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Disqualifier pour mieux dominer : LE COMPLOT DES ANTICOMPLOTISTES

[Rappel d’un papier IMPORTANT de Frédéric Lordon,
dans Le Monde diplomatique, en octobre 2017]

Disqualifier pour mieux dominer :
LE COMPLOT(ISME) DE L’ANTICOMPLOTISME

L’image est familière : en haut, des gens responsables se soucient du rationnel, du possible, du raisonnable, tandis que ceux d’en bas, constamment ingrats, imputent à leurs dirigeants une série de malveillances. Mais l’obsession du complot ne relève-t-elle pas plutôt des strates les plus élevées de la société ? Les journalistes reprenant les idées du pouvoir privilégient eux aussi cette hantise.

Après « réforme », « moderne » et « logiciel » (« en changer »), « complotisme » est en train de devenir le nouvel indice du crétin, le marqueur qui situe immanquablement son homme. Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter.

Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications. Comme un premier mouvement de panique, « antisémitisme » a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute critique du capitalisme ou des médias (1). Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe atomique s’il s’agit simplement d’éteindre un départ de feu. C’est que par définition on ne peut pas se livrer à un usage ordinaire et à répétition de la munition maximale, sauf à lui faire perdre rapidement toute efficacité. Ses usages tendanciellement grotesques soulignant son ignominie de principe, le procédé a fatalement entraîné l’autodisqualification de la disqualification.

Supposé moins couvrir ses propres utilisateurs de honte et mieux calibré pour l’arrosage extensif, susceptible par là d’être rapatrié dans le domaine du commentaire ordinaire, le « complotisme » est ainsi devenu le nouveau lieu de la bêtise journalistique — et de ses dépendances, philosophe dérisoire ou sociologue de service. Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples.

D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées…

Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité. « Vouloir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugements faux et n’interprètent pas tout de travers, écrivait il y a déjà longtemps Spinoza, c’est le comble de la stupidité (2). »

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de comprendre le mécanisme qui fait voir des complots partout, il y a lieu symétriquement de comprendre celui qui fait voir du complotisme partout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspirationnistes ni l’intention disqualificatrice, quoique massive, ne rendent entièrement compte de l’obsession non pas pour les complots, mais pour les complotistes — un complotisme anticomplotiste, si l’on veut… Si cette nouvelle idée fixe trouve si bien à prospérer, c’est aussi parce qu’elle trouve une profonde ressource dans des formes de pensée spontanées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des dominants, dont les journalistes, qui aux étages inférieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbibés comme par un fatal dégât des eaux.

La paranoïa des puissants

C’est que, par construction, être un dominant, c’est participer à des jeux de pouvoir, être immergé dans leurs luttes, en vivre toutes les tensions, et notamment l’impérieuse obligation de la vigilance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stratégies et contre-stratégies pour conserver ou bien développer ses positions de pouvoir. En réalité, dans ses strates les plus hautes, la division fonctionnelle du travail est inévitablement doublée par une division du pouvoir… la seconde ayant pour propriété de vampiriser la première : les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir.

Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante. On rêverait de pouvoir observer les journées d’un patron de chaîne, d’un directeur de journal, d’un cadre dirigeant, d’un haut fonctionnaire, d’un magistrat ou d’un mandarin universitaire louchant vers le ministère, pour y chronométrer, par une sorte de taylorisme retourné à l’envoyeur, les parts de son temps respectivement consacrées à remplir la fonction et à maintenir la position. La pathétique vérité des organisations peut conduire jusqu’à cette extrémité, en fait fréquemment atteinte, où un dirigeant pourra préférer attenter aux intérêts généraux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une opposition interne inquiétante ou d’obtenir la faveur décisive de son suzerain — et il y a dans ces divisions duales, celle du travail et celle du pouvoir, une source trop méconnue de la dysfonctionnalité essentielle des institutions.

La logique même du pouvoir, dont la conquête et la conservation sont immédiatement affaire d’entreprise décidée, voue par construction les hommes de pouvoir à occuper alternativement les deux versants du complot : tantôt comploteurs, tantôt complotistes.

En réalité, le complot est leur élément même, soit qu’ils s’affairent à en élaborer pour parvenir, soit que, parvenus, ils commencent à en voir partout qui pourraient les faire sauter. On n’imagine pas à quel degré la forme complot imprègne la pensée des puissants, jusqu’à la saturer entièrement. Leur monde mental n’est qu’un gigantesque Kriegspiel. La carte du théâtre des opérations est en permanence sous leurs yeux, leurs antennes constamment déployées pour avoir connaissance du dernier mouvement, leur énergie mentale engloutie par la pensée du coup d’avance, leur temps colonisé par le constant travail des alliances à nouer ou à consolider. Bien davantage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habiter le monde violent des dominants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr passeport pour le complotisme. Le pire étant que, pour un homme de pouvoir, la paranoïa n’est pas une pathologie adventice : elle est un devoir bien fondé. La question constante de l’homme de pouvoir, c’est bien : « Qu’est-ce qui se trame ? »

Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège (3) » — c’est en effet très différent.

Sans doute y a-t-il une forme d’injustice à ce que, de cet effet projectif, ce soient les journalistes ou les publicistes, dominés des dominants, qui portent cependant l’essentiel du poids de ridicule. Car les dominants eux-mêmes lâchent rarement le fond de leur pensée : leur sauvagerie la rend imprésentable, et puis ce sont toujours des schèmes complotistes particuliers qu’il y aurait à y lire : « celui-ci me monte une cabale », « ceux-là m’orchestrent un coup », etc. Ironiquement, ce sont donc des agents simplement satellites des plus hauts lieux de pouvoir, donc moins directement engagés dans leurs paranoïas, qui vont se charger de faire passer les schèmes complotistes particuliers au stade de la généralité, puis de les verbaliser comme tels, mais bien sûr toujours selon le mouvement d’extériorisation qui consiste à les prêter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pensée complotiste passe ainsi de ceux qu’elle habite en première instance à ceux qui racontent leur histoire. D’abord parce que les journalistes politiques se sont définitivement abîmés dans les « coulisses », les « arcanes » et le « dessous des cartes », manière ostentatoire de faire savoir qu’« ils en sont », mais surtout perspective qui emporte nécessairement la forme complot. Ensuite parce que la fréquentation assidue de leurs « sujets » se prête idéalement à la communication et au partage des formes élémentaires de la pensée, si bien que l’inconscient complotiste est peu ou prou devenu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre directement en œuvre dans leurs propres manœuvres institutionnelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de passer dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bruno Roger-Petit, qui aurait furieusement nié toute action concertée au sein de l’univers des médias pour faire aboutir la candidature Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services officiellement récompensés. C’est donc très logiquement qu’il n’a pas cessé avant d’être nommé porte-parole de l’Élysée de dénoncer comme complotiste toute lecture de l’élection comme synarchie financière et médiatique : c’était une pure chevauchée politique.

De la croisade anticomplotiste à l’éradication de la fake news (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un « décodeur » du Monde.fr au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anticomplotistes ?

Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un « effet de milieu », plus complexe et plus diffus. Pas moins puissant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une perception simple. Un milieu sécrète ses formes de pensée. La forme de pensée médiatique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pensées individuelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de : 1) l’adhésion globale à l’ordre social du moment, 2) l’hostilité réflexe à toute critique radicale de cet ordre, 3) la réduction à une posture défensive dans un contexte de contestation croissante, la pénurie de contre-arguments sérieux ne laissant plus que la ressource de la disqualification, 4) la croisade anticomplotiste comme motif particulier de la disqualification, répandu par émulation, dans les couches basses du pouvoir médiatique, du schème éradicateur développé comme mauvaise conscience projective dans les couches hautes — un effet de « ruissellement », si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte.

En résumé, on commence par entendre pendant des années des « BHL » et des Jean-Michel Aphatie, et puis, par lente imprégnation, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique Les décodeurs du Monde.fr, d’autant plus pernicieux qu’on a affaire, comme on dit à Marseille, à « un innocent ».

Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas Les décodeurs par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes. Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

Il est vrai que, manifestation canonique de l’« innocence », les journalistes vivent dans la parfaite inconscience subjective de leur fonctionnalité objective, où leur dénégation prend tous les accents de la sincérité. Le fait est là pourtant, et le schème du retournement, qui prête au peuple des tendances paranoïaques en réalité partout présentes dans l’univers des dominants, n’en prend que plus de force.

Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : couvrir projectivement le peuple révolté de monstruosité est une opération vieille comme la presse ancillaire — qu’on se souvienne des hauts faits de la presse versaillaise pendant la Commune ou de ceux de la presse bourgeoise russe relatant la prise du Palais d’hiver. La croisade médiatique contemporaine contre la fake news aura du mal à recouvrir que la presse elle-même est le lieu le plus autorisé de mise en circulation de fake news (4) — ceci expliquant cela ? Au milieu d’un océan : Le Monde rapporte sans un battement de cil ni le moindre commentaire le propos, cet été, d’un « responsable macroniste » inquiet : « Les Français ont l’impression qu’on fait une politique de droite (5). » Quelques jours auparavant, le Financial Times rencontrait le premier ministre Édouard Philippe (6) : « Lorsqu’on [lui] suggère que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : “Vous vous attendiez à quoi ?” »

Frédéric Lordon

Économiste et philosophe. Dernier ouvrage paru : Les Affects de la politique, Seuil, Paris, 2016.

Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Le complot des anticomplotistes »

(1) Cf. typiquement Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde, 2 avril 2004.

(2) Lire « Conspirationnisme, la paille et la poutre », La pompe à phynance, 24 août 2012, et le dossier « Vous avez dit « complot » ? », Le Monde diplomatique, juin 2015.

(3) « Affaire DSK : Cambadélis ne croit pas à “la théorie du complot” », n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.

(4) Lire Pierre Rimbert, « Les chauffards du bobard », Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, « Le voyage en Grèce de Macron raconté par Le Monde ? Tout est faux ! », blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017.

(5) Solenn de Royer, « Après un mois de juillet difficile, Macron veut reprendre la main », Le Monde, 28 juillet 2017.

(6) « French centre-right premier says he is at ease with Macron agenda », Financial Times, Londres, 11 juillet 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/LORDON/57960

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Jeudi Chouard #9 (9 mai 2019, avec Régis de Castelnau) sera consacré à l’idée d’une constitution provisoire de transition, avec Yves Chouard, Emmanuel Valette (Wikicrate) et Sophie Norton

Chers amis,

Demain soir, pour ce Jeudi Chouard #9 sur Sud Radio, avec Régis de Castelnau, nous écouterons trois personnes qui ont beaucoup travaillé à l’idée d’une constitution provisoire de transition : Yves Chouard (qui n’est pas de ma famille, et qui défend le projet nommé « le phoenix français »), Emmanuel Valette (parfois appelé Wikicrate sur Facebook), et Sophie Norton (qui viendra spécialement de Nancy pour nous présenter sa proposition).

• La proposition d’Yves est consultable ici : http://lephoenixfrancais.e-monsite.com/medias/files/livret-constitution-transitoire-1-.pdf

• La proposition d’Emmanuel est consultable ici : http://wikicratie.fr/documents/CPT.pdf

• La proposition de Nancy est consultable ici : http://constitu-citoyens.monsite-orange.fr/

Vous devriez IMPRIMER les trois propositions, pour les avoir sous les yeux pendant l’émission, et pour y noter vos propres idées 🙂

Nous leur demanderons :
. pourquoi un tel projet est important,
. ce qu’il faut absolument prévoir dans un tel texte,
. les qualités qu’ils trouvent à leur propre proposition,
. et (avec bienveillance) les reproches qu’ils pourraient faire aux autres propositions, sachant qu’au final ce serait bien de tous tomber d’accord sur un seul texte qui fasse l’unanimité au sein du peuple.

Probablement allons-nous mener devant vous (et j’espère avec vous) des ateliers constituants 🙂

Hâte d’y être.

Étienne.

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Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Jean Bricmont analyse ici l’UE et les élections européennes, en s’appuyant sur les livres de Coralie Delaume, David Cayla et Olivier Delorme

Jean Bricmont étudie le projet profondément antidémocratique et antisocial appelé « Union Européenne » :

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JUSQU’OÙ IRONT LES GILETS JAUNES ? Entretien avec François Boulo et les jeunes étudiants en Sciences politiques de la Critique de la Raison Européenne

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même (Caitlin Johnstone, sur Le Grand Soir)

Pour être à l’heure à Paris ce soir chez @Sud radio avec Didier Maisto pour ce prochain Jeudi Chouard (émission qui sera avec Michel Collon, précisément sur la diabolisation des opposants politiques), je reviens vite de Londres, où j’ai retrouvé 80 gilets jaunes français venus comme moi par la route dans la nuit pour défendre Julian Assange, journaliste lanceur d’alerte qui va être déporté vers un camp de torture de l’empire américain (qui l’ordonne à sa colonie anglaise).

Je profite de cet événement dramatique (la déportation d’un journaliste vers la torture par la patrie même qui a inventé et défendu le libre journalisme comme contre-pouvoir fondateur de la liberté) pour rappeler un texte important, à connaître et à faire connaître : à dupliquer et à distribuer et à afficher, dans votre entreprise, dans votre salon, dans toutes les stations de bus et de métro, etc..

Bon courage à tous et merci pour ce que vous faites pour le bonheur et pour la liberté.

Étienne.

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Le procès de Julian Assange est infiniment plus grand qu’Assange lui-même

Caitlin JOHNSTONE

La mère de Julian Assange a rapporté hier que le fondateur de WikiLeaks n’a pas été autorisé à recevoir de visiteurs pendant sa détention à la prison de Belmarsh, y compris des médecins et ses avocats. Les médecins qui ont visité Assange à l’ambassade de l’Équateur ont attesté qu’il avait un besoin urgent de soins médicaux. Belmarsh est une prison de haute sécurité, parfois appelée le « Guantanamo Bay du Royaume-Uni ».

Et pourtant, on nous demande de croire que cela a quelque chose à voir avec une prétendue violation de la liberté sous caution et une demande d’extradition US pour des crimes informatiques présumés passibles d’une peine maximale de cinq ans. Si vous faites un zoom arrière et écoutez les bavardages moins éclairés des propagandistes et des consommateurs des médias de masse occidentaux, vous constaterez aussi que les gens croient que cela aurait quelque chose à voir avec la Russie et des accusations de viol.

En fait, rien de tout cela n’est vrai. Assange est emprisonné dans des conditions draconiennes pour son journalisme, et uniquement pour son journalisme. L’administration Obama s’est abstenue de le poursuivre après la publication des fuites de Manning par WikiLeaks, craignant que cela ne mette en danger la liberté de la presse, et l’administration Obama n’avait pas plus de preuves à sa disposition que l’administration Trump n’en a aujourd’hui. Le « crime » dont est accusé Assange n’est rien d’autre que les pratiques journalistiques habituelles des journalistes d’investigation, y compris la protection des sources et l’encouragement de ces dernières à obtenir davantage de matériel. La seule chose qui a changé, c’est que la Maison-Blanche est de plus en plus disposée à poursuivre les journalistes qui pratiquent le journalisme, et il y a de nombreuses raisons de croire qu’une fois extradé aux Etats-Unis, il fera l’objet d’accusations beaucoup plus graves. Ils ne se donnent pas tout ce mal pour une violation de la liberté sous caution et une peine maximale de cinq ans.

Mais si vous faites encore un zoom arrière, dans le grand schéma des choses, cela n’a presque rien à voir avec Assange. Bien sûr, Assange a été une épine dans le pied de ceux qui dirigent l’alliance transnationale des puissances occidentales, et s’ils avaient le choix, ils préféreraient évidemment le voir en prison ou mort plutôt que libre et vivant. Mais ce n’est pas pour cela que les gens d’influence corrompus qui étranglent notre monde se démènent. Ils veulent s’emparer de quelque chose de beaucoup, beaucoup plus gros. Assange n’est qu’une étape sur cette voie.

Comme je l’ai déjà écrit, la persécution d’Assange vise en fait à créer un précédent juridique qui permettra au gouvernement US d’emprisonner des journalistes qui tenteraient de lui demander des comptes en faisant du journalisme. La raison pour laquelle vous voyez à présent l’expression « Assange n’est pas un journaliste » constamment bêlée partout dans le monde par les laquais de l’empire est qu’ils ont besoin d’un contre-narratif. Le fait indiscutable est que ce précédent constituera une menace pour les journalistes du monde entier, leur contre-argument est donc qu’Assange n’est pas un journaliste (ce ne sont que des conneries, soit-dit en passant), et que cela ne créera donc pas un précédent pour les journalistes. Comme si leur définition personnelle de ce qu’est un « vrai journaliste » sera la même que celle du gouvernement US pour déterminer s’il convient ou non de poursuivre quelqu’un pour des actes similaires à ceux d’Assange. La définition du journalisme selon le gouvernement US sera celle qui lui conviendra.

Mais pour avoir une vue d’ensemble de ce que ces salauds veulent faire, nous devons faire encore un zoom arrière.

Dans le roman de science-fiction Ender’s Game [La Stratégie Ender – NdT], le jeune protagoniste frappe violemment un autre garçon qui le tyrannisait, et le tue. Lorsque ses supérieurs lui demandent d’expliquer son geste, le garçon, qui a été élevé et formé pour devenir un savant stratégique, explique qu’il ne l’a pas fait par malice envers le tyran, ni même pour gagner le combat, mais pour gagner tous les combats futurs. Si les enfants à l’école voient de quelle sauvagerie il est capable et savent qu’il ne faut pas l’embêter, il n’aura plus jamais à combattre.

Si ça vous paraît un peu sociopathique, c’est parce que ça l’est. Et, avec la différence notable que les rôles du tyran et de la victime sont inversés, c’est exactement le principe que nous voyons être appliqué à Assange.

Le monde entier voit le traitement infligé à Assange. Peu importe à quel point votre cerveau est lavé, peu importe si vous détestez cet homme ou non, vous voyez. Et vous en tirez une leçon. Et cette leçon est la suivante : si vous faites quelque chose de similaire, vous subirez le même sort. C’est là le véritable objectif de la persécution d’Assange, et cela n’affecte pas seulement un éditeur australien enfermé dans une cellule britannique, ni même les journalistes d’investigation du monde entier qui sont intéressés à pratiquer l’art perdu de demander des comptes au pouvoir en faisant du journalisme, mais tous ceux qui consomment les médias.

Et ça marche. Je sais que ça marche parce que ça marche avec moi. Si vous avez des informations qui incriminent les personnes les plus puissantes du monde, je vous le dis tout net, gardez-les pour vous. Donnez-les à quelqu’un d’autre, littéralement à n’importe qui d’autre, parce que je suis moi-même beaucoup trop lâche et j’ai beaucoup trop à perdre en m’impliquant dans tout ce qui pourrait me conduire à pourrir dans une cellule de prison à l’étranger. J’ai des enfants. Je suis amoureuse. Je ne peux pas et ne veux pas m’engager dans cette voie. Et si c’est vrai pour moi, je sais avec certitude que c’est vrai aussi pour d’innombrables autres. Ils ont brutalisé les lanceurs d’alerte au point que cela a certainement eu un effet dissuasif sur ceux qui, autrement, pourraient devenir des sources de fuites importantes. Et maintenant, ils brutalisent aussi les journalistes qui publient ces fuites. Les chances qu’une personne prête à dénoncer un pouvoir rencontre un journaliste disposé à l’aider tendent rapidement vers zéro.

Ils essaient de gagner ce combat contre Assange d’une manière brutale pour s’assurer qu’ils gagneront tous les combats futurs.

C’est pourquoi il est absolument stupide qu’une conversation se focalise sur Assange, l’homme, que ce soit pour en dire du mal ou du bien.

L’autre jour, j’ai publié un méga-article attaquant les principales calomnies que j’ai relevées sur Assange. Il y en a 27 au total jusqu’à présent, et j’en ajouterai bientôt d’autres. Cette montagne de calomnies existe parce qu’au lieu de prêter attention aux dangers qui façonnent le monde et qui menacent de rendre impossible toute opposition aux dirigeants de l’empire US qui nous entraînent vers l’extinction ou la dystopie, les gens parlent de la personnalité d’Assange, s’il a nettoyé ou non la litière de son chat à l’ambassade .

