Archives pour la catégorie Initiatives citoyennes

[Merci RT] «Le référendum d’initiative populaire est la cause commune des Gilets jaunes»

Les gilets jaunes, de mon point de vue, sont des héros, des exemples pour le reste de la société : ils sortent de chez eux, ils se retrouvent dans le froid, sous la pluie, même la nuit !, pour réfléchir au bien commun, aux causes de leurs souffrances, en se fondant sur une immense défiance de la représentation, et ils sont en train de se concentrer sur l’institution de leur propre puissance, en commençant par une exigence prioritaire : le référendum d’initiative populaire en toutes matières.

C’est historique.

Merci à RT France, merci à tous les techniciens et à tous les animateurs de ce nouveau média passionnant et important, merci du fond du cœur, de nous aider dans cette lutte fondamentale.

Merci Meriem, merci Carla MC, merci RT France.

Étienne.

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[#giletsjaunesconstituants] Avec les Gilets Jaunes sur le péage de l’Étoile, près d’Aubagne : LA CAUSE COMMUNE des gilets jaunes est sans doute la même que celle de tous les « 99% » du monde : INSTITUER EUX-MÊME LEUR PUISSANCE POLITIQUE EN TOUTES MATIÈRES POUR RÉSISTER AUX RICHES DU MOMENT.

La CAUSE COMMUNE des gilets jaunes est sans doute la même que tous les « 99% » du monde : INSTITUER EUX-MÊME LEUR PUISSANCE POLITIQUE POUR RÉSISTER AUX RICHES DU MOMENT.

Et ça peut se faire rapidement D’ABORD, EN IMPOSANT PRIORITAIREMENT LE RIC, référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, et plus généralement ENSUITE, EN ORGANISANT UN PROCESSUS CONSTITUANT POPULAIRE.

J’adore les klaxons joyeux, enthousiastes, absolument sans arrêt… C’est une drogue dure les péages et ronds-points gilets jaune, j’ai tout le temps envie d’y retourner… très formidable humanité, très joyeuse d’être tellement ensemble 🙂
#giletsjaunesconstituants

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[#giletsjaunesconstituants] Interdit d’interdire – Gilets jaunes : suite ou fin ?



Merci Carla, merci Meriem, merci Frédéric, merci RT France.

Invité demain chez Taddéï, sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes

Bonne nouvelle : je suis invité demain soir, lundi 10 décembre 2018 à 19 h, chez Taddéï sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes 🙂 et, bien sûr, de revendications démocratiques dignes de ce nom, notamment une vraie puissance populaire (directe), pour que les pauvres puissent se défendre contre les riches.

Merci RT.

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire

Marianne battue retire elle-même son bâillon…
Elle va bientôt apprendre à instituer elle-même sa propre puissance.

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Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

Rendez-vous ce soir, mercredi 5 déc, avec Philippe Pascot, sur BTLV, à propos des Gilets Jaunes.

Rendez-vous ce soir, mercredi 5 déc, avec Philippe Pascotet et Jean Lassalle, sur BTLV, à propos des #GiletsJaunes :


https://www.facebook.com/btlv.fr/posts/2250910794941122

Ce serait bien qu’on ait le temps d’expliquer pourquoi le RIC est une revendication fondamentale, qui nous donnera accès à tout le reste, pourquoi cette revendication peut passer si (et seulement si) on ne défend qu’elle et elle seule, et pourquoi si on la mélange à d’autres revendications on n’obtiendra rien d’important.

Mais il faudrait aussi évoquer le risque de l’escalade violente, qui pourrait servir à légitimer la mise en place d’une dictature (c’est ce qui s’est souvent passé après les « révolutions de couleur »), ici comme ailleurs en Europe.

On devrait discuter de cette manière que je propose de déjouer les plans des mondialistes en profitant de cette insurrection pour faire monter le niveau de conscience et d’exigence populaire à toute vitesse avec des ateliers constituants sur tous les points de blocages, au lieu de nous regrouper comme prévu par nos maîtres pour tenter de renverser violemment cette marionnette de Macron en lui donnant nous-même le prétexte de notre asservissement total.

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Réflexions sur ce magnifique élan populaire des #giletsjaunes : il ne faut pas accepter d’être représentés, il faut apprendre à constituer.

Je crois que, si ce mouvement populaire des #giletsjaunes est représenté, il sera rapidement trahi et dévoyé : quel que soit leur mode de désignation (élection ou tirage au sort ou autre), les représentants ne seront pas achetés, bien sûr, mais INTIMIDÉS ET TROMPÉS (malgré leur honnêteté et leur bonne volonté) par un pouvoir qui sait très bien corrompre, à huis clos, par la PEUR et par le MENSONGE, plus que par l’appât du gain : tout ce qu’il faut au pouvoir pour corrompre cette révolution grandissante de gilets jaunes, ce sont des représentants.

Alors que, si ce mouvement sait refuser toute forme de représentation, il reste insaisissable (et donc invulnérable), ce qui lui donne le temps de faire monter, par éducation populaire, le niveau de conscience et d’exigence au sein de CHACUN des simples citoyens qui composent le mouvement.

Il faut que, sur les ronds-points et sur tous les points de rassemblement, les électeurs se transforment TOUT SEULS en citoyens constituants, de façon autonome, sans sauveur, sans leader, sans intellectuel de référence, toutes personnalités qui seraient autant de talons d’Achille pour discréditer le mouvement.

Cet immense mouvement est une chance historique, pour une *multitude* d’électeurs infantilisés, de se métamorphoser SANS L’AIDE D’AUCUNE AUTORITÉ MORALE RASSURANTE en *peuple* de citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire en constituants.

La colonne vertébrale de ce mouvement volontairement désorganisé (pour rester incorruptible) devrait être une et UNE SEULE IDÉE forte et radicale, qui serait une bonne cause commune, vraiment commune et vraiment capable à elle seule d’entraîner ensuite tous les bouleversements nécessaires de justice sociale.

À mon avis, cette idée centrale et décisive devrait être : « CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR ; SI ON VEUT UNE VRAIE PUISSANCE POLITIQUE POPULAIRE, IL NOUS FAUT UNE VRAIE CONSTITUTION, ET IL FAUDRA APPRENDRE À L’ÉCRIRE NOUS-MÊMES. »

Les gilets jaunes semblent, ces jours-ci, choisir le RIC (référendum d’initiative citoyenne) comme cause commune et c’est déjà tout à fait inespéré et enthousiasmant — même si ce sera sans doute insuffisant (car le fait d’avoir acheté TOUS les médias permet aux puissants d’intoxiquer l’opinion et donc de dévoyer tous les RIC). C’est déjà un pas immense vers la métamorphose en constituants que d’être d’accord pour faire de l’institution du RIC une priorité nationale non négociable.

De la même façon qu’il ne faut surtout pas élire une assemblée constituante (parce que l’élection est une démission), il ne faut pas accepter d’être représenté : il faut exiger de voter.

ÉLIRE N’EST PAS VOTER, c’en est même la négation. Un citoyen digne de ce nom vote lui-même les lois auxquelles il consent à obéir.

Bon courage à tous, le peuple uni ne peut pas perdre : restez soudés sur l’idée.

Étienne Chouard.

#pasdedémocratiesanstirageausort
#pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

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PS : la multiplication des gilets jaunes posés sous les pare-brises des autos est très spectaculaire à la campagne et TRÈS MOBILISATRICE, c’est vraiment une chouette idée💡 🙂

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PPS : si on mélange la revendication du RIC avec d’autres revendications, c’en est fini du RIC ! Les élus savent parfaitement que le RIC est une arme redoutable pour le peuple contre leur tyrannie, et je pense que les politiciens et les « journalistes » préféreraient tous mourir plutôt que l’accepter… DONC, si on défend plusieurs revendications, le RIC sera évidemment mis de côté et enterré par nos maîtres et nous serons « Gros-Jean comme devant »… ALORS QUE nos maîtres ne pourront pas nous tromper de la sorte si le RIC est LA SEULE REVENDICATION, absolument prioritaire et non négociable. Ils ne peuvent pas avouer pourquoi ils détestent le RIC.

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Mon interface habituelle d’administration du blog est en panne depuis quelques semaines, ce qui m’a conduit malheureusement à ralentir mes interventions ici (et à ne me servir que de Facebook et Tweeter, grrr). Je vais reproduire ci-dessous, et dans les commentaires de ce billet, les quelques textes et vidéos que j’ai moi-même publiés ou relayés ces derniers temps à propos des gilets jaunes.

Martin, retraité :

Cri de détresse d’une GJ devant les CRS :

Le 24 novembre, j’ai publié ceci :

Comme Léo, je trouve que ce formidable élan de révolte populaire des « Gilets Jaunes », contre le racket des prétendues « élites », ne peut servir à quelque chose QUE SI tous ces citoyens POLARISENT leurs volontés sur UNE SEULE CAUSE COMMUNE, bien choisie, radicale, décisive.

Or, puisque 80% des citoyens soutiennent les Gilets Jaunes ET QUE 80% des citoyens sont favorables à l’institution du Référendum d’Initiative Citoyenne, il me semble que c’est une occasion en or pour défendre cette idée à la fois très simple et très profondément révolutionnaire du RIC (révolutionnaire **SEULEMENT SI ce sont de simples citoyens et pas des politiciens qui en écrivent les règles**, naturellement, car vous savez bien que, si ce sont des élus qui l’instituent, ils écriront un fake RIC, comme l’actuel article 11 de notre anticonstitution).

Il me semble qu’aucun oligarque, aucun journaliste vendu aux riches, aucun collabo du système de domination parlementaire ne pourra trouver à redire publiquement à cet objectif très évidemment démocratique et irréprochable (« le peuple uni réclame le RIC, le vrai : en toutes matières »). Ils seront obligés de bredouiller de mauvaises excuses pour le refuser et leur malhonnêteté se verra plus que jamais au grand jour, comme par l’effet d’un puissant révélateur.

C’est la première fois, je crois, que je change mon image de profil, et je le fais parce que je trouve ce signe de ralliement intelligent et puissant, opportun. Il devrait devenir une priorité absolue pour les révoltés en jaune, à mon avis :

LE RIC EST UNE BONNE CAUSE COMMUNE DE RÉSISTANCE À L’OPPRESSION

Étienne.

. http://www.article3.fr/informations/definition-du-ric
. http://www.article3.fr/in…/proposition-loi-constitutionnelle
. http://etrecitoyen.org/referendum-initiative-citoyenne

——

Léo Girod : « Avec le RIC – Référendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières, les citoyens auraient le contrôle sur leurs élus, leurs lois, leurs taxes… Ils seraient enfin souverains !

Si les gilets jaunes avaient le RIC pour unique revendication, ils l’obtiendraient, il en serait fini des taxes injustes, et si ce n’était pas le cas… au moins tous les Français en entendraient parler, et ce serait une grande avancée.

article3.fr/petition

clic-ric.org

En l’absence de revendication concrète, ces manifestations n’ont aucun sens…
Dans le meilleur des cas, le gouvernement pourrait reculer, ou inventer des petits cadeaux fiscaux pour faire passer la pilule. Mais le plus probable est encore qu’il ne se passe rien.
Exigeons le RIC ! »

Vidéos sur le RIC : https://le-democrate.fr/videos/ric

Léo Girod

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Autre fil sur le même sujet :


Le 24 novembre, Coralie Delaume :

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Le 24 novembre aussi :

« Il semble que ces images incroyables — 3 ou 4 jeunes hommes armés frappant de toutes leurs forces (avec la loi pour eux) un vieil homme désarmé protestant simplement contre la misère — révèlent, une fois de plus, un problème majeur : NOUS N’AVONS PAS DE CONSTITUTION.

Quand vous ferez (enfin) vos propres ateliers constituants, pensez à bien réfléchir aux contre-pouvoirs qui s’occuperont de la police. »

Vidéo : https://www.facebook.com/smoothii/videos/541251499706517/

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Le 24 également, j’ai relayé cette réflexion de Jean Bricmont :



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Le 22 novembre, j’avais relayé ceci, du Grand Soir :

Théophraste R. (Le Grand Soir) : « Vivent les gilets jaunes (même si cet accessoire vestimentaire est moche et leurs porteurs hors la loi) !

La Révolution française (parfaitement illégale), qui émerveilla le monde et à laquelle la France doit encore son prestige au-delà de ses frontières ne fut autorisée par personne et elle fut marquée par des périodes de violence.

Je cherche vainement ce qui fut grand dans le passé et, en même temps, légal.

• La lutte contre l’esclavage ? Non.
• Les révoltes ouvrières pour des journées de 12 heures ?
• Celles des Canuts de Lyon ou des vignerons de l’Hérault ? Non.
• Les manifestations et arrêts de travail pour une ½ journée de repos hebdomadaire ? Non.
• Les grèves pour la reconnaissance des syndicats ? Non.
• Les luttes pour l’abolition du travail des enfants ? Non.
• Les luttes des « suffragettes » pour le droit de vote des femmes ? Non.
• La Résistance contre les nazis ? Non.
• Les luttes pour la légalisation de l’avortement ? Non.

