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[ROBOTS TUEURS] Big Brother n’aura bientôt plus besoin de snipers, si nous n’apprenons pas (très vite) à limiter nous-mêmes ses pouvoirs. Lisez Grégoire Chamayou : Théorie du drone !

Les ateliers constituants populaires (quotidiens et contagieux) ne sont pas « théoriques » : ils sont une réaction sociale de survie, pragmatique et ultra-prioritaire

À lire absolument :

Théorie du drone, par Grégoire Chamayou


https://lafabrique.atheles.org/livres/theoriedudrone/

Nombreux extraits dans ma page ‘Précieuses pépites‘ (cherchez ‘Chamayou’) :

« Les grandes conquêtes impériales qui furent les nôtres à l’autre bout de la terre parce que nous possédions la mitrailleuse Maxim et, qu’en face, ils n’avaient que des sagaies, nous reviendront en mémoire à la vue de ces nouveaux exploits, où le sang ne coulera plus, ou du moins plus de notre côté, car nous aurons les groupes téléchiriques [machines commandées à distance], alors qu’eux, les pauvres, n’auront que du napalm et du gaz moutarde à leur opposer. »
Anonyme, 14 mai 1964, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 39.

Les ressorts différentiels de l’indignation morale ont leurs mystères. Tandis que la chasse virtuelle aux animaux suscitait un scandale à peu près universel, la chasse à l’homme télécommandée pouvait, à la même époque, prendre tranquillement son essor, dans des formes similaires, sans que personne, parmi ces mêmes acteurs, n’y trouvât rien à redire.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 49.

Une guerre qui requiert de notre part une chasse à l’homme internationale.
George W. Bush, 14 février 2003, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 49.

En 2001, Donald Rumsfeld s’était convaincu que « les techniques utilisées par les Israéliens contre les Palestiniens pouvaient tout simplement être déployées à grande échelle ». Il pensait surtout aux programmes d’ « assassinats ciblés » dont l’État d’Israël venait de reconnaître officiellement l’existence. Les territoires occupés étant devenus, comme l’explique Eyal Weizman, « le plus grand laboratoire du monde pour les thanatotactiques aéroportées », il n’était pas étonnant que celles-ci soient exportées.

Mais il restait un problème : « comment organiser le département de la Défense pour les chasses à l’homme ? À l’évidence, confiait Rumsfeld en 2002, nous ne sommes pas bien organisés pour cela à l’heure actuelle. » L’appareil militaire états-unien n’était pas prêt, au début des années 2000, a assurer efficacement à l’échelle mondiale des missions habituellement dévolues à la police dans l’espace domestique : l’identification, la traque, la localisation et la capture ─ mais plutôt dans les faits, l’élimination physique ─ d’individus suspects.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 50.

 
Quoi qu’il en soit, il fallut s’attacher à définir et imposer une nouvelle doctrine stratégique. Des chercheurs travaillèrent à énoncer les « principes théoriques de la chasse à l’homme » destinés à servir de cadre à ces opérations. George A. Crawford les résuma dans un rapport publié en 2009 […] Ce texte, qui se proposait de « faire de la chasse à l’homme un des fondements de la stratégie étatsunienne », en appelait notamment à créer une « agence nationale de la chasse à l’homme », instrument indispensable pour « bâtir une force de chasse à l’homme du futur ».
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 51.

David Rohde, journaliste au New York Times kidnappé en 2008 et détenu au Waziristan pendant sept mois, fut l’un des premiers occidentaux à décrire les effets que cette surveillance létale persistante produit sur les populations qui la subissent. Évoquant un « enfer sur terre », il ajoute : « les drones étaient terrifiants. Depuis le sol, il est impossible de déterminer qui ou quoi ils sont en train de traquer pendant qu’ils décrivent des cercles au-dessus de votre tête. Le bourdonnement lointain du moteur sonne comme le rappel constant d’une mort imminente. […] Tout le monde a peur tout le temps. »
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 67.

« C’est le plus étrange des rituels bureaucratiques : toutes les semaines, plus d’une centaine de membres du tentaculaire appareil de sécurité nationale se réunissent par téléconférence sécurisée pour disserter des biographies de terroristes présumés et désigner au président ceux qui doivent être les prochains à mourir. » Cette réunion hebdomadaire a été surnommée, à Washington, le « mardi de la terreur ». Une fois établie, la liste des nominés part à la Maison blanche, où le président [Obama] approuve personnellement, de façon orale, chaque nom. La « kill list » ayant ainsi été validée, les drones se chargent du reste.

Les critères pertinents, pour l’établissement de ces listes de condamnés à mort sans procès, demeurent inconnus. L’administration se refuse à toute précision en la matière.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 69.

 
Avec le concept de « guerre globale contre la terreur », la violence armée a perdu ses bornes traditionnelles : indéfinie dans le temps, elle l’est aussi dans l’espace. Le monde entier, dit-on, est un champ de bataille. Mais il serait plus exact de dire un terrain de chasse. Car si le rayon de la violence armée se globalise, c’est au nom des impératifs de la traque.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 79.

Comme le rappellent les théoriciens de la chasse à l’homme, « les frontières souveraines comptent parmi les meilleurs alliés » qu’un fugitif puisse avoir.

La Common Law anglaise autorisait autrefois, dans les campagnes, à « mener la chasse aux bêtes de proie nuisibles, tels les renards et les putois, jusque sur la propriété d’autrui ; parce que détruire de telles créatures était réputé d’intérêt public ». C’est ce genre de droit que voudraient aujourd’hui s’arroger les États-Unis, pour des proies humaines, à l’échelle du monde. Il faut, résumait Paul Wolfowitz, « leur dénier tout sanctuaire ».

Ce qui se dessine, c’est un pouvoir invasif se fondant moins sur une notion de droit de conquête que de droit de poursuite. Un droit d’intrusion et d’empiètement universel qui autoriserait à courir sus à la proie partout où elle se réfugie […]

En devenant stratosphérique, le pouvoir impérial modifie son rapport à l’espace. Il s’agit moins d’occuper un territoire que de le contrôler par le haut en s’assurant la maîtrise des airs. Eyal Weizman explique en ces termes tout un pan de la stratégie israélienne contemporaine, qu’il décrit comme une « politique de la verticalité ». Dans ce modèle, « technologie plutôt qu’occupation », il s’agit de « maintenir la domination sur des zones évacuées par d’autres moyens que le contrôle territorial ». À cette verticalisation du pouvoir correspond une forme d’autorité hors-sol, où tout, chaque individu, chaque maison, chaque rue, « même le plus petit événement sur le terrain peut être surveillé, soumis à des mesures de police ou détruit depuis le ciel.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 80.

Lorsqu’elle est établie, le but immédiat d’une « kill box » [zone dessinée sur une carte géographique] est d’autoriser les forces aériennes à conduire des opérations contre des cibles de surface sans autre coordination avec le commandement. […] chaque cube devient alors une « zone autonome d’opération » pour les unités combattantes qui en ont la charge. En clair, dans un cube donné, feu à volonté. Une « kill box » est une zone de tuerie temporaire.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 83.

 
Il s’agit en fait de nano-drones, des robots insectes autonomes capables de marauder en essaim et de « naviguer dans des espaces de plus en plus confinés ». Grâce à des engins de ce type, la violence armée pourrait s’exercer dans de tout petits espaces, dans des micro-cubes de mort. Plutôt que de détruire tout un immeuble pour éliminer un individu, miniaturiser l’arme, passer dans les embrasures et confiner l’impact de l’explosion télécommandée à une seule pièce, voire à un seul corps. Votre chambre ou votre bureau deviennent une zone de guerre. […]

En redéfinissant la notion de zone de conflit armé comme un lieu mobile rattaché à la personne de l’ennemi, on en arrive à revendiquer, sous couvert de droit des conflits armés, l’équivalent d’un droit à l’exécution extrajudiciaire étendu au monde entier, même en zone de paix, contre tout suspect, hors procédure, y compris contre ses propres citoyens.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 85-87.

La guerre de guérilla a toujours posé problème à des grandes puissances régulièrement empêtrées dans des conflits asymétriques. […] Le drone apparaît comme la réponse tardive à ce problème historique : il retourne contre la guérilla, mais sous une forme radicalement absolutisée, son vieux principe : priver l’ennemi d’ennemi. Un partisan confronté à une armée de drones ne dispose plus d’aucune cible à attaquer.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 93.

