Archives pour la catégorie l’enjeu politique central de la monnaie

[Révolution monétaire – Chartalisme] Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire (Libération)

Je vous signale deux documents intéressants sur les causes (et solutions) monétaires de « la crise » :

1) D’abord, une courte vidéo, bien intéressante, à écouter le crayon à la main :

Jean-Michel Naulot : CRISE FINANCIÈRE, pourquoi les gouvernements ne font rien

Avec un livre qui devrait être intéressant, (commandé mais pas encore reçu => je vous en reparlerai) :


http://www.seuil.com/ouvrage/eviter-l-effondrement-jean-michel-naulot/9782021340358


2) Mais surtout une tribune magnifique, brève et puissante, de quelques économistes que j’aime bien, dans Libération — alors ça, ça vaut de l’or : appréciez chaque phrase, c’est vraiment bien que l’idée chartaliste germe ainsi aussi puissamment 🙂

Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire

Par Thomas Coutrot , Dominique Plihon , Wojtek Kalinowski , Bruno Théret , Gaël Giraud , Vincent Gayon , Jean-Michel Servet ,Jérôme Blanc , Marie Fare et Benjamin Lemoine — 8 mars 2017
Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire
Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaireAFP

Introduire des liquidités dans une économie en crise grâce à une monnaie complémentaire, adossée aux recettes fiscales à venir, permettrait d’imaginer d’autres politiques sans pour autant remettre en question la monnaie commune. Cela permettrait une stabilisation de la zone euro.


Via les crédits qu’elles accordent, les banques commerciales privées disposent dans la zone euro d’un quasi monopole de création de la monnaie. Après les injections massives de liquidités à bas coût de la Banque centrale européenne (BCE) au système bancaire privé, il est clair que ce monopole enferme l’économie européenne dans une trappe déflationniste. Dans les périodes récessives, les banques commerciales sont structurellement incapables d’assurer une création contracyclique de monnaie de crédit destinée aux secteurs productifs. Pour nourrir leurs profits, elles dirigent l’essentiel de leurs liquidités vers les marchés financiers où elles alimentent de dangereuses bulles spéculatives. Aussi, de nombreux économistes et certains politiques s’accordent sur la nécessité de retirer aux banques leur privilège de création de la monnaie, et la Suisse votera sur cette question en 2018. Néanmoins une telle réforme suppose dans l’Union européenne (UE) un accord entre Etats membres qui, dans son état actuel, n’est pas prêt d’aboutir. Que faire d’autre ? Sortir de l’euro ?

L’accession en Grèce en 2015 de Syriza au gouvernement a conduit à envisager une autre stratégie qui, décidée par un Etat, lui permettrait de sortir d’une politique d’austérité sans remettre en cause l’unité de la zone euro : injecter de la liquidité par l’émission d’une monnaie fiscale complémentaire à l’euro. Dans cette stratégie, l’euro est conservé en tant que monnaie commune de cours légal dans tous les Etats membres, mais est complété par un moyen de paiement national constitué de bons du Trésor de faible dénomination – de 5 à 50 euros – et de durée limitée mais renouvelable. Adossés comme toute dette publique aux recettes fiscales à venir, ces bons seraient libellés en euro-franc, et maintenus à parité avec l’euro sans pour autant être convertibles sur les marchés des changes.

Il ne s’agit donc pas d’émettre une monnaie ayant cours légal, mais de proposer des titres de crédit destinés au règlement des salaires des fonctionnaires, des prestations sociales et des achats publics, dépenses qui sont de facto de la dette publique de court terme. Ils seraient réciproquement acceptés en paiement des impôts et, grâce à cette dernière garantie, pourraient circuler en tant que moyens de paiement au niveau national.

Face aux politiques d’austérité prônées actuellement, il y a urgence à émettre ce type de monnaie partout où la monnaie unique conduit à la récession, au chômage de masse, à la montée de l’insécurité sociale et à l’abandon des investissements de long terme indispensables à la transition écologique. Mais le couple monnaie commune – monnaie fiscale complémentaire n’est pas seulement une solution d’urgence ; c’est aussi potentiellement un outil durable de stabilisation monétaire de la zone euro. En effet, la réduction de la dette publique par autofinancement de la dette flottante et l’amélioration du solde des échanges extérieurs par réduction des importations (la circulation géographiquement limitée de l’euro-franc inciterait à relocaliser la production) réduisent la dépendance extérieure des Etats à l’égard tant de la finance internationale que des marchés extérieurs qui sont la source principale de son instabilité.

Cette forme de liquidité émise par les Etats sans passer par les banques n’est pas nouvelle, et sa combinaison avec une monnaie commune dans un système politique de type fédéral a été expérimentée avec succès dans les années 30 aux Etats-Unis et, plus récemment, entre 1984 et 2003 en Argentine. Ces expériences montrent que, sous certaines conditions, un tel dispositif monétaire remplit son office de réduction de la dette publique et de redynamisation de l’économie locale, sans créer de tension inflationniste ni de décrochage entre la monnaie locale et la monnaie centrale.

En l’état actuel des traités européens, la stratégie ici proposée est conforme au principe de subsidiarité qui reconnaît à tout Etat membre de l’Union la capacité de prendre des initiatives propres en matière de politique fiscale et budgétaire. Les Etats ne sont nullement obligés de se soumettre aux marchés et aux banques commerciales pour se financer, surtout à court terme. Rien ne les empêche de disposer de leurs propres systèmes de paiement, dès lors que ceux-ci remplissent les conditions de sécurité requises.

Se doter d’une monnaie fiscale nationale – en France, l’euro-franc – complémentaire à l’euro bancaire permettrait de financer les services publics et de mettre fin aux politiques d’austérité actuelles qui menacent le projet européen lui-même. C’est une politique réaliste qui peut être décidée immédiatement et unilatéralement au niveau national sans aller à l’encontre des traités européens. Mais pour assurer le succès de l’euro-franc, il ne suffit pas que l’Etat en garantisse l’acceptabilité en l’instituant comme moyen d’acquitter des impôts et en stabilisant sa valeur à la parité avec l’euro. Il doit aussi être soutenu par une large partie de la population qui le reconnaisse comme un instrument crédible de sortie de l’austérité. Pour cela, une fraction des euro-francs créés pourrait être distribuée aux PME et aux ménages endettés comme moyen de règlement de leurs dettes (privées). Cette mesure ferait d’une pierre quatre coups : par ce jubilé partiel des dettes, elle mettrait fin à l’excès d’endettement privé, cause principale de la récession dont souffre notre économie ; loin de pénaliser les créanciers résidents, elle les sécuriserait, vu le contexte d’une solvabilité très incertaine ; elle accomplirait le quantitative easing for the people («assouplissement monétaire pour les gens») dont Mario Draghi reconnaît qu’il est de nature à relancer l’économie européenne et l’emploi ; elle mettrait en circulation une monnaie complémentaire à une échelle qu’aucune des monnaies locales qui s’inventent aujourd’hui ne peut ambitionner.

Bien sûr, d’autres moyens d’assurer la confiance dans cette monnaie sont parfaitement concevables. Gageons qu’un tel euro-franc ne tarderait pas à être imité par nos voisins, ce qui redonnerait du même coup sa légitimité à un euro devenu monnaie commune.

Thomas Coutrot , Dominique Plihon , Wojtek Kalinowski , Bruno Théret , Gaël Giraud ,Vincent Gayon , Jean-Michel Servet , Jérôme Blanc , Marie Fare , Benjamin Lemoine

Source : « Libération », http://www.liberation.fr/debats/2017/03/08/sortir-de-l-austerite-sans-sortir-de-l-euro-grace-a-la-monnaie-fiscale-complementaire_1554260

 
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On ne se sortira du pétrin qu’en reprenant la création monétaire aux banques commerciales
(qui nous l’ont volée !)

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[Edit 24h après : je viens de recevoir le livre. Je vous ai scanné/OCRisé la table des matières :]

Jean-Michel NAULOT, « Éviter l’effondrement. Les politiques nous préparent une catastrophe financière pire que le précédente » (Seuil, 2017)


http://www.seuil.com/ouvrage/eviter-l-effondrement-jean-michel-naulot/9782021340358

Table

Remerciements           9

Avertissement  11

1. UNE GÉNÉRATION QUI A FAIT MONTER LES « POPULISMES » 15

Responsable et coupable       15

Depuis le milieu des années 1980, ils sont habités par les démons du dogmatisme  18

Le débat actuel révèle une grande méfiance à l’égard de la démocratie directe       20

L’obsession du fédéralisme et l’obsession du tout-libéral sont les terreaux du populisme     23

La génération aux commandes est non seulement responsable mais coupable         26

La gauche, amie de la finance, a perdu ses marques 27

La droite, amie de la monnaie unique, a elle aussi perdu ses marques         29

Le conte de fées d’un libéralisme qui dope la croissance       32

Le fantasme de la monnaie unique qui apporte la puissance et la prospérité           41

L’instrumentalisation de la dette publique: vraiment des cigales, les citoyens ?       44

La jeunesse oubliée     47

Il faut savoir dire « non »         50

2. CE VOLCAN FINANCIER QUI NOUS MENACE …59

Pourquoi la prochaine crise risque d’être pire encore        59

Savoir résister au « syndrome de Grignan » !  61

Le problème, ce n’est pas la petite aiguille, mais la bulle . 63

La monnaie n’est pas un voile 65

La création monétaire extravagante des banques centrales et des banques commerciales  67

L’histoire agitée des banques centrales indépendantes ….71

Le monarque monétaire          74

Défaillances des banques : insuffisance d’éthique ou insuffisance de régulation ?   81

Le régulateur souvent en retard sur l’innovation financière des banques     83

Nouvelles règles bancaires : une simple remise à niveau      86

La pondération des risques a introduit un biais inégalitaire dans l’allocation des financements     87

La fable des méga-banques qui pourraient faire faillite sans faire appel au contribuable   89

Banques systémiques: leur taille ne devient-elle pas un problème ?  95

La tyrannie acceptée des marchés financiers 96

1) La moitié des transactions sur les marchés d’actions est déréglementée   98

2) Sur les grandes valeurs cotées, en Europe et aux États-Unis, plus de la moitié des transactions est due au trading à haute fréquence alors que l’utilité économique et sociale de cette pratique est proche de zéro    101

3) Le montant des produits dérivés reste quasiment inchangé   103

4) Les hedge funds ont un effet de levier (une capacité spéculative) non réglementé 112

5) La quasi-totalité des hedge funds est domiciliée dans les paradis fiscaux 115

6) Les marchés de matières premières sont dominés à plus de 80 % par des acteurs financiers et non par les industriels 116

7) La finance de l’ombre (la finance peu ou pas réglementée) représente plus du tiers de la finance mondiale 118

8) La politique de limitation des émissions de gaz à effet de serre est confiée aux marchés financiers 123

Une dette mondiale à un niveau historique    130

Comme en 1929, comme en 2007-2008, les conditions d’une crise systémique sont réunies            133

À la veille de la crise de 1929 135

À la veille de la crise de 2007-2008   136

En 2017          138

Quatre foyers de crise continuent de se développer   139

États-Unis : déficits et inégalités         140

Zone euro : la crise toujours là          143

Chine : déséquilibres hérités de 2007-2008   144

Japon : la dette           145

Une réalité de plus en plus évidente : le ralentissement de la croissance mondiale  146

Une absence de gouvernance internationale face à la menace d’une crise grave    148

3. LES « MENOTTES » DE L’EURO 151

Un système monétaire au bord de la faillite            151

Naissance de l’euro : un copier-coller de l’ordolibéralisme allemand           154

L’Allemagne a réussi à imposer un ordre juridique à la zone euro   158

Une flexibilité sociale qui prend ses distances avec l’économie sociale de marché   160

L’austérité comme seul horizon          163

Les règles budgétaires du traité de Maastricht ont été durcies une première fois avec le Pacte de stabilité et de croissance en 1997     165

À la fin de l’année 2010, la Commission européenne a mis en place le « Semestre européen », un programme de travail très contraignant afin de peser fortement sur les politiques économiques et budgétaires de la zone euro   166

Le Semestre européen a été complété par des textes législatifs très importants, le six-pack puis le two-pack          167

Pour « faciliter » la réalisation de ce travail, la Commission utilise de plus en plus dans ses discussions avec les États les « lignes directrices intégrées »  170

Le TSCG (Pacte budgétaire), ratifié à l’automne 2012, a couronné ce processus d’intrusion dans les politiques budgétaires nationales en transposant une « règle d’or » inspirée de celle qui figure dans la Loi fondamentale allemande de 1949           171

La pratique sinistre de la dévaluation interne            174

Le biais inégalitaire de la zone euro  180

Un taux de change de l’euro qui ne convient à personne, sauf à l’Allemagne           186

Dix ans d’euro, tous à l’hosto !           192

Le coût financier des crises    194

Premier coup de canif de la BCE dans l’interdiction de financer les États    194

Deuxième coup de canif: les financements illimités à un État en difficulté (OMT)     195

Troisième coup de canif: le quantitative easing          197

Le financement des banques centrales du Sud par les banques centrales du Nord   198

Le financement des États par les États           199

Gestion de la crise grecque : la honte de l’Europe    199

Aide à la Grèce: vingt-cinq fois le montant de l’aide à l’Argentine    200

Une gestion calamiteuse de la crise par la troïka      202

13 juillet 2015: une journée noire dans l’histoire de l’Europe           203

Et la démocratie dans tout cela ?       205

Les « menottes » de l’euro      208

Ces économistes qui avaient mis en garde     210

Une pensée unique qui tue la politique          214

La bulle Draghi          219

4. RESTAURER LA PRIMAUTÉ DU POLITIQUE 225

Réarticuler gouvernance internationale et souveraineté économique nationale   225

1) Réduire l’hypertrophie de la finance, c’est-à-dire le déséquilibre entre la finance et l’économie réelle, grâce à une meilleure gouvernance internationale           227

Renoncer au double discours sur la réforme de la finance    228

Comment éviter les pièges tendus par les lobbies ? Quelques règles simples de bonne conduite     235

S’interdire tout ce qui pourrait conduire à une forme de connivence            236

Éviter le déséquilibre des rapports de force lors des négociations    238

Fixer des délais rapprochés pour la mise en place des réformes      238

Faire des textes simples          240

Ne pas donner trop d’importance aux consultations publiques         240

Tenter de détecter les risques liés à l’innovation financière sans attendre l’accident de marché      241

Se méfier de ceux qui évoquent en permanence l’éthique et la transparence            242

Être peu réceptif à l’argument de la « liquidité du marché »    243

Retenir une définition stricte du market making         243

Donner la priorité à la maîtrise du risque systémique sur la compétitivité de la place financière    244

Revoir les statuts des banques centrales pour limiter leur dépendance à l’égard des marchés financiers    245

Réformer la « boîte noire » de la pondération des risques et les structures bancaires pour remettre les banques au service de l’économie réelle    248

Dix mesures pour assainir en profondeur les marchés financiers     255

Première mesure : le passage de toutes les transactions de produits dérivés par des institutions spécialisées supervisées par la BCE      256

Deuxième mesure : la limitation de l’effet de levier des hedge funds 258

Troisième mesure : le traitement des opérations de bourse sur les seuls marchés réglementés        260

Quatrième mesure: la taxation des ordres du trading à haute fréquence      262

Cinquième mesure : l’interdiction aux acteurs financiers de spéculer sur les matières premières    263

Sixième mesure: la transparence et l’enregistrement des opérations traitées dans le shadow banking        263

Septième mesure: l’obligation faite aux gérants de hedge funds de domicilier leurs fonds à l’endroit où ils les gèrent            265

Huitième mesure: l’harmonisation fiscale en Europe 267

Neuvième mesure : l’harmonisation des normes comptables autour de critères inspirés par le bon sens et la nécessité d’assurer la stabilité financière          269

Dixième mesure: la mise en place d’une taxe carbone européenne   271

Une gouvernance internationale entre les mains des gouvernements et non des banquiers centraux          273

2) Rétablir notre souveraineté économique en redonnant de la flexibilité monétaire et budgétaire à la zone euro    276

Des dirigeants politiques enfin touchés par la grâce dans le débat sur l’euro ? La parole à Léon Blum     277

Sortir de l’entre-deux par plus d’intégration politique ne peut se faire sans référendum      280

Un big-bang institutionnel qui serait plein de dangers          285

Les peuples n’attendent pas plus d’intégration mais au contraire plus d’indépendance et de flexibilité       289

La refondation des traités exige d’abord l’assouplissement des critères budgétaires de Maastricht et de la règle d’or du TSCG (Pacte budgétaire)        289

