Archives pour la catégorie Démocratie

Invité chez Natacha Polony : « LA DÉMOCRATIE, C’EST LE PEUPLE QUI EXERCE LE POUVOIR. NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ».

Voici un chouette entretien, avec Natacha Polony, vendredi dernier (24/11/2017), pour défendre l’idée d’un nécessaire processus constituant populaire :

Vous allez trouver que je radote, bien sûr 🙂 mais j’espère que ça va vous intéresser, et qu’on renouvellera l’expérience.

Nous devrions soutenir Polony TV (j’y suis abonné depuis le début ; il n’y a pas tant de télés que ça, pour défendre la souveraineté populaire) :
https://www.facebook.com/Polonytv/

Bon courage à tous, bande de virus démocratiques 🙂

Étienne.

PS : le précieux petit livre édité par La Relève et La Peste est disponible à cette adresse 🙂 :


https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/


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« Vaincre Macron », le nouveau livre de Bernard Friot, plus incisif, plus bouleversant et plus important que jamais

Chers amis,

Il y a quelques années, en juin 2010, j’ai découvert Franck Lepage (dans une magnifique émission de Daniel Mermet), et Franck m’a fait ensuite découvrir le travail formidable de Bernard Friot. Depuis, nous sommes devenus amis tous les trois et je trouve que Bernard progresse sans cesse (Franck aussi, d’ailleurs) : son discours est de plus en plus précis et pénétrant, son diagnostic et sa proposition sont de plus en plus puissants, de mieux en mieux argumentés.

Si vous ne connaissez pas cette alternative, c’est le moment de la découvrir, avec ce nouveau livre (petit et pas cher) qui en propose une synthèse très claire. Il s’intitule « Vaincre Macron » (je n’aime pas trop ce titre) mais il dépasse bien sûr (de loin) les problèmes de personnes et vise le cœur (les institutions) du système dit « capitaliste » : décider QUI est légitime pour attribuer la VALEUR économique ?

• Je reproduis ici sa courte introduction, que je trouve puissante, ainsi que son plan.
• Je vous signale ensuite la vidéo d’une bonne conférence où Bernard décrit l’essentiel de son nouveau livre.
• Je vous signale aussi une conférence que Bernard donne ce soir, à Marseille, ainsi qu’un atelier qu’il anime demain après-midi.
• je vous rappelle enfin que l’association « Réseau salariat » a besoin de notre aide à tous pour continuer la bagarre.

https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

Introduction

Pour vaincre Macron, il faut prendre la mesure de son entreprise. Et, pour cela, commencer par le commencement: le printemps des peuples tel qu’il jaillit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme en témoignent des documentaires comme La Sociale (1) ou L’Esprit de 45 (2), et la réponse que lui oppose dès le début des années 1950 la construction de ce qui deviendra l’Union européenne. L’énergie que va déployer la classe dirigeante dans la constitution de cette dernière ne peut se comprendre que si on se libère de la lecture soporifique de la Libération qui en fait un moment de circonstances exceptionnelles ayant permis un meilleur partage des richesses entre le capital et le travail au bénéfice des travailleurs. Je montrerai qu’au contraire les lendemains de la Seconde Guerre mondiale sont une période révolutionnaire, c’est-à-dire un moment où le mode de production est mis en cause : ce qui se joue, ce n’est pas la répartition de ce qui est produit, mais la production elle-même et ses deux institutions essentielles, le régime de propriété de l’outil de travail et le statut du producteur. Le marché commun puis l’Union européenne vont être mis en place pour restaurer le mode de production capitaliste que les institutions révolutionnaires, créées après 1945, ont subverti.

Tant que l’on ne prend pas la mesure de cette subversion, soigneusement niée dans l’histoire officielle, on ne comprend pas la « réforme » que vont impulser les gouvernements réunis dans l’Union, en s’appuyant les uns sur les autres, à partir de l’Acte unique mis en musique par Jacques Delors, dans les années 1980. La partition française de la chose a été pour l’essentiel écrite par Philippe Seguin et Michel Rocard, entre 1986 et 1991. Les gouvernements qui leur succéderont vont l’interpréter instrument par instrument, avec une grande application et une grande constance, mais avec une médiocre ampleur de vue, liée aux escarmouches de l’alternance droite/gauche, que leur reprocheront le MEDEF et la CFDT. Aujourd’hui, avec la présidence d’Emmanuel Macron, la classe dirigeante se débarrasse des pesanteurs de l’alternance, l’esprit du couple Seguin-Rocard est à nouveau à l’œuvre avec le caractère systématique de la réforme et son inscription dans les clous imposés par l’Union européenne. Le MEDEF et la CFDT applaudissent avec la retenue qui sied au partage des rôles entre les instances de l’économique et celles du politique.

À quoi s’attaque la réforme? C’est l’objet du premier chapitre. Il est consacré au récit des prémices d’une institution communiste du travail telle que l’initient, en 1946, le Parti communiste et les militants de la CGT emmenés pour l’essentiel par les anciens de la CGT-Unitaire. « Communiste » – et c’est ainsi qu’on entend ce terme dans cet ouvrage – parce quelle est le chemin de sortie du capitalisme : le communisme ne se définit pas autrement qu’empiriquement, par les institutions d’une autre pratique de la valeur économique que l’action des travailleurs organisés parvient à imposer. Contre les institutions capitalistes de la valeur que sont la propriété lucrative, le financement de l’investissement à crédit, la rémunération des travailleurs au prix de leur force de travail, les militants construisent, comme je le montrerai: la copropriété d’usage de l’outil de travail, la subvention de l’investissement et le salaire à vie, en s’appuyant sur les acquis anticapitalistes de la codification du travail qui avait démarré au tournant du XXe siècle, sous l’impulsion de la CGT et de la SFIO naissantes. Et leur dynamique ne s’arrête pas avec l’expulsion des ministres communistes en 1947 : les trois décennies suivantes connaîtront une consolidation substantielle des conquêtes de 1946. Pourquoi 1946 et non pas 1945 ? Pourquoi ces gros mots de révolution et de communisme? Je m’en expliquerai, bien sûr. Mais j’alerte tout de suite le lecteur : ce premier chapitre interroge la fable de « 1945 », et les gros mots sont nécessaires pour refaire vivre l’histoire populaire révolutionnaire qui nous a été volée.

Le deuxième chapitre inscrit les initiatives d’Emmanuel Macron dans la « réforme » menée par la classe dirigeante depuis les années 1980. Il sort sa compréhension de l’impasse dans laquelle la mise l’invocation du néolibéralisme. Ce terme recouvre des interprétations différentes, mais leur dénominateur commun est l’absence de lutte de classes. Le capitalisme serait un « système » qui certes bouge pour se reproduire, d’où sa périodisation, mais, ses déplacements relèveraient d’une cause interne : épuisement du fordisme, baisse du taux de profit, caractère mortifère du fétichisme de la valeur, pour reprendre quelques-unes des explications avancées pour définir le néolibéralisme. Le postulat de la science sociale, fût-elle critique, est qu’il n’y a qu’une seule classe pour soi, c’est-à-dire consciente de ses intérêts et organisée pour les promouvoir : la bourgeoisie. Les travailleurs ne peuvent mener qu’un conflit de répartition : au mieux faire bouger le curseur à leur avantage dans la répartition de la « valeur », hypostasiée dans sa forme capitaliste de valeur d’échange. Dans cette perspective, la réforme ferait reculer les droits des travailleurs pour restaurer un partage de la « valeur » à l’avantage du capital. Je propose une tout autre interprétation: la réforme est une contre-révolution, qui vise à restaurer la pratique capitaliste du régime de propriété et du statut du producteur. Le deuxième chapitre s’intéresse surtout au statut du producteur.

Contre le statut communiste du producteur qui s’est affirmé fortement jusque dans les années 1970 – autour de la généralisation du salaire à la qualification attaché à la personne -, la classe dirigeante a entrepris, depuis les années 1980, de remplacer ce dernier par deux piliers de ressources sans lien avec la qualification : un premier pilier dit « non contributif » universel, forfaitaire, fiscalisé, dont la forme la plus aboutie est le revenu universel, et un second pilier « contributif » adossé au marché des capitaux, qui réassigne les travailleurs à la performance marchande en « sécurisant leurs parcours » à coups de comptes individuels, dont la forme la plus aboutie est le compte personnel d’activité (CPA). Sur cette base, elle tente aujourd’hui de faire revenir le travail à l’invisibilité qu’il subissait avant la conquête du code du travail en remplaçant ce dernier par le prétendu dialogue social.

Le dernier chapitre propose un chemin pour vaincre Macron. Le lecteur en devine d’emblée la boussole. La réponse offensive à une contre-révolution capitaliste ne peut être que la poursuite délibérée de la révolution communiste du travail : copropriété d’usage des entreprises par les salariés et pour cela subvention de l’investissement et salaire à vie. Il faut poursuivre la socialisation salariale de la valeur en doublant le montant des cotisations actuelles pour les affecter à la généralisation du salaire à vie et à la subvention de l’investissement, afin de rendre effectifs les droits économiques à attribuer à chacun à sa majorité, car – et ce sera le point central du chapitre – les personnes doivent être titulaires de leur salaire et de leur outil de travail pour pouvoir réellement décider de la valeur économique.

Je ne sous-estime pas le changement de la culture militante qu’appelle un tel chemin communiste. Ou plutôt des deux cultures militantes qui s’opposent à la réforme. Celle de la gauche de gauche mène la riposte à la réforme en appelant les citoyens et les travailleurs à se mobiliser pour une bonne politique publique, pour un bon usage de l’argent par une bonne fiscalité, une bonne création monétaire et un bon crédit public, pour de bons pôles publics dans des secteurs d’activité décisifs. « Bon » signifie ici : permettant la mutation écologique de l’appareil productif, garantissant des droits d’intervention des travailleurs, assurant le partage du travail pour tous. L’autre culture militante, celle des alternatifs de l’ici et maintenant, se situe plutôt dans la dissidence avec le souci de démontrer qu’une production non capitaliste est possible malgré tout à l’échelon local, dans le souci du sens de ce qui est produit et de la façon dont il l’est. Ces militants sont défiants vis-à-vis des institutions de l’économie, qu’il s’agisse de la valeur, du travail, de la monnaie, et préconisent la décroissance en témoignant d’un mode de vie conforme à leurs convictions. Ces deux types de militance, qui souvent s’ignorent ou se méfient l’un de l’autre, sont de fait les deux pieds avec lesquels nous pouvons sortir du surplace de la défaite ou de la marginalité pour mettre en marche l’alternative communiste à la contre-révolution réformatrice. Mais cela ne sera possible que si les uns et les autres dépassent leur commune cécité sur le déjà-là communiste du travail : les premiers pour sortir d’une attente d’un salut venu de pouvoirs publics soutenus par une mobilisation militante et fonder leur riposte sur la poursuite de la conquête de droits économiques des travailleurs permettant leur souveraineté effective sur le travail, les seconds pour sortir de leur vision péjorative de l’économie, et travailler à l’affermissement d’institutions macrosociales du travail.

Vaincre Macron, faut-il le préciser, n’est pas séparable d’une victoire sur le Front national, ce joker que la classe dirigeante garde en main. Que cette classe en soit, aujourd’hui, à se découvrir au point de laisser tomber le masque de l’alternance entre le Parti socialiste et Les Républicains montre l’importance de l’obstacle qu’elle veut vaincre : le refus populaire de la façon dont elle organise la production. C’est au travail, c’est dans l’entreprise, c’est sur le terrain de la production quelle va gagner ou perdre. Sa force tient dans le sentiment très répandu qu’il n’y a pas d’alternative à ce qu’elle impose en la matière à des travailleurs exaspérés mais résignés. Vaincre Macron repose donc sur la capacité de transformer un refus populaire désarmé en adhésion à une pratique de changement de la production, de la recherche, de l’entreprise et du travail qui les sortira de l’ornière capitaliste, parce qu’elle fera des travailleurs eux-mêmes les décideurs de ce qui est produit: où, comment, par qui, avec quel financement, avec quelle place pour nos activités dans la division internationale du travail. Il n’y a pas besoin d’aller chercher cette pratique dans l’utopie, il faut généraliser et radicaliser ce qui est déjà-là: la copropriété d’usage de l’outil de travail par les intéressés sans soumission à des propriétaires lucratifs ; le salaire à vie qui, en libérant les personnes des aléas d’une rémunération liée à l’emploi ou au bénéfice, leur permet de prendre des initiatives et d’intervenir efficacement dans les décisions économiques ; la subvention de l’investissement ainsi débarrassé du chantage des prêteurs.