Le revers de la médaille, ce sont les gens qui se fixent sur Assange en tant que héros, ce qui peut bien sûr aider à attirer l’attention sur son sort et donc présenter un certain avantage, mais en fin de compte, c’est aussi l’arbre qui cache la forêt. C’est beaucoup, beaucoup plus grand qu’Assange, et nous devons nous y opposer pour des raisons qui sont beaucoup, beaucoup plus importantes que le caractère d’un homme qui, selon ce que nous aurions lu, serait sympathique ou non.

Ne perdez jamais de vue ceci : l’intimidation des lanceurs d’alerte et des éditeurs menace d’éradiquer la vérité sur les comportements de notre espèce, abandonnant ainsi notre destin aux caprices des plus puissants. Les personnes les plus puissantes sont celles qui se consacrent le plus à la recherche du pouvoir, celles qui sont assez sociopathes pour marcher sur la tête de n’importe qui et faire tout ce qu’il faut pour obtenir le plus de contrôle possible sur le plus d’êtres humains possible. Si nous permettons à la vérité d’être intimidée et réduite au silence, c’est à eux que nous confierons les commandes de notre monde.

Et ne perdez jamais de vue ceci non plus : avec l’emprisonnement et la persécution de Julian Assange, tous ces oppresseurs sociopathes se sont démasqués. Ils ont arraché le masque de Big Brother et révélé leurs âmes sombres. Si cet attachement soudain aux détails juridiques du protocole de mise en liberté sous caution et du protocole de protection des sources journalistiques ressemble en tous points à la persécution d’un journaliste pour avoir publié des faits, c’est parce que c’est exactement le cas. Ne laissez personne vous faire croire le contraire, et ne manquez pas cette occasion rare de montrer à vos semblables comment nos oppresseurs viennent de révéler leur véritable nature.

Caitlin Johnstone

Source : Le Grand Soir (site important à consulter souvent) :
https://www.legrandsoir.info/le-proces-de-julian-assange-est-infiniment-plus-grand-qu-assange-lui-meme.htmlq+

Cette semaine, 2 rendez-vous avec Michel Collon, sur le thème « Propagande de guerre et diabolisation des opposants » : 1) Jeudi Chouard #8 sur Sud radio le jeudi 2 mai (19h-22h), et 2) débats le samedi 4 mai (12h30-18h) à Paris avec l’asso Miguel Angel, Philippe Pascot, Laurent Doré, Priscillia Ludosky, François Boulo, Robert Charvin et Michel Collon

Cette semaine, je vais rencontrer deux fois Michel Collon :


• D’abord à Jeudi Chouard #8 sur Sud Radio, ce jeudi 2 mai 2019 : [médiabolisation, médias en guerre] Propagande de guerre et diabolisation des opposants

– Pour commencer, de 19 h à 20h, débats sur l’actualité avec Élisabeth Lévy.

À cause des coups que la presse libre (sans carte) prend presque tous les jours, on va sans doute encore parler de l’importance d’une presse libre en démocratie, puis, peut-être, de ce qui se sera passé la veille – 1er mai – à Paris, et aussi le jour-même – 2 mai – à Londres avec la commission d’extradition de Julian Assange.

– Ensuite, à partir de 20 h, j’aurai donc le plaisir et l’honneur de recevoir Michel Collon, ami belge à qui je porte une grande estime, un résistant courageux et généreux, animateur infatigable du site Investig’Action.

On parlera de son principal sujet de recherche, absolument central en démocratie : pourquoi et comment les grands médias conduisent les peuples à accepter et même à vouloir les guerres et à discréditer les opposants politiques – et ainsi éviter les révolutions.
Michel parle de « médiabolisation des gilets jaunes ». Il nous décrira bien ce qu’il appelle les 5 principes de la propagande de guerre.

Vous allez voir, ce type est passionnant 🙂


Et puis je vais revoir Michel samedi 4 mai à Paris, pour une conférence-débat avec Priscillia Ludosky, François Boulo et Robert Charvin. Voici l’affiche :


Semaine très chargée pour moi : le 1er mai à Paris, le soir départ pour Londres, le 2 mai au matin à Londres pour soutenir Julian Assange, le 2 au soir Jeudi Chouard #8 sur Sud radio, le 3 mai soirée gilets jaunes à Mulhouse, le 4 mai retour à Paris pour un sitting #giletsjaunesconstituants l’après-midi avec l’équipe de Sophie Tissier, suivi d’un grand débat sur la médiabolisation des gilets jaunes avec Priscillia, François et Michel, et le 5 mai Saint-Étienne encore pour une conférence et des ateliers constituants avec les gilets jaunes du coin… Retour à Aix le dimanche soir à pas d’heure… Vie de fou, mais hâte de vous revoir tous.

Bon courage, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : nous avions fait ensemble, Michel et moi, il y a peu de temps, une émission, chez lui près de Bruxelles :


À connaître : contre la propagande de guerre, ne ratez pas les travaux de Daniele Ganser, Anne Morelli et Jacques Pauwels :
http://chouard.org/blog/2018/10/05/contre-la-guerre-qui-vient-daniele-ganser-lotan-alliance-pour-la-guerre-usa-mensonges-et-morts-par-millions-anne-morelli-jacques-pauwels/

Fil Facebook correspondant à ce billet :

Rendez-vous vendredi 26 avril à Roanne

L’événement Facebook :
https://www.facebook.com/events/381966695978076/

On va bien parler du RIC, on va faire de beaux ateliers constituants populaires, on va décrire et travailler de nouvelles initiatives citoyennes, vous allez voir, ça va être passionnant.

Hâte d’y être 🙂

Étienne.

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157081672047317

Jeudi Chouard #7 avec Alexandre Langlois : « À QUOI SERT LA POLICE ? (et les forces armées en général…) Et QUI EST LÉGITIME pour décider de ces missions et pour contrôler leur exécution ? », jeudi 25 avril 2019 à 19 h sur Sud Radio

Les semaines passent vite. Demain, jeudi 25 avril 2019 de 19 h à 21 h (ou 22 h 🙂 ), nous recevrons Alexandre Langlois, formidable lanceur d’alerte de la police française, et je propose que nous traitions ensemble de la question démocratique de fond : « à quoi sert la police (et les forces armées en général) ? Et qui est légitime pour décider de ces missions et pour contrôler que tout se passe comme prévu ? »

Après une première partie de débat autour de l’actualité (la liberté de la presse est-elle en danger ?), avec Régis de Castelnau, Philippe David et Didier Maïsto, j’essaierai 🙂 d’inciter mes interlocuteurs à écrire et améliorer un ou deux articles de constitution relatifs à la mission et aux contrôles populaires des forces armées.

Comme d’habitude, donc, je voudrais donner le spectacle d’ateliers constituants populaires, pour aider cette idée d’une cause commune universelle à se propager dans toutes les couches de la société, de façon à préparer la population à un (prochain) processus constituant populaire.

Régis de Castelnau, avocat, nous aidera à rédiger l’article qui met en oeuvre (et aussi celui qui contrôle) LA JUSTICE à ce sujet. Ça promet d’être passionnant.

Hâte de rencontrer Alexandre, que je trouve lumineux, honnête et courageux.

Étienne.

PS : j’avais déjà mené une réflexion sur le contrôle des forces armées, en juin 2014 avec Laurent Henninger, au milieu de tas de pneus au Palais de Tokyo, à Paris. Je rappelle ici cet échange, je suis sûr que ça vous intéressera 🙂

Forces armées : débat avec Etienne Chouard et Laurent Henninger (juin 2014)

PPS : je vais vous parler du magnifique discours sur les gardes nationales de Robespierre. Le voici :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ROBESPIERRE_DISCOURS_SUR_L_ORGANISATION_DES_GARDES_NATIONALES_decembre_1790_r.pdf

PPS : la semaine prochaine, je reçois Michel Collon, un autre chercheur militant belge que j’aime beaucoup, spécialiste des médiamensonges et de la propagande de guerre. Vous verrez, cet homme est passionnant et son travail est important.


Rappels pour ceux qui ne connaissent pas Alexandre Langlois :

Alexandre Langlois sur Thinkerview : Violences policières et Gilets Jaunes

Alexandre Langlois sur Le Média : Gilets jaunes : un policier met en cause le gouvernement

Alexandre Langlois au JT de RT France : Gilets jaunes : quels remèdes face à la violence pendant les manifestations ?

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157087030122317

[Trahison des élites] mécanismes du VOL DES COMMUNS par nos prétendus « représentants »

Histoire des PRIVATISATIONS

On devrait arrêter de parler de « capitalisme » et préférer le mot CRAPULISME, comme conséquence cauchemardesque du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

NOTRE CAUSE COMMUNE, urgente et incandescente, c’est d’apprendre dès aujourd’hui à INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE POLITIQUE, pour résister enfin victorieusement aux parasites marchands (la classe oisive) qui ont pris le contrôles des sociétés humaines depuis 200 ans.

Le drapeau du grand bouleversement sera #CitoyensConstituants

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157073662242317&id=600922316

Jeudi Chouard #6, 18 avril 2019, sur Sud Radio : « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? » avec Jean Bricmont et Ronald Mazzoleni

Plus que jamais en retard sur tout, je vous confirme le jour-même que la 6ème émission de « Jeudi Chouard, les citoyens constituants ont la parole », ce 18 avril 2109 à 20 h sur les chaînes Youtube et Facebook de Sud radio, sera consacrée à la question « À quoi sert la liberté d’expression en démocratie ? », et que j’aurai le plaisir de recevoir deux chers amis belges : Jean Bricmont (physicien, grand connaisseur de Noam Chomsky et philosophe rigoureux sur la liberté d’expression) et Ronald Mazzoleni (commentateur passionnant du blog).

J’ai bon espoir de rédiger avec eux un bon article de constitution d’origine citoyenne sur ce point précis de la liberté d’expression des citoyens d’un pays démocratique.

J’espère qu’on pourra prendre quelques unes de vos questions (c’est vraiment difficile, quand il y a un invité, de s’en détacher).

Pendant la première heure (« Y’a du peuple, seul contre tous » à 19h), je serai avec Élisabeth Lévy, d’abord d’abord autour de l’actualité (on voit venir l’incendie de Notre Dame de Paris…), et ensuite autour de ce thème de l’importance d’une vraie liberté d’expression, aussi bien pour protéger les opposants et une presse pluraliste contre les pouvoirs politiques, que pour protéger les lanceurs d’alertes contre les pouvoirs économiques.

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.


Ressources, texes et citations utiles :

Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 10
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11
La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Source : Conseil constitutionnel


Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, Article 11 – Liberté d’expression et d’information
1. Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières.
2. La liberté des médias et leur pluralisme sont respectés.
https://fra.europa.eu/fr/charterpedia/article/11-liberte-dexpression-et-dinformation


« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré. » Jean-Paul Marat « Les Chaînes de l’esclavage »


Pourquoi nous voulons abolir le délit d’opinion ?

La liberté d’expression est une valeur humaine dans sa liberté même de dire l’inhumain. Les opinions racistes, xénophobes, sexistes, sadiques, haineuses, méprisantes ont autant le droit de s’exprimer que les nationalismes, les croyances religieuses, les idéologies sectaires, les clans corporatistes qui les encouragent ouvertement ou sournoisement selon les fluctuations de l’ignominie démagogique. Les lois qui les répriment, telle, en France, la loi Gayssot de 1992, s’en prennent au « puéril revers des choses » sans toucher aux causes. Elles exorcisent le mal au lieu de le prévenir et de le guérir. Elles substituent la sanction à l’éducation. Ce ne sont pas les propos qui doivent être condamnés, ce sont les voies de fait. Ce ne sont pas les discours ignominieux du populisme qui doivent faire l’objet de poursuites ‐ sans quoi il faudrait dénoncer aussi leur imprégnation sournoise et leur présence masquée dans les déclarations démagogiques de la politique clientéliste et bien‐pensante ‐, ce sont les violences à l’encontre des biens et des personnes, perpétrées par les sectateurs de la barbarie.

Le sens commun montre qu’il est inconséquent d’interdire Mon Combat de Hitler, Bagatelles pour un massacre de Céline, les Protocoles des sages de Sion, ou les ouvrages révisionnistes, et de tolérer par ailleurs les propos misogynes de Paul de Tarse et du Coran, les diatribes antisémites de saint Jérôme et de Luther, un livre truffé d’infamies comme la Bible, l’exhibition complaisante des violences qui forment la matière ordinaire de l’information, l’affichage omniprésent du mensonge publicitaire et tant de contrevérités historiques, entérinées par l’histoire officielle. Mieux vaut ne pas l’oublier : une fois instaurée, la censure ne connaît pas de limites, car la purification éthique se nourrit de la corruption qu’elle dénonce.

On ne combat pas et on ne décourage pas la bêtise et l’ignominie en leur interdisant de s’exprimer : la meilleure critique d’un état de fait déplorable consiste à créer la situation qui y remédie. La bêtise, l’infamie, la pensée ignoble sont les sanies d’une sensibilité blessée.  Les empêcher de s’écouler, c’est envenimer la blessure au lieu d’en diagnostiquer les causes afin d’y porter remède. Si nous ne voulons pas qu’une aberration finisse par infecter le tissu social comme une tumeur maligne, nous devons la reconnaître pour ce qu’elle est  : le symptôme d’un malaise dans l’individu et dans la société.

Ce n’est pas le symptôme qui est condamnable, c’est notre peu
d’empressement à éradiquer des conditions qui propagent le prurit, l’abcès, la peste. Au souci d’écraser l’infâme, mieux vaut seconder le désir de vivre mieux ‐ c’est‐à‐dire plus humainement.

Raoul Vaneigem – Rien n’est sacré, tout peut se dire.


Dans les États qui juxtaposent à la puissance législative des Chambres la possibilité de demandes populaires de référendums, c’est le peuple qui monte au rang suprême par l’acquisition du pouvoir de prononcer le rejet ou l’adoption définitive des décisions parlementaires.

Du coup le Parlement se trouve ramené au rang de simple autorité : il ne représente plus la volonté générale que pour chercher et proposer l’expression qu’il convient de donner à celle-ci ; il ne remplit ainsi qu’office de fonctionnaire.

Le véritable souverain c’est alors le peuple.

Carré de Malberg, dans un article de 1931 « Référendum Initiative populaire », cité Dans « La démocratie locale et le référendum » de Marion Paoletti, chez l’Harmattan page 89.


La liberté de la presse, c’est la liberté pour la presse de ne pas être un métier.
Marx.


« Sous le gouvernement représentatif, surtout, c’est-à-dire, quand ce n’est point le peuple qui fait les lois, mais un corps de représentants, l’exercice de ce droit sacré [la libre communication des pensées entre les citoyens] est la seule sauvegarde du peuple contre le fléau de l’oligarchie. Comme il est dans la nature des choses que les représentants peuvent mettre leur volonté particulière à la place de la volonté générale, il est nécessaire que la voix de l’opinion publique retentisse sans cesse autour d’eux, pour balancer la puissance de l’intérêt personnel et les passions individuelles ; pour leur rappeler, et le but de leur mission et le principe de leur autorité.

Là, plus qu’ailleurs, la liberté de la presse est le seul frein de l’ambition, le seul moyen de ramener le législateur à la règle unique de la législation. Si vous l’enchaînez, les représentants, déjà supérieurs à toute autorité, délivrés encore de la voix importune de ces censeurs, éternellement caressés par l’intérêt et par l’adulation, deviennent les propriétaires ou les usufruitiers paisibles de la fortune et des droits de la nation ; l’ombre même de la souveraineté disparaît, il ne reste que la plus cruelle, la plus indestructible de toutes les tyrannies ; c’est alors qu’il est au moins difficile de contester la vérité de l’anathème foudroyant de Jean-Jacques Rousseau contre le gouvernement représentatif absolu. »

Robespierre, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, 17 juin 1792.


« Ou tu défends la liberté d’expression pour des opinions que tu détestes, ou tu ne la défends pas du tout. Même Hitler et Staline étaient ravis de défendre la liberté d’expression pour des idées qui leur convenaient. Voilà les enjeux essentiels. Pour pouvoir éluder ce débat, il y a toujours le flot de mensonges habituels. » Noam Chomsky


« Quant à la liberté de penser, on dit vrai dans une large mesure quand on dit que sans elle il n’y a pas de pensée. Mais il est plus vrai encore de dire que quand la pensée n’existe pas, elle n’est pas non plus libre. » Simone Weil.


« On mesure le degré de liberté d’une société non pas à la façon dont elle traite les bons citoyens, obéissants et conformistes mais à la façon dont elle traite ses dissidents et ceux qui résistent à l’orthodoxie. » Alexandre Astier.


« Il y a dans la Constitution du 24 juin 1793 un article que je trouve tout à fait délicieux : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent. » (Article 9.) »
Catherine Baker, « Insoumission à l’école obligatoire » (1995), p22.


« La liberté n’est pas menacée seulement par les régimes totalitaires ou autoritaires. Elle l’est aussi, de manière plus cachée mais non moins forte, par l’atrophie du conflit et de la critique, l’expansion de l’amnésie et de l’irrelevance, l’incapacité croissante de mettre en question le présent et les institutions existantes. » Cornélius Castoriadis, « La « fin de la philosophie » ? », in Les Carrefours du labyrinthe.


« Le gouvernement représentatif devient bientôt le plus corrompu des gouvernements si le peuple cesse d’inspecter ses représentants.
Le problème des Français, c’est qu’ils donnent trop à la confiance, et c’est ainsi qu’on perd la liberté.
Il est vrai que cette confiance est infiniment commode : elle dispense du soin de veiller, de penser et de juger. »
Madame Rolland (1789), citée par Rosanvallon (2006, n°3, min. 2:37).


« Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis. Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition. » Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Ce qu’il faut sauvegarder avant tout, ce qui est le bien inestimable conquis par l’homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c’est cette idée qu’il n’y a pas de vérité sacrée, c’est-à-dire interdite à la pleine investigation de l’homme ; c’est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, c’est la liberté souveraine de l’esprit ; c’est qu’aucune puissance ou intérieure ou extérieure, aucun pouvoir, aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la race humaine […] ; c’est que toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge. » Christopher Hill, « 1640 : la révolution anglaise » (1940).


« Il est donc incontestable, et c’est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donné des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir. » Jean-Jacques Rousseau, « Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes » (1754).


Pour rester libre, il faut être sans cesse en garde contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude.

Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d’ailleurs de ses propres affaires, il importe qu’il y ait dans l’État des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l’alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l’abîme qu’on creuse sous ses pas, et qui s’empressent de noter celui sur qui doit tomber l’indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un État libre, où le prince est puissant et entreprenant, c’est qu’il n’y ait ni discussions publiques, ni effervescence, ni partis.

Tout est perdu, quand le peuple devient de sang-froid, et que sans s’inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au lieu qu’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition.

Jean-Paul Marat, « Les chaînes de l’esclavage » (1774).


« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »

Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.


« Le droit qu’ont les citoyens de s’assembler où il leur plaît, et quand il leur plaît, pour s’occuper de la chose publique, est inhérent à tout peuple libre.
Sans ce droit sacré, l’état est dissous, et le souverain est anéanti ; car, dès que les citoyens ne peuvent plus se montrer en corps, il ne reste dans l’État que des individus isolés ; la nation n’existe plus.
On voit avec quelle adresse les pères conscrits ont anéanti la souveraineté du peuple, tout en ayant l’air d’assurer la liberté individuelle. En Angleterre, toute assemblée paisible est licite : la loi ne défend que les attroupements séditieux. Voilà la liberté. »
Marat 16-17 août 1792.


« Quand on me contredit, on éveille mon attention, mais non ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune de l’un et de l’autre. […]

Je fais fête à la vérité et je la chéris en quelque main que je la trouve et je me livre à elle et lui tends mes armes vaincues d’aussi loin que je la vois approcher. Et, pourvu qu’on n’y procède pas avec l’air trop impérieux d’un maître d’école, je prête l’épaule aux reproches que l’on fait sur mes écrits ; je les ai même souvent modifiés plus pour une raison de civilité que pour une raison d’amélioration, car j’aime à favoriser et à encourager la liberté de ceux qui me font des critiques par ma facilité à céder, même à mes dépens. Toutefois il est assurément difficile d’attirer à cela les hommes de mon temps : ils n’ont pas le courage de critiquer les autres parce qu’ils n’ont pas le courage de supporter de l’être, et ils parlent toujours avec dissimulation en présence les uns des autres. Je prends un si grand plaisir à être jugé et connu qu’il m’est pour ainsi dire indifférent que ce soit de l’une ou de l’autre des deux façons. Ma pensée se contredit elle-même si souvent, et se condamne, qu’il revient au même pour moi qu’un autre le fasse, vu principalement que je ne donne à sa critique que l’importance que je veux. »

Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1119.