La refondation des traités exige aussi de revoir entièrement les modalités de fonctionnement de la monnaie unique            291

N’ayons pas peur des turbulences provoquées par la transition vers un système plus flexible !       294

3) Gouvernance internationale et souveraineté économique sont deux notions complémentaires et non pas opposées, deux fils conducteurs face à la mondialisation    299

Restaurer la primauté du politique pour éviter un effondrement       300

Maîtriser le capitalisme financier, cette face noire de la mondialisation       301

Le débat sur la mondialisation est légitime et nécessaire       302

Conclusion

Agir maintenant        305


Rappel de quatre billets mémorables publiés sur ce blog sur ce thème :

• CHARTALISME : les peuples crèvent par MANQUE D’ARGENT. C’est L’ÉTAT qui DOIT créer l’argent, AVANT qu’on le lui rende en impôts, et PAS LE CONTRAIRE (30 mai 2014)

http://chouard.org/blog/2014/05/30/chartalisme-les-peuples-crevent-par-manque-dargent-cest-letat-qui-doit-creer-largent-avant-quon-le-lui-rende-en-impots-et-pas-le-contraire/

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• Révolution monétaire – Débat avec Stéphane Laborde et Jean-Baptiste Bersac : les perspectives d’émancipation politique offertes par le chartalisme et par la théorie relative de la monnaie (TRM) (25 sept 2014)

http://chouard.org/blog/2014/09/25/revolution-monetaire-debat-avec-stephane-laborde-et-jean-baptiste-bersac-les-perspectives-demancipation-politique-offertes-par-le-chartalisme-et-par-la-theorie-relative-de-la-monnaie-trm/

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• ÉPOUVANTAILS (PRÉTENDUE MENACE D’HYPERINFLATION) OU REFLATION (RETOUR VOLONTAIRE À L’INFLATION) ? RELANCER LA DEMANDE AVEC DE L’HELICOPTER MONEY. VITE !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

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À propos des gouvernements qui ne font « rien » (rien pour nous mais tout pour les banques), NE RATEZ PAS ÇA :

Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

http://chouard.org/blog/2016/02/20/histoire-detaillee-dun-odieux-complot-celui-de-la-deregulation-financiere-inside-job-enquete-essentielle-pour-comprendre-la-prochaine-crise/


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155050340277317

[Vidéo] Entretien autour de vos questions, avec Nicolas Clément (Paris, 23 février 2017)

De passage à Paris pour rencontrer Francis Cousin, rencontre étonnante dont je vous parlerai demain ou après-demain, j’ai passé un moment avec Nicolas Clément, jeune homme qui m’a posé tout un tas de questions adressées par vous via le net 🙂

Un bon souvenir, immortalisé grâce à Raphaël Berland, du Cercle des volontaires, toujours disponible et serviable :

Je radote, pardon, mais je laboure 🙂 avec votre aide.

Je voudrais remercier ici, chaleureusement et particulièrement, deux personnes qui m’aident énormément, tous les jours, à semer, dans toutes les parties de la population, vraiment toutes, des graines d’idées de démocratie vraie, pour qu’un jour apparaissent partout, vraiment partout, des citoyens dignes de ce nom c’est-à-dire des citoyens constituants.

Je remercie d’abord Nicolas Clément, qui publie chaque jour, sur sa page Facebook et sur celle appelée Le-Message.org, des extraits incisifs, des rappels importants, des illustrations percutantes, et aujourd’hui un entretien original. Ça se voit, je crois, qu’on est tout heureux de se rencontrer enfin, en chair et en os, à cette occasion 🙂

Je remercie aussi Raphaël Berland, qui anime le Cercle des Volontaires, média libre, journaliste authentique, et qui filme, monte et publie depuis longtemps mon travail et mes rencontres, courageusement.

Merci aussi, évidemment, à tous ceux qui font comme eux dans leur coin, discrètement mais efficacement.

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.


[Liste des questions avec timeline]

0,00,12 : Introduction

0,00,30 : Q1 : J’aimerais savoir, ne le connaissant pas très bien, s’il a l’intention de mener une action pour renverser l’oligarchie en place, étant donné que nos « élus » ne partiront pas d’eux-mêmes. En gros, se sent-il meneur de mouvement ou se contente-t-il d’implanter des idées ?

0,02,43 : Q2 : À quel moment et par quel moyen, il estimera que la masse critique de gens informés est atteinte (pour qu’un changement advienne) ?

0,04,04 : Q3 : Que pense-t-il du système scolaire qui consiste à passer de la hachette au taille crayon la moindre petite branche qui ne voudrait pas pousser droit ?

0,10,48 : Q4 : Est-il libertaire ?

0,16,28 : Q5 : Pense-t-il qu’un tirage au sort des élus est compatible avec des médias de masse dirigés par des monopoles non démocratiques ? Que pense-t-il de la place des lobbys dans les consultations et expertises sur lesquelles les décisionnaires s’appuient ? Que faudrait-il pour lui pour que des décisions démocratiques ne soient pas sous influence ? (Compilées)

0,20,18 : Q6 : Dans la mesure où il faut au moins que des modalités de vote soient fixées pour prendre une décision collective, quels sont – s’il y en a – les principes fondamentaux de la démocratie, ceux qui encadreraient l’écriture des tout premiers articles d’une constitution ?

0,26,26 : Q7 : N’est-il pas préférable de travailler seul sur quelques articles avant de faire un atelier ?

0,36,08 : Q8 : Dans la mesure où il défend une politique de non professionnels, pense-t-il que c’est également une nécessité que la justice, la police soit non professionnelles ?

0,43,25 : Q9 : Le franc CFA, est-ce une grosse escroquerie française à l’échelle de l’État ? Aucun de nos gouvernants n’en parle, pourquoi ? Est-ce un sujet tabou ?

Je profite de cette question pour évoquer brièvement UN NOUVEAU PARADIGME MONÉTAIRE, que je trouve très prometteur et dont la gauche (tout le monde, en fait) a bien besoin, à mon avis. Une nouvelle organisation qui changerait tout en permettant aux puissances publiques de financer librement les projets qu’elles jugent utiles au bien commun. Mais cette nouvelle organisation monétaire, nous seuls, simples citoyens, pouvons la vouloir (et l’instituer), jamais les élus des banques ne le feront. Jamais. C’est à nous de réfléchir à ça, sans quoi personne ne le fera

1,04,24 : Q10 : Encourages-tu l’abstentionnisme qui s’organise en ce moment ? Et considères-tu que cette démarche sera efficace ou alors qu’elle n’aura aucun impact positif ? Que penses-tu des Bureaux d’Abstention ?

1,11,50 : Q11 : Que pense-t-il de Mélenchon et des idées qu’il lui reprend en partie ? Pense-t-il que c’est utile à la cause ou néfaste qu’un personnage comme lui (faisant partie intégrante du système) la reprenne ?

1,19,41 : Q12 : J’ai une seule et unique question, qui me paraît très importante à l’approche des présidentielles, afin que lui et Jean-Luc Mélenchon puissent débattre ensemble dans une émission télé ou tout autre moyen médiatique.

1,23,11 : Q13 : Êtes-vous pour un retour à la monarchie ?

1,26,15 : Q14 : Que penses-t-il du Décodex ?

1,36,32 : Q15 : Dans l’ordre chronologique idéal, pensez-vous qu’il faille prioritairement changer de constitution puis sortir de l’UE ou l’inverse ?

1,38,32 : Conseils de lectures

1,47,43 : Q16 : Vas-tu écrire un livre ? 😉

1,51,20 : Conclusion

Liste des questions établie à partir de : https://www.facebook.com/NicolasClementFr/posts/1317995664904904

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[Livres signalés] (cliquez sur l’image pour en savoir plus)

Georg Friedrich Knapp – Théorie étatique de la monnaie
(en anglais seulement, pour l’instant, malheureusement)

Joseph Tchundjang Pouemi – Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire de l’Afrique

Nicolas Agbohou – Le Franc CFA et l’Euro contre Afrique

James C. Scott – Zomia ou l’art de ne pas être gouverné

Michelle Zancarini-Fournel – Les luttes et les rêves

Denis Dupré – Camp planétaire

Joseph E. Stiglitz – L’euro, Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe

Joseph Mornet – Psychothérapie institutionnelle

[Références]
L’association Les Citoyens Constituants : http://www.lescitoyensconstituants.org/

Pédagogie Freinet : https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Freinet

Vidéo sur l’école de Summerhill : https://www.facebook.com/le.message.org/videos/1038260136259073/

[Citations importantes]

« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »
Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.

« Les lois constitutionnelles tracent les règles qu’il faut observer pour être libre ; mais c’est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l’exécution des lois. La plus inévitable de toutes les lois, la seule qui soit toujours sûre d’être obéie, c’est la loi de la force. L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple qui ne l’est pas, est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l’obéissance passive & de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu ; plus le pouvoir de ce chef sera terrible ; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l’âme ; & fut-il vrai qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu’il pût le vouloir impunément, il n’en reste pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe sans contrepoids, le peuple n’est pas libre ; en dépit de toutes les lois constitutionnelles du monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est garanti de l’oppression par une force constante & suffisante. »
Robespierre, Discours sur l’organisation des gardes nationales, publié mi-décembre 1790 / utilisé devant l’Assemblée Nationale les 27 & 28 avril 1791

« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.

Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État: Que m’importe? on doit compter que l’État est perdu.

L’attiédissement de l’amour de la patrie, l’activité de l’intérêt privé, l’immensité des États, les conquêtes, l’abus du gouvernement, ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C’est ce qu’en certain pays on ose appeler le tiers état. Ainsi l’intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et second rang ; l’intérêt public n’est qu’au troisième.

La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social (1762),
Chapitre 3.15 : Des députés ou représentants (extrait)

[À lire absolument : ]
Le chartalisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chartalisme


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[La vidéo] « L’État et les banques, 5 ans après, le hold-up continue » par Myret Zaki et Étienne Chouard

Ah mais quel bonheur ! de retrouver Myret à Genève, ma chère Myret, enfin ! 🙂

On jubilait de se revoir, tous les deux. Soif de progresser ensemble à nouveau, 5 ans après.

Merci à ceux qui ont organisé et immortalisé cette rencontre.

Première partie :

La vidéo de la partie ‘débat avec la salle’ arrive bientôt (2 heures formidables de plus 🙂 ).
Je l’ajouterai ici même.

Edit:voici les ÉCHANGES AVEC LA SALLE:

Il faut absolument que je revienne vite à Genève : les militants suisses font un boulot épatant sur la monnaie (vous en verrez des aperçus dans la vidéo des débats). Je voudrais filmer des ateliers constituants avec François sur la monnaie et sur la subsidiarité (qu’il connaît mieux que personne), et je voudrais bien comprendre les avancées que la (joyeuse et enthousiasmante) bande AAA+ (Assemblée des Actionnaires Actifs Positifs [de la BNS, banque nationale suisse] : voir http://aaapositifs.ch/ , https://www.youtube.com/playlist?list=PLYVUaeJf8OAAZZpO0Eq1Smzwd4LPh6C9s&app=desktop
et http://desiebenthal.blogspot.fr/2017/02/interventions-lag-de-la-bns.html?m=1) est en train de mettre au point sur la comptabilité monétaire publique. Le niveau monte.

À l’occasion, il faudra isoler en vidéos plus petites certains passages de cette longue rencontre (4 heures bien utiles, de mon point de vue).
Si quelqu’un pouvait aussi se dévouer pour rédiger le plan minuté de cette rencontre, ce serait super 🙂

Amitiés à tous.

Étienne.

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« En attendant la prochaine conférence de Myret Zaki et d’Etienne Chouard à Genève » : un chouette résumé de la précédente rencontre (vidéo dense, 30 min)

Chers amis,

Comme vous le savez, je retourne à Genève samedi prochain.

Pour nous mettre (tous) en appétit, Greg a préparé un résumé (très dense) en 30 minutes de la précédente rencontre :

(ça devrait bien vous plaire 🙂 )

Merci Greg 🙂


[Rappel] La conférence de 2011 (intégrale, 2h30, 1 million de vues) :

Ah ! J’ai hâte de retrouver ma chère Myret ! 🙂

Rendez-vous à Genève le 11 fév 2017 : « 5 ANS APRÈS, LE HOLD-UP CONTINUE – MYRET ZAKI & ÉTIENNE CHOUARD »

Chers amis,

Je vais enfin retrouver ma chère Myret, et vous aussi j’espère, à Genève samedi prochain, pour continuer cet échange épatant que nous avions commencé il y a 5 ans, déjà, en décembre 2011, sur le coup d’État bancaire qui se déroulait en Grèce, et partout dans le monde.

Conférence . Samedi 11 février 2017 . 18h30

http://fonderiekugler.ch/fonderie/fonderie-kugler/news-fonderie/442-l-etat-et-les-banques

Il y a un « événement Faceboook » : https://www.facebook.com/events/1833810500229493/

Je voudrais surtout reprendre avec Myret notre début de controverse à propos de Keynes : Myret semblait penser que les politiques keynésiennes « échouaient manifestement », et je n’avais pas eu le temps de répondre à ça : il me semble au contraire que, à l’évidence, c’est de Keynes que nous avons besoin aujourd’hui, et je suis content que nous ayons tous les deux, un peu de temps pour approfondir cette question cruciale : nos sociétés ont-elles besoin d’une politique de l’offre (au profit du capital) ou d’une politique de la demande (au profit du travail) ?

Par ailleurs, j’aimerais soumettre à Myret une proposition de réforme monétaire absolument radicale.

Il y a aussi quelques livres essentiels dont je voudrais vous parler sur ces sujets.

J’ai hâte d’y être, ça va être une très chouette soirée, je suis sûr 🙂

Au plaisir de vous y retrouver.

Étienne.

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Rendez-vous à Toulon, le 9 février 2017 à 19 h, pour des ateliers constituants sur la monnaie

Suite de mes pérégrinations constituantes 🙂

Jeudi 9 février, je vais à Toulon (c’est dans ma région, cette fois), pour accompagner, dans leurs premiers pas d’organisateurs, des débutants constituants bien motivés 🙂

Voici leur affiche et le lien de leur annonce :


https://www.evensi.fr/rencontre-exclusive-entre-etienne-chouard-amp-alexandre/197122235

Il y a aussi un événement Facebook :
https://www.facebook.com/events/381104885589726/

 L’adresse est : Maison des Citoyens de Toulon, Place de la révolution, 83000 Toulon

 

Nous allons donc parler de la monnaie, institution centrale et décisive pour déterminer la souveraineté.

Comme d’habitude, on commencera par un exposé, et on enchaînera sur des ateliers (où ce sera à vous de bosser 🙂 donc, venez avec du papier et de quoi écrire), ateliers suivis d’une mise en commun.

Et puis, les jours et les mois suivants, vous devriez arriver à vous débrouiller tout seuls, à la fois pour entretenir et pour étendre (chaque jour) la flamme constituante populaire autour de vous 🙂

Je profiterai de cette rencontre (qui sera sans doute filmée) pour vous présenter quelques livres  passionnants et utiles.

Sur la monnaie, le niveau monte — le niveau de conscience et aussi le niveau d’exigence —, et c’est bien.

À bientôt, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : pour préparer des ateliers constituants, rien de tel que le wiki des GV (c’est une mine de ressources inépuisable !) :

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

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[Rappels en 7 min des principaux rouages antidémocratiques de l’UE] J’étais l’invité (le 21 nov 2007) de David Abiker, sur France Info. Sujet : « le « traité simplifié » et sa critique par les internautes »

Ça fait 10 ans déjà…

Compléments utiles (pour ceux qui débarquent 🙂 ) :

• L’article-aveu-de-haute-trahison de l’affreux Giscard,
« La boîte à outils du traité de Lisbonne » :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2007/10/26/la-boite-a-outils-du-traite-de-lisbonne-par-valery-giscard-d-estaing_971616_3232.html

• Ma réaction (indignée) à l’époque :

« Monsieur Giscard d’Estaing (futur candidat à la présidence de l’UE ?) confirme la scandaleuse arnaque du « mini-traité simplifié » (il oublie cependant quelques « détails ») » :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2007/10/27/86-le-candidat-giscard-d-estaing-confirme-la-scandaleuse-arnaque-du-mini-traite-simplifie-il-oublie-cependant-quelques-details

TOUT CECI RESTE D’UNE ACTUALITÉ BRÛLANTE ET DRAMATIQUE.

• Pour creuser le sujet des traités anticonstitutionnels : ma page dédiée

« Résistance aux abus de pouvoir caractérisés que sont tous les « traités constitutionnels » »

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/resistance_a_tous_les_traites_constitutionnels.php

et notamment :

« Principaux GRIEFS contre les institutions européennes, institutions écrites sans les citoyens (et même souvent contre eux) et programmant leur impuissance » (voir la page 2) :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Citoyens_d_Europe_Contre_le_Regime_Illegitime.pdf

Étienne.