Retrouver la dynamique de ces institutions, mises en difficulté par la contre-révolution réformatrice, va nous faire renouer avec l’extension considérable du champ du travail qu’elles ont rendu possible en transformant en travailleurs productifs des fonctionnaires, des parents, des soignants, des retraités, des chômeurs : autant de catégories, notons-le, dont le travail productif laisse une empreinte écologique faible, ce qui montre que l’on peut étendre le champ du travail en harmonie avec le vivant, dès lors qu’on marginalise une production capitaliste indifférente jusqu’à la folie à la valeur d’usage de ce qui est produit. Il faut beaucoup plus de travail pour produire bio et c’est bien meilleur pour la poursuite de notre existence sur terre. Sortir le travail du carcan capitaliste est urgent pour la démocratie : le débat public sera pourri par la xénophobie tant que nous accepterons le mot d’ordre inadmissible du « partage du travail », qui suppose que le travail est en quantité limitée. Alors que si nous libérons la production de l’impasse productiviste capitaliste nous pourrons l’enrichir de l’apport de tous les travailleurs qui le désirent. Cet apport sera d’autant plus possible que les deux types de militance que j’ai évoqués auront comme souci commun de bénéficier de l’apport aigu de celles et ceux qui se vivent comme les indigènes de la République. Face à une bourgeoisie aujourd’hui rassemblée derrière Emmanuel Macron pour une contre-révolution à nouveau systématisée, seul trouvera le chemin de la victoire un salariat très ouvert qui se construira dans sa lutte pour poursuivre la révolution communiste de la production.

[…]

Lire la suite, passionnante, dans ce petit livre important :
https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

1. Gilles Perret, La Sociale, Rouge Productions, 2016.
2. Ken Loach, L’Esprit de 45, Why Not Production, 2013.


PLAN

Introduction

Chapitre premier La révolution communiste du travail

1. La création conflictuelle du régime général de Sécurité sociale en 1946
2. Contrat de travail et salaire : des institutions anticapitalistes
3. Les prémices d’une production communiste à grande échelle

Chapitre 2 La réforme, une contre-révolution

1. Une institution du travail hors de toute qualification
2. Un droit de la personne hors de tout lien avec la valeur
3. L’invisibilisation du travail par le dialogue social

Chapitre 3 Poursuivre la pratique communiste du travail

1. Donner un nouvel horizon au travail
2. Attacher à la personne les droits de souveraineté sur la valeur
3. Centrer la démocratie sur le travail
4. Poursuivre le geste de création du régime général en 1946

Conclusion
Index des matières

Bernard sera ce soir, 18 novembre 2017, à Marseille, Théâtre Mazenod, 88 rue d’Aubagne, à 18h30 :

Bernard Friot : Conférence gesticulée « Oui à la révolution communiste du travail »

http://www.reseau-salariat.info/e81c434a9e3619ce650f74d507658ad3?lang=fr

Bernard sera encore à Marseille dimanche matin, 19 novembre 2017, Mars Media Lab (UrbanProd), 18 rue Colbert, de 14 h à 17 h :

Atelier-Formation sur le salaire à vie avec Bernard Friot

http://www.reseau-salariat.info/dc0806b01b75deb0aa019bd0d5383f0d?lang=fr

• Enfin, il faut signaler « Réseau Salariat », qui est la structure associative qui soutient le travail de Bernard Friot, et que nous devrions tous aider du mieux que nous pouvons :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Voilà. Si vous ne connaissez pas Friot, vous devriez le découvrir, et le faire connaître autour de vous 🙂

Amitiés.

Étienne.

Post scriptum : un dernier mot pour évoquer, sans la développer, la petite pointe de tristesse que je ressens toujours quand je vois ces amis chers (dont le trouve les idées importantes au point que je les intègre en profondeur dans mon propre travail) ne pas intégrer (du tout) dans leur propre analyse l’activité populaire constituante pour sortir de la prison juridique où nous sommes tous enfermés (depuis que les riches nous ont imposé leur définition humiliante du « suffrage universel » : élire des maîtres au lieu de voter les lois).
Je garde cette tristesse au fond de moi, sans en rajouter ; je me dis que toutes les graines mettent du temps à germer puis à pousser, et qu’il ne sert à rien de s’impatienter.


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Les élites n’ont plus aucune crédibilité. Une interview passionnante du journaliste Chris Hedges (traduite par le Saker francophone)

Le Saker francophone vient de traduire un nouvel entretien de David North avec Chris Hedges, que je trouve admirable, daté du 6 octobre 2017 sur le Word Socialist Web Site :

Nous vivons dans une nation ou les médecins détruisent la vie, les avocats la justice, les universités la connaissance, la presse l’information, la religion la morale et les banques l’économie.

David North : – Comment interprétez-vous cette fixation sur la Russie et toute  cette réinterprétation de l’élection présidentielle comme si elle avait été manipulée par Poutine ?

Chris Hedges : – C’est aussi ridicule que pour les armes de destruction massive de Saddam Hussein. C’est une accusation absolument non fondée utilisée pour instiller cette idée très effrayante : les critiques du capitalisme d’entreprise et de l’impérialisme sont des agents étrangers travaillant pour la Russie.

Je ne doute pas que les Russes investissent temps, énergie et argent pour tenter d’influer sur les événements ayant cours aux États-Unis de manière à servir leurs intérêts, comme nous l’avons fait et le faisons encore en Russie et dans bien d’autres pays du monde. Je ne dis donc pas qu’il n’y a pas eu d’influence ou tentative d’influence sur certains événements.

Mais l’idée que les Russes aient pu faire basculer les élections en faveur de Trump est absurde. Tout cela est fondé sur l’affirmation non prouvée que la Russie a fourni les courriels piratés de Podesta à WikiLeaks, et que leur publication a poussé des dizaines, voir des centaines de milliers de partisans de Clinton à voter Trump. Cela n’a aucun sens. Soit ça, soit, selon le directeur du renseignement national, que Russia Today America, où j’anime une émission, a manipulé tout le monde pour qu’ils votent pour le Green Party.

Cette obsession pour la Russie est une tactique utilisée par l’élite dirigeante, en particulier le Parti démocrate, afin d’éviter de faire face à une réalité très désagréable : leur impopularité est le résultat de leur politique de désindustrialisation et de l’assaut contre les travailleurs et les pauvres de couleur. C’est le résultat d’accords commerciaux désastreux comme l’ALENA qui ont supprimé des emplois syndiqués bien rémunérés et les ont expédiés dans des endroits comme le Mexique, où les travailleurs sans avantages sociaux reçoivent 3 $ de l’heure. C’est le résultat de l’explosion d’un système d’incarcération de masse, entamé par Bill Clinton avec sa loi sur la criminalité de 1994, qui a entrainé le triplement et le quadruplement des peines d’emprisonnement. C’est le résultat de la réduction des services gouvernementaux de base, y compris, bien sûr, ceux du service de santé, que Clinton a éviscérés ; la déréglementation, une infrastructure en décomposition, qui touche même les écoles publiques, et l’évitement fiscal de facto par les entreprises. C’est le résultat de la transformation du pays en une oligarchie. La révolte nativiste de droite et l’insurrection avortée au sein du Parti démocrate ont du sens quand on voit ce qu’ils ont fait au pays.

Les forces de police ont été transformées en entités quasi militaires qui terrorisent les communautés marginales, où les gens ont été privés de tous leurs droits et sur qui on peut tirer en toute impunité. Plus de trois personnes sont tuées par jour, c’est un fait. L’État tire sur les pauvres gens de couleur ou les emprisonne comme une forme de contrôle social. Et il est tout disposé à employer la même forme de contrôle social sur n’importe quel autre segment de la population qui deviendrait rétive.

Le Parti démocrate, en particulier, conduit toute cette chasse aux sorcières russe. Il ne peut pas reconnaître sa complicité dans la destruction de nos libertés civiles, mais rappelez-vous que l’attaque de Barack Obama contre les libertés civiles a été pire que celle de George W. Bush, et dans la destruction de notre économie et de nos institutions démocratiques.

Des politiciens comme les Clinton, Pelosi et Schumer sont des créations de Wall Street. C’est pourquoi ils ont été si virulents pour repousser les partisans de Sanders dans le Parti démocrate. Sans l’argent de Wall Street, ils n’auraient pas le pouvoir politique. Le Parti démocrate ne fonctionne pas comme un vrai parti. Il s’agit surtout de mobiliser une masse de gens et d’en faire un outil de relations publiques en agitation perpétuelle, tout cela financé par des grosses entreprises. La base du parti n’a pas vraiment son mot à dire dans sa direction ou la politique qu’il mène, comme l’ont découvert Bernie Sanders et ses partisans. Ils ne sont que des accessoires dans un théâtre politique stérile.

Les élites de ce parti, rongées par la cupidité, la myopie et un profond cynisme, ont une emprise mortelle sur le processus politique. Elles ne vont pas lâcher prise, même si tout doit imploser.

– Chris, vous avez travaillé pour le New York Times. Quand était-ce, exactement ?

– De 1990 à 2005.

– Puisque vous avez l’expérience de cette institution, quels changements y voyez-vous ? Nous savons qu’elle s’est faite un lectorat parmi la classe moyenne supérieure aisée.

– Le New York Times cible les 30 millions d’Américains formant la classe moyenne supérieure et les riches. C’est un journal national ; seul environ 11% de son lectorat réside à New York. Il est très facile de voir à qui s’adresse leTimes en consultant ses sections spéciales sur l’immobilier, la mode, les affaires ou le tourisme. Ici, des articles expliquent la difficulté d’entretenir, par exemple, une deuxième maison dans les Hamptons. Il lui arrive de faire de bonnes enquêtes, bien que peu souvent. Il couvre les affaires étrangères. Il reflète essentiellement la pensée des élites. Je lis le Times tous les jours, peut-être pour équilibrer la lecture de votre site web.

– Eh bien, j’espère que nous lire fait plus que de l’équilibrer.

– Oui, c’est le cas. Le Times a toujours été une publication élitiste, mais il a complètement embrassé l’idéologie du néo-conservatisme et du néolibéralisme dans une période de détresse financière, quand Abe Rosenthal en était le rédacteur en chef. C’est lui qui a créé les sections spéciales s’adressant à l’élite. Et il a imposé une censure de facto pour exclure les critiques du capitalisme sans entraves et de l’impérialisme, tels que Noam Chomsky ou Howard Zinn. Il a harcelé des journalistes comme Sydney Schanberg, qui a défié les promoteurs immobiliers de New York, ou Raymond Bonner, qui a enquêté sur le massacre El Mozote au Salvador.

Il déjeunait chaque semaine, avec son éditeur, William F. Buckley. Cette bascule dans les bras des forces les plus rétrogrades du capitalisme d’entreprise et des partisans de l’impérialisme américain a, pendant un certain temps, permis au journal de devenir très rentable. Puis l’essor de l’internet, la perte d’annonces publicitaires, qui représentaient environ 40% de l’ensemble des revenus des journaux, ont touché le Times comme tous les autres. L’information papier a perdu le monopole qui autrefois reliait les vendeurs aux acheteurs. Les journaux sont piégés dans un vieux système d’information sur lequel ils collent une étiquette d’« objectivité » et d’« équilibre », des formules conçues pour cacher le fait qu’ils servent les puissants et les riches et obscurcissent la vérité. Mais, comme toutes les cours byzantines, le Times continuera à s’accrocher à son Saint Graal.

Le sérieux intellectuel du journal, en particulier la Revue des livres et la Revue de la semaine, a été dégradé par Bill Keller, lui-même un néocon, qui, en tant que chroniqueur, fut une des pom-pom girls de la guerre en Irak. Il a amené des personnages comme Sam Tanenhaus. À ce moment-là, le journal a embrassé, sans aucune dissidence, l’idéologie utopique du néolibéralisme et la primauté du pouvoir des grandes entreprises comme étant la voie inévitable du progrès humain. Le Times, comme les écoles de commerce, les départements d’économie des universités et les experts promus par le milieu des grosses entreprises, ont propagé l’idée absurde que nous serions tous mieux lotis si nous prosternions tous les secteurs de la société devant les exigences du marché. Il faut une sorte de stupidité incroyable pour y croire. On a vu des étudiants de la Harvard Business School faire des études de cas sur Enron et de son brillant business model, jusqu’à ce qu’Enron s’effondre et soit exposé comme une gigantesque escroquerie. En réalité cela n’a jamais été un débat d’idées. C’était juste de la pure cupidité. Elle a été imposée par des personnes soi-disant les mieux instruites parmi nous, comme Larry Summers, qui propageait le mensonge que notre déclin est dû à des niveaux d’instruction déficients. Il est surtout dû à une élite amorale et en faillite et aux institutions financières criminelles qui les ont rendus riches.

La pensée critique, sur la page opinion, la Revue de la semaine ou la Revue des livres, qui n’avait jamais été très pointue, s’est complètement évaporée sous Keller. La globalisation y était au-delà de toute critique. Le Times, comme toutes les institutions d’élite, est devenu une chambre d’écho hermétiquement scellée ; ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont devenu ridicules et à coté de la plaque. Thomas Friedman et David Brooks pourraient tout aussi bien écrire pour The Onion.

