Archives pour la catégorie défense citoyenne des lanceurs d’alerte

[Délits d’élus, pilleurs d’État…] « ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… » – Philippe Pascot publie le 4e tome de sa (précieuse) encyclopédie des turpitudes des voleurs de pouvoir ( + 3 vidéos)

Je suis en train de dévorer le quatrième livre de Philippe Pascot, qui vient de paraître (son titre montre un certain énervement, à force d’en découvrir…) :

« ALLEZ (presque tous) VOUS FAIRE… »
(Pilleurs d’État tome 2)

Disponible ici.

Les citoyens actifs (de tous bords) devraient bien connaître le travail de Philippe Pascot, d’utilité publique : recenser méthodiquement les délits d’élus, pilleurs d’État comme il le dit bien, et leur invraisemblable impunité.

[Edit (la nuit porte conseil et je m’aperçois ce matin que je n’ai pas souligné la connexion entre le travail de Philippe et le mien) :

Comme vous savez, je conteste formellement la légitimité des représentants politiques à écrire eux-mêmes la Constitution, qui est le texte supérieur qui institue leurs pouvoirs, mais aussi et surtout le texte qui devrait instituer leurs contrôles et la mise en oeuvre effective de leur responsabilité.

Les représentants politiques devraient CRAINDRE la Constitution, qui devrait donc leur être parfaitement inaccessible, restant la loi supérieure, le droit du droit, tout en haut de la pyramide de l’état de droit. Cette crainte des hommes au pouvoir d’être surveillés et punis (crainte que les élus savent si bien organiser pour les autres) constituerait la meilleure protection du peuple contre les abus de pouvoir.

Or, il est bien évident que, si le peuple laisse ses représentants politiques écrire eux-mêmes le texte qu’ils devraient craindre, ces représentants vont tout naturellement écrire des textes dont ils n’auront rien à craindre… et ils deviendront forcément, ipso facto, par le fait même, des voleurs de pouvoirs.

Tous les pouvoirs devraient avoir quelque chose à craindre. Et aucun pouvoir n’est capable d’instituer lui-même correctement ses propres contrôles. C’est un principe fondateur que tous les enfants devraient apprendre à l’école et qu’ils devraient surtout apprendre à instituer eux-mêmes, personnellement, pratiquement.

Pourtant, nous en sommes là, pour l’instant : partout sur terre depuis 200 ans, ce sont des professionnels de la politique qui écrivent les constitutions ; partout dans le monde depuis 200 ans, les Assemblées constituantes d’abord, et les Assemblées législatives ensuite, sont ÉLUES parmi des candidats qu’on peut aider. Cette procédure de l’élection, mécaniquement, donne le pouvoir aux plus riches, ceux qui ont les moyens d’aider leurs candidats, candidats donc vainqueurs mais débiteurs, qui servent ensuite évidemment, forcément, les intérêts privés de leurs bienfaiteurs, au lieu de servir l’intérêt général des électeurs.

Le fait originel que les hommes au pouvoir écrivent eux-mêmes les règles de leur propre pouvoir (parce que NOUS les laissons faire en démissionnant du processus constituant) entraîne automatiquement toutes sortes de troubles majeurs pour le corps social :

• L’INFANTILISATION DES CITOYENS, réduits à la condition servile d’électeurs, tenus à l’écart des décisions communes, et ainsi progressivement découragés de se préoccuper du bien commun,

• L’IMPUISSANCE POLITIQUE DU PEUPLE, condamné à obéir à des lois qu’il n’a jamais ni écrites ni votées, et incapable de résister même à des lois qu’il juge scélérates,

• LA DOMINATION POLITIQUE PAR DES « REPRÉSENTANTS » IRRESPONSABLES, n’ayant aucun compte sérieux à rendre aux électeurs qu’ils prétendent représenter,

• L’EXPLOITATION ÉCONOMIQUE de la classe qui travaille par la classe qui ne fait rien, « la classe des loisirs » si bien identifiée par Thorstein Veblen (dont j’ai parlé ici, fin 2013, pour expliquer l’importance centrale que j’accorde à l’idée de lutte des classes).

J’analyse « le capitalisme » comme la conséquence économique (inéluctable) d’une catastrophe politique première qui est la confiscation du pouvoir constituant par les grands marchands, et notamment les marchands d’argent, il y a 200 ans (300 ans pour l’Angleterre : 1688 puis 1694) : le vol du pouvoir constituant leur a permis d’imposer durablement la procédure ploutocratique de l’élection, qui leur a donné elle-même le pouvoir législatif, le pouvoir (hautement stratégique, évidemment) d’écrire eux-mêmes les lois (!) et d’imposer ainsi « le capitalisme », y compris dans sa version « fasciste » en cas de besoin (quand le peuple gronde trop fort).

De mon point de vue, le capitalisme est du droit avant d’être de l’économie : pour verrouiller durablement l’exploitation de la classe laborieuse par la classe oisive, il fallait D’ABORD écrire (et imposer par une force publique invincible) les règles juridiques du capitalisme.
En désordre, me viennent à l’esprit :
la personnalité morale des entreprises,
la responsabilité limitée des « entrepreneurs »,
les sociétés par actions, vendables et achetables (et accumulables) sur des Bourses des valeurs,
la subordination des prolétaires aux propriétaires des moyens de production,
l’absence de limites à la propriété et à l’héritage,
l’élection des maîtres politiques parmi des candidats qu’on peut aider,
l’impunité des « élus », même quand il est avéré qu’ils ont trahi les intérêts du peuple,
la privatisation de la création monétaire, et donc le type et la rareté des signes monétaires,
les médias achetables comme des marchandises, outils majeurs de la fabrique du consentement,
– etc.

Philippe Pascot nous a préparé un exposé en détail des infinis privilèges et des innombrables délits impunis des professionnels de la politique (les voleurs de pouvoirs), avec les faits, les dates et les noms, et cet exposé ordonné donne du corps, de la chair, de la réalité, des preuves, à ma thèse : mon analyse théorique se confirme spectaculairement dans la pratique, entre autres à travers une délinquance et une impunité des acteurs, qui se sont affranchis des contraintes en écrivant eux-mêmes les règles qu’ils devraient craindre.

C’est ce qui fait l’intérêt majeur, de mon point de vue d’électeur aspirant à devenir citoyen, donc constituant, des livres de Philippe Pascot : offrir aux citoyens qui contestent le système de domination parlementaire une véritable encyclopédie pratique des turpitudes des professionnels de la politique.

Nous avons besoin de lanceurs d’alerte comme lui — et de passeurs d’infos comme vous et moi ! — pour stimuler nos défenses, pour nous réveiller révoltés et nous mobiliser pour résister, avant d’être progressivement et insensiblement réduits en esclavage moderne.

Les faits patiemment recensés — et courageusement publiés — par Philippe ne sont que des conséquences, certes, et on ne sortira de cette corruption endémique qu’en nous en prenant à leurs causes premières, c’est-à-dire en devenant nous-mêmes constituants, adultes politiques ; mais ce sont des conséquences éclairantes, énervantes et donc stimulantes, et au bout du compte émancipantes, si l’on sait y voir les effets de causes que nous chérissons sottement : le faux « suffrage universel », élire des maîtres au lieu de voter les lois, est la cause première de notre impuissance politique populaire, et des injustices économiques sociales généralisées qui découlent de cette impuissance.

/Edit]

Merci aux Éditions Max Milo, d’oser publier des brûlots comme les livres de Philippe : on a bien besoin d’éditeurs courageux pour relayer nos lanceurs d’alerte malgré les intimidations des milliardaires (Philippe en décrit des vertes et des pas mûres dans son livre).

Cette encyclopédie en quatre volumes est une référence, une mine d’informations originales, utiles et révoltantes (on n’en sort pas apaisé, vous êtes prévenus…).

À connaître et à faire connaître
(à offrir en cadeau, par exemple, pour que l’info passe vite au sein du peuple

malgré le silence imposé par la Pravda des milliardaires (Le Monde, Libération, Le Figaro, Le Point, L’Obs, etc.).

Voici le PLAN du livre :

Petit hommage pour grandes personnes 13

Remerciements 17

Qui suis-je ? 21

 

Biographie partielle de Philippe Pascot pour éviter de dire ou d’écrire des conneries (ou d’en dire un peu moins) 25

 

Avant-propos de réveil douloureux 31

 

Ils sont presque tous à côté de la plaque 43

 

En politique, le ridicule devient la règle 47

 

Des élus « hors sol », mais tête haute et poches pleines 53

 

Le pouvoir à n’importe quel prix 67

 

Réduire la démocratie et la liberté d’expression en France : un travail de tous les jours ! 75

 

Décisions d’élus, lois et petits arrangements dont on ne vous parle pas 85

 

Des lois qui ne servent que les fraudeurs 97

 

Plus fraudeur qu’un anti-fraudeur, tu meurs ! 107

 

La garde à vue de 96 heures pour fraude fiscale aggravée est censurée avant même d’être appliquée 115

 

L’argent de la fraude fiscale que les parlementaires et/ou le gouvernement ne veulent pas récupérer 121

 

590 millions d’euros de fraudes par an dont le gouvernement ne veut pas non plus ! 129

 

T’es agriculteur : tu paies ! T’es parlementaire agriculteur : tu ne paies pas ! 133

 

Ficher 60 millions d’individus honnêtes, c’est pour demain 137

 

Un « plaider-coupable » qui arrange bien les élus 143

 

Les parlementaires au secours de l’entreprise ripoux. Mieux que le plaider-coupable : la convention judiciaire d’intérêt public  
155

 

Une centaine de députés ne veulent pas d’une peine d’inéligibilité complémentaire « obligatoire » dans les affaires financières,  
surtout celles qui les concernent 163

 

Quand les parlementaires sont contre la « dématérialisation » des documents… mais uniquement pour eux ! 167

 

Comment essayer de gratter quelques électeurs de plus 173

 

Les parlementaires ne sont plus les représentants du peuple, mais une caste qui s’autodésigne 177

 

Lutter contre l’absentéisme des salariés mais pas contre celui des parlementaires 201

 

Même au chômage, ils se gavent avec 150 % du montant de leur indemnité 209

 

Le discours et les actes : la réserve parlementaire ou comment « arroser » à moindre frais 217

 

Conclusion 229

 
Fin de promenade dans le marigot de nos politiciens 245

Quelques derniers élus, les doigts dans le pot de confiture, pour finir en beauté 247

Petit lexique de la grammaire politique française 295
Ils sont dans ce livre 307
Bulletin de vote 315
Les livres à lire absolument 318

 
Encore merci, cher Philippe.

Bonne lecture à tous 🙂

Étienne.


Rappel des trois précédents livres de Philippe pour la défense du bien commun :


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=354



http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=319


http://www.maxmilo.com/product_info.php?products_id=375


Je profite de l’occasion pour signaler ici trois vidéos qui gardent la trace de nos premières rencontres :

Table-ronde SynerJ du 10 décembre 2016 (à Montreuil) : « Alerte ! Quelle société voulons-nous pour demain ? »
avec Stéphanie GIBAUD, Philippe PASCOT, Étienne CHOUARD et Yvan STEFANOVITCH

Le Dîner du Cercle #9 (9 décembre 2016, à Paris) : « Les élections présidentielles, en France, sont-elles démocratiques ? »
avec Jean Lassalle, Philippe Pascot et Étienne Chouard :

____________________

Remarque : plusieurs fois, dans ce nouveau livre, Philippe prend à nouveau ma défense (contre les honteuses diffamations des talibantifas, néo-cons sous faux drapeau) et ça me touche, parce que rien ne l’oblige à faire ça et qu’il sait bien qu’il risque ainsi d’être emporté à son tour dans la vague de calomnies (qui fonctionnent précisément par amalgames arbitraires successifs). Et pourtant, il le fait quand même ; Philippe est honnête et courageux. Il n’y en a pas tant que ça, des honnêtes et courageux…
Donc merci, Philippe, merci pour tout.

Étienne.

________________
Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155122648692317

« Complotiste, moi ? » Une excellente analyse de Michel Collon

Olivier Berruyer vient de remettre en avant, sur son site les-crises.fr,  un excellent papier de Michel Collon à propos de la théorie du complot.

Je fais de même, ci-dessous, car ce papier est vraiment excellent et mérite effectivement d’être connu du plus grand nombre :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155109694162317

Complotiste, moi ?

 Dès qu’on critique les dirigeants des Etats-Unis, de l’UE ou d’Israël, certains agitent un épouvantail : « Vous êtes complotiste ! ». Sous-entendu : vous voyez le mal partout, mais ces dirigeants sont des démocrates, certes ils peuvent commettre des erreurs, mais ils agissent avec de bonnes intentions

Voilà, en gros, nous serions forcés de choisir entre :

  • La théorie du complot : tout est manigancé dans l’ombre, on nous cache tout, les maîtres du monde sont (au choix) : les juifs, les banquiers, les francs-maçons, les Illuminati, etc.
  • La théorie de la naïveté : nos dirigeants occidentaux travaillent pour le bien commun. Ils nous disent ce qu’ils font et ils font ce qu’ils disent.

Ni l’une, ni l’autre, merci ! Nous revendiquons une troisième façon d’expliquer le fonctionnement de la société, et elle n’a rien à voir avec ces deux fantasmes. Pour clarifier tout ça nous devrons répondre à quatre questions :

  1. Les complots, ça existe ou pas ?
  2. Le complotisme permet-il de comprendre le monde ?
  3. Pourquoi certains parlent-ils tant de « théorie du complot » ?
  4. Les médias font-ils le jeu du complotisme ?
  1. Les complots, ça existe ou pas ?

Partons de la définition. Une synthèse des dictionnaires peut se résumer ainsi: « projet secret élaboré par plusieurs personnes contre une autre ou contre une institution ». Sur base de ces divers éléments, vérifions ensemble :

  • Quand la CIA et le MI 6 britannique organisent en 1953 un plan secret avec des troubles et une campagne de diffamation pour renverser le premier ministre Mossadegh en Iran, et le remplacer par le Chah d’Iran, soumis aux USA[1], est-ce un complot ? Oui, il n’y a pas d’autre mot.
  • Quand Henry Kissinger et la CIA organisent en 1973 un plan secret pour renverser le président progressiste Allende[2] et le remplacer par la dictature militaire néo-libérale du général Pinochet, est-ce un complot ? Oui.
  • Quand Brzezinski, conseiller du président Carter, organise secrètement l’envoi en 1979 de Ben Laden et autres terroristes en Afghanistan pour renverser le gouvernement de gauche (il le reconnaîtra vingt ans plus tard[3]), est-ce un complot ? Oui.
  • Quand, en 2003, le ministre de la Guerre US Donald Rumsfeld prévient ses proches, mais pas l’opinion, que les Etats-Unis « vont prendre sept pays Afghanistan, Irak, Somalie, Soudan, Libye, Syrie pour finir par l’Iran »[4]plan qui sera effectivement mis en oeuvre, est-ce un complot ? Oui.
  • Quand Bush et Blair fabriquent en 2003 de faux rapports[5] affirmant que l’Irak possède des armes de destruction massive et cela pour justifier leur guerre du pétrole, est-ce un complot ? Oui.

Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si chaque guerre est vendue avec de tels médiamensonges (cachant à l’opinion les véritables objectifs). Nous voulons juste souligner que les complots font bel et bien partie de la politique internationale, particulièrement en ce qui concerne les guerres et les coups d’Etat.

Les complots sont-ils toujours de droite ? Non. Si on se base sur la définition du dictionnaire, quand Castro et Che Guevara organisent à partir de 1955 – en secret évidemment – une insurrection pour renverser la dictature militaire pro-US qui opprime Cuba, est-ce un complot ? Oui. Progressiste cette fois : en faveur du peuple. Au contraire des complots tramés par des élites pour leurs intérêts égoïstes. Bref, il existe des complots de droite et des complots de gauche.

—————————————————————————

  1. Le complotisme permet-il de comprendre le monde ?

Ma réponse a toujours été très claire : Non ! Je l’ai écrit noir sur blanc dans mon livre Israël, parlons-en ! : « Le conflit Israël – Palestine n’est pas une guerre de religion. Ce n’est pas non plus un complot juif. (…) La réalité est bien plus simple. La réalité derrière Israël, c’est tout simplement notre système économique et social. Le capitalisme, de par ses lois économiques « naturelles », provoque inévitablement une grande accumulation de richesses à un pôle, et de pauvreté à un autre pôle. Depuis sa formation jusqu’à aujourd’hui, le capitalisme a créé des fortunes de plus en plus grandes et de plus en plus puissantes. Ces gens entendent contrôler les matières premières et le pétrole est la plus stratégique. Pour le contrôler, ils soutiennent les dictatures pétrolières arabes et Israël. Ce n’est pas un mystérieux « complot », c’est juste une question de logique économique. »[6]

Je l’ai répété dans mon livre sur Charlie : « La seule façon de dépasser le faux problème du complot consiste à débattre objectivement sur les faits : en confrontant les deux versions, en ne croyant personne sur parole et en vérifiant tout sur base des meilleures sources selon les possibilités : témoins directs, témoins indirects fiables, documents, rapports et communiqués. Tout cela des deux côtés bien sûr. »[7]

Mais qui a développé ce concept de « complotisme » ? C’est l’historien US Richard Hofstadter. Dans son ouvrage The Paranoid Style in American Politics  (1964), il étudia l’idéologie de l’extrême droite US et notamment la chasse aux sorcières du maccarthysme (1950 – 1956)[8]. Cette campagne de répression anticommuniste d’extrême droite avait été orchestrée par le sénateur Joseph McCarthy. Il prétendait que les Etats-Unis étaient gravement menacés par un complot : « Des hommes haut placés dans ce gouvernement travaillent de concert pour nous livrer à la catastrophe ? Ceci doit être le produit d’une grande conspiration, une conspiration si ignominieuse que, lorsqu’elle sera mise à jour, ses principaux protagonistes seront à jamais voués aux gémonies par les honnêtes gens. »[9] Au fond, McCarthy reprenait le thème obsessionnel d’Hitler : une grande conspiration mondiale judéo-maçonnico-bolchévique menaçant l’Allemagne.

Le travail d’Hofstadter mérite notre attention. Car il fournit une grille très précise pour analyser les composantes de l’esprit complotiste qu’il appelle « paranoïaque ».  Selon Hofstadter, le porte-parole paranoïaque nous entraîne dans un univers où politique et théologie « expliquent » des événements qui en réalité ont été prophétisés et se préparent depuis plusieurs générations. La « grande conspiration » est tramée par des forces maléfiques aux pouvoirs gigantesques et quasi surnaturels ; cette machination envahit tous les pouvoirs : politiques, éducatifs, médiatiques, religieux, et donc aussi l’Etat. C’est même pour cela qu’on n’en parle pas : le silence a été bien organisé, ce qui confirme l’emprise des comploteurs. Dans cet univers, le genre humain verra très bientôt le « bien » triompher du « mal ». Il s’agit donc de se ranger du bon côté.

Dans les périodes de crise et de désarroi idéologique, on assiste toujours à une recrudescence de la croyance aux complots. Et actuellement nous sommes bien dans une telle période pour diverses raisons :

  • la crise économique, politique et morale du système social
  • la perception sensible des dangers qu’il apporte (environnement, guerres)
  • la perte de crédibilité des médias officiels
  • l’effondrement des partis de gauche en Europe
  • la disparition donc du cadre d’analyse objectif en termes d’intérêts des classes sociales

—————————————————————————

Le complotisme ne permet pas de comprendre l’économie

En matière économique, le complotisme est particulièrement à côté de la plaque. Certes, les complots existent. Quand les principales banques du monde s’entendent pour manipuler les taux de change de devises et accumuler ainsi des bénéfices extra, et qu’elles sont condamnées à 1,7 milliards d’amendes par l’UE [10], de quoi s’agit-il, sinon d’un complot ? De même, quand des multinationales s’arrangent entre elles, secrètement, pour fixer des prix trop bas aux matières premières qu’elles achètent ou des prix trop élevés aux produits qu’elles vendent, n’est-ce pas un complot ? Et quand une juge de New York, Denise Cote, condamne Apple pour avoir orchestré une entente avec de grands éditeurs aux Etats-Unis pour augmenter les prix des livres électroniques (« Les plaignants ont démontré qu’Apple avait conspiré pour relever les prix »), elle applique une définition juridique correcte.

Mais généraliser et prétendre que l’économie est complètement manipulée par un grand complot, que par exemple la crise économique a été délibérément provoquée par les banques pour augmenter leurs profits ou pour détruire les classes moyennes, là on entre dans le fantasme, car cela ne correspond pas aux faits observés.

En réalité, dès sa naissance quasiment, le système capitaliste n’a cessé d’être accompagné de crises à intervalles plus ou moins réguliers. Pourquoi ? Parce que ce système est basé sur trois lois économiques fondamentales :

  1. La propriété privée des grandes usines et autres entreprises (les forces de production).
  2. La concurrence entre ces patrons.
  3. Le profit maximum comme moyen fondamental de vaincre ses concurrents.

Ensemble ces trois lois produisent un engrenage qui s’impose de manière automatique : chaque grand capitaliste doit absolument exploiter au maximum ceux qui travaillent pour lui. C’est-à-dire les faire produire le plus possible, les payer le moins possible, et même parfois licencier le plus possible en intensifiant le travail de ceux qui restent. Et ce n’est pas une question de sentiments : les capitalistes agissent ainsi non parce qu’ils sont « méchants » mais parce que s’ils ne le font pas, ils seront éliminés ou avalés par les concurrents. Chacun pour soi et tous contre tous.

Problème : quand un capitaliste réalise de telles économies, ses rivaux font évidemment pareil. Résultat : tous appauvrissent ceux qui travaillent pour eux. Dès lors à qui vont-ils vendre puisqu’ils ont détruit le pouvoir d’achat de leurs acheteurs ?

On pourrait se dire : mais les capitalistes s’étant enrichis, ils vont dépenser davantage et quand même faire tourner l’économie ? Non. En augmentant la part des profits au détriment des salaires, ils se donnent les moyens d’augmenter leur capital et leurs forces de production. Mais le pouvoir de consommation ne peut pas suivre puisqu’il a été réduit. Et ce déséquilibre fondamental revient sans cesse dans le système capitaliste. Il n’y a pas de planification veillant à l’équilibre entre les investissements et les salaires.

En conséquence, à un moment donné, il y a trop de produits sur le marché par rapport aux revenus qui peuvent être employés à les acheter. C’est la « surproduction », le blocage. Les uns sont capables de produire de plus en plus, mais les autres ne peuvent acheter tout ça. Ne pouvant plus vendre assez, les capitalistes arrêtent partiellement la production et donc leur accumulation de richesses.

Conclusion. Cela ne provient pas du complot de quelques-uns. C’est un effet automatique des trois lois du capitalisme et, contrairement à certains récits complotistes, les capitalistes n’en sont pas heureux car cela met en danger leurs profits, et parfois même l’existence de certains d’entre eux.

—————————————————————————

Sont-ils tout puissants ?

Une variante du complotisme prétend que l’économie serait dirigée de façon occulte par un petit groupe de gens mystérieux qui tirent les ficelles clandestinement. La réalité est bien plus simple : environ deux cent grandes multinationales dominent tous les secteurs clés de l’économie. Et ça n’a rien de clandestin, elles ont toutes un siège social et une adresse, des dirigeants et des actionnaires connus. Avec des revenus et des propriétés identifiés, des trains de vie luxueux. Tout cela généralement discret, oui, mais secret, non. Les « maîtres du monde » sont donc bien connus. Et c’est important, car on peut donc décider qui il faut combattre si on veut défendre l’intérêt collectif contre les intérêts égoïstes.

Alors, qu’est-ce qui freine ou empêche ce combat ? Plusieurs causes que nous verrons. Mais d’abord le fait que les médias présentent l’économie de façon déformée en ne donnant la parole qu’aux experts procapitalistes. On en vient à présenter les lois économiques du capitalisme comme « naturelles et inévitables » en martelant qu’il n’y a pas d’alternative. On tue l’espoir.

Mais revenons au complotisme. En réalité, cette vision d’une économie qui serait dirigée par des comploteurs tout puissants est fausse et dangereuse. Fausse parce qu’en réalité personne ne peut contrôler l’ensemble de l’économie. Certes, d’un côté, les capitalistes s’entendent entre eux pour défendre leurs intérêts face aux travailleurs et aux populations. Et aussi pour défendre leurs intérêts contre ceux des autres pays. En ce sens, ce sont clairement eux qui dominent une économie qui n’est pas du tout démocratique. Mais, de l’autre côté, ils se font aussi concurrence entre eux et cela affaiblit l’ensemble de leur système. Comme Albert Einstein l’avait très bien analysé en 1949 : « L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus. » [11] Bon diagnostic avec les trois éléments : propriété, profit maximum, compétition.

De ce diagnostic (où Einstein rejoint Marx en fait) nous pouvons tirer deux conclusions. 1. Sur le rapport entre les banquiers et les industriels. 2. Sur les rapports au sein même de la classe capitaliste en général.

  1. Ne pas exagérer l’importance de la banque. Certes, historiquement, les banquiers ont joué un rôle important dans la première accumulation du capital qui a permis la révolution industrielle et la formation des grands monopoles. Et ils restent un rouage important du système économique actuel. Mais l’idée qu’eux et la spéculation seraient seuls responsables de la crise et des maux du capitalisme n’est pas scientifique, elle ne reflète pas les lois réelles de son fonctionnement.

