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[Passionnant et important] Didier Sicard : « Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19 »

Article passionnant et important, de Didier Sicard sur France culture, signalé par Juan.

Cette analyse recoupe en de nombreux points nos recherches des racines profondes (la cause des causes) des crimes odieux du prétendu « néolibéralisme », gouvernance par les nombres formidablement décrite par Alain Supiot, scientisme irresponsable et assassin qu’on retrouve chez les nazis, chez les soviétiques, et chez… les Unioneuropéistes.

Donner le pouvoir à des comptables (des gestionnaires, des managers) a été une catastrophe humanitaire majeure dont on n’a pas fini de payer le prix exorbitant.

On en crèvera peut-être, si notre sottise et notre vulnérabilité aux bobards (en l’occurrence, les mensonges des marchands et de leurs élus) en rajoutent encore au désastre.

Étienne.

PS : moi j’aurais plutôt donné à ce texte le titre suivant :
« Il est urgent d’enquêter sur l’origine humaine de l’épidémie de Covid-19 ».

On pourrait aussi incriminer la voracité des hommes à manger tous les autres animaux.


Didier Sicard : « Il est urgent d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19 »

Entretien |La recherche se focalise sur les traitements et les vaccins, analyse le professeur Didier Sicard, mais elle néglige l’origine animale de l’épidémie. Spécialiste des maladies infectieuses, il affirme qu’il faut retourner sur le terrain, étudier de plus près la chaîne de transmission des coronavirus.

https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19

Pour Didier Sicard, il faut notamment "essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse".
Pour Didier Sicard, il faut notamment « essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse ». Crédits : Isabel PaviaGetty

Didier Sicard est un spécialiste des maladies infectieuses, il a notamment travaillé longtemps sur le VIH. Docteur en médecine interne, il est aujourd’hui professeur émérite à Sorbonne Université. Ce qui le frappe dans cette crise est « l’indifférence au point de départ », à l’origine de la pandémie. 

Très impliqué dans la création de l’Institut Pasteur au Laos, Didier Sicard a pu constater à quel point la transformation de la forêt primaire rapproche l’homme des chauves-souris et donc d’un réservoir de virus qu’on a trop peu étudié.

Par ailleurs, si la Chine a interdit le 24 février dernier « totalement et immédiatement » le trafic et la consommation d’animaux sauvages, une législation analogue existe déjà depuis 2003 sans être appliquée réellement par Pékin. Le professeur Sicard plaide donc pour la création d’un tribunal sanitaire international. 

L’ancien président du Comité consultatif d’éthique de 1999 à 2008 souligne enfin combien, dans cette épidémie où la question du contact est primordiale, il faut que chacun se comporte comme un modèle. 

Vous souhaitez revenir aux origines du mal ?

Le point de départ de cette pandémie, c’est un marché ouvert de Wuhan dans lequel s’accumulent des animaux sauvages, serpents, chauves-souris, pangolins, conservés dans des caisses en osier. En Chine, ces animaux sont achetés pour la fête du Rat. Ils coûtent assez cher et ce sont des aliments de choix. Sur ce marché, ils sont touchés par les vendeurs, dépecés, alors qu’ils sont maculés d’urine et que les tiques et les moustiques font une sorte de nuage autour de ces pauvres animaux, par milliers. Ces conditions ont fait que quelques animaux infectés ont forcément infecté d’autres animaux en quelques jours. On peut faire l’hypothèse qu’un vendeur s’est blessé ou a touché des urines contaminantes avant de porter la main à son visage. Et c’est parti !

Ce qui me frappe toujours, c’est l’indifférence au point de départ. Comme si la société ne s’intéressait qu’au point d’arrivée : le vaccin, les traitements, la réanimation. Mais pour que cela ne recommence pas, il faudrait considérer que le point de départ est vital. Or c’est impressionnant de voir à quel point on le néglige. L’indifférence aux marchés d’animaux sauvages dans le monde est dramatique. On dit que ces marchés rapportent autant d’argent que le marché de la drogue. Au Mexique, il y a un tel trafic que les douaniers retrouvent même des pangolins dans des valises…

Ce n’est pourtant pas la première fois que des animaux sont à l’origine de crises sanitaires ?

Les animaux sont effectivement à l’origine de la plupart des crises épidémiques depuis toujours : le VIH, les grippes aviaires type H5N1, Ebola. Ces maladies virales viennent toujours d’un réservoir de virus animal. Et on ne s’y intéresse pratiquement pas. C’est la même chose pour la dengue. J’ai des relations très étroites avec le Laos et sur place, au moment où la maladie apparaît, les populations disent : ‘Il faut démoustiquer ‘. Mais en réalité c’est pendant la saison sèche, au moment où il n’y a que des larves, qu’il faudrait mener une politique d’extermination des larves de moustique. Or personne ne le fait parce que les gens se disent ‘oh, il n’y a pas de moustiques, pourquoi voulez-vous qu’on utilise des insecticides ?’. Et l’Institut Pasteur du Laos s’époumone en vain, en demandant aux populations locales de porter l’effort avant que la maladie n’éclate.

C’est exactement comme le travail qui reste à faire sur les chauves-souris. Elles sont elles-mêmes porteuses d’une trentaine de coronavirus ! Il faut que l’on mène des travaux sur ces animaux. Evidemment, ce n’est pas très facile : aller dans des grottes, bien protégé, prendre des vipères, des pangolins, des fourmis, regarder les virus qu’ils hébergent, ce sont des travaux ingrats et souvent méprisés par les laboratoires. Les chercheurs disent : ‘Nous préférons travailler dans le laboratoire de biologie moléculaire avec nos cagoules de cosmonautes. Aller dans la jungle, ramener des moustiques, c’est dangereux.’ Pourtant, ce sont de très loin les pistes essentielles.

Par ailleurs, on sait que ces épidémies vont recommencer dans les années à venir de façon répétée si on n’interdit pas définitivement le trafic d’animaux sauvages. Cela devrait être criminalisé comme une vente de cocaïne à l’air libre. Il faudrait punir ce crime de prison. Je pense aussi à ces élevages de poulet ou de porc en batterie que l’on trouve en Chine. Ils donnent chaque année de nouvelles crises grippales à partir de virus d’origine aviaire. Rassembler comme cela des animaux, ce n’est pas sérieux.