Je travaillais à l’étranger. Je n’étais pas très présent dans la salle de rédaction, mais le journal est un endroit confit d’angoisse. Les règles ne sont pas écrites sur les murs, mais tout le monde connaît, même si elle n’est pas clairement articulée, la devise non officielle du journal : ne pas s’aliéner de manière significative ceux sur qui nous dépendons pour l’argent et l’accès ! Vous pouvez quelquefois les critiquer. Mais si vous êtes un journaliste sérieux, comme Charlie Leduff ou Sydney Schanberg, qui veulent donner une voix à des gens qui n’en ont pas ou aborder les questions raciales, de classe, d’exploitation capitaliste ou d’empire, vous pouvez alors rapidement devenir un problème pour la direction et être expulsé. Ceux qui progressent dans ce type d’organisation et détiennent le pouvoir sont des carriéristes avérés. Leur loyauté est à la mesure de leur ambition et de la stature et la rentabilité de l’institution, ce qui explique pourquoi la hiérarchie du journal est remplie de gens médiocres. Le carriérisme est le plus grand talon d’Achille du journal. Il ne manque pas de talent. Mais il manque d’indépendance intellectuelle et de courage moral. Cela me rappelle Harvard.

– Revenons à cette histoire de piratage russe. Vous avez soulevé la capacité de générer une histoire, qui n’a absolument aucun fondement factuel, rien que des affirmations de diverses agences de renseignement, présentées comme une information ne pouvant être remise en question. Quelle est votre avis sur ce point ?

– Les réseaux d’informations télévisées, notamment CNN et MSNBC, ne font pas de journalisme, ou à peine. Leurs célèbres journalistes ne sont que des représentants de l’élite. Ils amplifient et spéculent sur les commérages de la cour, ce que sont toutes les accusations à propos de la Russie, et ils répètent ce qu’on leur dit de répéter. Ils sacrifient le journalisme et la vérité pour l’audience et le profit. Ces informations câblées constituent l’un des nombreux flux de revenus d’une structure d’entreprise. Ils sont en concurrence avec d’autres sources de revenus. Le directeur de CNN, Jeff Zucker, qui a aidé à créer la personnalité fictive de Donald Trump dansCelebrity Apprentice, a transformé la politique sur CNN en une émission de télé-réalité 24 heures sur 24. Toute nuance, ambiguïté, signification et profondeur, ainsi que tout fait vérifiable, sont sacrifiés pour un divertissement salace. Le mensonge, le racisme, la bigoterie et les théories du complot sont publiés et considérés comme de l’information sérieuse, souvent par des personnes dont le trait de caractère dominant est leur déséquilibre. C’est de l’information burlesque.

Je faisais partie de l’équipe d’enquête du New York Times pendant la période précédant la guerre en Irak. J’étais basé à Paris et couvrait al-Qaïda en Europe et au Moyen-Orient. Lewis Scooter Libby, Dick Cheney, Richard Perle et peut-être quelqu’un travaillant pour une agence de renseignement, allaient confirmer toute l’histoire que l’administration tentait de lancer. Les règles journalistiques du Times disent que vous ne pouvez pas publier un article basé sur une unique source. Mais si vous avez trois ou quatre sources prétendument indépendantes confirmant le même récit, alors vous pouvez y aller, c’est ce qu’ils ont fait. L’article n’a pas enfreint les règles enseignées à l’école de journalisme de Columbia, et malgré tout, ce qu’ils ont écrit était pur mensonge.

Tout l’exercice relevait du burlesque. La Maison Blanche allait raconter une histoire bidon à Judy Miller ou à Michael Gordon, puis ensuite déclarerait :« comme le Times le montre… ». Cela a permis de donner à ces mensonges le vernis de l’indépendance et du journalisme de renom. Ce fut un échec institutionnel massif, que le journal n’a jamais reconnu.

– La CIA invente l’histoire, puis le Times la vérifie auprès de ceux qui l’ont inventée.

– Ce n’est pas toujours inventé. Et cela n’est pas venu de la CIA. La CIA ne soutenait pas l’hystérie sur les « armes de destruction massive ».

– Ça marche aussi dans l’autre sens ?

– Bien sûr. Parce que si vous essayez d’avoir accès à un haut fonctionnaire, vous allez constamment faire des demandes, et ce sera ces fonctionnaires qui décideront quand ils veulent vous voir. Et quand ils veulent vous voir, c’est généralement parce qu’ils ont quelque chose à vous vendre.

– Le discours anti-russe des médias a été adopté par de larges portions de ce qui se présente comme la «  gauche ».

– Eh bien, ne me lancez pas sur la gauche américaine. Tout d’abord, il n’y a pas de gauche américaine, pas de gauche digne de ce nom, qui comprenne les théories politiques ou révolutionnaires, qui soit imprégnée d’étude économique, qui comprend comment fonctionnent les systèmes de pouvoir, en particulier le pouvoir corporatif et impérial. La gauche est prise dans le même genre de culte de la personnalité qui afflige le reste de la société. Elle se concentre sur Trump, comme si Trump était le problème central. Trump est le résultat, le symptôme d’un système défaillant et d’une démocratie dysfonctionnelle, il n’est pas la maladie.

Si vous tentez de débattre de cela avec la plupart de ceux qui sont supposément de gauche, ils réduisent la discussion à cette vision caricaturale de la politique.

La gauche sérieuse dans ce pays a été décimée. Cela a commencé avec la suppression des mouvements radicaux sous Woodrow Wilson, puis les « Red Scares » dans les années 1920, quand ils ont pratiquement détruit notre mouvement syndical et notre presse radicale, puis toutes les purges des années 1950. Pour faire bonne mesure, ils ont purgé la classe libérale – regardez ce qu’ils ont fait à Henry Wallace – de sorte que les « libéraux » de la guerre froide assimilaient le capitalisme à la démocratie et l’impérialisme à la liberté. J’ai vécu en Suisse et en France. Il y a encore quelques restes d’une gauche militante en Europe, ce qui donne aux Européens une base sur laquelle s’appuyer. Mais ici, nous avons presque à recommencer de zéro.

Je me bats en permanence contre les Antifas et le Black Bloc. Je pense qu’ils sont une sorte de poster pour enfants pour ce que je considérerais comme une phénoménale immaturité politique. La résistance n’est pas une forme de catharsis personnelle. Nous ne combattons pas la montée du fascisme dans les années 1930. Les élites que nous devons renverser ont déjà le pouvoir. Et à moins que nous ne construisions un vaste mouvement de résistance populaire, qui exigera beaucoup de patience et d’organisation parmi les travailleurs et les travailleuses, nous allons être progressivement terrassés.

Trump n’est donc pas le problème. Mais cette phrase seule va tuer la plupart des discussions avec des gens qui se considèrent comme faisant partie de la gauche.

Le pouvoir des grandes entreprises rend très difficile de gagner sa vie si vous vous accrochez à cette critique radicale. Vous ne serez jamais titularisé. Vous n’obtiendrez probablement pas de rendez-vous académiques. Vous ne gagnerez pas de prix. Vous ne recevrez pas de subventions. Le New York Times, si même il décidait d’examiner votre livre, le remettrait à un mandarin dévoué comme George Packer pour qu’il le détruise, comme il l’a fait avec mon dernier livre. Les écoles d’élite, et j’ai enseigné en tant que professeur invité dans quelques-unes d’entre elles, Princeton et Columbia par exemple, reproduisent la structure et les objectifs des entreprises. Si vous voulez passer par un comité de doctorat, vous devez le jouer vraiment, vraiment, en toute sécurité. Vous ne devez pas contester la position favorable aux grandes entreprises qui imprègne l’institution et est imposée par des dons de celles ci et les diktats des riches anciens étudiants. La moitié des membres de la plupart de ces conseils d’administration devraient être en prison !

Au XVIIe siècle en Grande-Bretagne, la spéculation était un crime. Les spéculateurs étaient pendus. Aujourd’hui, ils dirigent l’économie et le pays. Ils ont accaparé les richesses pour détruire la vie intellectuelle, culturelle et artistique du pays et étouffer notre démocratie. Il y a un mot pour ces gens : des traîtres.

– Quel est, selon vous, l’impact de la politique identitaire aux États-Unis ?

– Eh bien, la politique identitaire montre bien l’immaturité de la gauche. Le pouvoir des grandes entreprises a adopté la politique identitaire. Nous avons vu où la politique identitaire nous a amenés avec Barack Obama, pire que nulle part. Il n’était, comme l’a dit Cornel West, qu’une mascotte noire pour Wall Street, et maintenant il donne des conférences très bien payées en récompense pour nous avoir vendus.

Mon anecdote préférée à propos de la politique identitaire : Cornel West et moi-même, ainsi que d’autres, avons dirigé une marche des sans-abris à la session de la Convention nationale démocrate, à Philadelphie. Il y avait un rassemblement cette nuit-là, des centaines de personnes, surtout des partisans de Bernie Sanders en colère. On m’avait demandé de venir y parler. Et dans l’arrière-salle, il y avait un groupe de jeunes militants qui disait : « Nous ne laisserons pas le Blanc parler en premier ». Puis l’un d’eux se leva et prononça un discours enjoignant tout le monde à voter pour Hillary Clinton. C’est en quelque sorte là où la politique d’identité vous mène. Il y a une grande différence entre les leurres qu’utilisent le capitalisme d’entreprise et l’impérialisme, comme Corey Booker et Van Jones, et de véritables militants comme Glen Ford et Ajamu Baraka. Le pouvoir des grandes entreprises sélectionne et encourage soigneusement les femmes ou les personnes de couleur qui vont servir de leurres, de masques, pour mieux cacher leur cruauté et leur exploitation des gens.

De toute évidence, il est extrêmement important que ces voix soient entendues, mais pas celles qui sont vendues à l’élite au pouvoir. Le mouvement féministe en est un parfait exemple. Le vieux féminisme, que j’admire, le genre de féminisme d’Andrea Dworkin, était d’autonomiser les femmes opprimées. Cette forme de féminisme n’a pas tenté de justifier la prostitution en tant que travail sexuel. Il savait qu’il est tout aussi injuste d’abuser d’une femme dans un atelier de misère que dans le commerce du sexe. La nouvelle forme de féminisme est un exemple du poison du néolibéralisme. Il s’agit d’avoir une femme PDG ou une femme présidente, qui, comme Hillary Clinton, servira les systèmes d’oppression. Cette forme de féminisme prétend que la prostitution n’est qu’une question de choix. Quelle femme, ayant un revenu stable et la sécurité, choisirait d’être violée pour gagner sa vie ? La politique identitaire est une non-politique.

– Je crois que vous avez parlé lors d’une conférence sur la Convergence socialiste où vous avez critiqué Obama et Sanders, et vous avez été hué.

– Ah oui ? Je ne m’en souviens même pas. J’ai été hué pour avoir critiqué Obama dans beaucoup d’endroits, y compris à Berkeley. J’ai dû supporter cela pendant longtemps en tant que supporter et auteur des discours de Ralph Nader. Les gens n’aiment pas que l’illusion qu’ils entretiennent pour leurs personnalités, leurs acteurs, leurs sauveurs politiques, soit brisée ; toutes des personnalités créées par les industries de relations publiques. Ils ne veulent pas faire le dur travail de comprendre vraiment comment le pouvoir fonctionne et de s’organiser pour le faire changer.

– Vous avez mentionné que vous lisiez le World Socialist Web Site depuis un certain temps. Vous savez que nous sommes tout à fait en dehors de ce cadre.

– Je ne suis pas marxiste. Je ne suis pas trotskiste. Mais j’aime le site. Vous faites des analyses sérieuses sur des questions importantes et d’une manière différente des autres sites. Vous vous souciez de choses qui sont importantes pour moi : l’incarcération de masse, les droits et les luttes de la classe ouvrière et les crimes de l’empire. Je suis depuis longtemps un lecteur du site.

– Une grande partie de ceux qui prétendent être de gauche, c’est-à-dire la pseudo-gauche, reflète les intérêts de la classe moyenne aisée.

– Précisément. Pendant que tout le monde est en train de plaider pour le multiculturalisme dans les institutions dirigeantes, cela signifie en réalité filtrer quelques personnes de couleur ou des femmes dans les départements universitaires ou les salles de rédaction, tout en lançant cet assaut économique contre les travailleurs pauvres et en particulier les pauvres de couleur vivant dans les poches désindustrialisées des États-Unis. Très peu de ces multiculturalistes arrivent à en prendre conscience. Je suis tout à fait pour la diversité, mais pas quand celle-ci est aux dépens de la justice économique. Cornel West a été l’un des grands champions, non seulement de la tradition prophétique noire, la plus importante tradition intellectuelle de notre histoire, mais aussi un appel au clairon pour la justice, sous toutes ses formes. Il ne peut y avoir de justice raciale sans justice économique. Et tandis que ces institutions élitistes incorporent quelques marionnettes symboliques dans leur hiérarchie, elles continuent à brutaliser la classe ouvrière et les pauvres, en particulier les pauvres de couleur.

