non plus répondu à la lettre envoyée par l’avocat d’Assange, Gareth Peirce, le 4 juin, à propos des restrictions imposées aux droits d’accès d’Assange.

Tout indique que l’État britannique, via la prison de Belmarsh, impose un régime de non-droit à Assange, qui se retrouve une fois de plus à se battre pour ses droits humains fondamentaux et le respect de la légalité en Grande-Bretagne.

[Deuxième partie – 3/10/2019]
Garder Assange en prison au nom des Néocons de Washington

La décision rendue le 13 septembre par la juge Vanessa Baraitser lors d’une ’audience technique’ devant le tribunal de première instance de Westminster signifie que, bien qu’Assange pouvait être libéré sur parole après avoir accompli la moitié de ce que les experts estiment être une peine disproportionnée de 50 semaines, il restera en prison pendant qu’il s’oppose à une extradition vers les États-Unis, un processus qui pourrait prendre de nombreuses années. Baraitser a justifié sa décision ainsi :

’j’ai de bonnes raisons de croire que si je vous libère, vous vous enfuirez à nouveau’

Elle a décrit son changement de statut comme suit :

’….de celui d’un détenu à celui d’une personne menacée d’extradition’

Selon la justice britannique, M. Assange fut initialement appréhendé et condamné à la prison parce qu’il avait ’violé la liberté surveillé’ en cherchant refuge et l’asile politique auprès de l’ambassade équatorienne de Londres. Malgré le fait que l’enquête initiale dans laquelle il était recherché pour interrogatoire par les autorités suédoises (et auquel il s’était conformé) avait été abandonnée, les tribunaux britanniques traitaient toujours Assange comme un criminel dangereux et le condamnaient comme tel. Les narratives contenues dans la déclaration de Baraitser, les injustices qui en découlent et les procédures entourant cette audience ont tous été soulignés et fermement condamnés. De plus, malgré le changement de statut d’Assange, il a jusqu’à présent été maintenu à Belmarsh.

Ces incohérences devraient soulever de sérieux doutes quant au fonctionnement objectif et conforme aux normes juridiques nationales et internationales du système judiciaire britannique.

Le « risque de fuite »

Le rapport d’inspection 2018 du gouvernement décrit Belmarsh comme suit :

« Probablement la prison la plus prestigieuse du Royaume-Uni, elle contenait un mélange extrêmement complexe d’hommes. Il y avait des jeunes adultes et des hommes à faible risque semblables à ceux détenus dans d’autres prisons locales, mais aussi plus de 100 condamnés à une peine d’une durée indéterminée et d’autres détenus pour les infractions les plus graves. »

Dans une récente interview, John Shipton, le père d’Assange, a expliqué qu’Assange était un détenu de catégorie ’B’. Cependant, comme on peut le voir, l’infraction de 2012 d’Assange en rapport à sa liberté surveillée fait partie des critères applicables aux détenus de catégorie C. Selon les données du Conseil de la détermination des peines, seule une minorité d’affaires aboutit à des peines privatives de liberté. Les critères de la catégorie C sont expliqués comme suit :

….vous avez pris la fuite, omis de vous rendre, violé la liberté sous caution, un couvre-feu de détention à domicile ou une libération avec permis temporaire au cours des trois dernières années…

Il est important de noter que ’omis de se rendre’ n’est pas la même chose que s’évader ou prendre la fuite. Si le récit de la fuite est utilisé pour maintenir Assange en détention provisoire c’est aussi un mécanisme juridique pratique pour le maintenir dans la catégorie A à Belmarsh.

Mais nous ne devons pas laisser le récit de Baraitser sur le risque de fuite nous faire croire que c’est ainsi que les choses sont censées fonctionner. Comme nous l’avons déjà souligné, chaque année plusieurs milliers de personnes au Royaume-Uni échappent à leur liberté surveillée – sans se retrouver à la prison de Belmarsh. Il existe une distinction claire entre ceux qui ne se rendent pas à un poste de police et les individus dangereux qui s’échappent d’une garde à vue. Le cadre de sécurité nationale du gouvernement pour les prisons définit les détenus de catégorie A comme suit :

’Un détenu de catégorie A est un détenu dont l’évasion serait très dangereuse pour le public, la police ou la sécurité de l’État, et pour qui l’évasion doit être rendue impossible.

…le potentiel d’évasion n’aura normalement pas d’incidence sur l’examen de la pertinence de la catégorie A, parce que la définition porte sur la dangerosité du détenu s’il s’est évadé et non sur la probabilité qu’il s’évade et, de toute façon, il est impossible de prévoir toutes les circonstances dans lesquelles une évasion peut survenir.’

Parce qu’il fut condamné en avril 2019 pour une infraction mineure, Assange ne pouvait être traité pendant très longtemps comme un détenu de catégorie A. Comment est-ce possible ? La décision du juge Baraitser d’ordonner la détention provisoire d’Assange ’en tant que personne menacée d’extradition’ avec le récit selon lequel ’il s’enfuirait’ ne devrait pas servir de prétexte pour le soumettre à une détention illimitée dans une prison de catégorie A, où il a été démontré que l’accès à la justice est refusé.

De délinquant mineur à criminel dangereux

Quelle que soit votre catégorie, une fois à Belmarsh, vous êtes soumis à de sévères restrictions. C’est un point qui a été soulevé à maintes reprises dans les rapports gouvernementaux. Suite à une inspection gouvernementale en 2013, le texte suivant a été rédigé :

’L’accent mis sur la sécurité dont HMP Belmarsh avait besoin pour son petit groupe de détenus à haut risque avait un impact disproportionné sur sa population plus générale….

…de nombreuses mesures de sécurité supplémentaires n’étaient nécessaires que pour un petit nombre de détenus sur la base de leur catégorie de sécurité, mais la sécurité pourrait devenir une explication fourre-tout des faiblesses et des insuffisances des résultats pour les détenus de catégorie inférieure…’.

En 2018, un rapport de la Chambre des communes sur la santé dans les prisons décrivait comme suit les effets des mesures sévères de sécurité à Belmarsh :

« La population est très hétérogène, allant des détenus de catégorie A aux détenus de catégorie D. Cependant, seuls les détenus à très haut risque sont susceptibles de rester longtemps, car les délinquants peuvent venir à Belmarsh avant d’être transférés dans d’autres prisons. Au moment de notre visite, Belmarsh comptait plusieurs détenus de catégorie D, en raison de problèmes de placement, qui sont gérés avec le même niveau de sécurité que les détenus de catégorie A. »

Le gouvernement reconnaît que les prisonniers qui se rendent à Belmarsh, peu importe leur crime ou leur catégorie, sont soumis à des restrictions de sécurité de catégorie A. Le gouvernement britannique qui poursuit Assange depuis près d’une décennie peut compter sur Belmarsh pour lui infliger une ’expérience de détention intense’ où les restrictions sécuritaires peuvent entraver l’accès à la justice et la capacité de se préparer à sa défense, tout en niant sa capacité à l’autodétermination.

