Archives pour la catégorie Initiatives citoyennes

RIC = SOUVERAINETÉ POPULAIRE. Extraits importants de mon entretien récent avec François Asselineau

Une sélection d’arguments importants, pour résumer l’essentiel, dans cet entretien apaisé que j’ai eu récemment avec François Asselineau (UPR) :

Nous n’avons pas besoin de nos maîtres pour nous émanciper.

#CitoyensConstituants

Étienne.

PS : l’entretien intégral :

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[#GiletsJaunesConstituants] Je recommande à vos regards bienveillants le-vrai-debat.fr, LE SITE DE DÉBATS DIGNES DE CE NOM CRÉÉ PAR LES GILETS JAUNES

Je recommande à vos regards bienveillants le-vrai-debat.fr, 
LE SITE DE DÉBATS DIGNES DE CE NOM CRÉÉ PAR LES GILETS JAUNES, en réponse au petit et faux débat entretenu par le gouvernement pour faire diversion à la révolte qu’il mérite amplement :

https://le-vrai-debat.fr/

Nous n’avons pas besoin de maîtres pour débattre.

Nos débats deviennent constituants, ce sont des débats d’adultes politiques.

Nous ne nous contentons plus de quémander des lois auprès de nos tuteurs, qui nous les accorderaient ou pas selon leur bon vouloir.

Nous allons nous émanciper sans l’aide de nos geôliers.

Bon courage pour vos ateliers constituants, bande de virus 🙂

Étienne.

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Invité par « Le Samedi Politique » : Le RIC, L’ARME DU PEUPLE ?

Je remercie TV Libertés, chaîne « de droite », de me permettre ainsi de défendre loyalement le RIC, les gilets jaunes et, plus généralement, le droit des peuples (du monde entier) à disposer d’eux-mêmes.

Au passage, je trouve quand même étonnant qu’une chaîne « de gauche » comme Le Média TV ne m’offre rigoureusement aucun espace pour débattre de cette idée neuve d’émancipation politique et économique par un processus constituant populaire — et que même, au contraire, les responsables et proches de ce média « de gauche » me tapent carrément dessus… Et ce, sans même me permettre de me défendre !… Ce qui relève du niveau d’honnêteté et de courage du journal « Libération » (entre guillemets), ce qui n’est pas peu dire.

Étonnant.

(Traces d’échanges à venir : débat avec François Asselineau, débat avec Jacques Sapir sur Sputnik, soirées de jeudi et vendredi avec les gilets jaunes…)

Merci à tous, pour votre ferveur et pour votre gentillesse obstinée 🙂

Étienne.

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EXEMPLAIRE Saint-Clair-du-Rhône, « Capitale du RIC » :) les #GiletsJaunesConstituants organisent eux-mêmes, sans rien attendre de leurs maîtres, un RIC populaire sur… le souhait populaire d’un vrai RIC ETM en toutes matières

Si nous faisions tous ça (organiser nous-mêmes, sans rien attendre de nos maîtres, un RIC populaire sur… le souhait populaire d’un vrai RIC ETM en toutes matières), si nous faisions tous ça dans toutes nos communes, c’en serait fini du système de domination parlementaire : ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ; si on se relève ils deviennent tout petits.

Faites passer.

On se retrouve jeudi à Paris 🙂

Étienne.

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[EXEMPLAIRE] Il se passe des choses épatantes à Saint-Clair-du-Rhône, « Capitale du RIC » :) ! Ils organisent eux-mêmes un premier RIC… sur le RIC

Il se passe des choses épatantes à Saint-Clair-du-Rhône, « Capitale du RIC » 🙂 ! Ils organisent eux-mêmes un premier RIC… sur le RIC.

Exemplaire.

On devrait tous faire ça dans notre commune, dans notre village, dans notre quartier. On devrait tous faire ça.

Nous deviendrions très rapidement très nombreux à muter en #CitoyensConstituants.

Et très nombreux, nous deviendrions LÉGITIMES à exiger de voter au lieu d’élire.

Le niveau monte 🙂

#GiletsJaunesConstituants

Étienne.


CONSULTATION DU BUREAU N°3 DE St-CLAIR-DU-RHÔNE


Le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) en toutes matières, est devenu la revendication N°1 du mouvement social qui touche actuellement la France.

En 1993 Il était dans le programme de tous les partis mais n’a jamais été mis en place. Il l’était encore dans le programme de 7 candidats sur les 11 à la présidentielle 2017!


A lire : www.article3.fr/informations/definition-du-ric


Les habitants rattachés au bureau N°3 de la commune de Saint-Clair-du-Rhône seront le 12, 13 et 14 janvier prochains, les pionniers dans l’organisation d’un RIC.

En effet, l’association “article 3” (auprès de laquelle vous pouvez signer la pétition en ligne pour l’obtention du RIC en toutes matières) et l’association Unis Vers SEL, toutes deux membres du Clic-RIC, organisent cette première en France.


Le progrès du 22 décembre 2018

Il vous sera bientôt possible de lancer votre propre consultation. Pour cela, nous vous invitons à revenir régulièrement sur le site ; une procédure vous facilitant la tâche sera mise en ligne début janvier.


Conférence organisée par l’association “Unis vers SEL” à Saint Clair du Rhône
Images sont tournées à Saint-Clair du Rhône.

Affiche A4 au format pdf

Source : https://www.ric-france.fr/actu/consultation-du-bureau-n3-de-st-clair-du-rho%CC%82ne

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[#GiletsJaunesConstituants]Rendez-vous le 18 janvier 2019 à TOULON

Les Gilets jaunes du Var (83) sont en train d’organiser un grand moment 🙂


L’événement FB : https://www.facebook.com/events/354099545367668/

1ère AGORA 2019 au ZÉNITH OMÉGA DE TOULON
INFORMATION – DÉBAT – ATELIER
« A la rencontre des Gilets Jaunes »


Etienne Chouard, précurseur du Référendum d’Initiative Citoyenne, rencontrera les Gilets Jaunes et citoyens soucieux d’un avenir meilleur ce vendredi 18 janvier 2019.
D’autres invités seront présents tels Régis Chamagne, Jules Ngan et tant d’autres.


Au Zénith Oméga de Toulon – Bd commandant Nicolas – 83000 Toulon, de 18h à 22h (entrée à partir de 16h30).

Entrée libre, participation sur cagnotte en ligne (https://www.lepotcommun.fr/pot/0i966bvu)
VENEZ NOMBREUX !!

VOS CONTACTS :
giletsjaunestoulon@gmail.com
06.23.11.98.12

Le lien vers la cagnotte (il faudrait tous participer un peu pour rendre cette rencontre possible) : https://www.lepotcommun.fr/pot/0i966bvu

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Montpellier : l’écriture du RIC à commencé

Merci Camille, tu es épatante 🙂

Vous n’imaginez pas comme je suis heureux de voir ces merveilles d’intelligence humaine et de vigilance citoyenne fleurir librement et rapidement un peu partout.

Étienne.

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PS : dans la description de la vidéo Camille a mis un lien pour télécharger les DOCUMENTS avec lesquels ils ont préparé la présentation de l’atelier, et avec lesquels ils ont travaillé pendant l’atelier.

C’est une info utile pour encourager les gens (#GiletsJaunesConstituants et simples-citoyens-aspirants-constituants-pas-encore-gilets-jaunes-mais-plus-pour-longtemps) à leur dire qu’ils ont là tout un kit pratique pour organiser un atelier à leur tour.

Bon courage à tous, bande de virus démocratiques 🙂

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[Chez Ruptures, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Macron, Union européenne, médias mainstream…

Le week-end dernier, à Paris, j’ai rencontré deux jeunes gens de Ruptures, l’important journal de résistance au régime illégitime européen.

En voici la trace, dans cet article et cette vidéo, synthèse assez complète de ce que je pense du mouvement formidable — historique et exemplaire — des #GiletsJaunesConstituants.

Extraits 🙂 :

«Sur les ronds-points, les Gilets jaunes font ce que nous devrions tous faire, ils sortent de chez eux, ils arrêtent de regarder la télé, ils refont société»

«Joffrin, Aphatie, Barbier et toute la bande des voleurs de parole sont des couards […] ils ne sont pas capables de me prendre en face-à-face pour discuter du fond»

«L’Union européenne est à mon avis un projet d’occupation, il faut voir le travail remarquable de François Asselineau là-dessus».

Bonne lecture à tous

Étienne.

PS : je serai le 7 janvier à Paris (chez Taddéï), le 12 à Nice, le 14 à Marseille (théâtre Toursky), le 18 à Toulon, le 20 à Avignon, les 24, 25 et 26 à Paris, du 7 au 10 février en Bretagne… 

Vie de fou, mais période passionnante. 

En théorie et en pratique, on grandit ensemble, on devient des adultes politiques. 

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Bon courage à tous 🙂


https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-macron-union-europeenne-medias-mainstream-entretien-etienne-chouard

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

Lire aussi, sur Ruptures : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

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Le référendum d’initiative populaire : un trait méconnu du génie de Condorcet, par Anne-Cécile Mercier

Le RIC est une vieille idée : Condorcet (au 18e siècle !) avait déjà réfléchi aux rouages utiles pour que le peuple participe directement aux décisions qui le concernent.

Voyez ci-dessous l’étude approfondie d’Anne-Cécile Mercier, en 2003.

Ma remarque : quand c’est le peuple lui-même qui, en 2019, aura imaginé et institué le RIC qu’il désire, je pense que celui-ci sera encore plus démocratique (car sans filtres oligarchiques et sans interdits) que celui de Condorcet 🙂

Mais c’est une chose de le dire, et c’en est une autre de le faire : à vos crayons, citoyens : il faut nous entraîner à instituer nous-mêmes notre propre puissance politique.

Bon courage à tous pour cette nouvelle année, plus prometteuse que les précédentes 🙂

Étienne.

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Source : Revue française de droit constitutionnel 2003/3 (n° 55), pages 483 à 512 : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2003-3-page-483.htm

« Je n’ai eu depuis quatre ans ni une idée ni un sentiment qui n’ait eu pour objet la liberté de mon pays. Je périrai comme Socrate et Sidney pour l’avoir servi, sans jamais avoir été ni l’instrument ni la dupe, sans avoir jamais voulu partager les intrigues ou les fureurs des partis qui l’ont déchiré. J’ai soutenu le droit du peuple de ratifier expressément au moins les lois constitutionnelles et la possibilité qu’il l’exerçât, la nécessité du mode de révision régulier et paisible de réformer ces mêmes lois; enfin l’unité entière du corps législatif.
Vérités qui, alors peu répandues, avaient encore besoin d’être développées ».

Condorcet, Fragments, 1794, Œuvres, t. 1, p. 608.

1L’Histoire façonne les renommées selon une alchimie bien mystérieuse. Celle de Condorcet ne rend pas justice au caractère visionnaire de son œuvre. Bien que faisant la liaison entre les Lumières et la Révolution, son nom n’évoque ni celui d’un éminent philosophe, ni celui d’un politique influent. Sa renommée n’est pas celle de Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot ou d’Alembert, ni celle d’un Sieyès, Mirabeau, Robespierre, Danton, Marat ou Bonaparte. Condorcet est pourtant l’une de ces rares figures qui, passant de la théorie à l’action, s’illustra tant dans la construction abstraite de nouveaux principes de gouvernement que dans la bataille politique visant à les concrétiser [1][1]« Condorcet résume dans sa propre vie presque tous les aspects…; qui dès 1787 se prononçait vigoureusement pour un suffrage universel qui n’oubliait pas les femmes [2][2]Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de Virginie,…; qui proscrivait la peine de mort [3][3]Lettre de Condorcet à Frédéric II, 2 mai 1785, in Œuvres, t. 1,… et l’esclavage [4][4]Dès 1774 dans Remarques sur les Pensées de Pascal (Œuvres,…; qui défendait un système d’instruction publique généralisée et gratuite [5][5]Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique, 2e éd.,…; qui inventait la sociologie politique en appliquant la matière des statistiques aux méthodes de suffrages [6][6]Condorcet, Tableau général de la science qui a pour objet…; qui proposa à la France la Constitution la plus démocratique de son histoire [7][7]« Jamais il n’a existé de constitution où l’égalité ait été si….

2Il serait intéressant d’analyser les raisons de la relative méconnaissance du génie de Condorcet [8][8]« Il y a donc une certaine justice posthume à ce que ce soit le…. Sûrement avait-il moins de prestance et d’habileté que ses illustres contemporains cités plus haut [9][9]Voici comment Mlle de Lespinasse le décrit : « Il mangeait ses…. Peut-être faut-il y voir la rançon de l’indépendance d’esprit, du refus d’appartenir à un groupe identifié : appelé Girondin par les Girondins, surnommé « des nôtres » par les Jacobins [10][10]Le 12 octobre 1792, Chabot prononçait ce discours au Club des…, Condorcet n’appartenait qu’à sa volonté de faire respecter l’égalité naturelle entre les hommes [11][11]« Je ne serai d’aucun parti, comme je n’ai été d’aucun…. Après sa condamnation par la Convention [12][12]V. les extraits du Moniteur transcrivant l’intervention du…, il fut oublié des uns et honni des autres [13][13]La formule de Robespierre est terrible : « L’académicien…. Quoiqu’il en soit, une conclusion s’impose à la lecture de ses Œuvres : la plupart des idées de Condorcet devancent d’au moins un siècle l’état d’avancée de la société dans laquelle il vit. C’est ce qu’on peut dénommer sans trop d’exagération avoir du génie. Nous voudrions en donner un exemple particulier avec l’étude du droit d’initiative populaire, encore dénommé référendum d’initiative populaire.

3Le droit d’initiative populaire permet à tout citoyen d’élaborer une proposition de loi et de la soumettre aux suffrages, soit du Parlement, soit de la population, si elle réunit auparavant un nombre suffisant de souscriptions [14][14]Léon Duguit, Traité de droit constitutionnel, 2e éd., t. II,…. Ce droit se réfère à l’idée de démocratie directe, en ce qu’il permet à de simples citoyens de saisir directement la Nation pour proposer de nouvelles normes, sans l’interférence du Parlement [15][15]Il convient cependant de distinguer les initiatives directes…. Il se distingue néanmoins d’autres « outils » de démocratie directe, tels que le droit de veto, ou le référendum consultatif, en ce qu’il confère un pouvoir plus grand aux citoyens. A la différence en effet de ces techniques qui ne permettent que la ratification ou le rejet de projets déjà élaborés, l’initiative permet aux citoyens de provoquer la décision du législateur sur la matière de son choix (à la condition cependant que ce choix soit soutenu en amont par la signature d’un nombre déterminé d’électeurs). De plus, contrairement au simple droit de pétition, la saisine du corps législatif ou de la Nation tout entière est de droit une fois les conditions de recevabilité remplies : le législateur ne peut refuser, ni de se prononcer sur la proposition, ni de faire consulter l’ensemble de la population par référendum. Le droit d’initiative est donc une concession importante faite à la démocratie directe dans les régimes représentatifs. La Suisse, terre d’élection de la démocratie directe, n’eut pas de mal à adopter cette nouvelle variante des Landsgemeinden[16][16]Depuis le Moyen Age, l’administration et la législation de…, et fut la première à l’instituer et à l’appliquer au milieu du XIXe siècle [17][17]Simon Desploige, The referendum in Switzerland, C.P. Trevelyan,…. De la Suisse, le droit d’initiative passa aux États-Unis, où il connut une première vague de vif succès au tournant du siècle [18][18]Phillip L. Dubois & Floyd Feeney, op. cit.. De nos jours, près de la moitié des États fédérés l’ont adopté, et il est plébiscité dans certains autres [19][19]V. par exemple David E. Watson, « Be it Enacted by the People…. On le retrouve aussi dans de nombreux pays [20][20]V. infra, n° 48.. L’ironie de l’Histoire n’a pas permis à l’idée de Condorcet d’être appliquée en France, même si certains l’appellent actuellement de leurs vœux [21][21]V. infra, n° 49 et s.. Les 15 et 16 février 1793, Condorcet présente son projet de constitution devant la Convention [22][22]Œuvres, t. 12, p. 333 et s.. « Son » projet, car des neuf membres composant le comité de constitution institué par la Convention le 29 septembre 1792, il fut sans conteste la personnalité la plus influente [23][23]« Condorcet et Paine étaient les doyens du comité, l’un avait…. La Constitution girondine consacre les 33 articles du titre VIII, intitulé De la censure du peuple sur les actes de la représentation nationale, et du droit de pétition[24][24]Œuvres, t. 12, p. 469 et s., au fonctionnement du droit d’initiative. L’article premier le définit par une formule éloquente : « Lorsqu’un citoyen croira utile ou nécessaire d’exciter la surveillance des représentants du peuple sur des actes de constitution, de législation ou d’administration générale, de provoquer la réforme d’une loi existante ou la promulgation d’une loi nouvelle, il aura le droit de requérir le bureau de son assemblée primaire, de la convoquer au jour de dimanche le plus prochain pour délibérer sur sa proposition ». Pour saisir le génie d’une telle proposition, il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Si beaucoup s’accordent alors sur l’idée de souveraineté populaire, et sur sa conséquence constitutionnelle, la démocratie directe, nombreux sont ceux qui y renoncent devant l’apparente impossibilité matérielle de réaliser un tel programme : comment faire participer massivement un peuple illettré à la vie politique, et comment réunir l’opinion de millions de personnes réparties sur un vaste territoire [25][25]« La plupart de nos concitoyens n’ont ni assez d’instruction ni… ? La France n’est pas un canton suisse… Là réside précisément l’optimisme et la créativité du mécanisme de Condorcet. Son courage politique aura été de ne pas se rendre sans condition au régime représentatif : avec le droit d’initiative populaire, qui, comme une tâche d’huile, se propage depuis un petit nombre de citoyens jusqu’au corps législatif, il adapte la démocratie directe aux contraintes géographiques des grands États. Il accompagne son système d’un programme d’éducation visant à instituer un citoyen capable de sens critique [26][26]Cf. infra, n° 13.. Tout commence par la proposition d’un groupe de 50 citoyens. Si elle reçoit le vote favorable de l’assemblée primaire, puis de la commune, puis du département, le Corps législatif s’en trouve saisi et doit délibérer. La délibération est alors susceptible d’être soumise à la censure d’un référendum national, qui peut mener, en cas de contrariété avec le vote des députés, à la dissolution du corps législatif.

4Le projet fut accueilli au mieux avec froideur, et devint vite l’enjeu de l’affrontement entre Girondins et Montagnards. La victoire de ces derniers condamna le projet de Condorcet : Hérault de Seychelles fut nommé à la tête d’un nouveau comité et le 24 juin 1793, la Constitution montagnarde était adoptée [27][27]Notons d’ailleurs que la Constitution montagnarde fait encore…. Resta cependant l’idée : permettre aux citoyens l’initiative législative même dans de grands territoires. Nous voudrions réhabiliter l’influence de Condorcet dans ce processus.

5Tout d’abord, il faut s’assurer que Condorcet est bien l’inventeur du droit d’initiative : le concept est-il le fruit de ses réflexions ou est-il la simple transposition d’une procédure déjà connue et appliquée ? L’étude de sa lente maturation montrera qu’il s’agit bien d’une création personnelle. Il semble ensuite important d’étudier suffisamment en détails la concrétisation de l’idée au sein de la Constitution girondine. Cela établira en effet un mètre étalon grâce auquel pourront être mesurés les développements subséquents du droit d’initiative. Enfin, il nous faudra établir le lien entre cette invention et sa propagation mondiale, en commençant par la Suisse. Nous étudierons donc successivement la formation (I), la concrétisation (II) et la propagation (III) du droit d’initiative populaire selon Condorcet.

I – LA FORMATION DE L’IDÉE

6Rien ne prédisait que ce jeune aristocrate, enfermé dans ses travaux mathématiques, deviendrait l’auteur de la première constitution républicaine et démocratique jamais soumise aux votes des députés français. Mais des rencontres, des événements, ont su révéler chez Condorcet des qualités trouvant à s’appliquer bien au-delà des murs de l’Académie des Sciences. Le droit d’initiative selon Condorcet prend donc sa source dans des influences extérieures (A), nourrissant un naturel propice à leur accueil (B).

A – INFLUENCES EXTÉRIEURES

7Condorcet est la synthèse des idées et des événements de son temps, qui est tumultueux. Plusieurs facteurs ont vraisemblablement contribué à convaincre Condorcet de la légitimité de la souveraineté populaire et de sa possible concrétisation : une formation intellectuelle à l’Ecole des Lumières (1), l’observation de la construction constitutionnelle des États-Unis d’Amérique (2), et une formation pratique à la fois au Ministère de Turgot et, plus tard, à la Commune de Paris (3).

1 – Une formation intellectuelle : les philosophes des Lumières

8On a pu dire que Condorcet était un « lecteur des Lumières » [28][28]M. Crampe-Basnabet, Condorcet, lecteur des Lumières, Paris,…. Ami de d’Alembert et de Voltaire [29][29]Correspondance entre Voltaire et Condorcet, Œuvres, t. 1, p. 1…, il fut en effet à bonne école et le scientifique devint vite philosophe, élargissant son champ d’investigation intellectuel à un système complet de pensée. Mais s’il a lu Rousseau et semble partager son idéal de démocratie directe [30][30]Du contrat social, Livre II, chap. I : « Je dis donc que la…, Condorcet doit plus à Turgot sa formation en droit constitutionnel [31][31]Correspondance entre Turgot et Condorcet, Œuvres, t. 1, p. 165…. Pour lui, le bonheur d’une société dépend de la liberté d’exercice des droits naturels qui y est permise. Ces droits sont naturels car antérieurs à l’organisation de la vie en société. Or, « parmi ces droits, il en voit un qui surpasse tous les autres et dont ils ne sont que la conséquence, nous voulons dire : « l’égalité naturelle et primitive de l’homme ». C’est d’ailleurs d’elle qu’il fera découler sa conception du droit de suffrage, dont « la participation à la confection des lois » [32][32]Archambault de Monfort H., Les idées de Condorcet sur le…. Il approuve aussi Turgot sur l’idée de diviser le territoire en entités concentriques, qui rapprochent chaque citoyen de l’exercice effectif du pouvoir [33][33]Turgot, Mémoire au Roi sur les municipalités, sur la hiérarchie…. Turgot et Condorcet « ont imaginé un mécanisme de représentation de la société, destiné à en assurer l’administration conjointement avec le roi, sur la base de la propriété.Il s’agit d’une pyramide d’assemblées élues, de la “municipalité” paroissiale à la “municipalité générale” du royaume, en passant par deux degrés intermédiaires » [34][34]François Furet, présentation préc., p. XII.. Il est tentant de tracer un parallèle entre ce système et celui du « droit de censure » qui, comme nous le verrons, introduit la saisine du corps législatif à la suite d’une réaction en chaîne passant tour à tour de l’assemblée primaire, à la commune et au département [35][35]Cf. infra, n° 20 et s.. Mais si Turgot n’envisageait que la participation des propriétaires fonciers à ces assemblées provinciales, l’élève dépassa le maître et, en 1793, Condorcet proposa le suffrage universel masculin [36][36]Bien que n’hésitant pas à braver bien des préjugés, un certain…. En revanche, comme son mentor, Condorcet croit en la perfectibilité infinie de l’homme : son système d’instruction publique, préalable nécessaire à une réelle participation des citoyens aux affaires publiques, en sera inspiré [37][37]Cf. infra, n° 13; Turgot a consacré un de ses discours…. Finalement, s’il a tiré de ses lectures philosophiques la conviction que la souveraineté du peuple est la seule légitime, son côté rationnel et scientifique, ainsi que la fréquentation de Turgot et de l’expérience concrète du gouvernement vont transformer le mythe en réalité : avec Condorcet et son système d’initiative populaire, la souveraineté populaire n’est plus seulement une formule, c’est un fait concret, qui peut être localisé géographiquement, c’est un « processus », pour reprendre l’expression et la précieuse analyse de M. Jaume [38][38]Le discours jacobin et la démocratie, Fayard, 1989, p. 318..

2 – Un exemple concret : la formation des État Unis d’Amérique

9Les événements qui prirent place en Amérique à la fin du XVIIIe siècle ont indubitablement influencé Condorcet dans la formation de ses idées politiques [39][39]Voir Lucy M. Gidney, L’influence des États Unis d’Amérique sur…. Ils lui ont donné à contempler un exemple de concrétisation des idées qu’il défendait abstraitement. Il étudia avec passion l’ensemble des constitutions de chaque État, et publia un commentaire de la Constitution fédérale de 1787 ainsi que de nombreux articles sur le sujet [40][40]Sur l’influence de la révolution d’Amérique sur l’Europe et…. Admiratif en particulier de la Constitution de Pennsylvanie [41][41]E. et R. Badinter, Condorcet, un intellectuel en politique,…, il se lia d’amitié avec son auteur, Thomas Paine. On sait que celui-ci devint député à la Convention et épaula son ami lors de l’élaboration de la Constitution girondine de 1793. Condorcet fréquenta aussi Jefferson et Franklin lors de leur passage à Paris.

10Plus précisément, est-il possible de voir un lien direct entre le développement constitutionnel américain et le mûrissement de l’idée de participation directe du peuple à la vie de la cité chez Condorcet ? Certainement a-t-il dû être frappé par les référendums constitutionnels ayant eu lieu dans les États de Virginie et de Nouvelle-Angleterre. Comme le souligne M. Borgeaud [42][42]Adoption and Amendment of Constitutions, p. 206-207, cité par…, « il est intéressant de comparer les systèmes contemporains de votations en matière constitutionnelle en vogue au Massachusetts et dans le New Hampshire avec les systèmes suisses et français, en particulier parce que Condorcet, l’auteur des Lettres d’un bourgeois de New Haven, était l’âme du comité de constitution de 1793 investi de la rédaction de la Constitution française ». La Constitution girondine a été décrite comme le résultat de l’union systémique des principes de Nouvelle Angleterre avec ceux de la philosophie française du XVIIIe siècle. Les assemblées primaires y remplacent seulement les « town meetings » [43][43]Simon Desploiges, préc., p. 57-58, note 2, § 2.. En revanche, si les États-Unis ont été une source d’inspiration, Condorcet n’y pas trouvé les détails de son système. Nulle trace en effet d’initiative populaire dans les anciennes colonies britanniques, du moins à l’échelon de l’État [44][44]Tocqueville décrit un procédé ressemblant fort au droit…. Cependant, M. Desjardin reconnaît dans la participation du peuple à l’élaboration des normes au niveau de la commune l’exemple sur lequel Condorcet aurait simplement calqué son droit d’initiative : « Après analyse, nous reconnaissons dans ce projet quelques-unes des coutumes anglaises, plébéiennes ou quakeriennes dont j’ai déjà fait mention. La censure du peuple est organisée (…). Ce système d’ondes concentriques était, comme je l’ai dit, celui des rassemblements des Quakers. Je me demande où Condorcet en aurait trouvé ailleurs l’idée » [45][45]Revue Bleue, 20 juillet 1901, p. 82.. Cependant, Condorcet n’en fait nulle part directement mention dans ses écrits. De plus, s’il a pu s’inspirer de tels procédés, encore fallait-il pouvoir les transposer à l’échelle de la Nation.

3 – Une formation pratique : la Commune de Paris

11La Commune de Paris allait donner à Condorcet l’occasion de mettre en pratique ses idéaux politiques et d’affûter ses talents de constitutionnaliste. Formée sur les ruines des anciennes institutions municipales, la Commune unissait l’ensemble des districts parisiens. Selon M. Genty [46][46]1789-1790 : L’apprentissage de la démocratie à Paris, in L’An I…, « leurs adversaires ne s’y trompèrent pas, qui leur reprochèrent de vouloir établir à Paris une « démocratie pure ». (…) Créés en avril 1789 pour servir de cadre électoral au Tiers-Etat en vue des États généraux, les districts devinrent en juillet un organisme permanent; ouverts désormais aux membres des ordres privilégiés, ils s’organisèrent alors pour prendre en main la vie de la capitale, dans leurs quartiers respectifs d’abord, au niveau municipal ensuite ». Les districts se réunissaient toutes les semaines : tout citoyen pouvait se joindre aux discussions. Les soixante districts disposaient d’un organe commun : la « municipalité ». Condorcet y fut élu comme représentant du quartier de l’abbaye Saint-Germain le 18 septembre 1789 [47][47]L. Cahen, préc., p. 138.. Il participa au Comité des 24, chargé d’établir une constitution pour la Commune. « Ainsi Condorcet jouissait, dans les derniers mois de 1789, d’une grande autorité. Il s’en servit pour défendre ses idées : dans l’Assemblée générale, il recommanda une politique d’union et de paix; dans les comités, il soutint les principes et les solutions les plus démocratiques » [48][48]Idem, p. 140.. Ce premier essai de constitution mettant en place les mécanismes démocratiques révèle l’aboutissement d’une longue réflexion personnelle aidée par un naturel propice à leur accueil.

B – UN NATUREL PROPICE

12Pour qui possède un esprit de système prompt à élaborer des constructions théoriques, concilier système représentatif et démocratie directe constitue une quadrature du cercle intellectuellement stimulante. Condorcet le mathématicien y vit sûrement une nouvelle équation à résoudre [49][49]« … Condorcet s’attèle à la rédaction d’un essai sur le calcul…. La démocratie semi-directe s’imposa comme la solution de compromis idéale : « Ouvrant la voie à ce qu’on a appelé depuis le référendum, Condorcet montrait une grande audace démocratique qui, à la fois, tentait de faire l’économie du dangereux droit d’insurrection, et de contrebalancer le pouvoir des représentants sans pour autant en nier le caractère indispensable » [50][50]L. Jaume, Condorcet : des progrès de la raison aux progrès de…. Mais le droit d’initiative n’est pas seulement le fruit de Condorcet le technicien, c’est aussi et avant tout celui de Condorcet l’humaniste, qui fait confiance à la perfectibilité croissante du genre humain (1). Son système s’élabore progressivement au fil de ses œuvres (2).

1 – Sa croyance en l’homme

13Condorcet croit profondément, à la suite de Turgot, en la capacité de l’homme à s’améliorer sans cesse, en sa perfectibilité[51][51]« Enfin, il prouve que leurs progrès, auxquels on ne peut…. Pour permettre à chacun de participer à la vie politique, il faut instaurer un système général d’éducation. « Que vaudrait une École Républicaine sans République : l’héritage des Lumières est traduit par Condorcet en propositions pédagogiques mais aussi politiques et constitutionnelles précises. L’institution du citoyen se fait constitution républicaine » [52][52]Ch. Coutel, Condorcet, instituer le citoyen, op. cit., p. 9.. Il n’est donc pas surprenant de constater que son système constitutionnel s’élabore en parallèle avec une réflexion profonde sur l’instruction publique. En 1791, il publie son Premier mémoire sur l’instruction publique[53][53]Œuvres, t. 3.. Quatre autres suivront [54][54]Cinq mémoires sur l’instruction publique, 2e éd.,…. En 1792, alors qu’il participe au comité de constitution, il publie un Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique[55][55]Paris, Edilig, 1989.. Au lendemain de la dissolution du comité constitutionnel (février 1793), Condorcet rejoint le comité d’instruction publique. Benjamin Franklin dira de ce système « qu’il voulait établir entre les citoyens une communication plus étroite des lumières et des sentiments, leur faire prendre l’habitude de se concerter pour leurs intérêts communs, et non propager ses opinions ou se donner un parti » [56][56]Œuvres, t. 3, p. 378..

2 – Les premières traces de son système politique dans ses œuvres

14La conviction de la supériorité conceptuelle de la démocratie directe (a), et les moyens de sa mise en œuvre (b), mûrissent conjointement au fil du temps et des œuvres de Condorcet.

a) La conviction de la supériorité conceptuelle de la démocratie directe

15Dès 1787, Condorcet est sensible à l’expérience américaine du référendum constitutionnel [57][57]Dans Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de…. Dans l’essai Sur la nécessité de faire ratifier la constitution par les citoyens[58][58]Œuvres, t. 9, p. 411 et s., écrit en 1789, il va plus loin que le simple référendum constitutionnel et évoque deux innovations majeures. Tout d’abord, il souhaite donner au peuple le pouvoir d’initier une véritable navette constitutionnelle entre lui et l’Assemblée constituante sur certaines dispositions particulières [59][59]« Que la Constitution soit présentée aux citoyens, non pour…. Ensuite, Condorcet fait déjà allusion à un souhaitable élargissement du système du référendum à la matière législative : « L’ordre social n’aura vraiment atteint le degré de perfection auquel on doit tendre sans cesse, qu’à l’époque où aucun article des lois ne sera obligatoire qu’après avoir été soumis immédiatement à l’examen de tout individu (…). Je propose pour cette fois, de borner ce droit individuel aux seuls articles relatifs à la constitution; mais c’est dans l’espérance que les progrès de la raison et l’effet que des institutions plus légales et plus justes produiront nécessairement dans les esprits, permettront à une autre époque d’étendre ce même droit à d’autres classes de lois, et successivement de l’étendre à toutes » [60][60]Ibid.. Par ailleurs, en 1792, alors qu’il est en train de bâtir le plan de Constitution que la Convention lui a commandé, il renouvelle expressément sa défiance envers le système représentatif : « Les hommes ont tellement pris l’habitude d’obéir à d’autres hommes, que la liberté est, pour la plupart d’entre eux, le droit de n’être soumis qu’à des maîtres choisis par eux-mêmes. Leurs idées ne vont pas plus loin, et c’est là que s’arrête le faible sentiment de leur indépendance. (…) Presque partout cette demi-liberté est accompagnée d’orages; alors on les attribue à l’abus de la liberté, et l’on ne voit pas qu’ils naissent précisément de ce que la liberté n’est pas entière; on cherche à lui donner de nouvelles chaînes, lorsqu’il faudrait songer, au contraire, à briser celles qui lui restent » [61][61]De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre,…. Briser les chaînes, c’est inventer un moyen de participation directe du peuple aux lois qui le gouvernent…

b) Les moyens de mettre en œuvre la démocratie directe à l’échelle d’une grande nation

16Pour ce qui est de la structure de la consultation, c’est-à-dire la réaction en chaîne entre subdivisions territoriales, que l’on peut se figurer sous la forme de cercles concentriques, on a vu que l’idée en a germé aux côtés de Turgot [62][62]Cf. supra, n° 8; Turgot, Mémoire au Roi sur les municipalités,…. On retrouve cette construction dans l’Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales, écrit en 1788 [63][63]Œuvres, t. 8, p. 144 et 145.. Afin d’éviter les inconvénients des assemblées trop restreintes, qui « dépendent trop des intérêts personnels, des passions particulières de ceux qui la composent », et les inconvénients des assemblées trop importantes, « livrées en quelque sorte au hasard, lorsqu’elles ne sont pas dictées par quelques hommes doués du talent dangereux d’ébranler l’imagination », il propose une série de divisions territoriales s’emboîtant comme des tables gigognes. La première division correspondrait à la communauté, soit d’une ville, soit de plusieurs « paroisses de campagne réunies ». La seconde rassemblerait plusieurs communautés à l’échelon d’un district. Les districts enfin seraient rassemblés en provinces, la Nation représentant l’ensemble des provinces.

17Par association d’idée, Condorcet se souvient de ce mécanisme de découpage territorial au moment de trouver un système de participation directe de la population à l’élaboration des lois. Mais au lieu de cantonner ces subdivisions à un rôle administratif, comme le prévoyait le système de Turgot, ou à un rôle électoral, comme c’était le cas dans l’Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales[64][64]Op. cit. Voir aussi K. M. Baker, Condorcet, From Natural…, l’idée germe dans l’esprit de Condorcet d’en faire le véhicule de la volonté d’un groupe de citoyens vers le Corps législatif et la Nation tout entière : « Pour que la masse entière de la nation émette un vœu, faudra-t-il attendre que l’universalité de ses portions s’assemble spontanément, ou que les représentants du peuple convoquent ses assemblées ? La tranquillité publique serait-elle assurée si, dans le cas où une inquiétude vive agiterait une portion notable de citoyens, il leur fallait, ou déterminer cette convocation, ou produire un mouvement général dans toutes les autres portions ? Ne serait-il pas plus simple d’établir que telle portion de citoyens, qui aurait déjà un moyen légal d’émettre son vœu, pourrait exiger la convocation nationale; qu’une portion plus petite pourrait également obtenir, sous une forme régulière, l’émission de ce vœu pour une convocation, en sorte qu’il ne pût exister une réunion un peu considérable de citoyens, qui n’eût l’espérance et le moyen légal de consulter le peuple entier, si elle le croyait nécessaire ? » [65][65]De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre,…. Pour Lucien Jaume, « il s’agit véritablement de la première tentative pour penser, et surmonter l’aporie rencontrée depuis 1789. Deux termes qui ont paru jusqu’à présent incompatibles (système représentatif et démocratie directe) vont être rendus complémentaires dans leurs objets et interdépendants dans leur fonctionnement. Le caractère original de la démarche c’est donc qu’elle ne remet pas en cause l’indépendance des représentants (…). Ce que donc le législateur doit remettre en cause, c’est l’absence de canaux légaux par où monteraient les vœux de l’opinion publique, et par lesquels s’effectuerait une information en retour suivie de la sanction populaire. Bien que Condorcet n’aime pas le terme (qui appartient à une autre tradition), il s’agit d’un jeu de contrepoids entre gouvernés et gouvernants, tel que la souveraineté est présente effectivement chez les premiers (et elle le prouve), mais ne peut rien sans un jeu d’interactions avec le corps législatif; soit l’initiative vient de ce dernier, soit elle provient des citoyens » [66][66]Le discours jacobin et la démocratie, Paris, Fayard, 1989,….

II – LA CONCRÉTISATION DE L’IDÉE

18Transportons-nous pour quelques instants à la fin de l’été 1792. Le Roi, dans sa fuite, a perdu toute légitimité. Le 10 août, l’assaut des Tuileries par la foule parisienne interdit tout retour en arrière : l’idée républicaine s’impose. Sur le modèle américain, une Convention de députés est chargée de voter une nouvelle constitution. Plus précisément, la Convention charge un comité de neuf membres le soin de la rédiger. Condorcet y est nommé et s’y consacre avec plus d’enthousiasme qu’aucun autre [67][67]Cf. supra, note 23.. Le 15 février 1793, il présente son projet.

19Le droit d’initiative populaire y est traité au titre VIII sous l’appellation de « Censure du peuple sur les actes de la représentation nationale, et du droit de pétition ». L’article premier explique la signification et expose l’objectif de l’institution : « Lorsqu’un citoyen croira utile ou nécessaire d’exciter la surveillance des représentants du peuple sur des actes de constitution, de législation ou d’administration générale, de provoquer la réforme d’une loi existante ou la promulgation d’une loi nouvelle, il aura le droit de requérir le bureau de son assemblée primaire, de la convoquer au jour de dimanche le plus prochain pour délibérer sur sa proposition ». Le droit d’initiative existe donc tant en matière législative que constitutionnelle (cette question est réglée dans le titre suivant, intitulé Des conventions nationales), et autorise à la fois la révision d’une norme ancienne et la proposition d’une norme nouvelle. Le mécanisme de saisine du corps législatif est le même, que la norme proposée soit de nature législative ou constitutionnelle (A). En revanche, les procédures divergent une fois que l’initiative populaire a saisi le corps législatif (B).

A – LA SAISINE DU CORPS LÉGISLATIF SUR L’INITIATIVE D’UN GROUPE DE CITOYENS

20La saisine du corps législatif n’est pas immédiate : le projet doit gravir un à un les échelons le menant de l’assemblée primaire à la commune, de la commune au département. Puis, si la majorité des assemblées primaires d’un département s’est prononcée favorablement, le corps législatif est alors saisi de l’examen et du vote du projet. Comme une onde provoquée par un infime impact sur la surface de l’eau, le projet se propage et prend de l’ampleur. Étudions cette propagation plus en détail.

21La requête initiale doit être rédigée en termes simples (article II) et comporter la signature de 50 citoyens résidant dans l’arrondissement de la même assemblée primaire (article III). Elle est présentée au bureau de l’assemblée primaire (article I), qui vérifie si les signataires ont droit de suffrage. Si tel est le cas, le bureau est tenu de convoquer l’assemblée primaire le dimanche suivant (article IV). Lors de la réunion de l’assemblée, le projet est lu et discuté, mais il ne pourra être voté que le dimanche suivant (article V). Le vote doit avoir lieu en répondant par oui ou non à la question : « Y a-t-il, ou n’y a-t-il pas lieu à délibérer ? » (article VI). « Si la majorité des votants est d’avis qu’il y ait lieu à délibérer, le bureau sera tenu de requérir la convocation des assemblées primaires, dont les chefs-lieux sont situés dans l’arrondissement de la même commune, pour délibérer sur l’objet énoncé dans la réquisition » (article VII).

22Voici le schéma de base. Il va être reproduit à l’échelon de la commune, puis à celui du département. On y trouve les composantes essentielles du système de Condorcet : crédibilité de la proposition de départ (soutien de cinquante signatures), saisine de plein droit de la collectivité (assemblée primaire, commune, département), sans examen au fond, si les conditions en sont remplies (afin que le droit soit effectif et non soumis à une appréciation subjective qui pourrait faire obstacle au processus); une proposition simple pour baliser la discussion; un vote ajourné pour plus de réflexion.

23Le bureau de l’assemblée primaire initiale saisit alors les assemblées primaires de la même commune en adressant à chacune d’entre elles le procès verbal de la délibération ainsi qu’une copie de la proposition elle-même (article VIII). Ces assemblées se réunissent, votent selon les mêmes directives, et envoient le résultat des délibérations au bureau de l’assemblée primaire initiale (article IX). S’il ressort de ces résultats que la majorité des citoyens ayant voté dans les assemblées primaires de la commune a estimé qu’il y avait lieu à délibérer sur la proposition, le bureau de l’assemblée primaire initiale saisit l’administration du département d’une copie de la proposition et du procès verbal des délibérations (article X). La convocation sous quinzaine des assemblées primaires du département est alors obligatoire; elles se réunissent, votent, et adressent le résultat de leur délibération à l’administration du département dans des formes identiques à celles précédemment décrites (article XI). « Si la majorité des citoyens décide qu’il y a lieu à délibérer, l’administration du département adressera au corps législatif le résultat de leurs délibérations, avec l’énonciation de la proposition qu’ils ont adoptée, et le requerra de prendre cet objet en considération » (article XII).

24Le corps législatif est enfin saisi. « La procédure entre ici dans une nouvelle phase et elle va se terminer ou par le vote d’une nouvelle loi ou par une véritable révocation du Corps Législatif, suivie de sa réélection, car tels sont les deux résultats considérables que peut indifféremment provoquer l’initiative du plus humble des citoyens, du plus ignorant des paysans » [68][68]Frank Alengry, Condorcet, guide de la Révolution française,…. Si la procédure paraît longue et compliquée, c’est qu’elle confère un pouvoir unique à tout citoyen : capter l’attention de la Nation entière sur son projet. Il convient donc de dresser des remparts puissants contre les abus.

B – LE TRAITEMENT DE LA PROPOSITION PAR LE CORPS LÉGISLATIF

25La procédure de discussion et de vote devant le corps législatif sera différente selon la nature législative (1) ou constitutionnelle (2) : il convient donc de les distinguer.

1 – Hypothèse d’une proposition législative

26La réquisition du département dans lequel ont eu lieu les délibérations est imprimée sans délai, distribuée à tous les membres du corps législatif, et affichée dans la salle des débats. Des commissaires sont nommés, et sont chargés d’établir un rapport sur la proposition sous huitaine (article XIV). Une discussion d’une semaine commencera alors sur ce rapport, et un vote, sur la seule question de savoir s’il convient de délibérer sur la proposition, interviendra dans la quinzaine suivante (article XV). Chaque vote doit être signé, et le résultat nominal des suffrages est envoyé dans tous les départements (article XVI). Pour l’instant, le vote ne porte que sur la question de savoir s’il convient de délibérer sur la proposition.

27Si la majorité des députés estime que la question mérite débat, la proposition au fond est renvoyée à des commissaires, qui devront élaborer un projet de décret sous quinzaine (article XVII). Enfin les députés votent sur la substance de la proposition. Si le décret est admis, il est « renvoyé » au bureau suivant les règles générales prescrites pour la formation de la loi (article XVIII). « Le citoyen qui, du fond de sa chaumière ou de son Assemblée primaire, a mis en branle toute la vaste machine électorale, a, sinon légiféré directement, du moins provoqué, par son initiative, le vote d’un nouveau décret. Ce n’est pas le gouvernement direct comme à Athènes ou comme dans les cantons suisses; c’est du gouvernement direct perfectionné, raffiné, et même, on peut le dire, assez compliqué » [69][69]Frank Alengry, op. cit., p. 582..

28Mais le système ne serait pas vraiment démocratique si le peuple n’avait pas un moyen de censurer la décision du corps législatif. Le « droit de censure et de pétition » n’est pas un simple droit de suggestion laissé in fine à l’appréciation des députés. Au contraire, la véritable audace du droit d’initiative élaboré par Condorcet repose précisément dans la possibilité de censurer a posteriori la décision des députés. Ainsi, si les assemblées primaires d’un autre département demandent la révocation du décret qui a rejeté la proposition (en décidant qu’il n’y avait pas lieu de délibérer) ou la loi qui aura été faite suite à l’approbation de la proposition au fond, le corps législatif sera tenu de convoquer surlechamp toutes les assemblées primaires de l’ensemble du territoire (article XX). En effet, la rebuffade d’un département révèle une distorsion entre les citoyens et leurs représentants, et seule une consultation directe générale peut lever ce doute. Si le résultat du référendum contredit la décision prise par le corps législatif, la sanction proposée par Condorcet est radicale : dissolution, nouvelles élections, et inéligibilité pendant une législature des députés qui se seraient prononcés dans le sens condamné par le vote du peuple [70][70]D’où l’utilité des votes nominatifs. (article XXII). Après élections, la nouvelle assemblée délibérera à nouveau sur la proposition, et sa décision pourra elle-même être à nouveau soumise à la censure du peuple (article XXVI).

29Une constatation s’impose : le processus est long, surtout s’il s’accompagne d’un référendum national et de la dissolution du Corps législatif, suivie de nouvelles élections, d’un nouveau vote, susceptible d’être l’objet d’une nouvelle censure… Mais ces complications ne font que révéler un dysfonctionnement en amont du système représentatif, et tentent d’y remédier. Si le corps législatif est le fidèle représentant de la volonté du peuple, sa décision n’a pas lieu d’être contestée. Le processus s’arrête là et il n’aura fallu finalement que 3 à 4 mois pour qu’une initiative populaire devienne une loi de la République.

30De plus, deux autres mesures sont prévues pour empêcher l’immobilisation de l’État pendant la procédure d’initiative ou de censure : l’article XXVII précise que les décrets et les actes de simple administration, les délibérations sur les intérêts locaux et partiels, l’exercice de la surveillance et de la police sur les fonctionnaires publics, et les mesures de sûreté générale ne pourront pas être l’objet de la censure populaire. Par ailleurs, l’article XXIX décide l’exécution provisoire de plein droit de la loi contestée pendant le temps nécessaire à l’organisation du référendum, voire des élections subséquentes.

2 – Hypothèse d’une initiative touchant à la Constitution

31Les modifications d’ordre constitutionnel font l’objet du titre IX de la Constitution girondine, intituléDes conventions nationales. L’article premier précise qu’ « une convention nationale sera convoquée toutes les fois qu’il s’agira de réformer l’acte constitutionnel, de changer ou modifier quelqu’une de ses parties, ou d’y ajouter quelque disposition nouvelle ». Parmi les hypothèses de convocation, l’article V énonce que « chaque citoyen a le droit de provoquer l’appel d’une convention pour la réforme de la constitution; mais ce droit est soumis aux formes et aux règles établies pour l’exercice de droit de censure ». A une différence près cependant : une fois le Corps Législatif saisi, il doit convoquer surlechamp les assemblées primaires de la République (une telle éventualité n’existe qu’après la « rebuffade » d’un département dans l’hypothèse d’une proposition législative). Si la majorité des votants réunis en assemblées primaires adopte l’affirmative, la convention a lieu sans délai (article VI). Le nouveau projet de constitution est présenté aux suffrages du peuple; s’il est rejeté, la Convention présente « aux suffrages des citoyens les questions sur lesquelles elle croira devoir connaître leur vœu » (article XI). Un nouveau plan, corrigé d’après les vœux exprimés par les citoyens, est à nouveau soumis à l’acceptation du peuple (article XII). S’il est à nouveau rejeté, la convention est dissoute de plein droit, et le corps législatif doit consulter sans délai l’ensemble des assemblées primaires pour savoir s’il a lieu à la convocation d’une convention nouvelle (article XIV). On retrouve donc l’idée de navette entre l’assemblée constitutionnelle et le peuple [71][71]Cf. supra, n° 15.. Cette procédure illustre bien le mot de M. Archambault de Monfort, décrivant la Constitution girondine : « En toutes circonstances, donner le dernier mot au peuple » [72][72]Les idées de Condorcet sur le suffrage, Paris, 1915, Slatkine…. Pour Lucien Jeaume, « la souveraineté du peuple chez Condorcet n’est pas dans l’élection, mais dans les divers actes par lesquels les citoyens répondent à l’initiative du corps législatif, ou développent une initiative propre. C’est d’ailleurs pourquoi la volonté générale ne saurait résider dans le peuple seul, mais émane du mécanisme général des interactions. (…) La volonté générale devient un processus et non une entité (…) » [73][73]Le discours jacobin et la démocratie, Paris, Fayard, 1989,….

III – LA PROPAGATION DE L’IDÉE

32Nul n’est prophète en son pays. Condorcet apprit la justesse de l’adage à ses dépens : alors qu’il allait connaître une popularité croissante au cours du XIXe siècle en Suisse et aux États-Unis (B), l’idée et le mécanisme d’initiative populaire connut un échec presque total en France (A).

A – SON ÉCHEC EN FRANCE

33Malgré les justifications de Condorcet (2), la condamnation de son projet constitutionnel en général, et du droit d’initiative en particulier, est presque unanime (1).

1 – Une condamnation presque unanime

34Au lendemain de la lecture du projet devant la Convention les 15 et 16 février 1793, les critiques sont surtout de nature politique. Pour les Montagnards, le projet est mauvais parce que girondin. Comme l’exprime Jeanbon Saint-André, « ce malheureux rejeton de huit ou neuf pères brissotins a contre lui, comme beaucoup considèrent, un vice très essentiel : celui de sa naissance » [74][74]Cité par L. Levy, Le conventionnel Jeanbon Saint-André, Paris,…. Mais « en réalité, le projet de Condorcet était si démocratique que les Jacobins ne trouvaient pas d’objection à y faire : ils n’y étaient hostiles que parce qu’il émanait de leurs adversaires, les Girondins » [75][75]Aulard, Histoire politique de la Révolution française. Origines…. La meilleure preuve en est que le projet de Constitution proposé par les Montagnards, rédigé à la hâte et adopté quelques semaines plus tard le 24 juin 1793, ne peut que reprendre certaines des idées que Condorcet avait mûri si lentement [76][76]V. Condorcet, Aux citoyens français sur la nouvelle…. On retrouve ainsi à l’article 115 la mise en place d’un référendum d’initiative populaire en matière constitutionnelle [77][77]« Si, dans plus de la moitié des départements plus un, le….

35Certains font cependant des critiques plus substantielles. Par exemple, la trop grande technicité du projet est mise en avant par Marat : « Qui croirait que pour proposer une nouvelle loi ou en faire révoquer une ancienne, on tient 5 millions d’hommes sur pied pendant six semaines ? C’est un trait de folie qui mérite aux législateurs constitutifs une place aux Petites Maisons » [78][78]Journal de la République, n° 126. C’est pourtant le même Marat,….

36D’autres virent dans le projet la volonté masquée de Condorcet de brider l’élan révolutionnaire de certains groupes minoritaires actifs, aux premiers rangs desquels les sections de la Commune de Paris et les sans-culottes parisiens. Le droit d’initiative populaire selon Condorcet suppose en effet l’approbation à la majorité de plusieurs échelons successifs de la population (assemblée primaire, commune, département), avec pour conséquence de « noyer » tout soulèvement spontané d’un groupe minoritaire. Les Sans-culottes ont de la démocratie directe une conception diamétralement opposée à celle de Condorcet : spontanée, et non corsetée par le formalisme étouffant, unanime et non majoritaire [79][79]Francis Hamon, L’idée de la démocratie directe de la Révolution…. Ainsi, pour M. Pertué, « si Condorcet voulait sans aucun doute par ce moyen traduire dans la réalité son idéal de politique rationnelle, il est non moins évident qu’il cherchait aussi à remédier par la ruse au grand mal que constituait à ses yeux le rôle excessif de Paris dans le processus révolutionnaire. (…) En effet, le système imaginé par Condorcet consistait en fait à substituer une majorité inerte, paralysée par les formes et découragée par les délais, aux minorités agissantes pourtant si nécessaires à la défaite de l’aristocratie et à l’échec de la coalition. (…) En réalité, plutôt qu’un veto populaire, la censure du peuple était un veto provincial : toute son économie consistait à ruiner le droit d’ingérence nationale que Paris s’était indûment attribué pour le restituer à tous les départements » [80][80]Les projets constitutionnels de 1793, in Révolution et….

37Il est certain qu’en élaborant le droit d’initiative, la volonté de contenir les coups de sang de la population parisienne, et les bains de sang dont ils se sont accompagnés [81][81]Condorcet en fit lui-même l’expérience puisqu’il faillit perdre…, est présente à l’esprit de Condorcet. Il ne s’en cache d’ailleurs pas : « Nous entendons, sans cesse, les portions de citoyens, un peu nombreuses, parler au nom du peuple souverain. Igno-rent-elles que la souveraineté n’appartient qu’au peuple entier; qu’il n’exerce immédiatement sa souveraineté qu’au moment où toutes ses portions peuvent émettre un vœu commun; qu’alors seulement sa volonté est souveraine; que dans toute autre circonstance il ne peut prononcer qu’une opinion, manifester un désir; que les réunions même les plus puissantes sont, comme un seul individu, soumises à la loi, et n’exercent que le pouvoir ou les fonctions qui leur sont délégués par elle ? » [82][82]De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre,…. Aussi précise-t-il dans son Exposition des principes et des motifs du plan de constitution, que « si le peuple veut, dans ses assemblées séparées, exercer son droit de souveraineté, ou même la fonction d’élire, la raison exige qu’il se soumette rigoureusement à des formes antécédemment établies. En effet, chaque assemblée n’est pas souveraine; la souveraineté ne peut appartenir qu’à l’universalité d’un peuple, et ce droit serait violé, si une fraction quelconque de ce même peuple n’agissait pas, dans l’exercice d’une fonction commune, suivant une forme absolument semblable à celle que les autres ont suivie » [83][83]Œuvres, t. 12, p. 347 (souligné par nous).. Robespierre, qui n’entend dans ce discours qu’une justification bourgeoise et girondine, lui répond qu’ « assujettir à des formes légales la résistance à l’oppression est le dernier raffinement de la tyrannie… » [84][84]Projet de Déclaration des droits de l’homme du 24 avril 1793,…. Cependant, Condorcet n’interdit pas l’insurrection comme ultime défense contre la tyrannie [85][85]« Si la majorité désire une convention, l’assemblée des…. Ses priorités sont simplement inversées. Au lieu de présumer l’urgence et de reléguer le processus démocratique à des jours meilleurs, comme la Convention le fera en enfermant la Constitution du 24 juin 1793 à peine adoptée dans une arche de cèdre, dont elle ne sortira jamais, Condorcet préfère mettre en œuvre le principe démocratique avant tout, et n’envisager les piques et les cris qu’en dernier recours.

38Invoquant un autre argument, le député Robert s’oppose violemment devant la Convention à l’adoption du projet comme instituant la ploutocratie de manière indirecte : « Si vous décrétiez ces fréquentes assemblées, la partie la moins aisée du peuple serait dans l’impossibilité absolue de s’y rendre; et si elle ne s’y rendait pas, son droit à l’exercice de la souveraineté ne serait plus qu’illusoire : la classe aisée, la classe opulente deviendrait la maîtresse suprême des assemblées, et par un excès de démocratie mal entendu, vous verriez nécessairement s’élever un genre d’aristocratie bien plus terrible, l’aristocratie presque absolue des riches » [86][86]A.P., LXIII, 386, cité par L. Jaume, Le discours jacobin et la….

39Le XIXe siècle et le début du XXe siècle ne furent pas plus encourageants. Michelet voit dans la Constitution de Condorcet la « paralysie constituée » [87][87]« C’est uniquement une machine de résistance contre l’autorité…. Mathiez acquiesce : selon lui, l’insertion d’un droit de censure dans le projet des Girondins ne servait qu’à « masquer sa politique de classe d’un vernis de libéralisme démocratique en même temps que pour donner à ses partisans le moyen de paralyser l’Assemblée législative où domineraient ses adversaires » [88][88]Mathiez, La Constitution de 1793, in Annales historiques de la…. Jaurès parle de la complexité du projet comme autant de « bouffissures » [89][89]Histoire socialiste de la Révolution française, édition revue…. Coste évoque un « chefd’œuvre de puérilité », « ridicule, voire monstrueux » [90][90]« Avec Hérault de Seychelles, nous estimons que ce projet était…. Quant à Archambault de Montfort [91][91]Les idées de Condorcet sur le suffrage, Paris, 1915, Slatkine…, il se demande un peu légèrement s’il ne faut pas voir dans le droit d’initiative populaire, sur lequel on sait pourtant que Condorcet a réfléchi durant toute sa vie de philosophe et d’homme politique [92][92]Cf. supra, n° 6 et s., qu’une simple manœuvre démagogique : « Ne serait-ce pas plutôt que dans le match de surenchère démocratique qui s’était ouvert entre les partis, l’idée d’organiser le contrôle du peuple lui a paru capable de rallier la faveur populaire ? ».

2 – Justifications de Condorcet

40Alors que son article Aux citoyens français sur la nouvelle constitution[93][93]Œuvres, t. 12, p. 653 et s., qui critique vivement la Constitution montagnarde du 24 juin 1793, lui a attiré les foudres de la Convention [94][94]Voir les extraits du Moniteur transcrivant l’intervention du…, Condorcet rédige un éclairant et touchant Fragments de justification[95][95]Œuvres, t. 1, p. 574 et s.. On peut y lire ce passage : « Au moment de la Révolution, l’égalité absolue entre les citoyens, l’unité du corps législatif, la nécessité de soumettre une constitution à l’acceptation immédiate du peuple, la nécessité d’établir des assemblées périodiques qui pussent changer cette constitution, et de donner aussi au peuple un moyen de faire convoquer ces assemblées lorsqu’il croirait sa liberté menacée ou ses droits violés par les pouvoirs existants, me parurent devoir être la base de la nouvelle organisation sociale. L’idée surtout d’organiser un moyen pour le peuple d’exprimer son vœu sur la nécessité d’une réforme quelconque, tel que jamais une insurrection ne fût nécessaire, me paraissait aussi utile qu’elle était en quelque sorte nouvelle, du moins pour le très grand nombre » [96][96]Souligné par nous.. On retrouve [97][97]Cf. supra, n° 37. le souci de Condorcet de faire prévaloir la discussion et le vote sur les armes et la violence. Il est intéressant de remarquer que ce leitmotiv est bien différent des raisons qui précipiteront l’adhésion du droit d’initiative dans d’autres pays, en particulier aux États-Unis d’Amérique, au milieu et à la fin du XIXe siècle. Ce ne sera plus la crainte de l’insurrection mais plutôt le dysfonctionnement du système parlementaire représentatif qui sera au centre des préoccupations [98][98]Cf. infra, n° 47.. Pour l’heure, Condorcet a raison de craindre la tyrannie d’une minorité active : la Convention, aux mains du Comité de Salut public, allait bientôt décréter son arrestation et l’acculer au suicide.

41Par ailleurs, Condorcet n’a pas que des détracteurs. Le projet reçoit l’admiration de certains contemporains. Ainsi, le rédacteur en chef de la Feuille Villageoise, dans son édition du 14 mars 1793, emploie une comparaison pleine de louanges : « Semblable à ces horloges artistement combinées pour pouvoir d’elles-mêmes remonter leur ressort, la nouvelle constitution présente les moyens qui peuvent à chaque instant la réformer et la perfectionner ». Récemment, les idées de Condorcet ont retrouvé du crédit. Pour Elisabeth et Robert Badinter, « le projet rayonne de la confiance que Condorcet avait en la démocratie directe, dans le peuple éclairé par l’instruction publique, et auquel il confère l’entier contrôle de sa destinée. Par ce lien indissoluble entre instruction et démocratie, entre raison et République, le projet de Condorcet est plus qu’un instrument juridique : un acte de foi dans l’avenir et les progrès indéfinis de l’esprit humain. Ce message là ne sera pas perdu » [99][99]E. et R. Badinter, Condorcet, un intellectuel en politique,…. Charles Coutel souligne l’inventivité du système proposé par Condorcet : « Les citoyens sont en liaison avec l’Assemblée et les autres élus dans un débat continu et libre. A la place d’une opposition entre gouvernés et gouvernants (présente chez Robespierre comme chez Sieyès), Condorcet propose une circulation des avis, débats et décisions politiques. C’est la République permanente. A la place de l’unanimisme, le débat et l’argumentation; à la place d’une citoyenneté de « spécialistes », une citoyenneté partagée » [100][100]Coutel Charles, Condorcet, instituer le citoyen, Michalon,…. Léon Cahen [101][101]Condorcet et la Révolution française, Paris, 1904, réimp.… évoque la « noblesse des principes » du projet de Condorcet, et Francis Hamon [102][102]Op. cit., p. 81. en souligne le modernisme.

42Et effectivement, si on peut critiquer l’invraisemblance du procédé pratique, si on peut discuter les véritables intentions de Condorcet (bien que sa vie et ses écrits confirment la thèse de l’homme de bonne volonté plutôt que celle du tacticien évoquée par M. Pertué [103][103]« Et quelle était dans ce mécanisme la part du théoricien et du… ), on ne peut douter de l’utilité de l’idée en elle-même, qui permet l’expression directe du peuple dans les grands États, et qui offre donc une alternative au système représentatif pur. Il convient en effet de dépasser les limites étriquées d’un contexte franco-français de la fin du XVIIIe siècle, et de considérer les avatars historiques et mondiaux du droit d’initiative. Force est alors de constater que l’idée de Condorcet s’est propagée et concrétisée avec succès.

B – LE SUCCÈS DE L’IDÉE À L’ÉTRANGER

43On a vu que le concept et le mécanisme imaginés par Condorcet pour donner voix au peuple dans le processus législatif reçurent un accueil des plus froids en France. C’est donc ailleurs qu’ils vont se propager, à commencer par la Suisse, où la présence historique de la démocratie directe offre un humus propice à la prolifération de l’idée nouvelle [104][104]« Les landsgemeinde remontent au pacte historique qui unit, au…. Or, si la démocratie directe sous forme d’assemblées votantes est une institution traditionnelle dans certains cantons suisses, le nouveau mécanisme offert par le droit d’initiative n’y est apparu qu’au milieu du XIXe siècle. On connaît l’influence globale de la Révolution française sur le processus démocratique suisse [105][105]Simon Desploige, The Referendum in Switzerland, Longmans, Green…. Mais quel est le rôle personnel de Condorcet dans ce processus ? Ses travaux ont-ils eu quelque impact ? A cet égard nous ne trouvons aucune référence expresse [106][106]A.-E. Cherbuliez, dans De la démocratie en Suisse (Paris,…. Mais quelques indices nous mettent sur la piste.

44En 1831, le canton de Saint-Gall adopta une Constitution qui organisait un droit de veto présentant quelques similarités frappantes avec le droit d’initiative de Condorcet. A l’article 137, on peut lire que « dès que 50 citoyens d’une même commune le demandent, une assemblée communale doit être tenue pour décider s’il convient de s’opposer à la loi qui lui a été soumise ». L’article 138 continue en précisant que « si la majorité de l’assemblée communale décide de ne soulever aucune objection, la loi est considérée comme approuvée par la commune. Dans le cas contraire, l’Amman de la communauté communique sans délai le résultat à l’Amman du district, qui lui-même en avise le Petit Conseil en lui envoyant une copie de la minute de la réunion » [107][107]Cité par Simon Desploige, op. cit., p. 72; voir aussi A.-E.…. Bien que cette procédure ne concerne que le droit de veto et non le droit d’initiative, nous reconnaissons certaines caractéristiques du système proposé par Condorcet : le choix des 50 citoyens nécessaires à la mise en branle de tout le processus est une coïncidence frappante; on retrouve aussi la progression par paliers chère à Condorcet.

45Il est par ailleurs troublant de constater que le droit d’initiative apparut dans la ville de Genève peu après que Condorcet eut exposé son système. En 1794, l’assemblée des citoyens déclara qu’elle seule avait le droit d’approuver, de rejeter, de modifier, d’interpréter ou d’abroger les lois et édits. Par un amendement de 1796, la Constitution de Genève donnait le droit d’initiative à une assemblée de 700 citoyens dans le cas d’un projet de loi ordinaire, à une assemblée de 1000 dans le cas d’un amendement constitutionnel [108][108]Simon Desploige, op. cit., p. 50-55; voir aussi Henri Fazy, Les….