Une grande partie de la gauche est trompée par le stratagème de la politique identitaire. C’est un activisme de boutiquier. Il permet au système des grosses entreprises, celui que nous devons détruire, de rester intact. Il lui donne même un visage amical.

– Revenons à la question de la Russie : où cela nous mène-t-il ? Cette atteinte aux droits démocratiques est-elle si sérieuse ? Nous appelons cela le nouveau maccarthysme. Est-ce, à votre avis, une analogie légitime ?

– Oui, bien sûr, c’est du maccarthysme nouveau. Mais reconnaissons à quel point nos voix sont presque inaudibles.

– Je ne suis pas d’accord avec vous là-dessus.

– Eh bien, non audible dans le sens où nous ne sommes pas entendus par la masse populaire. Quand je vais au Canada, je suis sur CBC aux heures de grande écoute. C’est la même chose en France. Cela n’arrive jamais ici. PBS etNPR ne vont jamais le faire. Ils ne vont pas non plus le faire pour tout autre critique sérieux du capitalisme ou de l’impérialisme.

S’il y a un débat sur l’attaque contre la Syrie, par exemple, le débat portera sur bombarder la Syrie ou bombarder la Syrie et envoyer des troupes, comme si c’était les deux seules options. De même avec les soins de santé. Allons-nous adopter Obamacare, une création de la Heritage Foundation, en ligue avec les industries pharmaceutique et les assurances, ou pas d’assurance santé ? Les soins de santé universels pour tous ne sont pas discutés. Nous sommes donc en marge. Mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas dangereux. Le néolibéralisme et la mondialisation sont des idéologies zombies. Elles n’ont plus de crédibilité. L’escroquerie a été découverte. Les oligarques mondiaux sont haïs et vilipendés. L’élite n’a aucun contre-argument face à notre critique. Ils ne peuvent donc pas se permettre de nous avoir dans leurs pattes. À mesure que l’élite du pouvoir deviendra plus effrayée, ils utiliseront des formes de contrôle plus sévères, y compris l’instrument contondant de la censure et de la violence.

– Je pense que cela peut être une grosse erreur de se concentrer sur le sentiment d’isolement ou de marginalisation. Je vais faire une prédiction. Vous aurez, probablement plus tôt que vous ne le pensez, plus de demandes d’interviews et de temps de télévision. Nous sommes dans une période de crise politique colossale. Nous allons voir de plus en plus l’émergence de la classe ouvrière comme force politique puissante.

– C’est pourquoi nous sommes une cible. Avec la banqueroute de l’idéologie dominante, la faillite de la classe libérale américaine et de la gauche américaine, ceux qui tiennent à la profondeur intellectuelle et à l’examen des systèmes de pouvoir, y compris dans l’économie, la culture et la politique, doivent être réduits au silence.

Chris Hedges

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone, http://lesakerfrancophone.fr/les-elites-nont-plus-aucune-credibilite-une-interview-du-journaliste-chris-hedges

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[Vidéo] BONUS : l’interview avec Inform’Action Toulouse sans coupure : un film pour mobiliser plus vite les découragés et tous les endormis ? & quelques mots pour les antifas

Les jeunes gens épatants d’Inform’Action à Toulouse viennent de finir de monter l’entretien que j’ai eu avec Arthur en mai dernier.

J’y note deux choses importantes :

– Une (première) série d’idées de scènes que pourrait mettre en images un film cherchant à inspirer une envie démocratique à tous les découragés et à tous les endormis (projet de scénario à creuser ensemble, si vous voulez bien).

– Quelques mots à destination des antifas sincères qui me détestent comme si j’étais un monstre ultra dangereux.

Merci à tous, pour toute l’énergie et pour les encouragements que vous me transmettez tous les jours.

Étienne.

Rappel : cet entretien (annoncé ici) a eu lieu le 20 mai 2017 à Toulouse,
et la conférence et les ateliers de cette journée ont fait l’objet de 4 chouettes vidéos :


https://www.youtube.com/watch?v=_YXZrz1e_h0


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« Est-ce que le peuple est trop con pour s’occuper lui-même de ses affaires ? », question posée par Thinkerview

On me pose la question : « Est-ce que le peuple est trop con pour s’occuper lui-même de ses affaires ? »,
Autrement dit : « N’est-il pas utopique d’être démocrate ? »

À l’occasion de ma réponse (« La prétendue ‘connerie‘ n’est pas une nature (définitive) mais un état (temporaire), qui est sciemment entretenu par les riches dans les classes populaires, mais qui peut changer »), j’évoque la confusion entretenue par de prétendus « antifas ».

En faisant du « racisme » le critère prioritaire et imposé pour désigner les adversaires du bien commun, on coupe en deux la classe des prolétaires, on nous divise profondément sur un point de clivage second et on rend notre classe sociale impuissante à résister à la classe des grands possédants.

Certes, le racisme est une pensée faible, nuisible, dangereuse et condamnable, mais 1) ça n’est pas une nature (il n’y a pas une race des racistes, à vie), le racisme est une opinion, qui peut donc changer, mais surtout, 2) la lutte contre « le racisme » (l’anti-racisme) n’est évidemment pas la priorité pour venir à bout de l’oppression universelle et de la dévastation capitaliste.

Pendant que les militants de gauche font « la chasse » (sic !) aux « racistes » (resic), les banquiers se goinfrent, se marrent et trinquent à la santé des « antifas » dévoyés. Le fascisme est financier et les complots des banquiers doivent être connus et dénoncés par toute l’humanité.


Fil Facebook correspondant à ce billet :
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Itv complète avec Thinkerview :
https://www.youtube.com/watch?v=DROqR_7EKvs

[Projet d’expérimentation démocratique] Élaborer ensemble le RÈGLEMENT INTÉRIEUR de nos prochaines assemblées démocratiques, avec Maxime Péroud

Fin juillet, j’ai rencontré Maxime Péroud pendant tout un après-midi au jardin du Luxembourg, à Paris et, quelques jours avant, nous avions eu une longue conversation téléphonique. Maxime a une étonnante expérience professionnelle dans l’organisation de projets et on sent ce goût de la bonne organisation à tout instant quand il parle : il est précis, rigoureux, attentif et respectueux, d’une civilité parfaite, on dirait qu’il pense à tout 🙂

Maxime est l’initiateur d’un grand projet démocratique, très organisé, très concret, cohérent avec nos travaux sur la Constitution, complémentaire avec nos ateliers constituants populaires. Ce projet consiste à simuler, avec une trentaine de participants, une assemblée démocratique délibérante comme il en sera prévu certainement dans la future Constitution. Au cours de ces séances parlementaires simulées, l’équipe de ce projet élaborera le règlement intérieur de cette assemblée tout en respectant ce règlement dans sa version en cours d’élaboration.

Je suis sûr que cette équipe va nous rendre un fier service, à nous autres apprentis démocrates constituants, car il est peu probable que nous disposions spontanément d’un bon règlement intérieur (vraiment démocratique) sans eux, le jour où les oligarques vont se faire chasser du pouvoir. Le règlement-intérieur-démocratique-prêt-à-l’emploi que cette équipe va mettre au point pourra aussi servir à toutes sortes d’assemblées « autonomes » (pour l’instant sans relation avec d’autres instances de pouvoir).

Voici ce que Maxime m’a écrit pour me présenter la raison d’être de son projet :

1. Nous voulons qu’un jour – appelons-le le jour J – notre pays devienne une démocratie pour la première fois de son histoire. Les pouvoirs seront organisés de manière à servir durablement l’intérêt général et, pour ce faire, seront entre les mains du peuple ou sous son contrôle effectif.

Cela signifie que, le jour J, ces pouvoirs auront été organisés sous forme provisoire par une Pré-Constitution rédigée nécessairement avant le jour J par des citoyens volontaires. Cette Pré-Constitution prévoira certainement une Assemblée Constituante qui, après le jour J, repartira de cette Pré-Constitution provisoire pour établir la 1ère Constitution (réellement) démocratique.

2. Pour pouvoir servir, cette Pré-Constitution devra obligatoirement être considérée comme légitime par la majeure partie des forces démocrates du moment. Or, il existe déjà de nombreuses variantes de projets de Constitution et, chaque année, il en émerge de nouvelles. Aucune d’entre elles ne peut correspondre à la future Pré-Constitution car elle provient d’un petit groupe et sera contestée par les autres groupes.

La seule solution pour élaborer une Pré-Constitution suffisamment légitime pour pouvoir organiser provisoirement les pouvoirs le jour J est de l’élaborer en Assemblée Pré-Constituante, une assemblée certainement composée de plusieurs centaines de citoyens volontaires issus des différents mouvements (associations, partis, groupes, …) se revendiquant ou pas « démocrates ».

3. La première question que se posera cette Assemblée Constituante sera la suivante : « comment allons-nous travailler, selon quelles règles du jeu : règles pour les débats, les votations, règles de comportements, etc. ? »

Ces règles feront l’objet d’un document essentiel : le règlement intérieur de cette Assemblée Pré-Constituante. Sans ce règlement, pas de travaux possibles !

4. Nous devons dès maintenant réfléchir à ces règles de fonctionnement d’une grande assemblée démocratique de manière à pouvoir livrer à la Pré-Constituante une version avancée d’un règlement intérieur. La Pré-Constituante n’aura plus qu’à le finaliser pendant ses premières séances, après quoi elle sera « opérationnelle ».

Lui livrer ce règlement intérieur lui fera gagner un temps considérable car l’élaboration de ce règlement n’est pas simple et va prendre beaucoup de temps : il n’aura rien à voir avec le « petit protocole de sociocratie délibérative » utilisé actuellement dans les ateliers constituants. Ce protocole ne peut servir qu’à des petits groupes de travail. Il est totalement inadapté à des assemblées délibérantes de plusieurs centaines de citoyens ! Il suffit d’imaginer à quel point ces assemblées seraient inefficaces si les débats y avaient lieu en levant la main pour partager une idée spontanée.

Une assemblée délibérante de plusieurs centaines de citoyens ne pourra élaborer efficacement des textes complexes que si les débats portent sur des propositions et des amendements rédigés et mis à la disposition de tous les parlementaires avant les séances. Un peu à la manière de notre Assemblée Nationale actuelle, à ceci près (et la nuance est de taille !) que le règlement intérieur garantira la stricte égalité politique des parlementaires et les obligera à des débats rationnels servant l’intérêt général. Le règlement intérieur à élaborer sera donc lui-même un texte complexe.

5. Nous proposons de constituer une première équipe projet visant à établir une version simplifiée d’un tel règlement intérieur mais aussi de l’expérimenter pour en garantir la pertinence. L’idée est de conduire ces travaux en simulant, à effectif réduit, les séances d’une telle assemblée qui mettrait au point son propre règlement intérieur, séances qui seraient elles-mêmes régies par le règlement intérieur en cours d’élaboration.

La préparation de projet a demandé plusieurs centaines d’heures de travail depuis 2015. Les appels à volontaires ont démarré en automne 2016. Beaucoup ont trouvé le projet intéressant mais peu se sont portés volontaires. Nous sommes pour l’instant à peine une vingtaine de coéquipiers mais le projet n’a pas encore démarré car il manque encore 10 à 15 volontaires pour pouvoir simuler correctement ces séances parlementaires.

Le projet est totalement indépendant de l’écriture de la Constitution mais en même temps il lui est complémentaire.

Pour bien le comprendre, il faut prendre le temps de se documenter sur ce projet qui s’annonce comme une véritable aventure politique passionnante mais aussi exigeante.

Une vidéo très didactique en 10 parties explique le déroulement et les attendus du projet à l’aide de nombreux schémas :
https://youtu.be/67CAAMppJbU.

Pour ceux que le projet intéresse ou interpelle, des Mumble d’information sont organisés environ toutes les 2 à 3 semaines pour leur permettre de poser leurs questions et présenter leurs commentaires et objections. Maxime Péroud anime ces réunions et répond à chaque fois aussi clairement que possible à ces questions et objections. Les Mumble sont annoncés sur Facebook en tant qu’événement et font l’objet d’annonces sous forme de publication sur plusieurs groupes : « Gentils Virus (groupe en construction) », « Le Message.org » et « Autour des travaux d’Etienne Chouard ».

L’événement correspondant au Mumble est créé initialement sur la page de Pascal Padmaitre.