Si vous faites quelque chose pendant suffisamment longtemps, le monde finira par l’accepter. […] Le droit international progresse par des violations. Nous avons inventé la thèse de l’assassinat ciblé et il nous a fallu l’imposer.
Daniel Reisner, ancien directeur du département juridique de l’armée israélienne, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 231.


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155803768202317

[No News] Témoignage des snipers du massacre du Maïdan : « Les ordres venaient de l’opposition »

Olivier Berruyer publie ce soir un billet important : ça se confirme, les « événements de la place Maïdan » étaient bien un coup d’État fomenté par des nazis, activement soutenus dans leurs crimes par « l’Union européenne » (cette « grande invention à qui l’on doit la paix sur le continent… gna gna gna »). Un enquêteur italien a recueilli le témoignage stupéfiant de snipers du Maïdan : les ordres de tirer, à la fois sur la police et sur les manifestants, venaient de l’opposition…

https://www.les-crises.fr/no-news-temoignage-des-snipers-du-massacre-du-maidan-les-ordres-venaient-de-l-opposition/

Donc, le site citoyen les-crises.fr nous informe, il traduit l’enquête italienne pour qu’on puisse la lire et en juger.
Pendant ce temps, les autoproclamés « grands médias de référence » (que j’appelle, moi, « La Pravda des milliardaires« ) font SILENCE sur cette information… Tout en continuant, bien sûr, à donner des leçons de professionnalisme (et à imposer leur censure) à tous les amateurs qui prétendent participer librement à l’information de la population.

Merci à Olivier, et à toute l’équipe du site les-crises.fr. Avec vous, on a des journalistes dignes de ce nom.

Je reproduis ci-dessous la totalité de cet important billet.

Étienne.


[Olivier Berruyer] Je vous propose aujourd’hui la traduction que nous avons réalisée ce week-end (merci aux volontaires – surtout à Clément, ainsi qu’ à JMB) d’un incroyable reportage passé le 15/11 dans l’émission Matrix de la chaîne de télévision italienne Canale 5 – sorte d’Envoyé spécial sur une des grandes chaînes de télévision italiennes – qui indique avoir retrouvé des snipers qui ont tiré sur les gens à Maïdan, et qui déclarent que c’était à la demande de l’opposition pour semer le chaos.

Nous resterons relativement prudents à ce stade, mais tout ceci nécessiterait un enquête urgente et approfondie de la Justice et des grands médias – du moins s’ils ne veulent pas alimenter le “complotisme”, d’autant que, depuis 5 jours, aucun grand média n’a repris ces informations, à l’exception du grand journal italien Il Giornale, dans un texte que nous avons aussi traduit (voir ci-après).

Rappelons aussi que nous parlons ici du massacre du 20 février (82 morts ce jour là). Les forces de l’ordre ont aussi tiré à d’autres moment sur des émeutiers armés, généralement quand eux-même leur tiraient dessus.

Bel exemple du vrai problème qui nous frappe régulièrement : non pas desFake news, mais des No news des grands médias, qui empêchent de bien comprendre les problèmes.

J’aimerais la traduire en russe et ukrainien au plus vite, ainsi qu’en anglais et allemand. Nous avons besoin de volontaires pour ces quatre langues. Merci de nous contacter ici.

Voici donc ce reportage diffusé le 15/11/17 sur Canale 5 :

(voir sur Dailymotion)

Verbatim du reportage précédent de Canale 5 (si vous n’avez pas vu la vidéo) :

Il y a quatre ans, le 20 février 2014 sur la place de l’Indépendance à Kiev en Ukraine, 80 manifestants ont été tués par de mystérieux tireurs d’élite.

Deux jours après, Ianoukovytch, le président ukrainien pro-Poutine pro-russe, doit fuir, le régime ukrainien change et les rebelles prennent le palais présidentiel et le pouvoir.

Que s’est-il passé depuis ? Avons-nous échappé à une guerre européenne due à l’ingérence russe dans les affaires ukrainiennes ? Et surtout, nous, Européens, nos entreprises le constatent tous les jours,nous payons le prix d’un embargo qui, depuis ce moment-là, est dirigé contre la Russie.

Ce soir, grâce à Gian Micalessin, nous vous montrons un documentaire à couper le souffle. C’est un scoop international. Gian Micalessin a retrouvé trois personnes, trois tireurs d’élite, trois responsables de ces morts qui, vous le verrez dans le documentaire, n’étaient pas pro-russes, mais étaient en contact avec des officiels et des militaires américains.

“Que s’est-il passé ? Quelqu’un a été touché ! Je n’arrive pas à y croire. C’est arrivé ici même… Un homme à côté de moi a été touché !”

“C’était à l’aube. J’ai entendu le bruit et le sifflement des projectiles. Un homme a été touché à la tête par un tireur d’élite !”

Ils nous avaient donné l’ordre de tirer tant sur les policiers que sur les manifestants, sans distinction.

D’où viennent les tirs ? Les tirs provenaient de l’intérieur de l’hôtel Ukraine.

Gian Micalessin, reporter de guerre. — Bonsoir, où les avez-vous rencontrés ? — Je les ai rencontrés après un an de recherches, deux d’entre eux à Skopje, la capitale de la Macédoine, un troisième dans un autre pays d’Europe de l’Est qu’on m’a demandé de ne pas révéler.

— Donc c’étaient des pro-rebelles ? — C’étaient des Géorgiens envoyés par leur président géorgien de l’époque, Saakachvili, pour prendre part à l’opposition ukrainienne.

— Donc ce n’étaient pas des Russes qui ont tiré, c’est bien ça, votre thèse ? — On n’a jamais accusé les Russes d’avoir tiré, seulement d’avoir soutenu le gouvernement qui aurait tiré sur les manifestants.

Mais cette thèse ne tient plus debout selon ces 3 témoignages. Regardez le témoignage.”

Depuis 3 mois, la place Maïdan, au coeur de la capitale ukrainienne, est occupée par les manifestants qui demandent au gouvernement du président Viktor Ianoukovytch de signer l’accord d’association
à l’Union européenne. Le matin du 18 février, les heurts se font plus sanglants. On compte déjà une trentaine de morts. Le pire arrive le matin du 20 février. Un groupe de mystérieux tireurs ouvre le feu
sur les manifestants et les policiers. En quelques heures, on compte environ 80 cadavres. Le lendemain, Ianoukovytch fuit à l’étranger. Le 22 février, l’opposition prend le pouvoir. Mais qui a tiré sur
la foule et les policiers ?

Jusqu’à ce jour, la thèse officielle parle d’un massacre ordonné par le gouvernement pro-russe. Cette thèse apparaît rapidement très douteuse. Le premier à la contester est le ministre des Affaires étrangères estonien Urmas Paet. Après son retour d’un séjour à Kiev effectué seulement 5 jours après le massacre, Paet transmet à la commissaire des Affaires étrangères de l’UE Catherine Ashton les révélations d’une docteure ukrainienne qui a examiné les cadavres de la place Maïdan. La conversation téléphonique interceptée et diffusée par les médias est déconcertante.

“Ce qui est assez inquiétant… Olga le dit aussi, c’est que toutes les preuves montrent que les personnes tuées par les tireurs, de part et d’autre, à la fois chez les policiers et les gens dans la rue, ont été tuées par les mêmes tireurs embusqués… Bien sûr, c’est… Oui, mais… Ensuite, elle m’a aussi montré des photos. Elle parle en tant que médecin, elle dit que l’écriture est la même, le type de balles est le même. Et ce qui m’inquiète vraiment, c’est que maintenant, la nouvelle coalition refuse d’enquêter sur ce qui s’est vraiment passé, et qu’il y a une conviction de plus en plus forte que derrière les tireurs embusqués, il n’y avait pas Ianoukovytch mais quelqu’un de la nouvelle coalition…”

Nous avons rencontré quelques membres d’un groupe qui ce jour-là a ouvert le feu sur la foule. Ce sont des Géorgiens, mais à l’époque, en février 2014, ils étaient parmi les manifestants qui occupaient la place Maïdan et l’hôtel Ukraine.

L’histoire commence à Tbilissi par de nombreux acteurs cachés en coulisses. Le premier, l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili, a participé en août 2008 à une guerre brève mais sanglante avec la Russie de Vladimir Poutine. Le second est son conseiller militaire, Mamuka Mamoulachvili. Envoyé à Kiev pour appuyer les manifestations de la place Maïdan, il deviendra commandant d’une unité de volontaires géorgiens engagés dans les affrontements avec les insurgés pro-russes du Donbass.

