Archives pour la catégorie l’enjeu politique central de la monnaie

[IMPORTANT]Soirée mémorable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (député LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bretons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

C’est rarissime, de pouvoir interpeller longuement un élu de cette manière, ici notamment sur l’assassinat programmé de la Sécurité sociale .

Merci à Paul d’avoir accepté de présenter ensemble cette passionnante et utile controverse.

Et merci à Cédric et toute l’équipe d’avoir tout organisé parfaitement.

Étienne.

PS : est-ce que quelqu’un parmi nous pourrait rédiger le plan détaillé (et minuté) de cette rare et importante controverse ?

PPS : je viens de voir l’écran « demande de droit de réponse » à la fin 🙂 MERCI infiniment, Cédric et toute la bande des #BretonsConstituants, je vous trouve épatants.

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Je m’expliquais dimanche dernier à Bruxelles chez Michel Collon (sur sa chaîne d’info « Michel Midi »), à propos des Gilets jaunes, du RIC, des calomnies à mon sujet, des médias…

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[Démocratie] Entretien au calme, l’été dernier (2018) à la maison, avec Les Affranchis

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Rendez-vous aux 12e Rencontres de la MONNAIE LIBRE à Bordeaux du 17 au 25 novembre, en partenariat avec les Colibris. J’y interviens le 23 novembre, pour parler de la Ğ1 (june) avec Stéphane Laborde

On va encore parler de monnaie et de souveraineté monétaire 🙂
Je suis heureux de vous retrouver aux 12e Rencontres de la MONNAIE LIBRE avec Les Colibris à Bordeaux le 23 novembre 2018, d’abord à 18h, puis à 20 h pour un débat avec Stéphane Laborde, auteur de la TRM, Théorie Relative de la Monnaie.

L’annonce sur le site de Duniter : https://rml12.duniter.io/

Le programme : https://rml12.duniter.io/programme.html

À 18h je parlerai seul, puis à 20h je serai avec Stéphane Laborde :


Pour bosser la monnaie libre (et la comparer aux autres alternatives monétaires prometteuses) :

Lancement de la 1ère monnaie libre officielle : Ğ1 !
https://www.monnaielibreoccitanie.org/2017/03/20/lancement-de-premiere-monnaie-libre-officielle-g1/

https://www.facebook.com/monnaie.libre.occitanie/

Une alternative monétaire enthousiasmante : LA MONNAIE LIBRE, Ğ1 (june) – entretien avec Stéphane Laborde, concepteur de la Théorie Relative de la Monnaie (TRM)
https://chouard.org/blog/2018/02/13/une-alternative-monetaire-enthousiasmante-la-monnaie-libre-entretien-avec-stephane-laborde-concepteur-de-la-theorie-relative-de-la-monnaie-trm/

On compare Monnaie chartale et Monnaie libre avec Stéphane Laborde et Jean-Baptiste Bersac :

J’évoque en 10 minutes avec Nouvelle Donne (à Amiens) le lien entre la souveraineté monétaire et le chômage :

Parler de lois ou même de constitution sans parler de création monétaire ne sert à RIEN : pas de souveraineté sans souveraineté monétaire :
https://www.facebook.com/le.message.org/videos/1781278415290571

À bientôt, bande de virus 🙂

Étienne.

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[MONNAIE D’ÉTAT] Rendez-vous samedi 3 novembre 2018 à Paris, pour découvrir la première traduction française du livre de Knapp, « Théorie étatique de la monnaie » (chartalisme), par Ronald Mazzoleni

Chers amis,

Vous savez que, depuis des années, je défends ardemment le chartalisme (la monnaie d’État sous contrôle citoyen) comme formidable alternative monétaire, à la fois contre le chômage et pour nous émanciper politiquement (de l’asservissement financier, de l’État et de la société, mis en place progressivement par les banques privées).

Eh bien voici que Ronald Mazzoleni, un lecteur du blog que j’aime particulièrement lire, vient de traduire en français, et c’est la toute première fois je crois, les trois premiers chapitres, les plus importants, du grand livre fondateur du chartalisme, écrit par G. F. Knapp, et qui s’appelle « Théorie étatique de la monnaie ».

Knapp_Theorie_etatique_de_la_monnaie


Fichier à télécharger :

Remarque importante : Ronald et moi vous invitons à lui faire connaître toutes vos remarques (coquilles, erreurs, compléments, suggestions…) à cette adresse : gfknapp[at]outlook.fr
Ronald répercutera le plus vite possible vos suggestions dans ce texte et je téléchargerai le texte mis à jour au fur et à mesure.
De cette façon, de façon collective, ce document important deviendra plus fiable et plus fort.


Dès que Ronald m’a envoyé ce texte, j’étais évidemment heureux et tout excité (cette traduction en français est un événement pour nous), et je me suis aperçu rapidement que c’est quand même un livre difficile à lire pour le grand public car Knapp a créé une série de mots nouveaux pour expliquer sa théorie, et ce langage technique forme une sorte de barrière pour les débutants.

Il m’a semblé que Ronald, celui qui venait de traduire ce livre, et qui venait donc de passer des mois en immersion totale dans cette théorie monétaire importante, était le mieux à même de nous l’exposer, puis de répondre à nos questions. J’ai donc proposé à Ronald de nous préparer une synthèse orale en 2 ou 3 heures et de venir nous la présenter à Paris (il habite en Belgique). Il a accepté et je voudrais chaleureusement le remercier car tout ça est un immense et difficile travail et Ronald n’est pas familier avec les conférences.

Je suis sûr que vous ferez bon accueil à Ronald et à son travail de présentation de Knapp. Vous vous en doutez, c’est un sujet technique qui s’adresse à un public intéressé par ces questions, et très important pour nous permettre de bâtir ensuite nous-mêmes, de façon pratique, les institutions monétaires correspondantes.

Rendez-vous, donc, samedi 3 novembre 2018 à 14 h à Paris, 14 rue de Patay, pour découvrir ensemble la première traduction française du livre de Knapp, « Théorie étatique de la monnaie » (chartalisme), par Ronald Mazzoleni. Ronald aura besoin de 2 h 30 pour son intervention, puis nous pourrons lui poser toutes nos questions. Pensez à prendre du papier et un crayon 🙂

La page Facebook et le courriel pour vous inscrire (ça facilitera la tâche des organisateurs de savoir que vous venez 🙂 ) :

. https://m.facebook.com/2087573818239868/posts/2087599251570658/

. kapulibay@gmail.com

Hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.


Georg Friedrich Knapp

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Pour bosser la question :

• Le site de Jean-Baptiste Bersac (« Frapper monnaie ») :
http://frappermonnaie.wordpress.com/

• La page du livre (passionnant !) dédié au chartalisme :
http://frappermonnaie.wordpress.com/le-livre-neochartaliste/

• Ma propre page (fouillis et lacunaire, bien sûr, comme un marque de fabrique de chercheur débordé, pardon pardon pardon) dédiée aux problèmes monétaires :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php

• La page Wikipédia (et ses références externes) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chartalisme

• La page du blog d’André-Jacques Holbecq sur le chartalisme :
https://postjorion.wordpress.com/category/chartalisme/

Rappel de quelques billets de ce blog décrivant le chartalisme :

Pourquoi il ne faut surtout pas rembourser la dette publique :
http://chouard.org/blog/2014/10/01/pourquoi-il-ne-faut-surtout-pas-rembourser-la-dette-publique/

Les peuples crèvent par manque d’argent : c’est l’État qui doit créer l’argent AVANT qu’on le lui rende en impôts, et surtout pas le contraire :
http://chouard.org/blog/2014/05/30/chartalisme-les-peuples-crevent-par-manque-dargent-cest-letat-qui-doit-creer-largent-avant-quon-le-lui-rende-en-impots-et-pas-le-contraire/

Entretien pour Thinkerview, été 2017, je décris le chartalisme et son enjeu immense à partir de 1h30 :
https://www.youtube.com/watch?v=rq1NccxAXR4

Atelier sur les alternatives monétaires, Paris, 14 juin 2018 :
http://chouard.org/blog/2018/06/06/atelier-sur-les-alternatives-monetaires-a-paris-jeudi-14-juin-2018-18h-avec-les-citoyens-constituants/

Épouvantails (« gare à l’hyperinflation gnagnagna ») ou reflation ? Relancer la demande avec de l’helicopter-money, vite !
http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

Révolution monétaire, chartalisme : sortir de l’austérité sans sortir de l’euro grâce à la monnaie fiscale complémentaire (Libération, mars 2017) :
http://chouard.org/blog/2017/03/13/revolution-monetaire-chartalisme-sortir-de-lausterite-sans-sortir-de-leuro-grace-a-la-monnaie-fiscale-complementaire-liberation/

Révolution monétaire : débat avec Stéphane Laborde (monnaie libre, la G1 « june ») et Jean-Baptiste Bersac (Chartalisme, monnaie d’État) :
http://chouard.org/blog/2014/09/25/revolution-monetaire-debat-avec-stephane-laborde-et-jean-baptiste-bersac-les-perspectives-demancipation-politique-offertes-par-le-chartalisme-et-par-la-theorie-relative-de-la-monnaie-trm/

15 minutes avec Nouvelle Donne à Amiens : penser à relier le chômage à « la dette publique » qui est un coup d’État bancaire – Rembourser la dette publique est une folie récessive :
http://chouard.org/blog/2014/09/11/15-minutes-avec-nouvelle-donne-sur-le-chomage-dette-publique-comme-coup-detat-bancaire-et-remboursement-de-la-dette-publique-comme-source-infaillible-de-crise-majeure-chartalisme-ue/

Controverse sur la monnaie et les banques : mes réponses à Alain Beitone qui conteste l’alternative chartaliste et dénonce une vision prétendument « complotiste » :
http://chouard.org/blog/2018/09/02/controverse-sur-la-monnaie-et-les-banques-mes-reponses-a-alain-beitone-qui-conteste-lalternative-monetaire-chartaliste-creation-monetaire-publique-et-ma-vision-complotiste-desesperante-qui/

Journée à Nîmes (avril 2018) avec Gilles (Heu?reka) pour étudier les alternatives monétaires :
http://chouard.org/blog/2018/04/30/rdz-vs-a-nimes-le-20-mai-2018-toute-la-journee-avec-heureka-gilles-pour-analyser-et-comparer-les-differentes-alternatives-pour-une-souverainete-monetaire-digne-de-ce-nom/

[Passionnant et important] L’école post-keynésienne, une alternative à découvrir (et à travailler)

Les affreuses décisions politiques actuelles S’APPUIENT SUR (et trouvent une légitimité apparente dans) LA DOXA (pensée économique dominante) — archi-fausse — qui s’appelle fallacieusement « libéralisme ». Il est donc important, autant que possible, d’appuyer sur des chercheurs patentés notre dénonciation de cette doxa criminelle.

À l’occasion de la parution de la première grande synthèse en français sur l’école post-keynésienne, Romaric Godin (Mediapart) reçoit Virginie Monvoisin et Dany Lang :

Le livre :
http://www.seuil.com/ouvrage/l-economie-post-keynesienne-eric-berr/9782021377880

Le concept (essentiel de mon point de vue) d’État-employeur-en-dernier-ressort est ici défendu.

Hâte de lire ce livre, je vous en reparlerai.

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« Maintenant, le règne des banquiers va commencer »

[À méditer, le crayon à la main (ça fait 200 ans que ça dure…) : cherchez la cause des causes]

« Après la révolution de Juillet [1830], lorsque le banquier libéral Laffitte conduisit en triomphe son compère le duc d’Orléans à l’Hôtel de ville, il laissa échapper ces mots : « Maintenant, le règne des banquiers va commencer. » Laffitte venait de trahir le secret de la révolution.

Ce n’est pas la bourgeoisie française qui régnait sous Louis-Philippe, mais une fraction de celle-ci : banquiers, rois de la Bourse, rois des chemins de fer, propriétaires de mines de charbon et de fer, propriétaires de forêts et la partie de la propriété foncière ralliée à eux, ce que l’on appelle l’aristocratie financière. Installée sur le trône, elle dictait les lois aux Chambres, distribuait les charges publiques, depuis les ministères jusqu’aux bureaux de tabac.

La bourgeoisie industrielle proprement dite formait une partie de l’opposition officielle, c’est-à-dire qu’elle n’était représentée que comme minorité dans les Chambres. Son opposition se fit de plus en plus résolue au fur et à mesure que le développement de l’hégémonie de l’aristocratie financière devenait plus net et qu’après les émeutes de 1832, 1834 et 1839 noyées dans le sang elle crut elle-même sa domination plus assurée sur la classe ouvrière. Grandin, fabricant de Rouen, l’organe le plus fanatique de la réaction bourgeoise, tant dans l’Assemblée nationale constituante que dans la Législative était, à la Chambre des députés, l’adversaire le plus violent de Guizot, Léon Faucher, connu plus tard pour ses vains efforts à se hausser au rôle de Guizot de la contre-révolution française, guerroya dans les derniers temps de Louis-Philippe à coups de plume en faveur de l’industrie contre la spéculation et son caudataire, le gouvernement. Bastiat, au nom de Bordeaux, et de toute la France vinicole, faisait de l’agitation contre le système régnant.

La petite bourgeoisie dans toutes ses stratifications, ainsi que la classe paysanne étaient complètement exclues du pouvoir politique. Enfin, se trouvaient dans l’opposition officielle, ou complètement en dehors du pays légal, les représentants idéologiques et les porte-parole des classes que nous venons de citer, leurs savants, leurs avocats, leurs médecins, etc., en un mot ce que l’on appelait les capacités.

La pénurie financière mit, dès le début, la monarchie de Juillet sous la dépendance de la haute bourgeoisie et cette dépendance devint la source inépuisable d’une gêne financière croissante. Impossible de subordonner la gestion de l’État à l’intérêt de la production nationale sans établir l’équilibre du budget, c’est-à-dire l’équilibre entre les dépenses et les recettes de l’État. Et comment établir cet équilibre sans réduire le train de l’État, c’est-à-dire sans léser des intérêts qui étaient autant de soutiens du système dominant, et sans réorganiser l’assiette des impôts, c’est-à-dire sans rejeter une notable partie du fardeau fiscal sur les épaules de la grande bourgeoisie elle-même ?

L’endettement de l’État était, bien au contraire, d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et légiférait au moyen des Chambres. C’était précisément le déficit de l’État, qui était l’objet même de ses spéculations et le poste principal de son enrichissement. À la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait à l’aristocratie une nouvelle occasion de rançonner l’État, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de traiter avec les banquiers dans les conditions les plus défavorables. Chaque nouvel emprunt était une nouvelle occasion, de dévaliser le public qui place ses capitaux en rentes sur l’État, au moyen d’opérations de Bourse, au secret desquelles gouvernement et majorité de la Chambre étaient initiés.

En général, l’instabilité du crédit public et la connaissance des secrets d’État permettaient aux banquiers, ainsi qu’à leurs affiliés dans les Chambres et sur le trône, de provoquer dans le cours des valeurs publiques des fluctuations insolites et brusques dont le résultat constant ne pouvait être que la ruine d’une masse de petits capitalistes et l’enrichissement fabuleusement rapide des grands spéculateurs.

Le déficit budgétaire étant l’intérêt direct de la fraction de la bourgeoisie au pouvoir, on s’explique le fait que le budget extraordinaire, dans les dernières années du gouvernement de Louis-Philippe, ait dépassé de beaucoup le double de son montant sous Napoléon, atteignant même près de 400 millions de francs par an, alors que la moyenne de l’exportation globale annuelle de la France s’est rarement élevée à 750 millions de francs.

En outre, les sommes énormes passant ainsi entre les mains de l’État laissaient place à des contrats de livraison frauduleux, à des corruptions, à des malversations et à des escroqueries de toute espèce. Le pillage de l’État en grand, tel qu’il se pratiquait au moyen des emprunts, se renouvelait en détail dans les travaux publics. Les relations entre la Chambre et le gouvernement se trouvaient multipliées sous forme de relations entre les différentes administrations et les différents entrepreneurs.

De même que les dépenses publiques en général et les emprunts publics, la classe dominante exploitait aussi les constructions de lignes de chemin de fer. Les Chambres en rejetaient sur l’État les principales charges et assuraient à l’aristocratie financière spéculatrice la manne dorée. On se souvient des scandales qui éclatèrent à la Chambre des députés lorsqu’on découvrit, par hasard, que tous les membres de la majorité, y compris une partie des ministres, étaient actionnaires des entreprises mêmes de voies ferrées, à qui ils confiaient ensuite, à titre de législateurs, l’exécution de lignes de chemins de fer pour le compte de l’État.

Par contre, la moindre réforme financière échouait devant l’influence des banquiers, telle, par exemple, la réforme postale. Rothschild protesta, l’État avait-il le droit d’amoindrir des sources de revenu qui lui servaient à payer les intérêts de sa dette sans cesse croissante ?

La monarchie de Juillet n’était qu’une société par actions fondée pour l’exploitation de la richesse nationale française dont les dividendes étaient partagés entre les ministres, les Chambres, 240 000 électeurs et leur séquelle. Louis-Philippe était le directeur de cette société : Robert Macaire sur le trône. Le commerce, l’industrie, l’agriculture, la navigation, les intérêts de la bourgeoisie industrielle ne pouvaient être que menacés et lésés sans cesse par ce système. Aussi, celle-ci avait-elle inscrit sur son drapeau, pendant les journées de Juillet : Gouvernement à bon marché.  »

Karl Marx, Les luttes de classes en France (1848).


https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301b.htm

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Ma suggestion :

[Vidéos et texte] L’antidote universel au capitalisme, ce sera un peuple devenu constituant, capable de conduire lui-même LE PROCÈS DE L’ÉLECTION :

http://chouard.org/blog/2016/12/21/video-et-texte-lantidote-universel-au-capitalisme-ce-sera-un-peuple-devenu-constituant-capable-de-conduire-lui-meme-le-proces-de-lelection/

[La Chine, l’Inde, et le prétendu « libéralisme »] Bruno Guigue : « La fable du libéralisme qui sauve le monde » & Arundhati Roy : « Capitalisme : une histoire de fantômes »

Bruno Guigue : La fable du libéralisme qui sauve le monde

En Occident, le libéralisme passe pour une doctrine indépassable. Pur produit du génie européen, il serait à l’origine des merveilleuses prouesses dont se vantent les sociétés développées. Mais l’idéologie dominante ne se contente pas de lui attribuer toutes les vertus à domicile. Elle lui prête aussi un rayonnement sans frontières. A croire ses adeptes les plus enthousiastes, les recettes libérales sauvent le monde ! Un éditorialiste français, par exemple, peut affirmer lors d’un débat télévisé – sans être contredit – que « le libéralisme a éradiqué la pauvreté en Chine ». Devant une telle assurance, la raison défaille. Comment convaincre des croyants aussi fanatisés qu’une doctrine prônant la libre concurrence et prohibant l’intervention de l’État dans l’économie, en Chine, est une denrée introuvable ? On y voit en revanche un Etat souverain dirigé par le parti communiste et chargé de planifier le développement à long terme du pays. Un Etat fort qui s’appuie sur un secteur privé florissant, certes, mais aussi sur un puissant secteur public détenant 80% des actifs dans les industries-clé. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, en Chine, l’État maîtrise la monnaie nationale, le système bancaire est contrôlé par le gouvernement et les marchés financiers sont sous haute surveillance.

Il est clair que l’ouverture internationale engagée par le pouvoir communiste à partir des années 80 a permis de capter de précieuses ressources et d’obtenir des transferts de technologie. Mais on ne voit aucun rapport entre cette politique commerciale audacieuse et les dogmes libéraux, que ce soit l’auto-régulation du marché ou la concurrence pure et parfaite. Le libéralisme n’a pas inventé le commerce, qui existait bien avant que la moindre idée libérale ait germé dans le cerveau d’Adam Smith. « Etat fort », « planification à long terme », « puissant secteur public » sont des formules qui ne fleurent guère le libéralisme ordinaire, et l’imputation à cette doctrine des progrès spectaculaires de l’économie chinoise n’a aucun sens. La pauvreté aurait été vaincue grâce aux recettes libérales ? Dans l’imagination des libéraux, certainement. Dans les faits, la réussite économique de la Chine doit davantage à la main de fer de l’État qu’à la main invisible du marché. Cette économie mixte pilotée par le parti communiste chinois a porté ses fruits. En trente ans, le PIB a été multiplié par 17 et 700 millions de personnes ont été extraites de la pauvreté. Comme la réduction de la pauvreté dans le monde dans la même période est essentiellement due à la politique économique chinoise, on peut difficilement attribuer au libéralisme les progrès récemment enregistrés par l’humanité.

Du point de vue des rapports entre libéralisme et développement, la comparaison entre les deux géants asiatiques est également instructive. En 1950, l’Inde et la Chine se trouvaient dans un état de délabrement et de misère extrêmes. La Chine connaissait d’ailleurs une situation pire que celle de son voisin, avec un PIB par habitant inférieur à celui de l’Afrique sub-saharienne et une espérance de vie moyenne de 42 ans. Aujourd’hui, la Chine est la première puissance économique mondiale et son PIB représente 4,5 fois celui de l’Inde. Non que cette dernière n’ait accompli aucun progrès. Bien au contraire. Après avoir jeté les bases d’une industrie moderne au lendemain de l’indépendance (1947), l’Inde a connu depuis vingt ans un développement accéléré et elle occupe une position de premier plan dans des secteurs comme l’informatique et la pharmacie. Mais elle a beau afficher des taux de croissance annuels insolents, elle charrie une pauvreté de masse dont la Chine, elle, a enfin réussi à se débarrasser. Auteurs du livre « Splendeur de l’Inde ? Développement, démocratie et inégalités » (2014), Jean Drèze et Amartya Sen résument la situation paradoxale du pays : « L’Inde a gravi l’échelle du revenu par habitant en même temps qu’elle a glissé au bas de la pente des indicateurs sociaux ».

En dépit de taux de croissance record, la situation sociale du pays, en effet, n’est pas brillante. Il vaut mieux naître en Chine qu’en Inde, où le taux de mortalité infantile est quatre fois plus élevé. L’espérance de vie des Indiens (67 ans) est nettement inférieure à celle des Chinois (76 ans). Un tiers des Indiens n’ont ni électricité ni installations sanitaires, et la malnutrition touche 30% de la population. Comment expliquer un tel décalage ? Pour Jean Drèze et Amartya Sen, « l’Inde est le seul pays des BRICS à n’avoir pas connu de phase d’expansion majeure de l’aide publique ou de la redistribution économique. La Chine a fait très tôt d’énormes progrès en matière d’accès universel à l’enseignement primaire, aux soins médicaux et à la protection sociale, et ce bien avant de se lancer dans des réformes économiques orientées vers le marché, en 1979 ». Pour qu’un économiste indien (Prix Nobel d’économie 1998) dise que l’Inde aurait dû faire comme la Chine – sur le plan économique, s’entend – il faut qu’il ait de bonnes raisons de le penser. Et ce qu’il dit est extrêmement clair : l’Inde, contrairement à la Chine, a manqué d’un investissement massif de la puissance publique dans l’éducation et la santé. L’Inde n’a pas souffert d’un surplus, mais d’un déficit d’État.

Mais pourquoi ? L’explication fournie par les deux économistes à propos de la politique éducative est particulièrement intéressante : « Les planificateurs indiens étaient à l’opposé de leurs homologues des pays communistes, à Moscou, Pékin et La Havane. Ces derniers faisaient grand cas de l’éducation scolaire universelle, considérée comme une exigence socialiste fondamentale, et aucun d’entre eux n’aurait permis que de fortes proportions d’enfants ne soient pas scolarisés ». En Inde, en revanche, « la prévention des classes et des castes supérieures à l’encontre de l’éducation des masses » a freiné la généralisation de l’enseignement primaire, entraînant un retard considérable dans l’accès à l’éducation. C’est l’orientation idéologique, et non une obscure fatalité, qui explique la différence des niveaux de développement éducatif entre les deux pays. Les élites dirigeantes de l’Inde nouvelle avaient beau se réclamer d’idéaux progressistes, elles n’ont pas misé sur l’élévation du niveau scolaire des masses indiennes, les « Intouchables » se trouvant relégués aux marges d’une société hiérarchisée, bien loin de l’égalitarisme – y compris entre les hommes et les femmes – prôné par l’idéologie maoïste de la Chine populaire.

Pour souligner un tel contraste, Amartya Sen cite un commentaire de l’écrivain indien Rabindranath Tagore formulé lors de son voyage en Union soviétique (1930) : « En posant le pied sur le sol de la Russie, la première chose qui attira mon attention fut que, en matière d’éducation en tout cas, la paysannerie et la classe ouvrière avaient fait de tels progrès en ces quelques années que rien de comparable n’était advenu même à nos classes supérieures en un siècle et demi ». On peut dire ce qu’on veut des régimes communistes, mais il est indéniable qu’ils ont misé sur l’éducation universelle, la santé pour tous et l’émancipation féminine. Les continuités historiques étant parfois saisissantes, on peut d’ailleurs rapprocher ce commentaire méconnu de Tagore sur l’URSS des années 30 avec un autre document : le résultat de l’étude sur la lecture (« PIRLS ») conduite par l’Association internationale pour l’évaluation de la réussite éducative. Menée en 2016 sur un échantillon de 319 000 élèves de CM1 dans cinquante pays, cette étude compare les performances des élèves en matière de lecture et de compréhension d’un texte écrit. La Russie est arrivée en tête, à égalité avec Singapour. Mais c’est sans doute le hasard.

En tout cas, une chose est sûre : en Chine populaire comme en URSS, l’enseignement public – et notamment l’enseignement primaire : la lecture, l’écriture et le calcul – était prioritaire. Si la Chine a su résoudre des problèmes dans lesquels l’Inde se débat toujours (illettrisme, insalubrité, mortalité infantile), ce n’est certainement pas parce qu’elle est plus « libérale ». En fait, c’est exactement le contraire. En dotant le pays de solides infrastructures publiques, le socialisme chinois – en dépit de ses erreurs – a créé les conditions d’un développement du pays à long terme. Les dirigeants du parti communiste ont beau faire l’éloge du libre-échange, ils savent bien que la cohésion de la société chinoise ne repose pas sur le commerce international. Avant d’ouvrir son économie, la Chine s’est dotée d’un système éducatif et sanitaire lui permettant d’affronter la compétition économique mondiale. Manifestement, elle cueille aujourd’hui le fruit de ses efforts.

Bien entendu, ce n’est pas davantage par libéralisme que Deng Xiao Ping a imposé la politique de l’enfant unique. En procédant à cette intrusion dans la sphère privée, Pékin a réussi le pari d’un contrôle des naissances indispensable au développement. Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour admettre que le jeu en valait la chandelle. Mais il est difficile d’imputer au libéralisme le succès d’une régulation drastique des naissances imposée par le parti communiste. Sous un régime pluraliste, une telle politique ne serait même pas concevable. Ni pluraliste ni libéral, le régime chinois pouvait planifier le développement du pays en sacrifiant les intérêts privés sur l’autel de l’intérêt général. En attendant, les résultats parlent d’eux-mêmes. Et il est probable que les Chinois en comprennent d’autant mieux la nécessité que cette politique a désormais été assouplie. En Inde, les tentatives d’Indira Gandhi n’ont pas eu le même succès, et l’hypothèque démographique continue de peser sur le développement du pays.

L’exemple de la démographie, d’ailleurs, montre que la question du développement se pose sous un autre jour si l’on réexamine plus finement la situation indienne. « Les Etats indiens qui s’en sortent bien, affirment Jean Drèze et Amartya Sen, sont ceux qui avaient posé auparavant les solides bases d’un développement participatif et d’une aide sociale, et promu activement l’extension des capacités humaines, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la santé ». Avec un indice de développement humain qui est de loin le plus élevé du pays, le Kérala (sud-ouest de l’Inde) fait figure de vitrine sociale du sous-continent. Il est aussi l’État de l’Inde où la transition démographique est la plus achevée, ce qui contribue à l’évolution positive de la condition féminine. Or la baisse du taux de natalité est directement corrélée à l’élévation du niveau d’éducation. Très pauvre au moment de l’indépendance (1947), le Kérala a engagé un programme ambitieux de développement éducatif, sanitaire et social, créant les conditions d’un développement économique dont il perçoit aujourd’hui le bénéfice. Avec un revenu par tête qui est le plus élevé de l’Union (70% de plus que la moyenne indienne), un taux de scolarisation de 98%, un taux de mortalité infantile cinq fois moins élevé que la moyenne des Etats indiens, cet Etat de 34 millions d’habitants dont la presse occidentale ne parle jamais a aussi pour caractéristique de favoriser le rôle politique et social des femmes.

Mais ces succès ne datent pas d’hier, ils sont le fruit d’une politique de longue haleine. Comme en Chine, le développement du pays va de pair avec le souci du long terme. « Le Kérala continue de progresser rapidement sur divers fronts et son avance par rapport aux autres Etats ne semble nullement se réduire avec le temps, indiquent Jean Drèze et Amartya Sen. Depuis les années 80, le développement du Kérala a régulièrement été dénoncé par des commentateurs méfiants envers l’intervention de l’État, qui le jugeaient insoutenable ou trompeur, voire susceptible de conduire à la débâcle. Il est cependant apparu que l’amélioration des conditions de vie dans cet Etat s’est non seulement poursuivie mais accélérée, avec l’aide d’une croissance économique rapide, favorisée à son tour par l’attention accordée à l’instruction primaire et aux capacités humaines ». Cette avance du Kérala par rapport aux autres Etats indiens n’est pas un héritage de la période antérieure à l’indépendance : en 1947, le Kérala était extrêmement pauvre. Ce progrès est le fruit d’un combat politique dont le moment-clé se situe en 1957, lorsque le Kérala est le premier Etat à élire une coalition dirigée par les communistes. Depuis cette date, ils exercent le pouvoir local en alternance avec une coalition de centre gauche dirigée par le parti du Congrès. En tout cas, il ne semble pas que les communistes du Communist Party of IndiaMarxist (CPI-M) et leurs alliés – qui exercent à nouveau le pouvoir depuis 2016 après avoir fait du Kérala l’État le plus développé de l’Inde -, aient puisé leur inspiration dans les doctrines libérales.

Bref, pour continuer à sauver le monde, le libéralisme va devoir faire la preuve qu’il a quelque chose de neuf à apporter aux deux Etats les plus peuplés de la planète. Que la Chine communiste soit responsable de l’essentiel de l’effort accompli pour éradiquer la pauvreté dans le monde, et que cet événement passe inaperçu de l’opinion occidentale, en dit long sur l’aveuglement idéologique ambiant. On pourrait poursuivre l’analyse en montrant qu’un petit Etat des Caraïbes soumis à un blocus illégal a tout de même réussi à bâtir un système éducatif, sanitaire et social sans équivalent parmi les pays en développement. Avec un taux de scolarisation de 100% et un système de santé récompensé par l’Organisation mondiale de la santé, Cuba a récemment accompli la prouesse d’offrir à sa population une espérance de vie supérieure à celle des USA et un taux de mortalité infantile équivalent à celui des pays développés. Les méthodes pour y parvenir n’ont rien de libéral, mais chacun a sa conception des droits de l’homme : en ramenant le taux de mortalité infantile de 79 p. 1000 (1959) à 4,3 p. 1000 (2016), le socialisme cubain sauve des milliers d’enfants par an. Pour contempler les effets mirifiques du libéralisme, en revanche, il suffit de regarder ce qui se passe dans la région. Du côté d’Haïti, par exemple, ce protectorat américain où l’espérance de vie est de 63 ans (contre 80 pour Cuba), ou du côté de la République dominicaine – un peu mieux lotie – où l’espérance de vie est de 73 ans et la mortalité infantile représente cinq fois celle de Cuba.

Mais ces broutilles n’intéressent guère les partisans du libéralisme. Leur doctrine, ils la voient tel un chevalier blanc – c’est le cas de le dire – répandant ses bienfaits depuis cet Occident qui a tout compris et veut en communiquer le bénéfice à des populations confites d’émotion devant tant de bonté et prêtes à embrasser sa foi dans l’homo œconomicus, la loi du marché et la libre concurrence. Prenant le fruit de leur imagination pour le monde réel, ils confondent l’initiative privée — qui existe à des degrés divers dans tous les systèmes sociaux – et le libéralisme – une idéologie « hors sol » qui n’existe que dans l’esprit des libéraux pour justifier leurs pratiques. Si la société était ce que les libéraux en disent, elle serait réglée comme le mouvement des planètes. Les lois du marché seraient aussi inflexibles que les lois de la nature. Tel un chef d’orchestre, le marché harmoniserait les intérêts divergents et distribuerait équitablement les ressources. Toute intervention publique serait nocive, puisque le marché génère spontanément la paix et la concorde. La force du libéralisme, c’est que cette croyance légitime la loi du plus fort et sacralise l’appropriation du bien commun. C’est pourquoi il est l’idéologie spontanée des oligarchies assoiffées d’argent, des bourgeoisies cupides. Le drame du libéralisme, en revanche, c’est qu’il est rangé au magasin des accessoires chaque fois qu’une société privilégie le bien-être de tous et fait passer l’intérêt commun avant les intérêts particuliers.

Bruno Guigue.

Source : https://www.facebook.com/notes/bruno-guigue/la-fable-du-lib%C3%A9ralisme-qui-sauve-le-monde/1517649688380481/

 
Mon commentaire :

Merci Bruno, pour cette analyse très intéressante (encore une fois).

Sur l’Inde, je te signale un livre important (et bouleversant), qui montre que l’Inde est profondément corrompue et littéralement tyrannique :

« Capitalisme : une histoire de fantômes » par Arundhati Roy

Je suis sûr que ce livre te passionnera comme moi.

Étienne.


Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156625018127317

[Fléau universel de la « banque universelle » too big to fail, too big to jail] BNP Paribas – Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne

Cette passionnante enquête diffusée à la télé hier soir très tard (à enregistrer rapidement avant qu’on ne la censure) va nous aider à réfléchir :

. à l’enjeu mondial du Glass Steagall Act, loi US votée en 1933 précisément pour empêcher tout retour de la « banque universelle » (confusion des banques de dépôt et des banques d’affaires qui permet —toujours— aux usuriers de jouer au casino de la bourse avec les économies des gens normaux),

. aux indispensable institutions populaires de contrôle de la monnaie et de la banque,

. aux mensonges politiciens toujours impunis faute de constitution digne de ce nom,

. à l’esprit de corps (et surtout de corruption) des élites françaises comme l’inspection générale des finances (qui a noyauté et corrompu la république française),

. à la duplicité de ce voleur de Pébereau, qui a tant plaidé pour que l’État équilibre son budget en imposant de cruelles économies sur tous les budgets publics alors même que sa propre banque incitait et aidait les pires fraudeurs à échapper à l’impôt (et donc à dévaster le budget en question),

. au rôle central et criminel de Pébereau et de ses copains-coquins (Trichet, DSK, etc.) dans le martyr révoltant des Grecs et dans l’austérité française,

. et, last but not least, au financement (ultra-lucratif) des armes des génocides africains !!!

Alors, certes, la BNP-Paribas n’est pas la seule banque à corrompre et à financer des massacres (c’est le palmarès de tous les usuriers), et si elle avait été américaine elle poursuivrait sans soute ses crimes impunément, mais la malfaisance de ce géant est emblématique de la démesure criminelle qu’on peut prévoir chaque fois qu’on néglige de fixer des limites drastiques à tous les pouvoirs.

Quand le peuple va-t-il enfin chasser (lui-même) ses bourreaux ?

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156618477082317



Franklin Roosevelt signe le Glass-Steagall-Act le 16 juin 1933 :
à partir de cette date, c’est la fin des crises financières ! (et le métier de banquier de dépôts devient ennuyeux et mal payé).


1999 : Clinton-Le-Grand-Pourri signe le Gramm-Leach-Bliley avec ses Parrains, ce qui assassine le Glass Steagall Act :
à partir de la dérégulation (globalisation) financière des années 1980, le métier de banquier redevient amusant et extrêmement enrichissant, les crises financières se multiplient (une tous les 3 ou 4 ans !), la ruine criminelle des épargnants se répète, et ce jusqu’à l’effondrement, en 2008… Et quoi demain ?

NB : sur la catastrophique dérégulation financière organisée depuis Reagan aux USA, Thatcher en Angleterre, Pompidou en France, etc., il faut absolument voir (et travailler le crayon à la main) l’enquête magnifique « INSIDE JOB » : Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites ».


Voir aussi :

Pantouflages et collusions entre la fonction publique et le monde des affaires


https://www.pantouflewatch.org/2016/06/06/pantouflage-kezako/

Voir aussi le dernier livre de

Laurent Mauduit (Mediapart), « LA CASTE. Enquête sur cette haute fonction publique qui a pris le pouvoir » :


http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_caste-9782348037702.html


Voir aussi, sur Médiapart :

Les parts d’ombre de BNP Paribas

par Martine ORANGE

En trente ans, BNP Paribas est devenu un monstre bancaire. Un documentaire diffusé ce 4 octobre raconte les faces cachées de la quatrième banque mondiale. Mediapart a obtenu des auteurs des extraits en video de l’entretien avec l’ex-procureur américain chargé de l’enquête sur la banque, accusée d’avoir violé l’embargo sur le Soudan et condamnée en 2014 à une amende record. Décapant.

Ce fut le mantra de toute la classe politique pendant la crise financière de 2008. « Les banques françaises n’ont rien coûté aux finances publiques. Le modèle de la banque universelle a prouvé sa résistance pendant la crise », n’ont-ils cessé de répéter. Les banques françaises, un modèle, vraiment ?

Pour ce dixième anniversaire de la crise, le documentaire de Thomas Lafarge et Xavier Harel, BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque française, vient à point nommé pour relativiser ces paroles, en revisitant les actes et les propos de la banque pendant cette période. BNP Paribas y révèle ses côtés sombres, obscurs, inavouables parfois. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ce documentaire est diffusé ce jeudi 4 octobre, en toute fin de soirée sur France 3. Il faut savoir préserver les icônes.

Pour planter le décor de la puissance de BNP sur le monde politique français, les auteurs ont choisi de retenir une photo, abondamment commentée depuis sa parution dansParis Match à l’automne 2008. Elle fut prise un dimanche d’octobre 2008 à Bercy, au moment où la crise financière se déchaînait. Après Lehman Brothers, ce sont les banques européennes, à commencer par Dexia, Fortis – rachetée à vil prix par BNP dans les semaines qui suivent –, Royal of Scotland, qui menacent de s’effondrer. Sur la photo, ils sont tous là, la ministre des finances Christine Lagarde, le directeur du Trésor, le secrétaire général de l’Élysée, les membres des cabinets. Tous debout, ils écoutent un homme assis, de dos. Michel Pébereau, PDG de BNP Paribas, leur explique ce qui se passe, et sans doute ce qu’il convient de faire.

Michel Pébereau, président de BNP Paribas en 2011 © ReutersMichel Pébereau, président de BNP Paribas en 2011 © Reuters

Peut-on se passer de l’avis d’un homme aussi puissant qui dirige la quatrième banque mondiale, affichant un bilan de plus de 2 000 milliards d’euros, plus lourd que le PNB (produit national brut) de la France ? Certes, non. Mais le malaise suscité par cette image vient de ce qu’elle dit du rapport de force existant. Rarement image n’a autant résumé la capture du monde politique par le monde bancaire pendant la crise, ce « too big to fail » qui a pris tout le monde en otage et dicte ses solutions. Car ce sont bien les choix des responsables bancaires qui seront retenus, sans délibération démocratique, dans la gestion de la crise de 2008. Et c’est du président de BNP Paribas, que le pouvoir politique attend alors des remèdes.

Cette puissance, BNP Paribas l’a acquise en à peine trente ans, à la faveur de la financiarisation et de la mondialisation de l’économie, mais porté aussi par l’ambition de fer de Michel Pébereau, qui a présidé l’établissement de 1993 à 2011. Avant lui, BNP était une banque de détail, une banque qui osait déjà dire « votre argent nous intéresse », mais qui restait au contact de ses clients, des entreprises, comme témoigne une des dernières salariées de cette période. Tout a changé avec la privatisation de la banque, décidée par Édouard Balladur en 1993. Michel Pébereau est alors désigné par le gouvernement pour présider l’établissement, le changer.

La vraie transformation viendra six ans plus tard, en 1999 lorsque BNP s’empare de Paribas, aux termes d’une bataille féroce avec la Société générale. Bizarrement, le documentaire passe sous silence ce conflit qui mit le capitalisme français à feu et à sang, appelant le pouvoir à trancher entre les ambitions des deux banques.

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Prendre le contrôle de Paribas, c’est non seulement changer de taille, mettre la main sur des milliards de capitaux, mais c’est aussi changer de statut. BNP se trouve propulsé dans « la haute banque » comme on disait au XIXe siècle, celle qui siège dans les conseils d’administration, qui a une mainmise sur toute l’économie, au travers de centaines de participations et de sièges d’administrateur qui vont avec. Mais c’est aussi entrer dans le monde obscur de l’évasion fiscale, des fortunes cachées en Suisse ou ailleurs, des paradis fiscaux. Un monde que Paribas fréquente de très longue date, au moins depuis les années 1950 et que Michel Pébereau se gardera bien de bousculer.Les salariés de BNP qui ont accepté de témoigner pour ce documentaire racontent le choc culturel que fut l’arrivée de Paribas. Entre eux, les centaines de milliers de salariés, présents dans les agences au coin de la rue, et les « seigneurs » qui arrivaient de la très feutrée rue d’Antin, siège de Paribas, le choix de la direction fut vite fait : les « seigneurs » l’emportèrent. Toute la culture du mérite, des possibilités d’évolution de carrière qui permettaient de partir au bas de l’échelle pour grimper jusqu’au sommet furent emportée avec.

Mais la banque aussi changea d’aspect : elle jouait désormais dans la cour des grands. Elle était une banque internationale, présente sur tous les marchés mondiaux, goûtant comme toutes les autres les délices de la finance mondialisée, de l’ingénierie financière. Elle reprit aussi toutes les pratiques de l’évasion fiscale, si chère à Paribas suisse, en dépit de toutes les alertes internes. « 100 % des clients étaient non déclarés », soutient aujourd’hui un ancien responsable. Plus de 40 milliards d’euros étaient cachés dans cette filiale, devenue une banque dans la banque, avec le plein assentiment de la direction en France. Sans que le fisc français ou les régulateurs ne s’en émeuvent.

Rien ne semblait devoir briser cette dynamique du toujours plus. Jusqu’à ce qu’advienne, en 2008, la crise des subprimes. Une crise entièrement liée aux dérives de Wall Street et des banquiers américains et qui a contaminé la « blanche » finance européenne, à en croire les banques européennes.

C’est peut-être une des lacunes de ce documentaire de ne pas démonter cette fable. Il n’explique pas suffisamment comment l’éclatement de la bulle immobilière américaine devint une crise de la finance mondiale. Car contrairement à ce que le monde financier français et européen n’a cessé de soutenir, les banques européennes avaient entièrement partie liée avec Wall Street. C’est leur développement sans limites, leurs interventions et leurs jeux financiers massifs, les amenant à dépendre entièrement du marché des capitaux américains pour refinancer leurs engagements qui a permis cette propagation sans contrôle de la crise.

BNP Paribas est la parfaite illustration de cette transformation. De l’avis de tous les historiens, ce fut elle qui donna la première le signal de la crise financière et sa propagation dans tout le système financier international, en annonçant le 9 août 2007 la suspension de trois de ces fonds. « Il n’y avait plus de valorisation possible de certains actifs », expliqua-t-elle alors. Ce seul constat créa un séisme dans le monde financier : il n’était plus possible de mettre des chiffres en face des biens ou des engagements.

Et ce n’est pas grâce à « la résistance du modèle de banque universelle français qu’est BNP Paribas » que la banque put traverser sans trop de dommages la crise, mais grâce au soutien illimité des banques centrales. La banque centrale européenne, dirigée alors par Jean-Claude Trichet ouvrit alors les vannes monétaires à fond pour prendre le relais d’un marché interbancaire, assurant normalement la liquidité du système, qui avait littéralement disparu. Mais l’action de la Réserve fédérale fut encore plus décisive, en acceptant de fournir sans conditions et de manière illimitée les centaines de milliards de dollars dont le système financier européen avait besoin pour se refinancer.

« C’était intentionnel. C’était délibéré »

2008 ne fut que la première secousse sismique pour la finance européenne. La deuxième beaucoup plus grave arriva en 2010 avec la crise grecque puis la crise de l’ensemble de la zone euro. C’est à juste titre que le documentaire insiste sur ce moment qui aurait pu être mortel pour BNP Paribas. Cependant, il donne une lecture faible et biaisée des événements d’alors.

Michel Pébereau et Christine Lagarde, alors ministre des finances en octobre 2009 © ReutersMichel Pébereau et Christine Lagarde, alors ministre des finances en octobre 2009 © Reuters

Que la caste de l’inspection des finances, monopolisant tous les postes dans les grandes banques, de la haute administration de Bercy et d’ailleurs, à la banque de France, et jusqu’à l’Élysée ait pesé sur toutes les décisions à cette période, cela ne se discute même pas. Elle a organisé l’impunité totale du monde bancaire. Elle a été à la manœuvre pour enterrer toutes les tentatives sérieuses d’encadrement, de régulation et de contrôle. Il en est allé de même pour la lutte contre l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, la séparation des activités bancaires en France. Tout a été tourné au simulacre et à la parodie. En entendant Karine Berger, rapporteuse à l’Assemblée du projet de loi sur cette fameuse séparation des activités bancaires en 2013, raconter dans le documentaire que « les banquiers ont rédigé eux-mêmes la loi » – ce dont on se doutait –, on se prend à regretter son silence d’alors. Que n’a-t-elle pas parlé alors, plutôt que de cautionner par son mutisme cette caricature de réforme, qui allait emporter avec elle tous les projets européens de réforme bancaire ? (lire ici, ou encore )  

Mais dire que ce fut cette même caste qui imposa seule ses vues lors de la crise grecque est plus discutable. Certes, Jean-Claude Trichet, membre illustre de l’inspection, pesait sur toutes les décisions en tant que président de la BCE. Certes, tous les banquiers français, tous issus des rangs de l’inspection, et largement exposés à la dette grecque, prônaient des voies qui leur permettraient de sortir indemnes de cette crise. Certes, Dominique Strauss-Kahn, alors président du Fonds monétaire international (FMI), restait très sensible aux sirènes de Bercy et de l’inspection. Mais le compromis européen qui s’est fait sur le dos de la Grèce a été beaucoup plus large que cela.

Toutes les banques européennes, les françaises en premier, mais les allemandes en deuxième, étaient largement exposées au risque grec. Tous les gouvernements, à commencer par Berlin et Paris, ont choisi de sauver leurs banques plutôt qu’Athènes, en cachant ces choix inavouables derrière la rhétorique la plus rance des “fainéants de Grecs”. Et l’Europe n’a pas fini de payer de cette faute inexcusable de n’accorder aucune remise de dettes, aucune remise de peine à la Grèce. ( lire ici ou >)

« Lorsque les choses deviennent sérieuses, il faut mentir », déclara Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne en 2011. À cette période, les responsables politiques et financiers ont manifestement beaucoup menti. Car la crise de la Grèce, que tous avaient cru évacuer promptement en imposant des conditions irréalisables à Athènes est revenue par la fenêtre en se transformant en crise de l’euro. D’un coup, toutes les contreparties américaines et internationales des banques européennes n’ont plus voulu prêter aux banques européennes. Tout le marché interbancaire s’est retrouvé paralysé. C’était un bank run à l’ère du numérique, se propageant à la vitesse de la lumière, mais invisible pour les non-spécialistes, comme le qualifie Adam Tooze dans son livre sur la crise de 2008.

Les témoignages des personnes rapportés dans le film sur cette période donnent la mesure du péril. Tandis que les responsables de BNP Paribas continuent de vanter « la banque universelle à la française », à l’arrière de la scène, ils sont pétrifiés : la banque est au bord de l’asphyxie, comme le rapporte un témoin. L’intervention de la BCE, encore dirigée par Jean-Claude Trichet, aida à sauver la banque et tout le système financier européen, mais celle de la FED fut plus décisive encore. Une nouvelle fois, la Réserve fédérale américaine apporta à des milliards de dollars pour éviter l’effondrement des banques européennes.

Compte tenu du rôle qu’ont joué les autorités américaines pour aider la finance européenne pendant la crise, on comprend mieux que par la suite elles demandent des comptes, considèrent comme légitime de les assujettir à leurs lois. Mais manifestement Michel Pébereau ne l’entendait pas ainsi. Qu’un juge, qui plus est américain, ose lui demander des comptes sur les pratiques de la banque, et plus particulièrement de sa filiale suisse, à lui qui n’avait jamais eu à s’expliquer et encore moins à se justifier devant aucune autorité française, voilà qui était insupportable.

L’affaire était grave pourtant, comme le raconte l’ancien procureur américain Adam Kaufmann, chargé de l’enquête aux États-Unis. BNP Paribas était soupçonné d’avoir réalisé des milliards de dollars de transactions, en provenance du Soudan et de l’Iran, pays frappés par des sanctions internationales, d’avoir recyclé tous ces avoirs dans le système international, en falsifiant toutes les preuves pendant des années. « C’était intentionnel, c’était délibéré », soutient aujourd’hui l’ancien procureur dans des extraits de l’entretien que les réalisateurs du documentaire ont accepté de confier à Mediapart.

Ce n’est qu’à la dernière extrémité, début 2014, alors que les poursuites judiciaires avaient été engagées cinq ans auparavant, que la direction de BNP Paribas a révélé l’existence d’une enquête américaine pour violation d’embargo, à l’occasion de la publication de son rapport annuel. Et encore, en en minimisant les conséquences ! Il ne s’agissait que d’un petit litige. La peine encourue devait être de 1 milliard de dollars maximum, affirmait-elle alors. Jamais la banque n’expliqua ce qui lui était reproché. Jamais elle ne mentionna le nom de Paribas Suisse et encore moins ceux des responsables.

BNP Paribas a été condamnée à une des plus fortes amendes imposées à une banque par les autorités américaines : 8,9 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros à l’époque). Le réquisitoire, publié par les autorités américaines, était assassin : il détaillait les agissements de la banque, qui avait accepté de devenir une quasi-banque centrale pour le Soudan, considéré pourtant par les instances internationales comme un État terroriste.

Les principaux dirigeants de Paribas Suisse ont été démissionnés par la suite, avec de confortables indemnités à la clé. Sauf Michel Pébereau. Son nom ne fut jamais prononcé et sa responsabilité jamais mise en cause : il avait pourtant siégé au conseil de l’établissement suisse à partir de son rachat en 1999 jusqu’en 2012.

Puisqu’il fallait quand même un responsable, Baudoin Prot, son successeur à la tête de BNP Paribas, joua les fusibles. Les apparences étaient sauves. On n’attaque pas ainsi une des figures tutélaires de l’inspection des finances, un des parrains du capitalisme français. Alors, parfois, il est bon de regarder un documentaire vif et décapant pour remettre certaines pendules à l’heure, de rappeler le coût économique et financier réel pour un pays d’avoir un monstre comme BNP Paribas.

Martine Orange, Mediapart.
https://www.mediapart.fr/journal/economie/041018/les-parts-d-ombre-de-bnp-paribas

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Crise de 2008: la vraie facture laissée par les banques à la France

4 octobre 2018 par Romaric GODIN :

Les banques estiment qu’elles n’ont pas coûté un euro aux finances publiques lors de la crise financière de 2008. Dix ans après, cet argument ne semble plus tenir et la facture totale des erreurs des banques s’annonce très lourde.

Combien les erreurs des banques ont-elles coûté au pays ? À cette question, la réponse du lobby bancaire est toujours la même : rien. Dans le documentaire diffusé ce 4 octobre sur France 3, on voit Baudoin Prot, président de BNP Paribas et de la Fédération bancaire française (FBF) de 2011 à 2014, rappeler que les établissements bancaires français ont remboursé à l’État les aides publiques destinées en 2008-2009 à les sauver, mais ont en sus payé des intérêts qui, in fine, ont enrichi l’État. Sauver les banques serait donc une bonne chose pour les finances publiques ?

En septembre 2015, un communiqué de la FBF, faisant suite à une étude de la BCE (banque centrale européenne), se voulait absolument catégorique : « La France est l’un des rares pays de la zone dans lequel la crise bancaire n’a pas eu d’impact significatif sur le déficit et la dette publics. » Et de souligner que l’État a gagné dans le sauvetage bancaire 2,3 milliards d’euros d’intérêts. La conclusion du lobby bancaire est sans appel : « L’augmentation de la dette publique française de 31,1% du PIB sur la période 2008-2014 n’est donc pas liée aux mesures de soutien aux banques françaises. » Le communiqué était d’ailleurs titré : « Crise bancaire, aucun impact sur les finances publiques en France ». Si la dette augmente, il faut regarder ailleurs. Évidemment, on regardera du côté des dépenses publiques, autrement dit des fonctionnaires et des transferts sociaux.

Le siège de BNP Paribas à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en juin 2014. © ReutersLe siège de BNP Paribas à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en juin 2014. © ReutersMais ce n’est que la partie visible de l’iceberg de la crise bancaire. Car c’est oublier plusieurs éléments clés de la facture. Et d’abord, plusieurs éléments de ce sauvetage comme celui de Dexia (6 milliards d’euros) ou encore le coût des emprunts toxiques aux collectivités locales (1,2 milliard d’euros). Ce dernier continuera de peser sur les comptes de collectivités déjà contraintes à des économies budgétaires. Ensuite, le sauvetage bancaire n’a pas été que direct, il a également été indirect. Le plan « d’aide » à la Grèce de mai 2010 a été bâti pour permettre de rembourser les banques créancières et financé par des coupes sombres dans le budget. Sans ce plan, les pertes encaissées par les banques, notamment françaises, auraient été considérables et auraient sans doute nécessité une deuxième aide publique directe. Qui plus est, cette décision n’a pas été sans impact sur les finances publiques : d’abord, parce que l’État s’est endetté pour permettre à la Grèce de rembourser les banques et, ensuite, parce que la stratégie austéritaire qui a suivi a déclenché une spirale récessive qui a provoqué une « rechute » de l’économie européenne et la plus longue récession de l’après-guerre : six trimestres de contraction du PIB, de la fin 2011 au début 2013. Or une récession a un coût pour les finances publiques.

Et voilà bien le cœur du problème. Les banques tentent de faire croire que leur sauvetage par l’État serait pratiquement un bienfait pour les finances publiques et qu’elles n’ont aucune responsabilité dans l’état de ces finances. Rien n’est moins vrai. En 2011, mais auparavant en 2008, et malgré leur « sauvetage », leurs erreurs ont eu des conséquences majeures sur l’économie. L’activité s’est contractée ET elles ont aggravé le mouvement en réduisant le crédit.

Évolution des encours de crédits aux sociétés non financières en France.Évolution des encours de crédits aux sociétés non financières en France.

Rappelons ainsi, qu’avant 2007, les banques européennes ont pleinement participé au système financier explosif qui se mettait en place aux États-Unis. Les banques ont pu, un temps, croire qu’elles étaient les innocentes victimes d’une crise étasunienne dans laquelle elles n’étaient pas impliquées. C’est en réalité une vision erronée de la réalité. Dans un ouvrage récent, intitulé Crashed (éditions Allen Lane), l’historien Adam Tooze rétablit cette responsabilité d’un système financier « transatlantique » auquel les banques européennes et françaises ont parfaitement contribué. Il rappelle qu’en 2008, 1 000 milliards de dollars étaient investis par les banques européennes dans la dette et les billets de trésorerie aux États-Unis. Il souligne qu’alors, ces banques agissaient comme un « fonds spéculatif mondial ». Et de fait, c’est bien BNP Paribas qui a « internationalisé » la crise des subprimes en fermant ses fonds en août 2007. La crise de 2008 n’est pas qu’une crise étasunienne, c’est une crise mondiale à laquelle les banques européennes ont apporté leur écot de responsabilité.