Comment le gouvernement britannique peut-il s’en tirer en imposant la peine la plus sévère possible à quelqu’un qui a commis l’infraction la plus mineure mais qui a aussi embarrassé le gouvernement et ses alliés ? Comment le faire en plein jour tout en le faisant paraître légal ? La réponse est le camouflage : des centaines, des milliers d’hommes, qui ne représentent aucune menace pour le public, ont franchi les portes de la prison de Belmarsh et ont été soumis à de fortes restrictions de sécurité – où tous les prisonniers sont traités comme s’ils étaient de dangereux criminels. C’est devenu la norme, même si le gouvernement lui-même reconnaît que la sécurité est disproportionnée. En se débarrassant d’Assange, quoi de mieux que de le piéger dans un tel endroit, où les questions d’équité et de proportionnalité du traitement peuvent être justifiées comme conséquences des mesures de sécurité.

Plus tard, lorsque sa punition extrême pour avoir enfreint la liberté surveillé prendra fin, l’État britannique pourrait le garder jusqu’à ce qu’une occasion se présente de le rendre à l’allié le plus puissant de la Grande-Bretagne, où Assange croit qu’il perdra la vie à moins que les conditions difficiles auxquelles il est actuellement soumis ne le tuent pas avant.

L’emploi de Belmarsh comme bourreau d’Assange, tout en portant le masque de la bonne gouvernance, est très efficace. Dans une récente interview, Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de Wikileaks, a rapporté que les avocats représentant les prisonniers de catégorie A à Belmarsh ont affirmé que les conditions dans lesquelles Assange est détenu étaient plus sévères que celles des criminels violents qu’ils représentent.

C’est comme si le gouvernement britannique comptait sur les défaillances et la disproportionnalité de son institution la plus sévère pour devenir la norme et échapper à tout contrôle.

Le prisonnier exceptionnel : Assange enfermé à Belmarsh plus longtemps que le meurtrier moyen ?

En plus des directives gouvernementales, des inspections et des conclusions parlementaires, les statistiques démontrent également qu’Assange pourrait faire l’objet d’un traitement exceptionnel.

Les détenus ne relevant pas de la catégorie A sont généralement transférés de Belmarsh dans les mois qui suivent. Son rapport d’inspection de 2018 montre que sur 769 détenus (âgés de plus de 21 ans), 120 seulement étaient encore là après un an. De ce nombre, six seulement n’avaient pas été condamnés (en détention provisoire), tandis qu’aucun détenu non condamné n’y a passé plus de deux ans.

De même, le rapport d’inspection de 2015 montre que sur 808 hommes, seuls 112 (âgés de plus de 21 ans) y sont restés après un an, dont 8 seulement n’avaient pas été condamnés. Un seul prisonnier non condamné était encore détenu après 2 ans. Rien n’indique si les personnes non condamnées l’ont finalement été, une catégorie de détention préventive qui s’applique maintenant à Assange, en vertu des dispositions de la loi de 1989 sur l’extradition et de la loi de 1965 sur l’exécution des mandats d’arrêt.

Il apparaît clairement que Belmarsh n’est ni équipé ni adapté pour garder des détenus non classés dans la catégorie A pendant de longues périodes, en particulier ceux en détention préventive. Le rapport de 2018 souligne que même les criminels dangereux ne devraient pas être gardés à Belmarsh pendant de longues périodes (indiquées comme étant plus d’un an) :

Belmarsh n’a pas été mis en place pour gérer des détenus condamnés pour une longue période.’

La décision de Baraitser signifie qu’Assange ne sera pas libéré pendant qu’il son combat contre l’extradition vers les États-Unis, mais qu’il restera enfermé en tant que personne menacée d’extradition, jusqu’à ce qu’il gagne son procès ou soit extradé vers les États-Unis. Toutefois, l’équipe juridique d’Assange a fait remarquer que cette affaire pourrait durer de nombreuses années.

Cela signifie-t-il qu’Assange pourrait passer des années à languir dans une prison de catégorie A, un prisonnier non condamné qui ne présente aucun danger pour le public, alors que certains des criminels les plus dangereux et les plus violents du pays ne feront que passer ? Si Assange devait être maintenu à Belmarsh, ce serait probablement le cas. Lors d’une conférence de presse cette semaine, John Shipton a expliqué que la lutte de son fils contre l’extradition vers les États-Unis pourrait prendre jusqu’à cinq ans, si elle aboutit devant la Cour européenne des droits de l’homme.

L’isolement pour soins de santé : un récit trop commode

Bien qu’il soit déjà soumis à d’intenses restrictions qui violent ses droits humains fondamentaux, Assange est également soumis au dur régime d’isolement résultant de son incarcération en tant que patient hospitalisé dans l’unité de soins. Les unités de soins offrent un autre moyen d’isoler une personne – de la même manière que la sécurité peut être utilisée pour justifier le déni des droits des détenus. L’isolement dans les établissements pénitentiaires est largement reconnu comme un problème réel, comme le soulignent les instructions de l’administration pénitentiaire sur la foi et les soins pastoraux publiées par le gouvernement :

Un membre de l’équipe d’aumônerie doit rendre visite quotidiennement aux détenus dans le centre de soins. Non seulement il s’agit d’une exigence légale, mais elle reconnaît aussi que les détenus qui reçoivent des soins de santé peuvent souvent se sentir isolés ou déprimés. Ils sont normalement retirés de la routine de la vie carcérale et exclus de l’accès à de nombreuses activités.

Les unités de soins hospitaliers sont des environnements complexes et difficiles. Ils peuvent justifier l’isolement comme mesure préventive, par exemple en cas de maladie infectieuse. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Le rapport d’inspection Belmarsh de 2018 réalisé par le Conseil de surveillance indépendant souligne que les patients hospitalisés sont régulièrement laissés dans leur cellule en raison des nombreuses exigences liées à l’instabilité et à la fragilité des ’patients hospitalisés en santé mentale’, une situation aggravée par un manque de personnel :

Ce qui préoccupe le conseil d’administration, c’est le nombre élevé de patients hospitalisés en santé mentale, de patients « multi-unlock » [ traduction ? NdT] des patients sous surveillance constante. A titre d’exemple, chaque patient sous surveillance constante nécessite un membre du personnel dédié pour le surveiller. Les soins supplémentaires dont ces patients ont besoin affectent le régime de santé et d’autres secteurs de la prison lorsque le personnel doit être mobilisé pour leur apporter un soutien’.