Et de quel côté était la vraie violence (1) ?

En son Palais de l’Elysée, le monarque Macron 1er a demandé au prince Philippe de faire dire par des crieurs de rue que les manifestations des Gilets Jaunes sont illégales, que les chevau-légers du lieutenant de police Castaner sauront les mater, surtout s’ils approchent du Palais. Les accidents de calèches, les bagarres de rue, leur seront imputés, ainsi que les chutes de neige, la disparition du peigne de Muriel Pénicaud, l’écroulement du pont de Gênes, les ruptures de caténaires, les textos de Trump, le mauvais goût vestimentaire d’Angela Merkel, les abus sexuels dans les presbytères, la mort des abeilles, l’arrestation de Carlos Ghosn, les incendies en Californie et les retards de livraison par les grands couturiers à la Reine Bri-Bri de Trogneux des sept tenues hebdomadaires (qu’elle paie avec sa retraite de prof). »

Théophraste R. (Citoyen en marche, mais hors des clous, toujours).

Note (1). Voir mon billet d’hier où Jaurès a tout bien expliqué en peu de mots.
Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/vivent-les-gilets-jaunes-meme-s-ils-sont-moches-et-hors-la-loi.html

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Le 21 j’avais trouvé ceci intéressant :

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Le 21 nov, le relais d’Osons causer de l’appel des gilets jaunes de Saint-Nazaire :


Et puis encore d’autres billets FB relatifs aux GJ :

Le 21 novembre, Franck Lepage chez Le Média TV :

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Le 21 novembre : Merci à Jean Lassalle

Le 21 novembre : Ils ne sont grands, Régis, que parce que nous sommes à genoux

Le 19 novembre : Patrice : « Qu’elle ne soit pas morte pour rien »


L’avis de Franck Lepage :

L’avis de François Ruffin : Sur les Champs-Élysées, François Ruffin se réjouit de voir la France « passer à l’action » :
https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/24/sur-les-champs-elysees-francois-ruffin-se-rejouit-de-la-france-qui-se-reveille_a_23599196/

L’avis de Régis de Castelnau :

L’analyse (très approfondie) de Jacques : Comment faire gagner les Gilets jaunes ? Une analyse théorique, politique et stratégique par Jacques Nikonoff, Gilet jaune, universitaire, président du Parti de la démondialisation (Pardem)
http://www.pardem.org/actualite/luttes/896-comment-faire-gagner-les-gilets-jaunes

Très intéressant, « ON REPREND LA MAIN » :


https://onreprendlamain.eu

[IMPORTANT et TRÈS ORIGINAL, PASSIONNANT] Bernard Friot : Histoire et enjeu de la sécurité sociale et des cotisations

Ambroise Croizat

Je viens de dénicher, sur le site Rosa-Lux, une nouvelle conférence de Bernard Friot, plus passionnante que jamais, je trouve :

http://www.rosa-lux.fr/bernard-friot-histoire-enjeu-securite-sociale-cotisations/

(]playlist ids= »7323,7324,7325,7326,7327″[)
(23/10/18 – playlist supprimée)

Il faudrait retranscrire les 5 passages audio diffusés sur le site (en bas de page), il me semble : il y a là des passages vraiment forts et une retranscription nous aiderait à diffuser ces idées essentielles.

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Sur Bernard Croizat :

Merci à Michel Etievent, pour ses livres bouleversants sur l’histoire de la Sécu et pour son travail d’éducation populaire sur l’actualité d’Ambroise Croizat.

Par exemple, lisez cet entretien pour (l’excellent) site Comptoir :

 

Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »


Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

Je vous recommande particulièrement deux livres de Michel Etievent :

« Ambroise Croizat ou l’invention sociale »

« Marcel Paul, Ambroise Croizat : chemins croisés d’innovation sociale »

Ces deux magnifiques bouquins peuvent être commandés avec ce bon :

N’oubliez pas Ambroise Croizat :

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Hé, les jeunes gens ! Si vous ne faites pas de politique, vous aurez L’INSÉCURITÉ SOCIALE ! Et vous aurez mérité cette insécurité, car la sécurité sociale ça se construit et ça se défend, pied à pied contre les négriers :

https://www.youtube.com/watch?v=TUIoO4p9Jto&feature=youtu.be&t=208

La preuve : Macron, ennemi du peuple, avoue ici (min 1’17) froidement l’assassinat de la Sécurité sociale française, crime programmé depuis longtemps et qu’il réalise aujourd’hui vite fait, sans rien demander à personne dans le pays qu’il ruine :

[Démocratie = d’abord locale] Rendez-vous le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec Les Affranchis, pour des ateliers sur une constitution d’agglo, premier niveau de fédération de communes libres

Chers amis,

Je vous propose de nous rencontrer à nouveau pour des ateliers constituants, mais cette fois sur le thème d’une « constitution d’agglo » ; ce que le gouvernement appelle une « agglo » est une agglomération de communes, c’est-à-dire un projet (très avancé) de crime contre la commune : le pouvoir se débarrasse ainsi, scandaleusement, de la plus démocratique des entités politiques du pays : la commune. Plus la taille de la communauté politique est grande, moins les pouvoirs sont contrôlables et moins la démocratie est possible. Et inversement.

Voyez ce billet de juillet 2011, « PAS DE DÉMOCRATIE SANS CELLULES POLITIQUES À TAILLE HUMAINE : VIVE LA COMMUNE », où je vous signalais à la fois une alerte de Roland Hureaux sur les projets en cours contre les communes et une analyse importante de Jean-Jacques Rosa : « L’arithmétique de la démocratie, ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations ».

De tous temps, les pouvoirs exécutifs (ceux qui contrôlent l’administration, la police et l’armée) ont une tendance lourde à s’autonomiser, à s’affranchir de tout contrôle. La généralisation des agglomérations de communes est une des manifestations de cette tendance antidémocratique à s’affranchir de tout contrôle, en éloignant les pouvoirs des peuples assujettis à ces pouvoirs. Le pompon actuel de cette dérive, c’est pour la prétendue « Union européenne », agglomération de nations dont absolument tous les organes de décision publique sont d’ores et déjà complètement hors de contrôle des citoyens ; et cette dérive tyrannique sera encore aggravée si les prétendues « élites » parviennent à instaurer un « gouvernement mondial », comme le souhaite expressément Jacques Attali (entre autres « mondialistes »).

Pour Les affranchis, en Ardèche, l’agglo est donc inévitablement, de fait, le prochain cadre de l’exercice d’un éventuel pouvoir constituant populaire. Je peux l’entendre (même si je conteste la légitimité de toute agglomération qui ne soit pas une fédération de communes libres), ça m’intéresse, ça se discute, et on va en parler ensemble, le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec vous et en compagnie de Dominique Filatre, un praticien de la politique locale que j’ai hâte de rencontrer.

Le rendez-vous est au 168 chemin des Vignettes, 07200 Saint-Didier-Sous-Aubenas, de 9h30 à 18h.

L’annonce sur Facebook : https://www.facebook.com/events/2042975935721590/

On parlera sans doute du procès de l’élection et de l’alternative (radicalement anticapitaliste) du tirage au sort, mais je pense que nous allons tâcher de nous concentrer sur les (éventuelles) spécificités d’une constitution locale (communale ou « agglomérale » 🙂 ) par rapport à une constitution nationale ou fédérale.

Je reproduis ci-dessous les deux pages du Manifeste politique des Affranchis (que je trouve très bien) :

Deux jeunes gens présentent ici leur projet :


Ces deux « Affranchis » m’ont rendu visite récemment pour évoquer cette prochaine rencontre à Aubenas, et ils ont filmé notre entretien, à la maison. En voici quelques extraits :

1. Comment des ateliers constituants vont permettre notre émancipation et, en attendant, comment ce travail enthousiasmant va sans doute vous plaire (1’30) :

2. À propos de la constitution, du rôle obligatoire des citoyens dans la définition des contrôles de nos représentants, et des ateliers constituants populaires, sous peine d’insécurité sociale généralisée (5’30) :

Le livre formidable dont je parle ci-dessus est « Mad in USA. Les ravages du ‘modèle américain' » de Michel Desmurget (éd. Max Milo, 2008) :

3. À propos des jeunes gens qui créent des communautés alternatives : c’est formidable mais ça ne suffit pas pour empêcher la tyrannie (4′) :

4. À propos des exercices pratiques de mise en oeuvre de notre souveraineté, à propos de notre aptitude à nous exprimer très précisément, l’exemple (important) de l’expression « La loi est l’expression de la volonté générale » (7′) :

5. On devrait tester au niveau local les Chambres de contrôle des pouvoirs, tirées au sort (4′) :

6. Comment on peut à la fois désirer l’anarchie (qui ressemble beaucoup à une démocratie digne de ce nom) et un État (sous contrôle citoyen quotidien) (5’30) :

J’ai hâte de vous retrouver 🙂

Étienne.

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[Démocratie] L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître (Jacotot – Rancière) – (blog du plan C, 2011)

Rappel formidable (source) :

18 décembre 2011.

Chers amis,

Il y a longtemps que je veux vous parler d’un livre qui me bouleverse, d’abord dans mes convictions de professeur, mais aussi dans mes réflexions sur la démocratie (la vraie).

Il s’agit du livre de Jacques Rancière qui nous fait découvrir l’expérience formidable de Joseph Jacotot avec ses élèves, au début du 19e siècle.

Vous allez voir, c’est épatant.

Au-delà des enfants, pensez aussi aux électeurs, aux électeurs-enfants que nous sommes, maintenus dans leur enfance par leurs méchants élus-parents, élus qui (font semblant qu’ils) ne peuvent pas croire un instant que ces enfants puissent un jour devenir — et a fortiori SEULS — des citoyens-adultes.

Lisez plutôt :

LE MAÎTRE IGNORANT
Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle
par Jacques Rancière

Chapitre premier : une aventure intellectuelle

En l’an 1818, Joseph Jacotot, lecteur de littérature française à l’université de Louvain, connut une aventure intellectuelle.

Une carrière longue et mouvementée aurait pourtant dû le mettre à l’abri des surprises : il avait fêté ses dix-neuf ans en 1789. Il enseignait alors la rhétorique à Dijon et se préparait au métier d’avocat. En 1792 il avait servi comme artilleur dans les armées de la République. Puis la Convention l’avait vu successivement instructeur au Bureau des poudres, secrétaire du ministre de la Guerre et substitut du directeur de l’École polytechnique. Revenu à Dijon, il y avait enseigné l’analyse, l’idéologie et les langues anciennes, les mathématiques pures et transcendantes et le droit. En mars 1815 l’estime de ses compatriotes en avait fait malgré lui un député. Le retour des Bourbons l’avait contraint à l’exil et il avait obtenu de la libéralité du roi des Pays-Bas ce poste de professeur à demi-solde. Joseph Jacotot connaissait les lois de l’hospitalité et comptait passer à Louvain des jours calmes.

Le hasard en décida autrement. Les leçons du modeste lecteur furent en effet vite goûtées des étudiants. Parmi ceux qui voulurent en profiter, un bon nombre ignorait le français. Joseph Jacotot, de son côté, ignorait totalement le hollandais. Il n’existait donc point de langue dans laquelle il pût les instruire de ce qu’ils lui demandaient. Il voulut pourtant répondre à leur vœu. Pour cela, il fallait établir, entre eux et lui, le lien minimal d’une chose commune. Or il se publiait en ce temps-là à Bruxelles une édition bilingue de Télémaque. La chose commune était trouvée et Télémaque entra ainsi dans la vie de Joseph Jacotot. Il fit remettre le livre aux étudiants par un interprète et leur demanda d’apprendre le texte français en s’aidant de la traduction. Quand ils eurent atteint la moitié du premier livre, il leur fit dire de répéter sans cesse ce qu’ils avaient appris et de se contenter de lire le reste pour être à même de le raconter. C’était là une solution de fortune, mais aussi, à petite échelle, une expérience philosophique dans le goût de celles qu’on affectionnait au siècle des Lumières. Et Joseph Jacotot, en 1818, restait un homme du siècle passé.

L’expérience pourtant dépassa son attente.

Il demanda aux étudiants ainsi préparés d’écrire en français ce qu’ils pensaient de tout ce qu’ils avaient lu. « Il s’attendait à d’affreux barbarismes, à une impuissance absolue peut-être.