46On trouve aussi quelques allusions directes à l’influence de Condorcet. Ainsi, pour Ulrich Coste [109][109]Le pouvoir législatif dans la Constitution de 1793, thèse,…, « le droit d’initiative populaire est, en Suisse, le droit que possède le peuple de demander : 1° la modification des lois en vigueur; 2° la confection de lois nouvelles; 3° la révision de la constitution. C’est absolument le même droit d’initiative que celui qui est établi par la constitution girondine du 16 février 1793 » [110][110]Souligné par nous.. Pour M. Schefold [111][111]Volkssouveränität and repräsentative Demokratie in der…, l’adoption du droit d’initiative populaire en matière législative dans le canton de Waadt en 1845 est directement influencée par Condorcet [112][112]« Um Vorkommnisse dieser Art künftig zu vermeiden, ist nach der…. Dans une analyse très riche, Alfred Kolz [113][113]Die bedeutung der franzosischen Revolution, in Les origines de… mentionne le lien de parenté direct qui unit Condorcet à l’apparition du droit d’initiative en Suisse. Le projet de Condorcet non seulement en tant que tel, mais aussi tel que repris dans le projet montagnard, aurait servi d’exemple à la première vague d’adoption de l’initiative dans les cantons. Par ailleurs, il voit une filiation entre Condorcet et les auteurs prônant la démocratie directe lors de la deuxième vague de démocratisation en Suisse après 1848. Des auteurs comme Burkli ou Rittenhausen se référeraient directement aux idées de Condorcet, ce qui aurait fait dire à Louis Blanc « Plus de Girondins ! » en tête d’un de ses pamphlets. Rittinghausen propose en effet un mécanisme de consultation par échelon (section, commune, district, département) qui rappelle avec force le système de Condorcet : « Le peuple se divise en sections de mille citoyens chacune. (…) Chaque section s’assemble dans un local propre à cet usage, école, hôtel de ville ou salle publique. Elle nomme son président, qui dirige les débats de la manière dont il sera parlé ci-après. Chaque citoyen peut prendre la parole dans les discussions, par conséquent toutes les intelligences sont au service de la patrie. La discussion close, chaque citoyen émettra son vote. Après le dépouillement du scrutin; le président de la section fait transmettre au maire de la commune le chiffre des votes pour et contre. Le maire fait le relevé des votes de toutes les sections de la commune et en communique le résultat à l’administration supérieure, qui, opérant de la même manière pour son district, fait parvenir le chiffre des votes pour et contre au préposé du département. Ce dernier transmet le résultat du dépouillement au ministère, qui fait l’addition pour le pays entier » [114][114]La législation directe par le peuple et ses adversaires,…. Cette description rappelle étrangement le titre VIII de la Constitution girondine…

47Mais les détracteurs de l’initiative populaire eurent vite fait de lier son succès pratique en Suisse à sa tradition séculaire, ainsi qu’aux dimensions restreintes des cantons dans lesquels elle s’appliquait. Le XXe siècle les fera mentir, avec, tout d’abord, la propagation de l’initiative populaire aux États-Unis [115][115]Pour une étude d’ensemble en langue française, voir. D. Nedjar,…. Il y apparut à la fin du XIXe siècle, sous la pression conjuguée de la Révolution industrielle et de la Conquête de l’Ouest [116][116]Nathaniel A. Persily, The Peculiar Geography of Direct…. En 1888, James W. Sullivan, un théoricien de droit social, se rendit en Suisse pour étudier sur place le mécanisme de l’initiative et du référendum. De retour aux États-Unis, Sullivan publia une série d’articles sur le sujet ainsi qu’un livre qui fit sensation : « Direct Legislation by The Citizenship Through the Initiative and Referendum » [117][117]New York, True Nationalist Publishing Co., 1893.. Il convainc le « Populist party » et le « Socialist Labor Party » de le soutenir. En 1898, le Dakota du Sud fut le premier État à adopter le droit d’initiative. Actuellement, 24 États des États-Unis d’Amérique ont inscrit le droit d’initiative populaire dans leur Constitution [118][118]Pour les principaux ouvrages parus sur la question, voir David….

48Par ailleurs, le référendum d’initiative populaire est en pratique dans de nombreux pays du monde [119][119]V. Philip L. Dubois & Floyd Feeney, op. cit., p. 62 et s. : l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie [120][120]A ce propos, voir Pier Uleri, The 1987 Referenda, in Robert…, l’Espagne [121][121]Voir Laurent Ladisa, Le référendum consultatif en Espagne,…, le Canada, le Libéria, le Guatemala, et, récemment, les Iles Philippines [122][122]V. Anna Abad et Evalyn Ursua, Initiative and Referendum : An… et la Hongrie en connaissent sous des formes variées, attestant de la vitalité du mécanisme inventé près de deux siècles auparavant par Condorcet.

CONCLUSION : DU RESTE DU MONDE À LA FRANCE : LA CORRECTION D’UNE IDÉE ?

49Un cliché représente les Français volontiers cocardiers, claironnant fort leurs conquêtes et inventions. Le droit d’initiative serait alors l’exception confirmant la règle. L’aversion française envers cette institution est clairement exprimée par Ulrich Coste, au tournant du XXe siècle : « Les institutions sont comme les hommes et les plantes; un changement de pays, de zone et de climat est presque toujours pour elles une cause de dépérissement et de mort. Donc il serait dangereux d’introduire dans un nouveau pays des institutions qui se sont développées et ont prospéré dans un autre, appropriées à sa nature, sur un sol apte à les nourrir et à les fortifier. La Suisse n’est pas un État comparable à la France : son territoire est tout à fait minuscule, il est étranger au grand concert des nations européennes, il se prête facilement aux votations populaires, n’est pas obligé de faire un grand nombre de lois, et partant le peuple n’est que rarement appelé à se prononcer. Les institutions de la Suisse sont le résultat des mœurs du passé, des conditions sociales de ce peuple, et il est plus que probable, qu’en dehors de ces conditions éminemment favorables, le référendum serait chez nous une institution parasite, d’un fonctionnement extrêmement difficile, peut-être même impossible » [123][123]Ulrich Coste, Le pouvoir législatif dans la Constitution de…. C’était oublier que la France avait précédé la Suisse dans cette voie… Dès 1850, Victor Considérant se fait l’avocat du droit d’initiative [124][124]La solution ou le gouvernement direct du peuple, Paris,… : parce que « la démocratie ne peut vouloir de la délégation sous aucune forme » [125][125]Idem, p. 14., toute proposition émanant d’une « section » et recueillant plus de 500 000 suffrages « sera réputée prise en considération par la nation et mise à son ordre du jour » [126][126]Idem, p. 19.. Les grands constitutionnalistes du XXe siècle se sont affrontés eux aussi sur l’idée de référendum d’initiative populaire. Pour Esmein, c’est un « élément de trouble et de désorganisation législative » [127][127]Deux formes de gouvernement, RDP, 1894, p. 41.. Il se demande, « alors qu’il est difficile d’obtenir une législation cohérente et pondérée avec l’initiative parlementaire, comment l’espérer avec l’initiative populaire ? » [128][128]Ibid.. Carré de Malberg [129][129]Considérations théoriques sur la question de la combinaison du… estime en revanche que l’introduction du référendum (dans lequel il inclut l’initiative populaire des lois [130][130]Idem, p. 228. ) est nécessaire au perfectionnement du régime représentatif [131][131]« Ainsi, seul, le référendum apparaît comme un complément…. Duguit y est, lui aussi, favorable [132][132]Traité de droit constitutionnel, 2e éd., t. 2, Paris, de…. Plus récemment, Jacques Mestre [133][133]Le référendum national d’initiative populaire, Revue des Deux…, Alain Werner [134][134]Plaidoyer pour le référendum d’initiative populaire, Petites…, Pierre Nuss [135][135]Référendum et initiative populaire en France : de l’illusion en… et Francis Hamon [136][136]L’idée de la démocratie directe de la Révolution à nos jours,… ont fait des propositions en ce sens [137][137]Au niveau local, V. Philippe Zavoli, La démocratie…. Par ailleurs, le référendum d’initiative populaire est depuis plus d’une décennie l’arlésienne de nombreux partis politiques [138][138]V. pour le Parti Communiste Français : programme du 28e Congrès…. Pourtant, à l’exception du projet Vedel qui n’a pas été suivi sur ce point [139][139]Le Comité Vedel avait proposé en 1993 l’instauration du…, et d’une proposition de loi faite par le député André Guérin en 1999, qui n’a pas abouti [140][140]« Proposition de loi relative au référendum d’initiative…, aucune mesure concrète n’a jamais été prise pour instaurer le droit d’initiative en France. Sous la pression de quelques groupes [141][141]On doit mentionner l’active association Démocratie Directe…, de nombreux candidats à l’élection présidentielle d’avril-mai 2002 l’ont inscrit à leur programme [142][142]Présentant son projet, Noël Mamère met l’accent sur les thèmes….

50L’idée de Condorcet retrouvera-t-elle un jour son berceau, bouclant ainsi deux siècles « d’errance »? Si cela devait être, le législateur serait inspiré de tenir compte de l’expérience des autres pays, et d’apporter les correctifs adaptés à certaines dérives observées principalement aux États-Unis. Le mécanisme proposé par Condorcet offre à cet égard certaines garanties. Ce serait là l’occasion de lui en reconnaître la paternité, et d’honorer la mémoire d’un homme de génie.

Anne-Cécile Mercier.

« (Macron) est un gredin, un voleur, un criminel ! » – Invité chez Éric Morillot (Les Incorrectibles, Sud Radio)

J’aime bien le format « ping pong rapide », en fait ; ça complique un peu la tâche pour développer sa pensée, mais c’est un format complémentaire des exposés en conférence, nettement plus tonique — un peu risqué aussi, parce qu’on peut s’emporter et prononcer des mots qu’on pourrait regretter et qui sont pourtant enregistrés.

Il faudrait un peu plus de temps, quand même, sur des sujets aussi importants et riches en détails décisifs.

Je dis un grand merci à Sud Radio. Je trouve certains commentaires (sous la vidéo) très injustes avec un des seuls médias qui, précisément, me permettent de me défendre en public et en direct (sans tricher). C’est normal qu’ils me rentrent dans le lard, et ils ne sont pas malveillants : il faut que les points problématiques soient évoqués et traités, et leurs questions m’ont permis d’en évoquer beaucoup.

Certes, il aurait fallu plus de temps, ce qui leur aurait permis de poser leurs questions plus lentement, et d’attendre que j’ai répondu à chacune d’entre elles — et à moi de parler un peu plus calmement 🙂 Mais globalement, ce sont des émissions comme celle-là dont nous avons besoin. Je dis un grand merci à Éric Morillot, et j’espère à bientôt ; avec Raphaël Enthoven ce sera assurément passionnant 🙂

Étienne.

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Edit : Un des #GiletsJaunesConstituants nous a mitonné un bon petit résumé, en seulement 11 minutes , de la première partie de l’émission de @SudRadio 🙂 :

[#GiletsJaunesConstituants] Entre le peuple et les ennemis du peuple, je suis heureux d’être à ma place

Je ne lis même plus le mépris et la détestation radotante des prétendus « journalistes » vendus aux riches. Je préfère les débats ouverts et constructifs avec les gilets jaunes sur leurs ronds-points, pour imaginer ensemble d’abord, et puis surtout, ensuite, vouloir ensemble une société mieux instituée, par nous-mêmes.

Je viens d’envoyer ce message à un ami, Philippe Pascot, qui me demandait si je tenais le coup :

Oui [je tiens le coup].

Le jour (ronds-points, péages, conférences salles combles), je rencontre des milliers de pauvres gens reconnaissants, passionnants, admirables et très affectueux… Tout ça est très émouvant, très enthousiasmant…

Et le soir, en rentrant à l’hôtel ou chez mes hôtes, à 2 ou 3 h du matin, épuisé de ces nombreuses rencontres chaleureuses et fraternelles de la journée, je lis rapidement les nouvelles et je découvre chaque nuit que tous les journaux de mon pays me présentent comme l’ennemi public n°1, un manipulateur, un idiot ou un facho…
• Sans jamais m’avoir appelé auparavant ( ! ),
• en remâchant de vieux ragots mensongers et malveillants,
• sans rien dire de mon travail sur le fond,
• et surtout sans m’offrir la moindre possibilité de me défendre loyalement ( !! ).
C’est consternant, la bassesse des prétendus « journalistes » en France en 2018.

Alors, je réfléchis, et je vois bien que je suis heureux d’être du côté des pauvres gens, je décide de me foutre de tout l’attirail de mensonges et de perfidies que déploient les ennemis du peuple à travers les journaux qu’ils ont achetés pour ça : je me fais du mal pour rien à lire leurs calomnies, il faut que j’arrête de lire ça, alors que je grandis et progresse à toute vitesse avec les honnêtes gens, les petites gens qui cherchent enfin à instituer eux-mêmes leur puissance de résister aux injustices.

Ce qui se passe est historique, il me semble.

Merci à toi, ami Philippe, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

#GiletsJaunesConstituants

#LesMédiasMentent

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[RIC POUR LES GILETS JAUNES (et les autres)] Les mœurs des « journalistes » en France, en 2018, avec les vrais opposants, c’est 2 qui tiennent et 3 qui cognent… et un bâillon pour qu’il se taise… Je demande le droit de nous défendre loyalement : en direct et en face à face

Je me fais une très haute idée de la fonction de journaliste. J’ai été très marqué par l’imaginaire de l’époque de la Révolution française, où les journalistes étaient considérés comme « les sentinelles du peuple ». Déjà, à Athènes, il y a 2500 ans, les citoyens, pour pouvoir tous jouer le rôle de « sentinelles de la démocratie », tenaient plus que tout à l’iségoria (droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos) car ce droit de parole permettait à chaque citoyen de chercher et surtout de dénoncer tous les éventuels complots contre la démocratie, pour la protéger. Grâce à l’iségoria, la démocratie était plus forte, la démocratie avait les moyens de se défendre contre les intrigants, contre les comploteurs.

Aujourd’hui, le croiriez-vous, les « journalistes » (ou en tout cas un grand nombre d’entre eux) traquent les lanceurs d’alertes comme des malfaiteurs, qu’ils appellent des « complotistes »… c’est-à-dire que les « journalistes », au lieu de protéger les citoyens vigilants (et d’en faire partie eux-mêmes !), les martyrisent ! On marche sur la tête.

#LeTermeComplotisteEstUneInsulteÀLintelligenceCritique

Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre le lien direct entre cette profonde perversion (mise à l’envers) de la fonction de journalisme et l’appropriation de tous les journaux par les plus riches (9 milliardaires ont acheté, comme on achète des bagnoles ou des baraques, TOUS les journaux du pays ; c’est une catastrophe, l’opinion n’est plus éclairée mais intoxiquée).

Par ailleurs, je constate à mon sujet que les mœurs des « journalistes », avec les opposants au système de domination parlementaire (à mon avis frauduleusement nommé «Gouvernement représentatif»), deviennent d’une brutalité et d’une déloyauté crasses : car enfin, depuis deux ou trois jours, tous les éditocrates de mon pays publient des « portraits » de moi comme si j’étais l’ennemi public n°1, fourbe, dangereux, complotant dans l’ombre, « trouble » (sic), « sulfureux » (resic), tissant sa toile (reresic)… (sans s’en rendre compte, mes accusateurs sont d’ailleurs précisément ce qu’ils dénoncent : « complotistes »…), mais sans m’avoir jamais appelé avant pour connaître ma version (les seuls à m’avoir appelé avant sont les journalistes de France Info, qui ont d’ailleurs écrit sur moi un article moins mensonger que les autres), sans m’avoir prévenu, et surtout sans me laisser la moindre chance de me défendre, sans me permettre d’expliquer la sottise et la fausseté de toutes ces accusations invraisemblables, et surtout sans jamais confronter nos arguments de fond.

J’ai demandé, sur Twitter, aux premiers de ces éditorialistes calomniateurs un débat à la loyale, en direct, face à face et sur le fond (des problématiques de la souveraineté, de la représentation, de l’initiative des peuples dans les lois auxquels ils consentent à obéir, de choses sérieuses, quoi), plutôt que sur des ragots extravagants qui tournent en boucle dans le milieu fermé des prétendus « antifas », dont tout laisse à croire que leur mission réelle est d’entretenir à gauche une profonde zizanie, à l’aide d’une redoutable police de la pensée ; zizanie qui coupe le peuple en morceaux et qui le condamne éternellement à l’impuissance (électorale).

Chacun commence à comprendre que de débat loyal sur le fond, ils n’en veulent pas. Serait-ce parce que tous ces éditorialistes n’auraient pas d’argument solide (et avouable) contre le RIC ? et qu’ils sont donc réduits à s’en prendre lâchement au messager, dans son dos et sans lui permettre de se défendre ?

Je demande un droit de réponse loyal à ceux qui me calomnient.

Mais leur problème principal , c’est que, quoi qu’ils décident à propos de mon droit de réponse, en l’occurrence tuer le messager ne suffira plus, car il y a désormais dans le pays DES CENTAINES d’autres messagers tout aussi compétents et bons orateurs (c’est-à-dire respectueux des autres) pour prendre ma place : ce qui est né en France, avec les Gilets jaunes et le RIC comme première marche intellectuelle vers une aspiration populaire à un processus constituant populaire (débarrassé des professionnels de la politique), c’est une prise de conscience contagieuse, à la base de la société, que le niveau constituant est le meilleur pour engager les luttes sociales : le niveau législatif est mauvais pour nous émanciper car 1) il nous enferme dans une impuissance politique qui est verrouillée à un niveau supérieur, inaccessible, et 2) il nous empêche de fraterniser contre l’oppression des riches du moment par des disputes sans fin sur des sujets secondaires.

Le niveau législatif, celui où l’on décide quelles sont les lois qu’il nous faut aujourd’hui, thème par thème, est celui des disputes sans fin, alors que le niveau constituant, celui où l’on décide comment l’on va mettre au point les lois, qui va nous représenter, avec quel mandat, sous quels contrôles et avec quelles possibilités de révocation, ce niveau constituant est celui de la concorde facile car la plupart de nos aspirations y convergent, que nous soyons de droite, de gauche ou d’autre chose : tout le monde comprend à toute vitesse que NOTRE CAUSE COMMUNE, la cause commune des 99% partout sur terre, c’est : « NOUS VOULONS INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PROPRE PUISSANCE ».

Il me semble que ce pourrait être la devise des Gilets Jaunes du monde entier.

Cette mutation universellement contagieuse va tout changer : les électeurs enfants sont en train d’aspirer à devenir citoyens constituants, et ils n’auront pas à le demander à leurs maîtres : il leur suffira de le vouloir vraiment, ensemble. Étienne de la Boétie l’avait excellemment prédit : soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres.

Je peux me tromper, bien sûr, et je passe mon temps à chercher des contradicteurs pour trouver mes erreurs et progresser, mais il est extravagant de me faire passer pour un tyran qui avancerait masqué. Extravagant.

Je vais reproduire à la fin de ce billet un message important que j’avais rédigé en novembre 2014 (il y a 4 ans déjà), où je faisais le point sur les accusations à propos de Soral. Vous jugerez. Je souligne simplement que, personnellement, je ne parle JAMAIS de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui m’accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… comme si c’était ces imprécateurs eux-mêmes qui étaient chargés de la promotion quotidienne du personnage qu’ils prétendent combattre.

Bref, devant ce torrent de haine recuite, tournant en boucle et auto-entretenue, de la part des « grands » éditorialistes du pays, je me dis que, finalement, être ainsi craint par ces gens-là, c’est un peu comme une Légion d’honneur, une marque de vraie résistance : il semble donc que je ne sois pas, moi, une opposition contrôlée (Cf. 1984 d’Orwell : une opposition dont le pouvoir n’a rien à craindre).

Finalement, il est assez logique que je sois détesté par cette bande de détestables : je rappelle que tous ces « journalistes » (ce sont les mêmes propagandistes qui défendaient tous le Oui pour le référendum contre l’anticonstitution européenne en 2005 et qui étiquetaient déjà « extrême droite » tous leurs adversaires défenseurs du Non, pour ne pas avoir à leur répondre sur le fond), tous ces « journalistes » qui me traitent de « facho », donc, défendent ardemment, depuis 40 ans (depuis le début des années 1980), à la fois le fléau du néo-libéralisme et celui du libre-échange, la catastrophe absolue qu’est la libre circulation des capitaux et donc l’évasion fiscale, les délocalisations et la désindustrialisation du pays, la dérégulation financière et la dépossession des États du pouvoir de création monétaire, le transfert scandaleux de la souveraineté nationale (qui ne leur appartenait pourtant pas) à des institutions supranationales tyranniques hors contrôle et corrompues jusqu’à la moelle, la flexibilité et l’austérité, la désindexation des salaires et des retraites, la rigueur et les coups de ceinture pour les pauvres, les cadeaux somptueux et obscènes pour les plus riches, insatiables pompes à fric, véritables siphons à pognon privant la société des signes monétaires nécessaires à la prospérité, l’asphyxie financière des services publics pour en faire à terme des centres de profit privé, la vente à vil prix des biens publics rentables (autoroutes, péages, aéroports, barrages, industries stratégiques…) aux parrains maffieux qui les ont mis en place à leurs micros, et j’en passe… Il est assez logique que ces défenseurs du capitalisme déchaîné (et de son principal outil, la prétendue Union européenne) ne nous aiment pas et qu’ils nous craignent, moi et les Gilets jaunes devenant constituants.

Mille mercis à tous ceux qui me défendent comme ils peuvent, sur les réseaux sociaux et dans les conversations, il est facile de comprendre combien pour moi c’est émouvant.

Et notamment merci à ceux qu’on appelle les gentils virus démocratiques, dont j’observe tous les jours le dévouement au bien commun et à la démocratie qui vient.

Merci aussi à RT, Russia Today, la chaîne de télé russe qui assume désormais quasiment seule en France le service public de Résistance à l’oppression, en donnant la parole à tout le monde et en permettant de bons débats de fond sur des sujets importants. J’ai rencontré leurs équipes et j’ai été frappé par leur professionnalisme et leur rigueur. Probablement parce qu’ils n’ont aucun droit à l’erreur (le gouvernement et ses complices « journalistes » les traquent depuis leur création), et aussi peut-être parce qu’ils ne suivent pas, eux, un idéal lié au profit ou à la domination.

Merci aussi à François Ruffin, pour son courage. Ce qu’il a fait ne m’étonne pas de lui : il est profondément honnête. C’est sans doute l’homme politique que j’admire le plus dans mon pays (malgré quelques profonds désaccords, notamment sur la très nécessaire sortie de l’UE). J’espère que ses amis (qui sont aussi les miens, dans ma tête en tout cas) ne le martyriseront pas pour ce qu’il a dit de moi (qui n’est quand même pas si grave).

Bon, les Gilets jaunes, on continue d’apprendre à constituer, sur les péages et les ronds-points ? On se fout de ces voleurs de pouvoir, on ne leur demandera pas la permission pour s’émanciper de leur domination. Il faut par contre qu’on s’entraîne, hein ? Allez, à tout à l’heure !
(ce soir jeudi à Bordeaux, vendredi à Périgueux, samedi dans le Lot, dimanche à Brignoles, ou à Toulon je ne sais plus 🙂 )

Amitiés à tous (vraiment à tous).

Étienne.

#GiletsJaunesConstituant

#CeNestPasAuxHommesAuPouvoirDÉcrireLesRèglesDuPouvoir

#PasDeDémocratieSansCitoyensConstituants


Quand le message est trop fort, attaquer le messager…

Voici maintenant, ci-dessous, la copie du billet (important) que j’ai publié ici le 28 novembre 2014 (il y a déjà 4 ans) et où j’ai fait le point sur Soral :

Pour que les choses soient claires

Publié le 28 novembre 2014 | 286 commentaires

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

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Rappel : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?Controverses-et-droit-de-reponse

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ATELIERS POPULAIRES SUR LE RIC : PISTES IMPORTANTES POUR DÉMARRER

Chers amis,

Voici le document que j’ai créé pour vous, et distribué samedi et dimanche dernier (15 et 16 déc), à La Bouilladisse et à La Ciotat (formidables rencontres, inoubliables), pour vous aider dans vos premiers ateliers constituants sur le RIC (et les médias) :

• La colonne de gauche présente notre anticonstitution,

• la colonne du centre présente une proposition citoyenne vraiment démocratique,

• La colonne de droite (vide) insiste sur le fait que vous devrez travailler (au moins un peu) pour vous émanciper.

J’ai soigneusement commenté (oralement) la colonne du centre hier à La Ciotat.

Vous noterez, dans ce document-témoin-pédagogique, qui devrait être très utile à tout le monde, je crois, un alinéa FONDAMENTAL sur LES MÉDIAS (je sens que ça va vous plaire 🙂 ) et les bricoles nécessaires (sur la 2ème page) pour conserver la cohérence de (ce qui reste) notre anticonstitution (mais avec un moteur démocratique au cœur).

Dès que j’ai connaissance d’une vidéo (de La Bouilladisse et de La Ciotat), je vous la fais connaître.

Si on veut être vite prêts à pousser fort, il faut qu’on se colle tous à l’écriture pour de bon, et en détail :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Docs/000_Atelier_RIC_Le_referendum_dans_l_anticonstitution_francaise_de_1958_2p.pdf

Bon courage à tous les citoyens constituants débutants 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156790434887317

QUEL SEUIL DE DÉCLENCHEMENT POUR LE RIC ? À lire ensemble, sur tous les ronds-points et tous les péages…— ou sur tous les points de repli, après avoir été délogés temporairement par la maréchaussée :)

Ana Sailland nous explique ici, comme d’habitude de façon limpide et pénétrante, les enjeux du RIC, et surtout LE SEUIL DE DÉCLENCHEMENT qu’elle préconise, avec ses « CERCLES CROISSANTS ».

Vous allez voir c’est passionnant.

C’est peut-être la modalité de seuil qui nous mettra tous d’accord.

Merci Ana, merci d’exister.

Étienne.

PS : cet après-midi, vers 15 h, je retrouve les gilets jaunes de mon coin (et les autres que ça intéresse), pour parler du RIC et des modalités pratiques dont nous avons besoin, à La Bouilladisse 🙂 Prenez du papier, un crayon et votre anticonstitution 🙂 

Ana Sailland, 10 mai 2016

Ici je vais enfoncer des portes ouvertes 🙂
Mais peut être pas que.

Le référendum, 
c’est cette procédure qui permet d’interroger le peuple sur un point précis.
Il peut être pensé au niveau local ou au niveau national.
Je n’envisage ici que le niveau national, bien que le niveau local soit le point d’entrée naturel et non violent de la démocratie dans la jungle du système représentatif qui la singe. Mais à chaque jour suffit sa peine.

Le référendum ((( national ))) nous est largement présenté, depuis l’en haut, comme un outil de la démocratie.

Voyons ça de plus près.

Conceptuellement, il existe deux sortes de référendum :
1) Le référendum à l’initiative de la gouvernance, traditionnellement dénommé « référendum à l’initiative du prince ». Là, c’est la gouvernance ( en France, donc, c’est le président ) qui pose la question.
2) Le référendum à l’initiative du peuple, traditionnellement dénommé « référendum d’initiative populaire », ou « référendum d’initiative citoyenne ». Là, c’est le peuple qui s’interroge lui-même.

On peut « classer » selon un autre mode :

Conceptuellement, il existe deux sortes de référendum :
1) Le référendum consultatif, qui sert à interroger le peuple, pour connaître son opinion, et rien de plus. Il s’agit donc d’un référendum à l’initiative du prince. C’est un peu mieux que les sondages, moins susceptible de trucage.
2) Le référendum décisionnaire, qui de la réponse du peuple fait loi, de manière incontestable.

Cela donne donc trois possibilités :

a) Référendum consultatif à l’initiative du prince
b) Référendum décisionnaire à l’initiative du prince
c) Référendum décisionnaire à l’initiative du peuple

En France, l’option c n’existe pas. Ce serait pourtant, des trois, la seule option que l’on pourrait considérer comme démocratique, puisque elle seule permettrait au peuple de se gouverner lui-même, en répondant à SA question, qu’il se serait posée lui-même, et dans l’optique que sa réponse aurait force de loi.
Notons au passage qu’existe depuis peu un ersatz pompeusement nommé référendum d’initiative populaire. Il s’agit de l’article 11. Un vrai foutage de gueule.
Faut il pour autant faire une croix sur le référendum d’initiative populaire, et décisionnaire ? Certainement pas. Mais il s’agit d’un combat. Que mène l’association « article 3 ».

Jusqu’à récemment, nous avions l’illusion que l’option b était la règle. ( Référendum à l’initiative du Prince, et décisionnaire)
Mais promptement après 2005, nous avons compris qu’en France, le référendum à l’initiative du prince n’est factuellement que consultatif. 
Le scénario est assez cocasse et il faut en peser la malhonnêteté.

Phase 1, le prince propose au peuple, en lui laissant entendre que sa réponse aura force de loi.
Phase 2, l’empire médiatique, cul et chemise avec le pouvoir, soutient à fond la proposition du prince.
Phase 3, on dépouille, et c’est là que la supercherie éclate.

Si à la proposition du prince la réponse du peuple est oui, alors cette réponse produit loi. Youpi. 
… Et cette loi permettra plus tard au prince de rejeter toute contestation, puisque la décision ne sera pas de lui, mais du peuple « dans sa souveraineté ».

Par contre, si à la proposition du prince la réponse du peuple est non, alors le prince pourra envisager la voie parlementaire pour imposer sa volonté, en modifiant la forme mais pas le sens, afin de faire avaler la pilule. Dans l’aventure, il n’aura perdu que l’avantage de pouvoir dire : c’est pas moi, c’est vous. Mais sa volonté aura bien produit loi, sans contestation légale et efficace possible.

Retenons, pour résumer, qu’en France, le référendum est à l’initiative du Prince uniquement, et qu’il n’a certainement pas pour fonction de donner parole et pouvoir au peuple : il n’a pour fonction que de faire signer par le peuple la proposition du prince, ce qui rendra plus tard et sur plusieurs générations toute contestation quasi impossible ( « comment ?!? vous osez vous opposer à une décision du souverain peuple ?!? » ) . Et si le processus rate, le prince sort de sa musette d’autres outils pour imposer sa volonté.

Ce qu’on nous présente comme un outil de la démocratie n’est donc, de fait, qu’un piège à rat.

Remède ?

Le remède est bien entendu le référendum à l’initiative du peuple, et décisionnaire, ayant force de loi, incontournable.
((( Que jamais très probablement les « « élites » n’écriront dans la constitution, car ce serait contraire à leur intérêt de caste )))

Je ne vais pas tout de suite lâcher le stylo ( ou le clavier ), car certaine question technique me tient à cœur , la question du seuil.

Si on prend l’exemple helvétique, forte est l’envie d’en copier les principes techniques :

Les initiants ( c’est à dire les gens qui ont l’idée d’une question et souhaitent la voir poser au peuple ), les initiants doivent rassembler un certain nombre de signatures de citoyens, qui par leur griffe attestent qu’ils souhaitent que la question soit posée. Notons au passage qu’on peut souhaiter que la question soit posée sans souhaiter que la réponse sera oui, ni qu’elle sera non. Il peut s’agir d’un élan démocrate pur. Notons aussi que le fait d’accorder sa signature ou de la refuser est en quelque sorte un vote sur la nature du débat politique ! Ainsi le peuple peut il, dans une certaine mesure, définir collectivement la nature du débat politique. Ce qui en soi, déjà, est très riche.

Ce nombre de signatures sera ici appelé le seuil de déclenchement de l’initiative populaire.

Dans un pays de 60 millions d’habitants tel que la France, le choix de ce seuil est crucial et délicat.

Si le seuil est trop bas, une avalanche de référendums s’ensuit , la fantaisie peut être proposée, voire la cacophonie, et le coût du processus explose.

Si au contraire le seuil de déclenchement est trop haut, alors, il est impossible à un petit groupe de personnes désargentées de collecter les signatures nécessaires à la promotion de son idée.
Si par exemple le seuil est de 1 % de 40 millions de citoyens, alors besoin est de 400000 signatures. Essayez d’imaginer le boulot pour convaincre 400000 personnes de signer. Autant dire que le référendum n’est plus d’initiative citoyenne mais que l’initiative est réservée à de puissantes associations, à des partis, voire à des lobbies. Le citoyen est dans les choux …

Or dans mon esprit farfelu germe l’un des points qui à mon sens devrait être inscrit en lettres d’or sur le cahier des charges de la démocratie réelle, vraie, intégrale :

Tout citoyen doit pouvoir à tout instant se mêler des affaires de la cité, avec un poids non nul et certain, et cela sans présumer de son assiduité antérieure et de son investissement passé dans le débat et la décision publiques.

Je lance donc une idée folle : le référendum d’initiative monocitoyenne, où UN citoyen peut inviter la nation entière à réflexion et décision ; ça décoiffe et on va me prendre pour une jobastre, non ?

L’idée technique est toute bête pourtant : remplacer ou doubler le principe du seuil de déclenchement par une autre procédure : le référendum à diamètre croissant.

Voici l’idée ( mille variantes sont possibles ):

L’initiant solitaire, et à ses frais, consulte un espace local de son choix, rue de 1000 habitants minimum, ou village de 1000 habitants minimum, ou autre.

Si là son idée gagne , c’est à la municipalité d’organiser à son échelle.

Si là de nouveau l’initiative monocitoyenne est acceptée, on passe à la région, et ainsi de suite ….

Étant entendu qu’un échec rencontré avant d’atteindre l’échelle nationale met fin à l’aventure.

Voilou.

Les gens vont trouver compliqué, et ils n’ont pas tort. Mais si la démocratie vraie est un souhait ardent, la démocratie à grande échelle est un problème complexe. Jusqu’où est on prêt à sacrifier à la simplicité ?

___________________________________________________

Je termine sur la question de l’empire médiatique. 
Les médias de masse appartenant à une poignée de milliardaires, ils disposent, quoiqu’en disent certains, du pouvoir de forger l’opinion ( et le désir, et la libido, mais c’est un autre drame ).

Le référendum d’initiative populaire décisionnaire qui peut sembler la panacée se heurte à ce problème rédhibitoire, qui devra un jour être résolu.

___________________________________________________

Il faudrait aussi décliner le champ du référendum ( lois, constitution, traités, référendum révocatoire, etc )

« Next time may be ». Si vous avez lu jusque là, merci:)

!!! Et n’oubliez pas de soutenir l’association article 3 !!!

Ana Sailland.

 
« Législatif » concerne les lois, les règlements et les traités. Étienne.

Résumé des Référendums à diamètres croissants :
(à travailler ensemble sur les péages et les ronds-points)

Tout citoyen peut, par ses propres moyens, consulter ses concitoyens.

Si l’échantillon consulté (plus de 1000 personnes sur une même localité, village, rue…) est favorable à l’initiative, la municipalité ou les municipalités des citoyens consultés doivent organiser rapidement un référendum municipal.

Si le référendum municipal est favorable à l’initiative, le département dont dépend la municipalité doit organiser rapidement un référendum départemental.

Si le référendum départemental est favorable à l’initiative, la nation (ou la confédération) doit organiser un référendum national (ou confédéral).

Tout résultat défavorable avant d’atteindre l’échelle confédérale met fin à la progression de l’initiative.

FRANÇOIS RUFFIN POUR UN RÉFÉRENDUM SUR LE RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE CITOYENNE ?

Un représentant digne de ce nom, ça détonne…
Est-ce que je rêve ? Non, c’est François Ruffin 🙂

Mais ATTENTION, IL EST (ULTRA) MINORITAIRE : s’il n’a pas une armée de citoyens constituants et vigilants derrière lui, pour tordre le bras des élus majoritaires (élus littéralement en fraude, avec le chantage du nécessaire « barrage »), on n’aura eu que du blabla.

Et puis, un référendum sur le référendum, c’est quand même ultra timide… Mais le plus long chemin commençant pas un pas, on peut y réfléchir.

Il faut que les élus incorporent dans la constitution LE TEXTE QUE LES CITOYENS AURONT RÉDIGÉ EUX-MÊMES :

• SANS AMENDEMENTS tordus (qui videront le texte populaire de sa substance ou le rendront impraticable),

• SANS « LOIS ORGANIQUES » (qui sont les lois constituantes, c’est-à-dire des scandaleux chèques en blanc constituants, permettant aux parlementaires de modifier discrètement la constitution sans référendum, sans appel au peuple),

• SANS FILTRE, ni parlementaire ni gouvernemental,

• SANS « GARDE-FOUS » ajoutés en douce (parce que « les fous », c’est nous…),

• SANS SOUMISSION À UNE « COUR SUPRÊME » ou autre « CONSEIL CONSTITUTIONNEL », toujours exclusivement composés de vieux grigous démophobes, remplis d’ennemis du peuple les plus endurcis et corrompus jusqu’à la moelle.

LE RIC DOIT RENDRE (VRAIMENT) LE PEUPLE ENFIN SOUVERAIN, EN TOUTES MATIÈRES.

(Retenez bien cette liste, en la complétant s’il le faut, parce que c’est vous les sentinelles du peuple, et personne d’autre.)

Si François arrive à ce résultat (faire accepter dans son propre parti que soit programmée honnêtement la puissance du peuple en toutes matières, dans les termes-même voulus par le peuple), c’est littéralement un héros 🙂
Mais on peut légitimement douter qu’il y arrive.

On verra.
Mais on a les yeux bien ouverts : un CITOYEN digne de ce nom est VIGILANT, c’est une SENTINELLE DU BIEN COMMUN (et au passage, il ne laisse donc pas… disons, enquiquiner par les anti-complotistes et autres anti-conspirationnistes, tous évidemment complices, volontairement ou pas, des comploteurs).

Étienne.

#giletsjaunesconstituants
#giletsjaunesvigilants

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Communiqué de presse « Serment du Jeu de Paume », de Gilets Jaunes aux journalistes et au président de la République

Des Gilets Jaunes viennent de publier ce communiqué :

Il est très bien, ce communiqué 🙂

Il reste à le faire débattre, amender et valider par tous les Gilets Jaunes France.

Il faut juste surligner en jaune ce que certains médias (les complices des voleurs de pouvoir) n’ont PAS diffusé auprès des citoyens, c’est-à-dire qu’ils ont CENSURÉ (la partie sur le RIC notamment), et publier le texte surligné pour que tous les gilets jaunes se chargent de relayer ensemble la partie censurée (surlignée en jaune, donc) auprès des citoyens.

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Voici l’allocution complète (filmée par un simple citoyen), avec le texte en sous-titres :


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[Merci RT] «Le référendum d’initiative populaire est la cause commune des Gilets jaunes»

Les gilets jaunes, de mon point de vue, sont des héros, des exemples pour le reste de la société : ils sortent de chez eux, ils se retrouvent dans le froid, sous la pluie, même la nuit !, pour réfléchir au bien commun, aux causes de leurs souffrances, en se fondant sur une immense défiance de la représentation, et ils sont en train de se concentrer sur l’institution de leur propre puissance, en commençant par une exigence prioritaire : le référendum d’initiative populaire en toutes matières.

C’est historique.

Merci à RT France, merci à tous les techniciens et à tous les animateurs de ce nouveau média passionnant et important, merci du fond du cœur, de nous aider dans cette lutte fondamentale.

Merci Meriem, merci Carla MC, merci RT France.

Étienne.

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[#giletsjaunesconstituants] Avec les Gilets Jaunes sur le péage de l’Étoile, près d’Aubagne : LA CAUSE COMMUNE des gilets jaunes est sans doute la même que celle de tous les « 99% » du monde : INSTITUER EUX-MÊME LEUR PUISSANCE POLITIQUE EN TOUTES MATIÈRES POUR RÉSISTER AUX RICHES DU MOMENT.

La CAUSE COMMUNE des gilets jaunes est sans doute la même que tous les « 99% » du monde : INSTITUER EUX-MÊME LEUR PUISSANCE POLITIQUE POUR RÉSISTER AUX RICHES DU MOMENT.

Et ça peut se faire rapidement D’ABORD, EN IMPOSANT PRIORITAIREMENT LE RIC, référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, et plus généralement ENSUITE, EN ORGANISANT UN PROCESSUS CONSTITUANT POPULAIRE.

J’adore les klaxons joyeux, enthousiastes, absolument sans arrêt… C’est une drogue dure les péages et ronds-points gilets jaune, j’ai tout le temps envie d’y retourner… très formidable humanité, très joyeuse d’être tellement ensemble 🙂
#giletsjaunesconstituants

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[#giletsjaunesconstituants] chez Taddéï, Interdit d’interdire – Gilets jaunes : suite ou fin ?



Merci Carla, merci Meriem, merci Frédéric, merci RT France.

Invité demain chez Taddéï, sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes

Bonne nouvelle : je suis invité demain soir, lundi 10 décembre 2018 à 19 h, chez Taddéï sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes 🙂 et, bien sûr, de revendications démocratiques dignes de ce nom, notamment une vraie puissance populaire (directe), pour que les pauvres puissent se défendre contre les riches.

Merci RT.

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire

Marianne battue retire elle-même son bâillon…
Elle va bientôt apprendre à instituer elle-même sa propre puissance.

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Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

Rendez-vous ce soir, mercredi 5 déc, avec Philippe Pascot, sur BTLV, à propos des Gilets Jaunes.

Rendez-vous ce soir, mercredi 5 déc, avec Philippe Pascotet et Jean Lassalle, sur BTLV, à propos des #GiletsJaunes :


https://www.facebook.com/btlv.fr/posts/2250910794941122

Ce serait bien qu’on ait le temps d’expliquer pourquoi le RIC est une revendication fondamentale, qui nous donnera accès à tout le reste, pourquoi cette revendication peut passer si (et seulement si) on ne défend qu’elle et elle seule, et pourquoi si on la mélange à d’autres revendications on n’obtiendra rien d’important.

Mais il faudrait aussi évoquer le risque de l’escalade violente, qui pourrait servir à légitimer la mise en place d’une dictature (c’est ce qui s’est souvent passé après les « révolutions de couleur »), ici comme ailleurs en Europe.

On devrait discuter de cette manière que je propose de déjouer les plans des mondialistes en profitant de cette insurrection pour faire monter le niveau de conscience et d’exigence populaire à toute vitesse avec des ateliers constituants sur tous les points de blocages, au lieu de nous regrouper comme prévu par nos maîtres pour tenter de renverser violemment cette marionnette de Macron en lui donnant nous-même le prétexte de notre asservissement total.

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Réflexions sur ce magnifique élan populaire des #giletsjaunes : il ne faut pas accepter d’être représentés, il faut apprendre à constituer.

Je crois que, si ce mouvement populaire des #giletsjaunes est représenté, il sera rapidement trahi et dévoyé : quel que soit leur mode de désignation (élection ou tirage au sort ou autre), les représentants ne seront pas achetés, bien sûr, mais INTIMIDÉS ET TROMPÉS (malgré leur honnêteté et leur bonne volonté) par un pouvoir qui sait très bien corrompre, à huis clos, par la PEUR et par le MENSONGE, plus que par l’appât du gain : tout ce qu’il faut au pouvoir pour corrompre cette révolution grandissante de gilets jaunes, ce sont des représentants.

Alors que, si ce mouvement sait refuser toute forme de représentation, il reste insaisissable (et donc invulnérable), ce qui lui donne le temps de faire monter, par éducation populaire, le niveau de conscience et d’exigence au sein de CHACUN des simples citoyens qui composent le mouvement.

Il faut que, sur les ronds-points et sur tous les points de rassemblement, les électeurs se transforment TOUT SEULS en citoyens constituants, de façon autonome, sans sauveur, sans leader, sans intellectuel de référence, toutes personnalités qui seraient autant de talons d’Achille pour discréditer le mouvement.

Cet immense mouvement est une chance historique, pour une *multitude* d’électeurs infantilisés, de se métamorphoser SANS L’AIDE D’AUCUNE AUTORITÉ MORALE RASSURANTE en *peuple* de citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire en constituants.

La colonne vertébrale de ce mouvement volontairement désorganisé (pour rester incorruptible) devrait être une et UNE SEULE IDÉE forte et radicale, qui serait une bonne cause commune, vraiment commune et vraiment capable à elle seule d’entraîner ensuite tous les bouleversements nécessaires de justice sociale.

À mon avis, cette idée centrale et décisive devrait être : « CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR ; SI ON VEUT UNE VRAIE PUISSANCE POLITIQUE POPULAIRE, IL NOUS FAUT UNE VRAIE CONSTITUTION, ET IL FAUDRA APPRENDRE À L’ÉCRIRE NOUS-MÊMES. »

Les gilets jaunes semblent, ces jours-ci, choisir le RIC (référendum d’initiative citoyenne) comme cause commune et c’est déjà tout à fait inespéré et enthousiasmant — même si ce sera sans doute insuffisant (car le fait d’avoir acheté TOUS les médias permet aux puissants d’intoxiquer l’opinion et donc de dévoyer tous les RIC). C’est déjà un pas immense vers la métamorphose en constituants que d’être d’accord pour faire de l’institution du RIC une priorité nationale non négociable.

De la même façon qu’il ne faut surtout pas élire une assemblée constituante (parce que l’élection est une démission), il ne faut pas accepter d’être représenté : il faut exiger de voter.

ÉLIRE N’EST PAS VOTER, c’en est même la négation. Un citoyen digne de ce nom vote lui-même les lois auxquelles il consent à obéir.

Bon courage à tous, le peuple uni ne peut pas perdre : restez soudés sur l’idée.

Étienne Chouard.

#pasdedémocratiesanstirageausort
#pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

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PS : la multiplication des gilets jaunes posés sous les pare-brises des autos est très spectaculaire à la campagne et TRÈS MOBILISATRICE, c’est vraiment une chouette idée💡 🙂

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PPS : si on mélange la revendication du RIC avec d’autres revendications, c’en est fini du RIC ! Les élus savent parfaitement que le RIC est une arme redoutable pour le peuple contre leur tyrannie, et je pense que les politiciens et les « journalistes » préféreraient tous mourir plutôt que l’accepter… DONC, si on défend plusieurs revendications, le RIC sera évidemment mis de côté et enterré par nos maîtres et nous serons « Gros-Jean comme devant »… ALORS QUE nos maîtres ne pourront pas nous tromper de la sorte si le RIC est LA SEULE REVENDICATION, absolument prioritaire et non négociable. Ils ne peuvent pas avouer pourquoi ils détestent le RIC.

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Mon interface habituelle d’administration du blog est en panne depuis quelques semaines, ce qui m’a conduit malheureusement à ralentir mes interventions ici (et à ne me servir que de Facebook et Tweeter, grrr). Je vais reproduire ci-dessous, et dans les commentaires de ce billet, les quelques textes et vidéos que j’ai moi-même publiés ou relayés ces derniers temps à propos des gilets jaunes.

Martin, retraité :

Cri de détresse d’une GJ devant les CRS :

Le 24 novembre, j’ai publié ceci :

Comme Léo, je trouve que ce formidable élan de révolte populaire des « Gilets Jaunes », contre le racket des prétendues « élites », ne peut servir à quelque chose QUE SI tous ces citoyens POLARISENT leurs volontés sur UNE SEULE CAUSE COMMUNE, bien choisie, radicale, décisive.

Or, puisque 80% des citoyens soutiennent les Gilets Jaunes ET QUE 80% des citoyens sont favorables à l’institution du Référendum d’Initiative Citoyenne, il me semble que c’est une occasion en or pour défendre cette idée à la fois très simple et très profondément révolutionnaire du RIC (révolutionnaire **SEULEMENT SI ce sont de simples citoyens et pas des politiciens qui en écrivent les règles**, naturellement, car vous savez bien que, si ce sont des élus qui l’instituent, ils écriront un fake RIC, comme l’actuel article 11 de notre anticonstitution).

Il me semble qu’aucun oligarque, aucun journaliste vendu aux riches, aucun collabo du système de domination parlementaire ne pourra trouver à redire publiquement à cet objectif très évidemment démocratique et irréprochable (« le peuple uni réclame le RIC, le vrai : en toutes matières »). Ils seront obligés de bredouiller de mauvaises excuses pour le refuser et leur malhonnêteté se verra plus que jamais au grand jour, comme par l’effet d’un puissant révélateur.

C’est la première fois, je crois, que je change mon image de profil, et je le fais parce que je trouve ce signe de ralliement intelligent et puissant, opportun. Il devrait devenir une priorité absolue pour les révoltés en jaune, à mon avis :

LE RIC EST UNE BONNE CAUSE COMMUNE DE RÉSISTANCE À L’OPPRESSION

Étienne.

. http://www.article3.fr/informations/definition-du-ric
. http://www.article3.fr/in…/proposition-loi-constitutionnelle
. http://etrecitoyen.org/referendum-initiative-citoyenne

——

Léo Girod : « Avec le RIC – Référendum d’Initiative Citoyenne en toutes matières, les citoyens auraient le contrôle sur leurs élus, leurs lois, leurs taxes… Ils seraient enfin souverains !

Si les gilets jaunes avaient le RIC pour unique revendication, ils l’obtiendraient, il en serait fini des taxes injustes, et si ce n’était pas le cas… au moins tous les Français en entendraient parler, et ce serait une grande avancée.

article3.fr/petition

clic-ric.org

En l’absence de revendication concrète, ces manifestations n’ont aucun sens…
Dans le meilleur des cas, le gouvernement pourrait reculer, ou inventer des petits cadeaux fiscaux pour faire passer la pilule. Mais le plus probable est encore qu’il ne se passe rien.
Exigeons le RIC ! »

Vidéos sur le RIC : https://le-democrate.fr/videos/ric

Léo Girod

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Autre fil sur le même sujet :


Le 24 novembre, Coralie Delaume :

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Le 24 novembre aussi :

« Il semble que ces images incroyables — 3 ou 4 jeunes hommes armés frappant de toutes leurs forces (avec la loi pour eux) un vieil homme désarmé protestant simplement contre la misère — révèlent, une fois de plus, un problème majeur : NOUS N’AVONS PAS DE CONSTITUTION.

Quand vous ferez (enfin) vos propres ateliers constituants, pensez à bien réfléchir aux contre-pouvoirs qui s’occuperont de la police. »

Vidéo : https://www.facebook.com/smoothii/videos/541251499706517/

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Le 24 également, j’ai relayé cette réflexion de Jean Bricmont :



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Le 22 novembre, j’avais relayé ceci, du Grand Soir :

Théophraste R. (Le Grand Soir) : « Vivent les gilets jaunes (même si cet accessoire vestimentaire est moche et leurs porteurs hors la loi) !

La Révolution française (parfaitement illégale), qui émerveilla le monde et à laquelle la France doit encore son prestige au-delà de ses frontières ne fut autorisée par personne et elle fut marquée par des périodes de violence.

Je cherche vainement ce qui fut grand dans le passé et, en même temps, légal.

• La lutte contre l’esclavage ? Non.
• Les révoltes ouvrières pour des journées de 12 heures ?
• Celles des Canuts de Lyon ou des vignerons de l’Hérault ? Non.
• Les manifestations et arrêts de travail pour une ½ journée de repos hebdomadaire ? Non.
• Les grèves pour la reconnaissance des syndicats ? Non.
• Les luttes pour l’abolition du travail des enfants ? Non.
• Les luttes des « suffragettes » pour le droit de vote des femmes ? Non.
• La Résistance contre les nazis ? Non.
• Les luttes pour la légalisation de l’avortement ? Non.

Et de quel côté était la vraie violence (1) ?

En son Palais de l’Elysée, le monarque Macron 1er a demandé au prince Philippe de faire dire par des crieurs de rue que les manifestations des Gilets Jaunes sont illégales, que les chevau-légers du lieutenant de police Castaner sauront les mater, surtout s’ils approchent du Palais. Les accidents de calèches, les bagarres de rue, leur seront imputés, ainsi que les chutes de neige, la disparition du peigne de Muriel Pénicaud, l’écroulement du pont de Gênes, les ruptures de caténaires, les textos de Trump, le mauvais goût vestimentaire d’Angela Merkel, les abus sexuels dans les presbytères, la mort des abeilles, l’arrestation de Carlos Ghosn, les incendies en Californie et les retards de livraison par les grands couturiers à la Reine Bri-Bri de Trogneux des sept tenues hebdomadaires (qu’elle paie avec sa retraite de prof). »

Théophraste R. (Citoyen en marche, mais hors des clous, toujours).

Note (1). Voir mon billet d’hier où Jaurès a tout bien expliqué en peu de mots.
Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/vivent-les-gilets-jaunes-meme-s-ils-sont-moches-et-hors-la-loi.html

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Le 21 j’avais trouvé ceci intéressant :

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Le 21 nov, le relais d’Osons causer de l’appel des gilets jaunes de Saint-Nazaire :


Et puis encore d’autres billets FB relatifs aux GJ :

Le 21 novembre, Franck Lepage chez Le Média TV :

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Le 21 novembre : Merci à Jean Lassalle

Le 21 novembre : Ils ne sont grands, Régis, que parce que nous sommes à genoux

Le 19 novembre : Patrice : « Qu’elle ne soit pas morte pour rien »


L’avis de Franck Lepage :

L’avis de François Ruffin : Sur les Champs-Élysées, François Ruffin se réjouit de voir la France « passer à l’action » :
https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/24/sur-les-champs-elysees-francois-ruffin-se-rejouit-de-la-france-qui-se-reveille_a_23599196/

L’avis de Régis de Castelnau :

L’analyse (très approfondie) de Jacques : Comment faire gagner les Gilets jaunes ? Une analyse théorique, politique et stratégique par Jacques Nikonoff, Gilet jaune, universitaire, président du Parti de la démondialisation (Pardem)
http://www.pardem.org/actualite/luttes/896-comment-faire-gagner-les-gilets-jaunes

Très intéressant, « ON REPREND LA MAIN » :


https://onreprendlamain.eu

[IMPORTANT et TRÈS ORIGINAL, PASSIONNANT] Bernard Friot : Histoire et enjeu de la sécurité sociale et des cotisations

Ambroise Croizat

Je viens de dénicher, sur le site Rosa-Lux, une nouvelle conférence de Bernard Friot, plus passionnante que jamais, je trouve :

http://www.rosa-lux.fr/bernard-friot-histoire-enjeu-securite-sociale-cotisations/

(]playlist ids= »7323,7324,7325,7326,7327″[)
(23/10/18 – playlist supprimée)

Il faudrait retranscrire les 5 passages audio diffusés sur le site (en bas de page), il me semble : il y a là des passages vraiment forts et une retranscription nous aiderait à diffuser ces idées essentielles.

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156607114482317


Sur Bernard Croizat :

Merci à Michel Etievent, pour ses livres bouleversants sur l’histoire de la Sécu et pour son travail d’éducation populaire sur l’actualité d’Ambroise Croizat.

Par exemple, lisez cet entretien pour (l’excellent) site Comptoir :

 

Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »


Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

Je vous recommande particulièrement deux livres de Michel Etievent :

« Ambroise Croizat ou l’invention sociale »

« Marcel Paul, Ambroise Croizat : chemins croisés d’innovation sociale »

Ces deux magnifiques bouquins peuvent être commandés avec ce bon :

N’oubliez pas Ambroise Croizat :

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Hé, les jeunes gens ! Si vous ne faites pas de politique, vous aurez L’INSÉCURITÉ SOCIALE ! Et vous aurez mérité cette insécurité, car la sécurité sociale ça se construit et ça se défend, pied à pied contre les négriers :

https://www.youtube.com/watch?v=TUIoO4p9Jto&feature=youtu.be&t=208

La preuve : Macron, ennemi du peuple, avoue ici (min 1’17) froidement l’assassinat de la Sécurité sociale française, crime programmé depuis longtemps et qu’il réalise aujourd’hui vite fait, sans rien demander à personne dans le pays qu’il ruine :

[Démocratie = d’abord locale] Rendez-vous le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec Les Affranchis, pour des ateliers sur une constitution d’agglo, premier niveau de fédération de communes libres

Chers amis,

Je vous propose de nous rencontrer à nouveau pour des ateliers constituants, mais cette fois sur le thème d’une « constitution d’agglo » ; ce que le gouvernement appelle une « agglo » est une agglomération de communes, c’est-à-dire un projet (très avancé) de crime contre la commune : le pouvoir se débarrasse ainsi, scandaleusement, de la plus démocratique des entités politiques du pays : la commune. Plus la taille de la communauté politique est grande, moins les pouvoirs sont contrôlables et moins la démocratie est possible. Et inversement.

Voyez ce billet de juillet 2011, « PAS DE DÉMOCRATIE SANS CELLULES POLITIQUES À TAILLE HUMAINE : VIVE LA COMMUNE », où je vous signalais à la fois une alerte de Roland Hureaux sur les projets en cours contre les communes et une analyse importante de Jean-Jacques Rosa : « L’arithmétique de la démocratie, ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations ».

De tous temps, les pouvoirs exécutifs (ceux qui contrôlent l’administration, la police et l’armée) ont une tendance lourde à s’autonomiser, à s’affranchir de tout contrôle. La généralisation des agglomérations de communes est une des manifestations de cette tendance antidémocratique à s’affranchir de tout contrôle, en éloignant les pouvoirs des peuples assujettis à ces pouvoirs. Le pompon actuel de cette dérive, c’est pour la prétendue « Union européenne », agglomération de nations dont absolument tous les organes de décision publique sont d’ores et déjà complètement hors de contrôle des citoyens ; et cette dérive tyrannique sera encore aggravée si les prétendues « élites » parviennent à instaurer un « gouvernement mondial », comme le souhaite expressément Jacques Attali (entre autres « mondialistes »).

Pour Les affranchis, en Ardèche, l’agglo est donc inévitablement, de fait, le prochain cadre de l’exercice d’un éventuel pouvoir constituant populaire. Je peux l’entendre (même si je conteste la légitimité de toute agglomération qui ne soit pas une fédération de communes libres), ça m’intéresse, ça se discute, et on va en parler ensemble, le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec vous et en compagnie de Dominique Filatre, un praticien de la politique locale que j’ai hâte de rencontrer.

Le rendez-vous est au 168 chemin des Vignettes, 07200 Saint-Didier-Sous-Aubenas, de 9h30 à 18h.

L’annonce sur Facebook : https://www.facebook.com/events/2042975935721590/

On parlera sans doute du procès de l’élection et de l’alternative (radicalement anticapitaliste) du tirage au sort, mais je pense que nous allons tâcher de nous concentrer sur les (éventuelles) spécificités d’une constitution locale (communale ou « agglomérale » 🙂 ) par rapport à une constitution nationale ou fédérale.

Je reproduis ci-dessous les deux pages du Manifeste politique des Affranchis (que je trouve très bien) :

Deux jeunes gens présentent ici leur projet :


Ces deux « Affranchis » m’ont rendu visite récemment pour évoquer cette prochaine rencontre à Aubenas, et ils ont filmé notre entretien, à la maison. En voici quelques extraits :

1. Comment des ateliers constituants vont permettre notre émancipation et, en attendant, comment ce travail enthousiasmant va sans doute vous plaire (1’30) :

2. À propos de la constitution, du rôle obligatoire des citoyens dans la définition des contrôles de nos représentants, et des ateliers constituants populaires, sous peine d’insécurité sociale généralisée (5’30) :

Le livre formidable dont je parle ci-dessus est « Mad in USA. Les ravages du ‘modèle américain' » de Michel Desmurget (éd. Max Milo, 2008) :

3. À propos des jeunes gens qui créent des communautés alternatives : c’est formidable mais ça ne suffit pas pour empêcher la tyrannie (4′) :

4. À propos des exercices pratiques de mise en oeuvre de notre souveraineté, à propos de notre aptitude à nous exprimer très précisément, l’exemple (important) de l’expression « La loi est l’expression de la volonté générale » (7′) :

5. On devrait tester au niveau local les Chambres de contrôle des pouvoirs, tirées au sort (4′) :

6. Comment on peut à la fois désirer l’anarchie (qui ressemble beaucoup à une démocratie digne de ce nom) et un État (sous contrôle citoyen quotidien) (5’30) :

J’ai hâte de vous retrouver 🙂

Étienne.

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156601619472317

[Démocratie] L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître (Jacotot – Rancière) – (blog du plan C, 2011)

Rappel formidable (source) :

18 décembre 2011.

Chers amis,

Il y a longtemps que je veux vous parler d’un livre qui me bouleverse, d’abord dans mes convictions de professeur, mais aussi dans mes réflexions sur la démocratie (la vraie).

Il s’agit du livre de Jacques Rancière qui nous fait découvrir l’expérience formidable de Joseph Jacotot avec ses élèves, au début du 19e siècle.

Vous allez voir, c’est épatant.

Au-delà des enfants, pensez aussi aux électeurs, aux électeurs-enfants que nous sommes, maintenus dans leur enfance par leurs méchants élus-parents, élus qui (font semblant qu’ils) ne peuvent pas croire un instant que ces enfants puissent un jour devenir — et a fortiori SEULS — des citoyens-adultes.

Lisez plutôt :

LE MAÎTRE IGNORANT
Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle
par Jacques Rancière

Chapitre premier : une aventure intellectuelle

En l’an 1818, Joseph Jacotot, lecteur de littérature française à l’université de Louvain, connut une aventure intellectuelle.

Une carrière longue et mouvementée aurait pourtant dû le mettre à l’abri des surprises : il avait fêté ses dix-neuf ans en 1789. Il enseignait alors la rhétorique à Dijon et se préparait au métier d’avocat. En 1792 il avait servi comme artilleur dans les armées de la République. Puis la Convention l’avait vu successivement instructeur au Bureau des poudres, secrétaire du ministre de la Guerre et substitut du directeur de l’École polytechnique. Revenu à Dijon, il y avait enseigné l’analyse, l’idéologie et les langues anciennes, les mathématiques pures et transcendantes et le droit. En mars 1815 l’estime de ses compatriotes en avait fait malgré lui un député. Le retour des Bourbons l’avait contraint à l’exil et il avait obtenu de la libéralité du roi des Pays-Bas ce poste de professeur à demi-solde. Joseph Jacotot connaissait les lois de l’hospitalité et comptait passer à Louvain des jours calmes.

Le hasard en décida autrement. Les leçons du modeste lecteur furent en effet vite goûtées des étudiants. Parmi ceux qui voulurent en profiter, un bon nombre ignorait le français. Joseph Jacotot, de son côté, ignorait totalement le hollandais. Il n’existait donc point de langue dans laquelle il pût les instruire de ce qu’ils lui demandaient. Il voulut pourtant répondre à leur vœu. Pour cela, il fallait établir, entre eux et lui, le lien minimal d’une chose commune. Or il se publiait en ce temps-là à Bruxelles une édition bilingue de Télémaque. La chose commune était trouvée et Télémaque entra ainsi dans la vie de Joseph Jacotot. Il fit remettre le livre aux étudiants par un interprète et leur demanda d’apprendre le texte français en s’aidant de la traduction. Quand ils eurent atteint la moitié du premier livre, il leur fit dire de répéter sans cesse ce qu’ils avaient appris et de se contenter de lire le reste pour être à même de le raconter. C’était là une solution de fortune, mais aussi, à petite échelle, une expérience philosophique dans le goût de celles qu’on affectionnait au siècle des Lumières. Et Joseph Jacotot, en 1818, restait un homme du siècle passé.

L’expérience pourtant dépassa son attente.

Il demanda aux étudiants ainsi préparés d’écrire en français ce qu’ils pensaient de tout ce qu’ils avaient lu. « Il s’attendait à d’affreux barbarismes, à une impuissance absolue peut-être.

Comment en effet tous ces jeunes gens privés d’explications auraient-ils pu comprendre et résoudre les difficultés d’une langue nouvelle pour eux ? N’importe ! il fallait voir où les avait conduits cette route ouverte au hasard, quels étaient les résultats de cet empirisme désespéré. Combien ne fut-il pas surpris de découvrir que ces élèves, livrés à eux-mêmes, s’étaient tirés de ce pas difficile aussi bien que l’auraient fait beaucoup de Français? Ne fallait-il donc plus que vouloir pour pouvoir? Tous les hommes étaient-ils donc virtuellement capables de comprendre ce que d’autres avaient fait et compris ? »

Telle fut la révolution que cette expérience de hasard provoqua dans son esprit. Jusque-là il avait cru ce que croient tous les professeurs consciencieux : que la grande affaire du maître est de transmettre ses connaissances à ses élèves pour les élever par degrés vers sa propre science. Il savait comme eux qu’il ne s’agit point de gaver les élèves de connaissances et de les faire répéter comme des perroquets, mais aussi qu’il faut leur éviter ces chemins de hasard où se perdent des esprits encore incapables de distinguer l’essentiel de l’accessoire et le principe de la conséquence. Bref, l’acte essentiel du maître était d’expliquer, de dégager les éléments simples des connaissances et d’accorder leur simplicité de principe avec la simplicité de fait qui caractérise les esprits jeunes et ignorants. Enseigner, c’était, d’un même mouvement, transmettre des connaissances et former des esprits, en les menant, selon une progression ordonnée, du plus simple au plus complexe. Ainsi l’élève s’élevait-il, dans l’appropriation raisonnée du savoir et la formation du jugement et du goût, aussi haut que sa destination sociale le requérait et était-il préparé à en faire l’usage convenant à cette destination : enseigner, plaider ou gouverner pour les élites lettrées; concevoir, dessiner ou fabriquer instruments et machines pour les avant-gardes nouvelles que l’on cherchait maintenant à tirer de l’élite du peuple; faire, dans la carrière des sciences, des découvertes nouvelles pour les esprits doués de ce génie particulier. Sans doute les démarches de ces hommes de science divergeaient-elles sensiblement de l’ordre raisonné des pédagogues. Mais il n’y avait aucun argument à en tirer contre cet ordre. Au contraire, il faut d’abord avoir acquis une solide et méthodique formation pour donner l’essor aux singularités du génie. Post hoc, ergo propter hoc.