Ainsi, l’isolement est présenté comme une routine dans le système de santé carcéral, expliquée par le manque de personnel, et comme une question de santé et de sécurité. La situation décrite ci-dessus n’est pas satisfaisante en soi, mais n’explique pas le niveau d’isolement que connaît Assange à l’intérieur de l’unité de santé de Belmarsh. Une visiteuse d’Assange, Felicity Ruby, a récemment rapporté qu’il semble y avoir un régime de séparation planifiée :

« Il explique qu’il est transporté à l’intérieur et à l’extérieur de sa cellule, où il est détenu pendant vingt-deux heures par jour dans le cadre de ce que l’on appelle des ’déplacements contrôlés’, ce qui signifie que la prison est fermée à clé et les couloirs sont évacués. »

[note du traducteur : voir compte-rendu de Felicity Ruby en français : https://www.les-crises.fr/assange-derriere-les-barreaux/ ]

Belmarsh tenterait sans doute de fournir un récit sur la sécurité ou la procédure pour justifier cela, mais l’isolement d’Assange a été constant et continu pendant une longue période de temps. En août, John Pilger a révélé qu’Assange n’était pas autorisé à fraterniser avec d’autres détenus pendant les périodes d’activités communes :

«  Ils semblent lui imposer un régime – qui doit être punitif – d’isolement. Il est dans l’aile de santé – ce qu’on appelle l’aile de santé – de la prison de Belmarsh, mais il est dans une seule cellule et il m’a dit : ’ Je vois des gens passer et j’aimerais bien leur parler, mais je ne peux pas ’. Les prisonniers de catégorie A, les meurtriers et les autres personnes qui ont commis des crimes graves sont autorisés à fraterniser. Julian n’a pas le droit de fraterniser. Il n’a même pas le droit de téléphoner à ses avocats américains… »

Plus récemment, dans une autre interview, John Shipton a expliqué qu’Assange est autorisé à assister à la messe catholique, sinon il ne verrait jamais d’autres détenus. Il est important de noter que la pratique de la religion est un droit humain ; ce n’est pas la même chose que la participation à des activités communes, et elle s’exerce sous contrôle.

Le traitement constant doit certainement indiquer qu’un régime a été imposé pour restreindre autant que possible l’interaction d’Assange avec les autres prisonniers, tandis que la seule concession au culte protège les autorités d’une nouvelle controverse publique. C’est là que les processus administratifs de Belmarsh assurent une fonction indirecte de relations publiques.

Assange n’est pas un prisonnier condamné qui purge une peine, mais un prisonnier non condamné qui est innocent.

N’étant plus un prisonnier, les droits et ’privilèges’ d’Assange ont changé. En tant que personne menacée d’extradition, il aurait droit aux conditions énoncées dans l’ordonnance no 4600 de l’Administration pénitentiaire. Voici quelques-uns des droits particuliers accordés aux détenus non condamnés :

  • Avoir accès à ses frais à des livres, journaux, matériel d’écriture et autres moyens d’occupation.
  • Avoir des objets pour des activités et passe-temps dans sa cellule remis par des parents ou des amis ou achetés.
  • Exercer des activités commerciales
  • Porter ses propres vêtements, sauf s’ils soint jugés inappropriés ou inadaptés.
  • Être suivi par son propre médecin ou dentiste agréé, à ses propres frais.
  • Recevoir autant de visites qu’il le souhaite, dans des limites raisonnables. Les détenus non condamnés ont le droit de recevoir autant de visites qu’ils le souhaitent (la politique de l’administration pénitentiaire exige au minimum que les établissements leur accordent trois heures de visite par semaine).

L’association caritative Prisoners’ Advice Service souligne également que les détenus non condamnés ont le droit de dépenser plus d’argent par semaine.

Il apparaît que, très souvent, les détenus en détention provisoire ne reçoivent pas les choses auxquelles ils ont droit, pour diverses raisons. Il est raisonnable de s’attendre à ce que des restrictions soient imposées à Assange et qu’il faudra une pression publique pour les faire tomber. Toutefois, il convient également de rappeler que Belmarsh a fait tout ce qui était en son pouvoir pour accommoder certains prisonniers très en vue et qu’il a démontré publiquement qu’il pouvait s’assurer que les droits et les droits des prisonniers soient respectés. En quittant Belmarsh le vendredi 13 septembre, le jour où Assange s’est vu refuser sa sortie de prison, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), fondateur de la English Defence League, est sorti de la prison de Belmarsh en disant qu’il n’avait rien de ’négatif’ à dire sur le gouverneur. (…) Dans chaque article publié, M. Robinson aurait félicité le gouverneur pour son soutien, notamment en veillant à ce qu’il reçoive plusieurs visites sociales par semaine, ce qui était permis, puisqu’il était un détenu civil condamné.

Maintenant qu’Assange est un prisonnier non condamné, toute personne raisonnable s’attendrait à ce que l’administration pénitentiaire l’aide à obtenir son plein droit de visite, l’accès sans entrave à la justice et tous les autres droits auxquels il a droit en vertu de son ’statut spécial de prisonnier’ d’homme innocent détenu à Belmarsh.

Belmarsh : un hommage symbolique à l’empire américain

Alors pourquoi Julian Assange est-il toujours à la prison de Belmarsh, détenu dans les circonstances les plus oppressantes, isolé et privé des droits fondamentaux d’accès à la justice ? C’est un prisonnier non condamné, il ne représente aucune menace pour la sécurité publique, et son « passé d’évasion » consiste uniquement à avoir demandé et obtenu l’asile politique par crainte d’être persécuté par le gouvernement américain qui le poursuit pour des accusations spécieuses d’espionnage. Compte tenu de tout cela, il est difficile de voir comment un journaliste ou un politicien honnête peut défendre ce que les gouvernements britannique et américain font subir à Assange.

La façon dont le gouvernement britannique a poursuivi Assange fut audacieuse et ostentatoire. Nous avons été témoins de l’exhibition embarrassante de bataillons de policiers métropolitains en uniforme, debout devant l’ambassade de l’Équateur pendant des années, gaspillant des fonds publics indicibles. Et tout cela pour quelqu’un qui n’a jamais été accusé d’un crime, mais dont le travail journalistique a embarrassé les États-Unis.

Les propres normes du gouvernement montrent qu’Assange est traité de manière disproportionnée et qu’il ne peut rester à Belmarsh. Il est possible qu’il puisse être transféré dans une prison de catégorie inférieure, ce qui serait certainement bénéfique à condition qu’il ait pleinement accès à ses avocats et qu’il ait tous les droits des détenus : mais ce serait toujours une détention arbitraire.

Son incarcération à Belmarsh n’est devenue rien de plus qu’un ’show’ ostentatoire destiné à renforcer le récit que ce journaliste primé est en quelque sorte une menace pour le public et à impressionner les néoconservateurs de Washington.

Nina CROSS

1ère partie : https://21stcenturywire.com/2019/08/28/julian-assange-deprivation-of-j…

2ème partie : https://21stcenturywire.com/2019/10/03/britains-unconvicted-prisoner-k…

Traduction « ah, la scène de la Reine dans Alice au Pays des Merveilles… » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/julian-assange-privation-de-justice-et-double-standard-a-la-prison-de-belmarsh-21st-century-wire.html

[Moment rare] Interdit d’interdire : Olivier Berruyer et Jean-Michel Aphatie – Information ou propagande ?