L’avenir ne se construit pas seulement dans les ateliers constituants et assez peu en discutant de l’actualité. Nous devons aussi élaborer les textes de demain et nous organiser pour être capables de le faire en grand nombre, en complément de nos actions dites « de terrain. »

 
J’ai écouté, le crayon à la main, la vidéo de Maxime en 10 parties, je l’ai trouvée vraiment très intéressante et originale. Puis, j’ai posé toutes sortes de questions à Maxime 🙂 Je lui ai présenté les objections qui m’étaient venues à l’esprit en l’écoutant et ce qu’il m’a répondu m’a paru en tous points raisonnable : tout ça me paraît bien pensé. Je voudrais donc soutenir ce projet, lui donner un peu de ma force, car il m’apparaît comme utile, et même nécessaire, pour préparer la démocratie de demain. Je vous encourage donc à vous y intéresser et, pour commencer, à regarder cette vidéo puis à participer à l’un des prochains Mumble d’information.

Merci pour tout ce que vous faites, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : Maxime a créé un site où ce projet important est bien détaillé :


https://exp-demo.jimdo.com/

Il y a aussi un événement Facebook qui nous invite tous à un prochain Mumble d’information, le vendredi 10 novembre 2017 à 20h30, pour parler de tout ça en direct :
https://www.facebook.com/events/550832098618230

Inscrivez-vous 🙂


Premier fil Facebook correspondant à ce billet :
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Formidable Mabrouka, députée constituante tunisienne, ciselant l’essentiel comme un bijou, en 10 minutes

Formidable Mabrouka, super virus démocratique 🙂

Extrait important de l’audition de Mabrouka M’barek par l’équipe de La France Insoumise, en 2016 :

Sacré bon virus démocratique, n’est-ce pas ? 🙂

Merci Mabrouka, pour ce précieux témoignage et pour ce puissant plaidoyer pour des assemblées constituantes populaires, donc tirées au sort.

À connaître et à faire connaître.

Merci Benoît, de réactiver ainsi nos plus belles perles 🙂

Étienne.

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Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, pour cette rentrée qui s’annonce agitée : monnaie, chômage, démocratie, citoyens constituants…

Une bonne synthèse (vidéo) de l’essentiel, qu’on peut rappeler autour de nous pendant cette nouvelle rentrée, qui s’annonce agitée :

Merci à Léo, et à tous les adorables virus (c’est nouveau ça vient de sortir 🙂 ) qui donnent tant d’énergie et d’inventivité, depuis des années, malgré les difficultés et les calomnies, discrètement et courageusement, pour que progresse l’idée (anticapitaliste et antifasciste) que « ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ». Je vous remercie du fond du cœur ; c’est dans votre ardeur que je puise la mienne. J’aime notre cerveau collectif. Merci à tous, vraiment.

Étienne.

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« Portrait d’un tueur : LE STRESS » : illustration chez les babouins de la centralité du TIRAGE AU SORT dans une société apaisée et heureuse, débarrassée du stress imposé par ses mâles alpha

Je vous recommande ce documentaire animalier, très intéressant et d’une portée politique fondamentale.

L’intérêt de ce reportage va croissant et culmine à la fin. J’y retrouve cette idée essentielle, développée par Platon (déjà !) : *** le pire qui puisse arriver à une société est de laisser ceux qui veulent le pouvoir (les mâles alpha) y accéder ***, car ces individus-là dégradent la vie des autres en terrorisant (stressant) tout le monde, directement ou indirectement, consciemment ou pas.

À partir de la minute 41, notez cette expérience — lourde de sens politique pour nous tous — d’une société « normale » de babouins (société où règne la terreur quotidienne pour le plus grand nombre d’être agressé et harcelé par un mâle alpha), société « normale-stressée » littéralement transformée, et DURABLEMENT, en société apaisée et bienveillante, « exceptionnelle-destressée », heureuse en un mot, transformation déclenchée accidentellement par l’empoisonnement général (et la mort) de tous ses mâles alpha.

Conclusion : pour apaiser nos sociétés, je ne dis pas de tuer tous nos mâles alpha, mais au moins de les priver mécaniquement de tout pouvoir. C’est donc une éducation populaire centrale, à réaliser nous-mêmes pendant des décennies : pour vivre heureux, nos petits d’hommes doivent apprendre leur responsabilité personnelle à priver de pouvoir ceux qui désirent le pouvoir.

Vous me voyez venir 🙂 C’est peut-être le rôle principal (même si ce n’est pas le seul) du tirage au sort en politique que de priver les dominants de la possibilité de dominer.

Je vous laisse apprécier :

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155575513852317

Des mots, des mots… démocratie ? #DATAGUEULE_74

Chic, ça germe 🙂 (le choix de Sieyes & co depuis 1789, violemment antidémocratique, l’escroquerie parlementaire, l’antidote du tirage au sort…)

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155438306332317

POURQUOI RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (1/4) : « Les constitutions du monde, pour l’instant, nous tiennent À L’ÉCART »

Voici la première des traces de mon récent voyage à Toulouse :

Merci à la jeune et tonique équipe toulousaine d’Inform’Action 🙂
Ce montage a du sens, c’est bien.

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Nous devrions tous nous inspirer, quartier par quartier, village par village, de leur pratique épatante des EXPOSITIONS DE RUE, qu’ils intitulent « Le saviez-vous ? », variante bien pensée des dazibaos :

exposition de rue

Voici les 100 PLANCHES disponibles sur leur site ; beaucoup sont captivantes, bien conçues et bien réalisées, et c’est magique : affichées simplement dans la rue, elles incitent des inconnus à se parler dans l’espace public, à échanger des points de vue politiques tranquillement avec des gens qui peut-être votent très différemment :
http://asso.informaction.info/blog/expositions-3

. Et leur page qui donne plus de détail : http://asso.informaction.info/blog/nos-activites-5/post/notre-exposition-7

Il me semble avoir compris que ces joyeux militants proposent leur AIDE (lot de planches toutes prêtes, conseils…) à tous ceux qui voudraient faire comme eux dans leur village. Je trouve ça très chouette et j’aimerais essayer vers chez moi 🙂

La suite du montage vidéo des jeunes Toulousains devrait paraître bientôt. Encore merci à eux, et à tous les virus démocratiques sur terre 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10155326032637317&id=600922316

[Merci Flore] MEETING SNOWDEN : Larry Lessig et Birgitta Jónsdóttir vont rencontrer Edward Snowden en Russie, filmés par Flore Vasseur

Flore Vasseur nous fait un cadeau formidable : elle a organisé et filmé une rencontre symbolique très émouvante : Larry Lessig (Creative Commons, Republic Lost) et Birgitta Jónsdóttir (Parti Pirate en Islande) vont rencontrer Edward Snowden (CIA, NSA, Citizenfour) en Russie, pour nous inviter à réfléchir ensemble à ce que nous devrions faire pour sauver « la démocratie ».

Le film de Flore est épatant, il s’appelle MEETING SNOWDEN, et il sera diffusé sur Arte demain 10 juin 2017 à minuit :

Moi qui aime et admire ces deux hommes, pour leur dévouement au bien commun et pour leur courage, je trouve cette photo vraiment poignante :

J’ai vu ce film et je le trouve émouvant, passionnant… beaucoup trop court 🙂
Je vous le conseille chaleureusement.

Il faudra sans doute le retranscrire pour donner une force durable à ses plus saisissantes pensées ; je le travaillerai sans doute avec mes étudiants.

 
Je note (au passage) que le soi-disant « pays de la liberté et de la démocratie » pourchasse et martyrise en réalité le héros lanceur d’alerte, protecteur des libertés civiles contre les pouvoirs corrompus, qu’est Edward Snowden, alors que le soi-disant « pays ennemi de la liberté et de la démocratie » héberge et protège en réalité ce citoyen pourchassé injustement par l’Empire.

Les médias mentent.

Voici quelques textes et vidéos qui accueillent bien ce film et qui questionnent Flore :

« Snowden ne fait pas l’histoire, il la permet » (Flore Vasseur, chez Usbek et Rica)
https://usbeketrica.com/article/snowden-ne-fait-pas-l-histoire-il-la-permet

« Meeting Snowden » sur Arte le 10 juin – entretien du Cercle des volontaires avec la réalisatrice Flore Vasseur
http://www.cercledesvolontaires.fr/2017/06/07/meeting-snwoden-flore-vasseur-entretien/

[Documentaire] « Meeting Snowden », l’avenir de la démocratie en débat (Journaldugeek)
http://www.journaldugeek.com/2017/06/09/meeting-snowden-flore-vasseur/

« Meeting Snowden » : l’avenir de la démocratie en débat face caméra (France Inter, L’instant M)
https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-09-juin-2017

L’entretien de Snowden (dont parle Flore sur France Inter) avec Katie Couric :

Dans les coulisses de MEETING SNOWDEN :

C polémique – France 5 – Flore Vasseur à propos de Meeting Snowden


• Je rappelle qu’il faut absolument voir le film CITIZENFOUR, où l’on voit (en vrai !) Laura Poitras et Glenn Greenwald recueillir les révélations explosives de Snowden ; c’est un film bouleversant et important :

On peut (pour une bouchée de pain) commander le DVD, par exemple là : http://video.fnac.com/a8192204/Citizenfour-DVD-Edward-Snowden-DVD-Zone-2

Le site du film : https://citizenfourfilm.com/

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Voyez aussi (rappel) :
[Bien commun menacé – Tous concernés] Comment le Pentagone punit les lanceurs d’alerte
http://chouard.org/blog/2016/05/27/bien-commun-menace-comment-le-pentagone-punit-les-lanceurs-dalerte/


À mon avis, vous devriez vous servir de tout ça pour alimenter vos prochains ateliers constituants sur la protection de la vie privée et sur la surveillance des gouvernants par les gouvernés (plutôt que l’inverse). Ne comptez pas sur les « élus » des usuriers : la solution ne viendra pas d’eux ; ne comptez que sur vous-mêmes et entraînez-vous à constituer POUR ÊTRE PRÊTS CETTE FOIS, la prochaine fois que ça pétera.

Bon courage à tous.

Étienne.

PS : je rappelle que je dois (nous devons) à Flore son invitation et son aide qui avait permis cette vidéo (un peu historique) de TedX (en mars 2012, je crois) :

Donc, Flore, à nouveau, mille fois MERCI ! 🙂

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Rendez-vous pour un débat à La Tour D’aigues (84) jeudi prochain, 1er juin 2017 à 19h30, avec Attac et la LDH, sur le thème « SOUVERAINETÉ ET DÉMOCRATIE »

Salut à tous 🙂

Je vous propose de débattre ensemble à nouveau, jeudi prochain (1er juin 2017) à 19 h 30, à La Tour D’aigues (84), à l’invitation d’Attac et de la LDH, et en nous concentrant cette fois sur le mot SOUVERAINETÉ, mot aimé des démocrates mais détesté par les penseurs oligarchiques — vous savez, ceux qui nous traitent de « populistes » et de « conspirationnistes » dès qu’on dénonce les intrigues des riches pour exploiter les pauvres et dès qu’on parle de vraie démocratie 🙂

Si l’on doit parler de souveraineté, on parlera donc forcément de MONNAIE (pas de souveraineté politique sans souveraineté monétaire, assurément).

On parlera aussi de la souveraineté pour empêcher la GUERRE : pas de paix durable en asservissant notre volonté à une machine de guerre permanente comme l’OTAN, notamment. La prétendue « UE » nous oblige à tuer dans les guerres illégales de l’OTAN, voulues et commandées par les USA et souvent, au bout du compte, par l’extrême droite israélienne. Le seul moyen de ne pas être embarqués de force dans la guerre, c’est de restaurer (NOUS-MÊMES) notre souveraineté, une vraie souveraineté, populaire, démocratique.

Voici l’affiche préparée par les organisateurs :

Le sujet est majeur, effectivement, mais nous ne saurons que jeudi si notre débat l’a été aussi 🙂

Prenez de quoi écrire : j’aimerais que nous réfléchissions ensemble à quelques articles de constitution (d’origine populaire).

Au plaisir de vous y retrouver.

Étienne.

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Le KLÉROTÉRION, machine à tirer au sort, indispensable rouage pratique pour toute démocratie digne de ce nom, machine dissimulée par les voleurs de pouvoir depuis 2300 ans

Ah ! La formidable trouvaille que ce travail précieux de deux chercheurs au CNRS pour reconstituer et pour expliquer un klérotérion, machine à tirer au sort des Athéniens pendant 200 ans, il y a 2 500 ans !