« Nous n’apprenons à discuter que pour contredire, et, chacun contredisant et étant contredit, il en résulte que tout le profit de la discussion, c’est de ruiner et anéantir la vérité. » Montaigne, « Essais », livre 3, chapitre 8 « Sur l’art de la conversation », p 1121.


« Je hais la servitude comme la source de tous les maux du genre humain. Les tyrans et leurs flatteurs crient sans cesse : peuples, portez vos fers sans murmure car le premier des biens est le repos ; ils mentent : c’est la liberté. » Jean-Jacques Rousseau, « Fragment de lettre à Christophe de Beaumont », 1763.


« Vous n’avez plus de tête : on vous l’a coupée en vous coupant la parole, en vous volant les mots. La liberté, c’est d’avoir compris cela : qu’on va sans tête. Nous sommes enfumés, enfermés par nous-mêmes, et nous ne pouvons compter sur personne pour nous délivrer. Prison modèle où les gardiens sont les détenus eux-mêmes. » D’après Arnaud Upinsky et Marcel Jullian.


Attention ! Dans le texte suivant, la première partie est superbe, légendaire, une invitation à exercer librement son esprit critique, un pilier de la légende des Lumières. Mais ensuite, on comprend que cette liberté n’est prévue que pour les savants, en qualité de savant ! Pour ce qui concerne les autres, nous sommes apparemment condamnés à obéir servilement ! Donc, exerçons notre esprit critique… sur l’idéologie des Lumières elle-même…

——

Qu’est-ce que les Lumières ? (selon Emmanuel Kant)

1. La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui.

Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.

2. La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux.

Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité.

Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

[…]

4. Mais qu’un public s’éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c’est même pour peu qu’on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l’esprit d’une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même.

Notons en particulier que le public qui avait été mis auparavant par eux sous ce joug, les force ensuite lui-même à se placer dessous, une fois qu’il a été incité à l’insurrection par quelques-uns de ses tuteurs incapables eux-mêmes de toute lumière : tant il est préjudiciable d’inculquer des préjugés parce qu’en fin de compte ils se vengent eux-mêmes de ceux qui en furent les auteurs ou de leurs devanciers.

Aussi un public ne peut-il parvenir que lentement aux lumières. Une révolution peut bien entraîner une chute du despotisme personnel et de l’oppression intéressée ou ambitieuse, (cupide et autoritaire) mais jamais une vraie réforme de la méthode de penser ; tout au contraire, de nouveaux préjugés surgiront qui serviront, aussi bien que les anciens de lisière à la grande masse privée de pensée.

5. […] Mais quelle limitation est contraire aux lumières ? Laquelle ne l’est pas, et, au contraire lui est avantageuse ? – Je réponds : l’usage public de notre propre raison doit toujours être libre, et lui seul peut amener les lumières parmi les hommes ; mais son usage privé peut être très sévèrement limité, sans pour cela empêcher sensiblement le progrès des lumières. J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage privé celui qu’on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés. Or il y a pour maintes affaires qui concourent à l’intérêt de la communauté un certain mécanisme qui est nécessaire et par le moyen duquel quelques membres de la communauté doivent se comporter passivement afin d’être tournés, par le gouvernement, grâce à une unanimité artificielle, vers des fins publiques ou du moins pour être empêchés de détruire ces fins. Là il n’est donc pas permis de raisonner ; il s’agit d’obéir. Mais, qu’une pièce (élément) de la machine se présente en même temps comme membre d’une communauté, et même de la société civile universelle, en qualité de savant, qui, en s’appuyant sur son propre entendement, s’adresse à un public par des écrits : il peut en tout cas raisonner, sans qu’en pâtissent les affaires auxquelles il est préposé partiellement en tant que membre passif. Il serait très dangereux qu’un officier à qui un ordre a été donné par son supérieur, voulût raisonner dans son service sur l’opportunité ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir.

Emmanuel Kant (1724-1804), « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784).


« Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage. » Mark Twain.


« Il y a des gens qui, à propos de certains problèmes, font preuve d’une grande tolérance. C’est souvent parce qu’ils s’en foutent. » Mark Twain.


« Et quand même tous les vents de la doctrine auraient libre cours sur Terre, si la Vérité est en lice, c’est lui faire injure que douter de sa force, en mettant en place censure et interdiction. Que la Fausseté s’empoigne avec elle ; qui a jamais vu que la Vérité ait le désavantage dans une rencontre libre et ouverte ? Aucune censure n’a le poids de sa réfutation. » John Milton, « Pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure » (1644).


« Les despotes eux-mêmes ne nient pas que la liberté ne soit excellente ; seulement ils ne la veulent que pour eux-mêmes, et ils soutiennent que tous les autres en sont tout à fait indignes. » Alexis de Tocqueville, « L’Ancien Régime et la Révolution », 1866 [décrivant honnêtement le fond de l’idéologie esclavagiste dite libérale].


Un dompteur de cirque parvient à dresser un éléphant en recourant à une technique très simple : alors que l’animal est encore jeune, il lui attache une patte à un tronc d’arbre très solide. Malgré tous ses efforts, l’éléphanteau n’arrive pas à se libérer. Peu à peu, il s’habitue à l’idée que le tronc est plus fort que lui. Une fois qu’il est devenu un adulte doté d’une force colossale, il suffit de lui passer une corde au pied et de l’attacher à un jeune arbre. Il ne cherchera même pas à se libérer.

Comme ceux des éléphants, nos pieds sont entravés par des liens fragiles. Mais, comme nous avons été accoutumés dès l’enfance à la puissance du tronc d’arbre, nous n’osons pas lutter.

Sans savoir qu’il nous suffirait d’un geste de courage pour découvrir toute notre liberté.

Paulo Coelho, « Maktub ».


« Priver un homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu’il n’en fasse un mauvais usage, ou bien enchaîner sa langue de peur qu’il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre, que cette méthode est tout simplement le secret du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyens que d’en faire des instruments passifs ou de vils automates. »

Robespierre, « Discours sur la liberté de la presse », prononcé à la Société des Amis de la Constitution le 11 mai 1791, et utilisé en partie devant l’Assemblée Nationale le 22 août 1791.


« Si dans l’intérieur d’un État vous n’entendez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. » Montesquieu.


« Toutes les opinions, y compris les erreurs, sont d’un grand service pour atteindre rapidement la plus haute vérité.
Tuer un bon livre, c’est à peu près comme tuer un homme.
Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience, avant toute autre liberté. »

John Milton, Pour la liberté d’imprimer, sans autorisation ni censure (1644).


« L’ordre social n’aura vraiment atteint le degré de perfection auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obligatoire qu’après avoir été soumis immédiatement à l’examen de tout individu (…).

Je propose pour cette fois, de borner ce droit individuel aux seuls articles relatifs à la constitution ; mais c’est dans l’espérance que les progrès de la raison et l’effet que des institutions plus légales et plus justes produiront nécessairement dans les esprits, permettront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et successivement de l’étendre à toutes »

« Les hommes ont tellement pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liberté est, pour la plupart d’entre eux, le droit de n’être soumis qu’à des maîtres choisis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sentiment de leur indépendance.
(…)
Presque partout cette demi-liberté est accompagnée d’orages ; alors on les attribue à l’abus de la liberté, et l’on ne voit pas qu’ils naissent précisément de ce que la liberté n’est pas entière ; on cherche à lui donner de nouvelles chaînes, lorsqu’il faudrait songer, au contraire, à briser celles qui lui restent. »

Condorcet, 1789 :
Sur la nécessité de faire ratifier la constitution par les citoyens.


L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être ; et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées.
(…)
Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation, le moyen de réduire ces attentats en système. Les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier : c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Robespierre.
(Pour le bonheur et pour la liberté, actualité d’un homme irrécupérable, La Fabrique, 2000)


« L’anarchisme est cette tendance, présente dans toute l’histoire de la pensée et de l’agir humains, qui nous incite à vouloir identifier les structures coercitives, autoritaires et hiérarchiques de toutes sortes pour les examiner et mettre à l’épreuve leur légitimité ; lorsqu’il arrive que ces structures ne peuvent se justifier — ce qui est le plus souvent le cas — l’anarchisme nous porte à chercher à les éliminer et à ainsi élargir l’espace de la liberté. » Noam Chomsky.


« L’acceptation d’une croyance n’est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ?

Et pourtant un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. » Jiddu Krishnamurti (1895-1986) La première et la dernière liberté, 1964.


« La vérité est le nom que les plus forts donnent à leur opinion. » Alphonse Karr (1808-1890)


La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d’un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n’est pas la liberté. La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. Non pas par fanatisme de la « justice », mais parce que tout ce qu’il y a d’instructif, de salutaire et de purifiant dans la liberté politique tient à cela et perd de son efficacité quand la « liberté » devient un privilège.

Rosa Luxembourg (La révolution russe).


« La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.
Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain. » Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. » Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Le mot iségoria, le droit pour tous de parler à l’assemblée, était quelquefois employé par les écrivains grecs comme un synonyme de ‘démocratie’. »

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne » (1972), p 64.


La pensée facile consiste à choisir son camp, accumuler les savoirs et ignorer l’autre côté.

Il s’ensuit une boiterie logique qui donne une image hémiplégique du psychisme humain.

Boris Cyrulnik, De chair et d’âme.


« La délibération sera, en effet, meilleure si tous délibèrent en commun, le peuple avec les notables, ceux-ci avec la masse. »
Aristote, Les Politiques IV, 14, 1298-b.


« Tout endoctrinement facilité par l’ignorance de l’informé, ne lui présentant qu’un aspect des choses, tendant à lui imposer des automatismes de pensée et de comportement, occultant les opinions contraires en décrétant qu’elles sont erronées ou tentant de les présenter de telle sorte qu’elles perdent aussitôt toute cohérence face à la solution préparée par celui qui informe, individu ou institution, est l’expression d’un mépris profond de l’homme.

C’est considérer qu’il est incapable de se faire une opinion personnelle parce qu’ignorant, ce qui est vrai, mais au lieu de combler son ignorance en lui fournissant des opinions et des informations différentes ou contraires, c’est le tromper que de ne lui montrer qu’un aspect des choses. C’est le considérer comme un sous-homme, c’est faire preuve d’un véritable racisme.

Le rôle d’un pouvoir ne devrait pas être de « former » l’opinion, mais de lui fournir des éléments d’information nombreux et différenciés permettant à chaque individu de remettre en cause chaque jour les bases de la pérennité de ce pouvoir même.

Autrement dit, ce serait alors se supprimer tout pouvoir centralisé. Ce serait de fournir à chaque individu les moyens d’apporter sa part imaginative à la construction jamais finie de la société humaine. »

Henri Laborit, La Nouvelle Grille.


Purification linguistique

« Vous n’appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Au fond, vous auriez préféré rester fidèle à l’ancien langage, à son imprécision et ses nuances inutiles (…).
Ne voyez-vous pas que le but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait. Vers 2050, plus tôt probablement, toute connaissance de l’ancienne langue aura disparu. Toute littérature du passé aura été détruite. Chaucer, Shakespeare, Milton, Byron n’existeront plus qu’en version novlangue. Même la littérature du Parti changera. Même les slogans changeront. Comment pourrait-il y avoir une devise comme « La liberté, c’est l’esclavage », alors que le concept même de liberté aura été aboli ? En fait, il n’y aura pas de pensée telle que nous la comprenons maintenant. Orthodoxie signifie non pensant, qui n’a pas besoin de pensée. L’orthodoxie, c’est l’inconscience.
George Orwell (1903-1950), »1984″ (1949).


« Comme le soulignait John Stuart Mill, pouvoir critiquer sans aucune crainte les lois de Newton et voir qu’elles résistent à ces critiques est une des raisons de croire aux lois de Newton. Si on poursuivait devant les tribunaux tous ceux qui contestent la validité des lois de la physique, il n’y aurait plus aucune raison d’y croire. La même chose est vraie, a fortiori, pour la sociologie. »

Jean Bricmont, la République des Censeurs, 2014 (p24).


« À chaque époque, il existe des libres penseurs, c’est-à-dire des gens qui n’appartiennent à aucune secte, n’adhèrent à aucune religion, s’intéressent aux faits avant de parler de valeurs, jugent de la vérité d’une opinion indépendamment de la personne qui l’énonce, qui écoutent différents points de vue, hésitent, doutent et discutent avec tout le monde. Ils pensent que chacun a le droit d’exprimer son opinion.

En face d’eux, il y a les fanatiques, les cléricaux, les obscurantistes, qui font exactement le contraire. Ils tiennent (plus ou moins) à jour leurs fiches, surveillent qui parle avec qui et lancent des campagnes de haine et de diffamation contre les libres penseurs. Ils censurent tout ce qu’ils peuvent. Ils croient incarner la lutte du Bien contre le Mal.

Malheureusement, de nos jours, les fanatiques, les cléricaux et les obscurantistes ne parlent que de démocratie et de droits de l’homme, de lutte contre la haine, l’extrême-droite, le racisme et l’antisémitisme.

Cela a pour effet d’égarer un certain nombre d’esprits faibles qui se pensent comme étant de gauche tout en n’étant que des victimes de l’illusion consistant à croire que l’on appartient au camp du Bien et qui se privent et tentent de priver les autres des ressources de l’esprit critique. »

Jean Bricmont, juin 2016.


Les livres autorisés par la censure ne font qu’exprimer les idées reçues de l’époque.
Francis Bacon.

[Arrestation de Julian ASSANGE à Londres] Rendez-vous avec Viktor Dedaj ce Jeudi Chouard #5, 20 h sur Sud radio

Salut,

Julian Assange, vient d’être arrêté par la police anglaise.

Scotland Yard vient de reconnaître que l’arrestation a eu lieu sur injonction des USA…

L’extradition du Royaume -uni vers les USA est très facile, sans dossier, donc sans possibilité de se défendre.

Notre meilleur lanceur d’alerte, héros mondial, exemple vivant de journalisme, sentinelle du peuple, va bientôt finir à Guantanamo, torturé puis assassiné par les chiens de l’empire.

Et nos salauds de « journalistes », littéralement vendus aux riches, vont se taire et laisser faire au lieu de tempêter et de résister… Ces vendus seront d’ailleurs eux-mêmes sur les prochaines charrettes de l’empire (les USA ont prévenu).

Tout ça est à pleurer.

Wikileaks le sentait venir

Je vous propose de faire, ce jeudi Chouard #5, juste après ma deuxième rencontre avec Raphaël (19h-20h), un « spécial Assange » avec Viktor Dedaj (et Didier Maïsto et Régis de Castelnau) : 20 h sur Sud radio, live Youtube et live Facebook.

Juan Branco ne pourra pas venir, mais on tâchera d’avoir avec lui un échange téléphonique.

À tout à l’heure.

Étienne.

LIBÉREZ ASSANGE !

PS : je serai au journal de RT France à 15 h.

PPS : la page dédiée à Julian sur Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-prisonnier-politique-depuis-2012-9.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157055126217317

[RussEurope-en-Exil] A propos du livre d’Etienne Chouard, « Notre Cause Commune », par Jacques Sapir

Je remercie Jacques Sapir du fond du cœur pour tous ses précieux commentaires sur mon travail. Je remercie aussi Olivier Berruyer de publier cette recension :

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-a-propos-du-livre-detienne-chouard-notre-cause-commune-par-jacques-sapir/

[Jacques Sapir : ] Etienne Chouard vient de publier Notre Cause Commune[1], un livre où, à partir du mouvement des Gilets Jaunes, il fait un procès en règle de la démocratie représentative avec l’apologie du référendum et du tirage au sort. C’est un livre important, et qui choquera certains à gauche, et c’est tant mieux. Mais, ce livre devrait les inciter à réfléchir à ce qu’ils appellent « démocratie ». J’ai rencontré Etienne Chouard à deux reprises, quand il fut invité dans l’émission RussEurope Express ou j’interviens sur Sputnik France[2]. Disons le d’emblée, Etienne Chouard ne correspond nullement à la caricature qu’une certaine presse veut en dresser. Ce n’est ni un « complotiste », ni un dangereux excité, mais bien quelqu’un avec qui on a plaisir à discuter à débattre, même si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui, et peut-être surtout si l’on n’est pas d’accord. C’est quelqu’un qui m’a impressionné par la qualité de son écoute et par son humilité qui est tout sauf feinte. La forme d’interdiction de parole dont il est l’objet dans les médias « officiels » est particulièrement choquante. Au-delà, les questions qu’il pose dans son ouvrage sont des questions fondamentales.

Une utopie politique

Le livre est construit en 8 chapitres de taille diverse. Etienne Chouard présente le pourquoi du comment il s’est intéressé à la question politique et a été conduit à remettre en cause le principe de l’élection, dont il fait le « procès » au chapitre 2. Il cherche à montrer au chapitre 3 comment l’élection tend à infantiliser les citoyens, et soutient, au chapitre 4, qu’elle porte au pouvoir les « pires ». Dans le chapitre 5 il dresse un état des lieux des pratiques du tirage au sort, puis développe, dans le chapitre 6 l’idée d’une constitution qui serait directement écrite par les citoyens au travers d’atelier constituant. Le chapitre 7 présente diverses références sur la notion de démocratie, sur le processus électoral et sur le tirage au sort. Le chapitre 8, qui sert de conclusion, reprend le mouvement des Gilets Jaunes, veut en montrer l’exemplarité, présente une liste de doléances et insiste sur le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) comme point central de ce mouvement. Il y a à l’évidence un esprit utopique qui anime Etienne Chouard. Le terme ne doit pas être pris dans son sens péjoratif, car nous avons besoin d’utopies. Henri Maler n’avait-il pas intitulé, il y a quelques années, un de ses livres Convoiter l’Impossible [3]?

On peut tomber d’accord avec Etienne Chouard sur une série de points. Quand il dresse le bilan d’une corruption, tant matérielle que morale d’une partie du personnel politique, quand il insiste sur la dépossession de la souveraineté, dont les suites du référendum de 2005 furent un exemple flagrant, quand il montre l’inefficacité du système politique actuel, on peut très facilement tomber d’accord avec lui. De même, l’apologie des pratiques référendaires et du RIC pour tenter d’insuffler un nouvel esprit démocratique dans le système politique touche un point juste. Il en va de même, sur un mode plus mineur, avec la pratique du tirage du sort. Cette dernière est bien admise pour les jurés des assises. Pourquoi ne serait-elle pas étendue au système politique ?

Il y a un autre point sur lequel on se retrouvera avec Etienne Chouard, c’est évidemment sur l’importance du politique (et non de « la » politique). La dénonciation à laquelle il procède de l’envahissement des choix supposés « techniques » dans des domaines qui relèvent du politique est une évidence. Elle n’est pas nouvelle et de nombreux auteurs depuis les débuts du XXème siècle l’ont fait.

Mais, derrière ces points s’en cachent d’autres qui, eux, posent problèmes. On voudrait donc ici en faire une liste non exhaustive pour préciser aussi les points de divergence et de désaccord avec Etienne Chouard. Ces points sont-ils décisifs et en mesure de conduire à un rejet total des thèses de ce livre ? Je ne le pense pas, et je crois très sincèrement que des compromis peuvent être trouvés. En tout état de cause, on ne perd pas son temps à lire Etienne Chouard, car les questions qu’il pose sont des questions de la plus haute importance.

Le fond et la forme

Venons en donc aux points de désaccords. La premier, et sans doute le plus essentiel, est qu’Etienne Chouard confond souvent les principes et les formes d’application de ces derniers, ce que l’on appelle les « formes phénoménales ». On en trouve un exemple à propos de ce qu’est une Constitution. Cette dernière est toujours double, avec un énoncé des principes (quels qu’ils soient) et des conditions d’application de ces dits principes. Il en est ainsi quand il voue à la même détestation le régime représentatif du système politique de la IIIème République, de la IVème et de la Vème. Or, si l’on peut dire que tous ces systèmes politiques ont été représentatifs, il est faux de dire qu’ils ont tous été porteurs des mêmes défauts. Il y a une notion qui échappe complètement à l’analyse, c’est celle de « rapport de force ». Or, suivant la nature du rapport de forces, suivant aussi le cadre institutionnel, le régime représentatif peut être acceptable ou devenir la pire des choses. N’oublions jamais que c’est une assemblée issue d’un régime représentatif, celle des débuts de la IVème République, qui vota une grande partie du système social que Macron et ses sbires veulent aujourd’hui détruire. Le contexte historique compte, et son absence dans ce livre est un grand défaut.