La première rencontre a eu lieu avec Mamoulachvili. “Nous nous sommes présentés à 25 dans le bureau du mouvement national, et sur les 25, 10 ont signé. Vous voyez ceci ? C’est une pièce d’identité à mon nom. C’était le laissez-passer d’une unité composée d’anciens policiers et personnel militaire. Elle était structurée comme une unité militaire. De fait, c’était un service de sécurité. Il avait été créé par Mikheïl Saakachvili. Nous devions aller en Ukraine. Nous n’avions pas le choix”.

Dans un autre pays de l’Europe de l’Est qu’on nous a demandé de ne pas révéler, nous avons rencontré Alexander. Comme les deux autres, lui aussi vient de Géorgie, et comme les deux autres, il a aussi pris part
aux événements tragiques de la place Maïdan. Lui aussi a fait partie des services de sécurité de Saakachvili, et avant cela il a été tireur d’élite dans l’armée géorgienne. C’est pour cette raison qu’il a été choisi par Mamuka Maoulachvili.

“Mamuka m’a d’abord demandé si j’étais vraiment tireur d’élite dans l’armée géorgienne. Alors si c’est vrai, me dit-il, tu dois aller à Kiev. Le 15 janvier, nous sommes partis. Dans l’avion, j’ai
reçu mon passeport et un autre passeport avec ma photo mais avec un nom et un prénom différents. Puis ils nous ont donné 1 000 dollars a chacun avec la promesse de nous en donner encore 5 000 par la suite. Nous devions nous occuper des provocations. C’était nous qui devions provoquer les Berkout, les forces spéciales de la police. Notre rôle était de les provoquer afin de les pousser contre la foule. Vers le 15 et le 16 février, la situation a commencé à devenir chaque jour de plus en plus grave. Désormais tout était hors de contrôle, et on commençait à entendre les premiers tirs. Avec la montée des tensions, de nouveaux protagonistes sont apparus. Un jour, vers le 15 février, Mamoulachvili est venu en personne dans notre tente. Il y avait avec lui un autre homme en uniforme. Il nous l’a présenté et a dit que c’était un instructeur, un militaire américain.”

L’américain s’appelle Brian Christopher Boyenger. C’est un ancien officier et tireur d’élite de la 101e division aéroportée des États-Unis. Après Maïdan, il se déplacera sur le front du Donbass, où il combattra dans les rangs de la Légion géorgienne. “Nous étions toujours en contact avec ce Brian, qui était un homme de Mamoulachvili. C’était lui qui nous donnait les ordres. Moi, je devais suivre toutes ses instructions.”

Les premiers soupçons de la présence d’armes à feu dans les rangs des manifestants impliquent Sergueï Pachinski, un leader de la place Maïdan, devenu ensuite président du Parlement de Kiev. Le 18 février, est apparu du coffre d’une voiture arrêtée par les manifestants un fusil mitrailleur avec une lunette de précision. Quelques secondes après, Pachinsky est arrivé et a demandé qu’on laisse passer cette voiture. Le 1er avril, les militants du groupe d’extrême droite Pravy Sektor quittent Kiev, en emportant d’étranges sacs dans lesquels, prétendent-ils, se trouvent des instruments de musique.

“À cette époque, tous les chefs de l’opposition se trouvaient régulièrement à l’hôtel Ukraine. Pachinski et trois autres personnes, parmi lesquelles se trouvait aussi Parassiouk, ont apporté à l’hôtel les sacs avec les armes. Ce sont eux qui les ont aussi apportées dans ma chambre.” Ce Parassiouk, reconnu par Koba, est Volodimir Parassiouk, un des leaders de la manifestation de la place Maïdan. Quelques jours plus tard, il deviendra célèbre en lançant un ultimatum menaçant de destituer manu militari le président Viktor Ianukovytch. “Si avant demain 10 heures, vous ne demandez pas officiellement la démission de Ianoukovytch, nous vous attaquerons avec des armes… C’est juré !”

Lorsqu’est arrivé Mamoulachvili, je lui ai également demandé « — Qu’est-ce qui se passe ? À quoi servent ces armes ? Tout va bien ? » « — Koba, les choses sont en train de se compliquer, nous devons commencer à faire feu », m’a-t-il répondu. « Nous nous ne pouvons pas attendre des élections présidentielles anticipées. » J’étais là, à l’hôtel Ukraine. Le 18 février, quelqu’un a apporté des armes dans ma chambre. Dans cette chambre, il y avait deux Lituaniens avec moi. Ce sont eux qui ont pris les armes.

Mamoulachvili est arrivé à l’hôtel et nous a expliqué qu’il y aurait une fusillade, à un autre endroit, le matin suivant. Il n’était pas seul, il était avec Brian. Avec eux, il y avait aussi une autre personne que je ne connaissais pas. Si je me souviens bien, cela devait être le 15 ou le 16 février. Pachinski nous a ordonné de rassembler nos affaires, et nous a emmené dans le palais du Conservatoire. Je suis entré dans le palais
avec l’ensemble de mon groupe. Pachinski est arrivé avec d’autres personnes. Tous étaient masqués. En voyant leurs sacs, j’ai compris tout de suite qu’ils étaient armés. Ils ont sorti les armes de leurs sacs et les ont distribuées aux groupes présents.

Seul Pachinski s’exprimait. C’est lui qui donnait les ordres. Il nous expliqua que les Berkout, les forces spéciales de la police, risquaient de donner l’assaut au bâtiment. Il disait que nous devions résister coûte que coûte. On ne nous avait pas dit qu’il fallait tuer des personnes. Nous devions tirer afin de créer du chaos et de la confusion.”

“Bon sang, tu as entendu ? Ce sont des tirs ! Sois prudent ! Il y a un autre blessé. Ces fils de p….. sont en train de tirer ! De là-bas, de là-bas. — De l’hôtel Ukraine, c’est ça ? — Oui, de cette terrasse. Les salauds, ils sont en train de nous tirer depuis l’hôtel Ukraine. Bang ! Puis un autre Bang, comme ça. Un tir puis une pause. Ça venait de l’autre côté de l’hôtel.”

“À ce moment-là, j’ai entendu des tirs qui venaient de la chambre d’à côté. Au même moment, les Lituaniens ont ouvert la fenêtre. L’un d’eux a tiré par la fenêtre tandis que l’autre l’a refermée après. Je ne réussissais pas à comprendre ce qui se passait. Pachinski criait à tout le monde de se tenir prêts, de prendre les armes et le reste du matériel. Alors on s’est tous levés et on lui a donné les instructions. Nous devions tirer par à-coups de deux ou trois. Nous avons tous commencé à tirer deux ou trois coups à la fois. Pachinski se déplaçait d’un groupe à l’autre, et il y avait toujours près de lui cet homme plus jeune, celui qui s’appelait Parassiouk. Nous n’avions pas vraiment le choix, on nous avait donné l’ordre de tirer soit sur les Berkout, la police, soit sur les manifestants, sans faire de différence. C’est pour cela que j’étais complètement terrifié et stupéfait. Alors que depuis les étages supérieurs de l’hôtel Ukraine on tire sur la foule, les manifestants de la place Maïdan se sont réfugiés dans l’hôtel. C’est ainsi que les victimes se sont retrouvées à côté de leurs assassins. À l’intérieur, c’était un tel chaos qu’on ne comprenait même pas qui était qui. Il y avait plein de gens.”

Dans le salon recouvert de cadavres, de sang et de blessés, une caméra filme des hommes armés qui s’éloignent après avoir tiré sur la foule. “C’était un cauchemar, c’était terrible. Quand nous sommes sortis de l’hôtel Ukraine, dans la rue, il y avait des incendies et des policiers blessés. Il y avait des scènes terrifiantes. Nous avons abandonné les armes là. L’ordre était de tout laisser et de partir, de quitter le bâtiment le plus vite possible. On entendait des cris, il y avait des morts et tout autour beaucoup de blessés.

Ma première et seule pensée a été de m’en aller rapidement avant que je sois repéré, autrement ils m’auraient réduit en pièces sur place. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs. Je savais bien de quoi ils parlaient. Et puis j’ai vu des morts, tous ces blessés qu’on emportait et j’ai repris mes sens. À ce moment-là je n’avais pas encore réalisé, je n’étais pas prêt. Mais après j’ai compris. Nous avions été utilisés. Utilisés et piégés. La décision de parler, de tout raconter, je ne l’ai pas prise tout de suite. Elle a mûri lentement avec le temps. En vérité, il n’y a aucun motif pour m’inculper. On ne peut m’accuser de rien selon les bases légales de mon pays. Et de toute façon je suis un soldat, je n’ai peur de rien, pas même de mourir.”