Ainsi raisonnent tous les professeurs consciencieux. Ainsi avait raisonné et agi Joseph Jacotot, en trente ans de métier. Or voilà que le grain de sable venait par hasard de s’introduire dans la machine. Il n’avait donné à ses « élèves » aucune explication sur les premiers éléments de la langue. Il ne leur avait pas expliqué l’orthographe et les conjugaisons. Ils avaient cherché seuls les mots français correspondant aux mots qu’ils connaissaient et les raisons de leurs désinences. Ils avaient appris seuls à les combiner pour faire à leur tour des phrases françaises : des phrases dont l’orthographe et la grammaire devenaient de plus en plus exactes à mesure qu’ils avançaient dans le livre; mais surtout des phrases d’écrivains et non point d’écoliers. Les explications du maître étaient-elles donc superflues? Ou, si elles ne l’étaient pas, à qui et à quoi étaient-elles donc utiles?

L’ordre explicateur

Une illumination soudaine éclaira donc brutalement, dans l’esprit de Joseph Jacotot, cette évidence aveugle de tout système d’enseignement : la nécessité des explications. Quoi de mieux assuré pourtant que cette évidence? Nul ne connaît vraiment que ce qu’il a compris. Et, pour qu’il comprenne, il faut qu’on lui ait donné une explication, que la parole du maître ait brisé le mutisme de la matière enseignée.

Cette logique pourtant ne laisse pas de comporter quelque obscurité. Voici par exemple un livre entre les mains de l’élève. Ce livre est composé d’un ensemble de raisonnements destinés à faire comprendre une matière à l’élève. Mais voici maintenant le maître qui prend la parole pour expliquer le livre. Il fait un ensemble de raisonnements pour expliquer l’ensemble de raisonnements que constitue le livre. Mais pourquoi celui-ci a-t-il besoin d’un tel secours? Au lieu de payer un explicateur, le père de famille ne pourrait-il pas simplement donner le livre à son fils et l’enfant comprendre directement les raisonnements du livre? Et s’il ne les comprend pas, pourquoi comprendrait-il davantage les raisonnements qui lui expliqueront ce qu’il n’a pas compris? Ceux-ci sont-ils d’une autre nature? Et ne faudra-t-il pas dans ce cas expliquer encore la façon de les comprendre?

La logique de l’explication comporte ainsi le principe d’une régression à l’infini : le redoublement des raisons n’a pas de raison de s’arrêter jamais. Ce qui arrête la régression et donne au système son assise, c’est simplement que l’explicateur est seul juge du point où l’explication est elle-même expliquée. Il est seul juge de cette question par elle-même vertigineuse : l’élève a-t-il compris les raisonnements qui lui enseignent à comprendre les raisonnements? C’est là que le maître tient le père de famille : comment celui-ci sera-t-il assuré que l’enfant a compris les raisonnements du livre? Ce qui manque au père de famille, ce qui manquera toujours au trio qu’il forme avec l’enfant et le livre, c’est cet art singulier de l’explicateur : l’art de la distance. Le secret du maître est de savoir reconnaître la distance entre la matière enseignée et le sujet à instruire, la distance aussi entre apprendre et comprendre. L’explicateur est celui qui pose et abolit la distance, qui la déploie et la résorbe au sein de sa parole.

Ce statut privilégié de la parole ne supprime la régression à l’infini que pour instituer une hiérarchie paradoxale. Dans l’ordre explicateur, en effet, il faut généralement une explication orale pour expliquer l’explication écrite. Cela suppose que les raisonnements sont plus clairs, s’impriment mieux dans l’esprit de l’élève quand ils sont véhiculés par la parole du maître, qui se dissipe dans l’instant, que dans le livre où ils sont pour jamais inscrits en caractères ineffaçables. Comment entendre ce paradoxal privilège de la parole sur l’écrit, de l’ouïe sur la vue? Quel rapport y a-t-il donc entre le pouvoir de la parole et celui du maître ?

Ce paradoxe en rencontre aussitôt un autre : les paroles que l’enfant apprend le mieux, celles dont il pénètre le mieux le sens, qu’il s’approprie le mieux pour son propre usage, ce sont celles qu’il apprend sans maître explicateur, avant tout maître explicateur. Dans l’inégal rendement des apprentissages intellectuels divers, ce que tous les enfants d’hommes apprennent le mieux, c’est ce que nul maître ne peut leur expliquer, la langue maternelle. On leur parle et l’on parle autour d’eux. Ils entendent et retiennent, imitent et répètent, se trompent et se corrigent, réussissent par chance et recommencent par méthode, et, à un âge trop tendre pour que les explicateurs puissent entreprendre leur instruction, sont à peu près tous — quels que soient leur sexe, leur condition sociale et la couleur de leur peau — capables de comprendre et de parler la langue de leurs parents.

Or voici que cet enfant qui a appris à parler par sa propre intelligence et par des maîtres qui ne lui expliquaient pas la langue commence son instruction proprement dite. Tout se passe maintenant comme s’il ne pouvait plus apprendre à l’aide de la même intelligence qui lui a servi jusqu’alors, comme si le rapport autonome de l’apprentissage à la vérification lui était désormais étranger. Entre l’un et l’autre, une opacité s’est maintenant établie. Il s’agit de comprendre et ce seul mot jette un voile sur toute chose : comprendre est ce que l’enfant ne peut faire sans les explications d’un maître, plus tard d’autant de maîtres qu’il y aura de matières à comprendre, données dans un certain ordre progressif. S’y ajoute la circonstance étrange que ces explications, depuis qu’a commencé l’ère du progrès, ne cessent de se perfectionner pour mieux expliquer, mieux faire comprendre, mieux apprendre à apprendre, sans qu’on puisse jamais mesurer un perfectionnement correspondant dans ladite compréhension. Bien plutôt commence à s’élever la rumeur désolée qui ne cessera de s’amplifier, celle d’une baisse continue de l’efficacité du système explicatif, laquelle nécessite bien sûr un nouveau perfectionnement pour rendre les explications plus faciles à comprendre par ceux qui ne les comprennent pas…

La révélation qui saisit Joseph Jacotot se ramène à ceci : il faut renverser la logique du système explicateur. L’explication n’est pas nécessaire pour remédier à une incapacité à comprendre. C’est au contraire cette incapacité qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde. C’est l’explicateur qui a besoin de l’incapable et non l’inverse, c’est lui qui constitue l’incapable comme tel.

Expliquer quelque chose à quelqu’un, c’est d’abord lui démontrer qu’il ne peut pas le comprendre par lui-même. Avant d’être l’acte du pédagogue, l’explication est le mythe de la pédagogie, la parabole d’un monde divisé en esprits savants et esprits ignorants, esprits mûrs et immatures, capables et incapables, intelligents et bêtes. Le tour propre à l’explicateur consiste en ce double geste inaugural. D’une part, il décrète le commencement absolu : c’est maintenant seulement que va commencer l’acte d’apprendre. D’autre part, sur toutes les choses à apprendre, il jette ce voile de l’ignorance qu’il se charge lui-même de lever. Jusqu’à lui, le petit homme a tâtonné à l’aveuglette, à la devinette. Il va apprendre maintenant. Il entendait des mots et les répétait. Il s’agit de lire maintenant et il n’entendra pas les mots s’il n’entend les syllabes, les syllabes s’il n’entend les lettres que ni le livre ni ses parents ne sauraient lui faire entendre mais seulement la parole du maître.

Le mythe pédagogique, disions-nous, divise le monde en deux. Il faut dire plus précisément qu’il divise l’intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C’est l’intelligence du petit enfant et de l’homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C’est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l’élève et de vérifier que l’élève a bien compris ce qu’il a appris. Tel est le principe de l’explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l’abrutissement.

Entendons-le bien, et, pour cela, chassons les images connues. L’abrutisseur n’est pas le vieux maître obtus qui bourre le crâne de ses élèves de connaissances indigestes, ni l’être maléfique pratiquant la double vérité pour assurer son pouvoir et l’ordre social. Au contraire, il est d’autant plus efficace qu’il est savant, éclairé et de bonne foi. Plus il est savant, plus évidente lui apparaît la distance de son savoir à l’ignorance des ignorants. Plus il est éclairé, plus lui semble évidente la différence qu’il y a entre tâtonner à l’aveuglette et chercher avec méthode, plus il s’attachera à substituer l’esprit à la lettre, la clarté des explications à l’autorité du livre. Avant tout, dira-t-il, il faut que l’élève comprenne, et pour cela qu’on lui explique toujours mieux. Tel est le souci du pédagogue éclairé : le petit comprend-il ? il ne comprend pas. Je trouverai des manières nouvelles de lui expliquer, plus rigoureuses dans leur principe, plus attrayantes dans leur forme; et je vérifierai qu’il a compris.

Noble souci. Malheureusement, c’est justement ce petit mot, ce mot d’ordre des éclairés – comprendre – qui fait tout le mal. C’est lui qui arrête le mouvement de la raison, détruit sa confiance en elle-même, la met hors de sa voie propre en brisant en deux le monde de l’intelligence, en instaurant la coupure de l’animal tâtonnant au petit monsieur instruit, du sens commun à la science. Dès lors qu’est prononcé ce mot d’ordre de la dualité, tout perfectionnement dans la manière de faire comprendre, cette grande préoccupation des méthodistes et des progressistes, est un progrès dans l’abrutissement. L’enfant qui ânonne sous la menace des coups obéit à la férule, et voilà tout : il appliquera son intelligence à autre chose. Mais le petit expliqué, lui, investira son intelligence dans ce travail du deuil : comprendre, c’est-à-dire comprendre qu’il ne comprend pas si on ne lui explique pas. Ce n’est plus à la férule qu’il se soumet, c’est à la hiérarchie du monde des intelligences. Pour le reste, il est tranquille comme l’autre : si la solution du problème est trop difficile à chercher, il aura bien l’intelligence d’écarquiller les yeux. Le maître est vigilant et patient. Il verra que le petit ne suit plus, il le remettra dans le chemin en lui réexpliquant. Ainsi le petit acquiert-il une intelligence nouvelle, celle des explications du maître. Plus tard il pourra être explicateur à son tour. Il possède l’équipement. Mais il le perfectionnera : il sera homme de progrès.

Le hasard et la volonté

Ainsi va le monde des explicateurs expliqués. Ainsi aurait-il dû aller encore pour le professeur Jacotot si le hasard ne l’avait mis en présence d’un fait. Et Joseph Jacotot pensait que tout raisonnement doit partir des faits et céder devant eux. N’entendons pas par là qu’il fût matérialiste. Au contraire : comme Descartes qui prouvait le mouvement en marchant, mais aussi comme son contemporain, le très royaliste et très religieux Maine de Biran, il tenait les faits de l’esprit agissant et prenant conscience de son activité pour plus certains que toute chose matérielle. Et c’était bien de cela qu’il s’agissait : le fait était que ces étudiants s’étaient appris à parler et à écrire en français sans le secours de ses explications. Il ne leur avait rien transmis de sa science, rien expliqué des radicaux et des flexions de la langue française. Il n’avait pas même procédé à la façon de ces pédagogues réformateurs qui, comme le précepteur d’Emile, égarent leurs élèves pour mieux les guider et balisent astucieusement un parcours d’obstacles qu’il faut apprendre à franchir par soi-même. Il les avait laissés seuls avec le texte de Fénelon, une traduction – pas même interlinéaire à la manière des écoles -et leur volonté d’apprendre le français. Il leur avait seulement donné l’ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues. La nécessité l’avait contraint à laisser entièrement hors jeu son intelligence, cette intelligence médiatrice du maître qui relie l’intelligence imprimée dans les mots écrits à celle de l’apprenti. Et, du même coup, il avait supprimé cette distance imaginaire qui est le principe de l’abrutissement pédagogique. Tout s’était joué par force entre l’intelligence de Fénelon qui avait voulu faire un certain usage de la langue française, celle du traducteur qui avait voulu en donner un équivalent hollandais et leur intelligence d’apprentis qui voulaient apprendre la langue française. Et il était apparu qu’aucune autre intelligence n’était nécessaire. Sans y penser, il leur avait fait découvrir ceci qu’il découvrait avec eux : toutes les phrases, et par conséquent toutes les intelligences qui les produisent, sont de même nature. Comprendre n’est jamais que traduire, c’est-à-dire donner l’équivalent d’un texte mais non point sa raison. Il n’y a rien derrière la page écrite, pas de double fond qui nécessite le travail d’une intelligence autre, celle de l’explicateur; pas de langue du maître, de langue de la langue dont les mots et les phrases aient pouvoir de dire la raison des mots et des phrases d’un texte. Les étudiants flamands en avaient administré la preuve : ils n’avaient à leur disposition pour parler de Télémaque que les mots de Télémaque. Il suffit donc des phrases de Fénelon pour comprendre les phrases de Fénelon et pour dire ce qu’on en a compris. Apprendre et comprendre sont deux manières d’exprimer le même acte de traduction. Il n’y a rien en deçà des textes sinon la volonté de s’exprimer, c’est-à-dire de traduire. S’ils avaient compris la langue en apprenant Fénelon, ce n’était pas simplement par la gymnastique qui compare une page de gauche à une page de droite. Ce n’est pas l’aptitude à changer de colonne qui compte, mais la capacité de dire ce qu’on pense dans les mots des autres. S’ils avaient appris cela de Fénelon, c’était parce que l’acte de Fénelon écrivain était lui-même un acte de traducteur : pour traduire une leçon de politique en récit légendaire, Fénelon avait mis en français de son siècle le grec d’Homère, le latin de Virgile et la langue, savante ou naïve, de cent autres textes, du conte d’enfants à l’histoire érudite. Il avait appliqué à cette double traduction la même intelligence qu’ils employaient à leur tour pour raconter avec les phrases de son livre ce qu’ils pensaient de son livre.

Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence? Les méthodistes opposent la mauvaise méthode de hasard à la démarche par raison. Mais ils se donnent par avance ce qu’ils veulent prouver. Ils supposent un petit animal qui explore en se cognant aux choses un monde qu’il n’est pas encore capable de voir et qu’ils lui apprendront justement à discerner. Mais le petit d’homme est d’abord un être de parole. L’enfant qui répète les mots entendus et l’étudiant flamand « perdu » dans son Télémaque ne vont pas au hasard. Tout leur effort, toute leur exploration est tendue vers ceci : une parole d’homme leur a été adressée qu’ils veulent reconnaître et à laquelle ils veulent répondre, non en élèves ou en savants, mais en hommes ; comme on répond à quelqu’un qui vous parle et non à quelqu’un qui vous examine : sous le signe de l’égalité.

Le fait était là : ils avaient appris seuls et sans maître explicateur. Or ce qui a eu lieu une fois est toujours possible. Cette découverte, au demeurant, pouvait renverser les principes du professeur Jacotot. Mais l’homme Jacotot était plus à même de reconnaître la variété de ce qu’on peut attendre d’un homme. Son père avait été boucher, avant de tenir les comptes de son grand-père, le charpentier qui avait envoyé son petit-fils au collège. Lui-même était professeur de rhétorique quand avait retenti l’appel aux armes de 1792. Le vote de ses compagnons l’avait fait capitaine d’artillerie et il s’était montré un remarquable artilleur. En 1793, au Bureau des poudres, ce latiniste s’était fait instructeur de chimie pour la formation accélérée de ces ouvriers qu’on envoyait appliquer sur tous les points du territoire les découvertes de Fourcroy. Chez le même Fourcroy il avait connu Vauquelin, ce fils de paysan qui s’était fait une formation de chimiste en cachette de son patron. A l’École polytechnique, il avait vu arriver ces jeunes gens que des commissions improvisées avaient sélectionnés sur le double critère de leur vivacité d’esprit et de leur patriotisme. Et il les avait vus devenir de fort bons mathématiciens, moins par les mathématiques que Monge ou Lagrange leur expliquaient que par celles qu’ils faisaient devant eux. Lui-même avait apparemment profité de ses fonctions administratives pour se donner une compétence de mathématicien qu’il avait plus tard exercée à l’université de Dijon. Tout comme il avait adjoint l’hébreu aux langues anciennes qu’il enseignait et composé un Essai sur la grammaire hébraïque. Il pensait, Dieu sait pourquoi, que cette langue avait de l’avenir. Enfin il s’était fait, à son corps défendant mais avec la plus grande fermeté, une compétence de représentant du peuple. Bref, il savait ce que la volonté des individus et le péril de la patrie pouvaient faire naître de capacités inédites en des circonstances où l’urgence contraignait à brûler les étapes de la progression explicatrice. Il pensa que cet état d’exception, commandé par le besoin de la nation, ne différait pas en son principe de cette urgence qui commande l’exploration du monde par l’enfant ou de cette autre qui contraint la voie singulière des savants et des inventeurs. À travers l’expérience de l’enfant, du savant et du révolutionnaire, la méthode de hasard pratiquée avec succès par les étudiants flamands révélait son second secret. Cette méthode de l’égalité était d’abord une méthode de la volonté. On pouvait apprendre seul et sans maître explicateur quand on le voulait, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation.

Le Maître émancipateur

Cette contrainte avait pris en la circonstance la forme de la consigne donnée par Jacotot. Et il en résultait une conséquence capitale, non plus pour les élèves mais pour le maître. Les élèves avaient appris sans maître explicateur, mais non pas pour autant sans maître. Ils ne savaient pas auparavant, et maintenant ils savaient. Donc Jacotot leur avait enseigné quelque chose. Pourtant il ne leur avait rien communiqué de sa science. Donc ce n’était pas la science du maître que l’élève apprenait. Il avait été maître par le commandement qui avait enfermé ses élèves dans le cercle d’où ils pouvaient seuls sortir, en retirant son intelligence du jeu pour laisser leur intelligence aux prises avec celle du livre. Ainsi s’étaient dissociées les deux fonctions que relie la pratique du maître explicateur, celle du savant et celle du maître. Ainsi s’étaient également séparées, libérées l’une par rapport à l’autre, les deux facultés en jeu dans l’acte d’apprendre : l’intelligence et la volonté. Entre le maître et l’élève s’était établi un pur rapport de volonté à volonté : rapport de domination du maître qui avait eu pour conséquence un rapport entièrement libre de l’intelligence de l’élève à celle du livre — cette intelligence du livre qui était aussi la chose commune, le lien intellectuel égalitaire entre le maître et l’élève. Ce dispositif permettait de désintriquer les catégories mêlées de l’acte pédagogique et de définir exactement l’abrutissement explicateur. Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L’homme — et l’enfant en particulier — peut avoir besoin d’un maître quand sa volonté n’est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. Mais cette sujétion est purement de volonté à volonté.

Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l’acte d’enseigner et d’apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera abrutissement leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l’élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera émancipation la différence connue et maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté.

Cette expérience pédagogique ouvrait ainsi sur une rupture avec la logique de toutes les pédagogies. La pratique des pédagogues s’appuie sur l’opposition de la science et de l’ignorance. Ils se distinguent par les moyens choisis pour rendre savant l’ignorant : méthodes dures ou douces, traditionnelles ou modernes, passives ou actives, dont on peut comparer le rendement. De ce point de vue, on pourrait, en première approche, comparer la rapidité des élèves de Jacotot avec la lenteur des méthodes traditionnelles. Mais, en réalité, il n’y avait rien à comparer. La confrontation des méthodes suppose l’accord minimal sur les fins de l’acte pédagogique : transmettre les connaissances du maître à l’élève. Or Jacotot n’avait rien transmis. Il n’avait fait usage d’aucune méthode. La méthode était purement celle de l’élève.

Et apprendre plus ou moins vite le français est en soi-même une chose de peu de conséquence. La comparaison ne s’établissait plus entre des méthodes mais entre deux usages de l’intelligence et deux conceptions de l’ordre intellectuel. La voie rapide n’était pas celle d’une meilleure pédagogie. Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain. Sous le rapport pédagogique de l’ignorance à la science, il fallait reconnaître le rapport philosophique plus fondamental de l’abrutissement à l’émancipation. Il y avait ainsi non pas deux mais quatre termes en jeu. L’acte d’apprendre pouvait être produit selon quatre déterminations diversement combinées : par un maître émancipateur ou par un maître abrutissant ; par un maître savant ou par un maître ignorant.

La dernière proposition était la plus rude à supporter. Passe encore d’entendre qu’un savant doive se dispenser d’expliquer sa science. Mais comment admettre qu’un ignorant puisse être pour un autre ignorant cause de science ? L’expérience même de Jacotot était ambiguë de par sa qualité de professeur de français. Mais puisqu’elle avait au moins montré que ce n’était pas le savoir du maître qui instruisait l’élève, rien n’empêchait le maître d’enseigner autre chose que son savoir, d’enseigner ce qu’il ignorait. Joseph Jacotot s’appliqua donc à varier les expériences, à répéter à dessein ce que le hasard avait une fois produit. Il se mit ainsi à enseigner deux matières où son incompétence était avérée, la peinture et le piano. Les étudiants en droit auraient voulu qu’on lui donnât une chaire vacante dans leur faculté. Mais l’université de Louvain déjà s’inquiétait de ce lecteur extravagant pour qui l’on désertait les cours magistraux, en venant s’entasser le soir dans une salle trop petite à la seule lueur de deux bougies, pour s’entendre dire : « Il faut que je vous apprenne que je n’ai rien à vous apprendre. » L’autorité consultée répondit donc qu’elle ne lui voyait point de titre à cet enseignement. Précisément il s’occupait alors d’expérimenter l’écart entre le titre et l’acte. Plutôt donc que de faire en français un cours de droit, il apprit à des étudiants à plaider en hollandais. Ils plaidèrent fort bien, mais lui ignorait toujours le hollandais.

Le cercle de la puissance

L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer: on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain. L’ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu’il le peut et l’oblige à actualiser sa capacité : cercle de la puissance homologue à ce cercle de l’impuissance qui lie l’élève à l’explicateur de la vieille méthode (nous l’appellerons désormais simplement la Vieille).

Mais le rapport des forces est bien particulier. Le cercle de l’impuissance est toujours déjà là, il est la marche même du monde social qui se dissimule dans l’évidente différence de l’ignorance et de la science. Le cercle de la puissance, lui, ne peut prendre effet que de sa publicité. Mais il ne peut apparaître que comme une tautologie ou une absurdité. Comment le maître savant entendra-t-il jamais qu’il peut enseigner ce qu’il ignore aussi bien que ce qu’il sait? Il ne recevra cette augmentation de puissance intellectuelle que comme une dévaluation de sa science. Et l’ignorant, de son côté, ne se croit pas capable d’apprendre par lui-même, encore moins d’instruire un autre ignorant. Les exclus du monde de l’intelligence souscrivent eux-mêmes au verdict de leur exclusion. Bref, le cercle de l’émancipation doit être commencé.

Là est le paradoxe. Car, à y réfléchir un peu, la « méthode » qu’il propose est la plus vieille de toutes et elle ne cesse d’être vérifiée tous les jours, dans toutes les circonstances où un individu a besoin de s’approprier une connaissance qu’il n’a pas le moyen de se faire expliquer. Il n’y a pas d’homme sur la terre qui n’ait appris quelque chose par lui-même et sans maître explicateur. Appelons cette manière d’apprendre « enseignement universel » et nous pourrons l’affirmer : « L’Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. » Mais voilà l’étrange : « Tout homme a fait cette expérience mille fois dans sa vie, et cependant jamais il n’était venu dans l’idée de personne de dire à un autre : J’ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi (…) ni moi ni qui que ce soit au monde ne s’était avisé de l’employer pour instruire les autres. » À l’intelligence qui somnole en chacun, il suffirait de dire : Age quod agis, continue à faire ce que tu fais, « apprends le fait, imite-le, connais-toi toi-même, c’est la marche de la nature ». Répète méthodiquement la méthode de hasard qui t’a donné la mesure de ton pouvoir. La même intelligence est à l’œuvre dans tous les actes de l’esprit humain.

Mais c’est là le saut le plus difficile. Tout le monde pratique cette méthode au besoin mais nul ne veut la reconnaître, nul ne veut se mesurer à la révolution intellectuelle qu’elle signifie. Le cercle social, l’ordre des choses, lui interdit d’être reconnue pour ce qu’elle est : la vraie méthode par laquelle chacun apprend et par laquelle chacun peut prendre la mesure de sa capacité. Il faut oser la reconnaître et poursuivre la vérification ouverte de son pouvoir. Sans quoi la méthode de l’impuissance, la Vieille, durera autant que l’ordre des choses.

Qui voudrait commencer ? Il y avait bien en ce temps-là toutes sortes d’hommes de bonne volonté qui se préoccupaient de l’instruction du peuple : des hommes d’ordre voulaient élever le peuple au-dessus de ses appétits brutaux, des hommes de révolution voulaient l’amener à la conscience de ses droits; des hommes de progrès souhaitaient, par l’instruction, atténuer le fossé entre les classes; des hommes d’industrie rêvaient de donner par elle aux meilleures intelligences populaires les moyens d’une promotion sociale. Toutes ces bonnes intentions rencontraient un obstacle : les hommes du peuple ont peu de temps et encore moins d’argent à consacrer à cette acquisition. Aussi cherchait-on le moyen économique de diffuser le minimum d’instruction jugé, selon les cas, nécessaire et suffisant pour l’amélioration des populations laborieuses. Parmi les progressifs et les industriels une méthode était alors en honneur, l’enseignement mutuel. Il permettait de réunir dans un vaste local un grand nombre d’élèves divisés en escouades, dirigées par les plus avancés d’entre eux, promus au rang de moniteurs. Ainsi le commandement et la leçon du maître rayonnaient-ils, par le relais de ces moniteurs, sur toute la population à instruire. Le coup d’œil plaisait aux amis du progrès : c’est ainsi que la science se répand des sommets jusqu’aux plus modestes intelligences. Le bonheur et la liberté descendent à sa suite.

Cette sorte de progrès, pour Jacotot, sentait la bride. Manège perfectionné, disait-il. Il rêvait autre chose à l’enseigne de l’instruction mutuelle : que chaque ignorant pût se faire pour un autre ignorant le maître qui lui révélerait son pouvoir intellectuel. Plus exactement, son problème n’était pas l’instruction du peuple : on instruit les recrues que l’on enrôle sous sa bannière, les subalternes qui doivent pouvoir comprendre les ordres, le peuple que l’on veut gouverner — à la manière progressive, s’entend, sans droit divin et selon la seule hiérarchie des capacités. Son problème à lui était l’émancipation : que tout homme du peuple puisse concevoir sa dignité d’homme, prendre la mesure de sa capacité intellectuelle et décider de son usage.

Les amis de l’Instruction assuraient que celle-ci était la condition d’une vraie liberté. Après quoi ils reconnaissaient qu’ils devaient l’instruction au peuple, quitte à se disputer sur celle qu’ils lui donneraient. Jacotot ne voyait pas quelle liberté pouvait résulter pour le peuple des devoirs de ses instructeurs. Il sentait au contraire dans l’affaire une nouvelle forme d’abrutissement. Qui enseigne sans émanciper abrutit. Et qui émancipe n’a pas à se préoccuper de ce que l’émancipé doit apprendre. Il apprendra ce qu’il voudra, rien peut-être. Il saura qu’il peut apprendre parce que la même intelligence est à l’œuvre dans toutes les productions de l’art humain, qu’un homme peut toujours comprendre la parole d’un autre homme. L’imprimeur de Jacotot avait un fils débile. On désespérait d’en rien faire. Jacotot lui enseigna l’hébreu. Après quoi l’enfant devint un excellent lithographe. L’hébreu, cela va de soi, ne lui servit jamais à rien — sinon à savoir ce qu’ignoreraient toujours les intelligences mieux douées et plus instruites : ce n’était pas de l’hébreu.

Les choses étaient donc claires : ce n’était pas une méthode pour instruire le peuple, c’était un bienfait à annoncer aux pauvres : ils pouvaient tout ce que peut un homme. Il suffisait de l’annoncer. Jacotot décida de s’y dévouer. Il proclama que l’on peut enseigner ce qu’on ignore et qu’un père de famille, pauvre et ignorant, peut, s’il est émancipé, faire l’éducation de ses enfants, sans le secours d’aucun maître explicateur. Et il indiqua le moyen de cet enseignement universel : apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste d’après ce principe : tous les hommes ont une égale intelligence.

On s’émut à Louvain, à Bruxelles et à La Haye; on prit la chaise de poste de Paris et de Lyon ; on vint d’Angleterre et de Prusse entendre la nouvelle; on alla la porter à Saint-Pétersbourg et à la Nouvelle-Orléans. Le bruit en courut jusqu’à Rio de Janeiro. Pendant quelques années la polémique se déchaîna et la République du savoir trembla sur ses bases.

Tout cela parce qu’un homme d’esprit, un savant renommé et un père de famille vertueux était devenu fou, faute d’avoir su le hollandais.

(Source : premier chapitre du livre de Jacques Rancière, « Le maître ignorant »)

 

La suite est du même tonneau : un livre à ne pas rater, à déguster, à travailler, à infuser…

Monsieur Rancière : merci.

Chacun aura vu le lien (puissant) avec notre réflexion sur les conditions de possibilité d’une vraie démocratie.

J’ai hâte de lire les autres extraits qui vous auront stimulés, ainsi que les réflexions complémentaires qu’ils vous auront inspirés, sans oublier les trouvailles connexes que vous aurez débusquées. 🙂

Étienne.

——————–

« Ce qui abrutit le peuple, ce n’est pas le défaut d’instruction, mais la croyance en l’infériorité de son intelligence.
L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître. »

Joseph Jacotot, militant pour l’émancipation intellectuelle, 1818.

Première publication : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/18/170-lame-humaine-est-capable-de-sinstruire-seule-et-sans-maitre-jacotot-ranciere

Ne ratez pas les commentaires de cette première publication, ils sont passionnants !

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VOLEURS DE POUVOIRS contre CITOYENS CONSTITUANTS : Le Sénat rejette le Droit d’Amendement Citoyen — Cherchez la cause des causes


L’essentiel en 8,5 min. : entretien avec les Colibris, au Centre des Amanins, juillet 2012 :


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[Olivier Berruyer a besoin de nous !] Questions pour un Macron

Olivier Berruyer : « Ce soir Emmanuel Macron sera interviewé par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plénel.

Gageons que, ayant fait venir de vrais journalistes, le niveau d’impertinence sera un peu supérieur à celui des précédents entretiens avec Pernaut et Delahousse.

Mais comme on aime bien aider ici 😉 , nous nous permettons de leur soumettre quelques questions à poser à Emmanuel Macron ce soir.

Je compte sur vous pour récupérer ces questions et les diffuser allègrement sur les réseaux sociaux pour leur donner de la visibilité, notamment en taguant les comptes de@JJBourdin_RMC et @edwyplenel . Avec un peu de chance, et si nous sommes assez nombreux à jouer le jeu, certaines question trouveront leur chemin… » 🙂 

OB


 

Sur la Syrie

“Monsieur Macron, vous avez indiqué jeudi que vous déteniez les preuves attestant que l’armée syrienne avait bien procédé à une frappe chimique sur la Ghouta. Comme cela s’est passé dans une zone assiégée tenue par des salafistes, pourriez-vous nous indiquer de quel type de preuves il s’agit, et comment vous les avez obtenues si rapidement, avant même l’enquête de l’OIAC?”

“Pourriez-vous par exemple nous indiquer combien de frappes chimiques il y a eu, quel était le produit employé (chlore, sarin, autre neurotoxique ?), d’où sont parties les substances et qui ou quoi visaient-elles ?

“Vous avez procédé à ces frappes sans l’accord du Conseil de Sécurité des Nations Unies dont nous sommes membres permanents. Comment justifiez-vous cette violation flagrante de la Charte des Nations Unies ?” et relancer avec : “Votre décision signifie-t-elle que n’importe quel pays peut bombarder n’importe quel autre pays qui tue des civils ? (ce qui ne manque pas)”

“En quoi est-ce plus grave de tuer 40 civils innocents avec du chlore que 400 civils innocents avec des bombes classiques ? Pourquoi ne sommes-nous pas intervenus plus tôt ?”

“Après avoir bombardé l’Irak et la Libye, l’Occident vient de frapper la Syrie en violation du Droit International. Comment comptez-vous continuer à expliquer à l’Iran qu’il ne doit pas se doter de l’arme nucléaire, ni de missiles balistiques ?”

“Vous avez indiqué dans un communiqué que la France avait visé les “capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques”. Le gouvernement syrien étant désormais membre de l’OAIC, pourquoi ne pas avoir respecté la Convention en demandant une inspection d’urgence par mise en demeure, pour prouver la réalité de ces dires, et alors éventuellement sanctionner le gouvernement syrien ?”

“Vous avez dit vous situer dans la “filiation française gaullo-mitterrandienne” ou “chiraquienne”. Pensez-vous que de telles frappes s’inscrivent dans ce cadre ?”

“François Hollande a avoué avoir violé l’embargo européen sur les armes en 2012. Pensez-vous que c’est une bonne idée de livrer des armes durant une guerre civile ?”

“Au vu des événements dramatiques que le pays a connus, accepteriez-vous qu’une commission d’enquête parlementaire fasse la lumière sur l’action des gouvernements précédents en Syrie ? Qui avons-nous soutenu, à qui avons-nous envoyé des armes, se sont-elles retrouvées entre les mains de djihadistes, et que sont-elles devenues ?”

“Hillary Clinton a indiqué dans un mail révélé par Wikileaks que “les gouvernements du Qatar et de l’Arabie Saoudite, fournissent un soutien clandestin financier et logistique à Daech et à d’autres groupes sunnites radicaux dans la région”, fait confirmé par de nombreux spécialistes, comme Marc Trévidic. Pourquoi y a-t-il des sanctions contre des dizaines de personnalités russes, mais aucune contre des personnalités saoudiennes ou qataries de premier plan ?”

“Est-ce bien le rôle de la France, ancienne puissance coloniale, de décider qui doit diriger la Syrie – ce qui ne semble pas venir à l’idée de la Chine, de l’Inde ou du Brésil ? N’est-ce pas une forme de relent impérialiste ?”

“Que pensez-vous des Déclarations de Robert Baer, ancien agent de la CIA spécialiste de la Syrie, qui indiquait en 2011 qu’”on va déclencher une guerre civile qui fera passer la guerre­ libyenne pour de la rigolade…” et en 2014 “Il n’y a pas de rebelles “modérés” en Syrie ! Si vous donnez des armes à l’Armée Libre Syrienne, elle va les vendre à Daech””

“La France reconnait-elle toujours comme représentante du peuple syrien la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, malgré les nombreuses critiquesquant à sa proximité avec les Frères Musulmans” ?

“Le 18 novembre 2015, Bernard Squarcini, qui était le directeur du renseignement intérieur de 2008 à 2012, a indiqué que le gouvernement avait refusé pour des raisons idéologiques de négocier avec les services syriens qui proposaient la liste des Français combattants en Syrie. Au vu des attentats qui meurtrissent le pays, maintenez-vous cette position ? Refusons-nous toute coopération antiterroriste avec la Syrie ?”

Sur les Droits de l’Homme

“Vous avez tweeté “Le respect de l’autre, la paix, le droit de croire ou de ne pas croire ne sont pas seulement des valeurs occidentales. Ce sont des valeurs pour l’humanité entière.” Pensez-vous que 1/ au vu de son histoire, que l’Occident est bien placé pour donner des leçons 2/ que le reste du Monde nous attend pour désirer la paix ou le respect de l’autre ? En somme, ce genre de paroles ne sonnent-elles pas un peu comme évangélisatrices ?”

“Avez-vous discuté de ce tweet lors de vos rencontres avec les dirigeants des régimes saoudiens, chinois ou égyptiens ?”

“On a l’impression que votre Diplomatie continue la pratique du Deux Poids Deux Mesures des précédents gouvernements. Ferme avec la Russie ou la Syrie, molle avec l’Arabie, Israël ou l’Égypte. Pourquoi continuer à ne pas réagir face aux massacres au Yémen et en Palestine, ce qui alimente une haine de l’Occident dans le monde arabe qui est très dangereuse ?”

“La Ministre de la Défense a indiqué que les armes françaises vendues à l’Arabie saoudite “n’étaient pas censées être utilisées” au Yémen. Allez-vous faire figurer à l’avenir une clause “Ne pas utiliser” sur les armes que nous vendrons à de tels pays ? Ou allons-nous cesser de vendre des armes à des pays qui détestent notre civilisation ?”

Sur l’affaire Skripal

“Vous avez expulsé des Diplomates russes quelques jours après l’empoisonnement des Skripal à Londres. Comme pour la Syrie, nous n’avons pas de preuves publiques conclusives démontrant la culpabilité de la Russie. Sur quelles bases avez-vous agi ? Savez-vous par exemple précisément à quel moment, comment et par qui ils ont été empoisonnés ?”

“La France possède-t-elle des échantillons du A-234 utilisé contre les Skripal ou d’autres produits de type Novitchok, par exemple à des fins de recherche pour trouver des antidotes ? Avez-vous demandé au Royaume-Uni s’il en possédait ?”

“Comment expliquez-vous que, empoisonnées par ce terrible poison militaire surpuissant, dont on semble ne pas connaitre d’antidote, les deux victimes aient survécu, et que Youlia Skripal soit déjà sortie de l’hôpital ?

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[Contrôle des pouvoirs, ici et maintenant] Les Affranchis : séance de TOURNAGE du Conseil municipal d’Aubenas de mardi 10 avril dernier

Ping Camille Halut : ça germe 🙂
( http://democratie-saintandredevalborgne.com/category/conseils-municipaux/ )

« Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. »
Alain

#toutchefseraundétestabletyransionlelaissefaire

« Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire ; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé. »
Émile Chartier dit « Alain », « Propos », 25 janvier 1930.

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À l’école de la bienveillance

À Trappes, une école a mis en place une méthode fondée sur l’empathie.
Et ça fait du bien.

Quand on fait vraiment confiance à un humain, la plupart du temps il fait tout pour en être digne.
(Pareil pour la défiance…)
C’est au cœur du projet démocratique : faire vraiment confiance aux humains pour qu’ils deviennent citoyens.

Le sujet complet ici : https://www.francetvinfo.fr/societe/trappes/education-l-exemple-d-une-ecole-bienveillante-a-trappes_2194127.html

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10ème anniversaire du verdict condamnant injustement Jamal Zougam, véritable nouveau Dreyfus, pour les attentats de Madrid en 2004. Une enquête bouleversante de Cyrille Martin.

Chers amis,

Je vous propose de découvrir ci-dessous une enquête remarquable, menée par un simple citoyen, Cyrille Martin, pour disculper un pauvre homme broyé par « La Justice » et croupissant injustement en prison depuis plus de 10 ans pour que nos sociétés puissent maudire un bouc émissaire.

Je vous laisse lire Cyrille et surtout voir son film, vraiment bien fait, je trouve.

La vidéo proposée en bonus est très bonne aussi : je trouve Daniele Ganser épatant, admirable ; je vous en reparlerai (je suis en train de dévorer son dernier livre « les guerres illégales de l’OTAN », aux éditions Demi-Lune).

Étienne.



Cyrille Martin :

« Il y a 10 ans, le 31 octobre 2007, la Justice espagnole rendait son verdict dans l’affaire des terribles attentats de Madrid du 11 mars 2004 (Atocha, 191 morts). Après avoir suspecté l’ETA, l’enquête s’était dirigée vers de supposés djihadistes, au premier rang desquels le marocain Jamal Zougam, qui fut condamné à la réclusion à perpétuité, accusé d’être l’un des poseurs de bombes.

Ce jugement est remis en question par un documentaire, réalisé en autoproduction par l’auteur de ces lignes. Intitulé ’Un nouveau Dreyfus, Jamal Zougam, bouc émissaire des attentats de Madrid ?’, ce documentaire est construit sur la comparaison des images des journaux télévisés avec celles des enregistrements vidéos du procès. Il montre que, dans certains cas sensibles, on continue sur le vieux continent à condamner à perpétuité des boucs émissaires dont le seul tort est d’avoir la ’mauvaise’ religion du moment. Que ce soit par l’intermédiaire de la Justice espagnole ou de la Justice européenne.

La version espagnole du documentaire (diffusée sur internet et sur la chaîne latino-américaine TeleSur) a commencé à briser le tabou qui entoure cette affaire en Espagne. Nous vous proposons l’interview de la famille de Jamal Zougam, réalisée suite à cette diffusion par l’un des rares médias espagnols à critiquer le verdict, elespanol.com. Ainsi que le bonus à cette version espagnole : une interview vidéo en français de l’historien Daniele Ganser, qui bat en brèche l’idée que le terrorisme serait aujourd’hui nécessairement islamiste (sans pour autant revenir à l’accusation d’ETA, idée encore soutenue dans certains médias espagnols). »

Le documentaire en français :


Interview de la famille de Jamal Zougam, Elespanol.com, 10 et 12 mars 2017 :

La famille Zougam est musulmane mais elle a des goût occidentaux. Les filles sont en jeans et ne portent pas le voile. Mohamed [frère de Jamal] aime les Beatles et Mike Oldfield. « A mon travail à la banque, tout le monde m’a cru dès le début et ils m’ont traité comme si j’étais une victime de plus de cet attentat, même si je n’avais pas de proches dans ces trains » assure Samira [sa soeur]. « Pareil à la maison » ajoute Mohamed. « Les voisins n’ont pas changé avec nous. Parce qu’ils sentent qu’on n’est pas des mauvaises gens. »

Ce matin-là, jure Mohamed, ce fut la routine habituelle. « Quand je me suis levé, il était là, devant moi. Je ne l’oublierai jamais. Il était complètement endormi. Il dort comme une souche, pas moyen de le réveiller quand il dort ». « Moi je n’ai pas été appelé à déclarer au procès », dit Samira. « Je crois que ça a été à cause d’une erreur de notre avocat José Luis Abascal. Il ne se réunissait même pas avec nous. Il ne nous consultait pas. »

Cinq fois par semaine, Zougam a le droit de faire un appel téléphonique de cinq minutes. Et sa famille peut lui rendre visite une fois par mois. « Il a été en régime d’isolement total jusqu’à il y a deux ans. Toujours seul, même pendant qu’il était dans la cour. Il a de l’arthrose et il souffre beaucoup du froid, mais personne ne règle ça » dit Samira.

Questions à Aicha, mère de Jamal Zougam, qui rompt 13 années de silence :

Comment savez-vous que votre fils est innocent ?

Parce qu’il n’a rien fait. Parce qu’il était avec moi la nuit du 10 mars. Il est rentré du gymnase, en sueur, vers minuit… Et il serait allé poser des bombes au matin ? Puis il serait allé au travail ? Ce matin-là on a discuté, la télévision était allumée. Son frère est parti au travail en premier et lui est resté discuter avec moi.

Est-ce vrai que la veille des attentats, Jamal avait visité un appartement à louer pour emménager avec sa femme ?

C’est vrai. Il est allé voir le logement, il a laissé la photocopie de sa carte d’identité au propriétaire. Et il est allé au travail. La police et la Justice le savent, parce qu’ils sont allé voir le propriétaire… Mais tout a été étouffé ensuite.

Cette information n’est pas sortie, ensuite, pendant le procès ?

Ils ne voulaient pas, ils ne me laissaient même pas parler pendant le procès. Ce salaud [le juge Gomez Bermudez] ne m’a même pas laissé parler. Il m’a dit « C’est bon, c’est bon. Tais-toi ». Mais il s’agit de mon fils, je devais parler ! Pourquoi ? Pourquoi ne m’ont-ils pas laisser parler ? [A la fin de l’entretien, elle s’excuse pour ce coup de sang : « C’est à cause de cette impuissance »]

Ce n’est pas vrai que vous avez logé chez vous Abou Mughen ?

Jamais. Je ne le connais même pas. Écoutez, personne n’est venu chez moi. Tout les voisins me connaissent. Je n’ai pas déménagé. Ils sont tous gentils avec moi.

Croyez-vous que votre fils a été choisi intentionnellement, ou simplement qu’il n’a pas eu de chance ?

Ils l’ont choisi.

Pourquoi ?

Je ne le sais pas. Je ne sais pas. Parce qu’ils n’avaient personne d’autre.

Jamal a dit pendant le procès que ça pourrait être pour se venger du fait qu’il ait refusé l’offre du CNI [les services de renseignement] de collaborer avec eux.

Ils lui avaient dit qu’ils arrangeraient le venue de son père du Maroc… mais il n’a pas voulu.

Qui aurait commis les attentats selon vous ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas… je ne sais pas. La police ? Je ne sais pas. Beaucoup de gens.

Que pensez-vous d’Al Qaeda et de l’État Islamique ?

Du mal, beaucoup de mal. Les barbus je ne peux même plus les voir à la télévision. Je vous jure. Je vois les gens qui vont voilés, comme ça, au Maroc, et je dis « Regarde la fille de p… A cause de ces gens mon fils est en prison. »

Votre fils est condamné sur la base du témoignage de deux femmes roumaines. Pourquoi croyez-vous qu’elles aient déclaré l’avoir vu dans les trains ?

Parce qu’elles ont été payées, et bien payées [Elles ont reçu une indemnité et une régularisation en tant que victimes, note du traducteur]. Pourquoi aucun espagnol n’est venu dire qu’il l’avait vu ? Seulement des roumaines ? Il y en a eu quatre ou cinq. Mais pas d’espagnols, ni marocains, ni italiens. Seulement des roumains… parce qu’elles ont touché. Je demande au gouvernement qu’il rouvre le dossier de mon fils, parce qu’il n’a rien fait. S’il vous plaît.

Avez-vous vu le documentaire du français Cyrille Martin, qui défend l’innocence de votre fils ?

Non. Je n’aime pas voir mon fils dans ce procès, ni me rappeler des images de cette époque. Je ne peux pas. Mais ses frères et sœurs l’ont vu et ils disent qu’il raconte les choses telles qu’elles se sont passées.

Après tout ce qui s’est passé, vous regrettez d’être venue en Espagne ?

Oui… Vous savez que ça fait 13 ans que mon fils est en prison et personne ne parle de lui, alors que tout le monde sait qu’il n’a rien fait. Il y en a qui ont les preuves de ça. Ils ne veulent pas parler. Tout le monde la ferme. Pourquoi ? Parce qu’il est marocain ? Pourquoi ? Beaucoup de gens ont commis des erreurs et personne ne veut parler.

 

Bonus de la version espagnole du documentaire, une interview exclusive en français de Daniele Ganser :

Cyrille Martin

Source : Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/10eme-anniversaire-du-verdict-condamnant-injustement-jamal-zougam-veritable-nouveau-dreyfus-pour-les-attentats-de-madrid.html

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Les Gentils Virus : Étude d’une communauté politique alternative, par Simon HECKLER

Vous souhaitez mieux connaître le mouvement des Gentils Virus ?

Un Mémoire universitaire effectué par un étudiant, Simon Heckler, actuellement doctorant et extérieur au mouvement, va répondre à votre curiosité !

Je recommande à tous la lecture de cette étude ; c’est bien intéressant, même quand on est déjà au courant 🙂

Merci Simon, pour ce gros boulot, très utile, je trouve.


http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Les_Gentils_Virus…alternative

Les Gentils Virus : Etude d'une communauté politique alternative, Paris-2-Simon-HECKLER


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[Éducation populaire ; communication non violente ; économie collaborative] Ce collectif a inventé UN MONOPOLY ANTICAPITALISTE : le COMMONSPOLY

Réunis lors d’un hackcamp, un groupe de fervents défenseurs des biens communs a détourné le Monopoly. Ils en ont fait un jeu d’entraide où il faut coopérer pour gagner. Ils sont en réalité tout simplement revenus aux origines du jeu, bien différentes de sa version actuelle.

La version française COMMONSPOLY est disponible en téléchargement ici :
http://wiki.remixthecommons.org/index.php?title=Commonspoly

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AUTONOMIES, le prochain film de Nazzaréna, financés par nous tous qui voulons le voir :-)

J’ai hâte de voir le nouveau film de Nazzaréna :
il s’appellera AUTONOMIES.

C’est un film documentaire financé par ceux d’entre-nous qui veulent le voir. Les vidéos de présentation (avec plein de gens bien 🙂 ) sont très intéressantes.
C’est sur cette même page que nous pouvons participer à son financement : https://fr.ulule.com/autonomies/

Présentation du film :

L’Autonomie alimentaire, énergétique, c’est possible. Vivre dans une maison à 10.000€ aussi. Pourtant, autonomie ne veut pas dire autarcie, mais interdépendances

Le film en une phrase : « Agis en ton lieu, pense avec le monde » (Édouard Glissant)

Cinq ans après « La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes, qui montrait entre autres Fabrice André, créateur d’un refuge autonome à 2000 mètres d’altitude, Nazzaréna a à coeur de poursuivre cette réflexion sur l’autonomie. Il s’agit d’en montrer les différentes facettes, dont certaines sont surprenantes.

Le film en une minute :

Pour certains, autonomie rime avec autarcie et utopie. Partie à la rencontre de personnes qui vivent en autonomie alimentaire ou énergétique, je découvre que l’autonomie est aussi juridique, politique, psychologique, éducative, voire biologique et même historique. Juridique, car comment créer un éco-lieu réellement autonome si la législation ne le permet pas, ou si l’on doit obligatoirement être raccordé au réseau? Politique, donc, car le renouveau démocratique passe par des initiatives locales de certains maires en France qui s’engagent dans des votations citoyennes, par exemple.Psychologique, car comment opérer un changement de vie durable sans une stabilité dans ses engagements, ses choix, son rapport aux autres? Éducative, car à la base, il y a l’enfant, un adulte en devenir qui doit pouvoir s’émanciper dans ses apprentissages. Biologique, car au coeur de nos cellules, il y a par exemple des milliards de bactéries qui ont appris à coopérer. Historique enfin, car nous avons peut-être à apprendre d’une communauté en partie « autonome », active durant quatre siècles dans les Alpes. Voilà pourquoi « Autonomies » s’écrit au pluriel.

Qui n’a pas rêvé un jour de changer de vie?

Ils étaient étudiants, professeur de gymnastique, juriste internationale ou agriculteur traditionnel. Ils sont maintenant installés dans des fermes, des éco-lieux, des éco-hameaux, dans le respect de l’environnement.

L’une des originalités du film réside dans l’exemplarité de ces personnes qui ont cheminé à contre-courant et sont en train de créer des éco-lieux ou des éco-hameaux, dans l’optique de partager leurs savoirs grâce à des journées portes ouvertes, des formations, des stages ou des chantiers participatifs.

Au départ, ils avaient décidé de vivre plus près de la nature pour eux et leur famille, puis ils ont créé des habitats autonomes ou une ferme permaculturelle là où il n’y avait qu’une friche. Pour certains, c’était il y a quarante ans, pour la nouvelle génération, c’était il y a à peine plus d’une an. Leurs atouts :  inventer de nouvelles manières de consommer et de vivre, avec de la créativité et une réelle ingéniosité technique.


Journées portes ouvertes à la ferme du Bec-Hellouin

Toutes ces initiatives  concrètes, si elles essaimaient davantage, permettraient à des communautés, des villages ou des villes de faire face aux crises actuelles.

Mais pour que ce changement de société puisse se propager, le savoir-faire technique seul ne suffit pas. Il faut allier l’autonomie extérieure à l’autonomie intérieure.

C’est ainsi que seront abordés les limites posées par la législation, le changement psychologiqueliée à tout changement de vie, l’émancipation dès le plus jeune âge grâce à d’autres méthodes d’éducation, ou l’indispensable créativité de chaque être humain.

Sur ces thématiques seront interviewées des personnalités ouvertes à d’autres disciplines, permettant de faire des ponts entre la philosophie, la psychologie, le droit et la biologie.

L’objectif  de ce film est de montrer qu’être autonome, ça n’est pas vivre en autarcie. C’est choisir ses dépendances… dans un environnement basé sur les interdépendances.

En fil rouge, le film fera découvrir une communauté qui a vécu en autonomie politique, juridique, fiscale et éducative entre le XIVe siècle et la Révolution française, soit sur plus de douze générations. Peut-être est-ce l’occasion d’y trouver des sources d’inspiration.

Les intervenants

La maison autonome de Brigitte et Patrick Baronnet

Brigitte et Patrick ont quitté la vie parisienne il y a plus de quarante ans et vivent dans une ferme en Bretagne, où à force de travaux et d’ingéniosité, ils sont devenus autonomes de leur eau, de leur électricité et en partie de leur nourriture. Il nous montrent qu’il est possible, via des chantiers participatifs, de construire un habitat à moindre coût avec des matériaux nobles, d’avoir un accès à l’énergie en utilisant à la fois le solaire et l’éolien, avec des personnes fabriquant eux-mêmes leurs panneaux solaires pour l’eau chaude, ou en faisant des formations pour fabriquer des éoliennes, par exemple.

En 20 ans, ce sont plus de 20.000 curieux qui sont venus dans la « maison autonome« , lors de festivals, de journées portes ouvertes ou de stages, pour découvrir comment se lancer dans l’aventure de l’autonomie énergétique. Comme nous le précise Patrick Baronnet, l’autonomie, c’est…

La ferme permaculturelle du Bec Hellouin

Perrine, ancienne juriste internationale, est aujourd’hui diplômée en permaculture. Elle  a voulu réinventer sa vie et rompre drastiquement avec ce qu’elle faisait auparavant. C’est ainsi qu’elle a rencontré Charles, son mari, et qu’ensemble, ils ont fondé la ferme biologique du Bec-Hellouin. Ils développent une agriculture qui permettrait non seulement d’être autosuffisant en alimentation à l’échelle d’un village, mais dont le développement pourrait nourrir toute la planète, grâce à des techniques de permaculture, de micro-agriculture, avec une culture intensive sur de petites surfaces sans engrais chimiques ni pesticides.

Nous sommes allés en 2015 aux journées portes ouvertes qu’ils organisaient, afin de découvrir leur immense jardin, avec une serre, des étangs, un potager, un jardin mandala, des arbres fruitiers…

Perrine et Charles assurent des formations, travaillent avec de grands chefs étoilés et on été suivis pour une étude par l’INRA (Institut national de recherche en agronomie).

L’éco-lieu Eotopia

Benjamin, 32 ans, expérimente depuis sept ans la vie sans argent. Il a voyagé ainsi sur les routes d’Europe, d’Amérique, en passant par l’Afrique, privilégiant les échanges. En 2016, il s’est résolu avec d’autres personnes à acheter un terrain avec un corps de ferme pour créer un éco-lieu appeléEotopia. Benjamin et son épouse y vivent avec d’autres membres de la communauté dans une économie basée sur le don, les échanges, pour tendre vers l’humain plutôt que vers l’argent. Benjamin a pour le moment renoncé à son idéal de vivre avec « zéro argent », mais l’utilise aussi peu que possible.

L’éco-lieu Alôsnys

Aurore avait une formation dans l’agriculture et l’éducation à l’environnement. Avec Bruno, agriculteur, ils ont créé Alôsnys, un éco-lieu en Bourgogne qui accueille aussi bien des enfants que des adultes pour les reconnecter à un jardinage sain, respectueux des écosystèmes. Ils assurent par ailleurs des formations diplômantes en permaculture et accueillent de nombreux stagiaires.

Les autres facettes des « Autonomies »

Et si l’avenir passait par une renforcement de la démocratie locale? Les maires ont un rôle essentiel pour favoriser l’émergence de ces initiatives. Par exemple, la ville des Molières, dans l’Essonne est un laboratoire d’initiatives écologiques et démocratiques. Jardins partagés, épicerie bio et locale, votations citoyennes, ainsi que la proximité du foyer d’accueil médicalisés pour autistes La Lendemaine, qui est aussi une ferme agricole et artisanale de 7 hectares: l’alliance du soin de lanature et de l’humain.

Pour faire exister de tels lieux, la législation doit bien évidemment s’y prêter. Mais pour le projet Eotopia, par exemple, l’achat du terrain s’est avéré incontournable, alors que dans son optique de vivre sans argent, Benjamin avait envisagé un don. En France, les donateurs sont taxés à 60% de la valeur du bien. Les autres contraintes résident dans les permis de construire des habitats innovants, avec récupération d’eau, ou l’obligation d’être raccordé au réseau même si l’on est en autonomie énergétique.

Un point qui reste essentiel, c’est le déclencheur, le déclic, le moment où l’on décide de changer de vie, où l’on se jette à l’eau. Comment surmonter psychologiquement les obstacles lorsqu’on se lance dans l’expérimentation, l’innovation, en couple ou en communauté?

L’émancipation passe aussi par l’éducation. Parmi les intervenants, certains prônent « une éducation libre », respecteuse de la soif d’apprendre de l’enfant. François Taddéi, chercheur ensciences cognitives, apportera son éclairage sur ce sujet qui est un enjeu majeur pour les générations futures. L’occasion de découvrir que dès le Moyen-Âge, une communauté dans les Alpes enseignait aux riches et aux pauvres, filles et garçons, avec un faible taux d’illettrisme, tout en inculquant des notions de droit.

François Taddéi nous démontre que la dernière facette des autonomies est liée à la biologie, par l’exemple d’études sur les cellules. Ainsi, les bactéries font évoluer la manière dont elles évoluent. Elles savent échanger de l’information sur la façon de coopérer et elles savent coopérer sur la façon d’échanger de l’information.

Coopérer, échanger de l’information, c’est ce que font les personnes qui vivent dans des éco-lieux, tout comme la nature et les écosystèmes. Comme l’a écrit Edgar Morin, «Penser global », c’est penser LE global, dans ses relations entre le tout et les parties. Sans arrêt, le global et le local interfèrent.»

A quoi va servir le financement ?

Nazzaréna et Christophe travaillent bénévolement sur ce projet depuis un an et demi.L’écriture du film a commencé début 2016, les tournages en avril 2016. Ils se poursuivent actuellement.

Nous privilégions au maximum la tente ou l’hébergement chez l’habitant, ainsi que les pique-niques… mais il y a des dépenses incompressibles.

La collecte permettra de financer la fin des tournages, le montage et la post-production du film.

[…]

L’occasion pour ceux d’entre vous qui le souhaitent de devenir des specta’cteurs privilégiés et des acteurs du changement.

À propos du porteur de projet

Il y a quelques années, je pensais que j’avais oublié
Oublié tous mes rêves, tout ce que j’aurais pu réaliser
J’avais peur d’entreprendre quoi que ce soit
Peut-être mon éducation a contribué à tout ça
Aujourd’hui plus que tout, je veux
Je veux me nourrir sans appauvrir la terre
Je veux boire sans assécher nos sources et nos rivières
Je veux m’éclairer et me chauffer sans nos centrales nucléaires
Je veux vivre en autonomie, grâce au vent, au soleil, à la pluie
Je ne suis qu’une goutte l’eau dans l’océan de l’humanité
Je veux m’arrêter à chaque port, tisser la toile de la solidarité
Je n’ai pas la certitude que tout cela arrivera
Je veux juste en avoir l’opportunité
Faire ce film symbolise l’opportunité
L’opportunité que ces choses changent
Si je viens vers vous,
C’est par ce que vous êtes 
Et ce que vous êtes me montrera qu’il n’est pas trop tard   
Pour réaliser ce film et le faire avec vous.

Nazzaréna

 

Nazzaréna est artiste, auteure de pièces de théâtre et de poèmes. Auteure compositrice interprète, elle a enregistré un CD 2 titres en 2007.

« La Pandémie du Nouveau monde » – L’éveil des consciences citoyennes était son premier documentaire, financé avec succès sur Ulule. Il a été sélectionné au Salon Marjolaine 2013, au festival d’ATTAC à Ivry-sur-Seine et au festival du film engagé de Romagnat.

Dès l’été 2013, le thème de l’autonomie citoyenne la questionne, comme le montre ce micro-trottoir.

En 2014, elle a initié le projet « Passerelles » avec le soutien d’EELV. Il s’agit d’une série de vidéos mises en ligne sur Internet, dans lesquelles la députée européenne Michèle Rivasi débattait avec le philosophe Patrick Viveret ou le président du groupe SOS Jean-Marc Borello sur les thèmes de la démocratie, de l’engagement et du changement.

Ses atouts : décrocher les interviews, poser des questions que les journalistes ne posent pas, le tout accompagné d’une bonne dose d’intuition. Son intérêt pour la psychologie et la psychanalyse permet de compléter son approche originale.

Christophe est documentaliste, archiviste, spécialiste de l’analyse des médias et ancien de l’émission de France 5 « Arrêt sur images » (1996 à 2002).

Il a co-réalisé « Désentubages cathodiques » (Zalea TV), sorti en salles en 2005 et réalisé «Banlieues sous le feu des médias » , sorti en salles en 2006.

Auparavant, il a été assistant documentaliste pour le documentaire de Daniel Schneidermann « Kosovo, des journalistes dans la guerre » (Arte, 2000) ou « Chomsky et Cie » de Daniel Mermet et Olivier Azam (Les Mutins de Pangée, 2008).

Avec Nazzaréna, il a co-réalisé « La Pandémie du Nouveau monde », dont le tournage a débuté en 2009 pour s’achever en 2012.

Ses atouts: l’esprit de synthèse, l’articulation des thématiques à aborder dans le film, ainsi que la recherche de la perfection.. qui n’est pas de ce monde, soi-disant!

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La page Ulule pour aider les auteurs du film à continuer leur boulot d’éducation populaire : https://fr.ulule.com/autonomies/

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155463544277317

[Démocratie directe, l’exemple suisse] La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux (par Wolf Linder)

Moi qui suis assez vieux tout de même, c’est la première fois de ma vie que je n’ai pas voté élu mon prochain maître.

Je me suis abstenu, pour éviter de faire des bêtises, perdu dans le choix lamentable qui m’était imposé par les ultra-riches et leurs serviteurs.

Cette élection présidentielle fut donc un épisode particulièrement odieux de prétendue « démocratie représentative » : on te met le pistolet (d’extrême droite) sur la tempe (chantage qui prend des années à mettre en place, grâce aux médias qu’il a fallu acheter pour ça) et un dimanche fatal, on te dit :

« tu dois voter :

– soit pour la prétendue « Union européenne » — c’est-à-dire la perpétuation de la schlague de l’ordolibéralisme allemand et l’asservissement par la dette, les concurrences déloyales du « libre-échange », les délocalisations et la désindustrialisation, les « travailleurs détachés », le chômage de masse et les bas salaires, l’espionnage généralisé et la colonisation du pays par les USA, et puis finalement le pillage et la dévastation bientôt comme les pauvres Grecs —,

– soit pour… « le péril fasciste » (sic)…

Allez, maintenant, vote ! »

Heu, non.

Tout compte fait, en cette occurrence calamiteuse, même le vote blanc valide l’escroquerie représentative : j’ai relu Libertad et je me suis abstenu.

66% des gens qui élisent Macron (!), leur pire ennemi (et, bien entendu, rien à foutre de l’abstention, des blancs et des nuls)… La prédiction de Tocqueville (la devise des riches) s’est encore parfaitement confirmée : « je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira ».

Après cet épisode odieux, donc, je vous propose de revenir aux fondamentaux (quel contrat social allons-nous mettre en place nous-mêmes, précisément, dès que nous serons assez nombreux à être devenus vraiment constituants ?), avec cet article de Wolf Linder, aimablement traduit par Domaine public.

Avant de vous laisser le lire, je vous rappelle que c’est à VOUS, personnellement, quotidiennement, de réfléchir à la constitution et de vous entraîner à constituer, pour, le jour où il sera question de changer de contrat social, être prêt à refuser d’élire une assemblée constituante et prêt à exiger soit de participer vous-même à l’écriture, soit que l’AC soit tirée au sort parmi de simples mais vrais citoyens (donc constituants).

Pas de démocratie sans citoyens constituants et vigilants.

Bon courage à tous
(parce que là, on va perdre à la fois le droit du travail, la sécurité sociale, la retraite, et j’en passe… dans l’impuissance politique la plus totale).

Étienne.


La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux

La vraie démocratie suppose d’assumer son opinion et de la confronter à celle des autres

icone auteurWOLF LINDER | icone calendrier 8 mai 2017 | icone calendrier DP 2164

Photo jimynu
Photo jimynu (licence CC)

Durant de longues années, je ne comptais pas parmi les fervents admirateurs de l’institution de la Landsgemeinde, partageant un scepticisme très répandu: dans de telles assemblées, le secret du vote n’existe pas.

Chacun peut voir comment et pour qui vote son fils, son voisin ou son employé. Le talent oratoire d’un Landamman peut influencer l’avis de l’assemblée. Le décompte d’une courte majorité est presque impossible lors d’un vote à main levée.

On se souvient encore de l’entêtement des Appenzellois des Rhodes-Intérieures qui ont refusé à plusieurs reprises le droit de vote à leurs femmes. Il a fallu qu’une poignée de vaillantes Appenzelloises portent la cause jusqu’au Tribunal fédéral pour obtenir en 1990 les droits politiques dont les autres Suissesses bénéficiaient depuis longtemps. A cette époque, j’aurais voté comme les Nidwaldiens et les Appenzellois des Rhodes-Extérieures qui ont aboli leur Landsgemeinde dans les années 90.

Aujourd’hui, seuls les cantons de Glaris et d’Appenzell Rhodes-Intérieures connaissent encore une assemblée annuelle du corps électoral qui élit ses autorités, se prononce sur les finances et sur les questions importantes – telle l’interdiction de la burka, refusée dimanche 7 mai 2017. Seraient-ils donc les derniers à célébrer ce folklore et à tenir à cette vieille tradition n’ayant plus de place à notre époque?

Mes premiers doutes sont apparus il y a une dizaine d’années lors d’une discussion avec Marianne Kleiner, première conseillère d’Etat d’Appenzell Rhodes-Extérieures, puis conseillère nationale (PRD). Celle-ci s’est battue sans succès pour réintroduire la Landsgemeinde à Trogen et Hundwil (AR), échouant malgré un argumentaire remarquable. Et en 2006, à Glaris, une motion de jeunes socialistes proposant la fusion des 25 communes du canton en trois nouvelles communes fut acceptée par la Landsgemeinde. Une année plus tard, la même assemblée faisait de Glaris le premier canton – et toujours le seul – à connaître le droit de vote à 16 ans.

Il s’agissait donc de bien autre chose que de folklore. Par la suite, deux travaux de recherche menés sous ma direction à l’Institut de science politique de l’Université de Berne ont parachevé mon revirement d’opinion.