De même quand Etienne Chouard écrit : « …pour soigner un mal, pour régler un problème, inutile de s’en prendre aux conséquences, bien sûr, mais inutile de s’en prendre même aux causes diverses (puisque tout est multifactoriel) : il y a toujours une cause déterminante (pas la seule mais une qui détermine toutes les autres) : c’est elle qui nous faut, c’est elle qu’il faut chercher… »[4]. Une telle affirmation peut être juste tout comme elle peut être fausse. Il y a des fois où les causes sont trop entremêlées pour pouvoir être distinguées. Ensuite, quand bien même existerait une cause déterminante, ce qui peut survenir, quelle garantie avons nous que cette cause est déterminante de manière générale ou du fait d’un cadre institutionnel qui lui-même est sujet à évolution ? Quand des auteurs (et j’en fait partie) relions les désordres de l’économie française à l’existence de l’euro, c’est parce que nous assumons un cadre institutionnel qui implique qu’il ne pourra pas y avoir de flux de transferts massifs et que la France est et sera dans une situation où les droits de douane sont faibles ou inexistants. Ce n’est qu’à ces conditions que l’on peut dire que l’euro est la source principale des désordres économiques que la France connaît.

Toute tentative de hiérarchisation des causes implique que l’on précise bien ce qui est secondaire de ce qui est principal, les liens de causalité et le contexte qui rend ces liens pertinents. Un exemple de confusion peut être trouvé dans le diagramme en arborescence qui suit cette citation, et qui montre bien qu’Etienne Chouard ne s’est pas livré à un travail sérieux de déconstruction de la question. On notera que ce diagramme présente des « doubles emplois » comme le chômage, les bas salaires et les « injustices sociales ». Je conçois, ayant été professeur comme l’est Etienne Chouard, que l’on puisse avoir besoin de simplifier pour être pédagogique, mais ici on est clairement au-delà de la simplification.

La démocratie dans une société hétérogène

Un deuxième problème vient de ce qu’Etienne Chouard me semble assumer la vue d’une société globalement unifiée et homogène (les « petits » face au « gros », les « dominés » face aux « dominants », et ne tient aucun compte de l’hétérogénéité qui existe dans toute société, mais en particulier dans les sociétés modernes.

Ce problème est manifeste quand Etienne Chouard fait références aux formes antiques de la démocratie, où le nombre de citoyens était fort réduit. Ici, il aurait bien fait avant que d’entrer dans des comparaisons, de lire le livre de Claudia Moatti et de Michelle Riot-Sarcey Pourquoi se référer au passé[5]. On ne convoque pas impunément le passé au présent. Pourtant, en dépit du risque de l’anachronisme, la comparaison peut être faite car elle est lourde de sens. Dans son petit livre publié en 2002, l’historien britannique Fergus Millar, posait d’ailleurs fort bien cette question[6]. Ici encore il faut laisser la parole à Claudia Moatti qui écrit, dans un autre livre, les choses suivantes : « Pourquoi une ancienne société fondamentalement inégalitaire et ses idéaux aristocratiques gardent jusqu’à aujourd’hui encore une telle force d’attraction pour ceux qui tentent de penser la liberté républicaine? Pourquoi donc le détour par l’antique s’impose-t-il de manière aussi insistante? »[7].

La raison dans cette force d’attraction, une raison qui est permanente depuis la Révolution de 1789 jusqu’à nos jours c’est l’idée que ce qui se joue en permanence dans la politique c’est l’affrontement entre le peuple et une couche dominante, qu’on l’appelle oligarchie ou aristocratie. C’est pourquoi le sort tragique de Tiberius Gracchus, puis celui de son frère Caius Gracchus, continue de nous parler[8]. C’est pourquoi nous pouvons aussi nous retrouver dans la lutte implacable des populares, les partisans du peuple, contre les optimates, les partisans du Sénat, dans les personnages de Marius et de Sylla. Ce dernier nous est aussi familier par un vers de Victor Hugo, tiré du poème Ultima Verba publié dans Les Chatiments en 1853 :

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ; »

Ce n’est pas pour rien si le nom de Sylla détourna le mot de « dictature » de son ancienne signification, où ce mot désignait une magistrature exceptionnelle, mais prévue dans le cadre de la République, pour devenir un synonyme de Tyrannie[9].

Alors, oui, il nous faut penser la question de l’unité du peuple, mais non comme un résultat préexistant, comme un état général qui aurait pu être recouvert de « divisions » issues de la politique des « dominants », mais bien comme un état à construire, et une construction elle-même nécessairement temporaire et liée à un contexte précis. Il faut donc rappeler que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains[10]. Le « peuple » auquel on se réfère est un peuple « pour soi », qui se construit dans l’action et non pas un peuple « en soi », ce qui ne serait qu’une « multitude ». Se référer à cette notion de souveraineté, vouloir la défendre et la faire vivre, se définir donc comme souverainiste, implique de comprendre que nous vivons dans des sociétés hétérogènes et que l’unité de ces dernières se construit, et se construit avant tout politiquement. Cette unité n’est jamais donnée ni naturelle[11].

L’individu limité

Le troisième problème, dont Etienne Chouard a d’ailleurs reconnu la pertinence lors de la première émission que nous fîmes ensemble, c’est la question de la saturation de l’esprit humain par des signaux ou des informations trop nombreuses, une question qui conduit, alors, à une forme de spécialisation du personnel politique. Très clairement, Etienne Chouard a fait sienne les vues quasiment anarchiste du Lénine de l’Etat et a Révolution[12], un ouvrage rédigé en 1917 avant que les Bolchéviques ne soient confrontés à l’épreuve du pouvoir. Ce livre est aussi porteur d’une utopie, tout comme celui d’Etienne Chouard. Mais, avec le recul, et sans mésestimer la question des rapports de forces, nous pouvons analyser ce qui a empêché le rêve de démocratie directe.

Cela est connu en économie. Herbert Simon nous invite à considérer comme un processus empreint de subjectivité le traitement même du signal pour en extraire l’information[13]. Que ce soit pour des raisons d’incomplétude radicale du catalogue d’évaluation ou du fait de la limite imposée par le temps de la décision, application du principe de contrainte temporelle, le processus d’interprétation est incomplet. Il est soumis à des règles d’évaluation et d’arrêt, ainsi que des routines qui sont propres à chaque individu. Il en résulte que l’excès de signaux est aussi problématique du point de vue de la décision que la pénurie d’information. Ainsi: “Dans un monde où l’attention est une ressource rare, l’information peut être un luxe coûteux, car elle détourne notre attention de ce qui est important vers ce qui est secondaire.” [14]C’est ce problème qui rend indispensable des formes de représentation et qui condamne les formes simplistes de la démocratie directe.

La question de la délibération, et du vote, a été analysée par de nombreux auteurs. Le Paradoxe de Condorcet, qu’il faudrait en réalité appeler « Paradoxe de Borda » ou paradoxe du scrutin, montre que, dans un choix délibératif avec vote, quel que soit l’ordre de préférence des votants, il est possible que le résultat du scrutin ne corresponde à l’échelle de préférence d’aucun des votants, autrement dit que le choix collectif ne satisfasse aucun des participants individuels[15]. Mais, le paradoxe de Condorcet s’appuie sur une vision fausse des préférences individuelles, ce qui avait été pressentie par Maurice Allais[16], et ce qui a été démontré dans les travaux des années 1980 et 1990[17]. Le contexte est donc essentiel pour la formation des préférences individuelles. Cette question du contexte implique que l’on ne peut parler au sujet d’une démocratie « décontextualisée ». On revient donc au problème récurrent dans le livre d’Etienne Chouard, cette « dé-contextualisation » de la démocratie représentative[18]. Que cette dernière soit aujourd’hui en crise est une évidence. Mais, la construction de cette crise en principe par la dé-contextualisation dans le but de servir de marchepied à l’utopie de la démocratie directe et de la non-professionnalisation de la classe politique pose un réel problème.

Les subventions aux produits de première nécessité

Le dernier point qui pique dans le livre se trouve au chapitre 8. C’est la proposition de subventionner les produits de « première nécessité »[19]. On glissera sur le problème (réel) de la définition de « première nécessité ». On glissera aussi sur la question d’une application de taux de TVA différenciés, ce qui est déjà le cas. Mais, l’idée d’une subvention directe pose d’autres problèmes.

Ce ne peut être, au mieux, qu’une mesure d’urgence, qui ne peut être prise que dans des circonstances particulières. Encore faut-il savoir qu’en sortir est extrêmement difficile. Le cas de la subvention aux prix du carburant au Venezuela en est un exemple. La subvention va tout autant au commerçant de la classe moyenne qui roule dans un gros 4 x 4 (et qui n’en a pas besoin) qu’aux ouvriers et aux paysans (qui eux en ont besoin). Lors de mon premier séjour dans ce pays (en 2009) j’avais interpellé Nicolas Maduro (alors Chancelier du gouvernement) sur ce point. La réponse que j’avais obtenue était cohérente à défaut d’être satisfaisante : il fallait subventionner les agriculteurs auxquels on donnait des terres pour qu’ils puissent ramener leurs récoltes sur les marchés des villes (la population est à 90% urbaine). J’avais proposé un système de coupons permettant d’acheter du carburant à la place de ces prix anormalement bas, idée qui avait semblé raisonnable à certains de mes interlocuteurs, mais ces derniers m’avaient objecté qu’elle serait lourde à mettre en place. Quand je suis revenu en 2013, l’ensemble du gouvernement se plaignait de la contrebande de carburant vers la Colombie, un phénomène qui créait une « économie de l’ombre » importante et dommageable. Mais, cette contrebande ne faisait qu’exploiter la différence entre le litre de gazole du côté Vénézuélien et du côté Colombien de la frontière !

A chaque fois qu’un gouvernement a voulu subventionner des produits de consommation (comme l’URSS à partir de 1954 pour certaines consommations alimentaires) il a créé des distorsions de prix relatifs extrêmement importantes, distorsions qui ont contribué à modifier la structure de la production[20]. Dans les années 1960 les paysans russes nourrissaient ainsi leur bétail avec du pain dont le prix (subventionné) était bien plus faible que le fourrage…

Bref, si je suis conscient d’un problème évident quant à la consommation des plus précaires dans notre pays, je pense que c’est une erreur de tenter de le résoudre par une subvention des prix des produits de « première nécessité ». Mieux vaudrait attribuer en fonction du revenu, de manière dégressive pour éviter ce que l’on appelle des « effets de seuil », des chèques qui ne seraient utilisables QUE pour acheter certains produits et que les commerçants pourraient amener aux recettes du Trésor pour obtenir de la monnaie. Ce système serait l’équivalent des « food stamps »[21] qui sont aujourd’hui utilisés aux Etats-Unis. Ce système, qui n’est pas parfait car il introduit une dépendance directe des personnes bénéficiaires face aux agences d’Etat, et indirectement pose un problème pour la démocratie, mais il permet cependant d’éviter les désordres qu’introduirait la subvention aux prix des produits.

Fondamentalement, la véritable solution passe plus par une hausse des revenus, et donc du SMIC entre autres, mais cette solution ne pourra être mise en cause que sur la base d’une sortie de l’euro.

Une synthèse possible ?

Ces critiques n’empêchent pas de trouver plusieurs points extrêmement positifs dans ce livre. Et, sur cette base, on peut tenter d’imaginer ce que pourrait être un compromis entre l’utopie, car c’est bien de cela qu’il s’agit, que propose Etienne Chouard et un système réaliste. Une piste possible pourrait provenir d’une lecture approfondie de la citation de Raymond Carré de Malberg, grand juriste français, que l’on trouve à la p. 62. Le sens profond de ce qu’écrit Carré de Malberg, c’est qu’une délégation de la souveraineté est possible, à la condition qu’elle se fasse dans des formes légales et que le contrôle du délégataire sur le délégué soit établi et maintenu. Si l’on admet que le peuple est le seul souverain, la question d’une délégation partielle des pouvoirs peut se poser comme une forme de réponse aux problèmes dont on a parlé plus haut, comme celui de l’attention limité et de la saturation de l’esprit humain par un excès de signaux et d’information. Nous aurions alors un Parlement, assurément élu dans un système faisant une plus large place à la pluralité des opinions, mais contrebalancé par un usage important du référendum, ce dernier ayant toujours la prééminence.

On peut aussi imaginer que, comme c’est déjà le cas pour la séparation du domaine de la loi et du règlement, la Constitution prévoit que tout sujet sur lequel le peuple s’est exprimé par référendum ne peut être à nouveau tranché que par un autre référendum. D’une manière générale, on peut considérer qu’il convient de fortement augmenter l’importance de la procédure référendaire, et d’ouvrir bien plus largement la possibilité de référendum. De ce point de vue, et sous réserve que des garde-fous (en particulier au sujet du référendum révocatoire) soient établis, le référendum d’initiative citoyenne apparaît comme un instrument utile pour combattre la crise de la démocratie que nous traversons.

De même, la question du tirage au sort doit être abordée sérieusement. Il fonctionne déjà dans la société actuelle pour les jurys des assises. Pourquoi ne pas l’étendre à tout ce qui relèverait des commissions de contrôle ou de surveillance des organes de pouvoir ? Si le tirage au sort est inadapté quand il s’agit de représenter les opinions et les intérêts existant dans une société, il est bien plus justifié quand il s’agit de désigner les personnes qui devront vérifier et contrôler des organes de pouvoir, que ce soit au niveau national ou au niveau local. Quant au processus constituant, Chouard a une préférence pour le tirage au sort après discussion dans des comités locaux. L’idée est sympathique, mais elle suppose que le niveau d’activité des comités locaux soit constant, que l’on ne soit jamais confronté à une « fatigue » de la politique. Or, dans le monde réel, c’est très exactement ce qui se passe. Rappelons que les « soviets » en Russie, qui n’étaient autres que des comités locaux tels que ceux qu’anticipe Chouard, se sont vidés de leur substance et ce avant même que le pouvoir issu de la Révolution de 1917 ne cherche à les contrôler[22]. L’hypothèse que fait Etienne Chouard que le niveau d’activité politique de la population reste constant n’est pas vérifiée par l’expérience historique. C’est d’ailleurs aussi la raison pour laquelle l’idée défendue par Lénine dans l’Etat et la Révolution a rapidement disparu du programme défendu par le pouvoir issu de la Révolution. Mais, ceci étant dit, la construction collective des choix politiques est une nécessité impérative. Cette construction ne peut être permanente, mais dire cela ne signifie pas non plus qu’elle ne puisse être. Il faut donc distinguer entre choix fondamentaux, qui pourraient donner lieu à une procédure référendaire, et choix secondaires qui seraient laissés au Parlement.

Etienne Chouard continue son combat. On peut penser qu’il a raison sur certains points, tort sur d’autres, mais il est et il sera un des interlocuteurs obligés dans le débat sur l’état et sur les formes de la démocratie. En cela, il faut inviter tous ceux qui pensent que ce débat est aujourd’hui crucial à lire et à discuter son livre.

Jacques Sapir.

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Notes :[1] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, Paris, Max Milo éditions.

[2] Les émissions du 13 février et du 8 mars 2019 sont en ligne sur Youtube, et l’on peut y accéder par la page de Sputnik, https://fr.sputniknews.com/radio_sapir/

[3] Maler H., (1995), Convoiter l’Impossible, Albin Michel, Paris.

[4] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 15.

[5] Moatti C. et Riot-Sarcey M., (edits), (2018), Pourquoi se référer au passé, Paris, Editions de l’Atelier, 2018.

[6] Millar, F. (2002), The Roman Republic in political thought. Brandeis, Hanover.

[7] Moatti C., (2018), Res publica – Histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, coll. Ouvertures,, p.8

[8] Nicolet C., Les Gracques, Paris, Fayard, coll. Follio, 1967

[9] Hinard F. (ed), Histoire romaine T1, Des origines à Auguste, Fayard Paris, 2000,

[10] Et l’on avoue ici plus qu’une influence de Lukacs G., Histoire et conscience de classe. Essais de dialectique marxiste. Paris, Les Éditions de Minuit, 1960, 383 pages. Collection « Arguments »

[11] Cette question est largement traitée dans le livre écrit pour le Haut Collège d’Economie de Moscou, Sapir J., (2001), K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes – Essai sur l’étude des économies décentralisées) – traduction de E.V. Vinogradova et A.A. Katchanov, Presses du Haut Collège d’Économie, Moscou. Une partie de l’argumentation est reprise sous une forme différente dans Sapir J., Les trous noirs de la science économique – Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000.

[12] Lénine, V., (1917, 1951) L’État et la Révolution, édition en langues étrangères, Moscou, 132 p.

[13] Simon H.A., (1972), “Theories of bounded rationality”, in C.B. Radner et R. Radner (eds.), Decision and Organization, North Holland, Amsterdam, 1972, pp. 161-176

[14] Simon H.A., (1978), “Rationality as a process and as a Product of thought” in American Economic Review, vol. 68, n°2, pp. 1-16, p. 13.

[15] K. Arrow Social Choice and Individual Values, New Haven, Yale University Press, 1951, p. 2. Pour une analyse du texte de Condorcet, et la généalogie du problème, G.-G. Granger, La Mathématique Sociale du Marquis de Condorcet, Paris, PUF, 1956 (ch. 3).

[16] Allais M., (1953), « Le Comportement de l’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’école américaine », in Econometrica, vol. 21, p. 503-546. Appleby L. et C. Starmer, “Individual Choice Under Uncertainty: A review of Experimental Evidence, Past and Present” in J.D. Hey et J. Lambert (edits.), Surveys in the Economics of Uncertainty, Basil Blackwell, Oxford-New York, 1987, pp. 24-45.

[17] Sapir J., (2005), Quelle Economie pour le XXIème Siècle ?, Paris, Odile Jacob, chap. 1.

[18] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 26-27 notamment.

[19] Chouard E., (2019) Notre Cause Commune, op.cit., p. 122.

[20] Sapir J., (1989), Les Fluctuations Economiques en URSS, 1941-1985, Paris, Editions de l’EHESS.

[21] Ou Supplemental Nutrition Assistance Programhttps://www.fns.usda.gov/snap/supplemental-nutrition-assistance-program-snap

[22] Ferro M. (1967-1976), La Révolution de 1917, Paris, Aubier Montaigne, 2 volumes.

[Lumineux et important] Juan Branco analyse le mouvement des Gilets jaunes et l’aveuglement du régime en réaction

Toujours passionnant, important, éclairant : Juan :

Il serait utile de retranscrire cette synthèse, je crois.

Il faut vraiment qu’on parle ensemble (tous les deux, publiquement pour démultiplier rapidement la prise de conscience générale) de la préparation du moment juste après le changement de régime, du processus constituant populaire, des articles les plus importants pour le peuple, dans la phase de transition et dans la suivante.

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157047754427317
(publication mystérieusement supprimée après 1/2 heure… => je republie :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157047781642317

Rendez-vous mardi prochain, 9 avril 2019, à BÉZIERS

Le Midi Libre annonce cette rencontre sans malveillance aucune, merci à eux :

Béziers : Etienne Chouard invité des « gilets jaunes » mardi à Zinga Zanga

https://www.midilibre.fr/2019/04/07/beziers-etienne-chouard-invite-des-gilets-jaunes-mardi-a-zinga-zanga,8116306.php

Etienne Chouard lors de son passage à Bagnols.Etienne Chouard lors de son passage à Bagnols-sur-Cèze.

Une réunion citoyenne et constructive est organisée pour dialoguer, partager et comprendre le RIC.

Après la projets du film de François Ruffin la semaine dernière à Monciné, la manifestation de samedi en ville, les « gilets jaunes » de Béziers vont accueillir, mardi 9 avril, à 19 h, salle Zinga Zanga, Etienne Chouard.

Il s’agit d’une réunion citoyenne et constructive pour dialoguer, partager et comprendre le RIC (référendum d’initiative citoyenne) souhaité par la plupart des manifestants.

Un professeur d’économie

Étienne Chouard est professeur de droit et d’économie, spécialiste de la Constitution de la République française et auteur, entre autres, du livre Notre cause commune, qui se veut apporter « des réflexions approfondies sur les solutions à trouver ensemble pour sortir de cette crise de la République ».