En réalité, les multinationales industrielles sont la base du capitalisme, leur exploitation est la cause fondamentale de la crise, et ce sont elles, en dernière instance, qui provoquent les guerres. Einstein montre bien qu’en supposant que les banques n’existeraient pas, eh bien, même dans ce cas, les industriels provoqueraient des crises, conséquences des règles que nous avons décrites. Dès lors, centrer toute l’attention, par exemple, sur Goldman Sachs et ses complots (réels ou imaginaires), c’est nier le problème d’ensemble de ce système capitaliste. C’est faire croire qu’en le guérissant de sa « maladie banquière ou spéculative » il serait capable de mettre fin à l’exploitation et d’assurer le bien-être à tous. Illusion réfutée par les faits : jamais l’humanité n’a produit autant de richesses, jamais il n’y a eu autant d’hommes mourant de faim.

  1. Bien mesurer les contradictions entre capitalistes. On parle souvent des rencontres du groupe Bilderberg comme étant le pouvoir absolu et totalement secret de notre société. D’un côté, il est exact que cet organe où se concertent les plus grandes multinationales a davantage de pouvoir que les gouvernements et peut leur dicter les grandes orientations. De l’autre côté, le fait que les principaux capitalistes se concertent entre eux et tentent de s’entendre sur certaines questions ne supprime pas la concurrence acharnée que ces grandes multinationales se mènent également entre elles et qui les affaiblit.

Quand les principales banques US se voient infliger des amendes colossales, comme indiqué plus haut, et que Goldman Sachs écope de cinq milliards de dollars, il est difficile de croire que tout cela fait partie du grand complot tramé par Goldman Sachs qui serait le maître absolu du monde. Il faut rester sérieux. Cette amende est l’effet concret des contradictions entre les banques et les autres capitalistes, ceux-ci estimant que les banques leur ont fait du tort, voire ont mis l’ensemble du système en danger et qu’il faut donc faire la police.

La Première Guerre mondiale est bien la preuve que si les capitalistes peuvent en effet s’entendre sur certaines questions d’intérêt commun, ils peuvent aussi avoir entre eux des conflits totalement destructeurs et pas du tout planifiés. Certes, au départ, chaque camp souhaitait la guerre, espérant la gagner vite et pas cher. Cependant personne n’avait prévu qu’elle durerait aussi longtemps et que certaines puissances en sortiraient très affaiblies, voire détruites. L’Allemagne, récemment montée en puissance, exigeait : 1. L’Alsace-Lorraine, c’est-à-dire le charbon et l’acier. 2. Les Balkans comme voie stratégique vers l’Orient et le pétrole. 3. Les colonies africaines enfin dont elle estimait « ne pas avoir eu sa part ». La Grande-Bretagne et la France poursuivaient leurs propres objectifs impérialistes. L’idée que ces puissances auraient comploté ensemble est absurde[12].

Pour conclure sur ce point, un « complot global » est impossible car les capitalistes sont en concurrence entre eux. Ils peuvent s’entendre sur un ou plusieurs complots quand leurs intérêts convergent sur un point, dans une région ou pour abattre un dirigeant. Mais ils ne peuvent pas s’entendre sur un « complot global » car leurs intérêts divergent et que chacun veut abattre l’autre.

—————————————————————————

Analyse complotiste ou analyse stratégique ?

Fausse donc, cette vision du « capitalisme complot tout puissant » est dangereuse. Car elle donne l’impression que l’Histoire est faite non par la lutte entre les diverses classes et forces sociales dont chacune défend ses intérêts mais par une poignée de gens tout-puissants. Et donc cette vision décourage la résistance des victimes de ce système. Elle donne l’impression que les travailleurs et citoyens n’ont aucune chance de marquer des points. Or, toute l’histoire de la lutte ouvrière et citoyenne montre qu’il est tout à fait possible de se défendre et d’obtenir des progrès sociaux : interdiction du travail des enfants, limitation de la journée de travail (jusqu’à quinze heures/jour au 19ème siècle !), obtention de la Sécurité sociale (assurances contre le chômage, la maladie, l’accident de travail, la vieillesse), respect de l’hygiène et de la sécurité au travail. Toutes ces avancées ont été obtenues par des luttes ouvrières. Si les travailleurs européens d’aujourd’hui ont un certain niveau de vie, c’est grâce aux luttes de leurs parents et grands-parents, il ne faut jamais l’oublier. Surtout que les capitalistes veulent à présent reprendre tout ce qu’ils ont dû concéder.

Pour défendre ces conquêtes et pour obtenir de nouveaux progrès, il faut donc ne pas se laisser intimider par une prétendue toute puissance, occulte ou non, des patrons, mais au contraire les voir tels qu’ils sont : avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses. On doit, sans nier les difficultés, avoir confiance en ses propres forces. Le complotisme est une forme de défaitisme et au fond il fait le jeu des patrons et de l’exploitation.

Saïd Bouamama a bien expliqué l’opposition complète entre les deux modes de pensée : « La théorie du complot présente les événements politiquement signifiants comme le résultat d’une conspiration globale orchestrée en secret par un groupe social plus ou moins important. L’approche stratégique c’est-à-dire matérialiste analyse l’histoire comme le résultat de la lutte entre les groupes dominés (classes, minorités nationale et/ou ethniques, nations, femmes, etc.) et les groupes dominants basée sur une divergence d’intérêt matériel. » [13]

La différence est essentielle : l’analyse matérialiste (au sens d’une approche scientifique basée sur les faits matériels, observables et prouvables) montre comment il est possible de lutter en profitant des points faibles de l’adversaire. Tandis que le complotisme mène dans une impasse en ciblant de faux ennemis, généralement inatteignables.

Le complotisme ne permet pas de comprendre les guerres

En matière de guerre, il y a bel et bien des complots, on l’a vu. Mais là aussi il serait dangereux de croire que les grandes puissances réussissent tous les complots qu’elles préparent. Le complot réussit quand il y a dépolitisation et absence de mobilisation.  Il échoue quand la résistance des « victimes » est consciente et bien organisée. Les Etats-Unis ont été vaincus au Vietnam, le peuple palestinien résiste depuis plus de soixante ans, les Etats-Unis ont certes plongé l’Irak dans le chaos mais ils n’ont pas réussi à contrôler et exploiter ce pays comme Bush l’espérait, des coups d’Etat ont échoué en Bolivie, en Equateur, au Venezuela. Bref, le monde est une lutte entre des forces opposées, ce ne sont pas toujours les mêmes qui gagnent et beaucoup dépend de l’unité et de la conscience des populations. Leurs agressions et complots peuvent donc être mis en échec si la population a été bien préparée à résister. Ce qui commence par une bonne information sur la réalité des choses.

Et pour bien s’informer, il faut rompre consciemment et entièrement avec les deux fantasmes : le complotisme et la naïveté. Car nous nous trouvons face à deux dangers : voir des complots partout et voir des complots nulle part. La première théorie nous propose une explication bidon qui ne permet pas de comprendre la société, ni de la transformer. En cachant les vraies cibles, elle fait le jeu du pouvoir. La seconde théorie veut nous pousser à faire confiance aux dirigeants politiques qui nous diraient la vérité. Toutes deux sont des pièges parallèles.

Voir des complots partout ? Au lieu d’étudier soigneusement les mécanismes du capitalisme, le complotisme est une explication paresseuse que certains veulent imposer aux masses pour les empêcher de réfléchir et pour les manipuler. Souvent en vue de s’emparer du pouvoir. Hitler parlait du « grand complot judéo-bolchévique » et au début il tonnait, en paroles, contre les banques, mais il était payé par les grands banquiers et industriels allemands et toute son action les a servis[14].

Voir des complots nulle part ? Ceux qui ne voient de complots « nulle part » devraient alors à nous expliquer à quoi servent les services secrets ! Les vingt mille employés de la CIA sont-ils payés pour jouer aux mots croisés ou pour comploter ? C’est le moment de citer cette plaisanterie fort en vogue en Amérique latine : « Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de coup d’Etat aux Etats-Unis ? » Réponse : « Parce que c’est le seul pays où il n’y pas d’ambassade des Etats-Unis ! ».

Et quand la NSA espionne le monde entier, vous croyez que c’est juste contre le terrorisme ou pour aider secrètement les entreprises US à affaiblir leurs rivales étrangères ? La théorie de la naïveté, franchement, ne vaut pas mieux que la théorie du complot !

Finalement, comment arriver à une vision objective de l’Histoire et des conflits actuels? A mon sens, il faut dire qu’il y a eu des complots dans l’Histoire, assez bien même (pensons aux nombreux coups pour remplacer un dirigeant par un autre), mais qu’ils ne font pas l’Histoire, ils n’en constituent pas l’essence. Ils ne sont qu’un moyen parmi d’autres pour défendre des intérêts.

—————————————————————————

  1. Pourquoi certains parlent-ils tant de « théorie du complot » ?

Alors, si je dénonce clairement le complotisme, pourquoi certains m’accusent-ils quand même d’être un « complotiste » ? Et suis-je le seul ?

En fait, pas du tout, dès que quelqu’un critique la politique internationale des Etats-Unis, de la France ou d’Israël, en montrant son caractère global, il se voit accusé de « théorie du complot ».

Voici une petite liste (très incomplète) des “diabolisés” : Ziegler, Chavez, Castro, Le Grand Soir, Lordon, Ruffin, Kempf, Carles, Gresh, Bricmont, Bourdieu, Morin, Mermet, Boniface, Enderlin, Cassen, Siné, Bové, Péan, Godard, Jean Ferrat, Seymour Hersh, Wikileaks, et même des analystes juifs : Hessel, Chomsky, Finkelstein.

En fait, c’est très pratique. Vous n’avez pas d’arguments à opposer aux faits avancés ? Alors, traitez simplement vos adversaires de « complotistes », et le tour est joué : plus besoin d’argumenter sur les faits, plus besoin de réfuter les preuves ! La « théorie du complot », c’est le truc de l’avocat qui sait que son dossier est pourri.

J’en ai eu personnellement la preuve quand j’ai débattu avec Henri Guaino (auteur des discours de Sarkozy). J’exposais concrètement les crimes de ses amis des multinationales françaises au Mali et au Niger. N’ayant rien à répondre, tout ce qu’il a trouvé à sortir, c’est « théorie du complot » ! [15]

Nous avons vu que « théorie du complot » était au départ un concept progressiste développé par Hofstadter pour rendre compte des délires et fantasmes de la pensée d’extrême droite. Malheureusement, selon une méthode assez typique, il fut ensuite récupéré et manipulé par la CIA à partir de 1963. Il s’agissait alors de discréditer ceux qui demandaient une véritable enquête sur l’assassinat du président Kennedy : par un homme seul ou bien par une conspiration ? Et depuis lors, « théorie du complot » est constamment utilisé par les responsables des Etats-Unis pour discréditer les critiques et refuser de débattre sur les faits. Car le meilleur moyen de manipuler, de diviser et de battre les progressistes, c’est d’utiliser et détourner leurs propres arguments, tant les idées conservatrices sont en soi inconsistantes.

Si ça se limitait à cela, ce ne serait pas un si grand problème. Mais ces dernières années a été relancée dans les médias et sur Internet une campagne systématique contre certains analystes arbitrairement étiquetés « complotistes ». A partir de quand ? A partir du massacre de Gaza, en janvier 2009, quand Israël se retrouva de plus en plus critiqué et isolé dans l’opinion publique internationale.

Cette campagne ne tombe pas du ciel. Enfin un peu quand même : disons, du sommet de l’Etat. Aux USA, le site officiel du Département d’Etat brode pas mal sur le thème « complotisme et antisémitisme ». De même, en France, après Sarkozy, le président Hollande a exploité le filon devant le lobby pro-Israël du CRIF :

« L’antisémitisme a changé de visage. (…) aujourd’hui, il se nourrit aussi de la haine d’Israël. Il importe ici les conflits du Moyen Orient. Il établit de façon obscure la culpabilité des juifs dans le malheur des peuples. Il entretient les théories du complot qui se diffusent sans limite. Celles même qui ont conduit au pire. Nous devons prendre conscience que les thèses complotistes prennent leur diffusion par internet et les réseaux sociaux. Or nous devons nous souvenir que c’est d’abord par le verbe que s’est préparée l’extermination. Nous devons agir au niveau européen et même international pour qu’un cadre juridique puisse être défini et que les plateformes internet qui gèrent les réseaux sociaux soient mises devant leurs responsabilités, et que des sanctions soient prononcées en cas de manquements. »[16]

Confondant avec mauvaise foi l’antisémitisme (racisme anti-juifs) et l’antisionisme (refus du colonialisme israélien, c’est-à-dire d’un Etat théocratique reposant sur une discrimination ethnique, bref un Etat complètement antidémocratique), le président Hollande criminalise ceux qui sont solidaires des Palestiniens. Il les assimile carrément aux nazis et cherche en fait à nous interdire de parler contre la politique d’Israël. La thèse « théorie du complot » prépare donc une très grave attaque contre la liberté d’expression.

Toujours proche de l’Elysée, Bernard-Henri Lévy emboîte évidemment le pas en accusant « cette maladie moderne qui s’appelle le complotisme »[17] et en organisant un « débat » en 2012 contre « le conspirationnisme ». Comme le fit remarquer un spectateur, aucun contradicteur ne fut invité. Cet homme qui jouit d’une énorme fortune, accumulée sur le dos de travailleurs africains du bois, mal payés, mal soignés et carrément volés par sa société familiale, se permet de donner au monde entier des leçons de dignité humaine et de rigueur de pensée.

—————————————————————————

Des lobbyistes manipulant les textes

Alors est-ce un hasard si les politiques fuient tout débat contradictoire et s’ils sont remplacés par quelques pseudo-journalistes proches d’Israël et des néo-cons US ? Dans ce lobby d’un nouveau genre, on retrouve Caroline Fourest, Rudy Reichstadt et Ornella Guyet. Tous trois ont coopéré avec des think tanks de droite radicale, US ou français[18].

Faut-il alors s’étonner que Caroline Fourest me traite de « complotiste », Rudy Reichstadt de « conspirationniste » et Ornella Guyet (souvent cachée sous divers pseudos antifascistes) de « confusionniste » ? Tiens, pourquoi a-t-elle sorti ce curieux concept ? Parce qu’elle se rendait compte que les autres accusations ne tenaient pas debout ? Pour faire preuve d’originalité ? L’explication est peut-être plus simple : personne ne comprend ce terme qui ne veut rien dire, et dès lors comment voulez-vous réfuter un concept aussi… confus ? C’est pratique.

Les manipulations et les sources d’extrême droite de ce trio ont été exposées très clairement par divers critiques : Fourest ici[19], Reichstadt et son site Conspiracy Watch ici[20] et Guyet, démasquée par Le Grand Soir, Acrimed et Le Monde Diplomatique, ici[21]. Ces obsédés de la théorie du complot ont en commun deux caractéristiques :

Première caractéristique : la manipulation des textes. Ils ne cherchent pas la vérité mais cachent ou déforment systématiquement mes textes qui gênent leurs thèses. Ou alors ils me prêtent des amitiés avec des gens que je ne soutiens pas (et parfois même ne connais pas !), espérant ainsi salir en amalgamant. Tout ceci n’a rien à voir avec le journalisme dont ils se réclament, ce sont en fait des procureurs acharnés qui enquêtent toujours à charge et écartent tout ce qui contredit leurs accusations. Ce ne sont pas des journalistes, mais des lobbyistes.

Ils se comportent ainsi avec toutes leurs « cibles ». D’une façon si malhonnête que Pascal Boniface leur a consacré un livre : « Les intellectuels faussaires ». Comme l’a indiqué François Ruffin (mensuel Fakir, également diabolisé), les diaboliseurs appliquent une recette malhonnête : « D’abord caricaturer à l’extrême de façon à donner une image simpliste de l’adversaire. Puis conclure, du soi-disant « simplisme » de ces « néo-gauchistes » à leur prétendue adoption généralisée de la théorie du complot. »[22].

Deuxième caractéristique : la lâcheté. Les diaboliseurs refusent soigneusement de débattre avec ceux qu’ils diabolisent. Voilà qui est surprenant : ils se désolent qu’un large public sombre dans le complotisme en étant influencé et manipulé par des gens comme moi. Mais chaque fois que je leur ai proposé un débat contradictoire et publié sur mon site Investig’Action, ce qui leur aurait donné une chance extraordinaire de faire revenir au bercail toutes ces brebis égarées, ils ont lâchement refusé. Pourquoi ? La seule explication est qu’ils savent qu’ils mentent, ils savent que leurs arguments reposent sur des falsifications de textes.

Le débat sur le complotisme est un faux débat agité pour faire diversion. La vérité est beaucoup plus simple : dans les luttes sociales comme dans les luttes Nord – Sud, dominants et dominés élaborent des stratégies pour l’emporter, c’est tout à fait normal. Ces stratégies comportent des combats idéologiques, des affrontements ouverts et aussi des complots. Tout ne se ramène pas aux complots mais ils font partie de la stratégie de lutte. En accusant de « complotisme », on veut décourager de dénoncer les stratégies néocoloniales et guerrières.

Reste une question : pourquoi dépenser tant d’énergie à diaboliser ? Faire changer d’avis ceux qui me lisent ? Impossible : ils savent que j’ai écrit exactement le contraire de ce qu’ils m’attribuent. Mais alors quel est le véritable objectif des diaboliseurs ? Il s’agit de faire peur à ceux qui ne me connaissent pas. Il s’agit de dresser un mur entre les gens qui se posent des questions sans avoir les moyens d’y répondre et nous qui apportons des réponses avec des faits concrets. Il s’agit de rabattre les hésitants vers la version officielle. Ridiculiser les citoyens qui mettent en doute la version officielle, marteler que le pouvoir est honnête malgré ses défauts et qu’il ne faut ne pas se poser de questions : à qui cela profite-t-il ?

Pour le comprendre, il ne faut pas se limiter à parcourir telle ou attaque circulant en boucle sur le Net mais il faut absolument regarder l’ensemble de ce que ces gens ont écrit. Afin de comprendre dans quel camp ils se rangent et où ils veulent nous embarquer.

—————————————————————————

Caroline Fourest : une complotiste ?

Prenons le cas de Fourest. Parmi les médias qui la citent complaisamment comme « experte du complotisme », lequel ira creuser un peu et signaler l’article qu’elle a publié dans le Wall Street Journal (journal patronal des Etats-Unis), article intitulé « La Guerre pour l’Eurabie »[23] ? Selon Fourest, l’Europe serait en train d’être envahie par les Arabes. Manipulés par l’islamisme, ces immigrants incapables de s’intégrer représenteraient une menace pour la démocratie. Au point que Londres serait devenue « Londonistan ».

Cette thèse délirante, elle l’a recopiée directement de trois idéologues d’extrême droite. L’un s’appelle Norman Podhoretz, c’est un auteur US qui a constamment mené campagne pour bombarder l’Iran : « principal foyer de l’idéologie islamo-fasciste contre laquelle nous nous battons depuis le 11 septembre »[24]. Une autre source est Daniel Pipes, autre idéologue US d’extrême droite, auteur de La Menace de l’Islam, s’est notamment signalé en soutenant le xénophobe hollandais Geert Wilders.

Mais la créatrice originelle du terme Eurabia, c’est  Bat Ye’or, essayiste britannique porte-parole du lobby pro-Israël. Voici comment est présenté son livre « Eurabia – L’axe euro-arabe » : « Depuis plus de trois décennies, l’Europe planifie avec les pays de la Ligue arabe la fusion des deux rives de la Méditerranée. Par le « Dialogue euro-arabe », elle a développé une structure d’alliances, et souvent d’allégeances, avec le monde arabe. Elle sacrifie son indépendance politique tout comme ses valeurs culturelles et spirituelles en échange de garanties (quelque peu illusoires) contre le terrorisme et d’avantages économiques que lui dispensent les pays arabes. Si ces derniers fournissent à l’Europe des hydrocarbures, s’ils lui offrent des marchés, ce n’est pas sans lui imposer des contreparties : ils exigent d’elle une ouverture sans cesse accrue à leur culture, à leur langue, à leur religion – l’islam -, à leurs émigrants, qu’ils veulent toujours plus nombreux. Ils arrachent aux pays d’accueil des conditions visant à maintenir ces émigrants dans leur culture d’origine au lieu de faciliter leur intégration. Enfin l’alliance euro-arabe se base sur une politique commune hostile à Israël et aux Etats-Unis. C’est une stratégie de subornation de l’Europe qui est ainsi mise en œuvre par les pays arabes, avec l’active complicité des instances dirigeantes européennes : la Commission européenne pilote un puissant dispositif financier servant cette politique ; elle a déployé une immense toile médiatique fabriquant le « politiquement correct eurabien » ; elle a enrégimenté les institutions scolaires et universitaires, et parfois même les Eglises, dans cette entreprise de dénaturation de l’identité européenne ».

 Résumons cette thèse Eurabia : les pays arabes appliquent un plan secret d’islamisation de l’Europe et les élites européennes sont complices. Si ça n’est pas une théorie du complot, nous sommes le Pape ! Il est donc étonnant de constater que les médias si élogieux sur Fourest se taisent complètement sur ce concept Eurabia, clé de voute de sa « pensée ». Pourtant, une analyse rapide permet d’y retrouver tous les critères permettant de définir une théorie complotiste selon Hofstadter : 1. La conspiration dure depuis plusieurs décennies. 2. Allégeance à une puissance étrangère (le monde arabe). 3. L’Europe sacrifie ses valeurs. 4. Les Arabes imposent leur langue, leur religion et leurs valeurs. 5. L’axe euro-arabe est hostile à Israël et aux Etats-Unis. 6. Les dirigeants européens laissent faire ou sont complices. 7. Tout cela constitue une entreprise pour dénaturer l’identité européenne.

Le problème ne se limite pas à Fourest. Le site Conspiracy Watch est aussi érigé en « expert » du complotisme par certains médias, lesquels oublient de mentionner que Reichstadt y recopie les thèses les plus racistes des néocons US et israéliens.

Leur père spirituel, Pierre André Taguieff, est souvent présenté comme un penseur, grand théoricien du conspirationnisme. En réalité Taguieff a grossièrement contrefait la grille d’analyse de Richard Hofstadter, en la fusionnant au prêche islamophobe et belliqueux de Daniel Pipes et Bat Ye’or. De 2009 à 2013, Taguieff a publié ses nombreuses « analyses » sur le site dreuz.info. Ce site islamophobe d’extrême droite voit en Obama un « antisémite », qui nommerait un peu partout des « frères musulmans », ce qui serait normal vu son second prénom « Hussein » [25]. On voit le niveau, et ces gens-là nous donnent des leçons sur ce qu’est le complotisme !

Ainsi, Lévy, Fourest, Reichstadt, Guyet se sont instaurés en une véritable police de la pensée unique. Pour étouffer tout questionnement. A travers nous, ce qu’ils attaquent c’est en fait le droit de tous les citoyens de s’informer librement. Evidemment, quand on voit leurs méthodes de faussaires, on doit vraiment se demander pourquoi tant de médias les recopient complaisamment alors que ces accusations ne tiennent pas debout ? Dans quel intérêt ? Ceci nous amène à notre dernière question…

—————————————————————————

  1. Les médias font-ils le jeu du complotisme ?

Cette question pourra sembler bizarre puisque les médias dominants ne cessent de mettre en garde contre le complotisme. Mais peut-être faut-il y regarder de plus près ? Certains journalistes aiment à se moquer du public qui serait porté à « croire n’importe quoi sur Internet » et à tomber dans le complotisme. Ce sentiment de supériorité me semble déplacé. Pour deux raisons.

Première raison : ces « grands journalistes » ne sont-ils pas eux-mêmes tombés dans de nombreuses théories du complot ?

– En Roumanie, en décembre 1989, ils annoncent un charnier de 4.632 victimes des émeutes, tués par balles ou éventrés à la baïonnette. « Horrible charnier des victimes des manifestations de dimanche », affirme Le Monde. « Boucherie » titre Libération, « Chambres de torture où, systématiquement, on défigurait à l’acide les visages des dissidents et des leaders ouvriers », révèle El Pais. « Ceaucescu, atteint de leucémie, aurait besoin de changer son sang tous les mois », explique le scientifique TF1. En fait, ce grand complot de Ceaucescu n’a jamais existé comme nous l’expliquions dès ces « révélations » et comme les grands médias ont dû le reconnaître deux semaines plus tard [26]. Le charnier était totalement bidon.

– En 1990, ces mêmes médias annoncent que Saddam Hussein dont les troupes ont envahi le Koweit a fait voler toutes les couveuses d’une maternité à Koweit-City, condamnant les bébés à une mort atroce. Bidon aussi.

– En 1999, ils justifient les bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie par l’existence d’un « Plan Fer-à-Cheval » serbe pour vider le Kosovo de ses habitants albanais. Ce complot n’existait que dans l’imagination fertile des conseillers com du ministre allemand de la Guerre Rudolf Scharping.

– En 2003, l’invasion de l’Irak est justifiée par le fait que Saddam Hussein cacherait des armes de destruction massive (chimiques et biologiques) pouvant nous menacer. Bidon encore.

– En 2011, le bombardement de la Libye est justifié par le fait que Kadhafi prévoirait d’exterminer les populations résistantes et aurait déjà massacré six mille personnes en quelques jours. Bidon toujours.