Comment en effet tous ces jeunes gens privés d’explications auraient-ils pu comprendre et résoudre les difficultés d’une langue nouvelle pour eux ? N’importe ! il fallait voir où les avait conduits cette route ouverte au hasard, quels étaient les résultats de cet empirisme désespéré. Combien ne fut-il pas surpris de découvrir que ces élèves, livrés à eux-mêmes, s’étaient tirés de ce pas difficile aussi bien que l’auraient fait beaucoup de Français? Ne fallait-il donc plus que vouloir pour pouvoir? Tous les hommes étaient-ils donc virtuellement capables de comprendre ce que d’autres avaient fait et compris ? »

Telle fut la révolution que cette expérience de hasard provoqua dans son esprit. Jusque-là il avait cru ce que croient tous les professeurs consciencieux : que la grande affaire du maître est de transmettre ses connaissances à ses élèves pour les élever par degrés vers sa propre science. Il savait comme eux qu’il ne s’agit point de gaver les élèves de connaissances et de les faire répéter comme des perroquets, mais aussi qu’il faut leur éviter ces chemins de hasard où se perdent des esprits encore incapables de distinguer l’essentiel de l’accessoire et le principe de la conséquence. Bref, l’acte essentiel du maître était d’expliquer, de dégager les éléments simples des connaissances et d’accorder leur simplicité de principe avec la simplicité de fait qui caractérise les esprits jeunes et ignorants. Enseigner, c’était, d’un même mouvement, transmettre des connaissances et former des esprits, en les menant, selon une progression ordonnée, du plus simple au plus complexe. Ainsi l’élève s’élevait-il, dans l’appropriation raisonnée du savoir et la formation du jugement et du goût, aussi haut que sa destination sociale le requérait et était-il préparé à en faire l’usage convenant à cette destination : enseigner, plaider ou gouverner pour les élites lettrées; concevoir, dessiner ou fabriquer instruments et machines pour les avant-gardes nouvelles que l’on cherchait maintenant à tirer de l’élite du peuple; faire, dans la carrière des sciences, des découvertes nouvelles pour les esprits doués de ce génie particulier. Sans doute les démarches de ces hommes de science divergeaient-elles sensiblement de l’ordre raisonné des pédagogues. Mais il n’y avait aucun argument à en tirer contre cet ordre. Au contraire, il faut d’abord avoir acquis une solide et méthodique formation pour donner l’essor aux singularités du génie. Post hoc, ergo propter hoc.

Ainsi raisonnent tous les professeurs consciencieux. Ainsi avait raisonné et agi Joseph Jacotot, en trente ans de métier. Or voilà que le grain de sable venait par hasard de s’introduire dans la machine. Il n’avait donné à ses « élèves » aucune explication sur les premiers éléments de la langue. Il ne leur avait pas expliqué l’orthographe et les conjugaisons. Ils avaient cherché seuls les mots français correspondant aux mots qu’ils connaissaient et les raisons de leurs désinences. Ils avaient appris seuls à les combiner pour faire à leur tour des phrases françaises : des phrases dont l’orthographe et la grammaire devenaient de plus en plus exactes à mesure qu’ils avançaient dans le livre; mais surtout des phrases d’écrivains et non point d’écoliers. Les explications du maître étaient-elles donc superflues? Ou, si elles ne l’étaient pas, à qui et à quoi étaient-elles donc utiles?

L’ordre explicateur

Une illumination soudaine éclaira donc brutalement, dans l’esprit de Joseph Jacotot, cette évidence aveugle de tout système d’enseignement : la nécessité des explications. Quoi de mieux assuré pourtant que cette évidence? Nul ne connaît vraiment que ce qu’il a compris. Et, pour qu’il comprenne, il faut qu’on lui ait donné une explication, que la parole du maître ait brisé le mutisme de la matière enseignée.

Cette logique pourtant ne laisse pas de comporter quelque obscurité. Voici par exemple un livre entre les mains de l’élève. Ce livre est composé d’un ensemble de raisonnements destinés à faire comprendre une matière à l’élève. Mais voici maintenant le maître qui prend la parole pour expliquer le livre. Il fait un ensemble de raisonnements pour expliquer l’ensemble de raisonnements que constitue le livre. Mais pourquoi celui-ci a-t-il besoin d’un tel secours? Au lieu de payer un explicateur, le père de famille ne pourrait-il pas simplement donner le livre à son fils et l’enfant comprendre directement les raisonnements du livre? Et s’il ne les comprend pas, pourquoi comprendrait-il davantage les raisonnements qui lui expliqueront ce qu’il n’a pas compris? Ceux-ci sont-ils d’une autre nature? Et ne faudra-t-il pas dans ce cas expliquer encore la façon de les comprendre?

La logique de l’explication comporte ainsi le principe d’une régression à l’infini : le redoublement des raisons n’a pas de raison de s’arrêter jamais. Ce qui arrête la régression et donne au système son assise, c’est simplement que l’explicateur est seul juge du point où l’explication est elle-même expliquée. Il est seul juge de cette question par elle-même vertigineuse : l’élève a-t-il compris les raisonnements qui lui enseignent à comprendre les raisonnements? C’est là que le maître tient le père de famille : comment celui-ci sera-t-il assuré que l’enfant a compris les raisonnements du livre? Ce qui manque au père de famille, ce qui manquera toujours au trio qu’il forme avec l’enfant et le livre, c’est cet art singulier de l’explicateur : l’art de la distance. Le secret du maître est de savoir reconnaître la distance entre la matière enseignée et le sujet à instruire, la distance aussi entre apprendre et comprendre. L’explicateur est celui qui pose et abolit la distance, qui la déploie et la résorbe au sein de sa parole.

Ce statut privilégié de la parole ne supprime la régression à l’infini que pour instituer une hiérarchie paradoxale. Dans l’ordre explicateur, en effet, il faut généralement une explication orale pour expliquer l’explication écrite. Cela suppose que les raisonnements sont plus clairs, s’impriment mieux dans l’esprit de l’élève quand ils sont véhiculés par la parole du maître, qui se dissipe dans l’instant, que dans le livre où ils sont pour jamais inscrits en caractères ineffaçables. Comment entendre ce paradoxal privilège de la parole sur l’écrit, de l’ouïe sur la vue? Quel rapport y a-t-il donc entre le pouvoir de la parole et celui du maître ?

Ce paradoxe en rencontre aussitôt un autre : les paroles que l’enfant apprend le mieux, celles dont il pénètre le mieux le sens, qu’il s’approprie le mieux pour son propre usage, ce sont celles qu’il apprend sans maître explicateur, avant tout maître explicateur. Dans l’inégal rendement des apprentissages intellectuels divers, ce que tous les enfants d’hommes apprennent le mieux, c’est ce que nul maître ne peut leur expliquer, la langue maternelle. On leur parle et l’on parle autour d’eux. Ils entendent et retiennent, imitent et répètent, se trompent et se corrigent, réussissent par chance et recommencent par méthode, et, à un âge trop tendre pour que les explicateurs puissent entreprendre leur instruction, sont à peu près tous — quels que soient leur sexe, leur condition sociale et la couleur de leur peau — capables de comprendre et de parler la langue de leurs parents.

Or voici que cet enfant qui a appris à parler par sa propre intelligence et par des maîtres qui ne lui expliquaient pas la langue commence son instruction proprement dite. Tout se passe maintenant comme s’il ne pouvait plus apprendre à l’aide de la même intelligence qui lui a servi jusqu’alors, comme si le rapport autonome de l’apprentissage à la vérification lui était désormais étranger. Entre l’un et l’autre, une opacité s’est maintenant établie. Il s’agit de comprendre et ce seul mot jette un voile sur toute chose : comprendre est ce que l’enfant ne peut faire sans les explications d’un maître, plus tard d’autant de maîtres qu’il y aura de matières à comprendre, données dans un certain ordre progressif. S’y ajoute la circonstance étrange que ces explications, depuis qu’a commencé l’ère du progrès, ne cessent de se perfectionner pour mieux expliquer, mieux faire comprendre, mieux apprendre à apprendre, sans qu’on puisse jamais mesurer un perfectionnement correspondant dans ladite compréhension. Bien plutôt commence à s’élever la rumeur désolée qui ne cessera de s’amplifier, celle d’une baisse continue de l’efficacité du système explicatif, laquelle nécessite bien sûr un nouveau perfectionnement pour rendre les explications plus faciles à comprendre par ceux qui ne les comprennent pas…

La révélation qui saisit Joseph Jacotot se ramène à ceci : il faut renverser la logique du système explicateur. L’explication n’est pas nécessaire pour remédier à une incapacité à comprendre. C’est au contraire cette incapacité qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde. C’est l’explicateur qui a besoin de l’incapable et non l’inverse, c’est lui qui constitue l’incapable comme tel.

Expliquer quelque chose à quelqu’un, c’est d’abord lui démontrer qu’il ne peut pas le comprendre par lui-même. Avant d’être l’acte du pédagogue, l’explication est le mythe de la pédagogie, la parabole d’un monde divisé en esprits savants et esprits ignorants, esprits mûrs et immatures, capables et incapables, intelligents et bêtes. Le tour propre à l’explicateur consiste en ce double geste inaugural. D’une part, il décrète le commencement absolu : c’est maintenant seulement que va commencer l’acte d’apprendre. D’autre part, sur toutes les choses à apprendre, il jette ce voile de l’ignorance qu’il se charge lui-même de lever. Jusqu’à lui, le petit homme a tâtonné à l’aveuglette, à la devinette. Il va apprendre maintenant. Il entendait des mots et les répétait. Il s’agit de lire maintenant et il n’entendra pas les mots s’il n’entend les syllabes, les syllabes s’il n’entend les lettres que ni le livre ni ses parents ne sauraient lui faire entendre mais seulement la parole du maître.

Le mythe pédagogique, disions-nous, divise le monde en deux. Il faut dire plus précisément qu’il divise l’intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C’est l’intelligence du petit enfant et de l’homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C’est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l’élève et de vérifier que l’élève a bien compris ce qu’il a appris. Tel est le principe de l’explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l’abrutissement.

Entendons-le bien, et, pour cela, chassons les images connues. L’abrutisseur n’est pas le vieux maître obtus qui bourre le crâne de ses élèves de connaissances indigestes, ni l’être maléfique pratiquant la double vérité pour assurer son pouvoir et l’ordre social. Au contraire, il est d’autant plus efficace qu’il est savant, éclairé et de bonne foi. Plus il est savant, plus évidente lui apparaît la distance de son savoir à l’ignorance des ignorants. Plus il est éclairé, plus lui semble évidente la différence qu’il y a entre tâtonner à l’aveuglette et chercher avec méthode, plus il s’attachera à substituer l’esprit à la lettre, la clarté des explications à l’autorité du livre. Avant tout, dira-t-il, il faut que l’élève comprenne, et pour cela qu’on lui explique toujours mieux. Tel est le souci du pédagogue éclairé : le petit comprend-il ? il ne comprend pas. Je trouverai des manières nouvelles de lui expliquer, plus rigoureuses dans leur principe, plus attrayantes dans leur forme; et je vérifierai qu’il a compris.

Noble souci. Malheureusement, c’est justement ce petit mot, ce mot d’ordre des éclairés – comprendre – qui fait tout le mal. C’est lui qui arrête le mouvement de la raison, détruit sa confiance en elle-même, la met hors de sa voie propre en brisant en deux le monde de l’intelligence, en instaurant la coupure de l’animal tâtonnant au petit monsieur instruit, du sens commun à la science. Dès lors qu’est prononcé ce mot d’ordre de la dualité, tout perfectionnement dans la manière de faire comprendre, cette grande préoccupation des méthodistes et des progressistes, est un progrès dans l’abrutissement. L’enfant qui ânonne sous la menace des coups obéit à la férule, et voilà tout : il appliquera son intelligence à autre chose. Mais le petit expliqué, lui, investira son intelligence dans ce travail du deuil : comprendre, c’est-à-dire comprendre qu’il ne comprend pas si on ne lui explique pas. Ce n’est plus à la férule qu’il se soumet, c’est à la hiérarchie du monde des intelligences. Pour le reste, il est tranquille comme l’autre : si la solution du problème est trop difficile à chercher, il aura bien l’intelligence d’écarquiller les yeux. Le maître est vigilant et patient. Il verra que le petit ne suit plus, il le remettra dans le chemin en lui réexpliquant. Ainsi le petit acquiert-il une intelligence nouvelle, celle des explications du maître. Plus tard il pourra être explicateur à son tour. Il possède l’équipement. Mais il le perfectionnera : il sera homme de progrès.