C’est comme si l’art vétérinaire et l’art médical humain n’avaient aucun rapport. L’origine de l’épidémie devrait être l’objet d’une mobilisation internationale majeure.

Quel type de recherches faudrait-il mettre en œuvre ? 

Il faut essayer de reconstituer le parcours épidémiologique qui fait que la chauve-souris tolère des coronavirus depuis des millions d’années, mais aussi qu’elle les disperse. Elle contamine ainsi d’autres animaux. Lorsque les chauves-souris sont accrochées dans les grottes et meurent, elles tombent par terre. Alors les serpents, les vipères en particulier, qui raffolent de leurs cadavres, les mangent. Tout comme les petits chauves-souriceaux enfants qui tombent et sont dévorés immédiatement par ces serpents qui sont donc probablement des hôtes intermédiaires des virus. En plus, il y a dans ces grottes des nuages de moustiques et de tiques et il faudrait essayer de voir quels sont les insectes qui sont aussi éventuellement transmetteurs du virus.

Une autre hypothèse porte sur la transmission qui se produit quand les chauves-souris sortent la nuit manger des fruits, en particulier dans les bégoniacées. Elles ont un réflexe quasiment automatique, dès qu’elles déglutissent, elles urinent. Elles vont donc contaminer les fruits de ces arbres et les civettes, qui adorent les mêmes fruits, se contaminent en les mangeant. Les fourmis participent aux agapes et les pangolins – pour lesquels la nourriture la plus merveilleuse est constituée de fourmis – dévorent les fourmis et s’infectent à leur tour.

C’est toute cette chaîne de contamination qu’il faut explorer. Les réservoirs de virus les plus dangereux sont probablement les serpents, car ce sont eux qui se nourrissent perpétuellement des chauves-souris, elles-mêmes porteuses des coronavirus. Il se pourrait donc que les serpents hébergent ces virus en permanence. Mais c’est justement cela qu’il faut savoir et vérifier. Il faudrait donc que des chercheurs capturent des chauves-souris, mais aussi qu’ils fassent le même travail sur les fourmis, les civettes, les pangolins et essayent de comprendre leur tolérance au virus. C’est un peu ingrat, mais essentiel.

 

Quel est le rapport qu’entretient la population locale avec ces chauves-souris ? 

Ce qui m’a frappé au Laos, où je vais souvent, c’est que la forêt primaire est en train de régresser parce que les Chinois y construisent des gares et des trains. Ces trains, qui traversent la jungle sans aucune précaution sanitaire, peuvent devenir le vecteur de maladies parasitaires ou virales et les transporter à travers la Chine, le Laos, la Thaïlande, la Malaisie et même Singapour. La route de la soie, que les chinois sont en train d’achever, deviendra peut-être aussi la route de propagation de graves maladies.

Sur place, les grottes sont de plus en plus accessibles. Les humains ont donc tendance à s’approcher des lieux d’habitation des chauves-souris, qui sont de surcroît des aliments très recherchés. Les hommes construisent aussi désormais des parcs d’arbres à fruit tout près de ces grottes parce qu’il n’y a plus d’arbres en raison de la déforestation. Les habitants ont l’impression qu’ils peuvent gagner des territoires, comme en Amazonie. Et ils construisent donc des zones agricoles toutes proches de zones de réservoir de virus extrêmement dangereuses.

Moi, je n’ai pas la réponse à toutes ces questions, mais je sais simplement que le point de départ est mal connu. Et qu’il est totalement méprisé. On en fait des discours de conférence sur un mode folklorique. On parle à propos des chauves-souris de la malédiction des pharaons.

 

Mais il n’existe pas d’après vous d’études suffisamment sérieuses sur la capacité des chauves-souris à héberger des coronavirus ?

Si, il y a sûrement des études sérieuses, je ne peux pas dire qu’il n’y a rien du tout.  Mais je le vois bien, quand je me rends à l’Institut Pasteur du Laos qui est dirigé par un homme exceptionnel, Paul Brey. Ce directeur a la fibre d’un Louis Pasteur, il est passionné depuis vingt ans par les questions de transmission. Mais il est extrêmement seul. Même l’étude des moustiques, qui est fondamentale pour comprendre la transmissions des maladies au Laos, est presque abandonnée. Et Paul Brey me répète qu’il y a une trentaine d’espèces de coronavirus chez les chauve-souris. L’effort scientifique n’est donc pas à la hauteur.

Quand le ministère des Affaires étrangères français retire le poste de virologue de cet Institut Pasteur qui est à quelques centaines de kilomètres de la frontière chinoise, on est atterré. Cela s’est passé en novembre 2019. Nous allons essayer de récupérer ce poste, mais c’est quand même effrayant de se dire qu’aux portes même de là où les maladies infectieuses virales viennent, on a de la peine à mettre tous les efforts. L’Institut Pasteur du Laos est soutenu très modérément par la France, il est soutenu par les Japonais, les Américains, les Luxembourgeois. La France y contribue, mais elle n’en fait pas un outil majeur de recherche.

Quel est le rôle exact de cet Institut Pasteur ?

Sa mission est de former des chercheurs locaux. De faire des études épidémiologiques sur les virus existants le chikungunya, la dengue et maintenant le coronavirus. D’être un lieu d’études scientifiques biologiques de haut niveau dans un territoire lointain, tropical, mais avec un laboratoire de haute sécurité. D’être au plus près de là où se passent les épidémies et d’avoir des laboratoires à la hauteur. C’est très difficile pour les pays relativement pauvres d’avoir un équipement scientifique de haut niveau. Le réseau des Instituts Pasteurs – qui existent dans plusieurs pays – est une structure que le monde nous envie. Mais des instituts comme celui du Laos ont besoin d’être aidé beaucoup plus qu’il ne l’est actuellement. Ces laboratoires ont du mal à boucler leur budget et ils ont aussi de la peine à recruter des chercheurs. La plupart d’entre eux préfèrent être dans leur laboratoire à l’Institut Pasteur à Paris ou dans un laboratoire Sanofi ou chez Merieux, mais se transformer en explorateur dans la jungle, il n’y a pas beaucoup de gens qui font cela. Or c’est ce que faisait Louis Pasteur, il allait voir les paysans dans les vignes, il allait voir les bergers et leurs moutons. Il sortait de son laboratoire. Tout comme Alexandre Yersin qui était sur le terrain, au Vietnam, quand il a découvert le bacille de la peste.