Et on pourrait ajouter de nombreux autres exemples. Bref, ces grands médias donneurs de leçons sont tombés dans tous les pièges de la propagande de guerre des trente dernières années. Pire : ils ont censuré nos infos quand nous donnions l’alerte. Bref, on peut se demander qui doit prendre des leçons de vigilance.

Deuxième raison pour être moins arrogant : en continuant à défendre bec et ongles la version officielle sur les guerres, en refusant de critiquer leurs propres erreurs et en refusant tout débat public sur la fiabilité de l’info, les médias dominants ne créent-ils pas eux-mêmes ce réflexe de méfiance généralisée dont ils souffrent aujourd’hui ?

  • Quand les revues stratégiques des USA, ou d’autres puissances occidentales (Stratfor, Rand Corporation, Foreign Affairs, etc.) exposent une version totalement contraire à ce qu’on raconte à l’opinion publique, pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? Un seul exemple, Georges Friedman, directeur de Stratfor (proche du Pentagone) : « Les événements du début 2014 en Ukraine (furent) le coup d’Etat le plus flagrant de l’histoire. » «  Tout le Maïdan (…) Les USA ont ouvertement soutenu les mouvements pour les droits de l’homme, y compris financièrement (…) Les Russes n’ont pas compris ce qui se passait » « Les USA ne cherchent pas à « vaincre » la Serbie, l’Iran ou l’Irak, il leur faut y répandre le chaos, de façon à empêcher ces pays de devenir trop forts. »[27] Quand nous on écrit la moitié de ça, on se fait traiter de complotiste !
  • Quand Obama affirme lui-même : « Le leadership américain implique de forcer la main des Etats qui ne font pas ce que nous voulons qu’ils fassent. (…)Les Etats-Unis comptent sur la force militaire et d’autres leviers pour atteindre leurs buts. (…) Nous sommes le plus grand, le plus puissant pays sur terre. Nous acceptons cette responsabilité. Mon administration est très agressive dans ses efforts pour essayer de résoudre les problèmes. » [28], on aimerait que les médias nous expliquent si Obama est aussi un complotiste ?
  • Quand les emails d’Hillary Clinton confirment ce que nous disions dès le départ, à savoir que le but de Sarkozy était de faire main basse sur le pétrole et l’or libyens, on aimerait que les médias nous expliquent si Clinton est aussi une complotiste ?

Selon moi, ces deux raisons (tomber soi-même dans des théories du complot et refuser le débat) font que les médias dominants sont eux-mêmes responsables de la montée du sentiment complotiste. Les gens ont de bonnes raisons de se méfier, ils ont été tant de fois bernés, et tant d’innocents ont été tués à cause de ces médiamensonges ! On dira que les journalistes n’en sont pas eux-mêmes responsables, que cela provient de conseillers en com et en manipulations ? Sans doute, mais alors pourquoi ne pas lancer une grande enquête et un débat sur ces manipulations ? Ne faudrait-il pas mettre les gens en garde contre la propagande de guerre qui se répète à chaque fois ? Les traiter en adultes ?

En refusant de le faire, en continuant à informer comme si on nous disait toujours ou presque toujours la vérité, les médias poussent les gens à chercher l’explication ailleurs. Et vu qu’il n’y a malheureusement pas d’éducation aux médias dans les écoles, il est alors inévitable qu’une partie de ce public méfiant tombe dans les fantasmes répandus sur Internet.

Mais si les journalistes se méfiaient un peu plus, on n’aurait pas le coup des armes de destruction massive à chaque guerre. Bref, les médias ne sont pas innocents, ils sont les premiers responsables de ce qu’ils déplorent sans l’analyser sérieusement et sans se remettre en question. A mes yeux, le complotisme est l’enfant non reconnu des médias dominants.

—————————————————————————

La seule profession qui ne fasse jamais d’erreurs ?

Lancer à tout bout de champ l’étiquette « complotiste » me paraît un aveu d’impuissance du journaliste qui craint d’engager un débat démocratique sur la façon dont l’info peut être manipulée d’en haut. Malheureusement, il semble qu’il soit interdit à certains journalistes d’avouer qu’ils se sont trompés ou ont été trompés. Comme si cette profession était la seule à ne jamais commettre d’erreurs.

En réalité, quel journaliste ne s’est jamais trompé ? Mais les autocritiques sont rarissimes. On ne peut pas risquer de faire baisser l’audimat et perdre des recettes publicitaires ? Il semblerait que les médias appliquent la recette négationniste de Manuel Valls refusant d’analyser les causes, c’est l’eurojihadisme « Expliquer, c’est déjà un peu excuser »[29]. Pratique !

On ne débat pas ! Ainsi, quand l’hebdomadaire L’Express – Le Vif consacre un dossier au conspirationnisme, une « experte » en com, Aurore Vande Winkel, y recommande de ne jamais inviter les « complotistes » à l’écran. Même pour les réfuter car, « s’ils le faisaient, ils en « contamineraient » (sic) d’autres. Ce que les médias doivent faire, c’est donner la parole à des experts extrêmement pointus qui démonteront leurs arguments un par un. (…) Il faut prioritairement rétablir la confiance de la population dans les gouvernements et les médias »[30]. Ici, n’est-ce pas le tiroir-caisse qui parle ? Et quel mépris pour les gens, supposés incapables de se faire leur opinion par eux-mêmes entre deux points de vue ! Mais, service public ou service privé, les gens vous paient pour les informer correctement, pas pour répéter les communiqués des autorités !

Le mépris, Henri Maler (Acrimed) le considère comme une défaillance grave des médias dominants : « Trop rares sont les enquêtes journalistiques qui (…) dans les grands médias, ne se bornent pas à dénoncer des « cerveaux malades » et tentent de répondre à des arguments réputés « conspirationnistes » en s’adressant à de vastes publics qui doutent. Les explications journalistiques, quand elles existent, sont diffusées par des médias dont l’audience reste limitée. Voir du conspirationnisme partout interdit aux journalistes de lui faire face quand il est avéré. » Et il propose une autre méthode : « À ces défaites du journalisme, un seul remède : un peu moins d’imprécations et un plus de journalisme ! »[31]

Le philosophe Laurent Paillard pense aussi qu’il faut absolument débattre sur les infos : « La critique des médias inspirée de la sociologie est le meilleur antidote à la théorie du complot. Elle montre en effet que l’absence de pluralisme est l’effet d’une logique de classe et pas le résultat d’un pacte secret. »[32]

Logique de classe ? Le manque d’objectivité des médias dominants et leur soumission à l’ordre établi nécessitent en effet des analyses sociologiques dont Herman et Chomsky ont brillamment montré l’exemple dans Manufacturing Consent (La Fabrication du Consentement) en 1988 [33]. Les contenus médiatiques sont influencés par quatre grands facteurs : propriété des médias (aux mains du 1%), publicité envahissante des multinationales (idem), liaisons entre pouvoirs économiques, politiques et médiatiques (idem), et enfin domination – consciente ou non – de l’idéologie dominante (aussi celle du 1%).

On ne développera pas ici cette analyse que nous avons menée ailleurs. Mais il convient de réfuter l’idée que tout le problème viendrait du manque de temps dont les journalistes disposent pour bien travailler. Certes, il y a la pression du « toujours plus vite ! », mais elle n’explique pas tout. Il faut distinguer deux catégories. On a d’un côté les journalistes (la grande majorité) à qui leur patron ne laisse pas le temps de bien travailler, vérifier, recouper, enquêter. Ceux-là, on ne peut que les plaindre : dans l’info-marchandise (c’est-à-dire l’info support de pub), il n’est pas « rentable » de pratiquer la rigueur qu’on leur avait enseignée dans (certaines) écoles de journalisme.

Mais de l’autre côté, on a aussi le journaliste qui fait ses choix politiques, consciemment, aux côtés du 1%, et qui se prend pour Dieu-je-sais-tout. Par exemple, sur Arte, voici comment Daniel Leconte a introduit une grande soirée censée démasquer les complotistes : « On croyait tout savoir. Eh bien, paraît-il qu’on avait tort.[34] « Tout savoir », c’est ça votre définition du bon journaliste ?! Mais n’est-ce pas exactement le contraire ? Chercher et creuser ce qu’il ne sait pas pour bien nous l’expliquer ? En fait, Leconte ne manque pas de temps, il manque de dignité.

Le même mépris du citoyen spectateur se retrouve chez Fourest. Voici comment en février 2013, elle présentait son émission « Les obsédés du complot » sur France 5 : « Ils voient des complots partout et ont fait de la manipulation par les médias leur unique grille de lecture du monde et de l’actualité. Ce sont les « obsédés du complot », ces tribus d’internautes soumis à des mercenaires de la propagande passés maîtres dans l’art de désinformer pour radicaliser les identités et discréditer la démocratie en même temps que la presse. » Admirez les divers trucs…

  • Des « tribus d’internautes » : des sauvages au fond, mais heureusement, une anthropologue n’écoutant que son courage va nous délivrer !
  • Des « internautes soumis ». Incapables donc de réfléchir par eux-mêmes.
  • « Manipulés » par « des mercenaires ». Bien sûr, Fourest ne cite pas de noms ici pour éviter un procès qu’elle perdrait. Juste, elle insinue que les gens qui n’adorent pas la politique de Washington ou de Tel-Aviv sont forcément payés. Des traîtres, on vous dit.
  • Traîtres à quoi ? « A la démocratie ». Qui, comme chacun le sait, fonctionne admirablement, les citoyens étant tous enchantés qu’on écoute si bien leurs besoins.
  • Et traîtres aussi envers « la presse ». Qui, chacun le sait aussi, n’a cessé de dire la vérité sur toutes les guerres. Fourest se gardera bien de dire qui la paie pour répandre ses bobards.

Fourest ne travaille pas comme journaliste, mais comme lobbyiste. Elle ne cherche pas la vérité, mais le rôle de chien de garde. Alors, quand on nous balance cette étiquette « obsédés du complot », il faudra toujours se demander qui parle, quels sont ses antécédents, quels intérêts il ou elle défend. Il faudra toujours dépasser le jeu des étiquettes, vérifier les textes et analyser le fond des dossiers. Se faire son opinion par soi-même, ne croire personne sur parole.

 

Conclusion

Résumons notre analyse :

  1. Oui, les complots existent. Dans l’économie, dans la politique, dans les guerres.
  2. Mais ils ne constituent pas l’explication essentielle du fonctionnement de notre société. Le complotisme est une impasse qui empêche de comprendre.
  3. Les obsédés de la « théorie du complot » font ainsi diversion pour cacher leur absence d’arguments.
  4. Les médias, en refusant le débat sur leurs manquements, font le jeu du complotisme.

Investig’Action, par contre, travaille à proposer des explications qui ne soient pas simplistes, mais objectives. Prendre en compte la complexité des situations, en extraire les intérêts essentiels qui s’affrontent, éclairer les méthodes de désinformation qui cachent ces intérêts. Et exposer tout cela simplement dans un langage accessible à tous. Parce que la vérité est au service des gens.

Michel Collon.

Source: Investig’Action

___________________
Notes:

[1] La responsabilité de la CIA a été décrite dans un rapport interne The Battle for Iran vers 1975, établie par James Risen (New York Times) en 2000 et finalement reconnue en… 2009 par Obama dans son Discours du Caire :  « The United States played a role in the overthrow of a democratically elected Iranian government. »

[2] William Colby, directeur de la CIA (1973 à 1976) a reconnu que la CIA avait dépensé sept millions $ sur injonction de Kissinger pour « alimenter un climat propice au coup d’État ». 30 ans de CIA, 1978.

[3] Interview au Nouvel Observateur, 15 janvier 1998.

[4] Interview Democracy Now, 2 mars 2007.

[5] http://www.independent.co.uk/news/uk/politics/tony-blair-and-iraq-the-damning-evidence-8563133.html

[6] Michel Collon, Israël, parlons-en!, Investig’Action, 2010, p 348.

[7] Michel Collon, Je suis ou je ne suis pas Charlie ?, Investig’Action, 2015, p. 232.

[8] Observatoire du néo-conservatisme, Hoftstadter et les théories du complot, https://anticons.wordpress.com/tag/hofstadter/

[9] https://anticons.wordpress.com/2015/04/28/theorie-du-complot-comment-le-best-seller-de-richard-hofstadter-le-style-paranoiaque-fut-detourne-par-les-neo-conservateurs-12/

[10] http://www.liberation.fr/futurs/2013/12/04/cartel-des-taux-l-ue-inflige-17-milliard-d-euros-d-amendes-a-8-banques_964103

[11] Monthly Review (USA), mais 1949.

[12] Michel Collon et Denise Vindevogel, 14-18, on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels (vidéo), http://www.michelcollon.info/14-18-On-croit-mourir-pour-la.html

[13] https://bouamamas.wordpress.com/2016/01/01/de-lesprit-du-11-janvier-a-la-decheance-de-la-nationalite-chronique-dune-annee-de-regression-culturaliste/

[14] Jacques Pauwels, Big business avec Hitler, Aden, Bruxelles, 2013. Kurt Gossweiler, Hitler, L’irrésistible ascension ?, Aden, 2006.

[15] Ce Soir ou jamais, https://www.youtube.com/watch?v=7a0VHV6_7os

[16] http://www.lepoint.fr/societe/au-memorial-de-la-shoah-hollande-pourfend-la-theorie-du-complot-et-le-negationnisme-27-01-2015-1899969_23.php

[17] www.bfmtv.com/international/bhl-victime-du-complotisme-en-tunisie-844100.html

[18] Fourest : Aussi avec le PDG de Total en mars 2012 et à Tel-Aviv http://www.ojim.fr/portraits/caroline-fourest/. Guyet : http://www.upr.fr/actualite/upr-parti-politique/qui-veut-nuire-a-lupr-dr-jekyll-mrs-hyde-lantifasciste-boutoleau-et-la-tres-americanophile-professor-guyet

[19] Lien Lettre à Karim Fadoul. Voir aussi mon livre, Je suis ou je ne suis pas Charlie, chapitre 9. LIEN

[20] https://anticons.wordpress.com/2013/09/09/rudy-reichstadt-opportuniste-neo-conservateur/

[21] http://www.legrandsoir.info/analyse-de-la-culture-du-mensonge-et-de-la-manipulation-a-la-marie-anne-boutoleau-ornella-guyet-sur-un-site-alter.html Voir aussi : http://free.niooz.fr/ornella-guyet-l-archetype-de-la-desinformation-anticons-observatoire-du-neo-conservatisme-4198539.shtml

[22] François Ruffin, L’air du soupçon, Fakir, 10 septembre 2013.

[23] http://www.wsj.com/articles/SB110729559310242790

[24] The Case for Bombing Iran, andrynoss.net, jiuin 2007.

[25] http://www.dreuz.info/2009/06/08/article-32392664/ http://www.dreuz.info/2015/09/29/barack-obama-nest-pas-musulman-mais-comme-il-les-aime-regardez-sa-nouvelle-trouvaille

 

[26] Solidaire (Belgique), 10 janvier 1990.

[27] Kommersant, 19 décembre 2014.

[28] Barack Obama « National Security Strategy », USA 2015.

[29] https://jeanyvesnau.com/2016/01/11/manuel-valls-expliquer-cest-deja-vouloir-un-peu-excuser-comment-faut-il-entendre-le-premier-ministre/

[30] L’Express – Le Vif, 6 février 2015.

[31] www.acrimed.org/Journalisme-contre-complotisme-des-imprecateurs-qui-se-prennent-pour-des

[32] « Opération Correa : un film antidote à la théorie du complot », Laurent Paillard, Les ZIndigné(e)s no 24)

[33] Voir aussi notre Attention, médias!, 1992 (épuisé).

[34] http://www.acrimed.org/Arte-et-la-theorie-du-complot-une-emission-de-propagande-de-Daniel-Leconte

Source : http://www.investigaction.net/complotiste-moi

[Scandale : Al Capone nomme et paie ses juges] « IMPUNITÉS, une justice à deux vitesses » : Vincent Le Coq nous explique en détail (preuves à l’appui) comment les politiciens les plus influents maîtrisent les magistrats (!) en maîtrisant leur carrière

Il y a quelques jours, j’ai reçu à la maison un homme passionnant.

Il s’appelle Vincent Le Coq, il a été avocat pendant 10 ans de sa vie, il enseigne le droit public depuis 2000, mais il est surtout devenu un puits de science à propos des différents moyens pour les politiciens de n’avoir, le plus souvent, rien à craindre des magistrats (!).
Scandale absolu.
Anatomie de graves perversions institutionnelles.

Nous n’avons pas de constitution : une constitution digne de ce nom ne permettrait JAMAIS les incroyables IMPUNITÉS et injustices que Vincent Le Coq décrit (très précisément) dans son dernier livre (je vous parlerai plus tard de ses autres livres, bien gratinés également) :


http://www.nouveau-monde.net/livre/?GCOI=84736100615560

Je trouve ce livre facile à lire, passionnant, bien documenté et précisément sourcé, page après page. Le réquisitoire est sévère.

Vincent m’apprend que, sur les quelque 6 000 magistrats du pays, une centaine seulement sont nommés aux postes décisifs (ceux qui décident si les jugements auront lieu ou pas), et ils sont nommés par l’exécutif, c’est-à-dire par les politiciens les plus influents qui sont déjà parvenus aux manettes du pouvoir et pour lesquels le risque de corruption (par les plus riches) est le plus intense. Comme dit Vincent, c’est comme si Al Capone choisissait et payait ses propres juges (avec de l’argent public, en plus).

Vincent est intarissable, c’est un dictionnaire vivant des affaires politico-judiciaires ; il n’arrête pas de donner de multiples exemples pour chaque turpitude dénoncée. Il faudra absolument tourner des vidéos avec lui.

Bien sûr, dès notre première rencontre, on a fait très vite… un atelier constituant 🙂
Je relis mes notes prises à la hâte, et j’y trouve :

Article x : Le Conseil National de la Magistrature (CSM) est composé d’un cinquième de magistrats, d’un cinquième d’avocats et de professionnels du droit, tous tirés au sort sur leurs listes professionnelles pour 5 ans non renouvelables, et de trois cinquièmes de simples citoyens, eux aussi tirés au sort sur les listes électorales pour x ans.

Le CSM est chargé de l’avancement et de la discipline des magistrats, en promouvant les bons magistrats et en sanctionnant ou révoquant les mauvais.

La fonction de juge est rigoureusement incompatible avec la participation à une société dont les membres se jurent secrètement et à vie fidélité et assistance mutuelle (francs-maçons ou autres).

 
Il me semble que Vincent Le Coq est à un citoyen à faire connaître et à protéger, comme d’autres lanceurs d’alerte, tels Philippe Pascot et Olivier Berruyer (modestes, ils ne me laisseraient pas les qualifier ainsi, mais je fais ce que je veux 🙂 je les trouve admirables).

J’ai demandé à Vincent de nous rédiger une tribune, une sorte de résumé pour comprendre en quelques mots l’intérêt de son livre pour tous les citoyens.

Voici son texte :

« IMPUNITÉS, une justice à deux vitesses »

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir ». Cela, on le sait depuis Jean de La Fontaine. Plus près de nous, en pleine audience correctionnelle au lendemain de la loi d’amnistie de 1990 un ténor du barreau de Marseille avait demandé au tribunal : « Dites-nous une fois pour toutes au-dessous de quelle somme on va en prison ».

Mais comment- techniquement- les magistrats s’y prennent-ils pour écrire qu’une chose est son contraire ? Comment parviennent-ils à déclarer qu’un homme politique pris les deux bras dans la bassine de confiture est innocent dans le strict respect des formes qui gouvernent la procédure pénale ? C’est à cette question qu’Impunité Une justice à deux vitesses tente de répondre.

Pour bénéficier de l’effet de légitimation du droit, le procès pénal intenté à un homme politique doit en effet scrupuleusement préserver les formes de la procédure pénale dont chaque étape est consciencieusement pervertie.

On ne peut évidemment concevoir de procès à défaut d’infraction. Mais un fait peut être ou ne pas être une infraction, selon l’appréciation du magistrat.

Au lendemain du dépôt de bilan de la compagnie aérienne privée Euralair, l’enquête avait démontré que Bernadette Chirac avait effectué six déplacements gratuits, notamment dans son fief corrézien, pour un montant total de 47 000 euros environ. En termes strictement juridiques, ces voyages sont autant de recels d’abus de bien social. Bernadette Chirac épouse du président de la République, qui n’est donc protégée par aucune immunité, semble destinée à comparaître en correctionnelle. Mais c’est sans compter sur les ressources de l’enquête préliminaire, verrouillée par le parquet de Paris, lequel est directement soumis au ministre de la Justice, lui-même placé sous l’autorité du mari de Madame. L’enquête préliminaire concernant la société Euralair durera deux ans.

À l’issue de cette période d’intense réflexion, le procureur de la République de Paris considère que les voyages gratuits sont « de simples “gestes commerciaux” d’Euralair pour assurer sa promotion auprès des services publics ».

À supposer que le fait commis soit qualifié d’infraction, les poursuites ne peuvent évidemment être engagées que si l’infraction n’est pas prescrite.

DSK a tenté d’abuser de la jeune journaliste Tristane Banon. Le parquet a établi le fait. Reste à savoir si, lorsque la victime dépose plainte, cette agression sexuelle est ou non prescrite. En droit, celle-ci peut indifféremment être qualifié de tentative de viol ou d’attentat à la pudeur. La qualification de tentative de viol entraînerait une prescription de dix ans. En effet, le viol est un crime et la tentative punissable au même titre que l’infraction. Avec la qualification d’attentat à la pudeur, c’est-à-dire un délit, la prescription est réduite à trois ans.

Le 13 octobre 2011, le procureur de la République de Paris décide que l’agression sexuelle commise un jour de 2007 sur Tristane Banon, dans un appartement de la rue Mayet, est un attentat à la pudeur, donc prescrite.

Il arrive malgré toutes les embûches procédurales que certains hommes politiques soient parfois jugés. Trouve à s’appliquer le double degré de juridictions. Une savante construction dans laquelle la condamnation de première instance a pour seul objet de donner satisfaction à l’opinion publique. Elle est dépourvue d’effectivité, puisque la décision d’appel se substitue à la première.

En première instance, alors qu’il était poursuivi pour emplois fictifs, Alain Juppé était condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, et dix ans d’inéligibilité. La cour d’appel de Versailles a réduit la peine infligée en première instance à quatorze mois de prison avec sursis, et à un an la peine d’inéligibilité. Comment ? En reconfigurant l’infraction, tout simplement. Disparu, l’abus de confiance aggravé. Disparue la complicité d’abus de confiance aggravé. Disparu, le recel de détournement de fonds publics. Disparu, le détournement de fonds publics.

S’il n’a toujours pas obtenu gain de cause à ce stade de la procédure, l’homme politique indélicat peut évidemment rejouer en saisissant la Cour de cassation. Au terme de plusieurs longues années, après de multiples renvois, c’est un dossier très ancien qui est jugé. Or, selon une règle non écrite, un dossier ancien bénéficie toujours de la mansuétude du juge.

La Cour de cassation a rejeté, en mars 2015 le pourvoi de Jean et Xavière Tiberi, condamnés en 2013 à une peine de prison, sagement assortie du sursis, dans l’affaire des faux électeurs du 5ème arrondissement. Les faits remontaient à 1997. Sitôt connue cette décision Jean Tibéri, 79 ans, a exprimé son intention de saisir la CEDH, laquelle ne devrait rendre sa décision avant trois ou quatre ans…

Impunité Une justice à deux vitesses étudie, étape par étape- de l’engagement des poursuites à l’arrêt définitif – l’ensemble des phases d’un procès pénal intenté à un homme politique et montre qu’il s’agit d’un simulacre.

Demeure une dernière question : Pourquoi certains magistrats prêtent-ils de si bonne grâce leur concours à cette parodie de justice ? Deux réponses peuvent être avancées, qui ne s’excluent nullement mais au contraire s’additionnent et se combinent.

Les Français croient que les décisions de justice sont rendues pour rétablir le droit, alors que les magistrats sont dès leur plus jeune âge pénétrés de la conviction que leur mission principale est la préservation de l’ordre établi. L’ordre public est incontestablement troublé par une infraction commise par la France  » d’en bas  » et il convient donc de sanctionner l’infracteur vite et fort. À l’inverse, lorsque l’indélicat appartient à la France  » d’en haut « , ce n’est pas l’illégalité commise qui remet en cause l’équilibre de la société que les magistrats ont mission de défendre mais sa sanction. Il est donc du plus haut intérêt d’innocenter judiciairement le responsable politique. La question de savoir s’il est ou non coupable de faits délictueux qui lui sont reprochés n’a évidemment, au regard de cet objectif supérieur, aucune importance.

Cette attitude de la justice est solidement renforcée en France par la circonstance que les hommes politiques maîtrisent par les nominations la carrière des magistrats appelés à les juger.

Réagissant à l’annonce de l’inculpation prochaine d’Henri Emmanuelli en sa qualité de trésorier du PS, l’actuel président du Conseil constitutionnel, et à ce titre en charge du respect du droit, Laurent Fabius, déclare en avoir  » assez de tous ces Jean-Pierre, Van Ruymbeke et autre Falcone « . De fait, Éric de Montgolfier, Renaud Van Ruymbeke ou encore Albert Lévy n’ont pas eu la carrière que leurs qualités pouvaient leur permettre d’espérer.