Le premier, la thèse de doctorat de Hanspeter Schaub, compare la qualité de la démocratie telle que pratiquée dans la Landsgemeinde d’une part, et par le vote dans les urnes d’autre part, dans six cantons; le second travail interroge un millier de citoyens glaronnais sur leur expérience de la Landsgemeinde, afin de savoir de quelle manière les débats à l’assemblée ont contribué à former leur propre opinion. De plus, il s’agissait de vérifier l’intensité du soutien à la démocratie d’assemblée.

Les deux travaux montrent une image nouvelle et fascinante de cette institution. Le vote dans les urnes voit l’initiative et le référendum contre les décisions du parlement se substituer à l’assemblée des citoyens. Un tel système permet une plus grande indépendance de la justice et accroît la capacité d’action du gouvernement. Par contre, la démocratie « radicale » de la Landsgemeinde élargit les possibilités de choix du peuple et permet aux citoyennes et aux citoyens de véritablement décider sur un plus grand nombre de dossiers. La Landsgemeinde permet également de mieux clarifier la responsabilité du gouvernement. Mais le plus surprenant est la qualité démocratique des débats tenus dans l’enceinte de la Landsgemeinde, révélé par les deux études.

Certes, un quart seulement du corps électoral participe à l’assemblée. Mais les Glaronnais sont fiers de leur institution et perçoivent les décisions prises comme particulièrement crédibles. Et à raison, car l’assemblée est le théâtre de réels et vifs débats sur les questions de politique cantonale. L’étude détaillée de deux objets soumis à votation a montré qu’une bonne partie des participants ont formé leur avis au cours de l’assemblée. Les nouveaux arguments lancés dans le débat ont influencé la formation de l’opinion. Les personnes interrogées accordent une forte crédibilité aux propositions formulées par les personnes directement concernées par le problème discuté et par des citoyens sans mandat électif. Si leur point de vue est bien argumenté, il peut emporter l’adhésion.

Une étude plus ancienne, portant sur la révision du plan général d’affectation des sols dans 60 communes du canton de Zurich, arrive à des conclusions similaires: les propositions véritablement nouvelles émergent lors de l’assemblée communale censée adopter le nouveau plan, soit à la fin du processus de révision, et non lors des étapes précédentes qui passent par la consultation des partis ainsi que des associations et des groupes d’intérêts concernés.

Ces avantages devraient contribuer à expliquer pourquoi certaines communes suisses alémaniques ont aboli les conseils communaux introduits dans les années 1970. Dans les villes, le vote à l’urne devrait rester, pour des raisons pratiques, la seule solution possible. Mais les communes pour qui l’assemblée fonctionne bien n’ont pas de raison de se « moderniser » en lui substituant un conseil élu. En outre, nous devrions éviter de monter les systèmes l’un contre l’autre. Selon Schaub, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients et s’avèrent en de nombreux points comparables en termes de qualité du système démocratique local. L’absence de secret lors du vote en assemblée générale pose encore un réel problème – que le recours au smartphone permettrait de résoudre.

Mais quelles sont, alors, les raisons de la grande qualité des débats dans une démocratie d’assemblée, non seulement dans les Landsgemeinde mais également dans les centaines d’assemblées communales à travers le pays? Tout d’abord, se lever pour soumettre une proposition à une assemblée requiert du courage: son auteur sait qu’elle ne va pas plaire à tout le monde. Ce courage ne va pas de soi;  j’ai participé à des assemblées où j’en ai moi-même manqué, ce que j’ai regretté ultérieurement. Ce courage se retrouve dans la plupart des assemblées où les propositions de ces valeureux intervenants sont probablement appréciées tout comme dans le « ring » glaronnais.

En outre, la liberté d’expression dans le cadre d’une assemblée publique ne constitue pas seulement un droit mais impose un devoir envers soi-même. On doit répondre de ce qu’on dit. Voilà la grande différence avec l’anonymat de ces médias sociaux où règnent scandales et fausses informations et où se mobilise une communauté virtuelle d’individus partageant des opinions analogues – mais dont personne ne répond ni de ses propres affirmations ni des « informations » qu’il partage généreusement. Enfin les propositions présentées en assemblée se doivent d’être justifiées dans les faits. Elles aboutissent à une discussion du pour et du contre, indispensable pour une décision démocratique où ne s’impose aucune certitude, ni du bien, ni du juste.

Wolf Linder

Une première version de cet article a paru en allemand dans l’hebdomadaire Die Weltwoche.

Source : Domaine public, https://www.domainepublic.ch/articles/31490 

 
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Plus de chèques en blanc aux élus : mettez en place le Référendum d’Initiative Citoyenne !

Une pétition proposée par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr :
http://www.les-crises.fr/plus-de-cheques-en-blanc-aux-elus-mettez-en-place-le-referendum-dinitiative-citoyenne/

Aujourd’hui scandaleusement interdit au peuple par les politiciens, le RIC est pourtant un MINIMUM indispensable dans une « démocratie représentative » digne de ce nom
(alors que, bien sûr, le RIC ne servirait à rien dans une vraie démocratie — donc directe — où le peuple voterait lui-même toutes ses lois).

Mais, JAMAIS les professionnels de la politique ne nous donneront le RIC (le vrai), car ils sont en conflit d’intérêts dans le processus constituant : ils ont tous un intérêt personnel contraire à l’intérêt général : rester les seuls à détenir l’initiative des lois.

Donc, si la plèbe veut le RIC, et elle en a bien besoin, il faudra qu’elle apprenne à l’instituer elle-même.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Pas de démocratie sans citoyens constituants.

———————

Comme d’habitude, une pétition ne sert pas à influencer les professionnels de la politique, qui sont le plus souvent des menteurs professionnels, des voleurs de pouvoir et des ennemis du peuple, de la plus mauvaise foi qui soit dans le processus constituant, mais une pétition sert à lancer à la cantonade des cris de ralliement, entre nous, et à réveiller des endormis 🙂

———————

Et n’oubliez pas, tous les jours, d’inviter la constitution dans vos conversations : c’est en forgeant qu’on devient forgeron ; c’est en constituant qu’on devient citoyen.

Étienne.

—–

PS : demain, on élit un maître, au lieu de voter nos lois.

Demain soir, on réintègre notre cellule, dans la prison politique du parlementarisme, pour 5 ans d’exploitation renouvelée et aggravée.

Mais en élisant, on valide nous-mêmes le système de domination parlementaire (qui a engendré cette saloperie de « capitalisme », l’empire des grands marchands), certes sous la pression d’un chantage de plus en plus odieux, mais on le valide quand même.

Pas de démocratie sans tirage au sort.
Pas de démocratie sans citoyens constituants.

Essayez les ateliers constituants, vous verrez, c’est une façon adulte de faire de la politique, c’est enthousiasmant, c’est stimulant, c’est excitant, c’est valorisant, c’est énergisant ; jour après jour, on grandit : on ne demande rien à personne, on se hisse au rang de souverain, on s’habitue à penser en souverain, en adulte, au-dessus des représentants, on sort de l’enfance (de la parole interdite), on conteste l’hétéronomie que nous imposent les « élus », on apprend à assumer notre autonomie, on devient des adultes politiques.

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Si l’on veut un jour constituer, il faut dès aujourd’hui nous entraîner, personnellement, quotidiennement, courageusement.

Bon courage, bande de virus 🙂

Rappel, pour ceux qui ne savent pas (encore) très bien ce qu’est le référendum d’initiative populaire (RIC) 🙂

(Cette vidéo devrait bien intéresser tous les virus démocratiques 🙂 )

[Émancipation de nos maîtres « élus »] STADES CITOYENS : remplir des stades, le 22 avril prochain, pour animer nous-mêmes le débat public en tant que simples citoyens

Je voudrais, en vous la signalant, aider une initiative qui pourrait devenir très intéressante si nous y participions tous un peu.
Il s’agit de l’opération STADES CITOYENS :

Il s’agit d’un événement ne s’appuyant que sur la volonté des citoyens et le financement par les citoyens, avec pour ambition de rendre visible les solutions citoyennes facilement appropriables, ainsi que d’expérimenter les outils de l’intelligence collective, les innovations démocratiques. Créer du lien ! Relier les collectifs et les citoyens !

Le site : https://stadescitoyens.fr/questions/

La page Facebook : https://www.facebook.com/events/831335523674301/

On s’inscrit là : https://www.helloasso.com/associations/stades-citoyens/evenements/stades-citoyens

Dans les grands thèmes prévus à débattre, personnellement, j’aurais plutôt pensé à :

• « Pourquoi et comment sortir de l’UE, de l’OTAN et de l’OMC »

• « Pourquoi et comment retirer aux banques la création monétaire et la rendre à la puissance publique »

• « Pourquoi et comment instituer le référendum d’initiative citoyenne (RIC) en tous domaines dans un système représentatif »

• « Pourquoi et comment réécrire une constitution digne de ce nom sans aucun professionnel de la politique »

• « Faut-il élire des maîtres ou voter nos lois pour vivre en démocratie »

• « Pourquoi et comment interdire aux élus condamnés en justice de se représenter aux élections »

• « La souveraineté populaire, est-ce élire des maîtres hors contrôle ou tirer au sort des égaux sous contrôle »

• « Pourquoi et comment interdire le contrôle des médias par les plus riches »

• « Qui est légitime pour écrire les règles concernant les élus (salaires, retraites, impôts, responsabilité pénale, prescription, règles électorales…) ? Les élus eux-mêmes ? ou des citoyens tirés au sort ? »

• « Organisation des 80 000 citoyens du Stade de France en groupes de 5 à 8 pour faire des ateliers constituants »

🙂

Mais il est peut-être encore temps d’ajouter des thèmes 🙂

Bon courage à tous ! (pour vos ateliers constituants quotidiens) 🙂

Étienne.

PS : dans la vidéo ci-dessus, on évoque encore cette citation bidon, de Churchill, qui aurait dit « la démocratie, c’est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres »… ce qui sous-entend que les citoyens n’ont qu’à se satisfaire du gouvernement représentatif ploutocratique qui leur est imposé depuis 200 ans, TINA quoi (there is no alternative)… En fait Churchill n’a pas du tout dit cela, il a même dit précisément LE CONTRAIRE Voici la citation complète :

« Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres.
[…]
Un groupe d’hommes qui a le contrôle de la machine et une majorité parlementaire a sans aucun doute le pouvoir de proposer ce qu’il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l’apprécie ou non, ou la moindre référence à sa présence dans son programme de campagne.
[…]
Le parti adverse doit-il vraiment être autorisé à faire adopter des lois affectant le caractère même de ce pays dans les dernières années de ce Parlement sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l’a placé là où il est ? Non, Monsieur, la démocratie dit: « Non, mille fois non. Vous n’avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d’une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire. […] »

W Churchill, discours du 11 novembre 1947.

C’est quand même pas pareil, non ?

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Démocratie, c’est pas foutu : Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire » – #pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

 

Démocratie, c’est pas foutu

Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire », qui y étudie l’idée qui grandit des ateliers constituants populaires 🙂


http://www.lagedefaire-lejournal.fr/democratie-cest-foutu/

Commander ce numéro ne coûte que 2 € (ils en ont évidemment besoin), et on peut s’abonner là : http://magasin.lagedefaire-lejournal.fr/

#pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

—–

Et vous, vos propres ateliers constituants, ça avance ? 🙂
Donnez-nous des nouvelles, s’il vous plaît 🙂

Bon courage à tous
et restez bien concentrés sur l’essentiel :
ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Étienne.

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Réactions remarquables à l’élection de Donald Trump à la Maison blanche

Je voudrais signaler dans ce billet quelques réactions que je trouve remarquables, après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-unis :

D’abord remercier Tatiana, pour ce billet, que je trouve profond et émouvant :

Hystérie collective autour de Donald Trump – Mise au point

Ensuite signaler ce beau coup de gueule, qui part d’une dramatisation, mais qui cherche ardemment une lumière dans la discussion, entre humains égaux en dignité, et en arrêtant de mépriser/diaboliser ses adversaires :

J’ai manqué pas mal de trucs (il parle vraiment vite), mais ça a l’air vraiment bien, comme appel à curer la fosse septique de la prétendue gauche libérale (Clinton, Blair, Hollande et autres innombrables social-traîtres).

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Récapitulons, dans les commentaires ci-dessous, les autres réactions remarquables si vous voulez bien.

Etienne.

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[Philippe Pascot] (Évidente) pétition pour l’interdiction aux détenteurs d’un casier judiciaire d’effectuer un mandat électoral

Un élu condamné en justice pour malversation ne devrait évidemment PLUS JAMAIS pouvoir être candidat à une élection.

C’est incroyable qu’on ait à se battre pour seulement soutenir un projet qui tombe autant sous le sens.

Il n’y a que les élus (ou les candidats) pour ne pas comprendre le scandale absolu des candidats-repris-de-justice.

Je soutiens donc sans réserve Philippe Pascot dans sa courageuse bagarre contre la corruption (scandaleuse) des parlementaires en France.

la pétition :
http://www.mesopinions.com/petition/politique/interdiction-aux-detenteurs-casier-judiciaire-effectuer/19889

La chronique de Guillaume Meurice sur ce sujet est absolument poilante 🙂 :

J’ai signé sa pétition, bien sûr, mais surtout, je lis (tous les jours quelques lignes de) ses trois bouquins qui sont trois bombes : « Pilleurs d’État » et « Délits d’élus » (tomes 1 et 2)…


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=354



http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=319


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=375

Les salaires extravagants, les passe-droit, la paresse, la malhonnêteté, l’impunité et les honteux privilèges des « élus » qui nous imposent pourtant — sans rougir de honte — chômage, dépossession politique, libre-échange, délocalisations, destruction du droit du travail, sabotage des services publics, privatisation des biens publics, rigueur et austérité (!!!), eux qui se gavent eux-mêmes comme personne (11 000 € par mois !, dont 7 000 au black sans payer le moindre impôt !!), sont littéralement révoltants.

Ces trois livres sont le résultat édifiant d’une enquête d’utilité publique, que les citoyens devraient s’offrir mutuellement en cadeau de réveil-prise de conscience…

(Ne pas compter sur les « élus », ni sur les « journalistes » — sponsorisés par les mêmes ultra-riches — pour faire connaître au plus grand nombre ce précieux dictionnaire de la pourriture parlementaire.)

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Ceci dit, ainsi informé sur les voies ordinaires de la corruption politicienne, je suggère — vous me voyez venir, bande de virus 🙂 — de prendre de la hauteur sur ces innombrables scandales, qui ne sont que des CONSÉQUENCES de notre démission du processus constituant :

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Ce n’est pas aux parlementaires, ni aux ministres, ni aux juges, ni aux hommes de loi, d’écrire ou de modifier LA CONSTITUTION (qu’ils devraient tous craindre) : c’est au peuple lui-même, et à lui seul, de fixer les termes — et les contrôles — du mandat qu’il confie à ses représentants.

Les « élus » trichent parce qu’ils écrivent eux-mêmes les contrôles contre leurs triches (sottise que la nôtre, de les laisser faire !)
Si l’on veut des représentants exemplaires, il faudra nécessairement devenir nous-mêmes constituants, personnellement, quotidiennement.

Un citoyen digne de ce nom est constituant.
Sinon, politiquement, c’est un enfant, forcément.

Étienne.

PS : je serai avec Philipe Pascot, Yvan Stefanovitch et (la très courageuse et très valeureuse) Stephanie Gibaud, le 10 décembre prochain à Montreuil. Une bien belle rencontre en perspective 🙂


Annonce de la rencontre

J’espère qu’on aura le temps de faire ensemble des ateliers constituants 🙂 (« One track minded », me disent mes proches 🙂 ).

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Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »

« … Un de mes professeurs de dessin aux Arts appliqués donnait un superbe enseignement qui se ramassait en une seule phrase : « À chaque instant votre dessin est fini. »

En règle générale, dans un cours de dessin, on vous indique le temps dont vous disposez. Cinq minutes, une heure, quatre heures, ou plusieurs séances. Avec lui, non. Il fallait commencer par l’essentiel et rester sur l’essentiel. Dès que le fusain touchait le papier, et à chaque trait, l’urgent était l’essentiel. Un « essentiel » qu’il appartenait à chacun de découvrir. Puis de s’y maintenir. Sur la brèche, sur la ligne de crête, première ligne, ligne de feu, ligne de partage des eaux. Ainsi, à chaque instant, le dessin peut s’arrêter. L’important est dans chaque instant de la ligne. Pas dans la fin. Ni dans le début. Mais dans le trait, dans le chemin.

Quel sage pourrait ainsi dessiner sa vie ? Qu’à chaque instant la vie puisse être interrompue et qu’à chaque instant elle soit « essentielle » ? Toujours prête à la halte et prête à s’en aller.

Nous croyons poursuivre un but, nous croyons que le trait, comme un chemin, nous conduit vers un but.

Or il n’y a pas de but. Le but c’est le chemin.

Le but n’est rien, le chemin est tout.

Dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but.

Être en chemin, voilà le but.

Être n’est pas le but. Il n’y a pas d’Être que d’être en chemin… »

Daniel Mermet

 
Daniel est un homme important pour moi : depuis 2004, à travers Là-bas si j’y suis et aussi à travers quelques conversations, il me transforme profondément, en bien je crois.

C’est vrai qu’on n’est pas (encore) très nombreux, à défendre un processus constituant populaire, ouvert à vraiment tous les êtres humains ; c’est vrai qu’on n’arrive pas encore à rendre le monde meilleur ; mais on est en marche, on est ensemble, autant que possible, autour d’une idée originale et radicale, on se transforme ensemble, on apprend ensemble qu’on est capables d’écrire nous-mêmes notre constitution, et on progresse, malgré les calomnies et les difficultés, on fait de notre mieux pour être de plus en plus nombreux à chercher à servir nous-mêmes le bien commun, sans accepter les caricatures des politiciens qui font de celui qui n’est pas d’accord un adversaire à vaincre.

Ne désespérez pas d’être petit. Tout ce qui est grand a commencé par être petit.

Fais ce que tu dois, et advienne que pourra.

Étienne.

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[Important] Petit questionnaire rapide pour tous ceux qui ont déjà participé à un atelier constituant

[Important] Petit questionnaire rapide pour tous ceux qui ont déjà participé à un atelier constituant.

C’est pour un mémoire (à l’Université) sur le sujet des ateliers constituants et des Gentils Virus.

Merci à chacun d’y répondre le plus rapidement possible, la soutenance se faisant dans la quinzaine.

Un grand MERCI pour votre participation ! 🙂

http://webquest.fr/?m=19610_enquete-sur-les-ateliers-constituants

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Témoignage émouvant d’un débutant, pour son premier atelier constituant

Je viens de tomber sur ce témoignage de débutant (sur le site des « abstentionnistes engagés »), que je trouve émouvant (mais je suis partial, évidemment 🙂 ).

Merci à tous, bande de virus, pour tout ce que vous faites, personnellement, quotidiennement, opiniâtrement, pour que progresse sans cesse, partout sur terre, l’idée neuve de la nécessaire origine populaire de toute Constitution digne de ce nom.

Étienne.

Atelier constituant à Montreuil le 18 juin 2016 : « La Démocratie d’origine citoyenne. Réécrire la Constitution. Pourquoi ? Comment ? »

Affiche_Montreuil_18juin2016

Veinard de parisien, un des abstentionnistes engagés a pu assister à son premier atelier constituant, sur le thème qui est notre raison d’être en tant qu’abstentionniste engagé : le changement des règles du jeu c’est-à-dire la réécriture de la constitution.
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Nous étions une trentaine de personnes, de tous âges et de tous horizons. L’un des organisateurs-facilitateurs a commencé par un petit sondage :

  • « Qui se sent capable de réécrire la constitution » : 2 mains se lèvent. La mienne reste coincée à mi-hauteur. Malgré que je sois passionné par le sujet depuis des mois, ne l’ayant jamais fait, le doute m’empêche de lever haut la main.
  • « Qui se sent légitime de réécrire la constitution » : l’unanimité des mains se lèvent. Le constat est flagrant : un désir commun anime la trentaine de personnes.

Nous avons ensuite regardé 2 courtes vidéos que je vous recommande :

  • La Constitution par Grégory Portais qui explique qu’elle est une norme fondamentale (au sommet) qui définit les institutions et les relations entre elles mais aussi les libertés fondamentales. « La Constitution est le pilier de l’État de droit. » Armel Le Divellec.
  • Vers la démocration – Partie 1 – La Constitution qui présente de manière très simple les liens entre Peuple / Droit / Constitution en montrant comment cette dernière sert à limiter les pouvoirs et les abus.

Jean Massiet, commentateur politique de la chaîne Accropolis, est intervenu pour nous présenter en synthèse le fonctionnement des différentes Républiques qui se sont succédées depuis la fin de la Monarchie absolue. Très intéressant dans l’ensemble, j’ai retenu particulièrement que :

  • La 4ème République était un régime parlementaire à pleins pouvoirs où les députés étaient élus au scrutin proportionnel.Plus juste et plus démocratique, ce mode de scrutin a généré une instabilité gouvernementale non bénéfique à la France. Ceci a laissé un traumatisme et explique le passage à la 5ème République où les députés sont élus au scrutin majoritaire
  • La 5ème République – 1958 – a connu plusieurs modifications fondamentales depuis sa création. Notre constitution d’aujourd’hui ne ressemble donc plus du tout à celle de 1958. De légères modifications peuvent avoir des impacts considérables – en positif comme en négatif. Par exemple, la désignation du Président de la République au suffrage universel direct date de 1962.
  • La majorité des modifications de constitution surviennent par une crise.
  • Une nouveauté de notre époque est cette aspiration grandissante en France et ailleurs à réécrire la constitution. Réunir 30 personnes un samedi après-midi pendant 5 heures pour expérimenter et s’entraîner à réécrire la constitution n’aurait pas été possible il y a quelques années.

Puis a démarré l’atelier constituant. Le processus a été le suivant :

  1. Répartition en groupes de travail ~ 5 personnes pour écrire les propositions.
  2. Présentation des propositions de chaque groupe à toute l’assemblée pour soumission au vote (oui, non, blanc)

1ère étape – Écriture des propositions en groupes de travail

  • Mise en situation : Une Assemblée Constituante doit réécrire la Constitution française
  • Chaque groupe devait donc travailler à répondre aux questions suivantes : Qui ? Combien de personnes ? Modalités (sélection, période, …) ? Mandat (durée, révocabilité, impératif, …) ?
  • Cette 1ère étape a été réalisée en 3 périodes qui ont été à mon goût indispensables pour faire éclore les idées de chacun et les affiner en groupe :
    • une 1ère période où la parole est donnée à tour de rôle avec des temps contrôlés et égaux pour que chacun puisse intervenir et développer ses idées,
    • une 2ème période plus courte où l’échange n’a plus de règle, à part celle du respect des autres,
    • une 3ème périodes d’écriture où toutes les propositions sont écrites, avec ou sans consensus.
  • En synthèse, ci-dessous, quelques propositions/problématiques discutées dans mon groupe :
    • Qui peut participer à l’Assemblée Constituante ? ⇒ personne majeure, de nationalité française ou résident français d’au moins une période à définir, sélection de personnes devant représenter les Français, donc respecter en proportion certains critères de la population actuelle (âge, catégorie socio-professionnelle, sexe, géographique…), ayant purgé toutes ses peines…
    • Combien de personne doivent composer l’Assemblée Constituante ? ⇒ entre 1 000 et 3 000 personnes, 50 dans chaque circonscription…
    • Quelles modalités pour cette Assemblée Constituante ? ⇒ tirage au sort avec ou sans obligation, d’une durée de 18 mois à 2 ans (temps constaté dans d’autres pays qui ont fait l’expérience), enquête sur le patrimoine…
    • Quel type de mandat pour les membres de l’Assemblée Constituante ? ⇒ d’une durée de 18 mois, d’une durée de 3 mois pour permettre un roulement, révocable si faute commise, cumul interdit, sans immunité parlementaire (contrairement aujourd’hui aux députés composant l’Assemblée Nationale).
  • Cette expérience est d’une richesse hallucinante. On comprend que l’écriture d’une Constitution est un exercice d’équilibriste entre donner un pouvoir et mettre en place un contre-pouvoir juste, entre donner de l’efficacité et protéger de l’abus. Soumettre ses idées aux autres, accueillir les idées des autres, les mélanger, les affiner à plusieurs pour arriver à un résultat et une analyse mesurée des problèmes associés dégage un enthousiasme politique très puissant.

2ème étape – Présentation des propositions pour soumission au vote de l’Assemblée

  • Chaque groupe présente ses propositions, avec ou sans consensus, et les soumet au vote de l’assemblée. Des débats ont eu lieu à la plupart des votes. Le fait que chacune des personnes ait déjà réfléchi seule et en groupe aux problèmes sous-jacents donne de suite un engagement et une sensibilité à chacun. C’est saisissant de voir à quel point les citoyens qui participent à cet exercice se sentent concernées.
  • Un point clé à cette étape est la retranscription d’une proposition devant l’Assemblée. Il est ici hyper déterminant d’avoir écrit la proposition de la manière la plus claire et simple possible. Savoir expliquer est clairement un enjeu. À maintes reprises, les propositions présentées n’ont pas été comprises du premier coup.

Il est évident que, si la première question du sondage était reposée après ses 4 heures, « Qui se sent capable de réécrire la constitution », la réponse serait unanime et toutes les mains, dont la mienne, serait levée. Mille mercis aux organisateurs/facilitateurs.

Je suis un Abstentionniste Engagé et j’ai voté environ 30 fois ce jour-là. Je revoterai 30 fois demain dans ce cadre. Chaque vote a été en moi l’accomplissement d’un processus individuel de réflexion et d’échange d’idées. J’ai vu et senti ce jour-là ce que le mot « Démocratie » veut dire. Je souhaite à tous de pouvoir le ressentir et j’agirai de sorte à ce que chacun soit en mesure de le ressentir.

Réécrire les règles du jeu est indispensable, mais réfléchir à comment les réécrire est fondamental : d’abord pour ne pas se faire dérober notre puissance politique le moment venu, ensuite pour nous exercer à articuler les pouvoirs et les contre-pouvoirs de manière équilibrée, et enfin surtout parce que cela constituera l’acte fondateur d’une démocratie réelle en France.

Un mouton noir.

Source : http://lesabstentionnistesengages.fr/atelier-constituant-a-montreuil-le-18-juin-2016-la-democratie-dorigine-citoyenne-reecrire-la-constitution-pourquoi-comment/

 

Ressources :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

http://ateliersconstituants.org/

http://chouard.org/blog/tag/ateliers-constituants-2/
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[éducation populaire] De nouveaux outils pour nous aider à multiplier et améliorer nos ateliers constituants : jepolitique.fr, STIG…

Chers amis,

Les ateliers constituants se multiplient, un peu partout, de plus en plus souvent, et ce serait bien d’avoir des outils pour nous faciliter la tâche (individuellement et collectivement), en nous connectant à distance, pour étudier, comparer, commenter, améliorer, signaler, alerter, peaufiner, progresser, etc.

J’ai rencontré la semaine dernière un jeune homme, Tristan, qui a déjà créé un site (jepolitique.fr) pour nous aider à écrire ensemble — et à voter — nos idées de lois.

Il voudrait maintenant créer un autre site, complémentaire du premier, pour nous aider à écrire et voter des articles de constitution.

Voici plus de 10 ans que j’espère que des jeunes gens vont nous programmer un outil pour montrer (et éclairer) la volonté générale, la vraie — inaccessible à l’époque de Rousseau, mais accessible aujourd’hui (il me semble).
Sur le forum, depuis 2006, nous avons longuement discuté de ce concept essentiel de volonté générale : Le cœur de la Démocratie : formation, expression et respect de la volonté générale : http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=84

J’étais donc heureux que Tristan se soit mis au travail dans ce sens. Nous avons discuté tous les deux sur le cahier des charges (la liste des fonctionnalités dont nous avons sans doute besoin), et il a rédigé cette description — sur laquelle il nous demande notre avis, nos objections, nos suggestions, nos propositions d’aide, etc. :

Menu du site :

  1. Ma constitution
  2. Constitution Collaborative
  3. Structure Collaborative
  4. Atelier Constituant
  5. Débats public
  6. Compte rendu
  1. Ma constitution

Espace personnel, permettant de rédiger et modifier sa propre constitution, article par article.

Un plan composé de Chapitres, permettra de classifier les articles en grands groupes d’idées. La structure est modifiable à souhait via un glissé-déposé.

La numérotation se met à jour automatiquement en suivant l’ordre de haut en bas.

Chaque modification d’un article garde en mémoire la version précédente. L’auteur peut retrouver et comparer les anciennes versions qu’il avait écrites par rapport à l’actuelle.

Il peut également décider à tout moment, de définir comme « actuelle » une de ses anciennes versions.

Les autres utilisateurs pourront accéder à cette page perso et n’auront pas accès aux différentes versions des articles, uniquement la version actuelle.

Si l’auteur a proposé sa version d’un article dans la version Collaborative, un bouton permettra à un visiteur de voter pour celui-ci.

Il sera également possible d’envoyer une proposition d’un article à une personne en particulier, sur sa Constitution personnelle, comme sur la Constitution Collaborative.

Permettre à l’utilisateur de paramétrer les permissions de visibilité, article par article.

  1. Constitution Collaborative

Cet espace a pour objectif de faire la synthèse de toutes les Constitutions personnelles écrites par les utilisateurs. Il s’agit de La Constitution Collaborative.

Celle-ci se compose d’articles et de chapitres comme pour les Constitutions personnelles, mais pour chaque article, il sera possible de cliquer dessus afin d’afficher la liste de toutes les propositions faites par les utilisateurs.

Ceux-ci peuvent faire glisser horizontalement (façon tactile) les différentes propositions de l’article, pour les comparer à l’actuelle « meilleure proposition » et voter pour la remplacer par une version jugée meilleure.

Les propositions seront triées par pertinence (nombre de votes obtenus) dans l’ordre croissant.

Pour déterminer quelle version garder pour un article donné, c’est très simple, on utilise le système classique d’un utilisateur = un vote. On garde l’article qui a le plus haut score. Le score sera affiché juste en dessous du bouton de vote (voir Figure ci-dessous).

Tous les utilisateurs peuvent voter pour n’importe laquelle des propositions, et ne peuvent voter que pour une proposition et une seule, mais peuvent à tout moment changer d’avis et enlever leur vote et/ou le redonner à une autre proposition.

L’article qui a le meilleur score est présenté comme l’article courant. En cas d’égalité, le dernier à avoir recueilli un vote est retenu.

De la même manière, il existera une proposition « abroger » pour chaque article de la Constitution Collaborative. Voter pour abroger compte comme un vote classique. Si le nombre de votes « abroger » devient le plus élevé, alors l’article ne sera plus affiché par défaut.

Un filtre permettra d’afficher les articles « abroger », laissant le choix aux utilisateurs de changer d’avis et de le faire réapparaître.

Possibilité de flaguer en « Important » une proposition d’article (permet de distinguer une proposition qui corrige une virgule (un détail), d’une vraie proposition, quand quelqu’un pense avoir trouvé quelque chose de vraiment pertinent).

  1. Structure Collaborative

Cette page affichera uniquement les noms des chapitres (la structure, les grandes parties, le « squelette » de la constitution).

Elle permettra par glisser déposer, d’intervertir les parties, mais aussi d’en rajouter, d’en supprimer, ou encore de les renommer.

Une fois la structure conforme au souhait de l’utilisateur, il peut la proposer. Le même système de vote que pour les articles sera alors utilisé pour déterminer quelle structure est appliquée à la Constitution Collaborative.

Il sera impossible de supprimer un chapitre qui contient déjà des articles.

  1. Atelier Constituant

Page qui affiche la liste des ateliers constituants en cours. Chaque atelier peut contenir entre 2 et 6 (?) personnes et comporte un thème déterminé par le créateur de l’atelier.

Un utilisateur peut créer un atelier et attendre que des gens le rejoignent, ou il peut rejoindre un atelier qui n’est pas déjà plein.

Un atelier est constitué d’un chat qui permet aux participants connectés de discuter en temps réel (mode synchrone) entre eux + un formulaire qui permet d’ajouter/modifier sa Constitution personnelle en parallèle, pour garder les meilleurs jets, résultant de la conversation.

Un atelier est clos automatiquement après plus de 15 minutes sans aucun échange dans le chat.

À la fermeture de l’atelier, on historise les participants et les articles rédigés au cours de celui-ci.

Les ateliers sont privés, et en direct, et n’autorisent pas de « spectateur ».

Cela permet aux gens de s’entraîner sans être confronté au regard de tous, et de rester en petit comité, tout en échangeant avec des gens qui sont présents et qui ont envie d’écrire en même temps que vous.

  1. Débats public

Les débats public, à l’inverse des ateliers constituant sont visible à tout moment, par tous. La discussion n’a pas de durée limite non plus. Il s’agit plus d’une forme de discussion construite, et non d’un chat : on n’écrit pas juste une phrase, mais à la manière d’un forum, on poste une réponse structurée et argumentée.

Les utilisateurs peuvent être connectés en même temps et se répondre en direct, ou se répondre avec plusieurs heures ou jours d’écart (mode asynchrone).

La discussion porte sur un thème laissé libre par le créateur du débat (avec possibilité de laisser « thème à définir ensemble »)

Ici aussi le nombre d’intervenants sera limité entre 2 et (6) ? Mais, tel des spectateurs dans les arènes de gladiateurs, les utilisateurs pourront accéder à la discussion, et même donner leur avis via un espace qui leur sera dédié (en bas à droite de la page) sous forme d’un chat visible par tous (comme lors de Twitch), permettant de commenter rapidement ou faire des remarques aux intervenants.

Les spectateurs auront surtout pour tâche de voter pour les réponses les plus pertinentes.

On permettra par ailleurs de lire le débat par ordre chronologique (par défaut) ou par pertinence (nombre de votes).

  1. Comptes rendus

Permet de créer des comptes rendus suite à des ateliers constituant IRL (In Real Life/dans la vie réelle). Permettant à tous de les consulter au travers d’une liste qui les regroupe par lieu et date.

J’ai découvert par hasard que ce site reprend cette idée : www.constitutioncitoyenne.fr

On pourrait peut-être tenter de fusionner les deux ?

(D’une manière générale, je dirais qu’il y a trop de sites sur le thème de Chouard, ça part un peu dans tous les sens, je ne sais pas si c’est une stratégie pertinente niveau visibilité et efficacité… ?)

  1. Notifications

Une notification me sera délivrée si un autre utilisateur propose d’améliorer ma propre Constitution, je pourrai alors refuser ou accepter. Si on l’accepte, la proposition devient l’article courant, l’ancien est gardé dans l’historique.

Toute proposition d’une modification de la Constitution Collaborative sur un article où vous avez voté et/ou proposé votre version, aura pour effet de vous notifier en vous montrant la nouvelle proposition à côté de l’article actuel (et permettra de potentiellement voter pour la nouvelle version).

Option du compte : notification par mail, avec détails propositions + objet du mail qui indique type de modif :

  • nouvel article
  • nouvelle structure
  • nouveau vote
  • nouveau débat public
  1. Badges

Système de badge (récompenses) qui incite les gens à participer (auto-renforcement positif)

  • Pertinence : Avoir reçu des votes pour vos propositions d’articles sur la Constitution Collaborative 1/10/25/50/100 fois
  • Proposition : Avoir proposé sur la Constitution Collaborative 1/10/25/50/100 articles
  • Vote d’articles : Avoir voté pour 1/100/500/2500/12500 articles
  • Vote débat : Avoir voté pour 1/100/500/2500/12500 interventions dans un débat public
  • Atelier Constituant : Avoir participé à 1/10/50/100/500 ateliers


Je trouve épatante cette force généreuse que des jeunes gens mettent au service de la volonté générale (la vraie), et je voudrais les aider autant que je le peux. Je suis sûr que notre cerveau collectif leur donnera beaucoup d’idées, d’aide et d’énergie positive 🙂

Pour comprendre ce dont ce jeune programmeur est capable, je vous recommande d’aller voir son site jepolitique.fr, qui est déjà assez bien fichu :

Enfin, Tristan nous a aussi préparé une petite vidéo pour découvrir rapidement comment il a prévu que nous nous servions de son outil :

===================================================

Puisqu’on en parle (mais ce n’est pas tout à fait le même projet, car Tristan voudrait nous aider très précisément sur les ateliers constituants), je vous signale un autre outil du même ordre, qu’on m’a souvent signalé et que — honte à moi — je n’ai pas encore testé, malgré l’intérêt évident qu’il présente :

STIG est un site utilisable à tout moment, y compris sur nos téléphones portables, pour réfléchir et débattre sur des lois et pour les voter (ou pas) :

• le site :

https://getstig.org/

• Un très court exposé de l’objectif de STIG :

• Un article sur le site MrMondialisation.org :
Stig : la première application de démocratie universelle en mode 3.0
https://mrmondialisation.org/stig-la-premiere-application-de-democratie-universelle-en-mode-3-0/

• Un autre article dans La Croix :
Stig, la démocratie au bout des doigts
http://www.la-croix.com/Economie/Social/Stig-la-democratie-au-bout-des-doigts-2016-06-16-1200769104

• Une présentation (un point hebdomadaire, apparemment) par Jean Massiet (Acropolis) :

===================================================

Je compte sur vous pour essayer de vous servir un peu de ces programmes, surtout celui de Tristan pour préparer notre outil spécifiquement constituant, et pour déduire de votre expérience personnelle quelques remarques et quelques conseils utiles à tous 🙂

Bon courage, bande de virus 🙂

Étienne.
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PS : tous ces outils sont adaptés pour notre entraînement constituant, il ne faut pas oublier que le vote électronique est opaque et invérifiable, et donc (à ce jour encore) ultra-dangereux en conditions réelles.

Je rappelle ici le travail fondamental que produit Chantal Enguehard à ce sujet (à lire absolument si vous ne le connaissez pas) : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2006/10/29/49-le-vote-electronique-en-france-opaque-inverifiable

Sécuriser le vote électronique — tout en conservant l’anonymat des votes (ceci est absolument essentiel, et c’est précisément la source de la difficulté), c’est un des grands défis pour les programmeurs du 21e siècle.

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Formidable « étincelle zapatiste »

Vous allez aimer étudier ces expériences populaires au Chiapas, je suis sûr, bande de virus démocratiques 🙂

Première approche, le résumé de Wikipédia :

« On peut considérer l’autonomie zapatiste comme une forme d’autogouvernement permettant l’exercice d’une démocratie radicale (ou tout simplement, d’une démocratie au sens plein du terme, dans laquelle le peuple exerce lui-même les tâches de gouvernement).

Il ne s’agit donc en aucun cas d’une autonomie entendue au sens d’une simple décentralisation des pouvoirs d’État, comme c’est souvent le cas dans les pays européens.

Il s’agit de la construction d’une autre réalité sociale et politique, dans une perspective antisystémique. Comme dit l’un des membres d’un Conseil de bon gouvernement,

« l’autonomie est la construction d’une nouvelle vie »

L’autogouvernement implique que, peu à peu et de manière rotative, l’ensemble de la population participe aux tâches d’organisation de la vie collective.

La politique cesse alors d’apparaître comme une activité de « spécialistes » ; elle est, littéralement, la chose de tous.

L’un des principes auxquels se réfèrent les zapatistes est le mandar obedeciendo (gouverner en obéissant). Cet énoncé paradoxal éloigne de la conception habituelle du pouvoir : celui qui exerce une charge de gouvernement doit le faire en obéissant à ceux qu’il doit « diriger ».

Pourtant, le mandar obedeciendo n’implique pas une conception strictement horizontale de l’organisation collective (qui supposerait que les assemblées puissent être consultées en permanence et constituent la seule source d’initiative collective).

Au contraire, ceux à qui l’on confie des charges éminentes au sein des Conseils de bon gouvernement, s’ils doivent consulter les assemblées autant que possible, jouent néanmoins un rôle particulier, parce qu’ils doivent parfois prendre des décisions urgentes et parce qu’ils ont le devoir de proposer des initiatives pour améliorer en permanence l’organisation de la vie collective.

Enfin, lorsque les décisions ont été prises, à travers le mécanisme complexe de consultation déjà indiqué, les autorités ont aussi le devoir de faire respecter ce qui a été collectivement décidé :

« l’autorité commande sans donner d’ordre parce qu’elle le fait en obéissant aux citoyens… Celui qui commande doit obéir, mais les citoyens doivent aussi obéir à ce que dit l’autorité », explique un membre des Conseils.

Le « mandar obedeciendo » se décline en plusieurs principes dont le respect contribue à lutter contre la dissociation des gouvernants d’avec le monde des gouvernés (notamment « servir et non se servir », « convaincre et non vaincre », « proposer et non imposer »).

Comme l’expliquent les zapatistes, l’autonomie consiste à « découvrir que nous sommes capables de nous gouverner nous-mêmes ».

Ce principe va rigoureusement à l’encontre de la séparation entre gouvernants et gouvernés, qui est au fondement de l’État moderne. En ce sens, l’expérience zapatiste suggère la possibilité d’instaurer des formes non étatiques de gouvernement. »

Source : wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Zapatisme

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J’entends parler depuis 10 ans du Chiapas et du sous-commandant Marcos, bien sûr, et je sais depuis longtemps que je devrais l’étudier comme il faut. Mais il a fallu que je lise ce long et très intéressant papier dans Ballast — où Frédéric Lordon est sévèrement critiqué — pour commencer vraiment ce travail (tout arrive) :

[Passionnant] »Lordon au Chiapas »
http://www.revue-ballast.fr/frederic-lordon-au-chiapas/

Texte inédit pour le site de Ballast

Frédéric Lordon, que nous avions longuement interrogé pour le troisième numéro de notre revue papier, est l’un des penseurs radicaux les plus stimulants de cette dernière décennie. Économiste et philosophe, il ferraille contre ce qu’il tient pour des impasses, dans les rangs de l’émancipation : l’européisme béat, l’internationalisme incantatoire et le consensus démocratique. Son dernier ouvrage, Imperium, cible notamment la tradition libertaire : si l’intellectuel marxiste loue certains de ses traits, il n’en mord pas moins aux mollets anarchistes en jurant de sa candeur inconséquente. Une vieille querelle politique : Marx et Proudhon avaient ouvert le bal fratricide il y a maintenant deux siècles de cela. Les libertaires, c’est de bonne guerre, ne consentent pas à tendre l’autre joue : c’est ainsi que l’historien Jérôme Baschet, auteur d’ouvrages de référence sur le zapatisme, entend déconstruire, par ce copieux article, le dernier ouvrage de Frédéric Lordon en s’appuyant sur l’expérience révolutionnaire et autonomiste mexicaine. Mais Baschet assure ne pas s’inscrire dans une énième querelle de chapelles ou d’ego entre intellectuels : assumer les tensions est la première étape pour avancer ensemble. Un dialogue fructueux — à condition, hélas, d’en maîtriser les contours. ☰  Par Jérôme Baschet


Débattre d’Imperium1, le dernier ouvrage de Frédéric Lordon, est certainement utile, tant la ligne de clivage entre l’option anti-étatique à laquelle il s’en prend et l’option étatique qu’il défend divise profondément. À l’adversaire qu’il se donne – la « pensée libertaire » –, F. Lordon prête quatre caractéristiques : un idéal d’horizontalisme absolu, la croyance en une nature humaine idéalement bonne, le caractère innécessaire de l’État, un internationalisme universaliste. Imperium a pour objectif de saper ces positions. De les dégriser. Dégriser l’horizontalisme : le social est nécessairement vertical. Dégriser l’anti-étatisme : il y aura toujours de l’État. Dégriser l’universalisme : il y a et il y aura toujours des appartenances particulières. Dégriser le « rousseauisme » : il y a et il y aura de la servitude passionnelle, de sorte que l’émancipation ne pourra être qu’incomplète. Avant d’aborder ces quatre points de discussion, on pourra relever que la manière de construire l’adversaire – cette pensée parfois qualifiée de « libérale-libertaire » – est pour le moins cavalière, malgré quelques hommages ponctuels. Or, lorsqu’on prétend proposer une avancée à partir d’une réduction des idées que l’on récuse à une caricature d’elles-mêmes, on risque de ne produire soi-même que la caricature inverse de celle que l’on s’est faussement donné comme adversaire. Par ailleurs, et même si on ne peut négliger le fait que la conclusion affiche une claire détestation de l’État dans sa forme actuelle (à quelques prudences préalables près, « État du capital » dont il n’y a rien à faire d’autre que de chercher à « s’en débarrasser » ; p. 318), l’élaboration sophistiquée que F. Lordon engage sous la bannière du spinozisme se situe sur un plan résolument abstrait, écartant presque toute analyse historique spécifique, pour s’en tenir à une saisie des implications politiques des configurations passionnelles caractéristiques d’une « nature humaine » (heureusement en partie modifiable).

« Dégriser l’anti-étatisme : il y aura toujours de l’État. Dégriser l’universalisme : il y a et il y aura toujours des appartenances particulières. »

Dans ce contexte de haute abstraction, l’expérience zapatiste fait partie des rares ancrages concrets auxquels quelques pages sont consacrées, avec sans doute pour intention de prendre à contre-pied ses sympathisants : « Le Chiapas [on supposera que le terme désigne la lutte zapatiste, à laquelle la géopolitique chiapanèque ne se réduit pas, ndla] présente les attributs… d’une structure étatique » ; il est « une nation » (p. 131-132). On pourrait s’amuser d’un discours qui, élaboré si loin de son objet, ne craint pas, pour autant, d’asséner des sentences définitives. Mais on préférera prendre ces quelques paragraphes comme un hommage (ironique, mais qu’importe !) adressé à une expérience qui constitue l’un des rares points d’appui potentiels accordés à l’adversaire désigné d’Imperium. Et puisque « le Chiapas » s’est invité dans le débat, je me propose de faire de l’autonomie zapatiste le terrain concret à partir duquel mettre à l’épreuve la conceptualisation lordonnienne2.

Une verticalité fourre-tout

À l’adversaire construit pour les besoins de sa cause et réputé confit dans un idéal d’horizontalité politique parfaite, F. Lordon oppose une indépassable verticalité. Mais son propos repose sur un enchaînement logique pernicieux, un usage biaisé du terme « verticalité » et une notion confuse de la hiérarchie. C’est dans la constitution même du social que le chapitre 2 inscrit le caractère nécessaire de la verticalité. En bon durkheimien, F. Lordon rappelle que le social est plus qu’une collection d’individus et qu’il implique une cohésion qui ne saurait dépendre uniquement des engagements volontaires ou des liens interpersonnels. C’est ce qu’il nomme « l’excédence du social » (du tout sur les parties), principe opposé à une conception contractualiste de l’organisation collective (p. 60-62). Certes, l’excédence du social ne relève pas d’une transcendance tombée du ciel mais d’une « transcendance immanente » qui procède du plissement du social sur lui-même : c’est par « le travail de sa propre puissance » que « la multitude devenue communauté… s’est adjointe une nouvelle dimension : la verticalité » (p. 67). Magie de la géométrie lordonienne : l’épaisseur du plan plissé devient « nappe » et la verticalité est ce supplément qui fait sortir d’une vision trop plate du collectif, comprimé en deux dimensions, pour lui adjoindre cette merveilleuse troisième dimension qui lui manquait…

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(CC César Bojórquez)

Mais pernicieuse géométrie tout de même, car si l’on peut bien accepter le principe de l’excédence du social, rien n’oblige à l’associer à la métaphore de la verticalité. Tout le nœud de l’affaire est là, dans le fait de laisser s’instaurer une confusion, aux conséquences considérables, entre l’excédence du social constitué métaphoriquement en verticalité et l’existence de rapports sociaux de domination/subordination. De fait, Imperiumrepose sur un enchaînement entre excédence du social, verticalité hiérarchique et, on le verra plus loin, capture étatique de la puissance de la multitude. Dans la mesure où cette séquence est, le plus souvent, présentée comme nécessaire, domination et hiérarchie apparaissent comme inhérentes à l’ordre du social. Or, tout ceci repose sur une fâcheuse imprécision : par elle-même, l’excédence du social n’implique aucun rapport de subordination entre les membres du collectif ; elle ne fait que placer au-dessus deux tous un principe général (que l’on peut, dans un vocabulaire inspiré de Spinoza, nommer « puissance de la multitude »). Cet au-dessus d’eux tous ne fait pas, par lui-même, sortir d’un rapport d’égalité entre les membres du collectif. Il n’y a donc aucune relation nécessaire entre l’excédence du social et la formation d’une appropriation différenciée de la puissance, conduisant à la consolidation d’une hiérarchie entre les hommes. Que les formes historiquement attestées de l’excédence du social soient le plus souvent associées à l’existence d’un pouvoir séparé est évident, mais cela ne justifie en aucun cas l’opération qui consiste à confondre par principe, d’une part, la supposée verticalité du rapport entre les hommes et les principes du collectif auquel ils appartiennent et, d’autre part, la verticalité (effectivement hiérarchique) qui peut s’instaurerentre les hommes eux-mêmes.

« L’expérience zapatiste est étroitement liée à une organisation, l’EZLN, qui garde, aujourd’hui encore, un caractère vertical qu’elle n’a du reste jamais cherché à cacher. »

Un tel tour de passe-passe ne fait guère honneur à une volonté démonstrative qui, par ailleurs, s’emploie à impressionner par un luxe de raffinements savants. S’agissant de la notion de commun, cela tourne à la prestidigitation3. Voilà en effet le commun commué en verticalité, en domination des hommes sur eux-mêmes. C’est un « commun au-dessus de ses parties », car toute « forme de vie commune… est un commun de rang supérieur » (p. 220). À moins de n’énoncer qu’un truisme, on confond là, comme dans l’opération mentionnée auparavant, deux modalités du « au-dessus », ce qui est bien fâcheux, car les conséquences politiques de chacune d’elles sont radicalement différentes. Un exemple encore : la conclusion du livre affirme que l’horizontalité voue toute communauté à l’instabilité et qu’aucune ne peut durer si ce n’est « par le travail d’une verticalité cachée, ou déniée. Par exemple, un leader charismatique ou un gourou dominateur. Ou bien, mais c’est encore un opérateur de verticalité, la force d’un affect commun constitutif d’une forme de vie ». On aura la charité de supposer que F. Lordon fait quelque différence entre affect commun et gourou dominateur, mais il n’en reste pas moins que, du point de vue du principe même de la verticalité tel qu’il l’énonce, leur portée est identique. On voit là à quelle perversion conduisent le glissement conceptuel signalé et le postulat selon lequel le social est, en son essence, verticalité.

Engageons maintenant un premier « test » à l’épreuve du Chiapas. Vu le renversement analytique que F. Lordon met en scène, celui-ci devrait être, pour ses artisans et partisans, l’Éden de l’horizontalisme. Les choses sont pourtant nettement moins simples. En premier lieu, l’expérience zapatiste est étroitement liée à une organisation, l’EZLN, qui, pour avoir été capable d’assumer une dynamique d’auto-transformation profonde, n’en garde pas moins, aujourd’hui encore, un caractère vertical (au sens strict du terme) qu’elle n’a du reste jamais cherché à cacher4. Également reconnue est l’interaction, en grande partie indue, entre les instances civiles de l’autonomie et cette même structure verticale5. On peut, comme Gustavo Esteva, célébrer le transfert progressif par lequel la direction politico-militaire de l’EZLN restitue à ses membres civils le pouvoir qui lui avait été confié6  ; mais force est d’admettre que ce processus n’est pas achevé et qu’il implique des tensions très concrètes, dont il serait loisible d’analyser des exemples précis, entre des habitudes où l’intériorisation de la hiérarchie joue un certain rôle et des attitudes exigeant une pratique plus accomplie de l’autonomie.

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© Moysés Zúñiga Santiago

On reviendra plus loin sur le fonctionnement des instances autonomes zapatistes, mais on peut déjà tirer quelques remarques du principe dont elles se réclament, le « mandar obedeciendo », explicité par les modestes panneaux qu’on découvre en entrant dans les territoires rebelles : « Ici, le peuple commande et le gouvernement obéit. » La manière dont les zapatistes expliquent ce principe et sa mise en pratique devrait suffire à décourager toute lecture purement « horizontaliste » (si, par là, on entend le primat absolu des assemblées et le fait que le pouvoir de décision soit en permanence également partagé par tous). Certes, exercer des charges (cargos) dans les instances de gouvernement en pratiquant le mandar obedeciendo écarte la relation de pouvoir-sur qui caractérise la logique de l’appareil d’État, en tant que mécanisme programmé en vue du dessaisissement de la capacité collective de décision. Mais le mandar obedeciendo ne peut pas non plus être analysé comme simple horizontalité, car si les conseils de gouvernement doivent consulter largement et suivre ce que demandent les communautés, il lui revient aussi d’appliquer et faire respecter ce qui a été décidé au terme de la délibération collective, ou encore lorsque l’urgence oblige à prendre des mesures sans pouvoir consulter7.

« Des femmes et des hommes, au Chiapas et ailleurs, œuvrent concrètement et quotidiennement à inventer des formes politiques qui renvoient au musée des antiquités la stérile opposition d’un horizontalisme idyllique et d’un verticalisme détestable. »

En outre, un rôle spécifique d’initiative et d’impulsion estreconnu à ceux qui assument temporairement le statut d’autorité : « Tout n’est pas toujours horizontal. Tout ne vient pas du peuple. Il y a une partie verticale, qui vient des autorités, mais qui agit comme représentant. Il faut que quelqu’un prenne les initiatives. Mais la décision, oui, elle est prise par le peuple »8. Plutôt que comme une totale horizontalité qui court le risque de se dissoudre par manque d’initiatives ou de capacités à les concrétiser, l’expérience zapatiste – telle qu’elle s’est développée jusqu’à présent – invite à comprendre le mandar obedeciendo comme articulation de deux principes : d’une part, la capacité de décider réside pour l’essentiel non dans les instances de gouvernement mais dans les assemblées, en leurs différents niveaux ; de l’autre, on reconnaît à ceux qui assument une charge de gouvernement (de manière rotative et révocable) une fonction spécifique dans le processus d’élaboration des décisions, ce qui ne va pas sans ouvrir le double risque d’une déficience ou d’un excès dans l’exercice de ce rôle. On ajoutera, pour finir sur ce point, que ni la pensée libertaire9 (ou anti-étatique) ni les pratiques qui lui correspondent ne sont nécessairement le règne de l’horizontalisme béat que, de très loin, imagine F. Lordon. De ce fait, celui-ci bataille un peu inutilement contre les moulins à vent de ses propres fantasmes. Pendant ce temps, des femmes et des hommes, au Chiapas et ailleurs, œuvrent concrètement et quotidiennement à inventer des formes politiques qui renvoient au musée des antiquités la stérile opposition d’un horizontalisme idyllique et d’un verticalisme détestable.

Un État (trop) général

La forme actuelle de l’État n’est assurément pas la seule possible et c’est, très logiquement, que F. Lordon pose la nécessité d’un concept de l’État qui ne se limite pas à ce cas particulier. Pour lui, ce sera l’État général. Mais ne passe-t-on pas alors d’une signification trop spécifique à un concept d’une portée si large qu’il en perd l’essentiel de sa pertinence ? En tout cas – et il faut y insister –, l’État général lordonnien ne saurait être confondu avec l’État au sens habituel du terme : ce serait donc un grave malentendu que de référer au second ce qu’Imperium dit du premier. Ainsi, affirmer que « le Chiapas » a reconstitué un État pourrait être contesté s’il était question de l’État au sens courant, mais c’est l’État général qui est discuté dans ces pages, de sorte qu’il n’y a là guère plus qu’une évidence, puisque tout le politique est englobé sous la notion d’État général.

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(DR)

Celle-ci est assumée comme une catégorie politique limite. Elle plonge dans l’infra-politique, puisqu’elle n’est rien d’autre que la puissance de la multitude, c’est-à-dire le social entendu dans son excédence. Mais elle est, en même temps, une catégorie véritablement politique, car c’est de là que les institutions politiques tirent leur matière. « Ce droit que définit la puissance de la multitude » est ce que Spinoza nomme « imperium » et que F. Lordon choisit de traduire par « État général ». Il est donc « le pouvoir qu’a la multitude de s’auto-affecter », mais aussi la capture étatique et la formation d’un appareil de domination. Ainsi, « la structure élémentaire de la politique qu’est l’imperium (l’auto-affectation de la multitude) voue le corps politique à expérimenter la capture – capture interne par une de ses parties qui se subordonne la masse des autres » (p. 197). Diantre ! Il y aurait donc un enchaînement fatal conduisant de la nature même du social à la verticalité de l’excédence et, de là, à la capture de la souveraineté collective au bénéfice d’une domination politique exercée par certains.

« L’État dans sa forme actuelle n’est bien sûr qu’une forme spécifique d’une réalité plus ample – non de l’État général, mais bien plutôt de l’État en général. »

Cette même construction notionnelle permet également, par exemple, d’affirmer que les sociétés sans État, étudiées par Pierre Clastres, sont en fait des sociétés à État (général). Mais, outre que la thèse la plus singulière de ce dernier (l’existence de mécanismes visant à contrer la possibilité d’une dérive étatique) est esquivée – sans doute parce qu’elle cadre mal avec l’angélisme supposé de la pensée libertaire –, son propos central n’est nullement démenti. Car en quoi consiste cet Étatgénéral dont la découverte devrait désenchanter le rêve primitiviste ? Réponse : il est « la force morale du groupe capable de dominer tous les membres du groupe et de s’imposer à eux » (p. 126). Assurément. Mais, répétons-le, quelle que soit la capacité d’envoutement du vocabulaire lordonnien, l’État général n’est pas l’État et Lordon, commentateur de Clastres, ne peut que lui concéder, comme en passant, l’essentiel : il n’y a pas, chez les Guarani, « d’appareil étatique séparé ». Ce qui ne l’empêche pas – et c’est bien ce qui peut paraître extravagant – d’affirmer que ces sociétés « sont tout aussi [je souligne, ndla] verticalisées que les autres » (p. 128). Le concept lordonnien de verticalité comme celui d’État général marquent ainsi leur inefficacité, dès lors qu’ils autorisent à ne pas faire de différence – en essence, du point de vue de cette verticalité qui reste toujours la même – entre la chefferie sans pouvoir et, disons, l’absolutisme de droit divin. On peut alors supposer qu’en bonne géométrie lordonnienne une organisation collective fondée sur le mandat impératif et révocable sera, elle aussi, « tout aussi verticalisée » qu’une dictature militaire. On retrouve ici le problème soulevé au point précédent : de même que l’usage qui est fait du concept de verticalité permet de confondre excédence du social et rapports de domination, celui d’État général subsume la puissance de la multitude en tant qu’elle s’exerce sur elle-même et la capture de cette puissance au profit d’un appareil séparé ou d’un groupe particulier. Est oblitérée la différenciation pourtant décisive entre la « puissance de tous », vis-à-vis de laquelle chacun peut être dans un rapport équivalent, et le pouvoir-sur, véritable rapport de domination entre les hommes.

Dans les dernières pages, F. Lordon affirme, à juste titre, que se débarrasser de l’État du capital n’est pas se débarrasser « de l’État tout court – de l’État en général » (p. 318). Lui, si soigneux dans l’emploi des mots, ne dit pas ici l’État général, mais l’État en général. Serait-ce qu’au stade des conclusions, il convient de faire valoir qu’elles s’appliquent à quelque chose de plus que l’État général ? Le lapsus est cependant bienvenu et il invite à se saisir de cette distinction entre État général et État en général, dont l’absence, dans l’ouvrage, est peut-être ce qui autorise une constante équivoque. L’État dans sa forme actuelle n’est bien sûr qu’une forme spécifique d’une réalité plus ample – non de l’État général, mais bien plutôt de l’État en général. L’État général de F. Lordon, c’est le politique dans son ensemble10, c’est l’organisation de la puissance de tous. Quant à l’État en général (au sens habituel du terme), c’est ce qu’Alexandre Matheron qualifie de « confiscation par les dirigeants de la puissance collective de leurs sujets » (cité p. 111) ou ce que F. Lordon lui-même identifie comme « captation [de la souveraineté] en un appareil séparé » (p. 336), plaçant « des gouvernants au-dessus des gouvernés » (p. 198-9).

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© Mario Marlo

Au total, la construction d’Imperium a ceci de pernicieux qu’elle occulte l’enjeu majeur d’une politique de l’émancipation, dont le souci devrait être de tracer une ligne de front entre les formes de domination étatique et les formes non étatiques du politique et, tout particulièrement, de nous aider à affiner l’analyse de la zone-frontière – tout sauf étanche ! – qui les sépare. Au contraire, F. Lordon noie le poisson de l’État (en général) dans l’océan du politique (l’État général). La démarche serait fondée s’il démontrait que le second conduit de manière absolument nécessaire au premier. C’est ce qu’on croit parfois comprendre, mais malgré tous les efforts déployés pour établir un continuum de l’un à l’autre et jouer de glissements subreptices, Imperium ne parvient à établir ni identité ni enchaînement fatal entre eux. On en conclura que les thèses lordonniennes relatives à l’État général ne peuvent, par elles-mêmes, s’appliquer à l’État en général que par une coupable absence de discernement conceptuel.

« L’autonomie zapatiste mêle une extrême humilité (le siège d’un conseil de bon gouvernement, c’est une petite maison en bois, une table et des bancs, quelques étagères et tout juste un ordinateur) et une relative complexité, qui met en jeu des interactions entre instances multiples. »

C’est précisément l’expérimentation de formes politiques non étatiques que l’autonomie zapatiste nous invite à explorer. Celle-ci mêle une extrême humilité (le siège d’un conseil de bon gouvernement, c’est une petite maison en bois, une table et des bancs, quelques étagères et tout juste un ordinateur) et une relative complexité, qui met en jeu des interactions entre instances multiples, ainsi qu’une l’articulation d’échelles différentes : la communauté (le village), la commune (l’équivalent d’un canton) et la zone (les territoires zapatistes en comportent cinq, ayant chacune une extension territoriale comparable à celle d’un département). À chaque niveau, interagissent une assemblée et des autorités élues pour deux ou trois ans (agents communautaires, conseil municipal, conseil de bon gouvernement). Les configurations sont différentes à chaque niveau et posent des questions spécifiques, de sorte qu’on échappe ici au « paralogisme scalaire » consistant, selon F. Lordon (p. 74), à penser que les problèmes politiques se posent de la même manière à toutes les échelles. Ainsi, au niveau du village, l’interaction entre agent et assemblée communautaire est étroite et presque constante. Le rôle du premier est d’autant plus circonscrit que la seconde se réunit aisément et même rapidement, dès qu’un problème exige discussion collective. Pour autant, l’agent n’en remplit pas moins un rôle spécifique, quoique restreint : outre le suivi des décisions de l’assemblée, sa capacité d’initiative peut être vitale et son autorité lui confère la possibilité d’exercer une influence particulière sur la manière de traiter certaines questions. À l’échelle de la zone, la situation est différente. L’assemblée se réunit moins aisément (tous les deux ou trois mois, ou pour des raisons extraordinaires) et la diversité des décisions qu’il revient au conseil de bon gouvernement d’assumer augmente. Toutefois, pour les questions les plus importantes, notamment pour les projets dans les domaines tels que la santé, l’éducation, l’agro-écologie, le processus d’élaboration et de prise des décisions est partagé avec l’assemblée de zone. Celle-ci peut trancher, mais si aucun accord clair ne se dégage, il revient aux représentants de toutes les communautés d’engager la discussion dans leurs villages respectifs afin de faire part à l’assemblée suivante d’un accord, d’un refus ou d’amendements. Le cas échéant, ces derniers sont discutés et l’assemblée élabore une proposition rectifiée, à nouveau soumise aux communautés. Plusieurs allers et retours entre conseil, assemblée de zone et villages sont parfois nécessaires avant qu’une proposition puisse être adoptée.

Au-delà des modalités d’articulation entre le rôle des autorités et celui des assemblées, un enjeu essentiel tient aux formes de la délégation. À partir de l’analyse de l’autonomie zapatiste, on peut proposer une distinction entre des formes de délégation structurellement dissociatives et d’autres qui sont faiblement dissociatives. Articulées à d’autres caractéristiques de la structure sociale, les premières ont pour vocation de produire une séparation-capture au profit des gouvernants-dominants ; ainsi, les formes classiques de la représentation sont l’organisation méthodique (et, aujourd’hui, de plus en plus patente) de l’absence effective du représenté. Les secondes réduisent autant que possible la dissociation entre gouvernants et gouvernés, même si le risque que cette dissociation en vienne à se restaurer n’est jamais absent. Aussi, une politique de l’autonomie ne vaut-elle que par les mécanismes pratiques qu’elle invente sans cesse pour lutter contre ce risque et pour entretenir une dynamique de déconcentration de l’exercice des fonctions d’autorité. Que la délimitation entre formes de délégation dissociatives et non dissociatives ne soit jamais tout à fait assuré est bien clair, mais cela n’empêche pas de considérer qu’il s’agit d’une dualité conceptuelle pertinente. On dira même qu’elle est le noyau de la distinction entre une politique étatique – fondée sur l’organisation méthodique d’une dépossession de la puissance du collectif et sur la condensation de l’autorité en pouvoir-sur – et une politique non étatique, laquelle écarte toute consolidation de la dissociation entre gouvernants et gouvernés et lutte activement contre sa reproduction, de sorte que l’exercice de l’autorité demeure essentiellement une manifestation de la puissance collective11.