Responsables du déclenchement de la crise, les banques ne l’ont pas moins été pendant la crise. Une fois protégées par la sphère publique de la faillite, les banques se sont assainies en réduisant leurs prêts à l’économie. Les encours de crédit aux sociétés non financières ont mis à partir de 2009 deux ans à retrouver leur niveau d’avant crise. L’activité s’est alors violemment réduite et c’est… l’État qui a dû prendre le relais pour redresser la demande et faire jouer les stabilisateurs automatiques. L’explosion du déficit français en 2009 à 7,5 % du PIB s’explique par ce double effet : perte d’activité et intervention pour freiner la chute. Qui peut alors croire que les banques ne sont pour rien dans ce phénomène ? Dire que les banques n’ont rien coûté aux finances publiques est donc un mensonge qui permet au secteur financier de se racheter à fort bon compte une conduite. […]

Lire la suite, sur Médiapart :
https://www.mediapart.fr/journal/france/041018/crise-de-2008-la-vraie-facture-laissee-par-les-banques-la-france

[Controverse sur la monnaie et les banques] Mes réponses à Alain Beitone, qui conteste l’alternative monétaire chartaliste (création monétaire publique) et ma « vision complotiste désespérante », moi qui dénonce la prédation déchaînée des banquiers contre les peuples

Après la publication début août d’une vidéo où j’explique pourquoi je souhaite une création monétaire publique affranchie des banques privées, Alain Beitone, un professeur d’économie à Marseille, vient de publier un papier sur un site néocon pour expliquer que je n’y comprends rien sur la monnaie, que c’est « une vision complotiste désespérante » que d’accuser les banques de se servir et d’asservir au lieu de servir, que prétendre que les banquiers conspirent contre l’intérêt général c’est semer « la confusion », que c’est simpliste, que « la réalité est plus complexe », que l’incrimination des banquiers dans les malheurs des peuples par la captation du financement des puissances publiques et par l’endettement généralisé de toute l’humanité, c’est « un fantasme de l’extrême droite »… et que défendre le chartalisme (Théorie étatique de la monnaie de G. F. Knapp, 1905, admirée et reprise par Keynes) démontre une « incompréhension totale des questions monétaires », etc.

Je défends donc à nouveau mon point de vue et je démontre que chacune de ces critiques est infondée.

(Rappel : j’ai déjà eu à me défendre, en 2011, contre les diffamations de Monsieur Beitone.)

Voici mes réponses :

Le fichier pdf : Reponse_a_Alain_Beitone_sur_la_monnaie_et_les_banques_2-9-2018.pdf


Vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessus pour ouvrir le fichier pdf complet.
Vous pouvez aussi feuilleter directement le pdf ci-dessous.

Reponse_a_Alain_Beitone_sur_la_monnaie_et_les_banques_2-9-2018

 
C’est une controverse importante.
Signalez-moi en commentaire, s’il vous plaît, les arguments qui pourraient, selon vous, être encore avancés, dans un sens ou dans l’autre.

Bonne lecture.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156544091067317

Comment nous transformer d’électeur enfant en citoyen adulte

[Flash #5] Problème technique ou politique ?

L’entretien original intégral (c’était à Nancy, nostalgie 🙂 ) :

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Précédents signalements :

http://chouard.org/blog/2016/09/01/resume-dense-37-min-les-electeurs-enfants-doivent-muter-en-citoyens-adultes-adultes-politiques-et-donc-economiques/

http://chouard.org/blog/2015/10/30/comment-muter-en-citoyen-adulte/

Plan de l’entretien et références (merci Catherine) :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Comment_muter_en_citoyen_adulte_%3F_-_Etienne_Chouard

Pourquoi le cauchemar grec est loin d’être terminé, par Coralie Delaume

Encore un bon papier de Coralie.

Il faut sortir du piège mortel de la prétendue « Union européenne ».
Lisez aussi François Asselineau, qui fait du bon boulot.
Résistez comme vous pouvez, pendant qu’il est encore temps : la Grèce est un laboratoire (criminel) pour les usuriers, avant de piller les autres peuples à leur tour. L’UE, c’est la guerre, la guerre des 1% oisifs contre les 99% qui travaillent. L’objectif de l’UE et des « élus » (des banques), c’est le prétendu « libéralisme », c’est l’insécurité sociale.
Si vous n’êtes pas devenu un mollusque décérébré par la télé, le sort des Grecs devrait vous révolter et vous mobiliser contre l’UE, contre les banques privées, et pour la souveraineté des peuples libres.
Il me semble que ça urge.
Étienne.
 

Pourquoi le cauchemar grec est loin d’être terminé, par Coralie Delaume

FIGAROVOX/ENTRETIEN – La Grèce n’est plus sous la tutelle des institutions européennes et du FMI. De nombreux commentaires optimistes ont salué la nouvelle. Un point de vue que ne partage pas l’essayiste eurocritique Coralie Delaume. Pour elle, la situation sociale du pays reste très grave et l’avenir économique et financier de la Grèce fort sombre. Entretien avec Etienne Campion :


Coralie Delaume est essayiste, co-auteur de La fin de l’Union européenne (Michalon, 2017) et tient le blog «L’arène nue».


FIGAROVOX.- Depuis le 20 août 2018, la Grèce n’est plus sous la tutelle de l’Union européenne et du FMI. Était-ce vraiment un «jour historique», comme les dirigeants l’affirment? La Grèce est-elle sauvée?

Coralie DELAUME.- Non. On s’est contenté d’acheter un peu de temps, quitte à dévaster l’économie du pays.

La sortie d’un des membres de la zone euro a simplement été différée. Le mythe de l’irréversibilité de cette dernière est à peu près préservé, même si les menaces de «Grexit hostile» formulées par les créanciers d’Athènes en 2015 l’ont écorné. Que la Grèce ait conservé l’euro, en dépit de toutes les souffrances endurées par la population, est pour certains la preuve que cette monnaie est immortelle. Ce serait une première dans l’Histoire, mais en même temps, il est question de foi religieuse quant au rapport de nos dirigeants avec l’euro. Comme l’explique le politologue belge François Foret, «l’euro constitue en lui-même un nouveau sacré européen justifiant tous les sacrifices économiques, sociaux et culturels».

Le maintien de la Grèce dans l’eurozone a permis de repousser la perspective de voir la communauté des croyants se désintégrer.

En somme, le maintien de la Grèce dans l’eurozone a permis de repousser la perspective de voir commencer à se désintégrer l’oumma de l’euro. En plus, le pays a durement expié: Tsipras et Syriza ont abjuré tout ce en quoi ils croyaient. Ils ont renoncé à mettre un terme à l’austérité. La Grèce est condamnée à faire maigre pour longtemps. Le petit rebond de croissance en 2017 (1,4%) après avoir perdu plus d’un quart de son PIB depuis le début de la crise n’est-il pas la preuve que la rédemption par l’ascèse est possible?

On a également différé le moment où la Grèce ferait défaut sur sa dette, et où les créanciers — qui sont désormais à 80 % constitués des institutions européennes (Banque centrale européenne, Mécanisme européen de stabilité, Fonds européen de stabilité financière) et des États européens — en seraient de leur poche. Car on n’a pas donné d’argent à la Grèce, on lui en a prêté.

Essentiellement d’ailleurs pour qu’elle puisse assurer le service de sa dette. Pour l’instant, cela a rapporté de l’argent aux créanciers puisqu’Athènes paie des intérêts. Entre 2012 et 2016, soit en quatre ans seulement, la BCE a réalisé 7,8 milliards de bénéfices sur les titres hellènes. Il est question depuis des années que ces sommes soient rétrocédées à la Grèce, mais on trouve toujours une excellente raison de ne pas le faire. L’Eurogroupe s’y est une nouvelle fois engagé au mois de juin de cette année, mais seulement pour les bénéfices sur les obligations grecques réalisées à partir de 2017, pas sur ceux réalisés les années précédentes. Par ailleurs, ces rétrocessions demeureront «conditionnées au maintien des réformes acceptées par la Grèce», comme indiqué dans le communiqué de l’Eurogroupe portant sur cette question. On s’assure autrement dit que la politique d’austérité perdurera.

L’Allemagne a également gagné de l’argent au détriment de la Grèce car Berlin s’endette aujourd’hui gratuitement sur les marchés. Sa dette tient lieu de «valeur refuge» pour les investisseurs en quête d’investissements sans risque. Cela lui permet de faire beaucoup d’économies, mais elle ne prête pas gratuitement pour autant. Les chiffres du ministère allemand des Finances (qui a été contraint de les fournir au Bundestag pour répondre à une question parlementaire) font état d’un bénéfice net faramineux de Berlin sur Athènes entre 2011 et 2017: l’Allemagne a gagné 3 milliards d’euros grâce à la dette grecque. En somme et jusqu’ici, la crise grecque a rapporté aux créanciers. Or le jour où la Grèce ne paiera plus, cela leur coûtera une fortune. Les gouvernements des États créanciers auront bien du mal à justifier la chose auprès d’opinions publiques de plus en plus hostiles à l’Union européenne.

La Grèce va-t-elle nécessairement cesser de rembourser sa dette, c’est-à-dire faire défaut ?

C’est ce que dit le FMI depuis plusieurs années ! Au moins depuis 2015, année où il indiquait dans un rapport (IMF Country report n° 15/186) que «la dette grecque était totalement non viable» et proposait qu’elle soit partiellement effacée.

La Grèce est désormais libre, mais «sous surveillance renforcée» !

Depuis, le Fonds répète cela chaque année: «sans allègement supplémentaire de la dette, il pourrait être difficile de conserver l’accès au marché à long terme», a-t-il notamment écrit dans la perspective du retour de la Grèce sur les marchés. Mais les créanciers européens s’y refusent, c’est pourquoi le FMI s’est souvent trouvé en conflit avec ses partenaires de la Troïka. Il a d’ailleurs décidé de ne plus prêter un sou à la Grèce car ses statuts lui interdisent de prêter à un pays insolvable.

Or, insolvable, la Grèce l’est puisque son «stock de dette» n’a pas été allégé, contrairement à ce qui avait été promis à Tsipras en 2015 en échange de son acceptation du «troisième mémorandum». Au mois de juin, les créanciers se sont tout juste entendus pour rééchelonner légèrement le calendrier des paiements, de manière à réduire le coût annuel des intérêts payés par Athènes. Mais en contrepartie de cette mesure très cosmétique, la Grèce devra afficher des excédents primaires (excédents budgétaires hors intérêts de la dette) de 3,5% du PIB jusqu’en 2022 et de 2,2% jusqu’en… 2060!

Est-ce à dire que la Grèce restera, dans les faits, sous tutelle jusqu’en 2060?

Il est hautement improbable que la zone euro existe encore en 2060. Quant à la Grèce, elle reste évidemment sous tutelle. Ou plutôt sous «surveillance renforcée». C’est ce qu’expliquait Pierre Moscovici le 20 août: «La Grèce va pouvoir se financer seule sur les marchés et définir sa politique économique. C’est un pays totalement libre, mais il y a une surveillance renforcée». Libre, mais sous surveillance renforcée! «La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force», écrivait Orwell dans 1984. Nous avons affaire à la même sémantique folle avec les dirigeants de l’Union européenne…

De fait, oui, comme le disait Klaus Regling, le patron allemand du MES dans une interview datée de juin 2018 au quotidien grec Ta Nea, un «système d’alerte précoce» demeurera en vigueur «jusqu’à ce que tout l’argent ait été remboursé», c’est-à-dire jusqu’en 2060. Il s’agira notamment de s’assurer de la poursuite de l’austérité car «la mise en œuvre des réformes est une tâche permanente. Ce n’est jamais fini. Et c’est vrai pour tous les pays du monde, pour tous les pays de l’Union européenne et, par conséquent, pour la Grèce».

Tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Le coût humain de l’austérité est effroyable. Et il n’y a aucune perspective d’amélioration à court terme.

Concrètement, la «liberté» de la Grèce va consister à se soumettre à un «audit» de ses finances publiques quatre fois par an. Regling a également déclaré: «La surveillance renforcée (…) nécessite une évaluation tous les trois mois et durera plusieurs années». Cette liberté va également consister à emprunter sur les marchés à des taux qui flamberont à la moindre secousse interne à l’eurozone. Et des secousses, il y en aura. Qui sait ce qui peut se produire en Italie dans les mois à venir, par exemple?

Quelle est la situation sociale de la Grèce aujourd’hui?

Tous les indicateurs sont au rouge vif et, cela aussi, tout le monde s’en rend compte. Les chiffres ont fusé dans la presse, tous plus ahurissants les uns que les autres.

Le chômage est certes redescendu à 20 % après être monté jusqu’à 28 % au plus fort de la crise. Mais les salaires sont faibles, et ne cessent de baisser. Selon une enquête relayée par le site «keeptalkinggreece.com», menée en début d’année à Athènes et dans sa région, plus de la moitié des personnes embauchées en 2017 l’ont été à temps partiel ou pour un salaire inférieur à 500€ par mois, ce qui signifie que les travailleurs pauvres sont légion. Par ailleurs, les salaires sont versés de façon très aléatoire, avec retard pour 42 % des travailleurs.

Entre 350 000 et 420 000 personnes ont quitté le pays entre 2008 et 2016. Rapporté à une population de 11 millions d’habitants, c’est énorme.

Le taux de chômage des jeunes étant de 43 %, beaucoup quittent le pays. Entre 350 000 et 420 000 personnes (les chiffres varient selon les études) ont quitté le pays entre 2008 et 2016. Rapporté à une population de 11 millions d’habitants, c’est énorme, et cela s’ajoute à un taux de fécondité très bas (moins de 1,4 enfant par femme), ce qui fait que le pays se dépeuple et vieillit. En plus, ce sont souvent les jeunes qualifiés qui s’expatrient, ce qui signifie qu’ils ne participeront pas au redressement du pays.

La moitié des Grecs vivent d’une pension de retraite, la leur ou celle d’un proche, mais le montant des retraites a chuté de 40 % en moyenne depuis 2010. Les retraites ont été réformées 14 fois. La situation sanitaire s’est beaucoup détériorée et 40 % des ménages repoussent les soins pour raisons financières.

Une enquête réalisée à partir de prélèvements sur les eaux usées d’Athènes offre des résultats particulièrement saisissants: si la consommation d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires a chuté, la consommation de psychotropes (benzodiazépines et antidépresseurs) a été multipliée par 35. En quatre ans! Et on savait déjà que le taux de suicide avait considérablement crû pour sa part (+ 35 % entre 2008 et 2017). Le coût humain de l’austérité est effroyable, et il n’y a aucune perspective d’amélioration à court terme.

L’Union européenne a-t-elle tiré les leçons de la crise grecque?

Non. L’Union européenne se comporte de manière autistique et dogmatique: elle ne tire pas de leçons. C’est selon elle aux peuples européens de tirer des leçons: quoi qu’il advienne c’est toujours eux qui sont fautifs. L’exemple grec témoigne du fait qu’on ne peut rompre avec l’austérité en demeurant dans le cadre supranational actuel. Celui qui essaie est immédiatement foudroyé et subit un sort proche de celui d’un pays vaincu et occupé.

Coralie Delaume.

Le blog de Coralie s’appelle «L’arène nue».

Source : Le Figaro,
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/08/24/31002-20180824ARTFIG00263-pourquoi-le-cauchemar-grec-est-loin-d-etre-termine.php

 
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Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire, par Bruno GUIGUE

En 1992, un politologue américain, Francis Fukuyama, osait annoncer la « fin de l’Histoire ». Avec l’effondrement de l’URSS, disait-il, l’humanité entrait dans une ère nouvelle. Elle allait connaître une prospérité sans précédent. Auréolée de sa victoire sur l’empire du mal, la démocratie libérale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassée du communisme, l’économie de marché devait répandre ses bienfaits aux quatre coins du globe, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain.[1] La débandade soviétique semblait valider la thèse libérale selon laquelle le capitalisme – et non son contraire, le socialisme – se conformait au sens de l’histoire. Aujourd’hui encore, l’idéologie dominante martèle cette idée simple : si l’économie planifiée des régimes socialistes a rendu l’âme, c’est qu’elle n’était pas viable. Le capitalisme, lui, ne s’est jamais aussi bien porté, et il a fait la conquête du monde.

Les tenants de cette thèse en sont d’autant plus convaincus que la disparition du système soviétique n’est pas le seul argument qui semble plaider en leur faveur. Les réformes économiques engagées en Chine populaire à partir de 1979, à leurs yeux, confirment également la supériorité du système capitaliste. Pour stimuler leur économie, les communistes chinois n’ont-ils pas fini par admettre les vertus de la libre entreprise et du profit, quitte à passer par-dessus bord l’héritage maoïste et son idéal égalitaire ? De même que la chute du système soviétique démontrait la supériorité du capitalisme libéral sur le socialisme dirigiste, la conversion chinoise aux recettes capitalistes semblait donner le coup de grâce à l’expérience « communiste ». Un double jugement de l’histoire, au fond, mettait un point final à une compétition entre les deux systèmes qui avait traversé le XXème siècle.

Le problème, c’est que cette narration est un conte de fées. On aime répéter en Occident que la Chine s’est développée en devenant « capitaliste ». Mais cette affirmation simpliste est démentie par les faits. Même la presse libérale occidentale a fini par admettre que la conversion chinoise au capitalisme est illusoire. Enfin, les Chinois eux-mêmes le disent, et ils ont de solides arguments. Comme point de départ de l’analyse, il faut partir de la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange. Ce système a été progressivement éradiqué en Chine populaire au cours de la période maoïste (1950-1980), et il a effectivement été réintroduit dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping à partir de 1979. Une dose massive de capitalisme a ainsi été injectée dans l’économie, mais – la précision est d’importance – cette injection eut lieu sous l’impulsion de l’État. La libéralisation partielle de l’économie et l’ouverture au commerce international relevaient d’une décision politique délibérée.

Pour les dirigeants chinois, il s’agissait de lever des capitaux extérieurs afin de faire croître la production intérieure. Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. En réalité, la signification des réformes se comprend surtout d’un point de vue politique. « La Chine est un Etat unitaire central dans la continuité de l’empire. Pour préserver son contrôle absolu sur le système politique, le parti doit aligner les intérêts des bureaucrates sur le bien politique commun, à savoir la stabilité, et fournir à la population un revenu réel croissant et de meilleures conditions de vie. L’autorité politique doit gérer l’économie de façon à produire plus de richesses plus efficacement. D’où deux conséquences : l’économie de marché est un instrument, pas une finalité ; l’ouverture est une condition d’efficacité et conduit à cette directive économique opérationnelle : rattraper et dépasser l’Occident ».[2]

C’est pourquoi l’ouverture de la Chine aux flux internationaux fut massive, mais rigoureusement contrôlée. Le meilleur exemple en est fourni par les zones d’exportation spéciales (ZES). « Les réformateurs chinois voulaient que le commerce renforce la croissance de l’économie nationale, et non qu’il la détruise », notent Michel Aglietta et Guo Bai. Dans les ZES, un système contractuel lie les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. La Chine y importe les ingrédients de la fabrication de biens de consommation industriels (électronique, textile, chimie). La main d’œuvre chinoise fait l’assemblage, puis les marchandises sont vendues sur les marchés occidentaux. C’est ce partage des tâches qui est à l’origine d’un double phénomène qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans : la croissance économique de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident. Un demi-siècle après les « guerres de l’opium » (1840-1860) qui virent les puissances occidentales dépecer la Chine, l’Empire du Milieu a pris sa revanche.

Car les Chinois ont tiré les leçons d’une histoire douloureuse. « Cette fois, la libéralisation du commerce et de l’investissement relevait de la souveraineté de la Chine et elle était contrôlée par l’État. Loin d’être des enclaves ne profitant qu’à une poignée de “compradors”, la nouvelle libéralisation du commerce fut un des principaux mécanismes qui ont permis de libérer l’énorme potentiel de la population ».[3] Une autre caractéristique de cette ouverture, souvent méconnue, est qu’elle bénéficia essentiellement à la diaspora chinoise. Entre 1985 et 2005, elle détient 60 % des investissements cumulés, contre 25 % pour les pays occidentaux et 15 % pour Singapour et la Corée du Sud. L’ouverture au capital « étranger » fut d’abord une affaire chinoise. Mobilisant les capitaux disponibles, l’ouverture économique a créé les conditions d’une intégration économique asiatique dont la Chine populaire est la locomotive industrielle.

Dire que la Chine est devenue « capitaliste » après avoir été « communiste » relève donc d’une vision naïve du processus historique. Qu’il y ait des capitalistes en Chine ne fait pas de ce pays un « pays capitaliste », si l’on entend par cette expression un pays où les détenteurs privés de capitaux contrôlent l’économie et la politique nationales. En Chine, c’est un parti communiste de 90 millions d’adhérents, irriguant l’ensemble de la société, qui détient le pouvoir politique. Faut-il parler de système mixte, de capitalisme d’Etat ? C’est davantage conforme à la réalité, mais encore insuffisant. Dès qu’il s’agit de qualifier le système chinois, l’embarras des observateurs occidentaux est patent. Les libéraux se répartissent entre deux catégories : ceux qui reprochent à la Chine d’être toujours communiste, et ceux qui se réjouissent qu’elle soit devenue capitaliste. Les uns n’y voient qu’un « régime communiste et léniniste » bon teint, même s’il a fait des concessions au capitalisme ambiant.[4] Pour les autres, la Chine est devenue « capitaliste » par la force des choses et cette transformation est irréversible.

Certains observateurs occidentaux, toutefois, essaient de saisir le réel avec davantage de subtilité. C’est ainsi que Jean-Louis Beffa, dans un mensuel économique libéral, affirme carrément que la Chine représente « la seule alternative crédible au capitalisme occidental ». « Après plus de trente ans d’un développement inédit, écrit-il, n’est-il pas temps de conclure que la Chine a trouvé la recette d’un contre-modèle efficace au capitalisme à l’occidentale ? Jusque-là, aucune solution de rechange n’était parvenue à s’imposer, et l’effondrement du système communiste autour de la Russie en 1989 avait consacré la réussite du modèle capitaliste. Or la Chine d’aujourd’hui n’y a pas souscrit. Son modèle économique, hybride, combine deux dimensions qui puisent à des sources opposées. La première emprunte au marxisme-léninisme ; elle est marquée par un puissant contrôle du parti et un système de planification vigoureusement appliqué. La seconde se réfère davantage aux pratiques occidentales, qui donnent la part belle à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprendre. Cohabitent ainsi la mainmise du PCC sur les affaires et un secteur privé foisonnant ».[5]

Cette analyse est intéressante, mais elle renvoie dos-à-dos les deux dimensions – publique et privée – du régime chinois. Or c’est la sphère publique, manifestement, qui est aux commandes. Dirigé par un puissant parti communiste, l’État chinois est un Etat fort. Il maîtrise la monnaie nationale, quitte à la laisser filer pour stimuler les exportations, ce que Washington lui reproche de façon récurrente. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire. Surveillés de près par l’État, les marchés financiers ne jouent pas le rôle exorbitant qu’ils s’arrogent en Occident. Leur ouverture aux capitaux étrangers est d’ailleurs soumise à des conditions draconiennes fixées par le gouvernement. Bref, le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un Etat souverain, et non à la « main invisible du marché » chère aux libéraux. Certains s’en affligent. Libéral bon teint, un banquier international qui enseigne à Paris I relève que « l’économie chinoise n’est ni une économie de marché, ni une économie capitaliste. Pas même un capitalisme d’État, car en Chine c’est le marché lui-même qui est contrôlé par l’Etat ».[6] Mais si le régime chinois n’est même pas un capitalisme d’État, est-ce à dire qu’il est « socialiste », c’est-à-dire que l’État y détient la propriété des moyens de production, ou y exerce du moins le contrôle de l’économie ? La réponse à cette question est clairement positive.

La difficulté de la pensée dominante à nommer le régime chinois, on l’a vu, vient d’une illusion longtemps entretenue : abandonnant le dogme communiste, la Chine serait enfin entrée dans le monde merveilleux du capital. On aimerait tant pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste ! Convertie au libéralisme, cette nation réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, une telle capitulation validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Mais on a sans doute mal interprété la célèbre formule du réformateur Deng Xiaoping : « peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris ». Cela ne signifie pas que le capitalisme et le socialisme sont indifférents, mais que chacun sera jugé sur ses résultats. Une forte dose de capitalisme a été injectée dans l’économie chinoise, sous contrôle de l’État, parce qu’il fallait stimuler le développement des forces productives. Mais la Chine demeure un Etat fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Même si elle concède une partie du pouvoir économique aux capitalistes « nationaux », elle n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée. Adepte du « socialisme à la chinoise », formée à l’éthique confucéenne, elle dirige un Etat qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être d’un milliard 400 millions de Chinois.

Il ne faut pas oublier, en outre, que l’orientation économique adoptée en 1979 a été rendue possible par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, les communistes chinois soulignent la continuité – en dépit des changements intervenus – entre le maoïsme et le post-maoïsme. « Beaucoup ont eu à pâtir de l’exercice du pouvoir communiste. Mais ils adhèrent pour la plupart à l’appréciation émise par Deng Xiaoping, lequel avait quelque raison d’en vouloir à Mao Zedong : 70 % de positif, 30 % de négatif. Une phrase est aujourd’hui très répandue parmi les Chinois, révélatrice de leur jugement sur Mao Zedong : Mao nous a fait tenir debout, Deng nous a enrichis. Et ces Chinois estiment tout à fait normal que le portrait de Mao Zedong figure sur les billets de banque. Tout l’attachement que les Chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée ».[7]

Il est vrai que le maoïsme a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Mais de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an en moyenne annuelle), le pays s’industrialise, et la population passe de 552 millions à 1 017 millions d’habitants. Les progrès en matière de santé sont spectaculaires, et les principales épidémies sont éradiquées. Indicateur qui résume tout, l’espérance de vie passe de 44 ans en 1950 à 68 ans en 1980. C’est un fait indéniable : malgré l’échec du « Grand Bond en avant », et malgré l’embargo occidental – ce qu’on oublie généralement de préciser – la population chinoise a gagné 24 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation ont été massifs, notamment dans le primaire : la part de la population analphabète passe de 80 % en 1950 à 16 % en 1980. Enfin, la femme chinoise – qui « porte la moitié du ciel », disait Mao – a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine était en ruines. Trente ans plus tard, elle est encore un pays pauvre du point de vue du PIB par habitant. Mais c’est un Etat souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie naissante. L’atmosphère est frugale, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été au XXème siècle.

Cette réévaluation de la période maoïste est nécessaire pour comprendre la Chine actuelle. C’est entre 1950 et 1980 que le socialisme a jeté les bases du développement à venir. Dès les années 70, par exemple, la Chine perçoit le fruit de ses efforts en matière de développement agricole. Une silencieuse révolution verte a fait son chemin, bénéficiant des travaux d’une académie chinoise des sciences agricoles créée par le régime communiste. A partir de 1964, les scientifiques chinois obtiennent leurs premiers succès dans la reproduction de variétés de riz à haut rendement. La restauration progressive du système d’irrigation, les progrès réalisés dans la reproduction des semences et la production d’engrais azotés ont transformé l’agriculture. Comme les progrès sanitaires et éducatifs, ces avancées agricoles ont rendu possible les réformes de Deng, elles ont constitué le socle du développement ultérieur. Et cet effort de développement colossal n’a été possible que sous l’impulsion d’un Etat planificateur, la reproduction des semences, par exemple, nécessitant des investissements dans la recherche impossibles dans le cadre des exploitations individuelles.[8]

En réalité, la Chine actuelle est fille de Mao et de Deng, de l’économie dirigée qui l’a unifiée, et de l’économie mixte qui l’a enrichie. Mais le capitalisme libéral à l’occidentale, en Chine, est aux abonnés absents. Il arrive que la presse bourgeoise rende compte avec lucidité de cette indifférence des Chinois à nos propres lubies. On lit dans Les Echos, par exemple, que les Occidentaux ont « commis l’erreur d’avoir pu penser qu’en Chine, le capitalisme d’Etat pourrait céder le pas au capitalisme de marché ». Que reproche-t-on aux Chinois, en définitive ? La réponse ne manque pas de surprendre dans les colonnes d’un hebdomadaire libéral : « La Chine n’a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d’une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent« . Puis l’analyste desEchos conclut : « Cela lui est d’autant plus facile que l’Etat garde la mainmise sur l’économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l’Occident le pratique, cela ne l’est pas en Chine« . On ne saurait mieux dire ! [9]

Evidemment, cet éclair de lucidité est inhabituel. Il change des litanies coutumières selon lesquelles la dictature communiste est abominable, Xi Jinping est déifié, la Chine croule sous la corruption, son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision que donnent de la Chine les médias dominants brille le plus souvent par un simplisme narquois. On prétend comprendre la Chine en la soumettant au lit de Procuste des catégories préétablies chères au petit monde médiatique. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ? Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois. Difficile d’admettre, sans doute, qu’un pays dirigé par un parti communiste a réussi en trente ans à multiplier par 17 son PIB par habitant. Aucun pays capitaliste ne l’a jamais fait.

Comme d’habitude, les faits sont têtus. Le parti communiste chinois n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un Etat fort. Hérité du maoïsme, cet Etat conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le système bancaire. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : représentant 40% des actifs et 50% des profits générés par l’industrie, il prédomine à 80-90 % dans les secteurs stratégiques : la sidérurgie, le pétrole, le gaz, l’électricité, le nucléaire, les infrastructures, les transports, l’armement. En Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un Etat souverain. Ce n’est pas en Chine qu’un président de la République braderait au capitalisme américain un joyau industriel comparable à Alstom, offert par Macron à General Electric dans un paquet-cadeau.

En lisant la résolution finale du dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois (octobre 2017), on mesure l’ampleur des défis. Lorsque cette résolution affirme que “le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation”, il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du “socialisme à la chinoise”. Mais rien n’est plus faux. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Mais elles s’inscrivent dans une planification à long terme dont l’Etat chinois conserve la maîtrise. Aujourd’hui, de nouveaux défis attendent le pays : la consolidation du marché intérieur, la réduction des inégalités, le développement des énergies vertes et la conquête des hautes technologies.

En devenant la première puissance économique de la planète, la Chine populaire sonne le glas de la prétendue « fin de l’Histoire ». Elle renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Contrairement aux USA, la Chine est un empire sans impérialisme. Placé au centre du monde, l’Empire du Milieu n’a pas besoin d’étendre ses frontières. Respectueuse du droit international, la Chine se contente de défendre sa sphère d’influence naturelle. Elle ne pratique pas le “regime change” à l’étranger. Vous n’avez pas envie de vivre comme les Chinois ? Aucune importance, ils n’ont pas l’intention de vous convertir. Auto-centrée, la Chine n’est ni conquérante ni prosélyte. Les Occidentaux font la guerre pour enrayer leur déclin, quand les Chinois font des affaires pour développer leur pays. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Dans la même période, les USA ont mené une dizaine de guerres et précipité leur décadence. Les Chinois ont éradiqué la pauvreté, quand les USA déstabilisaient l’économie mondiale en vivant à crédit. En Chine la misère recule, tandis qu’aux USA elle progresse. Que cela plaise ou non, le « socialisme à la chinoise » met une fessée au capitalisme à l’occidentale. Décidément, la « fin de l’Histoire » peut en cacher une autre.

Bruno GUIGUE

(La Pensée libre, août 2018)

[1] Francis Fukuyama, La fin de l’Histoire et le dernier homme, 1993, Flammarion.

[2] Michel Aglietta et Guo Bai, La Voie chinoise, capitalisme et empire, Odile Jacob, 2012, p.17.

[3) Ibidem, p. 186.

[4] Valérie Niquet, « La Chine reste un régime communiste et léniniste », France TV Info, 18 octobre 2017.

[5] Jean-Louis Beffa, « La Chine, première alternative crédible au capitalisme », Challenges, 23 juin 2018.

[6] Dominique de Rambures, La Chine, une transition à haut risque, Editions de l’Aube, 2016, p. 33.

[7] Philippe Barret, N’ayez pas peur de la Chine !, Robert Laffont, 2018, p. 230.

[8] Michel Aglietta et Guo Bai, op. cit., p.117.

[9] Richard Hiaut, « Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l’OMC », Les Echos, 6 juillet 2018.

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/le-socialisme-chinois-et-le-mythe-de-la-fin-de-l-histoire.html

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[STARVE THE BEAST] « Pour aller toujours plus vite, on les rend grabataires » : lettre des infirmières du CHU de Grenoble

« Alerte. Les infirmières et infirmiers du CHU de Grenoble font part de leur désespoir dans une lettre ouverte à destination de leur direction mais également de la France entière et des autorités. La situation critique qu’ils et elles décrivent en EHPAD et USLD fait froid dans le dos. La dynamique managériale appliquée aux soins de santé – où le chiffre passe avant tout – s’attaque au sens même du travail d’infirmier, rendant les soins de moins en moins efficaces, éventuellement, au profit du secteur privé. Selon eux, le danger pour les patients est manifeste et les accidents risquent de se multiplier. Les hôpitaux, une entreprise comme les autres ? »

[Mr mondialisation]


Communiqué CGT du CHU de Grenoble – 04.76.76.51.03 – syndicatcgt@chu-grenoble.fr :

« Lettre à la direction du CHU de Grenoble Alpes concernant la situation catastrophique en gériatrie (Soins de Longue Durée et EHPAD) »

Ceci est un cri d’alarme, un cri de désespoir, car nous n’avons plus le temps. Nous n’avons plus le temps de soigner ni de prendre soin, nous n’avons plus le temps d’exercer notre métier. En tant que soignants, nous sommes en première ligne. Nous subissons nous-mêmes et voyons les patients subir les conséquences délétères de la politique du chiffre qui est menée partout au CHU. L’EHPAD et le SLD sont des lieux de vie, les gens qui y vivent y subissent au quotidien, et ce jusqu’à leur mort, les conséquences de cette politique gestionnaire.

Régulièrement, mes collègues se retrouvent seul·e infirmier·ère pour 40 résidents. Avez-vous une idée de ce que cela signifie de travailler dans ces conditions ? À l’aide d’un calcul simple on se rend compte que, sur un service de 7h30, une fois retirées les 30 minutes de transmissions orales, il ne reste à l’ infirmier·ère que 10,5 minutes par patient.

Mais ces 10,5 minutes ne sont même pas du temps de présence consacré à chaque patient, car il faut déduire le temps que l’infirmier·ère passe à : vérifier les prescriptions, piler les médicaments si nécessaire (environ 1/4 des patients), valider les actes dans le logiciel, faire les transmissions avec le médecin, préparer les perfusions, faire les transmissions écrites, gérer les imprévus, répondre au téléphone et aux familles, ranger la pharmacie, etc.

La situation des aides-soignants.es n’est pas plus enviable, d’autant plus que si l’infirmier·ère n’a que peu de temps pour réaliser les soins qui lui sont propres alors il/elle n’en n’aura pas pour réaliser les soins d’hygiène et de confort avec les aides-soignants·es.

Les conséquences de ce manque de temps sur les patients ? De la douleur et de la souffrance provoquées par des gestes trop rapides des soignants, une douche par semaine au mieux, des pansements non renouvelés à temps, des escarres qui se développent par manque de temps avec les patients pour les mobiliser, des résidents réveillés très tôt pour pouvoir finir nos tours de soin, au détriment de leur santé et de leur confort, des pertes d’autonomie accélérées par manque de temps pour les accompagner dans les gestes de la vie quotidienne, gestes qu’on fait à leur place pour gagner du temps. Pour aller toujours plus vite, on les rend grabataires. Même d’un point de vue purement comptable cela n’a pas de sens : une fois grabataires, ces patients nécessitent encore plus de temps et de moyens.

Si on ne se fie qu’aux plannings, si on ne se fie qu’aux actes de soin dont la case « validé » a bien été cochée, alors on pourrait penser (le pensez-vous d’ailleurs&bnsp;?) que tout va pour le mieux puisque « le travail est fait ». Alors oui, les cases, sont bien cochées, les médicaments sont donnés, les corps sont lavés mais à quel prix ? Au prix d’une maltraitance institutionnalisée qui est dirigée bien évidement contre les patients mais également contre les soignants qui se voient, malgré eux, collabos de cette politique du chiffre.

Ce sont nous, les ouvriers du soin, qui en arrivons, malgré nous, à maltraiter ces corps, à malmener ces gens pour qui le quotidien de leurs dernières années consiste à ne croiser que des personnes pressées, des personnes stressées qui n’ont pas le temps de prendre soin d’eux correctement.

Le jour où il y aura des morts, des morts prématurées, chez les patients comme chez le personnel,ce jour-là il faudra assumer, c’est à dire répondre de vos actes et en accepter les conséquences. Je dis cela non comme une menace mais comme une triste prémonition d’une conséquence de la politique actuelle.

Aujourd’hui, quelques voix se lèvent mais globalement pourquoi ça continue de tourner ? Tout simplement parce que les principaux intéressés n’osent rien dire :

– Les patients sont bien souvent trop faibles pour dire quoi que ce soit et quand bien même : seraient-ils entendus ?

– Les familles, quant à elles, se plaignent régulièrement auprès des soignants mais ne vont pas plus haut dans la hiérarchie, et de toute façon, ont-elles d’autres choix ? qui est capable d’assumer à domicile un parent grabataire ? L’institution est pour eux la seule solution.

– Enfin, les soignants, complices malgré eux, ont bien souvent honte ou alors sont résignés. Épuisés par les efforts permanents qui leurs sont demandés (finir en retard, faire des heures supplémentaires, revenir sur les jours de repos, travailler en 12h, faire des « soirs-matins »…) et lorsque la colère éclate, malheureusement elle ne dépasse que rarement les murs des offices de soin.

Aujourd’hui, si je vous écris cette lettre, c’est parce que je ne me reconnais plus dans la soignante que l’institution me force à être et je ne supporte plus l’impact que cela a sur ma vie. Je souhaite qu’un jour, je n’aille plus travailler en gériatrie avec « la boule au ventre » mais avec plaisir. Plaisir généré par la satisfaction de prendre soin, la satisfaction de faire le travail que j’aime et de le faire bien, la satisfaction d’apporter un peu de sourire, un peu de bonheur à ces personnes qui vivent leurs dernières années.

On ne compte plus les arrêts de travail et les départ pour burn-out, vous poussez le personnel à bout en ne leur donnant pas les moyens d’exercer leur métier correctement. Métier exigeant qui demande de l’attention et des responsabilités, la spécificité de chaque service requiert une expertise qui n’est plus reconnue. Le recours massif à l’intérim le montre bien et crée un désengagement de la part du personnel.

Je ne cherche pas votre compassion, je ne me bats pas pour mon confort mais pour défendre un traitement digne des patients, une qualité de soin, cette même qualité qui fait tant votre fierté lorsqu’on voit apparaître le CHUGA dans le classement des meilleurs hôpitaux. Cette qualité dont vous vous vantez mais qui est illusoire, à force de réduction de personnel, elle n’existe plus à l’hôpital, et en gériatrie encore moins qu’ailleurs.

DU PERSONNEL ET DES MOYENS VITE !!!!!

Communiqué CGT du CHU de Grenoble – 04.76.76.51.03 – syndicatcgt@chu-grenoble.fr

Source : Mr Mondialisation, https://mrmondialisation.org/pour-aller-toujours-plus-vite-on-les-rend-grabataires/. « Notre parole est libre, indépendante et gratuite grâce à vous. Afin de perpétuer ce travail,soutenez-nous aujourd’hui par un thé 🙂 « 


Mon commentaire :

L’appauvrissement de l’État, l’austérité imposée aux personnels et l’assassinat programmé des services publics, sont VOULUS comme tels par des voleurs, des criminels, qui transforment progressivement les services publics en centres de profit. La doctrine de ces gredins a un slogan officiel (pas du tout secret), depuis presque 50 ans (Reagan, Thatcher, Pinochet et leurs Chicago boys dans les années 70) : ce slogan criminel est STARVE THE BEAST, affamer la bête, ruiner l’État, qui est le seul acteur capable de s’opposer aux riches, de limiter la prédation de la société par les riches, et que les riches veulent mettre hors d’état de leur nuire.

Chacun de ces crimes contre l’intérêt général est JUSTIFIÉ auprès de l’opinion publique, légitimé par les >journalistes< (presque tous vendus aux riches), rendu « techniquement nécessaire et utile » (!), par le fait de DÉPENSER MOINS D’ARGENT PUBLIC : coûter moins cher, ce serait être >évidemment< plus >efficace<.

C’est ce grossier mensonge qui nous conduit à accepter l’inacceptable.

Mais le manque d’argent pour les services publics est — précisément — une construction politique (criminelle) non nécessaire : si des personnels et des équipements sont nécessaires au bien commun et si les ressources (en humains et en biens) sont disponibles, IL FAUT CRÉER L’ARGENT correspondant au travail permettant de servir le bien commun. Une telle nouvelle monnaie ayant une bonne contrepartie (le travail utile correspondant) ne serait nullement inflationniste et serait au contraire source de prospérité.

Les prétendus >responsables< qui ne créent pas la monnaie nécessaire au fonctionnement des services publics et qui, au contraire, assassinent les services publics au nom de la >rigueur budgétaire publique<, ces gens-là sont soit des comptables incompétents qui devraient être révoqués et remplacés (s’ils sont de bonne foi, intoxiqués dans leur enfance dans les >grandes écoles< par une doxa économique scandaleuse), soit des traîtres criminels qui devraient être enfermés (s’ils sont de mauvaise foi, aux ordres de La Banque et/ou de puissances étrangères).

À l’évidence, nous n’avons pas de Constitution.

Une Constitution digne de ce nom (donc écrite d’abord et protégée ensuite par les citoyens eux-mêmes) permettrait aux citoyens de contrôler et de révoquer les politiciens malfaisants, et garantirait que la puissance publique soit vraiment maître de la création/destruction monétaire (sous contrôle citoyen quotidien), ce qui donnerait à cette puissance publique la capacité réelle d’être à la fois *employeur en dernier ressort* et pourvoyeur gratuit de bons services publics, bien équipés et bien contrôlés : santé, justice, éducation, information, transport, distribution, etc.

Où en êtes-vous, bande de virus, pendant ces vacances, avec vos mini-ateliers constituants populaires contagieux ?

Étienne.

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La souveraineté monétaire *rend possible* la souveraineté politique — et pas l’inverse.

Un nouveau résumé (14 min) de mon travail, en cet été 2018 :


(Compte censuré par Youtube…)

Copie de la vidéo sur Facebook :

La souveraineté monétaire rend possible la souveraineté politique — et pas l’inverse.
Les deux souverainetés doivent être instituées *ensemble*, et seuls des citoyens dignes de ce nom (donc constituants) sont à la fois légitimes et aptes pour le faire, en personne.

Jamais les « élus » des banques n’institueront autre chose que la souveraineté de leurs maîtres financiers.
Si on veut s’émanciper des travaux forcés au service des usuriers, il faut qu’on s’en occupe nous-mêmes personnellement, ce soir, demain soir, le plus souvent possible, opiniâtrement, contagieusement.

Je ne connais pas de meilleur plan de lutte contre toute forme de tyrannie sur terre.

Merci à Vincent Lapierre de relayer à son tour cette idée très radicalement antifasciste des ateliers constituants populaires.

Étienne.


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[Passionnant] La démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne.

Un livre passionnant, de Paulin Ismard :

« Supposons un instant que le dirigeant de la Banque de France, le directeur de la police et celui des Archives nationales soient des esclaves, propriétés à titre collectif du peuple français. Imaginons, en somme, une République dans laquelle certains des plus grands serviteurs de l’État seraient des esclaves.

Ils étaient archivistes, policiers ou vérificateurs de la monnaie : tous esclaves, quoique jouissant d’une condition privilégiée, ils furent les premiers fonctionnaires des cités grecques. En confiant à des esclaves de telles fonctions, qui requéraient une expertise dont les citoyens étaient bien souvent dénués, il s’agissait pour la cité de placer hors du champ politique un certain nombre de savoirs spécialisés, dont la maîtrise ne devait légitimer la détention d’aucun pouvoir. Surtout, la démocratie directe, telle que la concevaient les Grecs, impliquait que l’ensemble des prérogatives politiques soit entre les mains des citoyens. Le recours aux esclaves assurait ainsi que nul appareil administratif ne pouvait faire obstacle à la volonté du peuple. En rendant invisibles ceux qui avaient la charge de son administration, la cité conjurait l’apparition d’un État qui puisse se constituer en instance autonome et, le cas échéant, se retourner contre elle.

Que la démocratie se soit construite en son origine contre la figure de l’expert gouvernant, mais aussi selon une conception de l’État qui nous est radicalement étrangère, voilà qui devrait nous intriguer. »


Paulin Ismard est maître de conférences en histoire grecque à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a récemment publié L’Événement Socrate (Flammarion, 2013, prix du livre d’histoire du Sénat 2014).

Source : http://www.seuil.com/ouvrage/la-democratie-contre-les-experts-paulin-ismard/9782021123623

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Quand le politique primait sur l’expert

Avec son ouvrage stimulant, La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne, l’historien Paulin Ismard fait revivre un monde où le politique refusait de déléguer son pouvoir à des spécialistes de la gouvernance, et avait inventé pour cela une conception de l’État où des esclaves, soumis à l’autorité des citoyens, se chargeaient d’une partie de l’administration de la Cité. [Mediapart]

Alternatives monétaires : vidéo de notre rencontre de Nîmes, avec Gilles (Heu?reka)

Voici enfin la trace d’une chouette rencontre, le 20 mai 2018 à Nîmes, avec Gilles, qui anime l’excellente chaîne Youtube Heu?reka.

Vous allez voir : Gilles explique vraiment bien, je trouve, et même si vous connaissez déjà le sujet monétaire, vous trouverez sûrement des façons intéressantes de présenter les problèmes et les solutions.

Mille mercis à Tristan (« Je deviens citoyen ») d’avoir organisé et permis tout ça.

Étienne.

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[AU DIABLE L’AUSTÉRITÉ !] Atelier sur les ALTERNATIVES MONÉTAIRES, à Paris, jeudi 14 juin 2018, 18h, avec LES CITOYENS CONSTITUANTS

Chers amis,

Je vous propose de nous retrouver à Paris la semaine prochaine, pour réfléchir ensemble aux meilleures alternatives monétaires que l’espèce humaine devrait apprendre à mettre en place elle-même pour échapper — ou au moins survivre — à l’effondrement qui vient.

Je voudrais notamment vous demander de m’aider à illustrer / imager / résumer la comparaison entre les vices du système actuel et les vertus du système chartaliste, en association avec des monnaies locales complémentaires (libres ?). Nous aurons un tableau en papier et plein de crayons 🙂 Si nous arrivions à produire des ébauches de schémas éclairants et interpellants, je serais le plus heureux des hommes 🙂

Je vous inviterai également à rédiger des articles de constitution instituant ces alternatives monétaires sans emprisonner les générations futures dans nos vues actuelles : les garanties durables d’un débat public loyal permanent sont plus importantes que la perfection illusoire d’un choix figé, même bien pensé.

On sera incités à bien rester sur le plan constitutionnel par Les Citoyens Constituants (LCC), que je suis heureux de retrouver à cette occasion.

Je remercie Nancy — et l’association Miguel Angel — pour sa gentille invitation, dans cette grande salle où elle nous a déjà accueillis pour faire connaître la lutte héroïque de Martine Donnette contre les géants de la grande distribution.

· L’annonce par l’association :

À vos agendas !

Alternatives monétaires
avec Étienne Chouard
Jeudi 14 juin 2018 de 18h à 22h

Participez à un nouveau format de conférence interactive (et ateliers avec sablier pour garantir le temps de parole !)
Nous espérons que vous serez nombreux à venir partager cette expérience.

LIEU : ass. Miguel Angel 14 rue de Patay, 75013 Paris

ACCUEIL : 17h30-18h

DROIT D’ENTRÉE : Participation libre.

(Nous suggérons une participation aux frais de 5 €, ou plus si vous le pouvez. Il ne faut surtout pas que l’aspect financier soit un frein à cette rencontre.)

INSCRIPTION et renseignements complémentaires :

par mail : kapulibay@gmail.com (Nancy Gomez)

ou FB 🙂 (Nancy Invitation)

C’est une activité bénévole aussi n’hésitez pas si vous le voulez à me proposer votre aide pour la mise en place, le rangement, l’accueil… un grand merci !

· L’événement FB créé par LCC : https://www.facebook.com/events/246809369230723/)

Au plaisir de vous revoir, bande de virus démocratiques, et de travailler ensemble concrètement à un monde meilleur.

Étienne.

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Rdz-vs à Nîmes, le 20 mai 2018, toute la journée, avec Heu?reka (Gilles) pour analyser et comparer les différentes alternatives pour une souveraineté monétaire digne de ce nom

Chers amis,

Je vais vous parler d’un jeune homme que je trouve épatant : il s’appelle Gilles et il anime une chaîne Youtube de grande qualité, qui s’appelle Heu?reka et qui parle beaucoup de monnaie, de création monétaire, de dettes, de banques et d’économie en général, toujours dans un souci exemplaire de pédagogie :

Chacune de ses vidéos est très riche et bien faite, incite à réfléchir et aide à comprendre les arnaques des « économistes » de banque qu’on entend tous les jours sur toutes les ondes (tous les journaux du pays ont été achetés par les ultra-riches, ce qui permet une désinformation générale à propos de « la finance »).

Par exemple, sa dernière vidéo, sur l’état de la Grèce avant les rapines et la dévastation actuelles, est vraiment très intéressante :

La crise de l’€ part 06 : La Grèce – Heu?reka #24-6

Bien sûr, en l’écoutant sur la genèse du martyr des Grecs, je bouillais d’envie d’exprimer de nombreuses remarques et ajouts, et de poser de multiples questions, gardant en tête cette conférence historique avec Myret Zaki, en 2011 à Genève, où Myret nous avait expliqué les causes réelles de la catastrophe grecque : un coup ! un coup de traders, un coup de bluff contre « la dette publique » (quel scandale, cette expression) d’un pays particulièrement faible de la zone euro… et au final, une « dette publique » inique, énorme, non nécessaire et criminelle. Je vous rappelle (et je vous recommande chaleureusement) cette importante vidéo :

Bon, eh bien figurez-vous que nous allons nous rencontrer, Gilles et moi, avec vous si vous le voulez, à Nîmes, le 20 mai prochain, pour une journée entière consacrée aux alternatives monétaires :

Merci à Tristan d’organiser cette rencontre. Tristan est ce jeune homme au dévouement exemplaire qui nous a programmé cet outil formidable (sur mesure) pour mener à distance nos ateliers constituants personnels : http://jecrislaconstitution.fr/

http://jecrislaconstitution.fr/

Début de la matinée : Gilles nous prépare en ce moment un exposé de synthèse à sa manière sur la monnaie et, connaissant son soin habituel, j’ai très hâte de découvrir son travail sur ce sujet vital pour les sociétés.

Puis, nous croiserons nos points de vue : j’aimerais connaître le regard de Gilles sur les deux alternatives monétaires que je préfère aujourd’hui : le chartalisme et la monnaie libre (la Ğ1, prononcer « june » ), et la façon dont on pourrait les combiner entre le niveau national et le niveau local.

Nous évoquerons certainement bien d’autres alternatives possibles, avec leurs avantages et inconvénients. On parlera sans doute du Crédit social (défendu par le major Douglas et Louis Even) et de l’initiative suisse « Monnaie pleine » qui va être votée en juin prochain. Nous aurons sûrement aussi l’occasion d’évoquer des sujets connexes mortifères, comme le prétendu « libre-échange » (aux effets dévastateurs sur les monnaies).

Puis nous répondrons à vos questions, jusqu’à la fin de la matinée.

L’après-midi, Gilles est d’accord pour commencer par un atelier constituant tous les deux sur la monnaie. Puis, vous vous y mettrez vous-mêmes 🙂 par groupes. Il s’agit de faire marcher notre cerveau collectif pour produire des articles de constitution en matière monétaire (aussi bien au niveau national que local).

Sans doute faudra-t-il rédiger à part des parties de glossaire pour expliquer aux simples citoyens (en annexe de la constitution) certains termes techniques (avec des schémas et des exemples).

Si de profonds désaccords se font jour au sein d’un groupe, au lieu de se disputer, nous nous entraînerons à « construire nos désaccords », sans les trancher tout de suite, en notant côte-à-côte les différentes options incompatibles (et qui nécessitent donc un choix) qui se présentent au débat public.

On finira la journée par une mise en commun des propositions des différents groupes.

Tout cela devrait être filmé (pour ceux qui ne pourront pas être avec nous) et je rêve qu’on puisse, à cette occasion, utiliser l’outil de Tristan, http://jecrislaconstitution.fr/, pour travailler en direct avec les citoyens intéressés mais éloignés .

J’ai hâte d’y être et de vous y retrouver 🙂

Étienne.

PS : ceux qui comptent venir seraient très gentils de le dire (en cliquant sur Participe) sur la page de l’événement fb :
https://www.facebook.com/events/1381076778704672/
Ça aidera beaucoup Tristan​​ à nous recevoir comme il faut.

À midi, on se débrouille pour déjeuner (sans compter sur Tristan), soit avec un pique-nique sorti du sac, soit en allant dans un des nombreux restaurants alentour.

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Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156222201457317


Premières traces de ce qui fut une très chouette rencontre :

Comprendre la souveraineté monétaire (1ère partie 🙂 ) :

Rendez-vous à Genève le 21 avril 2018, pour parler de L’INITIATIVE « MONNAIE PLEINE »

J’aurai bientôt le plaisir de retrouver mes chers amis suisses, le 21 avril à Etoy, entre Genève et Lausanne, pour une rencontre à propos de l’initiative « monnaie pleine », qui va bientôt (en juin prochain) conduire les citoyens Suisses à voter eux-mêmes (carrément) pour ou contre l’interdiction faite aux banques privées de créer la monnaie, bouleversement économique, chemin vers l’émancipation du peuple contre les usuriers et leurs guerres.

http://www.initiative-monnaie-pleine.ch/

Voici le programme de la journée :

Je souligne la procédure centrale qui permet ainsi aux Suisses d’opiner eux-mêmes sur les sujets de leur choix : le référendum d’initiative populaire ! Selon moi, nous n’aurons ce droit essentiel en France que quand nous serons devenus assez nombreux à nous être exercés à écrire nous-mêmes une constitution digne de ce nom. Si vous ne connaissez pas le RIC, le seul mouvement de défense du RIC en France, et l’irremplaçable Yvan Bachaud, il est plus que temps 🙂


http://www.ric-france.fr/

Pour revenir au projet « Monnaie pleine », il est probable que les médias (vendus précisément aux banques pour permettre aux plus riches de forger l’opinion publique dans le sens qui leur convient) vont casser les oreilles des pauvres Suisses pendant des mois avec des promesses d’apocalypse s’ils osent voter Oui. Mais le simple fait que ce sujet scandaleusement tabou devienne un sujet de débat national est déjà, en soi, un vrai progrès.

J’ai repéré dans le programme des tas de personnalités que je serai heureux de revoir ce 21 avril. J’ai hâte d’y être et de les écouter.

Entre autres, il y a François de Siebenthal, avec qui j’aime beaucoup parler de son pays : il est intarissable sur les vertus de la démocratie suisse et je voudrais faire avec lui, dimanche sans doute, un ou deux ateliers constituants. Un atelier sur la subsidiarité, c’est-à-dire la protection du souverain contre les différents pouvoirs délégués. Et si possible un autre sur la monnaie, car il me semble que l’initiative « monnaie pleine » ne saurait suffire à nous émanciper car l’autorité monétaire suisse va rester, selon moi, dans les mains de gredins 🙂 Et je voudrais avec François essayer de réfléchir un peu plus loin.

Il y a aussi Gérard Foucher, Christian Gomez et Philippe Bourcier de Carbon (tous deux disciples de Maurice Allais), et quelques autres que je suis vraiment content de retrouver, notamment la formidable équipe des citoyens insolents et astucieux de l’Assemblée des Actionnaires Actifs Positifs AAA+ : Chloé, Bernard, Gérard, Blaise, et tous les autres 🙂

Ça va être une belle journée.

Étienne.

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Gérard Foucher explique le mur de la dette

[Notre avenir, infernal, si nous restons passifs] Grèce : Le démantèlement méthodique et tragique des institutions de santé publique (CADTM)

Source : CADTM, Comité d’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org/Grece-Le-demantelement-methodique

12 mars 2018 par Noëlle Burgi

[Nota : « dévaluation interne« , pour les économistes gredins, est le nom de code secret pour dire « baisse des salaires et de la protection sociale« . ÉC] 

5 juillet 2015 – Photo mlck

 
Le système national de santé grec a été démantelé par l’application d’un ensemble de mesures imposées depuis 2010 par les créanciers de la Grèce dans les secteurs de santé primaire, secondaire et pharmaceutique. Ce texte présente une analyse critique des principales mesures de compression budgétaire mises en place dans ces secteurs et introduit un débat sur des initiatives communautaires censées renforcer certains déterminants sociaux de la santé (indemnités de chômage, assurance maladie, revenu minimum garanti). Il apparaît que les politiques mémorandaires ont manqué le but d’efficience et d’efficacité affiché, mais peut-être pas le projet implicite de construire un « nouveau modèle social européen » réduit à quelques prestations tout juste suffisantes à la survie des dépossédés. En s’appuyant sur de nombreux travaux scientifiques, des entretiens en Grèce auprès de militants et dans des établissements de soin et une enquête en cours dans des quartiers ouvriers du Pirée, l’article conclut à l’épuisement – passager ? – des forces luttant pour la survie des droits sociaux démocratiques.