Le hasard et la volonté

Ainsi va le monde des explicateurs expliqués. Ainsi aurait-il dû aller encore pour le professeur Jacotot si le hasard ne l’avait mis en présence d’un fait. Et Joseph Jacotot pensait que tout raisonnement doit partir des faits et céder devant eux. N’entendons pas par là qu’il fût matérialiste. Au contraire : comme Descartes qui prouvait le mouvement en marchant, mais aussi comme son contemporain, le très royaliste et très religieux Maine de Biran, il tenait les faits de l’esprit agissant et prenant conscience de son activité pour plus certains que toute chose matérielle. Et c’était bien de cela qu’il s’agissait : le fait était que ces étudiants s’étaient appris à parler et à écrire en français sans le secours de ses explications. Il ne leur avait rien transmis de sa science, rien expliqué des radicaux et des flexions de la langue française. Il n’avait pas même procédé à la façon de ces pédagogues réformateurs qui, comme le précepteur d’Emile, égarent leurs élèves pour mieux les guider et balisent astucieusement un parcours d’obstacles qu’il faut apprendre à franchir par soi-même. Il les avait laissés seuls avec le texte de Fénelon, une traduction – pas même interlinéaire à la manière des écoles -et leur volonté d’apprendre le français. Il leur avait seulement donné l’ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues. La nécessité l’avait contraint à laisser entièrement hors jeu son intelligence, cette intelligence médiatrice du maître qui relie l’intelligence imprimée dans les mots écrits à celle de l’apprenti. Et, du même coup, il avait supprimé cette distance imaginaire qui est le principe de l’abrutissement pédagogique. Tout s’était joué par force entre l’intelligence de Fénelon qui avait voulu faire un certain usage de la langue française, celle du traducteur qui avait voulu en donner un équivalent hollandais et leur intelligence d’apprentis qui voulaient apprendre la langue française. Et il était apparu qu’aucune autre intelligence n’était nécessaire. Sans y penser, il leur avait fait découvrir ceci qu’il découvrait avec eux : toutes les phrases, et par conséquent toutes les intelligences qui les produisent, sont de même nature. Comprendre n’est jamais que traduire, c’est-à-dire donner l’équivalent d’un texte mais non point sa raison. Il n’y a rien derrière la page écrite, pas de double fond qui nécessite le travail d’une intelligence autre, celle de l’explicateur; pas de langue du maître, de langue de la langue dont les mots et les phrases aient pouvoir de dire la raison des mots et des phrases d’un texte. Les étudiants flamands en avaient administré la preuve : ils n’avaient à leur disposition pour parler de Télémaque que les mots de Télémaque. Il suffit donc des phrases de Fénelon pour comprendre les phrases de Fénelon et pour dire ce qu’on en a compris. Apprendre et comprendre sont deux manières d’exprimer le même acte de traduction. Il n’y a rien en deçà des textes sinon la volonté de s’exprimer, c’est-à-dire de traduire. S’ils avaient compris la langue en apprenant Fénelon, ce n’était pas simplement par la gymnastique qui compare une page de gauche à une page de droite. Ce n’est pas l’aptitude à changer de colonne qui compte, mais la capacité de dire ce qu’on pense dans les mots des autres. S’ils avaient appris cela de Fénelon, c’était parce que l’acte de Fénelon écrivain était lui-même un acte de traducteur : pour traduire une leçon de politique en récit légendaire, Fénelon avait mis en français de son siècle le grec d’Homère, le latin de Virgile et la langue, savante ou naïve, de cent autres textes, du conte d’enfants à l’histoire érudite. Il avait appliqué à cette double traduction la même intelligence qu’ils employaient à leur tour pour raconter avec les phrases de son livre ce qu’ils pensaient de son livre.

Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence? Les méthodistes opposent la mauvaise méthode de hasard à la démarche par raison. Mais ils se donnent par avance ce qu’ils veulent prouver. Ils supposent un petit animal qui explore en se cognant aux choses un monde qu’il n’est pas encore capable de voir et qu’ils lui apprendront justement à discerner. Mais le petit d’homme est d’abord un être de parole. L’enfant qui répète les mots entendus et l’étudiant flamand « perdu » dans son Télémaque ne vont pas au hasard. Tout leur effort, toute leur exploration est tendue vers ceci : une parole d’homme leur a été adressée qu’ils veulent reconnaître et à laquelle ils veulent répondre, non en élèves ou en savants, mais en hommes ; comme on répond à quelqu’un qui vous parle et non à quelqu’un qui vous examine : sous le signe de l’égalité.

Le fait était là : ils avaient appris seuls et sans maître explicateur. Or ce qui a eu lieu une fois est toujours possible. Cette découverte, au demeurant, pouvait renverser les principes du professeur Jacotot. Mais l’homme Jacotot était plus à même de reconnaître la variété de ce qu’on peut attendre d’un homme. Son père avait été boucher, avant de tenir les comptes de son grand-père, le charpentier qui avait envoyé son petit-fils au collège. Lui-même était professeur de rhétorique quand avait retenti l’appel aux armes de 1792. Le vote de ses compagnons l’avait fait capitaine d’artillerie et il s’était montré un remarquable artilleur. En 1793, au Bureau des poudres, ce latiniste s’était fait instructeur de chimie pour la formation accélérée de ces ouvriers qu’on envoyait appliquer sur tous les points du territoire les découvertes de Fourcroy. Chez le même Fourcroy il avait connu Vauquelin, ce fils de paysan qui s’était fait une formation de chimiste en cachette de son patron. A l’École polytechnique, il avait vu arriver ces jeunes gens que des commissions improvisées avaient sélectionnés sur le double critère de leur vivacité d’esprit et de leur patriotisme. Et il les avait vus devenir de fort bons mathématiciens, moins par les mathématiques que Monge ou Lagrange leur expliquaient que par celles qu’ils faisaient devant eux. Lui-même avait apparemment profité de ses fonctions administratives pour se donner une compétence de mathématicien qu’il avait plus tard exercée à l’université de Dijon. Tout comme il avait adjoint l’hébreu aux langues anciennes qu’il enseignait et composé un Essai sur la grammaire hébraïque. Il pensait, Dieu sait pourquoi, que cette langue avait de l’avenir. Enfin il s’était fait, à son corps défendant mais avec la plus grande fermeté, une compétence de représentant du peuple. Bref, il savait ce que la volonté des individus et le péril de la patrie pouvaient faire naître de capacités inédites en des circonstances où l’urgence contraignait à brûler les étapes de la progression explicatrice. Il pensa que cet état d’exception, commandé par le besoin de la nation, ne différait pas en son principe de cette urgence qui commande l’exploration du monde par l’enfant ou de cette autre qui contraint la voie singulière des savants et des inventeurs. À travers l’expérience de l’enfant, du savant et du révolutionnaire, la méthode de hasard pratiquée avec succès par les étudiants flamands révélait son second secret. Cette méthode de l’égalité était d’abord une méthode de la volonté. On pouvait apprendre seul et sans maître explicateur quand on le voulait, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation.

Le Maître émancipateur

Cette contrainte avait pris en la circonstance la forme de la consigne donnée par Jacotot. Et il en résultait une conséquence capitale, non plus pour les élèves mais pour le maître. Les élèves avaient appris sans maître explicateur, mais non pas pour autant sans maître. Ils ne savaient pas auparavant, et maintenant ils savaient. Donc Jacotot leur avait enseigné quelque chose. Pourtant il ne leur avait rien communiqué de sa science. Donc ce n’était pas la science du maître que l’élève apprenait. Il avait été maître par le commandement qui avait enfermé ses élèves dans le cercle d’où ils pouvaient seuls sortir, en retirant son intelligence du jeu pour laisser leur intelligence aux prises avec celle du livre. Ainsi s’étaient dissociées les deux fonctions que relie la pratique du maître explicateur, celle du savant et celle du maître. Ainsi s’étaient également séparées, libérées l’une par rapport à l’autre, les deux facultés en jeu dans l’acte d’apprendre : l’intelligence et la volonté. Entre le maître et l’élève s’était établi un pur rapport de volonté à volonté : rapport de domination du maître qui avait eu pour conséquence un rapport entièrement libre de l’intelligence de l’élève à celle du livre — cette intelligence du livre qui était aussi la chose commune, le lien intellectuel égalitaire entre le maître et l’élève. Ce dispositif permettait de désintriquer les catégories mêlées de l’acte pédagogique et de définir exactement l’abrutissement explicateur. Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L’homme — et l’enfant en particulier — peut avoir besoin d’un maître quand sa volonté n’est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. Mais cette sujétion est purement de volonté à volonté.

Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l’acte d’enseigner et d’apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera abrutissement leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l’élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera émancipation la différence connue et maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté.

Cette expérience pédagogique ouvrait ainsi sur une rupture avec la logique de toutes les pédagogies. La pratique des pédagogues s’appuie sur l’opposition de la science et de l’ignorance. Ils se distinguent par les moyens choisis pour rendre savant l’ignorant : méthodes dures ou douces, traditionnelles ou modernes, passives ou actives, dont on peut comparer le rendement. De ce point de vue, on pourrait, en première approche, comparer la rapidité des élèves de Jacotot avec la lenteur des méthodes traditionnelles. Mais, en réalité, il n’y avait rien à comparer. La confrontation des méthodes suppose l’accord minimal sur les fins de l’acte pédagogique : transmettre les connaissances du maître à l’élève. Or Jacotot n’avait rien transmis. Il n’avait fait usage d’aucune méthode. La méthode était purement celle de l’élève.

Et apprendre plus ou moins vite le français est en soi-même une chose de peu de conséquence. La comparaison ne s’établissait plus entre des méthodes mais entre deux usages de l’intelligence et deux conceptions de l’ordre intellectuel. La voie rapide n’était pas celle d’une meilleure pédagogie. Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain. Sous le rapport pédagogique de l’ignorance à la science, il fallait reconnaître le rapport philosophique plus fondamental de l’abrutissement à l’émancipation. Il y avait ainsi non pas deux mais quatre termes en jeu. L’acte d’apprendre pouvait être produit selon quatre déterminations diversement combinées : par un maître émancipateur ou par un maître abrutissant ; par un maître savant ou par un maître ignorant.

La dernière proposition était la plus rude à supporter. Passe encore d’entendre qu’un savant doive se dispenser d’expliquer sa science. Mais comment admettre qu’un ignorant puisse être pour un autre ignorant cause de science ? L’expérience même de Jacotot était ambiguë de par sa qualité de professeur de français. Mais puisqu’elle avait au moins montré que ce n’était pas le savoir du maître qui instruisait l’élève, rien n’empêchait le maître d’enseigner autre chose que son savoir, d’enseigner ce qu’il ignorait. Joseph Jacotot s’appliqua donc à varier les expériences, à répéter à dessein ce que le hasard avait une fois produit. Il se mit ainsi à enseigner deux matières où son incompétence était avérée, la peinture et le piano. Les étudiants en droit auraient voulu qu’on lui donnât une chaire vacante dans leur faculté. Mais l’université de Louvain déjà s’inquiétait de ce lecteur extravagant pour qui l’on désertait les cours magistraux, en venant s’entasser le soir dans une salle trop petite à la seule lueur de deux bougies, pour s’entendre dire : « Il faut que je vous apprenne que je n’ai rien à vous apprendre. » L’autorité consultée répondit donc qu’elle ne lui voyait point de titre à cet enseignement. Précisément il s’occupait alors d’expérimenter l’écart entre le titre et l’acte. Plutôt donc que de faire en français un cours de droit, il apprit à des étudiants à plaider en hollandais. Ils plaidèrent fort bien, mais lui ignorait toujours le hollandais.

Le cercle de la puissance

L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer: on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain. L’ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu’il le peut et l’oblige à actualiser sa capacité : cercle de la puissance homologue à ce cercle de l’impuissance qui lie l’élève à l’explicateur de la vieille méthode (nous l’appellerons désormais simplement la Vieille).

Mais le rapport des forces est bien particulier. Le cercle de l’impuissance est toujours déjà là, il est la marche même du monde social qui se dissimule dans l’évidente différence de l’ignorance et de la science. Le cercle de la puissance, lui, ne peut prendre effet que de sa publicité. Mais il ne peut apparaître que comme une tautologie ou une absurdité. Comment le maître savant entendra-t-il jamais qu’il peut enseigner ce qu’il ignore aussi bien que ce qu’il sait? Il ne recevra cette augmentation de puissance intellectuelle que comme une dévaluation de sa science. Et l’ignorant, de son côté, ne se croit pas capable d’apprendre par lui-même, encore moins d’instruire un autre ignorant. Les exclus du monde de l’intelligence souscrivent eux-mêmes au verdict de leur exclusion. Bref, le cercle de l’émancipation doit être commencé.