La démonstration de son MODE D’EMPLOI pratico-pratique est inédite pour moi, je n’avais jamais vu ça ; je vous parle pourtant de cette machine, symboliquement essentielle pour toute démocratie digne de ce nom, depuis 2005…

Voilà donc une vidéo à vous passer entre vous, avant votre prochaine série d’ateliers constituants 🙂 sur la désignation et le contrôle de nos (éventuels) représentants 🙂

Hé ! les virus, il date de quand, votre dernier atelier constituant ?
Hum
Vous avez compris que si vous ne faites rien, il ne se passera rien, n’est-ce pas ?
Il faut « contagier », chacun du mieux qu’il peut, courageusement, opiniâtrement, tout le temps… Moi, demain je suis à Toulouse, vendredi prochain à Colmar, mercredi d’après à La Tour d’Aigues… et vous ? 🙂 Allez, citoyens, les petits ruisseaux font les grandes rivières : pas besoin d’autant voyager que moi, tâchez de parler constitution avec vos proches et vos voisins, ce sera déjà épatant 🙂

Bon courage, bande de virus 🙂

Etienne.


Je profite de l’occasion pour vous rappeler d’autres documents utiles pour réfléchir aux usages et aux modalités pratiques du tirage au sort en politique :

Ma page dédiée au tirage au sort en politique :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

Autres considérations sur le klérotérion :
http://francoib.chez-alice.fr/agora/agmklero.htm

La page wikipédia sur le klérotérion :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Klérotèrion

La page wikipédia sur le tirage au sort en politique :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Tirage_au_sort

Remarques fondamentales de Jacques Testart sur la compétence des citoyens :

Résumé très ramassé du comparatif « élection vs tirage au sort » :

Le procès de l’élection en une vidéo et un texte :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Necessaire_proces_de_l_election.pdf

Ce texte en livre (cliquer sur l’image pour en savoir plus) :

https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/


Vous pouvez aussi consulter ce florilège que j’ai composé pour nos ateliers de l’UPPA (Université Populaire du Pays d’Aix en Provence) :
UP_d_Aix_sur_le_tirage_au_sort_kleroterion_Sintomer_Montesquieu_Tocqueville.pdf

Vous trouverez, dans la compilation ci-dessus, les textes importants suivants :

• Un extrait (du chapitre 2) du livre littéralement passionnant
d’Yves Sintomer, « Le pouvoir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative », La découverte, mars 2007.

• Des images de klérotérion, la machine à tirer au sort qui a servi il y a 2500 ans à désigner les magistrats tous les matins parmi les milliers de citoyens présents chaque jour. Yves Sintomer explique cette formidable procédure antique ; livre à connaître,

• Le jugement très favorable que Montesquieu portait au tirage au sort, rappelé par Bernard Manin, dans son livre enthousiasmant, « Principes du gouvernement représentatif »,

• Le plaidoyer formidable de Tocqueville pour les jurys citoyens tirés au sort, institution politique émancipatrice et pédagogique : le chapitre VIII de l a 2e partie « De la démocratie en Amérique » est une pure merveille. Ne ratez pas ça, c’est superbement écrit,

• … et quelques textes réglementaires sur les procédures actuelles du tirage au sort des jurys d’Assises en France.

Ne ratez pas non plus ces passionnantes GRANDES CONTROVERSES sur le tirage au sort en politique, où j’ai échangé (parfois très vivement) de forts arguments avec d’irréductibles défenseurs du faux « suffrage universel », notamment Raoul Marc Jennar et François Asselineau. Voyez ce billet de blog (mai 2011, il y a déjà 6 ans !) avec la vidéo et surtout son important fil de commentaires :

Le tirage au sort comme antidote politiquement durable contre l’oligarchie : la vidéo

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/30/127-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie-la-video

Et puis, bien sûr, cet échange historique, de mon point de vue :


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« Destination DÉMOCRATIE » : rendez-vous à la Foire ÉcoBio Alsace, à COLMAR, vendredi prochain, 26 mai 2017 à 15h, pour une conférence et des ateliers constituants

« Destination démocratie », c’est le thème de la Foire ÉcoBio Alsace cette année, qui a inspiré à ses organisateurs une très gentille invitation, vendredi 26 à 15 h, à COLMAR, pour une conférence et des ateliers constituants :

http://www.ecobio.alsace/

De plus en plus, les gens commencent à se préoccuper du vrai sens du mot « démocratie », et donc des conditions d’institution de leur cratos 🙂

Le programme de vendredi :
http://www.ecobio.alsace/foire/vendredi/

Je tâcherai de montrer ce qui rend cruciale, décisive, indispensable, l’approche institutionnelle et monétaire pour les enjeux écologiques (et j’essaierai de vous aider à rédiger vous-mêmes des articles de constitution dans ce sens) :

AUCUNE politique écologique et sociale digne de ce nom n’est possible tant que ce sont les multinationales et les banques (les 1% les plus riches du monde, qui ne pensent qu’en termes d’exploitation et de profit) qui maîtrisent les acteurs politiques et la création monétaire. Or, ce sont précisément nos institutions, et spécialement le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), qui donnent le pouvoir aux plus riches, toujours et partout. Je tâcherai de montrer qu’en matière écologique comme ailleurs, on ne règle les problèmes correctement qu’en s’en prenant à leur racine : chercher la cause des causes, comme un bon médecin. Qui écrit la constitution, qui désigne les représentants, pour quel mandat, avec quel mode de scrutin, quels contrôles, en protégeant comment les initiatives citoyennes, quelles procédures de révision, etc. L’antienne d’Étienne, quoi 🙂

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.

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[Démocratie directe, l’exemple suisse] La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux (par Wolf Linder)

Moi qui suis assez vieux tout de même, c’est la première fois de ma vie que je n’ai pas voté élu mon prochain maître.

Je me suis abstenu, pour éviter de faire des bêtises, perdu dans le choix lamentable qui m’était imposé par les ultra-riches et leurs serviteurs.

Cette élection présidentielle fut donc un épisode particulièrement odieux de prétendue « démocratie représentative » : on te met le pistolet (d’extrême droite) sur la tempe (chantage qui prend des années à mettre en place, grâce aux médias qu’il a fallu acheter pour ça) et un dimanche fatal, on te dit :

« tu dois voter :

– soit pour la prétendue « Union européenne » — c’est-à-dire la perpétuation de la schlague de l’ordolibéralisme allemand et l’asservissement par la dette, les concurrences déloyales du « libre-échange », les délocalisations et la désindustrialisation, les « travailleurs détachés », le chômage de masse et les bas salaires, l’espionnage généralisé et la colonisation du pays par les USA, et puis finalement le pillage et la dévastation bientôt comme les pauvres Grecs —,

– soit pour… « le péril fasciste » (sic)…

Allez, maintenant, vote ! »

Heu, non.

Tout compte fait, en cette occurrence calamiteuse, même le vote blanc valide l’escroquerie représentative : j’ai relu Libertad et je me suis abstenu.

66% des gens qui élisent Macron (!), leur pire ennemi (et, bien entendu, rien à foutre de l’abstention, des blancs et des nuls)… La prédiction de Tocqueville (la devise des riches) s’est encore parfaitement confirmée : « je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira ».

Après cet épisode odieux, donc, je vous propose de revenir aux fondamentaux (quel contrat social allons-nous mettre en place nous-mêmes, précisément, dès que nous serons assez nombreux à être devenus vraiment constituants ?), avec cet article de Wolf Linder, aimablement traduit par Domaine public.

Avant de vous laisser le lire, je vous rappelle que c’est à VOUS, personnellement, quotidiennement, de réfléchir à la constitution et de vous entraîner à constituer, pour, le jour où il sera question de changer de contrat social, être prêt à refuser d’élire une assemblée constituante et prêt à exiger soit de participer vous-même à l’écriture, soit que l’AC soit tirée au sort parmi de simples mais vrais citoyens (donc constituants).

Pas de démocratie sans citoyens constituants et vigilants.

Bon courage à tous
(parce que là, on va perdre à la fois le droit du travail, la sécurité sociale, la retraite, et j’en passe… dans l’impuissance politique la plus totale).

Étienne.


La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux

La vraie démocratie suppose d’assumer son opinion et de la confronter à celle des autres

icone auteurWOLF LINDER | icone calendrier 8 mai 2017 | icone calendrier DP 2164

Photo jimynu
Photo jimynu (licence CC)

Durant de longues années, je ne comptais pas parmi les fervents admirateurs de l’institution de la Landsgemeinde, partageant un scepticisme très répandu: dans de telles assemblées, le secret du vote n’existe pas.

Chacun peut voir comment et pour qui vote son fils, son voisin ou son employé. Le talent oratoire d’un Landamman peut influencer l’avis de l’assemblée. Le décompte d’une courte majorité est presque impossible lors d’un vote à main levée.

On se souvient encore de l’entêtement des Appenzellois des Rhodes-Intérieures qui ont refusé à plusieurs reprises le droit de vote à leurs femmes. Il a fallu qu’une poignée de vaillantes Appenzelloises portent la cause jusqu’au Tribunal fédéral pour obtenir en 1990 les droits politiques dont les autres Suissesses bénéficiaient depuis longtemps. A cette époque, j’aurais voté comme les Nidwaldiens et les Appenzellois des Rhodes-Extérieures qui ont aboli leur Landsgemeinde dans les années 90.

Aujourd’hui, seuls les cantons de Glaris et d’Appenzell Rhodes-Intérieures connaissent encore une assemblée annuelle du corps électoral qui élit ses autorités, se prononce sur les finances et sur les questions importantes – telle l’interdiction de la burka, refusée dimanche 7 mai 2017. Seraient-ils donc les derniers à célébrer ce folklore et à tenir à cette vieille tradition n’ayant plus de place à notre époque?

Mes premiers doutes sont apparus il y a une dizaine d’années lors d’une discussion avec Marianne Kleiner, première conseillère d’Etat d’Appenzell Rhodes-Extérieures, puis conseillère nationale (PRD). Celle-ci s’est battue sans succès pour réintroduire la Landsgemeinde à Trogen et Hundwil (AR), échouant malgré un argumentaire remarquable. Et en 2006, à Glaris, une motion de jeunes socialistes proposant la fusion des 25 communes du canton en trois nouvelles communes fut acceptée par la Landsgemeinde. Une année plus tard, la même assemblée faisait de Glaris le premier canton – et toujours le seul – à connaître le droit de vote à 16 ans.

Il s’agissait donc de bien autre chose que de folklore. Par la suite, deux travaux de recherche menés sous ma direction à l’Institut de science politique de l’Université de Berne ont parachevé mon revirement d’opinion.

Le premier, la thèse de doctorat de Hanspeter Schaub, compare la qualité de la démocratie telle que pratiquée dans la Landsgemeinde d’une part, et par le vote dans les urnes d’autre part, dans six cantons; le second travail interroge un millier de citoyens glaronnais sur leur expérience de la Landsgemeinde, afin de savoir de quelle manière les débats à l’assemblée ont contribué à former leur propre opinion. De plus, il s’agissait de vérifier l’intensité du soutien à la démocratie d’assemblée.

Les deux travaux montrent une image nouvelle et fascinante de cette institution. Le vote dans les urnes voit l’initiative et le référendum contre les décisions du parlement se substituer à l’assemblée des citoyens. Un tel système permet une plus grande indépendance de la justice et accroît la capacité d’action du gouvernement. Par contre, la démocratie « radicale » de la Landsgemeinde élargit les possibilités de choix du peuple et permet aux citoyennes et aux citoyens de véritablement décider sur un plus grand nombre de dossiers. La Landsgemeinde permet également de mieux clarifier la responsabilité du gouvernement. Mais le plus surprenant est la qualité démocratique des débats tenus dans l’enceinte de la Landsgemeinde, révélé par les deux études.

Certes, un quart seulement du corps électoral participe à l’assemblée. Mais les Glaronnais sont fiers de leur institution et perçoivent les décisions prises comme particulièrement crédibles. Et à raison, car l’assemblée est le théâtre de réels et vifs débats sur les questions de politique cantonale. L’étude détaillée de deux objets soumis à votation a montré qu’une bonne partie des participants ont formé leur avis au cours de l’assemblée. Les nouveaux arguments lancés dans le débat ont influencé la formation de l’opinion. Les personnes interrogées accordent une forte crédibilité aux propositions formulées par les personnes directement concernées par le problème discuté et par des citoyens sans mandat électif. Si leur point de vue est bien argumenté, il peut emporter l’adhésion.

Une étude plus ancienne, portant sur la révision du plan général d’affectation des sols dans 60 communes du canton de Zurich, arrive à des conclusions similaires: les propositions véritablement nouvelles émergent lors de l’assemblée communale censée adopter le nouveau plan, soit à la fin du processus de révision, et non lors des étapes précédentes qui passent par la consultation des partis ainsi que des associations et des groupes d’intérêts concernés.

Ces avantages devraient contribuer à expliquer pourquoi certaines communes suisses alémaniques ont aboli les conseils communaux introduits dans les années 1970. Dans les villes, le vote à l’urne devrait rester, pour des raisons pratiques, la seule solution possible. Mais les communes pour qui l’assemblée fonctionne bien n’ont pas de raison de se « moderniser » en lui substituant un conseil élu. En outre, nous devrions éviter de monter les systèmes l’un contre l’autre. Selon Schaub, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients et s’avèrent en de nombreux points comparables en termes de qualité du système démocratique local. L’absence de secret lors du vote en assemblée générale pose encore un réel problème – que le recours au smartphone permettrait de résoudre.