“— Ton scoop, Gian Micalessin, montre que ce sont elles, les fake news, les fables selon lesquelles c’est la révolution de la place Maïdan qui a fait sauter le méchant président pro-russe sans les armes et par les réseaux sociaux. C’est une tout autre histoire qui s’est passée sur cette place”. “— Malheureusement cette fake news, comme tu dis, était la vérité officielle, cette vérité officielle qu’on nous a servi pendant au moins quatre ans, et qui nous a coûté très cher à nous, les Italiens. Embargo, et risque de guerre”. “— Mais alors, derrière ces tireurs que tu as rencontrés, qui disent ne pas avoir peur pour leur vie parce que ce sont des soldats, en réalité, comment peut-on croire qu’ils n’avaient pas compris, naïvement, avoir été les instruments d’une révolte qui ne leur appartenait pas ?”

“— Eh bien, ils pensaient seulement accomplir un travail. Il y a eu une révolution semblable, la soi-disant révolution rose en Géorgie, à laquelle ils participèrent sous les ordres de Saakachvili. Celle-là s’est conclue
de manière pacifique. Donc ici aussi ils ont pensé jusqu’au 18 et 19 qu’ils n’auraient pas à prendre les armes, que tout pouvait se dérouler comme une simple révolte. Ces jours-là, clairement, quand la médiation européenne a décidé de faire des élections anticipées pour voir ce que voulait le peuple, les chefs de l’opposition en décidèrent autrement.”

“— De massacrer leur propre peuple pour créer une révolte ?” “— C’est ce qu’ils nous apprennent dans ce film”. “— Incroyable, vraiment. Merci Gian Micalessin”. “— Merci à vous.”

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La version des Snipers sur le massacre de Kiev : « Les ordres venaient de l’opposition »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

« Ils ont tous commencé à tirer deux ou trois coups à chaque fois. Cela à duré de 15 à 20 minutes. Nous n’avions pas le choix. On nous a donné l’ordre de tirer tant sur la police que sur les manifestants sans faire de différence. »

« J’étais totalement stupéfait. » C’est ainsi que le Géorgien Alexander Revazishvilli se remémore la fusillade tragique du 24 février 2014, à Kiev quant un groupe de mystérieux tireurs ouvrirent le feu sur la foule et sur les policiers, massacrant plus de 80 personnes. Ce massacre a horrifié le monde et changé le destin de l’Ukraine en forçant la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovytch accusé d’avoir organisé la fusillade. Mais ce massacre a également changé le destin de l’Europe et de notre pays en déclenchant la crise menant aux sanctions contre la Russie de Poutine. Sanctions qui sont revenues en boomerang sur l’économie italienne.

Les confessions de Revazishvilli et des deux autres Géorgiens – recueillies par l’auteur du document « Ukraine, les vérités cachées » diffusée ce soir à 23h30 sur Matrix, Canal 5 – révèlent une toute autre vérité bien déconcertante. Celle d’un massacre ourdi et exécutée par la même opposition qui a accusé Ianoukovytch et ses alliés russes.

Revazishvilli et ses deux compagnons – rencontrés et interviewés dans le documentaire – sont un ancien membre des services de sécurité de l’ex-président géorgien Mikheil Saakachvili et deux ex-militants de son propre parti. Recrutés à Tbilisi par Mamuka Mamulashvili, le conseiller militaire de Saakashvili, ils sont chargés d’appuyer – avec d’autres volontaires géorgiens et lituaniens – les démonstrations en cours à Kiev, moyennant une prime de cinq mille dollars chacun.

Munis de faux passeports, ils arrivent en Ukraine pour coordonner les démonstrations et pour provoquer la police ukrainienne, initialement sans utiliser d’armes. Celles-ci entreront en scène le 18 février et seront distribuées entre les différents groupes de Géorgiens et de Lituaniens par Mamulashvili et par d’autres dirigeants de l’opposition ukrainienne. « Chaque sac contenait trois ou quatre armes, il y avait des pistolets Makarov, des fusils mitrailleurs AKM, des carabines ainsi que des paquets de cartouches ». Le lendemain Mamulashvili et les chefs des protestataires expliquent aux volontaires qu’ils devront affronter un assaut de la police dans le palais du conservatoire et dans l’hôtel Ukraïna.

On leur explique que, dans ce cas, il faudra tirer sur la place et semer le chaos. Mais un des protagonistes reconnait avoir reçu une autre explication plus exhaustive. « Quand Mamulashvili est arrivé, je le lui ai également demandé. Si les choses se compliquent, alors nous devrons commencer à tirer » – m’a-t-il répondu. « Nous ne pouvons pas aller aux élections présidentielles anticipées. Mais sur qui devons-nous tirer ?, lui ai-je demandé. Il m’a répondu que le qui et le où n’avaient pas d’importance, il fallait tirer partout afin de créer le chaos ».

Cela n’avait pas d’importance si nous tirions sur un arbre, une barricade ou sur ceux qui lançaient des cocktails molotov. Un autre volontaire le confirme : ce qui comptait était de semer la confusion. « J’entendais des hurlements », confesse Alexander – il y avait de nombreux blessés. Ma seule préoccupation était de partir aussi vite que possible avant qu’ils ne me détectent. Autrement, ils m’auraient mis en pièces. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs d’élite. Quatre ans après les faits, Alexander et ses deux compagnons disent n’avoir pas encore reçu la moindre récompense, raison pour laquelle ils ont décidés de dire la vérité sur ceux qui les ont utilisés et abandonnés. « Sur le moment je n’ai pas réalisé. Je n’étais pas prêt. Puis j’ai compris. Nous avons été utilisés et piégés. »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

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[Olivier Berruyer :] Comme rappelé dans le reportage, ce n’est pas la première fois que ce scandale “d’attaque sous faux drapeau” à Maïdan ressort.

Nous avions ainsi présenté sur ce site en mars et avril 2014 :

1/ L’interception d’une communication en off entre un ministre estonien sur place, relatant les doutes à Catherine Ashton :

2/ ce beau reportage de la télévision allemande ARD :

3/ On a appris mi-mai 2014 que la plupart des balles mortelles ne venaient pas des forces de police et que la plupart des preuves (armes, balles, douilles, documents) avaient été perdues ou volées. (Source).

J’indiquais “À ce stade de manipulation, il est quasi certain que des snipers putschistes ont tiré à la fois sur les forces de l’ordre et sur les manifestants désarmés, et sont responsable d’une bonne partie des décès.”…

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Au niveau des propagandes, on se rappellera ceci :

Pour “l’enquête sur les violences qui ont frappé le pays”, on repassera, donc…

Tout s’explique : François Hollande avait une connexion mentale directe avec le peuple ukrainien et connaissait ses aspirations (pas de bol, il était président de la France…)

2 mars 2014, BHL, deuxième adresse au Maidan

Peuple du Maidan !

Vous avez, à mains presque nues, fait reculer les miliciens Berkout.

Vous avez, seuls ou presque, mis en fuite Ianoukovitch.

Vous avez, avec un sang-froid digne des grands peuples, infligé une défaite historique à la tyrannie.

Et donc vous êtes, non seulement des Européens, mais les meilleurs des Européens.

Européens vous l’êtes, certes, par l’histoire ; mais aussi, désormais, par le sang versé.

Européens vous l’êtes, certes, parce que vous êtes les fils de Voltaire, de Victor Hugo et de Taras Chevchenko ; mais vous l’êtes aussi parce que, pour la première fois, ici, sur le Maidan, des jeunes sont morts avec, entre les bras, le drapeau étoilé de l’Europe.

On a voulu vous calomnier.

On a dit que vous étiez les continuateurs de la mémoire noire de l’Europe. Eh non ! C’est le contraire ! Ces vertus de résistance qui font le génie de l’Europe et qu’un grand Français, le Général de Gaulle, a portées à leur sommet, c’est vous qui les incarniez pendant ces journées sanglantes ; et le national-socialisme, l’antisémitisme, le fascisme qui furent la honte de notre continent étaient du côté de vos ennemis.

Je m’incline devant vos morts.

Je m’incline devant votre bravoure et vous dis plus que jamais : « bienvenue dans la Maison commune ».