Dans la France contemporaine, l’accès aux plus hautes fonctions de la hiérarchie judiciaire suppose de la part des magistrats carriéristes bien des accommodements.

Dans ce contexte, qui pourrait sérieusement s’étonner que les Français aient moins confiance que la plupart des habitants des pays riches en leur justice ? Le système judiciaire est, ou devrait être, une institution non partisane. Pourtant, selon une étude comparative, les Français sont près de 20 % à déclarer n’avoir aucune confiance en la justice. Ils ne sont précédés que par les Turcs et les Belges. À l’inverse, une telle défiance s’exprime uniquement chez 7 % des Allemands et 2, 2 % des Danois.

En se refusant à condamner les hommes politiques coupables pour préserver les apparences, les magistrats sont parvenus à la fois à faire désespérer les Français de la probité de l’ensemble de la classe politique et de la crédibilité de l’institution judiciaire.

Impunité Une justice à deux vitesses appelle à un sursaut de la magistrature. La condamnation des coupables est la condition indispensable pour porter crédit à la relaxe des innocents et redonner aux Français confiance dans les institutions de la République.

Vincent Le Coq
Février 2017

Je vais aussi rendre hommage à l’éditeur de ce livre, Nouveau Monde Éditions, que je trouve courageux, car, à publier une attaque aussi frontale contre les magistrats qui ont, précisément, tous les pouvoirs pour l’attaquer et le « juger », il prend là un sacré risque. Chapeau.

4ème de couverture :

Nous ne sommes pas tous égaux devant la justice. Trop souvent, les tribunaux font preuve d’un remarquable laxisme quand les délinquants sont des hommes politiques. L’Angolagate, les affaires Karachi et Clearstream sont autant d’exemples de cette impunité.

Premier livre à attaquer l’hypocrisie du système judiciaire français, cet ouvrage présente une analyse inédite des « affaires » de ces dernières décennies. Il montre combien l’exercice du droit procède d’une mise en scène et son interprétation de l’arbitraire des juges. Car l’indépendance de la justice est doublement fragilisée : chaque phase de la procédure permet de protéger les justiciables privilégiés et chaque faille dans la séparation des pouvoirs offre aux magistrats de formidables avancements de carrière. Singulièrement, ceux qui atteignent les plus hautes fonctions ont su prendre les « bonnes » décisions dans leurs emplois précédents. À l’inverse, les juges opiniâtres qui n’écoutent pas les conseils de leur hiérarchie vont au-devant des ennuis…

En préservant l’avenir de nombreux hommes d’État par des peines insignifiantes, les magistrats conduisent les citoyens à désespérer non seulement de leur personnel politique, mais également de leur justice. Ce livre appelle à un sursaut : la condamnation des coupables paraît indispensable pour porter crédit à la relaxe des innocents et redonner aux Français confiance dans leurs institutions.

Je trouve enfin intéressant de vous donner le plan du livre. En deux mots, c’est pourquoi/comment 🙂

1) POURQUOI les juges ont intérêt à innocenter les hommes politiques influents (les seconds couteaux on s’en fout) (100 p)

2) COMMENT ils font (200 p)

Table des matières

Avertissement
Introduction

PREMIÈRE PARTIE : Les règles du jeu

La justice pénale, analyse juridique……………………19
Les poursuites d’une part, l’instruction et le jugement de l’autre
La distinction des magistrats
La magistrature debout
– Au service de la carrière
– Au service de la justice
La magistrature assise
L’organisation militaire de la magistrature
– L’adhésion aux valeurs de la hiérarchie
– De bonnes décisions pour de belles carrières

L’activité juridictionnelle, analyse politique………………………. 50

La magistrature, une profession d’irresponsables……………….. 54
La triple impunité du juge
L’élusion de la responsabilité pénale
– Le cadre professionnel
– Le faux semblant de la réforme de 2006
– Hors le cadre professionnel
L’argent des autres : l’élusion de la responsabilité civile
L’élusion de la responsabilité disciplinaire
– La paresse
– L’erreur
– La faute
Une limite sacrée : la personne du magistrat

Les magistrats, une profession fortement (auto) protégée…. 80
La protection de la décision
La protection du juge
– L’autoprotection du corps
– Les poursuites dirigées contre les opinions critiques
• L’outrage
• Le quasi-racket judiciaire

Les récompenses pour services rendus……………………………… 96
Les hochets de la République
La carrière politique
L’entreprise

SECONDE PARTIE : Le jeu des apparences

La bataille de l’opinion publique……………………………………. 107
La négation de la faute
La mise en cause de la légitimité de la procédure
La mise en cause de la légitimité des magistrats

Liberté, liberté chérie……………………………………………………. 127
Les conditions d’incarcération dans les prisons françaises
Généralités sur la détention provisoire
Les précautions textuelles
La pratique des juges d’instruction
La réaction du personnel politique
La réaction de la presse pluraliste et indépendante
La réforme législative
Un juge dédié : le juge des libertés et de la détention
Une règle de procédure dérogatoire de la liberté de parole du parquetier

Avec le temps, va, tout s’en va………………………………………. 139
La prescription constatée
La prescription débattue
La prescription choisie
La prescription contournée
La prescription obtenue

Attrape-moi si tu veux………………………………………………….. 149
Détention d’une partie d’arme et poursuites
Détention d’arme et classement
Détention d’une partie d’arme et absence de poursuites
Usage (présumé) d’une arme et absence de poursuites

Circulez, y a rien à voir…………………………………………………. 154
Le classement « pur et simple »
Le classement « sous condition » : l’imaginaire au service du pouvoir

Le choix des maux………………………………………………………. 160
La qualification minorant l’infraction
La qualification niant l’infraction
La qualification inventant l’infraction

L’enquête de l’homme lige…………………………………………….. 166

L’oubli de la loi……………………………………………………………. 169

Le détour évitable……………………………………………………….. 171

La tuile mais pas toujours……………………………………………… 173
La mise en scène du combat judiciaire
– La critique virulente du juge
– Le rôle éminent de la presse dans la mise en scène du combat
Portraits de juges en pied
La réalité de l’opposition entre le magistrat instructeur et l’homme politique poursuivi
– Le financement du Parti communiste
– L’affaire Boulin

L’inégalité devant le savoir……………………………………………. 188
L’incompétence en matière financière et comptable
Le pôle financier de la cour d’appel de Paris
– La résistible création du pôle
– Le soutien de la hiérarchie judiciaire à la classe politique
– La fin du pôle

L’inégalité devant le vouloir………………………………………….. 200

L’indépendance certes, mais pas la liberté……………………….. 202
Le réquisitoire introductif
Les réquisitoires supplétifs
Le refus de réquisitoire supplétif
Les raisons du choix entre accord et refus du supplétif
Les vérifications sommaires à effectuer d’urgence
Le poker menteur du parquet

Magistrat hexagonal, corruption sans frontière………………… 214
Les paradis fiscaux
Libre circulation des capitaux
Compétence nationale des magistrats
Un obstacle nommé Jacques Toubon
L’Appel de Genève
L’impossible réforme

Les moyens de l’inefficacité………………………………………….. 224
Le nombre des inspecteurs
Les instructions de la hiérarchie
Les erreurs, bourdes et autres loupés
Le refus de participer à la manifestation de la vérité
Les moyens de rétorsion
– La mutation
– La révocation
La promotion

Le tu et le su……………………………………………………………….. 238
Le respect du secret de l’instruction, arme du parquet
La violation du secret de l’instruction, arme du parquet
La violation du secret de l’instruction, arme des juges d’instruction

La chambre des évêques……………………………………………….. 245
Le double degré de juridiction
Le fonctionnement de la chambre des évêques
L’appel de l’ordonnance d’informer
L’appel des des décisions et actes du juge d’instruction

La déstabilisation du juge…………………………………………….. 256
Les écoutes
Privé de vie privée
Ah ! quel malheur d’être un gendre

L’élimination du gêneur………………………………………………… 264
Le changement par la promotion
Le dessaisissement de la procédure
Le changement au prix d’un détournement de procédure

La résistible disparition du juge d’instruction………………….. 273
Le projet de la classe politique
– Le travail de réflexion des commissions
– La manipulation de l’émotion
La résistance du juge d’instruction

Le joker……………………………………………………………………… 279
Les contrats à l’export : les rétrocommissions
La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN)
L’affaire Elf
Les frégates de Taïwan
– La conclusion du contrat
– L’adoption de l’avenant
– Le secret-défense
Le périmètre du secret-défense

Le non-lieu…………………………………………………………………. 294

Le mot de la fin…………………………………………………………… 297
L’analyse « juridique » du dossier par le parquet
Le choix du rédacteur
Le choix de la date de clôture de l’instruction

Le choix du censeur…………………………………………………….. 300
Le choix de la juridiction
Le choix de la date d’audience

Le droit, mais pas que………………………………………………….. 305
Le périmètre des débats
La négation de l’infraction
Sévérité pour les fautes, clémence de leur sanction

Le margouillat et le crocodile………………………………………… 308
La clémence systématique du juge
La relaxe : la parole irrécusable du responsable politique
Le financement des partis politiques
Responsabilité des trésoriers, irresponsabilité des présidents
Le « casse du siècle »
Le financement du RPF
L’exception du financement du Parti républicain
Des condamnations toujours prononcées avec tact et sens de la mesure

Une chance au grattage, une chance au tirage………………….. 322
La critique de la décision de justice
De l’utilité de l’appel
– la réévaluation de l’infraction
– La reconfiguration de l’infraction

Le numéro magique……………………………………………………… 330
Le désastre
Les chaises musicales

Rien ne va plus……………………………………………………………. 337
L’élimination (judiciaire) des rénovateurs
– Un corrompu sans corrupteur
– Un autre corrompu sans corrupteur
L’élimination (judiciaire) d’un concurrent à l’élection présidentielle
– Bref retour sur une longue carrière
– L’Angolagate
– La qualification hautement fantaisiste de trafic d’armes
– La remise de médaille
– L’appel

Conclusion………………………………………………………………….. 359
Défaite de la justice
Victoire de la corruption
Vers la démocratie ?

* * * * *

Bon, dès que possible, il faudra que je vous scanne quelques pages de ce livre, parce que c’est quand même très grave ; il vaut mieux lire ça assis.
Ça énerve, quoi…

Bonne lecture, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155015933107317


Edit : Vincent nous a préparé UN GLOSSAIRE POUR LES DÉBUTANTS, pour mieux nous représenter les principaux points possibles de corruption de la Justice.

L’ESSENTIEL DE LA CORRUPTION DE LA JUSTICE SE JOUE DANS LE RÔLE DU « PARQUET » (SOUMIS HIÉRARCHIQUEMENT AUX POLITICIENS !) DANS PRESQUE TOUTES LES PROCÉDURES !

Normalement, tout ça devrait vous donner des tas d’idées importantes d’articles de constitution d’origine populaire pour vos ateliers constituants de ce soir, de demain et pour encore quelques jours 🙂

Lisez le passionnant résumé que nous a rédigé Vincent :

Glossaire

Comme la justice est souvent comparée à un théâtre, je me propose de présenter les personnages puis la dramaturgie.

LES PERSONNAGES

Magistrature du siège magistrature debout

Statutairement et fonctionnellement, statutairement parce que fonctionnellement, la magistrature se divise en deux catégories distinctes. Les juges du siège et le parquet. Cette différence entre ces deux types de magistrats organise une séparation entre la poursuite d’une part et l’instruction et le jugement de seconde part.

Le parquet

Les magistrats auxquels la loi a confié l’exercice de l’action publique ne sont pas véritablement des juges, mais les membres du Ministère public. À la différence des magistrats du siège qui sont inamovibles, ils sont amovibles. Le trait fondamental de l’organisation du Ministère public, et qui tient à ce qu’il représente le pouvoir exécutif, est la subordination hiérarchique. De là, le caractère hiérarchisé de ce corps placé sous la dépendance du gouvernement. Les magistrats du Ministère public au contraire reçoivent des ordres de leurs supérieurs hiérarchiques auxquels ils doivent obéir.

C’est précisément la dépendance étroite de l’exécutif dans laquelle le parquet est tenu qui a conduit la Cour Européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme (CEDH) à déclarer, dans l’affaire de l’avocate France Moulin le 23 novembre 2010, que « les membres du ministère public, en France, ne remplissent pas l’exigence d’indépendance à l’égard de l’exécutif ». Une juridiction internationale affirme donc qu’en France la magistrature debout serait plutôt couchée.

Le parquet a la maîtrise du procès et le pouvoir politique a la maîtrise du parquet. Le pouvoir politique a donc la maîtrise du procès fait à l’un des siens, comme à un opposant.

Effet direct de la centralisation française, 80 % des affaires délicates se traitent à Paris. En raison de l’implantation des sociétés du CAC 40 à la Défense, après le parquet de Paris, le parquet de Nanterre est donc stratégique pour le pouvoir politique.

Un magistrat, Didier Gallot, a pu écrire : « à Paris, le procureur de la République et le procureur près la cour d’appel ne sont que les supplétifs zélés de l’exécutif ». Les magistrats du parquet sont divisés en grades hiérarchisés. Voici la présentation officielle de la question : http://www.justice.gouv.fr/_telechargement/doc/Presentation_du_metier_de_procureur_de_la_Republique.pdf

Les juges du siège

Les magistrats du siège, qui ont en charge l’instruction ou composent les juridictions répressives de jugement, n’ont à recevoir d’ordre de personne et jugent uniquement d’après leur conscience

Le stade de l’instruction

Juge d’instruction

« Véritable Janus du monde judiciaire, le juge d’instruction présente un double visage. (…) S’il dispose de pouvoirs préjudiciables aux libertés, il représente, par son existence même, une garantie fondamentale en tant que magistrat dont l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif est assurée par la Constitution. » (Renaud Van Ruymbeke)

Chambre de l’instruction

Le principe du double degré de juridictions qui s’applique au stade du jugement trouve également à s’appliquer au stade de l’instruction. Les décisions du juge d’instruction peuvent être déférées à la chambre de l’instruction, autrefois dénommée chambre d’accusation.

Le chambre de l’instruction a longtemps été surnommée par les praticiens la « chambre des évêques » en raison de sa propension à valider systématiquement le travail des magistrats instructeurs. Mais à l’occasion, elle sait veiller efficacement à ce qu’ils ne s’égarent pas, notamment lorsque le juge d’instruction croit pouvoir appliquer au puissant la dureté d’une justice réservée au simple citoyen.

Le stade du jugement

Tribunal correctionnel

Chambre du tribunal de grande instance, le tribunal correctionnel est composé de trois magistrats professionnels assistés d’un greffier. L’un des trois juges préside le tribunal.

Le tribunal correctionnel juge les délits (vol, escroquerie, abus de confiance, coups et blessures graves…) commis par des personnes majeures. (http://www.justice.gouv.fr/organisation-de-la-justice-10031/lordre-judiciaire-10033/tribunal-correctionnel-12028.html)

Cour d’appel

Chaque cour comprend des chambres spécialisées (en matière civile, sociale, commerciale et pénale) composées chacune de trois magistrats professionnels : un président de chambre et deux conseillers.

La cour d’appel réexamine les affaires déjà jugées en premier degré (1er ressort ou 1ère instance) en matière civile, commerciale, sociale ou pénale. (http://www.justice.gouv.fr/organisation-de-la-justice-10031/lordre-judiciaire-10033/cour-dappel-12026.html)

Cour de cassation

La Cour de cassation est la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français. Siégeant dans l’enceinte du palais de justice de Paris, la juridiction suprême a pour mission de contrôler l’exacte application du droit par les tribunaux et les cours d’appel, garantissant ainsi une interprétation uniforme de la loi. (https://www.courdecassation.fr)

 

LES ACTES DE LA PIÈCE

Les parquetiers ont la maîtrise de l’ensemble la procédure par le choix initial des poursuites, puis celui de l’étendue de l’instruction par le biais des réquisitoires. Il leur appartient enfin de soutenir l’accusation devant les juridictions de première instance, d’appel comme devant la Cour de cassation.

La prescription

L’idée qui domine cette question est que le temps doit faire son œuvre et que, pour une infraction qui n’a pas été rapidement poursuivie et qui est tombée dans l’oubli, sa poursuite créerait un nouveau désordre.

La durée de la prescription, modifiée par la loi du 16 février dernier, distingue les contraventions, les délits et les crimes. Mais à peine précisée la durée, se pose la question du point de départ du délai de prescription. Il faut en effet distinguer en droit les infractions selon qu’elles sont instantanées, successives ou continues.

Surtout la grande liberté dans la qualification des faits que le code de procédure pénale accorde au parquet permet au procureur de la République, pour des faits identiques à retenir l’une ou l’autre des qualifications possibles, et en déduire que lesdits faits sont prescrits ou susceptibles de poursuites.

L’opportunité des poursuites

Le principe de l’opportunité des poursuites permet au procureur de la République, en présence d’une infraction constituée, et parfois alors pourtant que l’auteur est parfaitement identifié, de ne pas la poursuivre.

Les juristes orthodoxes ne manquent jamais de justifier l’existence de ce principe qui « constitue l’indispensable soupape du système général de la poursuite, sans quoi on aboutirait à un automatisme aveugle et sans nuances, à un écrasement de l’individu par l’implacable mécanique de la loi » (Maurice Aydalot, ancien Premier président de la Cour de cassation).

Le classement sans suite

Le rôle des procureurs est un rôle différent de celui des autres magistrats. Ce qui fait leur particularité, c’est qu’ils ont un pouvoir d’opportunité, qui leur permet, pour des raisons d’équité ou de paix sociale, de ne pas poursuivre une infraction juridiquement constituée.

L’enquête préliminaire

Les investigations du parquet, précisément parce qu’elles sont conçues pour demeurer « préliminaires » n’offrent ni les garanties, ni le cadre juridique d’une véritable instruction. A la différence du juge d’instruction, le procureur de la République ne peut imposer aucune mesure coercitive. C’est ainsi notamment qu’une perquisition ne peut être réalisée qu’avec l’accord de la personne objet de l’enquête.

Cette procédure donne en revanche à l’exécutif la pleine et entière maîtrise du temps judiciaire. Elle permet, au choix, de diluer la procédure dans le temps ou au contraire d’accélérer la procédure. Elle permet enfin de les enterrer.

Le rappel à la loi

Le rappel à la loi présente l’intérêt d’éviter radicalement la saisine d’un tribunal, ouverte par le procureur de la République, après avoir été ouverte par lui, la procédure est prestement clôturée par le procureur de la République.

La citation directe

Entre les mains du procureur de la République, la saisine directe permet au parquet de renvoyer devant la juridiction de jugement des accusés sur la base d’un dossier incomplet, ce qui permet d’éviter la mise en cause de certains intervenants, voire plus radicalement de saisir la juridiction de jugement d’un dossier insuffisant pour entraîner quelque condamnation que ce soit.

L’ouverture d’une instruction

L’ouverture d’une instruction impose la désignation d’un juge d’instruction, qui, à la différence du procureur de la République, est un magistrat statutairement indépendant.

Cette indépendance n’implique toutefois pas une perte totale du contrôle de la procédure par le pouvoir politique, via le parquet.

« Dans une affaire sensible, un juge d’instruction peut, bien sûr, n’en faire qu’à sa tête- du moins pour un temps. Mais la voie est sans issue. S’il avance dans son enquête en menant une guerre ouverte contre le parquet, si l’institution ne relaie pas son travail, au moins a minima, le dossier finit immanquablement dans les oubliettes du Palais de justice, où s’entassent les procédures annulées ou bloquées, rejetées par le système. » (Eva Joly)

Les réquisitoires

Pas davantage qu’ils ne disposent d’un pouvoir d’auto-saisine, les juges d’instruction ne déterminent les faits qu’ils ont à instruire. C’est le parquet qui détient le pouvoir de délimiter le périmètre de leur saisine. Le juge d’instruction ne peut en effet instruire que sur les faits visés par le réquisitoire introductif du procureur de la République.

Le réquisitoire introductif

Entre deux qualifications possibles, il est loisible au parquet de retenir celle qui est le moins réprimée, voire plus radicalement celle qui ne peut aboutir. Donc le code de procédure pénale offre procureur de la République, dont la carrière est entièrement entre les mains des hommes politiques, la faculté de calibrer au profit des hommes au pouvoir, la qualification juridique à retenir.

Le réquisitoire supplétif

Lorsqu’un juge d’instruction découvre des faits nouveaux, il ne peut sortir du cadre de sa « saisine » et a l’obligation d’alerter le parquet pour obtenir la délivrance d’un réquisitoire supplétif. Cette formalité est exigée sous peine de vicier la procédure.

Lorsque le pouvoir souhaite empêcher le juge d’instruction de mettre à jour certains pans du dossiers, le procureur refuse au juge les réquisitoires.

Le non-lieu

Le non-lieu signifie en effet qu’au terme de ses investigations, le juge d’instruction ayant constaté qu’il n’existe pas de charges suffisantes à son encontre, il n’y a pas lieu de renvoyer l’accusé devant un tribunal pour être jugé puisqu’il apparaît dès le stade de l’instruction qu’il n’a commis aucune infraction.

Si le code de procédure pénale n’avait pas prévu le non-lieu, une personne contre laquelle aucune charge ne peut être retenue au terme de l’instruction devrait tout de même être renvoyée devant un tribunal pour que celui-ci aboutisse au même constat que le juge d’instruction.

Le jugement

Le tribunal correctionnel peut soit prononcer la relaxe du prévenu, s’il estime que la preuve de sa culpabilité n’a pas été rapportée, soit le condamner. La sanction prend la forme d’une peine de prison, assortie ou non d’un sursis, qui peut lui-même être partiel ou total et/ou d’une amende.

Il convient de distinguer l’amende qui est une peine perçue par le trésor public des dommages-intérêts qui sont versés à la victime à titre de réparation d’un préjudice.

L’appel

L’architecture des juridictions de même que l’organisation générale de la procédure pénale sont entièrement aménagées afin que chaque plaideur puisse faire entendre sa cause à deux reprises, par deux juridictions différentes, qui étudient l’ensemble de l’affaire. Les professeurs de droit exposent doctement que « l’appel est une voie de recours ordinaire et de réformation, qui permet un nouvel examen de l’affaire au fond devant une juridiction supérieure et traduit la règle du double degré de juridiction ». En application de l’effet dévolutif de l’appel, la cour examine, à la suite du tribunal, l’intégralité du dossier, l’analyse du droit comme l’appréciation des faits.

Faisant prévaloir sur cette description académique le bon sens, Maître René Floriot constatait voici un demi-siècle que « la cour infirme, c’est-à-dire qu’elle prend le contre-pied de ce qu’ont décidé les juges du premier degré une fois sur quatre. Quand une décision de justice est infirmée, il est certain que l’une au moins des deux juridictions s’est trompée… ».

La cassation

Les arrêts rendus par les cours d’appel sont eux-mêmes susceptibles d’un nouveau contrôle portant cette fois seulement sur la bonne application, par les juges du fond, des exigences du droit.

Selon un sondage datant de 1997, 75 % des Français ignoraient le rôle d’un procureur.  Je viens de réaliser un rapide sondage auprès de trois potes. Il révèle que 100 % des lecteurs de ce blog le connaissent.

Vincent Le Coq.

Olivier Berruyer : « APPEL AUX DONS : J’ai VRAIMENT besoin de vous pour défendre ce blog ! » (les-crises.fr)

Chers amis,

Olivier Berruyer a besoin de nous. Comme d’autres, qui résistent chacun à leur manière aux intimidations et aux médias-mensonges de l’empire du moment, il fait l’objet d’une sale campagne de calomnies croisées (ça me rappelle bien des choses). Il a besoin de sous pour se défendre et, comme nous avons besoin de lui pour nous défendre, je pense que nous devrions l’aider.

Chacun fera comme il le peut, librement, bien sûr, et je suis sûr qu’on l’aidera substantiellement. Voici la page par laquelle il nous appelle à l’aide :

APPEL AUX DONS : J’ai VRAIMENT besoin de vous pour défendre ce blog !


http://www.les-crises.fr/aide-jai-besoin-de-vous-pour-defendre-ce-blog/


Je profite de l’occasion, que me donne cet appel à notre solidarité pour défendre le bien commun, pour rappeler que Stéphanie Gibaud, courageuse et précieuse lanceuse d’alerte, a aussi vraiment besoin d’aide. Voyez ces deux liens :

http://www.leetchi.com/c/solidarite-de-gibaud-stephanie

http://lemurdesinsoumis.fr/


Je mettrai ci-dessous, en commentaires, différents liens concernant ces bagarres pour le bien commun menées par de simples citoyens contre les puissants du moment. Vous allez voir comme les calomniateurs sont vraiment de fieffés menteurs sous fausse bannière, et vous verrez comme il y a les mêmes outre-Atlantique : « antifas » « anticonspis » « anticomplotistes » du monde entier, tous unis pour aider l’Empire à imposer la guerre partout dans ses provinces.

Je compte sur vous pour aider Olivier du mieux que vous le pouvez.

Il faudra sans doute qu’on s’aide de plus en plus les uns les autres, au fur et à mesure que les guerres vont s’approcher et que seront dénoncés et martyrisés ceux qui s’opposent à ces guerres.

Bon courage à tous 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154985102502317

[Interview RT] Le journal Le Monde devient un problème pour la Démocratie

Contrairement aux prétendus « journalistes » du journal « Le Monde », « journal de référence » littéralement — et scandaleusement — vendu à 3 milliardaires, je trouve Olivier Berruyer admirable et exemplaire.