La recherche entomologique et la recherche sur les animaux transmetteurs n’est donc pas à la hauteur des enjeux. Bien sûr qu’elle existe, mais elle doit compter peut-être pour 1% de la recherche. Parce que ce qui fascine les candidats au Prix Nobel, c’est de trouver un traitement ou un nouveau virus en biologie moléculaire et pas de reconstituer les chaînes épidémiologiques. Or les grandes découvertes infectieuses sont nées ainsi : l’agent du paludisme, le Plasmodium, a été découvert par un Français, Alphonse Laveran sur le terrain, en Tunisie. Et ce sont des recherches qui sont fondamentales et qui sont faites à une échelle qu’on a un peu oubliée. Comme si la vision micro avait fini par faire disparaître l’importance du macro.

Auriez-vous d’autres exemples qui montrent que l’étude du comportement animal est cruciale ?

La peste reste un exemple passionnant. Le réservoir de la peste, ce sont les rats. Il y a des populations de rats qui sont très résistantes et qui transmettent le bacille de la peste, mais s’en fichent complètement. Et puis, il y a des populations de rats très sensibles. Il suffit qu’un jour, quelques individus de la population de rats sensible rencontrent la population de rats qui est résistante pour qu’ils se contaminent. Les rats sensibles meurent. A ce moment là, les puces qui se nourrissent du sang des rats, désespérées de ne plus avoir de rats vivants, vont se mettre à piquer les hommes. Reconstituer ce tout début de la chaîne de transmission permet d’agir. Dans les endroits où la peste sévit encore, en Californie, à Madagascar, en Iran ou en Chine, lorsque l’on constate que quelques rats se mettent à mourir, c’est exactement le moment où il faut intervenir : c’est extrêmement dangereux car c’est le moment où les puces vont se mettre à vouloir piquer les humains. Dans les régions pesteuses, lorsque l’on voit des centaines de rats morts, c’est une véritable bombe.

Heureusement, la peste est une maladie du passé. Il doit y avoir encore 4 000 ou 5 000 cas de peste dans le monde. Ce n’est pas considérable et puis les antibiotiques sont efficaces. Mais c’est un exemple, pour montrer que l’origine animale est fondamentale et toujours difficile à appréhender. Elle est néanmoins essentielle pour la compréhension et permet de mettre en place des politiques de prévention. Aujourd’hui, si l’on continue à vendre des animaux sauvages sur un marché, on est dans une situation délirante. Il faut appliquer le principe de précaution.

Le trafic d’animaux sauvage est pourtant prohibé. Il existe une convention internationale qui encadre toutes les ventes. 

Oui, mais en Chine, notamment, cette convention internationale n’est pas respectée. Il faudrait créer une sorte de tribunal sanitaire international. On voit bien que si on demande à chaque pays de s’organiser nationalement, rien ne changera. La Chine a fait pression au début sur l’OMS pour qu’on ne dise pas qu’il s’agissait d’une pandémie. Elle a tenté de bloquer les choses, car elle contribue fortement au financement de l’OMS. Il serait donc important que ce soit un tribunal sanitaire totalement indépendant, comme un tribunal international pour les crimes de guerre, avec des inspecteurs indépendants qui vérifient ce qu’il se passe sur le terrain.

Au Laos, dans la campagne, il y a beaucoup de marchés où les animaux sauvages sont vendus comme des poulets ou des lapins. Dans l’indifférence générale, car c’est la culture locale. Or la culture est la choses la plus difficile à faire évoluer dans un pays.

Dans cette épidémie, en tant que spécialiste des maladies infectieuses, y a-t-il quelque chose qui vous frappe dans l’attitude de la population ? 

Oui, c’est l’écart entre une sorte de désinvolture indifférente, un regard un peu critique sur l’Italie, sur la Chine et la découverte brutale de la catastrophe sanitaire. On est passé d’une insouciance à une extrême inquiétude et les deux sont aussi toxiques l’une que l’autre : l’insouciance crée la contamination et l’angoisse extrême aboutit à des comportements irrationnels. J’en veux pour preuve la fuite des Parisiens, des Lyonnais, des habitants des grandes villes vers leurs résidences secondaires. Cela m’a paru témoigner d’abord une vision à très courte vue, comme si l’on pouvait échapper, en guerre, à l’arrivée des armées allemandes. Et ensuite d’un comportement extraordinairement individualiste, dans le mauvais sens du terme : ‘Sauve qui peut, moi je me renferme dans ma campagne et puis tant pis pour les autres, je me protège’. Bien sûr, j’imagine que si l’on peut protéger des personnes âgées et les mettre à l’abri, c’est très bien. Mais quand on voit des jeunes couples ou des bandes d’amis qui se disent maintenant on va partir en vacances ! Il y a là une image d’autant plus choquante que dans cette épidémie, il s’agit justement de tout autre chose que d’un sauve-qui-peut. Il s’agit, à l’inverse, de se demander comment chacun peut être vu par l’autre comme un modèle.

Il faudrait donc afficher une sorte d’attitude universalisable ? 

Oui, il ne faut pas se mettre ‘en dehors’. Il ne faut pas considérer qu’on a 30 ans et qu’on est en bonne santé et qu’on ne va pas se laisser avoir par tous ces discours. Je pense aussi aux couples qui pourraient dire, on va continuer quand même à s’embrasser dans la rue, on se connaît, on n’est pas contagieux. Alors que l’on sait qu’environ 1/3 des personnes contaminantes ne présentent aucun symptôme. Par conséquent, il faut que chacun intègre le fait qu’il est possiblement contaminant à son insu. Et si cette personne part dans un territoire à priori vierge de tout virus, son comportement va être une vraie bombe pour les autres.