Mais quelles sont, alors, les raisons de la grande qualité des débats dans une démocratie d’assemblée, non seulement dans les Landsgemeinde mais également dans les centaines d’assemblées communales à travers le pays? Tout d’abord, se lever pour soumettre une proposition à une assemblée requiert du courage: son auteur sait qu’elle ne va pas plaire à tout le monde. Ce courage ne va pas de soi;  j’ai participé à des assemblées où j’en ai moi-même manqué, ce que j’ai regretté ultérieurement. Ce courage se retrouve dans la plupart des assemblées où les propositions de ces valeureux intervenants sont probablement appréciées tout comme dans le « ring » glaronnais.

En outre, la liberté d’expression dans le cadre d’une assemblée publique ne constitue pas seulement un droit mais impose un devoir envers soi-même. On doit répondre de ce qu’on dit. Voilà la grande différence avec l’anonymat de ces médias sociaux où règnent scandales et fausses informations et où se mobilise une communauté virtuelle d’individus partageant des opinions analogues – mais dont personne ne répond ni de ses propres affirmations ni des « informations » qu’il partage généreusement. Enfin les propositions présentées en assemblée se doivent d’être justifiées dans les faits. Elles aboutissent à une discussion du pour et du contre, indispensable pour une décision démocratique où ne s’impose aucune certitude, ni du bien, ni du juste.

Wolf Linder

Une première version de cet article a paru en allemand dans l’hebdomadaire Die Weltwoche.

Source : Domaine public, https://www.domainepublic.ch/articles/31490 

 
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La devise des riches : « Je ne crains pas le ‘suffrage universel’ : les gens voteront comme on leur dira. »

On y a encore cru. Ça marche à tous les coups.
Et on a encore perdu. Ça marche à tous les coups.

La devise des riches : « Je ne crains pas le ‘suffrage universel’ : les gens voteront comme on leur dira. »

Le faux « suffrage universel » (l’élection-de-maîtres-parmi-des-candidats-qu’on-peut-aider) donne — et donnera toujours — le pouvoir à ceux qui ont le plus de moyens d’aider. C’est logique et imparable.

Si la plèbe veut participer aux décisions politiques, et se défendre ainsi elle-même contre les intrigues des puissants du moment, il lui faut une constitution digne de ce nom, qui institue un suffrage universel digne de ce nom et des responsables politiques dignes de ce nom.

Or, seuls les simples citoyens sont capables de rédiger — puis de protéger — une vraie constitution.
Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.
Pas de démocratie sans citoyens constituants.
Il faut commencer par le commencement.
Rien de bon ne viendra de l’élection.
Organisez vous-mêmes vos ateliers constituants.

Bon courage à tous.

Étienne.

PS : rappel :

« C’est une erreur de penser que les politiques sont impuissants, ou incapables, ou ne comprennent pas… comme si, en faisant comme ça, ils servaient l’intérêt général, et effectivement, pour servir l’intérêt général, ils ne sont pas bons.

Par contre, si l’on renverse la perspective, en comprenant que finalement, ces gens-là servent les intérêts de ceux qui les ont fait élire, et qui sont les 1% les plus riches de la population, à ce moment là, ce n’est pas du tout une catastrophe, mais c’est une réussite formidable, tout se passe comme prévu [ils sont très compétents, ils font leur job] : la sécurité sociale est détricotée, le chômage se porte à merveille ce qui permet de tenailler les salaires, d’avoir des bas salaires et donc des hauts profits…

Donc, tout se passe bien, en fait, du point de vue des 1% qui se gavent comme jamais… Les banques qui devraient être en prison pour faillite frauduleuse, leurs patrons se font mieux payer que jamais (!) et arrivent maintenant au gouvernement des différents pays (!)… Je trouve que la situation n’est pas du tout catastrophique pour ceux qui financent les campagnes électorales des élus, et là, je trouve que de ce point de vue, c’est logique : Hollande sert les intérêts de ceux qui l’ont fait élire, en le faisant passer à la télé, dans les journaux…

Pourquoi une banque achète « Libération » ?!
Pourquoi une banque achète « Le Monde » ?!
Pourquoi une banque achète… pourquoi le Crédit Mutuel achète le quart de la presse quotidienne régionale ?

C’est pour gagner les élections ! Et ensuite, les élus rendent des comptes à ceux qui les ont fait élire.

Le problème, c’est que nos élus ne doivent rien aux électeurs : que vous votiez, ou pas, si c’est pas vous ça sera un autre ; ceux qui vont voter de façon décisive, ce sont ceux qui regardent la télévision, qui ne sont pas politisés. Il faut que les candidats passent beaucoup à la télévision : si vous regardez les curseurs, c’est incroyable, la similitude qui y a entre les courbes des passages à la télé, et des résultats aux élections. Il suffit donc de monter les curseurs de la visibilité médiatique des challengers à 10% à 15 % : ça va donner l’impression de la pluralité [et faire croire aux militants qu’ils peuvent gagner]… et puis les deux « grands partis », qui ont la même politique de droite dure, qui s’appellent « droite » et « gauche » mais qui en fait ont la même politique — pour les industriels et les banquiers, pour les multinationales en fait —, vous les mettez à un curseur plus haut et ils vont gagner, ils vont être « élus », peu importe lequel des deux, ils vont faire la même politique.

Alors évidement, les gens sont gentils, ils croient les candidats au moment des campagnes électorales… mais c’est notre gentillesse qui fait la déception, après.

Mais [on devrait commencer à comprendre] après 200 ans d’échec du « suffrage universel », qui permet aux riches d’acheter le pouvoir politique [et d’imposer leurs lois], depuis qu’ils écrivent les constitutions, ces gens-là ont mis en place un système, d’abord censitaire (là, au moins, c’était clair), ensuite « universel » quand ils se sont aperçu (depuis très tôt, depuis le début du 19ème siècle), Tocqueville disait très tôt :

« Je ne crains pas le suffrage universel, les gens voteront comme on leur dira »

et ça fonctionne, ça fonctionne très bien !

Non, le fait de désigner des maîtres au lieu de voter des lois est une imposture politique ; nous ne sommes pas en démocratie : en démocratie nous voterions nos lois, nous-mêmes.

« Un homme = une voix », c’est pour voter des lois, pas pour désigner des maîtres ! Le fait de nous imposer de désigner des maîtres est une supercherie !

Et ça donne un résultat ploutocratique, avec les riches qui dirigent, depuis plus de 200 ans.

Alors aujourd’hui, on arrive dans « une crise », parce que le capitalisme ne nous reverse plus suffisamment de salaires pour qu’on puisse acheter leur camelote, alors effectivement, ils prétendent que le système est « en crise »… « En crise »… comme si c’était un accident, mais ça n’est pas du tout un accident : les choses se passent comme d’habitude, avec une impuissance politique — vous avez raison [Monsieur Gauchet] sur l’impuissance politique, mais elle est *programmée* : il y a un endroit où il est écrit que le peuple n’a aucune puissance, ça s’appelle la constitution ! Le problème c’est que tout le monde s’en fout : nous nous foutons de la constitution => c’est bien fait pour nous… Ce n’est pas de la faute des affreux qui nous dirigent, c’est de notre faute : nous devrions écrire nous-mêmes notre constitution, dans laquelle nous prévoirions notre puissance :

– Le référendum d’initiative populaire
– des élections sans candidats ou
– des élections avec des primaires et avec l’impossibilité pour les condamnés de se représenter.

Notre impuissance vient de notre démission du processus constituant.

Et tant qu’on bavarde sur les représentants politiques — qui sont les représentants des riches —, on passe à coté de la cause de nos problèmes.

En recentrant la réflexion sur la cause de nos problèmes, en devenant tous des citoyens constituants, on arrivera à trouver des solutions. »

ÉC, septembre 2014.


PPS : Lisez « L’expérience Plébéienne. Une histoire discontinue de la liberté politique », de Martin Breaugh, c’est passionnant :


http://www.payot-rivages.net/livre_L-Experience-plebeienne-Martin-Breaugh_ean13_9782228902601.html

(Merci Ronald 😉 )


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J’AI PAS VOTÉ, un très bon film sur les élections, avec un important complément sur le tirage au sort en politique

J’AI PAS VOTÉ, un très bon film sur le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois), qui n’incite pas à l’abstention mais qui critique l’élection et étudie… le tirage au sort.

Ce film est utilement complété par cet échange (important, de mon point de vue) entre les trois personnes qui, en France, à ma connaissance, travaillent le plus sur le tirage au sort 🙂 :

À mon avis, il serait utile (et ça ne dépend que de nous) que ce film et son bonus dédié au tirage au sort soient beaucoup partagés, pour que le niveau monte parmi les électeurs, et que nombre d’entre eux mutent en citoyens constituants 🙂

Étienne.

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Rappel de la publication précédente sur ce film :
http://chouard.org/blog/2014/09/10/un-film-de-synthese-sur-lexigence-democratique-populaire-qui-monte-dans-le-pays-jai-pas-vote/

Une bande de gentils virus dévoués et courageux a réalisé le plan détaillé de ce film. Quel boulot ! Merci à eux, vraiment.

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_du_film_%22j%27ai_pas_vot%C3%A9%22

Sommaire

1 Première partie
1.1 Intro: témoignages et réflexions diverses sur le vote – Voter ou pas ? – Le vote est-il faire un choix ? – Que signifie : ne pas voter ?
1.2 Le vote et les élites
1.2.1 Le vote est le sacre de l’élite (Loïc Blondiaux)
1.2.2 L’élection crée une défiance des citoyens, une démocratie qui va mal (Blondiaux)
1.2.3 Servitude et alignement des gouvernements aux forces de pouvoir ( Kempf, Blondiaux, Aurouet)
1.3 Causes de l’abstention
1.3.1 Débats de fond anéantis, thèmes de campagne immuables, promesses non tenues ( Blondiaux)
1.3.2 Taux d’abstention niés
1.3.3 Politisation des abstentionnistes, choix réduit entre les partis gouvernementaux et les partis protestataires ou extrêmes (Jouary, Aurouet, Brunel)
1.4 Montée des extrêmes
1.4.1 Stratégie de séduction de l’électorat (Liogier)
1.4.2 Thèmes de campagne modernes, dé-diabolisation pour espérer prendre le pouvoir (Liogier)
1.5 Pouvoir du peuple, référendums
1.5.1 Le référendum en tant que leurre du pouvoir du peuple (Jouary)
1.5.2 illusion démocratique du référendum sur la constitution européenne
1.5.3 Pas de loi légitime sans l’appropriation implicite ou explicite du peuple (Jouary)
1.6 Origine et buts de la démocratie des Athéniens au 5ème siècle avant JC
1.7 Mais la démocratie actuelle ?
1.7.1 Le régime représentatif ôtant le pouvoir du peuple n’est pas une démocratie (Jouary, Aurouet)
1.7.2 La démocratie représentative a constitué une alternative entre démocratie et monarchie (Blondiaux, Jouary)
1.7.3 La démocratie représentative, régime combinant des incompatibles : légitimité du pouvoir au peuple mais non décision ou gouvernement par le peuple. (Blondiaux)
2 Deuxième partie
2.1 Révolution et mise en place d’une démocratie bourgeoise : 1789
2.1.1 Origine de la révolution française
2.1.2 Processus de substitution et d’identification entre souveraineté populaire et représentation (Blondiaux, Jouary)
2.1.3 La révolution française – Sieyes contre Rousseau
2.1.4 Le vote en tant qu’élément démocratique du gouvernement, perçu comme une perte de souveraineté (Blondiaux, Jouary)
2.2 L’oligarchie – vote, conservatisme, corruption par l’argent contre l’égalité et la liberté –
2.2.1 Fondement de la légitimité du vote
2.2.2 Éducation au vote et incitation
2.2.3 Droit de vote une conquête ? Et pourtant… (Badiou)
2.2.4 Système oligarchique et conservatisme
2.2.5 Argent corrupteur des démocraties
2.3 Aristocratie élective et peuple incompétent (Manin)
2.4 Les représentants politiques – une classe isolée et un peuple oublié –
2.4.1 Non représentativité réelle du peuple au sein des représentants politiques (Manin)
2.4.2 Peuple oublié et mal informé (Blondiaux)
2.5 La politique une profession ?
2.5.1 Une formation souvent unique
2.5.2 Cumul des mandats et professionnalisation (Jouary)
2.5.3 Oligarchie financière
2.6 Le tirage au sort (Sintomer)
3 Troisième partie
3.1 Conférence de Citoyens
3.2 Épilogue (Sintomer, Testart) – utilité et mise en pratique du tirage au sort

Source et détails : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_du_film_%22j%27ai_pas_vot%C3%A9%22

Étienne.]