Les Biterrois intéressés sont donc invités à venir proposer des idées, réfléchir et trouver des solutions ensemble.

MIDI LIBRE

https://www.midilibre.fr/2019/04/07/beziers-etienne-chouard-invite-des-gilets-jaunes-mardi-a-zinga-zanga,8116306.php

 
Fil Facebook correspondant à ce billet :
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[Bouleversant, poignant, révoltant] « Gilets jaunes », « lycéens » ou simples « passants » : LA VIE D’APRÈS DES ÉBORGNÉS

AFP, Guillaume Daudin, Sami Acef, Rémi Banet, François D’Astier, Fred Bourgeais, Jacky Fong, Clara Morineau le Jeudi 4 avril 2019

https://factuel.afp.com/gjeborgnes

Des vies « gâchées », de l’incompréhension ou de la colère : pendant deux mois, l’AFP a recueilli le témoignage de 14 « gilets jaunes » mais aussi de « passants » ou « lycéens » grièvement blessés à l’oeil au cours des manifestations des derniers mois, au coeur des accusations de violences contre les forces de l’ordre.

A l’instar de Jérôme Rodrigues, l’une des têtes d’affiche des « gilets jaunes », les regards mutilés de Vanessa, Patrick ou Alexandre ont été érigés en symbole des « violences policières ». 23 personnes ont affirmé avoir perdu leur oeil depuis novembre, selon les recensements faits par le journaliste indépendant David Dufresne et son projet « Allô place Beauvau ? » ou par le collectif militant « Désarmons-les ».

L’AFP a pu obtenir le témoignage de 14 de ces éborgnés, tandis que 9 ont décliné -leurs noms sont grisés dans notre tableau récapitulatif, au bas de cette infographie- (cliquez sur les noms en bleu pour en savoir plus).

Ils sont 21 hommes et 2 femmes, âgés de 14 à 59 ans, blessés à Paris, Bordeaux, Toulouse, La Réunion… Souvent, ce sont des « gilets jaunes » revendiqués, parfois des « lycéens » ou de simple « passants », contestant tout lien avec le mouvement.
Beaucoup rendent le lanceur de balles de défense (LBD) responsable de leur blessure, mais certains pointent aussi du doigt les grenades GLI-F4, celles de désencerclement, les « DMP », voire des grenades lacrymogènes.

Jeudi 4 avril, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué sur France 2 que « s’il y a eu des fautes, il y aura des sanctions », ne concédant que des « fautes marginales » des forces de l’ordre, dont il a défendu l’action.

La plupart ont un diagnostic net concernant l’un de leurs yeux : pour 14 d’entre eux, selon les certificats médicaux consultés par l’AFP, la vue est perdue et/ou l’oeil n’est plus. Deux pronostics sont en évolution péjorative, vers la cécité. Dans au moins un cas, enfin, la blessure est moins visible, l’oeil toujours présent, mais seules quelques formes apparaissent.
Si certains essaient de donner un sens à cet événement, comme Patrice, 49 ans, qui y voit un « passeport pour un combat contre les armes dites non létales », ils sont nombreux à broyer du noir, pour certains prostrés chez eux ou vivant comme des « taupes », dans le noir. « J’aurais préféré prendre dix ans de prison », se désole Alexandre. L’un a même affirmé à l’AFP avoir fait une tentative de suicide.

Deux options pour découvrir ces témoignages :
– En vidéos, sur notre chaîne YouTube.
– En infographie interactive, ci-dessous.

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David BREIDENSTEIN:
40 ans, blessé à Paris le 16 mars

Je suis parti de Troyes en train, avec une quarantaine de Troyens. On est descendu à la gare de l’Est, on est monté jusqu’à place de l’Etoile. C’était au moins la septième fois que je venais à Paris [depuis le début du mouvement, ndlr]. Je suis « gilet jaune » depuis le début.

On est remonté vers l’Etoile, ça a commencé à charger, du coup on est redescendu avec une paire de gilets jaunes. Là ça commençait à gazer un peu, ils ont tiré des grenades pour disperser un peu tout le monde, du coup on s’est écarté. J’étais en train de marcher, j’ai tourné la tête et j’ai pris le tir. On a l’impression de recevoir un gros parpaing dans la tête, tellement la force elle est monumentale. C’est énorme, ça m’a couché, ça m’a foutu par terre. J’avais juste mon gilet jaune, mon sac à dos, ma clope et c’est tout. J’étais une cible, je marchais tranquillement, je courais pas, j’étais fatigué.

Je bosse dans une usine de forge, je fais tout ce qui est pièces d’Airbus, et tout. Je suis scieur, au débitage acier. On fait des pièces, il y a des réglages à faire sur les machines, il y a plein de contrôles à faire. Donc sans mon œil je ne sais pas comment ça va se passer. Là je suis chez moi, je suis enfermé avec les volets fermés tellement ça fatigue l’autre œil. Dès qu’il y a un peu de soleil, ou le reflet de la télé, ça me fait mal aux yeux, ça me fatigue. Du coup je redors parfois une petite heure pour reposer un peu les yeux mais c’est très très fatigant ●

David Breidenstein a déposé plainte

“On a l’impression de recevoir un gros parpaing dans la tête“

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Franck DIDRON:
20 ans, blessé à Paris le 1er décembre

Aujourd’hui on revendique beaucoup de choses différentes, et c’est une bonne chose, parce que des gens rejoignent le mouvement pour différents motifs, mais quand j’ai commencé à manifester c’était pour des raisons de pouvoir d’achat. Les fins de mois pour moi c’était la merde (sic), j’avais beaucoup trop de mal à les finir.

Quand j’ai appris que ce mouvement existait j’ai foncé pour aller manifester. C’était la toute première fois que j’allais manifester pour ce mouvement [le 1er décembre, ndlr].

J’étais dans un groupe de manifestants pacifiques. On était encerclé de CRS. Mon téléphone a sonné, c’était ma mère qui m’appelait pour me demander des nouvelles parce qu’elle voyait à la télé que le climat était anormal. Je rassurais ma mère. Des gilets jaunes m’ont dit « attention les CRS chargent », je regarde à droite, à gauche, et au moment où je tourne ma tête pour regarder derrière je reçois une balle de LBD 40.

Depuis que j’ai été blessé je me demande pourquoi il m’a tiré dessus ce CRS. Où était l’acte de violence ? J’aimerais bien que ce CRS se manifeste, qu’il vienne devant moi, et que droit dans les yeux il me dise pourquoi il m’a tiré dessus. Parce que là il a gâché ma vie.

Le plus compliqué, c’est d’apprécier les distances, quand tu te sers un verre d’eau. Il faut tout réapprendre. Moi j’étais paysagiste, depuis trois ans dans une entreprise. J’intervenais principalement chez des personnes âgées, mais depuis j’ai beaucoup de mal à retrouver du boulot…. Je ne pense pas qu’un patron va reprendre un ouvrier comme moi avec un œil en moins. Il ne va pas pas prendre le risque de mettre un autre ouvrier en danger. Pour retrouver du travail ça va être super compliqué ●

Franck Didron a déposé plainte, et a été auditionné par l’IGPN selon son avocat.

“Il a gâché ma vie“

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Alexandre FREY:
37 ans, blessé à Paris le 8 décembre

J’ai un enfant et je me demande ce que va devenir la France. Elle part mal, les gens crèvent de faim. La misère, je la vois tous les jours quand je viens travailler à Paris, c’est effroyable. Je voulais crier ma colère, me battre pour que mon fils et ceux de mes proches aient un avenir. C’était ma deuxième manifestation à Paris. Paris c’est la capitale, c’est symbolique, c’était important d’y manifester. Je ne suis pas leader, mais je n’ai pas peur de manifester, donc j’étais souvent en première ligne, ils ont dû me prendre pour un leader.

On est partis pour les Champs vers 10 heures. Dès qu’on a franchi la Seine, j’ai compris que ce n’était pas une manifestation comme les autres. C’était bloqué de tous les côtés, comme une souricière. Ca tirait de partout, ça cramait, c’était la guerre. (…) A un moment donné, mon ami est touché à la jambe. Je le réconforte, je le mets sur le côté. On nous met encore en joue. Là je la prends dans l’œil, elle m’explose l’œil, l’orbite, la rétine, tout. Je ne tombe pas, mais mes amis me disent ‘t’as plus d’œil, t’as plus d’œil !’.

Ce jour-là ils ont tout confondu, ils ont eu plus peur que nous j’ai l’impression. J’ai pas cassé de vitrine, pas tapé un flic, mais même si j’avais cassé une vitrine j’aurais pas mérité ça.

J’ai 37 ans, ma vie est gâchée. J’aurais préféré prendre dix ans de prison. On peut me donner toutes les indemnités du monde, on m’a pris une partie de moi, ce qui m’est arrivé est marqué sur mon visage.

J’espère que je pourrai retravailler. Je fais de la régie, dans le milieu il faut bien présenter. Il faut que je m’adapte à ma nouvelle vie: marcher c’est plus la même chose, conduire ou aller à la piscine j’y pense même plus.

J’en veux même pas aux flics (…) J’en veux juste à ces politiciens, qui donnent des ordres effroyables.

Je suis toujours gilet jaune. Ces gens sur les ronds-points sont incroyables. J’ai des petites vieilles qui me donnent 10 euros en me disant « tiens, pour t’aider » alors qu’elles gagnent 600 € par mois ●

Alexandre Frey a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’aurais préféré prendre dix ans de prison“

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Patrick GALLIAND:
59 ans, blessé à Paris le 24 novembre

On s’était rendu avec quelques amis à cette manifestation parce qu’on avait estimé que c’était important d’exprimer notre mécontentement.

La manifestation était bon enfant, ça chantait ça braillait… rien de spécial et puis d’un seul coup, des gaz lacrymogènes nous sont arrivés dessus… Puis des charges de police. N’ayant pas l’intention de rentrer dans ce genre d’événements avec bagarres, on s’est mis avec notre groupe d’amis dans une rue parallèle pour être plus au calme. On s’est mis en retrait et puis à un moment on a entendu ‘Ils chargent ! Ils chargent !’. Et là j’ai entendu une très forte détonation et j’ai eu un choc à la tête, à l’œil. J’avais l’œil en sang.

D’abord c’est la stupéfaction. On ne comprend pas. Puis très vite c’est de la colère. Contre les politiques, les policiers. J’ai la chance d’avoir été très soutenu par mon employeur, mes amis et ma famille. Tout le monde ne l’a pas (…). (Dans mon travail), je suis amené à monter sur des toitures, sur des machines : il y a un risque que je ne voie pas un endroit où je pose le pied (…). Si je bricole maintenant, je mets systématiquement mes lunettes de sécurité parce que s’il arrive quoi que ce soit à mon autre œil, c’est fini, je suis aveugle.

Aller à la manifestation des blessés était important pour témoigner mais y aller m’a demandé un effort énorme. Des gens faisaient péter des pétards. Chaque détonation, pour moi, c’était un vent de panique ●

Patrick Galliand a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Une partie de mes plaisirs s’en va “

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Vanessa LANGARD:
34 ans, blessée à Paris le 15 décembre

Je m’occupe de ma grand-mère, je suis son auxiliaire de vie, elle vit ici, avec moi, dans cet appartement. Il n’y a rien pour elle. Quand on vit seule, on peut pas vivre. Les retraites, c’est le 1er motif pour lequel je manifestais. L’Etat me paie 380€, c’est ma famille qui me paie un complément de salaire. Macron a parlé des fainéants, mais le 19 décembre, moi, j’avais un 2e travail qui allait commencer dans les écoles, en plus de celui de décoratrice sur verre. Je ne pense pas que j’étais une fainéante. Maintenant, ce n’est plus possible. Je ne manifestais quasiment jamais : quand j’avais 16 ans, oui, j’avais manifesté contre Le Pen…

Après les images des week-ends précédents, la priorité était de faire attention. Contrairement aux autres manifs c’était très calme, j’étais étonnée (…). On tombe sur une barre de CRS. On fait demi-tour, on marche. Des policiers en civil arrivent, ils tirent. Je me fais impacter. Ma meilleure amie entend « pouh ! pouh! ». Elle tourne la tête, un truc noir tombe par terre. « C’est pas de la lacrymo », se dit-elle…Pour moi, plein de choses se sont effacées.

Mais des images que j’ai vues, je suis à terre, le crâne éclaté, on voit l’os. Mon amie est traumatisée, elle m’a cru morte. Quatre personnes qui font demi-tour en se prenant la main pour pas se perdre, je ne pense pas qu’on était dangereux. A ce moment-là, il n’y avait ni menaces, ni cris, ni personnes qui jetaient de choses.

J’ai eu deux interventions à l’hôpital : pour l’hémorragie cranienne, puis pour me poser trois plaques de métal. C’est en sortant que ça a été beaucoup plus compliqué. Mon œil ne peut pas être opéré, il ne se réparera jamais. C’est touché à l’intérieur: j’ai des trous au niveau du nerf optique.

L’handicap de mon handicap c’est qu’il ne se voit pas. J’ai des maux de tête, de la fatigue, les gens ne vont pas comprendre que je sois KO parce que j’ai une apparence normale. J’ai l’impression de ne plus être moi-même.

Je prenais soin de moi-même, j’adorais me maquiller, m’apprêter, maintenant je ne peux plus. Ma vie désormais c’est un combat au quotidien. J’ai un an de rééducation devant moi: mon visage et surtout le cerveau. Je ne retiens plus du tout. Les connexions ne se font plus ●

Vanessa Langard a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’ai l’impression de ne plus être moi-même“

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Gwendal LEROY:
27 ans, blessé à Rennes le 19 janvier

Le mouvement des gilets jaunes c’est quelque chose d’historique: dans la rue, dans un cortège de manifestation un samedi on voit de tout. Des chômeurs, des salariés, des retraités, des gens de tous corps, de tous métiers. Tout le monde est dans la rue, il n’y a pas d’histoire de syndicats, c’est vraiment citoyen. Oui, c’est vraiment quelque chose d’historique. (Quand) il y a une loi qui passe ou autre qui attaque un certain métier, (comme) les routiers, personne ne vient en aide à chaque fois à telle ou telle classe de métier qui se fait attaquer. Du coup, à chaque fois les lois passent. Si par exemple une loi mauvaise passe vis-à-vis des infirmières, il faudrait que tout le monde aille dans la rue, et là je peux vous dire les lois ne passeraient pas. Mais les gens ne sentent plus concernés.

(Ça) m’est arrivé, je crois rue du Maréchal Joffre. On avait vraiment décidé de partir, il était 18 heures et quelque, on avait deux heures de route. Et en remontant la rue, arrivés au niveau des arrêts de bus, j’ai entendu une grenade atterrir à mes pieds. On entend le bruit, donc forcément (on se dit) : ‘qu’est-ce que c’est ?’, on se retourne et donc là j’ai vu un flash, une explosion, violente. Tout de suite j’ai senti quelque chose qui m’a percuté le visage. Je n’estimais pas encore avoir perdu l’usage de (mon) oeil.

A l’hôpital, quelqu’un s’est approché de moi. Il a soulevé la paupière de l’oeil gauche et, c’est là que j’ai compris que c’était grave, parce qu’il a appelé, enfin il a hurlé « on le prend en charge tout de suite ! ».

Je ne sais même pas si j’ai encore accepté en fait, c’est ça le truc. Je ne sais pas si j’ai pris pleinement conscience, que cela va être définitif et à vie.

Il y a des prises de conscience temporaires. Il y a des moment où on est assis sur une chaise et là pendant 10-15 secondes on va être plus lucide, on va se dire « ah ouais, j’ai perdu un oeil. Et c’est à ces moments-là précisément que soit ça passe moralement, soit psychologiquement, (sinon) la journée elle est dans les chaussettes.

J’étais cariste. Je ne sais pas si c’est possible encore de conduire un chariot élévateur. Et puis, il y a la partie « comment trouver un travail »: quel employeur voudrait d’une entre guillemets « personne qui n’aurait qu’un oeil » alors qu’il y a énormément de personnes sur le marché (qui ont) deux yeux ●

Gwendal Leroy a déposé plainte

“Je ne sais pas si j’ai pris pleinement conscience, que cela va être définitif et à vie“

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Fiorina LIGNIER:
20 ans, blessée à Paris le 8 décembre

Je n’avais jamais manifesté de ma vie, je ne suis pas investie en politique. Au départ, je pensais que le président Macron allait réagir mais pas du tout, il a fait le sourd. Ce sont des problèmes qui touchent tout le monde et si personne ne bouge, ça ne changera pas. Donc j’ai voulu y aller moi-même pour porter la parole des « gilets jaunes ». Certes ça ne touche pas les jeunes mais ça nous touchera dans cinq ans. On est la 6e puissance économique mondiale et nos retraités sont obligés de retravailler, c’est aberrant ! La veille de l’Acte 4, on a donc décidé d’aller à Paris avec Jacob (son petit-ami depuis deux ans, NDLR)

Vers 14H00, des casseurs commencent à s’attaquer aux boutiques. Nous sommes tout en haut des Champs au milieu d’une bonne centaine de « gilets jaunes » très calmes. Il n’y a pas de casseurs parmi nous, personne n’a le visage masqué ni l’air violent. Avec Jacob, nous ne portons pas de gilet jaune : les magasins étaient en rupture de stock. Des gendarmes mobiles nous empêchent de reculer. Les policiers chargent et à ce moment-là je reçois une grenade. Je ressens une décharge dans tout le corps. J’ai un trou noir de quelques secondes. Je subis une première opération d’urgence pour resuturer l’oeil. Je suis ensuite hospitalisée pendant 16 jours à La Salpêtrière où j’ai subi une deuxième opération pour restructurer la face. On me dit tout de suite que j’ai perdu l’usage de mon œil.

On va m’enlever l’œil car j’ai des douleurs quand il bouge. Je dors énormément. Je ne peux pas rester trop debout, ma tête tourne encore beaucoup. Les douches, c’est compliqué. Mon muscle pour ouvrir la paupière ne fonctionne plus, il a été sectionné, mais à des moments l’œil s’ouvre et je n’arrive pas à le refermer (…) Je n’arrive plus à lire. C’est plus du tout la même vie, c’est tout au ralenti. Même le ménage j’ai du mal : je range 10 minutes et je suis essoufflée. C’est très rare que les volets soient ouverts, je vis comme une taupe. J’ai des sensations fantômes.

La cagnotte (de 50.000 euros, ndlr), je trouve ça énorme. Autant de solidarité ! J’ai du mal à réaliser parce que je suis étudiante donc 50.000 euros … c’est un pactole ●

Fiorina Lignier a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Je vis comme une taupe“

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Jean-Marc MICHAUD:
41 ans, blessé à Bordeaux le 8 décembre

On était là pacifiquement, pas en agresseurs. Si j’avais voulu aller « taper » du CRS, j’y serais allé avec 50 potes, pas avec ma petite femme (…). Merde! On a quand même a le droit de gueuler, on n’en veut plus de cette France politicarde qui s’en met plein les poches, qui ne pense qu’aux riches.

Mes premières manifestations ça ne craignait pas, c’était à Rochefort, il y a 75% de retraités. Comme cela faisait un mois que je n’avais pas vu ma femme, (aller manifester) c’était l’occasion de passer un petit moment ensemble et de s’amuser car c’était très festif.

Vers 16h30/17H00 ça a commencé à dénégérer, les premières lacrymo et grenades. (…) Il y a une charge de « baqueux » qui nous allument. On part, on se cache derrière un mur, je pousse ma femme et moi je me mets (les mains) en l’air (il mime le geste, ndlr) et là ils m’ont abattu comme un chien, à 5/6 mètres, 7 mètres maximum (…). Je me suis réveillé le dimanche soir à l’hopîtal, en chambre stérile, branché de partout. (…) Puis j’ai vu ma femme entrer, en combinaison (…). J’en ai pleuré.

Pour l’instant il n’y a pas de futur, il n’y a que le présent. Et je pense que toutes les victimes sont comme ça.

Physiquement je me sens bien, je suis combatif. Par contre, moralement j’ai des faiblesses. La perte d’un oeil, c’est quelque chose de très dur.

J’étais très sportif, je faisais du kayak en mer, j’allais pêcher… Il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire. J’étais horticulteur. Dernièrement, je taillais les vignes chez un viticulteur mais je ne peux plus car je n’ai plus la 3D.