L’épidémie est passée par des gens qui sont revenus de Chine ou d’Italie. Je connais l’exemple d’une femme italienne qui s’est rendue en Argentine. Elle a participé à un mariage et embrassé tout le monde. Cette femme a contaminé 56 personnes ! L’irresponsabilité en période d’épidémie fait d’immenses dégâts. Il faut au contraire respecter à la lettre les mesures barrières. Comme attendre, par exemple, devant le supermarché avant d’entrer si on voit qu’il y a du monde.

Quant aux masques, ce sont des protecteurs psychologiques pour les promeneurs et non des protecteurs virologiques. Il faut que chaque Français se dise : je fais tout pour que les autres ne puissent rien me reprocher. Nous avons besoin d’une attitude où l’on cherche le regard de l’autre avant son propre regard. Cela seul sera porteur d’efficacité.

Pourquoi dites-vous que les masques ne sont pas protecteurs ?

Ils sont protecteurs bien évidemment pour les médecins et les soignants, dans un milieu où circule le virus. Mais quand vous avez des gens qui se promènent dans la rue en portant des masques, c’est paradoxal. Ils pensent se protéger des autres mais il y a un écart considérable entre l’inutilité des masques dans la rue et l’utilité vitale des masques dans les hôpitaux. Moi même, j’étais à la pharmacie samedi matin et j’ai montré ma carte de médecin pour vérifier si je pouvais acheter des masques. Le pharmacien m’a répondu qu’il n’y en avait plus. Donc, si j’en avais eu besoin pour soigner un malade je n’aurai pas pu aller le voir, ou je l’aurais peut-être contaminé. On a trop vu de gens se promener dans la rue en arborant des masques comme une sorte de panoplie. Il y a un drame politique majeur dans cette absence de masque.

Faut-il les réserver aux soignants ? 

Oui, c’est évident. A tous ceux qui travaillent à proximité du virus. Quand vous voyez au supermarché des caissières qui n’ont pas de masques alors que les clients ont des masques, il y a quelque chose de complètement contre productif. Ceux qui n’en ont pas besoin en ont eu, et ceux qui en ont vraiment besoin en manquent. Cela est directement lié aux comportements individuels. Jamais je n’aurais osé me promener dans la rue avec un masque tant que les soignants n’en avaient pas. C’est quelque chose qui m’aurait effaré. Cela montre au fond la cécité des gens et leur ignorance. Si on se promène sans croiser personne, il n’y a aucun intérêt à porter un masque.

Que pensez-vous, d’un point de vue éthique, de l’attitude des soignants, qui sont en première ligne alors qu’ils étaient en grève il y a encore quelques semaines ?  

C’est leur fonction. Un médecin est mobilisé dans son fort intérieur pour accomplir son métier. Les lâches ne viennent pas dès le début. Donc cela me paraît à la fois admirable et normal. La souffrance du corps hospitalier, je la vois depuis dix ou quinze ans. Le nombre de mes collègues qui m’ont dit, tu as tellement de chance d’être à la retraite ! Nous souffrons, c’est épouvantable, l’hôpital est devenu une entreprise. Et je suis tout à fait d’accord avec leur discours : l’hôpital a été martyrisé. Avec des décisions purement économiques qui ont fait fi de l’intérêt des malades et des médecins.

Il faut mesurer le nombre de médecins qui sont partis en retraite anticipée en expliquant que leur métier n’avait plus d’intérêt et qu’ils avaient l’impression de passer leur temps à remplir des fiches et des cases. Il y a eu un vrai saccage de l’hôpital public depuis une décennie. Le dernier ministre de la Santé qui avait encore vraiment conscience de son rôle et qui respectait le personnel de santé, c’était Xavier Bertrand. Après, cela a été la catastrophe.

Mais cette casse du système hospitalier a-t-elle des répercussions aujourd’hui au moment de la crise sanitaire ? 

Non, il y a un découplage. Toutes les mesures qui rendaient l’hôpital non fonctionnel ont temporairement disparu. Les administrateurs sont terrifiés dans leurs bureaux et ne font plus rien. Ce sont les médecins qui font tout. Ils ont retrouvé la totalité de leur pouvoir. Il y a pour eux un certain bonheur à retrouver le métier qu’ils ont toujours voulu faire. L’administration a plié bagage, ou plus exactement elle est aux ordres. Le rapport de force s’est renversé : il y a un an, les médecins étaient aux ordres de l’administration; à présent, c’est l’administration qui est aux ordres des médecins. C’est un phénomène très intéressant. Les médecins eux-mêmes ne sont plus entravés par la contrainte de remplir leurs lits avec des malades qui rapportent de l’argent, ce qui était le principe jusqu’alors. Maintenant, ils répondent à leur cœur de métier. A ce qui est la lutte contre la mort. Au fond, ils retrouvent l’ADN profond de leur métier.

C’est presque un paradoxe : il y a moins de détresse dans le corps médical actuellement en situation d’activité maximale, qu’il n’y avait de détresse il y a six mois quand ils étaient désespérés et déprimés car ils estimaient que leur métier avait perdu son sens.

Pensez-vous que le politique saura s’en souvenir ? 

Oui, je le pense. Je crois qu’on va changer d’époque. Je peux vous donner un exemple pour lequel je me bats depuis deux ans. Je ne donnerai pas le nom de l’hôpital mais je connais une femme chirurgien spécialiste des grands brûlés. A l’hôpital, son service a fermé et elle n’avait plus de poste. Elle souhaitait néanmoins continuer à travailler avec des enfants victimes de brûlures. Or son service d’enfants brûlés a été transformé en un service de chirurgie plastique de la fesse et du sein. Parce que cela rapporte beaucoup d’argent. Mais elle me dit toujours que s’il y avait un incendie dans une école avec quarante ou cinquante enfants brûlés, on n’aurait plus la capacité de les accueillir parce qu’on considère que la brûlure n’est pas assez rentable et qu’il vaut mieux s’intéresser à la chirurgie des stars. Cette vision économique de la médecine, qui s’est introduite depuis dix ans, est une catastrophe absolue.