BHL

(Source)


La longue “martyrologie” des lecteurs du Monde

Une pièce de plus dans la longue “martyrologie” de l’information en France… (avec Piotr Smolar, envoyé spécial du Monde en Ukraine au moment des faits)

Source : les-crises.fr, https://www.les-crises.fr/no-news-temoignage-des-snipers-du-massacre-du-maidan-les-ordres-venaient-de-l-opposition/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155798832762317

Rendez-vous à Nice, les 3 et 4 novembre 2017, pour travailler sur la création monétaire, sur l’endettement général de la société, sur le martyr des Grecs, précurseur des ravages à venir pour tous les pays endettés par l’UE, Usure Européenne, et sur les solutions possibles

Je vous donne rendez-vous les 3 et 4 novembre à Nice où je suis invité par le CNR 06 pour réfléchir ensemble à la (scandaleuse) création monétaire privée, à la (scandaleuse) dette publique, à l’exemple du (scandaleux) martyr des Grecs sur l’autel de l’UE (Usure Européenne), sur la responsabilité centrale de nos « représentants » « élus », et sur les solutions possibles.

De mon point de vue, notre pays est désormais gouverné par les (serviteurs des) banquiers (usuriers de métier) qui détruisent un à un tous les services publics, toutes les institutions de sécurité sociale, volent nos impôts, pillent les biens publics, et installent progressivement les conditions du chaos. Trahis par les prétendues « élites », nous sommes en train de devenir une colonie d’un empire. Mais nous sommes gouvernés par les usuriers parce que nous l’acceptons — en adorant le faux « suffrage universel » qui, pourtant, toujours et partout, donne littéralement le pouvoir aux riches. Un peuple devenu constituant reprendrait la création monétaire aux banques privées et instituerait lui-même les conditions durables de sa prospérité, à commencer par sa puissance politique, au quotidien, loi par loi.

La rencontre s’intitule « QUI VEUT LA PEAU DE LA FRANCE ? Université populaire du 06 sur la dette et la création monétaire, et sur les possibilités de résistance des communes ».

J’aurai le plaisir de m’entretenir avec Christina Komi sur le cas terrible de la Grèce, et avec René Teboul sur la monnaie et la dette.

Je dois intervenir deux fois : le vendredi soir, je prévois de travailler le problème : le mode opératoire et les conséquences dramatiques de l’endettement général (en utilisant notamment les exemples des PSD, de la Grèce et de la France) ; et le samedi matin, je compte envisager les solutions : les alternatives, monétaires et institutionnelles (elles sont fortement interdépendantes), et ce que nous pouvons faire personnellement pour les mettre en place bientôt.

Pour que vous puissiez vous faire une idée des autres personnes qui sont invitées à cette rencontre, je vous signale ces deux documents :

• Kristina KOMI résume ici l’épouvantable laboratoire grec à partir de la minute 4’30 (et le MES à partir de 7’10) :

• René TEBOUL a produit ce document, très intéressant, contre la (délirante mais dominante) « théorie de l’offre » :
« La théorie de l’offre au cœur de la politique économique libérale » :
http://uppae.fr/wp-content/uploads/2017/06/La-the%CC%81orie-de-loffre.docx

Le lieu de cette rencontre, paraît-il très agréable, est le Relais International de la Jeunesse « Clairvallon » :
http://www.clajsud.com/relaisclajnice.html

L’événement Facebook explique comment on s’inscrit : https://www.facebook.com/events/131091610980578

On peut trouver ces informations hors de Facebook, sur le blog de Lucien Pons :

http://lucien-pons.over-blog.com/2017/10/l-association-comite-pour-une-nouvelle-resistance-cnr-organise-sa-premiere-universite-populaire-qui-veut-la-peau-de-la-france.html

Je viendrai avec une valise de bouquins importants sur ces sujets essentiels 🙂

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.

Les élites n’ont plus aucune crédibilité. Une interview passionnante du journaliste Chris Hedges (traduite par le Saker francophone)

Le Saker francophone vient de traduire un nouvel entretien de David North avec Chris Hedges, que je trouve admirable, daté du 6 octobre 2017 sur le Word Socialist Web Site :

Nous vivons dans une nation ou les médecins détruisent la vie, les avocats la justice, les universités la connaissance, la presse l’information, la religion la morale et les banques l’économie.

David North : – Comment interprétez-vous cette fixation sur la Russie et toute  cette réinterprétation de l’élection présidentielle comme si elle avait été manipulée par Poutine ?

Chris Hedges : – C’est aussi ridicule que pour les armes de destruction massive de Saddam Hussein. C’est une accusation absolument non fondée utilisée pour instiller cette idée très effrayante : les critiques du capitalisme d’entreprise et de l’impérialisme sont des agents étrangers travaillant pour la Russie.

Je ne doute pas que les Russes investissent temps, énergie et argent pour tenter d’influer sur les événements ayant cours aux États-Unis de manière à servir leurs intérêts, comme nous l’avons fait et le faisons encore en Russie et dans bien d’autres pays du monde. Je ne dis donc pas qu’il n’y a pas eu d’influence ou tentative d’influence sur certains événements.

Mais l’idée que les Russes aient pu faire basculer les élections en faveur de Trump est absurde. Tout cela est fondé sur l’affirmation non prouvée que la Russie a fourni les courriels piratés de Podesta à WikiLeaks, et que leur publication a poussé des dizaines, voir des centaines de milliers de partisans de Clinton à voter Trump. Cela n’a aucun sens. Soit ça, soit, selon le directeur du renseignement national, que Russia Today America, où j’anime une émission, a manipulé tout le monde pour qu’ils votent pour le Green Party.

Cette obsession pour la Russie est une tactique utilisée par l’élite dirigeante, en particulier le Parti démocrate, afin d’éviter de faire face à une réalité très désagréable : leur impopularité est le résultat de leur politique de désindustrialisation et de l’assaut contre les travailleurs et les pauvres de couleur. C’est le résultat d’accords commerciaux désastreux comme l’ALENA qui ont supprimé des emplois syndiqués bien rémunérés et les ont expédiés dans des endroits comme le Mexique, où les travailleurs sans avantages sociaux reçoivent 3 $ de l’heure. C’est le résultat de l’explosion d’un système d’incarcération de masse, entamé par Bill Clinton avec sa loi sur la criminalité de 1994, qui a entrainé le triplement et le quadruplement des peines d’emprisonnement. C’est le résultat de la réduction des services gouvernementaux de base, y compris, bien sûr, ceux du service de santé, que Clinton a éviscérés ; la déréglementation, une infrastructure en décomposition, qui touche même les écoles publiques, et l’évitement fiscal de facto par les entreprises. C’est le résultat de la transformation du pays en une oligarchie. La révolte nativiste de droite et l’insurrection avortée au sein du Parti démocrate ont du sens quand on voit ce qu’ils ont fait au pays.

Les forces de police ont été transformées en entités quasi militaires qui terrorisent les communautés marginales, où les gens ont été privés de tous leurs droits et sur qui on peut tirer en toute impunité. Plus de trois personnes sont tuées par jour, c’est un fait. L’État tire sur les pauvres gens de couleur ou les emprisonne comme une forme de contrôle social. Et il est tout disposé à employer la même forme de contrôle social sur n’importe quel autre segment de la population qui deviendrait rétive.

Le Parti démocrate, en particulier, conduit toute cette chasse aux sorcières russe. Il ne peut pas reconnaître sa complicité dans la destruction de nos libertés civiles, mais rappelez-vous que l’attaque de Barack Obama contre les libertés civiles a été pire que celle de George W. Bush, et dans la destruction de notre économie et de nos institutions démocratiques.

Des politiciens comme les Clinton, Pelosi et Schumer sont des créations de Wall Street. C’est pourquoi ils ont été si virulents pour repousser les partisans de Sanders dans le Parti démocrate. Sans l’argent de Wall Street, ils n’auraient pas le pouvoir politique. Le Parti démocrate ne fonctionne pas comme un vrai parti. Il s’agit surtout de mobiliser une masse de gens et d’en faire un outil de relations publiques en agitation perpétuelle, tout cela financé par des grosses entreprises. La base du parti n’a pas vraiment son mot à dire dans sa direction ou la politique qu’il mène, comme l’ont découvert Bernie Sanders et ses partisans. Ils ne sont que des accessoires dans un théâtre politique stérile.