Sept ans après la mise en œuvre des memoranda, la Grèce se trouve dans une situation bien pire qu’en 2010

Depuis 2010, la Grèce est soumise à un régime de discipline et de contrôle de ses finances et politiques publiques sans équivalent dans l’histoire européenne d’après 1945. Peu après la révélation en 2009 des « vrais » chiffres, jusque-là maquillés, du déficit public grec [1] par le gouvernement tout juste élu de Georges Papandreou, la troïka (Commission européenne,Banque centrale européenne et Fonds monétaire international [2]) des institutions créditrices du pays a mis le pays sous tutelle à travers une série de plans d’ajustement structurel ou mémorandums (2010, 2012, 2015 [3]) censés résoudre le problème de sa dette et le remettre sur le chemin de la croissance. Les objectifs affichés de ces programmes n’ont pas été atteints, au contraire. Sept ans après leur mise en œuvre, la Grèce se trouve dans une situation bien pire qu’en 2010.

Ce n’est pas faute d’avoir appliqué les mesures contenues dans les mémorandums, ou d’avoir prolongé à souhait leur mise en œuvre. La troïka se dit régulièrement « impatiente » et reproche au gouvernement grec ses retards dans la mise en œuvre des « paquets » de réformes prescrites, mais elle ne lui laisse pratiquement aucune marge de manœuvre. En effet, l’approche générale des mémorandums est celle d’un « système de surveillance intense et quasi permanent ». Joaquin Almunia, alors commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires, avait utilisé cette formule en février 2010 pour désigner le régime qui serait bientôt infligé à la Grèce : celle-ci devrait « quantifier » et « préciser » les mesures annoncées, « envoyer le calendrier » de leur mise en œuvre, rendre compte très régulièrement de l’état d’avancement de son programme et s’engager à prendre incessamment des mesures supplémentaires si ces objectifs n’étaient pas atteints [4].

« C’est la première fois que des instruments de surveillance économique et budgétaire sont utilisés simultanément et de manière intégrée », se félicitait pour sa part la Commission européenne. De fait, pour éviter tout retour en arrière et rendre les effets des programmes d’austérité irréversibles, la méthode appliquée en Grèce (puis à d’autres pays vulnérables) consiste à concentrer les mesures (frontloading) et à en vérifier constamment la bonne exécution, notamment à la veille des versements du prêt, prévus par tranches en principe tous les trimestres. L’état d’avancement du programme d’austérité est lui-même subordonné à l’appréciation qu’en donnent les experts et contrôleurs de la troïka, installés à plein temps dans les ministères et soutenus dans leur tâche par d’autres experts. Ce qui conduit les créanciers du pays à des actes répétitifs d’intimidation et de chantage. Ils exigent régulièrement des mesures d’austérité plus convaincantes à leurs yeux, reportent les versements, menacent de couper les vivres.

En Grèce, les programmes d’austérité ont entraîné une dépression économique et une récession sociale

Les mémorandums font partie d’une stratégie plus globale fondée sur une doctrine dite d’« austérité expansionniste » en vertu de laquelle une baisse des coûts relatifs par rapport à d’autres économies permet de créer les conditions d’une reprise par les exportations. En l’absence d’une dévaluation de la monnaie, elle suppose que soient appliquées des politiques austéritaires [5]dites de dévaluation interne : coupes plus ou moins importantes dans la protection sociale, la santé, l’éducation et d’autres services publics, baisses des salaires et des retraites, augmentation des impôts indirects sur la consommation, dérégulation des relations professionnelles et du droit du travail… Cette doctrine a été discréditée sur les plans méthodologique et empirique (Jayadev, Konczal, 2010 ; FMI, 2012 ; Herndon et al., 2013) : comme l’avait noté Paul Krugman, ses prédictions « ont été entièrement contredites par la réalité, et la recherche académique invoquée pour soutenir [cette] position s’est révélée truffée d’erreurs, d’omissions et de statistiques suspectes ».

Entre autres difficultés, la dévaluation interne ne peut pas fonctionner si tous les pays d’une même zone économique l’adoptent simultanément : dans ce cas, son seul effet est de conduire à une baisse des niveaux de vie et à réduire l’accès des populations aux biens publics essentiels.

C’est néanmoins la voie qui fut choisie en réponse à la crise financière de 2007-2008 pour tous les États membres de l’Union économique et monétaire (UEM). En Grèce, les programmes d’austérité sans fin et toujours plus intenses ont entraîné une dépression économique et une récession sociale jamais vues en Europe en temps de paix (Ioakeimoglou, 2017). Persistantes, les institutions créditrices du pays lui appliquent encore ces mesures.

Le bureau électoral du PASOK le soir des élections du 25 janvier 2015
 
La société grecque a pourtant résisté au traitement subi. Le pays fut secoué par une impressionnante vague de grèves et de manifestations qui dura jusqu’en 2012 malgré une tout aussi impressionnante répression policière (Kotronaki, 2014). Le système politique se fractura. Tandis qu’aux élections de 2012 le Parti socialiste panhellénique (Pasok) s’effondrait et que les conservateurs de Nouvelle démocratie (ND), quoique plus résistants, s’affaiblissaient, le parti de la gauche radicale Syriza devenait le premier parti d’opposition. Emmené par Alexis Tsipras et porté par le mouvement social, il venait de connaître une ascension fulgurante : tout juste entré au Parlement en 2009 avec 4,6 % des voix, il obtint 27 % des suffrages en juin 2012. Sa montée se poursuivit jusqu’aux législatives de janvier 2015 qui le portèrent au pouvoir.

Syriza incarnait l’espoir qu’un gouvernement formé par une nouvelle génération de politiciens de gauche, jeunes et non corrompus, rendrait sa dignité et sa souveraineté au pays et mettrait fin aux mémorandums.

Cependant, n’ayant réussi à obtenir aucune concession pendant les six premiers mois de stériles négociations avec la troïka, Alexis Tsipras organisa un référendum le 5 juillet 2015 à l’issue duquel les citoyens grecs dirent massivement « Non » (61,5 % des voix) à la poursuite de l’austérité.

Le Premier ministre n’avait pas prévu ce résultat et ne pouvait ni ne voulait affronter ses créditeurs au point d’envisager une sortie de la Grèce de l’euro (le « Grexit »). Sept jours plus tard, il transformait le « Non » en « Oui » et cédait face à l’Union européenne. Il acceptait l’ultimatum du ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, en vertu duquel la Grèce renonçait à sa souveraineté et se pliait, en contrepartie d’un nouveau mémorandum (incluant un prêt de 86 milliards d’euros étalés sur trois ans et servant uniquement à rembourser la dette), au programme d’ajustement structurel le plus austère jamais exigé d’un pays européen.

Alexis Tsipras ne démissionna pas. Il remporta de nouvelles élections en septembre, juste avant la mise en œuvre des premières mesures d’austérité du troisième programme. Depuis, il applique les prescriptions de ses créditeurs – les véritables gouverneurs de la Grèce –, creusant le désespoir d’une société atteinte dans sa substance, désorganisée et vaincue par ceux-là mêmes qui promettaient de la défendre.

Soutien au NON le 3 juillet 2015. Photo mlck
 
Cet article analyse les principales mesures appliquées au système national de santé grec, secteur d’une importance capitale en période de crise des finances publiques et miroir dans lequel se reflètent les conditions d’existence des populations. Le texte questionne la rationalité en vertu de laquelle les gouverneurs de l’UEM persistent à « faire comme si » la dévaluation interne était la seule voie possible et à se montrer aveugles aux effets délétères de celle-ci.

L’hypothèse, défendue ailleurs plus en détail (Burgi, 2014a), est que nous assistons à la culmination d’un effort long de désinstitutionalisation des régimes de protection sociale, poursuivi graduellement depuis au moins trois décennies, qui s’accélère à la faveur des choix politiques arrêtés par les puissances hégémoniques d’Europe pour gérer les effets de la crise financière de 2007-2008. Cet effort est lié à un projet néolibéral de refondation complète des principes, des modalités et des finalités de l’intervention de l’État d’après 1945. Également appelé « fondamentalisme de marché [6] », il préconise la sujétion de toute la vie sociale et de toute la sphère publique, y compris l’État, aux mécanismes du marché.

Parmi les nouvelles attributions de l’État, l’une des règles essentielles commande que sa politique sociale soit entièrement remodelée pour accompagner « de façon active » et porter à leur paroxysme les mécanismes de concurrence. Avant 2010, quasiment tous les gouvernements occidentaux, chacun à leur rythme et avec leurs modalités propres, ont cherché à progressivement reconfigurer leurs systèmes nationaux de protection sociale pour les conduire dans cette direction et les mener vers la constitution d’un nouveau « modèle social européen » dans lequel les prestations à vocation universelle des États sociaux construits après 1945 sont remplacées par un filet social minimal, par un « minimum vital » (Hayek, 1985 [1946]:89-90).

Ce minimum n’est pas conçu comme un moyen de lutte contre la précarisation et la paupérisation des masses car il n’est pas question de s’attaquer à leurs causes ni de revenir sur la régulation néolibérale. Au contraire, dans le cadre du « fondamentalisme de marché », le minimum vital a pour fonction de faire en sorte que personne, en principe, ne tombe définitivement hors-jeu – hors du jeu de la concurrence généralisée. Pour le dire autrement, le problème théorique et pratique posé à la gouvernementalité [7] néolibérale dans la redéfinition des politiques de protection sociale est de savoir, non pas comment combattre le chômage de masse ou contenir l’extension des zones de précarité et de vulnérabilité, mais jusqu’où il est possible et/ou souhaitable d’abaisser le « seuil de pauvreté “absolue” [8] » en dessous duquel l’État devra imposer un filet social minimal, au sens d’un régime de soutien (et de contrôle étroit et punitif) des plus démunis, certes financé par la collectivité, mais juste suffisant pour le marché.

Au rythme dicté par la troïka, les gouvernements grecs ont taillé dans les dépenses de santé au couteau de boucher

La déconstruction méthodique, quoique parfois anarchique, des institutions grecques de santé publique s’inscrit dans cette évolution. Au rythme dicté par les institutions de la troïka, les gouvernements grecs ont taillé dans les dépenses de santé « avec des couteaux de boucher », selon l’expression d’un ancien ministre de la Santé (2010-2012), Andreas Loverdos, et cela, au moment même où les déterminants sociaux de la santé – les conditions de vie, fortement dégradées sous l’effet des politiques austéritaires dans leur ensemble – se répercutaient sur la santé de la population. Pour reconfigurer le secteur, des recettes « clé en main » de la Banque mondiale et du FMI (partage des coûts, principe de dissociation entre acheteurs et fournisseurs, tarification à l’activité, privatisation des services…) ont été plaquées sur le système public de santé grec dans l’intention prioritaire de réduire les coûts, d’extraire des ressources et de réorienter les comportements vers la consommation d’assurances et de services privés.

L’ampleur des coupes budgétaires et la logique qui leur est sous-jacente sont présentées dans un premier temps (I). Une deuxième partie étudie plus en détail les contradictions et les effets des politiques relatives aux médicaments et aux secteurs secondaire (hospitalier) et primaire (II). Abordant en dernier lieu la question des déterminants sociaux de la santé (III), la réflexion, centrée sur la mise en place d’un filet social équitable qui reste très largement insuffisant, débouche sur un questionnement portant sur le sens et les perspectives d’une société dite résiliente.


I. Des « couteaux de boucher » pour tailler dans les dépenses

En valeur réelle, les dépenses de santé ont donc chuté de près de moitié en quelques années

Depuis sept ans, le secteur de la santé publique est l’une des principales cibles des programmes dits d’ajustement structurel dictés à la Grèce par les institutions de la troïka dans le cadre des mémorandums de 2010, 2012 et 2015. Le premier avait exigé que les budgets de santé publique passent de 6,8 % du PIB en 2010 à 6,0 % en 2012. À l’époque, des chercheurs internationalement reconnus avaient jugé « arbitraire » et « anormalement bas » un tel objectif (Stuckler, Basu, 2013, trad. fr. 2014 ; Karanikolos et al., 2013 ; Kondilis et al., 2012, 2013 ; Kentikelenis et al., 2014). Il fut cependant atteint en 2012 puis largement dépassé. En 2014, le ratio des dépenses de santé publique rapportées au PIB était de 4,9 %, son niveau le plus bas depuis 2004. Il est remonté à 5,0 % en 2015, 5,1 % en 2016 et les prévisions pour 2017 le situent à 5,4 % du PIB. Cela se compare à une moyenne de 6,5 % dans l’Union européenne (UE) et à des ratios (stables) bien plus élevés dans les pays les plus riches de l’Union, notamment la France et l’Allemagne (tableau 1). On soulignera que la contraction des budgets de santé publique a été plus implacable encore en Grèce que ne l’indiquent ces pourcentages : dans la mesure où le PIB a lui-même perdu 27 points de pourcentage depuis 2010. En valeur réelle, les dépenses de santé ont donc chuté de près de moitié en quelques années.

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Tableau 1

 
Cette compression a donné lieu à une recomposition des dépenses de santé. Selon Giannis Kyriopoulos [9], ancien doyen de l’École nationale de santé d’Athènes, alors que le financement des hôpitaux publics a chuté de plus de moitié entre 2009 et 2014 et que les dépenses totales de santé (publiques et privées) sont en forte baisse, le secteur hospitalier a connu un accroissement de sa part (+41 % entre 2008 et 2013) dans les dépenses totales, devenant (sans moyens supplémentaires) le dernier recours pour les malades. Cela reflète un moindre accès non seulement aux soins hospitaliers privés (qui ont baissé de 28 % pendant la même période), mais encore aux soins primaires (services médicaux de base, soins dentaires, diagnostics, physiothérapies et autres) pour lesquels les dépenses ont chuté de 56 % au cours de ces années. Dans le même temps, la désorganisation des structures de soin a accentué la corruption et la quête de passe-droits avec des paiements formels et informels aux médecins du secteur privé, en hausse de 52 %.

La chute des dépenses publiques de santé après 2010 les ramènent à leur niveau de 2004

Aussi indispensables soient-elles, les données agrégées ne permettent cependant pas de saisir l’ampleur de la crise sanitaire. On constate par exemple en 2014 que la chute des dépenses publiques de santé après 2010 les ramènent, en valeur relative, à leur niveau de 2004 (graphique 1). Or en 2004, les Grecs, dans l’ensemble, avaient accès aux soins médicaux. Ce n’est plus le cas en 2014, et moins encore en 2017.

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Graphique 1

 
Le taux de pauvreté extrême est passé de 2,2 % en 2009, à 8 % en 2011 et à 15 % en 2015

La différence entre 2004 et 2017 tient aux dimensions qualitatives du démantèlement récent des structures de santé publique – non-recours aux soins en temps utile, carences et dysfonctionnements des services médicaux… –, dont un des indices clés se constate dans l’augmentation significative après 2010 des cas de mortalité dus à des événements indésirables survenus en cours de traitement (Laliotis et al., 2016).

Mais la santé publique dépend aussi très largement de facteurs sociaux plus généraux : accès à l’éducation, conditions de travail et loisirs, logement, perspectives d’avenir, état des communautés, des villages et des villes. Ces conditions structurelles de la vie quotidienne constituent « les déterminants sociaux de la santé et sont responsables pour une part importante des inégalités de santé entre pays et à l’intérieur des pays » (Commission on Social Determinants of Health [CSDH], 2008:1 ; Daniels et al., 1999).

Or, dans le contexte des politiques austéritaires généralisées exigées par l’UE et ses membres les plus influents pour gérer les effets de la crise financière de 2008, la Grèce, classée première par l’OCDE (2015:126) pour sa « réactivité globale aux priorités de réformes » entre 2007 et 2014, est allée plus loin que tous les autres pays de l’organisation internationale dans la mise en place de mesures d’austérité, exceptionnellement sévères en ce qui la concerne.

Au-delà des services de santé stricto sensu, elles ont provoqué une abrupte dégradation des conditions de vie (des déterminants sociaux de la santé) (comparaison des données Elstat [10] entre 2012 et 2017 ; Burgi, 2014c). Pratiquement du jour au lendemain, le taux de chômage a grimpé pour devenir le plus élevé d’Europe (il frappe le quart de la population, la moitié des jeunes et sa durée s’allonge : les chômeurs étaient à 73,5 % de longue durée en 2015), les niveaux de vie se sont effondrés de plus de 30 % en moyenne, la pauvreté relative et surtout l’extrême pauvreté ont connu une progression spectaculaire [11], les services publics ont été démantelés et le droit du travail et de la négociation collective quasiment liquidé (Kapsalis, Kouzis, 2014), le tout entraînant une importante fuite des cerveaux (Koniordos, 2017) et des capitaux et une « catastrophe » sanitaire (expression de Médecins du Monde, notamment).

Les conséquences sur la santé des politiques d’ajustement structurel ont été largement ignorées, voire niées par les gouverneurs [12] européens et grecs. Ils ont presque [13] toujours soutenu, contre l’évidence, que les politiques austéritaires ne touchent en rien les services essentiels : « nécessaires » au bien commun, elles auraient au contraire permis de préserver l’avenir grâce à des gains d’efficience et d’efficacité du système de soins.

La santé comme un droit humain fondamental accessible à tous s’est muée en transaction économique

Cette ligne d’argumentation n’est pas nouvelle ni limitée à un pays. Elle reflète un changement profond dans la manière de concevoir et d’aborder les problématiques relatives à la santé publique. L’idéal inscrit dans la déclaration d’Alma Alta (1978) en vertu duquel la santé, considérée comme un droit humain fondamental, devrait être accessible à tous en fonction des besoins de chacun, s’est mué en une représentation de la santé assimilée à une transaction économique.

Cette approche, portée par des institutions puissantes comme la Banque mondiale et le FMI, est devenue hégémonique dans les années 1990 et 2000. La première a réussi à imposer au monde sa vision économiciste de la santé et ces mêmes préceptes se retrouvent dans les prescriptions standardisées des programmes d’ajustement structurel du FMI : maximisation des prestations privées, frais modérateurs [14], priorité aux marchés et à la concurrence. Le but serait d’accroître la rentabilité des dépenses afin de créer les conditions d’un développement économique soutenable.

Cependant, comme le montre la littérature académique qui a analysé les conséquences de ces mesures, les dispositifs de type marchand ont accru plutôt que réduit les coûts, notamment les coûts bureaucratiques ; ils ont miné la recherche médicale et les services publics de santé existants et approfondi les inégalités (Lister, 2008 ; Sachs, 2005 ; Commission on Social Determinants of Health [CSDH], 2008).

 

II. Construction et déconstruction du système de santé

Les reproches adressés aux opérations « clé en main » de restructuration des institutions de santé publique n’induisent pas qu’il ne faudrait pas améliorer ou réformer les systèmes existants. Ils portent sur la méthode, les finalités et les effets des mesures introduites sans considération pour les droits fondamentaux et le bien-être physique, mental et social des citoyens dans leur ensemble. S’agissant du système national de santé grec, il n’a jamais été particulièrement cohérent ou efficient. Mais les dispositions prises depuis 2010 par les gouvernements successifs sous l’égide de la troïka – politique du médicament, restructuration hospitalière, rationalisation des soins primaires – ont considérablement aggravé les problèmes de fonctionnement, d’efficacité et d’accès aux soins médicaux observables à la veille des mémorandums.


II.1. Déboires et succès du système national de santé grec (ESY) à la veille des mémorandums

Créé en 1983, l’ESY représente incontestablement le plus important effort tenté en Grèce pour établir un véritable système national de santé. À l’origine, le projet ambitionnait d’unifier une pléthore de caisses professionnelles et de remplacer l’incohérente infrastructure de soins primaires existants par un réseau entièrement nouveau de centres de santé urbains et ruraux qui donneraient à tous les citoyens un égal accès aux soins, gratuits au point d’utilisation.

Cependant, la résistance de groupes d’intérêt puissants (médecins pratiquant dans des cabinets privés, fonds d’assurance autonomes, fonctionnaires, syndicats, ainsi que des politiciens au pouvoir ou dans l’opposition) contraria cette visée initiale (Mossialos et al., 2005) et le système finalement mis en place associa de façon complexe trois types de structures : (a) des structures de type beveridgiennes financées par l’impôt (l’ESY proprement dit) ; (b) des organismes de type bismarckien regroupés dans le réseau des assurances sociales obligatoires financées par des cotisations de sécurité sociale ; et (c) les services de santé privés [15].

Centre de santé, île de Skopelos.
 
Avant 2010, l’ESY comprenait : 201 centres de santé ruraux et trois centres de santé urbains qui formaient des unités décentralisées des hôpitaux régionaux de l’ESY ; 1 478 postes médicaux ou chirurgicaux rattachés aux centres de santé ; et les cliniques ambulatoires de 140 hôpitaux publics. Les centres de santé, les postes médicaux et chirurgicaux offraient à la population rurale des services préventifs, curatifs, d’urgence et de réhabilitation gratuits au point d’utilisation. Les cliniques ambulatoires des hôpitaux publics proposaient des services de spécialistes ou de diagnostic à la population urbaine et semi-urbaine. De jour, l’accès était gratuit ou soumis à une participation financière minimale et, de nuit, il fallait acquitter un copaiement.

Le réseau de sécurité sociale consistait en 36 caisses professionnelles couvrant les soins primaires de 95 % de la population selon diverses formules. L’affiliation à ces caisses, structurées par branche ou par catégorie socio-professionnelle, était obligatoire. Par ordre d’importance, la première des quatre principales caisses était l’IKA (ou Fondation de Sécurité sociale, créée en 1934), la caisse la plus importante des travailleurs du secteur privé. Elle avait sa propre infrastructure de soins et ses propres médecins (surtout des spécialistes), tous salariés et autorisés à ouvrir des cabinets privés à mi-temps. Les trois autres caisses couvraient respectivement les travailleurs agricoles (l’OGA), les professions libérales (l’OAEE) et les employés du secteur public (l’OPAD).

Tous les centres de santé achetaient partiellement ou exclusivement des services auprès de laboratoires ou de médecins privés. Les assurés avaient gratuitement accès à une vaste gamme de services, principalement curatifs et de diagnostic. Si les patients étaient redirigés vers des laboratoires et médecins privés, ils versaient un copaiement.

Enfin, le secteur privé comprenait environ 25 000 médecins, 12 000 dentistes, entre 400 et 700 laboratoires et 167 hôpitaux avec leurs départements ambulatoires. Des centres de diagnostic privés hautement rentables contrôlaient presque tout l’équipement biomédical du pays. Ces centres et les médecins privés passaient des contrats avec les caisses d’assurances sociales et les assurances privées et facturaient leurs interventions sur la base d’un forfait fixe par service payé conjointement par les usagers et les caisses. Le secteur primaire privé absorbait plus de 65 % des dépenses privées totales de santé (Kondilis et al., 2012).

Pour diverses raisons, ce système compliqué, fragmenté et peu coordonné connaissait des difficultés permanentes avant 2010. La part importante du secteur privé, la carence de généralistes, d’importantes différences dans le nombre et la qualité des services et dans l’étendue de la couverture garantis par les différents régimes d’assurance, et de réelles carences dans les zones rurales rendaient le système inefficient et inégalitaire. En outre, les très faibles salaires du personnel de l’ESY et du réseau primaire des assurances sociales avaient causé des problèmes structurels : difficultés permanentes de recrutement dans les hôpitaux, sous-effectifs importants, surtout d’infirmiers et de docteurs, manque d’unités de soins intensifs (du fait des sous-effectifs), longues listes d’attente… conduisant à l’habitude de glisser une enveloppe (fakelaki) entre les mains des médecins afin de contourner la liste d’attente et (espérer) obtenir un meilleur traitement.

S’il ne fait pas de doute que le système national de santé avait besoin de changement, il avait malgré tout contribué à une amélioration remarquable de la santé publique entre 1983 et 2009. Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquent une importante progression de l’espérance de vie pendant cette période grâce à la chute des mortalités évitables (causées par des maladies traitables), en particulier un remarquable déclin de la mortalité infantile et néonatale (passées respectivement de 17,94 à 2,65 et de 13,58 à 1,79 morts pour 1 000 naissances), et de la mortalité postnatale et maternelle. De même, dans le Rapport sur la santé dans le monde publié par l’OMS en 2000, la Grèce figurait en excellente position dans le classement des 191 pays membres de l’Organisation selon la qualité des soins médicaux dispensés. Elle était alors 14e. La France figurait au premier rang, suivie par l’Italie ; l’Espagne était septième ; le Portugal, précédé de la Norvège, 12e. La Suède arrivait en 23e position, l’Allemagne en 25e, les États-Unis, pays notoirement connu pour son système de santé mercantile, 37e.


II.2. Restrictions budgétaires et délais de paiement : des médicaments de moins en moins accessibles

Les dysfonctionnements de l’ESY avaient favorisé une surconsommation de médicaments en Grèce. En 2009, les dépenses médicamenteuses étaient les plus élevées des pays de l’OCDE (2,4 % du PIB contre 1,6 % en moyenne). Ce phénomène s’explique notamment par les pratiques des médecins du réseau primaire des assurances sociales : ils avaient été nombreux à chercher une compensation à leurs faibles salaires [16] en ouvrant les après-midis des cabinets privés. Du coup, les consultations publiques du matin devenaient un vivier de recrutement de patients pour leurs consultations privées : schématiquement, le patient était rapidement reçu le matin avant de repartir avec un rendez-vous pour une consultation privée, ou à défaut avec une grosse ordonnance de médicaments.

La réduction des dépenses pharmaceutiques fut programmée dès le premier mémorandum. La troïka voulut une baisse de près de moitié des dépenses en deux ans (de 4,37 milliards d’euros en 2010 à 2,88 milliards d’euros en 2012 – cet objectif fut atteint) puis à 2 milliards d’euros en 2014 (Kentikelenis et al., 2014) en agissant sur les prix, les prescriptions et le monitoring (Carone et al., 2012:50-52). Parmi les autres mesures figurait une liste régulièrement modifiée de médicaments remboursables conçue pour servir l’objectif prioritaire, en Grèce comme ailleurs, du recours aux génériques ; un système de rabais sur tous les médicaments vendus aux caisses de sécurité sociale ; et un droit de recouvrement par l’État lorsque les dépenses du budget pharmaceutique public excédaient un plafond périodiquement révisé.

Les hôpitaux délabrés ne sont pas en mesure de commander des médicaments dont les patients ont besoin

Le prix des médicaments est maintenant basé sur la moyenne des trois plus bas prix de l’Union européenne. Des économies substantielles ont ainsi été réalisées sans toutefois assurer un meilleur accès du public aux médicaments. Les raisons en sont complexes. Les hôpitaux délabrés ne sont pas en mesure de commander des médicaments dont les patients ont besoin et laissent ces derniers essayer de résoudre le problème. Les pharmacies sont en difficulté : d’un côté, elles ont accumulé des dettes du fait des délais de remboursement des organismes de sécurité sociale (actuellement, quatre à cinq mois de retard en moyenne, mais cela peut atteindre dix ou onze mois) qui leur doivent un total évalué en 2015-2016 à 500 millions d’euros (Karamanoli, 2015 ; Mantas, entretien 2016). De l’autre côté, les fournisseurs accordent un délai de un à trois mois, mais exigent le plus souvent un règlement immédiat.


Un très grand nombre de pharmacies a fermé

Les pharmacies sont alors forcées de payer leurs commandes d’avance en attendant le remboursement des assureurs sociaux, ou de s’organiser informellement avec d’autres pharmacies, parmi lesquelles les pharmacies solidaires aujourd’hui très bien organisées [17], pour trouver ou échanger les médicaments ; ou encore d’exiger des patients d’avancer les fonds ; ou enfin de les envoyer tenter leur chance ailleurs. Ces solutions sont fragiles : un très grand nombre de pharmacies a fermé. Beaucoup d’autres ont survécu en apparence mais ont été rachetées par des firmes multinationales de grossistes privés. Ces derniers ont réagi aux bas prix et aux longs délais d’apurement des créances en se tournant vers d’autres marchés plus lucratifs. Pendant un temps, les fabricants ont fixé des quotas censés couvrir les besoins du marché grec, et, par conséquent, ils ne livraient pas nécessairement les commandes en totalité. Pour se justifier, ils disaient ne pas avoir suffisamment de stocks, et parmi eux quelques-uns avaient arrêté de vendre des médicaments coûteux à la Grèce.

Un problème particulier se pose au sujet des nouveaux médicaments entrant sur le marché grec (83 ces trois dernières années) parce que la Grèce figure au plan international parmi les pays de référence pour l’établissement et la négociation de leur prix [18]. Ainsi, la firme Novartis s’est alliée avec des agents publics et des docteurs grecs pour vendre en Grèce certains nouveaux produits à des prix exorbitants qui lui ont assuré des profits élevés dans des pays plus peuplés (comme par exemple la Turquie, et plus encore le Brésil). Le scandale Novartis [19] fait actuellement l’objet d’une enquête pour établir les faits et déterminer les responsabilités. En attendant, des initiatives internationales sont prises pour tenter de modérer les appétits des fabricants du fait de la crise générale des finances publiques. En Grèce, la pression (et le mécontentement des fabricants) est encore plus forte parce que, en sus de son droit de recouvrement, l’État demande aux fabricants une réduction de 25 % pour chaque nouveau médicament dont le prix est fixé en Grèce.

Ajoutons enfin que l’industrie pharmaceutique grecque est structurellement vulnérable aux firmes multinationales et aux politiques gouvernementales. Elle produit des génériques de haute qualité et constitue un vivier de main-d’œuvre effectif et potentiel, mais elle n’est pas en mesure de se défendre contre des menaces telles que le dumping sur les prix des firmes pharmaceutiques mondiales. Elle a aussi été affaiblie par le droit de recouvrement de l’État dont le montant pour 2014 a été estimé à 30 % du budget national pharmaceutique (Anastasaki et al., 2014). Des opportunités de croissance endogène se perdent ainsi, tandis que la société est dépossédée d’un fournisseur de qualité.

Les nouvelles politiques ont transféré une partie des coûts aux patients

Pour aggraver la situation, les nouvelles politiques ont transféré une partie des coûts aux patients qui doivent assumer une part croissante de la dépense totale non remboursée au risque de se priver de soins. Le panier de soins a été modifié pour introduire des frais modérateurs et exclure certains produits et services, en particulier les tests cliniques et pharmacologiques, de la couverture publique (les assureurs privés ont aussi restreint leur couverture). En moyenne, le ticket modérateur acquitté par les assurés est passé de 9 % du prix du médicament en 2011 à 25 % en 2013 et 35 à 40 % en 2015. Dans les cas extrêmes, le ticket modérateur peut atteindre 75 % du prix du médicament. En raison des effets combinés des pénuries, des stratégies des firmes, et de la règle stricte de l’alignement du médicament sur les trois plus bas prix de l’UE, les médicaments prescrits sont régulièrement introuvables sur le marché. Par exemple, ce sont les vaccins, surtout les vaccins pour enfants (en 2017), ou encore l’insuline, les anticoagulants, les produits antidiabétiques et anticancéreux, les immunosuppresseurs et d’autres produits essentiels qui ne sont plus en circulation ou ne s’obtiennent que très difficilement. Le dysfonctionnement du système est particulièrement dangereux pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

En 2017, les vaccins pour enfants, l’insuline, les anticoagulants, les produits antidiabétiques, anticancéreux et autres produits essentiels s’obtiennent difficilement


II.3. Les hôpitaux en sursis permanent

Des mesures drastiques ont été introduites pour restructurer les hôpitaux publics et le reste de l’ESY. Au cours des dernières années, on a assisté à la fermeture de grands hôpitaux à Athènes, Thessalonique et ailleurs, la suppression et/ou la fusion d’un grand nombre de cliniques ou d’unités spécialisées, le regroupement de centaines de laboratoires, et l’élimination d’au moins 2 000 lits. Des mécanismes de surveillance managériale ont été mis en place : les budgets des hôpitaux sont maintenant gérés par une firme privée (Karakioulafis, 2014:90) et des techniques variées permettent d’inspecter l’activité hospitalière et celle des médecins, dont un système de collecte mensuelle des données pour contrôler l’activité et les dépenses hospitalières à travers des procédures électroniques obligatoires. Comme ailleurs en Europe, deux instruments clés ont été actionnés par les gouverneurs pour ralentir la croissance des dépenses hospitalières : la tarification à l’acte et la compression du personnel.


La tarification à l’activité

La tarification à l’activité ou diagnosis related groups (DRGs) est un outil budgétaire importé des États-Unis au début des années 1980 qui s’est substitué au prix de journée habituellement pratiqué en Europe. Elle s’est imposée partout, bien que la recherche scientifique et les évaluations indépendantes mettent depuis longtemps en lumière sa nuisibilité tant pour les finances publiques que pour les patients. Elle consiste à lier directement les recettes des hôpitaux au volume d’activité (nombre d’actes et de consultations) enregistrées pour chaque groupe homogène de malades. Le critère est purement comptable et ne permet pas de distinguer entre une activité technique, facilement quantifiable, mesurable, et une autre plus complexe exigeant plus de temps et l’appel à des compétences pluridisciplinaires. En France, par exemple, où un financement analogue a été introduit, toute consultation, pour être rentable, ne devrait pas dépasser douze minutes. Dans le contexte de l’injonction politique d’un retour à « l’équilibre financier », il n’est donc plus vraiment question de soins mais d’augmentation du nombre d’actes rentables (Grimaldi, 2009). En Grèce aussi, cette politique organise le renoncement à la qualité de bien public inhérente aux services de soin pour les transformer en entreprises capitalistes (Ioakeimoglou, 2010).

Cette transformation est cependant coûteuse. Comme le note le neurologue Makis Mantas (entretien, 2014), coordinateur jusqu’en juillet 2015 du programme de soins primaires de Syriza, le système de paiement à l’acte « … a accru les déficits publics [grecs] et multiplié les coûts hospitaliers par sept. Il favorise les hôpitaux privés. Prenez le cas du strabisme. Il s’agit d’un acte très simple. Dans le passé, l’opération coûtait entre 70 et 90 euros en Grèce. Aucun hôpital privé ne s’y intéressait. Aujourd’hui, la même opération coûte dix fois plus cher. Soudainement, les hôpitaux publics qui prenaient en charge toutes ces opérations le font de moins en moins ; ils cèdent la place aux hôpitaux privés. »

Les hôpitaux privés y trouvent leur compte et en tirent des profits élevés parce qu’ils peuvent facilement se spécialiser dans les traitements relativement simples et peu risqués de maladies courantes et prévisibles. Ce qui pénalise les hôpitaux publics et universitaires auxquels incombent les traitements plus complexes, coûteux et risqués, alors que leurs ressources et celles de la recherche médicale ont diminué.


Des coupes drastiques dans les salaires et les effectifs du secteur public de santé

Autre instrument majeur visant la baisse des coûts, les coupes salariales et la liquidation des droits des travailleurs dans tout le secteur public ont été, dès le premier mémorandum, l’une des principales priorités de la troïka. En 2011, il apparaissait déjà que la chute des dépenses publiques hospitalières avait été obtenue spécialement au moyen d’une diminution de 75 % des coûts salariaux (plutôt que d’un accroissement de l’efficience) (Kondilis et al., 2013). Les salaires des professionnels de santé publique, qui étaient les plus faibles d’Europe occidentale avant la crise financière, ont été réduits d’au moins 40 % depuis 2010. Charis Matsouka (entretien, 2014 [20]) affirmait qu’elle gagnait 2 000 euros par mois, frais professionnels inclus, alors qu’elle avait atteint le sommet de la carrière hospitalière. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un nouveau médecin référent ou d’un professeur de médecine débutant s’élève environ à 1 100 euros (Ifanti et al., 2014 ; entretiens, 2016, 2017).

Une perte de 30 % des effectifs

La compression du personnel dans le secteur de la santé publique a été dramatique, avec une perte de 30 % des effectifs consécutive au gel des embauches, au non-remplacement de fait des travailleurs partant à la retraite et au non-renouvellement des contrats temporaires. En 2011, l’Association médicale d’Athènes estimait qu’en cette seule année, 26 000 agents du secteur de la santé publique, dont près de 9 100 médecins, allaient perdre leur travail (Triantafyllou, Angeletopoulou, 2011). La réduction du nombre de médecins a été beaucoup plus importante que celle prévue par la troïka (Correia et al., 2015) à cause de la détérioration rapide de l’environnement et des conditions de travail. Nombre de docteurs et d’infirmiers ont pris des retraites anticipées. À cela s’ajoute un exode massif depuis 2010 de jeunes grecs hautement qualifiés, parmi lesquels des médecins spécialistes et autres personnels médicaux à la recherche de conditions de travail meilleures hors de Grèce. On estime à plus de 7 500 le nombre de médecins grecs ayant émigré jusqu’en 2014, notamment vers l’Allemagne où ils sont employés dans des postes en deçà de leurs qualifications et à des taux de rémunération inférieurs à ceux de leurs collègues [21].

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Consultations cancérologie, Aghios Savvas, Athènes.

 

Des conditions de travail et sanitaires déplorables

Les hôpitaux sont à court des fournitures les plus élémentaires

Les sous-effectifs, un afflux considérable de patients et les pénuries ont poussé les hôpitaux publics au point de rupture. Les conditions de travail y sont précaires et dangereuses. Les hôpitaux sont à court des fournitures les plus élémentaires : draps, ciseaux, antalgiques, tensiomètres, équipement stérilisé, médicaments vitaux, dépistage du cancer et équipement approprié pour les interventions chirurgicales… Le nombre d’heures travaillées a considérablement augmenté. Le temps de travail des médecins, incluant les périodes de garde, peut atteindre 32 heures ininterrompues, et lorsqu’ils sont en service d’astreinte la durée du travail peut atteindre 93 heures par semaine.

Alertée, la Commission européenne a porté le problème devant la Cour de justice qui a jugé ces pratiques illégales [22]. Jusqu’ici, cela n’a pas été suivi d’effet : alors que taux de chômage est élevé parmi les médecins et le personnel soignant, les recrutements de médecins statutaires n’ont pas augmenté, des milliers d’embauches sont toujours en attente et les internes quittent l’ESY. À la mi-2017, une loi destinée à réduire le temps de travail légal des médecins grecs pour le rendre conforme aux normes européennes (48 heures) était en préparation. Mais comme il n’est toujours pas possible de recruter du personnel statutaire, le projet de loi prévoit une option en vertu de laquelle les médecins qui le souhaitent auront la possibilité de travailler 60 heures hebdomadaires à condition de signer un document attestant qu’ils font eux-mêmes le choix de travailler plus (auparavant, ils y étaient obligés).

Par ailleurs, la pratique consistant à recruter du personnel non statutaire auto-employé sur des contrats à court terme se généralise. Des unités de soins intensifs, des laboratoires et même des départements hospitaliers entiers ferment ou menacent constamment de fermer. Les divers services luttent constamment pour obtenir les financements indispensables à leur survie. Comme le dit une femme médecin dans un entretien :

« Nous devons sans arrêt nous battre pour obtenir des fonds additionnels du gouvernement. (…) Ça se passe tous les trois mois. Donc nous avons constamment un horizon de trois mois devant nous. C’est épuisant. Et déprimant… »

Certains centres publics de traitement du cancer n’arrivent même pas à nourrir leurs patients

Certains centres publics de traitement du cancer n’arrivent même pas à nourrir leurs patients. Le manque de ressources les amène parfois à fermer abruptement leurs services à divers moments de la journée et à annuler des consultations sans les reporter à une autre date. En janvier 2016, l’hôpital universitaire général Laiko à Athènes a renvoyé des dizaines de patients atteints du cancer parce qu’il ne pouvait pas pratiquer les chimiothérapies vitales prévues pour eux [23].

Dans certaines circonstances extrêmes, des nouveau-nés ont été retirés à leur mère jusqu’à ce qu’elle puisse payer la facture hospitalière ; le cardiologue Georgos Vichas, qui dirige la clinique métropolitaine solidaire d’Hellinikon, a rapporté des situations où des patients atteints du cancer avaient été expulsés de l’établissement de soins où ils devaient subir une opération chirurgicale parce qu’ils ne pouvaient pas payer 1 800 euros. Conséquence de la forte proportion de personnes non assurées, ces dernières situations sont cependant restées exceptionnelles grâce à l’ingéniosité des médecins grecs qui trouvent des moyens créatifs de contourner les régulations.


II.4. Le démantèlement du système de soins primaires

Inégalitaire et fragmenté avant 2010, le réseau des services de soins primaires a connu, depuis, une série de réorganisations. En 2011-2012, les quatre principales caisses d’assurances sociales (IKA, OGA, OAEE et OPAD) furent transférées avec leurs effectifs et leur infrastructure à une nouvelle et unique Organisation nationale pour la prestation de services de santé (EOPYY). L’intégration des structures de soins primaires avait été espérée depuis au moins la création de l’ESY en 1983 car elle portait une promesse d’universalité et d’égalité d’accès à la santé. La promesse ne fut pas honorée dans le contexte des mémorandums. Légalement obligées de déposer 77 % de leurs avoirs disponibles à la Banque de Grèce, les caisses d’assurance maladie absorbées par l’EOPYY perdirent 53,5 % de leurs avoirs au moment de la restructuration (« la décote ») d’une partie de la dette grecque en mars 2012. Elles ne reçurent aucune compensation pour leurs pertes (environ 10 milliards d’euros en trois mois), contrairement aux banques. Par ailleurs, la diminution des prestations couvertes par les caisses, l’augmentation des frais modérateurs, la compression des personnels soignants et les baisses de salaire détériorèrent, comme dans le secteur hospitalier, la qualité des prestations et l’accès aux soins primaires publics (Kaitelidou, Kouli, 2012 ; Kondilis et al., 2013).

En 2014, Georgiadis ferma les unités de soins primaires et renvoya chez eux 6 500 à 8 000 médecins

En 2014, dans la ligne des principes promus par la Banque mondiale, le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, dissocia les fonctions d’acheteur et de fournisseur ou prestataire de soins. La fonction d’acheteur resta de la compétence de l’EOPYY, tandis que les prestations de santé furent confiées à un nouveau Réseau national de soins de santé primaire (PEDY). Le ministre manœuvra habilement pour provoquer le départ « volontaire » de la moitié des médecins des centres de santé intégrés à l’EOPYY deux ans plus tôt. En février 2014, il ferma du jour au lendemain toutes les unités du réseau de soins primaires et renvoya chez eux quelque 6 500 à 8 000 médecins. Il annonça que ceux-ci pourraient être embauchés à l’ouverture du nouveau réseau (PEDY), à condition d’accepter des contrats de travail à plein temps et de fermer leurs cabinets privés. L’idée de créer un statut d’emploi exclusivement public dans le secteur des soins primaires était populaire et en général bienvenue, mais cela impliquait que les docteurs dorénavant se contentent du même (bas) salaire (1 100 euros), renoncent à des sources supplémentaires de revenus (en fermant leurs cabinets) et oublient les perspectives de carrière [24]. Ils furent nombreux à « s’auto-licencier », pour citer la formule d’un de mes interlocuteurs, c’est-à-dire à « choisir » de perdre leur emploi. Aujourd’hui, le réseau PEDY compte quelque 2 700 médecins.

De très nombreux patients doivent attendre longtemps pour une très brève consultation

En dehors de réussir un « coup » avec la suppression d’un nombre conséquent d’employés du secteur public, l’initiative d’Adonis Georgiadis s’est révélée problématique. D’abord, les structures de soins primaires (c’est-à-dire principalement celles de l’ancienne IKA) ont pratiquement cessé de fonctionner en raison de l’importance des sous-effectifs. Autrefois dotées de moyens, notamment humains, suffisants, elles sont désormais pratiquement vides. Par conséquent, de très nombreux patients doivent attendre longtemps pour une très brève consultation [25]. Les médecins n’ont pas le temps de faire davantage que de contrôler les carnets de santé ou les anciennes ordonnances, et en faire de nouvelles. De plus, ils sont étroitement surveillés par une plateforme électronique : ils ne peuvent pas prescrire de médicaments ou d’examens au-delà de ce qu’autorise leur budget [26]. S’ils s’y hasardent, le système commence par lancer un avertissement avant de se bloquer, et le médecin, alors passible d’une amende, ne peut plus rien prescrire.

Dans les services de santé primaire (comme à l’hôpital), des auxiliaires précaires sont embauchés pour des périodes courtes allant de huit mois (ce qui évite de les garder l’été) à un an et demi au mieux : ceux-là ne veulent pas risquer leur emploi ou avoir une amende. Les autres [27] sont également piégés par le système, de sorte que la plupart des médecins ne peuvent pas soigner leurs patients. Si nécessaire, ils les envoient à l’hôpital où il est encore possible de prescrire librement des médicaments ou des examens. Mais c’est un cercle vicieux, car les médecins hospitaliers estiment à juste titre qu’ils n’ont pas le temps de recevoir les gens pour simplement leur délivrer des ordonnances, et que ce n’est pas leur rôle.


 
Même quand ils n’étaient pas dirigés à l’hôpital par leur médecin traitant, et parce que les soins primaires ne fonctionnent pas, les patients se sont massivement tournés vers les urgences hospitalières. C’est le deuxième grand écueil de la réorganisation conduite par Adonis Georgiadis. Pour décongestionner les urgences et pallier les conséquences des sous-effectifs dans les soins primaires, le ministre de la Santé a cru trouver une solution en incitant les médecins du secteur privé à passer des conventions avec l’EOPYY : ils s’engageaient à examiner 200 patients par mois contre une rémunération de 2 000 euros mensuels. Cette mesure extrêmement coûteuse pour le système de santé publique s’est aussi avérée très inefficace car la plupart des médecins « se débarrassaient » des 200 patients en une semaine, sinon plus vite, et pendant le restant du mois les malades n’avaient d’autre choix que de payer le prix d’une consultation privée, d’aller à l’hôpital ou de tenter leur chance dans un centre de soins primaires.

Telle était encore la situation au printemps 2017 quand l’actuel ministre de la Santé, Andreas Xanthos, lançait un nouveau projet de loi quadriennal dit « Soins primaires de santé » [28]. Son objectif prioritaire consiste toujours à désengorger les urgences hospitalières mais le gouvernement entend aussi remettre à plat tout le système en vue de son amélioration (encadré). L’initiative est bienvenue : elle simplifie l’organisation des soins primaires, vise leur intégration à un système national de santé unique et pourrait corriger certains dysfonctionnements. Mais les fortes contraintes budgétaires indiquent que la perspective reste celle d’un rationnement des soins de santé publique. Les besoins du pays tout entier ne sauraient être couverts par le recrutement de seulement 1 300 nouveaux médecins, même si les profils privilégiés (généralistes, internistes, pédiatres) correspondent à un manque avéré, tant le déséquilibre est grand entre, d’un côté, les spécialistes en surnombre et, de l’autre, les généralistes souvent inexistants dans les services de soins primaires. Avec seulement trois praticiens, le rôle des unités locales de santé risque de se ramener à celui de pourvoyeur d’ordonnances et de garde-barrière empêchant le tout-venant de se rendre spontanément aux urgences hospitalières. On ne sait pas encore ce que devrait impliquer la restructuration de ces dernières, actuellement à l’étude. Elles pourraient devenir des unités autonomes dotées d’un personnel propre, distinct des équipes soignantes des hôpitaux.

Dans l’ensemble, la précarisation des personnels soignants ira en augmentant. Même si les contrats des médecins conventionnés sont révisés, il manquera au système national de santé, et singulièrement au secteur des soins primaires, la masse critique indispensable à des prestations publiques de qualité. La dépendance à l’égard du secteur privé n’en sera que renforcée. On s’achemine très probablement vers un système à deux vitesses comprenant des services publics rudimentaires, sinon gratuits du moins à faible coût, et des prestations privées ou mixtes accessibles seulement aux plus aisés.

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Encadré

 
De fait, la logique d’une participation maximale du secteur privé s’installe progressivement dans le secteur des soins primaires. Les dépenses non remboursables se multiplient. Les copaiements pour les consultations ambulatoires sont passées de 3 à 5 euros en 2011 (le gouvernement Syriza a supprimé cette taxe qui vient d’être réintroduite). Les prescriptions médicales sont limitées à trois médicaments. S’il en faut davantage, le médecin doit établir une ou plusieurs nouvelles ordonnances, chacune coûtant 1 euro au patient. Il y a aussi d’autres coûts moins visibles, comme le prix d’un appel téléphonique pour programmer un rendez-vous chez le docteur. Il sera bientôt possible de le faire par voie électronique, solution difficile pour les personnes âgées ou démunies.

L’assurance privée croît lentement dans le marché des soins primaires avec des formules bon marché. Par exemple, on a vu des journaux comme Proto Thema ou Anexartisia offrir aux lecteurs dans leurs éditions du week-end des coupons à collectionner pour obtenir une carte de santé « gratuite » donnant un accès annuel limité et à faible coût à des médecins et des centres privés de diagnostic. Les banques aussi offrent à leurs clients différents types de polices d’assurance maladie (selon un éventail de prix variant de 85 à 800 euros annuels).

Les montants de ces contributions acquittées par le patient peuvent paraître négligeables. Cependant, elles pourraient bien avoir un but pédagogique. Comme a pu le dire un médecin grec au cours d’un entretien : « Le projet consiste à habituer les gens à payer jusqu’à ce que le système [de santé publique] soit finalement supprimé. » Dans sa contribution aux travaux du réseau Globalization and Health Knowledge Network, John Lister note : « Il ne fait pas de doute qu’en promouvant des frais modérateurs, la Banque mondiale et d’autres agences entendaient notamment nourrir l’apparition de polices d’assurance, même dans les pays les plus pauvres […]. [Par exemple], à l’occasion d’un atelier majeur financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui s’est tenu au Zimbabwe, l’une des conclusions principales relatives aux “enseignements” tirés de la réflexion sur le financement des soins de santé était que “les frais modérateurs sont vitaux pour l’introduction de n’importe quel type de système assurantiel” » (McEuen et McGaugh, cité par Kondilis et al., 2013 ; Lister, 2008:34).

Tout aussi importantes ont été d’autres mesures prises en Grèce pour aller dans la même direction. La dérégulation des services privés de santé a commencé très tôt au début du premier programme d’ajustement structurel. Par exemple, Kondilis et alii (2013) mentionnent la suppression de toutes les limites à l’établissement de laboratoires, de centres médicaux et d’unités de dialyse par des entrepreneurs privés, et la levée des restrictions relatives à l’expansion des hôpitaux privés. Les auteurs relèvent également l’introduction en 2011 de contrats passés par les établissements publics avec les compagnies d’assurance privées pour leur transférer des services hospitaliers publics. Ils leur ont attribué des centaines de lits hospitaliers de luxe. Avant même la loi « Soins primaires de santé » d’Andreas Xanthos, deux grandes cliniques privées aux spécialités multiples fonctionnant en lien avec d’importants prestataires d’assurance privées avaient été créées en remplacement des structures du réseau PEDY à Athènes et à Thessalonique.

III. Survivre sous conditions

L’importance des déterminants sociaux de la santé pour le bien-être physique, mental et social des communautés humaines a été soulignée plus haut. Avec l’aide et une certaine complicité du gouvernement grec (Burgi, 2014a), la troïka a prétendu pallier les effets de la « crise » (les effets de la quasi-liquidation, effective ou en instance, de la protection sociale) en agissant sur ces déterminants dans l’intention de renforcer la « résilience » de la population. Les mesures phares initiées à cette fin – indemnisation et accès des chômeurs aux soins médicaux, instauration d’un revenu minimum garanti (RMG) – tracent, dans leur version grecque, les contours matériels et idéels du « nouveau modèle social européen » appelé à se substituer à l’État social décrété « révolu » par le gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en 2012. Ce modèle est évoqué dans le mémorandum d’août 2015 qui consacre une petite section à un « authentique filet de sécurité sociale » et à « une société plus équitable ». Embrassant la notion promue par la Banque mondiale d’un « ensemble de prestations de base » (essential package) pour les plus démunis, il assure tout juste la survie des plus pauvres.


III.1. La reconfiguration des indemnités de chômage et de l’assurance-maladie

Avant juillet 2011, la durée maximale d’indemnisation du chômage, qui conditionnait l’accès aux prestations de santé, n’excédait pas un an, mais les patients en fin de droit et privés de ressources financières pouvaient encore être traités dans les hôpitaux. Après juillet 2011, de nouvelles dispositions exigèrent que les non-assurés paient intégralement leurs soins et en mars 2012, les montants de l’indemnisation furent réduits (de 561 à 360 euros [29]). Entretemps, les taux de chômage et le nombre de personnes non assurées grimpèrent en flèche et restèrent énormes jusqu’à aujourd’hui. Médecins de Monde estime qu’il y a environ 3 millions de non-assurés, si l’on inclut les auto-employés qui ne sont pas comptabilisés dans les chiffres officiels du chômage ; Makis Mantas estime la proportion de non-assurés toutes catégories confondues à 35 % de la population en 2016, parmi lesquels 60 % de professions indépendantes et d’auto-employés ; les rapports officiels de l’UE ou de l’OCDE avancent généralement le chiffre de 2,5 millions de non-assurés (sur une population totale de 11 millions d’habitants).

Sous la pression sociale, le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, introduisit par décret ministériel en 2013 puis en 2014 un système de coupons censés permettre aux non-assurés d’accéder aux soins primaires (2013) puis également aux soins hospitaliers (2014). Ces coupons, administrativement ingérables et en pratique inaccessibles au plus grand nombre, se révélèrent une mesure palliative [30]. Les patients se retrouvèrent dans des situations où ils devaient payer formellement ou informellement – en signant une reconnaissance de dette envers l’établissement public de soins – une partie sinon la totalité de leur traitement hospitalier, diagnostic et médicamenteux.

Finalement, c’est au gouvernement Syriza qu’est revenue la responsabilité de mettre en place un plan dit d’accès « égal et universel à la santé ». Amélioration significative, la loi n° 4368/16 complétée par un arrêté ministériel du 2 mars 2016 offre à tous les citoyens légalement installés en Grèce la possibilité d’être pleinement couverts sur simple présentation de leur numéro de Sécurité sociale. Les réfugiés récemment entrés et enregistrés en Grèce le sont au même titre que les autres citoyens dépourvus d’assurance sociale. Par contre, les immigrés sans papiers plus anciens, Pakistanais, Indiens ou autres, ne sont pas couverts.


 
Sauf pour les très pauvres, la gratuité des soins n’inclut pas les médicaments dont le coût est en moyenne supporté pour moitié par les patients. La dispense des frais modérateurs est subordonnée à des conditions telles que seul un petit nombre, estimé [31] à quelque 170 000 personnes, est concerné (sur au moins 2,5 millions de bénéficiaires potentiels, comme on vient de le voir). La gratuité des médicaments est soumise aux critères suivants : (1) les revenus ne doivent pas excéder 2 400 euros annuels pour une personne seule (le double pour un couple avec deux enfants) ; (2) si une personne n’a pas de revenus mais possède un bien immobilier d’une valeur de 150 000 euros et plus, ou si une personne a un compte en banque comprenant des avoirs équivalents à trois fois le critère annuel des 200 euros mensuels (donc un solde créditeur de 7 200 euros), elle doit participer aux frais modérateurs ; (3) les handicapés dont le taux de handicap est évalué à moins de 67 % ne sont pas couverts à 100 % (avec une légère différence en leur faveur s’il y a des enfants) ; (4) l’accès à la consultation de spécialistes est restreint : la prestation de services publics de santé gratuits est rigoureusement limitée aux ressources publiques existantes et ne s’étend pas à des services que les hôpitaux ou les centres de santé contractent auprès de prestataires privés. Dans tous les cas où les patients habitent une contrée dépourvue du service ou du spécialiste recherchés, ils se voient obligés ou bien de voyager s’ils le peuvent pour se rendre dans une grande ville, ou bien de se passer de soins spécialisés.


III.2. L’Allocation de solidarité sociale, un revenu minimum garanti

Censé refléter l’ambition de « justice sociale » des rédacteurs du troisième mémorandum, le revenu minimum garanti (RMG) incarne bien l’idéal d’une protection sociale réduite à un plancher de prestations minimales. La Commission européenne le décrit comme un « exemple typique d’investissement social » (Ziomas et al., 2015a). L’« investissement social » est alors l’antithèse des droits (durement conquis) à des revenus de transfert inconditionnels qui sont, eux, désobligeamment appelés « consommation sociale ». La finalité de cet « investissement social » ciblé exclusivement sur la pauvreté extrême (ibid.) n’est pas de combattre l’indigence, mais de réduire l’indicateur mesurant « l’écart de pauvreté » (Ziomas et al., 2015b), c’est-à-dire l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté.