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[Populisme, mon amour] Emmanuel TODD : « la France n’est évidemment pas une démocratie »

Emmanuel Todd insiste (sans se laisser interrompre par les eurocrates) :

« On n’est évidemment pas en démocratie, on fait tous semblant, on fait du théâtre : on remet en cause la démocratie américaine (qui renaît ! [heu, là, il rêve, Emmanuel 🙂 ]) et on fait comme si, nous, on était des démocrates…

Mais en fait la France n’a plus d’autonomie monétaire et c’est l’Allemagne qui va décider !

On n’est évidemment plus en démocratie : [en 2008,] la classe politicienne s’est assise sur le référendum de 2005 (!), et notre prétendue « élection présidentielle », c’est un système qui permet d’élire celui qui va être notre représentant à Berlin…

Donc, on est vraiment des gros rigolos, quand on met Trump en question »

Je trouve amusantes les lèvres (très) pincées du vieil eurolâtre despotique Bernard Guetta.


Guetta : « Non, là, Todd, vous exagérez… »

Merci Emmanuel Todd, MERCI 🙂

Étienne.

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« QE for the peuple » – « Helicopter Money » POUR RELANCER LA DEMANDE : le niveau monte

Europe1 : « Et si la Banque Centrale donnait (directement) de l’argent à TOUS les citoyens ? »

Si les « journalistes » commencent à parler favorablement de « QE for the peuple – Helicopter Money » (ils ont enfin travaillé, un peu, la question monétaire => le niveau monte — c’est pas trop tôt), les choses peuvent bouger.

Mais surtout, le niveau des électeurs va lui aussi monter — et peut-être aussi leur niveau d’exigence, sur cette question décisive et cruciale pour la souveraineté populaire : c’est au peuple lui-même (et surtout pas aux banques privées, fléau de l’humanité) de décider s’il faut créer ou détruire de la monnaie, au niveau local comme au niveau national.

=> Faites passer 🙂

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Rappel (important) sur QE for the people :

ÉPOUVANTAILS (prétendue menace d’hyperinflation) ou REFLATION (retour volontaire à l’inflation) ? RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

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NOTRE CAUSE COMMUNE est notre impuissance politique ET MONÉTAIRE ; et cette impuissance vient de NOTRE démission du processus constituant [synthèse vidéo en 30 min]

C’est important, une cause commune, une vraie CAUSE COMMUNE, pour faire société, non ?

Rappel d’une bonne synthèse — en 30 minutes — CONTRE l’escroquerie parlementaire, et POUR ses ateliers constituants populaires :

0’30 – Loi Macron et article 49-3 ;
6’08 – compétence des représentants politique ;
8’18 – 3ème et 4ème République ;
10’45 – Nouvelles technologies et Démocratie ;
18′ – Problème technique ou politique ? ;
19’30 – Pouvoir politique vs pouvoir économique ;
22’10 – Inflation législative et démission du politique ;
26’10 – Création monétaire et l’alternative formidable du CHARTALISME qui rendrait l’État EMPLOYEUR EN DERNIER RESSORT (fin du chômage !) ;
34’05 – Conseils de lecture

Je radote, pardon, mais c’est là-dessus que nous devrions NOUS CONCENTRER. Donc, je ressasse, excusez-moi, j’en ai marre qu’on se disperse, encore et toujours. Ça nous affaiblit terriblement de nous disperser et on n’avance pas. Il faut faire des ateliers constituants, personnellement, tout le temps, et emporter avec nous plein de gens, des nouveaux, régulièrement.
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MONNAIE ET DÉMOCRATIE : deux rendez-vous en duo avec Philippe Derudder, vers Bourges et La Rochelle, les 8 et 9 octobre 2016

Bonjour à tous.

Deux chouettes journées s’approchent 🙂

Je dois beaucoup à Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq, pour mon éveil en matière monétaire.

C’est André-Jacques qui m’a interpellé très tôt, sur le forum du Plan C, en attirant notre attention sur la centralité de la création monétaire et sur le sabordage scandaleux que nous révélait « la loi de 1973 ».

Je vous recommande d’arpenter, si vous ne le connaissez pas déjà, ce très long mais très important fil du forum consacré à la création monétaire : si vous suivez nos échanges passés, vous y progresserez à votre tour comme nous l’avons fait, petit à petit. Pour vous faciliter la vie, j’ai regroupé toutes ces précieuses pages en un document pdf unique : « REPRENDRE LE POUVOIR SUR NOTRE MONNAIE » (1 200 pages (!), mais j’y ai surligné en jaune de nombreux passages essentiels) ; c’est une mine à références utiles pour comprendre la monnaie, ses mécanismes (actuels vs souhaitables), les enjeux de société qui y sont liés, et puis les nombreuses alternatives possibles (que devraient d’abord connaître les citoyens pour ensuite pouvoir les défendre), etc.

Dix ans après cet éveil (et des milliers de livres et de textes plus tard), je vais bientôt avoir le plaisir de vous rencontrer sur ce sujet « monnaie et démocratie » avec Philippe Derudder lui-même, ce qui est une première et me remplit de joie. Philippe va nous parler de la monnaie (je ne connais personne qui explique mieux que lui les principes de base de la monnaie (ne ratez pas son petit livre sur les monnaies locales, c’est un vrai bijou, important, tout le monde devrait l’avoir lu et travaillé), et moi je vais vous parler… de démocratie et de processus constituant populaire (bien sûr 🙂 ), car les deux sujets — monnaie et démocratie — sont, dans notre esprit à tous les deux, intimement liés et interdépendants.

Mais en fait, ça va être encore plus intéressant que ça : au cours de l’exposé de chacun, l’autre pourra intervenir pour questionner, suggérer, commenter, de façon à vous offrir davantage deux échanges dynamiques, peut-être même parfois une controverse (bienveillante), que deux conférences séparées.

De plus, (comme d’habitude) je vous inviterai ensuite à travailler à votre tour 🙂 dans des ateliers constituants, naturellement focalisés sur la monnaie : faut-il décider dans la constitution, et avec quels mots, qui est légitime pour créer la monnaie ? Qui est légitime pour décider si le corps social a besoin de plus ou moins de monnaie (qui va décider s’il faut créer de la monnaie ou en détruire) ? Qui contrôle qu’aucune personne privée ni aucune famille ne s’empare du pouvoir de création monétaire ? Quel type de monnaie voulons-nous ? Publique ? Privée ? Payante ? Gratuite ? Temporaire ? Permanente ? Stable ? Fondante ? Rare ? Abondante ? Unique ? Multiple ? Nationale ? Locale ? Les deux ? Simple marchandise négociable sur un marché et exposée aux spéculations des plus riches ou Bien social vital non négociable ? Monnaie publique disponible à profusion pour financer (et donc rendre possibles) les services publics ? Monnaie nouvelle répartie régulièrement de façon inconditionnelle et à vie ? , etc.

Il faudra (apprendre ensemble à) bien distinguer les choix monétaires qui relèvent de la constitution (choix plutôt stables, simples et fondateurs, mis à l’écart des querelles politiques quotidiennes) des choix monétaires qui relèvent de la loi (choix plus variables en fonction de la conjoncture et constamment redéfinis à travers les controverses politiques ordinaires).

Il faudra aussi penser à nous garantir/armer contre les inévitables coups d’États oligarchiques (antidémocratiques) qui ne manqueront pas d’être fomentés par des bandits — comme celui de la prétendue « Union européenne » —, et il faudra traiter comme criminels les acteurs politiques qui se rendraient à nouveau coupables de tels forfaits.

J’espère que naîtront de ces ateliers quelques propositions d’articles de constitution d’origine citoyenne capables de donner des idées à tout le monde, à la fois sur l’importance cardinale du sujet monétaire, sur la fécondité de la participation des citoyens à la réflexion sur les alternatives monétaires, et surtout, sur l’imbrication étroite entre l’émancipation monétaire des peuples et la nature populaire du processus constituant.

Voici donc les deux rendez-vous en question :

1) Rendez-vous le 8 octobre 2016, au 4ème FORUM PAIX ET SOLIDARITÉ (23 rue de la Mairie, 18510 Menetou-Salon) :

Annonce sur Facebook : https://www.facebook.com/events/339040819780691/

2) Rendez-vous le lendemain, 9 octobre 2016, au GÎTE DE MONTIFAUD (1 route de Montifaud, 17430 Genouillé) :

Ça va être deux belle journées. Le niveau va encore monter.

J’ai hâte de vous retrouver en chair et en os, bande de virus 🙂

Étienne.
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PS : je vous signale ci-dessous quelques liens pour bosser ces deux sujets :

Page dédiée à la monnaie : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php

Page dédiée au tirage au sort, seule procédure démocratique digne de ce nom : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

Vidéo « Sommes-nous en démocratie ? » : https://www.youtube.com/watch?v=6LB462z-j70

Vidéo « Les enjeux de la création monétaire » : https://www.youtube.com/watch?v=uRagFaIGb5w

Un autre très bon bouquin, « La dette publique, une affaire rentable » :

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ORIGINAL ET PASSIONNANT ! [CONSTITUTION D’ORIGINE CITOYENNE ET TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS] Très très précieux conseils de Mabrouka M’barek, députée constituante tunisienne, aux auditions programmatiques de JLM2017.

[CONSTITUTION D’ORIGINE CITOYENNE ET TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS]
Très très précieux conseils de Mabrouka M’Barek, députée constituante tunisienne, aux auditions programmatiques de JLM2017.

Entretien ORIGINAL ET PASSIONNANT !

Onze ans après les premières (toutes petites) graines semées sur Internet, je mesure les progrès, la « germination », d’une part au choix du thème de cette audition, d’autre part à la pertinence des analyses et propositions de Mabrouka, mais aussi aux mots des questions posées à Mabrouka.

Je sens que l’idée d’une Constitution d’origine Citoyenne (« le plan C ») germe partout, enfin, et ça me rend heureux 🙂

Merci Mabrouka, je t’ai trouvée épatante, émouvante, enthousiasmante 🙂

Vous devriez faire connaître cette vidéo autour de vous, bande de virus : elle est vraiment très originale, et très utile, je trouve, pour donner encore de la chair et de la vie à notre idée radicale.

Merci d’être tous là, on n’est forts qu’ensemble, et le niveau monte 🙂

Etienne.

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[Edit 6 octobre 2016] Patricia a bossé sur la retranscription, voici son précieux travail :

Audition programmatique sur la constituante

Mabrouka M’barek a été membre de l’assemblée constituante de Tunisie, élue en 2011, assemblée qui a abouti à la rédaction et à la promulgation de la constituante de 2014. Élue au congrès pour la république, l’organisation fondée par le président Marzouki, représentante des tunisiens établis aux Amériques et en Europe… Retour sur cette expérience, aussi bien sur le processus par lequel la société tunisienne a pris conscience de la nécessité d’une AC et du caractère prioritaire de cet enjeu ; puis sur les modalités pratiques d’organisation du travail dans une AC :

. Mise en place d’une constituante
. Modalités pratiques
. Recommandations

Le plus important et le grand défi sont comment fédérer une société autour d’un projet constitutionnel, projet qui doit provenir d’une assise populaire. L’écriture de la constitution est une initiative historique, un processus qui implique de se projeter des décennies vers le futur. C’est un exercice passionnant qui devrait être exercé par tout citoyen parce que ça vous transforme, c’est une expérience qui transcende votre propre vie.

L’écriture de la constitution prend beaucoup de temps, ce qui n’est pas toujours compris par le peuple qui, à l’extérieur de l’assemblée a des attentes : les gens voulaient un emploi, il y avait des difficultés dues à la crise économique ; la révolution tunisienne s’est déroulée lors de la crise financière en Europe… il y avait donc beaucoup d’impératifs qui nous ramenaient à la réalité. Mais en même temps, l’écriture de la constitution est un exercice pour le futur, il faut bien comprendre cela, comprendre les enjeux historiques et les enjeux pour les prochaines générations.

Quoi qu’il arrive et quel que soit l’événement qui va créer le déclenchement d’une constituante, il faut aller au delà de cet événement-là. L’opportunité de l’écriture d’une constitution inclut l’idée de ce qu’est être « un bon citoyen », mais aussi de ce que sera « un bon ancêtre ». C’est une expérience fantastique, une exercice qui doit être fait par tous les citoyens : c’est tout un peuple qui doit apprendre à écrire sa propre constitution, apprendre à se transcender et à réaliser l’importance de l’humanité quand on se projette dans le futur, car s’il n’y a plus de générations futures, alors il n’y a plus d’objectifs.

L’avantage de la Tunisie, c’est qu’elle a réussi à fédérer la constituante avec un événement assez important qu’est la révolution. Le régime politique du moment, et ce depuis plusieurs décennies, étant la dictature, même si les tunisiens avaient déjà pris la rue, c’est en 2010 que le projet commun du peuple fût de destituer le dictateur. C’est vraiment l’événement qui a fédéré tout le monde, que ce soit l’élite économique ou les classes les moins privilégiées, c’est cela qui a propulsé l’idée de constituante. Ce projet n’aurait peut être pas abouti si des franges de la société avaient été exclues.

En l’absence d’un élan révolutionnaire, on doit essayer de puiser la légitimité d’une constituante dans ce que le peuple demande. D’où l’importance de fédérer d’abord les gens à la cause de la constituante avant même de convoquer la constituante.

Au niveau de la Tunisie, immédiatement après la révolution, il y eut une organisation incroyable, une organisation décentralisée avec des comités dans chaque quartier, chacun était politisé, apportait des idées, il y avait beaucoup de partage. L’erreur fut de tout centraliser dans un dispositif très bureaucratique. C’était nécessaire, mais le problème, c’est que ça a supprimé l’organisation locale, et quand on a des comités locaux et régionaux, c’est difficile à structurer. D’où l’importance de trouver un moyen ou une mécanique régionale, locale, et en même temps une organisation inclusive, pour centraliser les idées.

La portée d’une constituante est importante car très peu de personnes ont décrit cette expérience-là, l’organisation ou la « feuille de route », car lorsqu’on coupe la mécanique régionale, on avorte la révolution, et on coupe l’intérêt de ceux qui participent localement, entraînant une sensation de spectateur ; Car pendant que la constituante travaille, quelle est la nature de la transition ? Cette « feuille de route » permettrait d’inclure le travail de tous.

Car l’écriture de la constitution va prendre beaucoup de temps, et au début, les gens vont être pour, mais ensuite ils se lassent car ça prend du temps. C’est donc d’autant plus important que la légitimité soit primordiale. Si on prend la plate forme de JLM, sa campagne menée autour de la convocation d’une AC semble insuffisante dans le sens où seuls ceux qui auront voté pour lui seront d’accord. Le défi et la difficulté sont de rallier tout le peuple français autour d’une constituante, et pas seulement les électeurs de JLM, et que cette constituante aboutisse à quelque chose d’historique et de solide afin de fortifier la démocratie française. La difficulté en France, c’est de faire comprendre à vos compatriotes que vous n’êtes pas en démocratie. Les tunisiens eux, savaient très bien qu’ils étaient en dictature, leur souhait était d’autant plus grand à vouloir la démocratie.

IL faut convaincre les français pourquoi il faut une constituante, ainsi que la nature de la transition et l’importance de les convaincre d’y participer.

Mais convoquer une constituante, ce n’est pas suffisant : il faut aussi s’occuper de la transition (qui est la vie à l’extérieur de l’assemblée) car la constituante ne va pas régler les problèmes de chômage, par exemple. D’où l’importance de séparer d’un côté le travail constituant et de l’autre la gestion des affaires courantes, la chambre législative, donc de concevoir un parlement à 2 chambres, une qui effectue le travail constituant et l’autre, la gestion des affaires courantes d’ordre économiques, financières, etc.

On peut donc concevoir un sénat ou une chambre des représentants tirés au sort, le temps de la transition, afin de ne pas limiter la durée de l’écriture de la constitution, et sur la nature de la transition, qui est une période d’expérimentation (pourquoi pas basée sur une mini constitution).