Un échange rarissime, et intéressant, sur RT (forcément) (puisque c’est presque le dernier grand média libre du pays) :

On y parle des violences policières très mal couvertes par les gens comme Apathie, des critiques de l’UE et de l’euro pas couvertes non plus par Apathie et ses complices, de pluralisme de la presse en danger, du fléau de la traque gouvernementale aux opposants via les dernières lois comme celle sur les « fake news », et de la dérive autoritaire du régime Macron sous l’œil indifférent de des prétendus « journalistes » (incapables de dire du mal de Big Brother Macron et des ravages qu’il cause au pays).

On y parle d’Assange, de son emprisonnement pour avoir révélé des choses vraies, des protestations de l’ONU et des ONG contre les mauvais traitements qu’on lui inflige, et du silence de la presse française sur ce point (avec la technique fourbe de la page 27) : je trouve scandaleux le mépris assumé d’Apathie pour la torture du journaliste Julian Assange ; au moins, ici, c’est prouvé. Il y a des gens à qui le qualificatif d’ennemi du peuple va comme un gant (de fer).

On y parle aussi du RIC, outil démocratique par excellence dans un système de domination parlementaire : je trouve aussi scandaleuse l’incompétence crasse d’Apathie sur ce sujet, dont il ose pourtant parler avec aplomb un peu partout. Apathie essaie (deux fois) de se servir des controverses qu’il entretient lui-même sur Chouard comme épouvantail à moineaux pour détourner les regards du RIC ; mais Olivier esquive bien.

Apathie évoque même les ateliers constituants populaires (en soulignant qu’il aime beaucoup le droit constitutionnel), mais c’est pour les trouver absolument ridicules (sans le moindre argument bien sûr).

Merci à Frédéric Taddéi d’organiser des moments comme celui-là. Merci à Carla Costantini, surtout 🙂

Amitiés à tous.

N’oubliez pas de faire des ateliers constituants tous les jours, avec vos voisins, avec vos copains, avec vos frangins, avec vos cousins… Vous allez progressivement (et sans l’aide d’aucun chef) devenir tous très bons pour écrire le contrat de travail de vos représentants. Et, le moment voulu, c’est ça qui va tout changer.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157268745642317

[Entretien TED historique, à ne pas oublier et à faire connaître partout] Julian Assange : pourquoi le monde a besoin de WikiLeaks

À écouter plusieurs fois, dont une fois le crayon à la main, pour apprécier, goûter, la pensée, l’action, le courage, la voix, le regard, le sourire, et finalement l’importance de ce journaliste exemplaire.
Penser à activer les sous-titres français, puis penser à les retirer pour se concentrer sur l’image et sur le son original)

Un nouveau VOYAGE À LONDRES (pour soutenir Julian) est prévu le 12 juin :

https://yurplan.com/event/Soutien-Julian-Assange-le-12-06-2019-a-Londres/44517?fbclid=IwAR22DjEO56u1IBuvLVuU2jS-N9iLINUmYkYe-mVrgxoVs78KCu1rtfBHJEs#/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157197405232317

Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même (Caitlin Johnstone, sur Le Grand Soir)

Pour être à l’heure à Paris ce soir chez @Sud radio avec Didier Maisto pour ce prochain Jeudi Chouard (émission qui sera avec Michel Collon, précisément sur la diabolisation des opposants politiques), je reviens vite de Londres, où j’ai retrouvé 80 gilets jaunes français venus comme moi par la route dans la nuit pour défendre Julian Assange, journaliste lanceur d’alerte qui va être déporté vers un camp de torture de l’empire américain (qui l’ordonne à sa colonie anglaise).

Je profite de cet événement dramatique (la déportation d’un journaliste vers la torture par la patrie même qui a inventé et défendu le libre journalisme comme contre-pouvoir fondateur de la liberté) pour rappeler un texte important, à connaître et à faire connaître : à dupliquer et à distribuer et à afficher, dans votre entreprise, dans votre salon, dans toutes les stations de bus et de métro, etc..

Bon courage à tous et merci pour ce que vous faites pour le bonheur et pour la liberté.

Étienne.

———

Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même

Caitlin JOHNSTONE

La mère de Julian Assange a rapporté hier que le fondateur de WikiLeaks n’a pas été autorisé à recevoir de visiteurs pendant sa détention à la prison de Belmarsh, y compris des médecins et ses avocats. Les médecins qui ont visité Assange à l’ambassade de l’Équateur ont attesté qu’il avait un besoin urgent de soins médicaux. Belmarsh est une prison de haute sécurité, parfois appelée le « Guantanamo Bay du Royaume-Uni ».

Et pourtant, on nous demande de croire que cela a quelque chose à voir avec une prétendue violation de la liberté sous caution et une demande d’extradition US pour des crimes informatiques présumés passibles d’une peine maximale de cinq ans. Si vous faites un zoom arrière et écoutez les bavardages moins éclairés des propagandistes et des consommateurs des médias de masse occidentaux, vous constaterez aussi que les gens croient que cela aurait quelque chose à voir avec la Russie et des accusations de viol.

En fait, rien de tout cela n’est vrai. Assange est emprisonné dans des conditions draconiennes pour son journalisme, et uniquement pour son journalisme. L’administration Obama s’est abstenue de le poursuivre après la publication des fuites de Manning par WikiLeaks, craignant que cela ne mette en danger la liberté de la presse, et l’administration Obama n’avait pas plus de preuves à sa disposition que l’administration Trump n’en a aujourd’hui. Le « crime » dont est accusé Assange n’est rien d’autre que les pratiques journalistiques habituelles des journalistes d’investigation, y compris la protection des sources et l’encouragement de ces dernières à obtenir davantage de matériel. La seule chose qui a changé, c’est que la Maison-Blanche est de plus en plus disposée à poursuivre les journalistes qui pratiquent le journalisme, et il y a de nombreuses raisons de croire qu’une fois extradé aux Etats-Unis, il fera l’objet d’accusations beaucoup plus graves. Ils ne se donnent pas tout ce mal pour une violation de la liberté sous caution et une peine maximale de cinq ans.

Mais si vous faites encore un zoom arrière, dans le grand schéma des choses, cela n’a presque rien à voir avec Assange. Bien sûr, Assange a été une épine dans le pied de ceux qui dirigent l’alliance transnationale des puissances occidentales, et s’ils avaient le choix, ils préféreraient évidemment le voir en prison ou mort plutôt que libre et vivant. Mais ce n’est pas pour cela que les gens d’influence corrompus qui étranglent notre monde se démènent. Ils veulent s’emparer de quelque chose de beaucoup, beaucoup plus gros. Assange n’est qu’une étape sur cette voie.

Comme je l’ai déjà écrit, la persécution d’Assange vise en fait à créer un précédent juridique qui permettra au gouvernement US d’emprisonner des journalistes qui tenteraient de lui demander des comptes en faisant du journalisme. La raison pour laquelle vous voyez à présent l’expression « Assange n’est pas un journaliste » constamment bêlée partout dans le monde par les laquais de l’empire est qu’ils ont besoin d’un contre-narratif. Le fait indiscutable est que ce précédent constituera une menace pour les journalistes du monde entier, leur contre-argument est donc qu’Assange n’est pas un journaliste (ce ne sont que des conneries, soit-dit en passant), et que cela ne créera donc pas un précédent pour les journalistes. Comme si leur définition personnelle de ce qu’est un « vrai journaliste » sera la même que celle du gouvernement US pour déterminer s’il convient ou non de poursuivre quelqu’un pour des actes similaires à ceux d’Assange. La définition du journalisme selon le gouvernement US sera celle qui lui conviendra.