Le RMG est entré en application en 2017 [32] sous l’appellation « allocation de solidarité sociale » (KEA selon l’acronyme grec). Il avait préalablement été l’objet d’une expérimentation pilote dans treize gouvernements locaux entre novembre 2014 et avril 2015. Le dispositif comprend une allocation dégressive inférieure au seuil de pauvreté extrême [33] n’excédant pas 200 euros mensuels pour une personne seule, et par exemple 400 euros pour une famille de quatre personnes ou 500 euros pour un couple et quatre enfants mineurs. Il comprend également une aide sociale en nature et une aide à la recherche d’emploi. Les conditions d’attribution des aides sont analogues à celles mentionnées précédemment au sujet du programme d’accès universel à la santé. Le revenu déclaré du ménage au cours des six mois précédant la demande ne doit pas excéder six fois le montant de l’allocation [34] ou un plafond fixé à 5 400 euros quel que soit le nombre de personnes composant le ménage. À cela s’ajoutent des critères portant sur la propriété, qui varient aussi en fonction de la composition du ménage. Ils incluent la valeur taxable des biens immobiliers en Grèce ou à l’étranger [35], le coût objectif de tous types de véhicules privés [36] et le montant total des dépôts en banque ou dans toute autre institution de crédit [37]. La mise en œuvre du dispositif est confiée aux municipalités.

Les volets aide sociale et aide à la recherche d’emploi n’avaient pas été inclus dans l’expérimentation pilote : celui sur la recherche d’emploi parce que la Grèce est plongée dans une dépression économique durable et que les structures de ce type sont quasiment inexistantes, en tout cas inopérantes ; celui sur l’aide sociale (principalement des opérations de distribution alimentaire), parce que les conditions d’ouverture respectivement du droit au revenu minimum garanti et du droit à l’aide sociale n’étaient pas encore harmonisées.

Depuis l’entrée en application du dispositif KEA, les listes de bénéficiaires du revenu minimum garanti sont utilisées par les services sociaux municipaux pour l’attribution d’une aide sociale et sont parfois croisées avec des listes établies par d’autres structures, dont les églises, pour éviter que le même individu puisse profiter simultanément de plusieurs programmes d’aide.

À partir de début 2018 aura lieu le renouvellement du droit à l’allocation KEA de solidarité sociale. À cette occasion, les bénéficiaires admis en 2017 qui n’auraient pas su qu’ils devaient, ou n’auraient pas voulu déclarer une éventuelle modification de leur situation dans le cours de l’année, ou ceux dont on s’apercevra que le dossier déposé en 2017 comporte des erreurs, quelles qu’elles soient et même si c’est à leur insu [38], seront sommés de rembourser les sommes qui leur ont été versées [39]. On ne sait pas ce qu’il adviendra de ces bénéficiaires ni comment le problème sera géré. En tout état de cause, l’adjonction de l’aide sociale au revenu minimum n’est pas de nature à consolider les déterminants sociaux de la santé.


III.3. Le cadre de la survie

De ce qui précède, il est permis de penser que l’allocation de solidarité sociale, composante centrale de ce qui est présenté comme un filet social, est appelée à devenir un dispositif intégré de coordination de politiques dites de protection sociale ciblées sur la misère, qui produisent, normalisent et contrôlent le statut de dépossédé ; un dispositif de gestion limité aux 15 % de la population classés comme extrêmement pauvres. Les conséquences sociales des politiques austéritaires se réduiraient à la « résilience » défectueuse d’une minorité.

Notion polysémique, la résilience sociale peut s’entendre comme la capacité des individus ou des groupes de résister à l’adversité en mobilisant et en inventant de nouvelles ressources et manières de faire et d’agir pour préserver leur bien-être matériel, physique et psychique, ainsi que la dignité conférée par la reconnaissance de soi et d’autrui comme membre à part entière d’une communauté de semblables. Bien sûr, les réponses individuelles et collectives à la déstabilisation des cadres sociaux diffèrent sensiblement d’une société à l’autre (Hall, Lamont, 2013). Pour ce qui concerne la santé publique en Grèce, la création, évoquée plus loin, d’un réseau de structures de soins solidaires dans tout le pays a été portée par l’espoir de préserver la substance de la société et défendre ses droits.

Ce n’est pas ainsi que les institutions dominantes conçoivent la notion de résilience. Elles donnent à ce vocable un sens normatif inférant une soumission allant de soi à l’ordre établi. Dans son acception politico-administrative, la résilience désigne la résistance avant tout psychologique des individus à l’infortune (euphémisme pour injustice) au sens de leur aptitude à réaliser un « ajustement positif » pour s’adapter et « rebondir » dans les contextes les plus difficiles – qui ne sont pas, eux, questionnés (par exemple Burgi, Soumara, 2015). Cette grammaire de la résilience induit la conviction qu’il faut s’accommoder de la (grande) précarité, contrôler le « désordre », les comportements « antisociaux », les troubles à l’ordre public, et légitimer si nécessaire des mesures d’exception et/ou le recours à la force. Il appartiendrait à chacun et à tous de se prendre en charge. Seules les catégories sociales totalement démunies (à l’exclusion des réfugiés et autres immigrés) pourraient espérer, sous d’austères conditions, une aide matérielle parcimonieuse financée par la communauté.

Des maladies que l’on croyait éradiquées comme la malaria réapparaissent, le VIH s’est répandu

La troïka trouve dans ces préceptes un moyen parmi d’autres de passer sous silence sinon de nier les conséquences de ses politiques. Avant la crise financière, les gens allaient chez le médecin malgré les carences des soins primaires. Maintenant, ils doivent se résoudre à une mort à échéance plus ou moins précoce. Même les assurés sociaux, souvent incapables de couvrir les dépenses non remboursables, ont tendance à négliger les examens préventifs, à les reporter à plus tard (ou trop tard) ; ils réduisent leurs traitements, les prennent de façon discontinue, les remplacent par des substituts moins chers, les arrêtent même. Des maladies que l’on croyait éradiquées comme la malaria réapparaissent, le VIH s’est répandu. L’état de la santé mentale est désastreux.

Dès le premier mémorandum, les médecins hospitaliers constataient une augmentation des pathologies cardiaques et accidents vasculaires cérébraux liés à l’anxiété et au stress [40]. Le taux de dépressions majeures est passé entre 2009 et 2014 de 3,5 % à 12,5 % de la population et le taux de suicides s’est accru de 35 % entre 2010 et 2013 (Economou, Peppou, Fousketatki et al., 2013 ; Economou, Madianos, Peppou et al., 2013 ; Economou et al., 2016 ; Madianos et al., 2014). La consommation de « drogues de la crise » – substances synthétiques très bon marché comme la métamphétamine (1 à 5 euros) fabriquées dans des laboratoires de fortune et même dans les cuisines des particuliers – pourrait détruire une génération entière d’adolescents, comme le sisaen Argentine (Matsa, 2014).

La désintégration de la société et le désastre sanitaire nourrissent la violence interpersonnelle (homicides et violence domestique). Le psychiatre Spyros Sourlas (entretien, 2015) a observé un accroissement de 30 % des troubles psychosomatiques (maux de tête, de ventre) parmi les enfants, dont un tiers finit à l’hôpital. Gerasimos Kolaitis et Georges Giannakopoulos (2015), tous deux pratiquant dans d’importants services hospitaliers de psychiatrie infantile à Athènes, rapportent qu’ils rencontrent un « nombre toujours grandissant de familles confrontées à des adversités psychosociales compliquées » et d’enfants maltraités ou négligés admis dans le plus grand hôpital pédiatrique de Grèce au titre de la protection de l’enfance…

Les traités font obligation à la Commission européenne d’évaluer les effets sociaux et sanitaires de toutes les politiques publiques, y compris celles de la troïka. Elle y a rechigné. Une étude d’impact social a fini par être réalisée a posteriori en 2015, mais elle fut pour le moins « décevante à bien des égards », comme le note dans sa déclaration de fin de mission sur l’état social et humain de la Grèce Juan Pablo Bohoslavsky (2015), expert indépendant sur la dette extérieure et les droits humains auprès des Nations unies. Elle « ne mentionne pas une seule fois la notion de “droits humains” » fondamentaux, poursuit l’expert, dont le rapport pointe au contraire une violation systématique de ces droits [41]. La « vertigineuse liste de normes, règles, lois grecques, européennes et internationales piétinées par les mémorandums » (CADTM, 2015) est aujourd’hui assez bien répertoriée (par exemple Salomon, 2015 ; Ghailani, 2016) mais mal connue du grand public mieux informé sur l’interprétation dominante des abondantes données économiques et financières que sur les atteintes à la démocratie.

Pour leur part, les gouvernements grecs se sont montrés tout aussi cyniques et indifférents au sort de la population. Ils ont par exemple reporté sur les femmes et les migrants la responsabilité de la crise sanitaire. En 2012 et 2013, ils orchestrèrent des campagnes de « nettoyage » contre les consommateurs de drogue et les migrants. Ils mirent le pays en garde contre la propagation du Sida – qui « peut être transmis par une femme migrante illégale au consommateur grec, à la famille grecque » – et contre les « bombes à retardement sanitaires » menaçant les hommes grecs et les ménages. Un décret (39A) de 2012 permettant à la police de détenir n’importe qui en vue de procéder à des tests forcés de dépistage des maladies infectieuses et de rendre publiques les données personnelles des sujets atteints du VIH entraîna de multiples rafles, des poursuites pénales, et l’arrestation, l’emprisonnement, la stigmatisation et l’humiliation de milliers de personnes (Vasilopoulou, 2014:225-227). Il fut définitivement abrogé en avril 2015 par le gouvernement Syriza, à qui fut cependant transférée par les puissances dominantes de l’UE la charge et la responsabilité de « traiter » au moins 60 000 réfugiés actuellement bloqués en Grèce où ils sont confrontés à la politique de détention automatique dans des camps inhumains et aux plus grandes difficultés d’accès (si tant est qu’ils accèdent) à des soins médicaux essentiels. Alors qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre la migration et l’importation de maladies contagieuses (par exemple Langlois et al., 2016 ; Rechel et al., 2011 ; Grove, Zwi, 2006), ces traitements spéciaux pourraient bien rendre encore plus critique la crise sanitaire et finir par mettre en danger la société tout entière.

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Pharmaciens solidaires dans le dispensaire social Mitropolitiko, Athènes, 2016.

 

Conclusion

 
Un élan de solidarité remarquable

Loin de cette logique mortifère, une partie de la société a pris un chemin d’une tout autre nature pour défendre la santé publique et ses conditions de possibilité. Dans un élan de solidarité remarquable, des hommes et des femmes bénévoles, médecins, soignants ou simples citoyens ont œuvré pour créer et faire fonctionner à partir de 2009 une quarantaine de cliniques et pharmacies autogérées dans tout le pays. Toute personne nécessitant des soins médicaux sans y avoir accès pour une raison ou une autre y est accueillie indépendamment de sa nationalité, de son statut social ou de ses origines. Ces structures ont sauvé des milliers de vies, mais leurs maigres ressources, provenant exclusivement de dons de la population et de réseaux militants nationaux et internationaux (dont le collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé) ne leur permettent de répondre qu’à une part minime des besoins de la population. La lutte ainsi engagée au nom de la santé pour tous n’a pas eu pour objet de construire une alternative au système public de santé. Elle a été pensée, menée et vécue comme un acte de résistance positive contre un pouvoir despotique, un acte susceptible d’amener les habitants à se relever et défendre par leurs pratiques solidaires leurs droits et les principes démocratiques.

Cet espoir s’essouffle depuis que le gouvernement Syriza et son Premier ministre, choisissant de conserver le pouvoir après la capitulation d’Alexis Tsipras en juillet 2015, appliquent un troisième programme mémorandaire plus violent et punitif encore que les deux précédents. L’apathie gagne du terrain. Les militants et bénévoles, épuisés, quittent les organisations de solidarité. Nul ne sait par quels moyens la société grecque cherchera dans le dénouement de cette tragédie à se défendre contre les atteintes portées à sa substance même.

Noëlle BURGI

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Ziomas D., Sakellis I., Bouzas N., Spyropoulou N. (2015a), ESPN Thematic Report on Minimum Income Schemes : Greece 2015, European Commission, Directorate-General for Employment, Social Affairs and Inclusion, Brussels.

Ziomas D., Sakellis I., Bouzas N., Spyropoulou N. (2015b), ESPN Thematic Report on Social Investment. Greece, European Commission, Directorate-General for Employment, Social Affairs and Inclusion, Brussels.

Noëlle Burgi est membre du CNRS, CESSP

Source : LA REVUE DE L’IRES N° 91-92 – 2017/1-2

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Notes

[1Surestimé à 15,8 % du PIB après de troublantes révisions à la hausse, mais tout de même bien supérieur à la limite des 3 % autorisée par le traité de Maastricht. Pour une analyse approfondie, voir le site du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) et en particulier le Rapport CADTM 2015

[2Rejointe par le Mécanisme européen de stabilité (MES) en 2015, elle est devenue un Quartet.

[3De très nombreux documents sont associés aux mémorandums (CADTM, 2015). Pour les deux premiers mémorandums, on peut consulter les documents de la Commission européenne (European Commission, 2010, 2012). Pour le troisième, on dispose d’une version commentée par Yanis Varoufakis, ex-ministre des Finances du premier gouvernement Tsipras, du Communiqué de l’Eurogroupe, et du mémorandum avec sa traduction française sur le blog de Paul Jorion.

[4Joaquin Almunia est largement cité dans la presse quotidienne du 12 février 2010. Sur l’approche méthodique et punitive des mémorandums et, au-delà, de la « nouvelle gouvernance européenne » entérinée par le Traité budgétaire européen (2012), voir Greer et al. (2016) ; Stamati, Baeten (2014) ; Burgi (2014a, 2014b), ainsi que les mémorandums eux-mêmes (voir note précédente).

[5Au sens où ces politiques sont imposées par la contrainte (Lochard, Pernot, 2010).

[6Le fondamentalisme de marché s’enracine dans divers courants théoriques, dont l’ordo-libéralisme, théorisé par des économistes allemands et autrichiens rejoints par Friedrich Hayek dès avant la seconde guerre mondiale. Longtemps marginales, leurs thèses ont trouvé leur point d’appui politique dans les « révolutions conservatrices » des années 1970 et 1980 impulsées par Thatcher et Reagan.

[7La notion foucaldienne de « gouvernementalité » désigne, au-delà des structures politiques et de la gestion des États, et des formes instituées et légitimes d’assujettissement politique ou économique, un art de gouverner consistant à « conduire des conduites », à agir sur les possibilités d’action des individus et des groupes, et donc à structurer leur champ d’action éventuel.

[8L’expression est proposée par Michel Foucault (2004:207-213) dans un passage où il discute la question du minimum vital, qu’il appelle « clause de sauvegarde » ou de « non-exclusion ». La notion de pauvreté « absolue » ne s’entend évidemment pas au sens de la théorie économique. L’idée doit se comprendre comme une opération consistant à agir sur la paupérisation des masses, considérée comme un des effets de la régulation néolibérale, sans toutefois chercher à en modifier les causes. Il s’ensuit que le tracé du seuil de pauvreté résulte d’un choix et d’une appréciation politiques.

[9G. Kyriopoulos, « Υγεία : “νικητές” και “ηττημένοι” της κρίσης » (« Santé : gagnants et perdants de la crise »), The Huffington Post, 19 juin 2015 (en grec), http://www.huffingtonpost.gr/giannis-kyriopoulos/-_583_b_7619170.html

[11Selon l’étude détaillée de Matsaganis et al. (2016), le taux de pauvreté extrême n’excédait pas 2,2 % en 2009 ; il était de 8 % en 2011 et de 15 % en 2015. On en trouvera une synthèse en anglais dans Georgakopoulos (2016). Sur l’évolution du seuil de pauvreté, voir Parlement hellénique (2014) et Matsaganis, Leventi (2013).

[12J’emploie le mot gouverneurs pour marquer le déploiement en un ordre de bataille quasi-militaire des injonctions et des mesures d’austérité.

[13Depuis septembre 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras tient un double discours, « réaliste » ou « résistant », selon l’auditoire auquel il s’adresse.

[14Les frais modérateurs désignent la partie des coûts assumée par les patients pour les services couverts par les régimes publics d’assurance maladie : ticket modérateur (représentant un pourcentage fixe du coût du service), copaiement (montant forfaitaire exigible quel que soit le coût du service, par exemple 5 euros), franchise (coût total assumé à hauteur d’un certain plafond), surfacturation, etc.

[15La description qui suit est empruntée pour l’essentiel à Kondilis et al. (2012).

[161 100 euros mensuels dans les unités de soins de l’IKA, sans augmentation jusqu’à la retraite, non comprise l’assurance maladie obligatoire entièrement à leur charge (contrairement à tous les autres salariés), et sans indemnités en cas de licenciement.

[17Elles sont brièvement évoquées à la fin de ce texte.

[18Sur ces pratiques, voir par exemple Gandjour (2013).

[21Les données de l’OCDE sur l’émigration du personnel médical ne sont pas disponibles pour la Grèce.

[22Jugement de la Cour (Neuvième Chambre) du 23 décembre 2015, European Commission v Hellenic Republic, case C-180/14. La directive 2003/88/CE dispose qu’une période de travail de 24 heures doit être entrecoupée d’au moins 11 heures consécutives de repos et que le travail ne doit pas excéder 48 heures par semaine.

[23« Yet Again, Cancer Patients in Desperation at Laiko Hospital », MCCH, April 11, 2016, http://www.mkiellinikou.org/en/2016/04/11/yet-again-cancer-patients-in-desperation-at-laiko-hospital/.

[24Pour cette raison, les médecins et le personnel soignant avaient depuis novembre 2013 lancé des grèves reconductibles. Ils protestaient contre les plans du ministre et les licenciements, mises en disponibilité et mobilités forcées qui se profilaient. Nombre d’entre eux avaient cependant gardé ouverts leurs cabinets privés, ce qui a peut-être délégitimé le mouvement aux yeux d’une partie de l’opinion publique, les docteurs pouvant donner l’impression d’être mus par des motivations individuelles dans ce conflit.

[25Il faut se représenter ce que cela signifie : j’ai vu un médecin généraliste s’occuper de 24 personnes en une heure un quart, ce qui revient à une durée moyenne de trois minutes par consultation. Ce n’est pas exceptionnel. Le travail du médecin est aussi pénible que l’est la situation pour le malade. Les patients pour la plupart savent ce qu’ils ont et viennent seulement renouveler leurs ordonnances. Mais il y a toujours au moins une minorité qui ne sait pas ce qui lui arrive et qui ne trouvera ni l’attention ni l’écoute dont elle a besoin.

[26Il est alloué à chacun en fonction de sa spécialité.

[27Ceux qui ont accepté les conditions posées par Adonis Georgiadis et ont été embauchés dans le nouveau réseau national (PEDY) après avoir le cas échéant fermé leur cabinet privé, et un second (petit) groupe de médecins et soignants qui avaient réintégré les services de soins primaires sur la base de plusieurs jugements des tribunaux condamnant le ministre pour leur licenciement de fait. Ces derniers ont bénéficié des mêmes conditions de travail (salaire et possibilité de conserver leur cabinet privé) pendant plusieurs années éventuellement renouvelables. Les personnels soignants ont donc des statuts d’emploi différenciés et inégalitaires.

[28D. Terzis, « Ετοιμάζουν… ΤοΜΥ στην Πρωτοβάθμια Υγεία » (« Ils préparent… Des ToMy dans le secteur primaire de la santé »), Efsyn, 12 avril 2017, http://www.efsyn.gr/arthro/etoimazoyn-tomy-stin-protovathmia-ygeia. Les ToMY sont des « unités locales de santé » (voir encadré).

[29Et la durée des indemnités de chômage fut étendue pour couvrir sous de strictes conditions certaines catégories de chômeurs de longue durée en fin de droit (200 euros mensuels).

[30En colère, les médecins des cliniques sociales solidaires dénoncèrent « une goutte dans l’océan ». « Le ministre de la Santé, dirent-ils en 2013, espère nous impressionner avec une aspirine, quand une cure beaucoup plus radicale est nécessaire » (MCCH, archive 2013, http://www.mkiellinikou.org/en/category/mcch/page/2/).

[31Estimations attribuées par la presse au ministre de la Santé Andreas Xanthos et à la vice-ministre, Theano Fotiou.

[32Arrêté ministériel du 24 janvier 2017 relatif à la loi n° 4320/15.

[33Selon les résultats de l’enquête de Matsaganis et al. (2016), le seuil d’extrême pauvreté varie selon les localités considérées : Athènes, « Autres zones urbaines », « Zones rurales et périurbaines » dans leur étude. Pour une personne seule, il se situait en 2015 respectivement à 222, 216 et 182 euros ; pour un couple avec deux enfants : 640, 614 et 524 euros. Ces chiffres concernent la population qui ne doit payer ni loyer ni emprunt immobilier. Avec un loyer ou un emprunt immobilier, les seuils sont plus élevés.

[341 200 euros pour une personne seule, un peu plus selon la composition du ménage, par exemple 3 000 euros pour un couple et quatre enfants.

[3590 000 euros pour une personne seule, avec un plafond fixé à 150 000 euros.

[36Voitures, et même bicyclettes : il ne doit pas excéder 6 000 euros.

[374 800 euros pour une personne seule, 9 600 euros pour deux adultes et deux enfants mineurs, 14 400 euros pour deux adultes et six enfants mineurs, avec des plafonds intermédiaires renvoyant à la composition des ménages.

[38Les demandeurs ont la possibilité de faire leur demande en ligne soit par eux-mêmes, soit avec l’aide d’un comptable, soit en passant par un centre de services aux citoyens (KEP), soit directement à la mairie. Il semble que les comptables et les KEP, peu familiers de la procédure, aient mal questionné ou informé les demandeurs et involontairement omis de mentionner des détails relatifs à leurs obligations et à leur situation (sources de revenus ou autres). Or, les demandeurs doivent signer un formulaire attestant de la véracité de la déclaration, et sont considérés comme responsables en cas d’inexactitude.

[39Entretiens effectués en octobre 2017 dans les municipalités portuaires de Perama et Keratsini- Drapetsona dans le cadre d’une enquête qualitative en cours effectuée par l’auteure de ces lignes avec l’historienne Eleni Kyramargiou, chercheure à la Fondation nationale de la recherche historique en Grèce.

[40Entretiens à l’hôpital universitaire de Thessalonique, 2011.

Noëlle BurgiMembre du CNRS, CESSP.

Source : CADTM, Comité d’annulation de la dette du tiers-monde, http://www.cadtm.org/Grece-Le-demantelement-methodique
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Une alternative monétaire enthousiasmante : LA MONNAIE LIBRE, Ğ1 (june) – entretien avec Stéphane Laborde, concepteur de la Théorie Relative de la Monnaie (TRM)

Chers amis,

Comme vous le savez peut-être, je réfléchis depuis plus de dix ans aux alternatives monétaires, en y cherchant le moyen de notre émancipation politique et économique : selon moi, aucune réelle souveraineté politique n’est concevable sans une réelle souveraineté monétaire ; autrement dit, toutes les alternatives monétaires ne sont pas émancipantes pour le corps social.

Il y a bien longtemps que je vous parle de la monnaie libre, comme une des deux plus prometteuses alternatives monétaires que je connaisse, avec le chartalisme (qui va beaucoup plus loin que la « monnaie pleine »).

Stéphane Laborde, grand amateur de mathématiques et d’échecs, a conçu la Théorie Relative de la Monnaie (TRM), et cette théorie assez épatante vient de prendre corps et vie, au printemps 2017, à travers une vraie MONNAIE, LIBRE, qui s’appelle Ğ1 (prononcer june) mémorisée et sécurisée dans une base de données partagée (libre, évidemment) gérée sur duniter.org.

Je vous présente ici un entretien récent avec Stéphane, à la maison, au cours duquel il nous explique cette nouvelle possibilité monétaire offerte aux humains, dans la plus rigoureuse liberté et la plus parfaite égalité : soit on le veut et on les rejoint, tout simplement, soit on ne le veut pas et ça fonctionnera quand même, sans nous ; pas besoin d’attendre que nous soyons tous convaincus. Pas besoin non plus d’attendre le feu vert d’une autorité privilégiée : on peut s’en servir ici et maintenant, sans attendre. C’est pour ça que c’est enthousiasmant, et c’est une de ses grandes forces, et même une exclusivité décisive, de la monnaie libre : on peut tous s’en servir, tout de suite, librement.

Je vois trois grandes forces à cette alternative monétaire :

La pertinence de son fondement : une production invariante de valeur économique de référence par tous les êtres humains vivants qui le souhaitent.

La permanence égalitaire et autonome de sa production, et donc de sa répartition.

La liberté absolue d’y adhérer ou pas, dès aujourd’hui : il suffit de le vouloir pour commencer le changement.

 
Il me semble que la TRM, devenue aujourd’hui bien réelle et bien pratique avec la Ğ1 (june), devrait être découverte, travaillée et apprivoisée par tous les citoyens qui cherchent à se libérer de la tyrannie bancaire, et ce malgré la corruption profonde de l’État par les usuriers (ceux qui ont volé aux peuples la création monétaire).

Voyez vous-même :

#1 Cesium et la Monnaie Libre Ğ1 :

 
 

#2 La monnaie libre Ğ1 :

 
 

#3 Légalité et anonymat dans la monnaie libre Ğ1 :

 
 

#4 La toile de confiance de la monnaie libre Ğ1 :

 
 

#5 Théorie relative de la monnaie, la relativité des valeurs :

Cette dernière partie est vraiment essentielle : j’en ai compris l’importance en la regardant à nouveau, mais le crayon à la main. Voici mes notes (la vidéo est en dessous) :

Avec la Ğ1, on met fin à la rareté monétaire : « il pleut toujours un peu » dit Stéphane 🙂

Je demande à Stéphane comment on peut être sûr, avec la Ğ1 (june), qu’on aura toujours assez de monnaie pour nos échanges. Je lui rappelle que mon intuition est qu’il existe une corrélation étroite entre le chômage et le manque de monnaie. Nous devrions instituer une puissance publique chartaliste, c’est-à-dire dotée du pouvoir de création monétaire, quand elle dépense, et de destruction monétaire, quand elle perçoit l’impôt, et par-là même rendue capable d’être employeur en dernier ressort en créant toute la monnaie nécessaire pour donner du travail à tout le monde (ce procédé antichômage étant non inflationniste puisque toute cette nouvelle monnaie a une vraie contrepartie avec le travail effectué en échange). Peut-on faire de même avec la monnaie libre ?

Stéphane confirme que rien de tel n’est prévu dans la TRM et dans la Ğ1, aucune création supplémentaire n’est possible, même en cas de chômage de masse : la monnaie libre établit un droit politique essentiel, un droit individuel, le droit pour chaque être humain de créer lui-même la monnaie, un DU (Dividende Universel) de 10 Ğ1 chaque jour, de façon rigoureusement égalitaire avec ses congénères humains. La monnaie libre est donc hors de portée pour les accumulateurs et pour les imposteurs, mais elle ne permet à personne (pas même à l’État) de créer plus ou moins de junes selon d’autres critères que cette rigoureuse égalité fondatrice.

Stéphane souligne cependant que la monnaie libre n’interdit pas d’utiliser aussi une monnaie chartaliste ; elle laisse les hommes libres, bien sûr, de créer et d’utiliser d’autres monnaies par ailleurs. Les deux techniques peuvent donc coexister, un peu de la même façon que la Suisse utilise à la fois le franc suisse et le WIR.

Par ailleurs, je rappelle mon intérêt pour les monnaies « fondantes » (l’idée géniale de Silvio Gesell, 1911), pour dissuader tout le monde (par construction) d’accumuler les signes monétaires et donc pour favoriser une circulation permanente de ces signes (cette circulation étant un puissant facteur de prospérité générale).

Mais Stéphane n’aime pas que je parle de « monnaie fondante » (il déteste ça, même 🙂 ). Il me conseille avec insistance d’utiliser nous-mêmes « le module Galilée » (voir ici) pour comprendre l’attraction mécanique vers la moyenne. Stéphane souligne que, si on a trop de monnaie au-dessus de la moyenne, alors on peut considérer qu’il faille les dépenser sans trop tarder, parce qu’on va converger vers la moyenne (simulation réalisable avec le module Galilée). Mais si on est en dessous de la moyenne et qu’on ne dépense pas (ou qu’on équilibre ses échanges acheteur/vendeur, ce qui revient au même), on peut considérer qu’il faille garder ses DU afin de converger vers la moyenne.

Je signale à Stéphane que, précisément, c’est cette incitation des plus riches (en monnaie, et par rapport à la moyenne) à dépenser leurs signes monétaires, que je trouve très positive, très utile, et qui m’a fait parler de « monnaie fondante » (ce qui a le don de le mettre en pétard 🙂 ). Et là, Stéphane semble accepter cette formulation ce qui se passe vraiment avec la Ğ1 : « elle est fondante pour les riches en monnaie » ! Eh bien ça me va, moi ! C’était donc ça qui gênait tant mon Stéphane préféré : c’est l’imprécision de l’expression « monnaie fondante » : elle n’est pas du tout fondante pour tout le monde : elle n’est fondante que pour les riches en monnaie (par rapport à la moyenne), alors que pour les pauvres en monnaie (par rapport à la moyenne), elle est même l’inverse ! Bon, eh bien c’est passionnant et très satisfaisant, tout ça 🙂

Ensuite (vers la minute 15), je reviens sur la bizarrerie (des temps modernes) qui consiste à imposer une unité de mesure variable, un étalon qui change de valeur tout le temps (si le mètre changeait de longueur selon le cas ou si le kilo changeait de poids sans arrêt, ce ne serait pas très pratique…). Or, il me semble que la situation actuelle des monnaies est précisément celle-là : nous comptons les valeurs économiques avec un étalon (l’euro par exemple) dont la valeur change tout le temps, au gré des caprices des marchés et de l’inflation. Et je résume ma question : la Ğ1 nous fournit-elle un étalon de valeur stable ?

Là, il va se passer quelques minutes où j’ai l’impression que se développent entre nous quelques malentendus… Stéphane récuse le concept d’étalon : « par rapport à quoi ? me demande-t-il… Surtout pas par rapport à la richesse ! Ce n’est pas du tout ce que dit la TRM… il n’existe pas de vitesse absolue, pas plus de valeur absolue, tout est relatif… » etc.

Et je laisse finalement Stéphane parler et développer ses arguments… jusqu’à ce qu’il dise enfin (vers la minute 18’45) : « il n’y a pas de chose qui soit invariante dans l’espace et dans le temps en termes de conversions économiques. Ça, c’est le principe au fondement de la TRM. Du coup, c’est la réfutation du fait qu’il puisse exister une telle chose [l’étalon intangible de valeur que je cherche pour mesurer nos échanges]. […] L’invariance, c’est quelque chose de fondamental en sciences […] et l’économie est la seule activité un peu chiffrée qui sort de cette exigence et qui dit du même coup un peu n’importe quoi… [ 🙂 ] et la TRM consiste à réfuter toutes les théories économiques dont le flou artistique montre qu’elles ne reposent sur pas grand-chose, et à prouver ceci : il est possible de trouver une valeur économique qui possède une propriété d’invariance, et cette propriété ce n’est pas du tout un taux de conversion qui serait stable (puisque ça n’existe pas, puisque les valeurs économiques sont relatives). »

Je demande alors (min 20) « Alors ça veut dire quoi, ‘propriété d’invariance’, si ça ne veut pas dire que ça ne varie pas ? » (là, il me semble que ma question formule bien une forme de désarroi 🙂 ) Et là, je laisse parler mon Stéphane… qui n’arrive pas à me répondre et qui joue aux devinettes (pas faciles 🙂 )… mais il va finir par le dire, patience… 🙂

À 21:45, je tente ma chance : « OK, alors qu’est-ce qui est invariant dans la TRM ? » et là, la lumière se fait 🙂 et Stéphane dit : « ce qui est invariant dans la TRM, c’est L’HOMME COMME CRÉATEUR DE VALEUR ÉCONOMIQUE »

[Là, j’ai une pensée pour mon ami Bernard Friot, qui martèle partout que notre travail est la seule source de valeur économique, que le capital est une confiscation, que les « investisseurs » sont des voleurs 🙂 et que l’enjeu essentiel de la lutte politique et sociale moderne c’est d’affirmer qui crée la valeur économique.]

Stéphane continue : « Il faut donc qu’on crée une valeur économique qui soit fondée sur l’homme pour être invariante et donc pour faire un bon candidat pour la monnaie (comme la vitesse de la lumière est un bon candidat pour servir de référence à toutes les unités mesures physiques parce que c’est un invariant physique). »

23:40 « Qu’est-ce qui caractérise l’activité économique ? C’est l’homme. Les hommes, plutôt.
Qu’est-ce qui, chez les hommes, possède une propriété d’invariance ? Il y a leur espérance de vie moyenne là où ils se trouvent
Est-ce que je peux imaginer une valeur économique qui posséderait une telle propriété d’invariance ? Oui. D’abord, une valeur économique, ça se produit, et donc je peux instituer une production invariante.
Et comme l’espérance de vie humaine est limitée, je peux trouver une bonne valeur pour cette invariance, qui tienne compte de l’espérance de vie humaine ; je peux faire converger cette valeur en demi-vie, je fais quelques calculs et on trouve une bonne valeur (ce n’est pas une valeur absolue, c’est une bonne valeur), qui est autour de 10% par an, pour une production invariante. Invariante par rapport à quoi ? Par rapport à l’homme. Donc, c’est l’homme qui est producteur de cette valeur, et il la produit au même rythme à la fois dans l’espace et dans le temps, et pour cette raison, la monnaie libre possède un invariant qui est le dividende, qui est un invariant par rapport à la masse monétaire, par rapport à l’homme. Elle est invariante en termes de création, de production. Point, terminé. Après, est-ce que c’est un bon candidat pour faire une monnaie ? c’est pas à moi de le dire : si les hommes en veulent, eh bien c’est possible, et s’ils n’en veulent pas, elle ne vaudra rien. Et puis, il peut y avoir des hommes qui la choisissent et d’autres qui ne la choisissent pas. »

Bon, là (25:40), je n’ai pas oublié ma question et je résume : « Bon, ok, donc la monnaie libre sera un étalon à géométrie variable comme toutes les autres monnaie. » Stéphane refuse le mot étalon « parce qu’on est passé à la relativité depuis 1905, il serait temps d’en tenir compte » [bande de ringards 🙂 ] J’ose insister encore un peu : « c’est quand même l’objectif de la monnaie, que de permettre d’étalonner, c’est-à-dire de graduer, et donc de mesurer, la valeur… Sans monnaie, c’est vraiment compliqué de mesurer la valeur. » Stéphane me dit alors : « oui, mais ce n’est pas parce que tu veux mesurer que la mesure est statique ! » Je réponds : « ok, je n’ai jamais dit, bien sûr, que ce sont les valeurs qui sont statiques, mais c’est l’étalon qui doit l’être pour que ce soit commode, quoi… »

Stéphane insiste alors : « mais la création du DU, elle est permanente. La vitesse de la lumière est invariante, le DU est invariant. Voilà. Elle est statique justement de ce point de vue-là. Alors que, si on touchait à la création monétaire, on briserait cette permanence. Au lieu que ce soit un étalon fixe, c’est un étalon en mouvement, en création permanente, justement [un étalon relatif ?] ».

« Le DU est la seule valeur économique partagée dont la production soit invariante. »

Bon, je ne suis pas sûr d’avoir parfaitement tout compris 🙂 mais j’ai beaucoup appris, cette fois encore, et je sens qu’il y a là un formidable potentiel d’émancipation politique, d’application immédiate pour chacun (qui le décide librement) :


Voilà.
La playlist de ces cinq parties se trouve ici :

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Pour ceux qui veulent bosser l’idée géniale de la monnaie libre, voici quelques LIENS UTILES :

Césium : https://g1.duniter.fr/#/app/home

Duniter : https://duniter.org/fr/

Pour la partie théorique :

Théorie relative de la monnaie (TRM) : http://trm.creationmonetaire.info/

Module Galilée : http://rml.creationmonetaire.info/modules/ (ceux qui l’ont fait ont produit posts et vidéos référencés dans la page)

Module Yoland Bresson : http://rml.creationmonetaire.info/modules/module_yoland_bresson.html

Playlist vidéo de conférences sur la TRM : https://www.youtube.com/watch?list=PL0UDqLtXevvH1w83dlXvs7PmLKaJlFnMx&v=ljflI-JAsbc

Le podcast monnaie libre fort de 86 émissions à ce jour : http://monnaielibre.creationmonetaire.info/

– Jeter un oeil sur une analyse relativiste de la monnaie dominante ne peut pas faire de mal : http://www.creationmonetaire.info/2018/01/masse-monetaire-e-decembre-2017-le-rsa-enfoncera-t-il-le-record-historique-de-908-en-2018.html

Pour la partie pratique :

Jeu Ğeconomicus, la playlist vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=QdAzqQr4CT4&index=1&list=PL0UDqLtXevvHY5rAyFtql5931VqYyRaoK

https://duniter.org/fr/wiki/licence-g1/

Le forum général pour toutes les questions autour de la monnaie libre : https://forum.monnaie-libre.fr

Le forum technique (pour les informaticiens) : https://forum.duniter.org/

La Théorie Relative de la Monnaie par S. Laborde en 1 h 15 (2014)

La Théorie Relative de la Monnaie en 30 min (2016)

Rappel : je vous conseille de revoir cette rencontre mémorable (en 2014), où Stéphane Laborde et Jean-Baptiste Bersac nous avaient expliqué les vertus de la TRM et du chartalisme, et où j’avais précisé de mon côté ce qui m’intéressait au plus haut point dans ces deux alternatives :

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ON FAIT QUOI ? #01 : Comment les riches ont pris le pouvoir

Première partie de notre rencontre du 25 nov. dernier avec Grégory Tabibian.

Merci Greg (on a du boulot, pour traiter les commentaires…) 🙂

Étienne.

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PS : à propos du pacifisme comme pathologie, j’en parlais en 2016, et je crois que nous devrions tous absolument lire ça :

Le pacifisme comme pathologie (par Derrick Jensen)


http://partage-le.com/2015/12/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/

PPS : quand je parle de 35 millions de vues, je fais référence à cet extrait de CSOJ début sept 2014 et à ces seules 4 copies sur Facebook :

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TOUT L’ARGENT QU’ON DONNE AUX HYPER-RICHES EST PERDU POUR LA SOCIÉTÉ, il faut arrêter « la politique de l’offre », c’est une folie !

Tout l’argent qu’on donne aux hyper-riches est perdu pour la société : ils ne le dépenseront jamais (car tous leurs besoins sont satisfaits depuis longtemps et pour toujours), ILS VONT LE « PLACER », CE QUI VEUT DIRE QU’IL FAUDRA LE LEUR RENDRE (!) ET AVEC INTÉRÊTS en plus (!!) => Donc, tout l’argent qui arrive dans la poche des hyper-riches y est aussitôt fixé comme avec un élastique ; il est perdu pour la société, il ne circulera plus librement.

Les hyper-riches sont comme « UN SIPHON À POGNON », qui vide progressivement le corps social des signes monétaires circulants dont le peuple a pourtant toujours un besoin vital.

Dès lors, cet argent confisqué MANQUE cruellement à la société : l’insuffisance de demande solvable (salaires insuffisants pour acheter toute la production) étrique les bons de commandes et désincite à investir ; CE MANQUE D’ARGENT-CIRCULANT EMPÊCHE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE, IL ENTRAÎNE PROGRESSIVEMENT CHÔMAGE, misère, malheur, et en plus… docilité des esclaves. Le résultat s’appelle L’AUSTÉRITÉ.

(Ce qu’on appelle trop gentiment) « LES INÉGALITÉS » SONT UNE PLAIE DE LA SOCIÉTÉ.

Une société bien organisée ne laisserait pas croître les inégalités sans limite.

Pour que l’économie fonctionne, c’est aux PAUVRES (les 99%) qu’il faut donner de la monnaie, parce que, EUX, ILS LA DÉPENSENT, ET DONC ELLE CIRCULE, et donc elle sert plusieurs fois, la monnaie circulante rend possible tous nos échanges et donc notre activité vitale. Le résultat s’appelle LA PROSPÉRITÉ.

C’est une « politique de la demande » (Quantitative Easing QE for the people) qu’il faut aux peuples du monde.

Mais la corruption générale (systémique) de la classe politicienne — précisément par les hyper-riches, qui sont INSATIABLES — interdit absolument de mener une telle politique.

Nous avons besoin d’une vraie constitution, ET DONC DE CITOYENS CONSTITUANTS.

Je vous souhaite pour 2018 de mener librement autour de vous d’innombrables mini-ateliers constituants populaires et contagieux 🙂

Bonne année, bande de virus 🙂

Étienne.

« L’argent, comme le fumier, ne fructifie que si l’on prend soin de l’épandre. »
Francis Bacon (1561-1626).

« Premièrement, un État très petit, où le peuple soit facile à rassembler, et où chaque citoyen puisse aisément connaître tous les autres ; secondement, une grande simplicité de mœurs qui prévienne la multitude d’affaires et de discussions épineuses ; ensuite beaucoup d’égalité dans les rangs et dans les fortunes, sans quoi l’égalité ne saurait subsister longtemps dans les droits et l’autorité ; enfin peu ou point de luxe, car ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion. »
Jean-Jacques Rousseau, ‘Du contrat social ou Principes du droit politique’ (1762), livre III, chapitre 4 ‘De la démocratie’.

« Un ‘investisseur’, c’est un mec qui te pique ton pognon [en te versant un mini salaire pour ton maxi travail, et en gardant le reste]… et puis qui te le prête ! »
Bernard Friot.

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« Vaincre Macron », le nouveau livre de Bernard Friot, plus incisif, plus bouleversant et plus important que jamais

Chers amis,

Il y a quelques années, en juin 2010, j’ai découvert Franck Lepage (dans une magnifique émission de Daniel Mermet), et Franck m’a fait ensuite découvrir le travail formidable de Bernard Friot. Depuis, nous sommes devenus amis tous les trois et je trouve que Bernard progresse sans cesse (Franck aussi, d’ailleurs) : son discours est de plus en plus précis et pénétrant, son diagnostic et sa proposition sont de plus en plus puissants, de mieux en mieux argumentés.

Si vous ne connaissez pas cette alternative, c’est le moment de la découvrir, avec ce nouveau livre (petit et pas cher) qui en propose une synthèse très claire. Il s’intitule « Vaincre Macron » (je n’aime pas trop ce titre) mais il dépasse bien sûr (de loin) les problèmes de personnes et vise le cœur (les institutions) du système dit « capitaliste » : décider QUI est légitime pour attribuer la VALEUR économique ?

• Je reproduis ici sa courte introduction, que je trouve puissante, ainsi que son plan.
• Je vous signale ensuite la vidéo d’une bonne conférence où Bernard décrit l’essentiel de son nouveau livre.
• Je vous signale aussi une conférence que Bernard donne ce soir, à Marseille, ainsi qu’un atelier qu’il anime demain après-midi.
• je vous rappelle enfin que l’association « Réseau salariat » a besoin de notre aide à tous pour continuer la bagarre.

https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

Introduction

Pour vaincre Macron, il faut prendre la mesure de son entreprise. Et, pour cela, commencer par le commencement: le printemps des peuples tel qu’il jaillit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme en témoignent des documentaires comme La Sociale (1) ou L’Esprit de 45 (2), et la réponse que lui oppose dès le début des années 1950 la construction de ce qui deviendra l’Union européenne. L’énergie que va déployer la classe dirigeante dans la constitution de cette dernière ne peut se comprendre que si on se libère de la lecture soporifique de la Libération qui en fait un moment de circonstances exceptionnelles ayant permis un meilleur partage des richesses entre le capital et le travail au bénéfice des travailleurs. Je montrerai qu’au contraire les lendemains de la Seconde Guerre mondiale sont une période révolutionnaire, c’est-à-dire un moment où le mode de production est mis en cause : ce qui se joue, ce n’est pas la répartition de ce qui est produit, mais la production elle-même et ses deux institutions essentielles, le régime de propriété de l’outil de travail et le statut du producteur. Le marché commun puis l’Union européenne vont être mis en place pour restaurer le mode de production capitaliste que les institutions révolutionnaires, créées après 1945, ont subverti.

Tant que l’on ne prend pas la mesure de cette subversion, soigneusement niée dans l’histoire officielle, on ne comprend pas la « réforme » que vont impulser les gouvernements réunis dans l’Union, en s’appuyant les uns sur les autres, à partir de l’Acte unique mis en musique par Jacques Delors, dans les années 1980. La partition française de la chose a été pour l’essentiel écrite par Philippe Seguin et Michel Rocard, entre 1986 et 1991. Les gouvernements qui leur succéderont vont l’interpréter instrument par instrument, avec une grande application et une grande constance, mais avec une médiocre ampleur de vue, liée aux escarmouches de l’alternance droite/gauche, que leur reprocheront le MEDEF et la CFDT. Aujourd’hui, avec la présidence d’Emmanuel Macron, la classe dirigeante se débarrasse des pesanteurs de l’alternance, l’esprit du couple Seguin-Rocard est à nouveau à l’œuvre avec le caractère systématique de la réforme et son inscription dans les clous imposés par l’Union européenne. Le MEDEF et la CFDT applaudissent avec la retenue qui sied au partage des rôles entre les instances de l’économique et celles du politique.

À quoi s’attaque la réforme? C’est l’objet du premier chapitre. Il est consacré au récit des prémices d’une institution communiste du travail telle que l’initient, en 1946, le Parti communiste et les militants de la CGT emmenés pour l’essentiel par les anciens de la CGT-Unitaire. « Communiste » – et c’est ainsi qu’on entend ce terme dans cet ouvrage – parce quelle est le chemin de sortie du capitalisme : le communisme ne se définit pas autrement qu’empiriquement, par les institutions d’une autre pratique de la valeur économique que l’action des travailleurs organisés parvient à imposer. Contre les institutions capitalistes de la valeur que sont la propriété lucrative, le financement de l’investissement à crédit, la rémunération des travailleurs au prix de leur force de travail, les militants construisent, comme je le montrerai: la copropriété d’usage de l’outil de travail, la subvention de l’investissement et le salaire à vie, en s’appuyant sur les acquis anticapitalistes de la codification du travail qui avait démarré au tournant du XXe siècle, sous l’impulsion de la CGT et de la SFIO naissantes. Et leur dynamique ne s’arrête pas avec l’expulsion des ministres communistes en 1947 : les trois décennies suivantes connaîtront une consolidation substantielle des conquêtes de 1946. Pourquoi 1946 et non pas 1945 ? Pourquoi ces gros mots de révolution et de communisme? Je m’en expliquerai, bien sûr. Mais j’alerte tout de suite le lecteur : ce premier chapitre interroge la fable de « 1945 », et les gros mots sont nécessaires pour refaire vivre l’histoire populaire révolutionnaire qui nous a été volée.

Le deuxième chapitre inscrit les initiatives d’Emmanuel Macron dans la « réforme » menée par la classe dirigeante depuis les années 1980. Il sort sa compréhension de l’impasse dans laquelle la mise l’invocation du néolibéralisme. Ce terme recouvre des interprétations différentes, mais leur dénominateur commun est l’absence de lutte de classes. Le capitalisme serait un « système » qui certes bouge pour se reproduire, d’où sa périodisation, mais, ses déplacements relèveraient d’une cause interne : épuisement du fordisme, baisse du taux de profit, caractère mortifère du fétichisme de la valeur, pour reprendre quelques-unes des explications avancées pour définir le néolibéralisme. Le postulat de la science sociale, fût-elle critique, est qu’il n’y a qu’une seule classe pour soi, c’est-à-dire consciente de ses intérêts et organisée pour les promouvoir : la bourgeoisie. Les travailleurs ne peuvent mener qu’un conflit de répartition : au mieux faire bouger le curseur à leur avantage dans la répartition de la « valeur », hypostasiée dans sa forme capitaliste de valeur d’échange. Dans cette perspective, la réforme ferait reculer les droits des travailleurs pour restaurer un partage de la « valeur » à l’avantage du capital. Je propose une tout autre interprétation: la réforme est une contre-révolution, qui vise à restaurer la pratique capitaliste du régime de propriété et du statut du producteur. Le deuxième chapitre s’intéresse surtout au statut du producteur.

Contre le statut communiste du producteur qui s’est affirmé fortement jusque dans les années 1970 – autour de la généralisation du salaire à la qualification attaché à la personne -, la classe dirigeante a entrepris, depuis les années 1980, de remplacer ce dernier par deux piliers de ressources sans lien avec la qualification : un premier pilier dit « non contributif » universel, forfaitaire, fiscalisé, dont la forme la plus aboutie est le revenu universel, et un second pilier « contributif » adossé au marché des capitaux, qui réassigne les travailleurs à la performance marchande en « sécurisant leurs parcours » à coups de comptes individuels, dont la forme la plus aboutie est le compte personnel d’activité (CPA). Sur cette base, elle tente aujourd’hui de faire revenir le travail à l’invisibilité qu’il subissait avant la conquête du code du travail en remplaçant ce dernier par le prétendu dialogue social.

Le dernier chapitre propose un chemin pour vaincre Macron. Le lecteur en devine d’emblée la boussole. La réponse offensive à une contre-révolution capitaliste ne peut être que la poursuite délibérée de la révolution communiste du travail : copropriété d’usage des entreprises par les salariés et pour cela subvention de l’investissement et salaire à vie. Il faut poursuivre la socialisation salariale de la valeur en doublant le montant des cotisations actuelles pour les affecter à la généralisation du salaire à vie et à la subvention de l’investissement, afin de rendre effectifs les droits économiques à attribuer à chacun à sa majorité, car – et ce sera le point central du chapitre – les personnes doivent être titulaires de leur salaire et de leur outil de travail pour pouvoir réellement décider de la valeur économique.

Je ne sous-estime pas le changement de la culture militante qu’appelle un tel chemin communiste. Ou plutôt des deux cultures militantes qui s’opposent à la réforme. Celle de la gauche de gauche mène la riposte à la réforme en appelant les citoyens et les travailleurs à se mobiliser pour une bonne politique publique, pour un bon usage de l’argent par une bonne fiscalité, une bonne création monétaire et un bon crédit public, pour de bons pôles publics dans des secteurs d’activité décisifs. « Bon » signifie ici : permettant la mutation écologique de l’appareil productif, garantissant des droits d’intervention des travailleurs, assurant le partage du travail pour tous. L’autre culture militante, celle des alternatifs de l’ici et maintenant, se situe plutôt dans la dissidence avec le souci de démontrer qu’une production non capitaliste est possible malgré tout à l’échelon local, dans le souci du sens de ce qui est produit et de la façon dont il l’est. Ces militants sont défiants vis-à-vis des institutions de l’économie, qu’il s’agisse de la valeur, du travail, de la monnaie, et préconisent la décroissance en témoignant d’un mode de vie conforme à leurs convictions. Ces deux types de militance, qui souvent s’ignorent ou se méfient l’un de l’autre, sont de fait les deux pieds avec lesquels nous pouvons sortir du surplace de la défaite ou de la marginalité pour mettre en marche l’alternative communiste à la contre-révolution réformatrice. Mais cela ne sera possible que si les uns et les autres dépassent leur commune cécité sur le déjà-là communiste du travail : les premiers pour sortir d’une attente d’un salut venu de pouvoirs publics soutenus par une mobilisation militante et fonder leur riposte sur la poursuite de la conquête de droits économiques des travailleurs permettant leur souveraineté effective sur le travail, les seconds pour sortir de leur vision péjorative de l’économie, et travailler à l’affermissement d’institutions macrosociales du travail.

Vaincre Macron, faut-il le préciser, n’est pas séparable d’une victoire sur le Front national, ce joker que la classe dirigeante garde en main. Que cette classe en soit, aujourd’hui, à se découvrir au point de laisser tomber le masque de l’alternance entre le Parti socialiste et Les Républicains montre l’importance de l’obstacle qu’elle veut vaincre : le refus populaire de la façon dont elle organise la production. C’est au travail, c’est dans l’entreprise, c’est sur le terrain de la production quelle va gagner ou perdre. Sa force tient dans le sentiment très répandu qu’il n’y a pas d’alternative à ce qu’elle impose en la matière à des travailleurs exaspérés mais résignés. Vaincre Macron repose donc sur la capacité de transformer un refus populaire désarmé en adhésion à une pratique de changement de la production, de la recherche, de l’entreprise et du travail qui les sortira de l’ornière capitaliste, parce qu’elle fera des travailleurs eux-mêmes les décideurs de ce qui est produit: où, comment, par qui, avec quel financement, avec quelle place pour nos activités dans la division internationale du travail. Il n’y a pas besoin d’aller chercher cette pratique dans l’utopie, il faut généraliser et radicaliser ce qui est déjà-là: la copropriété d’usage de l’outil de travail par les intéressés sans soumission à des propriétaires lucratifs ; le salaire à vie qui, en libérant les personnes des aléas d’une rémunération liée à l’emploi ou au bénéfice, leur permet de prendre des initiatives et d’intervenir efficacement dans les décisions économiques ; la subvention de l’investissement ainsi débarrassé du chantage des prêteurs.

Retrouver la dynamique de ces institutions, mises en difficulté par la contre-révolution réformatrice, va nous faire renouer avec l’extension considérable du champ du travail qu’elles ont rendu possible en transformant en travailleurs productifs des fonctionnaires, des parents, des soignants, des retraités, des chômeurs : autant de catégories, notons-le, dont le travail productif laisse une empreinte écologique faible, ce qui montre que l’on peut étendre le champ du travail en harmonie avec le vivant, dès lors qu’on marginalise une production capitaliste indifférente jusqu’à la folie à la valeur d’usage de ce qui est produit. Il faut beaucoup plus de travail pour produire bio et c’est bien meilleur pour la poursuite de notre existence sur terre. Sortir le travail du carcan capitaliste est urgent pour la démocratie : le débat public sera pourri par la xénophobie tant que nous accepterons le mot d’ordre inadmissible du « partage du travail », qui suppose que le travail est en quantité limitée. Alors que si nous libérons la production de l’impasse productiviste capitaliste nous pourrons l’enrichir de l’apport de tous les travailleurs qui le désirent. Cet apport sera d’autant plus possible que les deux types de militance que j’ai évoqués auront comme souci commun de bénéficier de l’apport aigu de celles et ceux qui se vivent comme les indigènes de la République. Face à une bourgeoisie aujourd’hui rassemblée derrière Emmanuel Macron pour une contre-révolution à nouveau systématisée, seul trouvera le chemin de la victoire un salariat très ouvert qui se construira dans sa lutte pour poursuivre la révolution communiste de la production.

[…]

Lire la suite, passionnante, dans ce petit livre important :
https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

1. Gilles Perret, La Sociale, Rouge Productions, 2016.
2. Ken Loach, L’Esprit de 45, Why Not Production, 2013.


PLAN

Introduction

Chapitre premier La révolution communiste du travail

1. La création conflictuelle du régime général de Sécurité sociale en 1946
2. Contrat de travail et salaire : des institutions anticapitalistes
3. Les prémices d’une production communiste à grande échelle

Chapitre 2 La réforme, une contre-révolution

1. Une institution du travail hors de toute qualification
2. Un droit de la personne hors de tout lien avec la valeur
3. L’invisibilisation du travail par le dialogue social

Chapitre 3 Poursuivre la pratique communiste du travail

1. Donner un nouvel horizon au travail
2. Attacher à la personne les droits de souveraineté sur la valeur
3. Centrer la démocratie sur le travail
4. Poursuivre le geste de création du régime général en 1946

Conclusion
Index des matières

Bernard sera ce soir, 18 novembre 2017, à Marseille, Théâtre Mazenod, 88 rue d’Aubagne, à 18h30 :

Bernard Friot : Conférence gesticulée « Oui à la révolution communiste du travail »

http://www.reseau-salariat.info/e81c434a9e3619ce650f74d507658ad3?lang=fr

Bernard sera encore à Marseille dimanche matin, 19 novembre 2017, Mars Media Lab (UrbanProd), 18 rue Colbert, de 14 h à 17 h :

Atelier-Formation sur le salaire à vie avec Bernard Friot

http://www.reseau-salariat.info/dc0806b01b75deb0aa019bd0d5383f0d?lang=fr

• Enfin, il faut signaler « Réseau Salariat », qui est la structure associative qui soutient le travail de Bernard Friot, et que nous devrions tous aider du mieux que nous pouvons :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Voilà. Si vous ne connaissez pas Friot, vous devriez le découvrir, et le faire connaître autour de vous 🙂

Amitiés.

Étienne.

Post scriptum : un dernier mot pour évoquer, sans la développer, la petite pointe de tristesse que je ressens toujours quand je vois ces amis chers (dont le trouve les idées importantes au point que je les intègre en profondeur dans mon propre travail) ne pas intégrer (du tout) dans leur propre analyse l’activité populaire constituante pour sortir de la prison juridique où nous sommes tous enfermés (depuis que les riches nous ont imposé leur définition humiliante du « suffrage universel » : élire des maîtres au lieu de voter les lois).
Je garde cette tristesse au fond de moi, sans en rajouter ; je me dis que toutes les graines mettent du temps à germer puis à pousser, et qu’il ne sert à rien de s’impatienter.