Je n’arrive plus à prendre ma femme dans mes bras. Je n’arrive même pas à me regarder dans une glace, je ne me suis pas rasé depuis. Je ne me reconnais pas. Quand j’arriverai à m’accepter, alors j’accepterai les câlins de ma femme ●

L’IGPN a été saisie

“Quand j’arriverai à m’accepter, alors j’accepterai les câlins de ma femme“

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Patrice PHILIPPE:
49 ans, blessé à Paris le 8 décembre

J’étais à Paris le 8 décembre 2018. Paris c’est symbolique, c’est la capitale, je me suis dit que j’allais apporter un peu plus de jaune sur les Champs-Elysées. C’était ma première manifestation. Je suis parti la fleur au fusil. Une chose importante : mon père est un ancien gendarme mobile. Je ne montais à Paris pas pour péter du flic.Le matin, c’était bon enfant.

A 11h00, je prends un premier tir de LBD dans le poignet (…). Cela montait crescendo dans la violence, des gilets jaunes commençaient à desceller des pavés sur les Champs-Elysées (…).

A un moment, je veux sortir. Je me rends compte que c’est impossible (…). Ce phénomène de nasse, de tout fermer, moi j’appelle ça du tir au pigeon (…). Sur un mouvement de recul des gilets jaunes, je m’avance sans signe d’agression. Je voulais aller discuter avec un gendarme pour qu’il me laisse sortir (…) et là une déflagration, une grenade qui m’assourdit, qui me désoriente, et quelques secondes plus tard le tir de LBD dans l’œil. Je titube (…). Le premier gilet jaune qui me voit, quand je vois son visage horrifié, je me dis que je ne suis pas bien, je fais quelques pas et je tombe.

J’ai la « chance » de garder mon œil intact (dans sa forme) mais il y a eu destruction de la rétine (…) et derrière du nerf optique. Je ne verrai plus de cet œil (…).

Mon métier de chauffeur routier c’était une passion, ça faisait 25 ans, j’étais arrivé au summum de la profession: je faisais du convoi exceptionnel (…). J’ai une fille de 14 ans, je ne veux pas me laisser glisser sur un terrain dépressif, je me dois d’être debout (…). Je n’ai pas envie de finir dans (une structure spécialisée) en train d’enfiler des pieds de chaises.

Que peut faire un borgne ? (…) Même si le mouvement s’épuise je serai encore là (..). Ils m’ont donné le passeport pour un combat bien plus important à mes yeux (sourire), contre les armes dites non létales ●

Patrice Philippe a déposé plainte, l’IGGN a été saisie

“Que peut faire un borgne ?“

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Cédric POSE:
34 ans, blessé à La Possession le 27 novembre

J’étais pas manifestant, j’étais pour les gilets jaunes, je les soutenais. Ce jour-là j’étais à la maison en train de faire la cuisine pour des amis gilets jaunes.

Je suis sorti de la maison pour appeler pour venir manger, j’ai eu un coup dans l’oeil par les forces de l’ordre. J’étais pas trop loin d’eux, on m’a visé, et des amis ont confirmé que c’était des forces de l’ordre qui ont tiré sur moi.

L’oeil gauche, j’ai perdu la vue complètement, j’ai plus de vision et à partir de maintenant, je peux plus faire grand-chose. L’oeil droit, la vision baisse.

J’essaie de surmonter petit à petit car comme vous voyez là, j’ai ma petite maison, je suis seul. Pour le moment je ne peux plus travailler. Vu que je ne peux plus faire grand-chose, pour moi c’est pas facile, dans la vie en ce moment. De temps en temps, mes amis passent me voir pour prendre des nouvelles. Vu que je suis blessé, j’ai plus vraiment le temps d’être avec eux ●

Cédric Pose a déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“J’ai ma petite maison, je suis seul, je cherche à surmonter ça“

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Ninef RADJAH:
36 ans, blessé à Toulon le 12 janvier

Ninef Radjah était à Toulon pour un rendez-vous qui a été annulé. Il a donc passé l’après-midi « à traîner, discuter avec des amis », explique-t-il, mais assure ne pas être « gilet jaune » et ne pas avoir participé à la manifestation. Vers 18H00, il était sur l’avenue de la République, une rue qui longe la rade de Toulon fermée à la circulation en raison de la manifestation, « une bouteille à la main en train de boire, de profiter de la vie ».

La manifestation s’achève, quelques « gilets jaunes » restent sur l’avenue alors que la nuit commence à tomber. Ninef « regarde ce qui se passe et ne se sent pas concerné par les forces de l’ordre qui sont sur place », poursuit son avocat. « Les forces de l’ordre, sans raison, se mettent à charger », selon le récit qu’a fait Ninef Radjah à son avocat, Me Caporossi. « Il a un moment d’hésitation, ne comprend pas trop ce qui se passe », quand il se retrouve blessé, rapporte encore Me Caporossi. « J’ai vu des hommes en noir charger, j’ai lâché ma bouteille, j’ai couru après avoir senti quelque chose à la tête », décrit pour sa part Ninef Radjah quand il est interrogé sur le moment précis de sa blessure.

Aujourd’hui, il se bat « pour ne pas tomber dans la dépression ». « Il a mal à la tête, dort 17 heures par jour », assurent Cynthia Cazorla, un témoin, et son avocat ●

Ninef Radjah a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“J’étais une bouteille à la main en train de boire, de profiter de la vie“

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Jérôme RODRIGUES:
39 ans, blessé à Paris le 26 janvier

Moi, j’étais sorti dans la rue pour essayer de faire comprendre à ce gouvernement qu’il est important qu’aujourd’hui, le peuple français puisse vivre dignement du salaire qu’il gagne, du travail qu’il accomplit – moi j’ai des valeurs de travail, j’ai été élevé de cette manière-là -, et qu’il est regrettable qu’il ne l’entende pas. Un mouvement comme celui des « gilets jaunes », je l’attendais depuis des années. On aurait dû faire ça en 2008 pendant la crise des banques qu’on nous a demandé de renflouer (…). J’ai pas attendu que Macron dise de traverser la rue, j’ai traversé la France pour trouver du boulot et ça marche pas.

Je vois une équipe de jaunes qui sont amis avec moi qui venaient justement de se faire gazer. Je leur disais « partez d’ici les gars, allez pas vous blesser, allez pas perdre un œil ». Je vois une escouade de policiers qui commence à se mettre un petit peu en action. Je sais que je ne les gêne pas à l’instant T, mais j’ai ce mouvement de recul. Je me dis « recule-toi, les mecs ils vont se mettre au boulot on va pas les déranger ». Et là, patatras, je me prends une grenade au niveau des pieds qui m’abrutit l’espace d’une seconde, et une à deux secondes après un énorme impact au niveau de l’œil suite au tir de LBD que j’ai subi.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui se passe ? Deux vies déglinguées. La mienne. Et le policier qui m’a tiré dessus, il va lui arriver quoi à lui ? Il a peut-être une femme et des enfants. Alors il a respecté un ordre, il est dans son bon droit, certes, mais peut-être qu’il a aussi une vie détruite derrière.

Ça me dérange d’être un symbole. Je me battais pour remplir le frigo, le RIC (référendum d’initiative citoyenne, ndlr) et la fin des privilèges et je m’aperçois qu’aujourd’hui je vais devoir mener un nouveau combat. J’ai pris conscience que ma voix a l’air d’avoir de l’importance. Lorsque ça a commencé, je m’étais senti investi d’une mission en tant que témoin-acteur. Aujourd’hui, j’ai une nouvelle responsabilité qui m’incombe, c’est d’essayer d’emmener le mouvement plus loin ●

Jérôme Rodrigues a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Ça me dérange d’être un symbole“

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Ritchie ALEXIS:
34 ans, blessé à Saint-Paul le 19 novembre

Habitant de Saint-Paul, Ritchie Alexis a été sollicité par un ami pour venir rencontrer des manifestants et « leur dire de se calmer pour que l’image du quartier ne soit pas ternie », affirme son avocat Me Rémy Boniface, du barreau de Saint-Denis à La Réunion. Cet homme de 34 ans, « respecté par tous » et « connu pour son tempérament calme » a tenté d’apaiser la situation lors de tensions entre les forces de l’ordre et des jeunes dans le quartier de La Grande Fontaine, détaille l’avocat.

Selon son avocat, Ritchie Alexis, après avoir « calmé les esprits » une première fois dans la matinée, est rentré chez lui pour déjeuner, puis a rejoint une nouvelle fois les manifestants « vers 16 heures ». La situation est tendue : « des jeunes ont dressé un barrage sur une route et font face aux forces de l’ordre ». Me Rémy Boniface raconte que Ritchie s’est alors dirigé vers les manifestants « pour leur demander de se calmer ». « Alors qu’il n’y a eu aucune sommation de la part des forces de l’ordre, mon client entend une première détonation, puis une seconde, c’est à ce moment qu’il reçoit un projectile dans l’oeil », assure le conseil.

« Il y a beaucoup de chagrin et d’incompréhension. Il veut connaître la vérité. Il n’est pas en colère, il admet que même des membres des forces de l’ordre peuvent se tromper et avoir tiré sur lui par erreur, mais il veut que les auteurs reconnaissent leur erreur », explique son avocat ●

Ritchie Alexis n’a pas encore déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“Il veut que les auteurs reconnaissent leur erreur“
Son avocat

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J-L:
17 ans, blessé à Béziers le 6 décembre

J., sortait de son établissement scolaire, où se déroulaient des heurts entre lycéens, « gilets jaunes » et policiers, selon son père. « Mon fils n’était ni manifestant, ni gilet jaune », insiste-t-il auprès de l’AFP.

Lors de cette manifestation, le jeune homme a été touché à l’oeil gauche « sans aucun doute possible » par un tir de LBD40, affirme son père. « Il sortait tout simplement de son lycée », déplore-t-il.

Opéré le 14 décembre, le jeune homme a subi une reconstruction faciale mais a perdu l’usage de son oeil gauche.

Son père, qui attend désormais que « justice soit faite », avait lancé à la télévision un appel à témoins. Il souhaite que l’origine de la blessure de son fils soit reconnue et qu’il y ait une indemnisation ●

J. a déposé plainte, l’IGPN a été saisie

“Il sortait tout simplement de son lycée“
Son père

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Jacky SINEDIA:
58 ans, blessé à Saint-Louis le 27 novembre

Agent d’entretien à Saint-Louis, Jacky Sinédia était en chemin pour la maison de sa grand-mère, assure-t-il à l’AFP. Il affirme également qu’il ne soutient pas les « gilets jaunes », « ne participait pas du tout à la manifestation » et « n’a rien à voir » avec le mouvement.

« Il y avait des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants. Il y avait beaucoup de bruit, on entendait les explosions des grenades lacrymogènes et des grenades assourdissantes, les gens criaient et couraient partout », raconte Jacky Sinédia.

Le père de famille de 58 ans prend « peur pour sa fille et son petit-fils », réfugiés chez sa grand-mère, et sort de chez sa belle-mère pour tenter de les rejoindre. « J’étais à peine dans la rue que j’ai reçu un projectile en plein dans mon oeil gauche, j’ai cru que j’allais mourir et puis il y a eu un trou noir », dit-il.

Depuis les événements, Jacky Sinédia est en congé maladie. Il explique être très atteint psychologiquement. « Tous les soirs, j’entends encore les cris des gens et les bruits des explosions ». Il ajoute : « je veux que cette affaire aille jusqu’au bout, je ne suis pas un animal sur qui on tire et qu’on enterre dans un coin. Je n’ai rien fait de mal, je n’ai agressé personne, je veux réparation pour avoir l’esprit en paix, être clair dans ma tête » ●

Jacky Sinédia a déposé plainte, aucune enquête n’a été ouverte

“J’ai cru que j’allais mourir et puis il y a eu un trou noir“

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Olivier FOSTIER:
49 ans, blessé à Charleville-Mézières le 23 mars

Je vais régulièrement dans les manifestations des gilets jaunes, surtout par refus de la politique actuelle. On est régulièrement en fin de cortège. C’est même la première fois de ma vie que je vais manifester. Macron n’est peut-être pas responsable de tout, on ne lui demande même pas de donner tout, mais les gens veulent du travail et vivre dignement de ce travail.

Je marchais tranquillement, sans gilet jaune en plus. Une grenade arrive devant moi. Je me retourne pour me protéger des gaz, et là je reçois quelque chose. Une grenade ou un tir de LBD. C’est comme si on enfonçait un burin dans l’oeil. Je me suis mis à genoux, je ne tenais plus debout. Les pompiers sont arrivés immédiatement d’autant qu’il y avait eu un accident de voiture tout près.

L’oeil est perdu. L’os en dessous est fracturé. À terme, il y aura sans doute la pose d’une prothèse. Le moral ça va mais je commence à m’inquiéter parce que je me réveille plusieurs fois dans la nuit. J’ai vu un psychologue qui m’a dit que le contrecoup allait arriver plus tard.

Pour le travail je ne sais pas, je suis attaché d’exploitation dans le milieu de la propreté (dans 4 départements du Grand Est, ndlr). Je me déplace énormément, est-ce que cela va aller avec la conduite d’un véhicule ? Je suis aussi très souvent devant un ordinateur, je ne pense pas que cela soit sans conséquences ●

Olivier Fostier a déposé plainte

Source : AFP,
https://factuel.afp.com/gjeborgnes

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Régis de Castelnau : « LOI ANTICASSEURS CENSURÉE »… COMMENT SE MOQUER DU MONDE !

Régis de Castelnau :

Victoire , le Conseil constitutionnel de Fabius et Juppé a censuré une mesure phare de la loi anti-casseurs !

Ah les braves gens ! Victoire ! Victoire ! La liberté triomphe ! Alléluia, faites sonner les cloches dans tout le pays ! Comment le petit freluquet de l’Élysée et le barbu du Havre ils n’ont pas été mouchés !

« Heuh, mais Tonton, pourquoi tu tousses ? Pourquoi tu tords le nez ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? T’es jamais content Tonton !

– Ben c’est seulement la disposition relative à l’interdiction administrative préalable de manifester ordonnée par le préfet qui a été retoquée. Elle était intenable et son annulation était inéluctable, mais LE RESTE, TOUT LE RESTE DE CETTE LOI SCÉLÉRATE A ÉTÉ VALIDÉ. Pour que ça passe tranquille dans les bruits de l’orchestre.

– Ah merde !

– En plus le Conseil n’a pas invalidé le principe (liberticide) de l’interdiction préalable. Il a été malin, il faut lire le considérant numéro 24 qui se conclut par la phrase : « Dès lors, les dispositions contestées laissent à l’autorité administrative une latitude excessive dans l’appréciation des motifs susceptibles de justifier l’interdiction. ». Joli, non ? Si on lit bien on comprend que si le texte avait été un peu plus rigoureux et avait laissé au préfet une latitude qui ne soit pas « excessive » pour porter atteinte à une liberté fondamentale, eh bien cela aurait pu coller.

– Tu crois ?

– C’est assez évident, parce qu’en fait le considérant numéro 24 explique en détail ce qu’il aurait fallu faire pour que ça passe. Voilà ce que nous disent les sages : «Ainsi, le législateur n’a pas imposé que le comportement en cause présente nécessairement un lien avec les atteintes graves à l’intégrité physique ou les dommages importants aux biens ayant eu lieu à l’occasion de cette manifestation. Il n’a pas davantage imposé que la manifestation visée par l’interdiction soit susceptible de donner lieu à de tels atteintes ou dommages. En outre, l’interdiction peut être prononcée sur le fondement de tout agissement, que celui-ci ait ou non un lien avec la commission de violences. Enfin, tout comportement, quelle que soit son ancienneté, peut justifier le prononcé d’une interdiction de manifester. » L’interdiction administrative individuelle préalable est une hérésie au regard des principes qui guident les libertés publiques constitutionnelles dont fait partie le droit de manifestation. ELLE EST ICI VALIDÉE DANS SON PRINCIPE ! Il suffit simplement de l’aménager comme la décision elle-même le conseille. On peut même dire qu’elle fournit le mode d’emploi. Message reçu et il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu’Emmanuel Macron et sa petite bande vont très bien le comprendre et remettre leur ouvrage sur le métier à la première occasion.

– Donc on se fout de nous ?

– Faut croire. Il y avait un indice qui permettait de prévoir cette entourloupe. À votre avis, qui a déféré au Conseil constitutionnel la loi anticasseurs pour qu’il en examine la constitutionnalité ? Eh bien, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République c’est le président d’icelle. Pour se donner le beau rôle, Emmanuel Macron a utilisé l’article 61 de la constitution et ajouté son nom à ceux des parlementaires qui avaient utilisé leurs propres prérogatives. Tout ceci était cousu de fil blanc. »

Laurent Fabius et Alain Juppé ont un point commun : ils sortent tous les deux de l’École Normale Supérieure et de l’ENA . Malheureusement cela ne garantit pas l’exercice d’un minimum de probité républicaine.

Félicitations également aux parlementaires LR qui en proposant et en votant cette loi liberticide ont prêté la main à cette opération.

Régis de Castelnau

https://www.vududroit.com/2019/04/loi-anticasseurs-censuree-comment-se-moquer-du-monde/

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Scandale : Macron-L’éborgneur privatise nos aéroports à 6 h du matin !

Faute de constitution digne de ce nom, nous sommes TOUS IMPUISSANTS devant le spectacle scandaleux du bal des traîtres qui pillent le bien commun.

PAR RIC, NOUS RÉSISTERIONS VICTORIEUSEMENT À TOUTES CES FÉLONIES.

Coup de gueule matinal de Mélenchon à l’assemblée sur une des infinies conséquences de notre impuissance :

La priorité absolue est évidemment de DEVENIR NOMBREUX À VOULOIR ENSEMBLE instituer nous-mêmes notre puissance politique pour nous défendre contre les gredins, les canailles, les fripouilles et tous les voleurs de pouvoir comme le sont les serviles godillots (parlementaires, journalistiques et autres) de la macronie.

Et nous sommes les seuls, nous autres, simples citoyens, à être à la fois aptes et légitimes pour NOUS CONSTITUER NOUS-MÊMES en peuple d’adultes politiques.

Exemplaires, les Gilets Jaunes nous montrent le chemin, en devenant rapidement et unitairement constituants.
Partout sur terre, nous devrions devenir TOUS GILETS JAUNES CONSTITUANTS !

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

#CitoyensConstituants

Étienne.

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Voir aussi ceci, chez Libération :

Comment la privatisation d’ADP a-t-elle pu être votée à 6 heures du matin avec 45 députés présents ?

Vote à l'Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP
Vote à l’Assemblée nationale le samedi 16 mars sur ADP Adrien Quatennens

Malgré les critiques, l’adoption du projet de loi ouvrant la cession d’Aéroports de Paris, de la Française des jeux et la cession de parts dans Engie a été validée de façon régulière.

Question posée le 19/03/2019

Bonjour,

Vous nous avez posé cette question que nous avons raccourcie : «Bonjour, comment est-il possible que des lois (comme samedi à 6 heures du matin) soient votées avec 45 députés présents sur 577 ?! Pas de quorum donc ? Comment et pourquoi cela est-il légal ? C’est un non-sens qu’il n’y ait pas une obligation de présence soit sur la totalité, soit les trois quarts des élus (a aménagé en fonction des lois votées). Idem pour les horaires, des horaires décents (qui éviteraient d’utiliser cette technique pour dissuader les élus de province par exemple de venir) et des horaires et un ordre du jour précis (ce qui n’est pas le cas actuellement). Et enfin, quels sont les recours que nous citoyens nous avons pour nous insurger contre ce fonctionnement qui est une farce de démocratie ?! Je ne comprends pas que les journalistes d’investigation n’aient jamais dénoncé cela. On l’apprend par Mélenchon qui, seul, le dénonce depuis presque deux ans maintenant !»

Des conditions de vote très critiquées

Le projet de loi de «croissance et transformation des entreprises» a été adopté par 27 députés (sur 45 votants) en nouvelle lecture par l’Assemblée nationale samedi aux alentours de six heures du matin, clôturant une séance de près de neuf heures et trois jours de débats. Le texte doit effectuer un dernier aller-retour avec le Sénat pour être définitivement validé par les députés. Pour rappel, plusieurs mesures du projet de loi sont particulièrement critiquées, notamment la cession du groupe Aéroports de Paris (ADP) pour une durée de soixante-dix ans et le transfert au privé de la majorité du capital de la Française des jeux.