Là est le paradoxe. Car, à y réfléchir un peu, la « méthode » qu’il propose est la plus vieille de toutes et elle ne cesse d’être vérifiée tous les jours, dans toutes les circonstances où un individu a besoin de s’approprier une connaissance qu’il n’a pas le moyen de se faire expliquer. Il n’y a pas d’homme sur la terre qui n’ait appris quelque chose par lui-même et sans maître explicateur. Appelons cette manière d’apprendre « enseignement universel » et nous pourrons l’affirmer : « L’Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. » Mais voilà l’étrange : « Tout homme a fait cette expérience mille fois dans sa vie, et cependant jamais il n’était venu dans l’idée de personne de dire à un autre : J’ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi (…) ni moi ni qui que ce soit au monde ne s’était avisé de l’employer pour instruire les autres. » À l’intelligence qui somnole en chacun, il suffirait de dire : Age quod agis, continue à faire ce que tu fais, « apprends le fait, imite-le, connais-toi toi-même, c’est la marche de la nature ». Répète méthodiquement la méthode de hasard qui t’a donné la mesure de ton pouvoir. La même intelligence est à l’œuvre dans tous les actes de l’esprit humain.

Mais c’est là le saut le plus difficile. Tout le monde pratique cette méthode au besoin mais nul ne veut la reconnaître, nul ne veut se mesurer à la révolution intellectuelle qu’elle signifie. Le cercle social, l’ordre des choses, lui interdit d’être reconnue pour ce qu’elle est : la vraie méthode par laquelle chacun apprend et par laquelle chacun peut prendre la mesure de sa capacité. Il faut oser la reconnaître et poursuivre la vérification ouverte de son pouvoir. Sans quoi la méthode de l’impuissance, la Vieille, durera autant que l’ordre des choses.

Qui voudrait commencer ? Il y avait bien en ce temps-là toutes sortes d’hommes de bonne volonté qui se préoccupaient de l’instruction du peuple : des hommes d’ordre voulaient élever le peuple au-dessus de ses appétits brutaux, des hommes de révolution voulaient l’amener à la conscience de ses droits; des hommes de progrès souhaitaient, par l’instruction, atténuer le fossé entre les classes; des hommes d’industrie rêvaient de donner par elle aux meilleures intelligences populaires les moyens d’une promotion sociale. Toutes ces bonnes intentions rencontraient un obstacle : les hommes du peuple ont peu de temps et encore moins d’argent à consacrer à cette acquisition. Aussi cherchait-on le moyen économique de diffuser le minimum d’instruction jugé, selon les cas, nécessaire et suffisant pour l’amélioration des populations laborieuses. Parmi les progressifs et les industriels une méthode était alors en honneur, l’enseignement mutuel. Il permettait de réunir dans un vaste local un grand nombre d’élèves divisés en escouades, dirigées par les plus avancés d’entre eux, promus au rang de moniteurs. Ainsi le commandement et la leçon du maître rayonnaient-ils, par le relais de ces moniteurs, sur toute la population à instruire. Le coup d’œil plaisait aux amis du progrès : c’est ainsi que la science se répand des sommets jusqu’aux plus modestes intelligences. Le bonheur et la liberté descendent à sa suite.

Cette sorte de progrès, pour Jacotot, sentait la bride. Manège perfectionné, disait-il. Il rêvait autre chose à l’enseigne de l’instruction mutuelle : que chaque ignorant pût se faire pour un autre ignorant le maître qui lui révélerait son pouvoir intellectuel. Plus exactement, son problème n’était pas l’instruction du peuple : on instruit les recrues que l’on enrôle sous sa bannière, les subalternes qui doivent pouvoir comprendre les ordres, le peuple que l’on veut gouverner — à la manière progressive, s’entend, sans droit divin et selon la seule hiérarchie des capacités. Son problème à lui était l’émancipation : que tout homme du peuple puisse concevoir sa dignité d’homme, prendre la mesure de sa capacité intellectuelle et décider de son usage.

Les amis de l’Instruction assuraient que celle-ci était la condition d’une vraie liberté. Après quoi ils reconnaissaient qu’ils devaient l’instruction au peuple, quitte à se disputer sur celle qu’ils lui donneraient. Jacotot ne voyait pas quelle liberté pouvait résulter pour le peuple des devoirs de ses instructeurs. Il sentait au contraire dans l’affaire une nouvelle forme d’abrutissement. Qui enseigne sans émanciper abrutit. Et qui émancipe n’a pas à se préoccuper de ce que l’émancipé doit apprendre. Il apprendra ce qu’il voudra, rien peut-être. Il saura qu’il peut apprendre parce que la même intelligence est à l’œuvre dans toutes les productions de l’art humain, qu’un homme peut toujours comprendre la parole d’un autre homme. L’imprimeur de Jacotot avait un fils débile. On désespérait d’en rien faire. Jacotot lui enseigna l’hébreu. Après quoi l’enfant devint un excellent lithographe. L’hébreu, cela va de soi, ne lui servit jamais à rien — sinon à savoir ce qu’ignoreraient toujours les intelligences mieux douées et plus instruites : ce n’était pas de l’hébreu.

Les choses étaient donc claires : ce n’était pas une méthode pour instruire le peuple, c’était un bienfait à annoncer aux pauvres : ils pouvaient tout ce que peut un homme. Il suffisait de l’annoncer. Jacotot décida de s’y dévouer. Il proclama que l’on peut enseigner ce qu’on ignore et qu’un père de famille, pauvre et ignorant, peut, s’il est émancipé, faire l’éducation de ses enfants, sans le secours d’aucun maître explicateur. Et il indiqua le moyen de cet enseignement universel : apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste d’après ce principe : tous les hommes ont une égale intelligence.

On s’émut à Louvain, à Bruxelles et à La Haye; on prit la chaise de poste de Paris et de Lyon ; on vint d’Angleterre et de Prusse entendre la nouvelle; on alla la porter à Saint-Pétersbourg et à la Nouvelle-Orléans. Le bruit en courut jusqu’à Rio de Janeiro. Pendant quelques années la polémique se déchaîna et la République du savoir trembla sur ses bases.

Tout cela parce qu’un homme d’esprit, un savant renommé et un père de famille vertueux était devenu fou, faute d’avoir su le hollandais.

(Source : premier chapitre du livre de Jacques Rancière, « Le maître ignorant »)

 

La suite est du même tonneau : un livre à ne pas rater, à déguster, à travailler, à infuser…

Monsieur Rancière : merci.

Chacun aura vu le lien (puissant) avec notre réflexion sur les conditions de possibilité d’une vraie démocratie.

J’ai hâte de lire les autres extraits qui vous auront stimulés, ainsi que les réflexions complémentaires qu’ils vous auront inspirés, sans oublier les trouvailles connexes que vous aurez débusquées. 🙂

Étienne.

——————–

« Ce qui abrutit le peuple, ce n’est pas le défaut d’instruction, mais la croyance en l’infériorité de son intelligence.
L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître. »

Joseph Jacotot, militant pour l’émancipation intellectuelle, 1818.

Première publication : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/18/170-lame-humaine-est-capable-de-sinstruire-seule-et-sans-maitre-jacotot-ranciere

Ne ratez pas les commentaires de cette première publication, ils sont passionnants !

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VOLEURS DE POUVOIRS contre CITOYENS CONSTITUANTS : Le Sénat rejette le Droit d’Amendement Citoyen — Cherchez la cause des causes


L’essentiel en 8,5 min. : entretien avec les Colibris, au Centre des Amanins, juillet 2012 :


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[Olivier Berruyer a besoin de nous !] Questions pour un Macron

Olivier Berruyer : « Ce soir Emmanuel Macron sera interviewé par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plénel.

Gageons que, ayant fait venir de vrais journalistes, le niveau d’impertinence sera un peu supérieur à celui des précédents entretiens avec Pernaut et Delahousse.

Mais comme on aime bien aider ici 😉 , nous nous permettons de leur soumettre quelques questions à poser à Emmanuel Macron ce soir.

Je compte sur vous pour récupérer ces questions et les diffuser allègrement sur les réseaux sociaux pour leur donner de la visibilité, notamment en taguant les comptes de@JJBourdin_RMC et @edwyplenel . Avec un peu de chance, et si nous sommes assez nombreux à jouer le jeu, certaines question trouveront leur chemin… » 🙂 

OB


 

Sur la Syrie

“Monsieur Macron, vous avez indiqué jeudi que vous déteniez les preuves attestant que l’armée syrienne avait bien procédé à une frappe chimique sur la Ghouta. Comme cela s’est passé dans une zone assiégée tenue par des salafistes, pourriez-vous nous indiquer de quel type de preuves il s’agit, et comment vous les avez obtenues si rapidement, avant même l’enquête de l’OIAC?”

“Pourriez-vous par exemple nous indiquer combien de frappes chimiques il y a eu, quel était le produit employé (chlore, sarin, autre neurotoxique ?), d’où sont parties les substances et qui ou quoi visaient-elles ?

“Vous avez procédé à ces frappes sans l’accord du Conseil de Sécurité des Nations Unies dont nous sommes membres permanents. Comment justifiez-vous cette violation flagrante de la Charte des Nations Unies ?” et relancer avec : “Votre décision signifie-t-elle que n’importe quel pays peut bombarder n’importe quel autre pays qui tue des civils ? (ce qui ne manque pas)”

“En quoi est-ce plus grave de tuer 40 civils innocents avec du chlore que 400 civils innocents avec des bombes classiques ? Pourquoi ne sommes-nous pas intervenus plus tôt ?”

“Après avoir bombardé l’Irak et la Libye, l’Occident vient de frapper la Syrie en violation du Droit International. Comment comptez-vous continuer à expliquer à l’Iran qu’il ne doit pas se doter de l’arme nucléaire, ni de missiles balistiques ?”

“Vous avez indiqué dans un communiqué que la France avait visé les “capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques”. Le gouvernement syrien étant désormais membre de l’OAIC, pourquoi ne pas avoir respecté la Convention en demandant une inspection d’urgence par mise en demeure, pour prouver la réalité de ces dires, et alors éventuellement sanctionner le gouvernement syrien ?”

“Vous avez dit vous situer dans la “filiation française gaullo-mitterrandienne” ou “chiraquienne”. Pensez-vous que de telles frappes s’inscrivent dans ce cadre ?”

“François Hollande a avoué avoir violé l’embargo européen sur les armes en 2012. Pensez-vous que c’est une bonne idée de livrer des armes durant une guerre civile ?”

“Au vu des événements dramatiques que le pays a connus, accepteriez-vous qu’une commission d’enquête parlementaire fasse la lumière sur l’action des gouvernements précédents en Syrie ? Qui avons-nous soutenu, à qui avons-nous envoyé des armes, se sont-elles retrouvées entre les mains de djihadistes, et que sont-elles devenues ?”

“Hillary Clinton a indiqué dans un mail révélé par Wikileaks que “les gouvernements du Qatar et de l’Arabie Saoudite, fournissent un soutien clandestin financier et logistique à Daech et à d’autres groupes sunnites radicaux dans la région”, fait confirmé par de nombreux spécialistes, comme Marc Trévidic. Pourquoi y a-t-il des sanctions contre des dizaines de personnalités russes, mais aucune contre des personnalités saoudiennes ou qataries de premier plan ?”

“Est-ce bien le rôle de la France, ancienne puissance coloniale, de décider qui doit diriger la Syrie – ce qui ne semble pas venir à l’idée de la Chine, de l’Inde ou du Brésil ? N’est-ce pas une forme de relent impérialiste ?”

“Que pensez-vous des Déclarations de Robert Baer, ancien agent de la CIA spécialiste de la Syrie, qui indiquait en 2011 qu’”on va déclencher une guerre civile qui fera passer la guerre­ libyenne pour de la rigolade…” et en 2014 “Il n’y a pas de rebelles “modérés” en Syrie ! Si vous donnez des armes à l’Armée Libre Syrienne, elle va les vendre à Daech””

“La France reconnait-elle toujours comme représentante du peuple syrien la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, malgré les nombreuses critiquesquant à sa proximité avec les Frères Musulmans” ?

“Le 18 novembre 2015, Bernard Squarcini, qui était le directeur du renseignement intérieur de 2008 à 2012, a indiqué que le gouvernement avait refusé pour des raisons idéologiques de négocier avec les services syriens qui proposaient la liste des Français combattants en Syrie. Au vu des attentats qui meurtrissent le pays, maintenez-vous cette position ? Refusons-nous toute coopération antiterroriste avec la Syrie ?”

Sur les Droits de l’Homme

“Vous avez tweeté “Le respect de l’autre, la paix, le droit de croire ou de ne pas croire ne sont pas seulement des valeurs occidentales. Ce sont des valeurs pour l’humanité entière.” Pensez-vous que 1/ au vu de son histoire, que l’Occident est bien placé pour donner des leçons 2/ que le reste du Monde nous attend pour désirer la paix ou le respect de l’autre ? En somme, ce genre de paroles ne sonnent-elles pas un peu comme évangélisatrices ?”

“Avez-vous discuté de ce tweet lors de vos rencontres avec les dirigeants des régimes saoudiens, chinois ou égyptiens ?”

“On a l’impression que votre Diplomatie continue la pratique du Deux Poids Deux Mesures des précédents gouvernements. Ferme avec la Russie ou la Syrie, molle avec l’Arabie, Israël ou l’Égypte. Pourquoi continuer à ne pas réagir face aux massacres au Yémen et en Palestine, ce qui alimente une haine de l’Occident dans le monde arabe qui est très dangereuse ?”