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Jean-Luc Mélenchon : « IL FAUT RÉGLER LA QUESTION DE LA DETTE »

Nous, on en parle (et on la dénonce centralement) depuis plus de 10 ans (mi 2006, alertés par André-Jacques Holbecq), mais c’est vrai que lui, là, maintenant qu’il a bien compris le mécanisme, il en parle assez bien 🙂

JLM va peut-être finir par admettre l’ultra priorité de la sortie de l’UE 😉

Rappels (entre autres) :

Premiers cris d’alerte contre le scandale de la « dette publique » sur le forum du Plan C, le 20 août 2006 :
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=81

Sur le forum : compilation du fil très important
« Reprendre le pouvoir sur notre monnaie » (1200 pages, pdf, 10 Mo) :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Reprendre_le_pouvoir_sur_notre_monnaie.pdf

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Répudiation des dettes souveraines : une ligne du temps (Éric Toussaint, CADTM)

Éric Toussaint a préparé une passionnante « TimeLine » (sorte de frise historique interactive) sur les dettes souveraines de par le monde, et cette fresque importante est publiée sur le site du CADTM :


http://www.cadtm.org/Repudiation-des-dettes-souveraines

À connaître et à faire connaître.

Présentation par le CADTM :

« Depuis le début du 19e siècle, de nombreux États ont perdu leur autonomie, de l’Amérique Latine à la Tunisie, l’Égypte, l’Empire Ottoman ou encore la Grèce. La dette a été utilisée comme une arme de domination et de spoliation.

Contrairement à la narration dominante, les pays de la périphérie endettés ne sont pas responsables des crises de dettes souveraines, qui la plupart du temps trouvent leur origine dans les pays capitalistes les plus puissants et se transforment en crises de grande échelle qui impactent les pays de la périphérie. Ce ne sont pas les dépenses publiques excessives mais plutôt les conditions imposées par les créanciers qui entraînent l’accumulation de dettes insoutenables. Les crises de la dette et leurs conséquences sont toujours gérées au profit des grandes banques et des gouvernements des grandes puissances, qui les soutiennent. Les classes dominantes des pays endettés sont complices.

Cette dictature de la dette n’est pas inéluctable. Au cours des 2 derniers siècles, plusieurs États ont répudié leur dette avec succès. Éric Toussaint passe en revue les répudiations réalisées par le Mexique, les États-Unis, Cuba, le Costa Rica et la Russie des soviets.

Cette chronologie captivante, sous la forme du ligne du temps illustrée, donne des points de repère indispensables pour comprendre la mécanique implacable de la dette et l’évolution du monde capitaliste au cours des deux derniers siècles.

Pour mieux comprendre cette ligne du temps, il est recommandé de lire le livre « Le Système dette » qui sera publié le 8 novembre 2017 par les éditions Les Liens qui Libèrent. »

CADTM

Cette histoire mondiale de la résistance populaire aux usuriers devrait faire partie de la culture générale de tout citoyen du monde digne de ce nom, et c’est à lire là : http://www.cadtm.org/Repudiation-des-dettes-souveraines

Je rappelle que UN ÉTAT DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN POUR LES SERVICES PUBLICS, IL LA CRÉE.

LE CONCEPT MÊME DE « DETTE PUBLIQUE » EST UN AVEU DE TRAHISON DES « REPRÉSENTANTS ».

Chaque citoyen du monde devrait absolument connaître le CHARTALISME : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chartalisme

Rendez-vous à Nice, les 3 et 4 novembre 2017, pour travailler sur la création monétaire, sur l’endettement général de la société, sur le martyr des Grecs, précurseur des ravages à venir pour tous les pays endettés par l’UE, Usure Européenne, et sur les solutions possibles

Je vous donne rendez-vous les 3 et 4 novembre à Nice où je suis invité par le CNR 06 pour réfléchir ensemble à la (scandaleuse) création monétaire privée, à la (scandaleuse) dette publique, à l’exemple du (scandaleux) martyr des Grecs sur l’autel de l’UE (Usure Européenne), sur la responsabilité centrale de nos « représentants » « élus », et sur les solutions possibles.

De mon point de vue, notre pays est désormais gouverné par les (serviteurs des) banquiers (usuriers de métier) qui détruisent un à un tous les services publics, toutes les institutions de sécurité sociale, volent nos impôts, pillent les biens publics, et installent progressivement les conditions du chaos. Trahis par les prétendues « élites », nous sommes en train de devenir une colonie d’un empire. Mais nous sommes gouvernés par les usuriers parce que nous l’acceptons — en adorant le faux « suffrage universel » qui, pourtant, toujours et partout, donne littéralement le pouvoir aux riches. Un peuple devenu constituant reprendrait la création monétaire aux banques privées et instituerait lui-même les conditions durables de sa prospérité, à commencer par sa puissance politique, au quotidien, loi par loi.

La rencontre s’intitule « QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ? Université populaire du 06 sur la dette et la création monétaire, et sur les possibilités de résistance des communes ».

J’aurai le plaisir de m’entretenir avec Christina Komi sur le cas terrible de la Grèce, et avec René Teboul sur la monnaie et la dette.

Je dois intervenir deux fois : le vendredi soir, je prévois de travailler le problème : le mode opératoire et les conséquences dramatiques de l’endettement général (en utilisant notamment les exemples des PSD, de la Grèce et de la France) ; et le samedi matin, je compte envisager les solutions : les alternatives, monétaires et institutionnelles (elles sont fortement interdépendantes), et ce que nous pouvons faire personnellement pour les mettre en place bientôt.

Pour que vous puissiez vous faire une idée des autres personnes qui sont invitées à cette rencontre, je vous signale ces deux documents :

• Kristina KOMI résume ici l’épouvantable laboratoire grec à partir de la minute 4’30 (et le MES à partir de 7’10) :

• René TEBOUL a produit ce document, très intéressant, contre la (délirante mais dominante) « théorie de l’offre » :
« La théorie de l’offre au cœur de la politique économique libérale » :
http://uppae.fr/wp-content/uploads/2017/06/La-the%CC%81orie-de-loffre.docx

Le lieu de cette rencontre, paraît-il très agréable, est le Relais International de la Jeunesse « Clairvallon » :
http://www.clajsud.com/relaisclajnice.html

L’événement Facebook explique comment on s’inscrit : https://www.facebook.com/events/131091610980578

On peut trouver ces informations hors de Facebook, sur le blog de Lucien Pons :

http://lucien-pons.over-blog.com/2017/10/l-association-comite-pour-une-nouvelle-resistance-cnr-organise-sa-premiere-universite-populaire-qui-veut-la-peau-de-la-france.html

Je viendrai avec une valise de bouquins importants sur ces sujets essentiels 🙂

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.

Entretien du 4 août avec Thinkerview : retranscription intégrale, par Catherine Vergnaud

Chers amis,

Au beau milieu des vacances d’été, au calme, j’ai rencontré pendant deux heures les jeunes gens de la chaîne Thinkerview :

Depuis, Catherine a réalisé un travail de romain pour retranscrire l’intégralité de cet entretien, en y ajoutant de nombreux liens pour expliciter et approfondir des points importants. C’est publié sur le (luxuriant) Wiki des GVs :


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Interview_de_%C3%89tienne_Chouard_par_Thinkerview

Quel boulot, mais quel boulot !!!

Mille mercis, Catherine, tu es épatante 🙂

Je remercie du fond du cœur tous ceux qui m’aident ainsi, comme ils peuvent, courageusement, opiniâtrement, à semer un peu partout ces graines d’émancipation populaire et de démocratie vraie : ce que je fais n’aurait aucune portée sans eux, sans vous tous.

On n’est forts qu’ensemble.
Merci beaucoup.

Étienne.

 

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Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, pour cette rentrée qui s’annonce agitée : monnaie, chômage, démocratie, citoyens constituants…

Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, qu’on peut rappeler autour de nous pendant cette nouvelle rentrée, qui s’annonce agitée :

Merci à Léo, et à tous les adorables virus (c’est nouveau ça vient de sortir 🙂 ) qui donnent tant d’énergie et d’inventivité, depuis des années, malgré les difficultés et les calomnies, discrètement et courageusement, pour que progresse l’idée (anticapitaliste et antifasciste) que « ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ». Je vous remercie du fond du cœur ; c’est dans votre ardeur que je puise la mienne. J’aime notre cerveau collectif. Merci à tous, vraiment.

Étienne.

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[ESSENTIEL !] REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR ÉCHAPPER À L’AUSTÉRITÉ, par Romaric Godin, sur Mediapart

Je vous le dis souvent : nous devrions nous abonner à Mediapart.
La raison principale en est qu’il n’y a guère plus d’autres « journalistes » indépendants des milliardaires (voir le livre IMPORTANT de Laurent Mauduit : « Main basse sur l’information »).
Mais voici qu’en plus, Mediapart recourt maintenant aux services de Romaric Godin (récemment viré du « journal » La Tribune, probablement pour trop grande subversivité), un formidable révélateur d’informations utiles !

Lisez bien l’article ci-dessous, que je prends la liberté de reproduire en entier vu l’urgence et l’importance, article qui confirme fortement ce que clament et démontrent André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder depuis plus de 10 ans (vous devriez relire cet article important du blog — et ses commentaires —, de mai 2007 : Non, ce n’est pas « trop cher » : le financement des besoins collectifs est rendu sciemment ruineux par un sabordage monétaire étonnant).

Voici le précieux article :

Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité

10 juillet 2017 par

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite

Dans un ouvrage récemment paru outre-Manche, l’économiste Ann Pettifor explique pourquoi le monde ne saurait être « à court d’argent » pour financer les grands défis qui lui font face, comme l’égalité sociale et le changement climatique. La seule condition reste d’ôter aux banques le pouvoir de création monétaire qu’elles détiennent seules et sans vrai contrôle. Une lecture qui permet de relativiser les « urgences » prétendues de l’actuel gouvernement français en matière économique et financière. 

Quelques jours avant les élections générales britanniques du 7 juin dernier, la première ministre Theresa May répondait à la télévision à une infirmière qui demandait des hausses de salaires pour le personnel du service national de santé (NHS) : « Il n’y a pas d’arbre magique à argent (there is no magic money tree) que nous pourrions secouer pour disposer de l’argent que les gens désirent. » Cette réponse est un grand classique de la pensée libérale pour justifier l’austérité budgétaire sous le couvert d’un prétendu « bon sens ». Il est d’ailleurs repris ces jours-ci par le gouvernement français, qui estime que, parce que le déficit public pourrait être en 2017 de 3,2 % du PIB, plutôt que de 2,8 %, la France est entrée dans « l’état d’urgence budgétaire ».


Theresa May répond à une infirmière qu’il n’y a pas « d’arbre magique à argent ». © Youtube

En septembre 2014, le commentateur politique Jean-Michel Apathie pensait avoir liquidé en un tweet tout débat économique autour de cette réflexion : « À ceux qui disent qu’une autre politique est possible : Y A PLUS DE SOUS ! C’est clair, non ? »

Comme celle de Theresa May, cette prétendue clarté ne laisserait d’autre option que l’austérité budgétaire. Mais cette évidence n’est qu’apparente et dénote au mieux une incompréhension complète du système économique et financier dans lequel nous vivons. Du reste, pour financer les exigences de son allié au Parlement de Westminster, le parti ultra-conservateur unioniste nord-irlandais DUP, Theresa May a soudainement découvert un « arbre magique à argent » et promis un milliard de livres pour les six comtés nord-irlandais.

Quant à la France, elle n’a pas regardé s’il y avait ou non encore « des sous » lorsque, comme les autres grands pays occidentaux, elle a sauvé en quelques jours son système bancaire dans la foulée de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Bref, l’argument de « l’épuisement des caisses » ne tient pas. Pour une raison simple : le système monétaire ne fonctionne pas avec des « caisses » et l’argent est créé ex nihilo. Le comprendre permet d’avancer et d’ouvrir considérablement un débat que d’aucuns, effectivement, voudraient tant tenir fermé.

Pour ce faire, un ouvrage récemment paru en langue anglaise aux éditions Verso à Londres, The Production of Money : How To Break the Power of Bankers, est hautement précieux. Signé de l’économiste britannique Ann Pettifor, ce livre est sans doute la meilleure – et la plus claire – explication sur notre système monétaire et sur ses conséquences. Pour elle, la compréhension par les citoyens du mécanisme de la création monétaire est un moyen de faire des choix éclairés en se libérant de l’idéologie austéritaire qui s’est abattue depuis 30 ans sur le monde occidental, avec le soutien du système financier.

Dans son ouvrage, l’économiste montre avec brio que l’idée que l’argent existe en quantité limitée (et que, donc, à un moment ou à un autre, il ne puisse plus y « avoir de sous ») n’a en réalité pas de sens. Certes, l’école néoclassique a longtemps défendu cette idée que la monnaie était une « matière première » dont le prix était le taux d’intérêt. Les emprunteurs étaient donc sur un marché avec les épargnants, échangeant leurs actifs monétaires comme toute autre marchandise. Dans ce système, les banquiers ne seraient que les intermédiaires entre ces deux acteurs du marché de la monnaie. Et, effectivement, dans cette vision, lorsque l’argent manque, son prix augmente à défaut d’augmentation de l’épargne, donc de la production d’argent. Il faut donc réduire la dépense pour rétablir l’équilibre. D’où l’austérité.

Cette vision, qui sous-tend la réponse de Theresa May et la réflexion de Jean-Michel Apathie, est cependant en décalage complet avec toute réalité. Ann Pettifor souligne que « l’on ne peut jamais être à court d’argent ». Dès ses débuts, le système bancaire a, d’ailleurs, eu comme vocation de résoudre ce problème du « manque d’argent » en créant de la monnaie par le crédit pour compenser le manque d’épargne disponible. Ce crédit constitue aujourd’hui l’essentiel de la création monétaire : 95 % de la monnaie en circulation a été créée par les banques commerciales, 5 % par les banques centrales. Le système est simple : les banques accordent des crédits sur des fonds qu’elles ne possèdent pas « en caisse ». Ces fonds sont alors immédiatement crédités en dépôts et l’immense majorité de ces fonds n’est pas transformée en argent fiduciaire, concret, dont la création est du seul apanage de la banque centrale. L’argent créé n’a donc pas majoritairement besoin d’être créé par la banque centrale. Sa production relève principalement de la seule volonté des banques commerciales.

Pendant longtemps, cette création monétaire était certes en théorie limitée par des contraintes de quantité physique d’or et d’argent, ce qui limitait cette croissance du crédit. Aujourd’hui, elle l’est par les réserves et les taux de refinancement définis par les banques centrales, mais ces cadres sont peu contraignants. Le taux de refinancement durcit certes le cadre, mais si la demande est là malgré ce durcissement, comme en 2005-2006, rien n’empêchera une banque de créer encore de la monnaie.

Les banques disposent donc bien de cette capacité de créer de la monnaie « à partir de rien » (« out of thin air », écrit l’auteur) en quantité en réalité illimitée. D’autant que les banques centrales, en cas de besoin, peuvent créer également « à partir de rien » de la monnaie pour les acteurs du système financier. C’est ainsi que, chaque mois, la BCE déverse 60 milliards d’euros sur les marchés financiers et que la Fed a pu trouver 85 milliards de dollars pour sauver en 2008 la compagnie d’assurance AIG. Cette réalité, longtemps contestée, a été reconnue par la Banque d’Angleterre en 2014, et, un peu plus implicitement, encore plus récemment en avril 2017, par la Bundesbank.

Dans ce contexte, les vrais freins à la création monétaire, la vraie régulation, sont de deux ordres. Le premier, c’est la confiance. Si les banques n’ont pas confiance dans leurs débiteurs, elles ne créeront pas de monnaie en leur refusant un crédit. Le second frein, c’est la volonté des emprunteurs de disposer de fonds supplémentaires. Si elles n’ont pas de clients, les banques ne pourront pas créer de monnaie, quand bien même elles en auraient la possibilité. C’est ce qui s’est passé en zone euro entre 2013 et 2016, lorsque la BCE a ouvert les vannes du crédit, mais que les banques ont manqué d’abord de confiance, puis de demande. Le problème alors n’était pas le manque de « sous », ni le « prix de l’argent ». C’est bien la preuve que la première force de la création monétaire réside dans les banques commerciales et dans les relations avec leurs clients.

Comment reprendre le contrôle de l’argent ?

Tout ceci change considérablement la donne. L’argent ne saurait manquer. Pour l’auteur, c’est là une « bonne nouvelle ». C’est ce qu’elle appelle le « miracle d’une économie monétaire développée : l’épargne n’est PAS nécessaire au financement des achats ou de l’investissement« . Lorsque le premier ministre Édouard Philippe prétend donc vouloir favoriser l’investissement productif en modifiant la fiscalité de l’épargne, il considère que la France est une économie sous-développée et non monétarisée. « La disponibilité des moyens financiers dans une économie monétaire est à placer en contraste avec une économie pauvre et peu développée où l’épargne est la seule source de financement de l’investissement », explique Ann Pettifor.

Couverture de l'ouvrage d'Ann Pettifor © VersoCouverture de l’ouvrage d’Ann Pettifor © Verso

Le système financier a été créé pour cela : dépasser les limites de l’épargne et offrir des moyens nouveaux à l’économie. Et l’auteur de poursuivre : « Un système monétaire développé peut financer de très grands projets, des projets qui dépasseraient de loin la somme de l’épargne d’une économie. […] Cela signifie qu’une société fondée sur un système monétaire sain pourrait s’offrir une éducation gratuite et un système de santé ; elle pourrait financer le soutien aux arts autant qu’à la défense ; elle pourrait faire face aux maladies et renflouer les banques dans une crise financière. Alors que nous pouvons manquer de ressources humaines et physiques pour sortir nos économies des énergies fossiles, les besoins de la société ne devraient jamais manquer de relations financières pour faire face à ces changements vastes. » Le problème n’est pas, dès lors, de savoir « où trouver de l’argent » pour faire face aux grands défis sociaux, économiques et environnementaux, mais de savoir comment maîtriser la création monétaire. L’enjeu, dès lors, est de créer un système monétaire « sain ».

Or, comme le rappelle Ann Pettifor, notre système ne l’est pas, sain. Car le problème est évidemment que, disposant de ce pouvoir, le système financier ne l’utilise pas dans l’intérêt général, mais uniquement en faveur d’intérêts particuliers. La création monétaire favorise alors les marchés financiers eux-mêmes, et les rendements élevés et rapides qu’ils promettent. Et lorsque la mécanique se casse, il suffit de demander l’aide des États, auxquels l’on prêtera l’argent nécessaire à son propre sauvetage et dont on assurera le remboursement par une politique centrée sur le respect des créanciers, l’austérité, alors même que l’économie réelle voit son potentiel réduit par la concurrence de l’investissement financier et par les exigences de rendements. Progressivement, « les valeurs du secteur financier l’emportent sur toute autre considération », estime l’auteure, qui explique : « Ce n’est pas un hasard si la dérégulation financière a mené à la dérégulation des heures de travail. » Dans cette logique, les financiers ont évidemment tout intérêt à défendre l’idée d’une quantité limitée de monnaie qui, en réalité, leur serait réservée.

Pour Ann Pettifor, c’est cette prise de contrôle de la puissance créatrice de la monnaie par la finance qui amène aux maux actuels. Outre l’austérité, ceci conduit nécessairement à un recul de l’investissement productif sur le long terme et à un monde où les besoins essentiels ne sont pas satisfaits. En revanche, l’économie mondiale est à la merci d’un système financier centré sur lui-même et qui fait payer à« l’économie réelle » les crises causées par ses brusques pertes de confiance entre ses acteurs, comme en 2007 et 2008. Des crises destructrices qui font le jeu des nationalistes et des extrémistes, selon Ann Pettifor, en détruisant l’aptitude du politique, donc de la démocratie, à résoudre les problèmes, à combler les besoins sociaux et à orienter l’économie vers ces besoins. L’enjeu est donc majeur.

La deuxième partie de l’ouvrage propose d’explorer des solutions et l’auteure y discute les diverses propositions visant à reprendre le contrôle de la création monétaire. Elle y défend ses positions, fondées principalement sur un retour à la pensée de Keynes. Pour elle, la pensée keynésienne, limitée à un simple exercice de relance par la dépense publique, a été caricaturée afin de la discréditer. Keynes est principalement un penseur de la monnaie et du système monétaire. Son point de départ est de constituer un système monétaire sain, notamment par l’alliance entre un taux d’intérêt réel bas et une distribution de crédit réduite, un système où « la finance est soumise aux intérêts plus larges de la société ». L’inverse du système actuel, selon l’auteur. « L’abandon de Keynes a été payé d’un prix élevé : le chômage et l’appauvrissement de millions de personnes », estime-t-elle.

Cette vision lui fait REJETER les propositions de maîtrise de la création monétaire, notamment celle qui consiste à donner à la seule banque centrale la capacité de créer de la monnaie et qui sera discutée l’an prochain en Suisse, dans le cadre d’une votation baptisée « initiative monnaie pleine ». Selon elle, ce système transfère à une commission bureaucratique la création monétaire, alors même qu’elle est inspirée par la « théorie quantitative de la monnaie » qui édicte la nécessité, parfois, de réduire autoritairement la masse monétaire. Ceci comporte, selon l’auteure, le risque de prises de décisions sans contrôle démocratique inspirée par une vision dangereuse de ce qu’est la monnaie.

Initiative monnaie pleine – Partie 1 : Emission monétaire uniquement par la Banque nationale ! from Vollgeld-Initiative on Vimeo.

Vidéo de présentation de l’initiative suisse « monnaie pleine » qui sera soumise au peuple helvétique en 2018. © Vollgeld-initiative.

Elle préfère des moyens plus simples, qui n’enlèvent rien au fonctionnement du système, mais réduisent le pouvoir autonome de la finance : établir un contrôle étroit de la distribution du crédit, renforcer les ratios de solvabilité, assurer un endettement public à taux faible pour agir plus généralement sur les taux et surtout mieux maîtriser les flux de capitaux. Ce dernier élément, qui serait réalisé par une taxe sur les transactions financières ou taxe Tobin, est la proposition la plus forte. Il s’agit non seulement de « ramener les fonds offshore dans les nations où la richesse est créée », mais aussi de retrouver des moyens d’agir. « La mobilité du capital ôte aux autorités d’un pays le pouvoir d’organiser la prospérité économique en déterminant les taux d’intérêt les plus appropriés », estime Ann Pettifor.

On notera, et ce n’est pas un hasard, que l’essentiel de ces propositions est aujourd’hui rejeté par la plupart des autorités politiques. En France, par exemple, le nouveau gouvernement soutient une moindre régulation bancaire et a abandonné tout projet européen de taxe Tobin. Ann Pettifor estime que la première condition pour ôter le « pouvoir des banquiers » est donc de développer une meilleure compréhension des mécanismes de création monétaire, en dépit de l’opposition de la majorité des universitaires. C’est seulement une fois ce travail effectué que la mobilisation citoyenne et politique pourra s’organiser.

Et, pour l’auteure, l’enjeu est particulièrement urgent pour deux causes : celle des femmes, souvent les premières victimes des coupes dans les dépenses de l’État et de la précarisation de l’emploi, et celle des défenseurs de l’environnement, qui ne peuvent espérer des politiques vraiment efficaces contre le réchauffement climatique avec l’actuel système monétaire.


L’Émission politique avec François Fillon, 24 mars 2017 © YouTube

Et c’est bien là l’essentiel actuellement pour nous, Français. La lecture de l’ouvrage d’Ann Pettifor met en relief les contradictions essentielles de la politique envisagée par le nouveau pouvoir : assurer un engagement environnemental fort et défendre et renforcer les logiques de l’actuel système monétaire et financier. Une logique suivie par Emmanuel Macron, comme jadis désirée par François Fillon qui, à l’image de Theresa May, refusait de donner plus de moyens à des infirmières « pour ne pas faire de la dette ». Mais cette lecture permet aussi d’envisager une alternative réformiste, féministe et environnementaliste à la domination actuelle du centre droit, autour de cette réforme du système monétaire.

Aussi sa traduction française pourrait-elle s’avérer indispensable.

Romaric Godin.

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/100717/reprendre-le-controle-de-la-creation-monetaire-pour-echapper-l-austerite?onglet=full

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[BIENTÔT CHEZ NOUS] Pillage et dévastation volontaires en Grèce, au Portugal et à Chypre – L’UE est un carcan criminel d’usuriers : CORRUPTION généralisée et totale IMPUNITÉ chez les voleurs de pouvoir (baptisés « troïka »)

• L’enquête suivante (un film d’Arte, 1h30) est magistrale, une puissante et révoltante démonstration que la toute première urgence pour nous tous est de fuir ce piège mortel qu’est la prétendue « Union européenne » :

Le documentaire original (2015) :
« Puissante et incontrôlée, la Troïka »

Il faudrait RETRANSCRIRE le texte de ce film important, pour le travailler point par point, comme j’avais retranscrit le film INSIDE JOB, cette autre enquête fondamentale à ne surtout pas rater. Si quelqu’un peut m’aider, en récupérant les sous-titres par exemple, ce serait super 🙂

• Rappel d’une autre vidéo historique (1 M vues), avec Myret Zaki, essentielle pour comprendre les raisons profondes (spéculatives et institutionnelles) du scandaleux (et absolument NON NÉCESSAIRE) martyr des Grecs — martyr grec qui nous donne à voir clairement notre propre prochain martyr puisque nous élisons nous-mêmes, les uns après les autres, dans la joie, des euro-maîtres, des euro-tyrans, des euro-bourreaux :

• Il y a aussi l’excellent film « DÉDALE, un fil vers la démocratie« , visible ici : http://preuves-par-images.fr/#/dedale-un-fil-vers-la-democratie

• Il faut lire aussi les deux excellents livres ci-dessous,
deux brillantes synthèses de la prédation dite « libérale » :

[FORMIDABLE BOUQUIN] Olivier Delorme : 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe


http://www.ho-editions.com/productdisplay/30-bonnes-raisons-pour-sortir-de-leurope

[FORMIDABLE BOUQUIN] Thomas Guénolé : « La Mondialisation malheureuse. Inégalités – Pillage – Oligarchie »


http://thomas-guenole.fr/?page_id=11

TOUT MONTRE que l’Europe n’est pas un projet de paix et de démocratie, mais un projet de prédation et d’exploitation, un projet ultra-capitaliste et antidémocratique.

Je trouve désespérant que des militants de gauche (ou soi-disant tels) osent défendre le projet de domination « UE » (en répétant stupidement qu’ils défendent « une autre Europe »), et qu’ils osent même condamner/calomnier ceux qui veulent (évidemment) sortir au plus vite de ce piège esclavagiste.


• Attention : bientôt, les grands usuriers qui nous ont volé la création monétaire depuis 300 ans (1694) vont nous priver complètement de monnaie, nous jetant tous dans un chaos total (comme ils l’ont fait en Argentine : voyez absolument le film « Mémoire d’un saccage ») : il est donc important — et urgent — que de très nombreux citoyens apprennent à créer la monnaie (à travers la pratique de monnaies locales, mais surtout en lisant des livres citoyens sur ce sujet, pour nous déniaiser rapidement), car il faudra en créer vite, pour survivre, quand tout va s’effondrer.

Lisez
« RÉINVENTONS LA MONNAIE !
Les premiers pas vers un nouveau paradigme »

de Bernard LIETAER et Jacqui DUNNE
(Préface de John PERKINS)


http://www.yvesmichel.org/product-page/livres-nouveautes/reinventons-la-monnaie/

Lisez aussi l’excellent livre de Gérard Foucher :

« LES SECRETS DE LA MONNAIE
Changer la monnaie pour changer le monde »


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/secrets-de-la-monnaie-les/

• Voyez aussi ma page dédiée à la création monétaire :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php


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« Puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

« Dans notre pays [chez les Inuits], nous sommes humains. Et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons.
Nous n’aimons pas entendre quelqu’un dire merci pour ça.
Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain.
Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

Précieux enseignement de David Graeber, dans « Dette, 5000 ans d’histoire »… (rappel)

Rappel de la vidéo originale sur le blog, avec une foule de précieux commentaires :

http://chouard.org/blog/2014/04/13/david-graeber-nous-explique-la-lecon-fondamentale-des-inuits/

Le livre épatant :

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« Destination DÉMOCRATIE » : rendez-vous à la Foire ÉcoBio Alsace, à COLMAR, vendredi prochain, 26 mai 2017 à 15h, pour une conférence et des ateliers constituants

« Destination démocratie », c’est le thème de la Foire ÉcoBio Alsace cette année, qui a inspiré à ses organisateurs une très gentille invitation, vendredi 26 à 15 h, à COLMAR, pour une conférence et des ateliers constituants :

http://www.ecobio.alsace/

De plus en plus, les gens commencent à se préoccuper du vrai sens du mot « démocratie », et donc des conditions d’institution de leur cratos 🙂

Le programme de vendredi :
http://www.ecobio.alsace/foire/vendredi/

Je tâcherai de montrer ce qui rend cruciale, décisive, indispensable, l’approche institutionnelle et monétaire pour les enjeux écologiques (et j’essaierai de vous aider à rédiger vous-mêmes des articles de constitution dans ce sens) :

AUCUNE politique écologique et sociale digne de ce nom n’est possible tant que ce sont les multinationales et les banques (les 1% les plus riches du monde, qui ne pensent qu’en termes d’exploitation et de profit) qui maîtrisent les acteurs politiques et la création monétaire. Or, ce sont précisément nos institutions, et spécialement le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), qui donnent le pouvoir aux plus riches, toujours et partout. Je tâcherai de montrer qu’en matière écologique comme ailleurs, on ne règle les problèmes correctement qu’en s’en prenant à leur racine : chercher la cause des causes, comme un bon médecin. Qui écrit la constitution, qui désigne les représentants, pour quel mandat, avec quel mode de scrutin, quels contrôles, en protégeant comment les initiatives citoyennes, quelles procédures de révision, etc. L’antienne d’Étienne, quoi 🙂

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.

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[L’alerte populaire que devrait provoquer le cas grec] Quatre raisons de ne pas payer la dette grecque au FMI : illégitime, odieuse, illégale et insoutenable ! par Renaud Vivien, CADTM

Ne ratez pas ça (le pillage et la dévastation de LA GRÈCE servent de LABORATOIRE aux usuriers pour mesurer notre incroyable tolérance aux tourments, et NOTRE TOUR ARRIVE, si on ne sort pas du piège : l’asservissement des peuples aux banques et aux multinationales est dans le programme de l’UE maudite) :

Quatre raisons de ne pas payer la dette grecque au FMI

Premièrement, le versement attendu porte sur une dette largement ILLÉGITIME puisque seulement 5% des prêts octroyés en 2010 et en 2012 ont été affectés au budget grec. Les 95% restants ont servi à payer les dettes détenues majoritairement par les banques privées étrangères et à recapitaliser les banques grecques. Ces chiffres ne proviennent pas d’une organisation révolutionnaire mais d’une étude menée par le think tank néo-libéral allemand European School of Management and Technology. Il s’agit donc bien d’une opération de sauvetage mais pas celle qui est présentée dans le discours officiel. Les bénéficiaires ne sont pas les citoyen-ne-s grec-que-s mais les banques, qui ont été intégralement remboursées avec l’argent public des contribuables européens via les prêts du FMI, des États et des institutions de l’UE. Cette opération de sauvetage est donc illégitime à fois pour la population grecque sommée de payer au FMI (avec un taux d’intérêt de 3,6% !) la dette résultant de ces sauvetages mais aussi pour les autres peuples en Europe venus sauver une fois de plus les responsables de la crise financière qui avaient spéculé sur la dette grecque. Dans son premier rapport, le Comité d’audit de la dette grecque mis sur pied par l’ex-présidente du Parlement hellénique démontrait que le « problème grec » n’a pas pour origine une gestion débridée des finances publiques mais bien une crise bancaire qui a été colmatée avec de fonds publics.

Deuxièmement, la dette réclamée par le FMI est intégralement ODIEUSE. Selon la doctrine juridique qui s’appuie sur des jurisprudences nationale et internationale, une dette est qualifiée d’« odieuse » lorsqu’elle réunit deux éléments : d’une part, l’absence de bénéfice pour la population de l’État qui la contracte et, d’autre part le fait que créanciers en étaient conscients |1|. Le rapport du Bureau indépendant d’évaluation du FMI publié en juillet |2| prouve que la qualification de « dette odieuse » est parfaitement adaptée au cas grec. En effet, la direction du FMI savait dès 2010 que la dette était insoutenable et que le programme d’austérité imposé en contrepartie du prêt allait aggraver la situation du pays.

Cette affirmation s’appuie sur le procès-verbal de la réunion du Conseil exécutif du FMI du 9 mai 2010 au cours de laquelle s’est joué le sort de la Grèce. On y apprend que de nombreux directeurs du FMI soulevaient l’échec annoncé du mémorandum. Pour le représentant argentin : « Les dures leçons de nos propres crises passées sont difficiles à oublier. En 2001, des politiques similaires ont été proposées par le Fonds en Argentine. Ses conséquences catastrophiques sont bien connues (…) Il est très probable que la Grèce finisse plus mal en point. Les mesures d’ajustement recommandées par le Fonds vont réduire le bien-être de sa population et la capacité réelle de remboursement de la Grèce après la mise en œuvre de ce programme ». Le représentant de la Suisse ajoute : « un examen sérieux devrait être accordé à la restructuration de la dette comme moyen d’assurer la viabilité budgétaire et de faire assumer une partie du fardeau de l’ajustement aux créanciers privés ». Puis de poser la question-clé : « Pourquoi la restructuration de la dette et la participation du secteur privé n’ont-elles pas été prises en considération ? ». En effet, si le FMI avait appliqué ses critères habituels en matière de soutenabilité, il aurait imposé un allègement de la dette grecque dès 2010. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Et pourquoi est-il même allé jusqu’à changer soudainement ses règles pour pouvoir prêter à un État insolvable ?

La réponse fut donnée officiellement trois ans plus tard dans un autre rapport du FMI qui souligne que l’ajournement de la restructuration de la dette a été mis à profit par les banques privées « pour réduire leur exposition et transférer la dette aux institutions publiques |3| ». Comme l’ont déclaré l’ex-représentant de la Grèce au FMI et un ex-conseiller économique de Barroso auditionnés au Parlement grec par le Comité d’audit de la dette, le français Strauss-Kahn, qui occupait le poste de directeur du FMI, a délibérément exclu en 2010 la restructuration de la dette afin de protéger les banques européennes principalement françaises et allemandes qui étaient les plus exposées.

La troisième raison pour invalider la créance du FMI est qu’elle est tout bonnement ILLÉGALE. D’une part, les mesures imposées en échange du prêt bafouent la souveraineté de la Grèce et violent de nombreuses conventions internationales protégeant les droits humains comme l’a souligné l’Expert de l’ONU sur la dette dans son rapport sur la Grèce |4|. D’autre part, le gouvernement grec n’a pas voté l’accord de prêt de 2010 contrairement à ce que prévoit la Constitution.

Illégitime, odieuse, illégale, la dette grecque demeure également INSOUTENABLE, davantage encore qu’en 2010 du fait de l’imposition de trois memoranda qui détruisent jour après jour l’économie et les conditions de vie de la population. Le poids de cette dette, qui empêche l’État de remplir ses obligations en matière de droits fondamentaux, s’alourdit mécaniquement au rythme de l’austérité et des privatisations exigées par les créanciers entraînant un cercle vicieux dans lequel le gouvernement sollicite de nouveaux prêts pour payer des dettes croissantes.

Pour briser ce cercle infernal et stopper le crime, l’annulation inconditionnelle de la dette grecque s’impose. Ne nous y trompons pas : l’initiative ne viendra pas du FMI en dépit de ses rapports qui soulignent sa responsabilité dans le marasme grec et de ses déclaration récentes en faveur d’un allègement de la dette qui, soulignons le, ne concernerait pas ses créances et s’accompagnerait d’une nouvelle dose d’austérité. Elle ne viendra pas non plus de l’Eurogroupe dont les Ministres des finances se réunissent le 5 décembre. Interrogé par le député M. Van Hees, le Ministre belge des finances a répondu « qu’une décote sur la dette nominale était exclue » et que « le processus d’ajustement grec devait se poursuive de manière identique même après la période sous programme ».

Penser qu’une solution juste à la dette grecque est possible dans le cadre actuel des négociations reviendrait donc à croire au Père Noël.

Renaud Vivien, CADTM, décembre 2016.

Renaud Vivien est co-secrétaire général du CADTM Belgique ; www.cadtm.org et membre de la Commission d’audit de la dette grecque

Source : CADTM, http://www.cadtm.org/Quatre-raisons-de-ne-pas-payer-la


Rappel du programme des USURIERS qui défendent l’UE (À LIRE ABSOLUMENT !!! c’est juste incroyable…)

[À qui sert la prétendue « Union européenne »] Stathis KOUVELAKIS : Après la capitulation de SYRIZA… l’asservissement total du peuple grec (et bientôt le nôtre)

http://chouard.org/blog/2016/08/05/a-qui-sert-la-pretendue-union-europeenne-stathis-kouvelakis-apres-la-capitulation-de-syriza-lasservissement-total-du-peuple-grec/


[via les-crises.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

http://chouard.org/blog/2015/04/01/via-les-crises-fr-lassassinat-de-la-grece-par-james-petras/


Et ne ratez surtout pas

l’explication lumineuse de la prétendue CRISE de la dette publique grecque par Myret Zaki :


IL FAUT sortir de l’UE, de l’€ et de l’OTAN,
c’est prioritaire, urgent et VITAL.

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[Révolution monétaire – Chartalisme] Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire (Libération)

Je vous signale deux documents intéressants sur les causes (et solutions) monétaires de « la crise » :

1) D’abord, une courte vidéo, bien intéressante, à écouter le crayon à la main :

Jean-Michel Naulot : CRISE FINANCIÈRE, pourquoi les gouvernements ne font rien

Avec un livre qui devrait être intéressant, (commandé mais pas encore reçu => je vous en reparlerai) :


http://www.seuil.com/ouvrage/eviter-l-effondrement-jean-michel-naulot/9782021340358


2) Mais surtout une tribune magnifique, brève et puissante, de quelques économistes que j’aime bien, dans Libération — alors ça, ça vaut de l’or : appréciez chaque phrase, c’est vraiment bien que l’idée chartaliste germe ainsi aussi puissamment 🙂

Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire

Par Thomas Coutrot , Dominique Plihon , Wojtek Kalinowski , Bruno Théret , Gaël Giraud , Vincent Gayon , Jean-Michel Servet ,Jérôme Blanc , Marie Fare et Benjamin Lemoine — 8 mars 2017
Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire
Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaireAFP

Introduire des liquidités dans une économie en crise grâce à une monnaie complémentaire, adossée aux recettes fiscales à venir, permettrait d’imaginer d’autres politiques sans pour autant remettre en question la monnaie commune. Cela permettrait une stabilisation de la zone euro.


Via les crédits qu’elles accordent, les banques commerciales privées disposent dans la zone euro d’un quasi monopole de création de la monnaie. Après les injections massives de liquidités à bas coût de la Banque centrale européenne (BCE) au système bancaire privé, il est clair que ce monopole enferme l’économie européenne dans une trappe déflationniste. Dans les périodes récessives, les banques commerciales sont structurellement incapables d’assurer une création contracyclique de monnaie de crédit destinée aux secteurs productifs. Pour nourrir leurs profits, elles dirigent l’essentiel de leurs liquidités vers les marchés financiers où elles alimentent de dangereuses bulles spéculatives. Aussi, de nombreux économistes et certains politiques s’accordent sur la nécessité de retirer aux banques leur privilège de création de la monnaie, et la Suisse votera sur cette question en 2018. Néanmoins une telle réforme suppose dans l’Union européenne (UE) un accord entre Etats membres qui, dans son état actuel, n’est pas prêt d’aboutir. Que faire d’autre ? Sortir de l’euro ?

L’accession en Grèce en 2015 de Syriza au gouvernement a conduit à envisager une autre stratégie qui, décidée par un Etat, lui permettrait de sortir d’une politique d’austérité sans remettre en cause l’unité de la zone euro : injecter de la liquidité par l’émission d’une monnaie fiscale complémentaire à l’euro. Dans cette stratégie, l’euro est conservé en tant que monnaie commune de cours légal dans tous les Etats membres, mais est complété par un moyen de paiement national constitué de bons du Trésor de faible dénomination – de 5 à 50 euros – et de durée limitée mais renouvelable. Adossés comme toute dette publique aux recettes fiscales à venir, ces bons seraient libellés en euro-franc, et maintenus à parité avec l’euro sans pour autant être convertibles sur les marchés des changes.

Il ne s’agit donc pas d’émettre une monnaie ayant cours légal, mais de proposer des titres de crédit destinés au règlement des salaires des fonctionnaires, des prestations sociales et des achats publics, dépenses qui sont de facto de la dette publique de court terme. Ils seraient réciproquement acceptés en paiement des impôts et, grâce à cette dernière garantie, pourraient circuler en tant que moyens de paiement au niveau national.

Face aux politiques d’austérité prônées actuellement, il y a urgence à émettre ce type de monnaie partout où la monnaie unique conduit à la récession, au chômage de masse, à la montée de l’insécurité sociale et à l’abandon des investissements de long terme indispensables à la transition écologique. Mais le couple monnaie commune – monnaie fiscale complémentaire n’est pas seulement une solution d’urgence ; c’est aussi potentiellement un outil durable de stabilisation monétaire de la zone euro. En effet, la réduction de la dette publique par autofinancement de la dette flottante et l’amélioration du solde des échanges extérieurs par réduction des importations (la circulation géographiquement limitée de l’euro-franc inciterait à relocaliser la production) réduisent la dépendance extérieure des Etats à l’égard tant de la finance internationale que des marchés extérieurs qui sont la source principale de son instabilité.

Cette forme de liquidité émise par les Etats sans passer par les banques n’est pas nouvelle, et sa combinaison avec une monnaie commune dans un système politique de type fédéral a été expérimentée avec succès dans les années 30 aux Etats-Unis et, plus récemment, entre 1984 et 2003 en Argentine. Ces expériences montrent que, sous certaines conditions, un tel dispositif monétaire remplit son office de réduction de la dette publique et de redynamisation de l’économie locale, sans créer de tension inflationniste ni de décrochage entre la monnaie locale et la monnaie centrale.

En l’état actuel des traités européens, la stratégie ici proposée est conforme au principe de subsidiarité qui reconnaît à tout Etat membre de l’Union la capacité de prendre des initiatives propres en matière de politique fiscale et budgétaire. Les Etats ne sont nullement obligés de se soumettre aux marchés et aux banques commerciales pour se financer, surtout à court terme. Rien ne les empêche de disposer de leurs propres systèmes de paiement, dès lors que ceux-ci remplissent les conditions de sécurité requises.

Se doter d’une monnaie fiscale nationale – en France, l’euro-franc – complémentaire à l’euro bancaire permettrait de financer les services publics et de mettre fin aux politiques d’austérité actuelles qui menacent le projet européen lui-même. C’est une politique réaliste qui peut être décidée immédiatement et unilatéralement au niveau national sans aller à l’encontre des traités européens. Mais pour assurer le succès de l’euro-franc, il ne suffit pas que l’Etat en garantisse l’acceptabilité en l’instituant comme moyen d’acquitter des impôts et en stabilisant sa valeur à la parité avec l’euro. Il doit aussi être soutenu par une large partie de la population qui le reconnaisse comme un instrument crédible de sortie de l’austérité. Pour cela, une fraction des euro-francs créés pourrait être distribuée aux PME et aux ménages endettés comme moyen de règlement de leurs dettes (privées). Cette mesure ferait d’une pierre quatre coups : par ce jubilé partiel des dettes, elle mettrait fin à l’excès d’endettement privé, cause principale de la récession dont souffre notre économie ; loin de pénaliser les créanciers résidents, elle les sécuriserait, vu le contexte d’une solvabilité très incertaine ; elle accomplirait le quantitative easing for the people («assouplissement monétaire pour les gens») dont Mario Draghi reconnaît qu’il est de nature à relancer l’économie européenne et l’emploi ; elle mettrait en circulation une monnaie complémentaire à une échelle qu’aucune des monnaies locales qui s’inventent aujourd’hui ne peut ambitionner.

Bien sûr, d’autres moyens d’assurer la confiance dans cette monnaie sont parfaitement concevables. Gageons qu’un tel euro-franc ne tarderait pas à être imité par nos voisins, ce qui redonnerait du même coup sa légitimité à un euro devenu monnaie commune.

Thomas Coutrot , Dominique Plihon , Wojtek Kalinowski , Bruno Théret , Gaël Giraud ,Vincent Gayon , Jean-Michel Servet , Jérôme Blanc , Marie Fare , Benjamin Lemoine

Source : « Libération », http://www.liberation.fr/debats/2017/03/08/sortir-de-l-austerite-sans-sortir-de-l-euro-grace-a-la-monnaie-fiscale-complementaire_1554260

 
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On ne se sortira du pétrin qu’en reprenant la création monétaire aux banques commerciales
(qui nous l’ont volée !)

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[Edit 24h après : je viens de recevoir le livre. Je vous ai scanné/OCRisé la table des matières :]

Jean-Michel NAULOT, « Éviter l’effondrement. Les politiques nous préparent une catastrophe financière pire que le précédente » (Seuil, 2017)


http://www.seuil.com/ouvrage/eviter-l-effondrement-jean-michel-naulot/9782021340358

Table

Remerciements           9

Avertissement  11

1. UNE GÉNÉRATION QUI A FAIT MONTER LES « POPULISMES » 15

Responsable et coupable       15

Depuis le milieu des années 1980, ils sont habités par les démons du dogmatisme  18

Le débat actuel révèle une grande méfiance à l’égard de la démocratie directe       20

L’obsession du fédéralisme et l’obsession du tout-libéral sont les terreaux du populisme     23

La génération aux commandes est non seulement responsable mais coupable         26

La gauche, amie de la finance, a perdu ses marques 27

La droite, amie de la monnaie unique, a elle aussi perdu ses marques         29

Le conte de fées d’un libéralisme qui dope la croissance       32

Le fantasme de la monnaie unique qui apporte la puissance et la prospérité           41

L’instrumentalisation de la dette publique: vraiment des cigales, les citoyens ?       44

La jeunesse oubliée     47

Il faut savoir dire « non »         50

2. CE VOLCAN FINANCIER QUI NOUS MENACE …59

Pourquoi la prochaine crise risque d’être pire encore        59

Savoir résister au « syndrome de Grignan » !  61

Le problème, ce n’est pas la petite aiguille, mais la bulle . 63

La monnaie n’est pas un voile 65

La création monétaire extravagante des banques centrales et des banques commerciales  67

L’histoire agitée des banques centrales indépendantes ….71

Le monarque monétaire          74

Défaillances des banques : insuffisance d’éthique ou insuffisance de régulation ?   81

Le régulateur souvent en retard sur l’innovation financière des banques     83

Nouvelles règles bancaires : une simple remise à niveau      86

La pondération des risques a introduit un biais inégalitaire dans l’allocation des financements     87

La fable des méga-banques qui pourraient faire faillite sans faire appel au contribuable   89

Banques systémiques: leur taille ne devient-elle pas un problème ?  95

La tyrannie acceptée des marchés financiers 96

1) La moitié des transactions sur les marchés d’actions est déréglementée   98

2) Sur les grandes valeurs cotées, en Europe et aux États-Unis, plus de la moitié des transactions est due au trading à haute fréquence alors que l’utilité économique et sociale de cette pratique est proche de zéro    101

3) Le montant des produits dérivés reste quasiment inchangé   103

4) Les hedge funds ont un effet de levier (une capacité spéculative) non réglementé 112

5) La quasi-totalité des hedge funds est domiciliée dans les paradis fiscaux 115

6) Les marchés de matières premières sont dominés à plus de 80 % par des acteurs financiers et non par les industriels 116

7) La finance de l’ombre (la finance peu ou pas réglementée) représente plus du tiers de la finance mondiale 118

8) La politique de limitation des émissions de gaz à effet de serre est confiée aux marchés financiers 123

Une dette mondiale à un niveau historique    130

Comme en 1929, comme en 2007-2008, les conditions d’une crise systémique sont réunies            133

À la veille de la crise de 1929 135

À la veille de la crise de 2007-2008   136

En 2017          138

Quatre foyers de crise continuent de se développer   139

États-Unis : déficits et inégalités         140

Zone euro : la crise toujours là          143

Chine : déséquilibres hérités de 2007-2008   144

Japon : la dette           145

Une réalité de plus en plus évidente : le ralentissement de la croissance mondiale  146

Une absence de gouvernance internationale face à la menace d’une crise grave    148

3. LES « MENOTTES » DE L’EURO 151

Un système monétaire au bord de la faillite            151

Naissance de l’euro : un copier-coller de l’ordolibéralisme allemand           154

L’Allemagne a réussi à imposer un ordre juridique à la zone euro   158

Une flexibilité sociale qui prend ses distances avec l’économie sociale de marché   160

L’austérité comme seul horizon          163

Les règles budgétaires du traité de Maastricht ont été durcies une première fois avec le Pacte de stabilité et de croissance en 1997     165

À la fin de l’année 2010, la Commission européenne a mis en place le « Semestre européen », un programme de travail très contraignant afin de peser fortement sur les politiques économiques et budgétaires de la zone euro   166

Le Semestre européen a été complété par des textes législatifs très importants, le six-pack puis le two-pack          167

Pour « faciliter » la réalisation de ce travail, la Commission utilise de plus en plus dans ses discussions avec les États les « lignes directrices intégrées »  170

Le TSCG (Pacte budgétaire), ratifié à l’automne 2012, a couronné ce processus d’intrusion dans les politiques budgétaires nationales en transposant une « règle d’or » inspirée de celle qui figure dans la Loi fondamentale allemande de 1949           171

La pratique sinistre de la dévaluation interne            174

Le biais inégalitaire de la zone euro  180

Un taux de change de l’euro qui ne convient à personne, sauf à l’Allemagne           186

Dix ans d’euro, tous à l’hosto !           192

Le coût financier des crises    194

Premier coup de canif de la BCE dans l’interdiction de financer les États    194

Deuxième coup de canif: les financements illimités à un État en difficulté (OMT)     195

Troisième coup de canif: le quantitative easing          197

Le financement des banques centrales du Sud par les banques centrales du Nord   198

Le financement des États par les États           199

Gestion de la crise grecque : la honte de l’Europe    199

Aide à la Grèce: vingt-cinq fois le montant de l’aide à l’Argentine    200

Une gestion calamiteuse de la crise par la troïka      202

13 juillet 2015: une journée noire dans l’histoire de l’Europe           203

Et la démocratie dans tout cela ?       205

Les « menottes » de l’euro      208

Ces économistes qui avaient mis en garde     210

Une pensée unique qui tue la politique          214

La bulle Draghi          219

4. RESTAURER LA PRIMAUTÉ DU POLITIQUE 225

Réarticuler gouvernance internationale et souveraineté économique nationale   225

1) Réduire l’hypertrophie de la finance, c’est-à-dire le déséquilibre entre la finance et l’économie réelle, grâce à une meilleure gouvernance internationale           227

Renoncer au double discours sur la réforme de la finance    228

Comment éviter les pièges tendus par les lobbies ? Quelques règles simples de bonne conduite     235

S’interdire tout ce qui pourrait conduire à une forme de connivence            236

Éviter le déséquilibre des rapports de force lors des négociations    238

Fixer des délais rapprochés pour la mise en place des réformes      238

Faire des textes simples          240

Ne pas donner trop d’importance aux consultations publiques         240

Tenter de détecter les risques liés à l’innovation financière sans attendre l’accident de marché      241

Se méfier de ceux qui évoquent en permanence l’éthique et la transparence            242

Être peu réceptif à l’argument de la « liquidité du marché »    243

Retenir une définition stricte du market making         243

Donner la priorité à la maîtrise du risque systémique sur la compétitivité de la place financière    244

Revoir les statuts des banques centrales pour limiter leur dépendance à l’égard des marchés financiers    245

Réformer la « boîte noire » de la pondération des risques et les structures bancaires pour remettre les banques au service de l’économie réelle    248

Dix mesures pour assainir en profondeur les marchés financiers     255

Première mesure : le passage de toutes les transactions de produits dérivés par des institutions spécialisées supervisées par la BCE      256

Deuxième mesure : la limitation de l’effet de levier des hedge funds 258

Troisième mesure : le traitement des opérations de bourse sur les seuls marchés réglementés        260

Quatrième mesure: la taxation des ordres du trading à haute fréquence      262

Cinquième mesure : l’interdiction aux acteurs financiers de spéculer sur les matières premières    263

Sixième mesure: la transparence et l’enregistrement des opérations traitées dans le shadow banking        263

Septième mesure: l’obligation faite aux gérants de hedge funds de domicilier leurs fonds à l’endroit où ils les gèrent            265

Huitième mesure: l’harmonisation fiscale en Europe 267

Neuvième mesure : l’harmonisation des normes comptables autour de critères inspirés par le bon sens et la nécessité d’assurer la stabilité financière          269

Dixième mesure: la mise en place d’une taxe carbone européenne   271

Une gouvernance internationale entre les mains des gouvernements et non des banquiers centraux          273

2) Rétablir notre souveraineté économique en redonnant de la flexibilité monétaire et budgétaire à la zone euro    276

Des dirigeants politiques enfin touchés par la grâce dans le débat sur l’euro ? La parole à Léon Blum     277

Sortir de l’entre-deux par plus d’intégration politique ne peut se faire sans référendum      280

Un big-bang institutionnel qui serait plein de dangers          285

Les peuples n’attendent pas plus d’intégration mais au contraire plus d’indépendance et de flexibilité       289

La refondation des traités exige d’abord l’assouplissement des critères budgétaires de Maastricht et de la règle d’or du TSCG (Pacte budgétaire)        289

La refondation des traités exige aussi de revoir entièrement les modalités de fonctionnement de la monnaie unique            291

N’ayons pas peur des turbulences provoquées par la transition vers un système plus flexible !       294

3) Gouvernance internationale et souveraineté économique sont deux notions complémentaires et non pas opposées, deux fils conducteurs face à la mondialisation    299

Restaurer la primauté du politique pour éviter un effondrement       300

Maîtriser le capitalisme financier, cette face noire de la mondialisation       301

Le débat sur la mondialisation est légitime et nécessaire       302

Conclusion

Agir maintenant        305


Rappel de quatre billets mémorables publiés sur ce blog sur ce thème :

• CHARTALISME : les peuples crèvent par MANQUE D’ARGENT. C’est L’ÉTAT qui DOIT créer l’argent, AVANT qu’on le lui rende en impôts, et PAS LE CONTRAIRE (30 mai 2014)

http://chouard.org/blog/2014/05/30/chartalisme-les-peuples-crevent-par-manque-dargent-cest-letat-qui-doit-creer-largent-avant-quon-le-lui-rende-en-impots-et-pas-le-contraire/

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• Révolution monétaire – Débat avec Stéphane Laborde et Jean-Baptiste Bersac : les perspectives d’émancipation politique offertes par le chartalisme et par la théorie relative de la monnaie (TRM) (25 sept 2014)

http://chouard.org/blog/2014/09/25/revolution-monetaire-debat-avec-stephane-laborde-et-jean-baptiste-bersac-les-perspectives-demancipation-politique-offertes-par-le-chartalisme-et-par-la-theorie-relative-de-la-monnaie-trm/

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• ÉPOUVANTAILS (PRÉTENDUE MENACE D’HYPERINFLATION) OU REFLATION (RETOUR VOLONTAIRE À L’INFLATION) ? RELANCER LA DEMANDE AVEC DE L’HELICOPTER MONEY. VITE !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

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À propos des gouvernements qui ne font « rien » (rien pour nous mais tout pour les banques), NE RATEZ PAS ÇA :

Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

http://chouard.org/blog/2016/02/20/histoire-detaillee-dun-odieux-complot-celui-de-la-deregulation-financiere-inside-job-enquete-essentielle-pour-comprendre-la-prochaine-crise/


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155050340277317

[Vidéo] Entretien autour de vos questions, avec Nicolas Clément (Paris, 23 février 2017)

De passage à Paris pour rencontrer Francis Cousin, rencontre étonnante dont je vous parlerai demain ou après-demain, j’ai passé un moment avec Nicolas Clément, jeune homme qui m’a posé tout un tas de questions adressées par vous via le net 🙂

Un bon souvenir, immortalisé grâce à Raphaël Berland, du Cercle des volontaires, toujours disponible et serviable :

Je radote, pardon, mais je laboure 🙂 avec votre aide.

Je voudrais remercier ici, chaleureusement et particulièrement, deux personnes qui m’aident énormément, tous les jours, à semer, dans toutes les parties de la population, vraiment toutes, des graines d’idées de démocratie vraie, pour qu’un jour apparaissent partout, vraiment partout, des citoyens dignes de ce nom c’est-à-dire des citoyens constituants.