Mais pour avoir une vue d’ensemble de ce que ces salauds veulent faire, nous devons faire encore un zoom arrière.

Dans le roman de science-fiction Ender’s Game [La Stratégie Ender – NdT], le jeune protagoniste frappe violemment un autre garçon qui le tyrannisait, et le tue. Lorsque ses supérieurs lui demandent d’expliquer son geste, le garçon, qui a été élevé et formé pour devenir un savant stratégique, explique qu’il ne l’a pas fait par malice envers le tyran, ni même pour gagner le combat, mais pour gagner tous les combats futurs. Si les enfants à l’école voient de quelle sauvagerie il est capable et savent qu’il ne faut pas l’embêter, il n’aura plus jamais à combattre.

Si ça vous paraît un peu sociopathique, c’est parce que ça l’est. Et, avec la différence notable que les rôles du tyran et de la victime sont inversés, c’est exactement le principe que nous voyons être appliqué à Assange.

Le monde entier voit le traitement infligé à Assange. Peu importe à quel point votre cerveau est lavé, peu importe si vous détestez cet homme ou non, vous voyez. Et vous en tirez une leçon. Et cette leçon est la suivante : si vous faites quelque chose de similaire, vous subirez le même sort. C’est là le véritable objectif de la persécution d’Assange, et cela n’affecte pas seulement un éditeur australien enfermé dans une cellule britannique, ni même les journalistes d’investigation du monde entier qui sont intéressés à pratiquer l’art perdu de demander des comptes au pouvoir en faisant du journalisme, mais tous ceux qui consomment les médias.

Et ça marche. Je sais que ça marche parce que ça marche avec moi. Si vous avez des informations qui incriminent les personnes les plus puissantes du monde, je vous le dis tout net, gardez-les pour vous. Donnez-les à quelqu’un d’autre, littéralement à n’importe qui d’autre, parce que je suis moi-même beaucoup trop lâche et j’ai beaucoup trop à perdre en m’impliquant dans tout ce qui pourrait me conduire à pourrir dans une cellule de prison à l’étranger. J’ai des enfants. Je suis amoureuse. Je ne peux pas et ne veux pas m’engager dans cette voie. Et si c’est vrai pour moi, je sais avec certitude que c’est vrai aussi pour d’innombrables autres. Ils ont brutalisé les lanceurs d’alerte au point que cela a certainement eu un effet dissuasif sur ceux qui, autrement, pourraient devenir des sources de fuites importantes. Et maintenant, ils brutalisent aussi les journalistes qui publient ces fuites. Les chances qu’une personne prête à dénoncer un pouvoir rencontre un journaliste disposé à l’aider tendent rapidement vers zéro.

Ils essaient de gagner ce combat contre Assange d’une manière brutale pour s’assurer qu’ils gagneront tous les combats futurs.

C’est pourquoi il est absolument stupide qu’une conversation se focalise sur Assange, l’homme, que ce soit pour en dire du mal ou du bien.

L’autre jour, j’ai publié un méga-article attaquant les principales calomnies que j’ai relevées sur Assange. Il y en a 27 au total jusqu’à présent, et j’en ajouterai bientôt d’autres. Cette montagne de calomnies existe parce qu’au lieu de prêter attention aux dangers qui façonnent le monde et qui menacent de rendre impossible toute opposition aux dirigeants de l’empire US qui nous entraînent vers l’extinction ou la dystopie, les gens parlent de la personnalité d’Assange, s’il a nettoyé ou non la litière de son chat à l’ambassade .

Le revers de la médaille, ce sont les gens qui se fixent sur Assange en tant que héros, ce qui peut bien sûr aider à attirer l’attention sur son sort et donc présenter un certain avantage, mais en fin de compte, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. C’est beaucoup, beaucoup plus grand qu’Assange, et nous devons nous y opposer pour des raisons qui sont beaucoup, beaucoup plus importantes que le caractère d’un homme qui, selon ce que nous aurions lu, serait sympathique ou non.

Ne perdez jamais de vue ceci : l’intimidation des lanceurs d’alerte et des éditeurs menace d’éradiquer la vérité sur les comportements de notre espèce, abandonnant ainsi notre destin aux caprices des plus puissants. Les personnes les plus puissantes sont celles qui se consacrent le plus à la recherche du pouvoir, celles qui sont assez sociopathes pour marcher sur la tête de n’importe qui et faire tout ce qu’il faut pour obtenir le plus de contrôle possible sur le plus d’êtres humains possible. Si nous permettons à la vérité d’être intimidée et réduite au silence, c’est à eux que nous confierons les commandes de notre monde.

Et ne perdez jamais de vue ceci non plus : avec l’emprisonnement et la persécution de Julian Assange, tous ces oppresseurs sociopathes se sont démasqués. Ils ont arraché le masque de Big Brother et révélé leurs âmes sombres. Si cet attachement soudain aux détails juridiques du protocole de mise en liberté sous caution et du protocole de protection des sources journalistiques ressemble en tous points à la persécution d’un journaliste pour avoir publié des faits, c’est parce que c’est exactement le cas. Ne laissez personne vous faire croire le contraire, et ne manquez pas cette occasion rare de montrer à vos semblables comment nos oppresseurs viennent de révéler leur véritable nature.

Caitlin Johnstone

Source : Le Grand Soir (site important à consulter souvent) :
https://www.legrandsoir.info/le-proces-de-julian-assange-est-infiniment-plus-grand-qu-assange-lui-meme.htmlq+

Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, sur Sud Radio : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? » avec Jean Bricmont et Ronald Mazzoleni

Plus que jamais en retard sur tout, je vous confirme le jour-même que la 6ème émission de « Jeudi Chouard, les citoyens constituants ont la parole », ce 18 avril 2109 à 20 h sur les chaînes Youtube et Facebook de Sud radio, sera consacrée à la question « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? », et que j’aurai le plaisir de recevoir deux chers amis belges : Jean Bricmont (physicien, grand connaisseur de Noam Chomsky et philosophe rigoureux sur la liberté d’expression) et Ronald Mazzoleni (commentateur passionnant du blog).

J’ai bon espoir de rédiger avec eux un bon article de constitution d’origine citoyenne sur ce point précis de la liberté d’expression des citoyens d’un pays démocratique.

J’espère qu’on pourra prendre quelques unes de vos questions (c’est vraiment difficile, quand il y a un invité, de s’en détacher).

Pendant la première heure (« Y’a du peuple, seul contre tous » à 19h), je serai avec Élisabeth Lévy, d’abord d’abord autour de l’actualité (on voit venir l’incendie de Notre Dame de Paris…), et ensuite autour de ce thème de l’importance d’une vraie liberté d’expression, aussi bien pour protéger les opposants et une presse pluraliste contre les pouvoirs politiques, que pour protéger les lanceurs d’alertes contre les pouvoirs économiques.