“La Ministre de la Défense a indiqué que les armes françaises vendues à l’Arabie saoudite “n’étaient pas censées être utilisées” au Yémen. Allez-vous faire figurer à l’avenir une clause “Ne pas utiliser” sur les armes que nous vendrons à de tels pays ? Ou allons-nous cesser de vendre des armes à des pays qui détestent notre civilisation ?”

Sur l’affaire Skripal

“Vous avez expulsé des Diplomates russes quelques jours après l’empoisonnement des Skripal à Londres. Comme pour la Syrie, nous n’avons pas de preuves publiques conclusives démontrant la culpabilité de la Russie. Sur quelles bases avez-vous agi ? Savez-vous par exemple précisément à quel moment, comment et par qui ils ont été empoisonnés ?”

“La France possède-t-elle des échantillons du A-234 utilisé contre les Skripal ou d’autres produits de type Novitchok, par exemple à des fins de recherche pour trouver des antidotes ? Avez-vous demandé au Royaume-Uni s’il en possédait ?”

“Comment expliquez-vous que, empoisonnées par ce terrible poison militaire surpuissant, dont on semble ne pas connaitre d’antidote, les deux victimes aient survécu, et que Youlia Skripal soit déjà sortie de l’hôpital ?

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[Contrôle des pouvoirs, ici et maintenant] Les Affranchis : séance de TOURNAGE du Conseil municipal d’Aubenas de mardi 10 avril dernier

Ping Camille Halut : ça germe 🙂
( http://democratie-saintandredevalborgne.com/category/conseils-municipaux/ )

« Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. »
Alain

#toutchefseraundétestabletyransionlelaissefaire

« Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé. »
Émile Chartier dit « Alain », « Propos », 25 janvier 1930.

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À l’école de la bienveillance

À Trappes, une école a mis en place une méthode fondée sur l’empathie.
Et ça fait du bien.

Quand on fait vraiment confiance à un humain, la plupart du temps il fait tout pour en être digne.
(Pareil pour la défiance…)
C’est au cœur du projet démocratique : faire vraiment confiance aux humains pour qu’ils deviennent citoyens.

Le sujet complet ici : https://www.francetvinfo.fr/societe/trappes/education-l-exemple-d-une-ecole-bienveillante-a-trappes_2194127.html

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10ème anniversaire du verdict condamnant injustement Jamal Zougam, véritable nouveau Dreyfus, pour les attentats de Madrid en 2004. Une enquête bouleversante de Cyrille Martin.

Chers amis,

Je vous propose de découvrir ci-dessous une enquête remarquable, menée par un simple citoyen, Cyrille Martin, pour disculper un pauvre homme broyé par « La Justice » et croupissant injustement en prison depuis plus de 10 ans pour que nos sociétés puissent maudire un bouc émissaire.

Je vous laisse lire Cyrille et surtout voir son film, vraiment bien fait, je trouve.

La vidéo proposée en bonus est très bonne aussi : je trouve Daniele Ganser épatant, admirable ; je vous en reparlerai (je suis en train de dévorer son dernier livre « les guerres illégales de l’OTAN », aux éditions Demi-Lune).

Étienne.



Cyrille Martin :

« Il y a 10 ans, le 31 octobre 2007, la Justice espagnole rendait son verdict dans l’affaire des terribles attentats de Madrid du 11 mars 2004 (Atocha, 191 morts). Après avoir suspecté l’ETA, l’enquête s’était dirigée vers de supposés djihadistes, au premier rang desquels le marocain Jamal Zougam, qui fut condamné à la réclusion à perpétuité, accusé d’être l’un des poseurs de bombes.

Ce jugement est remis en question par un documentaire, réalisé en autoproduction par l’auteur de ces lignes. Intitulé ’Un nouveau Dreyfus, Jamal Zougam, bouc émissaire des attentats de Madrid ?’, ce documentaire est construit sur la comparaison des images des journaux télévisés avec celles des enregistrements vidéos du procès. Il montre que, dans certains cas sensibles, on continue sur le vieux continent à condamner à perpétuité des boucs émissaires dont le seul tort est d’avoir la ’mauvaise’ religion du moment. Que ce soit par l’intermédiaire de la Justice espagnole ou de la Justice européenne.

La version espagnole du documentaire (diffusée sur internet et sur la chaîne latino-américaine TeleSur) a commencé à briser le tabou qui entoure cette affaire en Espagne. Nous vous proposons l’interview de la famille de Jamal Zougam, réalisée suite à cette diffusion par l’un des rares médias espagnols à critiquer le verdict, elespanol.com. Ainsi que le bonus à cette version espagnole : une interview vidéo en français de l’historien Daniele Ganser, qui bat en brèche l’idée que le terrorisme serait aujourd’hui nécessairement islamiste (sans pour autant revenir à l’accusation d’ETA, idée encore soutenue dans certains médias espagnols). »

Le documentaire en français :


Interview de la famille de Jamal Zougam, Elespanol.com, 10 et 12 mars 2017 :

La famille Zougam est musulmane mais elle a des goût occidentaux. Les filles sont en jeans et ne portent pas le voile. Mohamed [frère de Jamal] aime les Beatles et Mike Oldfield. « A mon travail à la banque, tout le monde m’a cru dès le début et ils m’ont traité comme si j’étais une victime de plus de cet attentat, même si je n’avais pas de proches dans ces trains » assure Samira [sa soeur]. « Pareil à la maison » ajoute Mohamed. « Les voisins n’ont pas changé avec nous. Parce qu’ils sentent qu’on n’est pas des mauvaises gens. »

Ce matin-là, jure Mohamed, ce fut la routine habituelle. « Quand je me suis levé, il était là, devant moi. Je ne l’oublierai jamais. Il était complètement endormi. Il dort comme une souche, pas moyen de le réveiller quand il dort ». « Moi je n’ai pas été appelé à déclarer au procès », dit Samira. « Je crois que ça a été à cause d’une erreur de notre avocat José Luis Abascal. Il ne se réunissait même pas avec nous. Il ne nous consultait pas. »

Cinq fois par semaine, Zougam a le droit de faire un appel téléphonique de cinq minutes. Et sa famille peut lui rendre visite une fois par mois. « Il a été en régime d’isolement total jusqu’à il y a deux ans. Toujours seul, même pendant qu’il était dans la cour. Il a de l’arthrose et il souffre beaucoup du froid, mais personne ne règle ça » dit Samira.

Questions à Aicha, mère de Jamal Zougam, qui rompt 13 années de silence :

Comment savez-vous que votre fils est innocent ?

Parce qu’il n’a rien fait. Parce qu’il était avec moi la nuit du 10 mars. Il est rentré du gymnase, en sueur, vers minuit… Et il serait allé poser des bombes au matin ? Puis il serait allé au travail ? Ce matin-là on a discuté, la télévision était allumée. Son frère est parti au travail en premier et lui est resté discuter avec moi.

Est-ce vrai que la veille des attentats, Jamal avait visité un appartement à louer pour emménager avec sa femme ?

C’est vrai. Il est allé voir le logement, il a laissé la photocopie de sa carte d’identité au propriétaire. Et il est allé au travail. La police et la Justice le savent, parce qu’ils sont allé voir le propriétaire… Mais tout a été étouffé ensuite.

Cette information n’est pas sortie, ensuite, pendant le procès ?

Ils ne voulaient pas, ils ne me laissaient même pas parler pendant le procès. Ce salaud [le juge Gomez Bermudez] ne m’a même pas laissé parler. Il m’a dit « C’est bon, c’est bon. Tais-toi ». Mais il s’agit de mon fils, je devais parler ! Pourquoi ? Pourquoi ne m’ont-ils pas laisser parler ? [A la fin de l’entretien, elle s’excuse pour ce coup de sang : « C’est à cause de cette impuissance »]

Ce n’est pas vrai que vous avez logé chez vous Abou Mughen ?

Jamais. Je ne le connais même pas. Écoutez, personne n’est venu chez moi. Tout les voisins me connaissent. Je n’ai pas déménagé. Ils sont tous gentils avec moi.

Croyez-vous que votre fils a été choisi intentionnellement, ou simplement qu’il n’a pas eu de chance ?

Ils l’ont choisi.

Pourquoi ?

Je ne le sais pas. Je ne sais pas. Parce qu’ils n’avaient personne d’autre.

Jamal a dit pendant le procès que ça pourrait être pour se venger du fait qu’il ait refusé l’offre du CNI [les services de renseignement] de collaborer avec eux.

Ils lui avaient dit qu’ils arrangeraient le venue de son père du Maroc… mais il n’a pas voulu.

Qui aurait commis les attentats selon vous ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas… je ne sais pas. La police ? Je ne sais pas. Beaucoup de gens.

Que pensez-vous d’Al Qaeda et de l’État Islamique ?

Du mal, beaucoup de mal. Les barbus je ne peux même plus les voir à la télévision. Je vous jure. Je vois les gens qui vont voilés, comme ça, au Maroc, et je dis « Regarde la fille de p… A cause de ces gens mon fils est en prison. »

Votre fils est condamné sur la base du témoignage de deux femmes roumaines. Pourquoi croyez-vous qu’elles aient déclaré l’avoir vu dans les trains ?

Parce qu’elles ont été payées, et bien payées [Elles ont reçu une indemnité et une régularisation en tant que victimes, note du traducteur]. Pourquoi aucun espagnol n’est venu dire qu’il l’avait vu ? Seulement des roumaines ? Il y en a eu quatre ou cinq. Mais pas d’espagnols, ni marocains, ni italiens. Seulement des roumains… parce qu’elles ont touché. Je demande au gouvernement qu’il rouvre le dossier de mon fils, parce qu’il n’a rien fait. S’il vous plaît.

Avez-vous vu le documentaire du français Cyrille Martin, qui défend l’innocence de votre fils ?

Non. Je n’aime pas voir mon fils dans ce procès, ni me rappeler des images de cette époque. Je ne peux pas. Mais ses frères et sœurs l’ont vu et ils disent qu’il raconte les choses telles qu’elles se sont passées.

Après tout ce qui s’est passé, vous regrettez d’être venue en Espagne ?

Oui… Vous savez que ça fait 13 ans que mon fils est en prison et personne ne parle de lui, alors que tout le monde sait qu’il n’a rien fait. Il y en a qui ont les preuves de ça. Ils ne veulent pas parler. Tout le monde la ferme. Pourquoi ? Parce qu’il est marocain ? Pourquoi ? Beaucoup de gens ont commis des erreurs et personne ne veut parler.

 

Bonus de la version espagnole du documentaire, une interview exclusive en français de Daniele Ganser :

Cyrille Martin

Source : Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/10eme-anniversaire-du-verdict-condamnant-injustement-jamal-zougam-veritable-nouveau-dreyfus-pour-les-attentats-de-madrid.html

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Les Gentils Virus : Étude d’une communauté politique alternative, par Simon HECKLER

Vous souhaitez mieux connaître le mouvement des Gentils Virus ?

Un Mémoire universitaire effectué par un étudiant, Simon Heckler, actuellement doctorant et extérieur au mouvement, va répondre à votre curiosité !

Je recommande à tous la lecture de cette étude ; c’est bien intéressant, même quand on est déjà au courant 🙂

Merci Simon, pour ce gros boulot, très utile, je trouve.


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Les_Gentils_Virus…alternative

Les Gentils Virus : Etude d'une communauté politique alternative, Paris-2-Simon-HECKLER


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[Éducation populaire ; communication non violente ; économie collaborative] Ce collectif a inventé UN MONOPOLY ANTICAPITALISTE : le COMMONSPOLY

Réunis lors d’un hackcamp, un groupe de fervents défenseurs des biens communs a détourné le Monopoly. Ils en ont fait un jeu d’entraide où il faut coopérer pour gagner. Ils sont en réalité tout simplement revenus aux origines du jeu, bien différentes de sa version actuelle.

La version française COMMONSPOLY est disponible en téléchargement ici :
http://wiki.remixthecommons.org/index.php?title=Commonspoly

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AUTONOMIES, le prochain film de Nazzaréna, financés par nous tous qui voulons le voir :-)

J’ai hâte de voir le nouveau film de Nazzaréna :
il s’appellera AUTONOMIES.

C’est un film documentaire financé par ceux d’entre-nous qui veulent le voir. Les vidéos de présentation (avec plein de gens bien 🙂 ) sont très intéressantes.
C’est sur cette même page que nous pouvons participer à son financement : https://fr.ulule.com/autonomies/

Présentation du film :

L’Autonomie alimentaire, énergétique, c’est possible. Vivre dans une maison à 10.000€ aussi. Pourtant, autonomie ne veut pas dire autarcie, mais interdépendances

Le film en une phrase : « Agis en ton lieu, pense avec le monde » (Édouard Glissant)

Cinq ans après « La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes, qui montrait entre autres Fabrice André, créateur d’un refuge autonome à 2000 mètres d’altitude, Nazzaréna a à coeur de poursuivre cette réflexion sur l’autonomie. Il s’agit d’en montrer les différentes facettes, dont certaines sont surprenantes.