VOUS NOUS AVEZ AUSSI DEMANDÉLes dividendes d’ADP, de la FDJ et d’Engie à l’Etat sont-ils supérieurs aux rendements perçus en cas de privatisation ?

Les conditions du scrutin ont ajouté à la polémique. Lors de son intervention précédant le vote, Jean-Luc Mélenchon a estimé que débattre dans ce contexte était «une folie» : «Il est six heures moins le quart du matin. La première chose à dire, à cette heure, est une protestation contre une telle situation. Ceux qui l’apprendront – car nous le ferons savoir – comprendront quelle folie il y a – même en nouvelle lecture – à débattre à cinq heures du matin des discriminations à l’embauche, à trois heures du tarif de l’électricité, et à cette heure-ci de tout ce que nous avons entendu. Tout cela est absurde. C’est une folie ! C’est certainement la forme la plus grave de dysfonctionnement de la vie du Parlement que cette situation dans laquelle nous nous plaçons à intervalle régulier.» Ses propos diffusés sur la chaîne YouTube du leader de la France insoumise et sur Twitter ont été très relayés sur les réseaux sociaux.

Vidéo intégrée

Jean-Luc Mélenchon

@JLMelenchon

« Six heures moins dix du matin. J’ai honte pour nous tous de ce que nous sommes en train de faire. »

Sur Facebook, une publication de la page «Perspicace ?» reprenant le détail du scrutin affiché dans l’hémicycle le matin du vote a été partagée près de 60 000 fois. 

Le quorum n’est pas obligatoire

L’article 61 du règlement de l’Assemblée nationale dispose que «l’Assemblée est toujours en nombre pour délibérer et pour régler son ordre du jour». Autrement dit, il n’y a pas de minimum de députés nécessaires pour voter une loi ou un amendement, comme nous l’expliquions dans une réponse précédente. Il existe une exception à cette norme. Un président d’un groupe peut demander au président de l’Assemblée, avant le début du vote, de vérifier que la majorité absolue des 577 députés, ce qu’on appelle le quorum, soit présente. Si tel n’est pas le cas, la séance est suspendue et le scrutin reporté.

Toutefois, cette pratique est limitée par plusieurs règles. D’abord, la majorité des membres du groupe à l’origine de la demande doit être présente dans l’hémicycle et la majorité absolue des députés de l’Assemblée, elle, doit se trouver «dans l’enceinte du Palais». Par ailleurs, le délai de report du scrutin est d’au minimum quinze minutes. Après ce quart d’heure, «le vote est alors valable, quel que soit le nombre des présents», précise le règlement.

Ainsi, samedi matin, les 45 votants étaient en nombre suffisant pour voter, même s’ils représentaient que 7,8% de l’effectif total. A noter que 47 députés étaient présents en tout. Richard Ferrand, député du Finistère et président de l’Assemblée nationale, ainsi que Francis Vercamer, député du Nord et président de la séance, ne pouvaient pas participer au vote.

Une séance en cours peut être prolongée dans la nuit

Autre critique : l’heure du scrutin, 6h15 du matin. D’après le règlement de l’Assemblée nationale, «l’Assemblée se réunit l’après-midi de 15 heures à 20 heures et en soirée de 21h30 à 1 heure le lendemain. Lorsque l’Assemblée tient séance le matin, elle se réunit de 9h30 à 13 heures». Mais il existe la possibilité (ce n’est pas une obligation) de repousser ces horaires le soir afin d’«achever une discussion en cours».

Cordialement

Emma Donada

Source : Libération, https://www.liberation.fr/checknews/2019/03/20/comment-la-privatisation-d-adp-a-t-elle-pu-etre-votee-a-6-heures-du-matin-avec-45-deputes-presents_1716269

Gaël Giraud chez Thinkerview : Tsunami financier, désastre humanitaire ?

Passionnant, passionnant passionnant !

Une pensée puissante et généreuse, claire, honnête et souvent lumineuse.

Encore une excellente vidéo Thinkerview.
Merci à toute sa jeune équipe 🙂

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Ce soir (21 mars 2019), sur Sud Radio, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » 🙂 et on va se demander, cette semaine avec Élisabeth Lévy, À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ?

On va bien sûr dénoncer (entre autres) la corruption du journalisme économique et financier (et donc de l’opinion publique) rendue possible par L’ACHAT DES MÉDIAS PAR LES BANQUES.

Je vais essayer d’organiser en deuxième heure la plage horaire consacrée à répondre à VOS QUESTIONS.

Pour parler des « dérives » du journalisme en France, j’ai invité, mais au dernier moment et c’est compliqué pour tout le monde de démarrer sur les chapeaux de roues, Viktor Dedaj, Juan Branco (il faudra bien dénoncer le scandale du comportement journalistique à propos de Julian Assange) et Denis Robert. Je vais aussi appeler Henri Maler, bien sûr, et je pense aussi à Romain Migus (mais il est encore au Venezuela), Maurice Lemoine (du Diplo), Romaric Godin, et évidemment Laurent Mauduit. Tous ces vrais journalistes (de fait) sont invités dans cette émission dédiée à la promotion d’un processus constituant populaire : j’aimerais écrire avec eux quelques articles de constitution, ici sur les journalistes et sur les lanceurs d’alerte (et sur d’autres sujets qui leur paraîtraient importants).

Hâte d’être à ce soir (je vous écris dans le train) 🙂

Et puis demain, c’est Longwy (près de Metz).

Étienne.

PS : l’adresse de la playlist de Sud Radio Jeudi Chouard 🙂
https://www.youtube.com/watch?v=iEuvWhzQQ7U&list=PLaXVMKmPLMDSBxphlcbU9hXeMmE92bVG8

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157006078582317

Vente à vil prix des biens publics (Aéroport de Paris etc.) aux parrains des gredins. #mafiapoliticienne

Merci Nicole Ferroni, pour ça :

Mais diagnostiquer L’ERREUR (en riant), c’est empêcher de diagnostiquer la TRAHISON (sérieusement).

Nos prétendus « représentants » ne servent PAS les intérêts de ceux qui les ont élus (ils les ruinent, même !), mais ils servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire (les banques et les multinationales, avec les MÉDIAS qu’ils ont achetés pour ça).

Rappel (sept 2014, chez Taddéï) : https://facebook.com/story.php?story_fbid=1044208348997585&id=183950378356724&_rdr

La vente à vil prix des trésors du pays aux gredins mafieux qui ont porté le despote au pouvoir n’est pas une succession d’erreurs, c’est une succession de hautes trahisons.

Et nous n’avons ni journalistes dignes de ce nom (capables de s’y opposer réellement), ni constitution digne de ce nom (écrite par le peuple en personne) pour nous y opposer nous-mêmes efficacement.

PAR RIC, NOUS EMPÊCHERIONS TOUTES CES FORFAITURES — ET NOUS PUNIRIONS TOUTES CES FRIPOUILLES.

Cherchez la cause des causes.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Et devenons tous des #GiletsJaunesConstituants, vite !

Demain, c’est « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants », de 19h à 21h sur Sud Radio, et on posera la question À QUOI SERVENT LES JOURNALISTES ? (en distinguant, bien sûr, selon qu’on soit en démocratie ou en oligarchie), avec Élisabeth Lévy comme contradicteur cette semaine. J’ai plein d’idées, on ne va pas s’ennuyer 🙂 merci Didier ! 🙂

Étienne.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://facebook.com/story.php?story_fbid=10157003866302317&id=600922316

[Best of] Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

Éric Schemoul a composé une compilation sur mon travail.

Merci Éric 🙂

C’est un gros boulot, bien utile sans doute. Ce sera même un travail précieux si c’est cette compilation-là qui, finalement, tourne beaucoup partout sur terre…

Il l’a appelée :

Pour une vraie démocratie : les fondements d’Étienne Chouard

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156997454632317

Fin du grand débat, début du grand débarras ! Lettre ouverte de Frédéric LORDON à Emmanuel MACRON. Bourse du Travail Paris 14 mars 2019

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156995179982317

Juan Branco est en direct sur Thinkerview

Ce jeune homme est captivant.

CADTM : Histoire et actualité de l’asservissement des peuples du monde par les usuriers et par les politiciens corrompus par les usuriers

La France est asservie par « la dette publique ».

Ou plutôt, les citoyens français sont asservis par « les élus », les Français sont trahis par leurs prétendus « représentants » (qui représentent en fait ceux qui les ont portés au pouvoir, c’est-à-dire les banques) qui ont fabriqué de toute pièces depuis 45 ans (!) une énorme « dette publique » (cette expression est en elle-même un scandale : un État digne de ce nom n’emprunte pas la monnaie dont il a besoin : il la crée) en votant depuis 1974 (!) des budgets toujours en déficit ET en empruntant la monnaie aux « marchés financiers » au lieu de la créer (ou de la prendre aux ultra-riches en impôts).

Pour se défendre, il faut comprendre. En matière de dettes publiques à travers le monde, je vous recommande chaleureusement le CADTM, dont je considère les militants comme de formidables et précieuses sentinelles du peuple : l’histoire mondiale — et l’actualité scandaleuse — des DETTES ODIEUSES est très importante à connaître — et à faire connaître — pour élever le niveau de conscience et de résistance des populations opprimées par les usuriers.

Voyez cet article, par exemple. Et tâchez d’aider le CADTM si vous le pouvez, soit en vous abonnant à leur bulletin, soit en leur donnant des sous, soit simplement en parlant de leurs travaux autour de vous (c’est important).

À quand des réparations pour les dettes coloniales ?


http://www.cadtm.org/A-quand-des-reparations-pour-les-dettes-coloniales

[Mise au point] Ce qui m’anime : NOTRE CAUSE COMMUNE : apprendre à instituer nous-mêmes la puissance politique qui nous manque

On dirait que, chaque fois que mes concitoyens sont nombreux à dire de moi du bien, les journaux de mon pays montent au créneau nombreux pour dire de moi du mal…

– Ça a commencé en 2005, à l’occasion du débat référendaire contre le TCE.

– Ça a recommencé en 2008, à l’occasion de la haute trahison du Traité de Lisbonne, imposé au peuple par voie parlementaire – violence inouïe du 4 février 2008.

– Ça a encore recommencé en 2014, à l’occasion d’une vidéo extraite de Ce soir ou jamais (qui a fait depuis plus de 39 millions de vues).

– Et voilà que ça recommence en 2018, avec les gilets jaunes qui s’emparent de l’idée du RIC pour enfin s’émanciper par eux-mêmes et reprendre leur destin en main…

Il y a une étonnante régularité des journalistes de mon pays à me diaboliser tous ensemble (Libération, Le Monde, Le Point, L’Express, L’Obs, Les inrockuptibles, Charlie, et j’en passe…) chaque fois qu’il importe d’éviter d’avoir à argumenter en direct sur le fond.

C’est comme des accès de fièvre, d’un système de domination par le mensonge, pour se protéger contre un virus de vérité démocratique.

Les mots-clefs qui servent à justifier ma mise à l’écart des débats publics sont : complotisme, extrême droite, rouge-brun, heures sombres, antisémitisme, conspirationnisme, confusionnisme… Ces mots étant, pour la plupart, soit utilisés à l’envers, soit carrément absents des dictionnaires, donc sans définition… C’est plus commode pour diffamer impunément.

Systématiquement, les médias rajoutent aussi « Soral », comme si je cottoyais ou soutenais ce personnage infréquentable, alors que j’ai écrit le 28 novembre 2014, pour lever toute ambiguïté : « j’ai rapidement compris que Soral n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment. […] tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux […] Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire […] il y a un risque d’escalade des racismes… »

Mais les « journalistes » continuent encore aujourd’hui à relancer des polémiques avec des bouts de phrases sorties de leur contexte et sur lesquelles je me suis déjà expliqué dix fois…

Tout ceci empêche de penser.

 

Pour contredire toutes ces révoltantes calomnies, je vais résumer ici ce qui m’anime vraiment :

 
Tout ce que je pense, tout ce que je dis, tout ce que j’écris, tout ce que je fais depuis quinze ans vise à empêcher toutes les formes de domination.

La colonne vertébrale de tout mon travail depuis 2005, c’est l’organisation de la résistance populaire à toutes les formes d’abus de pouvoir, à toutes les intrigues contraires à l’intérêt général, à toutes les formes de corruption des organes de décision publique, à tous les systèmes arbitraires et autoritaires.

Je condamne évidemment sans la moindre ambiguïté toutes les formes de racisme et d’antisémitisme, d’homophobie, de sexisme, toutes les brutalités, toutes les injustices, et bien sûr toutes les formes de colonisation et d’atteintes aux droits de l’homme.

Je distingue très bien — je ne confonds pas — les pensées et paroles dangereuses et injustes, des pensées et paroles utiles au bien commun.

Je défends — sans jamais dévier — un projet radicalement et profondément humaniste : l’auto-institution pacifique de la société par les citoyens eux-mêmes ; et je combats évidemment — à leurs racines — toutes les idéologies autoritaires, violentes et ségrégatives.

Pour réfléchir à ce projet COMMUN, qui doit évidemment inclure TOUS les citoyens (sans distinction d’origine, de croyance, de culture, d’opinion), je dois comprendre — et donc parler avec — tout le monde. Je n’enferme pas mes interlocuteurs dans leurs opinions du moment (comme si leurs pensées étaient leur nature, à vie) : je crois que chacun peut (et va sans doute) changer d’avis, au gré de ses conversations politiques. La politique, selon moi, ça sert précisément à ça : découvrir en parlant où je me trompe, ou essayer de convaincre mon interlocuteur. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse, affûtée et bienveillante. J’ai besoin de mes contradicteurs pour progresser. Et je compte bien qu’ils fassent de même.

Je crois que la démocratie (véritable) est un système d’institutions qui nous OBLIGE (parce qu’on n’a pas envie) À DIALOGUER avec tous, et notamment ceux avec lesquels on est le plus gravement en désaccord, pour éviter la violence.

Je suis un homme honnête, humaniste, pacifique et dévoué au bien commun. Et s’il m’arrive, parfois, de commettre une erreur, je tente au mieux de la corriger.

En conclusion, je trouve scandaleux que les « responsables de l’information » de mon pays me harcèlent en me présentant tout au rebours de ce que je suis, 1) à l’évidence sans connaître mon travail, 2) sans même me contacter pour m’interviewer avant de me mettre en cause, et 3) refusent de me laisser m’exprimer en public loyalement, c’est-à dire en direct.

Étienne Chouard.

 

Annexe : Charte de Munich, code de déontologie des journalistes du monde entier :

Devoir n°1 : Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.

Devoir n°2 : Défendre la liberté de l’information, du commentaire et de la critique.

Devoir n°3 : Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.

Devoir n°4 : Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents.

Devoir n°5 : S’obliger à respecter la vie privée des personnes.

Devoir n°6 : Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte.

Devoir n°7 : Garder le secret professionnel et ne pas divulguer la source des informations obtenues confidentiellement.

Devoir n°8 : S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information.

Devoir n°9 : Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs.

Devoir n°10 : Refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_Munich


Pour les journalistes ayant l’intention de travailler un peu avant d’écrire sur moi, je signale ces deux « excellents » 😉 petits livres, l’un théorique l’autre pratique, disponibles pour une somme modique dans toutes les bonnes librairies :

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[Haute trahison] Dévastation inexorable des services publics par les politiciens pourtant payés pour les défendre : cherchez la cause des causes

Nicole Ferroni explique bien les méthodes prétendument « libérales » pour ravager les services publics, ici celui de l’éducation nationale, sans que PERSONNE ne puisse l’empêcher :

Nous n’avons pas de constitution (digne de ce nom), nous n’avons aucun contrôle de nos prétendus « représentants », nous sommes politiquement IMPUISSANTS, parce que nous acceptons d’être ravalés au rang dégradant d’ÉLECTEURS c’est-à-dire des INCAPABLES POLITIQUES.

Pour résister au cauchemar « libéral », nous devons apprendre à instituer nous-mêmes notre propre puissance politique, en devenant TOUS des #GiletsJaunesConstituants.

Ainsi, enfin armés d’une vraie SOUVERAINETÉ populaire, que nous aurons su vouloir ensemble, instituer et protéger (trois étapes essentielles, fondatrices), par RIC nous sortirons en même temps des deux prisons politiques que nos « représentants » ont bâties autour de nous pour nous exploiter impunément : nous sortirons de nous-mêmes de la prison nationale qu’est la « constitution » de 1958, et de la prison internationale qu’est « l’union européenne ».

Étienne, #citoyenconstituant.

Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution en peuple digne de ce nom.

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[IMPORTANT]Soirée mémorable, le 8 février 2019, avec Paul Molac (député LREM) et Cédric André, et plein de gilets jaunes bretons : « LA BRETAGNE VEUT LE RIC »

C’est rarissime, de pouvoir interpeller longuement un élu de cette manière, ici notamment sur l’assassinat programmé de la Sécurité sociale .

Merci à Paul d’avoir accepté de présenter ensemble cette passionnante et utile controverse.

Et merci à Cédric et toute l’équipe d’avoir tout organisé parfaitement.

Étienne.

PS : est-ce que quelqu’un parmi nous pourrait rédiger le plan détaillé (et minuté) de cette rare et importante controverse ?

PPS : je viens de voir l’écran « demande de droit de réponse » à la fin 🙂 MERCI infiniment, Cédric et toute la bande des #BretonsConstituants, je vous trouve épatants.

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Soutien au lanceur d’alerte Alexandre LANGLOIS, policier

[C’est aux citoyens eux-mêmes de défendre et protéger leurs LANCEURS D’ALERTE]

Soutien au lanceur d’alerte Alexandre LANGLOIS, policier :

Pétition lancée par le syndicat de policiers VIGI :

« Alexandre LANGLOIS, secrétaire général du syndicat VIGI va passer en conseil de discipline le 20 février 2019, pour avoir, au nom de notre organisation :

– dénoncé auprès du Procureur des faux en écriture publique et des détournements de fonds publics de directeurs de la police ;

– dénoncé l’inaction du directeur général de la police nationale dans la lutte contre le suicide, qui a fait 61 morts dans la Police Nationale depuis sa prise de fonction ;

– dénoncé le détournement de la procédure disciplinaire et l’opacité de l’IGPN ;

– dénoncé le détournement de la médecine statutaire de soigner pour réprimer les fonctionnaires ;

– déposé plainte, puis s’être constitué partie civile dans l’affaire BENALLA/MACRON ;

– médiatisé la solidarité d’une majorité de policiers avec les gilets jaunes ;

– mis en avant les carences du gouvernement dans la gestion du maintien de l’ordre des manifestations de gilets jaunes ;

– déposé un recours pour demander l’annulation des dernières élections au sein du Ministère de l’Intérieur, par les 3 syndicats majoritaires.

On lui reproche un manquement au devoir de loyauté envers ses chefs, alors qu’il sert le peuple.
On lui reproche une atteinte au crédit et renom de la police nationale, en dénonçant de graves dérives internes, alors que c’est un lanceur d’alerte protégé par la Loi.

On lui reproche un manquement au devoir de réserve, qui n’existe pas dans le statut de la fonction publique de 1983. L’auteur de cette Loi, Monsieur Anicet LE PORS explique ne pas l’avoir mis sciemment. Par contre il a mis le devoir d’information du public.

En conséquence, Monsieur le Président de la République nous vous demandons d’ordonner au directeur général de la police nationale de mettre fin à sa « cabale » contre Alexandre LANGLOIS et d’annuler son conseil de discipline.

Nous vous demandons de lancer un chantier pour réformer l’institution police nationale, qui permet à l’heure actuelle des dérives intolérables en démocratie.

Nous vous demandons de refaire les élections professionnelles au sein du Ministère de l’Intérieur en excluant les fraudeurs. »

____________________________
Pétition lancée par le syndicat de policiers VIGI :
https://www.mesopinions.com/petition/justice/soutien-lanceur-alerte-alexandre-langlois/59069


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RIC, démocratie, #GiletsJaunesConstituants… Entretien au calme, à la maison, avec l’ami Marc, de Nexus

Merci Marc, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

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[Chez Ruptures, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Macron, Union européenne, médias mainstream…

Le week-end dernier, à Paris, j’ai rencontré deux jeunes gens de Ruptures, l’important journal de résistance au régime illégitime européen.