C’est, plus que jamais, l’occasion de lire tous les jours — et de faire connaître à tous vos proches ! — un des meilleurs sites d’information du pays (Olivier ne me laisserait pas dire ça sans tenter de minimiser son rôle, mais je fais ce que je veux 🙂 ), les-crises.fr. C’est très facile : il suffit de glisser un raccourci de son adresse dans le groupe Démarrage du menu Démarrer, et ce site de salut public devient alors gratuitement votre journal quotidien, un des tout meilleurs cerveaux collectifs du pays.

Lisez ce récent billet :

[Interview RT] Le Monde devient un problème pour la Démocratie

Olivier Berruyer :

« Je comprends mal pourquoi Le Monde continue à trouver d’une telle importance que je sois dans leur liste Maccarthyste avec d’autres petits blogs.

Très bien, je me charge d’en faire de la publicité en ce cas.

Et ne me sortez pas le couplet “la télé des russes”, j’ai contacté les Américains, et un des plus grands journalistes américains, sonné par ce que vous me faites, m’a accordé une tribune invité dans son site…

Merci beaucoup Le Monde – ce succès international, je vous le dois…

Il est important de se mobiliser, sinon il va être très difficile à n’importe qui de créer et tenir un blog, si la police du Monde veille…

(je tiendrai les lecteurs informés de tous les développements de ce dossier) »

OB

Lire la suite :
http://www.les-crises.fr/interview-rt-le-monde-devient-un-probleme-pour-la-democratie/

Source : les-crises.fr Olivier Berruyer

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154962240512317

Quand Le Monde ressuscite L’Index de l’Église catholique… [Magnifique travail d’alerte du site les-crises.fr sur « Le naufrage des Décodeurs du Monde »]

Sur mon site d’information préféré, les-crises.fr, je découvre un scandaleux (et complètement ridicule) projet de Police de la Pensée du journal Le Monde :

Pour l’instant, Olivier a rédigé 5 billets (vraiment intéressants) sur cette affaire. À mon avis, il y en aura d’autres. À suivre :

  • Billet 2 : Le Decodex du Monde décodé : du travail de pro !

    Mais quel boulot ! Il faut lire ça : la nullité de ce projet « decodex »  (et de ses animateurs) est confondante. Il faut faire connaître autour de nous le travail de désenfumage d’Olivier Berruyer.

 

Et comme le dit le grand Edward Snowden

« Le problème des “Fake News” (fausses nouvelles) ne se résout pas en espérant faire intervenir un arbitre, mais plutôt parce que nous, en tant que participants, en tant que citoyens, en tant qu’utilisateurs de ces services, nous nous aidons mutuellement.

La réponse aux fausses informations, ce n’est pas la censure. La réponse aux fausses informations, c’est plus d’informations, discutées en commun.

Trop de gens dépendent d’une seule source, comme Facebook, pour s’informer. Lorsque vous allez sur votre page Facebook, c’est Facebook qui décide quelles nouvelles vous voyez sur votre page. Ils créent plus de silence qu’ils ne créent d’informations.

Vous comprenez à quel point il est dangereux qu’une entreprise puisse avoir assez de pouvoir pour remodeler notre façon de penser.

Nous devons mettre en pratique et répandre l’idée que la pensée critique est aujourd’hui plus importante que jamais, étant donné que les mensonges semblent devenir très populaires. »

[Edward Snowden, Newsweek, Periscope,  Youtube et The Independant – 11/2016]

 
Quand je constate que j’apparais moi-même dans les gommettes oranges de ce projet déconnant (à côté de Fakir, c’est un honneur), je m’amuse, car Adrien Senecat, prétendant évaluer et censurer tout le pays, arrive lui-même à diffuser une fausse nouvelle (il me présente comme « ex-prof », alors que je suis en train de corriger mes copies…) en rédigeant à peine 50 mots 🙂 C’est vraiment marrant.

 

La prétention des prétendus « journalistes », honteusement vendus aux banques et aux milliardaires de l’armement (ceci est absolument factuel), la prétention de ces sinistres vendus, donc, à nous imposer ce que nous pourrions lire et à nous interdire ce que nous ne pourrions pas lire est à la fois révoltante et ridicule.

Je remercie Olivier (Berruyer) pour son travail herculéen, tous les jours et ici encore, pour nous informer du mieux qu’il peut. Chez moi, le site les-crises.fr s’ouvre tout seul quand mon PC démarre et c’est absolument passionnant tous les jours.

La diffamation du site les-crises.fr par le journal Le Monde est une honte pour ce canard, qui se déshonore encore un peu de la sorte  ; c’est une honte également pour la profession qui ne proteste ni contre cette diffamation-là, ni contre cette incroyable liste de dénonciations calomnieuses.

Ce gros travail d’Olivier sur le déconnant Decodex est de salubrité publique et mérite d’être largement diffusé, je trouve.

On se retrouve jeudi à Toulon, et samedi à Genève. Hâte de vous revoir.

Salut à tous.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154948433272317

LES PÉTITIONS NE SUFFISENT PAS : IL FAUT QU’ON CRÉE (VITE) UN FONDS D’AIDE POPULAIRE ET PERMANENTE AUX LANCEURS D’ALERTE

J’ai signé ça, mais c’est évidemment très insuffisant :

https://www.weroes.com/the-claims/economy/507-secourons-cette-lanceuse-d-alerte-protect-this-whistleblower

———-

LES PÉTITIONS NE SUFFISENT PAS : IL FAUT QU’ON CRÉE (VITE) UN FONDS D’AIDE POPULAIRE ET PERMANENTE AUX LANCEURS D’ALERTE.

Inutile de compter sur les « élus » des banques (pléonasme), ni sur les « journalistes » vendus aux banques (pléonasme), pour protéger ceux qui dénoncent les turpitudes des banques… : il n’y a que les simples citoyens, il n’y a que nous, pour aider les lanceurs d’alerte, vraiment, maintenant.

Comment on fait, concrètement ? Une association 1901 ? Et des milliers de virements permanents de 1 € par mois ?

Stéphanie Gibaud au RSA, Antoine Deltour martyrisé, et nous qui ne faisons rien, c’est insupportable.

Qu’en pensez-vous ?

Étienne.

PS :

Le mur des insoumis

ressemble à ce que je cherche :

http://lemurdesinsoumis.fr/

On peut créer un virement permanent là : http://lemurdesinsoumis.fr/lanceurs-dalerte/soutenir-le-mur-des-insoumis/

_____________

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154770599332317

David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) : JUSTICE vs FINANCE (Thinkerview)

Encore un très intéressant entretien proposé par Thinkerview,
cette fois-ci avec David Koubbi, l’avocat de Jérôme Kerviel.

Ça décape 🙂

Ce serait bien de rédiger un plan détaillé de cet entretien, comme un aide-mémoire, pour nous aider à en mémoriser les idées.

En fait, tous les entretiens de Thinkerview sont concernés par cette remarque 😉

——

J’aimerais soumettre ma thèse au feu de l’esprit critique de David, thèse selon laquelle c’est précisément la procédure de l’élection (ce qu’on appelle fautivement le « suffrage universel » : « élire des maîtres, au lieu de voter des lois ») qui est la cause première qui permet aux plus riches d’acheter le pouvoir politique, littéralement, depuis 200 ans.

Tout le reste (un État et des services publics profondément corrompus, par la tête principalement, et une infinité d’injustices impunies à travers le corps social) n’étant, dans cette analyse, qu’une série de conséquences de cette catastrophe première.

Or, « dieu rit des hommes qui déplorent les effets dont ils adorent les causes ».
Autrement dit, il est incohérent de déplorer le capitalisme financier tout en adorant comme une vache sacrée l’élection parmi des candidats (procédure qui donne précisément le pouvoir à ceux qui ont les moyens de financer leurs candidats).

À bien écouter David Koubbi dans cet entretien, j’ai l’intuition qu’il n’aura pas de mal à partager cette analyse 😉

Étienne.

#pasdedémocratiesanstirageausort

#pasdeconstitutionsanscitoyensconstituants

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154717926242317

[Lanceurs d’alerte, contrôle des politiciens et constitution d’origine citoyenne] Rendez-vous le 10 décembre 2016 à Paris, avec Philippe Pascot, Yvan Stefanovitch et Stéphanie Gibaud

Je vous donne rendez-vous le samedi 10 décembre prochain, à Paris, pour une table-ronde sur le thème « Alerte ! Quelle société voulons-nous pour demain ? », avec trois personnes que je trouve admirables, pour leur dévouement au bien commun et pour leur courage : Philippe Pascot et Yvan Stefanovitch, deux journalistes qui mènent des enquêtes re-mar-qua-bles sur les privilèges scandaleux et sur la corruption impunie grandissante des « élus » de la « République », et Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte héroïque, qui a dévoilé la turpitude de son employeur (UBS, acteur central de l’évasion fiscale en France) et qui, au lieu d’être récompensée et protégée, est honteusement abandonnée par le gouvernement après l’avoir bien servi.

L’annonce SynerJ : https://synerj.org/

L’annonce Facebook de la rencontre :
https://www.facebook.com/events/336150313429452/

   


Je voudrais insister particulièrement sur le cas de Stéphanie Gibaud, qui a vu sa vie ruinée — littéralement — pour son courage et son honnêteté, et pourtant SANS ÊTRE AIDÉE DU TOUT PAR LE GOUVERNEMENT (qui, aujourd’hui, la laisse se débattre seule et crever sans rien faire !!!!!!), alors que cette femme a permis de renflouer le Trésor public avec des sommes colossales (au moins 12 milliards d’euros !!).

Une fois de plus, je trouve le comportement de nos gouvernants révoltant et scandaleux : à l’évidence, les ministres et les parlementaires, et même les juges, protègent les ultrariches qui les portent au pouvoir, en martyrisant ostensiblement les lanceurs d’alertes, de façon à dissuader d’agir les prochains héros citoyens.

Faute d’une constitution digne de ce nom, les voleurs d’argent et les voleurs de pouvoir s’entraident en secret pour rester hors de portée de la colère du peuple.

Mais surtout, je trouve qu’« on n’a pas de figure », nous autres, prétendus « citoyens », si on n’est même pas foutus de protéger nous-mêmes nos lanceurs d’alerte. Je vous invite donc à faire comme moi et à aider financièrement Stéphanie, qui se débat dans les pires galères matérielles alors qu’elle nous a rendu les plus grands services.

Il y a une adresse où on peut l’aider : http://www.leetchi.com/c/solidarite-de-gibaud-stephanie. Si chacun lui verse un ou deux euros par mois jusqu’à ce qu’elle se sorte d’affaire (elle nous préviendra), elle recevra à la fois une aide publique (qu’elle mérite mille fois), et des signes tangibles de gratitude et de soutien (qui l’aideront moralement dans les bagarres qui l’attendent).

On peut aussi aider Stéphanie en lui achetant son livre (passionnant) :


https://www.cherche-midi.com/livres/la-femme-qui-en-savait-vraiment-trop

J’ai hâte de vous y retrouver, avec ces trois héros : il devrait y avoir de l’ambiance 🙂

Je compte sur vous, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : quelques documents utiles, à lire et à voir :

Stéphanie Gibaud : « Pourquoi moi, lanceuse d’alerte, je dois quitter mon appartement » (24 mars 2016) :

https://blogs.mediapart.fr/stephanie-gibaud/blog/240316/pourquoi-moi-lanceuse-dalerte-je-dois-quitter-mon-appartement

Lanceurs d’alerte: « Une Légion d’honneur pour Stéphanie Gibaud » (7 avril 2016) :

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/lanceurs-d-alerte-une-legion-d-honneur-pour-stephanie-gibaud_1780557.html

Stéphanie Gibaud explique son cas sur LCI (24 mars 2016) :

Stefanovitch chez Bourdin : « Le Sénat, un paradis fiscal pour des parlementaires fantômes » :

Philippe Pascot – Pilleurs d’Etat – Bourdin Direct – RMC :


______________

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154701528982317

[Passionnant, émouvant, important] John PILGER interroge Julian ASSANGE (vidéo), et John Pilger insiste sur le rôle criminel des « journalistes » mainstream qui nous conduisent à nouveau à accepter la guerre

Je considère John Pilger et Julian Assange comme deux personnes admirables, du point de vue du bien commun ; deux journalistes dignes de ce nom, deux héros de la résistance à la corruption, aux abus de pouvoir et à la guerre.

Je regroupe ici deux documents poignants, essentiels pour comprendre pour quelles lamentables raisons l’humanité va subir à nouveau l’enfer sur terre.

1) Une vidéo passionnante, où Pilger et Assange évaluent calmement les responsabilités scandaleuses de la guerre qui vient.

2) Une synthèse écrite, importante, à lire le crayon à la main, où Pilger pointe la responsabilité cardinale des journalistes dans les guerres qui ravagent et ravageront la planète.

Merci à RT et à LGS de relayer ces importantes informations, au milieu de l’ambiance générale va-t-en-guerre de la presse prostituée aux pires criminels.

C’est à nous, simples citoyens, de défendre ces héros, lanceurs l’alertes, « whistleblowers », du mieux que nous pouvons, pied à pied, de porter leur parole, partout sur terre, contre les mensonges des médias de la banque et de la guerre, pour que la conscience populaire refuse massivement la guerre, où que ce soit, et pour que soient un jour incriminés les riches assassins.

Étienne.


Entretien exclusif de John Pilger avec Julian Assange :

À l’intérieur du gouvernement invisible : Guerre, Propagande, Clinton & Trump


par John PILGER
Le journaliste américain, Edward Bernays, est souvent présenté comme l’inventeur de la propagande moderne. Neveu de Sigmund Freud, le pionnier de la psychanalyse, Bernays a inventé le terme « relations publiques » comme un euphémisme pour désigner les manipulations et les tromperies.En 1929, il a persuadé les féministes de promouvoir les cigarettes pour les femmes en fumant lors d’une parade à New York – un comportement considéré à l’époque comme saugrenu. Une féministe, Ruth Booth, a déclaré,  » Femmes ! Allumez un nouveau flambeau de la liberté ! Luttez contre un autre tabou sexiste ! »

L’influence de Bernays s’étendait bien au-delà de la publicité. Son plus grand succès a été de convaincre le public américain de se joindre à la grande tuerie de la Première Guerre mondiale. Le secret, disait-il, était « de fabriquer le consentement » des personnes afin de les « contrôler et orienter selon notre volonté et à leur insu« .

Il décrivait cela comme « le véritable pouvoir de décision dans notre société » et l’appelait le « gouvernement invisible« .

Aujourd’hui, le gouvernement invisible n’a jamais été aussi puissant et aussi peu compris. Dans toute ma carrière de journaliste et de cinéaste, je n’ai jamais connu de propagande aussi influente sur nos vies que celle qui sévit aujourd’hui, et qui soit aussi peu contestée.

Imaginez deux villes. Les deux sont en état de siège par les forces gouvernementales de ces pays. Les deux villes sont occupées par des fanatiques, qui commettent des atrocités, comme la décapitation.

Mais il y a une différence essentielle. Dans une des deux villes, les journalistes occidentaux embarqués avec les soldats gouvernementaux décrivent ces derniers comme des libérateurs et annoncent avec enthousiasme leurs batailles et leurs frappes aériennes. Il y a des photos en première page de ces soldats héroïques faisant le V de la victoire. Il est très peu fait mention des victimes civiles.

Dans la deuxième ville – dans un pays voisin – il se passe presque exactement la même chose. Les forces gouvernementales assiègent une ville contrôlée par la même trempe de fanatiques.

La différence est que ces fanatiques sont soutenus, équipés et armés par « nous » – par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ils ont même un centre de médias financé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Une autre différence est que les soldats gouvernementaux qui assiègent cette ville sont les méchants, condamnés pour avoir agressé et bombardé la ville – ce qui est exactement ce que les bons soldats font dans la première ville.

Déroutant ? Pas vraiment. Tel est le double standard de base qui est l’essence même de la propagande. Je parle, bien sûr, du siège actuel de la ville de Mossoul par les forces gouvernementales irakiennes, soutenues par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et le siège d’Alep par les forces gouvernementales de la Syrie, soutenues par la Russie. L’un est bon ; l’autre est mauvais.

Ce qui est rarement signalé est que les deux villes ne seraient pas occupées par des fanatiques et ravagées par la guerre si la Grande-Bretagne et les États-Unis n’avaient pas envahi l’Irak en 2003. Cette entreprise criminelle fut lancée sur la base de mensonges étonnamment semblables à la propagande qui déforme maintenant notre compréhension de la guerre en Syrie.

Sans ce battement de tambour de propagande déguisé en informations, les monstrueux Daesh, Al-Qaida, al-Nusra et tout le reste de ces bandes de djihadistes pourraient ne pas exister, et le peuple syrien ne serait pas en train de se battre pour sa survie.

Certains se souviendront peut-être de tous ces journalistes de la BBC qui en 2003 défilaient devant les caméras pour nous expliquer que l’initiative de Blair était « justifiée » pour ce qui allait devenir le crime du siècle. Les chaînes de télévision US fournissaient les mêmes justifications pour George W. Bush. Fox News invita Henry Kissinger pour disserter sur les mensonges de Colin Powell.

La même année, peu après l’invasion, j’ai filmé une interview à Washington de Charles Lewis, le célèbre journaliste d’investigation. Je lui ai demandé, « Qu’est-ce qui se serait passé si les médias les plus libres du monde avaient sérieusement remis en question ce qui s’est avéré être une propagande grossière ? »

Il a répondu que si les journalistes avaient fait leur travail, « il y a de très fortes chances qui nous ne serions pas entrés en guerre contre Irak. »

Ce fut une déclaration choquante, et confirmée par d’autres journalistes célèbres à qui j’ai posé la même question – Dan Rather de CBS, David Rose du Observer et des journalistes et producteurs de la BBC, qui souhaitaient rester anonymes.

En d’autres mots, si les journalistes avaient fait leur travail, s’ils avaient contesté et enquêté sur la propagande au lieu de l’amplifier, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants seraient encore en vie aujourd’hui, et il n’y aurait pas de Daesh et aucun siège à Alep ou à Mossoul.

Il y aurait eu aucune atrocité dans le métro de Londres le 7 Juillet 2005. Il n’y aurait eu aucune fuite de millions de réfugiés ; il n’y aurait pas de camps misérables.

Lorsque l’atrocité terroriste a eu lieu à Paris, au mois de novembre dernier, le président François Hollande a immédiatement envoyé des avions pour bombarder la Syrie – et plus de terrorisme a suivi, de façon prévisible, produit par la grandiloquence de Hollande sur la France « en guerre » et « ne montrant aucune pitié ». Que la violence de l’État et la violence djihadiste s’alimentent mutuellement est une réalité qu’aucun dirigeant national n’a le courage d’aborder.

« Lorsque la vérité est remplacée par le silence« , a déclaré le dissident soviétique Yevtushenko, « le silence devient un mensonge« .

L’attaque contre l’Irak, l’attaque contre la Libye, l’attaque contre la Syrie ont eu lieu parce que les dirigeants de chacun de ces pays n’étaient pas des marionnettes de l’Occident. Le bilan en matière de droits de l’homme d’un Saddam ou d’un Kadhafi est hors de propos. Ils ont désobéi aux ordres et n’ont pas abandonné le contrôle de leur pays.

Le même sort attendait Slobodan Milosevic une fois qu’il avait refusé de signer un « accord » qui exigeait l’occupation de la Serbie et sa conversion à une économie de marché. Son peuple fut bombardé, et il fut poursuivi à La Haye. Une telle indépendance est intolérable.

Comme WikLeaks l’a révélé, ce ne fut que lorsque le dirigeant syrien Bashar al-Assad rejeta en 2009 un projet d’oléoduc qui devait traverser son pays en provenance du Qatar vers l’Europe, qu’il a été attaqué.

A partir de ce moment, la CIA a prévu de détruire le gouvernement de la Syrie avec les fanatiques jihadistes – les mêmes fanatiques qui tiennent actuellement en otage les habitants de Mossoul et des quartiers est d’Alep.

Pourquoi les médias n’en parlent pas ? L’ancien fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères britannique, Carne Ross, qui était responsable des sanctions opérationnelles contre l’Irak, m’a dit : « Nous fournissions aux journalistes des bribes d’informations soigneusement triées, ou nous les tenions à l’écart. Voilà comment ça fonctionnait. ».

L’allié médiéval de l’Occident, l’Arabie Saoudite – à laquelle les Etats-Unis et la Grande-Bretagne vendent des milliards de dollars d’armement – est en ce moment en train de détruire le Yémen, un pays si pauvre que, dans le meilleur des cas, la moitié des enfants souffrent de malnutrition.

Cherchez sur YouTube et vous verrez le genre de bombes massives – « nos » bombes – que les Saoudiens utilisent contre des villages de terre battue, et contre les mariages et les funérailles.

Les explosions ressemblent à de petites bombes atomiques. Ceux qui pilotent ces bombes depuis l’Arabie Saoudite travaillent côte à côte avec des officiers britanniques. Vous n’en entendrez pas parler dans les journaux télévisés du soir.

La propagande est plus efficace lorsque notre consentement est fabriqué par l’élite éduquée – Oxford, Cambridge, Harvard, Columbia – qui fait carrière à la BBC, au Guardian, New York Times, Washington Post.

Ces médias sont réputés pour être progressistes. Ils se présentent comme des gens éclairés, des tribuns progressistes de la morale ambiante. Ils sont anti-racistes, pro-féministes et pro-LGBT.

Et ils adorent la guerre.

En même temps qu’ils défendent le féminisme, ils soutiennent les guerres rapaces qui nient les droits d’innombrables femmes, dont le droit à la vie.

En 2011, la Libye, un Etat moderne, fut détruite sous prétexte que Mouammar Kadhafi était sur le point de commettre un génocide contre son propre peuple. L’information tournait en boucle ; mais il n’y avait aucune preuve. C’était un mensonge.

En réalité, la Grande-Bretagne, l’Europe et les États-Unis voulaient ce qu’ils aiment à appeler un « changement de régime » en Libye, le plus grand producteur de pétrole en Afrique. L’influence de Kadhafi sur le continent et, surtout, son indépendance était intolérable.

Il a donc été assassiné avec un couteau dans le dos par des fanatiques, soutenus par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Devant une caméra, Hillary Clinton a applaudi sa mort horrible en déclarant,  » Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort !« 

La destruction de la Libye fut un triomphe médiatique. Tandis que l’on battait les tambours de guerre, Jonathan Freedland écrivait dans le Guardian : « Bien que les risques soient bien réels, le cas d’une intervention reste forte. »

Intervention. Un mot poli, bénin, très « Guardian« , dont la signification réelle, pour la Libye, fut la mort et la destruction.

Selon ses propres dossiers, l’OTAN a lancé 9.700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers étaient destinées à des cibles civiles. Elles comprenaient des missiles avec des ogives d’uranium. Regardez les photos des décombres à Misurata et à Syrte, et les fosses communes identifiées par la Croix-Rouge. Le rapport de l’Unicef sur les enfants tués dit, « la plupart [d’entre eux] avaient moins de dix ans. » Comme conséquence directe, Syrte est devenue la capitale de l’Etat Islamique.

L’Ukraine est un autre triomphe médiatique. Des journaux libéraux respectables tels que le New York Times, le Washington Post et le Guardian, et les diffuseurs traditionnels tels que la BBC, NBC, CBS et CNN ont joué un rôle crucial dans le conditionnement de leurs téléspectateurs pour accepter une nouvelle et dangereuse guerre froide.

Tous ont déformé les événements en Ukraine pour en faire un acte maléfique de la Russie, alors qu’en réalité, le coup d’Etat en Ukraine en 2014 fut le travail des États-Unis, aidés par l’Allemagne et de l’OTAN.

Cette inversion de la réalité est tellement omniprésente que les menaces militaires de Washington envers la Russie sont passées sous silence ; tout est occulté par une campagne de dénigrement et de peur du genre de celui que j’ai connu pendant la première guerre froide. Une fois de plus, les Russkoffs viennent nous chercher des poux, dirigés par un nouveau Staline, que The Economist dépeint comme le diable.

L’occultation de la vérité sur l’Ukraine est une des opérations de censure les plus complètes que j’ai jamais vue. Les fascistes qui ont conçu le coup d’Etat à Kiev sont de la même trempe que ceux qui ont soutenu l’invasion nazie de l’Union soviétique en 1941. Alors que l’on se répand sur les craintes d’une montée de l’antisémitisme fasciste en Europe, aucun dirigeant ne mentionne les fascistes en Ukraine – sauf Vladimir Poutine, mais lui ne compte pas.

Beaucoup dans les médias occidentaux ont travaillé dur pour présenter la population russophone ethnique de l’Ukraine comme des étrangers dans leur propre pays, comme des agents de Moscou, presque jamais comme des Ukrainiens qui cherchent une fédération en Ukraine et, en tant que citoyens ukrainiens, qui résistent à un coup d’Etat orchestré depuis l’étranger contre leur gouvernement élu.

Chez les bellicistes règne pratiquement le même état d’excitation que lors d’une réunion de classe. Le batteurs de tambour du Washington Post qui incitent à la guerre contre la Russie sont les mêmes qui publiaient les mensonges sur les armes de destructions massive de Saddam Hussein.