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Image du film ¡Viva México! de Nicolas Défossé, 2010

Encore faut-il indiquer les caractéristiques qui différencient concrètement les formes de délégation fortement ou faiblement dissociatives. Pour les secondes, la révocabilité des mandats est un trait essentiel, justement souligné par F. Lordon. Mais l’expérience zapatiste permet d’en ajouter d’autres : faire en sorte que les charges politiques ne puissent être des occasions de bénéfice personnel (n’y sont attachés ni rétribution, ni avantage matériel), de sorte qu’elles exigent une éthique effectivement vécue du service rendu ; absence de personnalisation et exercice pleinement collégial des charges ; contrôle de leur exercice par d’autres instances ; non-concentration des tâches d’élaboration des décisions. Mais on insistera surtout sur la de-spécialisation des rôles politiques qui, au lieu d’être monopolisés par un groupe spécifique (classe politique, caste fondée sur l’argent ou sur une autre forme de pouvoir symbolique ou de prestige, etc.), doivent faire l’objet d’une circulation généralisée au sein du collectif concerné par ces décisions. Cela suppose de renoncer – point difficile ! – à lier le choix des délégués à l’évaluation d’une « compétence » particulière. Dans l’expérience zapatiste, cela se traduit par le fait que les autorités élues assument sans rougir n’en savoir pas plus – sinon même plutôt moins – que les autres, quant à la chose publique. Accepter cela, c’est la condition d’une pleine dé-spécialisation du politique. Enfin, une autre condition proprement décisive est la non-dissociation des modes de vie entre ceux qui exercent des charges, même de manière très temporaire, et tous les autres. C’est la raison pour laquelle les membres des conseils de bon gouvernement (situés dans les centres régionaux, les caracoles, dont les villages peuvent se trouver fort éloignés) accomplissent leur tâche par rotation, en se relayant par période de 10 à 15 jours, et ce afin de ne pas interrompre trop longtemps leurs activités habituelles, de continuer à s’occuper de leurs familles et de leurs terres. C’est une autre condition jugée indispensable pour garantir la non-spécialisation des tâches politiques et pour éviter que ne réapparaisse une séparation entre l’univers commun et le mode de vie de ceux qui, fut-ce pour un temps bref et de manière très délimitée, assument un rôle particulier dans l’élaboration des décisions collectives.

Identité nationale contre rance universel

« Dans l’expérience zapatiste, les autorités élues assument sans rougir n’en savoir pas plus – sinon même plutôt moins – que les autres, quant à la chose publique. »

F. Lordon nous enjoint d’assumer le sentiment d’appartenance, ciment réel des corps politiques, renvoyant l’universalisme à son manque de consistance. Que tout collectif produise un sentiment d’appartenance – attachement à ce même collectif et satisfaction d’y avoir part –, on ne voit guère de raison de le récuser. « Appartenance », le mot est du reste plutôt aimable, contrairement à celui d’identité, tenu pour équivalent par F. Lordon, mais qui, charriant une relation appauvrie à soi-même, paraît décidément trop compromis avec les conceptions fixistes et substantialistes de l’appartenance qu’il s’agit d’écarter. Quant à l’acception lordonnienne du mot « nation », elle est tout aussi personnelle que celle de la « verticalité » ou de l’« État (général) ». Il désigne en effet toute forme d’appartenance à un collectif un tant soit peu stabilisé et délimité – et ce, par opposition à l’appartenance au genre humain. Redéfinie comme « communauté souveraine », fondée sur « le décider en commun », la nation est ici une « collectivité régie, non par un principe d’appartenance substantielle, mais par un principe de participation – de participation à une forme de vie » (p. 333). Mais si tout collectif fondé sur une forme de vie est une nation, il n’y a plus à s’étonner de lire que « le Chiapas est une nation ». Tout aussi bien, Longo Maï est une nation et le plateau de Millevaches idem. Mais quel sens y a-t-il à nommer ainsi toute appartenance à une entité politique finie ? Simplement pour faire place aux attachements particuliers ? Le choix terminologique ne laisse pas alors d’être déconcertant, et il importe de souligner que ce que l’on affirme de ces particularismes ne dit rien, en propre, de ce que l’on appelle communément nation. Ou alors choisit-on ce terme parce qu’il autorise, là encore, à passer par glissements successifs de la « nation » au sens lordonnien à la nation au sens historique du terme ? Se reproduirait alors le même tour de passe-passe qu’à propos de la verticalité et de l’État (général).

S’agit-il de prôner une revitalisation de l’appartenance à la nation (au sens courant), contre la supposée détestation, à gauche, du sentiment national ? D’un côté, F. Lordon revendique « l’affect de fierté nationale » et argumente qu’il peut être arraché à ce qu’il a produit de pire, pour peu que l’on abandonne les conceptions substantialistes de la nation au profit d’une approche adoptant comme critère de l’appartenance « la participation contributive à l’effort collectif de la persévérance du groupe dans l’être » (p. 271-2). D’un autre côté, il conclut qu’une tâche essentielle consiste à « se désintoxiquer de l’imaginaire de la grandeur nationale » (p. 310). Quoi qu’il en soit, F. Lordon fait grand cas de l’appartenance nationale : « Le pensable de notre époque est statonational. » Argument qui se pare du caractère indiscutable du réalisme, mais n’en reste pas moins douteux, dès lors que F. Lordon lui-même s’autorise ailleurs à penser à rebrousse-poil de l’époque. Quant à la valorisation du sentiment national, elle appelle au moins deux remarques. Si elle est, pour une large part, une création de l’État moderne, il y a tout lieu de penser qu’elle est fonctionnelle à une domination dont on ne peut que chercher se débarrasser. Par ailleurs, on ne saurait trop rappeler que le sentiment national(iste) est une construction largement artificielle, imposant une prééminence exclusive au sein d’un entrelacement d’appartenances multiples (cette appartenance-là occulte toutes les autres pour devenir, précisément, une « identité ») et qu’une nation est d’abord une « communauté imaginée »12.

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Mais l’essentiel, dans Imperium, semble plutôt consister à défendre l’existence des particularismes, contre l’universalisme prêté à la gauche internationaliste. Pour F. Lordon, l’universalisme n’est qu’une « chimère » (p. 100), une idée sans consistance qui dénie la force des « communautés politiques existant réellement ». On pourra juger réductrice, sinon douteuse, la manière dont est traité l’affect internationaliste, exécuté au motif de sa déconfiture en 1914. Mais ce qui est vraiment malencontreux est que, cette fois encore, F. Lordon choisisse si mal sa cible et parte en guerre contre une conception bien rancie de l’universalisme (le chapitre IX opte pour un dialogue avec l’œuvre de Badiou). L’adversaire, construit ad hoc, veut « l’universel comme affranchissement complet d’avec toute particularité, c’est-à-dire comme seul appel à l’humanité générique des hommes, convoqués hors de toute autre propriété distinctive » (p. 280). C’est l’universel comme déliaison et « arrachement de la glèbe » des particularismes. F. Lordon a beau jeu, alors, de dénoncer une opération impossible, dès lors que toute destinée humaine est tissée des appartenances singulières qui l’ont constituée. Malheureusement, dans la phrase citée, comme ailleurs, il se révèle incapable d’envisager que plusieurs échelles d’appartenance puissent ne pas être mutuellement exclusives et omet d’envisager qu’une autre conception de l’universel puisse s’affirmer sans nier les particularités. De ce fait, la critique de l’universalisme demeure tronquée. Il remarque certes que cet universel est produit à partir d’un substrat particulier : il n’est que l’universalisation de valeurs particulières. Mais cette conception même de l’universel n’est pas analysée de manière critique ; elle est seulement récusée. S’interrogeant par exemple sur « les grandes œuvres de l’histoire culturelle », F. Lordon indique qu’elles « saisis[sent] quelque chose de l’humanité générique et s’adress[ent] aux hommes dans leur humanité générique, sans faire acception d’aucune autre qualité particulière » (p. 303). On reste sidéré que le maître des affects imagine que l’on puisse être touché par une œuvre en tant qu’être humain générique, c’est-à-dire en faisant abstraction de toutes les singularités qui, précisément, nous rendent capable d’affects. À l’évidence, ces œuvres n’expriment aucune humanité générique ; elles ont simplement la puissance, à partir d’une forme particulière de l’expérience humaine, de résonner auprès d’autres humanités particulières. Ce qui est en jeu est de l’ordre du trans-historique, nullement d’une généricité anhistorique.

« Dans les rencontres et les fêtes zapatistes, on chante l’hymne mexicain, avant même l’hymne zapatiste, et on rend les honneurs au drapeau national, ce qui ne va pas sans faire grincer bien des dents parmi les sympathisants libertaires. »

Alors que F. Lordon fait la démonstration de son incapacité à penser des appartenances multiples et emboîtées, comme à dépasser le cadre de l’universalité abstraite héritée des Lumières, il y aurait sur ce point une belle leçon à tirer des propositions zapatistes. Certes, F. Lordon suggère que le Chiapas « offre peut-être l’une des meilleures illustrations contemporaines » de ce qu’il appelle une nation (p. 333). Loin de la nation au sens courant du terme, il s’agit, selon lui, d’une appartenance à l’indigénité, reformulée dans une perspective universelle ouverte (p. 131-132). Cela évite au moins les poncifs parfois assénés sur le caractère essencialiste d’une lutte purement ethnique. Mais ce qui est curieux, du point de vue même de F. Lordon, c’est qu’il ignore entièrement, dans sa construction de la supposée nation zapatiste, tout ce qui se réfère à la nation au sens historique du terme13. Dans les rencontres et les fêtes zapatistes, on chante l’hymne mexicain, avant même l’hymne zapatiste, et on rend les honneurs au drapeau national, ce qui ne va pas sans faire grincer bien des dents parmi les sympathisants libertaires – lesquels n’en ont que plus de mérite de tenter de comprendre au-delà de ce que leurs aversions spontanées leur commanderaient de conclure. F. Lordon, qui aimerait tant que l’on parle de la nation autrement qu’en termes de célébration éternitaire ou de répulsion viscérale, aurait donc pu trouver chez les zapatistes, comme auprès d’autres luttes en Amérique latine, une conjonction du projet d’émancipation et de l’attachement à la nation (historique).

Mais le plus intéressant est ailleurs : ce sont (au moins) trois échelles d’appartenance qu’articule le zapatisme, à la fois soulèvement indigène pour la dignité retrouvée et pour l’autonomie, lutte de libération nationale pour transformer le Mexique et rébellion anti-capitaliste pour l’humanité. Même si cette articulation n’a pas toujours été sans tensions, elle transforme le sens de chacun des registres concernés et permet d’écarter les périls que chacun d’eux, pris isolément, pourrait comporter. Ainsi, l’ethnicisme essentialiste est évité au profit d’une conception ouverte de l’indianité, qui ne se laisse pas circonscrire à la revendication d’une identité culturellement définie et constitue bien plutôt le point d’ancrage d’une lutte pour la transformation sociale et politique, associant indiens et non indiens14. Ce que l’appartenance nationale pourrait avoir d’exclusive et d’intolérante est déjoué par sa combinaison avec un internationalisme mis en acte avec constance depuis l’organisation de la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, en 1996, tandis que l’universalisme abstrait, qui finit par être un instrument de négation des différences réelles entre les femmes et les hommes qui composent l’humanité, est récusé par le fait même de son association avec les autres échelles d’appartenance.

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Sur ce dernier point, l’expérience zapatiste est riche d’inspiration pour engager la construction d’une autre conception de l’universel. Non un universel abstrait postulant une « humanité générique », mais un universel concret pensé à partir des singularités constitutives de la multiplicité des expériences humaines. Dans la proclamation de la major Ana Maria, lors de la Rencontre intercontinentale de 1996 – « nous sommes tous égauxparce que nous sommes différents » – le paradoxal « parce que » brise l’idée selon laquelle l’égalité et l’unité humaines devraient être définies en dépit des différences entre les individus, les peuples et les sexes. Il revendique une égalité élaborée à partir des différences, sur la base de leur pleine reconnaissance. Au lieu de penser l’humanité en postulant l’identité abstraite de tous les humains et en déniant leur diversité réelle, l’universel peut – et doit – se fonder sur la reconnaissance de la diversité des êtres humains et de la multiplicité de leurs formes de vie. La formule que les zapatistes mettent en œuvre – par exemple dans leurs pratiques éducatives – consiste à viser à la fois plus de soi et plus de l’autre. Ils invitent à penser la complémentarité des appartenances particulières, ancrées dans des expériences territorialisées singulières, et le souci d’une communauté planétaire en quête de son accomplissement. Mais il faut pour cela cesser de postuler un universel générique et faire prévaloir la construction, ô combien ardue, d’une universalité conçue comme traversées mutuelles des singularités.

Anthropologie boiteuse et émancipation triste

« L’expérience zapatiste est riche d’inspiration pour engager la construction d’une autre conception de l’universel. »

S’agissant de la question anthropologique, décisive pour la pensée des formes politiques, F. Lordon entend proposer une position équilibrée : refuser l’idée – « l’illusion occidentale », dirait Marshall Sahlins – d’une nature humaine perverse et égoïste, conduisant à la nécessité d’un pouvoir surplombant (Église, puis État), tout autant qu’une conception postulant « l’exclusivité des passions bonnes », « condition de possibilité anthropologique de [la] forme politique rêvée » de l’horizontalisme (p. 251). Il s’agit de récuser une « anthropologie hémiplégique » (p. 27), qui ne prendrait en compte qu’un seul versant de cet homme bi-face, tissé d’affects passifs et actifs, de convenance autant que de disconvenance passionnelle15. On acceptera une caractérisation qui a l’avantage d’écarter à la fois la nécessité du Léviathan hobbessien et l’idéal d’une société parfaite et sans conflit. Mais, outre que F. Lordon, ici encore, caricature effrontément la pensée libertaire en la ramenant au rêve d’atteindre « les plaines de la paix civile perpétuelle » où règne la « coexistence harmonieuse des communs » (p. 100), on lui reprochera de ne pas tenir l’équilibre annoncé entre les deux versants des penchants humains. C’est que l’enjeu d’Imperium est de faire la guerre à la pensée anti-étatique, en même temps que d’éviter d’être pris en défaut de réalisme anthropologique. C’est donc le versant des tendances à la disconvenance qui est systématiquement souligné et c’est lui seul, ou presque, qui est opérant quant à la détermination des formes politiques viables. Quant à l’autre versant, celui des penchants à la coopération par exemple, il fait l’objet d’une minoration constante et n’ouvre guère d’autre option politique spécifique, selonImperium, que l’illusion de l’associationnisme horizontal. L’anthropologie politique lordonnienne ne marche donc pas sur ses deux pieds, et on peut craindre qu’elle en revienne, sous couvert de spinozisme, à une modalité un peu honteuse d’hobbesianisme. Du reste, F. Lordon n’hésite pas à affirmer que « « sous la conduite des passions plus que de la raison », le monde sans État n’est pas le monde des associations : il est le monde des bandes » (p. 89). Il a beau répéter qu’il faut voir en l’homme et le loup et le dieu, c’est le loup seul, ou presque, qui occupe, chez lui, la scène politique.

Dans ces conditions, quelles sont les chances de l’émancipation ? Imperium en propose une conception prudente et hautement restrictive. Les ambitions émancipatrices sont nécessairement bornées (p. 296) et le communisme est « inatteignable complètement », ce qui n’empêche pas de le désirer (p. 310). F. Lordon multiplie les cautions de « réalisme critique » et prétend récuser à la fois le « déni de servitude passionnelle » et le « renoncement réactionnaire empressé » (p. 301). Sauf que, si vive est sa crainte d’être pris en défaut que, jusqu’à la page 255 du livre, sa manière de raisonner ne diffère guère de celle du « réalisme conservateur ». Les choses changent ensuite, timidement certes, mais cela ne saurait être négligé : ainsi avance-t-il, par exemple, que « rappeler que les modes sont modifiables ouvre une formidable possibilité de principe » (p. 259). Mais on sent l’économiste-philosophe si craintif de se laisser aller à libérer cette « formidable possibilité », de peur sans doute de trop lâcher la bride, qu’il stérilise l’élaboration possible d’une théorie politique de l’émancipation.

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Il est sans doute judicieux de faire voir ce qu’une révolution ne peut pas – la réalisation magique d’un monde parfait. Et on peut, à la limite, comprendre le souci de la rendre à la fois désirable et crédible. Mais l’excès de prudence (est-elle même réaliste ?) oublie trop de la rendre désirable, en refermant bien vite l’horizon des possibles sur l’existant, le déjà connu. S’il y a bien une chose qui n’a pas sa place sous l’élégance recherchée de la plume lordonnienne, c’est l’enthousiasme. Cela tient peut-être en partie à l’habitus universitaire, pour lequel ce penchant est perçu comme un manquement à l’éthos professionnel de distanciation critique, exposant au terrible soupçon de naïveté. Pourtant, n’y aurait-il pas quelque raison de s’enthousiasmer un tant soit peu, sans pour autant perdre toute vigilance critique, à la pensée de ce que la sortie – difficile, lente, conflictuelle – de la société de la marchandise ouvrirait de possibles inédits ? Mais l’imaginaire lordonnien de l’émancipation fait trop de place aux affects tristes et bien peu aux affects joyeux. Son idée de la révolution est assurément dégrisée, mais elle est aussi bien grise.

« L’auteur d’Imperium lie essentiellement la transformation de l’humain à l’éducation, plutôt qu’à la transformation des conditions mêmes de l’existence. »

Imperium fait toutefois une place remarquable à la puissance transformatrice du moment insurrectionnel, associé à l’intensité de la lutte commune, dans l’urgence et le danger. Pourtant, comme épouvanté par le potentiel de transformation ainsi convoqué, F. Lordon s’empresse de refermer la porte à peine entr’ouverte : cela ne peut être qu’un moment fugace et, dès l’effervescence du moment insurrectionnel passée, prévaut « la stabilisation de nouveaux rapports sociaux ». Après l’incandescence de l’incendie, les froides « cendres de l’ordinaire » (p. 339). Juste quelques jours d’embrasement, puis tout rentre dans la convenance de l’ordre institué, comme si une nouvelle forme de vie était sortie tout armée de l’intensité émeutière. Quelle extravagante conception de la révolution ! – qui reproduit de la manière la plus grossière la mythologie du Grand Soir, pourtant gaussée, et qui évacue toute perspective d’un processus continué, construisant une réalité collective sans cesse renouvelée16. Quant aux expérimentations présentes de formes de vie non capitalistes, elles pourraient avoir la vertu, concède F. Lordon, de produire à froid ce que le moment insurrectionnel engendre à chaud. On aurait alors la confirmation d’un état des affects révolutionnaires à haute température et en même temps durable (p. 264-6). Il faut donc, là encore, faire marche arrière et adopter un point de vue franchement dépréciatif sur ces expériences, qualifiées « d’isolats » pour « virtuoses de la révolution », « voués à ne rassembler que les convaincus ». Mais c’est là coupablement minimiser ce qu’il y a à apprendre d’elles et l’affirmation brille de la gratuité d’une pure pétition de principe : c’est exclure d’emblée une force d’attraction susceptible de s’exercer sur ceux qui n’en sont pas encore – une force qui, le moment venu, pourrait bien s’avérer décisive.

Sans doute est-il salutaire de prendre ses distances vis-à-vis d’une conception totale de l’émancipation, d’admettre les effets potentiellement divergents de la servitude passionnelle et d’écarter le mirage d’une société débarrassée de tout conflit. Mais il convient aussi, symétriquement, de ne pas minimiser les capacités d’auto-transformation et d’inventivité, et de faire toute sa place, en termes de possibilités d’agencements politiques, au versant positif et coopératif d’une anthropologie véritablement bi-face. Visiblement angoissé, F. Lordon craint pour la révolution : « Qui va descendre les poubelles ? » (p. 294). La question n’a rien de triviale, si l’on entend par là l’interrogation sur les « mobiles par lesquels on se plie aux réquisitions de son insertion personnelle dans un agencement collectif ». L’auteur d’Imperium lie essentiellement la transformation de l’humain à l’éducation, plutôt qu’à la transformation des conditions mêmes de l’existence. Il note cependant que l’opposition entre attitudes coopératives ou compétitives dépend, non d’une quelconque nature humaine, mais des « conditions externes telles qu’elles vont induire préférentiellement tels ou tels mécanismes passionnels » (p. 248-9). Ce point est d’une extrême importance et on regrette que F. Lordon s’y intéresse si peu et ne fasse presque jamais mention des différences radicales qui pourraient exister, quant à ces conditions, entre le réel actuel et la pluralité des mondes post-capitalistes. Or, c’est tout à la fois la nature et l’échelle des problèmes à résoudre (par exemple ceux qui découlent des modes de production des déchets) et les formes de subjectivité qui se trouveraient très profondément modifiés. Enfin, la « question des poubelles » pourrait être, sinon résolue, du moins éclairée en convoquant la conception contributive de l’appartenance, proposée par F. Lordon lui-même. Il y a désir de contribuer, parce qu’il y désir d’appartenance. Sans postuler une dissipation de toutes les questions organisationnelles par la seule vertu d’enthousiasmes inépuisables et toujours bien agencés les uns aux autres, on ne saurait minimiser l’énergie des désirs contributifs, dès lors qu’ils sont aussi désir de faire exister la forme de vie que l’on éprouve comme propre (sans exclure qu’en cas de défaillance, le rappel des règles collectives et le recours à une forme de médiation puissent être nécessaires).

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Il y a, dans l’autonomie zapatiste, matière à rejeter l’opposition que F. Lordon établit entre le feu du moment insurrectionnel et les lendemains de cendre. Car voilà une expérience qui résiste, avance, construit une « utopie réelle » depuis 22 ans, malgré les offensives contre-insurrectionnelles de tous ordres, lancées contre elle. Et elle ne tient que par l’engagement quotidien de ses membres. Il serait vain de nier que la fatigue, pour certains plus que pour d’autres, s’insinue dans cette guerre (d’usure, justement). Mais il y a toutefois assez d’énergie renouvelée pour soutenir durablement le goût de vivre dans la lutte. « Le Chiapas » ne se réduit ni au feu du soulèvement insurrectionnel ni aux cendres d’un ordinaire redevenu gris : ses braises se renouvellent depuis plus de deux décennies, non sans quelques étincelles jaillissant vers d’autres cieux. Les zapatistes nous invitent du reste à une autre conception de l’ordinaire, lorsqu’ils affirment : « Somos rebeldes porque somos gente común [Nous sommes rebelles parce que nous sommes des gens ordinaires] ». Des virtuoses, les zapatistes ? D’humbles virtuoses de l’ordinaire, sans doute. Mais à quoi tient l’énergie subjective tranquille de leur art simple de faire d’autres mondes ? Certainement pas à une quelconque essence indienne (encore qu’on ne saurait négliger le fait que le sens du collectif soit, là-bas, tendanciellement plus développé qu’ici). Durant la « petite école zapatiste », l’un desmaestros nous a demandé : « Et vous, est-ce que vous vous sentez libres ? » Pour eux, la réponse est claire. Ils ont fait le choix de vivre dans la lutte et de construire une réalité inédite ; ils décident eux-mêmes de leur propre manière de vivre et de se gouverner. Il est permis de penser que c’est dans l’exercice même de cette liberté – le fait de décider collectivement pour faire croître en plénitude leur forme de vie – et dans la dignité retrouvée que cela confère que se trouve une bonne part de l’énergie subjective nécessaire pour tracer, jour après jour, le long chemin de la transformation permanente qu’est l’émancipation.

« Des virtuoses, les zapatistes ? D’humbles virtuoses de l’ordinaire, sans doute. Mais à quoi tient l’énergie subjective tranquille de leur art simple de faire d’autres mondes ? »

Ce chemin s’avance vers un horizon, mais n’atteindra nulle cité idéale. F. Lordon clôt l’ouvrage par cette phrase : « La politique de l’émancipation est interminable. » L’un des maestroszapatistes l’avait devancé en déclarant : « L’autonomie n’a pas de fin » (l’autonomie, c’est le nom qu’ils donnent à l’expérimentation de formes politiques non étatiques et, plus largement, à la construction d’une forme de vie inédite). Il s’agissait, par là, de reconnaître l’imperfection de l’autonomie : imperfection présente, mais aussi imperfection principielle, car on n’en a jamais fini avec la lutte contre la possible reproduction d’une séparation entre gouvernants et gouvernées, contre la pétrification de l’institué. Proclamer la pleine réalisation de l’autonomie – ou de l’émancipation – serait le symptôme de sa mort. Mais plutôt que de s’en tenir à l’énoncé d’une impossibilité de l’auto-gouvernement, les zapatistes inventent quotidiennement des formes politiques qui, bien qu’imparfaites et contraintes de lutter contre les dérives de la séparation, se transforment sans cesse, au gré de l’analyse des difficultés et des erreurs commises. Pas de fin, pas de perfection, rien de figé ; mais un auto-gouvernement en acte, tout de même.

*

Au total, Imperium livre quelques mises en garde qu’on peut partager (pas d’humanité entièrement libérée de la servitude passionnelle, pas de monde idéal et sans conflit, pas de forme politique sans risque de séparation et de pétrification). Mais les concepts lordonniens sont d’une élasticité telle qu’ils prêtent à confusion et risquent d’autoriser des glissements subreptices, au-delà de ce que l’argumentation soutient véritablement. Surtout, ils manquent de cette capacité de discernement qui importe tant, du point de vue d’une politique de l’émancipation, et dont l’objet prioritaire devrait être de nous aider à faire le partage, aussi incertain soit-il en ses limites, entre des formes politiques étatiques et non étatiques, entre l’invention de procédures qui favorisent l’accroissement de la puissance du collectif et la dépossession de celle-ci au profit du pouvoir-sur des uns sur les autres. Redisons l’essentiel: Imperium ne parvient pas à jeter aux oubliettes de l’histoire la perspective d’une émancipation sans l’État. De l’État en général, rien ne fonde le caractère indépassable ; quant à l’État général, rien ne justifie de lui donner ce nom, sinon le tour de passe-passe qu’il prétend autoriser. Et quand bien même devrait demeurer ce que F. Lordon nomme ainsi, cela ne contredirait en rien la possibilité de destituer ce que nous continuerons à nommer État.

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L’horizon de l’émancipation, entendue comme processus toujours en cours, n’est pas la paix civile perpétuelle, ni une quelconque coexistence harmonieuse parfaite. Néanmoins, il serait dommageable de ne pas s’employer à faire valoir, à rebours des pesanteurs systémiques qui prétendent éterniser l’état de fait, que la sortie du monde de la destruction capitaliste ouvre à l’inédit, au-delà même de ce que nous sommes présentement en mesure d’imaginer – alors que, malgré ses dénégations, dans l’univers lordonnien, l’existant borne (trop) le possible. Il ne s’agit certes pas de basculer dans l’idéal, ni de postuler une parfaite maîtrise, surtout si on comprend celle-ci au sens classique de l’autonomie individuelle. Bien au contraire, on pourrait assumer la notion d’appartenance plus radicalement que ne le propose Imperium. Dès lors que, récusant l’idée de l’individu auto-institué, on adopte une conception proprement relationnelle de la personne (selon laquelle celle-ci tient son être même des relations qui la traversent), les collectifs auxquels chacun appartient sont littéralement constitutifs de l’existence singulière. Le collectif dans lequel nous nous insérons, avec ses usages et ses règles, se loge donc en nous et il lui revient parfois de le faire savoir explicitement, sinon abruptement, sous forme de rappel à la nécessaire discipline associée à cette appartenance. Les normes collectives – quelles qu’en soient les modalités – sont modifiables à tout moment, mais il s’agit là d’un processus, non d’une auto-définition ex nihilo permanente. Rien n’est figé dans l’institué, mais la manière de transformer l’existant est tributaire de ce qu’il y a à transformer et qui informe partiellement la manière de vouloir le modifier. La dimension du transindividuel n’est pas hors de portée des collectifs, mais elle échappe par définition à la pleine maîtrise des êtres individués qu’elle contribue à inscrire dans le devenir.


Photographie de portrait de Frédéric Lordon : © Stéphane Burlot


NOTES

1. Frédéric Lordon, Imperium. Structures et affects des corps politiques, Paris, La Fabrique, 2015.
2. Et qu’on ne dise pas que c’est là sombrer dans cette pensée « par modèle » que dénonce F. Lordon. Les zapatistes eux-mêmes n’ont pas cessé de mettre en garde contre la tentation de les idéaliser et de voir dans leur trajectoire singulière un modèle à reproduire. Cela n’empêche pas de se saisir de cette expérience comme d’un point d’appui et d’une source d’inspiration pour aider à penser d’autres situations également singulières.
3La notion ne suscite que quelques commentaires condescendants, tandis que le livre de Pierre Dardot et Christian Laval (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2014) est réduit à la mention de deux phrases isolées et congédié avec dédain (p. 74-75).
4. « La partie politico-militaire de l’EZLN n’est pas démocratique, puisque c’est une armée », Sixième Déclaration de la Selva Lacandona, http://cspcl.ouvaton.org/spip.php?article204.
5. « L’accompagnement se convertit en direction, le conseil en ordre… et l’appui en gêne » (Leer un video, août 2004, http://palabra.ezln.org.mx/).
6. Y, sí, aprendimos (La Jornada, http://www.jornada.unam.mx/2013/08/19/opinion/018a2pol).
7. « Il y a des moments où le peuple dirige et le gouvernement obéit ; il y a des moments où le peuple obéit et le gouvernement dirige » (maestro Fidel, « Petite école zapatiste », août 2013). Pour tout ce qui concerne l’autonomie zapatiste, voir l’analyse plus détaillée dans Jérôme Baschet, Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes, Paris, La Découverte, 2014 et, avec Guillaume Goutte, Enseignements d’une rébellion. La petite École zapatiste, Paris, Éditions de l’Escargot, 2014.
8. Commentaires de mon Votán lors de la « petite école zapatiste » (à chacun des milliers d’invités était attribuée en propre une personne chargée de prendre soin de lui et de dialoguer de manière interpersonnelle).
9. Récusant une conception libertaire qui consisterait en « une négation du pouvoir », Tomas Ibañez, par exemple, distingue utilement trois sens du terme « pouvoir » (capacité de, relation dissymétrique entre agents, macrostructures de régulation et contrôle), soit précisément ce que l’approche lordonnienne écrase (« Pour un pouvoir politique libertaire », 1983, http://www.grand-angle-libertaire.net/pour-un-pouvoir-politique-libertaire-thomas-ibanez/). Voir aussi Vivien Garcia, L’anarchisme aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 2007, qui distingue, par exemple, relations autoritaires et relations d’autorité légitime.
10. « Tous les groupements politiques sont des États au sens de l’État général », p. 122.
11. On peut définir l’État (en général) par la combinaison de deux caractéristiques : le weberien « monopole de la violence légitime » et une séparation consolidée entre qui est destiné à figurer du côté des gouvernants et qui est voué au statut de gouverné, soit en langue lordonnienne (mais déplacée par rapport aux énoncés d’Imperium) la capture de la puissance du collectif par un de ses sous-ensembles (souverain, caste, classe politique dissociée, appareil bureaucratique fondé sur la revendication d’une compétence sélective et organisant le consentement des dominés à la gestion du monde conformément aux intérêts dominants).
12. Référence pourtant canonique, l’ouvrage de Benedict Anderson – Imagined Communities, dans la version originale – n’est mentionné qu’un seule fois, du bout de la plume (L’imaginaire national, Paris, La Découverte, 2006).
13. Voir ses contorsions cocasses (p. 131) pour expliquer, en référence à sa propre définition, le sens du mot « national » dans l’acronyme de l’EZLN, alors qu’il s’agit d’un héritage de la tradition anti-impérialiste latino-américaine.
14. Sur tout ceci, voir J. Baschet, « Autonomie, indianité et anticapitalisme : l’expérience zapatiste », dans Les Amériques indiennes face au néolibéralisme, Actuel Marx, 56, 2014, p. 23-39.
15. On laisse de côté la discussion sur la notion de « nature humaine » que F. Lordon admet, en s’inspirant de Spinoza, en un sens faible, « sous-déterminé » et éminemment flexible (les hommes sont modifiables), mais qu’on peut tout aussi bien préférer ne pas utiliser, tant elle est chargée d’une dimension fixiste, dont on aura peine à la débarrasser.
16. A propos du Grand Soir, relevons cette affirmation curieuse : « Si la révolution politique de l’horizontalité appelle comme sa condition de possibilité une révolution morale, le problème des révolutions morales c’est qu’elles ne connaissent pas le Grand Soir. » (p. 269). Truisme, encore. Mais qui croit encore à la mythologie du Grand Soir, les adversaires que F. Lordon se donne ou lui-même ?


REBONDS

☰ Lire « Ne vous sentez pas seuls et isolés — par le sous-commandant Marcos » (Memento), avril 2015
☰ Lire « Daniel Bensaïd : Du pouvoir et de l’État », (Texte inédit), avril 2015
☰ Lire notre entretien avec Michael Löwy, « Sans révolte, la politique devient vide de sens », décembre 2014
☰ Lire notre entretien avec Guillaume Goutte : « Que deviennent les zapatistes, loin des grands médias ? », novembre 2014

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Par Jérôme Baschet – 9 mai 2016
Historien, enseignant à l’Université Autonome du Chiapas et auteur de l’ouvrage « La rébellion zapatiste »

Je pense que Lordon a raison de dédiaboliser les mots État et nation, parce que nous en avons besoin pour résister aux plus grands prédateurs capitalistes. Et plusieurs des reproches que lui fait Baschet à la fin sont mal fondés (à mon sens).

Dans cette intéressante controverse, les protagonistes négligent tous les deux, je trouve, la possibilité (et l’intérêt) d’une appropriation populaire du processus constituant : un peuple devenu constituant saurait fort bien limiter et contrôler le pouvoir vertical dont il a besoin.

Toujours est-il que j’ai ensuite commencé à travailler le livre de Jérôme Baschet, « La rébellion zapatiste » (2002), initialement intitulé « L’étincelle zapatiste », et je le trouve absolument passionnant :


https://www.amazon.fr/r%C3%A9bellion-zapatiste-Insurrection-r%C3%A9sistance-plan%C3%A9taire/dp/2080801406

Encore un beau grand chantier pour progresser vers l’auto-institution d’un régime politique juste et pacifiant.

Étienne.
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Page Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154202864567317

[incroyable] BRAQUETONBANQUIER.COM :)

Le corps social commence à s’insurger contre les usuriers.

Paul vient de publier un site pour nous défendre contre les pratiques malhonnêtes des banquiers.

Il l’a appelé braquetonbanquier.com 🙂

En attendant de changer vraiment les institutions, et entre deux mini ateliers constituants avec vos proches et vos collègues de travail, vous pouvez toujours aider Paul : faites passer 🙂

Page Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154200482022317

Proposition 69 mars pour l’AG #NUITDEBOUT : engager une réflexion sur la priorité d’un processus constituant populaire

Opportunité de focalisation de ‪#‎NuitDebout‬ sur l’essentiel :
nous concentrer et nous unir sur la cause première de notre impuissance politique,

(plutôt que nous disperser et nous diviser sur les conséquences de notre impuissance politique).

On va voir ce qu’en dira l’assemblée locale du moment.

PROPOSITIONS 69 MARS POUR AG #NUITDEBOUT par Alfonso M. DORADO pour la commission Constitution
constitution.nuitdebout@gmail.com

L’AG NUITDEBOUT de PARIS décide d’engager un premier cycle de réflexions et de propositions pour enclencher — à terme — un processus constituant aboutissant à l’écriture d’une nouvelle Constitution citoyenne et démocratique.

Motivation de la proposition : initiative fédératrice (de long terme) en phase avec l’idée de convergence des luttes.

1. L’AG NUITDEBOUT de PARIS encourage et demande à la Commission « Constitution » de présenter à court terme un calendrier de travail, afin de présenter ultérieurement en AG les conclusions de ce premier cycle de réflexions, débat et de proposition concernant ce processus constituant en coordination avec les autres NUITDEBOUT de toute la France.

2. L’AG NUITDEBOUT de PARIS
– constate que pour fédérer le peuple et non rester dans l’entre soi, il est important de ne pas nous focaliser sur nos combats sectoriels potentiellement clivants et qui sont tous en butte à notre impuissance politique telle qu’instituée par la Constitution
– décide de s’orienter autour de la revendication unificatrice d’un processus constituant d’origine citoyenne.

3. L’AG NUITDEBOUT de PARIS décide d’engager les débats pour que les participants à NUITDEBOUT génèrent leur propre règlement incluant la rotation et le contrôle des organisateurs par l’AG.

Ces propositions ont été lues à l’AG ce dimanche 8 mai (#69mars) qui a décidé à une écrasante majorité (jaune) de les inclure dans les débats de cette semaine.

Source : Wikicrate sur Facebook

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Valeureux lanceur d’alerte, Denis Robert, toujours sur le pont, ici pour défendre Antoine Deltour à son procès inique au Luxembourg, navire amiral de la fraude fiscale unioneuropéenne

Merci Denis Robert, merci beaucoup.
Il faudrait qu’on soit des millions sur le pont avec vous, avec les lanceurs d’alerte.
Faites passer, faut se réveiller, ça suffit l’escroquerie capitaliste !

Denis Robert 2 h :

« Bilan de la journée… Me suis levé à six heures, ai commencé par RTL, ai enchaîné sur la RTBF, puis Canal, grand et petit journal, Radio bleue, I télé, BFM, Arte, TF1, Mirabelle, des luxembourgeois, des allemands, FR3, des alters, Basta mag, LCP, etc pour arriver au dernier, le stagiaire sympathique de Public Sénat qui oublie de mettre un disque dans son magnéto et qui veut qu’on recommence. Niet. Jet de l’éponge. Une vingtaine d’interviews où j’ai essayé de varier les formules. Au final, ce constat ancrée qu’on est -avec ce procès Luxleaks- dans un délire total. Ce sont les voleurs -et donc la société d’audit PWC- qui sont du (bon) côté de la justice et les justes qui sont sur le banc des accusés. Au centre de ce jeu de dupes, des magistrats qui ressemblent à des personnages de Daumier et de Kafka, engoncés dans leur orgueil, utilisant un vocabulaire qui se veut judiciaire et éclairé, mais qui n’est qu’un jargon visant à accabler celui qui dit la vérité. On a passé la matinée à écouter religieusement la représentante de la société d’audit qui a organisé la fraude fiscale nous expliquer comment Antoine Deltour avait fait pour s’emparer du « data ». Tu parles… Peut être suis je le fou de l’histoire? Peut être suis je le seul à ressentir cela mais j’ai vraiment eu le sentiment d’être dans un hôpital psychiatrique grandeur nature. Les fous étaient ceux qui nous faisaient la leçon. »

Rappel du soutien nécessaire à Antoine Delcour :
[Urgent] Nous devons aider Antoine Deltour, lanceur d’alerte, persécuté par les politiciens

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Une nouvelle « Semaine de la Démocratie » commence demain à Montpellier

L’an dernier, quelques jeunes gens bien décidés ont organisé une sorte de fête de la démocratie à Montpellier, et ils ont réussi à faire intervenir des chercheurs passionnants, comme Francis Dupuis-Déri.

Ils recommencent cette année ; ça commence demain, lundi 25 avril 2016 ; et ils ont besoin d’un peu d’aide pour financer l’événement.

• Voici donc leur site :
http://www.semainedelademocratie.fr/,

le programme :

http://www.semainedelademocratie.fr/programme/

Une petite vidéo de présentation :

Le lien pour leur donner quelques sous :
http://fr.ulule.com/semaine-democratie/
Il nous reste 4 heures pour les aider !… un défi 🙂

Et quelques vidéos de l’an passé, vraiment très intéressantes (elles viennent d’être publiées, ça va vous plaire, c’est sûr) :
http://www.semainedelademocratie.fr/2016/04/22/ledition-2015-en-videos/

https://www.youtube.com/watch?list=PLGc6Wji7xRFjnkAMNzfVifbfwpZr3ucrk&v=Qiv1CB7c-r0
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Bon courage à tous les virus, dans leur travail quotidien de contamination démocratique 🙂

Étienne.

Semaine de la Démocratie 2015 – jour 1 :
« Démocratie, histoire d’un malentendu »

Semaine de la Démocratie 2015 – jour 2 :
« Sommes-nous en Démocratie ? »

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[Urgent] Nous devons aider Antoine Deltour, lanceur d’alerte, persécuté par les politiciens

Denis Robert défend Antoine Deltour à Ce Soir Ou Jamais :

Quel scandale, mais bon sang quel scandale ! Antoine Deltour nous alerte, au risque de sa liberté, sur un monstrueux hold-up permanent (le LuxLeaks), commis par les multinationales qui volent les peuples (grâce à la complicité active du Luxembourg) par milliards ; et que font nos prétendus « représentants » ? au lieu de poursuivre les banques et les multinationales ?
Ils poursuivent le donneur d’alerte !!!!!!

Avec le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), les pires gouverneront, et nous y sommes.

En attendant de sortir de ce piège, Antoine Deltour a besoin d’aide, et massive : il faut absolument que nous soyons très nombreux, mais vraiment très nombreux pour pétitionner, protester, pester, tonner, tempêter, fulminer, manifester, invectiver, vilipender, accuser, plaider, argumenter, et finalement empêcher cette incroyable injustice.

Nous devons défendre nous-mêmes nos lanceurs d’alerte, c’est simple.

Voici quelques liens, à commencer par celui de la pétition que nous devrions tous avoir signée dans les heures qui viennent (je m’y prends tard, le procès est dans quelques jours, ça urge).
Et puis ensuite, vite passer le mot à tous nos contacts :

• Le lien vers la pétition en faveur d’Antoine Deltour :
https://www.change.org/p/soutenons-antoine-deltour-luxleaks-support-antoine

• Le compte Facebook du comité de soutien à Antoine Deltour :
https://www.facebook.com/Support-Antoine-388682861307176/

• Le site de soutien :
https://support-antoine.org/

Jean-Luc Mélenchon a fait au Parlement européen une courte mais forte intervention sur ce scandale :

Quand même, si on n’est pas foutus de défendre personnellement ces héros-là (Assange, Snowden, Deltour… et les prochains), on est vraiment minables lamentables indécrottables pitoyables 🙂

Bon, allez, faut se bouger pour l’aider, ce jeune homme. Faites passer !

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

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#NuitDebout : témoignage épatant d’un citoyen constituant (ultra contagieux :o) )

#NuitDebout Place de la République :
témoignage épatant d’un citoyen constituant (ultra contagieux 🙂 )

« Hier après midi, je suis allé place de la République avec un panneau monté sur pied invitant les citoyens à écrire leur Constitution.

Avec aussi le document (pour les passants) que l’on trouve sur le site et la date de notre Prochain AC le 23 avril.

http://ateliersconstituants.com/

Alors que je donnais des infos, j’ai été sollicité par France Culture puis France inter pour des interviews destiné à leur journal et à l’émission « interception ».

Puis des citoyens m’ont proposé pour en organiser un tout de suite sur le trottoir, un citoyen, Fabien, est allé acheter 10 bics et un bloc de papier nous nous sommes assis par terre à 6.

Puis le cercle s’est agrandi, quand nous avons dépassé la vingtaine j’ai proposé qu’on fasse quatre groupes et que chacun se trouve un thème.

Trois groupes se sont formés et là le processus m’a complètement échappé, deux heures après un forum d’une centaine de personne parlait de constitution en respectant l’écoute de ceux qui parlaient et avec des citoyens qui notaient.

Une restitution du travail des groupes doit me parvenir par email aujourd’hui.

Je ne peux y retourner aujourd’hui mais Fabien va assurer le renouvellement de l’expérience à partir de 18h00 avec mon panneau.

Il faudrait imprimer 4000 chartes et les distribuer en masse ce soir place de la République.

De nombreux citoyens ont manifesté leur intention de venir le 23 avril.

On va être dépassés par le succès : tant mieux !

Dèmos kratiquement,
Wikicrate Lcc.

 
Merci Wikicrate ! 🙂

« La Charte » (à imprimer et à distribuer un peu partout) dont parle Wikicrate est sans doute ce document (cliquez dessus pour l’ouvrir) :

http://ateliersconstituants.com/documents/lieu_public.htm

Faites passer, bande de virus 🙂

Étienne.


http://ateliersconstituants.com/

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PS : Le fait que Frédéric soit (enfin) devenu favorable — et même militant ! — à un processus constituant populaire est une sacrée bonne nouvelle, je suis content, ça va stimuler encore plein de gens :

L’article charnière, dans le Diplo :
« Fin de cycle pour la social-démocratie
Pour la république sociale »
par Frédéric Lordon, qui nous vante ici (enfin ! ça fait 11 ans que je le tanne avec ça 🙂 ) l’écriture par le peuple lui-même de la Constitution, sans plus rien attendre des élus ni des puissants :
https://www.monde-diplomatique.fr/2016/03/LORDON/54925

Rappel (nostalgique 🙂 ) :
Frederic Lordon répond à Etienne Chouard sur le processus constituant

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Rendez-vous à Montreuil le samedi 26 mars à 15 h, pour des ateliers constituants, avec le Comité des Citoyens Montreuillois

Bonjour à tous.

Je vous propose de nous retrouver dans 15 jours à Montreuil, pour approfondir ensemble, cette fois avec les élus du groupe « Ma ville j’y crois », l’idée que c’est aux citoyens d’écrire eux-mêmes (et ensuite de défendre, personnellement) la Constitution ; Constitution qui devrait être notre contrat social, instituant et garantissant notre puissance politique, au lieu d’être au contraire une prison politique comme elle l’est forcément sous la plume de professionnels de la politique :

Le rendez-vous est fixé le samedi 26 mars 2016, salle Franklin, 60 rue Franklin, à Montreuil, École Diderot 2, 12 rue Pépin (métro Mairie de Montreuil), à 15h et jusqu’à 18h30…
Il faut réserver en envoyant un mail à ccmontreuillois2@gmail.com
Il me semble que la salle sera moins vaste que celle de Lyon avant-hier (nous étions plus de 300 🙂 ), donc il vaut mieux réserver, je crois.

[Edit : les organisateurs ont trouvé une salle un peu plus grande et le rendez-vous est donc modifié : le rendez-vous est à l’école Diderot 2, 12 rue Pépin (métro Mairie de Montreuil).]

J’ai hâte de vous revoir, mais j’ai aussi hâte que vous soyez (vite) capables de (et déterminés à) mener seuls, tous les jours, des millions de mini-ateliers constituants populaires sans moi 🙂

Mais bon, en attendant, je continue à semer des graines de démocratie d’origine populaire, du mieux que je le peux.

À bientôt, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : Pensez à prendre du papier et de quoi écrire 🙂
C’est surtout à VOUS de bosser, si vous voulez vous transformer (en citoyen digne de ce nom, c’est-à-dire constituant).

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Graine de démocratie : mobilisons-nous !

Je reproduis ici un appel urgent qui tourne sur Facebook et qui vise à interpeller personnellement nos parlementaires pour qu’ils résistent aux accapareurs semenciers, au lieu de tout leur céder :


http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/yeswegraine-maraichers-aient-droit-utiliser-semences/14494

Graine de démocratie : mobilisons-nous !

NOUS AVONS JUSQU’AU 10 MARS POUR AGIR !! (voici le lien vers la pétition –> http://bit.ly/yeswegraine)

1ÈRE ÉTAPE : TROUVER LES DÉPUTÉ(E)S DE SA CIRCONSCRIPTION

Voici la carte de la liste des députés par circonscription :
https://www.nosdeputes.fr/circonscription

Voici comment rédiger l’adresse Mail :

Pour la structure d’email pour interpeller un(e) député(e) c’est :
« 1e lettre du prénom collée au nom »@assemblee-nationale.fr
(Par exemple: Jérôme Dupont ⇒ jdupont@assemblee-nationale.fr)

Et pour les noms composés :
(Exemple: Jean-Marie Petit ⇒ jmpetit@assemblee-nationale.fr
ou Michelle Le Guen ⇒ mleguen@assemblee-nationale.fr)

2ÈME ÉTAPE : COPIER/COLLER LE MAIL CI-DESSOUS

Cher(e) (Monsieur/Madame) …

Les 15, 16 et 17 Mars prochain, le Projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages sera voté en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.

Dans cette loi figurent deux amendements citoyens portant sur la préservation des semences dites « traditionnelles » qui avaient été adoptés en première lecture au Sénat (en janvier dernier) avant d’être supprimés en commission le 2 Mars 2016.

Les voici :

• ARTICLE 4 QUATER : Des semences reproductibles en milieu naturel

Le code de la propriété intellectuelle est ainsi modifié :
Le 3° de l’article L. 623-2 est ainsi modifié :
Après la dernière phrase se terminant par : « à la fin de chaque cycle », y est inséré une virgule et une phrase supplémentaire : « et dont sa semence est reproductible en milieu naturel » ;

Le 3° de l’article L.623-2 est ainsi rédigé :
« 3° demeure stable, c’est-à-dire identique à sa définition initiale, à la suite de ses reproductions ou multiplications successives ou en cas de cycle particulier de reproduction ou de multiplication, à la fin de chaque cycle, et dont sa semence est reproductible en milieu naturel.»

• ARTICLE 4 QUINQUIES: Libre utilisation des semences « traditionnelles » entre maraîchers

Le code rural est ainsi modifié:
L’alinéa 2 de l’article L.315-5 du code rural est ainsi modifié:
Après le mot : « des échanges », sont supprimés les mots : « membres d’un groupement d’intérêt économique et environnemental » ;

L’alinéa 2 de l’article L.315-5 du code rural serait ainsi rédigé:
« Il en est de même, sans préjudice de la réglementation qui leur est applicable, des échanges, entre agriculteurs, de semences ou de plants n’appartenant pas à une variété protégée par un certificat d’obtention végétale et produits sur une exploitation hors de tout contrat de multiplication de semences ou de plants destinés à être commercialisés ».

Ces deux amendements citoyens issus des revendications communes de la pétition #YesWeGraine contribuent à favoriser la pratique de l’agroécologie.

En tant que membre des 70 000 signataires de la pétition #YesWeGraine, je vous invite à déposer ou à voter favorablement pour que ces deux amendements soient de nouveau adoptés.

Je vous prie d’agréer, (Monsieur/Madame), l’assurance de ma considération distinguée.

3ÈME ÉTAPE : ENVOYER LES EMAILS EN AJOUTANT EN COPIE INFOS@COMUNIDEE.COM

Et exprimez votre soutien sur les réseaux sociaux avec le #YesWeGraine

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POUR INFORMATION

Voici les raisons invoquées par les élus pour la suppression des amendements #YesWeGraine :

Les députés ci-dessous ont déposé différents amendements visant simplement à supprimer ceux qui avaient été adoptés par le Sénat.

David Douillet : député des Yvelines, membre de la commission
Martial Saddier : député de Haute-Savoie, membre de la commission
Jean-Marie Sermier : député du Jura et vice président de la Commission développement durable
Julien Aubert : député du Vaucluse, membre de la commission
Virginie Duby-Muller : députée de Haute-Savoie
Antoine Herth : député du Bas-Rhin
Lionel Tardy : député de Haute-Savoie
Geneviève Gaillard : députée des Deux-Sèvres et rapporteur de la commission sur le projet de loi biodiversité

Pour la suppression de
Au second alinéa de l’article L. 315-5 du code rural et de la pêche maritime, les mots : « membres d’un groupement d’intérêt économique et environnemental » sont supprimés.
• Au prétexte que toutes les semences doivent êtres soumises aux règlementations sur les semences commerciales pour « garantir des échanges sains, loyaux et marchands des semences » : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD652.asp

• Au prétexte qu’il n’y aura plus de moyen de contrôle sur les échanges de semences : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD256.asp

• Au prétexte que le libre échange des semences conduit à déconsidérer le travail des semenciers et à nuire au commerce extérieur : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD928.asp

Pour la suppression de
Le 3° de l’article L. 623-2 du code de la propriété intellectuelle est complété par les mots : « et dont sa semence est reproductible en milieu naturel ».

• Au prétexte que les critères actuels sont efficaces (pour les semences reproductibles) : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD255.asp

• Au prétexte qu’en exigeant des semences qu’elles soient désormais reproductibles, le certificat d’obtention végétale (équivalent du brevet) ne soit plus garanti : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD651.asp

• Au prétexte que les semences non reproductibles en milieu naturel sont déjà interdites : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD694.asp

• Au prétexte que les céréales ont besoin de ces procédés et qu’il y a un risque économique pour la filière française : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD924.asp

 
Incroyable histoire, que ce scandale planétaire de l’accaparement du droit de semer par les géants semenciers mondiaux. Notre impuissance devant de si détestables intrigues parlementaires (ici, pour tuer notre liberté de semer) est révoltante.
Protestons comme on peut, et aidons ces lanceurs d’alerte, en signant leur pétition et en écrivant à notre député.

Mais sans cesser de nous entraîner à devenir nous-mêmes constituants, c’est important. Il faudra précisément rédiger de bons articles capables d’interdire à tout jamais aux « représentants » d’obéir ainsi (servilement et secrètement) aux barons voleurs du moment.

PS : le lien vers la pétition :
http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/yeswegraine-maraichers-aient-droit-utiliser-semences/14494
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Rendez-vous à Lyon, le 11 mars 2016, avec Jacques Testart, sur le thème « Tirage au sort et démocratie »

Ah ! que je suis content de revoir cet homme-là !
J’aime son regard, dans tous les sens du terme ; j’aime sa certitude que tous les hommes peuvent devenir meilleurs, ensemble, s’ils acceptent de se parler pour décider du bien commun.

Nous allons animer ensemble, avec Jacques Testart, une rencontre publique à Lyon le 11 mars (vendredi prochain) à 19h, pour réfléchir à cette combinaison essentielle (et encore largement méconnue) :
tirage au sort et démocratie.

Ça se passe dans le cadre d’une semaine « Expériences politiques », dont voici le programme (cliquez sur l’image) :
http://experiences-politiques.fr/programme/

Le lendemain après-midi, il y a un atelier constituant 🙂

Nous n’aurons, vendredi soir, qu’une salle de 150 places, je crois, dont 100 ont été offertes ici : https://www.eventbrite.fr/e/billets-tirage-au-sort-et-democratie-experiences-politiques-22163262916, et dont 50 seront disponibles à la Maison Pour Tous (Lyon 3e).

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Je vous parle de Jacques depuis longtemps ( et , par exemple) parce que je trouve son travail extraordinairement utile pour PROUVER (pour que nous puissions être tous bien certains) qu’un monde politique démocratique digne de ce nom est à la fois possible et souhaitable.

Jacques est un scientifique qui réunit des Conférences de citoyens (assemblées tirées au sort) pour qu’elles forgent et formulent leur opinion sur des sujets d’éthique scientifique complexes et controversés. Mais pour lui, une opinion n’a de valeur que si elle est correctement éclairée, et il travaille précisément sur cet éclairage : il fait former les tirés au sort pendant plusieurs séances avant qu’ils ne puissent voter.

Astucieusement, les conditions de cet éclairage de l’opinion (de cette formation des tirés au sort) sont fixées par un Comité de pilotage, composé d’adversaires connus sur le problème controversé en question : ces adversaires ne vont pas mener eux-mêmes la formation, mais ils vont dire quel programme il faut suivre à leur avis, pour que les tirés au sort opinent en toute connaissance de cause.

Voici comment Jacques l’explique (je le trouve passionnant, tout simplement) :

Jacques Testart : Comment les citoyens peuvent s’emparer des choix de société ?

Conférences de citoyens & Démocratie directe

Le site Sciences citoyennes :

http://sciencescitoyennes.org/

Je trouve cette idée (faire piloter l’éclairage de l’opinion de tous par les adversaires d’une controverse, sujet par sujet) intelligente et stimulante, et je réfléchis à sa généralisation à toutes les institutions (sans la limiter aux seuls sujets d’éthique scientifique). Je compte donc poser quelques questions à Jacques pour avoir son sentiment (et ses suggestions) sur des propositions d’utilisation d’éclairage-guidé-par-des-Comités-de-pilotage en matière de politique générale.

Par exemple, si l’on considère qu’on ne peut valablement voter que si on a travaillé le sujet en question, est-ce qu’on ne devrait pas :

1) empêcher les référendums secs, sans débats contradictoires préalables ?
2) empêcher les sondages habituels, et imposer plutôt les sondage délibératifs ?
3) empêcher un député de voter une loi s’il a dormi ou s’il s’est absenté pendant les débats ? 😉
4) imposer aux services publics d’information de présenter toujours deux personnes en désaccord, sans jamais imposer un point de vue univoque ? (C’est juste une piste, car on sent bien poindre mille difficultés.)
5) empêcher (ou dissuader) un électeur d’élire un candidat sans avoir écouté attentivement tous les autres candidats ? (Ne grimpez pas aux rideaux tout de suite, on réfléchit 🙂 )
6) nous auto-organiser à faible coût un parlement citoyen délibératif et permanent, capable au moins de dire de facon fiable ce que désire réellement « le peuple français » sur tous les sujets de son choix. 50 ou 100 tirés au sort pourraient suffire pour cette institution auto-proclammée qui se chargerait d’interpeller les pouvoirs et de donner son point de vue dans les médias (suggestion de Chris).

Etc.

Je vous invite à nous suggérer ici, en commentaires, d’autres applications qui vous viendraient à l’esprit ; par exemple autour des Chambres de contrôle (toutes tirées au sort) : comment éclairer leur jugement ? Quels articles pourrait-on proposer ?

J’aimerais aussi savoir si, pour Jacques, il est (éventuellement) imaginable de faire passer l’éclairage de l’opinion (par Comités de pilotage) de l’échelle de 40 personnes à celle de 4 000 ou même de 40 millions de personnes, et avec quelles modalités.

Avons-nous besoin de représentants ? Est-il possible de désigner des représentants fidèles ? Comment pourrions-nous instituer un bon éclairage de l’opinion d’une Chambre législative 1) élue sans candidats ou 2) tirée au sort (environ 1000 personnes) ? Et si on écrivait un article ?

Par ailleurs, il est des cas où il n’est peut-être pas possible (et peut-être pas souhaitable) de prendre tout ce temps pour éclairer l’opinion de ceux qui vont voter. Je pense notamment à cet article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 qui déclarait le droit sacré (et le devoir indispensable) du peuple à l’insurrection (contre un pouvoir qui serait devenu tyrannique). Est-on d’accord pour dire qu’un référendum révocatoire n’a pas besoin de formation des électeurs ni de comité de pilotage ? 🙂

J’aimerais enfin (si c’est possible, on verra) consacrer un moment à essayer de faire avec Jacques, sur scène, un atelier constituant 🙂 pour montrer à ceux qui se demandent comment ils pourraient faire leurs propres ateliers, pour qu’ils voient comme c’est simple, finalement : on est autour d’une table à prendre un café, et l’un d’entre nous invite la Constitution dans la conversation, en montrant aux autres l’article qu’il a rédigé ce matin à la hâte au réveil ; il n’est pas très bien écrit, mais on s’en fiche car ce n’est qu’une première mouture et le secret de l’action, c’est de commencer. J’imagine que Jacques va me dire « hep hep hep tu as oublié de prévoir ça et ça, non ? » – « Ah oui, que je suis bête, corrigeons… », et on corrige ensemble, et ainsi de suite… La salle pourrait peut-être intervenir pour nous proposer des mots ou des idées…

Si on est en forme, ça peut être pédagogique, ça peut donner envie à plein de gens d’essayer, en donnant en spectacle le fait que les ateliers constituants c’est simple et agréable, non ?

Bon, j’ai déjà hâte d’y être 🙂

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Un dernier mot pour vous parler du dernier livre de Jacques :

L’humanitude au pouvoir Comment les citoyens peuvent décider du bien commun

http://www.seuil.com/livre-9782021219319.htm

C’est un livre génial 🙂 Ah, mais comme ça donne de l’espoir, toutes ces histoires d’humains devenant plus intelligents et plus généreux par l’effet de la délibération collective bien organisée !

Je vais reproduire ici un extrait que je trouve particulièrement émouvant ; c’est à la page 37 :

L’humanitude : intelligence collective avec empathie

Il est des situations privilégiées, hélas fort peu fréquentes, où les personnes impliquées dans une action de groupe particulièrement exaltante semblent subir une mutation intellectuelle, affective et comportementale que je propose de nommer humanitude. Ce terme, dont la sonorité évoquera celui de bravitude, lancé sans nécessité ni bravoure par la présidente de la Région Poitou-Charentes, risque d’être moqué. Pourtant, j’ai découvert après coup que le mot humanitude a déjà été proposé, il y a trente-cinq ans19 et repris en 1995 pour qualifier la relation de bientraitance vis-à-vis des personnes âgées : « Pour rester en relation avec ces personnes et partager avec elles émotion et sentiment, il faut un  »prendre soin » fondé sur toutes les caractéristiques qui permettent aux hommes de se reconnaître les uns les autres : l’Humanitude20. »

Le sens que nous donnons ici à humanitude n’est pas limité à la bienveillance et porte l’idée d’émancipation collective car, au-delà de la compassion, il vise la recherche active de solutions partagées.

Je ne connais pas de mot qui embrasse toutes les qualités que peut manifester une personne en communion avec ses semblables pour proposer, en responsabilité, des actions bénéfiques au plus grand nombre. En effet, si le substantif « humanisme » signale le caractère altruiste, empathique, fraternel, qui se manifeste dans l’humanitude, il ne dit rien sur l’intelligence collective qui permet d’apporter des propositions concrètes.

Ceux qui ont vécu Mai 68 se souviennent de l’empathie presque générale qui s’était emparée des usagers du métro ou de personnes croisées un peu partout : c’était comme si chacun éprouvait soudain le sens du mot fraternité et s’étonnait de n’en avoir rien su auparavant. Dans l’allégresse partagée, et souvent sans motif évident, on se souriait, échangeait des plaisanteries ou des idées un peu loufoques, on s’entraidait sans qu’il soit besoin de demander. Le monde était à nous parce qu’un autre monde semblait possible, libéré des méchants, des exploiteurs, des emmerdeurs et castrateurs, un monde où l’on aurait le droit de vivre intensément chaque instant, de le transformer en fête des sens et de l’esprit, de communier avec chacun qui n’est plus un inconnu, de découvrir le goût et l’aptitude pour le bonheur simple, l’échange, l’imagination, et le respect des gens.

Cette mutation de l’Homo economicus en Homo enfin sapiens sapiens, celui qui agit en conscience, se réalisait dans une situation où bien peu étaient réellement acteurs, seulement contemporains d’un mouvement débordant la médiocrité quotidienne en ouvrant des fenêtres généreuses et fantasques sur la « vraie vie ». Un phénomène comparable peut exister, par exemple à l’occasion d’une grande manifestation publique où s’expriment, dans l’enthousiasme et le nombre, des idées joliment utopiques mais largement partagées, ou à l’occasion d’une grève soutenue qui amène à des complicités profondes avec des collègues qu’on ignorait au quotidien.

Les avancées politiques et sociales obtenues depuis deux siècles ne résultent pas directement du suffrage universel, mais d’abord des luttes sociales, des mouvements à caractère révolutionnaire où fleurissait l’humanitude et qui ont été capables d’imposer ces avancées au législateur : abolition des discriminations raciales ou de l’esclavage, droits des minorités et des femmes, décolonisation, droits sociaux…

L’humanitude n’est pas une qualité individuelle, elle ne jaillit pas d’un mouvement solitaire, mais par l’émulation qui naît au sein d’un groupe en effervescence intellectuelle, morale et affective. Elle figure le meilleur de l’humanité et de l’intelligence partagée. Dans Douze Hommes en colère (film de 1957), le réalisateur Sidney Lumet montrait comment des jurés en viennent à innocenter un homme dont la culpabilité était initialement certaine : contre les jugements trop rapides, c’était un éloge de la réflexion et de l’esprit critique de citoyens gagnés par l’humanitude.

C’est la même humanitude qui se manifeste dans les conférences de citoyens. Celles-ci stimulent l’exaltation de personnes qui découvrent leur capacité à maîtriser un sujet compliqué et ignoré il y a peu, en inventant des solutions auxquelles les experts n’avaient pas pensé ou qu’ils avaient négligées, en éprouvant la puissance du collectif pour élaborer un avis qui échappe aux mesquineries des intérêts particuliers, en esquissant une nouvelle identité où ils peinent à se reconnaître tant elle est faite de savoir, de rigueur et d’altruisme, et en cultivant l’hypothèse que le monde pourrait être changé grâce à cette œuvre à laquelle ils participent.

Selon un expert allemand des jurys citoyens, « toutes les études démontrent que les conclusions sont fortement marquées par la recherche de l’intérêt général. Sa défense est un rôle si attrayant que les citoyens vont jusqu’à proposer des solutions qui vont parfois à l’encontre de leurs propres intérêts. C’est ainsi qu’aux États-Unis les jurys citoyens ont demandé une augmentation des impôts »21.

Pour la plupart, ces citoyens s’attristent de devoir retourner à la médiocrité où la condition ordinaire les condamne, à l’issue d’une telle communion intellectuelle et humaniste avec quelques-uns de leurs semblables. Ainsi peut-on observer « la transformation personnelle que beaucoup de membres des panels disent avoir subie : l’expérience les marque, certains changeant de métier, de mode de vie, s’impliquant dans la vie publique comme ils ne l’avaient jamais fait »22.

Malgré leur pouvoir informatif ou cathartique, aucune des autres procédures « participatives » n’est capable, au moins le temps d’élaboration d’un avis, de transformer un être banal en citoyen responsable capable d’humanitude. En ce sens, il faut craindre que l’engouement croissant pour faire de l’Internet un outil majeur de l’élaboration démocratique vienne briser l’élan d’empathie, lequel passe aussi par la communion physique, les regards complices, les émotions que traduisent les visages.