Mais pour construire, il faut déjà déconstruire ; d’où l’importance de redéfinir les concepts. Les Nations Unies ont un programme d’assistance à l’écriture de la constitution et la première chose qui est dite, c’est « la constitution est un contrat social » (contrat : mot du jargon néo-libéral). Non : la constitution n’est pas un contrat social, car alors un contrat peut être cassé. Une constitution est un document qui protège le peuple envers ceux qui sont au pouvoir. La constitution n’est pas là pour organiser les pouvoirs mais pour limiter les pouvoirs et en donner au peuple. Ce n’est pas un contrat social qui organise les pouvoirs. C’est au peuple de décider ce qu’est une constitution. Et pour ce faire, je recommande le tirage au sort de la désignation des membres de la constituante. À mon sens, c’est vraiment ce qui va produire : une constituante qui soit le plus proche de l’idée démocratique. Ça peut être des constituantes locales ou régionales : celle qui va être nationale va centraliser et essayer de regrouper les propositions des mini-constituantes, ce sera donc un long processus.

Le travail de la constituante et l’administration.

Le travail de l’administration est primordial et fondamental, mais l’administration n’est jamais neutre car elle est politisée. Il suffit de prendre exemple sur les programmes économiques de l’ENA : ils sont basés sur le capitalisme, ils rejettent les visions post-keynésiennes, qui ne sont même pas étudiées. Pour les personnes qui sortent de l’ENA, l’économie c’est un équilibre, une main invisible… Le fait que ce soit les banques qui créent la monnaie est un sujet qui n’est pas abordé… Et du coup cela impacte complètement le travail de l’administration, ce qui engendre une vision par défaut qui est néo-libérale,

La constituante doit avoir son propre média, c’est fondamental, une chaîne TV parlementaire de la constituante, afin que le peuple apprenne à connaître chaque constituant, à le suivre. Chaque débat, chaque mot entendu va être suivi, commenté… qu’il y ait des commentateurs.

le statut des députés de la constituante

Les remboursements de frais ou indemnités sont préférables à un salaire, (un dinar n’est pas équivalent à un dollar). Importance de la transparence de la constituante faite parle président de la constituante, car transparence engendre confiance.

Quand un pays est souverain, on peut donner tous les moyens pour cette constituante de réussir. Les moyens matériels, technologiques, techniques, les moyens humains pour développer des consultations locales dans les ateliers constituants du pays, avec des supports high-tech… Si la banque centrale est souveraine alors les fonds ne sont pas un problème. Quand on est un pays souverain,le financement n’est pas un problème.

Ce qui est important, ce sont les ressources, les possibilités mises en place et donc les consultations dans les constituantes régionales et ainsi faire remonter les idées en amont. La constituante, c’est vraiment quelque chose qui doit inclure tout le monde. l’idée est donc de développer les ateliers constituants dans les écoles, les lycées, les facultés, les entreprises,les associations, les comités d’entreprises avec instauration d’une plage horaire sur une journée de la semaine, pour que ce soit un processus le plus inclusif et participatif possible,

Est abordé :
la notion de temps
le système mixte (représentatif et tirage au sort)
le risque de problèmes identitaires qui peuvent polluer (religion etc,,,)
l’importance de la justice transitionnelle à définir,
l’implication dans la constituante de la diaspora,

Les gens qui s’impliqueront vont se poser 3 questions existentielles : d’où on vient (notre peuple), pourquoi on fait ça, où on veut aller (pour protéger les futures générations de français)…

Merci Patricia ! 🙂

Populisme et souverainisme ne sont pas des gros mots

Cette synthèse de mon travail (qui date d’août 2012) est un peu longue et pas assez ordonnée, pardon, mais ces propositions sont importantes et décisives, je crois. Elles pourraient être une ébauche de livre original 🙂

[J’y ai ajouté (entre crochets) la proposition du « salaire à vie », car je la pense aujourd’hui (4 ans plus tard) plus émancipante du capitalisme que celle du « revenu de base » (d’ores et déjà récupérée et corrompue par les exploiteurs) — voir l’explication de Bernard FRIOT. Toutes les techniques de solvabilisation inconditionnelle des citoyens m’intéressent a priori, et mes recherches continuent.]

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne

[Un entretien qui date de 2012 (un peu désordre, pardon) avec un jeune journaliste de RageMag : http://ragemag.fr/populiste-nest-pas-un-gros-mot-entretien-avec-etienne-chouard/ (Le lien est devenu mort, je ne sais pas pourquoi.)]

“Populiste n’est pas un gros mot”

entretien avec Étienne Chouard

Publié le 24 août 2012, par Ragemag

Il s’est fait connaître en 2005, en devenant l’homme qui a dit NON ! à la constitution européenne. Depuis, l’enseignant Étienne Chouard continue de mener son combat contre les Versaillais. Cours (très) particulier d’instruction civique en compagnie d’un empêcheur de tourner en rond…


Étienne Chouard, chez lui, en mars 2012 © Mathieu Deslandes/Rue89

En 2005, vous vous êtes battu contre l’adoption du traité constitutionnel européen, pouvez-vous nous résumer les raisons et les moyens de cet engagement ?

J’ai décidé de m’engager (modestement et presque timidement) après avoir lu le texte de cette anti-constitution que l’on nous proposait, et qui vidait de leur (peu de) substance toutes les constitutions nationales. Cette situation était aggravée par un traitement médiatique lamentable (automne/hiver 2004 et printemps 2005). Les médias étaient tous en faveur du traité et dénonçaient les partisans du non comme des xénophobes, des réactionnaires, des nationalistes, alors que ces derniers avaient des arguments puissants, décisifs, documentés et d’inspiration démocratique pour signaler que ce texte était dangereux.

Comme tout le monde, j’en ai beaucoup parlé autour de moi, et j’ai écrit un texte de synthèse qui exposait cinq arguments particulièrement frappants (à mon sens) et que j’ai envoyé à mes collègues enseignants sur une liste professionnelle pour les inviter à m’aider à y voir clair ; puis, j’ai posté ce texte sur mon (tout petit) site personnel, comme une bouteille à la mer… Et ce texte s’est répandu dans le pays comme une trainée de poudre : en le recevant, les gens, par je ne sais quelle alchimie, s’enthousiasmaient et le renvoyaient souvent à tout leur carnet d’adresses… J’ai ainsi reçu douze mille mails en deux mois… Finalement, c’est à la fois le regard bienveillant, la confiance, de la plupart de mes lecteurs, ainsi que la méfiance des autres — ceux qui disaient de moi que j’étais un imposteur — qui ont été les moteurs de mon engagement depuis.

Quant aux moyens, il y a mon travail bien sûr, mais il y a aussi le travail des milliers de militants qui ont repris le texte, et qui l’ont diffusé partout avec les moyens du bord ; ils l’ont photocopié puis ils l’ont glissé dans les boîtes aux lettres de leurs rues, etc. Certains ont même tatoué leur voiture ou leur moto d’un « votez non à la constitution européenne et allez voir le site http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ »… Il y a eu un travail de fourmis de la part de personnes qui ne sont pas des professionnels de la politique et des médias. Ils se sont passé le mot entre eux.

“Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir”

Puis, les médias s’y sont mis, interpellés par leurs lecteurs. Un premier journaliste a fait un papier dans L’Huma intitulé : « Et si Etienne Chouard faisait gagner le non » Puis j’ai vu passer à la maison toutes les télés, les radios, les journaux. Mis à part quelques journalistes bienveillants, les médias n’ont d’ailleurs pas été très gentils (ils ne l’étaient guère avec les nonistes). Mais peu importe. Mon métier, c’est prof : je m’occupe du bien commun par vocation. Donc, ce que je fais en parallèle depuis 2005 n’est pas très éloigné : je continue à m’occuper du bien commun, mais à plus grande échelle, parce que je pense avoir trouvé une idée originale pour nous sortir — nous tous — du pétrin.

Quelle est cette idée ?

L’idée centrale de tout mon travail est que “ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir” : ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire la Constitution : ils doivent la craindre et donc ils ne doivent surtout pas l’écrire. La cause des causes de nos malheurs est, selon moi, en nous-mêmes, parce que nous ne sommes pas capables — en partie parce qu’on nous a trompés et en partie parce que nous nous trompons — de donner leur véritable sens aux mots démocratie et constitution, et parce que nous ne prêtons pas attention aux graves conflits d’intérêts qui empoisonnent le processus constituant.

Peut-on être aujourd’hui à la fois européiste et démocrate ?

Oui, mais pas d’emblée, pas forcément, et sûrement pas de la façon dont cela s’est fait depuis cinquante ans. La façon actuelle de construire l’Europe est antisociale, antiparlementaire, antidémocratique (sous couvert de discours lénifiants qui affirment l’inverse de la réalité). J’ai publié il y a peu sur mon blog une passionnante conférence d’Henri Guillemin sur le fascisme en France, qui remonte à la révolution française pour comprendre ce mot utile mais galvaudé.

Avec du recul, il me semble que le fond du fascisme (au sens large) est un projet politique de domination des riches contre les pauvres, incarné (avant même que le mot fascisme n’apparaisse) par les Girondins durant la révolution, puis par les Versaillais durant la Commune en 1871, puis par les représentants du centre gauche durant la troisième République (le parti “centre gauche” était le parti des industriels et des banquiers, à droite de la droite la plus cupide et la plus cynique), et finalement par les fascismes stricto sensu du 20e siècle : quand les ultra-riches ont vu qu’ils allaient perdre les élections (avec la montée des socialismes au début du 20e), ils ont renoncé au suffrage universel (qui n’était supportable à leurs yeux que tant qu’ils gagnaient toutes les élections) et ils sont devenus des adversaires acharnés du suffrage universel…

”L’obsession des possédants est de maintenir le niveau des salaires le plus bas possible”

Autrement dit, les grands privilégiés ne sont pour le suffrage universel que quand ils sont sûrs de gagner les élections ; sinon, ils deviennent “fascistes”… Autant dire que le fascisme au sens large (comme domination de classe) est une permanence depuis 200 ans. En dupant les pauvres (qui votent pour lui) le fascisme vide les Républiques de leur sens et prive les salariés de leurs protections. Et je trouve que l’Union Européenne obtient précisément ce même résultat, mais de façon beaucoup plus astucieuse et discrète que le fascisme à la papa : le résultat le plus concret des traités européens, c’est le chômage de masse institutionnalisé par une politique monétaire obsédée par l’inflation ; et du chômage de masse découlent directement les bas salaires et la docilité des travailleurs. Or, depuis 200 ans (depuis beaucoup plus de temps, en fait), l’obsession des possédants est de maintenir le niveau des salaires le plus bas possible. Et c’est la meilleure clef de lecture du réel, je crois, celle qui donne une cohérence aux “impuissances” des acteurs politiques : l’Union européenne est le meilleur outil que les riches aient inventé à ce jour pour atteindre l’objectif des bas salaires, en paralysant les luttes sociales.

Pourquoi l’Europe intéresse-t-elle tant les élites ?

Parce que l’Europe est d’une taille tellement gigantesque qu’aucune démocratie digne de ce nom n’y est possible, et parce que sa prétendue “Constitution” y a été pensée et écrite par les prétendues “élites” en question : ce sont les industriels et les banquiers qui ont voulu, financé et fait écrire les institutions européennes. C’est pourquoi les institutions européennes institutionnalisent la guerre économique : la “concurrence libre et non faussée” crée une fatalité de la lutte du tous contre tous. Rien à voir avec l’intérêt général, mais tout à voir avec l’intérêt des plus riches. Nos ploutocraties se radicalisent.

”Souverainiste n’est pas un gros mot du tout !”

On a du mal à défaire les logiques d’intérêt des dogmes idéologiques.

C’est lié. Vous savez, un dogme c’est une pensée imposée, répétée, rabâchée. Les riches ont mis ça en place de façon très organisée : ils ont acheté presque tous les médias importants. Pourquoi le banquier Rothschild achète le journal Libération ? Pas pour gagner de l’argent, il va en perdre. Pourquoi la banque Lazard achète le journal Le Monde ? Idem. Pourquoi le Crédit Agricole achète la radio Skyrock ? Itou. Pourquoi les marchands d’armes Lagardère et Dassault ont-ils acheté les trois quarts de la presse et une grande partie des maisons d’édition ? Que des marchands de canons maîtrisent les médias et l’édition, c’est à la fois dangereux et révoltant. Avec ces outils-là, en plus de gagner les élections (ce qui est tout à fait essentiel, évidemment), on peut effectivement fabriquer et entretenir un dogme. Par exemple, on peut rabâcher tous les jours que “l’Europe, c’est bien”, ou qu’il faut absolument, “pour des raisons humanitaires”, aller faire la guerre un peu partout dans le monde : en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, en Iran, et puis quoi encore ?

Selon vous, peut-on être démocrate sans être souverainiste ?

Non ; probablement non. Mais souverainiste n’est pas un gros mot du tout ! C’est plutôt le mot antisouverainiste qui désigne des traîtres au bien commun : si vous êtes contre la souveraineté, vous êtes pour quoi ? Rousseau et Robespierre étaient (évidemment) souverainistes. La patrie est une fiction constructive qui nous rassemble, qui essaye de reproduire à plus grande échelle l’attraction familiale qui fait que l’on s’entraide volontiers. Le souverainisme est le fondement de nombreuses solidarités (nationales souvent, mais pas seulement) : on ne se connaît pas individuellement mais l’on est prêt à se donner du mal pour ceux qui sont de la même patrie.Tenir en détestation le nationalisme, le souverainisme ou le patriotisme fait partie du dogme des “libéraux” qui, en fait, ne veulent plus d’État dans leur chemin (et ils nous jouent cette musique depuis les physiocrates au 18e siècle). Les prétendus “libéraux” affirment que l’on doit les guerres aux sentiments chauvins liés au nationalisme. Mais c’est une blague !

“La Constitution doit séparer les pouvoirs et permettre de les contrôler”

Les guerres, on les doit évidemment aux grands industriels et aux banquiers (lire Guillemin pour s’en convaincre avec force détail) ; on pourrait même, d’une certaine façon, attribuer les guerres aux philosophes des “Lumières” (qui étaient de sordides utilitaristes, des philosophes des riches pour les riches, qui faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour mettre les mendiants au travail au lieu de les aider, et qui préféraient la torture à vie des travaux forcés à la peine de mort, trop clémente à leurs yeux) philosophes qui soutenaient les Girondins (dont la première décision prise par l’assemblée législative de 1792 fut de déclarer une guerre de rapine contre les pays voisins, de façon à ce que l’État ainsi renfloué puisse rembourser la dette publique à leur profit au lieu de faire défaut), Girondins royalistes qui pouvaient bien se reconnaître plus tard dans les Versaillais, les riches massacreurs de la Commune de 1871. Une grande tradition qui semble bien perdurer aujourd’hui au sein de l’Union européenne : endettement monstre des États auprès des plus riches, et guerre économique permanente des pauvres contre les pauvres (pour les empêcher de faire la révolution). Bien sûr, je peux me tromper, et gravement, comme tout le monde. Mais il me semble que la contre-histoire des 200 ans du gouvernement représentatif reste à détailler et à diffuser largement.

Qu’est ce qu’une Constitution ?

C’est un texte supérieur qui décrit les conditions dans lesquelles les pouvoirs institués, législatif, exécutif, judiciaire, vont pouvoir produire du droit, produire des normes juridiques impératives qui s’imposeront à tous. C’est un texte qui va à la fois instituer des pouvoirs très utiles (parce que nous sommes nombreux et que nous avons donc besoin d’eux) et aussi très dangereux, car ceux qui les détiennent peuvent en abuser ou servir les intérêts d’une classe privilégiée plutôt que l’intérêt général. Une Constitution sert donc avant tout à limiter et à affaiblir les pouvoirs. La Constitution doit séparer les pouvoirs et permettre de les contrôler quotidiennement ; elle doit aussi permettre au peuple de reprendre l’initiative à tout moment contre ses représentants en cas de besoin.

“Chaque citoyen devrait protéger la Constitution, SA Constitution, les armes à la main”

Une bonne constitution est donc un texte protecteur en cas de coup dur. Si, au lieu de ça, elle organise l’impuissance des peuples et l’impunité des représentants (comme le font toutes les Constitutions du monde), ce n’est plus une constitution, c’est une imposture, c’est une anti-constitution. C’est le cas de la constitution française et des institutions européennes (et de bien d’autres). Les citoyens devraient non seulement savoir ce qu’est une constitution, mais ils devraient aussi faire attention à qui l’écrit, qui la protège et qui la fait exécuter : nous devrions tous surveiller la qualité du processus constituant. Chaque citoyen devrait protéger la Constitution, SA Constitution, les armes à la main.

Comme lors d’ une révolution ?

Oui, sauf qu’il y a de vraies et de fausses révolutions. La révolution française de 1789 est une fausse révolution. C’est une révolution entre riches : ces sont les marchands actifs qui prennent la place des nobles oisifs.

Carl Schmitt disait : « le souverain est celui qui décide de l’état d’exception ». Qui aujourd’hui décide de cet état d’exception ?