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.


Ressources, texes et citations utiles :

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 10
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Source : Conseil constitutionnel


Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, Article 11 – Liberté d’expression et d’information
1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.
2. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés.
https://fra.europa.eu/fr/charterpedia/article/11-liberte-dexpression-et-dinformation


« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré. » Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »


Pourquoi nous voulons abolir le délit d’opinion ?

La liberté d’expression est une valeur humaine dans sa liberté même de dire l’inhumain. Les opinions racistes, xénophobes, sexistes, sadiques, haineuses, méprisantes ont autant le droit de s’exprimer que les nationalismes, les croyances religieuses, les idéologies sectaires, les clans corporatistes qui les encouragent ouvertement ou sournoisement selon les fluctuations de l’ignominie démagogique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gayssot de 1992, s’en prennent au « puéril revers des choses » sans toucher aux causes. Elles exorcisent le mal au lieu de le prévenir et de le guérir. Elles substituent la sanction à l’éducation. Ce ne sont pas les propos qui doivent être condamnés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les discours ignominieux du populisme qui doivent faire l’objet de poursuites ‐ sans quoi il faudrait dénoncer aussi leur imprégnation sournoise et leur présence masquée dans les déclarations démagogiques de la politique clientéliste et bien‐pensante ‐, ce sont les violences à l’encontre des biens et des personnes, perpétrées par les sectateurs de la barbarie.

Le sens commun montre qu’il est inconséquent d’interdire Mon Combat de Hitler, Bagatelles pour un massacre de Céline, les Protocoles des sages de Sion, ou les ouvrages révisionnistes, et de tolérer par ailleurs les propos misogynes de Paul de Tarse et du Coran, les diatribes antisémites de saint Jérôme et de Luther, un livre truffé d’infamies comme la Bible, l’exhibition complaisante des violences qui forment la matière ordinaire de l’information, l’affichage omniprésent du mensonge publicitaire et tant de contrevérités historiques, entérinées par l’histoire officielle. Mieux vaut ne pas l’oublier : une fois instaurée, la censure ne connaît pas de limites, car la purification éthique se nourrit de la corruption qu’elle dénonce.

On ne combat pas et on ne décourage pas la bêtise et l’ignominie en leur interdisant de s’exprimer : la meilleure critique d’un état de fait déplorable consiste à créer la situation qui y remédie. La bêtise, l’infamie, la pensée ignoble sont les sanies d’une sensibilité blessée.  Les empêcher de s’écouler, c’est envenimer la blessure au lieu d’en diagnostiquer les causes afin d’y porter remède. Si nous ne voulons pas qu’une aberration finisse par infecter le tissu social comme une tumeur maligne, nous devons la reconnaître pour ce qu’elle est  : le symptôme d’un malaise dans l’individu et dans la société.

Ce n’est pas le symptôme qui est condamnable, c’est notre peu
d’empressement à éradiquer des conditions qui propagent le prurit, l’abcès, la peste. Au souci d’écraser l’infâme, mieux vaut seconder le désir de vivre mieux ‐ c’est‐à‐dire plus humainement.

Raoul Vaneigem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.


Dans les États qui juxtaposent à la puissance législative des Chambres la possibilité de demandes populaires de référendums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’acquisition du pouvoir de prononcer le rejet ou l’adoption définitive des décisions parlementaires.

Du coup le Parlement se trouve ramené au rang de simple autorité : il ne représente plus la volonté générale que pour chercher et proposer l’expression qu’il convient de donner à celle-ci ; il ne remplit ainsi qu’office de fonctionnaire.

Le véritable souverain c’est alors le peuple.

Carré de Malberg, dans un article de 1931 « Référendum Initiative populaire », cité Dans « La démocratie locale et le référendum » de Marion Paoletti, chez l’Harmattan page 89.


La liberté de la presse, c’est la liberté pour la presse de ne pas être un métier.
Marx.


« Sous le gouvernement représentatif, surtout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de représentants, l’exercice de ce droit sacré [la libre communication des pensées entre les citoyens] est la seule sauvegarde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les représentants peuvent mettre leur volonté particulière à la place de la volonté générale, il est nécessaire que la voix de l’opinion publique retentisse sans cesse autour d’eux, pour balancer la puissance de l’intérêt personnel et les passions individuelles ; pour leur rappeler, et le but de leur mission et le principe de leur autorité.

Là, plus qu’ailleurs, la liberté de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de ramener le législateur à la règle unique de la législation. Si vous l’enchaînez, les représentants, déjà supérieurs à toute autorité, délivrés encore de la voix importune de ces censeurs, éternellement caressés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les propriétaires ou les usufruitiers paisibles de la fortune et des droits de la nation ; l’ombre même de la souveraineté disparaît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indestructible de toutes les tyrannies ; c’est alors qu’il est au moins difficile de contester la vérité de l’anathème foudroyant de Jean-Jacques Rousseau contre le gouvernement représentatif absolu. »

Robespierre, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, 17 juin 1792.


« Ou tu défends la liberté d’expression pour des opinions que tu détestes, ou tu ne la défends pas du tout. Même Hitler et Staline étaient ravis de défendre la liberté d’expression pour des idées qui leur convenaient. Voilà les enjeux essentiels. Pour pouvoir éluder ce débat, il y a toujours le flot de mensonges habituels. » Noam Chomsky


« Quant à la liberté de penser, on dit vrai dans une large mesure quand on dit que sans elle il n’y a pas de pensée. Mais il est plus vrai encore de dire que quand la pensée n’existe pas, elle n’est pas non plus libre. » Simone Weil.


« On mesure le degré de liberté d’une société non pas à la façon dont elle traite les bons citoyens, obéissants et conformistes mais à la façon dont elle traite ses dissidents et ceux qui résistent à l’orthodoxie. » Alexandre Astier.


« Il y a dans la Constitution du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait délicieux : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent. » (Article 9.) »
Catherine Baker, « Insoumission à l’école obligatoire » (1995), p22.


« La liberté n’est pas menacée seulement par les régimes totalitaires ou autoritaires. Elle l’est aussi, de manière plus cachée mais non moins forte, par l’atrophie du conflit et de la critique, l’expansion de l’amnésie et de l’irrelevance, l’incapacité croissante de mettre en question le présent et les institutions existantes. » Cornélius Castoriadis, « La « fin de la philosophie » ? », in Les Carrefours du labyrinthe.


« Le gouvernement représentatif devient bientôt le plus corrompu des gouvernements si le peuple cesse d’inspecter ses représentants.
Le problème des Français, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ainsi qu’on perd la liberté.
Il est vrai que cette confiance est infiniment commode : elle dispense du soin de veiller, de penser et de juger. »
Madame Rolland (1789), citée par Rosanvallon (2006, n°3, min. 2:37).


« Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis. Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. » Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir, aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. » Christopher Hill, « 1640 : la révolution anglaise » (1940).