Pour la plupart d’entre nous, la campagne présidentielle US est un spectacle de monstres, où Donald Trump tient le rôle du grand méchant. Mais Trump est détesté par ceux qui détiennent le pouvoir aux États-Unis pour des raisons qui ont peu à voir avec son comportement odieux et ses opinions. Pour le gouvernement invisible à Washington, le Trump imprévisible est un obstacle au projet de l’Amérique pour le 21e siècle, qui est de maintenir la domination des États-Unis et de soumettre la Russie, et, si possible, la Chine.

Pour les militaristes à Washington, le vrai problème avec Trump est que, dans ses moments de lucidité, il ne semble pas vouloir une guerre avec la Russie ; il veut parler avec le président russe, pas le combattre ; il dit qu’il veut parler avec le président de la Chine.

Dans le premier débat avec Hillary Clinton, Trump a promis de ne pas être le premier à utiliser des armes nucléaires dans un conflit. Il a dit : « Je ne voudrais certainement pas effectuer la première frappe. Une fois l’option nucléaire prise, c’est fini. » Les médias n’en ont pas parlé.

Le pensait-il réellement ? Qui sait ? Il se contredit souvent. Mais ce qui est clair, c’est que Trump est considéré comme une grave menace pour le statu quo entretenu par le vaste appareil de sécurité nationale qui opère aux États-Unis, quel que soit l’occupant de la Maison Blanche.

La CIA veut le voir battu. Le Pentagone veut le voir battu. Les médias veulent le voir battu. Même son propre parti veut le voir battu. Il représente une menace pour les dirigeants du monde – contrairement à Clinton, qui n’a laissé aucun doute qu’elle était prête à aller en guerre contre la Russie et la Chine, deux pays qui possèdent des armes nucléaires.

Clinton a la forme, comme elle s’en vante souvent. En effet, elle n’a plus rien à prouver. En tant que sénatrice, elle a soutenu le bain de sang en Irak. Quand s’est présentée contre Obama en 2008, elle a menacé de « totalement détruire » l’Iran. En tant que secrétaire d’Etat, elle a comploté dans la destruction des gouvernements de la Libye et du Honduras et mis en branle la provocation de la Chine.

Elle a promis de soutenir une zone d’exclusion aérienne en Syrie – une provocation directe d’une guerre avec la Russie. Clinton pourrait bien devenir le président le plus dangereux des États-Unis de mon vivant – un titre pour lequel la concurrence est rude.

Sans la moindre preuve, elle a accusé la Russie de soutenir Trump et d’avoir piraté ses e-mails. Publiés par WikiLeaks, ces e-mails nous révèlent que ce que dit Clinton en privé, dans ses discours aux riches et puissants, est le contraire de ce qu’elle dit en public.

Voilà pourquoi il est si important de faire taire et de menacer Julian Assange. En tant que dirigeant de WikiLeaks, Julian Assange connaît la vérité. Et permettez-moi de rassurer tous ceux qui sont préoccupés, il va bien, et WikiLeaks tourne à plein régime.

Aujourd’hui, la plus grande accumulation de forces dirigées par les Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale est en route – dans le Caucase et l’Europe orientale, à la frontière avec la Russie, et en Asie et dans le Pacifique, où la Chine est la cible.

Gardez cela à l’esprit lorsque le cirque de l’élection présidentielle atteindra son apogée le 8 Novembre, Si Clinton gagne, un chœur des commentateurs écervelés célébrera son couronnement comme un grand pas en avant pour les femmes. Aucun ne mentionnera les victimes de Clinton : les femmes syriennes, les femmes irakiennes, les femmes libyennes. Aucun ne mentionnera les exercices de défense civile menées en Russie. Aucun ne rappellera « les flambeaux de la liberté » d’Edward Bernays.

Un jour, le porte-parole chargé des relations avec la presse de George Bush a qualifié les médias de « facilitateurs complices ».

Venant d’un haut fonctionnaire d’une administration dont les mensonges, permis par les médias, ont provoqué tant de souffrances, cette description est un avertissement de l’histoire.

En 1946, le procureur du Tribunal de Nuremberg a déclaré au sujet des médias allemands : « Avant chaque agression majeure, ils lançaient une campagne de presse calculée pour affaiblir leurs victimes et préparer psychologiquement le peuple allemand pour une attaque. Dans le système de propagande, la presse quotidienne et la radio étaient les armes les plus importantes. »

John Pilger

Traduction « j’avais récemment recommencé à écouter France-Inter mais je n’ai tenu qu’une petite semaine » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» http://johnpilger.com/articles/inside-the-invisible-government-war-pro…
URL de cet article 31101
http://www.legrandsoir.info/a-l-interieur-du-gouvernement-invisible-guerre-propagande-clinton-trump.html

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154655510532317

[Contre la corruption générale des politiciens] Larry Lessig sera avec Flore Vasseur à Annecy, jeudi prochain, 10 novembre

Je vous avais parlé l’an passé de Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique.

« Depuis 7 ans, Larry Lessig dénonce sans relâche l’emprise des intérêts privés sur la démocratie américaine. Défenseur de la culture libre, c’est un pilier de la Silicon Valley. Professeur de droit et d’éthique à Harvard, conseiller d’Obama en 2008, fin constitutionnaliste, il connaît tous les rouages de Washington.

Il aurait pu être juge à la Cour Suprême. Il a décidé de se rebeller pour sauver l’intérêt général. Il mobilise sur les routes, sur Internet, dérange, questionne, force le débat. Au nom de son pays malade et de son ami mort, Aaron Swartz, hackeur de génie et enfant chéri de l’internet, il veut changer la donne. Après de multiples expérimentations pour imposer le thème de l’influence de l’argent dans la campagne présidentielle américaine, il a décidé de se porter candidat, dans le camp démocrate. Une expérience tragique qui dit tout de l’état de la démocratie américaine. »

Voilà un prof de droit constitutionnel à qui j’aurais deux mots à dire, bien sûr 🙂 (voir plus bas)…

Eh bien, Flore Vasseur va recevoir ce citoyen courageux à Annecy jeudi prochain, juste après l’élection américaine.

Voici quelques liens qui annoncent sa venue — veinards d’Annéciens 🙂 :

http://www.bonlieu-annecy.com/fiche_spectacle.php?id_spectacle=262

https://www.facebook.com/flore.vasseur.1/posts/10154627619249919

https://www.facebook.com/events/113408639131410/

J’espère que l’entretien et le débat seront filmés.

J’espère aussi qu’il y aura à Annecy quelques virus démocratiques, ou citoyens constituants c’est pareil, pour poser à Larry des questions fondatrices. Par exemple :

– Que pensez-vous de cette paralysante CONTRADICTION qui consiste à 1) déplorer notre impuissance politique et 2) adorer comme une vache sacrée le faux « suffrage universel » (c’est-à-dire élire des maîtres, au lieu de voter des lois) ?

ou

– En tant que professeur de droit constitutionnel, que pensez-vous du lien (que comprennent de plus en plus les électeurs) entre ce faux « suffrage universel » pour désigner les Assemblées constituantes, et l’impuissance politique institutionnelle des peuples du monde entier ? Autrement dit, le TIRAGE AU SORT DE L’ASSEMBLÉE CONSTITUANTE n’est-elle pas la seule procédure équitable et incorruptible pour instituer durablement une société juste, hors de portée de la puissance de triche des plus riches ?

Merci Flore ; n’oublie pas d’embrasser Larry pour nous 🙂

Étienne.

Fil FB correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154654562382317

[Résumé dense, 37 min] Les électeurs-enfants doivent MUTER en citoyens-adultes (adultes politiques et DONC économiques)

Si vous ne connaissez pas cet entretien (c’est un rappel), (avec presque tout ce qui compte le plus, à savoir et à faire savoir, de mon point de vue), il devrait vous plaire (j’espère) 🙂

Bonne rentrée à tous, bande de virus 🙂 avec, j’espère, une bonne grève générale, illimitée et reconductible, avec occupation des usines et ateliers constituants, un peu partout sur terre 🙂


Deux conseils de lecture pour la rentrée, deux tout petits livres, puissants, enthousiasmants, épatants épatants épatants :

Simone Weil (magnifique) : grève et joie pure

(éditions Libertalia)


http://www.editionslibertalia.com/catalogue/a-boulets-rouges/simone-weil-greves-et-joie-pure


Noam Chomsky (passionnant) : Sur le contrôle de nos vies

(ou « La Conférence d’Albuquerque »)

(Édition Allia)


http://www.editions-allia.com/fr/livre/454/sur-le-controle-de-nos-vies-br-ou-la-conference-d-albuquerque

Sur le terrorisme et la guerre : Daniele GANSER, Michel COLLON, Henri GUILLEMIN

Sur le terrorisme et la guerre, cette petite vidéo publiée par Jordanix vient de dépasser le million de vues en 48 h (!) :

https://www.facebook.com/Jordaniiix/videos/888085901324553/?pnref=story

Sacré internet…

Version Youtube pour les allergiques à Facebook 🙂 :

Du bon boulot de bon virus, bravo 🙂
#auseindupeupleleniveaumonte

————-

POUR CREUSER le sujet (essentiel) des mensonges malfaisants de nos prétendus « représentants » pour justifier leurs sales guerres (depuis toujours), je vous conseille ces quelques documents (importants) :

1) Daniele Ganser nous explique les ARMÉES SECRÈTES DE L’OTAN et les innombrables attentats sous faux drapeau (STRATÉGIE DE LA TENSION) pour légitimer des guerres impériales de rapine :

Ne ratez pas les travaux de Daniel GANSER. Ce document est particulièrement important et mérite d’être téléchargé, sauvé en lieu sûr, étudié attentivement le crayon à la main (pour fixer les dates et les noms), et diffusé autour de vous au maximum :

2) Michel COLLON nous explique les innombrables MEDIAMENSONGES proférés par les prétendus « journalistes » (presque tous salariés de banques ou de marchands de canons) pour légitimer les guerres de rapine de la grande bourgeoisie :

3) Henri GUILLEMIN nous explique LE FASCISME, mutation autoritaire et guerrière des prétendus « républicains » conservateurs qui renient même leur faux « suffrage universel » (désigner des maîtres au lieu de voter les lois) dès qu’ils voient que le peuple ne va plus voter correctement, c’est-à-dire quand le vrai socialisme monte et que les usuriers négriers (les héritiers des « Girondins » et des « Versaillais ») sentent qu’ils vont perdre les élections — et donc le pouvoir : le fascisme, brandi contre le péril extérieur, sert à faire diversion pour ne pas traiter les problèmes intérieurs, l’éternelle « question sociale » :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/multimedia/Guillemin_Le_fascisme_en_France_1987.mp3

(Conférence signalée sur ce blog il y a 4 ans, déjà : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/06/01/225-henri-guillemin-le-fascisme-en-france.)

J’en profite pour vous rappeler quelques mots sur ce que je pense de l’apport immense de Guillemin, pour comprendre l’importance de la guerre, VOULUE ET IMPOSÉE PAR LA CLASSE DES 1% LES PLUS RICHES contre la classe des 99% « pauvres » :

#auseindupeupleleniveaumonte

Merci à vous tous, bande de virus 🙂 pour tout ce que vous faites, personnellement, quotidiennement, opiniâtrement, concrètement, pour notre éducation populaire commune, entre nous, tous les jours.

Étienne.

PS : la-vidéo-aux-500-000-par-jour publiée par Jordanix est extraite d’un entretien de 20 min. avec Olivia, à Annecy en septembre 2014.

 

Pour résister à nos maîtres du moment (qui se prétendent nos « représentants ») et à leurs sales guerres, il faut que nous devenions tous constituants, pragmatiquement, réellement :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154379488082317

[N’oublions pas Maurice ALLAIS] « Jean Tirole : d’un prix Nobel d’économie à l’autre… » par Éric Conan, Marianne

J’ai eu la chance de connaître personnellement Maurice Allais, quelques années avant sa mort, et nous avons eu souvent tous les deux de longues conversations, chez lui et au téléphone, sur l’Union européenne, sur le libre-échange, sur la création monétaire, sur l’anisotropie de l’espace (…) et sur… le processus constituant dévoyé comme source de l’impuissance politique populaire 🙂

Cet homme avait constitué une incroyable bibliothèque (d’autodidacte en économie), plus de 30 000 livres je crois ; il y en avait partout 🙂 Il ne lisait pas les synthèses et commentaires universitaires sur les grands auteurs, me disait-il, il lisait les grands auteurs eux-mêmes, directement dans le texte. Tous… Il avait commencé sa formation économique, me racontait-il souvent, en recalculant carrément lui-même toute la comptabilité nationale… Il m’avait offert son petit livre sur ce sujet, d’ailleurs (« Les fondements comptables de la macro-économie. Les équations comptables entre quantités globales et leurs applications », 1954). En matière d’économie, il n’avait pas été conditionné par la Faculté, il avait grandi — et il pensait — librement. Son premier grand livre, passionnant, « Économie et intérêt », analysait en détail les mécanismes du crédit, décisifs pour toute l’économie ; et il y expliquait — et condamnait — la création monétaire pratiquée par les banques privées (p. 273 et s., par exemple). C’était en 1947 !

Il avait surtout le courage de contredire frontalement la doxa économique (la pensée unique imposée, prétendument « libérale »), même au prix de sa renommée : il a été bâillonné par la presse-devenue-feuille-de-propagande-bancaire jusqu’à sa mort, pour avoir osé fulminer contre la politique révoltante de l’Union européenne, tempêter contre les scandaleuses politiques néolibérales, protester contre le détestable et ruineux « libre-échange », vitupérer les banquiers privés (qu’il appelait des faux-monnayeurs) pour avoir confisqué la création monétaire aux nations, admonester les gouvernements qui dérégulaient au lieu de réguler… Bref, vous imaginez comme j’étais à l’aise en discutant avec cet économiste-là 🙂 Nous nous tutoyions et nous nous appelions par nos prénoms (alors que Maurice, comme beaucoup d’ingénieurs, appelait même ses amis par leur nom de famille). J’ai de la nostalgie pour cette époque, où j’avais l’impression de devenir l’ami de Keynes 🙂 Cette proximité me donnait de l’assurance et de la force, à un moment (2007) où j’en avais bien besoin, car tout ce que je découvrais — et que je voulais dire — était très hétérodoxe, et donc pas facile à assumer.

En janvier 2008, j’avais évoqué avec insistance l’article 104 du traité de Maastricht et l’importance centrale du travail de Maurice Allais sur la création monétaire abandonnée aux banques privées (j’avais aussi parlé ce jour-là d’Annie Lacroix-Riz, autre précieuse lanceuse d’alerte, sur les origines scandaleuses du carcan unioneuropéen), lors d’une courte conférence à l’IEP d’Aix-en-Provence (avec Raoul Marc Jennar) :

J’avais publié à l’époque, sur ce blog (avec son autorisation), le texte de son petit livre (introuvable, allez comprendre pourquoi) : « La crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires. » (1999) :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/messages_recus/La_crise_mondiale_d_aujourd_hui_Maurice_Allais_1998.pdf

Il faut aussi signaler (mais il y a tant de livres de Maurice, je dois en avoir 30…) « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : L’évidence empirique » (1999), « L’Europe en crise, que faire ? : Réponses à quelques questions, pour une autre Europe » (2005) et « Pour l’indexation, condition majeure d’efficacité, d’équité et d’honnêteté » (1999), ainsi que « Économie et intérêt » (1947) :

J’ai été heureux que L’Humanité (« Maurice Allais appelle à dire « non » au Traité européen. Entretien » avec Eric Laurent),
François Ruffin (Fakir : « MAURICE ALLAIS : « CONTRE LE MONDIALISME, VIVE LE PROTECTIONNISME ! »)
et Marianne (« LETTRE OUVERTE AUX FRANÇAIS : CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS ») (trois médias « de gauche », donc, ayant l’intelligence de voir — et le courage de dire publiquement — l’intérêt pour tous du travail d’un homme pourtant classé « à droite ») lui aient donné la parole dans les derniers jours de sa vie.

Olivier Berruyer, de son côté, sur son excellent site (les-crises.fr), a publié une synthèse très intéressante sur le travail de Maurice : « [5 ans déjà] Le testament de Maurice Allais (1911-2010) » : https://www.les-crises.fr/le-testament-de-maurice-allais/

Et Marianne rappelle de temps en temps ce honteux bâillon imposé par la presse bancaire à ceux qui résistent aux banques, comme dans l’article ci-dessous, bien fait, d’Éric Conan, publié dans le numéro du 20 mai 2016.

Maurice Allais défendait l’intérêt général mordicus (il nous défendait contre les banques), alors que Jean Tirole… hum.

Heureusement, le niveau monte, et les « économistes » de banque et les « journalistes » de banque ont de plus en plus de mal à nous faire gober leurs bobards.

Bonnes lectures 🙂

Étienne.
_____________________________

Jean Tirole : d’un prix Nobel d’économie à l’autre…

Eric Conan

Jean Tirole, dernier prix Nobel d’économie français, est partout. Mais il ne faut pas se tromper : ce n’est pas parce qu’il a eu le Nobel que Jean Tirole intéresse les élites, mais parce que ce que dit ce Nobel leur plaît. Tout leur plaît chez lui. La preuve ? Le traitement inverse réservé au précédent Nobel d’économie français, Maurice Allais. Que personne n’invitait. Que ceux qui se prosternent devant Tirole boycottaient. Parce qu’il disait le contraire de leur oracle d’aujourd’hui.

Il est partout. Ils s’arrachent tous Jean Tirole, dernier prix Nobel d’économie français. Douze pages béates et la couverture de l‘Express. Un éditorial de style nord-coréen dans le Point pour vanter ce « trésor national », son « intelligence à l’état pur », son travail « lumineux ». Et l’Obs invite à l’écouter pour « éclairer les décisions politiques », notamment contre « notre sacro-saint CDI ». Ce n’est pas la première fois qu’un fonctionnaire dénigre la garantie de l’emploi pour les autres. Ou recommande de transformer le salariat en variable d’ajustement. Beaucoup d’énarques savent faire cela. Mais lui est universitaire et prix Nobel. Cela change. Il assure dire « ce que dit la science ». Voilà pourquoi il a été beaucoup sollicité pour défendre la loi El Khomri. Il faut, pour mesurer l’état du système médiatique, avoir entendu un de ces journalistes de plateau télé (comme il y a des grenouilles de bénitier), demander la larme à l’œil à « celui qui sait » s’il ne souffre, « au plus profond de [lui]-même », d’être si peu obéi…

Il ne faut pas se tromper : ce n’est pas parce qu’il a eu le Nobel que Jean Tirole intéresse les élites,mais parce que ce que dit ce Nobel leur plaît. Tout leur plaît chez lui. D’abord, la délicieuse appellation de son université, rebaptisée Toulouse School Of Economics. Une forme de franchise, sa principale originalité, distinguée par le Nobel, étant d’avoir importé en France les dernières modes du néo-libéralisme universitaire américain. Moins partisan de supprimer les pathologies bancaires (titrisation et produits dérivés) que de déréguler le marché du travail, ce défenseur de la financiarisation de l’entreprise propose de faire de l’arbitrage du marché (de la pollution aux greffes d’organes) le principe universel des relations entre individus sans Histoire ni frontières.

La preuve que les élites saluent en Tirole moins le prix Nobel que l’écho de leur vulgate se vérifie par le souvenir du traitement inverse réservé au précédent Nobel d’économie français, Maurice Allais. Que personne n’invitait. Que ceux qui se prosternent devant Tirole boycottaient. Parce qu’il disait le contraire de leur oracle d’aujourd’hui.

Il y a plusieurs raisons de revenir sur le sort indigne réservé à Maurice Allais. Par justice pour ce grand savant, mort dans la solitude et la colère en 2010. Parce que Marianne publia en 2009 son dernier grand texte, sur la crise, « Lettre ouverte aux Français : contre les tabous indiscutés ». Et parce que la violence de son ostracisation atteste la capacité de censure des élites. Son pedigree semblait pourtant plus convaincant que celui de Tirole : macro-économiste et spécialiste de l’équilibre des marchés, de la monnaie et du risque financier, Allais avait été dès 1999 un des rares à annoncer dans le détail la crise de 2008.

Mais son explication était taboue : cette crise financière ne constituait que le symptôme d’une crise économique plus profonde provoquée par la déréglementation de la concurrence sur le marché mondial de la main-d’œuvre et la façon dont un système bancaire émancipé du contrôle politique en profitait par la dette. Se disant « libéral et socialiste », Allais dénonçait la « chienlit laisser-fairiste » néo-libérale et proposait de vraies réformes quand Tirole, ne parlant que de s’adapter à un « monde incertain », « qui a changé », « qui n’est plus comme avant », campe un personnage à la Cioran (« Etre moderne, c’est bricoler dans l’incurable »).

LA PRINCIPALE ORIGINALITÉ DE JEAN TIROLE EST D’AVOIR IMPORTÉ EN FRANCE LES DERNIÈRES MODES DU NÉO-LIBÉRALISME UNIVERSITAIRE AMÉRICAIN.

Contrairement à Tirole, qui répète que « les peuples sont fâchés avec l’économie », Allais expliquait qu’une économie dominée par la finance organise la guerre entre les peuples. Et ce partisan de l’Union dénonçait le tournant néo-libéral de Bruxelles ayant provoqué désindustrialisation et chômage, en ouvrant « l’Europe sans aucune protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire ».

Les positions d’Allais le rendaient inclassable. « Toute ma vie d’économiste, j’ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la règle qui libère« , précisait l’économiste, dont son ami Raymond Aron avait bien résumé la prétention risquée : « Convaincre les socialistes que le vrai libéral ne désire pas moins qu’eux la justice sociale, et les libéraux que l’efficacité de l’économie de marché ne suffit plus à garantir une répartition acceptable des revenus. » Ses analyses iconoclastes sur la crise suffisaient à le marginaliser. Ses propositions l’ont diabolisé : il recommandait de casser la course au moins-disant social organisée par la spéculation financière en instituant un protectionnisme intelligent par « ensembles régionaux présentant de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales ».

Cet homme condamné au silence analysait avec humour son propre sort (et, de manière prémonitoire, celui de Jean Tirole…) : « Je suis un prix Nobel… téléspectateur ! Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. »

D’où son interrogation sur les médias : « Quelle est leur liberté par rapport au monde de la finance ? En particulier les multinationales, principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française. Ils nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. »

Source : Marianne, http://www.marianne.net/jean-tirole-prix-nobel-economie-autre-100243091.html

—-

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154369399622317

[Bien commun menacé – Tous concernés] Comment le Pentagone punit les lanceurs d’alerte

Merci au Saker francophone (remarquable site d’information quotidienne) d’avoir traduit cet article important du Guardian.

Tous les pouvoirs vont jusqu’à ce qu’ils trouvent une limite, et les pouvoirs n’aiment pas les limites : tous les pouvoirs tendent à s’autonomiser, à s’affranchir progressivement de tous les contrôles réels.
Les pouvoirs sont incapables de se limiter eux-mêmes.

Si nous n’apprenons pas à fixer nous-mêmes des limites aux pouvoirs, on verra réapparaître les camps et les massacres, naturellement, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Nous avons absolument besoin que les lanceurs d’alerte soient bien protégés, particulièrement en ce moment, et il n’y a que nous pour le faire (les pouvoirs ne le feront jamais correctement — à cause du conflit d’intérêts).

Complétez cette info autant que vous le pouvez (dans les commentaires), et… faites passer.

ÉC.

Comment le Pentagone punit les lanceurs d’alerte


Par Mark Hertsgaard – Le 22 mai 2016 – Source The Guardian


À l’heure actuelle, presque tout le monde sait ce qu’Edward Snowden a fait. Il a révélé des documents top-secrets montrant que l’Agence nationale de sécurité (NSA) espionnait des centaines de millions de personnes à travers le monde, collectait des appels téléphoniques et des courriels de pratiquement tout le monde sur terre utilisant un téléphone mobile ou Internet. Lorsque ce journal [The Guardian, NdT] a commencé à publier les documents de la NSA en juin 2013, cela a provoqué un débat politique féroce qui continue à ce jour – à propos de la surveillance du gouvernement, mais aussi à propos de la moralité, de la légalité et de la valeur civique de lancer des alertes.

Mais si vous voulez savoir pourquoi Snowden a fait une telle chose, et la façon dont il l’a fait, vous devez connaître les histoires de deux autres hommes.

Le premier est Thomas Drake, qui a dénoncé les mêmes activités de la NSA dix ans avant Snowden. Drake était un fonctionnaire de la NSA plus haut placé dans la hiérarchie que ne l’était Snowden. Il a obéi aux lois étasuniennes concernant les lanceurs d’alerte, en utilisant les canaux officiels pour transmettre ses griefs. Résultat, il fut explosé.

Drake fut viré, arrêté à l’aube par des agents du FBI, pistolets aux poings, dépouillé de son habilitation de sécurité, accusé de crimes qui auraient pu l’envoyer en prison pour le reste de sa vie, ruiné financièrement et professionnellement. Le seul travail qu’il a pu trouver ensuite, fut dans un magasin Apple de la banlieue de Washington, où il travaille encore aujourd’hui. Ajoutant l’insulte aux blessures, ses avertissements sur les dangers du programme de surveillance de la NSA ont été largement ignorés.

«Le gouvernement a passé de nombreuses années à essayer de me briser, et plus je résistais, plus il devenait méchant», m’a dit Drake.