Il s’agit d’un hôpital public ? 

Oui bien entendu. Dans le privé, les établissements font ce qu’ils veulent. Mais que dans le public, on détruise une activité qui n’est pas rentable – car les brûlures cela coûte effectivement très cher et rapporte très peu et il n’y a pas d’activité privé capable de les prendre en charge – qu’on écarte cela au profit d’activités rentables ce n’est pas normal. Au fond, le public était angoissé à l’idée qu’il lui fallait investir énormément dans des équipements haut de gamme pour être à la hauteur du privé. Or le public n’aura jamais autant d’argent que le privé et n’arrivera jamais à suivre. Et à force de dépenser de l’argent pour des secteurs ultra pointus, on finit par négliger l’accueil des personnes les plus vulnérables, que ce soient les personnes âgées, les personnes en situation d’alcoolisme, de précarité. L’hôpital public a fini par oublier sa fonction hospitalière, je l’ai dit à plusieurs reprises.
90% des médecins en ont été conscients et cela a été pour eux une souffrance terrible. Tout comme pour les infirmières et les autres personnels soignants, de faire un métier qui était relié à l’argent.

En quoi pensez vous que les hommes politiques vont modifier leur regard sur l’hôpital ? 

On n’a aucune certitude, mais je pense que les Français s’en souviendront et demanderont des comptes. Le Président Macron avait promis d’arrêter la tarification à l’activité, le système actuel de financement des hôpitaux. Les économistes ont poussé des hauts-cris en disant qu’on n’arriverait plus à mesurer ce que coûte telle ou telle opération. Et le chef de l’Etat a renoncé. Moi, je pense qu’après cette crise, le président de la République va modifier cette tarification à l’activité. L’hôpital demandera à être remboursé sur ce qu’il réalise et ce qu’il considère comme sa priorité. Il faut faire confiance à l’hôpital pour ne pas traiter les patients inutilement et remplir des lits comme si on était au club méditerranée. L’hôpital va retrouver sa vraie fonction de soins publics.

Source : https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-covid-19

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10158047648337317

[Magnifique François Ruffin !] « En quelle langue faut-il donc vous le dire ? Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) est une gabegie ! »

À faire passer partout, à retranscrire et à relire, à afficher partout, dans les écoles et dans les facultés, dans les bureaux, dans les usines, dans les magasins, chez les médecins, dans les palais de justice, dans les prisons, dans les commissariats, dans les casernes, dans les hôpitaux et les hospices, dans toutes les salles d’attente, le long de toutes les files d’attente, chez nous dans l’entrée au salon et ailleurs, à placarder dans les rues et les avenues, sur les portes cochères des banquiers et des grands bourgeois, sur les murs de toutes les salles de rédaction vendues aux milliardaires…

Merci François !

Étienne.


Le texte (à placarder partout) est là :
https://francoisruffin.fr/cice-cyrano/

« Madame la ministre, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, en quelle langue faut-il donc vous le dire ?

En anglais : what a waste ! En italien :che spreco ! Je veux bien, même, essayer en chinois : touome lang fei !

En français, tout de même : quelle gabegie ! Quel gâchis colossal !

J’ai découvert le scandale, un matin, en écoutant la radio – je roulais dans mon Berlingo : « D’après un rapport de France Stratégie, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi aurait permis de créer ou de sauvegarder 100 000 emplois. » C’est le genre de calcul que j’aime bien faire dans ma tête ; ça fait passer le temps au volant. Allons-y ensemble : le CICE coûte aux alentours de 20 milliards d’euros par an ; si l’on divise cette somme par 100 000 emplois, on obtient 200 000.

J’ai dit à mon collaborateur, Vincent, qui était à côté de moi : « Tu te rends compte : 200 000 euros par emploi et par an ! C’est pas possible, j’ai dû m’emmêler dans les zéros… » Sur le siège passager, Vincent a vérifié sur son téléphone portable : « C’est bien ça : 200 000 euros par an pour un emploi. »

Cela paraissait tellement incroyable, tellement délirant, tellement surréaliste ! Si j’étais informaticien, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ». Vous saisiriez le nom d’un métier, « infirmier » par exemple. C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous : les patients attendent des nuits entières aux urgences ; les établissements parisiens épuisent leurs salariés ; dans d’autres, le personnel apporte son propre papier toilette. Bref, l’hôpital est au bord de la crise de nerfs. Donc, embaucher des infirmiers, qui est contre ? Eh bien, ces 20 milliards de CICE, ça fait 625 000 infirmiers !

Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur, chacun pourrait se faire son propre mix, ses embauches idéales : des accompagnants pour les enfants handicapés, des animateurs pour le périscolaire, des auxiliaires pour les personnes âgées, des inspecteurs du travail… et tout ça, par centaines de milliers. Est-ce que vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces 20 milliards ?

Et à qui profite ce CICE ? Pour moitié aux multinationales. Le premier bénéficiaire dans le privé, c’est Carrefour, Carrefour qui licencie 4 500 caissières et autres employés, Carrefour qui reçoit, néanmoins, 130 millions d’euros au titre du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Emploi, emploi… Ça ne vous choque pas ? Dans tout le pays, il n’y a qu’ici que ça ne choque pas ! Tous les experts vous le disent : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est une gabegie. Le comité de suivi de France Stratégie le dit. La fédération « Travail, emploi et politiques publiques » du CNRS le dit. Le laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques le dit. Toutes ces études aboutissent à la même conclusion : un effet quasi-nul.

Malgré ces rapports, ces études, ces évaluations, que décidez-vous ? Que décidez-vous après la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, après la flat tax, après la suppression de l’exit tax, après la baisse de l’impôt sur les sociétés ? Vous décidez de poursuivre le CICE, de le pérenniser en allégements de charges et même, pour cette année, de le doubler, en le faisant passer à 40 milliards d’euros. Quarante milliards, c’est, pour 2018, douze fois le budget de l’agriculture, quatorze fois celui de la culture, quatre fois celui de l’écologie !

Mais vous êtes sourds.