En voici la trace, dans cet article et cette vidéo, synthèse assez complète de ce que je pense du mouvement formidable — historique et exemplaire — des #GiletsJaunesConstituants.

Extraits 🙂 :

«Sur les ronds-points, les Gilets jaunes font ce que nous devrions tous faire, ils sortent de chez eux, ils arrêtent de regarder la télé, ils refont société»

«Joffrin, Aphatie, Barbier et toute la bande des voleurs de parole sont des couards […] ils ne sont pas capables de me prendre en face-à-face pour discuter du fond»

«L’Union européenne est à mon avis un projet d’occupation, il faut voir le travail remarquable de François Asselineau là-dessus».

Bonne lecture à tous

Étienne.

PS : je serai le 7 janvier à Paris (chez Taddéï), le 12 à Nice, le 14 à Marseille (théâtre Toursky), le 18 à Toulon, le 20 à Avignon, les 24, 25 et 26 à Paris, du 7 au 10 février en Bretagne… 

Vie de fou, mais période passionnante. 

En théorie et en pratique, on grandit ensemble, on devient des adultes politiques. 

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Bon courage à tous 🙂


https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-macron-union-europeenne-medias-mainstream-entretien-etienne-chouard

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

Lire aussi, sur Ruptures : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

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16 déc. 2018, avec les Gilets jaunes à La Ciotat (extraits, 13′)

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Rendez-vous sur Sud Radio dimanche prochain, 30 déc. 2018 de 13h à 14h

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LIBÉREZ ASSANGE ! LIBÉREZ SNOWDEN ! PROTÉGEZ TOUS LES LANCEURS D’ALERTE !

#LesMotsConspirationnismeEtComplotismeOntÉtéInventésParLesConspirateursEtLeursAmisCommeBoucliersContreLesAlertesCitoyennes

#AccusationDeConspirationnismeOuDeComplotismeÉgaleSigneFortDeComplicitéDeLaccusateurAvecLesConspirateursEtLesComploteursÉgaleLégionDhonneurÉgaleIndiceSérieuxDeRésistanceAuthentique

#UnCitoyenDigneDeCeNomDénonceCourageusementTousLesComplotsConnusContreLeBienCommun

#LaFonctionPremièreDunCitoyenEstLaVigilance


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[#GiletsJaunesConstituants] Entre le peuple et les ennemis du peuple, je suis heureux d’être à ma place

Je ne lis même plus le mépris et la détestation radotante des prétendus « journalistes » vendus aux riches. Je préfère les débats ouverts et constructifs avec les gilets jaunes sur leurs ronds-points, pour imaginer ensemble d’abord, et puis surtout, ensuite, vouloir ensemble une société mieux instituée, par nous-mêmes.

Je viens d’envoyer ce message à un ami, Philippe Pascot, qui me demandait si je tenais le coup :

Oui [je tiens le coup].

Le jour (ronds-points, péages, conférences salles combles), je rencontre des milliers de pauvres gens reconnaissants, passionnants, admirables et très affectueux… Tout ça est très émouvant, très enthousiasmant…

Et le soir, en rentrant à l’hôtel ou chez mes hôtes, à 2 ou 3 h du matin, épuisé de ces nombreuses rencontres chaleureuses et fraternelles de la journée, je lis rapidement les nouvelles et je découvre chaque nuit que tous les journaux de mon pays me présentent comme l’ennemi public n°1, un manipulateur, un idiot ou un facho…
• Sans jamais m’avoir appelé auparavant ( ! ),
• en remâchant de vieux ragots mensongers et malveillants,
• sans rien dire de mon travail sur le fond,
• et surtout sans m’offrir la moindre possibilité de me défendre loyalement ( !! ).
C’est consternant, la bassesse des prétendus « journalistes » en France en 2018.

Alors, je réfléchis, et je vois bien que je suis heureux d’être du côté des pauvres gens, je décide de me foutre de tout l’attirail de mensonges et de perfidies que déploient les ennemis du peuple à travers les journaux qu’ils ont achetés pour ça : je me fais du mal pour rien à lire leurs calomnies, il faut que j’arrête de lire ça, alors que je grandis et progresse à toute vitesse avec les honnêtes gens, les petites gens qui cherchent enfin à instituer eux-mêmes leur puissance de résister aux injustices.

Ce qui se passe est historique, il me semble.

Merci à toi, ami Philippe, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

#GiletsJaunesConstituants

#LesMédiasMentent

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[RIC POUR LES GILETS JAUNES (et les autres)] Les mœurs des « journalistes » en France, en 2018, avec les vrais opposants, c’est 2 qui tiennent et 3 qui cognent… et un bâillon pour qu’il se taise… Je demande le droit de nous défendre loyalement : en direct et en face à face

Je me fais une très haute idée de la fonction de journaliste. J’ai été très marqué par l’imaginaire de l’époque de la Révolution française, où les journalistes étaient considérés comme « les sentinelles du peuple ». Déjà, à Athènes, il y a 2500 ans, les citoyens, pour pouvoir tous jouer le rôle de « sentinelles de la démocratie », tenaient plus que tout à l’iségoria (droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos) car ce droit de parole permettait à chaque citoyen de chercher et surtout de dénoncer tous les éventuels complots contre la démocratie, pour la protéger. Grâce à l’iségoria, la démocratie était plus forte, la démocratie avait les moyens de se défendre contre les intrigants, contre les comploteurs.

Aujourd’hui, le croiriez-vous, les « journalistes » (ou en tout cas un grand nombre d’entre eux) traquent les lanceurs d’alertes comme des malfaiteurs, qu’ils appellent des « complotistes »… c’est-à-dire que les « journalistes », au lieu de protéger les citoyens vigilants (et d’en faire partie eux-mêmes !), les martyrisent ! On marche sur la tête.

#LeTermeComplotisteEstUneInsulteÀLintelligenceCritique

Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre le lien direct entre cette profonde perversion (mise à l’envers) de la fonction de journalisme et l’appropriation de tous les journaux par les plus riches (9 milliardaires ont acheté, comme on achète des bagnoles ou des baraques, TOUS les journaux du pays ; c’est une catastrophe, l’opinion n’est plus éclairée mais intoxiquée).

Par ailleurs, je constate à mon sujet que les mœurs des « journalistes », avec les opposants au système de domination parlementaire (à mon avis frauduleusement nommé «Gouvernement représentatif»), deviennent d’une brutalité et d’une déloyauté crasses : car enfin, depuis deux ou trois jours, tous les éditocrates de mon pays publient des « portraits » de moi comme si j’étais l’ennemi public n°1, fourbe, dangereux, complotant dans l’ombre, « trouble » (sic), « sulfureux » (resic), tissant sa toile (reresic)… (sans s’en rendre compte, mes accusateurs sont d’ailleurs précisément ce qu’ils dénoncent : « complotistes »…), mais sans m’avoir jamais appelé avant pour connaître ma version (les seuls à m’avoir appelé avant sont les journalistes de France Info, qui ont d’ailleurs écrit sur moi un article moins mensonger que les autres), sans m’avoir prévenu, et surtout sans me laisser la moindre chance de me défendre, sans me permettre d’expliquer la sottise et la fausseté de toutes ces accusations invraisemblables, et surtout sans jamais confronter nos arguments de fond.

J’ai demandé, sur Twitter, aux premiers de ces éditorialistes calomniateurs un débat à la loyale, en direct, face à face et sur le fond (des problématiques de la souveraineté, de la représentation, de l’initiative des peuples dans les lois auxquels ils consentent à obéir, de choses sérieuses, quoi), plutôt que sur des ragots extravagants qui tournent en boucle dans le milieu fermé des prétendus « antifas », dont tout laisse à croire que leur mission réelle est d’entretenir à gauche une profonde zizanie, à l’aide d’une redoutable police de la pensée ; zizanie qui coupe le peuple en morceaux et qui le condamne éternellement à l’impuissance (électorale).

Chacun commence à comprendre que de débat loyal sur le fond, ils n’en veulent pas. Serait-ce parce que tous ces éditorialistes n’auraient pas d’argument solide (et avouable) contre le RIC ? et qu’ils sont donc réduits à s’en prendre lâchement au messager, dans son dos et sans lui permettre de se défendre ?

Je demande un droit de réponse loyal à ceux qui me calomnient.

Mais leur problème principal , c’est que, quoi qu’ils décident à propos de mon droit de réponse, en l’occurrence tuer le messager ne suffira plus, car il y a désormais dans le pays DES CENTAINES d’autres messagers tout aussi compétents et bons orateurs (c’est-à-dire respectueux des autres) pour prendre ma place : ce qui est né en France, avec les Gilets jaunes et le RIC comme première marche intellectuelle vers une aspiration populaire à un processus constituant populaire (débarrassé des professionnels de la politique), c’est une prise de conscience contagieuse, à la base de la société, que le niveau constituant est le meilleur pour engager les luttes sociales : le niveau législatif est mauvais pour nous émanciper car 1) il nous enferme dans une impuissance politique qui est verrouillée à un niveau supérieur, inaccessible, et 2) il nous empêche de fraterniser contre l’oppression des riches du moment par des disputes sans fin sur des sujets secondaires.

Le niveau législatif, celui où l’on décide quelles sont les lois qu’il nous faut aujourd’hui, thème par thème, est celui des disputes sans fin, alors que le niveau constituant, celui où l’on décide comment l’on va mettre au point les lois, qui va nous représenter, avec quel mandat, sous quels contrôles et avec quelles possibilités de révocation, ce niveau constituant est celui de la concorde facile car la plupart de nos aspirations y convergent, que nous soyons de droite, de gauche ou d’autre chose : tout le monde comprend à toute vitesse que NOTRE CAUSE COMMUNE, la cause commune des 99% partout sur terre, c’est : « NOUS VOULONS INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PROPRE PUISSANCE ».

Il me semble que ce pourrait être la devise des Gilets Jaunes du monde entier.

Cette mutation universellement contagieuse va tout changer : les électeurs enfants sont en train d’aspirer à devenir citoyens constituants, et ils n’auront pas à le demander à leurs maîtres : il leur suffira de le vouloir vraiment, ensemble. Étienne de la Boétie l’avait excellemment prédit : soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres.

Je peux me tromper, bien sûr, et je passe mon temps à chercher des contradicteurs pour trouver mes erreurs et progresser, mais il est extravagant de me faire passer pour un tyran qui avancerait masqué. Extravagant.

Je vais reproduire à la fin de ce billet un message important que j’avais rédigé en novembre 2014 (il y a 4 ans déjà), où je faisais le point sur les accusations à propos de Soral. Vous jugerez. Je souligne simplement que, personnellement, je ne parle JAMAIS de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui m’accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… comme si c’était ces imprécateurs eux-mêmes qui étaient chargés de la promotion quotidienne du personnage qu’ils prétendent combattre.

Bref, devant ce torrent de haine recuite, tournant en boucle et auto-entretenue, de la part des « grands » éditorialistes du pays, je me dis que, finalement, être ainsi craint par ces gens-là, c’est un peu comme une Légion d’honneur, une marque de vraie résistance : il semble donc que je ne sois pas, moi, une opposition contrôlée (Cf. 1984 d’Orwell : une opposition dont le pouvoir n’a rien à craindre).

Finalement, il est assez logique que je sois détesté par cette bande de détestables : je rappelle que tous ces « journalistes » (ce sont les mêmes propagandistes qui défendaient tous le Oui pour le référendum contre l’anticonstitution européenne en 2005 et qui étiquetaient déjà « extrême droite » tous leurs adversaires défenseurs du Non, pour ne pas avoir à leur répondre sur le fond), tous ces « journalistes » qui me traitent de « facho », donc, défendent ardemment, depuis 40 ans (depuis le début des années 1980), à la fois le fléau du néo-libéralisme et celui du libre-échange, la catastrophe absolue qu’est la libre circulation des capitaux et donc l’évasion fiscale, les délocalisations et la désindustrialisation du pays, la dérégulation financière et la dépossession des États du pouvoir de création monétaire, le transfert scandaleux de la souveraineté nationale (qui ne leur appartenait pourtant pas) à des institutions supranationales tyranniques hors contrôle et corrompues jusqu’à la moelle, la flexibilité et l’austérité, la désindexation des salaires et des retraites, la rigueur et les coups de ceinture pour les pauvres, les cadeaux somptueux et obscènes pour les plus riches, insatiables pompes à fric, véritables siphons à pognon privant la société des signes monétaires nécessaires à la prospérité, l’asphyxie financière des services publics pour en faire à terme des centres de profit privé, la vente à vil prix des biens publics rentables (autoroutes, péages, aéroports, barrages, industries stratégiques…) aux parrains maffieux qui les ont mis en place à leurs micros, et j’en passe… Il est assez logique que ces défenseurs du capitalisme déchaîné (et de son principal outil, la prétendue Union européenne) ne nous aiment pas et qu’ils nous craignent, moi et les Gilets jaunes devenant constituants.

Mille mercis à tous ceux qui me défendent comme ils peuvent, sur les réseaux sociaux et dans les conversations, il est facile de comprendre combien pour moi c’est émouvant.

Et notamment merci à ceux qu’on appelle les gentils virus démocratiques, dont j’observe tous les jours le dévouement au bien commun et à la démocratie qui vient.

Merci aussi à RT, Russia Today, la chaîne de télé russe qui assume désormais quasiment seule en France le service public de Résistance à l’oppression, en donnant la parole à tout le monde et en permettant de bons débats de fond sur des sujets importants. J’ai rencontré leurs équipes et j’ai été frappé par leur professionnalisme et leur rigueur. Probablement parce qu’ils n’ont aucun droit à l’erreur (le gouvernement et ses complices « journalistes » les traquent depuis leur création), et aussi peut-être parce qu’ils ne suivent pas, eux, un idéal lié au profit ou à la domination.

Merci aussi à François Ruffin, pour son courage. Ce qu’il a fait ne m’étonne pas de lui : il est profondément honnête. C’est sans doute l’homme politique que j’admire le plus dans mon pays (malgré quelques profonds désaccords, notamment sur la très nécessaire sortie de l’UE). J’espère que ses amis (qui sont aussi les miens, dans ma tête en tout cas) ne le martyriseront pas pour ce qu’il a dit de moi (qui n’est quand même pas si grave).

Bon, les Gilets jaunes, on continue d’apprendre à constituer, sur les péages et les ronds-points ? On se fout de ces voleurs de pouvoir, on ne leur demandera pas la permission pour s’émanciper de leur domination. Il faut par contre qu’on s’entraîne, hein ? Allez, à tout à l’heure !
(ce soir jeudi à Bordeaux, vendredi à Périgueux, samedi dans le Lot, dimanche à Brignoles, ou à Toulon je ne sais plus 🙂 )

Amitiés à tous (vraiment à tous).

Étienne.

#GiletsJaunesConstituant

#CeNestPasAuxHommesAuPouvoirDÉcrireLesRèglesDuPouvoir

#PasDeDémocratieSansCitoyensConstituants


Quand le message est trop fort, attaquer le messager…

Voici maintenant, ci-dessous, la copie du billet (important) que j’ai publié ici le 28 novembre 2014 (il y a déjà 4 ans) et où j’ai fait le point sur Soral :

Pour que les choses soient claires

Publié le 28 novembre 2014 | 286 commentaires

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

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Rappel : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?Controverses-et-droit-de-reponse

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POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de chercher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE

POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE : pour en venir à bout, essayons de chercher les CAUSES de la CRIMINALITÉ POLITIQUE : lobbying, trafic d’influence, pantouflage, impunité des grands fraudeurs, appropriation des grandes sources d’information, promesses impunément bafouées, mensonges éhontés et trahisons de l’intérêt général…

Tous les pouvoirs ont une tendance éternelle à s’autonomiser, à s’affranchir de tout contrôle, et donc à écrire eux-mêmes les règles de la représentation (la constitution), leurs propres limites.

Or, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir : ce n’est pas aux parlementaires, ni aux ministres, ni aux professionnels de la politique, d’écrire ou de modifier la constitution, parce qu’ils sont en CONFLIT D’INTÉRÊTS : ils ont un intérêt personnel (instituer LEUR puissance) contraire à l’intérêt général (instituer la souveraineté POPULAIRE).

Seuls les représentés sont légitimes et aptes à écrire les règles de la représentation. Les représentants, eux, devraient être écartés du processus constituant.

Les gilets jaunes aujourd’hui, les autres citoyens demain, sont en train de contester la représentation faussée par les politiciens, et de penser EUX-MÊMES les règles de la représentation.

Les électeurs enfants deviennent des citoyens constituants.

C’est historique.

Étienne.


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[#giletsjaunesconstituants] chez Taddéï, Interdit d’interdire – Gilets jaunes : suite ou fin ?



Merci Carla, merci Meriem, merci Frédéric, merci RT France.

Invité demain chez Taddéï, sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes

Bonne nouvelle : je suis invité demain soir, lundi 10 décembre 2018 à 19 h, chez Taddéï sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes 🙂 et, bien sûr, de revendications démocratiques dignes de ce nom, notamment une vraie puissance populaire (directe), pour que les pauvres puissent se défendre contre les riches.

Merci RT.

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire

Marianne battue retire elle-même son bâillon…
Elle va bientôt apprendre à instituer elle-même sa propre puissance.

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APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

Formidable tournure institutionnelle – et donc radicale, et donc possiblement unitaire, vraiment unitaire, enfin ! – que prend ce mouvement populaire historique :

https://lundi.am/APPELDES-GILETS-JAUNES-DE-COMMERCY-A-DES-ASSEMBLEES-POPULAIRES-PARTOUT

« Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer. »

REFUSONS LA RÉCUPÉRATION !
VIVE LA DÉMOCRATIE DIRECTE !
PAS BESOIN DE ’REPRÉSENTANTS’ RÉGIONAUX !

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des « soupes solidaires » pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls « interlocuteurs » des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de « représentants » qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font DÉJÀ remonter notre colère et nos revendications. Ils savent DÉJÀ qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que s’il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où « ceux qui ne sont rien » comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des « représentants » et des « porte-paroles », ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant « représentants du peuple » qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra-riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une « maison du peuple » comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation ! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça,là-haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !!

Si vous vous retrouvez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contactez-nous sur giletsjaunescommercy@gmail.com et coordonnons-nous sur la base d’assemblées populaires et égalitaires !


À ceux qui vont à Paris demain, RESTEZ CALMES, envers et contre tout, malgré les provocations et les injustes violences qui vont vous énerver, vous révolter.

Une grande foule ne réfléchit pas, c’est imprévisible, manipulable et dangereux.

Votre immense puissance, inédite, historique, actuellement, sur chaque point de blocage, c’est votre froide détermination, votre calme réflexion, votre refus de la représentation, votre totale dispersion géographique ET votre grandissante concentration sur UNE idée démocratique : l’institution de la puissance populaire par le RIC en toutes matières.

Cette dispersion géographique + concentration politique radicale vous rend invulnérables, insaisissables, redoutables.

Votre regroupement à Paris par millions va créer une fragilité, un risque de fin prématuré, faites attention, restez calmes et déterminés, unis puissamment autour d’une idée, la puissance populaire qu’il s’agit d’instituer.

Soyez forts, pas impatients, pas violents.

Étienne.

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Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

[LE VENEZUELA RÉSISTE] Comprendre le Venezuela bolivarien, rdz-vs à Marseille samedi 1er décembre 2018, 18h

J’ai rencontré récemment Romain Migus, que je lis souvent sur le net, et qui est encore plus passionnant en vrai que sur papier 🙂 Pendant notre conversation, je n’ai pas vu le temps passer, et à peine l’ai-je quitté que j’avais hâte de le retrouver… C’est un des connaisseurs importants du formidable laboratoire démocratique qu’est souvent l’Amérique latine.

Je le lis surtout sur Le Grand Soir (un des 4 ou 5 grands sites d’information incontournables en France, à mon avis, avec les-crises, RT, Le Saker francophone et Mediapart). Je vous recommande tous ses articles, c’est passionnant.

Nous pourrons l’entendre (et lui poser mille questions) le 1er décembre prochain, à Marseille à 18 h, Théâtre de la Comédie – 107 bd Jeanne D’Arc, avec Maurice Lemoine, un autre journaliste qui a toute mon admiration depuis presque 15 ans :

L’annonce sur le blog de Romain :
https://www.romainmigus.info/2018/11/venezuela-debat-marseille-le-1er.html

La page Facebook de l’événement :
https://www.facebook.com/events/653999471662397/

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