Le film en une minute :

Pour certains, autonomie rime avec autarcie et utopie. Partie à la rencontre de personnes qui vivent en autonomie alimentaire ou énergétique, je découvre que l’autonomie est aussi juridique, politique, psychologique, éducative, voire biologique et même historique. Juridique, car comment créer un éco-lieu réellement autonome si la législation ne le permet pas, ou si l’on doit obligatoirement être raccordé au réseau? Politique, donc, car le renouveau démocratique passe par des initiatives locales de certains maires en France qui s’engagent dans des votations citoyennes, par exemple.Psychologique, car comment opérer un changement de vie durable sans une stabilité dans ses engagements, ses choix, son rapport aux autres? Éducative, car à la base, il y a l’enfant, un adulte en devenir qui doit pouvoir s’émanciper dans ses apprentissages. Biologique, car au coeur de nos cellules, il y a par exemple des milliards de bactéries qui ont appris à coopérer. Historique enfin, car nous avons peut-être à apprendre d’une communauté en partie « autonome », active durant quatre siècles dans les Alpes. Voilà pourquoi « Autonomies » s’écrit au pluriel.

Qui n’a pas rêvé un jour de changer de vie?

Ils étaient étudiants, professeur de gymnastique, juriste internationale ou agriculteur traditionnel. Ils sont maintenant installés dans des fermes, des éco-lieux, des éco-hameaux, dans le respect de l’environnement.

L’une des originalités du film réside dans l’exemplarité de ces personnes qui ont cheminé à contre-courant et sont en train de créer des éco-lieux ou des éco-hameaux, dans l’optique de partager leurs savoirs grâce à des journées portes ouvertes, des formations, des stages ou des chantiers participatifs.

Au départ, ils avaient décidé de vivre plus près de la nature pour eux et leur famille, puis ils ont créé des habitats autonomes ou une ferme permaculturelle là où il n’y avait qu’une friche. Pour certains, c’était il y a quarante ans, pour la nouvelle génération, c’était il y a à peine plus d’une an. Leurs atouts :  inventer de nouvelles manières de consommer et de vivre, avec de la créativité et une réelle ingéniosité technique.


Journées portes ouvertes à la ferme du Bec-Hellouin

Toutes ces initiatives  concrètes, si elles essaimaient davantage, permettraient à des communautés, des villages ou des villes de faire face aux crises actuelles.

Mais pour que ce changement de société puisse se propager, le savoir-faire technique seul ne suffit pas. Il faut allier l’autonomie extérieure à l’autonomie intérieure.

C’est ainsi que seront abordés les limites posées par la législation, le changement psychologiqueliée à tout changement de vie, l’émancipation dès le plus jeune âge grâce à d’autres méthodes d’éducation, ou l’indispensable créativité de chaque être humain.

Sur ces thématiques seront interviewées des personnalités ouvertes à d’autres disciplines, permettant de faire des ponts entre la philosophie, la psychologie, le droit et la biologie.

L’objectif  de ce film est de montrer qu’être autonome, ça n’est pas vivre en autarcie. C’est choisir ses dépendances… dans un environnement basé sur les interdépendances.

En fil rouge, le film fera découvrir une communauté qui a vécu en autonomie politique, juridique, fiscale et éducative entre le XIVe siècle et la Révolution française, soit sur plus de douze générations. Peut-être est-ce l’occasion d’y trouver des sources d’inspiration.

Les intervenants

La maison autonome de Brigitte et Patrick Baronnet

Brigitte et Patrick ont quitté la vie parisienne il y a plus de quarante ans et vivent dans une ferme en Bretagne, où à force de travaux et d’ingéniosité, ils sont devenus autonomes de leur eau, de leur électricité et en partie de leur nourriture. Il nous montrent qu’il est possible, via des chantiers participatifs, de construire un habitat à moindre coût avec des matériaux nobles, d’avoir un accès à l’énergie en utilisant à la fois le solaire et l’éolien, avec des personnes fabriquant eux-mêmes leurs panneaux solaires pour l’eau chaude, ou en faisant des formations pour fabriquer des éoliennes, par exemple.

En 20 ans, ce sont plus de 20.000 curieux qui sont venus dans la « maison autonome« , lors de festivals, de journées portes ouvertes ou de stages, pour découvrir comment se lancer dans l’aventure de l’autonomie énergétique. Comme nous le précise Patrick Baronnet, l’autonomie, c’est…

La ferme permaculturelle du Bec Hellouin

Perrine, ancienne juriste internationale, est aujourd’hui diplômée en permaculture. Elle  a voulu réinventer sa vie et rompre drastiquement avec ce qu’elle faisait auparavant. C’est ainsi qu’elle a rencontré Charles, son mari, et qu’ensemble, ils ont fondé la ferme biologique du Bec-Hellouin. Ils développent une agriculture qui permettrait non seulement d’être autosuffisant en alimentation à l’échelle d’un village, mais dont le développement pourrait nourrir toute la planète, grâce à des techniques de permaculture, de micro-agriculture, avec une culture intensive sur de petites surfaces sans engrais chimiques ni pesticides.

Nous sommes allés en 2015 aux journées portes ouvertes qu’ils organisaient, afin de découvrir leur immense jardin, avec une serre, des étangs, un potager, un jardin mandala, des arbres fruitiers…

Perrine et Charles assurent des formations, travaillent avec de grands chefs étoilés et on été suivis pour une étude par l’INRA (Institut national de recherche en agronomie).

L’éco-lieu Eotopia

Benjamin, 32 ans, expérimente depuis sept ans la vie sans argent. Il a voyagé ainsi sur les routes d’Europe, d’Amérique, en passant par l’Afrique, privilégiant les échanges. En 2016, il s’est résolu avec d’autres personnes à acheter un terrain avec un corps de ferme pour créer un éco-lieu appeléEotopia. Benjamin et son épouse y vivent avec d’autres membres de la communauté dans une économie basée sur le don, les échanges, pour tendre vers l’humain plutôt que vers l’argent. Benjamin a pour le moment renoncé à son idéal de vivre avec « zéro argent », mais l’utilise aussi peu que possible.

L’éco-lieu Alôsnys

Aurore avait une formation dans l’agriculture et l’éducation à l’environnement. Avec Bruno, agriculteur, ils ont créé Alôsnys, un éco-lieu en Bourgogne qui accueille aussi bien des enfants que des adultes pour les reconnecter à un jardinage sain, respectueux des écosystèmes. Ils assurent par ailleurs des formations diplômantes en permaculture et accueillent de nombreux stagiaires.

Les autres facettes des « Autonomies »

Et si l’avenir passait par une renforcement de la démocratie locale? Les maires ont un rôle essentiel pour favoriser l’émergence de ces initiatives. Par exemple, la ville des Molières, dans l’Essonne est un laboratoire d’initiatives écologiques et démocratiques. Jardins partagés, épicerie bio et locale, votations citoyennes, ainsi que la proximité du foyer d’accueil médicalisés pour autistes La Lendemaine, qui est aussi une ferme agricole et artisanale de 7 hectares: l’alliance du soin de lanature et de l’humain.

Pour faire exister de tels lieux, la législation doit bien évidemment s’y prêter. Mais pour le projet Eotopia, par exemple, l’achat du terrain s’est avéré incontournable, alors que dans son optique de vivre sans argent, Benjamin avait envisagé un don. En France, les donateurs sont taxés à 60% de la valeur du bien. Les autres contraintes résident dans les permis de construire des habitats innovants, avec récupération d’eau, ou l’obligation d’être raccordé au réseau même si l’on est en autonomie énergétique.

Un point qui reste essentiel, c’est le déclencheur, le déclic, le moment où l’on décide de changer de vie, où l’on se jette à l’eau. Comment surmonter psychologiquement les obstacles lorsqu’on se lance dans l’expérimentation, l’innovation, en couple ou en communauté?

L’émancipation passe aussi par l’éducation. Parmi les intervenants, certains prônent « une éducation libre », respecteuse de la soif d’apprendre de l’enfant. François Taddéi, chercheur ensciences cognitives, apportera son éclairage sur ce sujet qui est un enjeu majeur pour les générations futures. L’occasion de découvrir que dès le Moyen-Âge, une communauté dans les Alpes enseignait aux riches et aux pauvres, filles et garçons, avec un faible taux d’illettrisme, tout en inculquant des notions de droit.

François Taddéi nous démontre que la dernière facette des autonomies est liée à la biologie, par l’exemple d’études sur les cellules. Ainsi, les bactéries font évoluer la manière dont elles évoluent. Elles savent échanger de l’information sur la façon de coopérer et elles savent coopérer sur la façon d’échanger de l’information.

Coopérer, échanger de l’information, c’est ce que font les personnes qui vivent dans des éco-lieux, tout comme la nature et les écosystèmes. Comme l’a écrit Edgar Morin, «Penser global », c’est penser LE global, dans ses relations entre le tout et les parties. Sans arrêt, le global et le local interfèrent.»

A quoi va servir le financement ?

Nazzaréna et Christophe travaillent bénévolement sur ce projet depuis un an et demi.L’écriture du film a commencé début 2016, les tournages en avril 2016. Ils se poursuivent actuellement.

Nous privilégions au maximum la tente ou l’hébergement chez l’habitant, ainsi que les pique-niques… mais il y a des dépenses incompressibles.

La collecte permettra de financer la fin des tournages, le montage et la post-production du film.

[…]

L’occasion pour ceux d’entre vous qui le souhaitent de devenir des specta’cteurs privilégiés et des acteurs du changement.

À propos du porteur de projet

Il y a quelques années, je pensais que j’avais oublié
Oublié tous mes rêves, tout ce que j’aurais pu réaliser
J’avais peur d’entreprendre quoi que ce soit
Peut-être mon éducation a contribué à tout ça
Aujourd’hui plus que tout, je veux
Je veux me nourrir sans appauvrir la terre
Je veux boire sans assécher nos sources et nos rivières
Je veux m’éclairer et me chauffer sans nos centrales nucléaires
Je veux vivre en autonomie, grâce au vent, au soleil, à la pluie
Je ne suis qu’une goutte l’eau dans l’océan de l’humanité
Je veux m’arrêter à chaque port, tisser la toile de la solidarité
Je n’ai pas la certitude que tout cela arrivera
Je veux juste en avoir l’opportunité
Faire ce film symbolise l’opportunité
L’opportunité que ces choses changent
Si je viens vers vous,
C’est par ce que vous êtes 
Et ce que vous êtes me montrera qu’il n’est pas trop tard   
Pour réaliser ce film et le faire avec vous.

Nazzaréna

 

Nazzaréna est artiste, auteure de pièces de théâtre et de poèmes. Auteure compositrice interprète, elle a enregistré un CD 2 titres en 2007.

« La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes était son premier documentaire, financé avec succès sur Ulule. Il a été sélectionné au Salon Marjolaine 2013, au festival d’ATTAC à Ivry-sur-Seine et au festival du film engagé de Romagnat.

Dès l’été 2013, le thème de l’autonomie citoyenne la questionne, comme le montre ce micro-trottoir.

En 2014, elle a initié le projet « Passerelles » avec le soutien d’EELV. Il s’agit d’une série de vidéos mises en ligne sur Internet, dans lesquelles la députée européenne Michèle Rivasi débattait avec le philosophe Patrick Viveret ou le président du groupe SOS Jean-Marc Borello sur les thèmes de la démocratie, de l’engagement et du changement.

Ses atouts : décrocher les interviews, poser des questions que les journalistes ne posent pas, le tout accompagné d’une bonne dose d’intuition. Son intérêt pour la psychologie et la psychanalyse permet de compléter son approche originale.

Christophe est documentaliste, archiviste, spécialiste de l’analyse des médias et ancien de l’émission de France 5 « Arrêt sur images » (1996 à 2002).

Il a co-réalisé « Désentubages cathodiques » (Zalea TV), sorti en salles en 2005 et réalisé «Banlieues sous le feu des médias » , sorti en salles en 2006.

Auparavant, il a été assistant documentaliste pour le documentaire de Daniel Schneidermann « Kosovo, des journalistes dans la guerre » (Arte, 2000) ou « Chomsky et Cie » de Daniel Mermet et Olivier Azam (Les Mutins de Pangée, 2008).

Avec Nazzaréna, il a co-réalisé « La Pandémie du Nouveau monde », dont le tournage a débuté en 2009 pour s’achever en 2012.