C’est surtout l’humanitude qui fait l’originalité d’une conférence de citoyens et ce phénomène nous semble découler d’une levée soudaine de la chape oppressive qui inhibait au jour le jour l’intelligence, la générosité, la volonté de savoir et décider. La conférence de citoyens est l’occasion d’une rébellion paisible mais intégrale contre la domestication. Cela ne suffit pas pour conduire une révolution sociale impliquant la majorité de la population, mais donne à espérer dans les capacités humaines pour définir et réaliser de véritables changements. Car les gens qui peuplent nos sociétés sont rarement admirables : souvent lâches, bêtes et égoïstes, la plupart ne sont que la forme inhibée d’Homo sapiens comme la chenille rampante contient le papillon. Permettre la métamorphose, même dans un bref échantillon, c’est constater que l’imago vaut mieux que la larve et qu’il peut s’épanouir chez le plombier ou la ménagère, le bourgeois ou le travailleur précaire, l’apolitique ou l’électeur d’extrême droite… Il s’agit d’une sorte de miracle, qu’ont observé presque tous ceux qui ont organisé ou participé à de telles procédures.

Peut-être n’est-ce possible que grâce à la sélection des seuls volontaires pour constituer un jury citoyen ? En effet, parmi les personnes tirées au sort mais qui ont refusé ce mandat, exigeant et non rémunérateur, on peut penser que certains auraient manqué de l’aspiration curieuse et altruiste nécessaire pour les transformer en « super-citoyens », c’est-à-dire en personnes pleinement conscientes que la solidarité est le meilleur ciment de l’humanité. Par l’acceptation d’une mission collective d’intérêt public, l’émulation naît dans ce petit groupe et éveille la conscience universaliste de ceux qui ne combattent pas pour prendre ou garder le pouvoir. Ainsi se révèle le meilleur de l’humanité. Pourtant, il ne s’agit pas d’élitisme quand ce sont les élus du sort eux-mêmes qui valident leur participation, offerte par le hasard, et que leur rôle fugace et bénévole se concentre sur le bien commun.

Croire aux vertus de la citoyenneté, ce n’est pas célébrer les êtres humains en l’état où les a placés la société, c’est ne pas douter qu’un citoyen sommeille en chacun et s’efforcer de l’éveiller, c’est cultiver l’humanitude pour faire du gogo un citoyen.

Dans l’immédiat, et pour cultiver au plus tôt la capacité d’humanitude, en faire désirer les effets, les enfants pourraient consacrer davantage de temps aux échanges pour des créations collectives (dessin, scénario, chant choral, théâtre…).

Si des conditions opportunes sont capables de révéler l’humanitude, on peut se demander si cet état de l’humain est le fruit d’une levée d’inhibition ou celui d’une stimulation. L’humanitude est-elle empêchée dans les conditions usuelles, ou bien des conditions exceptionnelles sont-elles capables de créer cet état ? On ne peut que remarquer le rôle de l’économie capitaliste pour maintenir les populations dans une situation d’inhumanitude mais d’autres formes de société semblent aussi y parvenir.

Ainsi, même dans les sociétés dites « primitives », une certaine hiérarchie et l’attribution de rôles affectés aux divers membres pourraient freiner les manifestations d’humanitude. Dans nos sociétés néolibérales, une dispute oppose ceux qui accusent le système de « flatter les bas instincts » avec les jeux d’argent, la culture de compétition, le culte de la réussite, etc., à ceux qui répondent qu’on ne doit pas refuser aux gens ce qui les rend heureux. Mais, ce qui indigne finalement si, comme défendu ici, les êtres humains ne sont pas ce qu’ils paraissent, s’ils peuvent plus et mieux, c’est la dérision qui fait nommer démocratie un mode d’administration du monde qui ignore (qui craint ?) ce supplément d’âme et d’intelligence, qui parque les humains dans un troupeau existentiel n’accédant à la vraie liberté que par des lucarnes intermittentes. La démocratie ne peut se suffire de l’exécution des pulsions de l’humain inachevé, mais c’est pourtant là la seule exigence des démocrates aujourd’hui. Si notre système politique ne peut qu’entretenir cette illusion grâce à l’aliénation des majorités à coups de sondages, de débats publics ou d’élections, c’est qu’il s’adresse toujours à la part la plus médiocre de l’humain. Ainsi va la comédie politique…

 Jacques Testart, « L’humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun », Seuil 2015, p. 37 et s..

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Notes :

  1. Freddy Klopfenstein, Humanitude, Genève, Labor et Fides, 1980.
  2. Voir: http://www.igm-formation.net/index.php?option=com_content & task = view & id = 20 & Itemid = 39
  3. Hans-Liudger Dienel, « Les jurys citoyens: pourquoi sont-ils si rarement utilisés ? », in La Démocratie participative inachevée, Marie-Hélène Bacqué et Yves Sintomer (dir.), Paris, Yves Michel, 2010.
  4. Marie-Angèle Hermitte, « Conférence de citoyens », in Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, voir: http://www.participation-et-democratie.fr/node/1289

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Rappel de cette belle rencontre (pour moi très émouvante) entre trois personnes qui, dans le pays, bossent beaucoup à faire connaître au grand public les vertus fondamentalement démocratiques du tirage au sort en politique :

Plan détaillé minuté de « J’AI PAS VOTÉ – La rencontre – Étienne Chouard, Jacques Testart et Yves Sintomer »
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_de_%22J’AI_PAS_VOT%C3%89_-_La_rencontre_-_%C3%89tienne_Chouard,_Jacques_Testart_et_Yves_Sintomer%22
(Ouf ! Quel boulot ! Merci ! 🙂 )

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Autre rappel important :
Traitement des Objections contre le Tirage au Sort
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Affichage_Objections_contre_le_Tirage_au_Sort

#OnVautMieuxQueCa : les jeunes vont-ils arriver à bouger les syndicats ?

#OnVautMieuxQueCa

Les jeunes vont-ils arriver à bouger ces fichus syndicats ?

« Youtubeurs/Youtubeuses, vidéastes, blogueurs/blogueuses, face au projet abject et absurde de réforme du code du travail, nous pensons qu’il est temps de ne plus rester dans notre coin. Nous avons décidé de nous retrouver, d’en parler et de vous proposer de nous rejoindre pour montrer à ceux qui prétendent nous gouverner que, nous tous, #OnVautMieuxQueCa . »

• Retrouvez-les ici en groupe :
Facebook: https://www.facebook.com/OnVautMieux/
Twitter: https://twitter.com/onvautmieux
Diaspora: OnVautMieuxQueCa
Mail : onvautmieuxqueca@gmail.com

• Retrouvez-les ici un à un :

La pétition Loi travail : non, merci !
https://www.change.org/p/loi-travail-non-merci-myriamelkhomri-loitravailnonmerci

• Rappel : appel à la grève générale le 9 mars :
https://www.facebook.com/events/784059061724100/

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Je rappelle que tout pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite, implacablement, mécaniquement. Or, démocratiquement incultes que nous sommes, incroyablement confiants par rapport aux pouvoirs, nous n’imposons plus aucune limite aux abus de pouvoirs de nos maîtres

Je rappelle aussi que ce n’est pas du tout l’élection (du Front Populaire) qui, en 1936, a conduit la Banque de France à demander à Blum de lâcher les congés payés, le salaire minimum, la semaine de 40 heures…, car Auriol, comme ses prédécesseurs, avait promis au Gouverneur de la Banque de France (le vrai chef d’État de l’époque) de « bien tenir les salaires »… Non, ce qui a ouvert la voie de grands progrès sociaux, c’est la grève générale (et illimitée) dans tout le pays.

Je rappelle enfin que la révolution ne suffit pas à changer le monde, la contre-révolution reprend toujours le dessus (jusqu’ici) : je suis en train de dévorer l’histoire de la Guerre d’Espagne, révolution et contre-révolution, de Burnett Bolloten (Agone 2014), un livre bouleversant et passionnant, incroyablement d’actualité et utile aujourd’hui, et la leçon que j’en tire (là où j’en suis) est qu’il nous faut absolument une culture démocratique généralisée et préalable : si la multitude ne se méfie pas fondamentalement, naturellement, des pouvoirs institués, la contre-révolution (la réaction violente des privilégiés qui veulent le pouvoir à tout prix) ne fait rapidement qu’une bouchée des révolutionnaires, en infiltrant leurs organisations, en les dévoyant, en les corrompant et finalement en les massacrant.

Avant de nous insurger, nous devons apprendre, entre nous, à nous et à nos enfants, à instituer nous-mêmes des limites drastiques et durables à toute forme de pouvoir.

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[Edit] J’ai vu passer cette vidéo critique, que je trouve intéressante :

« #Onvautmieuxqueça ? Code du Travail (Terrene Trash 33) »
par Franck Brusset

C’est vrai que ces jeunes gens, au lieu de récolter sur une plateforme internet des histoires personnelles de maltraitance au travail MALGRÉ le Code du travail (preuve que ce Code ne sert pas bien de protection), feraient mieux de récolter des histoires personnelles où une maltraitance au travail a été ÉVITÉE GRÂCE au Code du travail (preuve que ce Code sert effectivement et qu’il faut donc le protéger).
Ce serait plus cohérent pour défendre le Code du travail attaqué.

Ceci dit, ils peuvent faire évoluer leur projet, et c’est un essai d’accroche des endormis (un de plus) => 1) on ne peut pas savoir à l’avance si ça va fonctionner ou pas, et 2) si ça fonctionne (au moins un peu), on peut espérer que les réveillés vont dépasser le stade du # 🙂

Donc, ne pas décourager ceux qui essaient des pistes 🙂

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Voir aussi ce que dit Gérard Filoche​ de la « loi-travail » sur Là-bas si j’y suis :
http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/9-mars-greve-generale-contre-la-loi-travail

[Formidable] Les Suisses vont voter pour (enfin) retirer aux banques privées leur pouvoir de création monétaire

Il faut remercier Romaric Godin, pour ce nouvel article passionnant (il les enchaîne, ces temps-ci), dans le journal économique La Tribune , sur ce fléau mondial qu’est la création monétaire confisquée aux peuples par les banques privées.

Il s’agit d’un référendum d’initiative populaire, en Suisse, pour reprendre aux banques privées le droit du peuple suisse à battre sa propre monnaie (rien que ça !).

On peut s’attendre à un rouleau compresseur médiatique contre cette proposition citoyenne, compte tenu du fait que toute la presse qui compte (sur terre) et la plupart des « journalistes » (sauf Romaric Godin et quelques autres, manifestement) ont été — littéralement — vendus aux banques (et aux marchands de canons, eux aussi achetés par les banques). Je ne sais pas combien de temps des lanceurs d’alerte comme Romaric Godin vont pouvoir publier dans la presse à grand tirage, mais pour l’instant il faut en profiter : faites passer 🙂

Et pour approfondir le sujet de la création monétaire — à mes yeux aussi important que le processus constituant — voyez ma page dédiée : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/monnaie.php

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Et n’oubliez pas, tous les jours, d’apprendre à constituer 🙂

Étienne.
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Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire

Par Romaric Godin  | 
http://www.latribune.fr/economie/international/les-suisses-voteront-pour-oter-aux-banques-leur-pouvoir-de-creation-monetaire-539180.html
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter.
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)
Une initiative populaire visant à donner à la banque centrale suisse le monopole de la création monétaire a obtenu assez de signatures pour organiser une votation. Son adoption serait une révolution dans la Confédération.

Avec la crise qui a débuté en 2007, l’idée d’ôter aux banques le pouvoir de créer de la monnaie commence à faire son chemin, progressivement, dans l’opinion. L’an passé, un rapport parlementaire islandais a clairement proposé d’en finir avec ce pouvoir. Mais – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – le débat pourrait s’accélérer à partir de la Suisse, pays connu pour son système bancaire démesuré.

Vers une votation

Jeudi 24 décembre, en effet, la chancellerie fédérale helvétique a enregistré officiellement l’initiative populaire « monnaie pleine » qui vise à donner à la Banque nationale suisse (BNS) le monopole absolu de la création monétaire. Cette initiative, lancée en juin 2014 par un groupe dirigé par un instituteur alémanique, Hansruedi Weber, a recueilli 111.824 signatures, soit davantage que les 100.000 nécessaires pour provoquer une votation, autrement dit un référendum.

C’est une étape importante pour cette initiative. Désormais, le conseil fédéral (gouvernement) et le parlement suisses vont devoir se prononcer sur le projet qui prévoit la modification de l’article 99 de la constitution helvétique. Puis, à une date qui reste à définir, le peuple suisse sera amené à se prononcer dans une votation. Pour être acceptée, cette initiative devra alors obtenir non seulement la majorité populaire au niveau fédéral, mais aussi dans au moins 12 des 23 cantons de la Confédération.

Les problèmes de la situation actuelle.

Le chemin est donc encore long. Mais une chose semble certaine : le débat aura bien lieu. Que propose concrètement cette initiative ? Pour ses promoteurs, la constitution helvétique est aujourd’hui inadaptée. Cette dernière reconnaît dans son article 99-1 à la « Confédération » seule le droit de battre monnaie et donne dans son article 99-2 à la BNS reconnue « indépendante », le droit de mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays. » Rien de plus.

Concrètement, ceci donne de fait à la BNS le monopole de l’émission des pièces et billets, les seules formes monétaires qu’elle maîtrise. Mais elle ne maîtrise pas l’essentiel de la monnaie créée qui, en Suisse, comme ailleurs, est de la monnaie « scripturale », faisant l’objet d’un jeu d’écriture et non d’échanges physiques. Cette monnaie est, pour l’essentiel, créée par les banques lors de l’attribution de crédits à l’économie physique ou à d’autres banques.

Pour les auteurs de l’initiative, cette situation pose deux problèmes. D’abord, en « privatisant » via les banques la création monétaire, l’Etat perd là un revenu. Ensuite, contrairement à ce que prévoit la constitution, la BNS ne maîtrise que difficilement la création monétaire. Certes, la politique de taux joue en théorie sur le prix du crédit et donc sa distribution, mais cette transmission est imparfaite, on le constate encore en zone euro. La capacité de création monétaire donnée aux banques encourage la formation de bulles spéculatives ou, au contraire, freine la production de crédit lorsque celle-ci serait nécessaire. La financiarisation de l’économie a été le corollaire de ce pouvoir monétaire des banques.

Transmettre à la BNS le pouvoir de création monétaire

Pour disposer d’une économie plus stable et mieux maîtrisée et d’une création monétaire plus centrée sur l’économie réelle, les auteurs de l’initiative proposent donc de préciser que la BNS « émet désormais seule » non seulement la monnaie physique, mais aussi la « monnaie scripturale. » Conséquence : les banques perdront leur capacité de créer de l’argent ex nihilo. Tout prêt accordé par une banque devra ainsi être couvert par de la monnaie de la banque centrale au bilan de l’établissement. Dès lors, la BNS maîtrisera entièrement la création monétaire.

Le rôle des pouvoirs publics

L’initiative prévoit trois modes de distribution de l’argent créé par la BNS. D’abord via un transfert de cet argent aux pouvoirs publics pour alimenter l’économie. Ce transfert ne se fera pas sous forme de prêt, mais de « don. » La BNS alimentera donc directement les caisses publiques de la Confédération et des Cantons à la hauteur qu’elle aura déterminée. Certains s’émeuvent de la perte d’indépendance de la BNS, mais Reinhold Harringer, le porte-parole du groupe à l’origine de ce projet contacté par La Tribune, estime qu’une « complète indépendance n’existe jamais. » Il compare cette indépendance à celle de la justice fédérale : ses tribunaux sont « sous la pression de l’opinion publique, mais ses décisions sont acceptées par tous. » La BNS aura un « mandat légal clair » et « pourra agir en toute indépendance », tout en devant « rendre des compte à l’opinion publique. » Concrètement, la BNS ne fournira pas tout l’argent dont aura besoin les budgets publics, elle alimentera ce budget à la hauteur qu’elle jugera juste. Quitte, du reste, à utiliser ceci comme un moyen de pression sur les autorités pour les contraindre à réduire leurs dépenses qui, par ailleurs, en Suisse, sont déjà encadrées par une « règle d’or. »

Un « QE pour le peuple » ?

Deuxième moyen de transmission de l’argent de la BNS : les ménages eux-mêmes. Le nouvel article 99-a-3 de la constitution fédérale proposée par l’initiative prévoit l’attribution directe d’argent de la BNS aux particuliers. L’initiative émet donc la possibilité d’un « QE pour les gens », idée qui circule actuellement en Europe. Mais il est possible d’imaginer que cet argent soit aussi celui d’un revenu de base qui est actuellement en discussion en Suisse, comme en Finlande.

L’importance du circuit bancaire demeure

Dernier mode d’alimentation de l’économie en argent de la banque centrale : les banques elles-mêmes. Mais cette fois, à la différence d’aujourd’hui, les banques ne pourront prêter que l’argent qu’elles auront auparavant emprunté à la BNS selon les moyens traditionnels déjà existant de refinancement. « Il est important de conserver cette possibilité », explique Reinhold Harringer pour qui c’est un moyen important d’une gestion « fine et adaptée » des besoins de l’économie. Avec cette proposition, la distinction entre l’argent de banque centrale et la masse monétaire disponible pour l’économie disparaît. La capacité des banques d’alimenter des bulles est alors réduite, car elle doit rembourser l’argent qu’elle prête. Or, en zone euro, par exemple, c’est un des problèmes de la BCE : son bilan enfle avec l’assouplissement quantitatif, mais le crédit aux entreprises reste en faible croissance.

Gestion plus efficace pour la croissance ?

Cette gestion directe de la masse monétaire par la banque centrale sera-t-elle alors plus « efficace » que le système actuel pour générer de la croissance ? Reinhold Harringer le croit. « La banque centrale dispose d’une vision globale de l’économie de meilleure qualité que chacune des banques qui agissent avec une vision commerciale propre », souligne-t-il. Il estime aussi que la banque centrale disposera également des moyens de mieux réagir aux évolutions conjoncturelles, que ce soit un risque de ralentissement ou de surchauffe. Mais le but de l’initiative est clairement de disposer d’une croissance de « meilleure qualité », plus centrée sur l’économie réelle et plus stable.

Changement de modèle pour la finance helvétique

Cette initiative dispose du soutien de plusieurs économistes, suisses et européens. Mais elle fait, on s’en doute, l’objet de vives critiques de la part du secteur bancaire helvétique, qui est, avec près de 12 % du PIB suisse, un des piliers de l’économie nationale. Mais Reinhold Harringer estime que l’initiative va permettre au secteur de revenir à une activité « plus traditionnelle et plus solide. » Il cite le cas de banques comme la banque postale suisse, qui, sans avoir la possibilité de créer de la monnaie, réalisent de bons bénéfices. Reste que, pour les géants bancaires comme Credit Suisse ou UBS, qui vivent sur les activités de marché, le coup pourrait être rude et ils pourraient ainsi décider de quitter le pays. Mais l’initiative semble viser un changement de système : mieux vaut des banques plus modestes, mais plus utiles, que des géants bancaires instables et qui font peser un risque continuel sur les comptes publics. Une vraie révolution, donc.

Le risque de la transition

Également critique, le think tank libéral Avenir Suisse, financé par les grandes sociétés du pays, prône plutôt une politique de « petits pas mesurés » dans la réforme de la finance plutôt que la révolution prônée par l’initiative « monnaie pleine. » Selon Avenir Suisse, ce système de « monnaie pleine » conduirait à un « état transitoire permanent » dangereux. Reinhold Harringer, lui, répond qu’une phase de transition est prévue. Le premier jour, les engagements vis-à-vis des clients des banques vont devenir des engagements vis-à-vis de la banque centrale et seront sortis du bilan des banques. Mais rien ne sera changé. Les remboursements des crédits contractés par les clients viendront alimenter les remboursements à la banque centrale. Le tout, affirme-t-il, pourra être corrigé en cas de besoin.

Une idée ancienne

L’initiative n’est, il est vrai, pas fondée sur du sable. Elle s’inscrit dans une longue histoire. C’est, dans les années 1930, l’économiste Irving Fisher, qui avait lancé la proposition dans le cadre du « plan de Chicago » proposé au président Franklin Delano Roosevelt. Ce dernier a rejeté cette proposition, mais elle a été reprise par plusieurs économistes, dont le monétariste Milton Friedman. Cette idée a cependant été progressivement oubliée sous le triomphe de la financiarisation de l’économie. C’est la crise de 2007-2008 qui la fait revivre avec notamment une étude de deux économistes du FMI, Jaromir Benes et Michael Kumhof, qui reprennent et valident les thèses d’Irving Fisher, voyant dans le retrait aux banques de la création monétaire, un moyen de dynamiser la croissance en réduisant les risques de crise.

L’Islande a ouvert le bal

L’idée a alors retrouvé des défenseurs. Fin mars 2015, un parlementaire islandais Frosti Sigurdjonsson a remis au premier ministre de l’île nordique un rapport très complet sur le sujet en recommandant d’ôter aux banques la capacité de création monétaire. Ce rapport n’a pas débouché sur une proposition concrète pour le moment, mais il a amplifié le débat autour de cette idée entre économistes. Plusieurs autres initiatives visent à renforcer le pouvoir des banques centrales vis-à-vis des banques commerciales. En Irlande, le parti conservateur Fianna Fàil propose ainsi dans son programme des élections de 2016 de donner à la banque centrale irlandaise le moyen de limiter la capacité des banques à émettre des emprunts immobiliers.

Révolution dans la finance ?

Une adoption par la Suisse de cette initiative serait indéniablement une révolution dans le monde de la finance et ses conséquences dépasseraient largement les frontières de la Confédération. Car la Suisse n’est pas la petite Islande, c’est un des centres financiers les plus importants de la mondialisation. Or, les rares sondages sur la question ont donné une large majorité au « oui » à l’initiative. Le plus récent, datant d’août, donnait 57 % pour l’initiative, mais il doit être pris avec beaucoup de précaution, car il n’a pas été réalisé par un institut de sondage reconnu. Reinhold Harringer estime que les sondages montrent, au moins, que les citoyens helvétiques rejettent majoritairement le système actuel et se dit donc « confiant. »

Rien ne dit cependant que cela débouchera sur une majorité pour l’initiative. Le secteur bancaire va sans doute peser de tout son poids dans la campagne, emportant une partie des partis de droite, traditionnellement favorables à ce secteur. D’autant que, dans le cas qui nous occupe, il faudra aussi obtenir une majorité dans la moitié des cantons (et il existe en Suisse six demi-cantons comptant pour une demie voix). Mais les votations helvétique ont des résultats parfois surprenants.

Au-delà des divisions traditionnelles

Une chose est certaine : le sujet dépasse les divisions politiques traditionnelles. Les porteurs de ce projet sont plutôt des conservateurs et des libéraux alémaniques, inspirés par les idées monétaristes de stabilité. Mais l’idée de réduire l’influence des banques et de placer la BNS face à sa responsabilité économique en termes de croissance peut séduire plus d’un électeur de gauche, plus nombreux en Suisse romande. Si les partis politiques suisses n’ont pas encore pris position dans ce débat, il n’est pas certain que leurs consignes de vote soient ici réellement suivies. La Suisse pourrait donc donner le ton à un changement notable dans la finance internationale.

#QEforthepeople
Rappel :
ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ?
RELANCER LA DEMANDE avec DE L’HELICOPTER MONEY. Vite !

http://chouard.org/blog/2014/10/12/epouvantails-ou-reflation-relancer-la-demande-avec-de-lhelicopter-money-vite/

[Edit]
Ne ratez pas cette explication — LUMINEUSE — par François de Siebenthal :
Un banquier suisse explique en 36 minutes l’arnaque de la création monétaire

DEMAIN : le film est sorti et il est épatant ! Faites passer.

Ah que c’est bon ! C’est une bouffée d’air frais, ce film, une rasade de potion magique, un condensé de mille expériences et propositions importantes.

Vous vous souvenez que, fin mai, j’avais signalé que Mélanie et Cyril nous demandaient de les aider à faire un film positif, constructif et optimiste, un tour du monde d’expériences formidables, pour donner la pêche à tous ceux qui ne croient plus qu’on puisse renverser la vapeur capitaliste. Et nous avons été des milliers à les aider 🙂

Je viens (enfin ! quel traînard je suis, 6 semaines après la sortie…) d’aller voir ce film, et je l’ai trouvé enthousiasmant, très beau, très riche, très bien fait, une bonne synthèse de tout ce qui nous préoccupe tous, mais sous un angle constructif et optimiste, avec une partie passionnante sur la permaculture, des villes en transition, des entreprises respectueuses des hommes, des humains épatants au Danemark, en Inde, en Finlande, à San Francisco, en Normandie, etc., une partie qui incrimine la monnaie-dette, les multinationales et les banques, et Bernard Lietaer qui explique les monnaies locales et la nécessaire bio-diversité monétaire, une partie où David Van Reybrouck parle de tirage au sort et même l’idée d’assemblées constituantes tirées au sort ! Le pied, quoi 🙂 J’en oublie plein, évidemment, car le film va vite, on ne s’ennuie pas une seconde et c’est difficile de tout fixer d’emblée. Il faut sans doute le revoir, et puis travailler le texte, le crayon à la main, pour bien mémoriser et intégrer toutes ces suggestions. Le livre servira précisément à ça, je pense.

Que vous dire de plus que vous inviter à aller le voir, si ce n’est pas déjà fait, et à le faire connaître autour de vous 🙂

Merci à tous ceux à qui nous devons ce bel outil politique d’origine citoyenne.

Faites passer 🙂

Étienne.

• Pour savoir dans quelle salle aller le voir, il y a le site du film : http://www.demain-lefilm.com/

• Aussi, la page Facebook du film : https://www.facebook.com/demain.lefilm/

• Il y a aussi un livre, pour reprendre tout ça lentement et bosser à son rythme 🙂 http://www.demain-lefilm.com/demain-le-livre

Le fil Facebook correspondant à ce billet : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153859729672317

Des problèmes d’élection ? L’impuissance n’est plus une fatalité !

Témoignage :

A 45 ans, je redécouvre la vie d’Homme

Posted by Jérôme qui t’aime


Musicien raté, gauchiste moribond, ingénieur soumis, ouiouiste obstiné, le ventre mou et la conscience gélifiée, Jérôme Choain n’est pas à proprement parler un homme susceptible de susciter l’intérêt de ses concitoyens. C’est un homme normal. Jusqu’à ce que sa vie bascule. Il en parle en toute franchise, n’élude aucun détail de son intimité flappie. Un témoignage rare:

« J’allais abandonner tout espoir. Je m’étais presque habitué à cette vie passive, j’avais la démocratie en berne, j’étais résigné: je ne serai plus jamais un Homme.

Et puis un jour un ami m’a conseillé un site. J’y suis allé sans grand espoir, les solutions miracles, on en a soupé.


Ce fut un choc! J’ai découvert des tas de gens qui avaient le même problème électile que moi, tous partageaient leur expérience avec beaucoup de générosité et de bienveillance. Pas de prêchi-prêcha: du débat, du partage, de la vergogne, et tout cela totalement gratuitement. En à peine 6 mois, j’avais retrouvé la niac, ma femme n’en revenait pas, j’avais retrouvé l’envie.

Pourtant ils n’ont pas manqué les oiseaux de mauvaise augure qui ont voulu salir mon désir de reprendre ma vie en main: “fais gaffe, c’est une secte”, “arrête de penser, il y a des professionnels pour ça”, “ne prend pas ça, ce sont des molécules populistes très dangereuses”, “Attention aux effets secondaires fascisants” et j’en passe…


Cela fait des mois que je suis ce traitement totalement naturel et croyez moi, je ne me suis jamais senti aussi bien. Aucun effet secondaire en dehors d’un trop plein d’échanges parfois difficile à juguler.

Je me suis enfin réveillé, et je ne suis pas prêt de me rendormir!

J’invite tous ceux qui souffrent à tenter l’expérience: je ne demande pas de me croire sur parole, je propose d’en parler, ensemble. »

Source : jcfrog.com/democracy4all

Fil Facebook : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153778178007317

Pourriture professionnelle chez les professionnels de la politique : un nouvel exemple écœurant

Voici ce que vient d’écrire Flore Vasseur sur son mur :

« Chers tous et toutes

Il y a une semaine je vous présentais mon travail (film de 52 min sur Arte) sur l’action de Larry Lessig pour dégager l’action politique de l’influence de l’argent.

Après plusieurs expérimentations pour placer ce sujet au cœur de la campagne présidentielle, il avait décidé de se présenter lui même aux élections. En un mois, il avait recueilli la mise de fond minimum auprès d’internautes et atteint le 1% nécessaire d’intention de vote pour faire partie des grands débats télévisés entre démocrates, grand’messe incontournable des élections. Le prochain débat démocrate a lieu le 14 novembre et Lessig, techniquement, devait en être.

LE PARTI DÉMOCRATE A MODIFIÉ LUNDI LES RÈGLES D’ACCESSION À CES DÉBATS.
Lessig a annoncé qu’il suspendait sa campagne.
Les idées puissantes se remarquent à la résistance qu’elles déclenchent.
C’est tragique et sous nos yeux.

Je doute que Lessig ne s’arrête là. C’est David contre Goliath version fin de la démocratie américaine. Je sais que ce sujet vous intéresse. Organisons nous pour que le sujet (de la corruption endémique) ne passe pas à la trappe.
Au cas, voici la version youtube du film »


___

Je pense à Flore​, qui se donne tant de mal depuis le début pour relayer auprès de nous ce combat courageux de Larry Lessig contre la corruption politique. Elle doit être bien triste, en voyant le valeureux citoyen bâillonné par les politiciens professionnels.

C’est rageant. Ça confirme (s’il en était besoin) combien CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR. C’est à se dire que les professionnels de la politique sont ontologiquement, dans leur être même, par nature et pour toujours, forcément, des ennemis du peuple. On se retient de penser cela, on se force à ne pas généraliser, mais cette pensée revient sans cesse, comme une évidence criante.

Je pense de plus en plus profondément qu’il n’y a pas de démocratie sans tirage au sort. L’élection est profondément anti-démocratique, car elle conduit MÉCANIQUEMENT, fatalement, à la professionnalisation de la politique, professionnalisation qui est précisément le fléau que la démocratie (la vraie) cherche à tout prix à éviter.

Je vous invite à découvrir (et relayer) le film passionnant que Flore a réalisé pour nous raconter cette aventure (un film qui a été rediffusé il y a quelques jours sur Arte).

Faites connaître tout ça autour de vous, si vous le jugez utile.

Le niveau monte.

Merci à tous, pour tout ce que vous faites (pour que le niveau continue à monter) 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153773269532317?pnref=story

Collecte de dons pour acheminer des médicaments au dispensaire de soins d’Athènes afin de les aider à tenir bon dans la tempête !

Des gens dévoués (et pragmatiques) réfléchissent aux moyens d’aider les Grecs.
Voici un exemple d’aide immédiate et concrète, que nous pouvons encourager par de simples dons :
https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-dispensaire-de-soins-auto-gere-dathenes

Merci Sarah.

Le fait que les peuples soient capables de s’aider mutuellement, concrètement, massivement, est un message puissant — aux oligarques mais aussi aux peuples eux-mêmes — que nous pouvons donner tous les jours, si le cœur nous en dit.
C’est un bon complément des ateliers constituants 🙂

Faites passer 🙂

Le fil Facebook correspondant à cet appel :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153492014122317

« Ruptures » : le 29 mai 2015, lancement d’un mensuel hors du commun

Bientôt 10 ans.
10 ans que nous avons uni nos forces en France pour crier aux prétendues « élites » un NON réfléchi et déterminé opposé à l’anti-constitution européenne.

C’était le 29 mai 2005.
Un jour de victoire populaire contre les mensonges médiatiques ; c’est plutôt rare.

10 ans, depuis lors, de scandaleux mépris du peuple de la part de nos prétendus « représentants » et de nos prétendus « journalistes » ; mépris de tous les journaux « importants », tous achetés par des banques ou des marchands d’armes ! Les « Ouiistes » nous ont traités (et nous traitent encore) de xénophobes, de « fascistes », de « moutons noirs », de repliés-sur-nous-mêmes, d’aigris…

Attention ! Danger (par ici) de moutons noirs !

10 ANS ET PLUS QUE JAMAIS BESOIN D’UN JOURNAL RADICALEMENT EURO-CRITIQUE, opposé frontalement au processus fondamentalement antidémocratique qu’est la prétendue « construction européenne ».

Ce journal des résistants sera peut-être

Il se fixe cet objectif-là, apparemment :
http://fr.ulule.com/ruptures-presse/

Pierre Levy, son rédacteur en chef, présente le projet :

Financement participatif :

« Ruptures » ne sera sans doute pas aidé par le système ; il a donc besoin de nos sous… C’est naturel, on le sait : si l’on veut des outils d’information vraiment libres, il faut que nous soyons capables de les financer nous-mêmes.

Donc, si vous faites partie des millions de « Nonistes » de 2005 (violés en 2008, et tous les jours depuis), si vous êtes comme moi un électeur humilié par les élus, vous devriez aider ce journal à naître, je crois.

J’aurais dû vous en parler depuis longtemps ; j’ai traîné, pardon, aujourd’hui, ça urge !

Le lien pour leur donner un coup de main :
http://fr.ulule.com/ruptures-presse/

Et… faites passer :o)

—————–

Et puis il faudrait peut-être aussi qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’on pourrait faire, le 29 mai prochain, pour marquer le coup de l’anniversaire de cette victoire populaire (l’anniversaire de la-trahison-des-élites, lui, serait plutôt « tous-les-jours-depuis »…)

Bon courage à tous.

Étienne.

Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique

Dimanche prochain (22 mars 2015), sur Arte, nous pourrons voir un document préparé par Flore Vasseur (une chic fille, courageuse), qui nous présente un homme épatant, Larry Lessig.

Voici la présentation qu’en fait Flore :

« Ce dimanche à 12h55, Arte diffuse mon film de 26 minutes sur Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique. Grâce à la Revue XXI qui m’avait demandé un reportage, j’avais pu mieux comprendre le travail de cet homme.

Voici le film de Flore qui a été diffusé sur Arte :

Ce film est le premier épisode d’une série en création originale appelée TEDStories, née d’un partenariat entre les conférences TED et Arte. Le concept ? Repérer une idée forte dévoilée à TED. Partir à la rencontre de la personne qui la porte, où qu’elle soit, pour documenter l’impact concret. À travers le portrait de cette idée, une solution locale à un problème universel, révéler le destin d’une personne qui a décidé de se mettre en marche. Je veux lier la vie d’une idée à celle de son porteur, mêler histoire personnelle et solution pour le monde. Mon intuition de départ ? Les idées pour « changer le monde » sont partout. Mais les questions, mes préférées, demeurent : pourquoi un jour y croit-on suffisamment pour passer à l’action ? Qu’est-ce qu’on trouve sur ce chemin et qu’est-ce qu’il en coûte ?

La création de cette série a été passionnante et difficile. Un an de joie, d’aventure, de désarroi aussi. De bataille. Je ne m’en serais jamais sortie sans quelques bonnes fées aux cœurs et talents XXI et notamment Héloise Condroyer, Nicolas Gaume et Bruno Giussani.

Un second épisode est en cours de montage sur un tout autre sujet mais dores et déjà, j’adorerais savoir ce que vous avez pensé de ce premier épisode. Si cela vous tente de partager avec moi votre ressenti, dites-le moi et j’essaierai d’organiser une rencontre tous ensemble, près de vous.

En espérant que cela vous intéressera et que tout va bien pour vous,
À bientôt
Flore »

• FB de FV : https://www.facebook.com/flore.vasseur.1
• Blog de FV : http://blog.florevasseur.com

Voici les liens vers
• la NH Rebellion, ses marches de mobilisation dans le New Hampshire : http://www.nhrebellion.org/
• et vers MayDay : https://mayday.us/

Pour mémoire, cette vidéo est vraiment bien :

J’ai hâte de voir le documentaire de Flore (je le verrai en différé car je serai encore à Athènes dimanche).

Faites connaître autour de vous cette programmation : c’est un sujet central pour nous tous.

On en reparlera après ?

Étienne.

Salutaire et légitime interpellation des « actionnaires » (frelons oisifs) et des « grands patrons », fléaux de l’Humanité

http://television.telerama.fr/television/chez-sanofi-la-sante-profite-surtout-aux-actionnaires,123564.php

Exemple de « patron » (gredin, scélérat, voleur) payé 24 000 € PAR JOUR !, payé autant précisément et exclusivement pour baisser — et même détruire — les salaires de TOUS les autres, ce qui est la marque des salauds, des collabos.

Merci Élise Lucet.

Fil facebook correspondant :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153206702717317

Devenir les graines d’une révolution pacifique inédite

Le lien vers la conversation Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153142185947317

[Rappel] Ne nous laissons pas intimider

Vous trouverez sur Facebook un long fil de commentaires stimulants à propos de cet entretien :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153028706707317

1 heure sur Radio Grenouille (Marseille, 88,8 FM), ce jeudi à 13h30, avec Christophe Meierhans, qui présente théâtralement sa proposition de constitution, au MUCEM (ce soir)

Étonnante découverte : les animateurs de Radio Grenouille (pour qui j’ai fait quelques chroniques il y a quelques années) m’invitent à rencontrer chez eux Christophe Meierhans, et je découvre à cette occasion un travail étonnant et utile, que les GV ne manqueront pas d’étudier, j’en suis sûr.

Christophe travaille un projet de Constitution et le présente sous forme théâtrale :

http://www.mucem.org/fr/node/2873

Son spectacle s’intitule :
Some use for your broken clay pots
(Suggestion d’utilisation pour vos poteries cassées 🙂 )

J’ai trouvé quelques commentaires de ce spectacle qui donnent bien envie d’aller voir, ce soir à Marseille, de quoi il retourne ; celui-là par exemple :

l’envoi de Paul Hermant à Christophe Meierhans
26 avril 2014, 11:00 | Paul Hermant

« Cher Christophe Meierhans, ce n’est pas la première fois que je m’entretiens avec un constitutionnaliste, mais c’est sans doute la première fois que je m’adresse à quelqu’un qui a rédigé une Constitution tandis qu’on ne lui avait rien demandé.

J’ai par exemple le souvenir de mon ami Kamel Jendoubi suant pendant des mois et des mois sur la Constitution tunisienne d’après Ben Ali : plus le temps passait, plus il s’épuisait. Cet exercice lui pesait plus encore que la résolution de la quadrature du cercle.

Bon, mais maintenant, ça y est, c’est fait, cela tourne plus ou moins rond et il peut respirer à l’aise. Peut-être mieux que nous qui, dans un mois assez exactement, allons vivre la mère de toutes les élections, enfin quand je dis la mère de toutes les élections on disait déjà ça des dernières qui nous avaient valu plus de 500 jours de vacances gouvernementales fédérales, alors peut-être que le prochain scrutin sera finalement la grand-mère de toutes les élections. Ou la fille. Ou la cousine, on ne sait plus bien. Nous sommes un peu perdus, à vrai dire.

Alors, tant mieux s’il existe des gens qui rédigent des Constitutions sans qu’on leur ait rien demandé. Et que vous soyez, cher Christophe Meierhans citoyen d’un pays, la Suisse, qui a construit sa démocratie sur les votations et les référendum d’initiative populaire ajoute encore un peu de sel à la chose.

Car voilà bien que l’on comprend que tous et partout, nous cherchons des alternatives à la façon dont les peuples se présentent et se représentent.

Sans doute sommes-nous nombreux à constater en effet que le système électoral tel que nous l’utilisons aujourd’hui n’a jamais vécu de réelle rénovation depuis sa naissance lors de la révolution industrielle qu’il a accompagnée. N’importe quoi, dans quelque secteur que ce soit, qui n’aurait pas été retouché et entretenu depuis plus de deux siècles serait, je pense, dans le même état. En vérité, assez décrépi.

Les partis, qui sont le corps du système électoral, vivent désormais sans trop de membres et les journaux, qui en étaient l’âme, survivent aujourd’hui sans assez de lecteurs. Le système électoral délégatif, celui où nous désignons ce qui s’appelle littéralement un représentant, trouve sans doute ses limites dans cette perte où les électeurs comme les lecteurs ne trouvent plus de lieu où attiser leur feu.

D’où sans doute, ces appels à réinventer l’acte démocratique en soi car l’on se rend compte peu à peu que déléguer sa voix ne suffit plus, ne suffit pas, n’épuise plus aucune sorte d’idéal et n’épouse plus non plus beaucoup de convictions.

Je vais vous dire, cher Christophe Meierhans : il y a des jours où l’on ferait bien double ou triple chronique et où l’on sait que quoi que l’on dise ce sera à la fois trop court et trop long, de sorte que sur toutes les idées bien revigorantes que vous proposez : le tirage au sort, la négociation pentatonique, le Service démocratique, le nombre de mots que peuvent comporter les lois ou les rituels constitutionnels , rituels de passage entre citoyens — vous inventez ici une parade, presque un carnaval, autant dire un charivari — de tout cela donc je vous laisserai deviser avec Pascale Seys.

Je noterai simplement que votre Constitution débute par un chapitre sur la Disqualification, sorte de miroir renversé du choix par défaut que nous effectuons, semble-t-il, de plus en plus souvent lors des consultations électorales. (Et, entre nous soit dit, ce mot de consultation décrit déjà assez bien en lui même la pathologie démocratique ambiante).

Mais donc, cet ostracisme à la grecque que vous proposez— d’où le titre de votre ouvrage et de votre spectacle que je pourrais traduire librement par  » quelque idées pour utiliser vos tessons de poteries  » (il s’agit là d’une référence à la manière dont se pratiquait l’ostracisme : en notant un nom sur un morceau de poterie),…. ce système qui disqualifie donc a posteriori suppose que l’on puisse non seulement être à être désavoué sur ses actes et sur ses décisions mais que l’on puisse l’être aussi de façon quasi permanente et non pas lors d’échéances programmées, ce système donc tranche assez bien avec les régulations qui sont aujourd’hui les nôtres.

Au total, je le disais, un livre et un spectacle qui ont le sens de la montre et qui tombent exactement à leur heure…

Il y a tout de même cette question : pourquoi est-ce que ce sont des poètes, des écrivains, des plasticiens qui, aujourd’hui se préoccupent des formes de représentations et de participations citoyennes tandis que l’on pourrait penser que c’est là sinon le travail de véritables constitutionalistes ou de juristes spécialisés, au moins de politiques… Le G1000 hier, vous aujourd’hui… Des gens de la culture, des artistes… Vous me direz : il y a bien des ministres de la Culture ou de l’Emploi qui s’occupent de donner des statuts aux artistes sans avoir jamais écrit une chanson ou défendu un texte sur scène, et ce n’est dès lors que saine justice que les gens de la culture s’emparent à leur tour de questions qui semblent le pré carré du monde de la politique.

Et c’est pourquoi, vous ne serez pas surpris et encore moins meurtri si, — précisément parce que vous occupez un terrain qui n’est pas réputé le vôtre — l’on vous moque un peu et que l’on vous serine d’ici et de là que tout cela n’est jamais que billevesées et calembredaines… Vous savez ce que d’on dit : d’abord, on vous ignore, ensuite on vous raille, puis on vous combat et, enfin, vous gagnez. Je vous souhaite le bon jour.

Paul Hermant

Source : http://www.rtbf.be/musiq3/article_l-envoi-de-paul-hermant-a-christophe-meierhans?id=8267804

 
Je suis en train de plancher sur le fichier PDF de son projet de constitution.

C’est long, mais c’est très intéressant 🙂

13h30 sur Radio Grenouille (Marseille 88,8 FM) et 20h30 au MUCEM, donc.
À tout à l’heure ?

Importance cruciale de notre entraînement populaire AVANT le prochain « match » : l’exemple très parlant de la TUNISIE

Merci Benoît.
(Sacré virus, celui-là, hein ? )
Faites passer

Magnifique Propos d’Alain ! Démocratie, anarchie, monarchie, oligarchie, constitution, abus de pouvoir

Alain est pour moi le plus épatant des philosophes, le plus stimulant et le plus raisonnable des penseurs, accessible, profond et bienveillant. Ses ‘Propos’ sont des livres de chevet, qui nous accompagnent et nous élèvent durant toute la vie.

Vous trouverez de nombreuses traces de mon enthousiasme pour cet homme bon, sur l’ancien blog, où j’en parle depuis quasiment dix ans.

L’infatigable Benoît vient de fabriquer une courte vidéo qui associe la lecture d’un propos magnifique à notre idée universelle de virus démocratiques. Ça nous fait un nouveau bel objet de contamination démocratique.

 
« Je connais un certain nombre de bons esprits qui essaient de définir la Démocratie. J’y ai travaillé souvent, et sans arriver à dire autre chose que des pauvretés, qui, bien plus, ne résistent pas à une sévère critique. Par exemple celui qui définirait la démocratie par l’égalité des droits et des charges la définirait assez mal ; car je conçois une monarchie qui assurerait cette égalité entre les citoyens ; on peut même imaginer une tyrannie fort rigoureuse, qui maintiendrait l’égalité des droits et des charges pour tous, les charges étant très lourdes pour tous, et les droits fort restreints. Si la liberté de penser, par exemple, n’existait pour personne, ce serait encore une espèce d’égalité. Il faudrait donc dire que la Démocratie serait l’Anarchie. Or je ne crois pas que la Démocratie soit concevable sans lois, sans gouvernement, c’est-à-dire sans quelque limite à la liberté de chacun ; un tel système, sans gouvernement, ne conviendrait qu’à des sages. Et qui est-ce qui est sage?

Même le suffrage universel ne définit point la Démocratie.. Quand le pape, infaillible et irresponsable, serait élu au suffrage universel, l’Église ne serait pas démocratique par cela seul. Un tyran peut être élu au suffrage universel, et n’être pas moins tyran pour cela. Ce qui importe, ce n’est pas l’origine des pouvoirs, c’est le contrôle continu et efficace que les gouvernés exercent sur les gouvernants.

Ces remarques m’ont conduit à penser que la Démocratie n’existe point par elle-même. Et je crois bien que dans toute constitution il y a de la monarchie, de l’oligarchie, de la démocratie, mais plus ou moins équilibrées.

L’exécutif est monarchique nécessairement. Il faut toujours, dans l’action, qu’un homme dirige ; car l’action ne peut se régler d’avance; l’action c’est comme une bataille ; chaque détour du chemin veut une décision.

Le législatif, qui comprend sans doute l’administratif, est oligarchique nécessairement ; car, pour régler quelque organisation, il faut des savants, juristes ou ingénieurs, qui travaillent par petits groupes dans leur spécialité. Plus la société sera compliquée, et plus cette nécessité se fera sentir. Par exemple, pour contrôler les assurances et les mutualités, il faut savoir ; pour établir des impôts équitables, il faut savoir ; pour légiférer sur les contagions, il faut savoir.

Où est donc la Démocratie, sinon dans ce troisième pouvoir que la Science Politique n’a point défini, et que j’appelle le Contrôleur ? Ce n’est autre chose que le pouvoir, continuellement efficace, de déposer les Rois et les Spécialistes à la minute, s’ils ne conduisent pas les affaires selon l’intérêt du plus grand nombre. Ce pouvoir s’est longtemps exercé par révolutions et barricades. Aujourd’hui, c’est par l’Interpellation qu’il s’exerce. La Démocratie serait, à ce compte, un effort perpétuel des gouvernés contre les abus du pouvoir. Et, comme il y a, dans un individu sain, nutrition, élimination, reproduction, dans un juste équilibre, ainsi il y aurait dans une société saine : Monarchie, Oligarchie, Démocratie, dans un juste équilibre. »

Alain, 12 juillet 1910.

_____
Source : UCAQ : Alain, Éléments d’une doctrine radicale (1925)

(Nota : pour imprimer en France les documents Word publiés par le site UCAQ, pensez à changer la Mise en page : il faut passer du format papier « Lettre US (215,9 x 279,4 mm) » au format « A4 ».)

Alain en classe

Tirage au sort en politique : Jacques Testart, Yves Sintomer et Étienne Chouard y travaillent, et enfin en discutent :o)

Ah ! Encore une raison d’être content ce matin.
(À part le fait que ce site va passer la barre des 5 millions de visites dans quelques minutes 😐 )

Voilà des années que j’attends la vidéo de cette rencontre.
Dans le cadre du tournage du film « J’ai pas voté », quelques jeunes gens bien toniques ont réuni dans la même pièce, avec des caméras et un peu de temps au calme, les trois personnes qui sont, que je sache, les plus actives en France pour défendre l’idée du tirage au sort en politique : Jacques Testart, Yves Sintomer et moi. Moi qui m’alimente de leur travail et qui utilise leurs analyses sans arrêt en renfort de mes propres thèses, vous imaginez comme j’étais heureux de les rencontrer.
Ce fut effectivement un moment intense et utile, je crois.

Voici le précieux témoignage de cette rencontre :

J’ai le souvenir très net d’avoir interpellé Yves précisément sur la priorité absolue de la qualité du processus constituant, cause première des vices ou des vertus de toutes les institutions, et donc sur la toute première utilisation du TAS qui devrait être celui de l’Assemblée constituante. Mais cet échange-là n’a apparemment pas passé le cap du montage. Dommage. On recommencera 😐

Un bon moment, au calme.
Utile pour que grandisse la confiance populaire dans la seule procédure démocratique digne de ce nom.
Faites passer.

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Rappel :

• J’ai signalé le travail (passionnant) de Jacques Testart dans ce billet .

• J’ai signalé le travail (passionnant) d’Yves Sintomer , , et .
Yves Sintomer

De mon point de vue, ces deux personnes comptent beaucoup dans la possibilité d’une alternative authentiquement démocratique en France.

Merci à eux pour tout ce qu’ils font, les GV leur doivent beaucoup.

Étienne.

Judith Bernard : « Le tirage au sort : un rendez-vous historique à ne pas manquer ! »

Magnifique Judith.

Comme elle fait bien grandir cette belle plante, importante.

C’est une chance qu’elle soit là avec nous, ici et maintenant.

Voici son nouvel appel, enthousiasmant :

Le tirage au sort : un rendez-vous historique à ne pas manquer

nicolas_messyasz_07

Il se passe quelque chose. En France, en ce moment, enfin. Le Mouvement pour la 6ème République, dont je suis signataire, a recueilli plus de 45 000 signatures à l’heure où j’écris ces lignes. C’est bien plus que les militants du parti auquel appartient son instigateur, Jean-Luc Mélenchon. Se produit donc ce qu’on pouvait prévoir et espérer : ce mouvement ne sera pas un énième bidule politicien propre à sombrer dans le naufrage électoral qui nous désespère ; il est dès les premiers jours investi en masse par des citoyens soucieux de se réapproprier la souveraineté politique dont ils s’estiment dépossédés.

Parmi eux, de plus en plus font valoir les vertus du tirage au sort comme procédure de désignation des Constituants qui seraient appelés à produire les règles institutionnelles de la 6ème République. Je suis de ceux-là, et je l’ai fait savoir dès les premiers jours, dans ma déclaration d’adhésion au m6r (http://www.m6r.fr/2014/10/souverainete-du-peuple-contre-souverainete-du-capital/) ; Jean-Luc Mélenchon a admis d’emblée que le débat sur la question devait être ouvert dans le mouvement.

Depuis, la polémique fait rage dans les réseaux sociaux, entre détracteurs et défenseurs du tirage au sort. C’est en cela, déjà, qu’il se passe quelque chose : on retrouve un débat à haute teneur politique, animant les fils de discussion des blogs ou de Facebook, d’une spectaculaire intensité… Comme en 2005. Année décisive, où la société s’était emparée du débat sur le Traité Constitutionnel Européen, où de « simples citoyens » s’étaient procuré le texte du projet de TCE, l’avaient lu et étudié, avaient consulté les juristes, les économistes et qui bon leur semblait, là où on pouvait les interpeller – sur la Toile – et en avaient conclu qu’il fallait refuser le TCE. Le peuple français avait voté « non », en dépit d’une machine médiatique puissante au service du « oui ». Puis les gouvernants confisquèrent la souveraineté populaire, et imposèrent le Traité de Lisbonne.

Mais quelque chose était advenu, pourtant, que plus rien ne pourrait défaire : le peuple avait conquis son autonomie de jugement, s’était estimé capable de délibérer et d’arbitrer sur une complexe question institutionnelle ; indépendamment de la pseudo-expertise dont les éditocrates inondaient les médias, le peuple avait produit une analyse pertinente et fondée, et récusé la proposition institutionnelle qui lui était faite – la marche à la fois désastreuse et autoritaire des institutions européennes organisées par ce Traité prouve que la multitude ne s’était pas trompée.

Ce qui est advenu alors ne s’est pas défait depuis. Ce qui a commencé, c’est un processus de subjectivation : celui par lequel la multitude prend conscience de sa puissance de jugement, de sa légitimité à arbitrer le destin commun… et de sa dépossession objective par des institutions qui permettent aux élus de trahir les électeurs qui les ont portés au pouvoir. Les citoyens ont changé de statut ; d’objets qu’ils étaient, assujettis à des politiques indifférentes au bien commun, ils sont devenus des sujets : concernés par la chose commune, estimant avoir voix au chapitre et autant de lumières pour juger de l’intérêt général que les élites qui les condamnaient avec constance au marasme économique et social.

Le peuple français n’a d’ailleurs pas le mérite exclusif de ce processus de subjectivation politique – ni non plus la souffrance exclusive de se le voir dénié : c’est un mouvement planétaire, un rendez-vous historique, que l’année 2011 a rendu particulièrement manifeste : Printemps arabe, mouvement Occupy Wall Street, Indignados, Printemps d’Erable… En d’innombrables points du globe, le même phénomène est apparu : des foules se mobilisaient et exigeaient que la démocratie, ce beau principe, se réalise en effet – que le peuple soit concrètement reconnu dans sa dignité et sa souveraineté, par des politiques réellement soucieuses de l’intérêt général. Au-delà des évidentes différences locales, considérables et sur lesquelles il n’y a pas lieu de s’étendre ici, un point commun émerge, puissamment instructif : ces mouvements sont tous nés en dehors des partis, loin des institutions politiques traditionnelles, que pour la plupart ils récusaient1.

La multitude est entrée dans LE politique, en contestant les formes anciennes de LA politique. Et c’est ce qui se passe en ce moment dans le m6r, et c’est en cela qu’il se passe quelque chose – en France, en ce moment, enfin.

Et comme les Français ne font rien comme les autres, et qu’en matière politique ils ne détestent pas expérimenter des choses nouvelles, nous voici embarqués dans une situation tout à fait inédite et passionnante : le m6r, lancé par un politicien tout ce qu’il y a de plus professionnel (Jean-Luc Mélenchon), suivi par nombre de ses militants (du Parti de Gauche, d’Ensemble…) procède en partie de LA politique ; il s’agit de constituer une force politique qui puisse être candidate à l’élection présidentielle de 2017, sur la base d’un programme explicite – convoquer une constituante, édifier la 6ème République. Mais, offert à la multitude comme un mouvement et non comme un parti, disponible aux propositions de ses membres et ne se fixant pas de ligne idéologique ni méthodologique préalable, il est en position d’être investi par LE politique : tout ce peuple arrivant du dehors des institutions et des partis, qui s’engouffre et réclame une autre manière de faire de LA politique.

Alors évidemment, il y a des frictions. La polémique sur le tirage au sort se situe exactement sur cette ligne de fracture, entre professionnels de la politique et non professionnels, entre partisans des méthodes politiques traditionnelles et défenseurs d’un autre paradigme. Exactement à l’endroit où LE politique et LA politique s’efforcent – avec peine – de s’articuler ensemble. Nul ne sait ce qui ressortira de cette friction, ni si nous parviendrons à surmonter les vives résistances qui se font entendre de part et d’autre. Il me semble pourtant que le jeu en vaut la chandelle, que les circonstances sont favorables, et que l’heure est venue.

Pour ce qui me concerne, comme je l’ai dit, je suis de ceux qui croient nécessaire de changer de paradigme, et de bouleverser la règle du jeu dès la convocation de la Constituante, en introduisant du tirage au sort pour une majorité, voire la totalité, des Constituants. Notre proposition suscite chez les partisans de la politique traditionnelle beaucoup d’effarement et d’exaspération – ce que je comprends fort bien mais sur quoi je ne peux pas faire grand chose ; nous sommes là dans un régime passionnel peu propice à l’analyse rationnelle. On nous oppose aussi des arguments intéressants, et à ceux-là je souhaite répondre ; car ce qui se joue dans cette affaire, au delà des affects qui enveniment les échanges, c’est un débat de philosophie politique exigeant auquel nous ne pouvons pas nous dérober.

On nous oppose par exemple le problème de la lutte des classes (dont le tirage au sort nierait l’existence) ou de la conscience de classe (dont les tirés au sort seraient dépourvus). Postuler aujourd’hui qu’il n’y a pas de conscience de classe spontanée, c’est ignorer le fait historique que j’ai rappelé précédemment : l’émergence du politique, en dehors des partis et des institutions. Les mobilisés d’Occupy Wall Street, les Indignados du 15 de Mayo, tous les individus qui se sont engagés dans des mouvements sociaux exigeant dans la forme et dans le fond la démocratie réelle, n’ont pas attendu d’être formés (et encore moins représentés) par des partis pour comprendre où étaient les intérêts qui les opprimaient, et quels étaient les intérêts qu’ils avaient à leur opposer.

Le fonctionnement oligarchique des « démocraties » contemporaines est de toute façon devenu si spectaculaire qu’il suffit désormais d’être un citoyen quelconque pour s’éprouver comme dépossédé d’une souveraineté visiblement détenue par une toute petite, mais très puissante, classe d’intérêts : celle du capital. Qu’on appelle cela les « 1% », les « ultra-riches », ou « le capital », l’analyse ne change finalement guère : chacun constate que les arbitrages politiques et institutionnels se font toujours en faveur d’une petite classe dominante, et au mépris de l’intérêt des peuples. Proposer le tirage au sort, ce n’est pas nier la lutte des classes : c’est au contraire en prendre acte, considérer qu’elle a lieu en effet, jusque dans les campagnes électorales, les procédures de désignation des représentants et les arbitrages rendus par le corps politique. C’est considérer les institutions politiques contemporaines à l’aune de ce que disait Warren Buffet, parlant au nom des ultra-riches dont il fait partie : « la lutte des classes existe, et c’est nous qui l’avons gagnée ». Oui : jusqu’ici ils l’ont gagnée en effet, les institutions politiques contemporaines sont façonnées en faveur de cette classe, et c’est précisément ce qu’il faut abroger. De cela, de plus en plus de citoyens sont parfaitement conscients.

Certes, tout le monde n’a pas dormi dans un duvet avec les Indignés à la Défense, et la plupart des gens se tiennent à distance de ces actions politiques éprouvantes, coûteuses en temps, en énergie, en espoir, même. Mais ceux qui restent chez eux ne sont évidemment pas indifférents ; lorsqu’ils s’abstiennent de voter, ça ne veut pas dire qu’ils s’abstiennent de penser – loin de là ! -, et ça ne veut surtout pas dire qu’ils sont « incompétents » pour juger du destin collectif.

Bien sûr, ils seraient très impressionnés s’ils se voyaient tirés au sort pour décider des institutions d’un nouveau régime politique. Moi-même, je serais effrayée par l’ampleur de la tâche, la lourdeur de la responsabilité, la peur de me tromper. Nous le serions tous. Pourquoi dès lors faire ce pari redoutable ? Parce que c’est le pari du processus constituant. C’est le principe de la subjectivation politique, appliqué à l’individu. Quiconque se voit en situation de devoir réfléchir sur le destin commun se hisse à la hauteur la responsabilité qui lui échoit. La chose s’observe à chaque fois qu’on se donne l’occasion de la faire advenir : dans les jurys citoyens, tirés au sort pour des consultations spécifiques ou dans le cadre des jurys d’assises, dans les Etats du monde où le tirage au sort a été utilisé pour convoquer des Constituantes ou d’autres assemblées politiques (Islande, Irlande, Ontario, Colombie Britannique).

Comment cela est-il possible ? N’ayant pas été distingué par une procédure électorale, le tiré au sort ne s’estime pas meilleur que les autres ; il arrive avec l’humilité de celui que seul le hasard a promu à cette place. Il ne s’éprouve pas non plus représentant d’un parti dont il aurait à défendre la ligne politique, et encore moins l’image médiatique ; dépouillé de ces effets d’importance ou de spectacle, le tiré au sort se présente comme essentiellement démuni. Il arrive avec sa seule expérience personnelle, son terrain professionnel, son vécu à lui augmenté de celui de ses proches, et n’a plus, pour délibérer et pour arbitrer, que son intelligence propre : c’est énorme, c’est même la seule chose qui soit indispensable pour concevoir des institutions politiques vertueuses. Il entre dans le débat avec les autres tirés au sort avec la seule arme de l’intelligence – dont je crois comme Jacques Rancière2, et comme Jacotot avant lui, que nous en disposons tous à égalité. Si nous ne sommes pas tous également entraînés à l’employer et à l’exprimer, le processus constituant offre les conditions favorables pour ne pas disqualifier les moins entraînés : il suffit d’y appliquer les règles de la délibération qualitative et productive, relatives à la prise de parole dans les assemblées et expérimentées intuitivement dans la plupart des mouvements de démocratie réelle.

Le tiré au sort n’a donc pas à devenir législateur « de but en blanc » : il le devient peu à peu, dans le temps du processus constituant. Car on lui donne le temps et les conditions d’un débat éclairé : les tirés au sort peuvent consulter des experts, disposent d’un long temps d’examen des questions qu’ils ont à trancher, et élaborent dialectiquement le produit de leur intelligence collective. Bien sûr il n’y aura aucun consensus a priori : la dimension dissensuelle de la démocratie se jouera dans ces débats comme ailleurs, et l’arbitrage devra se faire à force de délibération et d’argumentation relative à l’intérêt général – et à celui-là seul.

On nous oppose qu’ils n’auraient aucune responsabilité, puisqu’ils ne seraient mandatés par personne, et que la Constitution ainsi produite n’aurait aucune légitimité. Outre qu’on voit mal quiconque se sentir « irresponsable » en telle circonstance – c’est préjuger très défavorablement des dispositions civiques des citoyens à qui on reconnaît pourtant sans sourciller le droit de vote dans le cadre du suffrage universel, c’est surtout méconnaître les conditions dans lesquelles une telle Constituante serait amenée à travailler : évidemment, sous le regard du peuple qu’elle représente, sous la forme de la transparence des débats (filmés ou retranscrits et diffusés via Internet). Et surtout, sous la forme de la validation (ou non) par voie référendaire, de la Constitution qu’elle aurait ainsi produite. La procédure supposerait de soumettre le résultat du travail de la Constituante article par article, ou module par module, au suffrage de la nation, par la voie du référendum. On ne saurait organiser de conditions plus favorables à la responsabilisation des Constituants que cette sanction in fine par les urnes, et aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour produire une Constitution qui obtienne l’assentiment de la nation. On ne saurait non plus discuter de la légitimité d’une telle Constitution, élaborée sous le regard du peuple, et validée par lui par la sanction des urnes.

Où l’on voit qu’un tel dispositif, loin de dépolitiser la société, la politiserait au contraire massivement. Les partis politiques ne disparaissent pas : ils continuent d’animer le débat public sur ce qui leur paraît être l’orientation institutionnelle à privilégier. Ils jouent ainsi un rôle « consultatif », et continuent d’exprimer les grandes orientations idéologiques qui ont à se faire entendre. Ils continuent en outre à former les candidats susceptibles de se présenter aux élections que la Constituante aura jugé de bon de maintenir dans telle ou telle institution de la 6ème République. La multitude, quant à elle, n’est pas évincée non plus : elle est susceptible d’observer la totalité du processus constituant, via la transparence des débats, et surtout, elle a à se prononcer sur le résultat, dans son ensemble ou dans ses parties. Si bien que loin de « jeter le bébé avec l’eau du bain » (soit : jeter le vote avec l’élection de représentants) le processus constituant par tirage au sort amène le peuple à délibérer et arbitrer presque tout le temps ! On ne supprime que l’élection des représentants (et pour la seule Constituante, encore), on garde évidemment, et même le plus possible, le vote… pour les lois !

C’est donc justement parce que nous croyons dans le politique, et que nous entendons l’étendre à l’ensemble de la société, que nous militons pour ce changement de paradigme. C’est, nous semble-t-il, la condition pour faire advenir le « peuple souverain » qui fonde la démocratie authentique, et que le m6r s’efforce d’édifier. C’est surtout, à l’évidence, le moment historique pour le faire.

Judith Bernard.
Judith

1 Cf. Sandra Laugier et Albert Ogien : Le principe démocratie, Enquête sur les nouvelles formes du politique, La découverte, 2014.

2 Cf. Jacques Rancière : Le Maître ignorant, cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, 1987.

Source : http://lesinenarrables.net/le-tirage-au-sort-un-rendez-vous-historique-a-ne-pas-manquer/

[Mise à jour, 15 octobre 2014 :
Judith a republié son appel sur une autre adresse avec ce commentaire :

« Après quelques mésaventures, je republie mon texte de la semaine dernière (mis à jour pour le nombre de signataires du m6r). Mésaventures liées à la photo que le blog Les inénarrables avait associée au texte, et dont le photographe nous contestait le droit – même retirée du blog, la photo continuait d’apparaître chaque fois qu’on postait le lien de l’article, ce qui était bien embêtant et m’a conduite à supprimer tous les liens relatifs à ce papier… Là au moins, pas de photo, pas de souci : on peut partager tant qu’on veut ! »

• Sur Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/judith-bernard/151014/le-processus-constituant-un-rendez-vous-historique-0

• Relayé sur Facebook : https://www.facebook.com/judith.bernard.12/posts/10204302649439324

Étienne.]

Réponses à Clément Sénéchal sur le tirage au sort en politique

Réponses d’Étienne Chouard à Clément Sénéchal,
sur le tirage au sort en politique (7-9 oct. 2014).

Version pdf de ce texte

Après une première (courte) controverse sur Facebook (pdf), Clément Sénéchal (co-président de la commission nationale du Parti de Gauche) a publié un long et virulent article contre le tirage au sort et pour le « suffrage universel » ; je lui réponds ci-dessous point par point.