« Il est donc incontestable, et c’est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donné des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir. » Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes » (1754).


Pour rester libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.

Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l’alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l’abîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tomber l’indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis.

Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition.

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »

Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.


« Le droit qu’ont les citoyens de s’assembler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’occuper de la chose publique, est inhérent à tout peuple libre.
Sans ce droit sacré, l’état est dissous, et le souverain est anéanti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se montrer en corps, il ne reste dans l’État que des individus isolés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéanti la souveraineté du peuple, tout en ayant l’air d’assurer la liberté individuelle. En Angleterre, toute assemblée paisible est licite : la loi ne défend que les attroupements séditieux. Voilà la liberté. »
Marat 16-17 août 1792.


« Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la vérité et je la chéris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vaincues d’aussi loin que je la vois approcher. Et, pourvu qu’on n’y procède pas avec l’air trop impérieux d’un maître d’école, je prête l’épaule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même souvent modifiés plus pour une raison de civilité que pour une raison d’amélioration, car j’aime à favoriser et à encourager la liberté de ceux qui me font des critiques par ma facilité à céder, même à mes dépens. Toutefois il est assurément difficile d’attirer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le courage de critiquer les autres parce qu’ils n’ont pas le courage de supporter de l’être, et ils parlent toujours avec dissimulation en présence les uns des autres. Je prends un si grand plaisir à être jugé et connu qu’il m’est pour ainsi dire indifférent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pensée se contredit elle-même si souvent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu principalement que je ne donne à sa critique que l’importance que je veux. »

Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1119.


« Nous n’apprenons à discuter que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en résulte que tout le profit de la discussion, c’est de ruiner et anéantir la vérité. » Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1121.


« Je hais la servitude comme la source de tous les maux du genre humain. Les tyrans et leurs flatteurs crient sans cesse : peuples, portez vos fers sans murmure car le premier des biens est le repos ; ils mentent : c’est la liberté. » Jean-Jacques Rousseau, « Fragment de lettre à Christophe de Beaumont », 1763.


« Vous n’avez plus de tête : on vous l’a coupée en vous coupant la parole, en vous volant les mots. La liberté, c’est d’avoir compris cela : qu’on va sans tête. Nous sommes enfumés, enfermés par nous-mêmes, et nous ne pouvons compter sur personne pour nous délivrer. Prison modèle où les gardiens sont les détenus eux-mêmes. » D’après Arnaud Upinsky et Marcel Jullian.


Attention ! Dans le texte suivant, la première partie est superbe, légendaire, une invitation à exercer librement son esprit critique, un pilier de la légende des Lumières. Mais ensuite, on comprend que cette liberté n’est prévue que pour les savants, en qualité de savant ! Pour ce qui concerne les autres, nous sommes apparemment condamnés à obéir servilement ! Donc, exerçons notre esprit critique… sur l’idéologie des Lumières elle-même…

——

Qu’est-ce que les Lumières ? (selon Emmanuel Kant)

1. La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui.

Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux.

Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité.

Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

[…]

4. Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l’esprit d’une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même.

Notons en particulier que le public qui avait été mis auparavant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se placer dessous, une fois qu’il a été incité à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs incapables eux-mêmes de toute lumière : tant il est préjudiciable d’inculquer des préjugés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers.

Aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux lumières. Une révolution peut bien entraîner une chute du despotisme personnel et de l’oppression intéressée ou ambitieuse, (cupide et autoritaire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de penser ; tout au contraire, de nouveaux préjugés surgiront qui serviront, aussi bien que les anciens de lisière à la grande masse privée de pensée.

5. […] Mais quelle limitation est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avantageuse ? – Je réponds : l’usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières. J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage privé celui qu’on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l’intérêt de la communauté un certain mécanisme qui est nécessaire et par le moyen duquel quelques membres de la communauté doivent se comporter passivement afin d’être tournés, par le gouvernement, grâce à une unanimité artificielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empêchés de détruire ces fins. Là il n’est donc pas permis de raisonner ; il s’agit d’obéir. Mais, qu’une pièce (élément) de la machine se présente en même temps comme membre d’une communauté, et même de la société civile universelle, en qualité de savant, qui, en s’appuyant sur son propre entendement, s’adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas raisonner, sans qu’en pâtissent les affaires auxquelles il est préposé partiellement en tant que membre passif. Il serait très dangereux qu’un officier à qui un ordre a été donné par son supérieur, voulût raisonner dans son service sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir.

Emmanuel Kant (1724-1804), « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784).


« Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » Mark Twain.


« Il y a des gens qui, à propos de certains problèmes, font preuve d’une grande tolérance. C’est souvent parce qu’ils s’en foutent. » Mark Twain.


« Et quand même tous les vents de la doctrine auraient libre cours sur Terre, si la Vérité est en lice, c’est lui faire injure que douter de sa force, en mettant en place censure et interdiction. Que la Fausseté s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Vérité ait le désavantage dans une rencontre libre et ouverte ? Aucune censure n’a le poids de sa réfutation. » John Milton, « Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure » (1644).


« Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. » Alexis de Tocqueville, « L’Ancien Régime et la Révolution », 1866 [décrivant honnêtement le fond de l’idéologie esclavagiste dite libérale].


Un dompteur de cirque parvient à dresser un éléphant en recourant à une technique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Malgré tous ses efforts, l’éléphanteau n’arrive pas à se libérer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est devenu un adulte doté d’une force colossale, il suffit de lui passer une corde au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cherchera même pas à se libérer.

Comme ceux des éléphants, nos pieds sont entravés par des liens fragiles. Mais, comme nous avons été accoutumés dès l’enfance à la puissance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter.

Sans savoir qu’il nous suffirait d’un geste de courage pour découvrir toute notre liberté.

Paulo Coelho, « Maktub ».


« Priver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu’il n’en fasse un mauvais usage, ou bien enchaîner sa langue de peur qu’il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre, que cette méthode est tout simplement le secret du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des instruments passifs ou de vils automates. »

Robespierre, « Discours sur la liberté de la presse », prononcé à la Société des Amis de la Constitution le 11 mai 1791, et utilisé en partie devant l’Assemblée Nationale le 22 août 1791.


« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. » Montesquieu.


« Toutes les opinions, y compris les erreurs, sont d’un grand service pour atteindre rapidement la plus haute vérité.
Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.
Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience, avant toute autre liberté. »

John Milton, Pour la liberté d’imprimer, sans autorisation ni censure (1644).


« L’ordre social n’aura vraiment atteint le degré de perfection auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obligatoire qu’après avoir été soumis immédiatement à l’examen de tout individu (…).