L’histoire de Drake a été racontée depuis, et a eu un impact profond sur Snowden, qui a dit à un journaliste en 2015: «Il est juste de dire que s’il n’y avait pas eu de Thomas Drake, il n’y aurait pas eu d’Edward Snowden.»

Mais il y a un autre homme dont l’histoire n’a jamais été racontée et qui, pour la première fois, parle publiquement ici. Son nom est John Crane, il était un haut fonctionnaire du ministère de la Défense, qui a combattu pour fournir un traitement équitable aux lanceurs d’alerte comme Thomas Drake – jusqu’à ce que lui-même soit contraint de quitter son emploi et de devenir lui aussi un lanceur d’alerte.

Son témoignage révèle un nouveau chapitre crucial dans l’histoire Snowden – et la bataille perdue de Crane pour protéger les précédents lanceurs d’alerte montre très clairement que Snowden avait de bonnes raisons de rendre ses révélations publiques.

Au cours de dizaines d’heures d’interviews, Crane m’a raconté comment les hauts fonctionnaires du ministère de la Défense ont violé la loi, à plusieurs reprises, pour persécuter Drake. Tout d’abord, raconte-t-il, ils ont révélé l’identité de Drake au ministère de la Justice; puis ils ont confisqué (et peut-être détruit) les preuves, après que Drake eut été mis en examen; enfin, ils ont menti à propos de tout cela à un juge fédéral.

L’ironie suprême? Dans leur zèle pour punir Drake, ces responsables du Pentagone ont involontairement enseigné à Snowden comment échapper à leurs griffes quand l’employé contractuel NSA de 29 ans a, à son tour, lancé l’alerte. Snowden ignorait les machinations cachées à l’intérieur du Pentagone pour casser Drake, mais le résultat de ces machinations – l’arrestation de Drake, son inculpation et sa persécution – a envoyé un message sans équivoque : soulever des inquiétudes au sein du système est source de malheur.

«Nommez un dénonciateur de la communauté du renseignement dont la divulgation a conduit à un changement réel – un changement de lois ou de stratégies – et qui n’a pas été confronté à des représailles par la suite. Les protections n’existent tout simplement pas, a déclaré Snowden au Guardian cette semaine. La triste réalité d’aujourd’hui, est que transmettre à l’inspecteur général des preuves d’actes répréhensibles vraiment sérieux est souvent une erreur. Les transmettre à la presse comporte des risques graves, mais au moins vous avez une chance.»

Snowden a vu ce qui était arrivé à Drake et à d’autres lanceurs d’alerte comme lui. La clé de l’efficacité de Snowden, selon Thomas Devine, le directeur juridique du Projet Government Accountability (PGA), est qu’il a pratiqué la désobéissance civile, plutôt que la dénonciation légale. (PGA, un groupe sans but lucratif de Washington qui défend les lanceurs d’alerte, a représenté Snowden, Drake et Crane.)

« Aucun des dénonciateurs légitimes qui ont essayé d’exposer la surveillance sans mandat du gouvernement – et Drake était loin d’être le seul à avoir essayé – n’a réussi, me dit Devine. Ils se sont manifestés et ont avancé leurs charges, mais le gouvernement répond seulement : Ils mentent, ils sont paranoïaques, nous ne faisons pas ces choses là. Les dénonciateurs ne pouvaient pas prouver leur cause, parce que le gouvernement avait classé ‘confidentiel’ toutes les preuves. Considérant que Snowden a emmené les preuves avec lui, quand le gouvernement a publié ses dénégations habituelles, il a pu produire, document après document, les preuves indiquant que le gouvernement mentait. C’est du lancement d’alerte par désobéissance civile. »

Crane, un résident de Virginie, bien bâti avec des taches de gris dans son collier de barbe bien taillée, a compris la décision de Snowden de ne pas respecter les règles – mais la regrette. «Quelqu’un comme Snowden ne devrait pas avoir à ressentir le besoin de se faire du mal juste pour la bonne cause», me dit-il.

Le témoignage de Crane n’est pas simplement un indicateur des motivations et des méthodes de Snowden. Si ses allégations sont confirmées par la cour, cela pourraient amener des hauts responsables actuels et anciens du Pentagone en prison. (Des enquêtes officielles sont tranquillement en cours.)

Mais l’histoire de Crane a encore plus de conséquences : elle réfute la position prise par Barack Obama et Hillary Clinton contre Snowden, disant que celui-ci aurait dû transmettre ses préoccupations par des voies officielles parce que la loi américaine sur les lanceurs d’alerte l’aurait protégé.

Comment Edward Snowden est-il passé de ‘loyal entrepreneur travaillant pour la NSA’ à ‘lanceur d’alerte’ ?

Au moment où Snowden est devenu une figure publique en 2013, Crane avait déjà passé des années à mener une bataille perdue au Pentagone pour fournir aux lanceurs d’alerte les protections juridiques auxquelles ils avaient droit. Il a pris ses responsabilités tellement au sérieux, et a été si souvent en conflit avec ses supérieurs, qu’il portait des copies de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte de 1989 et de la Constitution des États-Unis dans sa poche, pour les sortir pendant les conflits au bureau.

Les avocats de Crane à PGA – qui ont l’habitude de travailler avec tous les types de lanceurs d’alerte, gouvernementaux ou privés – ont été déconcertés par son attitude. D’après leur expérience, les responsables gouvernementaux les plus élevés se souciaient peu des droits des lanceurs d’alerte. Alors qu’est ce qui motivait Crane à continuer à se battre pour les droits des lanceurs d’alerte au Pentagone, alors même que ses supérieurs devenaient de plus en plus hostiles et l’ont finalement forcé à démissionner?

Selon Crane, le courage de se battre vient de sa famille. Il n’a jamais oublié l’histoire qu’il a entendue étant enfant, de son propre grand-père, un officier de l’armée allemande qui fit une fois face à Adolf Hitler, à la pointe du fusil, dans la nuit où le futur Führer a tenté son premier coup d’État.

Ancien conseiller de presse pour les membres républicains du Congrès, John Crane a été embauché par le bureau de l’inspecteur général du ministère de la Défense en 1988. Au sein des organismes gouvernementaux des États-Unis, un inspecteur général est comme une sorte de juge et chef de la police. L’IG, comme l’inspecteur général est connu, est chargé de s’assurer qu’une agence donnée fonctionne selon la loi – obéit aux règles et règlements, dépense l’argent comme elle y est autorisée par le Congrès. «Dans le bureau de l’IG, nous étions les gars avec les chapeaux blancs», nous dit Crane.

En 2004, Crane fut promu inspecteur général adjoint. À l’âge de 48 ans, ses responsabilités comprenaient la supervision du département sur les dénonciations au ministère de la Défense, ainsi que d’enquêter sur toutes les allégations de malversations provenant des deux millions d’employés du ministère (de loin le plus grand effectif au sein du gouvernement des États-Unis), et dans certains cas les allégations provenant de la NSA et d’autres agences de renseignement.

A cette époque, Thomas Drake était déjà bien avancé sur le chemin qui allait finalement le relier à Crane. Le premier jour de Drake comme employé à part entière de l’Agence nationale de sécurité fut le 11 septembre 2001. Alors que la NSA allait gonfler en taille et en budget lorsque les États-Unis répondraient aux attaques du 11 Septembre, l’agence était déjà classée comme la plus grande organisation d’espionnage, la plus généreusement financée sur terre. Créée en 1952, la NSA est le casseur de code du gouvernement et sonoreille mondiale. La NSA intercepte les communications des gouvernements et des individus étrangers et traduit cette intelligence brute en information utilisable par la CIA, le FBI et les agences gouvernementales.

Drake, père de cinq enfants, avait déjà travaillé pour la NSA pendant 12 ans, comme entrepreneur du secteur privé. Une fois devenu membre du personnel de la NSA, il fut placé directement sous la responsabilité du troisième plus haut fonctionnaire de la NSA, Maureen Baginski; elle a dirigé la plus grande division de la NSA, la Direction du renseignement pour les signaux, qui était responsable de l’interception des appels téléphoniques et autres communications.

Grand, sombre, intense, Drake était un joueur d’échecs de championnat à l’école secondaire, dont le don pour les mathématiques, l’informatique et les langues ont fait de lui un élément naturel pour l’écoute clandestine en langues étrangères et la mise à disposition des compétences cryptographiques et linguistiques dont la NSA avait besoin. Pendant la Guerre froide, il a travaillé pour le renseignement de l’armée de l’air et la surveillance des communications de la police secrète de l’Allemagne de l’Est, la Stasi.

Dans les semaines qui suivirent les attentats du 11 septembre, Drake a été affecté à la préparation du plaidoyer de la NSA au sujet de la catastrophe. Le Congrès, les médias et le public exigeaient des réponses : qu’est ce qui avait mal tourné à la NSA et dans les autres organismes fédéraux, pour permettre aux agents d’Oussama Ben Laden de mener une attaque si dévastatrice?

Pendant que Drake interrogeait des collègues de la NSA et fouillait les dossiers de l’agence, il est tombé sur des informations qui l’ont horrifié. Il a découvert que la NSA – avant même le 11 septembre – avait secrètement modifié son champ d’opérations pour étendre ses pouvoirs.

Depuis sa création, il était strictement interdit à la NSA d’écouter les communications nationales. L’enquête de Drake l’a persuadé que la NSA violait cette restriction en collectant des informations sur les communications à l’intérieur comme à l’extérieur des États-Unis. Et cela, sans avoir obtenu les ordonnances judiciaires exigées par la loi.

Respectueux de la loi depuis le lycée – il a une fois dénoncé à la police les noms des camarades de classe qu’il soupçonnait de vendre de l’herbe – Drake m’a dit qu’il se sentait obligé d’agir. «J’ai fait le serment de respecter et de défendre la Constitution contre tous les ennemis étrangers et nationaux», m’a-t-il expliqué.

Pour Drake, le Programme de surveillance du Président, comme on l’appelait sous l’administration de George W. Bush, lui a rappelé l’état d’esprit de la Stasi. «Vous ne passez pas des années à écouter un État policier sans en être affecté, ce n’est pas possible, me dit-il. Je me souviens m’être dit : Ouah, je ne veux pas que cela se produise dans notre pays! Comment pourriez-vous vivre dans une société où il faut toujours regarder derrière son épaule, ne sachant pas à qui pouvoir faire confiance, même dans votre propre famille ?»

Le cauchemar de la persécution de Drake par son propre gouvernement a commencé innocemment. Ayant découvert des preuves de comportement apparemment illégal, il a fait ce que sa formation militaire et le droit sur les lanceurs d’alerte lui demandaient : il a transmis ces informations à la chaîne de commandement. Dès le début 2002, il a fait part de ses préoccupations, d’abord à un petit nombre de hauts fonctionnaires de la NSA, puis aux membres appropriés du Congrès et au personnel des comités de surveillance du Sénat et de la Chambre des représentants.

Drake a passé d’innombrables heures à ces séances, mais est finalement arrivé à la conclusion que personne ayant une position d’autorité ne voulait entendre ce qu’il disait. Quand il a dit à son patron, Baginski, que la surveillance accrue de la NSA à la suite du 11 septembre semblait juridiquement contestable, elle lui aurait dit de laisser tomber car la Maison Blanche en avait décidé autrement.

John Crane a entendu parler de Thomas Drake quand Crane et ses collègues du bureau de l’Inspection générale du Pentagone ont reçu une plainte d’un lanceur d’alerte en septembre 2002. La plainte alléguait que la NSA soutenait une politique de surveillance électronique qui était à la fois financièrement et constitutionnellement irresponsable. La plainte a été signée par trois anciens responsables de la NSA, William Binney, Kirk Wiebe et Edward Loomis, et une ancienne membre du personnel du Congrès principal, Diane Roark. Drake a également approuvé la plainte – mais parce que lui, contrairement aux quatre autres, n’avait pas encore pris sa retraite de la fonction publique, il a demandé à ce que son nom soit anonyme, même dans un document censé être traité de manière confidentielle au sein du gouvernement.

Binney, Wiebe, Loomis et Roark ont partagé les préoccupations de Drake sur les implications constitutionnelles de la surveillance de masse sans mandat, mais leur plainte portait sur deux autres questions.

Le premier point était d’ordre financier. Les lanceurs d’alerte ont soutenu que le programme de surveillance de la NSA, du nom de code Trailblazer, était un gaspillage éhonté de 3,8 milliards de dollars – il avait été plus efficace pour canaliser l’argent des contribuables vers des entrepreneurs privés que pour protéger la patrie.

Le deuxième point dénoncé était que Trailblazer rendait en réalité les États-Unis moins sûrs. Ils ont reconnu que Trailblazer avait considérablement élargi la quantité de communications électroniques recueillies par la NSA. Mais cette avalanche de données brutes était trop forte – les analystes de la NSA avaient du mal à distinguer l’essentiel du futile et étaient donc susceptibles de manquer des indices importants.

Drake en a découvert un exemple choquant en faisant des recherches pour son rapport sur les attentats du 11 septembre. Des mois auparavant, la NSA était entrée en possession d’un numéro de téléphone à San Diego, qui a été utilisé par deux des pirates de l’air qui plus tard se sont écrasés sur le World Trade Center. Mais la NSA n’a pas agi suite à cette découverte.

Comme Drake l’a dit plus tard à l’expert sur la NSA, James Bamford, la NSA a intercepté sept appels téléphoniques entre ce numéro de téléphone à San Diego et un QG d’al-Qaida au Yémen. Drake a trouvé un enregistrement de ces sept appels enterré dans une base de données de la NSA.

Les responsables américains savaient depuis longtemps que le QG du Yémen était une plaque tournante opérationnelle à travers laquelle Ben Laden, depuis une grotte en Afghanistan, ordonnait des attaques. Sept appels téléphoniques à un tel centre à partir du même numéro de téléphone étaient évidemment suspects. Pourtant, la NSA n’a pris aucune mesure – l’information avait apparemment été négligée.

Les lanceurs d’alerte de la NSA envoyèrent d’abord leur plainte à l’inspecteur général de la NSA, qui les a renvoyés. Ils montèrent plus haut dans l’échelle bureaucratique, en déposant la plainte auprès de l’inspecteur général du ministère de la Défense. Là, Crane et son personnel ont substantiellement défendu la plainte – en d’autres termes, que leur propre enquête avait conclu que les accusations des lanceurs d’alerte de la NSA étaient probablement valides.

Au cours de leur enquête, Crane et ses collègues du bureau de l’inspection générale ont également confirmé l’allégation selon laquelle le programme de surveillance de l’administration Bush avait violé le quatrième amendement de la Constitution des États-Unis, en espionnant les communications des Américains sans mandat légal. «Nous étions préoccupés par ces questions constitutionnelles avant même d’avoir étudié leur plainte, m’a dit Crane. Nous avions reçu d’autres documents de la part d’autres lanceurs d’alerte qui confirmaient ce point.»

Conformément à la procédure standard, ces résultats d’enquête ont été transmis aux comités de la Chambre et du Sénat supervisant la NSA – et cela a poussé le Congrès à mettre fin au financement du programme Trailblazer. Mais pour les dénonciateurs de la NSA, cette apparente victoire fut le début d’une sombre saga qui allait changer leur vie à jamais.

Les efforts de surveillance de masse de l’administration Bush ont été partiellement exposés en décembre 2005, lorsque le New York Times a publié un article en première page, écrit par les journalistes James Risen et Eric Lichtblau. Il révélait que la NSA avait espionné des appels internationaux et des courriels de certaines personnes aux États-Unis, sans mandats légaux.

Huit ans plus tard, cette histoire sera éclipsée par les révélations de Snowden. Mais à l’époque, la Maison Blanche de Bush était furieuse – et ils étaient déterminés à trouver et à punir celui qui avait divulgué ces détails au New York Times.

Selon Crane, ses supérieurs du bureau de l’inspecteur général du Pentagone étaient désireux d’aider à cela. Henry Shelley, l’avocat général – l’avocat principal du bureau – a demandé que le bureau de l’inspection générale dénonce Drake et les autres lanceurs d’alerte de la NSA aux agents du FBI enquêtant sur la fuite du Times.

Après tout, la récente plainte des lanceurs d’alerte de la NSA avait dénoncé les mêmes pratiques de surveillance décrites dans l’article du Times – ce qui en faisait logiquement des suspects de la fuite. Crane s’y est vigoureusement opposé. Informer qui que ce soit – encore moins des enquêteurs du FBI – du nom d’un lanceur d’alerte était illégal.

Après avoir débattu de la question lors d’une réunion officielle dans le bureau personnel de l’inspecteur général, Shelley et Crane ont continué à en débattre dans le couloir. «J’ai sorti ma copie de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte de ma poche, se souvient Crane.Je craignais qu’Henry ne soit en train de violer la loi. Nos voix n’étaient pas fortes, mais la conversation était, je dirais, très intense et agitée. Henry [répondit] qu’il était l’avocat général, l’avocat général est celui chargé de gérer les choses avec le ministère de la Justice et qu’il ferait les choses à sa façon.»

Henry Shelley a refusé mes demandes répétées pour une entrevue. Dans un e-mail, il m’a dit : «Je suis confiant que lorsque cette question sera complètement résolue, aucune faute de ma part ne sera relevée.»

Le désaccord entre Crane et Shelley en resta là. Ou c’est ce qu’il semblait encore 18 mois plus tard. Le matin du 26 juillet 2007, des agents du FBI armés de fusils ont pris d’assaut les maisons de Binney, Wiebe, Loomis et Roark. Binney se séchait après la douche lorsque les agents l’ont arrêté; lui et sa femme se sont tout à coup trouvés avec un canon de fusils entre les yeux, se souvient le retraité de la NSA.

Crane a senti le coup fourré. L’enquête que son personnel avait menée sur la plainte des lanceurs d’alerte avait été hautement classifiée : très peu de gens pouvaient connaître leurs noms, et ils auraient dû rester confinés à l’intérieur du bureau de l’Inspection générale. Après les raids, Crane a confronté Shelley et a exigé de savoir si le bureau de l’IG avait donné les noms au FBI. Shelley a refusé de discuter de la question, se rappelle Crane.

La bataille a bientôt dégénéré. Quatre mois plus tard, des agents du FBI ont pris d’assaut la maison de Drake dans un raid tôt le matin, devant sa famille en état de choc.

Après que Drake eut été inculpé en 2010, ses avocats ont déposé une demande, conforme à la loi sur la liberté d’information, pour obtenir les documents liés à l’enquête que le bureau de Crane avait menée sur les dénonciations des lanceurs d’alerte. Selon Crane, il lui a été ordonné par ses supérieurs du bureau de l’IG de retarder la remise des documents – qui auraient pu innocenter Drake – jusqu’après le procès, qui devait avoir lieu plus tard dans l’année.

Crane prétend qu’il lui a été ordonné de le faire par Shelley et Lynne Halbrooks – qui avait récemment été nommée directrice adjointe de l’inspecteur général (en d’autres termes, le deuxième plus haut fonctionnaire dans le bureau de l’IG). Crane a protesté, mais a aussi perdu cette bataille. (Halbrooks n’a pas répondu à ses demandes répétées pour une entrevue.)

En décembre 2010, près de cinq ans après que le bureau de l’inspecteur général du Pentagone avait apparemment donné le nom de Drake aux enquêteurs du FBI, les avocats de ce dernier ont déposé une plainte auprès de l’inspecteur général, alléguant que Drake avait été puni en représailles de sa dénonciation. Selon leur plainte, les crimes dont Drake avait été accusés étaient «basés en partie, ou en totalité, sur des informations que M. Drake avait fournies à l’IG [du Pentagone]» au cours de son enquête sur les lanceurs d’alerte de la NSA.

Crane fut à la fois effrayé et révolté. La plainte des avocats de Drake semblait confirmer ses soupçons que quelqu’un au bureau de l’IG avait illégalement dénoncé Drake au FBI. Pire encore, l’acte d’accusation déposé contre Drake présentait des similitudes indéniables avec le témoignage confidentiel que Drake avait donné au personnel de Crane – suggérant que quelqu’un dans le bureau de l’IG n’a pas simplement donné le nom de Drake au FBI, mais a partagé tout son témoignage, une violation flagrante du droit.

La plainte de Drake demandait une enquête, a dit Crane à Halbrooks. Mais Halbrooks, rejoint par Shelley, aurait rejeté la demande de Crane. Elle a ajouté que Crane n’était pas un «bon joueur d’équipe» et que s’il ne changeait pas, elle lui rendrait la vie difficile.

Mais il y a pire encore. Alors que le procès de Drake approchait, au printemps de 2011, Crane savait que la loi exigeait du bureau de l’IG qu’il réponde à la plainte contre représailles déposée par les avocats de Drake. Mais, raconte Crane, Shelley l’a alors informé qu’il lui serait impossible d’y répondre – parce que les documents pertinents avaient été détruits. Le personnel de niveau inférieur «a foutu le bordel», lui aurait dit Shelley : ils avaient déchiqueté les documents dans un nettoyage, prétendument de routine, des vastes armoires de l’IG pleines de documents confidentiels.

Crane ne pouvait en croire ses oreilles. «J’ai rappelé à Henry que la destruction de documents dans de telles circonstances était, comme il le savait, une question très grave et pourrait conduire l’inspecteur général à être accusé d’entrave à une enquête criminelle.» Shelley a répondu, selon Crane, qu’il n’y aurait pas de problèmes si tout le monde se montrait bon joueur d’équipe.

Le 15 février 2011, Shelley et Halbrooks ont envoyé au juge chargé de l’affaire Drake une lettre qui répète l’excuse donnée à Crane : les documents demandés ont été détruits, par erreur, lors d’un nettoyage de routine. Ce nettoyage de routine a eu lieu avant que Drake n’ait été inculpé, est-il expliqué dans cette lettre au juge Richard Bennett.

«Lynne et Henry m’avaient écarté à ce moment-là, donc je ne savais rien de cette lettre au juge Bennett, dit Crane. Ils ont donc fini par mentir à un juge dans une affaire pénale, ce qui bien sûr est un crime.»

Avec Drake résistant fermement à la pression des procureurs pour trouver un accord – «Je ne vais pas négocier avec la vérité», a-t-il déclaré –  le gouvernement a finalement retiré la plupart des accusations portées contre lui. Ensuite, le juge a fustigé la conduite du gouvernement. Il était «extraordinaire», a-t-il dit, que le gouvernement ait fait irruption dans la maison de Drake, l’ait accusé, puis laisse tomber le cas à la veille du procès comme si, après tout, ce n’était pas un gros problème. «Je trouve cela inadmissible, a ajouté Bennett. Déraisonnable. Ce sont les racines même sur lesquelles ce pays a été fondé […] Ce fut l’une des choses les plus fondamentales dans la déclaration des droits, que ce pays ne devait pas être exposé à des gens frappant à la porte avec l’excuse de l’autorité gouvernementale et pénétrant dans leurs maisons ».

Lorsque John Crane a mis sa carrière en jeu en se mobilisant pour un traitement légal des lanceurs d’alerte du Pentagone, il suivait un code moral datant de 80 ans, transmis par son grand-père allemand. Crane a grandi dans une banlieue de Virginie, mais il a passé presque chaque été en Allemagne avec la famille de sa mère. Au cours de ces séjours d’été, Crane a entendu d’innombrables fois l’histoire du moment où son grand-père a confronté Hitler. Sa mère et sa grand-mère ont raconté l’histoire, et la morale ne changeait jamais. «Il faut toujours essayer de faire la chose juste, même quand il y a des risques, se souvient Crane. Et si quelqu’un doit faire la chose juste, il peut bien sûr y avoir des conséquences.»

Le grand-père de Crane était proche des 40 ans la nuit du Putsch de la brasserie d’Hitler, le 8 novembre 1923. Complotant pour renverser la République de Weimar, Hitler et 600 membres armés de son nouveau parti nazi ont encerclé une brasserie de Munich où le gouverneur de Bavière, Gustav von Kahr, s’adressait à la foule. Les rebelles ont fait irruption dans la salle, dans l’espoir d’enlever Von Kahr et de marcher sur Berlin. Après que ses hommes eurent dévoilé une mitrailleuse cachée dans la galerie à l’étage, Hitler a tiré en l’air et a crié: «La révolution nationale a commencé!»

Le grand-père de Crane, Günther Rüdel, était dans la salle, dans le cadre de ses fonctions militaires. Rüdel a noté dans un mémo de huit pages, à simple interligne, un compte rendu du putsch, minute par minute, en tant que témoin oculaire. (Rüdel fut plus tard un témoin du gouvernement dans le procès qui a condamné Hitler à cinq ans de prison, même s’il n’a a pas été appelé à la barre.)

Fils d’un éminent général allemand, Rüdel avait servi avec distinction dans la Première Guerre mondiale, gagnant deux Croix de fer. En 1923, il occupait le poste de chef adjoint politique au général Otto von Lossow, plus haut fonctionnaire de l’armée allemande en Bavière. En tant que tel, Rüdel était le principal lien entre Von Lossow et Von Kahr et au courant des nombreux rapports des deux hommes avec Hitler. Soupçonnant qu’Hitler et ses partisans avaient prévu un coup d’État, Lossow et Rüdel avaient forcé leur chemin dans la brasserie afin de suivre les évènements. Le chef de la police de l’État de Bavière, Hans Ritter von Seisser, était là aussi, accompagné d’un garde du corps. Rüdel se tenait avec Lossow et Von Seisser quand les hommes armés ont fait irruption dans la salle, Hitler en tête.