Je remercie d’abord Nicolas Clément, qui publie chaque jour, sur sa page Facebook et sur celle appelée Le-Message.org, des extraits incisifs, des rappels importants, des illustrations percutantes, et aujourd’hui un entretien original. Ça se voit, je crois, qu’on est tout heureux de se rencontrer enfin, en chair et en os, à cette occasion 🙂

Je remercie aussi Raphaël Berland, qui anime le Cercle des Volontaires, média libre, journaliste authentique, et qui filme, monte et publie depuis longtemps mon travail et mes rencontres, courageusement.

Merci aussi, évidemment, à tous ceux qui font comme eux dans leur coin, discrètement mais efficacement.

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.


[Liste des questions avec timeline]

0,00,12 : Introduction

0,00,30 : Q1 : J’aimerais savoir, ne le connaissant pas très bien, s’il a l’intention de mener une action pour renverser l’oligarchie en place, étant donné que nos « élus » ne partiront pas d’eux-mêmes. En gros, se sent-il meneur de mouvement ou se contente-t-il d’implanter des idées ?

0,02,43 : Q2 : À quel moment et par quel moyen, il estimera que la masse critique de gens informés est atteinte (pour qu’un changement advienne) ?

0,04,04 : Q3 : Que pense-t-il du système scolaire qui consiste à passer de la hachette au taille crayon la moindre petite branche qui ne voudrait pas pousser droit ?

0,10,48 : Q4 : Est-il libertaire ?

0,16,28 : Q5 : Pense-t-il qu’un tirage au sort des élus est compatible avec des médias de masse dirigés par des monopoles non démocratiques ? Que pense-t-il de la place des lobbys dans les consultations et expertises sur lesquelles les décisionnaires s’appuient ? Que faudrait-il pour lui pour que des décisions démocratiques ne soient pas sous influence ? (Compilées)

0,20,18 : Q6 : Dans la mesure où il faut au moins que des modalités de vote soient fixées pour prendre une décision collective, quels sont – s’il y en a – les principes fondamentaux de la démocratie, ceux qui encadreraient l’écriture des tout premiers articles d’une constitution ?

0,26,26 : Q7 : N’est-il pas préférable de travailler seul sur quelques articles avant de faire un atelier ?

0,36,08 : Q8 : Dans la mesure où il défend une politique de non professionnels, pense-t-il que c’est également une nécessité que la justice, la police soit non professionnelles ?

0,43,25 : Q9 : Le franc CFA, est-ce une grosse escroquerie française à l’échelle de l’État ? Aucun de nos gouvernants n’en parle, pourquoi ? Est-ce un sujet tabou ?

Je profite de cette question pour évoquer brièvement UN NOUVEAU PARADIGME MONÉTAIRE, que je trouve très prometteur et dont la gauche (tout le monde, en fait) a bien besoin, à mon avis. Une nouvelle organisation qui changerait tout en permettant aux puissances publiques de financer librement les projets qu’elles jugent utiles au bien commun. Mais cette nouvelle organisation monétaire, nous seuls, simples citoyens, pouvons la vouloir (et l’instituer), jamais les élus des banques ne le feront. Jamais. C’est à nous de réfléchir à ça, sans quoi personne ne le fera

1,04,24 : Q10 : Encourages-tu l’abstentionnisme qui s’organise en ce moment ? Et considères-tu que cette démarche sera efficace ou alors qu’elle n’aura aucun impact positif ? Que penses-tu des Bureaux d’Abstention ?

1,11,50 : Q11 : Que pense-t-il de Mélenchon et des idées qu’il lui reprend en partie ? Pense-t-il que c’est utile à la cause ou néfaste qu’un personnage comme lui (faisant partie intégrante du système) la reprenne ?

1,19,41 : Q12 : J’ai une seule et unique question, qui me paraît très importante à l’approche des présidentielles, afin que lui et Jean-Luc Mélenchon puissent débattre ensemble dans une émission télé ou tout autre moyen médiatique.

1,23,11 : Q13 : Êtes-vous pour un retour à la monarchie ?

1,26,15 : Q14 : Que penses-t-il du Décodex ?

1,36,32 : Q15 : Dans l’ordre chronologique idéal, pensez-vous qu’il faille prioritairement changer de constitution puis sortir de l’UE ou l’inverse ?

1,38,32 : Conseils de lectures

1,47,43 : Q16 : Vas-tu écrire un livre ? 😉

1,51,20 : Conclusion

Liste des questions établie à partir de : https://www.facebook.com/NicolasClementFr/posts/1317995664904904

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[Livres signalés] (cliquez sur l’image pour en savoir plus)

Georg Friedrich Knapp – Théorie étatique de la monnaie
(en anglais seulement, pour l’instant, malheureusement)

Joseph Tchundjang Pouemi – Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire de l’Afrique

Nicolas Agbohou – Le Franc CFA et l’Euro contre Afrique

James C. Scott – Zomia ou l’art de ne pas être gouverné

Michelle Zancarini-Fournel – Les luttes et les rêves

Denis Dupré – Camp planétaire

Joseph E. Stiglitz – L’euro, Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe

Joseph Mornet – Psychothérapie institutionnelle

[Références]
L’association Les Citoyens Constituants : http://www.lescitoyensconstituants.org/

Pédagogie Freinet : https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Freinet

Vidéo sur l’école de Summerhill : https://www.facebook.com/le.message.org/videos/1038260136259073/

[Citations importantes]

« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »
Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.

« Les lois constitutionnelles tracent les règles qu’il faut observer pour être libre ; mais c’est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l’exécution des lois. La plus inévitable de toutes les lois, la seule qui soit toujours sûre d’être obéie, c’est la loi de la force. L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple qui ne l’est pas, est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l’obéissance passive & de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu ; plus le pouvoir de ce chef sera terrible ; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l’âme ; & fut-il vrai qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu’il pût le vouloir impunément, il n’en reste pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe sans contrepoids, le peuple n’est pas libre ; en dépit de toutes les lois constitutionnelles du monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est garanti de l’oppression par une force constante & suffisante. »
Robespierre, Discours sur l’organisation des gardes nationales, publié mi-décembre 1790 / utilisé devant l’Assemblée Nationale les 27 & 28 avril 1791

« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.

Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État: Que m’importe? on doit compter que l’État est perdu.

L’attiédissement de l’amour de la patrie, l’activité de l’intérêt privé, l’immensité des États, les conquêtes, l’abus du gouvernement, ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C’est ce qu’en certain pays on ose appeler le tiers état. Ainsi l’intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et second rang ; l’intérêt public n’est qu’au troisième.

La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social (1762),
Chapitre 3.15 : Des députés ou représentants (extrait)

[À lire absolument : ]
Le chartalisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chartalisme


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[La vidéo] « L’État et les banques, 5 ans après, le hold-up continue » par Myret Zaki et Étienne Chouard

Ah mais quel bonheur ! de retrouver Myret à Genève, ma chère Myret, enfin ! 🙂

On jubilait de se revoir, tous les deux. Soif de progresser ensemble à nouveau, 5 ans après.

Merci à ceux qui ont organisé et immortalisé cette rencontre.

Première partie :

La vidéo de la partie ‘débat avec la salle’ arrive bientôt (2 heures formidables de plus 🙂 ).
Je l’ajouterai ici même.

Edit:voici les ÉCHANGES AVEC LA SALLE:

Il faut absolument que je revienne vite à Genève : les militants suisses font un boulot épatant sur la monnaie (vous en verrez des aperçus dans la vidéo des débats). Je voudrais filmer des ateliers constituants avec François sur la monnaie et sur la subsidiarité (qu’il connaît mieux que personne), et je voudrais bien comprendre les avancées que la (joyeuse et enthousiasmante) bande AAA+ (Assemblée des Actionnaires Actifs Positifs [de la BNS, banque nationale suisse] : voir http://aaapositifs.ch/ , https://www.youtube.com/playlist?list=PLYVUaeJf8OAAZZpO0Eq1Smzwd4LPh6C9s&app=desktop
et http://desiebenthal.blogspot.fr/2017/02/interventions-lag-de-la-bns.html?m=1) est en train de mettre au point sur la comptabilité monétaire publique. Le niveau monte.

À l’occasion, il faudra isoler en vidéos plus petites certains passages de cette longue rencontre (4 heures bien utiles, de mon point de vue).
Si quelqu’un pouvait aussi se dévouer pour rédiger le plan minuté de cette rencontre, ce serait super 🙂

Amitiés à tous.

Étienne.

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« En attendant la prochaine conférence de Myret Zaki et d’Etienne Chouard à Genève » : un chouette résumé de la précédente rencontre (vidéo dense, 30 min)

Chers amis,

Comme vous le savez, je retourne à Genève samedi prochain.

Pour nous mettre (tous) en appétit, Greg a préparé un résumé (très dense) en 30 minutes de la précédente rencontre :

(ça devrait bien vous plaire 🙂 )

Merci Greg 🙂


[Rappel] La conférence de 2011 (intégrale, 2h30, 1 million de vues) :

Ah ! J’ai hâte de retrouver ma chère Myret ! 🙂

Rendez-vous à Genève le 11 fév 2017 : « 5 ANS APRÈS, LE HOLD-UP CONTINUE – MYRET ZAKI & ÉTIENNE CHOUARD »

Chers amis,

Je vais enfin retrouver ma chère Myret, et vous aussi j’espère, à Genève samedi prochain, pour continuer cet échange épatant que nous avions commencé il y a 5 ans, déjà, en décembre 2011, sur le coup d’État bancaire qui se déroulait en Grèce, et partout dans le monde.

Conférence . Samedi 11 février 2017 . 18h30

http://fonderiekugler.ch/fonderie/fonderie-kugler/news-fonderie/442-l-etat-et-les-banques

Il y a un « événement Faceboook » : https://www.facebook.com/events/1833810500229493/

Je voudrais surtout reprendre avec Myret notre début de controverse à propos de Keynes : Myret semblait penser que les politiques keynésiennes « échouaient manifestement », et je n’avais pas eu le temps de répondre à ça : il me semble au contraire que, à l’évidence, c’est de Keynes que nous avons besoin aujourd’hui, et je suis content que nous ayons tous les deux, un peu de temps pour approfondir cette question cruciale : nos sociétés ont-elles besoin d’une politique de l’offre (au profit du capital) ou d’une politique de la demande (au profit du travail) ?

Par ailleurs, j’aimerais soumettre à Myret une proposition de réforme monétaire absolument radicale.

Il y a aussi quelques livres essentiels dont je voudrais vous parler sur ces sujets.

J’ai hâte d’y être, ça va être une très chouette soirée, je suis sûr 🙂

Au plaisir de vous y retrouver.

Étienne.

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Rendez-vous à Toulon, le 9 février 2017 à 19 h, pour des ateliers constituants sur la monnaie

Suite de mes pérégrinations constituantes 🙂

Jeudi 9 février, je vais à Toulon (c’est dans ma région, cette fois), pour accompagner, dans leurs premiers pas d’organisateurs, des débutants constituants bien motivés 🙂

Voici leur affiche et le lien de leur annonce :


https://www.evensi.fr/rencontre-exclusive-entre-etienne-chouard-amp-alexandre/197122235

Il y a aussi un événement Facebook :
https://www.facebook.com/events/381104885589726/

 L’adresse est : Maison des Citoyens de Toulon, Place de la révolution, 83000 Toulon

 

Nous allons donc parler de la monnaie, institution centrale et décisive pour déterminer la souveraineté.

Comme d’habitude, on commencera par un exposé, et on enchaînera sur des ateliers (où ce sera à vous de bosser 🙂 donc, venez avec du papier et de quoi écrire), ateliers suivis d’une mise en commun.

Et puis, les jours et les mois suivants, vous devriez arriver à vous débrouiller tout seuls, à la fois pour entretenir et pour étendre (chaque jour) la flamme constituante populaire autour de vous 🙂

Je profiterai de cette rencontre (qui sera sans doute filmée) pour vous présenter quelques livres  passionnants et utiles.

Sur la monnaie, le niveau monte — le niveau de conscience et aussi le niveau d’exigence —, et c’est bien.

À bientôt, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : pour préparer des ateliers constituants, rien de tel que le wiki des GV (c’est une mine de ressources inépuisable !) :

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

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[Rappels en 7 min des principaux rouages antidémocratiques de l’UE] J’étais l’invité (le 21 nov 2007) de David Abiker, sur France Info. Sujet : « le « traité simplifié » et sa critique par les internautes »

Ça fait 10 ans déjà…

Compléments utiles (pour ceux qui débarquent 🙂 ) :

• L’article-aveu-de-haute-trahison de l’affreux Giscard,
« La boîte à outils du traité de Lisbonne » :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2007/10/26/la-boite-a-outils-du-traite-de-lisbonne-par-valery-giscard-d-estaing_971616_3232.html

• Ma réaction (indignée) à l’époque :

« Monsieur Giscard d’Estaing (futur candidat à la présidence de l’UE ?) confirme la scandaleuse arnaque du « mini-traité simplifié » (il oublie cependant quelques « détails ») » :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2007/10/27/86-le-candidat-giscard-d-estaing-confirme-la-scandaleuse-arnaque-du-mini-traite-simplifie-il-oublie-cependant-quelques-details

TOUT CECI RESTE D’UNE ACTUALITÉ BRÛLANTE ET DRAMATIQUE.

• Pour creuser le sujet des traités anticonstitutionnels : ma page dédiée

« Résistance aux abus de pouvoir caractérisés que sont tous les « traités constitutionnels » »

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/resistance_a_tous_les_traites_constitutionnels.php

et notamment :

« Principaux GRIEFS contre les institutions européennes, institutions écrites sans les citoyens (et même souvent contre eux) et programmant leur impuissance » (voir la page 2) :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Citoyens_d_Europe_Contre_le_Regime_Illegitime.pdf

Étienne.

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[Populisme, mon amour] Emmanuel TODD : « la France n’est évidemment pas une démocratie »

Emmanuel Todd insiste (sans se laisser interrompre par les eurocrates) :

« On n’est évidemment pas en démocratie, on fait tous semblant, on fait du théâtre : on remet en cause la démocratie américaine (qui renaît ! [heu, là, il rêve, Emmanuel 🙂 ]) et on fait comme si, nous, on était des démocrates…

Mais en fait la France n’a plus d’autonomie monétaire et c’est l’Allemagne qui va décider !

On n’est évidemment plus en démocratie : [en 2008,] la classe politicienne s’est assise sur le référendum de 2005 (!), et notre prétendue « élection présidentielle », c’est un système qui permet d’élire celui qui va être notre représentant à Berlin…

Donc, on est vraiment des gros rigolos, quand on met Trump en question »

Je trouve amusantes les lèvres (très) pincées du vieil eurolâtre despotique Bernard Guetta.


Guetta : « Non, là, Todd, vous exagérez… »

Merci Emmanuel Todd, MERCI 🙂

Étienne.

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« QE for the peuple » – « Helicopter Money » POUR RELANCER LA DEMANDE : le niveau monte

Europe1 : « Et si la Banque Centrale donnait (directement) de l’argent à TOUS les citoyens ? »

Si les « journalistes » commencent à parler favorablement de « QE for the peuple – Helicopter Money » (ils ont enfin travaillé, un peu, la question monétaire => le niveau monte — c’est pas trop tôt), les choses peuvent bouger.

Mais surtout, le niveau des électeurs va lui aussi monter — et peut-être aussi leur niveau d’exigence, sur cette question décisive et cruciale pour la souveraineté populaire : c’est au peuple lui-même (et surtout pas aux banques privées, fléau de l’humanité) de décider s’il faut créer ou détruire de la monnaie, au niveau local comme au niveau national.

=> Faites passer 🙂

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Rappel (important) sur QE for the people :

ÉPOUVANTAILS (prétendue menace d’hyperinflation) ou REFLATION (retour volontaire à l’inflation) ? RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

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NOTRE CAUSE COMMUNE est notre impuissance politique ET MONÉTAIRE ; et cette impuissance vient de NOTRE démission du processus constituant [synthèse vidéo en 30 min]

C’est important, une cause commune, une vraie CAUSE COMMUNE, pour faire société, non ?

Rappel d’une bonne synthèse — en 30 minutes — CONTRE l’escroquerie parlementaire, et POUR ses ateliers constituants populaires :

0’30 – Loi Macron et article 49-3 ;
6’08 – compétence des représentants politique ;
8’18 – 3ème et 4ème République ;
10’45 – Nouvelles technologies et Démocratie ;
18′ – Problème technique ou politique ? ;
19’30 – Pouvoir politique vs pouvoir économique ;
22’10 – Inflation législative et démission du politique ;
26’10 – Création monétaire et l’alternative formidable du CHARTALISME qui rendrait l’État EMPLOYEUR EN DERNIER RESSORT (fin du chômage !) ;
34’05 – Conseils de lecture

Je radote, pardon, mais c’est là-dessus que nous devrions NOUS CONCENTRER. Donc, je ressasse, excusez-moi, j’en ai marre qu’on se disperse, encore et toujours. Ça nous affaiblit terriblement de nous disperser et on n’avance pas. Il faut faire des ateliers constituants, personnellement, tout le temps, et emporter avec nous plein de gens, des nouveaux, régulièrement.
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MONNAIE ET DÉMOCRATIE : deux rendez-vous en duo avec Philippe Derudder, vers Bourges et La Rochelle, les 8 et 9 octobre 2016

Bonjour à tous.

Deux chouettes journées s’approchent 🙂

Je dois beaucoup à Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq, pour mon éveil en matière monétaire.

C’est André-Jacques qui m’a interpellé très tôt, sur le forum du Plan C, en attirant notre attention sur la centralité de la création monétaire et sur le sabordage scandaleux que nous révélait « la loi de 1973 ».

Je vous recommande d’arpenter, si vous ne le connaissez pas déjà, ce très long mais très important fil du forum consacré à la création monétaire : si vous suivez nos échanges passés, vous y progresserez à votre tour comme nous l’avons fait, petit à petit. Pour vous faciliter la vie, j’ai regroupé toutes ces précieuses pages en un document pdf unique : « REPRENDRE LE POUVOIR SUR NOTRE MONNAIE » (1 200 pages (!), mais j’y ai surligné en jaune de nombreux passages essentiels) ; c’est une mine à références utiles pour comprendre la monnaie, ses mécanismes (actuels vs souhaitables), les enjeux de société qui y sont liés, et puis les nombreuses alternatives possibles (que devraient d’abord connaître les citoyens pour ensuite pouvoir les défendre), etc.

Dix ans après cet éveil (et des milliers de livres et de textes plus tard), je vais bientôt avoir le plaisir de vous rencontrer sur ce sujet « monnaie et démocratie » avec Philippe Derudder lui-même, ce qui est une première et me remplit de joie. Philippe va nous parler de la monnaie (je ne connais personne qui explique mieux que lui les principes de base de la monnaie (ne ratez pas son petit livre sur les monnaies locales, c’est un vrai bijou, important, tout le monde devrait l’avoir lu et travaillé), et moi je vais vous parler… de démocratie et de processus constituant populaire (bien sûr 🙂 ), car les deux sujets — monnaie et démocratie — sont, dans notre esprit à tous les deux, intimement liés et interdépendants.

Mais en fait, ça va être encore plus intéressant que ça : au cours de l’exposé de chacun, l’autre pourra intervenir pour questionner, suggérer, commenter, de façon à vous offrir davantage deux échanges dynamiques, peut-être même parfois une controverse (bienveillante), que deux conférences séparées.

De plus, (comme d’habitude) je vous inviterai ensuite à travailler à votre tour 🙂 dans des ateliers constituants, naturellement focalisés sur la monnaie : faut-il décider dans la constitution, et avec quels mots, qui est légitime pour créer la monnaie ? Qui est légitime pour décider si le corps social a besoin de plus ou moins de monnaie (qui va décider s’il faut créer de la monnaie ou en détruire) ? Qui contrôle qu’aucune personne privée ni aucune famille ne s’empare du pouvoir de création monétaire ? Quel type de monnaie voulons-nous ? Publique ? Privée ? Payante ? Gratuite ? Temporaire ? Permanente ? Stable ? Fondante ? Rare ? Abondante ? Unique ? Multiple ? Nationale ? Locale ? Les deux ? Simple marchandise négociable sur un marché et exposée aux spéculations des plus riches ou Bien social vital non négociable ? Monnaie publique disponible à profusion pour financer (et donc rendre possibles) les services publics ? Monnaie nouvelle répartie régulièrement de façon inconditionnelle et à vie ? , etc.

Il faudra (apprendre ensemble à) bien distinguer les choix monétaires qui relèvent de la constitution (choix plutôt stables, simples et fondateurs, mis à l’écart des querelles politiques quotidiennes) des choix monétaires qui relèvent de la loi (choix plus variables en fonction de la conjoncture et constamment redéfinis à travers les controverses politiques ordinaires).

Il faudra aussi penser à nous garantir/armer contre les inévitables coups d’États oligarchiques (antidémocratiques) qui ne manqueront pas d’être fomentés par des bandits — comme celui de la prétendue « Union européenne » —, et il faudra traiter comme criminels les acteurs politiques qui se rendraient à nouveau coupables de tels forfaits.

J’espère que naîtront de ces ateliers quelques propositions d’articles de constitution d’origine citoyenne capables de donner des idées à tout le monde, à la fois sur l’importance cardinale du sujet monétaire, sur la fécondité de la participation des citoyens à la réflexion sur les alternatives monétaires, et surtout, sur l’imbrication étroite entre l’émancipation monétaire des peuples et la nature populaire du processus constituant.

Voici donc les deux rendez-vous en question :

1) Rendez-vous le 8 octobre 2016, au 4ème FORUM PAIX ET SOLIDARITÉ (23 rue de la Mairie, 18510 Menetou-Salon) :

Annonce sur Facebook : https://www.facebook.com/events/339040819780691/

2) Rendez-vous le lendemain, 9 octobre 2016, au GÎTE DE MONTIFAUD (1 route de Montifaud, 17430 Genouillé) :

Ça va être deux belle journées. Le niveau va encore monter.

J’ai hâte de vous retrouver en chair et en os, bande de virus 🙂

Étienne.
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PS : je vous signale ci-dessous quelques liens pour bosser ces deux sujets :

Page dédiée à la monnaie : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php

Page dédiée au tirage au sort, seule procédure démocratique digne de ce nom : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

Vidéo « Sommes-nous en démocratie ? » : https://www.youtube.com/watch?v=6LB462z-j70

Vidéo « Les enjeux de la création monétaire » : https://www.youtube.com/watch?v=uRagFaIGb5w

Un autre très bon bouquin, « La dette publique, une affaire rentable » :

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ORIGINAL ET PASSIONNANT ! [CONSTITUTION D’ORIGINE CITOYENNE ET TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS] Très très précieux conseils de Mabrouka M’barek, députée constituante tunisienne, aux auditions programmatiques de JLM2017.

[CONSTITUTION D’ORIGINE CITOYENNE ET TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS]
Très très précieux conseils de Mabrouka M’Barek, députée constituante tunisienne, aux auditions programmatiques de JLM2017.

Entretien ORIGINAL ET PASSIONNANT !

Onze ans après les premières (toutes petites) graines semées sur Internet, je mesure les progrès, la « germination », d’une part au choix du thème de cette audition, d’autre part à la pertinence des analyses et propositions de Mabrouka, mais aussi aux mots des questions posées à Mabrouka.

Je sens que l’idée d’une Constitution d’origine Citoyenne (« le plan C ») germe partout, enfin, et ça me rend heureux 🙂

Merci Mabrouka, je t’ai trouvée épatante, émouvante, enthousiasmante 🙂

Vous devriez faire connaître cette vidéo autour de vous, bande de virus : elle est vraiment très originale, et très utile, je trouve, pour donner encore de la chair et de la vie à notre idée radicale.

Merci d’être tous là, on n’est forts qu’ensemble, et le niveau monte 🙂

Etienne.

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[Edit 6 octobre 2016] Patricia a bossé sur la retranscription, voici son précieux travail :

Audition programmatique sur la constituante

Mabrouka M’barek a été membre de l’assemblée constituante de Tunisie, élue en 2011, assemblée qui a abouti à la rédaction et à la promulgation de la constituante de 2014. Élue au congrès pour la république, l’organisation fondée par le président Marzouki, représentante des tunisiens établis aux Amériques et en Europe… Retour sur cette expérience, aussi bien sur le processus par lequel la société tunisienne a pris conscience de la nécessité d’une AC et du caractère prioritaire de cet enjeu ; puis sur les modalités pratiques d’organisation du travail dans une AC :

. Mise en place d’une constituante
. Modalités pratiques
. Recommandations

Le plus important et le grand défi sont comment fédérer une société autour d’un projet constitutionnel, projet qui doit provenir d’une assise populaire. L’écriture de la constitution est une initiative historique, un processus qui implique de se projeter des décennies vers le futur. C’est un exercice passionnant qui devrait être exercé par tout citoyen parce que ça vous transforme, c’est une expérience qui transcende votre propre vie.

L’écriture de la constitution prend beaucoup de temps, ce qui n’est pas toujours compris par le peuple qui, à l’extérieur de l’assemblée a des attentes : les gens voulaient un emploi, il y avait des difficultés dues à la crise économique ; la révolution tunisienne s’est déroulée lors de la crise financière en Europe… il y avait donc beaucoup d’impératifs qui nous ramenaient à la réalité. Mais en même temps, l’écriture de la constitution est un exercice pour le futur, il faut bien comprendre cela, comprendre les enjeux historiques et les enjeux pour les prochaines générations.

Quoi qu’il arrive et quel que soit l’événement qui va créer le déclenchement d’une constituante, il faut aller au delà de cet événement-là. L’opportunité de l’écriture d’une constitution inclut l’idée de ce qu’est être « un bon citoyen », mais aussi de ce que sera « un bon ancêtre ». C’est une expérience fantastique, une exercice qui doit être fait par tous les citoyens : c’est tout un peuple qui doit apprendre à écrire sa propre constitution, apprendre à se transcender et à réaliser l’importance de l’humanité quand on se projette dans le futur, car s’il n’y a plus de générations futures, alors il n’y a plus d’objectifs.

L’avantage de la Tunisie, c’est qu’elle a réussi à fédérer la constituante avec un événement assez important qu’est la révolution. Le régime politique du moment, et ce depuis plusieurs décennies, étant la dictature, même si les tunisiens avaient déjà pris la rue, c’est en 2010 que le projet commun du peuple fût de destituer le dictateur. C’est vraiment l’événement qui a fédéré tout le monde, que ce soit l’élite économique ou les classes les moins privilégiées, c’est cela qui a propulsé l’idée de constituante. Ce projet n’aurait peut être pas abouti si des franges de la société avaient été exclues.

En l’absence d’un élan révolutionnaire, on doit essayer de puiser la légitimité d’une constituante dans ce que le peuple demande. D’où l’importance de fédérer d’abord les gens à la cause de la constituante avant même de convoquer la constituante.

Au niveau de la Tunisie, immédiatement après la révolution, il y eut une organisation incroyable, une organisation décentralisée avec des comités dans chaque quartier, chacun était politisé, apportait des idées, il y avait beaucoup de partage. L’erreur fut de tout centraliser dans un dispositif très bureaucratique. C’était nécessaire, mais le problème, c’est que ça a supprimé l’organisation locale, et quand on a des comités locaux et régionaux, c’est difficile à structurer. D’où l’importance de trouver un moyen ou une mécanique régionale, locale, et en même temps une organisation inclusive, pour centraliser les idées.

La portée d’une constituante est importante car très peu de personnes ont décrit cette expérience-là, l’organisation ou la « feuille de route », car lorsqu’on coupe la mécanique régionale, on avorte la révolution, et on coupe l’intérêt de ceux qui participent localement, entraînant une sensation de spectateur ; Car pendant que la constituante travaille, quelle est la nature de la transition ? Cette « feuille de route » permettrait d’inclure le travail de tous.

Car l’écriture de la constitution va prendre beaucoup de temps, et au début, les gens vont être pour, mais ensuite ils se lassent car ça prend du temps. C’est donc d’autant plus important que la légitimité soit primordiale. Si on prend la plate forme de JLM, sa campagne menée autour de la convocation d’une AC semble insuffisante dans le sens où seuls ceux qui auront voté pour lui seront d’accord. Le défi et la difficulté sont de rallier tout le peuple français autour d’une constituante, et pas seulement les électeurs de JLM, et que cette constituante aboutisse à quelque chose d’historique et de solide afin de fortifier la démocratie française. La difficulté en France, c’est de faire comprendre à vos compatriotes que vous n’êtes pas en démocratie. Les tunisiens eux, savaient très bien qu’ils étaient en dictature, leur souhait était d’autant plus grand à vouloir la démocratie.

IL faut convaincre les français pourquoi il faut une constituante, ainsi que la nature de la transition et l’importance de les convaincre d’y participer.

Mais convoquer une constituante, ce n’est pas suffisant : il faut aussi s’occuper de la transition (qui est la vie à l’extérieur de l’assemblée) car la constituante ne va pas régler les problèmes de chômage, par exemple. D’où l’importance de séparer d’un côté le travail constituant et de l’autre la gestion des affaires courantes, la chambre législative, donc de concevoir un parlement à 2 chambres, une qui effectue le travail constituant et l’autre, la gestion des affaires courantes d’ordre économiques, financières, etc.

On peut donc concevoir un sénat ou une chambre des représentants tirés au sort, le temps de la transition, afin de ne pas limiter la durée de l’écriture de la constitution, et sur la nature de la transition, qui est une période d’expérimentation (pourquoi pas basée sur une mini constitution).

Mais pour construire, il faut déjà déconstruire ; d’où l’importance de redéfinir les concepts. Les Nations Unies ont un programme d’assistance à l’écriture de la constitution et la première chose qui est dite, c’est « la constitution est un contrat social » (contrat : mot du jargon néo-libéral). Non : la constitution n’est pas un contrat social, car alors un contrat peut être cassé. Une constitution est un document qui protège le peuple envers ceux qui sont au pouvoir. La constitution n’est pas là pour organiser les pouvoirs mais pour limiter les pouvoirs et en donner au peuple. Ce n’est pas un contrat social qui organise les pouvoirs. C’est au peuple de décider ce qu’est une constitution. Et pour ce faire, je recommande le tirage au sort de la désignation des membres de la constituante. À mon sens, c’est vraiment ce qui va produire : une constituante qui soit le plus proche de l’idée démocratique. Ça peut être des constituantes locales ou régionales : celle qui va être nationale va centraliser et essayer de regrouper les propositions des mini-constituantes, ce sera donc un long processus.

Le travail de la constituante et l’administration.

Le travail de l’administration est primordial et fondamental, mais l’administration n’est jamais neutre car elle est politisée. Il suffit de prendre exemple sur les programmes économiques de l’ENA : ils sont basés sur le capitalisme, ils rejettent les visions post-keynésiennes, qui ne sont même pas étudiées. Pour les personnes qui sortent de l’ENA, l’économie c’est un équilibre, une main invisible… Le fait que ce soit les banques qui créent la monnaie est un sujet qui n’est pas abordé… Et du coup cela impacte complètement le travail de l’administration, ce qui engendre une vision par défaut qui est néo-libérale,

La constituante doit avoir son propre média, c’est fondamental, une chaîne TV parlementaire de la constituante, afin que le peuple apprenne à connaître chaque constituant, à le suivre. Chaque débat, chaque mot entendu va être suivi, commenté… qu’il y ait des commentateurs.

le statut des députés de la constituante

Les remboursements de frais ou indemnités sont préférables à un salaire, (un dinar n’est pas équivalent à un dollar). Importance de la transparence de la constituante faite parle président de la constituante, car transparence engendre confiance.

Quand un pays est souverain, on peut donner tous les moyens pour cette constituante de réussir. Les moyens matériels, technologiques, techniques, les moyens humains pour développer des consultations locales dans les ateliers constituants du pays, avec des supports high-tech… Si la banque centrale est souveraine alors les fonds ne sont pas un problème. Quand on est un pays souverain,le financement n’est pas un problème.

Ce qui est important, ce sont les ressources, les possibilités mises en place et donc les consultations dans les constituantes régionales et ainsi faire remonter les idées en amont. La constituante, c’est vraiment quelque chose qui doit inclure tout le monde. l’idée est donc de développer les ateliers constituants dans les écoles, les lycées, les facultés, les entreprises,les associations, les comités d’entreprises avec instauration d’une plage horaire sur une journée de la semaine, pour que ce soit un processus le plus inclusif et participatif possible,

Est abordé :
la notion de temps
le système mixte (représentatif et tirage au sort)
le risque de problèmes identitaires qui peuvent polluer (religion etc,,,)
l’importance de la justice transitionnelle à définir,
l’implication dans la constituante de la diaspora,

Les gens qui s’impliqueront vont se poser 3 questions existentielles : d’où on vient (notre peuple), pourquoi on fait ça, où on veut aller (pour protéger les futures générations de français)…

Merci Patricia ! 🙂

Populisme et souverainisme ne sont pas des gros mots

Cette synthèse de mon travail (qui date d’août 2012) est un peu longue et pas assez ordonnée, pardon, mais ces propositions sont importantes et décisives, je crois. Elles pourraient être une ébauche de livre original 🙂

[J’y ai ajouté (entre crochets) la proposition du « salaire à vie », car je la pense aujourd’hui (4 ans plus tard) plus émancipante du capitalisme que celle du « revenu de base » (d’ores et déjà récupérée et corrompue par les exploiteurs) — voir l’explication de Bernard FRIOT. Toutes les techniques de solvabilisation inconditionnelle des citoyens m’intéressent a priori, et mes recherches continuent.]

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne

[Un entretien qui date de 2012 (un peu désordre, pardon) avec un jeune journaliste de RageMag : http://ragemag.fr/populiste-nest-pas-un-gros-mot-entretien-avec-etienne-chouard/ (Le lien est devenu mort, je ne sais pas pourquoi.)]

“Populiste n’est pas un gros mot”

entretien avec Étienne Chouard

Publié le 24 août 2012, par Ragemag

Il s’est fait connaître en 2005, en devenant l’homme qui a dit NON ! à la constitution européenne. Depuis, l’enseignant Étienne Chouard continue de mener son combat contre les Versaillais. Cours (très) particulier d’instruction civique en compagnie d’un empêcheur de tourner en rond…


Étienne Chouard, chez lui, en mars 2012 © Mathieu Deslandes/Rue89

En 2005, vous vous êtes battu contre l’adoption du traité constitutionnel européen, pouvez-vous nous résumer les raisons et les moyens de cet engagement ?

J’ai décidé de m’engager (modestement et presque timidement) après avoir lu le texte de cette anti-constitution que l’on nous proposait, et qui vidait de leur (peu de) substance toutes les constitutions nationales. Cette situation était aggravée par un traitement médiatique lamentable (automne/hiver 2004 et printemps 2005). Les médias étaient tous en faveur du traité et dénonçaient les partisans du non comme des xénophobes, des réactionnaires, des nationalistes, alors que ces derniers avaient des arguments puissants, décisifs, documentés et d’inspiration démocratique pour signaler que ce texte était dangereux.

Comme tout le monde, j’en ai beaucoup parlé autour de moi, et j’ai écrit un texte de synthèse qui exposait cinq arguments particulièrement frappants (à mon sens) et que j’ai envoyé à mes collègues enseignants sur une liste professionnelle pour les inviter à m’aider à y voir clair ; puis, j’ai posté ce texte sur mon (tout petit) site personnel, comme une bouteille à la mer… Et ce texte s’est répandu dans le pays comme une trainée de poudre : en le recevant, les gens, par je ne sais quelle alchimie, s’enthousiasmaient et le renvoyaient souvent à tout leur carnet d’adresses… J’ai ainsi reçu douze mille mails en deux mois… Finalement, c’est à la fois le regard bienveillant, la confiance, de la plupart de mes lecteurs, ainsi que la méfiance des autres — ceux qui disaient de moi que j’étais un imposteur — qui ont été les moteurs de mon engagement depuis.

Quant aux moyens, il y a mon travail bien sûr, mais il y a aussi le travail des milliers de militants qui ont repris le texte, et qui l’ont diffusé partout avec les moyens du bord ; ils l’ont photocopié puis ils l’ont glissé dans les boîtes aux lettres de leurs rues, etc. Certains ont même tatoué leur voiture ou leur moto d’un « votez non à la constitution européenne et allez voir le site http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ »… Il y a eu un travail de fourmis de la part de personnes qui ne sont pas des professionnels de la politique et des médias. Ils se sont passé le mot entre eux.

“Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir”

Puis, les médias s’y sont mis, interpellés par leurs lecteurs. Un premier journaliste a fait un papier dans L’Huma intitulé : « Et si Etienne Chouard faisait gagner le non » Puis j’ai vu passer à la maison toutes les télés, les radios, les journaux. Mis à part quelques journalistes bienveillants, les médias n’ont d’ailleurs pas été très gentils (ils ne l’étaient guère avec les nonistes). Mais peu importe. Mon métier, c’est prof : je m’occupe du bien commun par vocation. Donc, ce que je fais en parallèle depuis 2005 n’est pas très éloigné : je continue à m’occuper du bien commun, mais à plus grande échelle, parce que je pense avoir trouvé une idée originale pour nous sortir — nous tous — du pétrin.

Quelle est cette idée ?

L’idée centrale de tout mon travail est que “ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir” : ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire la Constitution : ils doivent la craindre et donc ils ne doivent surtout pas l’écrire. La cause des causes de nos malheurs est, selon moi, en nous-mêmes, parce que nous ne sommes pas capables — en partie parce qu’on nous a trompés et en partie parce que nous nous trompons — de donner leur véritable sens aux mots démocratie et constitution, et parce que nous ne prêtons pas attention aux graves conflits d’intérêts qui empoisonnent le processus constituant.

Peut-on être aujourd’hui à la fois européiste et démocrate ?

Oui, mais pas d’emblée, pas forcément, et sûrement pas de la façon dont cela s’est fait depuis cinquante ans. La façon actuelle de construire l’Europe est antisociale, antiparlementaire, antidémocratique (sous couvert de discours lénifiants qui affirment l’inverse de la réalité). J’ai publié il y a peu sur mon blog une passionnante conférence d’Henri Guillemin sur le fascisme en France, qui remonte à la révolution française pour comprendre ce mot utile mais galvaudé.

Avec du recul, il me semble que le fond du fascisme (au sens large) est un projet politique de domination des riches contre les pauvres, incarné (avant même que le mot fascisme n’apparaisse) par les Girondins durant la révolution, puis par les Versaillais durant la Commune en 1871, puis par les représentants du centre gauche durant la troisième République (le parti “centre gauche” était le parti des industriels et des banquiers, à droite de la droite la plus cupide et la plus cynique), et finalement par les fascismes stricto sensu du 20e siècle : quand les ultra-riches ont vu qu’ils allaient perdre les élections (avec la montée des socialismes au début du 20e), ils ont renoncé au suffrage universel (qui n’était supportable à leurs yeux que tant qu’ils gagnaient toutes les élections) et ils sont devenus des adversaires acharnés du suffrage universel…

”L’obsession des possédants est de maintenir le niveau des salaires le plus bas possible”

Autrement dit, les grands privilégiés ne sont pour le suffrage universel que quand ils sont sûrs de gagner les élections ; sinon, ils deviennent “fascistes”… Autant dire que le fascisme au sens large (comme domination de classe) est une permanence depuis 200 ans. En dupant les pauvres (qui votent pour lui) le fascisme vide les Républiques de leur sens et prive les salariés de leurs protections. Et je trouve que l’Union Européenne obtient précisément ce même résultat, mais de façon beaucoup plus astucieuse et discrète que le fascisme à la papa : le résultat le plus concret des traités européens, c’est le chômage de masse institutionnalisé par une politique monétaire obsédée par l’inflation ; et du chômage de masse découlent directement les bas salaires et la docilité des travailleurs. Or, depuis 200 ans (depuis beaucoup plus de temps, en fait), l’obsession des possédants est de maintenir le niveau des salaires le plus bas possible. Et c’est la meilleure clef de lecture du réel, je crois, celle qui donne une cohérence aux “impuissances” des acteurs politiques : l’Union européenne est le meilleur outil que les riches aient inventé à ce jour pour atteindre l’objectif des bas salaires, en paralysant les luttes sociales.

Pourquoi l’Europe intéresse-t-elle tant les élites ?

Parce que l’Europe est d’une taille tellement gigantesque qu’aucune démocratie digne de ce nom n’y est possible, et parce que sa prétendue “Constitution” y a été pensée et écrite par les prétendues “élites” en question : ce sont les industriels et les banquiers qui ont voulu, financé et fait écrire les institutions européennes. C’est pourquoi les institutions européennes institutionnalisent la guerre économique : la “concurrence libre et non faussée” crée une fatalité de la lutte du tous contre tous. Rien à voir avec l’intérêt général, mais tout à voir avec l’intérêt des plus riches. Nos ploutocraties se radicalisent.

”Souverainiste n’est pas un gros mot du tout !”

On a du mal à défaire les logiques d’intérêt des dogmes idéologiques.

C’est lié. Vous savez, un dogme c’est une pensée imposée, répétée, rabâchée. Les riches ont mis ça en place de façon très organisée : ils ont acheté presque tous les médias importants. Pourquoi le banquier Rothschild achète le journal Libération ? Pas pour gagner de l’argent, il va en perdre. Pourquoi la banque Lazard achète le journal Le Monde ? Idem. Pourquoi le Crédit Agricole achète la radio Skyrock ? Itou. Pourquoi les marchands d’armes Lagardère et Dassault ont-ils acheté les trois quarts de la presse et une grande partie des maisons d’édition ? Que des marchands de canons maîtrisent les médias et l’édition, c’est à la fois dangereux et révoltant. Avec ces outils-là, en plus de gagner les élections (ce qui est tout à fait essentiel, évidemment), on peut effectivement fabriquer et entretenir un dogme. Par exemple, on peut rabâcher tous les jours que “l’Europe, c’est bien”, ou qu’il faut absolument, “pour des raisons humanitaires”, aller faire la guerre un peu partout dans le monde : en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, en Iran, et puis quoi encore ?

Selon vous, peut-on être démocrate sans être souverainiste ?

Non ; probablement non. Mais souverainiste n’est pas un gros mot du tout ! C’est plutôt le mot antisouverainiste qui désigne des traîtres au bien commun : si vous êtes contre la souveraineté, vous êtes pour quoi ? Rousseau et Robespierre étaient (évidemment) souverainistes. La patrie est une fiction constructive qui nous rassemble, qui essaye de reproduire à plus grande échelle l’attraction familiale qui fait que l’on s’entraide volontiers. Le souverainisme est le fondement de nombreuses solidarités (nationales souvent, mais pas seulement) : on ne se connaît pas individuellement mais l’on est prêt à se donner du mal pour ceux qui sont de la même patrie.Tenir en détestation le nationalisme, le souverainisme ou le patriotisme fait partie du dogme des “libéraux” qui, en fait, ne veulent plus d’État dans leur chemin (et ils nous jouent cette musique depuis les physiocrates au 18e siècle). Les prétendus “libéraux” affirment que l’on doit les guerres aux sentiments chauvins liés au nationalisme. Mais c’est une blague !

“La Constitution doit séparer les pouvoirs et permettre de les contrôler”

Les guerres, on les doit évidemment aux grands industriels et aux banquiers (lire Guillemin pour s’en convaincre avec force détail) ; on pourrait même, d’une certaine façon, attribuer les guerres aux philosophes des “Lumières” (qui étaient de sordides utilitaristes, des philosophes des riches pour les riches, qui faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour mettre les mendiants au travail au lieu de les aider, et qui préféraient la torture à vie des travaux forcés à la peine de mort, trop clémente à leurs yeux) philosophes qui soutenaient les Girondins (dont la première décision prise par l’assemblée législative de 1792 fut de déclarer une guerre de rapine contre les pays voisins, de façon à ce que l’État ainsi renfloué puisse rembourser la dette publique à leur profit au lieu de faire défaut), Girondins royalistes qui pouvaient bien se reconnaître plus tard dans les Versaillais, les riches massacreurs de la Commune de 1871. Une grande tradition qui semble bien perdurer aujourd’hui au sein de l’Union européenne : endettement monstre des États auprès des plus riches, et guerre économique permanente des pauvres contre les pauvres (pour les empêcher de faire la révolution). Bien sûr, je peux me tromper, et gravement, comme tout le monde. Mais il me semble que la contre-histoire des 200 ans du gouvernement représentatif reste à détailler et à diffuser largement.

Qu’est ce qu’une Constitution ?

C’est un texte supérieur qui décrit les conditions dans lesquelles les pouvoirs institués, législatif, exécutif, judiciaire, vont pouvoir produire du droit, produire des normes juridiques impératives qui s’imposeront à tous. C’est un texte qui va à la fois instituer des pouvoirs très utiles (parce que nous sommes nombreux et que nous avons donc besoin d’eux) et aussi très dangereux, car ceux qui les détiennent peuvent en abuser ou servir les intérêts d’une classe privilégiée plutôt que l’intérêt général. Une Constitution sert donc avant tout à limiter et à affaiblir les pouvoirs. La Constitution doit séparer les pouvoirs et permettre de les contrôler quotidiennement ; elle doit aussi permettre au peuple de reprendre l’initiative à tout moment contre ses représentants en cas de besoin.

“Chaque citoyen devrait protéger la Constitution, SA Constitution, les armes à la main”

Une bonne constitution est donc un texte protecteur en cas de coup dur. Si, au lieu de ça, elle organise l’impuissance des peuples et l’impunité des représentants (comme le font toutes les Constitutions du monde), ce n’est plus une constitution, c’est une imposture, c’est une anti-constitution. C’est le cas de la constitution française et des institutions européennes (et de bien d’autres). Les citoyens devraient non seulement savoir ce qu’est une constitution, mais ils devraient aussi faire attention à qui l’écrit, qui la protège et qui la fait exécuter : nous devrions tous surveiller la qualité du processus constituant. Chaque citoyen devrait protéger la Constitution, SA Constitution, les armes à la main.

Comme lors d’ une révolution ?

Oui, sauf qu’il y a de vraies et de fausses révolutions. La révolution française de 1789 est une fausse révolution. C’est une révolution entre riches : ces sont les marchands actifs qui prennent la place des nobles oisifs.

Carl Schmitt disait : « le souverain est celui qui décide de l’état d’exception ». Qui aujourd’hui décide de cet état d’exception ?

Aujourd’hui le souverain est collectif. C’est une bande de familles très riches qui financent les marionnettes politiques que sont les élus. Le régime de gouvernement représentatif n’est pas la démocratie. Il est anti-démocratique. Il a été construit précisément et sciemment pour interdire au peuple toute forme de démocratie. Le régime du gouvernement représentatif a permis aux riches de confisquer 100% du pouvoir politique. Le souverain aujourd’hui, c’est une petite fraction du peuple : les plus riches. C’est pourquoi, on doit parler de ploutocratie et pas du tout de démocratie. Et les marionnettes politiques sont des kapos : ce sont des électeurs qui ont décidé de collaborer avec les ennemis du peuple en échange de bons traitements. Nous sommes dans un régime qui est un intermédiaire entre dictature et démocratie. Intermédiaire parce qu’on a le droit de parler, de manifester, tant que ça ne change rien à ce qu’ils appellent “l’ordre social”. La “démocratie représentative” est un oxymore qui n’a rien à voir avec la vraie démocratie. Elle pourrait pourtant l’être, mais à condition que ce soit les citoyens eux-mêmes qui en écrivent les règles de contrôle quotidien. Je peux imaginer une démocratie représentative qui ne serait pas un oxymore. Mais aujourd’hui la démocratie n’a rien de représentative : c’est une oligarchie ploutocratique.

Qu’est-ce qu’est la démocratie selon vous ?

La démocratie est un régime dans lequel le peuple garde le contrôle de ses représentants. Un peuple qui peut imposer les lois lui-même et refuser celles qu’on tente de lui imposer lorsqu’il n’est pas d’accord ; un peuple qui peut changer la constitution de sa propre initiative ; un peuple qui peut révoquer un acteur politique lorsqu’il estime qu’il défaille. Si nous acceptons d’appeler “démocratie” son strict contraire, on se rend incapable de comprendre ce qu’est la vraie démocratie, et on s’interdit de la vouloir. La mise à l’envers de ce mot essentiel est un très beau piège politique.. Dans une vraie démocratie, les banques ne seraient pas privées mais publiques. Nous aurions probablement instauré le revenu de base et la TVA sociale qui va avec. Tous les impôts seraient remplacés par la TVA (50% des prix, impôt difficilement fraudable) et chaque humain toucherait un revenu de base qui lui permettrait de dire non à un travail dégradant. Grâce au revenu de base, tout le monde aurait la possibilité de donner le meilleur de lui-même sans qu’on lui torde le bras parce que, privé de terre, il a un besoin vital d’un revenu (chantage à la misère).

[Mieux encore ! Ayant compris les leçons fondamentales de Bernard Friot, dans une vraie démocratie, nous aurions institué nous-mêmes le SALAIRE À VIE, avec la qualification de la personne (et pas du poste). Voir et .]

“Populiste n’est pas un gros mot”

La nécessité d’avoir un revenu pousse les gens à accepter n’importe quel travail, et c’est profondément aliénant. Ils sont contraints par ce système lamentable à accepter des activités dégradantes, inutiles, voire nuisibles pour le bien commun. Quand quelqu’un accepte, pour gagner de l’argent, de devenir un ingénieur financier, ou un producteur de semences stériles, ou un fabriquant d’armes de destruction massive, c’est révoltant. Une vraie démocratie changerait tout. Le problème c’est que nous n’arrivons même pas à la vouloir parce qu’on a laissé mettre à l’envers tous les mots importants : constitution, citoyen, électeur, démocratie, suffrage universel. Tous ces mots ont été inversés et tant que nous l’acceptons nous sommes les jouets des maîtres du langage. Mais ce n’est pas du tout une fatalité : on peut remettre tous les mots importants à l’endroit, par éducation populaire, c’est-à-dire entre nous, à la base.

Avez-vous lu La stratégie du choc de Naomi Klein. Que pensez-vous de ses thèses ?

C’est une clef de lecture importante, la mise à jour d’une stratégie abjecte, cynique au possible. Dans les années 50, des scientifiques ont découvert que des personnes ayant subi des électrochocs perdaient toute volonté, tout sens critique et deviendraient dociles comme des brebis. Sur le modèle de cette technique, les “libéraux” intègrent le fait qu’une collectivité choquée par un évènement (naturel ou artificiel : un séisme, une guerre) n’est pas capable de résister à une agression supplémentaire et donc de se battre contre une “réforme” dont elle ne veut pas. Ces chocs peuvent très bien être provoqués : des attentats, des déclarations de guerre. Il existe toute sorte de possibilités pour provoquer des chocs.

“S’informer c’est résister. Armez-vous !”

Qu’est-ce que le populisme selon vous ?

Populiste n’est pas un gros mot. Je suis moi-même populiste, évidemment. J’ai lu Christopher Lasch et Orwell sur les conseils de Jean-Claude Michéa qui est un philosophe spécialiste du “libéralisme” que je trouve admirable. Le mot populisme a un sens différent selon la bouche qui le prononce. Chez Lasch, le populisme est un mot positif : un populiste c’est quelqu’un qui se préoccupe des intérêts du peuple. Dans la bouche des oligarques et des Versaillais, ceux qui voudraient “globaliser” la “gouvernance”, c’est-à-dire capturer la totalité des pouvoirs politiques, économiques, culturels et médiatiques, le mot populiste veut dire démagogue, menteur. Mais ce sont eux les démagogues. Ce sont eux qui mentent au peuple pour avoir le pouvoir.

“Le tirage au sort à la place de l’élection”

Encore une fois, “populiste” est un mot qui a été mis à l’envers. Je suggère d’ailleurs à tous les résistants de signaler les mots dangereux qui ont ainsi été mis à l’envers. Je propose que nous balisions les mots menteurs par un signal codé entre nous, avec des guillemets à l’envers (Alt+175 et Alt+174 sur un clavier de PC), comme pour pointer un piège : par exemple, » populiste «, » démocratie «, » suffrage universel «, » citoyen «, » réforme «, » constitution «, etc. Un homme averti en vaut deux. Si on repère clairement les mensonges de la Novlangue, on sera moins vulnérable.

Vous disiez tout à l’heure que le peuple avait sa part de responsabilité de se faire diriger. Peut-on considérer qu’on est encore un peuple ?

Le peuple est un concept temporaire. Une collectivité, à un moment donné, se considère comme un peuple et est prête à envisager des objectifs communs et à se protéger mutuellement. En prenant conscience du danger des voleurs de pouvoirs (qui existeront toujours dans les collectivités : les aspirants chefs, les leaders…), nous devrions arriver à nous en méfier et à éviter à tout prix de leur donner le pouvoir, et donc à instituer le tirage au sort à la place de l’élection. Un peuple qui aurait testé à petite échelle, au niveau de la commune, une vraie démocratie, avec le tirage au sort et ses contrôles.

Est-ce que, selon vous, la Suisse est une démocratie ?

La Suisse est une semi-démocratie (ce qui est déjà bien), grâce au référendum d’initiative populaire. Les Suisses ont ainsi les moyens institutionnels, à leur propre initiative, de court-circuiter leurs représentants sur les sujets les plus graves. La Suisse est donc infiniment plus démocratique que la France, qui ne l’est pas du tout. Mais il est essentiel de comprendre que cette puissance des Suisses -et cette impuissance des Français- est programmée, programmée dans la Constitution !

“Les professionnels de la politique ont un intérêt personnel à programmer l’impuissance du peuple”

Qu’est-ce qu’un référendum d’initiative populaire ?

Le RIP (ou RIC : référendum d’initiative Citoyenne) est l’institution qui garantit au peuple qu’il lui est possible, de sa propre initiative et à tout moment, de reprendre le contrôle des processus législatifs et constituants. C’est central. Le référendum d’initiative populaire existe dans quelques pays dans le monde : en Italie, dans la moitié des États-Unis, au Venezuela et en Autriche, par exemple. En France, en 2008, le parlement, aux ordres du gouvernement, a révisé la constitution pour instituer ce qu’ils ont appelé frauduleusement (je pèse mes mots) un “référendum d’initiative populaire”. Il suffit de lire l’article 11 pour constater que ce n’est qu’un referendum d’initiative parlementaire. Nos prétendus » représentants « se moquent donc ouvertement de nous. Nous ne sommes pas en démocratie : nous sommes en ploutocratie.

Par quel moyen le peuple français peut-il re-devenir ou devenir le souverain ?

Il faut qu’on réfléchisse pour créer quelque chose de nouveau et concentrer notre objectif sur un point précis et aucun autre (pour réunir le plus grand nombre d’entre nous). Il faudrait que ce point commun soit effectivement décisif c’est-à-dire suffisant pour entrainer ensuite naturellement la plupart des modifications que nous souhaitons.

Ce point est, me semble-t-il, dans la qualité du processus constituant : il ne faut plus qu’il y ait de professionnels de la politique dans l’Assemblée constituante, ni dans le Conseil constitutionnel. PLUS JAMAIS ET EN AUCUN CAS. En effet, les professionnels de la politique ont un intérêt personnel à programmer l’impuissance du peuple, et c’est ce qu’ils font, toujours et partout. Seule une constitution d’origine citoyenne permettra au peuple de reprendre le contrôle de ses affaires (les affaires publiques).

Le tirage au sort est-il l’avenir de la démocratie ?

Non, le tirage au sort n’est pas « l’avenir de la démocratie », il en est indissociable ; c’est un lien beaucoup plus fort qu’une simple étape chronologique : il n’y a pas de démocratie sans tirage au sort.

Étienne Chouard.

Propos recueillis par Arthur Scheuer et Baptiste Thion

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/09/08/253-ragemag-populiste-n-est-pas-un-gros-mot


Pour approfondir le travail de Bernard Friot :

Le site réseau salariat :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Bernard Friot « La conférence gesticulée »

Usul présente le Salaire à Vie (Bernard Friot)

Friot formules ses reproches au revenu de base :

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Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154532965612317

UN ÉTAT — OU UNE COMMUNE — DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN, IL LA CRÉE.

Le pillage de la Grèce est le plus grand des scandales. Je lis ça et ça me révolte :

Énième cure d’austérité en Grèce :

http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/enieme-cure-d-austerite-en-grece-1040635.html

Les parlementaires grecs seront amenés la semaine prochaine à voter un énième train de mesures de rigueur. Elles concernent cette fois la réorganisation du marché de l’énergie et de nouvelles privatisations.

Le Parlement grec doit se prononcer la semaine prochaine sur un énième train de mesures de rigueur, réclamées par les créanciers en vue du déblocage de 2,8 milliards d’euros de prêts à la Grèce, a-t-on appris samedi de source parlementaire.

Le projet de loi, qui concerne surtout la réorganisation du marché de l’électricité, l’accélération des privatisations et la gestion des prêts bancaires non performants, « doit être débattu lundi en commission parlementaire avant un vote à l’Assemblée mardi soir », a déclaré à une responsable du bureau de presse du Parlement.