Vous êtes sourds aux faits ; vous êtes sourds aux Français ; vous êtes aveuglés par votre dogme. Ces chercheurs, de France Stratégie ou du CNRS, devraient abandonner leur langue convenue et convenable. Ils devraient vous l’écrire en très grand, en lettres clignotantes, tout en klaxonnant : gaspillage ! Gaspillage ! Gaspillage !

Ou alors, comme Cyrano de Bergerac, ils devraient vous le déclamer.

Généreux : « Moi, si j’avais un tel magot dans ma besace, /Il faudrait sur le champ que je le partageasse ! »

Curieux : « Dites-moi, de quoi sert ce fabuleux pécule ? /Aimez-vous à ce point les très grandes fortunes / Que paternellement vous vous préoccupâtes / De leur tendre ce chèque de 40 000 patates ? »

Dramatique : « Ô rage ! Ô désespoir ! C’est le peuple que l’on saigne ! /Mais pour les millionnaires, quelle formidable aubaine ! »

Agressif : « Le voilà donc, monsieur, votre « pognon de dingue » /Pour que l’oligarchie fasse follement la bringue ! »

Quarante milliards, donc ! Quarante milliards ! Et en même temps, vous osez. En même temps, vous osez geler les pensions de retraite. En même temps, vous osez geler les allocations familiales.

En même temps, vous osez geler les pensions d’invalidité.

Vous vous rattrapez sur les familles pauvres, sur les personnes âgées, sur les personnes handicapées. Sur elles, vous allez gratter 7 milliards. À elles, vous criez la nécessité de l’effort budgétaire. Vous osez. Bravo ! Chapeau !

Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. »
[Aujourd’hui,] vous êtes les maîtres d’œuvre de cette injustice ! Vous êtes le bras armé de cette iniquité ! »

François Ruffin.

Sa chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCIQGSp79vVch0vO3Efqif_w

 

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[AUTODÉFENSE] Il faut absolument défendre nous-mêmes nos LANCEURS D’ALERTE, les AIDER financièrement, maintenant, massivement, régulièrement

Voici mon intervention à Paris, courte mais dense, le 28 avril 2018, à propos de la lutte héroïque — et très emblématique — de Martine Donnette et Claude Diot contre les monstres criminels de la grande distribution (qui corrompent et désertifient le pays) :

J’y parle du livre de Martine, très émouvant :

Et puis du livre de Stéphanie, très important :

J’aurais dû y évoquer la chaîne Youtube de Martine, « En toute franchise », et son site web, auxquels il faut s’abonner pour rester bien au courant des luttes en cours :

https://www.youtube.com/user/EnTouteFranchise

https://www.helloasso.com/associations/en-toute-franchise?banner=True

Site où l’on peut lui donner de l’argent (1€ par mois, par exemple, ce serait formidable) :

https://www.helloasso.com/associations/en-toute-franchise/formulaires/1

Et je vous signale aussi un site important, PASSEUR D’ALERTES, à consulter souvent et à aider aussi, qui regroupe toutes les nouvelles sur nos lanceurs d’alertes. C’est un travail de romain, ce site est précieux pour nous, il est complètement bénévole, c’est du dévouement pur et nous ne sommes pas assez nombreux à aider son animatrice, Caroline Chaumet-Delattre :


https://passeurdalertes.org/

Un grand merci aussi à la formidable équipe de Nexus, merci au courage épatant de l’éditeur Max Milo, merci à l’infatigable dévouement au bien commun de Philippe Pascot, merci à ceux qui nous accueillent malgré les calomnies, comme Nancy et l’association Miguel Angel, et merci à tous les obscurs et dévoués qui aident les lanceurs d’alerte, chacun dans leur coin, du mieux qu’ils peuvent.

Étienne.

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François Ruffin, représentant exemplaire et enthousiasmant, jour après jour

PAYSANS, CE JEU FINIRA-T-IL BIENTÔT ?

PLAIDOYER POUR LES POULES, VACHES, COCHONS

François Ruffin chez Bourdin

Merci François.
Étienne.

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Rendez-vous à Paris, samedi 28 avril 2018, pour découvrir (et encourager) les lanceurs d’alerte Martine Donnette et Claude Diot dans leur bagarre héroïque, seuls contre des ennemis du peuple géants : les grandes surfaces, qui doivent plus de 400 milliards à l’État ! qui ne les leur réclame pas !!!

Chers amis,

Je vous donne rendez-vous à Paris, samedi prochain, dans 3 jours (je suis très en retard, pardon), pour découvrir (et encourager) deux lanceurs d’alerte formidables, Martine Donnette et Claude Diot, dans leur bagarre héroïque, seuls contre des ennemis du peuple géants : les grandes surfaces — et leurs nombreux complices dans les administrations publiques !

L’histoire de Martine Donnette et Claude Diot (et de leur association, « En toute franchise ») est à la fois consternante, révoltante et exemplaire : Martine et Claude sont des gens simples, mais je les considère comme des héros : ce qu’ils font est incroyable, et admirable. Leur opiniâtreté et leur courage sont stupéfiants. Moi, ils me bluffent.

L’État français pourrait récupérer 418 milliards d’euros (418 G€ de recettes !) auprès des grandes surfaces qui construisent sur des surfaces illégales ET IL NE LE FAIT PAS ! Corruption ouverte et généralisée ! Il faut aider et relayer les vaillants lanceurs d’alerte qui dénoncent cet immense SCANDALE : 418 Mds d’€ de RECETTES PERDUES (pour les Bouches-du-Rhône seulement) !

Ce qui me choque le plus, en découvrant cette histoire très émouvante, c’est le peu d’aide dont disposent Martine et Claude : ces deux citoyens se dévouent au bien commun depuis près de 30 ans (30 ans !) pour protéger les commerçants indépendants, les citoyens, les finances publiques et l’environnement, et ils en sont réduits à mendier chaque mois quelques euros pour survivre et continuer à agir ! C’est juste incroyable. Il y a en France environ 2 millions de commerçants indépendants (2 millions !) ; il suffirait que chacun de ces commerçants leur donne un euro (un euro, bon sang !) pour que leurs meilleurs défenseurs, Martine et Claude, disposent enfin de moyens considérables pour être infiniment plus efficaces et plus rapides. Et pourtant, la presque totalité des commerçants, tout en leur disant « c’est super ce que vous faites, bravo, continuez… », ne leur donnent RIEN. Cet égoïsme stupide (qui finira par la disparition complète des petits commerçants, et du tissu social qui va avec eux) me désespère, je dois dire.