Aujourd’hui le souverain est collectif. C’est une bande de familles très riches qui financent les marionnettes politiques que sont les élus. Le régime de gouvernement représentatif n’est pas la démocratie. Il est anti-démocratique. Il a été construit précisément et sciemment pour interdire au peuple toute forme de démocratie. Le régime du gouvernement représentatif a permis aux riches de confisquer 100% du pouvoir politique. Le souverain aujourd’hui, c’est une petite fraction du peuple : les plus riches. C’est pourquoi, on doit parler de ploutocratie et pas du tout de démocratie. Et les marionnettes politiques sont des kapos : ce sont des électeurs qui ont décidé de collaborer avec les ennemis du peuple en échange de bons traitements. Nous sommes dans un régime qui est un intermédiaire entre dictature et démocratie. Intermédiaire parce qu’on a le droit de parler, de manifester, tant que ça ne change rien à ce qu’ils appellent “l’ordre social”. La “démocratie représentative” est un oxymore qui n’a rien à voir avec la vraie démocratie. Elle pourrait pourtant l’être, mais à condition que ce soit les citoyens eux-mêmes qui en écrivent les règles de contrôle quotidien. Je peux imaginer une démocratie représentative qui ne serait pas un oxymore. Mais aujourd’hui la démocratie n’a rien de représentative : c’est une oligarchie ploutocratique.

Qu’est-ce qu’est la démocratie selon vous ?

La démocratie est un régime dans lequel le peuple garde le contrôle de ses représentants. Un peuple qui peut imposer les lois lui-même et refuser celles qu’on tente de lui imposer lorsqu’il n’est pas d’accord ; un peuple qui peut changer la constitution de sa propre initiative ; un peuple qui peut révoquer un acteur politique lorsqu’il estime qu’il défaille. Si nous acceptons d’appeler “démocratie” son strict contraire, on se rend incapable de comprendre ce qu’est la vraie démocratie, et on s’interdit de la vouloir. La mise à l’envers de ce mot essentiel est un très beau piège politique.. Dans une vraie démocratie, les banques ne seraient pas privées mais publiques. Nous aurions probablement instauré le revenu de base et la TVA sociale qui va avec. Tous les impôts seraient remplacés par la TVA (50% des prix, impôt difficilement fraudable) et chaque humain toucherait un revenu de base qui lui permettrait de dire non à un travail dégradant. Grâce au revenu de base, tout le monde aurait la possibilité de donner le meilleur de lui-même sans qu’on lui torde le bras parce que, privé de terre, il a un besoin vital d’un revenu (chantage à la misère).

[Mieux encore ! Ayant compris les leçons fondamentales de Bernard Friot, dans une vraie démocratie, nous aurions institué nous-mêmes le SALAIRE À VIE, avec la qualification de la personne (et pas du poste). Voir et .]

“Populiste n’est pas un gros mot”

La nécessité d’avoir un revenu pousse les gens à accepter n’importe quel travail, et c’est profondément aliénant. Ils sont contraints par ce système lamentable à accepter des activités dégradantes, inutiles, voire nuisibles pour le bien commun. Quand quelqu’un accepte, pour gagner de l’argent, de devenir un ingénieur financier, ou un producteur de semences stériles, ou un fabriquant d’armes de destruction massive, c’est révoltant. Une vraie démocratie changerait tout. Le problème c’est que nous n’arrivons même pas à la vouloir parce qu’on a laissé mettre à l’envers tous les mots importants : constitution, citoyen, électeur, démocratie, suffrage universel. Tous ces mots ont été inversés et tant que nous l’acceptons nous sommes les jouets des maîtres du langage. Mais ce n’est pas du tout une fatalité : on peut remettre tous les mots importants à l’endroit, par éducation populaire, c’est-à-dire entre nous, à la base.

Avez-vous lu La stratégie du choc de Naomi Klein. Que pensez-vous de ses thèses ?

C’est une clef de lecture importante, la mise à jour d’une stratégie abjecte, cynique au possible. Dans les années 50, des scientifiques ont découvert que des personnes ayant subi des électrochocs perdaient toute volonté, tout sens critique et deviendraient dociles comme des brebis. Sur le modèle de cette technique, les “libéraux” intègrent le fait qu’une collectivité choquée par un évènement (naturel ou artificiel : un séisme, une guerre) n’est pas capable de résister à une agression supplémentaire et donc de se battre contre une “réforme” dont elle ne veut pas. Ces chocs peuvent très bien être provoqués : des attentats, des déclarations de guerre. Il existe toute sorte de possibilités pour provoquer des chocs.

“S’informer c’est résister. Armez-vous !”

Qu’est-ce que le populisme selon vous ?

Populiste n’est pas un gros mot. Je suis moi-même populiste, évidemment. J’ai lu Christopher Lasch et Orwell sur les conseils de Jean-Claude Michéa qui est un philosophe spécialiste du “libéralisme” que je trouve admirable. Le mot populisme a un sens différent selon la bouche qui le prononce. Chez Lasch, le populisme est un mot positif : un populiste c’est quelqu’un qui se préoccupe des intérêts du peuple. Dans la bouche des oligarques et des Versaillais, ceux qui voudraient “globaliser” la “gouvernance”, c’est-à-dire capturer la totalité des pouvoirs politiques, économiques, culturels et médiatiques, le mot populiste veut dire démagogue, menteur. Mais ce sont eux les démagogues. Ce sont eux qui mentent au peuple pour avoir le pouvoir.

“Le tirage au sort à la place de l’élection”

Encore une fois, “populiste” est un mot qui a été mis à l’envers. Je suggère d’ailleurs à tous les résistants de signaler les mots dangereux qui ont ainsi été mis à l’envers. Je propose que nous balisions les mots menteurs par un signal codé entre nous, avec des guillemets à l’envers (Alt+175 et Alt+174 sur un clavier de PC), comme pour pointer un piège : par exemple, » populiste «, » démocratie «, » suffrage universel «, » citoyen «, » réforme «, » constitution «, etc. Un homme averti en vaut deux. Si on repère clairement les mensonges de la Novlangue, on sera moins vulnérable.

Vous disiez tout à l’heure que le peuple avait sa part de responsabilité de se faire diriger. Peut-on considérer qu’on est encore un peuple ?

Le peuple est un concept temporaire. Une collectivité, à un moment donné, se considère comme un peuple et est prête à envisager des objectifs communs et à se protéger mutuellement. En prenant conscience du danger des voleurs de pouvoirs (qui existeront toujours dans les collectivités : les aspirants chefs, les leaders…), nous devrions arriver à nous en méfier et à éviter à tout prix de leur donner le pouvoir, et donc à instituer le tirage au sort à la place de l’élection. Un peuple qui aurait testé à petite échelle, au niveau de la commune, une vraie démocratie, avec le tirage au sort et ses contrôles.

Est-ce que, selon vous, la Suisse est une démocratie ?

La Suisse est une semi-démocratie (ce qui est déjà bien), grâce au référendum d’initiative populaire. Les Suisses ont ainsi les moyens institutionnels, à leur propre initiative, de court-circuiter leurs représentants sur les sujets les plus graves. La Suisse est donc infiniment plus démocratique que la France, qui ne l’est pas du tout. Mais il est essentiel de comprendre que cette puissance des Suisses -et cette impuissance des Français- est programmée, programmée dans la Constitution !

“Les professionnels de la politique ont un intérêt personnel à programmer l’impuissance du peuple”

Qu’est-ce qu’un référendum d’initiative populaire ?

Le RIP (ou RIC : référendum d’initiative Citoyenne) est l’institution qui garantit au peuple qu’il lui est possible, de sa propre initiative et à tout moment, de reprendre le contrôle des processus législatifs et constituants. C’est central. Le référendum d’initiative populaire existe dans quelques pays dans le monde : en Italie, dans la moitié des États-Unis, au Venezuela et en Autriche, par exemple. En France, en 2008, le parlement, aux ordres du gouvernement, a révisé la constitution pour instituer ce qu’ils ont appelé frauduleusement (je pèse mes mots) un “référendum d’initiative populaire”. Il suffit de lire l’article 11 pour constater que ce n’est qu’un referendum d’initiative parlementaire. Nos prétendus » représentants « se moquent donc ouvertement de nous. Nous ne sommes pas en démocratie : nous sommes en ploutocratie.

Par quel moyen le peuple français peut-il re-devenir ou devenir le souverain ?

Il faut qu’on réfléchisse pour créer quelque chose de nouveau et concentrer notre objectif sur un point précis et aucun autre (pour réunir le plus grand nombre d’entre nous). Il faudrait que ce point commun soit effectivement décisif c’est-à-dire suffisant pour entrainer ensuite naturellement la plupart des modifications que nous souhaitons.

Ce point est, me semble-t-il, dans la qualité du processus constituant : il ne faut plus qu’il y ait de professionnels de la politique dans l’Assemblée constituante, ni dans le Conseil constitutionnel. PLUS JAMAIS ET EN AUCUN CAS. En effet, les professionnels de la politique ont un intérêt personnel à programmer l’impuissance du peuple, et c’est ce qu’ils font, toujours et partout. Seule une constitution d’origine citoyenne permettra au peuple de reprendre le contrôle de ses affaires (les affaires publiques).

Le tirage au sort est-il l’avenir de la démocratie ?

Non, le tirage au sort n’est pas « l’avenir de la démocratie », il en est indissociable ; c’est un lien beaucoup plus fort qu’une simple étape chronologique : il n’y a pas de démocratie sans tirage au sort.

Étienne Chouard.

Propos recueillis par Arthur Scheuer et Baptiste Thion

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/09/08/253-ragemag-populiste-n-est-pas-un-gros-mot


Pour approfondir le travail de Bernard Friot :

Le site réseau salariat :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Bernard Friot « La conférence gesticulée »

Usul présente le Salaire à Vie (Bernard Friot)

Friot formules ses reproches au revenu de base :

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Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154532965612317

UN ÉTAT — OU UNE COMMUNE — DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN, IL LA CRÉE.

Le pillage de la Grèce est le plus grand des scandales. Je lis ça et ça me révolte :

Énième cure d’austérité en Grèce :

http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/enieme-cure-d-austerite-en-grece-1040635.html

Les parlementaires grecs seront amenés la semaine prochaine à voter un énième train de mesures de rigueur. Elles concernent cette fois la réorganisation du marché de l’énergie et de nouvelles privatisations.

Le Parlement grec doit se prononcer la semaine prochaine sur un énième train de mesures de rigueur, réclamées par les créanciers en vue du déblocage de 2,8 milliards d’euros de prêts à la Grèce, a-t-on appris samedi de source parlementaire.

Le projet de loi, qui concerne surtout la réorganisation du marché de l’électricité, l’accélération des privatisations et la gestion des prêts bancaires non performants, « doit être débattu lundi en commission parlementaire avant un vote à l’Assemblée mardi soir », a déclaré à une responsable du bureau de presse du Parlement.

Des mesures controversées

Parmi les sujets controversés abordés dans ce projet de loi figure le transfert des compagnies publiques dont celles de l’Electricité (DEI) et de l’eau à la Société des Participations publiques (Edis), récemment créée sur le modèle français de l’APE (Agence des participations de l’Etat).

Edis fait partie du nouveau fonds de privatisations EESP qui succède à l’actuel Taiped (Fonds d’exploitation du patrimoine public), créé au moment de l’éclosion de la crise de la dette en 2010 pour faciliter la vente des biens publics et augmenter les liquidités de l’Etat.

La Grèce toujours en récession

L’introduction au Parlement de ce nouveau projet de loi intervient une semaine après la fin de la visite des représentants des créanciers à Athènes pour évaluer les comptes grecs, un rituel qui se répète depuis 2010, lorsque la Grèce a été placée sous la tutelle de l’UE et du FMI.

Vendredi, le FMI a de nouveau appelé l’UE à alléger la dette grecque, qui pèse sur les finances publiques, tout en insistant sur les coupes dans les retraites, rabotées à plusieurs reprises ces dernières années. Soumise à des politiques d’austérité draconiennes, la Grèce peine toujours à sortir de la récession malgré l’amélioration de ses finances.

Source : BFM business http://bfmbusiness.bfmtv.com/monde/enieme-cure-d-austerite-en-grece-1040635.html

 
Mon commentaire :

Ces privatisations pour alimenter l’État en argent sont un scandale approfondi et répété, et en plus, ces honteuses rapines d’usuriers sont infligées au peuple grec par la prétendue « gauche radicale » !!!

UN ÉTAT DIGNE DE CE NOM N’EMPRUNTE PAS LA MONNAIE DONT IL A BESOIN, IL LA CRÉE.

Les politiciens qui abandonnent la souveraineté monétaire (qui ne leur appartient pas !) sont indignes, même « à gauche », ce sont des incompétents ou des traîtres.

Pour nous prémunir de la révoltante et non nécessaire « purge grecque » à venir, il faut multiplier entre nous, TOUS LES JOURS, les mini-ateliers constituants prolifiques et contagieux (MAC-PC), en les orientant très prioritairement sur la question monétaire.

Bougez-vous ! Il faut faire passer cette idée rapidement autour de vous pour que le niveau monte plus vite, ÇA URGE : une nation — ou une commune — digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie dont le peuple a besoin, elle la crée.

Nous devons vite apprendre à créer NOUS-MÊMES la monnaie dont nous avons besoin pour vivre.

Étienne.

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« Négationnisme économique » : l’affaire Cahuc

L’arrogance (dangereuse) des puissants, qui aspirent (toujours et partout) à devenir tout-puissants : un exemple (à peine croyable quand on y réfléchit) avec cette polémique :

« Négationnisme économique » : l’affaire Cahuc

http://www.alterecoplus.fr//negationnisme-economique-laffaire-cahuc/00012140

Source : Alternatives Économiques

Ce serait risible si cela n’était pas grave. Pierre Cahuc et André Zylberberg viennent de publier Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser. L’ossature du livre repose sur un syllogisme simple : les économistes mainstream travaillant à partir d’une méthode scientifique, leurs résultats disent la vérité ; ceux qui les contestent sont de faux savants qui nient la réalité, des négationnistes, au même titre que les personnes qui nient l’existence de la shoah durant la Seconde Guerre mondiale ; il faut donc se débarrasser d’eux en les privant de tout accès aux médias afin de préserver la pureté du débat.

C’est un ouvrage d’une rare violence dans le monde des économistes. Qui plus est, les auteurs refusent la possibilité même d’une discussion à ceux qui ne partageraient pas leur point de vue : s’ils sont économistes, il faut les excommunier ; s’ils ne le sont pas, tout propos les contestant est présenté par avance comme de la rhétorique négationniste.

Dans ces conditions Alternatives Economiques a hésité à commenter ce livre. On ne débat pas avec l’Inquisition et sa police de la pensée. Pourtant, trois raisons nous y ont finalement poussés. D’abord, la brutalité du propos assure à l’ouvrage une présence médiatique importante. Ensuite, Alternatives Economiques est directement attaqué dans l’ouvrage, à partir de manipulations grossières nous le montrerons, avec un appel explicite à faire fuir une partie de nos lecteurs. Dans un moment où, comme le reste de la presse, nous sommes fragilisés, l’objectif, a priori inédit de la part d’économistes, est clairement de tuer économiquement notre entreprise et ses emplois.

Enfin, lorsque l’on se comporte avec une telle violence, il faut être solide, à la fois sur le plan intellectuel et personnel. Suite aux débats suscités par le livre, Alternatives Economiques a reçu des informations décrivant un comportement pour le moins stupéfiant de monsieur Pierre Cahuc lors des débats sur la loi travail, que nous sommes donc en mesure de révéler.

L’économie est-elle une science ?

Après un départ en fanfare qui donne d’emblée le ton d’agressivité extrême de l’ouvrage, les auteurs relâchent un peu la pression en arrivant à nous faire rire dès la page 27 : « les économistes ‘orthodoxes’ représentent l’écrasante majorité des chercheurs dans le monde ». C’est incontestable : si les hétérodoxes étaient majoritaires, on les appellerait… les orthodoxes !

Plus sérieusement, qu’est-ce qui définit la qualité scientifique du travail des économistes du courant dominant, une hypothèse dont l’affirmation représente la prémisse du syllogisme ?

D’abord, une méthode expérimentale : pour toute question qu’elle traite, « l’analyse économique compare des groupes tests au sein desquels [d]es mesures ont été mises en œuvre, avec des groupes de contrôle où elles n’ont pas été mises en œuvre » (p. 14). On compare par exemple deux territoires proches économiquement et on regarde ce qui se passe en termes d’emploi quand l’un augmente le SMIC et pas l’autre. Ensuite, les résultats de ces tests font l’objet d’articles soumis à des revues qui ne les publient que lorsqu’elles jugent leur qualité suffisante, une validation par les pairs qui assurent la valeur de l’étude proposée.