Des mesures controversées

Parmi les sujets controversés abordés dans ce projet de loi figure le transfert des compagnies publiques dont celles de l’Electricité (DEI) et de l’eau à la Société des Participations publiques (Edis), récemment créée sur le modèle français de l’APE (Agence des participations de l’Etat).

Edis fait partie du nouveau fonds de privatisations EESP qui succède à l’actuel Taiped (Fonds d’exploitation du patrimoine public), créé au moment de l’éclosion de la crise de la dette en 2010 pour faciliter la vente des biens publics et augmenter les liquidités de l’Etat.

La Grèce toujours en récession

L’introduction au Parlement de ce nouveau projet de loi intervient une semaine après la fin de la visite des représentants des créanciers à Athènes pour évaluer les comptes grecs, un rituel qui se répète depuis 2010, lorsque la Grèce a été placée sous la tutelle de l’UE et du FMI.

Vendredi, le FMI a de nouveau appelé l’UE à alléger la dette grecque, qui pèse sur les finances publiques, tout en insistant sur les coupes dans les retraites, rabotées à plusieurs reprises ces dernières années. Soumise à des politiques d’austérité draconiennes, la Grèce peine toujours à sortir de la récession malgré l’amélioration de ses finances.

Source : BFM business http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/enieme-cure-d-austerite-en-grece-1040635.html

 
Mon commentaire :

Ces privatisations pour alimenter l’État en argent sont un scandale approfondi et répété, et en plus, ces honteuses rapines d’usuriers sont infligées au peuple grec par la prétendue « gauche radicale » !!!

UN ÉTAT DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN, IL LA CRÉE.

Les politiciens qui abandonnent la souveraineté monétaire (qui ne leur appartient pas !) sont indignes, même « à gauche », ce sont des incompétents ou des traîtres.

Pour nous prémunir de la révoltante et non nécessaire « purge grecque » à venir, il faut multiplier entre nous, TOUS LES JOURS, les mini-ateliers constituants prolifiques et contagieux (MAC-PC), en les orientant très prioritairement sur la question monétaire.

Bougez-vous ! Il faut faire passer cette idée rapidement autour de vous pour que le niveau monte plus vite, ÇA URGE : une nation — ou une commune — digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie dont le peuple a besoin, elle la crée.

Nous devons vite apprendre à créer NOUS-MÊMES la monnaie dont nous avons besoin pour vivre.

Étienne.

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« Négationnisme économique » : l’affaire Cahuc

L’arrogance (dangereuse) des puissants, qui aspirent (toujours et partout) à devenir tout-puissants : un exemple (à peine croyable quand on y réfléchit) avec cette polémique :

« Négationnisme économique » : l’affaire Cahuc

http://www.alterecoplus.fr//negationnisme-economique-laffaire-cahuc/00012140

Source : Alternatives Économiques

Ce serait risible si cela n’était pas grave. Pierre Cahuc et André Zylberberg viennent de publier Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser. L’ossature du livre repose sur un syllogisme simple : les économistes mainstream travaillant à partir d’une méthode scientifique, leurs résultats disent la vérité ; ceux qui les contestent sont de faux savants qui nient la réalité, des négationnistes, au même titre que les personnes qui nient l’existence de la shoah durant la Seconde Guerre mondiale ; il faut donc se débarrasser d’eux en les privant de tout accès aux médias afin de préserver la pureté du débat.

C’est un ouvrage d’une rare violence dans le monde des économistes. Qui plus est, les auteurs refusent la possibilité même d’une discussion à ceux qui ne partageraient pas leur point de vue : s’ils sont économistes, il faut les excommunier ; s’ils ne le sont pas, tout propos les contestant est présenté par avance comme de la rhétorique négationniste.

Dans ces conditions Alternatives Economiques a hésité à commenter ce livre. On ne débat pas avec l’Inquisition et sa police de la pensée. Pourtant, trois raisons nous y ont finalement poussés. D’abord, la brutalité du propos assure à l’ouvrage une présence médiatique importante. Ensuite, Alternatives Economiques est directement attaqué dans l’ouvrage, à partir de manipulations grossières nous le montrerons, avec un appel explicite à faire fuir une partie de nos lecteurs. Dans un moment où, comme le reste de la presse, nous sommes fragilisés, l’objectif, a priori inédit de la part d’économistes, est clairement de tuer économiquement notre entreprise et ses emplois.

Enfin, lorsque l’on se comporte avec une telle violence, il faut être solide, à la fois sur le plan intellectuel et personnel. Suite aux débats suscités par le livre, Alternatives Economiques a reçu des informations décrivant un comportement pour le moins stupéfiant de monsieur Pierre Cahuc lors des débats sur la loi travail, que nous sommes donc en mesure de révéler.

L’économie est-elle une science ?

Après un départ en fanfare qui donne d’emblée le ton d’agressivité extrême de l’ouvrage, les auteurs relâchent un peu la pression en arrivant à nous faire rire dès la page 27 : « les économistes ‘orthodoxes’ représentent l’écrasante majorité des chercheurs dans le monde ». C’est incontestable : si les hétérodoxes étaient majoritaires, on les appellerait… les orthodoxes !

Plus sérieusement, qu’est-ce qui définit la qualité scientifique du travail des économistes du courant dominant, une hypothèse dont l’affirmation représente la prémisse du syllogisme ?

D’abord, une méthode expérimentale : pour toute question qu’elle traite, « l’analyse économique compare des groupes tests au sein desquels [d]es mesures ont été mises en œuvre, avec des groupes de contrôle où elles n’ont pas été mises en œuvre » (p. 14). On compare par exemple deux territoires proches économiquement et on regarde ce qui se passe en termes d’emploi quand l’un augmente le SMIC et pas l’autre. Ensuite, les résultats de ces tests font l’objet d’articles soumis à des revues qui ne les publient que lorsqu’elles jugent leur qualité suffisante, une validation par les pairs qui assurent la valeur de l’étude proposée.

Cette présentation fait-elle consensus chez les économistes ?Interrogé par Les Echos le 9 septembre dernier, Philippe Aghion, un ancien professeur de Harvard aujourd’hui au Collège de France ne croit pas « qu’il faille ignorer les études scientifiques au principe qu’elles ne sont pas publiées dans les meilleures revues, comme semblent le sous-entendre Pierre Cahuc et André Zylberberg. Nouriel Roubini avait prévu la crise économique. A-t-il publié sa thèse dans une « top revue » à l’époque ? Non. Par ailleurs, les meilleures revues scientifiques tendent à publier des études empiriques très bien identifiées, mais pas forcément transposables. En particulier, ce sont rarement des études sur les effets de politiques ou réformes systémiques. Faut-il alors renoncer à commenter les effets de telles réformes ? ». Interviewé également, Pierre-Noël Giraud, professeur à Mines Paris Tech et Dauphine affirme que « l’économie n’est pas une science expérimentale, purement inductive et traitant des « faits » bruts qui ne sont que des statistiques, au sens de la médecine quand elle teste des médicaments. En effet, l’expérience en économie n’est jamais reproductible (sauf à la rigueur au micro niveau des expériences de moustiquaires à la Esther Duflo), elle ne peut jamais être « suffisamment » séparée de son environnement sociétal ».

Pour Xavier Ragot, le directeur de l’OFCE, le livre est caricatural. Après avoir démontré les faiblesses de la méthode expérimentale, il conclut que « l’approche scientiste du livre est réductrice » et « témoigne d’une pente dangereuse du débat intellectuel qui va à la fois vers une caricature du débat et une violence verbale ».

Pour aller dans le même sens, on mentionnera cette étude empirique qui a demandé aux économistes ayant publié dans des revues américaines de fournir leurs données afin de tenter de réaliser le même travail pour voir s’ils obtenaient les mêmes résultats. Si l’on met de côté deux articles pour lesquels ils ne disposaient pas des logiciels appropriés et six autres utilisant des données confidentielles, cela donne un taux de reproduction final de 49 % sur les 67 articles étudiés. En clair, lorsque nos deux économistes citent une étude pour justifier leur point de vue, sachez qu’il ne faut le croire, littéralement, qu’à moitié !

Angus Deaton, prix 2015 de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, un gage de sérieux dans le petit monde des économistes, liste également un nombre assez impressionnant de critiques à l’encontre de la méthode expérimentale qui fait tant briller les yeux de nos deux auteurs : les causes réelles de ce que l’on observe restent incertaines, les résultats peuvent être dus au hasard, ne donnent que des résultats en moyenne sans que l’on sache comment sont affectées l’ensemble des populations concernées, etc., etc.

Le chercheur André Orléan démontre de son côté dans une longue analyse combien les deux auteurs du livre ne connaissent, en fait, pas grand-chose aux questions épistémologiques en général et à la méthode expérimentale en particulier. Un argument notamment, pas le plus profond mais le plus étonnant, est avancé : sur les quinze derniers articles publiés entre 2002 et aujourd’hui par monsieur Pierre Cahuc, aucun n’a recours à la méthode expérimentale censée assurer la qualité scientifique des auteurs. Selon ses propres critères, Monsieur Cahuc avance donc des idées qui ne respectent pas la bonne méthode et doit donc être rangé chez les négationnistes ! Du grand n’importe quoi.

Petites et grosses manipulations (I) : Alternatives Economiques

Encore plus gênant pour un livre censé porté la bonne parole de la vérité scientifique, il est rempli de manipulations. Des petites et des plus grosses. A tout seigneur, tout honneur, les lecteurs ne nous en voudront pas de commencer par les deux attaques dont fait l’objetAlternatives Economiques, promu au rang d’institution tellement puissante qu’il faille tenter de la tuer. Notre petite équipe en a quand même ressenti une certaine fierté !

La première flèche est dirigée contre une phrase, une seule, de notre ancien rédacteur en chef, ancien PDG et éditorialiste Philippe Frémeaux qui nous vaut une première mention de laveurs de cerveaux des lycéens qui nous lisent et de leurs professeurs. Les deux auteurs commencent par citer Frédéric Lordon affirmant que pour les économistes du courant dominant, « il n’y a même pas à dire que ce sont des vendus, car ils n’avaient pas besoin d’être achetés : ils étaient acquis dès le départ. Ou bien ils se sont offerts avec joie » au camp des puissants et des dominants de l’économie et de la finance. « Ce discours est repris pratiquement mot pour mot par le magazine Alternatives Economiques », suit la citation de Frémeaux selon laquelle « nos experts ne sont pas vendus au système, mais lui sont simplement acquis » (p. 29).

Notre journaliste s’exprime en mars 2012 et Frédéric Lordon en juillet, soit après lui. Mais c’est pourtant notre éditorialiste inféodé qui l’a repris…

La manipulation est ici double. D’une part, les références des deux citations indiquent que Philippe Frémeaux s’est exprimé en mars 2012 et Frédéric Lordon en juillet, soit après lui. Mais c’est pourtant notre éditorialiste inféodé qui l’a repris… D’autre part, là où Lordon dénonçait des économistes personnellement au service des forces économiques et financières dominantes, l’intégralité de la citation de Frémeaux est intéressante : « Pour ma part, j’aurais tendance à dire que nos experts ne sont pas vendus au système, mais lui sont simplement acquis. Ils pensent que le capitalisme, en dépit de tous ses défauts, est la seule voie possible. Ce qui n’interdit pas de le réformer à la marge, mais sans renverser la table ». Quel lecteur sérieux peut rassembler les deux propos sous une même bannière ?

Même pratique dans la seconde attaque dont nous faisons l’objet. Elle porte cette fois sur l’engagement du journal en faveur de la réduction du temps de travail, en particulier dans notre numéro de mai 2016 qui comporte un appel à remettre le temps de travail au cœur du débat. Alors que nous sommes présentés comme des ayatollahs du sujet, que dit la partie du texte, non citée, de notre appel ? « Nous avons pleinement conscience de la difficulté de l’exercice tant en termes de financement que d’organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au cœur du débat public ». A ces précautions et à cette demande de pouvoir débattre du sujet, nos deux accusateurs publics répondent : « un parfait exemple de négationnisme » (p. 169) car « toutes les études publiées par les revues académiques dignes de ce nom montrent que le partage du travail ne crée pas d’emplois ».

Pourquoi cherchent-ils à tuer économiquement l’entreprise Alternatives Economiques ?

Jean Tirole a tenu récemment le même propos. Mais lorsque que je l’ai interviewé sur France Inter sur le sujet, il a fini par admettre qu’arriver à une conclusion claire, « c’est compliqué »… D’ailleurs, nos deux auteurs admettent que faire le bilan emploi des 35 heures est difficile car plusieurs facteurs jouent (baisse des cotisations, réorganisation des entreprises). Mais, ils ont choisi : la RTT n’y a joué aucun rôle. L’économiste Eric Heyer a pourtant déjà montré que le soi-disant consensus scientifique sur le sujet n’existe pas. Leur réponse ? Une seule étude pour la France a montré que l’Alsace Moselle n’a pas créé plus d’emplois que les départements limitrophes lorsqu’elle a bénéficié d’une réduction du temps de travail… de 20 minutes par semaine ! No comment…

Ou plutôt si, un commentaire : comment expliquer ces attaques contre notre journal ? A chaque fois, ces deux économistes soulignent que nous donnons de mauvaises pensées économiques aux lycéens et aux professeurs qui nous lisent, leur intimant de facto d’arrêter de le faire. Ils citent avec précision notre diffusion et suivent visiblement nos écrits. Ils savent donc que, comme le reste de la presse, nous connaissons des difficultés, que nous sommes en train de surmonter grâce au soutien de nos lecteurs. Par une mise en cause à l’aide de procédés discutables, ils avancent la dernière branche de leur raisonnement : faire disparaître ceux qui ne pensent pas bien. Un combat politique qui reprend les propos anciens de la frange la plus extrême du patronat dont nos deux scientifiques neutres et objectifs s’accommodent bien.

À l’inverse, Xavier Ragot, le directeur de l’OFCE souligne que « des journaux portent des visions hors du consensus, comme Alternatives Economiques en France (au moins c’est dans le titre). Ces journaux sont utiles au débat public, précisément du fait de leur ouverture au débat ».

Petites et grosses manipulations (II) : thèmes divers

Si nous ne pouvions laisser ces attaques sans réponse, Alternatives Economiques n’est en fait qu’un petit épisode dans la série de manipulations des auteurs. Signalons déjà que, bien qu’ils demandent de se méfier des toutôlogues qui se croient spécialistes en tout, les voilà qui donnent des leçons sur ce qu’il faut penser des questions traitant du sort des enfants défavorisés, du salaire minimum, de la politique industrielle, de la stabilité financière, de l’impôt, de la dépense publique, de l’immigration et de la réduction du temps de travail. Ne parlant pas à tort et à travers, nul doute qu’ils maîtrisent parfaitement toute la littérature sur tous ces sujets. Malheureusement, sur plusieurs des thèmes traités éclate au mieux leur incompétence, au pire leur mauvaise foi (ou l’inverse !).

Sur plusieurs des thèmes traités éclate au mieux leur incompétence, au pire leur mauvaise foi (ou l’inverse !)

Prenons le chapitre consacré à la finance. La crise des subprimes, répètent-il, est essentiellement le fait des non remboursements des prêts immobiliers des ménages modestes. Connaissent-ils ce NBER Working Paper de 2015, fondé sur un travail empirique, qui démontre que l’essentiel des défauts de paiements durant la crise proviennent des classes moyennes et aisées ? Egrenant la vulgate libérale sur le sujet, ils expliquent que la crise ne résulte pas de la libéralisation financière mais des politiques publiques visant à favoriser l’accès au logement des ménages modestes (p. 88). Quelle étude le démontre ? Aucune n’est citée. Pourquoi ? Il n’y en pas. Et j’ai une bonne nouvelle pour eux : agacé par tous les arguments avancés par les conservateurs et les libéraux, Barry Ritholz, dirigeant d’Equity Research, une entreprise de recherche quantitative sur la finance, a fini par lancer un défi sur son site, proposant à tous ceux qui pensent pouvoir démontrer que les politiques publiques sont responsables de la crise de parier entre 10 000 et 100 000 dollars de leur propre argent qu’il parviendra à démonter leurs arguments. J’attends avec impatience le résultat de ce pari dans lequel nos deux « experts » vont assurément se lancer.

Les économistes des grandes institutions internationales obéissent aux intérêts des Etats dominants et ne sont donc pas sérieux

La finance est-elle toujours favorable à la croissance ? Ceux qui le nient sont des négationnistes. Alors bienvenue au club des négationnistes messieurs les économistes du FMI, de la BRI et de l’OCDE qui ont soutenu ce point de vue ! Interviewé à l’émission de France Culture La Grande table du 5 septembre dernier, Pierre Cahuc a déclaré « une étude du FMI n’est pas une étude indépendante. Le FMI représente les intérêts des grands Etats de la planète ». Un commentaire qui vaut donc pour les économistes de toutes les institutions publiques internationales ainsi renvoyés d’un revers de main vers le négationnisme. La liste s’allonge… Ainsi, les « grands Etats de la planète » commandent-il en secret des études pour démontrer que trop de finance peut tuer la croissance car cela sert leurs intérêts cachés. Nous voilà en plein complotisme et en plein ridicule dans un livre qui prétend donner des leçons de vérité scientifique. Misère…

On pourrait multiplier les exemples au fil des chapitres mais cet article est déjà trop long. Et il nous faut le finir par ce que l’on baptisera « l’affaire Cahuc ».

L’affaire Cahuc

On se rappelle que la loi travail a donné lieu à de virulents débats politiques, syndicaux mais aussi entre économistes. Dans la version papier du journal Le Monde du 5 mars 2016, Pierre Cahuc et plusieurs autres économistes ont signé une tribune en défense de la loi travail. Loin de faire consensus, leurs arguments ont été contestés par une autre tribune parue dans la version papier du même journal le 10 mars, signée par d’autres économistes.

Quelle n’a pas été la surprise de ces derniers de recevoir peu de temps après un mél de monsieur Cahuc. Je l’ai reçu de trois personnes différentes afin de pouvoir être certain de son contenu. Dans un premier paragraphe, l’économiste s’étonne que ses détracteurs aient cité telle étude pour soutenir leur propos, conteste sa validité et en fournit d’autres qui lui paraissent plus solides. Jusque-là, tout est normal.

« Je ne pense pas que dénoncer une potentielle incompétence ou volonté de manipulation de la part de collègues chercheurs par voie de presse rende service à notre discipline ». Signé : Cahuc !

La suite est plus surprenante. « Je ne pense pas que dénoncer une potentielle incompétence ou volonté de manipulation de la part de collègues chercheurs par voie de presse rende service à notre discipline ». On en reste stupéfait ! L’auteur de ce propos est le coproducteur d’un ouvrage de 240 pages, dont il assure dans la presse une large promotion, pour faire exactement ce qu’il dénonce, une dénonciation outrageuse de l’incompétence de ceux qui ne pensent pas comme lui ! Ce qui lui vaut une réponse de la même aune, par exemple de Henry Sterdiniak dans le Nouvel Observateur : « un pamphlet ignoble », « un appel direct à l’épuration ».

Ce n’est pas tout. La fin est plus inquiétante : « Il me semble que ce type de débats devrait plutôt faire l’objet de séminaires qui nous permettent de nous faire une opinion mieux établie grâce à des échanges d’idées dans un cadre serein ». En clair : les amis, quand il n’y a pas consensus entre nous, surtout n’en faites pas un débat public, après les gens vont croire qu’il y a plusieurs politiques possibles en économie, c’est pas bon pour notre image, ça. Surtout pas de débat. Et encore, tous n’ont pas reçu cet appel : par exemple, Philippe Askénazy, chercheur au CNRS ou Xavier Timbeau, directeur principal à l’OFCE, signataires de la tribune mais sûrement trop négationnistes, n’ont pas été conviés, l’auteur du mél ajoutant l’ostracisme à son comportement démocratiquement douteux.

L’auteur du mél ajoute l’ostracisme à un comportement démocratiquement douteux

Ce violent appel à refuser l’existence même d’un débat est réitéré à la fin du livre. Les deux auteurs demandent tout bonnement aux journalistes de cesser de donner la parole à ceux qui ne pensent pas comme eux. Des représentants de divers médias ont publié un textepour souligner l’horreur politique de tels procédés.

Des motivations incompréhensibles

Il est difficile de comprendre le comportement de ces économistes. Figures importantes de l’économie mainstream, ils détiennent les labos, les budgets, les instances de sélection des professeurs, etc. La grande majorité des chroniques économiques de l’audiovisuel privé et public sont adeptes de leurs recommandations. Alors qu’ils contrôlent puissamment la profession et l’information publique, leur rêve est d’éliminer totalement ce qu’il reste de pensée économique hétérodoxe. A quelles sources puisent donc leurs motivations ?

Il est difficile de comprendre le comportement de ces économistes qui sont déjà largement dominants

En tout état de cause, lorsque leurs représentants ont promis au gouvernement de faire attention dans la sélection des professeurs d’université à laisser de la place à la diversité des méthodes scientifiques et des sujets, on est certain aujourd’hui que cela ne sera pas le cas. Si ce gouvernement tient à l’avenir de la diversité de la pensée économique en France, il doit absolument et rapidement ouvrir une autre voie de sélection et laisser jouer la concurrence des idées entre les économistes. Sinon la violence du mainstream détruira tout débat économique en France.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX

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Mon commentaire :

Les dominants ne manquent pas d’air.
Les « économistes » au service des banques non plus.

Keynes disait fort justement que la place des économistes n’est pas au volant mais sur la banquette arrière.

Les choix économiques sont tous des choix politiques, et les mettre hors de portée du peuple (en présentant ces choix comme des choix qui s’imposent d’eux-mêmes parce que « techniques », « scientifiques ») est tout simplement (mais très profondément) antidémocratique.

Abonnez-vous à Alter Éco puisque ça énerve les ploutocrates 🙂

Étienne.

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[Résumé dense, 37 min] Les électeurs-enfants doivent MUTER en citoyens-adultes (adultes politiques et DONC économiques)

Si vous ne connaissez pas cet entretien (c’est un rappel), (avec presque tout ce qui compte le plus, à savoir et à faire savoir, de mon point de vue), il devrait vous plaire (j’espère) 🙂

Bonne rentrée à tous, bande de virus 🙂 avec, j’espère, une bonne grève générale, illimitée et reconductible, avec occupation des usines et ateliers constituants, un peu partout sur terre 🙂


Deux conseils de lecture pour la rentrée, deux tout petits livres, puissants, enthousiasmants, épatants épatants épatants :

Simone Weil (magnifique) : grève et joie pure

(éditions Libertalia)


http://www.editionslibertalia.com/catalogue/a-boulets-rouges/simone-weil-greves-et-joie-pure


Noam Chomsky (passionnant) : Sur le contrôle de nos vies

(ou « La Conférence d’Albuquerque »)

(Édition Allia)


http://www.editions-allia.com/fr/livre/454/sur-le-controle-de-nos-vies-br-ou-la-conference-d-albuquerque

Les élus des maîtres-chanteurs ne lâcheront jamais le pouvoir. Il faut apprendre à écrire nous-mêmes les institutions.

J’avais oublié ce court entretien, au calme avec de très jeunes journalistes, au cours de l’Université d’été du revenu de base, en 2014.


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[À qui sert la prétendue « Union européenne »] Stathis KOUVELAKIS : Après la capitulation de SYRIZA… l’asservissement total du peuple grec (et bientôt le nôtre)

[IMPORTANT] Le véritable objectif de l’Union européenne, mis en évidence par L’EXEMPLE GREC

[DÉTAILS de l’assassinat de la Grèce par les autorités européennes, grâce à la CRIMINELLE TRAHISON des Grecs par leur principal parti « de gauche »]

Écoutez bien (et notez sur un papier) le détail de ce qui est désormais infligé aux Grecs : ça nous pend au nez (parce qu’on regarde trop la télé et qu’on se fait intoxiquer).

Stathis KOUVELAKIS : « Après la capitulation de SYRIZA quelles stratégies pour la Gauche en Europe ? »

Il faudrait retranscrire cette intervention, que je trouve très importante (ça va crescendo… ce qu’on fait aux Grecs est atroce).

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[Edit : Véronique me dit qu’elle va s’occuper de la retranscription. Merci à elle 🙂 ]

 Voici donc le script de cette intervention (merci Véronique !) :

STATHIS KOUVELAKIS :
APRÈS LA CAPITULATION DE SYRIZA,
QUELLES PERSPECTIVES POUR LA GAUCHE EN EUROPE ?

Le LIEU-DIT
Paris, samedi 4 juin 2016

 

 

La convergence de fait entre un mouvement social comme Nuit Debout et l’occupation des places, et les mobilisations syndicales et, c’est plus multiforme, contre la Loi Travail, a présenté des ressemblances évidentes avec le mouvement multiformes aussi tel qu’il s’est exprimé en Grèce pendant les grandes années 2010-2011 de la mobilisation contre les premiers mémorandums. Même si les mémorandums c’était la loi El Khomri à la puissance 10, parce que ce n’était pas simplement un renversement complet du code du travail et de la législation du travail mais un bouleversement de l’ensemble, disons, du contrat social. Donc, ce qui se passe maintenant en Grèce nous informe de l’étape à venir et de la gravité extrême de ce qui est en train de se préparer, et qui affecte, comme cela est devenu beaucoup plus clair, l’ensemble des pays européens.

La deuxième raison c’est que l’expérience grecque s’est soldée par une défaite, et je vais être très clair par rapport à ça, je vais l’expliquer de façon un peu plus détaillée par la suite, nous sommes encore dans l’onde de choc de cette défaite.

Or cette défaite est celle d’un pari politique de très grande ampleur qui a polarisé et suscité l’intérêt des mouvements sociaux des gauches radicales et anticapitalistes de l’Europe et au-delà, pendant toute une période, et, c’est une expérience qui a vu la conjonction d’un pari proprement politique avec Syriza, mais aussi de tout un capital de lutte et de mobilisation sociale.

Donc, il est tout à fait crucial de tirer les leçons justement de ce qui s’est passé en Grèce, précisément pour que les potentialités qui se dégagent maintenant, en France et je l’espère ailleurs, avec la reprise de la mobilisation sociale et du combat de classe, connaissent une issue différente.

Alors, je vais commencer par un premier point qui est tout simplement de vous dire un peu ce qui vient maintenant de se sceller avec les votes du parlement grec au cours du mois de mai.

Au cours du mois de mai, en deux vagues successives, le noyau dur du troisième mémorandum qui a été signé par Tsipras l’été dernier, est entré dans les faits. Alors la façon habituelle dont ceci est présenté est que c’est un nouveau paquet d’austérité, ce qui est bien sûr tout à fait exact. Ce nouveau paquet d’austérité implique une réforme du système des retraites avec la sixième vague de diminution des retraites, et la destruction du système de retraites par répartition et l’entrée dans un système de retraites par capitalisation, et la condamnation à des niveaux de pauvreté et de misère de la grande majorité des retraités grecs. Il se traduit aussi par une nouvelle vague de sur-taxation infligée aux ménages les plus fragiles et les plus modestes et aux classes moyennes aussi, qui sont déjà les plus lourdement taxées en Europe, sans que rien bien entendu ne soit fait pour changer la scandaleuse non-imposition du capital et des privilégiés en Grèce.

Donc tout ça si vous voulez c’est en rajouter une couche par rapport à ce qui a déjà été fait, ceci dans un pays dont le désastre économique et social continue sans aucune discontinuité. Prévision pour cette année : 1,5 % de récession après une récession cumulée de près de 26 à 27 % depuis le début de la crise, supérieure à celle des années trente, je le rappelle. Donc on s’acharne sur un cadavre à l’heure actuelle. Mais ce n’est pas tout, et ce serait même gravement insuffisant de ne voir que ça, et c’est ce sur quoi je veux insister maintenant.

Ce qui se passe en Grèce est une véritable entreprise de néo-colonisation du pays. Je pèse mes mots et je n’exagère en rien ce n’est pas du tout une figure de rhétorique et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. La néo-colonisation passe par la combinaison de deux choses. Premièrement un modèle d’accumulation, un modèle économique si vous voulez qui est basé sur ce que David Harvey a appelé l’accumulation par dépossession. C’est-à-dire un système d’accumulation du capital qui ne fonctionne pas simplement et peut-être même pas essentiellement par l’exploitation capitaliste habituelle, celle de la force de travail si vous voulez, mais par la prédation directe de ressources et tout particulièrement de ressources publiques. C’est une notion que David Harvey a développé au cours de son analyse de ce qu’il appelle « le nouvel impérialisme ». Et pour comprendre justement les formes particulièrement violentes et brutales par lesquelles le néo-libéralisme s’est imposé dans les pays du sud. Et c’est précisément ce qui est en train de se passer en Grèce. La Grèce c’est l’application pour la première fois, il n’y a aucune originalité en réalité dans la thérapie de choc qui a été appliquée en Grèce, en tant que telle, c’est des choses que le FMI a fait dans les pays du sud global, la seule originalité c’est que c’est fait dans un pays d’Europe occidentale.

La deuxième chose, qui est tout à fait essentielle d’un point de vue politique, c’est que se trouve démantelé ce qui restait de la souveraineté de l’Etat grec et de ses institutions. Et là la Grèce se trouve maintenant placée sous un régime de tutelle, qui existait déjà bien entendu depuis le début des mémorandums et du règne de la Troïka, mais qui se trouve maintenant verrouillée à un niveau sans précédent. L’Etat grec a été dépouillé de tous ses leviers d’action possibles. Ceci a été constitutionnalisé en quelque sorte par le troisième mémorandum et va peser très lourd comme vous comprenez dans toute la période qui vient et dans la manière dont les rapports de force vont se construire pendant la période qui vient. C’est-à-dire que ce à quoi vont faire face les résistances et les mobilisations populaires pendant la période qui vient c’est quelque chose de bien plus grave, bien plus féroce, bien plus verrouillé que ce qu’on avait jusqu’à présent.

En quoi ce nouveau modèle économique s’applique ? Premièrement, et ça c’était l’une des premières choses que le gouvernement Tsipras II a fait à l’automne dernier, ce qu’on appelle la recapitalisation des banques grecques, c’est-à-dire leur vente à des fonds spéculatifs, après avoir absorbé près de 40 milliards d’argent public, pour lequel le contribuable grec, le peuple grec,  s’est endetté, tout cela a été revendu à des prix complètement ridicules à des fonds spéculatifs.

Donc le système bancaire grec qui se trouvait majoritairement sous contrôle étatique en réalité, même si ce contrôle n’était pas actif, avec toutes les injections qui avaient été faites de fonds publics et de recapitalisation, est maintenant entièrement passé dans les mains d’un secteur privé, de fonds privés et de fonds privés étrangers d’ailleurs, donc le secteur financier a été complètement cédé aux vautours de la finance internationale. Et c’est la première grande réforme du gouvernement Tsipras II.

Le deuxième mécanisme c’est celui de la dette. Alors évidemment je ne vais pas développer ce point, (devant Éric [Toussaint], ce serait complètement ridicule, il va vous dire ce qui est nécessaire), ce que je veux simplement souligner, c’est que l’un des bluffs de ce très grand bluffeur et manipulateur qu’est Alexis Tsipras au cours de la dernière période, ça a été de dire, écoutez ok on va passer des mesures douloureuses etc. on peut pas faire autrement, nanani nananère, mais on obtiendra un allègement de la dette. Allègement de la dette, allègement de la dette, la promesse de l’allègement de la dette, on a fait un deal vous verrez, etc. Le résultat est qu’on a eu ces mesures d’austérité féroces et tout le reste,  les réformes de structure dont je vais parler, et évidemment aucun allègement sur la dette, une vague promesse que  la discussion va reprendre à partir de 2018 (Éric nous en dira davantage).

Donc deuxième crime. Moi je considère que tout ça c’est des crimes. Et je ne le considère pas personnellement, Éric pourra nous en dire davantage, c’est des choses qui sont passibles pénalement, pour tous les gouvernements antérieurs, et évidemment Syriza a été le premier à le dire, et maintenant pour le gouvernement Syriza II.

Troisième chose, les privatisations. Alors là on entre dans quelque chose qui est du jamais vu. Ce qui a été voté par le Parlement grec c’est la constitution d’une agence nouvelle, qui vient se substituer à l’agence existante des privatisations, et qui par rapport à l’ancienne, qui s’appelait Taiped, présente trois différences.

Premièrement, c’est une agence qui a une structure de société privée, ce n’est pas une agence publique, même d’un point de vue formel, légal.

Deuxièmement, elle a été créée pour une durée de 99 ans, contre 6 pour l’agence qui existait déjà.

Troisièmement, sont passés sous son contrôle la to-ta-li-té des actifs publics de l’Etat grec contre 25 actifs de l’agence qui existait jusqu’à présent. Je dis bien la totalité des actifs de l’Etat grec. La première liste provisoire est de 11.900 actifs.

C’est le plus gigantesque transfert de propriété jamais opéré dans un pays européen de l’ouest, je mets ici évidemment sous une catégorie séparée les pays des anciens régimes du socialisme dit réel, c’est l’opération du plus gigantesque transfert de propriété jamais opéré dans un pays occidental (il y avait un article du Guardian d’ailleurs très explicite sur cette question).

Que va faire cette agence ? Elle va vendre tout jusqu’à hauteur des 50 milliards d’euros, c’est ça l’objectif, dont les recettes seront consacrées à 50% pour la consolidation des banques qui sont passées sous le contrôle du secteur privé, à hauteur de 25 % pour le remboursement de la dette, et  à hauteur de 25% pour des investissements non spécifiés. Le Conseil d’Administration de cette nouvelle société, entièrement indépendant de tout contrôle politique, est fait de 5 membres, 3 sont nommés par le gouvernement grec sous condition explicite d’avoir reçu l’approbation préalable de la Troïka, les deux autres sont nommés directement par la Troïka. Et c’est pour 99 ans. La presse économique internationale a immédiatement interprété cette durée totalement incroyable, c’est du jamais vu, dans aucun pays quelle que soit l’étendue des conditions de privatisations n’a été créé une agence qui fonctionne selon ces principes, comme un désaveu de toute « confiance » des institutions financières internationales par rapport à la Grèce.

Cerise sur le gâteau, dans le modèle économique, pour débloquer une tranche supplémentaire de prêt,  qui est due en septembre, en plus des 7 milliards qui vont être débloqués dans les jours qui viennent, la Troïka a demandé tout un nombre de conditions supplémentaires, concernant les taxes etc., mais le noyau dur c’est une réforme du code du travail, et ceci alors que les conventions collectives en Grèce ont déjà été supprimées, ça n’existe plus, le seul verrou législatif qui existe c’est le Smic, alors vous vous demandez si le système des conventions collectives a été démantelé qu’est ce qui reste à démanteler ? Eh bien ce qui reste à démanteler c’est : la libération complète des licenciements collectifs, la restriction du droit de grève, qui est pour le moment le plus favorable en Europe, la diminution de la protection dont jouissent les syndicalistes et les délégués syndicaux et la diminution drastique du financement public qui est destiné aux syndicats.

Voilà ce qui est au menu des négociations d’ici le mois de septembre. À ceci s’ajoutent les réformes de structure. Les réformes de structure sont essentiellement au nombre de deux. Premièrement a été créé un Conseil de discipline fiscale, depuis l’automne dernier, composé de sept membres, là encore dont la nomination se fait par le ministère des finances mais qui exige l’accord préalable de la Troïka. Quelle est la tâche de ce Conseil ? La tâche de ce Conseil, qui était déjà prévue en tant que telle par le mémorandum, est d’activer des coupes budgétaires automatiques si les objectifs d’excédents budgétaires ne sont pas atteints, donc s’il y a un soupçon qu’ils ne seront pas atteints. Or dans une économie qui est en récession pour la septième année consécutive, et malgré un véritable écrasement de la dépense publique, l’objectif qui est fixé est un excédent budgétaire primaire, c’est-à-dire avant le remboursement de la dette, de 3,5 % du PIB pour à l’horizon 2018.

C’est des choses qu’aucune économie au monde même les plus puissantes n’est en mesure d’assurer. Donc il est certain d’avance que cet objectif complètement irréaliste ne va pas être tenu et les coupes budgétaires seront activées par le mécanisme qui vient d’être voté maintenant et donc juridiquement verrouillé par le Parlement grec de ce que les grecs appellent « κόπτης [kóptis] » ça veut dire au sens strict « le coupeur », c’est-à-dire c’est ce mécanisme automatique qui va faire les coupes sans même que les coupes passent par un vote parlementaire, par un simple décret. Donc dépossession complète vraiment de ce qui pouvait exister encore de contrôle de la politique, de ce qui restait de contrôle de la politique macroéconomique, bon en réalité très peu vu les mémorandums.

Deuxième réforme de structure, le Secrétariat d’Etat aux revenus, ce qu’on appellerait ici le Trésor Public je pense, est devenu complètement indépendant. Alors il était déjà autonome, c’est-à-dire qu’il pouvait décider de façon propre de son budget et de ses actions. Ça c’était une condition qui avait été posée dès le premier mémorandum et c’est l’un des obstacles d’ailleurs auxquels le premier gouvernement Syriza a dû faire face. La vice-ministre de l’économie, Nadia Valavani, a écrit des textes extrêmement intéressants qui racontent les démêlés justement du ministère pendant les premiers mois du premier gouvernement Syriza quand il a essayé de passer un minimum de mesures favorables aux couches populaires. Mais là ça devient une agence complètement indépendante dont les décisions ont valeur de décrets ministériels, qui a l’exclusivité de l’interprétation de la législation en matière fiscale, qui est contrôlée directement par des gens approuvés par la Troïka, et en réalité ça veut dire que la Troïka contrôle directement la collecte des taxes, de l’impôt et du revenu de l’Etat grec.

Donc on contrôle les taxes, on contrôle les dépenses, le secteur financier est parti, la politique monétaire est à Frankfort. Qu’est-ce qui reste ? Il reste que la Grèce est devenue un grand Kosovo. Voilà, en gros. Et cela se fait sous un gouvernement, Syriza, qui dans les votes parlementaires n’a eu qu’une seule perte en terme de voix et de députés c’est-à-dire moins que ce que le Pasok et la Nouvelle Démocratie avaient subi comme pertes au parlement de leur propre groupe parlementaire quand ils étaient au gouvernement et faisaient passer des mesures similaires.

Intervention d’une personne dans le public : « Ça veut dire qu’il n’y a qu’un  député qui les a abandonnés ? »

Kouvelakis répond et reprend : Un seul oui, une seule députée, qui a démissionné. Elle a même, démissionné ce qui veut dire que son siège a été rempli par le suppléant qui est un loyaliste elle n’a même pas pris la décision disons de garder son siège et de continuer à avoir une présence indépendante au Parlement (elle a voté contre deux mesures principales, c’était pas contre l’ensemble du paquet).

Alors la deuxième chose maintenant, et je vais conclure cette présentation par cela : quel est l’état d’esprit qui existe en Grèce à l’heure actuelle ?

Il ne faut pas se raconter des histoires, on est dans l’onde de choc de la défaite. Les réactions sociales qu’il y a eu, des réactions sur le fond social en termes de mobilisations ou de grèves, étaient les plus faibles qu’on ait vues depuis le début de la période des mémorandums. Alors bien sûr on peut chercher des explications, l’état délabré du mouvement syndical, les choix qui sont faits  par des directions syndicales pour leur majorité corrompues qui, là, ont été aidées par la tactique à la fois attentiste et extrêmement sectaire du parti communiste. Mais ce qui à mon avis est encore plus important que cela c’est le climat de démoralisation qui existe dans la société. Les gens ont reçu un énorme coup de massue sur la tête et l’état d’esprit qui règne c’est que quoi qu’on fasse, quoi qu’on vote, à la fin on se retrouve avec un mémorandum et il n’y a aucune issue qui apparaît à ce tunnel.

Et il faut bien comprendre que l’issue n’apparaît pas à ce tunnel car la barre est placée toujours à ce niveau-là, c’est une perspective, si perspective alternative il y a, ce n’est pas pour construire une petite force minoritaire qui va continuer à accumuler des forces, même si en réalité on ne peut pas faire autre chose pour l’instant que ça, mais pour la société ce qu’elle ne voit pas c’est quelque chose qui trace une véritable voie alternative. Et cela veut dire que c’est un constat d’échec pour l’ensemble des forces qui ont lutté y compris celles qui ont lutté contre le tournant et la capitulation de Syriza, et on pourra revenir, pendant la discussion si vous voulez, sur les raisons plus profondes.

Alors ma dernière remarque de conclusion sera la suivante : je crois que la vraie discussion qui a commencé en Europe c’est celle sur ce qu’on appelle les plans B, les plans alternatifs. Alors vous savez qu’il y a déjà eu deux initiatives, l’une à Paris, l’autre à Madrid, Éric a participé aux deux il pourra nous en dire davantage. L’idée de ce plan B pour l’Europe c’est que il faut, si vous voulez, des plans B qui soient adaptés aux diverses réalités et qui tirent la leçon de ce qui s’est passé en Grèce. C’est-à-dire il est absolument clair que si on s’engage dans une perspective de rupture avec l’austérité et avec le néolibéralisme sans avoir prévu les moyens concrets pour mener la confrontation avec les institutions européennes, avec l’Union Européenne, y compris d’ailleurs avec l’euro, avant tout d’ailleurs avec l’euro pour les pays qui en font partie, et avec les classes dominantes au niveau national, ces expériences n’auront pas d’issue différente que celle de la Grèce. Et par rapport à ça, c’est bien sûr insuffisant comme conclusion mais c’est à mon avis le point de départ obligé pour toute réflexion, il faut absolument abandonner les illusions et les discours sur changer l’actuelle Union Européenne, réformer l’actuelle Union Européenne, changer graduellement le rapport de force, rejeter les gens qui proposent des solutions de rupture comme soit disant des nationalistes ou des gens qui veulent le repli national. Tout ceci en Grèce a fait la preuve du fait qu’il ne pouvait conduire qu’au désastre. C’est un discours de l’impuissance politique. La rupture avec cela est une condition absolument pas suffisante mais tout à fait nécessaire pour engager une réflexion sur le sujet.

Mais il faut aller au-delà. Et l’Union Européenne ce n’est pas simplement l’euro et l’utilisation politique de l’euro comme cela a été fait en Grèce pour briser tout gouvernement national qui veut rompre avec les politiques d’austérité. L’Union Européenne c’est un modèle économique qui produit de la polarisation en son sein, qui produit des divergences et des polarisations croissantes entre les pays dits du centre et les pays de la périphérie. Et il y a deux périphéries en réalité en Europe, il y a la périphérie du sud européen au sens où je parlais auparavant et il y a la périphérie de l’est européen également. Et l’Union Européenne ce n’est pas simplement ce qui se passe à l’intérieur de l’Union Européenne, c’est aussi ce qui se passe à l’extérieur de l’Union Européenne. On ne peut pas ici ne pas appeler les choses par leur nom. L’Union Européenne n’est pas simplement une construction qui verrouille le néolibéralisme. Elle n’est pas simplement une construction qui détruit la démocratie, dépossède les peuples et les citoyens de leurs moyens de contrôle et d’action, à quelque niveau que ce soit. C’est une machine impérialiste. Ce n’est pas un impérialisme unifié bien sûr. Il n’y a pas un impérialisme européen en tant que tel. Mais la France est un pays impérialiste. Et François Hollande a été le président le plus va-t-en-guerre qu’on a vu pendant ces dernières décennies. François Hollande est dans la continuité de Guy Mollet, Emmanuel Valls évidemment de Jules Moch. La Grande-Bretagne aussi est un pays impérialiste. Et l’Allemagne est un pays qui n’a pas un impérialisme militaire mais qui a un impérialisme économique, et pour laquelle la construction européenne est précisément le cadre où se déploie son impérialisme économique. Et l’euro a bien entendu été conçu dans cette perspective-là.

Mais l’Union Européenne fonctionne comme un impérialisme unifié sur au moins un niveau, et je terminerai vraiment là par ça.

C’est la construction de l’Europe forteresse, qui est l’autre face justement de la construction européenne. Et, comme cela était tout à fait prévisible, la capitulation complète de Tsipras, au niveau du mémorandum, au niveau du néolibéralisme, au niveau des politiques d’austérité, au niveau de la démocratie, a été suivie par sa bruyante approbation de l’accord inique qui a été signé entre l’Union Européenne et la Turquie, qui empêche les réfugiés d’accéder à l’Europe et qui transforme la Grèce en garde-chiourme de la forteresse européenne.

Parce que c’est ça le rôle qui est dévolu aux néo-colonisés. C’est d’accepter docilement le sort qui leur est fait et de servir de flics de la forteresse, pour empêcher que les va-nu-pieds du sud global atteignent les pays du centre impérialistes, prospères et repus dans leur richesse.

Et par rapport à cela il faut souligner, et c’est de mon côté la seule nouvelle positive que j’ai eu de la Grèce à une échelle significative, que la société grecque a réagi de manière positive et solidaire, dans sa majorité bien sûr, par rapport à cette situation. Je dirais que c’est une solidarité des humbles, c’est une solidarité de ceux qui se sentent eux aussi écrasés, qui n’ont pas peut-être perdu la mémoire qu’une partie importante de la population grecque actuelle vient également de vagues de réfugiés, a vécu la situation de réfugiés, leurs ancêtres ont vécu la situation de réfugiés en 1922, et a donc refusé de suivre les discours racistes, xénophobes, qui n’ont pas manqué, mais ce n’est pas eux qui l’ont emporté dans la réaction de la société.

Et je pense que cette réaction solidaire de la société montre qu’il reste des réflexes profonds qui pour le moment ne peuvent pas trouver une voie collective et articulée pour s’exprimer mais qui dans l’avenir constitueront le socle de la résistance et de la mobilisation populaire à venir.

Stathis KOUVELAKIS.

Une pensée profonde et généreuse d’Ana, pensée utile pour accélérer et polariser notre prise de conscience, et enforcer notre exigence

Une pensée profonde et généreuse d’Ana, pensée utile pour accélérer et polariser notre prise de conscience, et enforcer notre exigence.

https://www.facebook.com/ana.sailland/posts/1756667707884852

Les gens qui ne trouvent pas d’emploi ne sont pas des paresseux.
Ils sont en réalité l’avant garde des milliards d’individus qui un jour ne trouveront pas d’emploi rémunéré, pour cause de technologie avancée, reléguant aux oubliettes l’obligation de suer, de donner son temps, voire son sang, de se vendre ou de se brader pour mériter pitance, et souvent pingre.

Un jour, pas si lointain que ça, le dividende universel ne sera pas une revendication mais un passage obligé, une nécessité.

Sauf à accepter que ces milliards d’individus libérés de la nécessité du travail contractuel ne meurent de cette liberté nouvelle.

Il ne faut pas croire que le dividende universel sera alors une incitation à l’oisiveté. Bien au contraire : libérés de l’obligation de se vendre, les gens pourront se passionner.

« Tu vivras à la sueur de ton front » est une maxime moribonde.

La passion créatrice et la pulsion de contribution seront un jour le moteur essentiel de l’action participative. Dommage qu’on doive attendre la nécessité pour comprendre. Car déjà maintenant cette repolarisation est possible.

Lisez aussi les commentaires : Ana est passionnante à tout instant…

Par exemple :

Ana Sailland :
« Chacun est libre d’être pessimiste, c’est un droit fondamental que je ne suis pas légitime à vous contester. Mais si donc la nature humaine est mauvaise, laissez nous dans ce mauvais piège qui consiste à la penser bonne.

Maintenant, vous remarquerez quand même qu’à dividende universel, vous répondez revenu de base. Ce n’est pas équivalent du tout. Si un revenu de base n’est qu’un revenu, dont le montant est à négocier en effet entre dominants et dominés, un dividende universel est un droit universel au gâteau universel, hérité de la Terre, hérité du grand œuvre passé, autant que du présent, il n’est pas une aumône concédée à la piétaille pour la maintenir silencieuse et docile, il est au contraire l’une des conditions nécessaires et suffisantes pour faire du peuple le Souverain et non plus le quémandeur. Il est un changement de paradigme profond, qui opère la transition de la civilisation du contrat truqué vers la civilisation du partage et de l’abondance, la transition de la pingrerie conditionnelle vers des jours heureux car inconditionnels. »

Autre lumière allumée par Ana :

https://www.facebook.com/annabea.duparc/posts/10153668249971446

Anna-Bea Duparc :
Hey les gars!!! Vous savez que quel que soit le résultat de cette votation on est en train de faire un truc incroyable? On est en train de créer un mouvement citoyen en Suisse…! On est + de 20’000! En dehors des partis politiques, des milliers de citoyens sont en train de se mobiliser pour le RBI et de s’activer en ce moment même… de tracter un peu partout, de parler autour d’eux d’un projet auquel ils croient et d’espoir pour demain. C’est beau, presque incompréhensible… et ça me rend heureuse!

Cette initiative, contrairement à presque toutes les autres, est réellement populaire, elle est portée par le peuple, soutenue par des gens qui pour beaucoup n’avaient jamais fait de politique. Des gens qui n’ont pas d’intérêts à défendre et ne sont pas payés pour porter ce en quoi ils croient. Des citoyens qui, parce qu’ils ne font pas métier en politique, sont libres de penser sans pression.

Nous sommes nombreux à préparer l’avenir, à vouloir que nos vies soient alignées sur beaucoup plus que nos fiches de paie, à vouloir libérer l’incroyable créativité présente en chacun, ressource renouvelable, inépuisable. Humains, libres, debout, heureux, au service de nous-mêmes, des autres et de la vie sur cette terre. Humains qui font un pas de côté pour penser leur vie en dehors de la rentabilité.

Je ne suis pas née pour produire, je suis née pour vivre, pour développer mon potentiel, pour grandir, pour aimer. Gagner ma vie m’a toujours paru un concept infiniment étrange. Mon travail chaque jour est d’apprendre à donner le meilleur de moi-même. C’est précieux la vie…

Je vous conseille de suivre les réflexions d’Ana Sailland, c’est quelqu’un d’important, une magicienne des mots décapants 🙂

Étienne.

PS :
• Le chômage n’est pas qu’une conséquence de la mécanisation, il est AUSSI une construction politique pour intimider les pauvres et les rendre dociles :

• Le chômage est un des fouets des négriers (prétendument « libéraux ») ; le chômage sert à terroriser les salariés pour qu’ils cessent de revendiquer et acceptent de se faire voler :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/06/22/130-uelutte-contre-l-inflation-prioritairechomage-institutionnalise-etes-vous-d-accord

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[De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer] Miracle à l’islandaise : à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

NOUS N’AVONS NI CONSTITUTION NI REPRÉSENTANTS
PARCE QUE NOUS N’AVONS PAS (ENCORE) APPRIS
À ÊTRE NOUS-MÊMES CONSTITUANTS.
IL EST PLUS QUE TEMPS.

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Miracle à l’islandaise: à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 09/02/2016 à 09H45Piscine chauffée par géothermie en Islande î fortement volcanique
Piscine chauffée par géothermie en Islande, île fortement volcanique.

L’information n’a pas fait la Une : «L’Islande a retrouvé son niveau de chômage d’avant la crise.» Un résultat impressionnant pour la petite île indépendante qui a connu l’une des pires crises économiques d’Europe. Depuis sa faillite retentissante en 2008, l’Islande et ses quelque 320.000 habitants ont réussi un retournement économique impressionnant. Avec quelles recettes?

Le chômage en Islande est désormais de 1,9%, selon les chiffres officiels, le taux le plus bas depuis 2007. En 2007, le taux de chômage était de 1,3%…  Au plus fort de la crise, survenue en 2008, le chômage avait dépassé les 10% (avec des pointes à 12%).

Pourtant, la crise islandaise a été un vrai tsunami pour cette île. «Peu de pays, voire aucun, avaient vécu une débâcle économique aussi catastrophique», notait le FMI à son propos.

Ce petit miracle à l’islandaise s’explique. Selon le Premier ministre, «nous n’aurions pu sortir de la crise si nous avions été membre de l’Union européenne», avait-il dit en novembre 2015. Sigmundur Davíð Gunnlaugsson avait même été plus loin en affirmant que ne pas être membre de la zone euro avait été une chance pour l’Islande: «Si toutes ces dettes avaient été en euros, et si nous avions été obligés de faire la même chose que l’Irlande ou la Grèce et de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite, cela aurait été catastrophique pour nous sur le plan économique.»

Chômage Islande-Irlande

Comparaison chômage Islande-Irlande entre 2005 et 2014 (source Alterécoplus) © alterecoplus

Pourtant l’Islande revient de loin. Le pays a connu une crise beaucoup plus violente que les autres pays européens du fait de la démesure de son système financier lors de l’éclatement de la crise des subprimes. Mais face à une telle situation, l’Islande a pris des mesures très différentes des autres pays européens, quitte à provoquer de vives tensions avec certains d’entre eux (leurs avoirs n’ayant pas été remboursés à la suite d’un référendum en Islande). «A la différence des autres pays heurtés par la crise, l’Islande a laissé ses banques faire faillite, ne préservant que les comptes des ménages résidents. Les étrangers qui avaient placé leur argent dans les banques du pays ont tout perdu lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Europe, de nombreuses banques ont été nationalisées car il n’était pas concevable qu’elles puissent faire faillite», rappelait l’Express en 2015.

Le pays a mené une politique mêlant contrôle des capitaux (une idée mal vue en Europe), austérité budgétaire mais aussi hausse des impôts et surtout dévaluation importante de sa monnaie (60%) qui a entraîné une importante inflation, aujourd’hui maîtrisée… et une reprise de la croissance. Résultat, Reykjavik n’a pas sacrifié sa politique sociale et le FMI a été totalement remboursé de ses avances financières. Cette politique a fonctionné, moins d’entreprises ont fait faillite et il n’y a pas eu d’exode des jeunes comme au Portugal, Espagne ou Irlande.

De nombreux économistes font le parallèle avec le cas grec qui est toujours noyé dans sa dette et l’empilement des plans d’austérité. Mais les deux pays sont loin d’être semblables. La Grèce est enfermée dans les règles de la zone euro alors que l’Islande est libre de ses règles et de sa monnaie. Et a même décidé de ne plus demander son adhésion à l’Europe.

De plus, l’Islande a profité des capitaux qu’elle détenait du fait de l’énormité de son système bancaire, bloqués par le contrôle des changes. En conclusion de son rapport sur l’Islande, le FMI le reconnaît le côté peu orthodoxe de la reprise islandaise: «Cet ensemble éclectique de mesures a été efficace dans le cas de l’Islande, mais il n’est pas du tout certain que les enseignements à en tirer soient transposables ailleurs, y compris dans la zone euro en crise.»

En tout cas, l’Islande est devenue un exemple pour ceux qui critiquent l’intégration autour de l’euro. Avec raison ?

Source : http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

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De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer.
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« L’ORDRE DE LA DETTE. Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché », un LIVRE MAJEUR, de Benjamin Lemoine

Enfin ! Le livre de Benjamin Lemoine est arrivé :

« L’ordre de la dette.
Enquête sur les infortunes de l’État et la prospérité du marché »


http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ordre_de_la_dette-9782707185501.html

Ce livre est absolument passionnant, et décisif pour comprendre la méthode, les acteurs et la chronologie de la trahison fondamentale du peuple par ses « représentants », sabordage monétaire qui a commencé dans les années 60 (Pompidou + Giscard).

Extrait de la préface (d’André Orléan) :

[..] « Et son premier résultat a de quoi faire réfléchir : la dette publique de la France, telle que nous la connaissons aujourd’hui, à savoir sous la forme de titres négociables que souscrivent les marchés financiers internationaux, est le résultat d’une volonté délibérée, d’un choix politique !

En effet, nous explique Benjamin Lemoine, pendant de très nombreuses années, de l’après-guerre au début des années 1980, ce qu’on appelle la « dette négociable », ou encore la dette de marché, ne constituait qu’aux environs de 20 % du financement de l’État. La plus grande partie du financement public était obtenue via des mécanismes réglementaires qui contraignaient un ensemble d’acteurs économiques, selon diverses procédures qu’on trouvera décrites dans le livre, à placer leurs avoirs, pour partie ou pour totalité, dans un compte au Trésor. Il s’ensuivait un flux permanent et automatique de ressources, dont une grande partie sous forme de dépôts, qui venaient alimenter le Trésor et lui permettaient de faire face à ses responsabilités avec sécurité et à un coût que lui-même fixait. En conséquence, durant cette période, le recours à l’emprunt, comme d’ailleurs les avances de la Banque de France n’ont joué qu’un rôle périphérique.