Nous autres simples citoyens, c’est pareil : que faisons-nous pour aider financièrement les différents lanceurs d’alerte dans leur bagarre pour le bien commun contre les bandits qu’ils dénoncent ? PRESQUE RIEN. C’est vraiment lamentable. J’espère que ce n’est pas définitif, j’espère que nous allons prendre conscience du besoin (évident) de tous les lanceurs d’alerte d’être aidés financièrement .

En tout cas, moi, je vais à Paris pour les aider comme je peux. Et je vous invite, si vous le pouvez, à venir vous aussi.

Je vais vous donner ci-dessous quelques documents pour comprendre les enjeux immenses de la lutte de Martine Donnette et de Claude Diot :

• D’abord, un reportage d’Élise Lucet, sur ces deux héros et sur l’incroyable corruption des pouvoirs publics par la grande distribution (corruption active, avec des valises de billets…) :

(Ne ratez pas ça, ça déménage : vous trouvez là LES PREUVES de la corruption à grande échelle des politiques par la grande distribution.)

Dossiers Noirs de la Grande Distribution Pieces à Conviction FR3

Dans ce reportage, on apprend (entre autres) qu’en 2004, 9 % des surfaces de vente sont illicites = 7 000 000 m2 illicites soit avec 150 euros/jour/m2 d’infraction = (sur 300 jours d’exploitation commerciale/an) = 315 milliards/an ==> 4 410 milliards sur 14 ans (depuis 2004).

• Une élue courageuse, Danielle Simonnet, a compris tout récemment l’importance pour nous tous de la bagarre historique de Martine et Claude contre les grandes surfaces, et elle résume ça en 2 minutes :

Danielle SIMONNET : « Grande Distribution, le scandale à 418 milliards d’€ ! »

• Martine a préparé une courte synthèse (10 minutes) du cas d’école qu’est le Carrefour Vitrolles (près de Marseille) qui permet de comprendre le mode opératoire commun à tous ces gredins à travers le pays :

L’INTÉGRALE DU DOSSIER CARREFOUR

Vous allez voir ici la rigueur de Martine et Claude, la précision des pièces avancées, leurs dossiers sont solides et documentés (il y a des caves entières de tels dossiers chez Martine !) et l’État ne s’en sert pas !!! ni les fonctionnaires, ni les juges !!! C’est soit une gabegie totale, soit une corruption généralisée, mais c’est digne d’une république bananière !

• Martine résume encore tout ça, en 8 minutes cette fois :

Martine Donnette le 10 octobre 2017

Les conséquences de l’expansion incontrôlée des grandes surfaces sont :
• la ruine et la destruction des commerçants indépendants,
• la suppression des emplois liés au petit commerce (les grandes surfaces détruisent infiniment plus d’emplois qu’elles n’en créent),
• la destruction du tissu social urbain,
• l’étranglement des PME, fournisseurs des grandes surfaces (et celui de tous les salariés de leur filière) via quelques centrales d’achat surpuissantes,
• la désertification du territoire,
• les ravages écologiques avec imperméabilisation des sols et la perte de zones immenses de terres fertiles.
• la constitution progressive, par accumulation, d’entités IRRESPONSABLES ET CUPIDES « TOO BIG TO FAIL » (trop grandes pour faire faillite) et « TOO BIG TO JAIL » (trop grandes pour aller en prison), cancer aussi grave qu’en matière bancaire, capable de prendre en otage la société entière avec la menace d’interrompre une fonction vitale.

Et tout ça continue et redouble aujourd’hui, faute d’intervention des pouvoirs publics POUR CAUSE DE CORRUPTION GÉNÉRALISÉE ET AU PLUS HAUT NIVEAU (voir première vidéo « Pièces à conviction » ci dessus) !

• Martine a aussi écrit UN LIVRE, émouvant, que je suis en train de lire et que je vous recommande : c’est un cas d’école de dévouement et de courage, face à une adversité implacable et des adversaires puissants et cruels, « Seule face aux géants », chez Max Milo, éditeur qu’il faut saluer pour les services qu’il rend au bien commun, je trouve :


https://www.maxmilo.com/produit/seule-face-aux-geants/

France-Info a fait une courte mais fidèle recension de ce livre (5 minutes) :

• La courageuse revue NEXUS, qui organise la rencontre de samedi, a consacré deux numéros au travail de Martine : le n°109 (pages 14 et s.) et le n°114 (pages 16 et s.).

(Nexus est cette revue qui a réalisé deux belles enquêtes et deux beaux articles, honnêtes et passionnants, sur les ateliers constituants populaires que je défends depuis plus de 10 ans : dans le n°78 et le n°96. Je remercie du fond du cœur cette équipe de journalistes qui fait mille fois mieux son boulot d’information honnête que les prétendus « journalistes » mainsream.)