[Délits d’élus, pilleurs d’État…] « ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… » – Philippe Pascot publie le 4e tome de sa (précieuse) encyclopédie des turpitudes des voleurs de pouvoir ( + 3 vidéos)

Je suis en train de dévorer le quatrième livre de Philippe Pascot, qui vient de paraître (son titre montre un certain énervement, à force d’en découvrir…) :

« ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… »
(Pilleurs d’État tome 2)

Disponible ici.

Les citoyens actifs (de tous bords) devraient bien connaître le travail de Philippe Pascot, d’utilité publique : recenser méthodiquement les délits d’élus, pilleurs d’État comme il le dit bien, et leur invraisemblable impunité.

[Edit (la nuit porte conseil et je m’aperçois ce matin que je n’ai pas souligné la connexion entre le travail de Philippe et le mien) :

Comme vous savez, je conteste formellement la légitimité des représentants politiques à écrire eux-mêmes la Constitution, qui est le texte supérieur qui institue leurs pouvoirs, mais aussi et surtout le texte qui devrait instituer leurs contrôles et la mise en oeuvre effective de leur responsabilité.

Les représentants politiques devraient CRAINDRE la Constitution, qui devrait donc leur être parfaitement inaccessible, restant la loi supérieure, le droit du droit, tout en haut de la pyramide de l’état de droit. Cette crainte des hommes au pouvoir d’être surveillés et punis (crainte que les élus savent si bien organiser pour les autres) constituerait la meilleure protection du peuple contre les abus de pouvoir.

Or, il est bien évident que, si le peuple laisse ses représentants politiques écrire eux-mêmes le texte qu’ils devraient craindre, ces représentants vont tout naturellement écrire des textes dont ils n’auront rien à craindre… et ils deviendront forcément, ipso facto, par le fait même, des voleurs de pouvoirs.

Tous les pouvoirs devraient avoir quelque chose à craindre. Et aucun pouvoir n’est capable d’instituer lui-même correctement ses propres contrôles. C’est un principe fondateur que tous les enfants devraient apprendre à l’école et qu’ils devraient surtout apprendre à instituer eux-mêmes, personnellement, pratiquement.

Pourtant, nous en sommes là, pour l’instant : partout sur terre depuis 200 ans, ce sont des professionnels de la politique qui écrivent les constitutions ; partout dans le monde depuis 200 ans, les Assemblées constituantes d’abord, et les Assemblées législatives ensuite, sont ÉLUES parmi des candidats qu’on peut aider. Cette procédure de l’élection, mécaniquement, donne le pouvoir aux plus riches, ceux qui ont les moyens d’aider leurs candidats, candidats donc vainqueurs mais débiteurs, qui servent ensuite évidemment, forcément, les intérêts privés de leurs bienfaiteurs, au lieu de servir l’intérêt général des électeurs.

Le fait originel que les hommes au pouvoir écrivent eux-mêmes les règles de leur propre pouvoir (parce que NOUS les laissons faire en démissionnant du processus constituant) entraîne automatiquement toutes sortes de troubles majeurs pour le corps social :

• L’INFANTILISATION DES CITOYENS, réduits à la condition servile d’électeurs, tenus à l’écart des décisions communes, et ainsi progressivement découragés de se préoccuper du bien commun,

• L’IMPUISSANCE POLITIQUE DU PEUPLE, condamné à obéir à des lois qu’il n’a jamais ni écrites ni votées, et incapable de résister même à des lois qu’il juge scélérates,

• LA DOMINATION POLITIQUE PAR DES « REPRÉSENTANTS » IRRESPONSABLES, n’ayant aucun compte sérieux à rendre aux électeurs qu’ils prétendent représenter,

• L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE de la classe qui travaille par la classe qui ne fait rien, « la classe des loisirs » si bien identifiée par Thorstein Veblen (dont j’ai parlé ici, fin 2013, pour expliquer l’importance centrale que j’accorde à l’idée de lutte des classes).

J’analyse « le capitalisme » comme la conséquence économique (inéluctable) d’une catastrophe politique première qui est la confiscation du pouvoir constituant par les grands marchands, et notamment les marchands d’argent, il y a 200 ans (300 ans pour l’Angleterre : 1688 puis 1694) : le vol du pouvoir constituant leur a permis d’imposer durablement la procédure ploutocratique de l’élection, qui leur a donné elle-même le pouvoir législatif, le pouvoir (hautement stratégique, évidemment) d’écrire eux-mêmes les lois (!) et d’imposer ainsi « le capitalisme », y compris dans sa version « fasciste » en cas de besoin (quand le peuple gronde trop fort).

De mon point de vue, le capitalisme est du droit avant d’être de l’économie : pour verrouiller durablement l’exploitation de la classe laborieuse par la classe oisive, il fallait D’ABORD écrire (et imposer par une force publique invincible) les règles juridiques du capitalisme.
En désordre, me viennent à l’esprit :
la personnalité morale des entreprises,
la responsabilité limitée des « entrepreneurs »,
les sociétés par actions, vendables et achetables (et accumulables) sur des Bourses des valeurs,
la subordination des prolétaires aux propriétaires des moyens de production,
l’absence de limites à la propriété et à l’héritage,
l’élection des maîtres politiques parmi des candidats qu’on peut aider,
l’impunité des « élus », même quand il est avéré qu’ils ont trahi les intérêts du peuple,
la privatisation de la création monétaire, et donc le type et la rareté des signes monétaires,
les médias achetables comme des marchandises, outils majeurs de la fabrique du consentement,
– etc.

Philippe Pascot nous a préparé un exposé en détail des infinis privilèges et des innombrables délits impunis des professionnels de la politique (les voleurs de pouvoirs), avec les faits, les dates et les noms, et cet exposé ordonné donne du corps, de la chair, de la réalité, des preuves, à ma thèse : mon analyse théorique se confirme spectaculairement dans la pratique, entre autres à travers une délinquance et une impunité des acteurs, qui se sont affranchis des contraintes en écrivant eux-mêmes les règles qu’ils devraient craindre.

C’est ce qui fait l’intérêt majeur, de mon point de vue d’électeur aspirant à devenir citoyen, donc constituant, des livres de Philippe Pascot : offrir aux citoyens qui contestent le système de domination parlementaire une véritable encyclopédie pratique des turpitudes des professionnels de la politique.

Nous avons besoin de lanceurs d’alerte comme lui — et de passeurs d’infos comme vous et moi ! — pour stimuler nos défenses, pour nous réveiller révoltés et nous mobiliser pour résister, avant d’être progressivement et insensiblement réduits en esclavage moderne.

Les faits patiemment recensés — et courageusement publiés — par Philippe ne sont que des conséquences, certes, et on ne sortira de cette corruption endémique qu’en nous en prenant à leurs causes premières, c’est-à-dire en devenant nous-mêmes constituants, adultes politiques ; mais ce sont des conséquences éclairantes, énervantes et donc stimulantes, et au bout du compte émancipantes, si l’on sait y voir les effets de causes que nous chérissons sottement : le faux « suffrage universel », élire des maîtres au lieu de voter les lois, est la cause première de notre impuissance politique populaire, et des injustices économiques sociales généralisées qui découlent de cette impuissance.

/Edit]

Merci aux Éditions Max Milo, d’oser publier des brûlots comme les livres de Philippe : on a bien besoin d’éditeurs courageux pour relayer nos lanceurs d’alerte malgré les intimidations des milliardaires (Philippe en décrit des vertes et des pas mûres dans son livre).

Cette encyclopédie en quatre volumes est une référence, une mine d’informations originales, utiles et révoltantes (on n’en sort pas apaisé, vous êtes prévenus…).

À connaître et à faire connaître
(à offrir en cadeau, par exemple, pour que l’info passe vite au sein du peuple

malgré le silence imposé par la Pravda des milliardaires (Le Monde, Libération, Le Figaro, Le Point, L’Obs, etc.).

Voici le PLAN du livre :

Petit hommage pour grandes personnes 13

Remerciements 17

Qui suis-je ? 21

 

Biographie partielle de Philippe Pascot pour éviter de dire ou d’écrire des conneries (ou d’en dire un peu moins) 25

 

Avant-propos de réveil douloureux 31

 

Ils sont presque tous à côté de la plaque 43

 

En politique, le ridicule devient la règle 47

 

Des élus « hors sol », mais tête haute et poches pleines 53

 

Le pouvoir à n’importe quel prix 67

 

Réduire la démocratie et la liberté d’expression en France : un travail de tous les jours ! 75

 

Décisions d’élus, lois et petits arrangements dont on ne vous parle pas 85

 

Des lois qui ne servent que les fraudeurs 97

 

Plus fraudeur qu’un anti-fraudeur, tu meurs ! 107

 

La garde à vue de 96 heures pour fraude fiscale aggravée est censurée avant même d’être appliquée 115

 

L’argent de la fraude fiscale que les parlementaires et/ou le gouvernement ne veulent pas récupérer 121

 

590 millions d’euros de fraudes par an dont le gouvernement ne veut pas non plus ! 129

 

T’es agriculteur : tu paies ! T’es parlementaire agriculteur : tu ne paies pas ! 133

 

Ficher 60 millions d’individus honnêtes, c’est pour demain 137

 

Un « plaider-coupable » qui arrange bien les élus 143

 

Les parlementaires au secours de l’entreprise ripoux. Mieux que le plaider-coupable : la convention judiciaire d’intérêt public  
155

 

Une centaine de députés ne veulent pas d’une peine d’inéligibilité complémentaire « obligatoire » dans les affaires financières,  
surtout celles qui les concernent 163

 

Quand les parlementaires sont contre la « dématérialisation » des documents… mais uniquement pour eux ! 167

 

Comment essayer de gratter quelques électeurs de plus 173

 

Les parlementaires ne sont plus les représentants du peuple, mais une caste qui s’autodésigne 177

 

Lutter contre l’absentéisme des salariés mais pas contre celui des parlementaires 201

 

Même au chômage, ils se gavent avec 150 % du montant de leur indemnité 209

 

Le discours et les actes : la réserve parlementaire ou comment « arroser » à moindre frais 217

 

Conclusion 229

 
Fin de promenade dans le marigot de nos politiciens 245

Quelques derniers élus, les doigts dans le pot de confiture, pour finir en beauté 247

Petit lexique de la grammaire politique française 295
Ils sont dans ce livre 307
Bulletin de vote 315
Les livres à lire absolument 318

 
Encore merci, cher Philippe.

Bonne lecture à tous 🙂

Étienne.


Rappel des trois précédents livres de Philippe pour la défense du bien commun :


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=354



http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=319


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=375


Je profite de l’occasion pour signaler ici trois vidéos qui gardent la trace de nos premières rencontres :

Table-ronde SynerJ du 10 décembre 2016 (à Montreuil) : « Alerte ! Quelle société voulons-nous pour demain ? »
avec Stéphanie GIBAUD, Philippe PASCOT, Étienne CHOUARD et Yvan STEFANOVITCH

Le Dîner du Cercle #9 (9 décembre 2016, à Paris) : « Les élections présidentielles, en France, sont-elles démocratiques ? »
avec Jean Lassalle, Philippe Pascot et Étienne Chouard :

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Remarque : plusieurs fois, dans ce nouveau livre, Philippe prend à nouveau ma défense (contre les honteuses diffamations des talibantifas, néo-cons sous faux drapeau) et ça me touche, parce que rien ne l’oblige à faire ça et qu’il sait bien qu’il risque ainsi d’être emporté à son tour dans la vague de calomnies (qui fonctionnent précisément par amalgames arbitraires successifs). Et pourtant, il le fait quand même ; Philippe est honnête et courageux. Il n’y en a pas tant que ça, des honnêtes et courageux…
Donc merci, Philippe, merci pour tout.

Étienne.

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Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155122648692317

Manifeste n° 1 : NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ! (édition La Relève et la Peste)

La jeune équipe de La Relève et La Peste vient de publier une chouette mise en page et une belle réalisation (beau papier, belle impression, reliure cousue en fil rouge…) du texte dans lequel je propose que, comme des adultes politiques, nous comparions enfin, point par point, élection et tirage au sort.


http://lareleveetlapeste.fr/manifeste-numero-1/

 
C’est un peu « mon premier livre », tout petit 🙂

En fait, c’est un chapitre avant-coureur…

Pour vous procurer ce « manifeste n°1 » :

http://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/

Vous pouvez voir le texte et la vidéo correspondante ici :
http://chouard.org/blog/2016/12/21/video-et-texte-lantidote-universel-au-capitalisme-ce-sera-un-peuple-devenu-constituant-capable-de-conduire-lui-meme-le-proces-de-lelection/

Je me demande bien ce que vous allez penser de cette version papier 🙂

Etienne.


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