Cette présentation fait-elle consensus chez les économistes ?Interrogé par Les Echos le 9 septembre dernier, Philippe Aghion, un ancien professeur de Harvard aujourd’hui au Collège de France ne croit pas « qu’il faille ignorer les études scientifiques au principe qu’elles ne sont pas publiées dans les meilleures revues, comme semblent le sous-entendre Pierre Cahuc et André Zylberberg. Nouriel Roubini avait prévu la crise économique. A-t-il publié sa thèse dans une « top revue » à l’époque ? Non. Par ailleurs, les meilleures revues scientifiques tendent à publier des études empiriques très bien identifiées, mais pas forcément transposables. En particulier, ce sont rarement des études sur les effets de politiques ou réformes systémiques. Faut-il alors renoncer à commenter les effets de telles réformes ? ». Interviewé également, Pierre-Noël Giraud, professeur à Mines Paris Tech et Dauphine affirme que « l’économie n’est pas une science expérimentale, purement inductive et traitant des « faits » bruts qui ne sont que des statistiques, au sens de la médecine quand elle teste des médicaments. En effet, l’expérience en économie n’est jamais reproductible (sauf à la rigueur au micro niveau des expériences de moustiquaires à la Esther Duflo), elle ne peut jamais être « suffisamment » séparée de son environnement sociétal ».

Pour Xavier Ragot, le directeur de l’OFCE, le livre est caricatural. Après avoir démontré les faiblesses de la méthode expérimentale, il conclut que « l’approche scientiste du livre est réductrice » et « témoigne d’une pente dangereuse du débat intellectuel qui va à la fois vers une caricature du débat et une violence verbale ».

Pour aller dans le même sens, on mentionnera cette étude empirique qui a demandé aux économistes ayant publié dans des revues américaines de fournir leurs données afin de tenter de réaliser le même travail pour voir s’ils obtenaient les mêmes résultats. Si l’on met de côté deux articles pour lesquels ils ne disposaient pas des logiciels appropriés et six autres utilisant des données confidentielles, cela donne un taux de reproduction final de 49 % sur les 67 articles étudiés. En clair, lorsque nos deux économistes citent une étude pour justifier leur point de vue, sachez qu’il ne faut le croire, littéralement, qu’à moitié !

Angus Deaton, prix 2015 de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, un gage de sérieux dans le petit monde des économistes, liste également un nombre assez impressionnant de critiques à l’encontre de la méthode expérimentale qui fait tant briller les yeux de nos deux auteurs : les causes réelles de ce que l’on observe restent incertaines, les résultats peuvent être dus au hasard, ne donnent que des résultats en moyenne sans que l’on sache comment sont affectées l’ensemble des populations concernées, etc., etc.

Le chercheur André Orléan démontre de son côté dans une longue analyse combien les deux auteurs du livre ne connaissent, en fait, pas grand-chose aux questions épistémologiques en général et à la méthode expérimentale en particulier. Un argument notamment, pas le plus profond mais le plus étonnant, est avancé : sur les quinze derniers articles publiés entre 2002 et aujourd’hui par monsieur Pierre Cahuc, aucun n’a recours à la méthode expérimentale censée assurer la qualité scientifique des auteurs. Selon ses propres critères, Monsieur Cahuc avance donc des idées qui ne respectent pas la bonne méthode et doit donc être rangé chez les négationnistes ! Du grand n’importe quoi.

Petites et grosses manipulations (I) : Alternatives Economiques

Encore plus gênant pour un livre censé porté la bonne parole de la vérité scientifique, il est rempli de manipulations. Des petites et des plus grosses. A tout seigneur, tout honneur, les lecteurs ne nous en voudront pas de commencer par les deux attaques dont fait l’objetAlternatives Economiques, promu au rang d’institution tellement puissante qu’il faille tenter de la tuer. Notre petite équipe en a quand même ressenti une certaine fierté !

La première flèche est dirigée contre une phrase, une seule, de notre ancien rédacteur en chef, ancien PDG et éditorialiste Philippe Frémeaux qui nous vaut une première mention de laveurs de cerveaux des lycéens qui nous lisent et de leurs professeurs. Les deux auteurs commencent par citer Frédéric Lordon affirmant que pour les économistes du courant dominant, « il n’y a même pas à dire que ce sont des vendus, car ils n’avaient pas besoin d’être achetés : ils étaient acquis dès le départ. Ou bien ils se sont offerts avec joie » au camp des puissants et des dominants de l’économie et de la finance. « Ce discours est repris pratiquement mot pour mot par le magazine Alternatives Economiques », suit la citation de Frémeaux selon laquelle « nos experts ne sont pas vendus au système, mais lui sont simplement acquis » (p. 29).

Notre journaliste s’exprime en mars 2012 et Frédéric Lordon en juillet, soit après lui. Mais c’est pourtant notre éditorialiste inféodé qui l’a repris…

La manipulation est ici double. D’une part, les références des deux citations indiquent que Philippe Frémeaux s’est exprimé en mars 2012 et Frédéric Lordon en juillet, soit après lui. Mais c’est pourtant notre éditorialiste inféodé qui l’a repris… D’autre part, là où Lordon dénonçait des économistes personnellement au service des forces économiques et financières dominantes, l’intégralité de la citation de Frémeaux est intéressante : « Pour ma part, j’aurais tendance à dire que nos experts ne sont pas vendus au système, mais lui sont simplement acquis. Ils pensent que le capitalisme, en dépit de tous ses défauts, est la seule voie possible. Ce qui n’interdit pas de le réformer à la marge, mais sans renverser la table ». Quel lecteur sérieux peut rassembler les deux propos sous une même bannière ?

Même pratique dans la seconde attaque dont nous faisons l’objet. Elle porte cette fois sur l’engagement du journal en faveur de la réduction du temps de travail, en particulier dans notre numéro de mai 2016 qui comporte un appel à remettre le temps de travail au cœur du débat. Alors que nous sommes présentés comme des ayatollahs du sujet, que dit la partie du texte, non citée, de notre appel ? « Nous avons pleinement conscience de la difficulté de l’exercice tant en termes de financement que d’organisation des entreprises, mais cette question doit revenir au cœur du débat public ». A ces précautions et à cette demande de pouvoir débattre du sujet, nos deux accusateurs publics répondent : « un parfait exemple de négationnisme » (p. 169) car « toutes les études publiées par les revues académiques dignes de ce nom montrent que le partage du travail ne crée pas d’emplois ».

Pourquoi cherchent-ils à tuer économiquement l’entreprise Alternatives Economiques ?

Jean Tirole a tenu récemment le même propos. Mais lorsque que je l’ai interviewé sur France Inter sur le sujet, il a fini par admettre qu’arriver à une conclusion claire, « c’est compliqué »… D’ailleurs, nos deux auteurs admettent que faire le bilan emploi des 35 heures est difficile car plusieurs facteurs jouent (baisse des cotisations, réorganisation des entreprises). Mais, ils ont choisi : la RTT n’y a joué aucun rôle. L’économiste Eric Heyer a pourtant déjà montré que le soi-disant consensus scientifique sur le sujet n’existe pas. Leur réponse ? Une seule étude pour la France a montré que l’Alsace Moselle n’a pas créé plus d’emplois que les départements limitrophes lorsqu’elle a bénéficié d’une réduction du temps de travail… de 20 minutes par semaine ! No comment…

Ou plutôt si, un commentaire : comment expliquer ces attaques contre notre journal ? A chaque fois, ces deux économistes soulignent que nous donnons de mauvaises pensées économiques aux lycéens et aux professeurs qui nous lisent, leur intimant de facto d’arrêter de le faire. Ils citent avec précision notre diffusion et suivent visiblement nos écrits. Ils savent donc que, comme le reste de la presse, nous connaissons des difficultés, que nous sommes en train de surmonter grâce au soutien de nos lecteurs. Par une mise en cause à l’aide de procédés discutables, ils avancent la dernière branche de leur raisonnement : faire disparaître ceux qui ne pensent pas bien. Un combat politique qui reprend les propos anciens de la frange la plus extrême du patronat dont nos deux scientifiques neutres et objectifs s’accommodent bien.

À l’inverse, Xavier Ragot, le directeur de l’OFCE souligne que « des journaux portent des visions hors du consensus, comme Alternatives Economiques en France (au moins c’est dans le titre). Ces journaux sont utiles au débat public, précisément du fait de leur ouverture au débat ».

Petites et grosses manipulations (II) : thèmes divers

Si nous ne pouvions laisser ces attaques sans réponse, Alternatives Economiques n’est en fait qu’un petit épisode dans la série de manipulations des auteurs. Signalons déjà que, bien qu’ils demandent de se méfier des toutôlogues qui se croient spécialistes en tout, les voilà qui donnent des leçons sur ce qu’il faut penser des questions traitant du sort des enfants défavorisés, du salaire minimum, de la politique industrielle, de la stabilité financière, de l’impôt, de la dépense publique, de l’immigration et de la réduction du temps de travail. Ne parlant pas à tort et à travers, nul doute qu’ils maîtrisent parfaitement toute la littérature sur tous ces sujets. Malheureusement, sur plusieurs des thèmes traités éclate au mieux leur incompétence, au pire leur mauvaise foi (ou l’inverse !).

Sur plusieurs des thèmes traités éclate au mieux leur incompétence, au pire leur mauvaise foi (ou l’inverse !)

Prenons le chapitre consacré à la finance. La crise des subprimes, répètent-il, est essentiellement le fait des non remboursements des prêts immobiliers des ménages modestes. Connaissent-ils ce NBER Working Paper de 2015, fondé sur un travail empirique, qui démontre que l’essentiel des défauts de paiements durant la crise proviennent des classes moyennes et aisées ? Egrenant la vulgate libérale sur le sujet, ils expliquent que la crise ne résulte pas de la libéralisation financière mais des politiques publiques visant à favoriser l’accès au logement des ménages modestes (p. 88). Quelle étude le démontre ? Aucune n’est citée. Pourquoi ? Il n’y en pas. Et j’ai une bonne nouvelle pour eux : agacé par tous les arguments avancés par les conservateurs et les libéraux, Barry Ritholz, dirigeant d’Equity Research, une entreprise de recherche quantitative sur la finance, a fini par lancer un défi sur son site, proposant à tous ceux qui pensent pouvoir démontrer que les politiques publiques sont responsables de la crise de parier entre 10 000 et 100 000 dollars de leur propre argent qu’il parviendra à démonter leurs arguments. J’attends avec impatience le résultat de ce pari dans lequel nos deux « experts » vont assurément se lancer.

Les économistes des grandes institutions internationales obéissent aux intérêts des Etats dominants et ne sont donc pas sérieux

La finance est-elle toujours favorable à la croissance ? Ceux qui le nient sont des négationnistes. Alors bienvenue au club des négationnistes messieurs les économistes du FMI, de la BRI et de l’OCDE qui ont soutenu ce point de vue ! Interviewé à l’émission de France Culture La Grande table du 5 septembre dernier, Pierre Cahuc a déclaré « une étude du FMI n’est pas une étude indépendante. Le FMI représente les intérêts des grands Etats de la planète ». Un commentaire qui vaut donc pour les économistes de toutes les institutions publiques internationales ainsi renvoyés d’un revers de main vers le négationnisme. La liste s’allonge… Ainsi, les « grands Etats de la planète » commandent-il en secret des études pour démontrer que trop de finance peut tuer la croissance car cela sert leurs intérêts cachés. Nous voilà en plein complotisme et en plein ridicule dans un livre qui prétend donner des leçons de vérité scientifique. Misère…

On pourrait multiplier les exemples au fil des chapitres mais cet article est déjà trop long. Et il nous faut le finir par ce que l’on baptisera « l’affaire Cahuc ».

L’affaire Cahuc

On se rappelle que la loi travail a donné lieu à de virulents débats politiques, syndicaux mais aussi entre économistes. Dans la version papier du journal Le Monde du 5 mars 2016, Pierre Cahuc et plusieurs autres économistes ont signé une tribune en défense de la loi travail. Loin de faire consensus, leurs arguments ont été contestés par une autre tribune parue dans la version papier du même journal le 10 mars, signée par d’autres économistes.

Quelle n’a pas été la surprise de ces derniers de recevoir peu de temps après un mél de monsieur Cahuc. Je l’ai reçu de trois personnes différentes afin de pouvoir être certain de son contenu. Dans un premier paragraphe, l’économiste s’étonne que ses détracteurs aient cité telle étude pour soutenir leur propos, conteste sa validité et en fournit d’autres qui lui paraissent plus solides. Jusque-là, tout est normal.

« Je ne pense pas que dénoncer une potentielle incompétence ou volonté de manipulation de la part de collègues chercheurs par voie de presse rende service à notre discipline ». Signé : Cahuc !

La suite est plus surprenante. « Je ne pense pas que dénoncer une potentielle incompétence ou volonté de manipulation de la part de collègues chercheurs par voie de presse rende service à notre discipline ». On en reste stupéfait ! L’auteur de ce propos est le coproducteur d’un ouvrage de 240 pages, dont il assure dans la presse une large promotion, pour faire exactement ce qu’il dénonce, une dénonciation outrageuse de l’incompétence de ceux qui ne pensent pas comme lui ! Ce qui lui vaut une réponse de la même aune, par exemple de Henry Sterdiniak dans le Nouvel Observateur : « un pamphlet ignoble », « un appel direct à l’épuration ».

Ce n’est pas tout. La fin est plus inquiétante : « Il me semble que ce type de débats devrait plutôt faire l’objet de séminaires qui nous permettent de nous faire une opinion mieux établie grâce à des échanges d’idées dans un cadre serein ». En clair : les amis, quand il n’y a pas consensus entre nous, surtout n’en faites pas un débat public, après les gens vont croire qu’il y a plusieurs politiques possibles en économie, c’est pas bon pour notre image, ça. Surtout pas de débat. Et encore, tous n’ont pas reçu cet appel : par exemple, Philippe Askénazy, chercheur au CNRS ou Xavier Timbeau, directeur principal à l’OFCE, signataires de la tribune mais sûrement trop négationnistes, n’ont pas été conviés, l’auteur du mél ajoutant l’ostracisme à son comportement démocratiquement douteux.

L’auteur du mél ajoute l’ostracisme à un comportement démocratiquement douteux

Ce violent appel à refuser l’existence même d’un débat est réitéré à la fin du livre. Les deux auteurs demandent tout bonnement aux journalistes de cesser de donner la parole à ceux qui ne pensent pas comme eux. Des représentants de divers médias ont publié un textepour souligner l’horreur politique de tels procédés.

Des motivations incompréhensibles

Il est difficile de comprendre le comportement de ces économistes. Figures importantes de l’économie mainstream, ils détiennent les labos, les budgets, les instances de sélection des professeurs, etc. La grande majorité des chroniques économiques de l’audiovisuel privé et public sont adeptes de leurs recommandations. Alors qu’ils contrôlent puissamment la profession et l’information publique, leur rêve est d’éliminer totalement ce qu’il reste de pensée économique hétérodoxe. A quelles sources puisent donc leurs motivations ?

Il est difficile de comprendre le comportement de ces économistes qui sont déjà largement dominants

En tout état de cause, lorsque leurs représentants ont promis au gouvernement de faire attention dans la sélection des professeurs d’université à laisser de la place à la diversité des méthodes scientifiques et des sujets, on est certain aujourd’hui que cela ne sera pas le cas. Si ce gouvernement tient à l’avenir de la diversité de la pensée économique en France, il doit absolument et rapidement ouvrir une autre voie de sélection et laisser jouer la concurrence des idées entre les économistes. Sinon la violence du mainstream détruira tout débat économique en France.

CHRISTIAN CHAVAGNEUX

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Mon commentaire :

Les dominants ne manquent pas d’air.
Les « économistes » au service des banques non plus.

Keynes disait fort justement que la place des économistes n’est pas au volant mais sur la banquette arrière.

Les choix économiques sont tous des choix politiques, et les mettre hors de portée du peuple (en présentant ces choix comme des choix qui s’imposent d’eux-mêmes parce que « techniques », « scientifiques ») est tout simplement (mais très profondément) antidémocratique.

Abonnez-vous à Alter Éco puisque ça énerve les ploutocrates 🙂

Étienne.