Ses atouts: l’esprit de synthèse, l’articulation des thématiques à aborder dans le film, ainsi que la recherche de la perfection.. qui n’est pas de ce monde, soi-disant!

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La page Ulule pour aider les auteurs du film à continuer leur boulot d’éducation populaire : https://fr.ulule.com/autonomies/

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155463544277317

[Démocratie directe, l’exemple suisse] La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux (par Wolf Linder)

Moi qui suis assez vieux tout de même, c’est la première fois de ma vie que je n’ai pas voté élu mon prochain maître.

Je me suis abstenu, pour éviter de faire des bêtises, perdu dans le choix lamentable qui m’était imposé par les ultra-riches et leurs serviteurs.

Cette élection présidentielle fut donc un épisode particulièrement odieux de prétendue « démocratie représentative » : on te met le pistolet (d’extrême droite) sur la tempe (chantage qui prend des années à mettre en place, grâce aux médias qu’il a fallu acheter pour ça) et un dimanche fatal, on te dit :

« tu dois voter :

– soit pour la prétendue « Union européenne » — c’est-à-dire la perpétuation de la schlague de l’ordolibéralisme allemand et l’asservissement par la dette, les concurrences déloyales du « libre-échange », les délocalisations et la désindustrialisation, les « travailleurs détachés », le chômage de masse et les bas salaires, l’espionnage généralisé et la colonisation du pays par les USA, et puis finalement le pillage et la dévastation bientôt comme les pauvres Grecs —,

– soit pour… « le péril fasciste » (sic)…

Allez, maintenant, vote ! »

Heu, non.

Tout compte fait, en cette occurrence calamiteuse, même le vote blanc valide l’escroquerie représentative : j’ai relu Libertad et je me suis abstenu.

66% des gens qui élisent Macron (!), leur pire ennemi (et, bien entendu, rien à foutre de l’abstention, des blancs et des nuls)… La prédiction de Tocqueville (la devise des riches) s’est encore parfaitement confirmée : « je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira ».

Après cet épisode odieux, donc, je vous propose de revenir aux fondamentaux (quel contrat social allons-nous mettre en place nous-mêmes, précisément, dès que nous serons assez nombreux à être devenus vraiment constituants ?), avec cet article de Wolf Linder, aimablement traduit par Domaine public.

Avant de vous laisser le lire, je vous rappelle que c’est à VOUS, personnellement, quotidiennement, de réfléchir à la constitution et de vous entraîner à constituer, pour, le jour où il sera question de changer de contrat social, être prêt à refuser d’élire une assemblée constituante et prêt à exiger soit de participer vous-même à l’écriture, soit que l’AC soit tirée au sort parmi de simples mais vrais citoyens (donc constituants).

Pas de démocratie sans citoyens constituants et vigilants.

Bon courage à tous
(parce que là, on va perdre à la fois le droit du travail, la sécurité sociale, la retraite, et j’en passe… dans l’impuissance politique la plus totale).

Étienne.


La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux

La vraie démocratie suppose d’assumer son opinion et de la confronter à celle des autres

icone auteurWOLF LINDER | icone calendrier 8 mai 2017 | icone calendrier DP 2164

Photo jimynu
Photo jimynu (licence CC)

Durant de longues années, je ne comptais pas parmi les fervents admirateurs de l’institution de la Landsgemeinde, partageant un scepticisme très répandu: dans de telles assemblées, le secret du vote n’existe pas.

Chacun peut voir comment et pour qui vote son fils, son voisin ou son employé. Le talent oratoire d’un Landamman peut influencer l’avis de l’assemblée. Le décompte d’une courte majorité est presque impossible lors d’un vote à main levée.

On se souvient encore de l’entêtement des Appenzellois des Rhodes-Intérieures qui ont refusé à plusieurs reprises le droit de vote à leurs femmes. Il a fallu qu’une poignée de vaillantes Appenzelloises portent la cause jusqu’au Tribunal fédéral pour obtenir en 1990 les droits politiques dont les autres Suissesses bénéficiaient depuis longtemps. A cette époque, j’aurais voté comme les Nidwaldiens et les Appenzellois des Rhodes-Extérieures qui ont aboli leur Landsgemeinde dans les années 90.

Aujourd’hui, seuls les cantons de Glaris et d’Appenzell Rhodes-Intérieures connaissent encore une assemblée annuelle du corps électoral qui élit ses autorités, se prononce sur les finances et sur les questions importantes – telle l’interdiction de la burka, refusée dimanche 7 mai 2017. Seraient-ils donc les derniers à célébrer ce folklore et à tenir à cette vieille tradition n’ayant plus de place à notre époque?

Mes premiers doutes sont apparus il y a une dizaine d’années lors d’une discussion avec Marianne Kleiner, première conseillère d’Etat d’Appenzell Rhodes-Extérieures, puis conseillère nationale (PRD). Celle-ci s’est battue sans succès pour réintroduire la Landsgemeinde à Trogen et Hundwil (AR), échouant malgré un argumentaire remarquable. Et en 2006, à Glaris, une motion de jeunes socialistes proposant la fusion des 25 communes du canton en trois nouvelles communes fut acceptée par la Landsgemeinde. Une année plus tard, la même assemblée faisait de Glaris le premier canton – et toujours le seul – à connaître le droit de vote à 16 ans.

Il s’agissait donc de bien autre chose que de folklore. Par la suite, deux travaux de recherche menés sous ma direction à l’Institut de science politique de l’Université de Berne ont parachevé mon revirement d’opinion.

Le premier, la thèse de doctorat de Hanspeter Schaub, compare la qualité de la démocratie telle que pratiquée dans la Landsgemeinde d’une part, et par le vote dans les urnes d’autre part, dans six cantons; le second travail interroge un millier de citoyens glaronnais sur leur expérience de la Landsgemeinde, afin de savoir de quelle manière les débats à l’assemblée ont contribué à former leur propre opinion. De plus, il s’agissait de vérifier l’intensité du soutien à la démocratie d’assemblée.

Les deux travaux montrent une image nouvelle et fascinante de cette institution. Le vote dans les urnes voit l’initiative et le référendum contre les décisions du parlement se substituer à l’assemblée des citoyens. Un tel système permet une plus grande indépendance de la justice et accroît la capacité d’action du gouvernement. Par contre, la démocratie « radicale » de la Landsgemeinde élargit les possibilités de choix du peuple et permet aux citoyennes et aux citoyens de véritablement décider sur un plus grand nombre de dossiers. La Landsgemeinde permet également de mieux clarifier la responsabilité du gouvernement. Mais le plus surprenant est la qualité démocratique des débats tenus dans l’enceinte de la Landsgemeinde, révélé par les deux études.

Certes, un quart seulement du corps électoral participe à l’assemblée. Mais les Glaronnais sont fiers de leur institution et perçoivent les décisions prises comme particulièrement crédibles. Et à raison, car l’assemblée est le théâtre de réels et vifs débats sur les questions de politique cantonale. L’étude détaillée de deux objets soumis à votation a montré qu’une bonne partie des participants ont formé leur avis au cours de l’assemblée. Les nouveaux arguments lancés dans le débat ont influencé la formation de l’opinion. Les personnes interrogées accordent une forte crédibilité aux propositions formulées par les personnes directement concernées par le problème discuté et par des citoyens sans mandat électif. Si leur point de vue est bien argumenté, il peut emporter l’adhésion.

Une étude plus ancienne, portant sur la révision du plan général d’affectation des sols dans 60 communes du canton de Zurich, arrive à des conclusions similaires: les propositions véritablement nouvelles émergent lors de l’assemblée communale censée adopter le nouveau plan, soit à la fin du processus de révision, et non lors des étapes précédentes qui passent par la consultation des partis ainsi que des associations et des groupes d’intérêts concernés.

Ces avantages devraient contribuer à expliquer pourquoi certaines communes suisses alémaniques ont aboli les conseils communaux introduits dans les années 1970. Dans les villes, le vote à l’urne devrait rester, pour des raisons pratiques, la seule solution possible. Mais les communes pour qui l’assemblée fonctionne bien n’ont pas de raison de se « moderniser » en lui substituant un conseil élu. En outre, nous devrions éviter de monter les systèmes l’un contre l’autre. Selon Schaub, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients et s’avèrent en de nombreux points comparables en termes de qualité du système démocratique local. L’absence de secret lors du vote en assemblée générale pose encore un réel problème – que le recours au smartphone permettrait de résoudre.

Mais quelles sont, alors, les raisons de la grande qualité des débats dans une démocratie d’assemblée, non seulement dans les Landsgemeinde mais également dans les centaines d’assemblées communales à travers le pays? Tout d’abord, se lever pour soumettre une proposition à une assemblée requiert du courage: son auteur sait qu’elle ne va pas plaire à tout le monde. Ce courage ne va pas de soi;  j’ai participé à des assemblées où j’en ai moi-même manqué, ce que j’ai regretté ultérieurement. Ce courage se retrouve dans la plupart des assemblées où les propositions de ces valeureux intervenants sont probablement appréciées tout comme dans le « ring » glaronnais.

En outre, la liberté d’expression dans le cadre d’une assemblée publique ne constitue pas seulement un droit mais impose un devoir envers soi-même. On doit répondre de ce qu’on dit. Voilà la grande différence avec l’anonymat de ces médias sociaux où règnent scandales et fausses informations et où se mobilise une communauté virtuelle d’individus partageant des opinions analogues – mais dont personne ne répond ni de ses propres affirmations ni des « informations » qu’il partage généreusement. Enfin les propositions présentées en assemblée se doivent d’être justifiées dans les faits. Elles aboutissent à une discussion du pour et du contre, indispensable pour une décision démocratique où ne s’impose aucune certitude, ni du bien, ni du juste.

Wolf Linder

Une première version de cet article a paru en allemand dans l’hebdomadaire Die Weltwoche.

Source : Domaine public, https://www.domainepublic.ch/articles/31490 

 
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155219330557317

Plus de chèques en blanc aux élus : mettez en place le Référendum d’Initiative Citoyenne !

Une pétition proposée par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr :
http://www.les-crises.fr/plus-de-cheques-en-blanc-aux-elus-mettez-en-place-le-referendum-dinitiative-citoyenne/

Aujourd’hui scandaleusement interdit au peuple par les politiciens, le RIC est pourtant un MINIMUM indispensable dans une « démocratie représentative » digne de ce nom
(alors que, bien sûr, le RIC ne servirait à rien dans une vraie démocratie — donc directe — où le peuple voterait lui-même toutes ses lois).

Mais, JAMAIS les professionnels de la politique ne nous donneront le RIC (le vrai), car ils sont en conflit d’intérêts dans le processus constituant : ils ont tous un intérêt personnel contraire à l’intérêt général : rester les seuls à détenir l’initiative des lois.

Donc, si la plèbe veut le RIC, et elle en a bien besoin, il faudra qu’elle apprenne à l’instituer elle-même.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Pas de démocratie sans citoyens constituants.

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Comme d’habitude, une pétition ne sert pas à influencer les professionnels de la politique, qui sont le plus souvent des menteurs professionnels, des voleurs de pouvoir et des ennemis du peuple, de la plus mauvaise foi qui soit dans le processus constituant, mais une pétition sert à lancer à la cantonade des cris de ralliement, entre nous, et à réveiller des endormis 🙂

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Et n’oubliez pas, tous les jours, d’inviter la constitution dans vos conversations : c’est en forgeant qu’on devient forgeron ; c’est en constituant qu’on devient citoyen.

Étienne.

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PS : demain, on élit un maître, au lieu de voter nos lois.

Demain soir, on réintègre notre cellule, dans la prison politique du parlementarisme, pour 5 ans d’exploitation renouvelée et aggravée.

Mais en élisant, on valide nous-mêmes le système de domination parlementaire (qui a engendré cette saloperie de « capitalisme », l’empire des grands marchands), certes sous la pression d’un chantage de plus en plus odieux, mais on le valide quand même.

Pas de démocratie sans tirage au sort.
Pas de démocratie sans citoyens constituants.

Essayez les ateliers constituants, vous verrez, c’est une façon adulte de faire de la politique, c’est enthousiasmant, c’est stimulant, c’est excitant, c’est valorisant, c’est énergisant ; jour après jour, on grandit : on ne demande rien à personne, on se hisse au rang de souverain, on s’habitue à penser en souverain, en adulte, au-dessus des représentants, on sort de l’enfance (de la parole interdite), on conteste l’hétéronomie que nous imposent les « élus », on apprend à assumer notre autonomie, on devient des adultes politiques.

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Si l’on veut un jour constituer, il faut dès aujourd’hui nous entraîner, personnellement, quotidiennement, courageusement.

Bon courage, bande de virus 🙂

Rappel, pour ceux qui ne savent pas (encore) très bien ce qu’est le référendum d’initiative populaire (RIC) 🙂

(Cette vidéo devrait bien intéresser tous les virus démocratiques 🙂 )