Les élites de ce parti, rongées par la cupidité, la myopie et un profond cynisme, ont une emprise mortelle sur le processus politique. Elles ne vont pas lâcher prise, même si tout doit imploser.

– Chris, vous avez travaillé pour le New York Times. Quand était-ce, exactement ?

– De 1990 à 2005.

– Puisque vous avez l’expérience de cette institution, quels changements y voyez-vous ? Nous savons qu’elle s’est faite un lectorat parmi la classe moyenne supérieure aisée.

– Le New York Times cible les 30 millions d’Américains formant la classe moyenne supérieure et les riches. C’est un journal national ; seul environ 11% de son lectorat réside à New York. Il est très facile de voir à qui s’adresse leTimes en consultant ses sections spéciales sur l’immobilier, la mode, les affaires ou le tourisme. Ici, des articles expliquent la difficulté d’entretenir, par exemple, une deuxième maison dans les Hamptons. Il lui arrive de faire de bonnes enquêtes, bien que peu souvent. Il couvre les affaires étrangères. Il reflète essentiellement la pensée des élites. Je lis le Times tous les jours, peut-être pour équilibrer la lecture de votre site web.

– Eh bien, j’espère que nous lire fait plus que de l’équilibrer.

– Oui, c’est le cas. Le Times a toujours été une publication élitiste, mais il a complètement embrassé l’idéologie du néo-conservatisme et du néolibéralisme dans une période de détresse financière, quand Abe Rosenthal en était le rédacteur en chef. C’est lui qui a créé les sections spéciales s’adressant à l’élite. Et il a imposé une censure de facto pour exclure les critiques du capitalisme sans entraves et de l’impérialisme, tels que Noam Chomsky ou Howard Zinn. Il a harcelé des journalistes comme Sydney Schanberg, qui a défié les promoteurs immobiliers de New York, ou Raymond Bonner, qui a enquêté sur le massacre El Mozote au Salvador.

Il déjeunait chaque semaine, avec son éditeur, William F. Buckley. Cette bascule dans les bras des forces les plus rétrogrades du capitalisme d’entreprise et des partisans de l’impérialisme américain a, pendant un certain temps, permis au journal de devenir très rentable. Puis l’essor de l’internet, la perte d’annonces publicitaires, qui représentaient environ 40% de l’ensemble des revenus des journaux, ont touché le Times comme tous les autres. L’information papier a perdu le monopole qui autrefois reliait les vendeurs aux acheteurs. Les journaux sont piégés dans un vieux système d’information sur lequel ils collent une étiquette d’« objectivité » et d’« équilibre », des formules conçues pour cacher le fait qu’ils servent les puissants et les riches et obscurcissent la vérité. Mais, comme toutes les cours byzantines, le Times continuera à s’accrocher à son Saint Graal.

Le sérieux intellectuel du journal, en particulier la Revue des livres et la Revue de la semaine, a été dégradé par Bill Keller, lui-même un néocon, qui, en tant que chroniqueur, fut une des pom-pom girls de la guerre en Irak. Il a amené des personnages comme Sam Tanenhaus. À ce moment-là, le journal a embrassé, sans aucune dissidence, l’idéologie utopique du néolibéralisme et la primauté du pouvoir des grandes entreprises comme étant la voie inévitable du progrès humain. Le Times, comme les écoles de commerce, les départements d’économie des universités et les experts promus par le milieu des grosses entreprises, ont propagé l’idée absurde que nous serions tous mieux lotis si nous prosternions tous les secteurs de la société devant les exigences du marché. Il faut une sorte de stupidité incroyable pour y croire. On a vu des étudiants de la Harvard Business School faire des études de cas sur Enron et de son brillant business model, jusqu’à ce qu’Enron s’effondre et soit exposé comme une gigantesque escroquerie. En réalité cela n’a jamais été un débat d’idées. C’était juste de la pure cupidité. Elle a été imposée par des personnes soi-disant les mieux instruites parmi nous, comme Larry Summers, qui propageait le mensonge que notre déclin est dû à des niveaux d’instruction déficients. Il est surtout dû à une élite amorale et en faillite et aux institutions financières criminelles qui les ont rendus riches.

La pensée critique, sur la page opinion, la Revue de la semaine ou la Revue des livres, qui n’avait jamais été très pointue, s’est complètement évaporée sous Keller. La globalisation y était au-delà de toute critique. Le Times, comme toutes les institutions d’élite, est devenu une chambre d’écho hermétiquement scellée ; ils ne se rendent pas compte à quel point ils sont devenu ridicules et à coté de la plaque. Thomas Friedman et David Brooks pourraient tout aussi bien écrire pour The Onion.

Je travaillais à l’étranger. Je n’étais pas très présent dans la salle de rédaction, mais le journal est un endroit confit d’angoisse. Les règles ne sont pas écrites sur les murs, mais tout le monde connaît, même si elle n’est pas clairement articulée, la devise non officielle du journal : ne pas s’aliéner de manière significative ceux sur qui nous dépendons pour l’argent et l’accès ! Vous pouvez quelquefois les critiquer. Mais si vous êtes un journaliste sérieux, comme Charlie Leduff ou Sydney Schanberg, qui veulent donner une voix à des gens qui n’en ont pas ou aborder les questions raciales, de classe, d’exploitation capitaliste ou d’empire, vous pouvez alors rapidement devenir un problème pour la direction et être expulsé. Ceux qui progressent dans ce type d’organisation et détiennent le pouvoir sont des carriéristes avérés. Leur loyauté est à la mesure de leur ambition et de la stature et la rentabilité de l’institution, ce qui explique pourquoi la hiérarchie du journal est remplie de gens médiocres. Le carriérisme est le plus grand talon d’Achille du journal. Il ne manque pas de talent. Mais il manque d’indépendance intellectuelle et de courage moral. Cela me rappelle Harvard.

– Revenons à cette histoire de piratage russe. Vous avez soulevé la capacité de générer une histoire, qui n’a absolument aucun fondement factuel, rien que des affirmations de diverses agences de renseignement, présentées comme une information ne pouvant être remise en question. Quelle est votre avis sur ce point ?

– Les réseaux d’informations télévisées, notamment CNN et MSNBC, ne font pas de journalisme, ou à peine. Leurs célèbres journalistes ne sont que des représentants de l’élite. Ils amplifient et spéculent sur les commérages de la cour, ce que sont toutes les accusations à propos de la Russie, et ils répètent ce qu’on leur dit de répéter. Ils sacrifient le journalisme et la vérité pour l’audience et le profit. Ces informations câblées constituent l’un des nombreux flux de revenus d’une structure d’entreprise. Ils sont en concurrence avec d’autres sources de revenus. Le directeur de CNN, Jeff Zucker, qui a aidé à créer la personnalité fictive de Donald Trump dansCelebrity Apprentice, a transformé la politique sur CNN en une émission de télé-réalité 24 heures sur 24. Toute nuance, ambiguïté, signification et profondeur, ainsi que tout fait vérifiable, sont sacrifiés pour un divertissement salace. Le mensonge, le racisme, la bigoterie et les théories du complot sont publiés et considérés comme de l’information sérieuse, souvent par des personnes dont le trait de caractère dominant est leur déséquilibre. C’est de l’information burlesque.

Je faisais partie de l’équipe d’enquête du New York Times pendant la période précédant la guerre en Irak. J’étais basé à Paris et couvrait al-Qaïda en Europe et au Moyen-Orient. Lewis Scooter Libby, Dick Cheney, Richard Perle et peut-être quelqu’un travaillant pour une agence de renseignement, allaient confirmer toute l’histoire que l’administration tentait de lancer. Les règles journalistiques du Times disent que vous ne pouvez pas publier un article basé sur une unique source. Mais si vous avez trois ou quatre sources prétendument indépendantes confirmant le même récit, alors vous pouvez y aller, c’est ce qu’ils ont fait. L’article n’a pas enfreint les règles enseignées à l’école de journalisme de Columbia, et malgré tout, ce qu’ils ont écrit était pur mensonge.

Tout l’exercice relevait du burlesque. La Maison Blanche allait raconter une histoire bidon à Judy Miller ou à Michael Gordon, puis ensuite déclarerait :« comme le Times le montre… ». Cela a permis de donner à ces mensonges le vernis de l’indépendance et du journalisme de renom. Ce fut un échec institutionnel massif, que le journal n’a jamais reconnu.

– La CIA invente l’histoire, puis le Times la vérifie auprès de ceux qui l’ont inventée.