Cette nouvelle controverse, avec Clément Sénéchal cette fois, est le troisième long échange que je mène sur ce sujet fondamental avec un tenant du « gouvernement représentatif » et du « suffrage universel », après celui vécu avec Raoul Marc Jennar et celui vécu avec François Asselineau (retrouvez ces deux longues et importantes polémiques dans les commentaires de ce billet : « Le tirage au sort comme antidote politiquement durable contre l’oligarchie« ).

Je commente donc ci-dessous les arguments de Clément, un par un : en noir et entre balises CS /CS, le texte de Clément ; entre crochets, en bleu et entre balises [ÉC /ÉC], mes réponses.

Bonne lecture.

Étienne Chouard, 9 octobre 2014.

PS : si vous remarquez des fautes résiduelles (coquilles, erreurs ou maladresses), soyez gentil(le) de m’écrire pour me les signaler ; j’étais complètement crevé quand j’ai fini ce texte, après 24 h non stop à le préparer, le plus soigneusement que j’ai pu, et je manque de courage ce matin pour tout relire à nouveau comme il faut.

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Réaffirmer le politique : pour une Constituante élue

Contre l’arbitraire du tirage au sort (sic)

Par Clément Sénéchal, 7 octobre 2014.

http://clementsenechal.com/2014/10/07/reaffirmer-le-politique-pour-une-constituante-elue/

Clément Sénéchal (CS) :
Alors qu’un récent sondage évalue à deux tiers la proportion de Français jugeant les institutions de la Ve République dépassées, l’approfondissement latent de la crise démocratique est aujourd’hui indéniable. Elle peut être appréhendée sous deux angles majeurs : la hausse tendancielle du taux d’abstention à chaque scrutin d’une part, et la dynamique relative de l’extrême-droite, c’est-à-dire le penchant pour une réorganisation réactionnaire de la vie en société doublée d’une reconstruction du pouvoir politique sous des formes autoritaires d’autre part. D’aucuns observeront en outre que les alternances du bipartisme camouflent mal l’homogénéité et la continuité d’une même politique, laquelle s’articule qui plus est autour des intérêts minoritaires et particuliers des classes dominantes, où pouvoirs politique et économique sont combinés à un niveau assez élevé pour s’inscrire avec profit dans les structures sociales de la mondialisation. /CS

[Étienne Chouard (ÉC) :
Quand vous parlez de « l’homogénéité et la continuité d’une même politique, laquelle s’articule qui plus est autour des intérêts minoritaires et particuliers des classes dominantes », est-ce qu’il est erroné, selon vous, pour désigner ces politiques, de parler d' »extrême droite » (c’est-à-dire de politiques extrêmement nocives au corps social, les plus nocives qui soient en réalité, extrêmement liberticides et antidémocratiques), comme le démontrait bien Henri Guillemin, dans cette passionnante conférence intitulée « Le fascisme en France« ) ?

Il semble que l’expression « extrême droite », comme « fasciste », vole bas ces temps-ci, et nous devrions définir précisément ce vocable important, avant que tout le monde n’en soit peinturé, et qu’il ne serve finalement plus à rien.

Pour ma part, je suis sur la définition de Guillemin, qui me permet bien de repérer (et de combattre) efficacement les pires ennemis du peuple (les grands privilégiés), sans jamais incriminer le peuple lui-même.

Il me semble en effet que les idéologies qui font du peuple le danger (ce qui arrive aussi « à gauche ») sont aux antipodes de la démocratie, par définition, et pour cela, je les crains. /ÉC]

CS : Lorsque l’on cherche les causes de cette dépossession civique du grand nombre, nous pouvons tour à tour mettre l’accent sur la distribution du système institutionnel et, en France, tenir le procès d’une Ve République monarchiste et verticale, ou décrypter les évolutions du capitalisme mondial en étudiant les réordonnancements des rapports de force socio-économiques, leur impact sur la lutte des classes au niveau tant infrastructurel (dans les rapports de production quotidiens) que superstructurel (dans l’hégémonie des discours néolibéraux et les délégations de souveraineté au capital). Au cœur de la question démocratique se pose bien évidemment le problème du pouvoir et de sa matérialité sociale. /CS

[ÉC : Je suis bien d’accord avec vous pour incriminer « la distribution du système institutionnel » dans la « dépossession civique du grand nombre », mais je remonte plus en amont que vous : je ne considère pas que cette mauvaise distribution tombe du ciel comme une fatalité ; j’en cherche les causes premières, notamment du côté de ceux qui écrivent précisément cette mauvaise « distribution », cherchant à voir si ces auteurs n’écriraient pas, par hasard, et depuis toujours, des règles pour eux-mêmes, conflit d’intérêts fondamental qui expliquerait cette lamentable tendance systémique à l’impuissance populaire que nous constatons partout.

Les autres causes que vous pointez (l’évolution du capitalisme mondial, les changements des rapports de force divers et variés) me semblent être secondes, et relever donc de l’ordre des conséquences ; conséquences d’une cause première que je tiens, par méthode, à ne pas perdre de vue. /ÉC]

CS : Mais une autre orientation critique essaime ici et là, depuis quelques mois, dans divers milieux, de gauche comme de droite, des anarchistes aux libéraux, du blogueur Étienne Chouard à l’Institut Montaigne. Et récemment, l’essai de David Van Reybrouck, Contre les élections, apparaît comme un véritable succès de librairie. Il s’agit pour cette nébuleuse de remettre en cause les élections elles-mêmes, dans leur principe, au profit du tirage au sort (TAS). Comme si le problème ne venait pas de la disposition particulière des règles électorales selon tel système politique particulier, mais de l’élection elle-même, c’est-à-dire du vote. /CS

[ÉC : Parler de « nébuleuse » (avec une connotation évidemment péjorative, via un amalgame qui construit de toute pièce une confusion entre des pensées très différentes, voire opposées, et dont certaines sont odieuses, ce qui discrédite le tout à bon compte), ce n’est peut-être pas très respectueux. Mais bon.

Sur le fond, j’attire votre attention sur une distinction (essentielle, mais qui semble vous échapper, pour l’instant) : on peut contester radicalement LE VOTE pour désigner des maîtres, et pourtant approuver avec enthousiasme LE VOTE pour adopter des lois.

Comprenez-vous ?

Si on mélange tous les « votes », volontairement ou involontairement, on ne comprend rien (ou l’on fait semblant de ne rien comprendre) à l’aspiration populaire qui vient. /ÉC]

CS : Bien sûr, peu des partisans du TAS s’aventurent à proposer un système politique uniquement régi par le TAS : certains proposent un système dit « bi-représentatif », avec un pouvoir exécutif élu et un pouvoir législatif tiré au sort, d’autres la création d’une 3e chambre tirée au sort (ou le remplacement de la seconde par une assemblée tirée au sort), d’autres la multiplication de groupes de contrôle de la procédure législative tirés au sort, etc.

Le tirage au sort pose pourtant un certain nombre de problèmes (même si je partage avec ses partisans un certains nombre des critiques adressées au système actuel) que j’aimerais esquisser ici, afin d’expliquer pourquoi le recours à cette méthode me semble coïncider avec la négation du politique, et pourquoi son caractère démocratique me semble plus qu’aléatoire, précisément.

Après un examen minutieux, il apparaît en effet que le TAS semble constituer une fausse solution à un vrai problème. Pour le dire vulgairement : une manière de jeter le bébé avec l’eau du bain. Je ne me prononcerai ici, faute de place, que sur le principe du TAS appliqué à la désignation du pouvoir législatif (et n’aurai pas le temps d’examiner les infinies combinaisons proposées par les différents partisans du TAS). /CS

[ÉC : Minutieux ? Hum.

Nous avons repéré (pour l’instant) trois grands usages du tirage au sort en politique (et non pas d' »infinies combinaisons »…) (voyez cette courte vidéo pour plus de détail sur les trois usages en question), et l’on peut fort bien rejeter l’un de ces usages tout en acceptant les autres usages du TAS ; on n’est pas du tout obligé de tout accepter en bloc ou de tout refuser en bloc : on peut librement nuancer son opinion, intelligemment, mais à condition de bien distinguer ces trois usages :

1 TAS des Chambres de contrôle (pour mettre fin aux infinis conflits d’intérêts entre contrôleurs et contrôlés),

2 TAS d’une Chambre législative sur deux (pour introduire une véritable représentativité dans la représentation nationale : la moitié de femmes, 90% de salariés, 60% d’ouvriers et employés, 20% de chômeurs, etc., sans avoir besoin de quotas : par construction, le TAS est équitable et incorruptible),

3 et surtout, surtout, TAS de l’Assemblée constituante (pour mettre fin au conflit d’intérêts fondamental, celui entre pouvoir constituant et pouvoirs constitués, fléau mondial qui entraine derrière lui toutes les dépossessions politiques). Ce tirage au sort-là étant le plus important, car c’est lui qui rend possibles tous les autres, il n’est (presque) pas négociable.

Or, précisément, vous ne faites pas la distinction, et comme par hasard, vous choisissez de parler (presque exclusivement, on va le voir) de l’usage le plus discutable, le plus contestable, celui des législateurs… C’est amusant. L’auriez-vous fait exprès, comme Jacques Attali le 5 septembre à CSOJ ?

Nous savons bien, nous qui travaillons cette question depuis presque dix ans, nous savons bien que le tirage au sort des législateurs serait une expérience, avec des risques, qu’il faut bien mesurer et parer, une tentative encore jamais vue sur terre, et bien sûr, ce n’est PAS DU TOUT cet usage du tirage au sort que nous défendons le plus fortement, le plus ardemment. On y réfléchit, librement, parce que c’est bigrement intéressant, mais ce n’est pas (du tout) notre objectif premier.

Mais en procédant de la sorte, en décidant de ne parler que du tirage au sort le plus facilement contestable, et en décidant de ne pas parler des tirages au sort les plus incontestables (et les plus protecteurs pour le peuple), vous ne respectez pas le titre de votre propre billet : vous annoncez une critique du tirage au sort en général, et vous vous (et nous) cantonnez au seul usage le plus discutable du tirage au sort… D’emblée, vous tenez donc à l’écart les usages les plus importants (pour l’émancipation réelle du peuple de ses maîtres) et les plus difficiles à contester (pour vous). Est-ce vraiment un débat sérieux que vous lancez ici, ou bien juste un simulacre ? /ÉC]

CS : Je résume d’abord dans ce paragraphe ma position sur le TAS, et ceux qui ont du temps et du courage en trouveront plus loin la substance plus amplement développée. Le TAS me semble donc antipolitique car : /CS

[ÉC : le TAS antipolitique ??? Hum. Tout dépend de la personne qui parle :

C’est vrai que le tirage au sort est d’une certaine façon ANTIPOLITIQUE, MAIS SEULEMENT POUR LES PROFESSIONNELS DE LA POLITIQUE 🙂 qu’il risque de mettre, effectivement, au chômage technique, au moins partiel.

C’est d’ailleurs l’objectif principal du TAS : déprofessionnaliser la politique.

PAR CONTRE, POUR LES SIMPLES CITOYENS, LE TIRAGE AU SORT EST LA GARANTIE DU RETOUR DU POLITIQUE AU QUOTIDIEN, enfin.

Il faut donc savoir pour qui l’on travaille. /ÉC]

CS :- Il confond classe en soi et classe pour soi et ignore la dimension dissensuelle de la démocratie au privilège d’une vision consensualiste typiquement bourgeoise, ignorante des antagonismes sociaux, /CS

[ÉC : Ah bon ? De mon point de vue, c’est précisément le contraire : c’est justement le gouvernement représentatif qui prétend résumer la gestion populaire des conflits en une seule élection de maîtres politiques tous les cinq ans, comme si les innombrables conflits et leurs évolutions permanentes étaient réglés/oubliés grâce au mythe du — prétendument consensuel ! — « suffrage universel », soit « élire des maîtres au lieu de voter les lois ».

Alors que, au contraire, c’est la démocratie (la vraie, « un homme = une voix pour voter les lois, non pas pour élire un maître »), construite avec — et grâce au — le tirage au sort en son centre névralgique, qui, en évitant mécaniquement la formation de maîtres, respecterait (et permettrait de faire régner vraiment) la volonté infiniment nuancée et changeante, dissensuelle justement, des citoyens, loi par loi, et au quotidien (et pas tous les cinq ans).

… « vision consensualiste typiquement bourgeoise »… Vous êtes marrant. /ÉC]

CS : – Le dénigrement systématique de l’engagement et des partis qu’il opère ne serait favorable dans la pratique qu’aux puissances du capital, qui ne se priveraient pas, elles, de s’organiser collectivement en exploitant leur surplus de ressources, /CS

[ÉC : La bonne blague. C’est amusant parce que votre argumentation ne manque pas de toupet : ce serait le tirage au sort qui « dénigrerait l’engagement » (laissant ainsi la voie libre au capital)…

Alors que c’est précisément la professionnalisation de la politique (imposée par l’élection parmi des candidats imposés par les partis) qui dissuade tout le monde de s’engager, faute de la moindre perspective offerte à l’action individuelle, laissant ainsi la voie libre au capital.

Il y en a qui ne manquent pas d’air.

Par ailleurs, pour en avoir le cœur net et pour savoir (à coup sûr) quel est le régime politique dont a besoin « le capital » (pour nous condamner tous aux travaux forcés), il suffit d’observer le régime qu’il défend lui-même : et quand on voit tous les grands patrons de multinationales, tous les banquiers, tous les lobbyistes, tous les grands privilégiés (« journalistes » ou autres théoriciens exposés à la télé), tous les puissants, tous les possédants, quoi, défendre bec et ongles (et même imposer à leurs colonies) le « suffrage universel », on a compris que tous ces importants, tous ces beaux messieurs, comme dit Jean-Luc, n’ont rigoureusement rien à craindre du prétendu « suffrage universel » et évidemment tout à y gagner.

Prétendre le contraire, c’est (peut-être un peu) nous prendre pour des ânes (ce qui ne serait pas civil).

Et ça fait deux cents ans que ça dure, depuis que les plus riches sont parvenus, à la fin du 18ème, à écrire eux-mêmes les Constitutions pour imposer l’élection de maîtres (ils ne s’en cachaient pas, à l’époque, ce qui nous aide à comprendre aujourd’hui l’essence du régime), prenant ainsi (pour la première fois dans l’histoire des hommes) le contrôle de l’État, et donc des forces armées (police, justice, prisons…), pour imposer l’ordre des grands propriétaires (les 1%, armés, donc) aux infortunés travailleurs (les 99%, désarmés, donc).

Le capitalisme a été rendu possible grâce au « suffrage universel » (vocable important mais littéralement mis à l’envers, à la manière Big Brother et sa novlangue, pour désigner notre démission/impuissance au lieu de désigner notre action/puissance), et le capitalisme reste aujourd’hui inexpugnable grâce à ce même « suffrage universel » (mis à l’envers par les politiciens).

Si nous écrivions nous-mêmes la Constitution, les riches perdraient le faux « suffrage universel » => un homme = une voix pour élire des maîtres, c’est-à-dire LA courroie de transmission qui permet au pouvoir économique de prendre en plus le pouvoir politique, et nous instituerions naturellement un vrai suffrage universel, sans guillemets, donc => un homme = une voix pour voter les lois.

Mais cela, JAMAIS les professionnels de la politique ne le feront. Il n’y a que le peuple qui puisse instituer — lui-même — sa propre puissance. Tant que le peuple déléguera le processus constituant, il restera impuissant, comme un enfant qui ne désire pas encore être libre.

Alors, quand on entend les politiciens, la main sur le cœur, défendre mordicus « l’élection de l’Assemblée constituante » (parmi des candidats évidemment choisis par eux), on les voit venir… /ÉC]

CS : – Il implique la fin du concept de responsabilité individuelle et collective (matérialisée par le triptyque mandants, mandat, mandataires) au profit d’une position violemment individualiste, et signe la fin des programmes – i.e. d’une pensée collective et intégrale tournée vers l’action. /CS

[ÉC : vous avez décidé de me faire rire, c’est gentil.

… « La fin du concept de responsabilité individuelle et collective », dites-vous… Sans blague ? Vous observez, vous, la moindre petite responsabilité qui serait assumée par les élus pour leurs forfaits ?

Le gouvernement représentatif est le régime de la plus scandaleuse impunité pour les notables, et de la pire sévérité pour les autres.

Au contraire (une fois de plus), fabriquant mécaniquement des serviteurs (en ne désignant personne comme supérieur), le tirage au sort permet d’instituer, À CÔTÉ de lui, de réels contrôles et de sévères punitions, et donc de réelles et multiples responsabilités ; ce qui ne s’est JAMAIS vu dans le cadre du régime actuel.

Où avez-vous vu « une position violemment individualiste » ? Qu’est-ce que vous racontez là ? Au contraire (une fois de plus), le tirage au sort est toujours utilisé pour désigner des collèges, des groupes d’acteurs politiques, jamais des individus isolés.

Et c’est bien plutôt l’élection qui distribue les pouvoirs sur des têtes couronnées isolées, et donc bien plus potentiellement tyranniques.

Et toutes les incantations autour des mandats sont des escroqueries tant que les conditions de ces mandats sont écrites par les représentants eux-mêmes, évidemment. Dans la « Constitution » (il faut mettre des guillemets à ce mot-là aussi, puisqu’elle est une prison au lieu d’être une protection), dans notre Anticonstitution, donc, devinez qui a (carrément) interdit les mandats impératifs (c’est-à-dire précisément les mandats qui rendraient possible la responsabilité que vous prétendez défendre) ? Sûrement pas le peuple prétendument « représenté », vous avez raison. Mais alors qui a écrit ça ? Eh oui, ce sont les élus, figurez-vous ! S’étant arrogé le droit d’écrire eux-mêmes la Constitution (ce texte qu’ils devraient craindre), pour eux-mêmes ou pour le compte de leurs copains, ils ont décidé que leur mandat… ne leur imposait rien.

Ce n’est pas compliqué, finalement.

Et vous avez le culot d’invoquer « la fin du concept de responsabilité individuelle et collective (matérialisée par le triptyque mandants, mandat, mandataires) »…

Je pense que vous vous moquez (au moins un peu) de nous.

Ou bien que vous aimez blaguer. Voilà, en fait, vous êtes un farceur. /ÉC]

CS : – Il suppose que chaque problème politique comporte une solution pragmatique – alors que dans chaque solution est inscrit un choix de société à trancher, et consacre ainsi une vision gestionnaire proprement contraire à l’objet même de la politique /CS

[ÉC : non mais, ça va durer longtemps, les procès à l’envers ? Ce serait le tirage au sort qui « consacrerait ainsi une vision gestionnaire proprement contraire à l’objet même de la politique » ??? Ce n’est pas le régime actuel (le « gouvernement représentatif », avec son génial « suffrage universel » et donc les banquiers au gouvernement), peut-être, qui nous enferme littéralement et nous enferre dans l’idéologie gestionnaire des marchands et nous interdit toute action proprement politique ?!

Qui prive littéralement les citoyens du droit de trancher eux-mêmes les choix de société auxquels vous faites semblant d’attacher tant d’importance, si ce n’est le régime actuel du gouvernement prétendument représentatif ?

Il n’y aura de gouvernement représentatif digne de ce nom (et de puissance populaire pour opiner sur chaque problème de la société) QUE QUAND le peuple aura défini LUI-MÊME — ET PAS LES PROFESSIONNELS DE LA POLITIQUE ! — les conditions de la représentation. /ÉC]

CS : – La vision maximaliste du conflit d’intérêts qu’on trouve à la source de ses justifications, selon laquelle un être humain engagé dans la chose politique se trouverait automatiquement en conflit d’intérêts s’il lui était autorisé d’accéder au pouvoir législatif, implique une dégradation profonde de l’État de droit dans la mesure où elle met en cause a) l’égalité devant la loi (si vous êtes engagé politiquement vous êtes interdit de participer à l’édification de la loi) b) le droit des citoyens de se présenter au suffrage et de concourir activement aux charges politiques – tout en remettant d’ailleurs gravement en cause le droit d’association (puisque l’appartenance à l’une d’elle pourrait devenir un motif de destitution des droits civiques), /CS.

[ÉC : d’abord, il est prévisible (et compréhensible) que ceux qui sont en conflit d’intérêts vont avoir « une vision minimaliste du conflit d’intérêts », alors que ceux qui ont à craindre les conflits d’intérêts seront davantage portés à avoir une « vision maximaliste du conflit d’intérêts » (sic) (vous avez de ces mots…).

Faute de pouvoir contredire la thèse que vous combattez, vous la déformez. Alors, c’est vrai que, une fois déformée, la thèse est plus facile à combattre, c’est assez commode.

Mais ça se voit un peu.

Alors qu’en est-il vraiment, du point de vue du peuple (non « élu ») ?

Nous dénonçons le conflit d’intérêts majeur et fondateur qui rend suspects, PAR CONSTRUCTION, tous les professionnels de la politique DANS LE PROCESSUS CONSTITUANT.

En effet, la Constitution étant LE TEXTE MAJEUR qui doit PRINCIPALEMENT fixer les limites des pouvoirs, les procédures d’accès au pouvoir, les procédures de révocation (et de punition) des acteurs politiques, la puissance d’initiative populaire contre les décideurs du moment s’ils venaient à devenir tyranniques, notamment, il est tout à fait évident (sauf pour les politiciens eux-mêmes, bien sûr, qui en cette matière délicate, ont la vue basse, justement), il est tout à fait évident, donc, que les politiciens, appelés par construction à devoir craindre ce texte (puisqu’ils décident de faire de la politique leur métier), sont en grave et irréductible conflit d’intérêts DANS LE PROCESSUS CONSTITUANT.

Dans le processus constituant, mais pas ailleurs.

Concentrez-vous, s’il vous plaît.

Vous dites que nous crions au conflit d’intérêts DANS LE PROCESSUS LÉGISLATIF, mais personne ne dit cela, et votre protestation, contre un diable que vous avez inventé vous-même de toutes pièces, tape dans le vide et ne vaut donc rien.

Si vous voulez prouver que quelqu’un a tort, il faut (au moins) parler de la même chose que lui.

Nous attendons sereinement votre contestation du conflit d’intérêts qui frappe FORCÉMENT tous les professionnels de la politique dans TOUS les processus constituants, aux dépens des peuples concernés.

Par ailleurs, vous invoquez, pour ne pas tenir compte du conflit d’intérêts des politiciens dans le processus constituant, toutes sortes de grands principes, que tout le monde défend mais qui n’ont rien à voir avec notre affaire :

Quand un juge est appelé (au hasard du rôle de son tribunal) à juger un proche, quelqu’un qu’il connaît, simplement, on le récuse. Tout le monde sur terre fait cela, naturellement, logiquement. Parce qu’UNE PERSONNE EN CONFLIT D’INTÉRÊTS NE PEUT PAS ÊTRE JUSTE.

Le monde entier sait ça.

Mais pas les politiciens :-), qui protestent haut et fort de leur bonne foi et de leur grande honnêteté…

Mais voyons ! Personne ne les récuse pour cause de malhonnêteté ! Personne !

Le conflit d’intérêts n’est PAS une mauvaise action, ce n’est PAS un mauvais comportement. C’est UNE SITUATION DANGEREUSE, qui doit donc être évitée, très prioritairement (si l’on tient à la justice, naturellement ; sinon, non).

Et on ne va pas invoquer, contre cette recherche de justice, le droit à l’égalité de traitement entre les juges, ni le droit pour un juge à rendre la justice, etc., toutes questions parfaitement secondaires en cette occurrence précise.

Les cris d’orfraie qui protestent contre une insupportable atteinte à l’État de droit (carrément), contre un ignoble attentat au droit de se présenter devant les suffrages pour concourir aux charges (ben voyons), et même contre la liberté d’association ! (n’importe quoi) sont juste des intimidations, un coup de force ; les élus — et les candidats à l’élection —, quand on aura l’audace de vouloir les contrôler vraiment, vont bientôt crier au « fascisme », vous verrez.

De toutes façons, ils peuvent bien crier, ce n’est pas aux politiciens de trancher cette question ; c’est au peuple souverain de décider, lui-même, s’il veut que sa Constitution soit écrite par des professionnels de la politique (qui ne manqueront pas d’instituer à nouveau leur propre puissance, et l’impuissance du peuple en question, comme ils l’ont TOUJOURS fait, partout dans le monde), ou bien s’il préfère (pour la première fois) que la Constitution soit écrite par n’importe-qui-sauf-les-professionnels-de-la-politique (« n’importe-qui » qui PARTAGERA MÉCANIQUEMENT avec le peuple son intérêt pour la protection contre les abus, et son intérêt pour la vraie responsabilité des acteurs politiques, ce qu’il ne manquera donc pas d’écrire clairement, si on lui en laisse la possibilité). /ÉC]

CS : – Il fait confiance aux classes populaires pour délibérer mais nie leur capacité à s’organiser politiquement, préférant l’usage de la force muette contenue dans l’arbitraire du tirage au sort à la formation de collectifs politiques cohérents – la démocratie n’est pas une effraction, /CS

[ÉC : « l’arbitraire du tirage au sort »… Celle-là, il fallait l’oser… C’est juste n’importe quoi. Ce ne sont pas les décisions publiques (seules possiblement arbitraires) qui seraient prises au sort, évidemment, ce serait la désignation des acteurs. Aucun risque « arbitraire » là-dedans.

Mais en plus, TIRER AU SORT LES ACTEURS, CE N’EST ÉVIDEMMENT PAS RENONCER AU CONTRÔLE DES ACTEURS : EN TIRANT AU SORT LES ACTEURS POLITIQUES, ON DÉPLACE LES CONTRÔLES, ON NE LES SUPPRIME PAS, ET ON RENFORCE MÊME DRASTIQUEMENT CES CONTRÔLES.

Tâchons de faire le point sur cet aspect fondamental du choix de société « élection de maîtres vs tirage au sort de serviteurs » :

  • L’élection prétend contrôler les acteurs AVANT qu’ils ne prennent le pouvoir ; et on voit les résultats depuis deux cents ans ; pas besoin de développer sur le train sans fin des traîtrises et des horreurs votées par les « élus ». Ce prétendu « contrôle » par l’élection ne fonctionne pas.

  • Prenant acte de l’échec de l’élection pour contrôler les acteurs, le peuple est en train, ces temps-ci, d’imaginer (lui-même, et contre l’avis des élus, bien sûr) de ne plus contrôler les acteurs avant leur désignation, de laisser faire le sort, ce qui retirerait (enfin !) toutes leurs prises aux escrocs (puisque les escrocs, champions professionnels de la tromperie des volontés, ont besoin de procédures qui s’appuient sur la volonté pour accéder au pouvoir), et de déplacer les contrôles des acteurs APRÈS leur désignation, tout au long de leur mandat, ce qui semble infiniment plus protecteur pour le peuple ; et, certes, beaucoup plus inconfortable pour les élus, mais il faut savoir POUR L’INTÉRÊT DE QUI on constitue une société.

Avec de telles institutions authentiquement démocratiques, instituant vraiment le cratos du démos (institutions que JAMAIS les élus n’écriront, à cause du conflit d’intérêts), c’est justement l’arbitraire des élus contre les peuples (n’oubliez pas le viol du 4 février 2008, Haute Trahison encore impunie des « élus » de la « République », qui nous ont imposé par voie parlementaire ce que nous venions juste de refuser explicitement par référendum, en 2005) qui ne sera plus possible.

Qui est arbitraire aujourd’hui, si ce n’est l’ensemble des professionnels de la politique, véritables voleurs de pouvoir ?

« L’arbitraire du tirage au sort »… Non mais, de qui se moque-t-on ?

LE TIRAGE AU SORT DE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE EST PRÉCISÉMENT LE SEUL MOYEN DE NOUS PROTÉGER — TOUS — CONTRE L’ARBITRAIRE POLITICIEN QUOTIDIEN.

Encore un argument mensonger, donc, littéralement à front renversés.

Décidément, il y en a qui ne manquent pas d’air.

Je sens qu’on va avoir du mal à tomber d’accord, Clément et moi… /ÉC]

CS : – Il confond échantillon et ensemble, de même qu’il confond représentativité sociologique et représentation politique, nourrissant une pensée fausse de la question de la légitimité : voudrait-on d’un régime où les décisions prises ont le même niveau de représentativité que nos actuels sondages, dont on connaît trop bien les défauts ? /CS

[ÉC : Nous ne confondons rien du tout.

TOUT LE MONDE (sauf les politiciens de métier, OK) constate et déplore la représentativité NULLISSIME que produit mécaniquement le prétendu « suffrage universel » depuis deux cents ans dans les assemblées « élues ». Ça va, après 200 ans d’échecs répétés, on a compris.

L’élection permet aux riches d’acheter le pouvoir politique.

Et les riches font bien attention à conserver vivace, « à gauche » et « à droite », une OPPOSITION CONTRÔLÉE, c’est-à-dire une opposition dont ils n’ont rien à craindre. Cet outil qu’est l’opposition contrôlée est indispensable dans tout projet de domination. Relire le mode d’emploi dans le passionnant « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu« , de Maurice Joly. Relire aussi « 1984 » d’Orwell.

Le tirage au sort ne permettrait PAS (empêcherait) aux riches d’acheter le pouvoir politique.

L’argument de la représentativité et de la légitimité qui seraient prouvées par l’élection (et par elle seule) ne vaut rien, c’est une arnaque. /ÉC]

CS : – Il fait de qualités sociologiques réifiées – catégorie socio-professionnelle, âge, etc. – le critère de la sélection politique, essentialisant de fait les êtres humains et que la société n’est pas une courbe gaussienne, /CS

[ÉC : pas exactement.

Disons plutôt : prenant acte que, DE FAIT, la prétendue « sélection politique » (invoquée depuis toujours par les escrocs qui veulent tout décider à la place des autres) est une épouvantable et cuisante défaite, répétée et recuite ad nauseam depuis deux cents ans, LE PEUPLE EST DE PLUS EN PLUS DÉTERMINÉ À NE PLUS CROIRE AUX BOBARDS DES POLITICIENS POUR ALLER LES ÉLIRE AVEUGLÉMENT, ET À INSTITUER LUI-MÊME DES PROCÉDURES DE CHOIX NOUVELLES, ET SURTOUT DES RÈGLES DE CONTRÔLES INÉDITES, MAIS TOUTES PROMETTEUSES. /ÉC]

CS : – Ce faisant il nie aux êtres humains la faculté de mettre à distance leur condition sociale, de transcender leur intérêt particulier pour atteindre l’intérêt général, /CS

[ÉC : tout est à l’envers, dans ces propositions. À ce niveau-là, ça devient de l’art, un plaisir d’esthète.

Tout au rebours de ce qui est ici affirmé à tort, le tirage au sort, en tirant n’importe qui hors de chez lui, pour lui offrir le spectacle, l’exemple, de ses semblables en train de se préoccuper du bien commun, le tirage au sort, donc, est une école pratique de citoyenneté de premier ordre, un outil majeur d’éducation populaire, une invitation pour chacun à sortir de ses seuls problèmes personnels et à s’occuper des affaires de la Cité. Il donne à chacun une chance de servir sa Cité disait en substance Montesquieu.

Au contraire, l’élection, procédure aristocratique par construction, qui promeut et arme seulement les prétendus « meilleurs », et qui relègue donc mécaniquement tous les non « élus » au statut dégradant d’électeur donc d’inférieur, l’élection pousse tout le monde (tous les non élus) à se retirer du politique et à devenir in fine individualistes et égoïstes.

L’élection, pour les 99% qu’elle tient à l’écart, est antipolitique.

Sur les vertus pédagogiques quotidiennes de l’exercice d’un pouvoir réel donné à des tirés au sort, lisez Tocqueville :

« J’entends par jury un certain nombre de citoyens pris au hasard et revêtus momentanément du droit de juger. […]

Le jury est avant tout une institution politique; on doit le considérer comme un mode de la souveraineté du peuple […] Le jury forme la partie de la nation chargée d’assurer l’exécution des lois, comme les Chambres sont la partie de la nation chargée de faire les lois

Le jury, et surtout le jury civil, sert à donner à l’esprit de tous les citoyens une partie des habitudes de l’esprit du juge; et ces habitudes sont précisément celles qui préparent le mieux le peuple à être libre.

Il répand dans toutes les classes le respect pour la chose jugée et l’idée du droit. Ôtez ces deux choses, et l’amour de l’indépendance ne sera plus qu’une passion destructive.

Il enseigne aux hommes la pratique de l’équité. Chacun, en jugeant son voisin, pense qu’il pourra être jugé à son tour. Cela est vrai surtout du jury en matière civile: il n’est presque personne qui craigne d’être un jour l’objet d’une poursuite criminelle; mais tout le monde peut avoir un procès.

Le jury apprend à chaque homme à ne pas reculer devant la responsabilité de ses propres actes; disposition virile, sans laquelle il n’y a pas de vertu politique.

Il revêt chaque citoyen d’une sorte de magistrature; il fait sentir à tous qu’ils ont des devoirs à remplir envers la société, et qu’ils entrent dans son gouvernement. En forçant les hommes à s’occuper d’autre chose que de leurs propres affaires, il combat l’égoïsme individuel, qui est comme la rouille des sociétés.

Le jury sert incroyablement à former le jugement et à augmenter les lumières naturelles du peuple. C’est là, à mon avis, son plus grand avantage. On doit le considérer comme une école gratuite et toujours ouverte, où chaque juré vient s’instruire de ses droits, où il entre en communication journalière avec les membres les plus instruits et les plus éclairés des classes élevées, où les lois lui sont enseignées d’une manière pratique, et sont mises à la portée de son intelligence par les efforts des avocats, les avis du juge et les passions mêmes des parties. Je pense qu’il faut principalement attribuer l’intelligence pratique et le bon sens politique des Américains au long usage qu’ils ont fait du jury en matière civile.

Je ne sais si le jury est utile à ceux qui ont des procès, mais je suis sûr qu’il est très utile à ceux qui les jugent. Je le regarde comme l’un des moyens les plus efficaces dont puisse se servir la société pour l’éducation du peuple. »

Tocqueville, « De la démocratie en Amérique », livre 1, partie 2, chapitre VIII.

Je prétends donc, à nouveau, tout le contraire de ce qui est affirmé dans ce texte de Clément. /ÉC]

CS : – Il correspond à une vision statique de la société, indivis, représentable en miroir, expurgeant ainsi du politique la vitalité de tous les corps intermédiaires – vision qui fait courir le risque du totalitarisme, /CS

[ÉC : Ah ! Bigre. « vision qui fait courir le risque du totalitarisme« … On n’est pas encore des nazis, à exiger d’écrire nous-mêmes notre contrat social pour sortir des griffes de voleurs de pouvoir ? Pas encore, mais faut se magner : ça vient, on dirait.

Et le projet de contrôle total de la société (par les plus riches marchands), on n’y est pas encore, peut-être ? Avec le gouvernement prétendument « représentatif » que vous défendez comme une vache sacrée, on n’y a pas déjà eu droit, aux totalitarismes, peut-être ?

Vous nous prenez pour qui, à agiter ces épouvantails ridicules ? En s’entraînant personnellement à contrôler lui-même tous les pouvoirs, et en se méfiant systématiquement de tous les voleurs de pouvoirs potentiels, en empêchant quiconque de contrôler trop de pouvoir, le peuple « fait courir le risque du totalitarisme » ?…

Un farceur, vous êtes un farceur… /ÉC]

CS : – Il marque la fin du discours, du logos, de la nécessité de penser un contenu et convaincre le grand nombre au profit de l’insignifiance, ce qui me semble contraire au concept démocratique comme à l’esprit de la République, /CS

[ÉC : Bon, eh bien, encore une fois, c’est juste le contraire : « l’insignifiance« , on y est en plein, là, maintenant, avec l’élection en système institué ; « la fin du discours, du logos, de la nécessité de penser un contenu« , l’inutilité et l’absence de portée du logos populaire, faute de la moindre puissance instituée, on y est en plein, là, maintenant, avec l’élection en système institué…

Alors de quelle abomination prétendez-vous nous protéger, vous qui défendez le système de domination politique actuel ?

Manifestement, la solution ne viendra pas des « élus ».

Ni des candidats à l’élection, qui sont forcément dans les mêmes dispositions d’esprit. /ÉC]

CS : – La diabolisation mécanique (antidialectique) du pouvoir qu’il opère contient une dangereuse dérive vers l’impuissance générale puisqu’elle prive paradoxalement de toute capacité d’action les citoyens qui souhaitent s’engager. /CS

[ÉC : voilà, c’est cela, oui : diaboliser les voleurs de pouvoir et s’en méfier comme de la peste, écrire nous-mêmes les règles de la désignation et du contrôle quotidien des acteurs politiques, c’est nous condamner à « une dangereuse dérive vers l’impuissance générale« … voilà… oui… comment dire ?

Alors que se soumettre pour cinq ans aux candidats qu’on n’a même pas choisis, pour qu’ils décident tout à notre place sans qu’on n’ait rien à dire même en cas de trahison, c’est selon vous la puissance garantie, n’est-ce pas ?

Pour le dire gentiment, vous ne manquez pas d’air. /ÉC]

CS : Il correspond à l’atomisation de la société générée par le néolibéralisme au lieu de s’y opposer,
– Enfin, car la liberté de choisir est à la source de la notion même de liberté politique. /CS

[ÉC : Hé ! Que je sache, le tirage au sort en politique n’a pas encore été institué (par un peuple devenu constituant), n’est-ce pas ? ET POURTANT, le néolibéralisme fait bien rage, en ce moment… En plein gouvernement « représentatif », pourtant, avec « suffrage universel » à tous les étages… ALORS ?…

Et vous prétendez quand même que c’est le « suffrage universel » qui va permettre de s’opposer au néolibéralisme, et que c’est le tirage au sort qui « correspond » au néolibéralisme ?

Et vous prétendez par ailleurs qu’un système qui m’impose de choisir entre Chirac et Le Pen (ou n’importe quelle autre variante de l’escroquerie de l’opposition contrôlée, celle dont le régime n’a rien à craindre), c’est « la liberté de choisir  » ?

Pour le dire gentiment, vous ne manquez pas d’air. /ÉC]

CS : 1) Intérêt général et conscience de classe

Les partisans de gauche du TAS pensent généralement qu’en vertu de la loi des grands nombres, une assemblée tirée au sort comporterait un échantillon important de citoyens issus des classes dominées, et qu’il suffirait donc de la piocher dans ces gisements, de leur donner de but en blanc le pouvoir constituant ou législatif, pour que soudainement l’intérêt populaire – ou général – émerge et soit défendu. /CS [ÉC : oui, c’est bien ça, mais constituant surtout (laissez tomber le législatif, pour l’instant, c’est un enjeu bien moindre). /ÉC]

CS: C’est oublier la distinction entre classe en soi et classe pour soi. Tout le monde n’a pas une vision globale de ses intérêts propres, n’est pas capable d’en saisir spontanément la logique, et encore moins d’en défendre la cause. Surtout lorsqu’il faut se situer à gauche ; car lorsque l’hégémonie culturelle penche dans l’autre camp, alors il faut le temps et l’effort du pas de côté, c’est-à-dire atteindre un militantisme critique. L’idéologie capitaliste est inscrite dans la superstructure comme dans l’infrastructure, nous dit Marx. Les appareils de marché produisent leurs injonctions et dispensent la domination idéologique du capital par le haut. Mais celle-ci agit également par le bas : elle est incorporée dans les règles et les réflexes de la production quotidienne. Par conséquent, pour mon dentiste comme pour l’employé de ma boulangerie qui chaque nuit malaxe la pâte à pain, l’environnement capitaliste est une écologie naturelle, le rapport salarié la norme, l’accumulation individuelle l’idéal. /CS

[ÉC : Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression de retrouver là un concept marxiste que je n’aime pas, très radicalement antidémocratique, avec sa prétendument indispensable « avant-garde éclairée » (encore des « élus », ou des candidats à l’élection, qui veulent tout décider à la place des autres), élite organisée qui serait la seule à comprendre et à savoir gérer le bien commun ; alors que le peuple, bien trop bête pour s’occuper de ses propres affaires, devrait absolument suivre ses chefs (de gauche).

Apparemment (mais je ne suis pas un exégète, et je peux me tromper), il y a chez les inconditionnels de Marx comme une démophobie radicale, comme un élitisme congénital, comme une haine de la démocratie dirait Rancière, au fond, assez étonnants pour des militants qui se veulent sincèrement progressistes et humanistes.

C’est ce qu’on appelle le communisme autoritaire : celui qui veut gouverner les autres.

Et ceux qui ne sont pas d’accord avec les communistes autoritaires sont des « fascistes » (selon le vocabulaire stalinien en vigueur pendant des décennies).

Et de leur côté, les démocrates, qui ne sont guère différents des anarchistes, sont des communistes libertaires : ils ne veulent PAS décider à la place des autres — et ils ne veulent PAS non plus être gouvernés sans un contrôle sourcilleux des pouvoirs.

Ce dernier point les rend détestables (dangereux) pour les communistes autoritaires. C’est ce qui explique (si j’ai bien compris Orwell, qui l’explique dans son formidable récit de la Guerre d’Espagne, « Hommage à la Catalogne ») que les communistes autoritaires (devenus les « staliniens ») ont toujours massacré (littéralement) les communistes libertaires.

Alors, j’espère que vous ne nous massacrerez pas tout de suite (je blague, allez), mais je retrouve, dans votre aversion apparente aux pulsions démocratiques populaires, des traces d’une histoire ancienne, qui s’est souvent très mal terminée (pour les démocrates et les anarchistes).

Vous me direz si j’exagère et vous nous expliquerez, s’il vous plaît, ce qui vous distingue des (terribles) communistes autoritaires. /ÉC]

CS : L’élaboration matérielle d’une conscience de classe passe donc précisément par toutes sortes de médiations collectives – partis, syndicats, associations – il suffit d’étudier le XIXe siècle pour s’en convaincre. Toutes les avancées historiques en faveur du prolétariat ont, faut-il le rappeler, été obtenues par des phénomènes de regroupement en vue de prendre le pouvoir ou de faire pression sur lui. /CS

[ÉC : vous croyez qu’on vous a attendus (et qu’on a besoin de vous comme maîtres) pour avoir une conscience de classe ? Les citoyens ne sont pas vos enfants, et vos objectifs « pédagogiques » sont infantilisants. (J’en sais quelque chose, j’ai le même travers que vous. Mais je me soigne, moi.) Laissez-nous nous former entre nous, à égalité, comme des grands.

L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître. (Jacotot/Rancière). /ÉC]

CS : Il ne faut pas négliger la nature intrinsèquement agonistique de l’intérêt général : une assemblée tirée au sort aujourd’hui sera composée d’êtres sociaux aux intérêts complètement divergents. L’écriture de la loi relève autant du dissensus que du consensus. Elle procède toujours d’un arbitrage. Il ne faut pas croire que la gouvernementalité est simplement tissée de problèmes dont une solution unique serait la clé, que la politique peut relever d’une simple pragmatique, qu’il suffirait de résoudre par la maïeutique pure de la délibération. C’est simplement faux : chaque solution comporte un choix de société, elle nécessitera une décision tranchée, des options s’en trouveront inévitablement écartées. /CS

[ÉC : vous êtes encore sur le tirage au sort de l’Assemblée législative.

J’insiste : ce n’est PAS la question centrale de notre société : ce qui nous importe d’urgence, c’est qui va écrire la prochaine constitution ? Le peuple lui-même ou les « élus » ?

Ceci dit, je ne vois pas pourquoi une chambre élue traiterait mieux « la nature intrinsèquement agonistique de l’intérêt général » qu’une chambre tirée au sort. Si vous examiniez le travail des conférences de citoyens ou autres expériences concrète d’assemblées tirées au sort (lisez Yves Sintomer), vous constateriez que ces assemblées gèrent fort bien (et même sans doute bien mieux) « la nature intrinsèquement agonistique de l’intérêt général » (vous avez de ces mots, décidément…), mieux que nos paniers de (vieux) crabes « élus »./ÉC]

CS : D’ailleurs il me semble que la vision des tenants du TAS selon laquelle nous pourrions parvenir par diverses méthodes artificielles à un corps politique unitaire, figé dans le consensus, dans lequel tous les organes intermédiaires auraient été stérilisés, détachés de leur mouvement vers le pouvoir, aussi moribonde qu’un champ de fleurs privées de soleil, comporterait des germes totalitaires. /CS

[ÉC : Que je sache, PERSONNE (à part vous peut-être) n’essaie de « parvenir par diverses méthodes artificielles à un corps politique unitaire, figé dans le consensus, dans lequel tous les organes intermédiaires auraient été stérilisés« .

Tout le monde sait bien qu’on va s’empailler dans les assemblées, ni plus ni moins, d’ailleurs, que dans les assemblées élues.

Mais cette déformation sert sans doute à repasser ensuite une petite couche de terreur, avec l’évocation « des germes totalitaires« , encore une fois.

Sentez-vous vraiment en moi le germe d’un monstre totalitaire, Clément ? Vous êtes sérieux, là ? Non, je suis sûr que c’est votre côté potache qui reprend le dessus, sacré farceur… /ÉC]

CS : C’est d’ailleurs ce qui me laisse penser que le TAS a de toutes façons bien peu de chances de s’imposer dans l’Histoire* ; car c’est un fait ontologique que des groupes luttent pour le pouvoir dans la société, et qu’il est à mon avis illusoire de penser pouvoir annihiler cette bataille (que je trouve parfaitement saine, contrairement à Van Reybrouck pour qui dans la conflictualité réside le signe d’une démocratie faible, alors qu’elle est au contraire la garante d’une pluralité d’horizons politiques possibles – son abdication nous plaçant de fait dans le filet tatchérien du There Is No Alternative). /CS

[ÉC : C’est justement l’intérêt de l’État de droit que de ne PAS laisser s’exprimer et croître tous les « faits ontologiques » (comme vous dites). Depuis (au moins Platon) on sait qu’il ne faut SURTOUT PAS donner le pouvoir à ceux qui le veulent.

Et le fait que la tendance à voir apparaître partout des voleurs de pouvoir soit éternelle, ne doit pas nous conduire fatalement à leur laisser le champ libre. Si vous permettez, nous allons résister aux voleurs de pouvoir constituant, pour tenter de construire nous-mêmes un droit des peuples à disposer d’eux mêmes digne de ce nom (je veux dire : pour une fois, PAS un droit des élus à disposer des peuples). /ÉC]

CS : L’élection est précisément le seul dispositif qui permette d’arbitrer cette lutte de telle sorte qu’elle se tienne tendanciellement à distance de la violence physique. /CS

[ÉC : Le vote des lois par les citoyens peut-être, mais l’élection de maîtres, non : je ne vois pas comme vous une fatalité à désigner des maîtres pour « se tenir tendanciellement à distance de la violence physique ». /ÉC]

CS : La démocratie est exigeante, demande du travail, de la patience, de la persévérance, de l’agilité, aussi. C’est ainsi.

Bref, toujours est-il que dans la situation actuelle, nul doute que la bourgeoisie a une vision bien plus claire de ses intérêts propres – qu’elle fera comme toujours passer pour l’intérêt général – que des atomes issus du vaste monde précarisé. Et qu’elle sera mieux préparée à les défendre.

En l’occurrence, la vision consensuelle de la société est une vision bourgeoise : c’est la fiction que la classe dominante a tout intérêt à répandre pour maintenir les classes subalternes aveugles à leur oppression. C’est la petite histoire de la paix sociale où fermente la domestication douce des exclus. Les propriétaires des moyens de production mènent une âpre lutte des classes, dont l’un des moyens favoris est de fait d’en dissimuler l’existence à la majorité sociale. Soit dit en passant, nul doute que la bourgeoisie s’accommoderait très bien du TAS s’il s’agissait du seul recours pour faire barrage à des forces révolutionnaires organisées en passe de devenir majoritaires dans le pays. /CS

[ÉC : Je suis (à peu près) d’accord avec tout ça. Mais cela n’a rien à voir avec le tirage au sort… qui, EN AUCUN CAS, ne repose sur une « vision consensuelle de la société » ; c’est un total malentendu. Nulle part mieux qu’à Athènes, une société n’a mieux mis en scène ses conflits, pour mieux les trancher elle-même, convenablement éclairée par les débats contradictoires permanents, et convenablement protégée par les infinis contrôles des représentants (qui ne votaient nullement les lois, évidemment). Les Athéniens se savaient tous très imparfaits et en conflit permanent, et c’est précisément pour gérer au mieux ces conflits (sans les nier, ÉVIDEMMENT), qu’ils ont, très pragmatiquement, sans idéalisme, peaufiné leurs passionnantes institutions démocratiques.

Avec l’élection de maîtres, un citoyen gagne tout (pendant 5 ans !) ou il perd tout (pendant 5 ans !)… Tu parles d’une gestion des conflits… Les 99% qui travaillent passent leur temps, depuis 200 ans à se faire marcher dessus par les 1% qui ne font rien. Comment vous dire ? Les électeurs commencent à en avoir marre des « élus » (et partant, des candidats, pardonnez-nous).

Les électeurs (hétéronomes, subissant les lois votées par d’autres) commencent à aspirer à devenir citoyens (autonomes, subissant les lois votées par eux-mêmes), de façon, précisément, à mieux gérer les conflits, loi par loi, ce qui leur garantirait mieux, pensent-ils (excusez-les d’être peuple et de vouloir quelque chose sans vous les « élus ») de cesser de perdre à tout les coups, ce qui leur ouvrirait la riante perspective de quelquefois gagner, les jours où leur volonté particulière croiserait la volonté générale.

Mais un soldat de parti peut-il comprendre cette aspiration populaire, assez modeste finalement (gagner sur une loi de temps en temps, au moins, sans aspirer à gagner tout le temps), lui qui ne vit que pour « gagner l’élection », c’est–à-dire conquérir tout le pouvoir pendant 5 ans, puis le garder à tout prix ? /ÉC]

CS : 2) Le péché d’engagement et la fin des partis

Si l’on suit la logique des partisans du TAS, nous retrouvons cette méfiance irréductible vis-à-vis des partis politiques et, partant, de l’engagement. D’abord les partisans du TAS commettent l’erreur de croire que tous les partis sont les mêmes. /CS

[ÉC : Non non : pas de « péché d’engagement« , vous déformez, là : nous sommes tous engagés, que croyez-vous ?

Mais certes, nous ne sommes pas tous enrôlés dans une armée politique, effectivement, avec sa discipline et sa police de la pensée. Certains veulent s’engager en restant libres de penser. Excusez-nous de tenir à notre liberté de penser.

Et personne ne dit non plus cette énormité que tous les partis seraient « les mêmes« . Mais ceci dit, tous les partis ont des propriétés communes ; la première étant de tenir à l’écart de la politique tous les individus, en privant tout le monde de la moindre influence sur les décisions communes. /ÉC]

CS : Rappelons d’abord que les partis sont des associations (loi 1901) composés d’êtres humains, d’une pluralité humaine en mouvement, foisonnante, où quelle que soit la formation au pouvoir on peut continuer de faire de la politique, d’exprimer des convictions et d’en débattre, un espace où l’on échappe en partie aux stigmates du capital : les partis sont tout simplement des refuges de la citoyenneté. /CS

[ÉC : Non. « Les partis » NE SONT PAS « tout simplement des refuges de la citoyenneté« .

Les partis sont peut-être les refuges des (pauvres) électeurs, mais l’élection de maîtres (qui vont voter toutes les lois à la place des électeurs, sans qu’ils puissent jamais rien y redire) est LA NÉGATION MÊME de la citoyenneté (encore un mot important mis à l’envers par les politiciens).

Un citoyen vote ses lois ; un électeur élit ses maîtres.

Si vous ne voyez pas la différence, figurez-vous que nous, si. /ÉC]

CS : Ensuite, s’il est bien évident que les deux partis dominants proposent peu ou prou la même ligne politique et qu’ils ont tout intérêt à la préservation du système social et politique tel qu’il est, ça ne saurait être le cas de tous les partis : et l’on ne peut pas faire – sauf à abdiquer son sens critique – comme si des divergences flagrantes de programme, de partis-pris idéologiques, n’existaient pas. Nous pouvons ainsi lire sous la plume de Van Reybrouck qu’il est temps de faire émerger des « voix différentes » en procédant au TAS. Mais que peuvent bien avoir de ressemblances la voix d’un ouvrier militant au NPA et celle d’un rentier militant à l’UMP ? À l’inverse, qui qu’on soit, sans formations politiques nous en restons à des opinions souvent consensuelles, peuplées de stéréotypes. Rien ne remplace la pensée organique, murie, fermentée dans les va-et-vient qui caractérisent la confrontation militante. Un parti est un intellectuel collectif. /CS

[ÉC : Toujours cette vision élitiste de la politique, où seules comptent l’opinion et l’action de « l’avant-garde éclairée », « le parti », n’est-ce pas ?

Permettez-nous de ne pas partager cette vision élitiste du monde, tout en appréciant, nous aussi, le bonheur de vivre dans un « cerveau collectif ». Un démocrate voit son semblable humain comme un égal politique, et compte sur la mise en scène des conflits pour éclairer l’opinion, qui tranchera souverainement. Au jeu démocratique, contrairement au jeu oligarchique, chacun peut raisonnablement espérer voir passer quelques lois qui lui conviennent.

En décidant lui-même, le peuple se trompera, évidemment ; et il se corrigera, évidemment.

Tout ce qui est vivant sur terre se trompe ; tout le temps.

Les « élus » aussi ; et très gravement (notamment toutes ces guerres à cause industrielle et à échelle industrielle, engagées et cruellement prolongées du fait de l’irresponsabilité politique des décideurs, Impunité issue directement des vices du processus constituant). Les « élus » se trompent (et nous trompent) énormément, faut-il le préciser ?

Eh bien le peuple, lui aussi, apparemment, aspire à (enfin) pouvoir se tromper, souverainement, comme tout adulte digne de ce nom… /ÉC]

CS : En creux se dessine dans les revendications des pro-TAS, une méfiance irréductible envers l’engagement : [ÉC : mais non… vous vous égarez, là … /ÉC] car tout engagement est un mouvement vers la transformation du monde, c’est-à-dire une prise de pouvoir sur sa propre vie et sur la société en général. Le TAS est la négation absolue de l’engagement [ÉC : mais qu’est-ce que vous racontez ? C’est tout le contraire : en déprofessionnalisant la politique, on va impliquer et engager beaucoup plus de monde, précisément. /ÉC], c’est-à-dire de la conscience politique en tant qu’elle se soutient toujours d’une praxis – d’une conscience qui a compris qu’il ne suffit pas d’interpréter le monde, mais qu’il importe également de le transformer. Celui qui s’engage devient suspect de vouloir le pouvoir, son geste contient déjà la corruption de l’âme, l’impureté des intentions. Suivant cette logique, défendre activement l’intérêt général relèverait déjà du conflit d’intérêts. /CS

[ÉC : Vous inventez un diable qui n’existe pas, en mélangeant tout.

Vous le faites exprès, peut-être ?

Vous n’avez manifestement (pour l’instant) pas compris grand-chose au projet politique (une démocratie digne de ce nom) qui est rendu possible par le tirage au sort. Et vous n’avez rien compris non plus aux risques liés aux conflits d’intérêts, surtout et très particulièrement dans le processus constituant, ni aux mesures de sécurité politique qui doivent protéger le corps social de ces conflits d’intérêts.

Est-ce que vous me laisserez, moi aussi, me perdre en conjectures sur « la corruption de votre âme » ? Est-ce que je peux spéculer moi aussi sur « l’impureté de vos intentions » ? /ÉC]

CS : Enfin, contrairement à ce que je peux lire ici ou là, si le pouvoir législatif était donné à des citoyens tirés au sort, il est bien évident que les partis disparaîtraient. Ceux de droite muteraient en grands think tanks payés par le capital, jamais avare de moyens financiers quand il s’agit de défendre ses intérêts politiques, des fabriques du consentement peuplées de lobbyistes et d’experts de la fausse conscience. Or personne à gauche, dans les classes populaires, n’a les moyens de financer de telles structures. Le problème, c’est que dans un système où le pouvoir ne dépend plus de la mobilisation collective condensée dans une institution intermédiaire, les militants disparaitraient : en effet, on ne demande pas à un militant bénévole, en prise avec une lutte de tous les jours pour reproduire difficilement ses moyens d’existence, de s’engager activement pour une cause alors qu’il n’a aucune chance de participer à la transformation sociale du monde par ses efforts. De fait, seule la partie conservatrice de la société, celle des propriétaires des moyens de production, continuerait à être politiquement mobilisée de façon disciplinée et continue : tout simplement parce qu’elle serait la seule à en avoir les moyens. /CS

[ÉC : Vous êtes encore sur le processus législatif… On perd son temps, allez…/ÉC]

CS : Et j’entends bien ceux qui répètent partout, avec délice, que la défiance envers les partis est immense aujourd’hui. C’est sans doute vrai. Mais je ne doute pas une seconde que le grand nombre soit néanmoins prêt à défendre massivement le suffrage universel. /CS

[ÉC :

Le vrai suffrage universel (voter nos lois) ?

ou bien

le faux « suffrage universel » (élire nos maîtres) ?

/ÉC]

CS : 3) Responsabilité et capital d’influence

Selon la vision paranoïaque décrite plus haut, les citoyens tirés au sort seraient apurés de toutes les scandaleuses dissonances que produit l’appartenance à un collectif politique, de la corruption du partisan, de celui qui prend parti. Cela pose néanmoins un problème de responsabilité. De quoi un individu tiré au sort peut-il bien se sentir responsable, puisqu’il n’a de comptes à rendre à personne et que le hasard, sauf si l’on est croyant ou superstitieux, ne demande jamais rien en retour ? De quoi se sentira-t-il responsable puisqu’il n’a ni programme, ni camarades politiques, ni électeurs à respecter ? Il ne doit rien à personne et sera mis dans une situation de pouvoir parfaitement favorable à l’éthique du mercenaire. /CS

[ÉC : Un conseil, bossez un peu le cas (édifiant) de la démocratie athénienne : c’est un exemple étonnant, au sujet de la responsabilité des acteurs politiques, et vous y verrez un laboratoire démocratique très intéressant (il donne des idées ; aux non « élus » en tout cas) avec, pendant 200 ans (une paille), tirage au sort tous les matins, reddition des comptes fréquente et ultra sévère en fin de mandat ou même plus tard, révocabilité à tout moment, etc.

Autre chose, donc, que l’escroquerie politicienne qui nous vend l’élection de maîtres en montant en épingle le-prétendu-risque-de-ne-pas-être-réélu comme mise en œuvre de la responsabilité politique des acteurs… Tu parles d’une reddition des comptes ! Une vraie honte, oui.

On peut évidemment tirer au sort nos représentants et les rendre parfaitement responsables de leurs actes, c’est juste une question d’institutions.

Vous devriez y réfléchir un peu, ça décape. /ÉC]

CS : Par ailleurs, à quelle influence sera-t-il sensible ? Le capital se tiendra-t-il bien tranquille pendant qu’un atome parachuté du jour au lendemain dans le cénacle du pouvoir légifère et se prononce sur son destin ? Non. Il financera des armées de lobbyistes et se rendra coupable de toutes les tentatives de corruption imaginables, y compris financières. [ÉC : Là, vous êtes en train de nous décrire le régime ACTUEL, n’est-ce pas ? Quel farceur vous faites… /ÉC] Et l’individu tiré au sort y sera d’autant plus sensible qu’il n’a pas d’expérience politique (sauf si par chance il est membre d’un parti ou d’une association politisée), qu’il n’est responsable de rien devant personne, qu’il n’est tenu à aucune loyauté envers de quelconques électeurs – c’est-à-dire des mandants – et ne bénéficie en aucune manière de la protection d’un collectif – et que, comme tout un chacun, il est sensible à ses intérêts matériels immédiats. Son manque de formation politique le rendra par ailleurs inapte à soutenir les arguments fallacieux tenus par les professionnels de l’argumentaire payés par le capital. D’autant plus qu’il sera confronté à un environnement juridique d’une complexité telle que l’argument de connaissance et d’expertise fera toujours la décision. /CS

[ÉC : Attendez, les « élus » ont bien, actuellement, « l’expérience politique« , « la formation politique » qui vous paraît si protectrice, n’est-ce pas ? Les « élus » ne sont également « tenu à aucune loyauté envers de quelconques électeurs », n’est-ce pas ? (Vous ne pouvez pas prétendre le contraire : les « élus » passent leur vie à trahir honteusement leurs promesses, et sans jamais être punis pour ça le moins du monde ; on dirait même que c’est ontologique, comme vous dites.)

Et vous trouvez que ça fonctionne bien ?

Vous trouvez vraiment que c’est un système à défendre ?

(Une minute de silence, svp…)

Non, aucun de vos arguments n’est spécifique au tirage au sort : les « élus » rencontrent les mêmes problèmes, et ils s’y cassent les dents, à nos dépens.

Par contre, de bonnes institutions (non marchandes) criminaliseraient les influences occultes, pourchasseraient vraiment les responsables de corruption, donneraient aux citoyens lanceurs d’alerte des moyens et des protections, et finalement garantiraient à la Cité une bien meilleure protection contre les escrocs en tout genre que ce que les anticonstitutions marchandes ont imposé depuis 200 ans avec le « capitalisme ».

Mais pour que de telles bonnes institutions soient un jour écrites, il faut absolument que nous nous débarrassions des conflits d’intérêts dans le processus constituant, il faut que les grands marchands (à commencer par les marchands d’armes et d’argent) n’aient plus aucune influence dans le processus constituant.

Et nous ne pourrons nous en débarrasser que nous-mêmes ; la solution ne viendra pas des « élus ». On n’a jamais vu un ordre de domination rendre spontanément les clefs, ça ne se passera pas comme ça.

Il faut donc nous réveiller mutuellement, de proche en proche, et nous entraîner mutuellement, dans des ateliers constituants populaires et autonomes, pour apprendre à écrire nous-mêmes les articles les plus importants d’une constitution digne de ce nom, de façon à être très nombreux à être prêts, le jour (prochain) où il sera (à nouveau) question de changer d’institutions.

Ce jour-là, si on est assez nombreux, assez entraînés et assez bien focalisés sur la même idée simple (« si on veut une constitution, il faudra bien l’écrire nous-mêmes »), on sera assez forts pour interdire aux « élus » que soit élue l’Assemblée constituante et exiger 1) soit que tout le monde l’écrive, village par village, quartier par quartier, 2) soit qu’une (ou plusieurs) Assemblée constituante centrale soit tirée au sort et qu’elle travaille sous le regard sourcilleux de tous les citoyens (autorisés et même encouragés à y interagir), avant de proposer finalement au référendum, non pas de voter pour ou contre un seul paquet d’articles en bloc, à prendre ou à laisser, mais de voter plusieurs fois pour des groupes d’articles isolés, cohérents et commentés, pour chacun des grand choix de société envisagés./ÉC]

CS : Enfin, il est évident que comme dans tout groupe humain, des orateurs se révèleront (et il y a fort à parier qu’ils seront issus des classes dominantes, où la faculté rhétorique fait partie d’un capital culturel bien tenu), introduisant des dissymétries flagrantes dans le corps délibératif. Et le public en présence ne sera pas guidé par des convictions sous-jacentes assez profondes pour se situer raisonnablement dans ces dévers. En outre, les tenants des vertus délibératives en mini-public insistent généralement sur la nécessité de maintenir la protection du huis clos pour ne pas biaiser les suites argumentaires ; mais dans ce cas, quid du grand public ? Une démocratie n’est-elle pas précisément fondée sur la raison publique et la publicité des débats ? /CS

[ÉC : Même objection : rien de spécifique au tirage au sort. Ces problèmes (bien réels) s’observent aussi (ô combien !) dans les assemblées « élues ».

Et puis toujours ce culte de « l’avant-garde éclairée » (celle du parti), seule capable de mener le peuple à la victoire… Hum. /ÉC]

CS : 4) État de droit et conflits d’intérêts

Les partisans du tirage au sort portent par ailleurs une vision maximaliste de la notion de conflit d’intérêts dont la logique, en plus d’être naïve, me semble impliquer de graves atteintes à l’État de droit. /CS

[ÉC : Bon, là, une personne en conflit d’intérêts (dans le processus constituant) va nous expliquer qu’il y a « des vision maximalistes » des conflits d’intérêts… C’est amusant.

Mais chacun jugera, en son for intérieur.

Ça, c’est sûr, que les politiciens, eux, ne sont pas « naïfs »…

Mais, les appels au respect de l’État de droit (carrément) pour rendre possible les conflits d’intérêts, c’est carrément drôle, je trouve. /ÉC]

CS : D’après eux, la légitimité démocratique du tiré au sort vient du fait qu’il fait partie du peuple et que tout un chacun aurait ainsi une chance de participer aux affaires publiques. [ÉC : Eh bien oui, quoi ? Vous n’êtes pas d’accord avec ça ? /ÉC] Soulignons d’abord que le partisan, le responsable politique, l’élu, fait lui aussi partie du peuple. Un élu reste un être humain comme les autres. [ÉC : Ben oui, bien sûr. Mais si, dans une situation particulière (comme le processus constituant), il est en conflit d’intérêts, on ne peut pas s’indigner de sa récusation (logique et nécessaire) en faisant comme s’il n’était pas en conflit d’intérêts… /ÉC] Précisons ensuite que la loi française consacre déjà, en droit, l’égalité politique : tous les citoyens de ce pays ont les mêmes droits, dont celui de participer à l’exercice du pouvoir, à égalité avec les autres. [ÉC : Oui, oui, on sait ça. Mais il y a quand même des gens en prison, n’est-ce pas ? On admet donc, parfois, des entorses au principe d’égalité, oui oui… Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. /ÉC]

CS : Or ce droit serait sérieusement mis à mal [ÉC : pas tant que ça : il ne s’agit que du processus constituant, vous avez compris. Mais dites, pourquoi tenez-vous tant à y participer en personne, à ce processus constituant ? hmmm ? /ÉC] par le TAS : la participation aux affaires publiques [ÉC : Ce n’est PAS TOUTE participation aux affaires publiques, mais le seul processus constituant, celui où les professionnels de la politique sont en conflit d’intérêts évident). /ÉC] ne serait en effet plus liée aux actions du citoyen, à sa volonté tendue dans une pratique susceptible d’atteindre ce but, mais à une procédure mécanique et arbitraire. Très concrètement, si un citoyen veut aujourd’hui devenir député, il peut se battre pour le faire, rien ne le lui interdit formellement (même si de nombreux biais sont naturellement à corriger dans le système électif actuel, et que de nombreux obstacles socio-culturels scandent indument ses voies). Or si les députés sont tirés au sort, un citoyen qui veut devenir député ne pourra rien faire d’autre que d’attendre patiemment que l’infime probabilité d’être désigné par le sort n’advienne. Mais il lui sera de fait interdit de concourir activement pour exercer cette charge, de se présenter au suffrage. Il s’agirait ni plus ni moins d’une dangereuse réduction des libertés publiques et d’une grave entaille portée au cœur même de l’Etat de droit. D’une clôture redoublée de l’espace politique, du champ de la décision, du centre de la souveraineté.