«Hitler, pistolet au poing, escorté à droite et à gauche par des hommes armés, sa tunique tachée de bière, a pris d’assaut la salle et le podium», a écrit Rüdel dans son affidavit. «Quand il était exactement en face de nous, l’adjudant chef de la police Von Seisser a saisi [mais n’a pas dégainé] son épée. Hitler a immédiatement pointé son pistolet sur la poitrine de l’homme. Je lui ai crié, Monsieur Hitler ce n’est pas de cette façon que vous libérerez l’Allemagne. Hitler a hésité, baissé son pistolet et a continué son chemin entre nous vers le podium.»

Dans le chaos environnant, les hommes d’Hitler ont essayé de forcer Von Kahr, Lossow et Von Seisser à rejoindre le coup d’État, mais leur soulèvement a fait long feu. Quelques jours plus tard, Hitler a été arrêté et accusé de trahison. Il a passé un an en prison, où il a écrit son autobiographie, Mein Kampf.

«Nous sommes en train de devenir un État policier», a déclaré Diane Roark dans une interview 2014 à la télévision. En se référant à elle-même et aux autres lanceurs d’alerte de la NSA, elle a ajouté: «Nous sommes les canaris dans la mine de charbon. On n’a rien fait de mal. Tout ce que nous avons fait était de nous opposer à ce programme. Et pour cela, ils nous ont piétinés.»

«Ils disent : Nous faisons cela pour vous protéger, m’a dit William Binney, le collègue lanceur d’alerte de Roark. Je vais vous dire que c’est exactement ce que les nazis disaient dans un Ordre spécial 48 en 1933 – nous faisons cela pour vous protéger. Et voilà comment ils se sont débarrassés de tous leurs opposants politiques.»

Ce sont des déclarations fortes – comparer les actions du gouvernement des États-Unis à l’Allemagne nazie, alerter d’un état policier naissant – il est donc utile de rappeler qui les a prononcées. Les lanceurs d’alerte de la NSA ne sont pas des gauchistes pacifistes à la noix. Ils ont passé leur vie professionnelle à l’intérieur du système de renseignement américain, consacré, pensaient-ils, à la protection de la patrie et à la défense de la Constitution.

Ce sont des conservateurs politiques, très instruits, respectueux des preuves, faisant attention à ce qu’ils disent. Et ils ont dit, sur la base de leur expérience personnelle, que le gouvernement américain a été dirigé par des gens qui étaient prêts à enfreindre la loi et à subtiliser les pouvoirs impressionnants de l’État à leurs propres fins. Ils disent que les lois et les technologies qui ont secrètement été mises en place menacent de renverser la gouvernance démocratique étasunienne, que l’ont croyait acquise, et de réduire leurs libertés à néant. Et ils disent que quelque chose doit être fait à ce sujet avant qu’il ne soit trop tard.

À Washington, les hauts fonctionnaires et les politiciens insistent toujours pour dire que le vrai méchant est Edward Snowden. L’ancien directeur de la CIA James Woolsey a appelé à ce que Snowden soit  «pendu par le cou jusqu’à sa mort, plutôt que d’être simplement électrocuté».

Les démocrates sont moins sanguinaires, mais guère plus indulgents. Le président Obama et Hillary Clinton soutiennent que Snowden a violé la loi alors qu’il aurait dû leur faire confiance. «Il aurait pu obtenir toutes les protections promises à un lanceur d’alerte, a déclaré Clinton dans le premier débat présidentiel démocratique d’octobre dernier. Il aurait pu soulever toutes les questions qu’il a soulevées. Et je pense qu’il aurait obtenu une réponse positive à tout cela.»

Dites cela à Thomas Drake. Dites cela aussi, sur ce sujet, à John Crane.

Halbrooks a forcé Crane à démissionner de son poste en janvier 2013. Après avoir quitté le Pentagone, Crane s’est dirigé vers le Government Accountability Project, où l’ancien protecteur des lanceurs d’alerte est devenu lui-même un lanceur d’alerte.

Crane a déposé plainte contre Shelley et Halbrooks, détaillant de nombreux méfaits, bien plus que ceux décrits dans cet article. Le Bureau du Conseil Spécial (BCS), l’agence américaine chargée d’enquêter sur ces questions, a conclu en mars 2016 qu’il y avait une «forte probabilité» que les accusations de Crane soient fondées. Le choix par le BCS de l’expression «forte probabilité» est frappant. Il aurait pu estimer tout  simplement de «manière raisonnable» que les accusations de Crane étaient véridiques, et dans ce cas, aucune autre mesure n’aurait été nécessaire. En concluant plutôt à une «forte probabilité», le BCS a déclenché un processus qui a légalement requis du secrétaire de la défense Ashton Carter d’organiser une nouvelle enquête sur les allégations de Crane. Parce qu’aucun organisme fédéral n’est autorisé à enquêter lui-même, cette enquête est menée par le ministère de la Justice.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Crane vise à réintégrer son ancien emploi. Son avocat, Devine, pense que c’est un fantasme. De l’avis de Devine, les problèmes auxquels sont confrontés les lanceurs d’alerte sont systémiques – et le système ne pardonne jamais, surtout à quelqu’un qui a exposé la corruption du système comme Crane l’a fait.

Pour Crane, cependant, c’est une simple question de bien et de mal. Il n’est pas celui qui a violé la loi; ce sont ses supérieurs. Ce n’est donc pas à lui d’en payer le prix, mais à eux.

«Je veux seulement voir le système fonctionner correctement, dit-il. Je sais que le système peut échouer – la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne nazie – mais je sais aussi que vous devez faire ce qui est juste. Parce que le gouvernement est si puissant, vous devez le faire tourner efficacement et honnêtement et conformément à la loi.»

«Quelles sont les chances que le système fonctionne correctement pour votre cas?» demandai-je à Crane.

«Je ne vais pas vous donner de chiffres, répond-il avec un petit rire. C’est juste quelque chose que je me dois de faire.»

Mark Hertsgaard

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

Article original du Guardian en anglais :
http://www.theguardian.com/us-news/2016/may/22/how-pentagon-punished-nsa-whistleblowers

_____

[Lanceurs d’alerte] Elise Lucet sans filtre, Cash investigation, Panama Papers, l’offensive des journalistes ?

Source : Thinkerview

[Lanceurs d’alerte] Michel Collon « Propagande de Guerre, festival de médias mensonges et complot ? »

Source : Thinkerview

[Lanceurs d’alerte] Denis Robert « Charlie Hebdo sans filtre »

Source : Thinkerview

Il faut voir le film (très émouvant et très important) qui raconte l’histoire de Snowden
itizen four

Première intervention publique d’Edward Snowden en France (Intégralité – en français)

Lanceurs d’alerte : coupables [selon les hommes au pouvoir] ou héros [selon le bien commun] ? Arte 16 décembre 2014

_______

[Edit]

Stéphanie Gibaud: « on vous prend tout » [quand vous lancez une alerte]

Hervé Falciani: « j’étais prêt à aller jusqu’en prison après mes révélations »


Hervé Falciani: "j'étais prêt à aller jusqu'en… par franceinter

Un ancien agent de Tracfin comparaît pour des révélations sur le compte de Cahuzac – 05/11

_____________

Un article paru dans le journal britannique « The guardian » : le Pentagone se prépare à une rupture civile de masse
http://www.upr.fr/actualite/monde/guardian-pentagone-surveillance-mouvements-sociaux

Le Pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Publié le 17 juin 2014

Pentagone-prepare-rupture-civile-masse

Un article paru dans le journal britannique « The guardian » : le Pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Le journal The Guardian – plutôt classé à gauche sur l’échiquier politique britannique – s’est fait une spécialité, depuis maintenant plusieurs années, d’ouvrir ses colonnes et son site Internet à ce qu’il est convenu d’appeler des whistleblower (traduit approximativement par « lanceurs d’alerte » en français). C’est-à-dire à des citoyens ordinaires (fonctionnaires, chercheurs, universitaires,…), qui décident d’informer le grand public d’un danger ou de dérives dangereuses ou criminelles qu’ils ont pu constater dans leur métier, en interpellant les pouvoirs en place et en suscitant la prise de conscience de leurs contemporains.

Parmi les affaires les plus récentes, The Guardian a par exemple été l’un des principaux médias dans le monde à donner en 2013 la plus large couverture possible à Edward Snowden, ancien employé de la CIA et de la NSA, qui a rendu public les programmes de surveillance de masse de la NSA.

S’inscrivant dans cette ligne éditoriale, The Guardian a publié voici quelques jours – le 12 juin 2014 sur son site Internet – un long article de Nafeez Ahmed, universitaire et journaliste spécialiste de la sécurité internationale.

Cet article révèle au grand public l’existence d’un programme – « l’initiative de recherche Minerva » – lancé par le ministère américain de la Défense, qui consiste à mettre les sciences sociales et les recherches anthropologiques au service opérationnel des militaires américains.

Parmi les objectifs clairement annoncés figure celui d’amener l’armée américaine à étudier la façon dont apparaissent les mouvements de protestation populaire (impliquant plus de 1 000 participants en activité de façon durable) dans 58 pays (dont les États-Unis eux-mêmes), et de la préparer à neutraliser ces mouvements. L’un des programmes de recherche a ainsi organisé des exercices militaires dans lesquels les participants étaient chargés de repérer ceux qui ‘‘causaient les problèmes’’, ceux qui ‘‘résolvaient les problèmes’’ et le reste de la population. L’objectif opérationnel était de définir une campagne « d’informations » « permettant de déplacer le centre de gravité de l’opinion vers cet ensemble de valeurs et de points de vue qui constituait ‘‘l’état final désiré’’ de la stratégie de l’armée.»

Il ne s’agit pas de suppositions « conspirationnistes », mais de faits établis. Et il ne s’agit pas d’opérations anecdotiques. L’initiative de recherche Minerva doit bénéficier de 75 millions de dollars sur cinq ans et a bénéficié pour cette seule année d’une dotation de 17,8 millions de dollars votée par le Congrès américain. Pour mémoire, le budget alloué par le Congrès à la Commission d’enquête sur le 11 septembre a été de 14 millions de dollars. 

Autant dire que cet article est très intéressant et qu’il me semble devoir être largement diffusé en France.

Je remercie le service de traduction de l’UPR (Elisabeth McCormick) pour avoir traduit en français cet article dont la version originale en anglais peut être consultée ici :http://www.theguardian.com/environment/earth-insight/2014/jun/12/pentagon-mass-civil-breakdown?CMP=twt

Le pentagone se prépare à une rupture civile de masse

Les sciences sociales se militarisent afin de développer des « outils opérationnels » visant à cibler des militants pacifiques et des mouvements de protestation.

publié par Nafeez Ahmed le 12 juin 2014

le pentagone

 

Le Pentagone finance des recherches en sciences sociales dans le but de modéliser les risques de « contagion sociale » qui pourraient compromettre les intérêts stratégiques américains. Photographe : Jason Reed/REUTERS

Le Département de la Défense américain (DoD) finance un programme de recherche universitaire dont le but est de modéliser la dynamique, les risques et les points de basculement de troubles civils à grande échelle à travers le monde, sous la supervision de diverses agences militaires américaines. Ce programme de plusieurs millions de dollars est conçu pour élaborer des « éclairages pertinents pour les combattants » à court et à long terme, destinés aux hauts fonctionnaires et décideurs de « la communauté de la défense ». Il vise également à informer la politique menée par « les commandements de terrain.»

Lancée en 2008 – l’année de la crise bancaire mondiale – « l’initiative de recherche Minerva » du DoD a noué un partenariat avec les universités, «visant à améliorer la compréhension de base des forces sociales, culturelles, comportementales et politiques qui façonnent les régions du monde d’importance stratégique pour les États-Unis.»

Parmi les projets retenus pour la période 2014-2017 figure une étude dirigée par l’Université de Cornell, gérée par le Bureau scientifique de recherche de l’US Air Force, visant à développer un modèle empirique « de dynamique de mobilisation du mouvement social et des phénomènes de contagion. » Ce projet déterminera « la masse critique (points de basculement) » des contagions sociales à partir de l’étude de leur « empreinte numérique » dans les cas de « la révolution égyptienne de 2011, des élections de 2011 à la Douma en Russie, de la crise du carburant subventionné au Nigéria en 2012, et des manifestations au parc de Gazi en Turquie en 2013. »

Les messages sur Twitter et les conversations seront examinés « afin d’identifier les personnes qui se mobilisent dans une contagion sociale et le moment à partir duquel elles se mobilisent. »

Un autre projet attribué cette année à l’Université de Washington « cherche à découvrir les conditions dans lesquelles les mouvements politiques visant à des changements politiques et économiques à grande échelle prennent naissance » ainsi que leurs « caractéristiques et conséquences ». Ce projet, géré par le Bureau de recherche de l’Armée américaine, met l’accent sur « les mouvements à grande échelle impliquant plus de 1 000 participants en activité de façon durable ». Il couvrira 58 pays au total.

L’an dernier, l’initiative Minerva du DoD a financé un projet permettant de déterminer « Qui ne devient pas un terroriste et pourquoi ? ». Ce projet, cependant, confond les militants pacifiques avec les « partisans de la violence politique », qui se démarquent des terroristes en cela qu’ils ne versent pas eux-mêmes dans le « militantisme armé ». Le projet énonce explicitement qu’il va étudier les activistes non violents :

« Dans chaque société, nous trouvons beaucoup d’individus qui ont en commun les mêmes arrière-plans  démographiques, familiaux, culturels ou socio-économiques que ceux qui ont décidé de s’engager dans le terrorisme et qui, cependant, s’abstiennent eux-mêmes de prendre les armes, même s’ils peuvent être favorables aux objectifs finaux de groupes armés. Dans le domaine des études sur le terrorisme, les études n’ont pas, jusqu’à tout récemment, tenté de regarder ce groupe de contrôle. Ce projet ne traite pas des terroristes, mais des partisans de la violence politique. »

Chacune des 14 études de cas du projet « implique des entretiens approfondis avec plus de dix militants et activistes de partis et d’organisations non gouvernementales qui, bien que favorables aux causes radicales, ont choisi la voie de la non-violence. »

J’ai contacté le chercheur principal du projet, le Professeur Maria Rasmussen de l’École d’études supérieures du Centre naval américain, en lui demandant pourquoi les activistes non violents travaillant pour les ONG devraient être assimilés à des partisans de la violence politique  – et quels « partis et organisations non gouvernementales » sont ainsi étudiés. Mais je n’ai reçu aucune réponse.

De même, le personnel du programme Minerva a refusé de répondre à une série de questions similaires que je leur ai soumises, demandant notamment comment les « causes radicales » promues par les ONG pacifistes pouvaient constituer une menace potentielle à la sécurité nationale susceptible d’intéresser le DoD.

Entre autres questions, j’ai demandé :

  • « Le Département américain de la Défense voit-il les mouvements de protestation et l’activisme social dans différentes parties du monde comme une menace pour la sécurité nationale américaine ? Si oui pourquoi ? »
  • « Le Département de la Défense américain considère-t-il les mouvements politiques visant un changement politique et économique à grande échelle comme une question de sécurité nationale ? Si oui pourquoi ? »
  • « L’activisme, la protestation, les ‘’mouvements politiques’’ et bien sûr les ONG sont des éléments vitaux d’une société civile saine et de la démocratie. Pourquoi le DoD finance-t-il des recherches pour étudier de telles questions ? »

Le Dr Erin Fitzgerald, directeur du programme Minerva m’a répondu  : « J’apprécie votre intérêt et je suis heureux que vous nous contactiez pour nous donner l’occasion d’apporter des clarifications », avant de me promettre une réponse plus détaillée. Au lieu de quoi, j’ai reçu la vague déclaration suivante du bureau de presse du DoD :

« Le Département  de la Défense prend au sérieux son rôle en matière de sécurité des États-Unis, de ses citoyens, des alliés de l’Amérique et de ses partenaires. Alors que tous les défis concernant la sécurité ne provoquent pas de conflit et que tous les conflits n’impliquent pas l’intervention de l’armée américaine, Minerva contribue à financer des recherches en sciences sociales fondamentales qui aident le département de la Défense à mieux comprendre ce qui provoque l’instabilité et l’insécurité dans le monde entier. Par une meilleure compréhension de ces conflits et de leurs causes préalables, le Département de la défense peut mieux se préparer au futur environnement de sécurité dynamique. »

En 2013, Minerva a financé un projet de l’Université du Maryland, en collaboration avec le laboratoire Pacific Northwest National du département américain de l’énergie, pour évaluer le risque de troubles civils dus au changement climatique. Ce projet triennal de 1,9 million de dollars élabore des modèles pour anticiper ce qui pourrait arriver aux sociétés, selon un éventail de scénarios de changements climatiques potentiels.

Dès le départ, le programme Minerva a été prévu pour fournir plus de 75 millions de dollars sur cinq ans dédiés à la recherche en sciences sociales et comportementales. Pour cette seule année, il lui a été alloué un budget total de 17,8 millions de dollars par le Congrès américain.  

Une communication par courriel interne destiné au personnel de Minerva – référencée dans un mémoire d’ expertise de 2012 – révèle que le programme est orienté vers des résultats rapides destinés à être directement applicables aux opérations sur le terrain. Le mémoire faisait partie d’un projet financé par Minerva  visant à « contrer le discours musulman radical » à l’Université de l’État de l’Arizona.

Un courriel interne du Professeur Steve Corman, chercheur principal du projet, fait état d’une rencontre organisée par le Programme de Modélisation Humaine, Sociale, Culturelle et Comportementale (HSCB) du Département de la Défense, programme dans lequel des hauts responsables du Pentagone indiquent que leurs priorités sont « de développer des capacités rapidement disponibles » sous forme de « modèles et outils pouvant être intégrés aux opérations ».

Corman précise dans son courriel que, bien que le responsable du Bureau de Recherche navale, le Dr Harold Hawkins, ait assuré d’emblée aux chercheurs de l’Université que le projet n’était qu’« un effort de recherche courant, donc nous ne devrions pas être préoccupés par son application pratique », la réunion a en réalité montré que le DoD cherche à « mettre en application les résultats ». Corman conseille à ses chercheurs de « penser à présenter les résultats, les rapports, etc., de telle sorte qu’ils [le DoD] puissent clairement voir leur application comme outils qui peuvent être mis en place sur le terrain. »

De nombreux chercheurs indépendants critiquent ce qu’ils considèrent être les efforts du gouvernement américain en matière de militarisation des sciences sociales au service de la guerre. En mai 2008, l’Association Américaine d’Anthropologie (AAA) a écrit au gouvernement américain pour souligner que le Pentagone n’a pas « le genre d’infrastructure pour évaluer la recherche anthropologique [et autres sciences sociales] » d’une manière qui assure « un examen par les pairs, rigoureux, objectif et équilibré » ; elle a demandé que de telles recherches soient gérées à la place par des organismes civils comme la Fondation National des Sciences (NSF).

Le mois suivant, le DoD a signé un protocole d’entente (Memorandum of understanding) (MoU) avec la NSF afin de pouvoir coopérer à la gestion de Minerva. En réponse, l’AAA a mis en garde que, même si les propositions de recherche devaient désormais être évaluées par des comités d’examen du mérite de la NSF, « les fonctionnaires du Pentagone auront le pouvoir de décision au moment de déterminer qui siègera aux comités d’examen » :

«… Il reste des inquiétudes dans la discipline que la recherche soit financée uniquement lorsqu’elle prend en compte l’ordre du jour du Pentagone. Les autres critiques du programme, notamment le Réseau des anthropologues engagés, ont fait état de leurs inquiétudes quant à un programme susceptible de décourager la recherche dans d’autres domaines importants, et de saper le rôle de l’Université comme lieu de discussion indépendant et de critique des instances militaires ».

Selon le professeur David Price, anthropologue culturel à l’Université de Saint-Martin à Washington DC et auteur de La militarisation de l’anthropologie : Les sciences sociales au service de l’État militarisé : « Lorsque vous regardez chaque élément d’un grand nombre de ces projets, ils se présentent comme des sciences sociales normales, d’analyse textuelle, de recherche historique et ainsi de suite ; mais lorsque vous additionnez tous ces morceaux, ils partagent tous des thèmes de lisibilité avec toutes les distorsions résultant de la sur-simplification. Minerva travaille à la production des éléments de l’empire d’une façon qui peut permettre aux gens de dissocier leurs contributions individuelles du projet d’ensemble. »

Le Professeur Price a précédemment exposé comment le programme HTS (Human Terrain Systems) du Pentagone – programme conçu pour intégrer des spécialistes des sciences sociales dans le domaine des opérations militaires – conduit régulièrement des scénarios de formation dans les régions « à l’intérieur des États-Unis. »

Citant une critique sommaire du programme envoyée aux directeurs d’HTS par un ancien employé, Price a rapporté que les scénarios de formation HTS « ont adapté COIN [contre-insurrection] pour l’Afghanistan et l’Irak » à des « situations internes aux États-Unis » où la population locale était considérée d’un point de vue militaire comme une menace pour l’équilibre du pouvoir et de l’influence et une contestation de la loi et de l’ordre ».

Price rapporte qu’un exercice militaire impliquait des militants écologistes protestant contre la pollution provenant d’une centrale au charbon près du Missouri, dont certains étaient membres de l’ONG environnementale bien connue Sierra Club. Les participants furent chargés d’« identifier ceux qui ‘‘résolvaient les problèmes’’», ceux qui ‘‘causaient les problèmes’’ et le reste de la population, qui devait être la cible d’opérations d’informations afin de déplacer le centre de gravité de l’opinion vers cet ensemble de valeurs et de points de vue qui constituait ‘‘l’état final désiré’’ de la stratégie de l’armée. »

Ces exercices militaires s’inscrivent dans le droit fil d’une série de documents du Pentagone qui indiquent que la surveillance de masse de l’Agence de la Sécurité Nationale (National Security Agency – NSA) est en partie motivée par la préparation à l’impact déstabilisateur des chocs à venir, environnementaux, énergétiques et économiques.

James Petras, professeur de sociologie à l’Université de Binghamton à New York, partage les inquiétudes de Price. Les sociologues financés par Minerva et liés aux opérations de contre-insurrection du Pentagone sont impliqués dans l’« étude des émotions survenant lorsqu’on alimente ou que l’on réprime des mouvements déterminés par une idéologie » ajoute-t-il, notamment pour « contrer des mouvements populaires. »

Minerva est un excellent exemple de la profonde étroitesse d’esprit et de la nature défaitiste de l’idéologie militaire. Pire encore, la mauvaise volonté des responsables du DoD pour répondre aux questions les plus fondamentales est symptomatique d’une évidence : dans leur mission à toute épreuve pour défendre un système mondial de plus en plus impopulaire qui sert les intérêts d’une infime minorité, les agences de sécurité n’hésitent pas à peindre le reste d’entre nous comme des terroristes en puissance.

Le Dr Nafeez Ahmed est un universitaire et un journaliste spécialiste de la sécurité internationale. Il est l’auteur du Guide de l’utilisateur de la crise de civilisation : et comment la sauver ainsi que du roman de science-fiction à paraître, ZÉRO POINT.

Source : http://www.upr.fr/actualite/monde/guardian-pentagone-surveillance-mouvements-sociaux

Valeureux lanceur d’alerte, Denis Robert, toujours sur le pont, ici pour défendre Antoine Deltour à son procès inique au Luxembourg, navire amiral de la fraude fiscale unioneuropéenne

Merci Denis Robert, merci beaucoup.
Il faudrait qu’on soit des millions sur le pont avec vous, avec les lanceurs d’alerte.
Faites passer, faut se réveiller, ça suffit l’escroquerie capitaliste !

Denis Robert 2 h :

« Bilan de la journée… Me suis levé à six heures, ai commencé par RTL, ai enchaîné sur la RTBF, puis Canal, grand et petit journal, Radio bleue, I télé, BFM, Arte, TF1, Mirabelle, des luxembourgeois, des allemands, FR3, des alters, Basta mag, LCP, etc pour arriver au dernier, le stagiaire sympathique de Public Sénat qui oublie de mettre un disque dans son magnéto et qui veut qu’on recommence. Niet. Jet de l’éponge. Une vingtaine d’interviews où j’ai essayé de varier les formules. Au final, ce constat ancrée qu’on est -avec ce procès Luxleaks- dans un délire total. Ce sont les voleurs -et donc la société d’audit PWC- qui sont du (bon) côté de la justice et les justes qui sont sur le banc des accusés. Au centre de ce jeu de dupes, des magistrats qui ressemblent à des personnages de Daumier et de Kafka, engoncés dans leur orgueil, utilisant un vocabulaire qui se veut judiciaire et éclairé, mais qui n’est qu’un jargon visant à accabler celui qui dit la vérité. On a passé la matinée à écouter religieusement la représentante de la société d’audit qui a organisé la fraude fiscale nous expliquer comment Antoine Deltour avait fait pour s’emparer du « data ». Tu parles… Peut être suis je le fou de l’histoire? Peut être suis je le seul à ressentir cela mais j’ai vraiment eu le sentiment d’être dans un hôpital psychiatrique grandeur nature. Les fous étaient ceux qui nous faisaient la leçon. »

Rappel du soutien nécessaire à Antoine Delcour :
[Urgent] Nous devons aider Antoine Deltour, lanceur d’alerte, persécuté par les politiciens

_______

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154151905442317?pnref=story