– Ce n’est pas toujours inventé. Et cela n’est pas venu de la CIA. La CIA ne soutenait pas l’hystérie sur les « armes de destruction massive ».

– Ça marche aussi dans l’autre sens ?

– Bien sûr. Parce que si vous essayez d’avoir accès à un haut fonctionnaire, vous allez constamment faire des demandes, et ce sera ces fonctionnaires qui décideront quand ils veulent vous voir. Et quand ils veulent vous voir, c’est généralement parce qu’ils ont quelque chose à vous vendre.

– Le discours anti-russe des médias a été adopté par de larges portions de ce qui se présente comme la «  gauche ».

– Eh bien, ne me lancez pas sur la gauche américaine. Tout d’abord, il n’y a pas de gauche américaine, pas de gauche digne de ce nom, qui comprenne les théories politiques ou révolutionnaires, qui soit imprégnée d’étude économique, qui comprend comment fonctionnent les systèmes de pouvoir, en particulier le pouvoir corporatif et impérial. La gauche est prise dans le même genre de culte de la personnalité qui afflige le reste de la société. Elle se concentre sur Trump, comme si Trump était le problème central. Trump est le résultat, le symptôme d’un système défaillant et d’une démocratie dysfonctionnelle, il n’est pas la maladie.

Si vous tentez de débattre de cela avec la plupart de ceux qui sont supposément de gauche, ils réduisent la discussion à cette vision caricaturale de la politique.

La gauche sérieuse dans ce pays a été décimée. Cela a commencé avec la suppression des mouvements radicaux sous Woodrow Wilson, puis les « Red Scares » dans les années 1920, quand ils ont pratiquement détruit notre mouvement syndical et notre presse radicale, puis toutes les purges des années 1950. Pour faire bonne mesure, ils ont purgé la classe libérale – regardez ce qu’ils ont fait à Henry Wallace – de sorte que les « libéraux » de la guerre froide assimilaient le capitalisme à la démocratie et l’impérialisme à la liberté. J’ai vécu en Suisse et en France. Il y a encore quelques restes d’une gauche militante en Europe, ce qui donne aux Européens une base sur laquelle s’appuyer. Mais ici, nous avons presque à recommencer de zéro.

Je me bats en permanence contre les Antifas et le Black Bloc. Je pense qu’ils sont une sorte de poster pour enfants pour ce que je considérerais comme une phénoménale immaturité politique. La résistance n’est pas une forme de catharsis personnelle. Nous ne combattons pas la montée du fascisme dans les années 1930. Les élites que nous devons renverser ont déjà le pouvoir. Et à moins que nous ne construisions un vaste mouvement de résistance populaire, qui exigera beaucoup de patience et d’organisation parmi les travailleurs et les travailleuses, nous allons être progressivement terrassés.

Trump n’est donc pas le problème. Mais cette phrase seule va tuer la plupart des discussions avec des gens qui se considèrent comme faisant partie de la gauche.

Le pouvoir des grandes entreprises rend très difficile de gagner sa vie si vous vous accrochez à cette critique radicale. Vous ne serez jamais titularisé. Vous n’obtiendrez probablement pas de rendez-vous académiques. Vous ne gagnerez pas de prix. Vous ne recevrez pas de subventions. Le New York Times, si même il décidait d’examiner votre livre, le remettrait à un mandarin dévoué comme George Packer pour qu’il le détruise, comme il l’a fait avec mon dernier livre. Les écoles d’élite, et j’ai enseigné en tant que professeur invité dans quelques-unes d’entre elles, Princeton et Columbia par exemple, reproduisent la structure et les objectifs des entreprises. Si vous voulez passer par un comité de doctorat, vous devez le jouer vraiment, vraiment, en toute sécurité. Vous ne devez pas contester la position favorable aux grandes entreprises qui imprègne l’institution et est imposée par des dons de celles ci et les diktats des riches anciens étudiants. La moitié des membres de la plupart de ces conseils d’administration devraient être en prison !

Au XVIIe siècle en Grande-Bretagne, la spéculation était un crime. Les spéculateurs étaient pendus. Aujourd’hui, ils dirigent l’économie et le pays. Ils ont accaparé les richesses pour détruire la vie intellectuelle, culturelle et artistique du pays et étouffer notre démocratie. Il y a un mot pour ces gens : des traîtres.

– Quel est, selon vous, l’impact de la politique identitaire aux États-Unis ?

– Eh bien, la politique identitaire montre bien l’immaturité de la gauche. Le pouvoir des grandes entreprises a adopté la politique identitaire. Nous avons vu où la politique identitaire nous a amenés avec Barack Obama, pire que nulle part. Il n’était, comme l’a dit Cornel West, qu’une mascotte noire pour Wall Street, et maintenant il donne des conférences très bien payées en récompense pour nous avoir vendus.

Mon anecdote préférée à propos de la politique identitaire : Cornel West et moi-même, ainsi que d’autres, avons dirigé une marche des sans-abris à la session de la Convention nationale démocrate, à Philadelphie. Il y avait un rassemblement cette nuit-là, des centaines de personnes, surtout des partisans de Bernie Sanders en colère. On m’avait demandé de venir y parler. Et dans l’arrière-salle, il y avait un groupe de jeunes militants qui disait : « Nous ne laisserons pas le Blanc parler en premier ». Puis l’un d’eux se leva et prononça un discours enjoignant tout le monde à voter pour Hillary Clinton. C’est en quelque sorte là où la politique d’identité vous mène. Il y a une grande différence entre les leurres qu’utilisent le capitalisme d’entreprise et l’impérialisme, comme Corey Booker et Van Jones, et de véritables militants comme Glen Ford et Ajamu Baraka. Le pouvoir des grandes entreprises sélectionne et encourage soigneusement les femmes ou les personnes de couleur qui vont servir de leurres, de masques, pour mieux cacher leur cruauté et leur exploitation des gens.

De toute évidence, il est extrêmement important que ces voix soient entendues, mais pas celles qui sont vendues à l’élite au pouvoir. Le mouvement féministe en est un parfait exemple. Le vieux féminisme, que j’admire, le genre de féminisme d’Andrea Dworkin, était d’autonomiser les femmes opprimées. Cette forme de féminisme n’a pas tenté de justifier la prostitution en tant que travail sexuel. Il savait qu’il est tout aussi injuste d’abuser d’une femme dans un atelier de misère que dans le commerce du sexe. La nouvelle forme de féminisme est un exemple du poison du néolibéralisme. Il s’agit d’avoir une femme PDG ou une femme présidente, qui, comme Hillary Clinton, servira les systèmes d’oppression. Cette forme de féminisme prétend que la prostitution n’est qu’une question de choix. Quelle femme, ayant un revenu stable et la sécurité, choisirait d’être violée pour gagner sa vie ? La politique identitaire est une non-politique.

– Je crois que vous avez parlé lors d’une conférence sur la Convergence socialiste où vous avez critiqué Obama et Sanders, et vous avez été hué.

– Ah oui ? Je ne m’en souviens même pas. J’ai été hué pour avoir critiqué Obama dans beaucoup d’endroits, y compris à Berkeley. J’ai dû supporter cela pendant longtemps en tant que supporter et auteur des discours de Ralph Nader. Les gens n’aiment pas que l’illusion qu’ils entretiennent pour leurs personnalités, leurs acteurs, leurs sauveurs politiques, soit brisée ; toutes des personnalités créées par les industries de relations publiques. Ils ne veulent pas faire le dur travail de comprendre vraiment comment le pouvoir fonctionne et de s’organiser pour le faire changer.

– Vous avez mentionné que vous lisiez le World Socialist Web Site depuis un certain temps. Vous savez que nous sommes tout à fait en dehors de ce cadre.

– Je ne suis pas marxiste. Je ne suis pas trotskiste. Mais j’aime le site. Vous faites des analyses sérieuses sur des questions importantes et d’une manière différente des autres sites. Vous vous souciez de choses qui sont importantes pour moi : l’incarcération de masse, les droits et les luttes de la classe ouvrière et les crimes de l’empire. Je suis depuis longtemps un lecteur du site.

– Une grande partie de ceux qui prétendent être de gauche, c’est-à-dire la pseudo-gauche, reflète les intérêts de la classe moyenne aisée.