• Martine a conçu un diaporama passionnant pour comprendre les étapes de la scandaleuse DÉRÉGULATION des grandes surfaces depuis des décennies :

COMMENT LA GRANDE DISTRIBUTION EST DEVENUE AUSSI PUISSANTE

Cette corruption patiente des pouvoirs publics par la grande distribution depuis les années 80, que récapitule ici Martine, me rappelle, bien sûr, la dérégulation financière catastrophique, obtenue par les banques et démontrée brillamment dans ce film important qu’est Inside Job, que je vous recommande très chaleureusement, et dont j’avais publié le script intégral dans un pdf de 80 pages. Vous devriez voir ce film et lire ce texte le crayon à la main, c’est la meilleure enquête que je connaisse sur la prétendue « crise » financière de 2008 :

Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

https://chouard.org/blog/2016/02/20/histoire-detaillee-dun-odieux-complot-celui-de-la-deregulation-financiere-inside-job-enquete-essentielle-pour-comprendre-la-prochaine-crise/

Texte intégral du film-événement « INSIDE JOB. Autopsie d’une crise financière annoncée »

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.pdf

La chaîne Youtube de Martine, « En toute franchise » :
https://www.youtube.com/channel/UCM1aN_Gh51aeyglT-np2ocw

• La page Facebook de Martine, « En toute franchise » :
https://www.facebook.com/asso.entoutefranchise

La rencontre de samedi, pendant 3 heures, dont le sommaire est vraiment très intéressant, sera retransmise en live sur Facebook, sur la page du magazine Nexus :
https://www.facebook.com/magazine.nexus/


Et, pour finir, voici quelques pensées collatérales à propos des lanceurs d’alerte,
si importants pour nous tous, si martyrisés par les pouvoirs, et si peu aidés par nous :

• Il y a une jeune femme, Caroline Chaumet-Delattre, qui se dévoue, elle aussi, pour compiler sur un site, https://passeurdalertes.org/, (https://www.facebook.com/passeurdalertes/ sur Facebook) toutes les actions des divers lanceurs d’alerte à soutenir. C’est un endroit passionnant et important. Elle aussi, mériterait qu’on l’aide : qu’on l’aide à aider les lanceurs d’alerte !

• Je rappelle ici l’existence de deux lanceurs d’alerte géants que sont Julian Assange (celui qui a créé Wikileaks, et qui est emprisonné depuis des années à Londres, démocratie de mes fesses, pardon, alors que c’est un héros) et Edward Snowden (celui qui a révélé la surveillance généralisée de la NSA sur la terre entière, et qui est, depuis, en exil en Russie, soi-disant le pays du mal incarné, alors que c’est un héros).

• Je rappelle aussi le dénuement scandaleux de Stéphanie Gibaud (qui a révélé l’évasion fiscale en Suisse et qui a permis à son pays de récupérer plus de 10 milliards d’euros (!!!) et qui est plus traquée que remerciée). On peut l’aider directement ou en achetant ses livres : « La femme qui en savait vraiment trop » et « La traque des lanceurs d’alerte »

• Je pense aussi à Philippe Pascot, grand dénonciateur d’élus véreux devant l’Éternel. Il faut lire ses livres, ils sont tous écrits au vitriol anti-corruption. Voyez ceci :

[Délits d’élus, pilleurs d’État…] « ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… » – Philippe Pascot publie le 4e tome de sa (précieuse) encyclopédie des turpitudes des voleurs de pouvoir ( + 3 vidéos)

http://chouard.org/blog/2017/04/07/delits-delus-pilleurs-detat-allez-presque-tous-vous-faire-philippe-pascot-publie-le-4e-tome-de-sa-precieuse-encyclopedie-des-turpitudes-des-voleurs-de-pouvoir/

• Je vous rappelle enfin l’excellent livre de Vincent Le Coq et Anne-Sophie Poiroux, « Le ‘toujours moins cher’ : à quel prix ? Grande distribution, élus, État, Justice : une ‘entente’ cordiale », chez Yves Michel, autre éditeur courageux :


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/le-toujours-moins-cher-a-quel-prix/

À samedi, j’espère, en vrai ou en live sur Facebook 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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PS : vous comprenez pourquoi j’ai tardé à vous annoncer cette rencontre ? J’avais mille choses à vous dire à propos de Martine et Claude 🙂 Et encore, je suis sûr que j’en ai oublié plein…


COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Paris, le 17 avril 2018.

CONFÉRENCE

Grande distribution : Bercy va-t-il récupérer les 418 000 000 000 € d’infractions non perçues par l’État ?

Nous étions hier, lundi 16 avril, avec l’association En Toute Franchise, Des Terres pas d’Hypers et Danielle Simonnet, Conseillère de Paris, devant le ministère de l’Économie et des Finances afin d’interpeller Bruno Le Maire sur les 418 milliards € que doit la Grande Distribution par ses nombreuses installations illicites sur la seule région Paca (cumul des infractions de 5e classe non réclamées par l’État depuis plus de 30 ans). L’association En Toute Franchise a déjà envoyé son enquête à l’Elysée, et Emmanuel Macron a répondu le 9 octobre 2017 que le dossier a été transmis à Bruno Le Maire (voir courrier plus bas). En Toute Franchise est encore sans nouvelle du ministre à ce jour.

Danielle Simonnet nous a apporté son soutien et va faire le relais de cette enquête que l’association En Toute Franchise mène depuis plus de 20 ans. « Je pense qu’il faut détruire les édifices illégaux de la grande distribution. De la même manière, les grandes enseignes qui ne respectent pas leurs obligations fiscales, il faut les réquisitionner », explique Danielle Simonnet.

Ni Bercy, ni Matignon, ni l’Élysée, ne semblent prêts à réaliser un moratoire, et à contrôler les grandes surfaces qui croissent dans l’irrespect total des zones protégées, agricoles, et inondables.

Après 20 ans d’enquête, l’association En Toute Franchise a calculé le coût total de ces infractions (infraction de 5e classe) à plus de 418 milliards d’euros pour la seule région Paca. Que fait l’État ? Cela représente plus d’un quart de la dette française !

Nous organisons une conférence le 28 avril prochain à Paris pour expliquer le détail de cette enquête.

Intervenants : Martine Donnette (En Toute Franchise), Jacqueline Lorthiois (socio-économiste), Robert Levesque (agronome Groupe Carma), Bertrand Veau (maire de Tournus), Philippe Pascot (écrivain), Étienne Chouard (enseignant).

Samedi 28 avril à 14h : 14, rue de Patay, Paris 13e

Contact presse : marcdaoud@nexus.fr / Tél. : 01 47 41 35 61

Marc Daoud, Directeur de la publication
22 rue Pasteur, 92380 Garches
01.47.41.35.61 – 06.13.69.02.28
MAGAZINE NEXUS
www.nexus.fr


Edit : la vidéo de cette chouette rencontre est disponible ici : https://www.facebook.com/magazine.nexus/videos/10160207531185244/