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[Résumé dense, 37 min] Les électeurs-enfants doivent MUTER en citoyens-adultes (adultes politiques et DONC économiques)

Si vous ne connaissez pas cet entretien (c’est un rappel), (avec presque tout ce qui compte le plus, à savoir et à faire savoir, de mon point de vue), il devrait vous plaire (j’espère) 🙂

Bonne rentrée à tous, bande de virus 🙂 avec, j’espère, une bonne grève générale, illimitée et reconductible, avec occupation des usines et ateliers constituants, un peu partout sur terre 🙂


Deux conseils de lecture pour la rentrée, deux tout petits livres, puissants, enthousiasmants, épatants épatants épatants :

Simone Weil (magnifique) : grève et joie pure

(éditions Libertalia)


http://www.editionslibertalia.com/catalogue/a-boulets-rouges/simone-weil-greves-et-joie-pure


Noam Chomsky (passionnant) : Sur le contrôle de nos vies

(ou « La Conférence d’Albuquerque »)

(Édition Allia)


http://www.editions-allia.com/fr/livre/454/sur-le-controle-de-nos-vies-br-ou-la-conference-d-albuquerque

Les élus des maîtres-chanteurs ne lâcheront jamais le pouvoir. Il faut apprendre à écrire nous-mêmes les institutions.

J’avais oublié ce court entretien, au calme avec de très jeunes journalistes, au cours de l’Université d’été du revenu de base, en 2014.


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[À qui sert la prétendue « Union européenne »] Stathis KOUVELAKIS : Après la capitulation de SYRIZA… l’asservissement total du peuple grec (et bientôt le nôtre)

[IMPORTANT] Le véritable objectif de l’Union européenne, mis en évidence par L’EXEMPLE GREC

[DÉTAILS de l’assassinat de la Grèce par les autorités européennes, grâce à la CRIMINELLE TRAHISON des Grecs par leur principal parti « de gauche »]

Écoutez bien (et notez sur un papier) le détail de ce qui est désormais infligé aux Grecs : ça nous pend au nez (parce qu’on regarde trop la télé et qu’on se fait intoxiquer).

Stathis KOUVELAKIS : « Après la capitulation de SYRIZA quelles stratégies pour la Gauche en Europe ? »

Il faudrait retranscrire cette intervention, que je trouve très importante (ça va crescendo… ce qu’on fait aux Grecs est atroce).

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[Edit : Véronique me dit qu’elle va s’occuper de la retranscription. Merci à elle 🙂 ]

 Voici donc le script de cette intervention (merci Véronique !) :

STATHIS KOUVELAKIS :
APRÈS LA CAPITULATION DE SYRIZA,
QUELLES PERSPECTIVES POUR LA GAUCHE EN EUROPE ?

Le LIEU-DIT
Paris, samedi 4 juin 2016

 

 

La convergence de fait entre un mouvement social comme Nuit Debout et l’occupation des places, et les mobilisations syndicales et, c’est plus multiforme, contre la Loi Travail, a présenté des ressemblances évidentes avec le mouvement multiformes aussi tel qu’il s’est exprimé en Grèce pendant les grandes années 2010-2011 de la mobilisation contre les premiers mémorandums. Même si les mémorandums c’était la loi El Khomri à la puissance 10, parce que ce n’était pas simplement un renversement complet du code du travail et de la législation du travail mais un bouleversement de l’ensemble, disons, du contrat social. Donc, ce qui se passe maintenant en Grèce nous informe de l’étape à venir et de la gravité extrême de ce qui est en train de se préparer, et qui affecte, comme cela est devenu beaucoup plus clair, l’ensemble des pays européens.

La deuxième raison c’est que l’expérience grecque s’est soldée par une défaite, et je vais être très clair par rapport à ça, je vais l’expliquer de façon un peu plus détaillée par la suite, nous sommes encore dans l’onde de choc de cette défaite.

Or cette défaite est celle d’un pari politique de très grande ampleur qui a polarisé et suscité l’intérêt des mouvements sociaux des gauches radicales et anticapitalistes de l’Europe et au-delà, pendant toute une période, et, c’est une expérience qui a vu la conjonction d’un pari proprement politique avec Syriza, mais aussi de tout un capital de lutte et de mobilisation sociale.

Donc, il est tout à fait crucial de tirer les leçons justement de ce qui s’est passé en Grèce, précisément pour que les potentialités qui se dégagent maintenant, en France et je l’espère ailleurs, avec la reprise de la mobilisation sociale et du combat de classe, connaissent une issue différente.

Alors, je vais commencer par un premier point qui est tout simplement de vous dire un peu ce qui vient maintenant de se sceller avec les votes du parlement grec au cours du mois de mai.

Au cours du mois de mai, en deux vagues successives, le noyau dur du troisième mémorandum qui a été signé par Tsipras l’été dernier, est entré dans les faits. Alors la façon habituelle dont ceci est présenté est que c’est un nouveau paquet d’austérité, ce qui est bien sûr tout à fait exact. Ce nouveau paquet d’austérité implique une réforme du système des retraites avec la sixième vague de diminution des retraites, et la destruction du système de retraites par répartition et l’entrée dans un système de retraites par capitalisation, et la condamnation à des niveaux de pauvreté et de misère de la grande majorité des retraités grecs. Il se traduit aussi par une nouvelle vague de sur-taxation infligée aux ménages les plus fragiles et les plus modestes et aux classes moyennes aussi, qui sont déjà les plus lourdement taxées en Europe, sans que rien bien entendu ne soit fait pour changer la scandaleuse non-imposition du capital et des privilégiés en Grèce.

Donc tout ça si vous voulez c’est en rajouter une couche par rapport à ce qui a déjà été fait, ceci dans un pays dont le désastre économique et social continue sans aucune discontinuité. Prévision pour cette année : 1,5 % de récession après une récession cumulée de près de 26 à 27 % depuis le début de la crise, supérieure à celle des années trente, je le rappelle. Donc on s’acharne sur un cadavre à l’heure actuelle. Mais ce n’est pas tout, et ce serait même gravement insuffisant de ne voir que ça, et c’est ce sur quoi je veux insister maintenant.

Ce qui se passe en Grèce est une véritable entreprise de néo-colonisation du pays. Je pèse mes mots et je n’exagère en rien ce n’est pas du tout une figure de rhétorique et je vais tenter de vous expliquer pourquoi. La néo-colonisation passe par la combinaison de deux choses. Premièrement un modèle d’accumulation, un modèle économique si vous voulez qui est basé sur ce que David Harvey a appelé l’accumulation par dépossession. C’est-à-dire un système d’accumulation du capital qui ne fonctionne pas simplement et peut-être même pas essentiellement par l’exploitation capitaliste habituelle, celle de la force de travail si vous voulez, mais par la prédation directe de ressources et tout particulièrement de ressources publiques. C’est une notion que David Harvey a développé au cours de son analyse de ce qu’il appelle « le nouvel impérialisme ». Et pour comprendre justement les formes particulièrement violentes et brutales par lesquelles le néo-libéralisme s’est imposé dans les pays du sud. Et c’est précisément ce qui est en train de se passer en Grèce. La Grèce c’est l’application pour la première fois, il n’y a aucune originalité en réalité dans la thérapie de choc qui a été appliquée en Grèce, en tant que telle, c’est des choses que le FMI a fait dans les pays du sud global, la seule originalité c’est que c’est fait dans un pays d’Europe occidentale.

La deuxième chose, qui est tout à fait essentielle d’un point de vue politique, c’est que se trouve démantelé ce qui restait de la souveraineté de l’Etat grec et de ses institutions. Et là la Grèce se trouve maintenant placée sous un régime de tutelle, qui existait déjà bien entendu depuis le début des mémorandums et du règne de la Troïka, mais qui se trouve maintenant verrouillée à un niveau sans précédent. L’Etat grec a été dépouillé de tous ses leviers d’action possibles. Ceci a été constitutionnalisé en quelque sorte par le troisième mémorandum et va peser très lourd comme vous comprenez dans toute la période qui vient et dans la manière dont les rapports de force vont se construire pendant la période qui vient. C’est-à-dire que ce à quoi vont faire face les résistances et les mobilisations populaires pendant la période qui vient c’est quelque chose de bien plus grave, bien plus féroce, bien plus verrouillé que ce qu’on avait jusqu’à présent.

En quoi ce nouveau modèle économique s’applique ? Premièrement, et ça c’était l’une des premières choses que le gouvernement Tsipras II a fait à l’automne dernier, ce qu’on appelle la recapitalisation des banques grecques, c’est-à-dire leur vente à des fonds spéculatifs, après avoir absorbé près de 40 milliards d’argent public, pour lequel le contribuable grec, le peuple grec,  s’est endetté, tout cela a été revendu à des prix complètement ridicules à des fonds spéculatifs.

Donc le système bancaire grec qui se trouvait majoritairement sous contrôle étatique en réalité, même si ce contrôle n’était pas actif, avec toutes les injections qui avaient été faites de fonds publics et de recapitalisation, est maintenant entièrement passé dans les mains d’un secteur privé, de fonds privés et de fonds privés étrangers d’ailleurs, donc le secteur financier a été complètement cédé aux vautours de la finance internationale. Et c’est la première grande réforme du gouvernement Tsipras II.

Le deuxième mécanisme c’est celui de la dette. Alors évidemment je ne vais pas développer ce point, (devant Éric [Toussaint], ce serait complètement ridicule, il va vous dire ce qui est nécessaire), ce que je veux simplement souligner, c’est que l’un des bluffs de ce très grand bluffeur et manipulateur qu’est Alexis Tsipras au cours de la dernière période, ça a été de dire, écoutez ok on va passer des mesures douloureuses etc. on peut pas faire autrement, nanani nananère, mais on obtiendra un allègement de la dette. Allègement de la dette, allègement de la dette, la promesse de l’allègement de la dette, on a fait un deal vous verrez, etc. Le résultat est qu’on a eu ces mesures d’austérité féroces et tout le reste,  les réformes de structure dont je vais parler, et évidemment aucun allègement sur la dette, une vague promesse que  la discussion va reprendre à partir de 2018 (Éric nous en dira davantage).

Donc deuxième crime. Moi je considère que tout ça c’est des crimes. Et je ne le considère pas personnellement, Éric pourra nous en dire davantage, c’est des choses qui sont passibles pénalement, pour tous les gouvernements antérieurs, et évidemment Syriza a été le premier à le dire, et maintenant pour le gouvernement Syriza II.

Troisième chose, les privatisations. Alors là on entre dans quelque chose qui est du jamais vu. Ce qui a été voté par le Parlement grec c’est la constitution d’une agence nouvelle, qui vient se substituer à l’agence existante des privatisations, et qui par rapport à l’ancienne, qui s’appelait Taiped, présente trois différences.

Premièrement, c’est une agence qui a une structure de société privée, ce n’est pas une agence publique, même d’un point de vue formel, légal.

Deuxièmement, elle a été créée pour une durée de 99 ans, contre 6 pour l’agence qui existait déjà.

Troisièmement, sont passés sous son contrôle la to-ta-li-té des actifs publics de l’Etat grec contre 25 actifs de l’agence qui existait jusqu’à présent. Je dis bien la totalité des actifs de l’Etat grec. La première liste provisoire est de 11.900 actifs.

C’est le plus gigantesque transfert de propriété jamais opéré dans un pays européen de l’ouest, je mets ici évidemment sous une catégorie séparée les pays des anciens régimes du socialisme dit réel, c’est l’opération du plus gigantesque transfert de propriété jamais opéré dans un pays occidental (il y avait un article du Guardian d’ailleurs très explicite sur cette question).

Que va faire cette agence ? Elle va vendre tout jusqu’à hauteur des 50 milliards d’euros, c’est ça l’objectif, dont les recettes seront consacrées à 50% pour la consolidation des banques qui sont passées sous le contrôle du secteur privé, à hauteur de 25 % pour le remboursement de la dette, et  à hauteur de 25% pour des investissements non spécifiés. Le Conseil d’Administration de cette nouvelle société, entièrement indépendant de tout contrôle politique, est fait de 5 membres, 3 sont nommés par le gouvernement grec sous condition explicite d’avoir reçu l’approbation préalable de la Troïka, les deux autres sont nommés directement par la Troïka. Et c’est pour 99 ans. La presse économique internationale a immédiatement interprété cette durée totalement incroyable, c’est du jamais vu, dans aucun pays quelle que soit l’étendue des conditions de privatisations n’a été créé une agence qui fonctionne selon ces principes, comme un désaveu de toute « confiance » des institutions financières internationales par rapport à la Grèce.

Cerise sur le gâteau, dans le modèle économique, pour débloquer une tranche supplémentaire de prêt,  qui est due en septembre, en plus des 7 milliards qui vont être débloqués dans les jours qui viennent, la Troïka a demandé tout un nombre de conditions supplémentaires, concernant les taxes etc., mais le noyau dur c’est une réforme du code du travail, et ceci alors que les conventions collectives en Grèce ont déjà été supprimées, ça n’existe plus, le seul verrou législatif qui existe c’est le Smic, alors vous vous demandez si le système des conventions collectives a été démantelé qu’est ce qui reste à démanteler ? Eh bien ce qui reste à démanteler c’est : la libération complète des licenciements collectifs, la restriction du droit de grève, qui est pour le moment le plus favorable en Europe, la diminution de la protection dont jouissent les syndicalistes et les délégués syndicaux et la diminution drastique du financement public qui est destiné aux syndicats.

Voilà ce qui est au menu des négociations d’ici le mois de septembre. À ceci s’ajoutent les réformes de structure. Les réformes de structure sont essentiellement au nombre de deux. Premièrement a été créé un Conseil de discipline fiscale, depuis l’automne dernier, composé de sept membres, là encore dont la nomination se fait par le ministère des finances mais qui exige l’accord préalable de la Troïka. Quelle est la tâche de ce Conseil ? La tâche de ce Conseil, qui était déjà prévue en tant que telle par le mémorandum, est d’activer des coupes budgétaires automatiques si les objectifs d’excédents budgétaires ne sont pas atteints, donc s’il y a un soupçon qu’ils ne seront pas atteints. Or dans une économie qui est en récession pour la septième année consécutive, et malgré un véritable écrasement de la dépense publique, l’objectif qui est fixé est un excédent budgétaire primaire, c’est-à-dire avant le remboursement de la dette, de 3,5 % du PIB pour à l’horizon 2018.

C’est des choses qu’aucune économie au monde même les plus puissantes n’est en mesure d’assurer. Donc il est certain d’avance que cet objectif complètement irréaliste ne va pas être tenu et les coupes budgétaires seront activées par le mécanisme qui vient d’être voté maintenant et donc juridiquement verrouillé par le Parlement grec de ce que les grecs appellent « κόπτης [kóptis] » ça veut dire au sens strict « le coupeur », c’est-à-dire c’est ce mécanisme automatique qui va faire les coupes sans même que les coupes passent par un vote parlementaire, par un simple décret. Donc dépossession complète vraiment de ce qui pouvait exister encore de contrôle de la politique, de ce qui restait de contrôle de la politique macroéconomique, bon en réalité très peu vu les mémorandums.

Deuxième réforme de structure, le Secrétariat d’Etat aux revenus, ce qu’on appellerait ici le Trésor Public je pense, est devenu complètement indépendant. Alors il était déjà autonome, c’est-à-dire qu’il pouvait décider de façon propre de son budget et de ses actions. Ça c’était une condition qui avait été posée dès le premier mémorandum et c’est l’un des obstacles d’ailleurs auxquels le premier gouvernement Syriza a dû faire face. La vice-ministre de l’économie, Nadia Valavani, a écrit des textes extrêmement intéressants qui racontent les démêlés justement du ministère pendant les premiers mois du premier gouvernement Syriza quand il a essayé de passer un minimum de mesures favorables aux couches populaires. Mais là ça devient une agence complètement indépendante dont les décisions ont valeur de décrets ministériels, qui a l’exclusivité de l’interprétation de la législation en matière fiscale, qui est contrôlée directement par des gens approuvés par la Troïka, et en réalité ça veut dire que la Troïka contrôle directement la collecte des taxes, de l’impôt et du revenu de l’Etat grec.

Donc on contrôle les taxes, on contrôle les dépenses, le secteur financier est parti, la politique monétaire est à Frankfort. Qu’est-ce qui reste ? Il reste que la Grèce est devenue un grand Kosovo. Voilà, en gros. Et cela se fait sous un gouvernement, Syriza, qui dans les votes parlementaires n’a eu qu’une seule perte en terme de voix et de députés c’est-à-dire moins que ce que le Pasok et la Nouvelle Démocratie avaient subi comme pertes au parlement de leur propre groupe parlementaire quand ils étaient au gouvernement et faisaient passer des mesures similaires.

Intervention d’une personne dans le public : « Ça veut dire qu’il n’y a qu’un  député qui les a abandonnés ? »

Kouvelakis répond et reprend : Un seul oui, une seule députée, qui a démissionné. Elle a même, démissionné ce qui veut dire que son siège a été rempli par le suppléant qui est un loyaliste elle n’a même pas pris la décision disons de garder son siège et de continuer à avoir une présence indépendante au Parlement (elle a voté contre deux mesures principales, c’était pas contre l’ensemble du paquet).