[ÉC : vous êtes reparti sur le processus législatif, là ?

Mais vous vous faites du mal pour rien, ce n’est PAS le problème, le processus législatif…

C’est rigolo, ça : ça ne vous intéresse pas du tout, le tirage au sort des Constituants, c’est ça ?

C’est le tirage au sort des législateurs qui vous préoccupe, c’est bien ça ?

Bon, bon, bon… (je réfléchis…)

Alors, vous savez quoi, on va dire que vous avez raison, que tirer au sort les législateurs, c’est une très mauvaise idée, et donc, comme on est d’accord, maintenant, on n’en parle plus, OK ?

Et comme le processus constituant, vous vous en fichez complètement, apparemment, on fera plutôt comme on préfère nous, hein, parce que nous, on ne s’en fiche pas du tout, OK ?

Donc, on ne va surtout pas élire l’Assemblée constituante, on va la tirer au sort, hein, pour mettre fin aux conflits d’intérêts permanents qui nous pourrissent la vie depuis 200 ans. OK, allez, on fait comme ça.

Sacré farceur… J’ai bien cru qu’on était en désaccord, pendant un moment 🙂 … /ÉC]

CS : Mais les partisans du TAS vont même plus loin. En effet lorsqu’est évoquée la convocation d’une Assemblée constituante, aspiration partagée par plusieurs partis ou mouvements dont le M6R, j’entends souvent dire que le fait que les constituants ne puissent ensuite se présenter aux charges régulières déterminées par la constituante serait insuffisant pour prévenir les conflits d’intérêts. Pourquoi ? Parce que si les constituants sont affiliés à des collectifs qui pourraient être amenés à exercer le pouvoir par la suite, il y aurait encore conflit d’intérêts. On m’affirme alors que les constituants doivent impérativement être en situation d’indépendance absolue vis-à-vis des partis, sous peine de ne pouvoir participer au processus constituant – ce qui sera vérifié par une sorte d’examen, d’inspection d’entrée. /CS

[ÉC : Ah tiens, c’est pas fini… Eh bien, on va enfin parler du truc qui compte vraiment ? Super ! /ÉC]

CS : Le problème de cette logique, c’est qu’elle implique tout simplement une remise en cause violente du principe d’égalité devant la loi. [ÉC : Ah ouais, c’est vrai que c’est super violent, comme projet… /ÉC] Le droit de concourir aux charges politiques est en effet une liberté fondamentale, nous l’avons dit. [ÉC : Violent et en plus, sur une liberté fondamentale, t’imagines… /ÉC] Mais le droit d’association – que Tocqueville, souvent cité par les défenseurs du TAS, voyait justement comme la manifestation la plus intéressante de la démocratie – également. Or, si l’on suit les prédicats posés par cette aversion des pro-TAS envers tous les collectifs qui animent la société civile [ÉC : mais où allez vous chercher ces inventions ? /ÉC] , le fait d’adhérer à une association dont les activités sont pourtant légales (sauf si on abroge le droit d’association, bien sûr) pourrait impliquer la destitution des droits civiques [ÉC : c’est cela, oui, carrément, avec exil et confiscation des biens en prime ?… N’importe quoi. Cette exagération d’une mesure nécessaire et limitée est une manœuvre, qui vise à rendre odieuse une procédure qui est pourtant juste, mesurée et utile. /ÉC]. Cela signifierait simplement que les charges politiques [ÉC : pas toutes, Clément, n’exagérez pas, ça se voit… /ÉC] seraient de fait interdites à tout un ensemble de citoyens. Et ceci me semble être porteur de graves dérives vers des formes étranges, nouvelles, de tyrannie. /CS

[ÉC : Ah ! Revoilà le péril totalitaire… Gare aux formes nouvelles —étranges— de tyrannie si vous vous préparez à écrire vous-mêmes —sans vos tuteurs— votre contrat social, espèce de peuple indocile !

Quel boute-en-train vous faites parfois, Clément…

Vous charriez quand même un peu, non ? /ÉC]

CS : Par ailleurs, on voit en creux quel individualisme irréaliste résulte de cette logique : il faudrait des individus dénudés, des monades épurées de toute histoire, de tout point de vue, de tout biographème, de toute inscription sociale, de l’eau dans de l’eau – et cela alors même que leur désignation par le sort est revendiquée au nom de qualités sociologiques fixées ! Nous sommes tous des êtres sociaux ; chacun revêt une identité multiple et se trouve parcouru d’intérêts particuliers à faire valoir. /CS

[ÉC : Mais vous êtes parti dans un truc de fou, là… Tout ça est une invention pure et simple, un fantasme, une trouille peut-être ? /ÉC]

CS : C’est en définitive avoir une vision fausse du conflit d’intérêts : un conflit d’intérêts est le fait d’une personne qui profite d’un pouvoir pour le détourner vers son intérêt personnel. /CS

[ÉC : NON, PAS DU TOUT, VOUS VOUS TROMPEZ, CLÉMENT : UN CONFLIT D’INTÉRÊTS N’EST PAS UN COMPORTEMENT MALHONNÊTE, MAIS UNE SITUATION DANGEREUSE.

SI ON NE COMPREND PAS ÇA, ON NE COMPREND RIEN AUX CONFLITS D’INTÉRÊTS.

Ou peut-être, on fait semblant de ne pas comprendre, parce qu’on n’a pas très envie. /ÉC]

CS : Un mandataire désigné par une formation collective, porteuse d’une vision politique, n’est donc pas ontologiquement en conflit d’intérêts : s’il respecte son mandat, nul conflit d’intérêts. Question : demandera-t-on au tiré au sort, avant sa prise de fonction, s’il a des convictions préalables et sera-ce un motif de reddition ? /CS

[ÉC : Je vous sens reparti sur le processus législatif, là… Je me trompe ?

Vous entretiendriez une confusion, du même coup ? /ÉC]

CS : Allons même un peu plus loin, pour montrer à quel point cette vision maximaliste du conflit d’intérêts se heurte à des apories insolubles. La constitution ne règle pas seulement la répartition des prébendes politiques ; elle peut aussi énoncer les règles économiques fondamentales – à tout hasard, la question de la propriété, par exemple. À partir de là, faut-il exclure du processus constituant « tous ceux qui en dépendent », depuis le locataire précaire jusqu’au rentier d’une SCI florissante ? Partant, tout le monde, la société étant cousue de rapports de propriété. De même, quand il faudra fixer les grands principes constitutionnels en matière de fiscalité, le tiré au sort ne sera-t-il pas en conflit d’intérêts, en tant que contribuable ? Et quand il s’agira d’établir les droits fondamentaux du citoyen ? Le citoyen sera-t-il en conflit d’intérêts ? Enfin pour peu que la Constituante se penche sur les droits environnementaux, espérons que le constituant tiré au sort n’habite pas cette planète. /CS

[ÉC : C’est intéressant, de voir un individu en conflit d’intérêts (ce qui n’est absolument pas condamnable, j’insiste : être en conflit d’intérêt n’emporte, en soi, aucune malhonnêteté, si on se récuse bien sûr) qui se débat pour désactiver le concept même de conflit d’intérêts. Un vrai sujet d’étude…

Évidemment, pour qu’il y ait conflit d’intérêts, il faut que l’intérêt personnel du décideur soit CONTRAIRE à l’intérêt général (sinon, il n’y a pas conflit, mais convergence).

Et précisément, voici, mise à nue, la différence entre les deux situations :

Tout le monde a des intérêts, OK, évidemment, vous avez bien raison ; à ce petit détail près que :

  • 99% ONT UN INTÉRÊT PERSONNEL QUI CONVERGE AVEC L’INTÉRÊT GÉNÉRAL (avoir besoin de garanties solides et quotidiennes contre les abus pouvoir),
  • ALORS QUE 1% ONT UN INTÉRÊT PERSONNEL QUI DIVERGE D’AVEC L’INTÉRÊT GÉNÉRAL (avoir besoin de n’être jamais gêné ni inquiété dans l’exercice du pouvoir)…

Ah ! Est-ce un détail ?

Doit-on traiter les deux situations comme si elles étaient équivalentes ?

Ce n’est évidemment pas l’existence d’intérêts personnels quels qu’ils soient qui pose problème ; ce qui pose problème, c’est le fait que cet intérêt personnel soit contraire à l’intérêt général.

Il n’y a aucune honte à être en conflit d’intérêts POURVU QU’ON SE RÉCUSE. Ce qui serait honteux, ce serait d’être en conflit d’intérêts et de continuer à exercer la fonction en question sans rien dire…

Le conflit d’intérêts n’est donc PAS L’ACTION de détourner un pouvoir, c’est LA SITUATION où L’INTÉRÊT PERSONNEL du décideur est CONTRAIRE À L’INTÉRÊT GÉNÉRAL de l’organisation au nom de laquelle il décide.

/ÉC]

CS : 5) Le faux exemple des jurys d’assises

Les jurys d’assises constituent pour les partisans du TAS une forme d’exemplification du fonctionnement potentiel du tirage au sort en politique, dont ils extrapolent justement leur vision déformée de la notion de conflit d’intérêts. En France, ils sont composés de citoyens désignés de façon aléatoire dans la population, afin de se prononcer sur les crimes les plus graves recensés par le code pénal. Ces jurys ne sont toutefois pas chargés d’édicter la loi, mais simplement de veiller à son application, d’en coordonner la lettre avec des faits bien précis, circonscrits dans le temps comme dans l’espace.

Le jury d’assises n’appartient pas à la même temporalité que l’action politique : ses yeux se tournent vers le passé, vérifient ce qui a eu lieu, quand l’action politique occupe ses mains à façonner l’avenir. [ÉC : la belle affaire… /ÉC] L’étendue de son sujet diffère également : des faits, un procès, un dossier judiciaire unique et particulier pour le jury d’assises, quand l’action politique concerne potentiellement chaque chose de ce monde. Pouvoir politique et pouvoir judiciaire n’ont donc en rien le même objet : l’un contrôle simplement l’application des lois tracées par le geste démiurgique de l’autre. Le politique doit être le lieu de l’auto-institution de la société, pour parler comme Castoriadis ; la justice quant à elle est une institution. C’est pourquoi on ne saurait comparer un juré, ni même un juge (qui soit dit en passant encadre strictement l’activité des jurés) avec un député.

À quoi bon ces distinctions ? Précisément parce qu’elles impactent profondément la question de la légitimité. On ne demande pas à un jury d’assises de porter une vision politique, de se situer dans le faire, dans la création. Mais simplement aux citoyens désignés à sa charge de se porter garants de ce que le politique a décidé en leur nom, en tant que membres de la société. /CS

[ÉC : Arguties… QUEL QUE SOIT LE DOMAINE D’ACTION, même vertueuse et même irréprochable, UNE PERSONNE EN CONFLIT D’INTÉRÊTS NE PEUT PAS ÊTRE JUSTE, ELLE N’EST PAS FIABLE (pour les autres), elle doit se récuser, ou l’être par une autorité. /ÉC]

CS : 6) Les choses et les mots

Les partisans du TAS pensent, et c’est l’un des point saillants de leur argumentaire, que celui-ci serait le seul à pouvoir composer une chambre « représentative » de la population réelle, donc légitime, dans la mesure où l’on y trouverait tant de membres des CSP qui cataloguent le monde professionnel, tant d’urbains, de ruraux, de trentenaires, de quadras, de quinquas, etc. /CS

[ÉC : Bon, vous êtes reparti sur le processus législatif… Je vous laisse, hein. À tout à l’heure. /ÉC]

CS : Or prétendre qu’un tel échantillon serait politiquement représentatif revient de fait à essentialiser des êtres humains d’après une qualité objective (objectivée, plutôt) particulière, froide, et bien souvent déterminée par le procès capitaliste. C’est réduire et déshumaniser. C’est nier la capacité de l’homo politicus à dépasser, néantiser les conditions sociales, à mettre à distance les déterminismes sociaux et s’émanciper des dominations structurelles dans la révolte et le collectif. Saisir un individu dans la passivité et l’anonymat pour le porter au pouvoir, tel un simple étant (inerte) réifié par sa collection dans les colonnes froides de la « représentativité sociologique », isolat sérialisé par la technique statistique, c’est enlever au vivre-ensemble ses visages pour s’en tenir à l’abstraction spécieuse des propriétés. « Le visage est cette réalité par excellence, où un être ne se présente pas par ses qualités », comme l’écrit Lévinas.

Assigner à la formulation de la loi des caractéristiques placides, des classifications qui en elles-mêmes recèlent de nombreuses formes de dominations symboliques, plutôt que l’adhésion à des discours publics et des visions du monde, c’est-à-dire à un processus de mise en branle de l’appareil intellectuel qui débouche sur la formation de convictions critiques, c’est tout simplement dénigrer la dignité politique de la conscience humaine, qui veut que chacun puisse se déterminer par rapport au dit, avec ses trucs et astuces comme avec ses vertus dialectiques et délibératives, et ait le pouvoir de choisir. C’est choisir le photographique au dialectique, le pétrifié au vivant. Et c’est tuer le logos dans la grande fête de l’insignifiance. /CS

[ÉC : Carrément ? /ÉC]

CS : Ainsi que pourrait bien représenter un échantillon de la population dont les membres sont absents de toutes formulations et revendications politiques ? Rien. Rien d’autre qu’un échantillon quelconque, saisi à un instant T. Le TAS convient peut-être pour extraire un cénacle fantomatique de gestionnaires, qui n’auraient rien d’autre à faire que de contrôler la bonne perpétuation de l’ordre existant d’où ils sont issus dans un geste tautologique, c’est-à-dire sans autre forme de justification que d’y être issus ; en aucun cas pour porter au pouvoir les dépositaires de la volonté générale dans ses diverses nuances et ses multiples velléités.

Imaginons en passant un système tel que la grande majorité de la population vive dans le bonheur et l’opulence, alors qu’une minorité subit de violentes formes d’exclusion. Nous satisferons-nous à bon compte des grandes vertus démocratiques de la « représentativité sociologique » ?

Le politique se réalise dans une transcendance de l’étant (inerte) par l’action, laquelle ne peut s’opérer qu’au niveau du discours communiqué. /CS

[ÉC : Ah ? /ÉC]

CS : 7) Mépris du peuple /CS

[ÉC : What ?! But look who’s talking !… /ÉC]

CS : Il est en outre étrange de porter aux nues les facultés délibératives du « peuple », disons des classes populaires, tout en lui niant celle de s’organiser politiquement pour prendre le pouvoir. /CS

[ÉC : Vous n’avez pas bien compris, je vais vous le dire autrement :

les 99% voudraient empêcher les 1% de s’organiser (entre eux les 1%) pour voler 100% du pouvoir. De cette façon, les 99% espèrent exercer (au moins un peu) plus le pouvoir… /ÉC]

CS : C’est un point de vue au mieux défaitiste, au pire méprisant. [ÉC : vous êtes sûr ? /ÉC] Puisqu’elles n’ont pas encore pris le pouvoir d’elles-mêmes, alors on les y mettra de force (c’est-à-dire indépendamment de leur propre action), de force par la loi des grands nombres et des pondérations algorithmiques. C’est dénier au peuple la faculté de se battre et de prendre le pouvoir, oublier l’histoire de ses combats et de ses victoires (notamment sur le droit de vote) et abjurer sa liberté politique. /CS

[ÉC : Inciter le peuple à s’entraîner tous les jours pour écrire lui-même sa constitution, pour cesser de démissionner devant les injonctions de ses maîtres « élus », devenir lui-même capable, par éducation populaire, d’instituer lui-même, en adulte libre, sa propre puissance et ses propre garanties contre la tyrannie, stimuler et favoriser des ateliers constituants populaires un peu partout dans le pays, « c’est dénier au peuple la faculté de se battre et de prendre le pouvoir, oublier l’histoire de ses combats et de ses victoires (notamment sur le droit de vote) et abjurer sa liberté politique » ??????

Dites, Clément, vous avez un petit problème de comprenette, on dirait, ou bien peut-être, plutôt oui, sur ce sujet précis vous n’avez peut-être pas très envie de comprendre, hmmm ? /ÉC]

CS : 8) La confusion de l’échantillon et de l’ensemble

Pour continuer sur la question de la représentativité, les partisans du TAS opèrent une mystification qui passe souvent inaperçue. Elle consiste à postuler que : échantillon extrait du peuple = peuple. C’est confondre un échantillon avec un ensemble. Le fait est qu’une infime minorité du peuple exercera le pouvoir ; sauf qu’elle ne sera plus reliée au reste du peuple par aucune médiation, de celle que représente le vote, qui est une autorisation donnée d’agir, une délégation momentanée, une licence arrimée à une origine solide, dont le siège se trouve dans la volonté de chaque citoyen. /CS

[ÉC : Ah ! Tiens ! Elle est bien bonne celle-là.

Eh bien, Clément, si vous êtes si chatouilleux avec cette honteuse mystification (vous avez bien raison), vous devriez rugir de rage et entrer en guerre avec nous contre cette autre mystification, autrement plus grave et bien plus durable, « mystification passant elle aussi inaperçue, et qui consiste à postuler que : échantillon « élu » extrait du peuple = peuple. C’est confondre un échantillon avec un ensemble » et « le fait est qu’une infime minorité du peuple, « élue », exercera le pouvoir »…

Haha ! Donc ça y est, vous nous rejoignez, pour écrire nous-mêmes notre constitution, sans plus jamais confondre (lamentablement, vous avez raison) un échantillon « élu » avec l’ensemble.

Elle est bonne, celle-là, je la ressortirai. /ÉC]

CS : Sur les 45 millions d’électeurs français, si l’on donne à l’Assemblée les moyens de légiférer correctement, avec le temps du débat et de la délibération nécessaire, si cette Assemblée regroupe environ 500 personnes, autant dire que la chance dans une vie humaine de participer aux affaires frôle le ridicule. Pour une Assemblée de 2000 personnes renouvelées tous les ans, on monte à peine à 0, 004% de chance d’être désigné, comme le souligne Tommy Lasserre. Dans ces conditions, personne ne se préparera, comme j’ai pu le lire ou l’entendre, à exercer le pouvoir. La majorité des gens n’aura même plus à se déplacer dans l’isoloir de temps à autre ; l’isolement politique sera total, achevé. /CS

[ÉC : mmm… et avec l’élection, c’est carrément 0,0000%. Donc, qualité de la démonstration = ?

Et le ratio dans chaque commune, il est le même ?…

Mais vous êtes à nouveau reparti sur le législatif… Tout se mélange, dans votre tête, décidément, c’est confus. /ÉC]

CS : Le tirage au sort n’est pas le propre de la démocratie ; mais plutôt de la stochocratie, du grec stokhastikos qui signifie « aléatoire ». Avec l’élection le grand nombre des citoyens ont, même si c’est de façon indirecte, le pouvoir d’agir en choisissant des représentants identifiés et des programmes. Ce ne serait plus le cas en stochocratie. /CS

[ÉC : Hum… /ÉC]

CS : Les zélotes de la stochocratie confondent le processus et l’objet du processus : si l’objet du vote est bel et bien de choisir l’orientation du pouvoir de façon authentique et équitable, c’est-à-dire d’un pouvoir réel et déterminé, alors les couches populaires se mobilisent. C’est notamment ce qui explique la variance de l’abstention d’un scrutin à l’autre.

Il faut examiner ici trois hypothèses :

  1. A) Les tirés au sorts sont extraits d’un panel de volontaires : alors la représentativité sociologique est brisée, se retrouvent des gens intéressés par le pouvoir (donc suspects), et en toute logique des gens plutôt dotés d’un haut capital culturel qui leur permet de maîtriser la chose politique,
  1. B) Les tirés au sort peuvent démissionner : mais comme n’y aura plus de structures partisanes à gauche pour former, éduquer politiquement et (quand elles s’y décident) promouvoir des militants des classes populaires, alors leur radiation politique sera sans doute encore plus importante que ce qu’elle n’est actuellement,
  1. C) Les tirés au sort ne peuvent démissionner : ils démissionneront dans l’hémicycle, peuplé pour une proportion certaine d’individus qui n’assument pas la charge ou ne désirent pas l’assumer (quelle qu’en soit la raison personnelle ou l’aliénation politique) : autant dire que la réduction de 500 à 250 sièges effectifs, c’est-à-dire des majorités à 125, limite rapidement la « loi des grands nombres » : une poignée de députés sans substance seront effectivement en position d’arbitre. /CS

[ÉC : Eh bien dites donc, vous n’êtes pas optimiste, vous, hein ?

Le fait que le tirage au sort ait très bien marché pendant 200 ans (carrément), ça ne vous donne pas envie de comprendre pourquoi et comment ? Vous n’êtes pas curieux, finalement, hein. /ÉC]

CS : 9) Brèves incohérences d’un système mixte

Parfois les pro-TAS soutiennent un système bicaméral, avec une chambre élue et l’autre tirée au sort – un peu d’ailleurs comme si un principe discutable le devenait moins adjoint à un principe différent, en l’occurrence frontalement opposé (cette vieille idée du juste milieu, de la bonne dose). Admettons.

Mais dans ce cas laquelle des deux tranchera en dernier ressort ? Les deux chambres ou collèges seront-ils dotés d’un pouvoir de veto ? En réalité cela revient à retomber dans les mêmes problèmes de légitimité ; cette mixité ne change rien au caractère antipolitique du TAS, qu’on le combine avec tous les éléments que l’on veut – sauf si cette combinaison revient à lui ôter tout pouvoir réel, auquel cas il redeviendrait un projet marginal et nous perdons notre temps à en discuter. Même problème en cas d’une assemblée mixte. Les désignés par le sort souffriraient toujours d’un déficit de légitimité, auprès d’une population qui ne les a pas choisis sans doute, auprès des élus présents et de leurs électeurs certainement.

En réalité, un pouvoir politique concernant un même objet (ici l’écriture de la loi) ne saurait avoir plusieurs sources distinctes. Concrètement, des législateurs ne procédant pas de la même source ne seraient pas à égalité d’autorité : si bien que le pouvoir risquerait bientôt de s’effondrer sur lui-même, victime d’un déséquilibre interne, figeant du même coup l’ensemble du système politique gravitant autour de lui. /CS

[ÉC : Vous vous obstinez sur le tirage au sort le plus discutable (en instruisant à charge, et oubliant d’évoquer toutes les réfutations de ces objections, d’ailleurs), celui du corps législatif, mais on vous voit faire. Et nous, on sait bien que le tirage au sort qui compte le plus, ce n’est PAS celui sur lequel vous nous épuisez (il est super tard, là, quand même…).

Alors on commence à se demander si on ne va pas vous laisser là, à discuter tout seul (ou avec vos amis qui sont d’accord pour ne pas être d’accord avec le tirage au sort) d’un sujet qu’il n’est pas temps de creuser autant. /ÉC]

CS : 10) Délégitimation de l’opposition politique

Si l’échantillon du peuple se confond avec le peuple, quid de l’opposition politique ? À quoi bon contester les lois et en proposer de nouvelles ? Le sort est le tonneau des danaïdes de la politique. Il dissoudra toute forme de coalition. Les contestataires s’adresseront à des spectres tenant leur légitimité de la brume indistincte du hasard, à quelque chose qui échappe à l’immanence du fait social, à son ancrage proprement politique, à son caractère temporel. Car où donc sera la prise pour accrocher une opposition ? Comment contester le pragmatisme absolu, vissé dans les reliefs désincarnés d’un échantillon statistique ? Au nom de quoi ? Du nombre mobilisé ? Impossible puisque la rationalité stochocratique consiste précisément à discréditer le nombre coalisé (car coupable de conflit d’intérêts). Nous redeviendrons ainsi de simples sujets plutôt que des citoyens en puissance, les sujets d’un régime obscur, proprement kafkaïen.

11) Les choisis et les meilleurs

On entend souvent dire dans la bouche des partisans du sort que l’élection est par essence le dispositif de l’aristocratie. Car il s’agirait du règne « des meilleurs. » Il s’agit là d’un sortilège analytique, d’un abus de langage, d’un glissement conceptuel.

[ÉC : Ah oui ?/ÉC]

CS : L’élection sélectionne les choisis, pas les meilleurs. /CS [ÉC : donc les pires, bien sûr, dans l’esprit des électeurs… vous voulez rire, je présume. Non mais je rêve ? Vous êtes en train de vous prévaloir de l’échec (lamentable) de l’élection de maîtres (qui, au lieu de mettre au pouvoir —comme promis— les meilleurs, nous colle toujours les pires des pires, la crème de la crème des menteurs et des voleurs), vous vous servez de cet échec, donc, pour nous « démontrer » que, vous voyez bien, l’élection n’est pas aristocratique ?… Oh, mais on tient là, je crois, un spécimen de mauvaise foi chimiquement pure, c’est assez rare… /ÉC]

CS : Il n’est qu’à voir les présidents récents de la Ve pour s’en convaincre. La sélection des meilleurs reposerait sur des critères bien précis, objectivables, dans une logique d’examen ; alors que l’élection fait au contraire appel à la diversité des subjectivités. Le seul critère de l’élu, c’est d’être choisi. Et les déterminants du vote sont pluriels, combinent des éléments d’admiration et de rejet, un jeu de reconnaissance où la part humaine et affective joue aussi un grand rôle. L’élu n’est pas forcément le plus apte à gouverner ou à défendre une vision du monde ; il est juste élu, il a rassemblé sur sa voix le plus grand nombre de votes, mélange de votes de conviction et de votes par défaut./CS

[ÉC : Eh bien, il faut s’en donner, du mal, pour arriver à donner l’impression que l’élection n’est pas aristocratique, alors qu’elle l’est par construction, par définition… Vous êtes un type courageux, Clément, un guerrier du verbe. /ÉC]

CS : Que les partis dominants sélectionnent leurs cadres dans les promotions de l’ENA, qu’ils soient touchés par une surreprésentation de la classe dominante dont ils défendent les intérêts n’a rien à voir avec la logique du vote. Elle n’est que l’ultime volet de la légitimation d’une domination matérielle et symbolique qui trouve ses sources dans la confiscation par un petit nombre des modalités notamment scolaires d’acquisition du mérite permettant de créer et reproduire l’ « élite », qui met tout en œuvre pour garder la main sur le pouvoir politique, pris comme un artefact parmi d’autres pour servir ses intérêts de classe.

Et quand bien même l’élection donnerait la prime aux « meilleurs » : il faudrait prouver que l’aspiration majoritaire de la société à élire ceux qui sont les plus admirés est illégitime et anti-démocratique. /CS

[ÉC : Eh bien, comment dire ? Il se fait, voyez-vous, que l’aristocratie, ce n’est PAS la démocratie, ce sont des régimes, finalement, assez… différents. Et si une procédure est typiquement aristocratique (l’élection de maîtres, supérieurs), et qu’une autre est typiquement démocratique (le tirage au sort de serviteurs, non supérieurs), il est assez incohérent (sauf si on a une mauvaise intention, très cohérente, derrière la tête) d’inverser les règles de désignation des acteurs. /ÉC]

CS : En outre l’aristocratie désigne une caste supérieure (aristoi) dont le pouvoir (principalement héréditaire) [ÉC : pas du tout, la transmission héréditaire des privilèges aristocratiques est une dégénérescence, un dévoiement, une inversion de sens, une tromperie. /ÉC] n’est pas justement pas fondé sur le mérite. C’est toute la différence entre une aristocratie et une république. /CS

[ÉC : Bah ! /ÉC]

CS : 12) La diabolisation du pouvoir

Un autre lieu commun des partisans du TAS consiste donc, on l’aura compris, à arguer que l’élan vers le pouvoir, la poursuite d’un conatus (puissance de persévérer dans son être) à la fois individuel et collectif, la mise en mouvement de la puissance d’agir, serait négative ou nuisible, source de domination. C’est déjà confondre pouvoir et domination, le premier relevant de la capacité collective à habiter et transformer le monde dans lequel nous vivons, le second à empêcher toute capacité d’action chez l’autre. Mais c’est surtout entretenir une défiance mortifère envers les passionnés de la chose politique, ceux qui ont un souci de l’être collectif du monde tel qu’ils veuillent le transformer, le tenir à bout de bras, le toucher des doigts. Ceux-là seraient des tyrans en puissance.

Ce réflexe délétère relève quand y réfléchit de la pétition de principe. Je pense qu’il y a tout autant à craindre de ceux qui ne sont pas familiers du pouvoir et qui, goûtant l’ivresse de la puissance d’un seul coup, seraient peu enclins à y adjoindre la moindre modération. Quant à la banalité du mal politique, celle que l’on trouve chez les hommes ordinaires, Hannah Arendt a déjà, je crois, eu l’occasion d’en faire une saisissante démonstration (cf La banalité du mal). /CS

[ÉC : vous avez toute la légitimité pour en penser tout ce que vous voulez, naturellement, mais de toute façon, ce n’est pas à vous (ni à moi) de décider. Seul le peuple est légitime pour choisir, LUI-MÊME, le processus constituant qui lui agrée.

Et votre peur de l’homme ordinaire (de qui vous avez lu « une saisissante démonstration de la banalité du mal ») (et pas chez les « élus », la banalité du mal, non non, on n’a jamais vu ça), votre peur de l’homme ordinaire, donc, ressemble à de la démophobie.
Vous avez le droit, notez : on n’est pas obligé d’être démocrate… /ÉC]

CS : Le but d’une démocratie n’est pas de se méfier des « hommes de pouvoir » [ÉC : Ah ? /ÉC] mais plutôt de faire en sorte que chacun devienne lui-même « un homme de pouvoir ». /CS

[ÉC : Ah bon ?! « Chacun » ?! À la bonne heure ! Eh bien, vous allez donc nous rejoindre pour défendre le tirage au sort, puisque le tirage au sort est incontestablement l’outil idéal pour garantir et alimenter une bonne rotation des charges, de façon équitable et incorruptible. Chouette ! On va faire du bon boulot ensemble. /ÉC]

CS : Elle n’est par ailleurs pas supposée se fonder sur d’hypothétiques calculs de moralité, comme si l’être humain était ontologiquement bon ou mauvais ; mais se doter d’un jeu institutionnel au sein duquel les élus aient intérêt à s’aligner sur l’intérêt général et la probité, qu’il s’agisse d’anges ou de démons.

Et puis soyons prudents. À harceler mécaniquement le pouvoir, on obtient l’impuissance générale. Le meilleur moyen d’obtenir la domination, c’est d’entraver le pouvoir collectif – cette chose fragile – dès qu’il se manifeste. /CS

[ÉC : C’est vrai, mais en partant de là où on est (point de vue « harcèlement des pouvoirs »), on a de la marge…

Ah oui ! C’est vrai, le péril totalitaire… ne pas oublier le péril totalitaire, tapi dans l’ombre du tirage au sort… /ÉC]

CS : 13) Exemples manqués

Les stochocrates avancent souvent quelques exemples pour démontrer un infléchissement de l’Histoire vers le TAS. La Colombie britannique, en 2004 confia la réforme de sa loi électorale à un échantillon arbitraire de 160 personnes. Las, son travail fut rejeté par référendum. Même chose pour l’Ontario ou les Pays-Bas, en 2006.

En fait, aucun pouvoir tiré au sort dans l’époque récente n’a pu exercer une quelconque influence concrète sur la société politique. Pourquoi ? /CS

[ÉC : peut-être du fait des résistances oligarchiques obstinées comme la vôtre ?…. /ÉC]

CS : Sans doute parce qu’avant de regarder le texte proposé, les citoyens regardent qui s’avance devant eux et de quel droit. Force est de constater qu’un groupe tiré au sort est bien malvenu de prétendre imposer des lois, une constitution, au reste de la société. Parce que les sociétés capitalistes sont traversées d’antagonismes sociaux violents, qu’il ne suffit pas de décréter pour créer de l’adhésion immédiate à la loi ; il faut au contraire constamment passer par la médiation des rapports de force concrets qui structurent l’univers social. Tout le monde sait qu’il ne suffit pas d’être porté au cœur officiel du pouvoir pour gouverner effectivement. Les choses sont un peu plus compliquées que cela. Il faut convaincre constamment. Les stochocrates pensent peut-être pouvoir s’épargner cet exercice : c’est une chimère. D’ailleurs quelle serait la nature d’un régime où il n’est plus guère nécessaire de convaincre le grand nombre ? /CS

[ÉC : En fait, vous êtes un démophobe pur jus, non ?

Et vous nous faites dire des choses qu’on ne dit pas. /ÉC]

CS : Et je ne résiste pas au plaisir de citer cet argument de Sintomer, pourtant l’un des grands thuriféraires du TAS, mais qui s’en révèle ici le meilleur détracteur : « Comment les mini-publics pourraient-ils avoir de réelles incidences sur le monde ? Les citoyens tirés au sort sont désencastrés de leurs liens sociaux préalables et sont mis artificiellement en présence. Tant que leur convocation dépend seulement du bon vouloir des autorités publiques, il est improbable qu’ils puissent subvertir vraiment les structures de pouvoir. Pour imposer des transformations positives dans un monde où les résistances structurelles des intérêts dominants sont énormes, l’appel à l’indignation et à une levée en masse contre les injustices et les périls qui menacent la planète n’est-il pas plus efficace que les discussions raisonnables en comités restreints ?»

Ça c’est beau : un oligarque (en formation) qui se prévaut de sa propre turpitude (enfin, de celle de ses maîtres) : « les tirés au sort n’arrivent à rien, voyez-vous, parce que le système de domination ploutocratique est tellement bien verrouillé par les voleurs de pouvoir qu’il ne reste pas la moindre petite lucarne pour changer les choses… Alors vous voyez bien que le tirage au sort est une chimère… Renoncez, mon vieux, renoncez… »

Punaise, ça, c’est l’art de dominer. /ÉC]

CS : À quoi nous répondrons cependant que l’indignation ne suffit pas et que les masses levées doivent prendre garde à « ne pas tomber amoureuses d’elles-mêmes », selon le mot de Zizek adressé aux manifestants d’Occupy Wall Street, mais consentir à un certain degré d’organisation, c’est-à-dire d’institutionnalisation, afin de trouver un débouché politique. /CS

[ÉC : Et les « élus » ? Est-ce qu’ils doivent « prendre garde, eux aussi, à ne pas tomber amoureux d’eux-mêmes » ?…

Allez dites-nous, Clément… On a hâte de savoir, nous.

Vous êtes un sacré numéro, vous, hein ?/ÉC]

CS : 14) Le miroir du néolibéralisme

Paradoxalement, le TAS semble correspondre en tous points au stade achevé du néolibéralisme. Il en est la réponse politique au lieu d’en être la condamnation. /CS

[ÉC : Bon, j’ai répondu là-haut à cette énormité ; je n’y reviens pas. Tout ça est trop long. /ÉC]

CS : Le néolibéralisme travaille chaque jour à faire de nous des atomes économiques, les particules d’un grand liquide dissolvant toutes les appartenances, toutes les solidarités politiques, toutes les structures collectives. Une réponse intermédiaire au néolibéralisme réside, ainsi que le souligne David Harvey, dans la prolifération des associations civiles, c’est-à-dire dans la division et la spécialisation de la lutte politique au détriment des partis qui portent une vision intégrale du monde. Dans la même veine, le TAS prend acte du fait que les grandes structures collectives sont affaiblies, émiettées, effondrées par l’individualisme contemporain, que la société se divise en alvéoles éphémères par la faute du poids croissant du capital dans la juridiction quotidienne. Qu’afficher des opinions politiques et se battre pour elles paraît archaïque, soit qu’on n’en ait plus les moyens, soit qu’on pense que le pouvoir politique n’a plus de prise face à la souveraineté du capital, soit que l’on trouve ce genre de choses frivoles à l’âge de « l’entertainment » généralisé. Devant un tel paysage, le TAS semble alors la réponse adéquate : puisque la société ressemble à un grand tas de poussière, il est légitime d’en piocher ici et là les grains. En effet, ce serait tout à fait illustratif de la pente sur laquelle nous disparaissons, nous, citoyens et partisans. Une ode au replié. Car empêcher ceux qui se présentent, c’est en effet donner une prime à l’effacement.

Sauf que je ne me résous ni à cette société, ni à cette pente funeste. /CS

[ÉC : c’est vrai que c’est beaucoup moins funeste et beaucoup plus prometteur de continuer comme avant…

80% des gens se méfient des politiciens de métier.

Ce n’est pas sans raison. /ÉC]

CS : Quelques pistes pour un renouveau démocratique /CS

[ÉC : Oh ben, ça, c’est un beau titre… /ÉC]

CS : Le diable est dans les détails et il existe de nombreuses manières de reconstruire un système électif de telle sorte qu’il rende le pouvoir aux classes populaires et se mette au service de l’intérêt général. Le référendum révocatoire permet de contrôler l’élu : sous son joug, le mandataire ne jouera plus le jeu des promesses intenables et des trahisons. /CS

[ÉC : Sauf que vous omettez l’essentiel, vous savez, ce truc dont vous ne voulez pas parler sérieusement, depuis 30 pages : AUCUN ÉLU N’INSTITUERA LUI-MÊME (À CAUSE DU CONFLIT D’INTÉRÊTS) LE RÉFÉRENDUM RÉVOCATOIRE QUI PERMETTRAIT DE LE VIRER À TOUT MOMENT.

Et donc, en annonçant le RIC comme vous le faites ici, tout en refusant d’en examiner la plus importante et la plus évidente condition d’institution (garantir que les constituants n’aient PAS un intérêt personnel qui les pousse à ce que ne soit PAS institué le RIC), vous vous comportez comme un escroc, vous promettez sans avoir du tout les moyens de tenir votre promesse.

Je ne pense pas que vous soyez un escroc, parce que je pense que vous ne faites pas ça sciemment, mais tout se passe comme si vous l’étiez. Vous devriez y réfléchir. /ÉC]

CS : La proportionnelle intégrale /CS [ÉC : c’est-à-dire la plus oligarchique des versions de la procédure aristocratique de base qu’est l’élection de maîtres… La proportionnelle donne, cette fois, ABSOLUMENT TOUT le pouvoir aux partis : plus aucun individu ne peut se présenter seul aux suffrages, même à petite échelle… Là, c’est le pompon. C’est extravagant de présenter ce truc comme un progrès démocratique… Extravagant. /ÉC] CS : donne une représentation plus fidèle des diverses nuances de la volonté générale et n’interdit pas à des collectifs citoyens d’exercer des mandats.

Un financement public donné à égalité à chaque formation en concurrence pour le suffrage, couplé à un strict respect de l’égalité (en quantité et en horaires d’expositions) des temps de parole dans les médias verticaux (ainsi qu’une réglementation brutale écartant le grand capital de la propriété médiatique) ferait rapidement voler en éclat le verrou du bipartisme. Et le non-cumul des mandats, couplé avec un statut de l’élu, déprofessionnaliserait la politique, limitant les conflits d’intérêts potentiels. Quant au vote obligatoire avec reconnaissance du vote blanc, il ramènerait sans doute vers le politique dilettantes et abstentionnistes. /CS

[ÉC : Bavardages sans aucun avenir tant que ce sont des « élus » qui écriront la constitution : DES « ÉLUS » N’INSTITUERONT JAMAIS TOUT ÇA, POUR LA MÊME RAISON QU’ILS NE L’ONT JAMAIS FAIT : À CAUSE DE LEUR INTÉRÊT PERSONNEL.

Et vous–même, comme eux, refusez d’y remédier. Aucune surprise, notez bien : du point de vue d’un peuple auto-éduqué, ce n’est pas à vous de décider tout ça.

Vous avez montré pendant 200 ans votre inaptitude à le faire, c’est un certain ordre des choses, et il faut que ça cesse. /ÉC]

CS : Il faudra également renouveler le fonctionnement des partis autant que faire se peut (même si cela reste une prérogative des partis eux-mêmes)./CS

[ÉC : c’est cela, oui… /ÉC]

CS : Enfin, il est tout à fait possible d’introduire des mécanismes de démocratie directe, référendum d’initiative populaire, pétition législative (si une proposition de loi reçoit tant de signatures, elle est automatiquement soumise à référendum), etc. /CS

[ÉC : JAMAIS des « élus » n’institueront ça honnêtement, JAMAIS.

Si vous éludez la question centrale de la qualité du processus constituant, vous nous enfumez. /ÉC]

CS : Il est évident cependant qu’une repolitisation massive de la société passe par une modification profonde de l’infrastructure économique : réduction drastique du temps de travail afin de ramener les classes populaires vers les affaires de la cité, hausse draconienne des moyens de l’Éducation nationale afin de réparer la séparation culturelle, source de toutes les dominations, entre travail manuel et travail intellectuel – ce qui implique en passant de se réapproprier le pouvoir monétaire et bancaire – autant de tâches qui concernent une Constituante à même de sanctuariser des biens communs et de bouleverser la hiérarchie des droits. Il y a donc beaucoup à faire et cette discussion sur le TAS, si elle est intéressante et légitime, ne doit pas être la polarisation principale du débat politique actuel ou de la campagne pour une 6ème République. Ce serait passer à côté de l’essentiel des enjeux que le capitalisme contemporain pose à la gauche comme au peuple.

Pour ma part, quoi qu’il en soit de l’état de la partie, je ne me résoudrai jamais à ne pas avoir le choix. Et je ne me résoudrai donc jamais à me soumettre à des lois qui ne procèdent pas de la souveraineté populaire, c’est-à-dire de la volonté de mes concitoyens – et cela quand bien même cette volonté divergerait de la mienne – sans avoir l’impression de céder à la tyrannie. Sur ce point je rejoins Hegel : le progrès consiste à réduire partout la part de l’arbitraire. /CS

[ÉC : Vous avez bien raison, tiens :

Ni Dieu, ni Maîtres

Élection, piège à cons.

/ÉC]

CS : Clément Sénéchal /CS

[ÉC : Étienne Chouard /ÉC]

CS : * PS : d’ailleurs, si l’on suit le raisonnement des pro-TAS qui consiste à dire qu’un élu est ontologiquement dans une position de conflit d’intérêts, on peut alors se demander comment ils pensent pouvoir imposer leur dispositif. Sauf à en passer par les armes, une Constituante ne sera convoquée que par la volonté d’un élu. S’il est élu, il voudra donc suivant leur logique que la Constituante soit peuplée d’élus. Peuplée d’élus, cette Constituante rejettera le TAS. Et ainsi de suite… Où l’on voit les limites de ce postulat réducteur, c’est que toutes les expériences récentes menées sur le TAS l’ont bien été du fait de la décision de dirigeants – qui ont donc consenti à perdre momentanément leur pouvoir, et pris le risque de le perdre définitivement.

PPS : Démonter les mythes fondateurs : la fable athénienne

Le mythe de la démocratie athénienne sert bien souvent de justification historique aux partisans du TAS : sorte d’épiphanie démocratique, telle qu’attestée d’ailleurs dans les livres par Platon, Aristote ou Montesquieu. La démocratie serait alors née avec les réformes de Clysthène, qui en plus de réorganiser l’espace civique en fonction de la répartition territoriale plutôt que de la répartition des richesses, retint le tirage au sort comme mode de désignation à certains organes politiques de la cité : la Boulè (ou conseil des Cinq-Cents), chargée de proposer les lois ensuite votées par l’Ecclésia (parlement ouvert à tous les citoyens), ou l’Héliée, sorte de tribunal populaire chargé de rendre justice.

Sauf que l’idéal démocratique athénien souffre tout de même de quelques faiblesses notoires, qu’on s’étonne de devoir rappeler. [ÉC : on sait par cœur tout ce que vous allez dire… /ÉC] D’abord, il semble qu’environ 6000 citoyens seulement sur les 40 000 que compte la Grèce antique se rendent effectivement à l’Ecclésia – et beaucoup moins si l’on en croit Thucydide. Un absentéisme chronique que ne manquait d’ailleurs pas de moquer Aristophane. Je résisterai à la tentation de comparer ce taux de participation (15% au mieux) à celui que l’on trouve aujourd’hui en France (79,48 % de participation au second tour de la présidentielle – la mère de toutes les batailles en Ve République – en 2012) – même si finalement ce serait jouer le même jeu que ceux qui justifient le TAS en ayant recours à un modèle plus qu’anachronique. /CS

[ÉC : Personne ne cherche de modèle (sauf vous, peut-être).

Par contre, les germes nous intéressent./ÉC]

CS : En outre, il semble que la réalité du pouvoir ait peu à peu été transférée des archontes et aux stratèges, qui eux étaient bel et bien élus.

Mais le plus grave réside plus simplement dans le fait que les femmes, les esclaves et les métèques étaient exclus de la citoyenneté, ce qui n’est pas un point secondaire, loin de là. [ÉC : non ? Sans blague ? /ÉC] D’abord parce que l’on s’aperçoit que seuls 40 000 êtres humains avaient des droits politiques – droit de cité (et des droits tout court si l’on se réfère à la situation des esclaves) – sur environ 350 000 habitants. Sacré déséquilibre. Les esclaves étaient en effet soumis à la législation privée, domestique, de chaque citoyen. La production sociale – la reproduction matérielle de la société – était donc assurée par des êtres humains sans droits, réduits au rang de marchandise absolue, pendant que ces bons messieurs vaquaient aux délices de la cité toute la journée (quand ils n’étaient pas noyés dans une oisiveté voluptueuse). L’intérêt populaire n’avait donc pas de voie politique pour s’exprimer. Tout était en ordre pour empêcher que le peuple, le prolétariat (le mot n’existait évidemment pas à l’époque), ne s’organise et ne se constitue en tant que peuple ; la partie matérielle de la société, celle qui concentre la réalité des rapports de force sociaux, était tout simplement tenue dans l’ombre et le silence. Simplement, on se tirait au sort entre privilégiés, entre ceux qui ont du temps, des ressources, du prestige ; et les esclaves assuraient le nettoyage miraculeux des écuries d’Augias. [ÉC : ouah, vous êtes trop fort, vous alors. Et au 19e, c’était pas pareil, la condition ouvrière sous régime « républicain » avec « suffrage universel », partis et tout ?… Ah si ? Ah bon. Ah ben alors ?… /ÉC]

CS : Mais dès lors qu’on intègre les travailleurs au périmètre de la citoyenneté dans un régime capitaliste structuré par les contradictions de classe, c’est-à-dire dans le périmètre collectif du pouvoir politique, il est bien évident que la question démocratique change du tout au tout, notamment parce qu’elle englobe alors la réalité de la lutte des classes./CS

[ÉC : Ah ben c’est sûr que ça change du tout au tout… c’est pas aujourd’hui qu’il y aurait des esclaves un peu partout, hein ?/ÉC]

CS : Athènes était tout sauf une démocratie. [ÉC : voilà… c’est ça, voilà. Comment dire… /ÉC] C’était un régime où dominaient l’inégalité et l’arbitraire, l’un et l’autre entretenant un rapport consubstantiel. /CS

[ÉC : ben oui, mais, ce n’était peut-être pas des traits spécifiques à Athènes, n’est-ce pas ? Et donc, alors, pas imputable à la démocratie (en bonne logique). Enfin, nous, ça fait dix ans qu’on bosse la question, et tout compte fait, non, vraiment, on n’a pas peur : on sait qu’on n’est ni esclavagistes, ni phallocrates, ni xénophobes 🙂 mais qu’on est par contre intéressés par certaines formidables vieilles techniques de vivre-ensemble —de pratique du Politique, au sens noble, c’est-à-dire très partagé— du terme) et de contrôle des pouvoirs, que les Athéniens ont testées et améliorées pendant très longtemps. /ÉC]

CS : Heureusement, depuis Platon et Aristote [ÉC : deux grands défenseurs de la démocratie, comme chacun sait. 🙂 /ÉC], c’est-à-dire depuis la première victoire culturelle de la philosophie idéaliste [ÉC : idéalisme qui fut une racine théorique importante des grandes églises, sauf erreur, avec ses arrière-mondes et ses invitations et intimidations administrées aux 99%, déjà, pour qu’ils acceptent docilement le travail et la souffrance ici-bas : résignation et obéissance à tous les étages, pour ceux qui ne sont pas « élus » bien sûr. Ça vous plaît, l’idéalisme de Platon ? Chacun son truc. /ÉC], Marx et d’autres sont passés par là, faisant entrer la question du travail, de l’exploitation et de l’aliénation dans le discours critique et les combats politiques. Il faut donc s’étonner qu’à gauche on puisse encore mobiliser cette vieille mythologie pour fonder les Icaries d’aujourd’hui… /CS

[ÉC : Platon comme penseur de la démocratie, vous êtes en pleine forme, Clément 🙂 Chapeau, le guerrier du verbe : capable de tout mettre à l’envers en deux coups de cuiller à pot, c’est fortiche.

Bon, eh bien, salut à tous. Il est 4 h du mat, je vais me coucher.

Étienne.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/index.php

  • Pour travailler le choix de société « tirage au sort vs élection » :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

  • Toutes les vidéos autour d’un projet de processus constituant (vraiment) populaire :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tous_les_resumes.php

L’adresse de ce document : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/E_Chouard_a_C_Senechal_TAS_8_oct_2014.pdf

/ÉC]

Judith Bernard : « Pour la souveraineté du peuple, contre la souveraineté du capital, une Assemblée Constituante tirée au sort »

En rentrant de Lausanne, je découvre cet appel puissant, remarquable, d’une femme courageuse que j’admire de plus en plus :

« Pour la souveraineté du peuple,
contre la souveraineté du capital »

Par Judith Bernard, comédienne, metteur en scène, Journaliste

J’ai marché pour la 6ème République. J’ai signé pour la 6ème République. Aujourd’hui j’écris pour elle.

Parce que la 5ème, comme les précédentes, n’a pas permis qu’advienne la démocratie qu’elle était pourtant censée organiser.

Notre Constitution actuelle ne nous a pas protégés de l’abus de pouvoir des dirigeants, lorsqu’en 2005 le « non » que le peuple avait opposé au projet de Traité Constitutionnel Européen a été méprisé, ignoré, balayé par le Traité de Lisbonne, celui-là nullement ratifié par le peuple.

Notre Constitution actuelle ne nous a jamais protégés contre les très puissants intérêts du capital, que les gouvernants se sentent manifestement tenus de servir, puisqu’ils n’ont pris aucune des mesures de régulation de la finance et de contrôle du système bancaire dont la crise des subprimes de 2008 a pourtant révélé l’impérieuse et urgente nécessité.

Notre Constitution actuelle ne nous a pas protégés contre la corruption des gouvernants, dont les innombrables « affaires » ont montré qu’ils se percevaient comme au dessus des lois et qu’ils utilisaient leur mandat comme une opportunité d’enrichissement personnel, au mépris de l’intérêt général.

Notre Constitution actuelle ne nous a pas protégés contre l’arbitraire d’une gouvernance monarchique, envoyant les forces militaires françaises faire des guerres discutables sans qu’elles soient jamais discutées au Parlement, censé représenter le peuple.

Notre Constitution actuelle a confisqué la République au service d’une oligarchie ploutocratique qui s’est montrée incapable d’œuvrer en faveur du bien commun, arbitrant toujours trop tard, et souvent fort mal, les choix de société qui s’imposent à nous à l’heure de l’urgence écologique.

Notre Constitution actuelle n’a pas permis qu’advienne la démocratie, parce qu’elle ne s’est pas donné pour projet d’organiser la souveraineté populaire.

J’écris pour la 6ème République, et pour qu’advienne enfin cette souveraineté populaire qui est le fondement de la démocratie. Il y faut une constitution se donnant réellement pour projet de protéger le peuple des abus de pouvoir de ses gouvernants, et organisant une démocratie authentique, c’est-à-dire des institutions conçues par le peuple, pour le peuple.

Le peuple, c’est tous ; ce n’est pas eux, les élus de l’époque, qui ont assez montré dans quel mépris ils tenaient la multitude et l’intérêt général. Et ce n’est pas non plus moi, toute seule, avec mes préférences et mes intérêts personnels. Aussi je n’ai pas à me prononcer davantage sur ce que devra être cette 6ème République que j’appelle de mes vœux.

Je n’ai d’idée que sur la manière dont cette Constituante doit être convoquée. Dans la mesure où ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, j’estime que ce n’est pas à des élus d’écrire la prochaine Constitution. Ils seraient dans une évidente situation de conflit d’intérêt, dont il faut absolument se prémunir puisque c’est cette situation-même qui a engendré la suite de Constitutions qu’a connues la France, conçues les unes après les autres en faveur des élites gouvernantes plutôt qu’en faveur de la souveraineté populaire.

L’élection, dans son principe-même, favorise ce conflit d’intérêt : psychologiquement, elle met l’élu dans le sentiment de sa propre distinction, le convainc de sa supériorité dans l’arbitrage des décisions qui concernent la multitude, et le pousse à ménager les conditions de sa propre prospérité dans le système institutionnel qu’il organise. Économiquement, elle le rend dépendant des puissances du capital, car pour faire une campagne politique il faut de considérables moyens, et le soutien des mass medias, eux mêmes assujettis aux logiques capitalistes.

Face à l’élection par le vote il y a la possibilité de l’élection par le sort. Cette procédure fait peur car elle est méconnue dans son principe, dans ses vertus, dans ses réalisations efficientes ici et là, actuellement, ailleurs sur la planète. Elle fait peur aux élus surtout, ce qui se comprend volontiers puisqu’elle disqualifie les procédures par lesquelles ils ont été distingués.

Et pourtant, dans son principe, le tirage au sort est profondément démocratique : quiconque croit dans le suffrage universel admet que chaque citoyen dispose d’une voix, également légitime que tout autre. Le suffrage universel repose sur la reconnaissance de l’égalité des compétences : chaque citoyen, quels que soient son milieu, son opinion, sa formation, est fondé à délibérer et arbitrer les questions qui concernent le destin collectif.

En l’état actuel de la vie politique française – abstention massive lors des consultations électorales, biais de représentation médiatique organisant la prime au FN, comme puissance spectaculaire, ou aux partis conservateurs (PS et UMP), présentés comme le seul recours contre cette menace – il y a fort à parier que l’élection d’une assemblée constituante ne produirait pas des résultats beaucoup plus prometteurs pour la refondation d’une démocratie.

Le tirage au sort permettrait de contourner ces obstacles : il émanciperait la constituante des pressions du capital et de la représentation médiatique. Il produirait une assemblée statistiquement représentative de la société française, dans toute sa diversité. Celle-ci pourrait délibérer sans conflit d’intérêt, et n’aurait pas d’autre critère à étudier, dans ses arbitrages, que celui de l’intérêt général. Les jurys citoyens qui existent depuis plusieurs années, constitués sur la base du tirage au sort, ont partout fait la preuve de leur efficience ; de l’intelligence collective qu’ils permettaient et des arbitrages raisonnés, et raisonnables, qu’ils rendaient.

Le m6r, parce que c’est un mouvement, et non un parti, peut porter ce projet d’une Constituante tirée au sort, au moins en majorité sinon dans sa totalité. Le m6r n’a pas d’autre direction que celle que lui donnent ses signataires : il appartient aux démocrates de s’en emparer, pour en faire un mouvement démocratique dans sa forme et dans son projet. Il est une occasion historique de faire advenir cette souveraineté populaire à laquelle la multitude aspire, et à laquelle il est évident qu’elle est désormais prête.

Judith Bernard.

Source : http://www.m6r.fr/2014/10/souverainete-du-peuple-contre-souverainete-du-capital/

Le texte de la pétition dit :
« Je demande l’élection d’une assemblée constituante… »

Or, de notre point de vue (de GV), il est essentiel, non négociable, que l’Assemblée Constituante ne soit SURTOUT PAS élue parmi des candidats professionnels de la politique.

Alors ?

1) On peut signer pour une élection sans candidats (avec, en plus, une récusation des éventuels professionnels de la politique, qui pourraient être élus de cette manière et qui n’ont pourtant rien à faire dans le processus constituant, à aucun prix).

2) On peut entendre élection au sens ancien et large de désignation : Montesquieu lui-même utilisait parfois le mot « élection » pour évoquer la désignation par tirage au sort : on peut nous aussi, encore aujourd’hui, l’entendre comme ça et signer dans ce sens.

Si tous les gentils virus s’engagent dans ce mouvement en signant cet appel et en y défendant ensuite de toutes leurs forces l’idée fondatrice et centrale et nouvelle et prometteuse du tirage au sort de l’Assemblée constituante, il est possible qu’on engage/facilite/oriente ainsi un mouvement populaire historique.

La courageuse Judith me donne sacrément de l’optimisme et des forces pour essayer.

Et vous ?

Faites passer.

Étienne.

m6r.fr

Quelle démocratie voulons-nous aujourd’hui ? Rdz-vs à Aix-en-Prov, le 23 sept, avec F. Bosqué (Tera)

Vous vous souvenez que j’ai rencontré Frédéric Bosqué lors de l’Université d’été du Revenu de Base (ici, la vidéo de notre entretien).

Page Facebook du projet Tera.

Je vais retrouver Frédéric à Aix-en-Provence mardi prochain (à 19h30, après les cours), pour une « double conférence/débat » (qui se déroulera peut-être en « dialogue/débat », on verra 🙂 )

Ce sera au 385 rue Serpentine, 13510 Éguilles.

Au plaisir d’y retrouver plein de gentils virus provençaux — avec leurs voisins, à démocratiquement contaminer 🙂

Étienne.

L’atelier constituant (entretien avec L’Affranchi-Presse, mai 2014)

Retour à l’essentiel : VOUS, oui vous, en train de bosser, dès que possible 🙂

Les gentils virus sont vraiment épatant 😐 Ils ont déjà retranscrit le plan détaillé de cette réflexion ciblée sur l’atelier constituant :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/L%27atelier_constituant_-_Entretien_avec_Etienne_Chouard_-_l%27Affranchi-Presse

1 Résumé de l’entretien
1.1 Qu’est-ce qu’un atelier constituant ?

Une reconstruction d’un peuple digne de ce nom.
La fabrication, ensemble, de notre imaginaire collectif.
Concrètement on réfléchit et on écrit, on parle de constitution.
Des travaux pratiques à propos de la constitution.
Un entraînement utile pour demain, pour que le sujet nous devienne familier.
Un questionnement, une discussion sur un sujet ou une modalité précise de la constitution tel le RIC ou les gardes-fous.
Une rencontre simple, légère, informelle et souple.
Une façon simple, agréable et prometteuse de faire de la politique.
C’est un école politique qui fait que les gens vont se former en s’occupant du bien commun sous l’angle de l’écriture du plus haut niveau du droit.

1.2 L’objectif d’un atelier constituant

C’est nous en train de nous transformer.
C’est découvrir qu’on est capable d’écrire la constitution, que c’est agréable, très simple et que cela va tout changer.
C’est prendre d’en bas en formation populaire sur la constitution.
C’est faire que le peuple veuille s’instituer par notre propre éducation populaire.

1.3 Qu’écrit-on dans une constitution ?

Ce sont les règles supérieurs que l’on écrit.
On va écrire :

qui écrit les lois,
avec qu’elle procédure de délibération collective,
sous le regard de quels contrôleurs,
sous le risque de quelle punition ou sanction,
avec quel mandat renouvelable ou pas,
quel type de désignation de ces acteurs,
quelle initiative populaire laisse-t-on aux humains pour « prendre la main »,
des sujets qui comptent, qui correspondent à un pouvoir régalien de notre puissance politique et qui seront ensuite retirés du débat politique de par le fait qu’ils sont dans la constitution.

par exemple : la monnaie doit être publique et les banques ne peuvent être privées ou encore le financement de l’économie.

1.4 Les obstacles

Le non respect mutuel

Apprendre à se respecter.
Permettre à tous de parler.
Ne pas laisser de côté les timides.
Ne pas permettre la monopolisation par quelqu’un.
Nombre trop important des participants empêchant une correcte expression de chacun sur un temps convenable.

L’agressivité

Elle tient sûrement en partie au fait que nous sommes en général muselés et sans espace pour nous exprimer.

Le hors sujet

Écrire une constitution n’est pas écrire une loi, il s’agit d’instituer des pouvoirs qui vont rester sous le contrôle des citoyens.

L’écueil

Monter dans la constitution trop de sujets qui doivent rester politiques et qui doivent être laissés à la réflexion des citoyens au cas par cas dans le cadre de lois, tels l’écologie et la pollution par exemple.
Se mettre à légiférer et écrire des lois.

Les gens préfèrent des maîtres

Alain a écrit : « Le trait le plus visible de l’homme juste est de ne point vouloir gouverner les autres et de seulement se gouverner lui-même. » ‘
Les gens veulent des représentants qui décident à leur place et préfèrent avoir de mauvais maîtres plutôt que d’être eux-mêmes des maîtres. C’est un obstacle aux ateliers constituants.

1.5 Suggestion pratique

Combien de participants pour un atelier constituant et où, quelle durée ?

Seul ou à plusieurs.
N’importe où en réunion, chez soi, dans les transports, les salles d’attente, etc.
Quelques minutes suffisent, la durée peut varier selon les humeurs et le temps disponible.
Il vaut mieux prévoir plusieurs petites rencontres fréquentes et régulières que de longues rencontres trop espacées.

Avoir un réservoir des ateliers réalisés.

Avoir un site pour annoncer et rendre compte des sujets déjà travaillés ce qui permettrait aux autres d’avoir des pistes.
Créer une plate-forme dédiée aux ateliers constituants.
Chez les Gentils Virus nous avons déjà cela sur le présent wiki avec le « calendrier » qui permet de placer les événements et aussi une page spéciale qui regroupe tous les travaux concernant les ateliers constituants. Voir : Projetgentilsvirus:Actualités et Les Ateliers Constituants

Source : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/L%27atelier_constituant_-_Entretien_avec_Etienne_Chouard_-_l%27Affranchi-Presse

Merci à tous pour tout ce que vous faites, par pur dévouement.
On n’est forts qu’ensemble.

Étienne.

atelier constituant (Krapo)

Voir aussi :

• Sur le blog :
Qu’est-ce qu’un atelier constituant ?

• Échanges sur Agoravox :
http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/etienne-chouard-l-atelier-46668

• Échanges sur Facebook :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10152806337317317

15 minutes avec ‘Nouvelle Donne’ SUR LE CHÔMAGE : ‘dette publique’ comme coup d’État bancaire, et ‘remboursement de la dette publique’ comme source infaillible de crise majeure, chartalisme, UE chômagène, libre échange imposé par les empires à leurs colonies, NAIRU comme preuve du scandale et trahison… et indispensables ateliers constituants populaires


Univ d'été ND 2014

Après la censure d’une vidéo (« BOOOM – Étienne Chouard brise l’omertà en direct à la télé ») qui dépassait 400 000 vues en 4 jours (elle faisait plus de 100 000 par jour, ça allait bien 🙂 ), voici une deuxième tentative virale pour la rentrée : 15 minutes avec le mouvement « Nouvelle Donne », cette fois SUR LE CHÔMAGE :

Le chômage est une construction politique (de type maffieux, c’est-à-dire terroriste) qui permet aux 1% oisifs de faire régner la terreur parmi les 99% ainsi astreints aux travaux forcés.

Et nos « élus » (en fait, ce ne sont PAS DU TOUT « nos » élus mais les élus des riches, ce qui explique TOUT), « nos élus » prétendus, donc, se foutent de nous, littéralement, quand ils prétendent combattre le chômage en façade (avec un pistolet à eau) pendant qu’ils encouragent le chômage en coulisse (avec des bombes incendiaires).

Il nous faut nous réunir, nous entraider, nous auto-former, polariser nos volontés, autour de NOTRE CAUSE COMMUNE (nous devons instituer nous-même notre puissance politique), au lieu de nous diviser sur des conséquences diverses de notre impuissance.

Ce salaud de Bossuet le résumait ainsi : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. » => Le « SUFFRAGE UNIVERSEL » ravalé à la désignation de maîtres est l’arme politique — UNE DES CAUSES PREMIÈRES — qui permet à la classe des 1% d’acheter les acteurs politiques et de terroriser la classe des 99%.

Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes.
Arrêtons d’adorer le faux « suffrage universel » comme une vache sacrée et travaillons à chercher (et à modifier) les causes profondes de nos malheurs.

Thèmes (à peine évoqués lors) de ces 15 minutes (et documents complémentaires rappelés sur le site pour bosser ) :
– la ‘dette publique’ comme coup d’État bancaire,
– et le ‘remboursement de la dette publique’ comme source infaillible de crise majeure et de chômage de masse,
– le chartalisme comme alternative stimulante et prometteuse,
– L’UE comme piège chômagène,
– Le libre échange imposé par les empires à leurs colonies,
– et le NAIRU comme Nème preuve du scandale et de la trahison…
– et indispensables ateliers constituants populaires…

Faites passer 🙂

Comme autre trace de ce passage à Amiens, il y a aussi cette courte conclusion :