Jean-Yves Haberer, inspecteur des finances et directeur du Trésor, qui sera un acteur crucial du démantèlement de ce système, parlait, pour décrire son fonctionnement, de « tous ces mécanismes automatiques qui faisaient que le Trésor, sans bouger le petit doigt, était irrigué de liquidités qui lui arrivaient de tous les circuits financiers ». On ne saurait dire les choses plus clairement. La nouvelle doctrine du Trésor cherche a contrario à faire de l’État un « emprunteur comme un autre » ; autrement dit, à lui faire perdre ses prérogatives et à en remplacer l’hégémonie par celle des marchés financiers. Aujourd’hui ce résultat est parfaitement atteint, comme chacun sait. Mais y parvenir fut le résultat d’une évolution longue et progressive que Benjamin Lemoine nous décrit avec précision.

Peut-être faut-il en situer le tout début à la fin des années 1950 lorsque Jacques Rueff, au nom de la lutte contre l’inflation, se fait le critique acerbe du dirigisme qui alors prévaut au sein de l’appareil d’État. Mais c’est avec l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au ministère des Finances en 1962 que les transformations institutionnelles se mettent réellement en branle et que commence véritablement le démantèlement de ce qu’on nomme le « circuit du Trésor ».

La victoire totale ne sera obtenue qu’en 1985 avec les réformes financières de Pierre Bérégovoy qui parachèvent l’œuvre de libéralisation poursuivie avec constance depuis plus de vingt années. Désormais, l’État dépend absolument des marchés financiers pour ce qui est de ses ressources financières. Ce sont eux qui fixent les conditions du financement public. Non seulement le taux de l’intérêt mais également quelle politique macroéconomique doit être suivie pour recueillir leur assentiment.

Il y a certainement un paradoxe français à observer avec quelle opiniâtreté la haute fonction publique du Trésor a lutté contre les pouvoirs de l’État banquier – qui était sa création et qui faisait sa puissance – pour faire en sorte que triomphe ce que l’on nomme aujourd’hui le capitalisme néolibéral.

Il est vrai qu’elle s’est trouvée fort bien récompensée par les positions de pouvoir qu’elle a acquises ce faisant dans le monde bancaire et financier privé.

Ce travail de conviction néolibérale des hauts fonctionnaires trouve son illustration exemplaire au moment de l’alternance de 1981 à laquelle Benjamin Lemoine consacre, à juste titre, d’importants développements. C’est le fameux tournant de 1983 qui porte en germe la politique suivie actuellement par François Hollande. Il est d’ailleurs étonnant d’observer à quel point les fondamentaux néolibéraux se trouvent mis en place dès cette date. Le chemin de la financiarisation est alors grand ouvert et il sera parcouru à grande vitesse durant la décennie suivante, par la droite comme par la gauche.

Cet accord transpartisan qui fonde l’adhésion de la France au néolibéralisme n’est pas sans rappeler celui de même nature qui a présidé à la création de l’État social-keynésien au sortir de la Seconde Guerre mondiale. S’élabore, à la fin des années 1970, un nouveau récit économique, ce qu’il faut bien nommer une nouvelle orthodoxie, qui vient légitimer l’abaissement de l’État social de même que la prépondérance accordée désormais aux entrepreneurs privés en matière d’emploi. » […]

 
Nous avions dévoré la thèse de Benjamin Lemoine quand nous l’avions découverte, à l’occasion de la grande controverse sur la loi de 73. La thèse était importante, passionnante, mais très volumineuse (une ramette de papier A4). Ce livre la rend enfin accessible à tous. C’est une bonne nouvelle.

Voici le plan du livre, très évocateur (et appétissant) pour tous ceux qui se sont déjà un peu intéressés à l’enjeu politique crucial de la création monétaire par la puissance publique :

Préface. Le résultat d’une volonté délibérée, par André Orléan
Introduction. Une histoire oubliée

I / Une histoire à (re)prendre : la mise en marché de la dette

1. Quand l’État a l’avantage : de la possibilité d’un financement hors marché
Couvrir autrement le déficit
Circuit du Trésor et marquage public de l’argent
Un prince de la République
Les banques sous contrainte
L’État, au-dessus du marché
Transgression avec l’orthodoxie et menace inflationniste
Le rappel à l’ordre monétaire
L’adoption du modèle britannique : le marché en rémission du « péché  monétaire »
L’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing
Un tremblement de terre : au nom de la démocratie des marchés
Un point de non-retour

2. La gauche au pouvoir se plie à l’ordre de la dette
Stopper la « ruine » de l’épargnant : donner aux investisseurs plutôt que les « frapper »
La relance Chirac
L’orthodoxie de Raymond Barre
L’inconcevable réhabilitation des finances publiques « actives »
Renoncer définitivement à la tentation monétaire
« Une saison en enfer »
« Merci de m’aider à comprendre »
« Une France qui vit au-dessus de ses moyens »
Pierre Bérégovoy : plus royaliste que le roi
« Ce système-là, on va le casser »
Interpréter l’extinction d’un régime économique : « préhistoire » de la modernité financière ou expérience critique ?

3. La nourriture terrestre dont les marchés ont besoin
Sur le modèle américain
Les dealers de proximité
Mise en scène du « sacrifice » et gains durables des banques
Lier les mains de l’État et rendre impossible tout retour en arrière
Quand Fabius créée une agence « à la française »
La police des conduites administratives
Les obligations DSK : le Trésor parie sur la désinflation
L’autodiscipline de l’État

II / La dette entre dans le débat public

4. Discipliner les États : le rôle de l’Europe
Une « numérologie arbitraire » ?
Opération Juppé : l’« affaire » France Télécom
Derrière le cas France Télécom, l’enjeu des retraites
Les gardiens du temple comptable contre l’« opportunisme » des États
Obtenir les meilleures statistiques possibles
Jospin : le « faux rebelle »
La discipline « brute » de la dette : pleins feux sur les passifs de l’État
L’enjeu des retraites : quand on tire le fil, tout vient
L’éclosion d’un nouvel acteur : les générations futures

5. Le rapport Pébereau : coup médiatique et pédagogie économique
Briser un tabou
Trouble dans les rangs des experts
La contre-offensive des keynésiens
« Il n’y a pas d’alternative »
Quand le ministre en fait un peu trop…
La chasse gardée du Trésor
6. La présidentielle de 2007 verrouillée ?
Une évaluation « objective »
Un « déconomètre »
Bayrou se fond dans le script de la dette
Une version dégradée du débat politique ?
La mise en scène de l’héroïsme présidentiel
Le « keynésianisme » de la dépense fiscale
François Fillon : « à la tête d’un État en faillite »

7. Et si toutes les dettes se valaient ?
Sauver les banques
Traquer l’État derrière la forme juridique
L’invention de la dette nette
L’« inéluctable » baisse des retraites
L’ordre politique des agences de notation
L’implacable « acceptation sociale »
L’obturation de l’avenir
La dette financière contre la dette sociale
Promesses de l’État et « lutte de classes »

Conclusion. Percer les boîtes noires de la dette
Politique de la (re-)structuration.

 
Ce livre raconte l’histoire dans laquelle la banque (via Pompidou) a mis le pied dans la porte politique en France, pour contrôler la société française, comme le film INSIDE JOB raconte l’histoire dans laquelle la banque (via Rubin) a mis le pied dans la porte politique aux USA, pour contrôler la société américaine et donc le monde.

Livre important, livre-preuve, à connaître et à faire connaître, à mon avis.

Il fera, dans votre bibliothèque, un très utile complément pour approfondir le formidable petit livre d’André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, « La dette publique, une affaire rentable. À qui profite le système. », livre pionnier de l’éducation populaire sur ce sujet, dont Benjamin Lemoine parle dans son livre, bien sûr.

Bonne lecture 🙂

Étienne.

PS : c’était ce même Benjamin Lemoine qui nous avait préparé cette tonique intervention au « Sommet du Plan B » il y a quelques semaines (ça dure 10 minutes, à partir de 4 h 55 min) :
http://chouard.org/blog/2015/12/30/formidable-les-suisses-vont-voter-pour-enfin-retirer-aux-banques-privees-leur-pouvoir-de-creation-monetaire/#comment-14894

PPS : rappel de l’aveu du crime antisocial de terrorisme économique (« à partir de maintenant, vous allez tous avoir peur, tout le temps ! »), proféré par Pompidou lui-même, patron d’une grande banque d’affaires (un usurier, donc), parvenu au pouvoir politique suprême (Premier ministre de de Gaulle) et recruteur d’un homme de main nommé Giscard, pour administrer à la société française le fouet « libéral » :

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« L’argent des Banques Centrales n’est donné qu’aux malfrats » #QEforThePeople !

Juste avant la rencontre épatante avec Jacques Testart à Lyon, vendredi dernier, j’ai passé quelques minutes avec les jeunes journalistes d’Agence Info Libre. En voici la trace (27 min) :

Je vous demande pardon, ceux qui suivent mon travail depuis longtemps vont trouver que je radote (et ils ont bien raison 🙂 ) Mais bon, une autre façon de voir ça est de dire que je tiens résolument un cap précis mûrement réfléchi.

Pour les pressés, il existe (déjà) un extrait très court — 3 minutes, ça va ? 🙂 :

Merci à tous ceux qui m’écrivent tous les jours des messages d’encouragement très émouvants et à qui je n’arrive pas à répondre, souvent, faute de temps (vous êtes trop nombreux). Même si je ne réponds pas, comme un affreux jojo que je suis, je vous lis et je puise une grande partie de ma force dans vos messages, qui me montrent que je ne fais pas tout ça pour rien, que ça sert à quelque chose, à quelqu’un. Il faudra peut-être un jour composer un livre avec ces messages ; c’est vraiment très émouvant et chaleureux.

Bon, merci pour tout, donc, et n’oubliez pas de vous entraîner tous les jours à constituer, bande de virus 🙂

Étienne.

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Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

Chers amis,

Vous vous souvenez sans doute de ce film formidable qui nous avait tous bluffés en 2010 et qui s’appelait INSIDE JOB ?

L’expression « inside job » est utilisée dans les enquêtes policières, si j’ai bien compris, pour parler des crimes qui sont commis de l’intérieur, par des intimes qui connaissaient parfaitement les victimes et qui avaient toute leur confiance avant de les trahir.
On pourrait peut-être traduire ce titre par « TRAHISON ».
Car c’est bien une immense trahison des peuples par leurs « responsables » publics dont ce film apporte les preuves éclatantes.

En septembre dernier (2015), j’ai pensé utile de faire voir ce film à mes étudiants (en économie), et à y travailler ensemble, pour les aider à comprendre les enjeux réels de ce qu’on appelle la « science économique » : régulation ou dérégulation ? Là, on pouvait juger sur pièces, évaluer les résultats d’une dérégulation grandeur nature.

J’ai donc revu ce film pour l’occasion, avant de le présenter, et je me suis alors rendu compte que j’avais oublié, en 5 ans, certains faits importants, des détails décisifs, certains noms des traîtres, certains enchaînements chronologiques et même quelques aveux incroyables. En effet, une vidéo est stimulante à regarder, évidemment attrayante mais aussi superficielle d’une certaine façon : un film grave moins de détails dans notre mémoire qu’un écrit lu et étudié à tête reposée.

J’ai donc entrepris, pour aider mes étudiants à bien fixer leurs idées, de leur préparer une retranscription intégrale, en français, qu’ils pourraient relire et analyser tranquillement, point par point.

Je suis parti des sous-titres en français que j’ai trouvé . Mais ils étaient très sommaires, encombrés d’informations gênantes (minutages de synchro), et lacunaires aussi puisqu’il y manquait carrément tous les noms de ceux qui parlaient, un détail…

Ensuite, au fur et à mesure des corrections et des mises en forme, j’ai ajouté des copies d’écran, toujours pour aider le lecteur à mieux mémoriser, les noms des témoins et des responsables surtout : ainsi, les images nous aident à revoir intérieurement les séquences du film tout en lisant.

Enfin, pour inciter mes élèves à une lecture active, je leur ai posé un peu partout des questions (dans des encadrés vert clair).
Je me suis demandé si je devais vous laisser ces questions, ou s’il valait mieux les retirer. Ne sachant pas ce que vous alliez préférer, je les ai laissées : il n’est pas difficile, pour ceux que ces questions énervent, de les ignorer 🙂

Enfin, j’ai ajouté en dernière page quelques conseils de lectures pour creuser le sujet.

Cliquez sur l’image pour ouvrir

Cliquez sur l’image pour ouvrir

Vous pouvez feuilleter ici-même ce précieux document :
Inside_job_texte_integral_en_francais

Au bout du compte, j’ai dû revoir ce film au moins 20 fois, seconde par seconde, et ce chantier m’a demandé un travail de Romain, des centaines d’heures, pendant des mois et des mois 🙂

Je vous livre aujourd’hui le résultat, en vous invitant à y travailler à votre tour et à faire connaître ce film autour de vous, car c’est la plus formidable enquête que j’ai vue sur ce qui est indéniablement le grand complot de la dérégulation financière : que d’ententes secrètes et de récompenses occultes (parfois différées dans le temps) il aura fallu aux banquiers pour arriver à leurs fins, que d’acteurs universitaires et journalistiques et politiciens à corrompre… (Cette fois, on a les noms, et même des aveux !)

C’est passionnant. Et c’est un procès important pour comprendre la prochaine « crise » (qui n’est pas une crise pour tout le monde…).

La question centrale de cette affaire mondiale est « régulation ou dérégulation ? », « keynésianisme ou néolibéralisme ? ».

Ce choix de société n’a pas du tout les mêmes enjeux pour les 99% et pour les 1% : les 99% ont un intérêt vital à la régulation (pour échapper à l’esclavage) alors que les 1% ont un intérêt central à la dérégulation (devenir les renards libres dans un poulailler libre est le rêve ultime des négriers autoproclamés « libéraux »).

Dès lors, les choix publics qui seront imposés à tous par les représentants politiques (puisque notre prétendue »démocratie« nous interdit de voter nous-mêmes nos lois et nous asservit à des maîtres « élus ») sont absolument décisifs : ce contrôle privé des choix publics, c’est « le mobile du crime », celui qui explique les innombrables intrigues des 1%, à grands coups de milliards, pour corrompre les médias, les professeurs, les intellectuels, les experts, les politiciens, pour faire gagner les élections à leurs hommes de main (étiquetés « droite » ou « gauche », peu importe) et imposer la dérégulation aux 99% par la magie de la »force publique« ainsi privatisée.

À l’évidence, toutes ces manœuvres (bien mises en lumière dans ce film) peuvent légitimement être analysées comme d’odieux complots contre le bien commun. Et ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de complot (et que les donneurs d’alerte sont des « conspirationnistes », des « complotistes », — bientôt des « terroristes » ou des « nazis » si on les écoute…), ceux-là sont soit des suiveurs irréfléchis (je tiens à ne pas dire abrutis), soit des complices des comploteurs.

Les liens entre les « chasseurs de conspis » (sic) et les néoconservateurs va-t-en-guerre sont de mieux en mieux documentés, d’ailleurs ; voir , , et .

Un journaliste digne de ce nom est une sentinelle du peuple, il passe sa vie à chercher les complots contre l’intérêt général et à les dénoncer, vigoureusement et courageusement, sinon c’est un imposteur, il ne sert à rien. Depuis toujours, les démocraties se savent fragiles et ont besoin des yeux des simples citoyens pour monter la garde à tout moment contre les intrigues toujours possibles : à Athènes il y a 2 500 ans, l’iségoria, droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos, servait déjà précisément à armer les citoyens pour que chacun puisse défendre personnellement la démocratie. De ce point de vue, les « chasseurs de conspis » (quel sale nom ils se sont donné à eux-mêmes, vraiment) sont des ennemis de la démocratie (à mon avis). Nous avons tous absolument besoin de donneurs d’alertes, de whistle-blowers, et nous devons les protéger du mieux que nous le pouvons.

Si l’on veut sortir des griffes des 1% et éviter le retour à l’asservissement général du 19e siècle, il va falloir être un peu courageux et arrêter de baisser les yeux devant les extravagantes calomnies des chiens de garde du système.

Le texte au format pdf, 4 Mo (pour une impression facile et propre ; je préconise formellement la couleur) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.pdf

Le texte au format doc, 140 Mo (pour copier/coller facilement des passages importants) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.doc

Je pense que vous devriez vraiment acheter le DVD (ça coûte à peine 10 € => le rapport qualité/prix est imbattable), pour aider les enquêteurs à financer leur prochain travail, et pour l’avoir encore à disposition quand on nous aura supprimé l’Internet et pour expliquer tout ça à vos petits-enfants 🙂

J’espère que ce travail de retranscription-illustration vous sera utile, pour prolonger et amplifier ce travail d’enquête historique, qui ne doit pas sombrer dans l’oubli.

Bon travail, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : la voix du narrateur (Matt Damon) est agréable et sa diction est parfaite : ce film est donc, en plus, un bon cours d’anglais 🙂

PPS : en plus de cette précieuse enquête sur la conspiration pour la dérégulation FINANCIÈRE, il faudra relayer d’autres enquêtes (j’en ai quelques unes en magasin) pour dénoncer en détail les complots qui ont permis la scandaleuse dérégulation COMMERCIALE (et le cortège délocalisations-désindustrialisation-chômage-bas salaires-misère), de même que les intrigues qui sont en train de rendre possible la honteuse dérégulation SOCIALE.

PPPS : j’attire votre attention sur le dernier livre que j’ai signalé en biblio (j’ai gardé le meilleur pour la fin) : ne ratez pas ce livre, il est épatant, vraiment :

« Néolibéralisme versus État-providence.
Le débat économique entre classiques et keynésiens »
par Édouard Cottin-Euziol (2016)


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/neoliberalisme-versus-etat-providence/

J’ai rarement lu un livre à la fois aussi léger à lire et aussi efficace pour comprendre l’essentiel du débat économique fondamental pour les humains.

Un travail remarquable, à découvrir et à faire connaître.

PPPPS : finalement, je vous ai préparé aussi une version « nue », sans aucun encadré vert avec questions, ni aucun coup de surligneur jaune 🙂
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais_nu.pdf

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[Formidable] Les Suisses vont voter pour (enfin) retirer aux banques privées leur pouvoir de création monétaire

Il faut remercier Romaric Godin, pour ce nouvel article passionnant (il les enchaîne, ces temps-ci), dans le journal économique La Tribune , sur ce fléau mondial qu’est la création monétaire confisquée aux peuples par les banques privées.

Il s’agit d’un référendum d’initiative populaire, en Suisse, pour reprendre aux banques privées le droit du peuple suisse à battre sa propre monnaie (rien que ça !).

On peut s’attendre à un rouleau compresseur médiatique contre cette proposition citoyenne, compte tenu du fait que toute la presse qui compte (sur terre) et la plupart des « journalistes » (sauf Romaric Godin et quelques autres, manifestement) ont été — littéralement — vendus aux banques (et aux marchands de canons, eux aussi achetés par les banques). Je ne sais pas combien de temps des lanceurs d’alerte comme Romaric Godin vont pouvoir publier dans la presse à grand tirage, mais pour l’instant il faut en profiter : faites passer 🙂

Et pour approfondir le sujet de la création monétaire — à mes yeux aussi important que le processus constituant — voyez ma page dédiée : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php

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Et n’oubliez pas, tous les jours, d’apprendre à constituer 🙂

Étienne.
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Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire

Par Romaric Godin  | 
http://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-voteront-pour-oter-aux-banques-leur-pouvoir-de-creation-monetaire-539180.html
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter.
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)
Une initiative populaire visant à donner à la banque centrale suisse le monopole de la création monétaire a obtenu assez de signatures pour organiser une votation. Son adoption serait une révolution dans la Confédération.

Avec la crise qui a débuté en 2007, l’idée d’ôter aux banques le pouvoir de créer de la monnaie commence à faire son chemin, progressivement, dans l’opinion. L’an passé, un rapport parlementaire islandais a clairement proposé d’en finir avec ce pouvoir. Mais – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – le débat pourrait s’accélérer à partir de la Suisse, pays connu pour son système bancaire démesuré.

Vers une votation

Jeudi 24 décembre, en effet, la chancellerie fédérale helvétique a enregistré officiellement l’initiative populaire « monnaie pleine » qui vise à donner à la Banque nationale suisse (BNS) le monopole absolu de la création monétaire. Cette initiative, lancée en juin 2014 par un groupe dirigé par un instituteur alémanique, Hansruedi Weber, a recueilli 111.824 signatures, soit davantage que les 100.000 nécessaires pour provoquer une votation, autrement dit un référendum.

C’est une étape importante pour cette initiative. Désormais, le conseil fédéral (gouvernement) et le parlement suisses vont devoir se prononcer sur le projet qui prévoit la modification de l’article 99 de la constitution helvétique. Puis, à une date qui reste à définir, le peuple suisse sera amené à se prononcer dans une votation. Pour être acceptée, cette initiative devra alors obtenir non seulement la majorité populaire au niveau fédéral, mais aussi dans au moins 12 des 23 cantons de la Confédération.

Les problèmes de la situation actuelle.

Le chemin est donc encore long. Mais une chose semble certaine : le débat aura bien lieu. Que propose concrètement cette initiative ? Pour ses promoteurs, la constitution helvétique est aujourd’hui inadaptée. Cette dernière reconnaît dans son article 99-1 à la « Confédération » seule le droit de battre monnaie et donne dans son article 99-2 à la BNS reconnue « indépendante », le droit de mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays. » Rien de plus.

Concrètement, ceci donne de fait à la BNS le monopole de l’émission des pièces et billets, les seules formes monétaires qu’elle maîtrise. Mais elle ne maîtrise pas l’essentiel de la monnaie créée qui, en Suisse, comme ailleurs, est de la monnaie « scripturale », faisant l’objet d’un jeu d’écriture et non d’échanges physiques. Cette monnaie est, pour l’essentiel, créée par les banques lors de l’attribution de crédits à l’économie physique ou à d’autres banques.

Pour les auteurs de l’initiative, cette situation pose deux problèmes. D’abord, en « privatisant » via les banques la création monétaire, l’Etat perd là un revenu. Ensuite, contrairement à ce que prévoit la constitution, la BNS ne maîtrise que difficilement la création monétaire. Certes, la politique de taux joue en théorie sur le prix du crédit et donc sa distribution, mais cette transmission est imparfaite, on le constate encore en zone euro. La capacité de création monétaire donnée aux banques encourage la formation de bulles spéculatives ou, au contraire, freine la production de crédit lorsque celle-ci serait nécessaire. La financiarisation de l’économie a été le corollaire de ce pouvoir monétaire des banques.

Transmettre à la BNS le pouvoir de création monétaire

Pour disposer d’une économie plus stable et mieux maîtrisée et d’une création monétaire plus centrée sur l’économie réelle, les auteurs de l’initiative proposent donc de préciser que la BNS « émet désormais seule » non seulement la monnaie physique, mais aussi la « monnaie scripturale. » Conséquence : les banques perdront leur capacité de créer de l’argent ex nihilo. Tout prêt accordé par une banque devra ainsi être couvert par de la monnaie de la banque centrale au bilan de l’établissement. Dès lors, la BNS maîtrisera entièrement la création monétaire.

Le rôle des pouvoirs publics

L’initiative prévoit trois modes de distribution de l’argent créé par la BNS. D’abord via un transfert de cet argent aux pouvoirs publics pour alimenter l’économie. Ce transfert ne se fera pas sous forme de prêt, mais de « don. » La BNS alimentera donc directement les caisses publiques de la Confédération et des Cantons à la hauteur qu’elle aura déterminée. Certains s’émeuvent de la perte d’indépendance de la BNS, mais Reinhold Harringer, le porte-parole du groupe à l’origine de ce projet contacté par La Tribune, estime qu’une « complète indépendance n’existe jamais. » Il compare cette indépendance à celle de la justice fédérale : ses tribunaux sont « sous la pression de l’opinion publique, mais ses décisions sont acceptées par tous. » La BNS aura un « mandat légal clair » et « pourra agir en toute indépendance », tout en devant « rendre des compte à l’opinion publique. » Concrètement, la BNS ne fournira pas tout l’argent dont aura besoin les budgets publics, elle alimentera ce budget à la hauteur qu’elle jugera juste. Quitte, du reste, à utiliser ceci comme un moyen de pression sur les autorités pour les contraindre à réduire leurs dépenses qui, par ailleurs, en Suisse, sont déjà encadrées par une « règle d’or. »

Un « QE pour le peuple » ?

Deuxième moyen de transmission de l’argent de la BNS : les ménages eux-mêmes. Le nouvel article 99-a-3 de la constitution fédérale proposée par l’initiative prévoit l’attribution directe d’argent de la BNS aux particuliers. L’initiative émet donc la possibilité d’un « QE pour les gens », idée qui circule actuellement en Europe. Mais il est possible d’imaginer que cet argent soit aussi celui d’un revenu de base qui est actuellement en discussion en Suisse, comme en Finlande.

L’importance du circuit bancaire demeure

Dernier mode d’alimentation de l’économie en argent de la banque centrale : les banques elles-mêmes. Mais cette fois, à la différence d’aujourd’hui, les banques ne pourront prêter que l’argent qu’elles auront auparavant emprunté à la BNS selon les moyens traditionnels déjà existant de refinancement. « Il est important de conserver cette possibilité », explique Reinhold Harringer pour qui c’est un moyen important d’une gestion « fine et adaptée » des besoins de l’économie. Avec cette proposition, la distinction entre l’argent de banque centrale et la masse monétaire disponible pour l’économie disparaît. La capacité des banques d’alimenter des bulles est alors réduite, car elle doit rembourser l’argent qu’elle prête. Or, en zone euro, par exemple, c’est un des problèmes de la BCE : son bilan enfle avec l’assouplissement quantitatif, mais le crédit aux entreprises reste en faible croissance.

Gestion plus efficace pour la croissance ?

Cette gestion directe de la masse monétaire par la banque centrale sera-t-elle alors plus « efficace » que le système actuel pour générer de la croissance ? Reinhold Harringer le croit. « La banque centrale dispose d’une vision globale de l’économie de meilleure qualité que chacune des banques qui agissent avec une vision commerciale propre », souligne-t-il. Il estime aussi que la banque centrale disposera également des moyens de mieux réagir aux évolutions conjoncturelles, que ce soit un risque de ralentissement ou de surchauffe. Mais le but de l’initiative est clairement de disposer d’une croissance de « meilleure qualité », plus centrée sur l’économie réelle et plus stable.

Changement de modèle pour la finance helvétique

Cette initiative dispose du soutien de plusieurs économistes, suisses et européens. Mais elle fait, on s’en doute, l’objet de vives critiques de la part du secteur bancaire helvétique, qui est, avec près de 12 % du PIB suisse, un des piliers de l’économie nationale. Mais Reinhold Harringer estime que l’initiative va permettre au secteur de revenir à une activité « plus traditionnelle et plus solide. » Il cite le cas de banques comme la banque postale suisse, qui, sans avoir la possibilité de créer de la monnaie, réalisent de bons bénéfices. Reste que, pour les géants bancaires comme Credit Suisse ou UBS, qui vivent sur les activités de marché, le coup pourrait être rude et ils pourraient ainsi décider de quitter le pays. Mais l’initiative semble viser un changement de système : mieux vaut des banques plus modestes, mais plus utiles, que des géants bancaires instables et qui font peser un risque continuel sur les comptes publics. Une vraie révolution, donc.

Le risque de la transition

Également critique, le think tank libéral Avenir Suisse, financé par les grandes sociétés du pays, prône plutôt une politique de « petits pas mesurés » dans la réforme de la finance plutôt que la révolution prônée par l’initiative « monnaie pleine. » Selon Avenir Suisse, ce système de « monnaie pleine » conduirait à un « état transitoire permanent » dangereux. Reinhold Harringer, lui, répond qu’une phase de transition est prévue. Le premier jour, les engagements vis-à-vis des clients des banques vont devenir des engagements vis-à-vis de la banque centrale et seront sortis du bilan des banques. Mais rien ne sera changé. Les remboursements des crédits contractés par les clients viendront alimenter les remboursements à la banque centrale. Le tout, affirme-t-il, pourra être corrigé en cas de besoin.

Une idée ancienne

L’initiative n’est, il est vrai, pas fondée sur du sable. Elle s’inscrit dans une longue histoire. C’est, dans les années 1930, l’économiste Irving Fisher, qui avait lancé la proposition dans le cadre du « plan de Chicago » proposé au président Franklin Delano Roosevelt. Ce dernier a rejeté cette proposition, mais elle a été reprise par plusieurs économistes, dont le monétariste Milton Friedman. Cette idée a cependant été progressivement oubliée sous le triomphe de la financiarisation de l’économie. C’est la crise de 2007-2008 qui la fait revivre avec notamment une étude de deux économistes du FMI, Jaromir Benes et Michael Kumhof, qui reprennent et valident les thèses d’Irving Fisher, voyant dans le retrait aux banques de la création monétaire, un moyen de dynamiser la croissance en réduisant les risques de crise.

L’Islande a ouvert le bal

L’idée a alors retrouvé des défenseurs. Fin mars 2015, un parlementaire islandais Frosti Sigurdjonsson a remis au premier ministre de l’île nordique un rapport très complet sur le sujet en recommandant d’ôter aux banques la capacité de création monétaire. Ce rapport n’a pas débouché sur une proposition concrète pour le moment, mais il a amplifié le débat autour de cette idée entre économistes. Plusieurs autres initiatives visent à renforcer le pouvoir des banques centrales vis-à-vis des banques commerciales. En Irlande, le parti conservateur Fianna Fàil propose ainsi dans son programme des élections de 2016 de donner à la banque centrale irlandaise le moyen de limiter la capacité des banques à émettre des emprunts immobiliers.

Révolution dans la finance ?

Une adoption par la Suisse de cette initiative serait indéniablement une révolution dans le monde de la finance et ses conséquences dépasseraient largement les frontières de la Confédération. Car la Suisse n’est pas la petite Islande, c’est un des centres financiers les plus importants de la mondialisation. Or, les rares sondages sur la question ont donné une large majorité au « oui » à l’initiative. Le plus récent, datant d’août, donnait 57 % pour l’initiative, mais il doit être pris avec beaucoup de précaution, car il n’a pas été réalisé par un institut de sondage reconnu. Reinhold Harringer estime que les sondages montrent, au moins, que les citoyens helvétiques rejettent majoritairement le système actuel et se dit donc « confiant. »

Rien ne dit cependant que cela débouchera sur une majorité pour l’initiative. Le secteur bancaire va sans doute peser de tout son poids dans la campagne, emportant une partie des partis de droite, traditionnellement favorables à ce secteur. D’autant que, dans le cas qui nous occupe, il faudra aussi obtenir une majorité dans la moitié des cantons (et il existe en Suisse six demi-cantons comptant pour une demie voix). Mais les votations helvétique ont des résultats parfois surprenants.

Au-delà des divisions traditionnelles

Une chose est certaine : le sujet dépasse les divisions politiques traditionnelles. Les porteurs de ce projet sont plutôt des conservateurs et des libéraux alémaniques, inspirés par les idées monétaristes de stabilité. Mais l’idée de réduire l’influence des banques et de placer la BNS face à sa responsabilité économique en termes de croissance peut séduire plus d’un électeur de gauche, plus nombreux en Suisse romande. Si les partis politiques suisses n’ont pas encore pris position dans ce débat, il n’est pas certain que leurs consignes de vote soient ici réellement suivies. La Suisse pourrait donc donner le ton à un changement notable dans la finance internationale.

#QEforthepeople
Rappel :
ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ?
RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

[Edit]
Ne ratez pas cette explication — LUMINEUSE — par François de Siebenthal :
Un banquier suisse explique en 36 minutes l’arnaque de la création monétaire

Réflexions autour de l’idée de bonheur… en passant par F. Laloux (holacratie : autogestion sans aucun chef), la création monétaire publique, l’éducation émancipante (sans maître), etc.

J’ai rencontré il y a quelques jours un jeune homme, Julien, au pied de la montagne Sainte-Victoire. Il venait parler du bonheur.
Il faisait doux, grand soleil, un air parfaitement limpide, pas de vent, calme et petits oiseaux… On était bien, quoi.

Bon, la vidéo est trop longue, assurément ; mais ce qui est fait est fait 🙂
Pour des nouveaux venus, ça peut servir, peut-être.

Vers la minute 40′, ça s’anime, je crois (holacratie puis création monétaire, etc.) — toujours un peu diesel… 🙂
Peut-être des gentils virus vont-ils extraire des morceaux contagieux ? 🙂 On verra.
Ce serait bien de rédiger une table des matières (avec le minutage) pour aider les gens à aller directement sur les sujets qui les intéressent.

Bonnes fêtes à tous 🙂

Étienne.
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PS : voici la magnifique conférence de Frédéric Laloux dont je vous parle dans la vidéo. Ça, c’est de la bombe, vous allez voir : il parle un peu trop lentement au début, mais ce qu’il explique (qui ressemble à l’holacratie) est littéralement passionnant, et transposable à l’organisation politique, je trouve. Vous verrez :

Conférence « Reinventing Organizations » en français (Flagey, Bruxelles)

Et son livre, enfin en français :
Reinventing organizations : Vers des communautés de travail inspirées
http://www.amazon.fr/Reinventing-organizations-communautés-travail-inspirées/dp/2354561059

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Ne ratez pas non plus le livre de Philippe Derudder : « Les monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment » :

http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/les-monnaies-locales-complementaires-pourquoi-comment-duplicate/
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Ne laissez pas passer « Le maître ignorant », de Jacques Rancière, très utile également pour penser une démocratie digne de ce nom : « l’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître »… Waou ! 🙂
http://www.amazon.fr/Le-ma%C3%AEtre-ignorant-Jacques-RANCI%C3%88RE/dp/2264040173

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Comment muter en citoyen adulte ?

Un entretien au calme, en Lorraine, avec un point de fixation (un peu) original (vers la fin), sur le fait que seul un processus constituant populaire rendra possible l’institution d’un État démocratique digne de ce nom, c’est-à-dire soumis à un contrôle citoyen quotidien et doté du pouvoir de création monétaire et donc de la puissance d’un employeur en dernier ressort, gage de prospérité économique :

Merci à Catherine, tout particulièrement cette fois, et à tous ceux qui participent activement à l’ensemencement libérateur de notre grande communauté humaine avec l’idée d’auto-institution de la société.

Étienne.

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COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?

COMMENT RECONSTRUIRE L’ESPOIR ?

Bonne question. C’était il y a un an, ma proposition de réponse avec les militants de Nouvelle Donne. Un recadrage rapide (12 min) sur l’essentiel : création monétaire nécessairement publique, fausse « lutte contre le chômage » vs NAIRU+UE+EURO, alternative prometteuse du CHARTALISME, impasse irrémédiable du faux « suffrage universel », et bien sûr… espoir inouï et puissant de notre émancipation AUTONOME par la multiplication des ateliers constituants populaires :

Des propos encore bien d’actualité, pour attaquer ENSEMBLE la rentrée en pleine forme
🙂

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Le secret des banques derrière la tragédie grecque

Un réquisitoire important, sur le méga-scandale des « dettes publiques », publié sur (l’indispensable) Mediapart.
À lire attentivement, le crayon à la main, et à faire connaître partout en Europe.

Le secret des banques
derrière la tragédie grecque

Maria Lucia Fatorelli, membre de la Commission Vérité sur la Dette Publique Grecque [1] et coordinatrice de l’audit citoyen de la dette du Brésil, analyse les faits pour revèler la supercherie du bailout grec de 2010.


La Grèce est confrontée à l’énorme problème de la dette et à une crise humanitaire. La situation est maintenant pire que ce qu’elle a connue en 2010, lorsque la troïka – le FMI, la Commission européenne et la BCE – a imposé son « plan de sauvetage », justifié par la nécessité de soutenir la Grèce. En fait, ce plan a été un désastre complet pour la Grèce, qui n’a tiré aucun avantage des conventions d’emprunt douteuses mises en œuvre depuis.

Ce dont personne ne parle est qu’un autre plan de sauvetage réussi a effectivement eu lieu à ce moment-là en 2010, mais pas au bénéfice de la Grèce, mais au profit des banques privées. Derrière la crise grecque, il y a un énorme plan de sauvetage illégal pour les banques privées. Et la façon dont il est mené représente un risque immense pour l’Europe.

Après cinq ans, les banques ont obtenu tout ce qu’elles voulaient. La Grèce, d’un autre côté, est entrée dans une véritable tragédie : le pays a vu son problème de la dette considérablement alourdi, ses biens perdus en raison du processus de privatisation qui a été accéléré, ainsi que son économie qui s’est énormément réduite. De surcroit, il y a eu un coût social incalculable perceptible pour des milliers de personnes désespérées qui ont vu leur subsistance et leurs rêves touchés par les sévères mesures d’austérité imposées depuis 2010. La santé, l’éducation, le travail, l’assistance, les pensions, les salaires et tous les autres services sociaux ont tous été touchés de façon destructive.

La répartition du budget national grec montre que les dépenses de la dette l’emportent sur toutes les autres dépenses de l’Etat. En fait, les prêts, les autres titres de créance, intérêts et autres frais, couvrent 56% du budget : budget annuel national de la Grèce en 2013 (Source: Εισηγητική Έκθεση Απολογισμού και Ισολογισμού 2013 – p. 90. Elaboré par Stavros Papaioannou).

En mai 2010, en même temps, toutes les attentions se sont focalisées sur les multiples annonces autour de l’ingérence de la Troïka en Grèce, avec son curieux « plan de sauvetage »; un autre plan de sauvetage efficace et un ensemble de mesures illégales pour sauver les banques privées était également sur le point d’être approuvé.

En un seul coup, justifiées par la nécessité de « préserver la stabilité financière en Europe », des mesures illégales ont été prises en mai 2010. But de la manœuvre : fournir les structures nécessaires qui permettraient aux banques privées de se débarrasser de la « bulle » dangereuse, à savoir la grande quantité d’actifs toxiques – des actifs essentiellement dématérialisés et non négociables – qui a chargé leurs comptes de patrimoine hors-bilan [2]. L’objectif principal était d’aider les banques privées à transférer ces actifs problématiques aux pays européens.

Une des mesures adoptées pour accélérer l’échange d’actifs des banques privées et de régler la crise bancaire était le programme de titre de marché ou Securities Markets Programme SMP [3], qui a permis à la Banque Centrale Européenne (BCE) de faire des achats directs de titres de créance publics et privés sur les marchés primaire et secondaire. L’opération liée aux titres de la dette publique est illégale en vertu de l’article 123 du traité de l’Union Européenne [4]. Ce programme est l’un parmi plusieurs « mesures non conventionnelles », prises par la BCE à ce moment-là.

La création d’une société Special Purpose Vehicle (SPV) basée à Luxembourg a été une autre mesure très importante pour aider le transfert dématérialisé d’actifs toxiques des banques privées dans le secteur public. Croyez-le ou non, les pays européens [5] sont devenus « partenaires » de cette société privée, une « société anonyme » appelée Fonds européen de stabilité financière (FESF) [6]. Les pays se sont engagés avec des garanties de milliardaire, qui a été initialement mis en place sur le montant de 440 milliards d’euros [7]; puis en 2011, le capital a été porté à 779 780 000 000 EUR [8]. Le but réel de cette société a été d’éclipser par des annonces le fait que cette société fournirait des « prêts » à des pays, basés sur des « instruments de financement », et non pas de l’argent réel. La création du FESF était clairement imposée par le FMI [9], qui lui a donné un appui de 250 milliards d’euros [10].

Ensemble, le SMP et le FESF représentent un schéma complémentaire essentiel de sauvetage des actifs [11] dont les banques privées avaient besoin pour conclure le soutien du public qui avait été lancé au début de la crise bancaire de 2008 aux Etats-Unis et aussi en Europe. Depuis le début de 2009, les banques ont postulé pour davantage de soutien public afin de se décharger de la quantité excessive de leurs actifs toxiques qui alourdissaient leurs comptes hors-bilan. Les solutions peuvent être soit les achats directs du gouvernement, ou le transfert des actifs à des sociétés de gestion de patrimoine indépendantes. Les deux outils ont été fournis par le SMP et le FESF, et les pertes liées aux actifs toxiques sont à la charge des citoyens européens.

L’échange d’actifs toxiques des banques privées à une entreprise par simple transfert, sans paiement et sans opération adéquate d’achat / vente serait illégal selon les règles de reddition de comptes [12]. EUROSTAT a changé ces règles et a permis « les opérations de liquidité menées par l’échange d’actifs », justifiant ce changement par les « circonstances particulières de la crise financière ».

La principale raison du fait que le FESF a été basé au Luxembourg était d’éviter d’avoir à se soumettre aux lois internationales. En outre, le FESF est également financé par le FMI, dont la collaboration serait illégale, selon ses propres statuts. Cependant, le FMI a revisité ses règles pour fournir les 250 milliards d’euros au FESF [13].

Conformément à la loi [14] autorisant sa création, la société luxembourgeoise FESF pourrait déléguer la gestion de toutes les activités de financement. Le conseil d’administration pourrait déléguer ses fonctions et ses États membres associés pourraient déléguer des décisions concernant les garants de l’Eurogroup Working Group (EWG). À ce moment-même l’EWG n’a même pas un président à plein temps [15]. C’est le Bureau de la gestion de la dette allemande qui dirige réellement le FESF [16], et de concert avec la Banque européenne d’investissement fournit un soutien pour la gestion opérationnelle du FESF. Le manque de légitimité du fond est évident, car il est effectivement géré par un organisme différent. Aujourd’hui, le FESF est le plus grand créancier de la Grèce.

Les instruments de financement gérés par le FESF sont les plus risqués et restreints, dématérialisés, non négociables: tels les billets à taux flottant (Floating Rate Notes) réglés comme pass-through, de change et d’arrangements de couverture et d’autres activités de co-financement qui implique la fiduciaire Britannique Wilmington Trust (Londres) Limited [17] en tant qu’instructeur pour la délivrance de type restreint d’obligations non-certifiés, qui ne peuvent être commercialisées dans un marché légitime des actions, parce qu’ils ne respectent pas les règles pour les obligations de la dette souveraine. Cet ensemble d’instruments de financement toxiques représentent un risque pour les États membres dont les garanties peuvent être appelées à payer pour tous les produits financiers de la société luxembourgeoise.

Un grand scandale de proportion aurait eu lieu en 2010 si ces agissements illégaux avaient été révélés : la violation du traité de l’UE, les changements arbitraires dans les règles de procédure de la BCE, EUROSTAT et le FMI, ainsi que l’association des États membres à la société Luxembourgeoise à but spécial privé. Tout cela juste pour le sauvetage des banques privées et au détriment d’un risque systémique pour l’ensemble de l’Europe, en raison de l’engagement d’États avec des garanties de milliardaires qui couvriraient actifs toxiques problématiques, dématérialisées et non négociables.

Ce scandale n’a jamais eu lieu, parce que la même réunion extraordinaire des affaires économiques et sociales de l’UE [18] qui a discuté de la création du « Special Purpose Vehicle » qu’est la société du FESF en mai 2010 a donné une importance particulière au « soutien du package pour la Grèce », ce qui fait croire que la création de cette structure était pour la Grèce et que, ce faisant, elle assurerait la stabilité financière dans la région. Depuis lors, la Grèce a été le centre de toutes les attentions, occupant constamment les grands titres des principaux de médias partout dans le monde, tandis que le régime illégal qui a effectivement soutenu et profité les banques privées reste dans l’ombre, et presque personne ne parle de ce sujet.

Le rapport annuel de la Banque de Grèce montre une immense augmentation des comptes « hors bilan » liées aux valeurs mobilières en 2009 et 2010, sur des montants beaucoup plus important que l’actif total de la Banque, et cette tendance se poursuit sur les années suivantes. Par exemple, sur le bilan de la Banque de Grèce de 2010 [19], le total des actifs au 31/12/2010 a été 138,64 milliards d’euros. Les comptes hors bilan sur cette année ont atteint 204,88 milliards d’euros. Le 31/12/2011 [20], alors que le solde du total des actifs additionnés est à 168.44 milliards d’euros; les comptes hors bilan a atteint 279.58 milliard d’euros.

« Ainsi, le transfert des actifs toxiques des banques privées dans le secteur public a été un grand succès pour les banques privées. Et le système de la dette [21] a été l’outil pour dissimuler cela. »

La Grèce a été mise sur ce scénario après plusieurs mois de pression persistante de la Commission de L’Union Européenne sur les allégations d’incohérences sur les données statistiques et l’existence d’un déficit excessif [22]. Étape par étape, une grosse affaire a été créé sur ces questions, jusqu’en mai 2010, lorsque le Conseil d’Affaires Économiques et Financières, a déclaré: « dans le sillage de la crise en Grèce, la situation sur les marchés financiers est fragile et il y a un risque de contagion » [23]. Et ainsi la Grèce a été soumise à un package comprenant l’ingérence de la Troïka avec ses mesures sévères en vertu des plans d’ajustement annuels, un accord bilatéral surprenant, suivis par des « prêts » de la société FESF, soutenus par des instruments de financement à risque.

Les économistes grecs, des dirigeants politiques, et même certaines autorités du FMI ont proposé que la restructuration de la dette grecque pourrait fournir des résultats bien meilleurs que ce package. Cela a été tout simplement ignoré.

Les critiques qui ont dénoncé la surestimation du déficit grec – qui avait été la justification de la création de la grosse affaire autour de la Grèce et de l’imposition de du package de 2010 – ont également été ignorées.

Les dénonciations graves faites par des spécialistes grecs [24] au sujet de la falsification des statistiques n’ont également pas été prises en considération. Ces études ont montré que la quantité de 27,99 milliards d’euros a surchargé les statistiques de la dette publique en 2009 [25], en raison de l’augmentation erronée sur certaines catégories (comme les DEKO, les arriérés des hôpitaux et SWAP Goldman Sachs). Les statistiques des années précédentes avaient également été touchées par 21 milliards d’euros de swaps Goldman Sachs distribués ad hoc en 2006, 2007, 2008 et 2009.

Malgré tout cela, sous une atmosphère d’urgence et de menace de « contagion », de curieux accords ont été mis en œuvre depuis 2010 en Grèce; non pas comme une initiative grecque, mais comme une injonction des autorités de l’UE et le FMI.

« L’analyse des mécanismes [26] insérées dans ces accords montre qu’ils ne bénéficient pas du tout la Grèce, mais qu’ils ont servi les intérêts des banques privées, en parfaite conformité à l’ensemble des mesures de sauvetage illégales approuvés en mai 2010. »

• Premièrement, le prêt bilatéral a utilisé un compte spécial à la BCE par lequel les prêts consentis par les pays et la Banque allemande de développement, les prêteurs, iraient directement aux banques privées qui détenaient des titres de créance avec des valeurs nominales bien en deçà. Donc, cet accord bilatéral étrange a été organisé pour permettre le paiement intégral au profit des détenteurs d’obligations tandis que la Grèce n’a obtenu aucun avantage. Au lieu de cela, les Grecs auront à rembourser le capital, les taux d’intérêt élevés et tous les coûts.

• Deuxièmement, les « prêts » du FESF ont abouti à la recapitalisation des banques privées grecques. La Grèce n’a pas reçu un véritable prêt ou un soutien du FESF. À travers les mécanismes insérés dans les accords du FESF, l’argent réel n’est jamais parvenu en Grèce. Le pays a donc été forcé de réduire les dépenses sociales essentielles afin de rembourser, en espèces, les taux d’intérêt élevés et tous les frais abusifs. Et devra également rembourser le capital qu’il n’a jamais reçu.

Nous devons chercher la raison pour laquelle la Grèce a été choisie pour être dans l’œil de la tempête, soumis à des accords et mémorandums illégaux et illégitimes, siégeant en tant que décor pour couvrir le plan de sauvetage illégale scandaleux des banques privées depuis 2010.

Peut-être que cette humiliation est liée au fait que la Grèce a été historiquement la référence mondiale pour l’humanité, car elle est le berceau de la démocratie, le symbole de l’éthique et des droits humains. Le système de la dette ne peut pas admettre ces valeurs, car il n’a aucun scrupule à endommager les pays et les peuples afin d’obtenir leurs profits.

Le Parlement grec a déjà installé la Commission de la Vérité sur la Dette Publique et nous a donné la chance de révéler ces faits. Car c’est seulement grâce à la transparence que les pays vaincront ceux qui veulent les mettre à genoux.

Il est temps que la vérité l’emporte, il est le temps de placer les droits humains, la démocratie et l’éthique au-dessus des intérêts privés. Ceci est la mission que la Grèce doit prendre en ce moment.

Maria Lucia Fatorelli.

Traduit de l’anglais par Mabrouka M’Barek (co-auteur de la loi pour l’audit de la dette tunisienne)

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Notes :

[1] Coordonnatrice Nationale de l’Audit Citoyen de la Dette au Brésil (www.auditoriacidada.org.br), invitée par la présidente du Parlement grec la député Zoe Konstantopoulou afin de collaborer avec la Commission de la vérité sur la dette publique créée le 4 avril 2015 et coordonnée par Eric Toussaint du CADTM.

[2] Hors-bilan signifie une section extérieure aux comptes de bilan normal, où les actifs problématiques, tels que les actifs non négociables dématérialisés sont informés.

[3] Securities Markets Programme (SMP) – BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE. Glossaire politique monétaire. Disponible depuis:

https://www.ecb.europa.eu/home/glossary/html/act4s.en.html#696 [Consulté: 4th Juin 2015]

[4] LE TRAITÉ DE LISBONNE. Article 123. Disponible à partir: http://www.lisbon-treaty.org/wcm/the-lisbon-treaty/treaty-on-the-functioning-of-the-european-union-and-comments/part-3-union-policies-and-internal-actions/title-viii-economic-and-monetary-policy/chapter-1-economic-policy/391-article-123.html [Consulté: 4th Juin 2015]

[5] La zone euro des États membres ou actionnaires du FESF: Royaume de Belgique, République Fédérale d’Allemagne, Irlande, Royaume d’Espagne, la République française, la République italienne, la République de Chypre, le Grand-Duché de Luxembourg, la République de Malte, Royaume des Pays-Bas, République d’Autriche, la République portugaise, la République de Slovénie, la République slovaque, la République de Finlande et République hellénique

[6] La société FESF privée a été créée comme un Mécanisme européen de la stabilisation financière (MESF), dans: http://ec.europa.eu/economy_finance/eu_borrower/efsm/index_en.htm

[7] Commission européenne (2010) Communication de la Commission au Parlement européen, le Conseil européen, le Conseil, la Banque centrale européenne, le Comité économique et social et au Comité des régions – Renforcer la coordination des politiques économiques.

http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/euro/documents/2010-05-12-com(2010)250_final.pdf – Page 10.

[8] IRISH STATUTE BOOK (2011) Fonds européen de stabilité financière et le Fonds de la zone euro prêt (Amendment) Act 2011. Disponible auprès de: http://www.irishstatutebook.ie/2011/en/act/pub/0025/print.html # s2 [Consulté: 4th Juin 2015].

[9] Déclaration faite par M. Panagiotis Roumeliotis, ancien représentant de la Grèce au FMI, à la « Commission de la vérité sur la dette publique », au Parlement grec, le 15 Juin à 2015.

[10] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2010) A propos FESF [en ligne] Disponible à partir:

http://www.efsf.europa.eu/about/index.htm et http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf – Question A9 [Consulté le 3 Juin 2015].

[11] Haan, Jacob de; OSSTERLOO, Sander; SCHOENMAKER, Dirk. Institutions et marchés financiers – A European Perspective (2012) 2e édition. Cambridge, Royaume-Uni. régimes d’actifs de secours, Van Riet (2010) page 62.

[12] EUROSTAT (2009) Nouvelle décision d’Eurostat sur le déficit et la dette – L’enregistrement statistique des interventions publiques pour soutenir les institutions financières et les marchés financiers durant la crise financière. Disponible depuis:

http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/5071614/2-15072009-BP-EN.PDF/37382919-ebff-4dca-9175-64d78e780257?version=1.0 [Consulté: 4th Juin 2015]

[13] « La plupart des administrateurs (…) appelé le Fonds à collaborer avec d’autres institutions, comme la Banque des règlements internationaux, le Conseil de stabilité financière, et les autorités nationales, à atteindre cet objectif. » En FMI (2013) des décisions choisies. Disponible à partir: http://www.imf.org/external/pubs/ft/sd/2013/123113.pdf – Page 72. [Consulté: 4th Juin 2015]

[14] LOI SUR L’European Financial Stability Facility 2010. FESF accord-cadre, l’article 12 (1) a, b, c, d, et (3); Article 10 (1), (2) et (3); Article 12 (4); Article 10 (8).

[15] Seulement à partir d’Octobre 2011, selon une décision du Conseil le 26 Avril 2012, EWG a président à temps plein:
JOURNAL OFFICIEL DE L’UNION EUROPÉENNE (2012) Décision officiel. Disponible depuis:
http://europa.eu/efc/pdf/council_decision_2012_245_ec_of_26_april_2012_on_a_revision_of_the_statutes_of_the_efc.pdf .

La même personne, Thomas Wieser, avait été le président du Comité économique et financier (CEF) de Mars 2009 à Mars 2011: CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE. Groupe de travail de l’Eurogroupe. Disponible depuis:
http://www.consilium.europa.eu/en/council-eu/eurogroup/eurogroup-working-group/

[16] EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2013) FESF questions générales. Disponible depuis:
http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf – Question A6. [Consulté: 4th Juin 2015].

Voir aussi: L’agence de gestion de la dette allemande a émis des titres du FESF au nom du FESF.

De EUROPEEN DE STABILITÉ FINANCIÈRE (2010) de l’UE et de financement du FESF plans visant à fournir une aide financière pour l’Irlande. Disponible depuis:

http://www.efsf.europa.eu/mediacentre/news/2010/2010-006-eu-and-efsf-funding-plans-to-provide-financial-assistance-for-ireland.htm [Consulté: 4th Juin 2015]

Accord [17] Co-financement, PREAMBULE (A) et de l’article 1 – Définitions et «Obligations» d’interprétation. Disponible au http://crisisobs.gr/wp-content/uploads/2012/02/7-co-financing-agreement.pdf [Consulté: 4th Juin 2015]

Ces obligations sont émises sur la forme dématérialisée et non certifiés. Ils ont beaucoup de restrictions parce qu’ils sont émis directement dans un certain but et pas offerts sur le marché, comme les valeurs mobilières lois et règles déterminées par la SEC. Ils sont émis en vertu d’une règle d’exception permise seulement pour les émetteurs privés, pas pour les États.

[18] AFFAIRES ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Conseil Réunion extraordinaire de Bruxelles, 9/10 mai 2010. CONCLUSIONS DU CONSEIL

https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010-EN.pdf

[19] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2010 BILAN p. A4 http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2010.pdf

[20] BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2011 BILAN p. A4. http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2011.pdf

[21] L’expression créé par l’auteur pour vérifier, suite à plusieurs procédures d’audit de la dette dans différentes instances, l’utilisation abusive de l’instrument de la dette publique comme un outil pour prendre des ressources des États, au lieu de les soutenir, en fonctionnant comme un ensemble d’engrenages qui concernent le système politique, le système juridique, le modèle économique basé sur des plans d’ajustement, les grands médias et la corruption.

[22] 24 mars 2009 – Avis de la Commission – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-05/2009-03-24_el_104-5_en.pdf

27 avril 2009 – Décision du Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-06_council/2009-04-27_el_104-6_council_en.pdf

10 novembre 2009 – Conclusions du Conseil – http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111025.pdf

8 JANVIER 2010- Rapport de la Commission – http://ec.europa.eu/eurostat/documents/4187653/6404656/COM_2010_report_greek/c8523cfa-d3c1-4954-8ea1-64bb11e59b3a

2 décembre 2009 – Décision du Conseil – https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111706.pdf

11 février 2010 – Déclaration des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne. – http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/112856.pdf

16 février 2010 – Décision donnant Conseil – http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-09_council/2010-02-16_el_126-9_council_en.pdf

[23] 9/10 mai 2010 – Conclusions du Conseil – Réunion extraordinaire – En vertu de la justification de la « crise grecque », les mesures du régime pour sauver les banques sont mises en œuvre.

https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010-EN.pdf

10 MAY 2010 – Décision du Conseil –

http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-09_council/2010-05-10_el_126-9_council_en.pdf

[24] Le professeur Zoe Georganta, professeur d’économétrie appliquée et de la productivité, Ex membre de la contribution du conseil ELSTAT à «La Commission de la vérité sur la dette publique » le 21 mai 2015.

[25] HF international (2011) Georgantas a dit que le déficit de 2009 était délibérément gonflé pour nous mettre dans le code rouge. Disponible à partir: http://hellasfrappe.blogspot.gr/2011/09/shocking-report-official-admist-2009.html

[26] Les mécanismes sont résumés dans le chapitre 4 du rapport préliminaire présenté par la Commission de la vérité sur la dette publique, le 17 Juin 2015. Disponible auprès de: http://www.hellenicparliament.gr/UserFiles/8158407a-fc31-4ff2-a8d3- 433701dbe6d4 / Report_web.pdf

(Article disponible dans le blog de la plateforme de l’audit citoyen de la Grèce http://www.auditamosgrecia.org/en/banks-behind-greek-tragedy/)

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