Alors la deuxième chose maintenant, et je vais conclure cette présentation par cela : quel est l’état d’esprit qui existe en Grèce à l’heure actuelle ?

Il ne faut pas se raconter des histoires, on est dans l’onde de choc de la défaite. Les réactions sociales qu’il y a eu, des réactions sur le fond social en termes de mobilisations ou de grèves, étaient les plus faibles qu’on ait vues depuis le début de la période des mémorandums. Alors bien sûr on peut chercher des explications, l’état délabré du mouvement syndical, les choix qui sont faits  par des directions syndicales pour leur majorité corrompues qui, là, ont été aidées par la tactique à la fois attentiste et extrêmement sectaire du parti communiste. Mais ce qui à mon avis est encore plus important que cela c’est le climat de démoralisation qui existe dans la société. Les gens ont reçu un énorme coup de massue sur la tête et l’état d’esprit qui règne c’est que quoi qu’on fasse, quoi qu’on vote, à la fin on se retrouve avec un mémorandum et il n’y a aucune issue qui apparaît à ce tunnel.

Et il faut bien comprendre que l’issue n’apparaît pas à ce tunnel car la barre est placée toujours à ce niveau-là, c’est une perspective, si perspective alternative il y a, ce n’est pas pour construire une petite force minoritaire qui va continuer à accumuler des forces, même si en réalité on ne peut pas faire autre chose pour l’instant que ça, mais pour la société ce qu’elle ne voit pas c’est quelque chose qui trace une véritable voie alternative. Et cela veut dire que c’est un constat d’échec pour l’ensemble des forces qui ont lutté y compris celles qui ont lutté contre le tournant et la capitulation de Syriza, et on pourra revenir, pendant la discussion si vous voulez, sur les raisons plus profondes.

Alors ma dernière remarque de conclusion sera la suivante : je crois que la vraie discussion qui a commencé en Europe c’est celle sur ce qu’on appelle les plans B, les plans alternatifs. Alors vous savez qu’il y a déjà eu deux initiatives, l’une à Paris, l’autre à Madrid, Éric a participé aux deux il pourra nous en dire davantage. L’idée de ce plan B pour l’Europe c’est que il faut, si vous voulez, des plans B qui soient adaptés aux diverses réalités et qui tirent la leçon de ce qui s’est passé en Grèce. C’est-à-dire il est absolument clair que si on s’engage dans une perspective de rupture avec l’austérité et avec le néolibéralisme sans avoir prévu les moyens concrets pour mener la confrontation avec les institutions européennes, avec l’Union Européenne, y compris d’ailleurs avec l’euro, avant tout d’ailleurs avec l’euro pour les pays qui en font partie, et avec les classes dominantes au niveau national, ces expériences n’auront pas d’issue différente que celle de la Grèce. Et par rapport à ça, c’est bien sûr insuffisant comme conclusion mais c’est à mon avis le point de départ obligé pour toute réflexion, il faut absolument abandonner les illusions et les discours sur changer l’actuelle Union Européenne, réformer l’actuelle Union Européenne, changer graduellement le rapport de force, rejeter les gens qui proposent des solutions de rupture comme soit disant des nationalistes ou des gens qui veulent le repli national. Tout ceci en Grèce a fait la preuve du fait qu’il ne pouvait conduire qu’au désastre. C’est un discours de l’impuissance politique. La rupture avec cela est une condition absolument pas suffisante mais tout à fait nécessaire pour engager une réflexion sur le sujet.

Mais il faut aller au-delà. Et l’Union Européenne ce n’est pas simplement l’euro et l’utilisation politique de l’euro comme cela a été fait en Grèce pour briser tout gouvernement national qui veut rompre avec les politiques d’austérité. L’Union Européenne c’est un modèle économique qui produit de la polarisation en son sein, qui produit des divergences et des polarisations croissantes entre les pays dits du centre et les pays de la périphérie. Et il y a deux périphéries en réalité en Europe, il y a la périphérie du sud européen au sens où je parlais auparavant et il y a la périphérie de l’est européen également. Et l’Union Européenne ce n’est pas simplement ce qui se passe à l’intérieur de l’Union Européenne, c’est aussi ce qui se passe à l’extérieur de l’Union Européenne. On ne peut pas ici ne pas appeler les choses par leur nom. L’Union Européenne n’est pas simplement une construction qui verrouille le néolibéralisme. Elle n’est pas simplement une construction qui détruit la démocratie, dépossède les peuples et les citoyens de leurs moyens de contrôle et d’action, à quelque niveau que ce soit. C’est une machine impérialiste. Ce n’est pas un impérialisme unifié bien sûr. Il n’y a pas un impérialisme européen en tant que tel. Mais la France est un pays impérialiste. Et François Hollande a été le président le plus va-t-en-guerre qu’on a vu pendant ces dernières décennies. François Hollande est dans la continuité de Guy Mollet, Emmanuel Valls évidemment de Jules Moch. La Grande-Bretagne aussi est un pays impérialiste. Et l’Allemagne est un pays qui n’a pas un impérialisme militaire mais qui a un impérialisme économique, et pour laquelle la construction européenne est précisément le cadre où se déploie son impérialisme économique. Et l’euro a bien entendu été conçu dans cette perspective-là.

Mais l’Union Européenne fonctionne comme un impérialisme unifié sur au moins un niveau, et je terminerai vraiment là par ça.

C’est la construction de l’Europe forteresse, qui est l’autre face justement de la construction européenne. Et, comme cela était tout à fait prévisible, la capitulation complète de Tsipras, au niveau du mémorandum, au niveau du néolibéralisme, au niveau des politiques d’austérité, au niveau de la démocratie, a été suivie par sa bruyante approbation de l’accord inique qui a été signé entre l’Union Européenne et la Turquie, qui empêche les réfugiés d’accéder à l’Europe et qui transforme la Grèce en garde-chiourme de la forteresse européenne.

Parce que c’est ça le rôle qui est dévolu aux néo-colonisés. C’est d’accepter docilement le sort qui leur est fait et de servir de flics de la forteresse, pour empêcher que les va-nu-pieds du sud global atteignent les pays du centre impérialistes, prospères et repus dans leur richesse.

Et par rapport à cela il faut souligner, et c’est de mon côté la seule nouvelle positive que j’ai eu de la Grèce à une échelle significative, que la société grecque a réagi de manière positive et solidaire, dans sa majorité bien sûr, par rapport à cette situation. Je dirais que c’est une solidarité des humbles, c’est une solidarité de ceux qui se sentent eux aussi écrasés, qui n’ont pas peut-être perdu la mémoire qu’une partie importante de la population grecque actuelle vient également de vagues de réfugiés, a vécu la situation de réfugiés, leurs ancêtres ont vécu la situation de réfugiés en 1922, et a donc refusé de suivre les discours racistes, xénophobes, qui n’ont pas manqué, mais ce n’est pas eux qui l’ont emporté dans la réaction de la société.

Et je pense que cette réaction solidaire de la société montre qu’il reste des réflexes profonds qui pour le moment ne peuvent pas trouver une voie collective et articulée pour s’exprimer mais qui dans l’avenir constitueront le socle de la résistance et de la mobilisation populaire à venir.

Stathis KOUVELAKIS.

Une pensée profonde et généreuse d’Ana, pensée utile pour accélérer et polariser notre prise de conscience, et enforcer notre exigence

Une pensée profonde et généreuse d’Ana, pensée utile pour accélérer et polariser notre prise de conscience, et enforcer notre exigence.

https://www.facebook.com/ana.sailland/posts/1756667707884852

Les gens qui ne trouvent pas d’emploi ne sont pas des paresseux.
Ils sont en réalité l’avant garde des milliards d’individus qui un jour ne trouveront pas d’emploi rémunéré, pour cause de technologie avancée, reléguant aux oubliettes l’obligation de suer, de donner son temps, voire son sang, de se vendre ou de se brader pour mériter pitance, et souvent pingre.

Un jour, pas si lointain que ça, le dividende universel ne sera pas une revendication mais un passage obligé, une nécessité.

Sauf à accepter que ces milliards d’individus libérés de la nécessité du travail contractuel ne meurent de cette liberté nouvelle.

Il ne faut pas croire que le dividende universel sera alors une incitation à l’oisiveté. Bien au contraire : libérés de l’obligation de se vendre, les gens pourront se passionner.

« Tu vivras à la sueur de ton front » est une maxime moribonde.

La passion créatrice et la pulsion de contribution seront un jour le moteur essentiel de l’action participative. Dommage qu’on doive attendre la nécessité pour comprendre. Car déjà maintenant cette repolarisation est possible.

Lisez aussi les commentaires : Ana est passionnante à tout instant…

Par exemple :

Ana Sailland :
« Chacun est libre d’être pessimiste, c’est un droit fondamental que je ne suis pas légitime à vous contester. Mais si donc la nature humaine est mauvaise, laissez nous dans ce mauvais piège qui consiste à la penser bonne.

Maintenant, vous remarquerez quand même qu’à dividende universel, vous répondez revenu de base. Ce n’est pas équivalent du tout. Si un revenu de base n’est qu’un revenu, dont le montant est à négocier en effet entre dominants et dominés, un dividende universel est un droit universel au gâteau universel, hérité de la Terre, hérité du grand œuvre passé, autant que du présent, il n’est pas une aumône concédée à la piétaille pour la maintenir silencieuse et docile, il est au contraire l’une des conditions nécessaires et suffisantes pour faire du peuple le Souverain et non plus le quémandeur. Il est un changement de paradigme profond, qui opère la transition de la civilisation du contrat truqué vers la civilisation du partage et de l’abondance, la transition de la pingrerie conditionnelle vers des jours heureux car inconditionnels. »

Autre lumière allumée par Ana :

https://www.facebook.com/annabea.duparc/posts/10153668249971446

Anna-Bea Duparc :
Hey les gars!!! Vous savez que quel que soit le résultat de cette votation on est en train de faire un truc incroyable? On est en train de créer un mouvement citoyen en Suisse…! On est + de 20’000! En dehors des partis politiques, des milliers de citoyens sont en train de se mobiliser pour le RBI et de s’activer en ce moment même… de tracter un peu partout, de parler autour d’eux d’un projet auquel ils croient et d’espoir pour demain. C’est beau, presque incompréhensible… et ça me rend heureuse!

Cette initiative, contrairement à presque toutes les autres, est réellement populaire, elle est portée par le peuple, soutenue par des gens qui pour beaucoup n’avaient jamais fait de politique. Des gens qui n’ont pas d’intérêts à défendre et ne sont pas payés pour porter ce en quoi ils croient. Des citoyens qui, parce qu’ils ne font pas métier en politique, sont libres de penser sans pression.

Nous sommes nombreux à préparer l’avenir, à vouloir que nos vies soient alignées sur beaucoup plus que nos fiches de paie, à vouloir libérer l’incroyable créativité présente en chacun, ressource renouvelable, inépuisable. Humains, libres, debout, heureux, au service de nous-mêmes, des autres et de la vie sur cette terre. Humains qui font un pas de côté pour penser leur vie en dehors de la rentabilité.

Je ne suis pas née pour produire, je suis née pour vivre, pour développer mon potentiel, pour grandir, pour aimer. Gagner ma vie m’a toujours paru un concept infiniment étrange. Mon travail chaque jour est d’apprendre à donner le meilleur de moi-même. C’est précieux la vie…

Je vous conseille de suivre les réflexions d’Ana Sailland, c’est quelqu’un d’important, une magicienne des mots décapants 🙂

Étienne.

PS :
• Le chômage n’est pas qu’une conséquence de la mécanisation, il est AUSSI une construction politique pour intimider les pauvres et les rendre dociles :

• Le chômage est un des fouets des négriers (prétendument « libéraux ») ; le chômage sert à terroriser les salariés pour qu’ils cessent de revendiquer et acceptent de se faire voler :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/06/22/130-uelutte-contre-l-inflation-prioritairechomage-institutionnalise-etes-vous-d-accord

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[De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer] Miracle à l’islandaise : à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

NOUS N’AVONS NI CONSTITUTION NI REPRÉSENTANTS
PARCE QUE NOUS N’AVONS PAS (ENCORE) APPRIS
À ÊTRE NOUS-MÊMES CONSTITUANTS.
IL EST PLUS QUE TEMPS.

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Miracle à l’islandaise: à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 09/02/2016 à 09H45Piscine chauffée par géothermie en Islande î fortement volcanique
Piscine chauffée par géothermie en Islande, île fortement volcanique.

L’information n’a pas fait la Une : «L’Islande a retrouvé son niveau de chômage d’avant la crise.» Un résultat impressionnant pour la petite île indépendante qui a connu l’une des pires crises économiques d’Europe. Depuis sa faillite retentissante en 2008, l’Islande et ses quelque 320.000 habitants ont réussi un retournement économique impressionnant. Avec quelles recettes?

Le chômage en Islande est désormais de 1,9%, selon les chiffres officiels, le taux le plus bas depuis 2007. En 2007, le taux de chômage était de 1,3%…  Au plus fort de la crise, survenue en 2008, le chômage avait dépassé les 10% (avec des pointes à 12%).

Pourtant, la crise islandaise a été un vrai tsunami pour cette île. «Peu de pays, voire aucun, avaient vécu une débâcle économique aussi catastrophique», notait le FMI à son propos.

Ce petit miracle à l’islandaise s’explique. Selon le Premier ministre, «nous n’aurions pu sortir de la crise si nous avions été membre de l’Union européenne», avait-il dit en novembre 2015. Sigmundur Davíð Gunnlaugsson avait même été plus loin en affirmant que ne pas être membre de la zone euro avait été une chance pour l’Islande: «Si toutes ces dettes avaient été en euros, et si nous avions été obligés de faire la même chose que l’Irlande ou la Grèce et de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite, cela aurait été catastrophique pour nous sur le plan économique.»

Chômage Islande-Irlande

Comparaison chômage Islande-Irlande entre 2005 et 2014 (source Alterécoplus) © alterecoplus

Pourtant l’Islande revient de loin. Le pays a connu une crise beaucoup plus violente que les autres pays européens du fait de la démesure de son système financier lors de l’éclatement de la crise des subprimes. Mais face à une telle situation, l’Islande a pris des mesures très différentes des autres pays européens, quitte à provoquer de vives tensions avec certains d’entre eux (leurs avoirs n’ayant pas été remboursés à la suite d’un référendum en Islande). «A la différence des autres pays heurtés par la crise, l’Islande a laissé ses banques faire faillite, ne préservant que les comptes des ménages résidents. Les étrangers qui avaient placé leur argent dans les banques du pays ont tout perdu lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Europe, de nombreuses banques ont été nationalisées car il n’était pas concevable qu’elles puissent faire faillite», rappelait l’Express en 2015.

Le pays a mené une politique mêlant contrôle des capitaux (une idée mal vue en Europe), austérité budgétaire mais aussi hausse des impôts et surtout dévaluation importante de sa monnaie (60%) qui a entraîné une importante inflation, aujourd’hui maîtrisée… et une reprise de la croissance. Résultat, Reykjavik n’a pas sacrifié sa politique sociale et le FMI a été totalement remboursé de ses avances financières. Cette politique a fonctionné, moins d’entreprises ont fait faillite et il n’y a pas eu d’exode des jeunes comme au Portugal, Espagne ou Irlande.

De nombreux économistes font le parallèle avec le cas grec qui est toujours noyé dans sa dette et l’empilement des plans d’austérité. Mais les deux pays sont loin d’être semblables. La Grèce est enfermée dans les règles de la zone euro alors que l’Islande est libre de ses règles et de sa monnaie. Et a même décidé de ne plus demander son adhésion à l’Europe.

De plus, l’Islande a profité des capitaux qu’elle détenait du fait de l’énormité de son système bancaire, bloqués par le contrôle des changes. En conclusion de son rapport sur l’Islande, le FMI le reconnaît le côté peu orthodoxe de la reprise islandaise: «Cet ensemble éclectique de mesures a été efficace dans le cas de l’Islande, mais il n’est pas du tout certain que les enseignements à en tirer soient transposables ailleurs, y compris dans la zone euro en crise.»

En tout cas, l’Islande est devenue un exemple pour ceux qui critiquent l’intégration autour de l’euro. Avec raison ?

Source : http://geopolis.francetvinfo.fr/miracle-a-l-islandaise-a-reykjavik-le-taux-de-chomage-est-tombe-a-19-95935

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De vrais représentants nous sortiraient de l’UE, au lieu de nous y enfermer.
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