Je propose pour cette fois, de borner ce droit individuel aux seuls articles relatifs à la constitution ; mais c’est dans l’espérance que les progrès de la raison et l’effet que des institutions plus légales et plus justes produiront nécessairement dans les esprits, permettront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et successivement de l’étendre à toutes »

« Les hommes ont tellement pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liberté est, pour la plupart d’entre eux, le droit de n’être soumis qu’à des maîtres choisis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sentiment de leur indépendance.
(…)
Presque partout cette demi-liberté est accompagnée d’orages ; alors on les attribue à l’abus de la liberté, et l’on ne voit pas qu’ils naissent précisément de ce que la liberté n’est pas entière ; on cherche à lui donner de nouvelles chaînes, lorsqu’il faudrait songer, au contraire, à briser celles qui lui restent. »

Condorcet, 1789 :
Sur la nécessité de faire ratifier la constitution par les citoyens.


L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être ; et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées.
(…)
Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation, le moyen de réduire ces attentats en système. Les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier : c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Robespierre.
(Pour le bonheur et pour la liberté, actualité d’un homme irrécupérable, La Fabrique, 2000)


« L’anarchisme est cette tendance, présente dans toute l’histoire de la pensée et de l’agir humains, qui nous incite à vouloir identifier les structures coercitives, autoritaires et hiérarchiques de toutes sortes pour les examiner et mettre à l’épreuve leur légitimité ; lorsqu’il arrive que ces structures ne peuvent se justifier — ce qui est le plus souvent le cas — l’anarchisme nous porte à chercher à les éliminer et à ainsi élargir l’espace de la liberté. » Noam Chomsky.


« L’acceptation d’une croyance n’est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ?

Et pourtant un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. » Jiddu Krishnamurti (1895-1986) La première et la dernière liberté, 1964.


« La vérité est le nom que les plus forts donnent à leur opinion. » Alphonse Karr (1808-1890)


La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la « justice », mais parce que tout ce qu’il y a d’instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la « liberté » devient un privilège.

Rosa Luxembourg (La révolution russe).


« La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.
Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain. » Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. » Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Le mot iségoria, le droit pour tous de parler à l’assemblée, était quelquefois employé par les écrivains grecs comme un synonyme de ‘démocratie’. »

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne » (1972), p 64.


La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.

Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain.

Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Tout endoctrinement facilité par l’ignorance de l’informé, ne lui présentant qu’un aspect des choses, tendant à lui imposer des automatismes de pensée et de comportement, occultant les opinions contraires en décrétant qu’elles sont erronées ou tentant de les présenter de telle sorte qu’elles perdent aussitôt toute cohérence face à la solution préparée par celui qui informe, individu ou institution, est l’expression d’un mépris profond de l’homme.

C’est considérer qu’il est incapable de se faire une opinion personnelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de combler son ignorance en lui fournissant des opinions et des informations différentes ou contraires, c’est le tromper que de ne lui montrer qu’un aspect des choses. C’est le considérer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véritable racisme.

Le rôle d’un pouvoir ne devrait pas être de « former » l’opinion, mais de lui fournir des éléments d’information nombreux et différenciés permettant à chaque individu de remettre en cause chaque jour les bases de la pérennité de ce pouvoir même.

Autrement dit, ce serait alors se supprimer tout pouvoir centralisé. Ce serait de fournir à chaque individu les moyens d’apporter sa part imaginative à la construction jamais finie de la société humaine. »

Henri Laborit, La Nouvelle Grille.


Purification linguistique

« Vous n’appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Au fond, vous auriez préféré rester fidèle à l’ancien langage, à son imprécision et ses nuances inutiles (…).
Ne voyez-vous pas que le but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en version novlangue. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme « La liberté, c’est l’esclavage », alors que le concept même de liberté aura été aboli ? En fait, il n’y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non pensant, qui n’a pas besoin de pensée. L’orthodoxie, c’est l’inconscience.
George Orwell (1903-1950), »1984″ (1949).


« Comme le soulignait John Stuart Mill, pouvoir critiquer sans aucune crainte les lois de Newton et voir qu’elles résistent à ces critiques est une des raisons de croire aux lois de Newton. Si on poursuivait devant les tribunaux tous ceux qui contestent la validité des lois de la physique, il n’y aurait plus aucune raison d’y croire. La même chose est vraie, a fortiori, pour la sociologie. »

Jean Bricmont, la République des Censeurs, 2014 (p24).


« À chaque époque, il existe des libres penseurs, c’est-à-dire des gens qui n’appartiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune religion, s’intéressent aux faits avant de parler de valeurs, jugent de la vérité d’une opinion indépendamment de la personne qui l’énonce, qui écoutent différents points de vue, hésitent, doutent et discutent avec tout le monde. Ils pensent que chacun a le droit d’exprimer son opinion.

En face d’eux, il y a les fanatiques, les cléricaux, les obscurantistes, qui font exactement le contraire. Ils tiennent (plus ou moins) à jour leurs fiches, surveillent qui parle avec qui et lancent des campagnes de haine et de diffamation contre les libres penseurs. Ils censurent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incarner la lutte du Bien contre le Mal.

Malheureusement, de nos jours, les fanatiques, les cléricaux et les obscurantistes ne parlent que de démocratie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’égarer un certain nombre d’esprits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’étant que des victimes de l’illusion consistant à croire que l’on appartient au camp du Bien et qui se privent et tentent de priver les autres des ressources de l’esprit critique. »

Jean Bricmont, juin 2016.


Les livres autorisés par la censure ne font qu’exprimer les idées reçues de l’époque.
Francis Bacon.

Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier

Le martyr de Julian Assange est le crime et la honte inexpiables des journalistes et des politiciens du monde entier, qui l’auront laissé torturer et crever sans le protéger.

Merci RT.

Fil fb correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157058548377317&id=600922316

[Arrestation de Julian ASSANGE à Londres] Rendez-vous avec Viktor Dedaj ce Jeudi Chouard #5, 20 h sur Sud radio

Salut,

Julian Assange, vient d’être arrêté par la police anglaise.

Scotland Yard vient de reconnaître que l’arrestation a eu lieu sur injonction des USA…

L’extradition du Royaume -uni vers les USA est très facile, sans dossier, donc sans possibilité de se défendre.

Notre meilleur lanceur d’alerte, héros mondial, exemple vivant de journalisme, sentinelle du peuple, va bientôt finir à Guantanamo, torturé puis assassiné par les chiens de l’empire.

Et nos salauds de « journalistes », littéralement vendus aux riches, vont se taire et laisser faire au lieu de tempêter et de résister… Ces vendus seront d’ailleurs eux-mêmes sur les prochaines charrettes de l’empire (les USA ont prévenu).

Tout ça est à pleurer.

Wikileaks le sentait venir

Je vous propose de faire, ce jeudi Chouard #5, juste après ma deuxième rencontre avec Raphaël (19h-20h), un « spécial Assange » avec Viktor Dedaj (et Didier Maïsto et Régis de Castelnau) : 20 h sur Sud radio, live Youtube et live Facebook.

Juan Branco ne pourra pas venir, mais on tâchera d’avoir avec lui un échange téléphonique.

À tout à l’heure.

Étienne.

LIBÉREZ ASSANGE !

PS : je serai au journal de RT France à 15 h.

PPS : la page dédiée à Julian sur Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-prisonnier-politique-depuis-2012-9.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157055126217317

Edit :
Voici la vidéo de notre rencontre :