– Précisément. Pendant que tout le monde est en train de plaider pour le multiculturalisme dans les institutions dirigeantes, cela signifie en réalité filtrer quelques personnes de couleur ou des femmes dans les départements universitaires ou les salles de rédaction, tout en lançant cet assaut économique contre les travailleurs pauvres et en particulier les pauvres de couleur vivant dans les poches désindustrialisées des États-Unis. Très peu de ces multiculturalistes arrivent à en prendre conscience. Je suis tout à fait pour la diversité, mais pas quand celle-ci est aux dépens de la justice économique. Cornel West a été l’un des grands champions, non seulement de la tradition prophétique noire, la plus importante tradition intellectuelle de notre histoire, mais aussi un appel au clairon pour la justice, sous toutes ses formes. Il ne peut y avoir de justice raciale sans justice économique. Et tandis que ces institutions élitistes incorporent quelques marionnettes symboliques dans leur hiérarchie, elles continuent à brutaliser la classe ouvrière et les pauvres, en particulier les pauvres de couleur.

Une grande partie de la gauche est trompée par le stratagème de la politique identitaire. C’est un activisme de boutiquier. Il permet au système des grosses entreprises, celui que nous devons détruire, de rester intact. Il lui donne même un visage amical.

– Revenons à la question de la Russie : où cela nous mène-t-il ? Cette atteinte aux droits démocratiques est-elle si sérieuse ? Nous appelons cela le nouveau maccarthysme. Est-ce, à votre avis, une analogie légitime ?

– Oui, bien sûr, c’est du maccarthysme nouveau. Mais reconnaissons à quel point nos voix sont presque inaudibles.

– Je ne suis pas d’accord avec vous là-dessus.

– Eh bien, non audible dans le sens où nous ne sommes pas entendus par la masse populaire. Quand je vais au Canada, je suis sur CBC aux heures de grande écoute. C’est la même chose en France. Cela n’arrive jamais ici. PBS etNPR ne vont jamais le faire. Ils ne vont pas non plus le faire pour tout autre critique sérieux du capitalisme ou de l’impérialisme.

S’il y a un débat sur l’attaque contre la Syrie, par exemple, le débat portera sur bombarder la Syrie ou bombarder la Syrie et envoyer des troupes, comme si c’était les deux seules options. De même avec les soins de santé. Allons-nous adopter Obamacare, une création de la Heritage Foundation, en ligue avec les industries pharmaceutique et les assurances, ou pas d’assurance santé ? Les soins de santé universels pour tous ne sont pas discutés. Nous sommes donc en marge. Mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas dangereux. Le néolibéralisme et la mondialisation sont des idéologies zombies. Elles n’ont plus de crédibilité. L’escroquerie a été découverte. Les oligarques mondiaux sont haïs et vilipendés. L’élite n’a aucun contre-argument face à notre critique. Ils ne peuvent donc pas se permettre de nous avoir dans leurs pattes. À mesure que l’élite du pouvoir deviendra plus effrayée, ils utiliseront des formes de contrôle plus sévères, y compris l’instrument contondant de la censure et de la violence.

– Je pense que cela peut être une grosse erreur de se concentrer sur le sentiment d’isolement ou de marginalisation. Je vais faire une prédiction. Vous aurez, probablement plus tôt que vous ne le pensez, plus de demandes d’interviews et de temps de télévision. Nous sommes dans une période de crise politique colossale. Nous allons voir de plus en plus l’émergence de la classe ouvrière comme force politique puissante.

– C’est pourquoi nous sommes une cible. Avec la banqueroute de l’idéologie dominante, la faillite de la classe libérale américaine et de la gauche américaine, ceux qui tiennent à la profondeur intellectuelle et à l’examen des systèmes de pouvoir, y compris dans l’économie, la culture et la politique, doivent être réduits au silence.

Chris Hedges

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone, http://lesakerfrancophone.fr/les-elites-nont-plus-aucune-credibilite-une-interview-du-journaliste-chris-hedges

Fil Facebook correspondant à ce billet:

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? par Maxime Chaix, sur Middle East Eye

Chers amis,

Je relaie ci-dessous, intégralement, un texte important de Maxime Chaix, qui fait le point sur les manœuvres secrètes de la CIA pour déstabiliser la Syrie et en renverser « le régime ».

[Quand « les médias » (La Pravda des milliardaires) vous parlent d’un « régime » (sic), c’est que les bombardiers sont prêts, et qu’il ne reste plus qu’à vous préparer psychologiquement pour accepter (et même vouloir) que ces bombardiers décollent en votre nom. Un gouvernement régulier que les médias de l’empire appellent « régime » peut se faire du souci : ça va bientôt barder pour lui, ses opposants « modérés » vont devenir surpuissants et surarmés, et sa population va beaucoup souffrir.]

Maxime Chaix, c’est ce jeune homme courageux qui, par ailleurs, traduit les livres formidables de Peter Dale Scott sur l’État profond aux USA, livres publiés chez le non moins courageux éditeur Demi-Lune.

Tous les trois (auteur traducteur et éditeur) sont évidemment traités de « complotistes » par les comploteurs et leurs complices, inversion accusatoire qui devient (presque à tous les coups) la légion d’honneur de la vraie bonne résistance à l’oppression. De ceux qui ne sont pas traités de « complotisme » ou de « confusionnisme », le système de domination parlementaire (dit « capitaliste ») n’a rien à craindre. Au contraire, ceux qui sont calomniés de cette façon prouvent ainsi leur effective dangerosité contre les tyrans du moment et méritent le soutien des simples citoyens.

À mon avis, un journaliste (ou un militant humaniste) qui s’interdit de dénoncer les complots qu’il détecte ne sert plus à rien, pour la société qu’il prétend défendre. Je dis bien À RIEN. Il s’est auto-désactivé et le système de domination n’a plus rien à craindre de lui ; et nous, nous n’avons plus rien d’important à attendre de lui. Il ne faut pas nous laisser intimider par ces ridicules accusations de « complotisme ». Il faut être courageux, là.

Bref. Je soumets à votre esprit critique ce papier que je trouve important (et sérieusement documenté).

Étienne.


AVANT-PROPOS DE L’AUTEUR :

Comme Étienne me l’a pertinemment signalé, mon article ci-dessous ne traite pas des innombrables exactions commises par les forces syriennes et leurs alliés. Il a raison de le souligner, car nous ne pouvons cautionner de tels actes. Or, ces crimes ont été largement dénoncés par les médias, les ONG et les gouvernements occidentaux. Au contraire, la guerre secrète de la CIA et de ses partenaires en Syrie fut littéralement occultée par une majorité de la presse occidentale, en particulier dans les médias francophones. Pourtant, comme je tente de le démontrer dans l’article suivant, cette gigantesque opération clandestine a considérablement aggravé ce conflit, ayant massivement armé et soutenu les milices jihadistes au Moyen-Orient – dont al-Qaïda et Daech –, dans l’objectif de renverser Bachar el-Assad. À l’heure où nous sommes frappés par ces mêmes réseaux terroristes, ces politiques secrètes et irresponsables des puissances de l’OTAN et de leurs alliés moyen-orientaux doivent être dénoncées et combattues. C’est l’objectif principal de cet article, qui synthétise mes investigations sur cet aspect crucial mais encore trop méconnu de la guerre en Syrie. D’avance, je vous remercie de relayer cette analyse si vous estimez qu’elle est pertinente, utile et intéressante.

Informativement vôtre,

Maxime Chaix


En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?

par Maxime Chaix, 3 août 2017.

Source : Middle East Eye, http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/en-syrie-le-plus-grand-fiasco-de-la-cia-139175839


membres du Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, rebaptisé Front Fatah al-Cham en 2016 après avoir rompu officiellement avec le groupe créé par Oussama ben Laden (Reuters).

 
Alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes au Moyen-Orient, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée

Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien de la CIA en faveur des rebelles « modérés », confirmant qu’en 2015, ceux-ci menaçaient de renverser Bachar el-Assad mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année. Chaotique, car le chroniqueur du Post, David Ignatus, vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer d’alternative politique viable, démocrate et modérée face au gouvernement syrien.

D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code « Timber Sycamore ».

Les rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’ « État islamique » six mois plus tard

Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’ « État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Cet argument est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a souligné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont combattu Daech qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. »

Depuis qu’ils ont rompu avec l’EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l’État islamique, a proclamé son « califat » en 2014 (AFP)

 
Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze parmi la vingtaine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approuvés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lister, un chercheur et spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, à Washington. […] Monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front. “La triste vérité, cependant, est que ces groupes soutenus par les États-Unis [et leurs alliés] restent d’une manière ou d’une autre dépendants des factions affiliées à al-Qaïda dans ces opérations, en termes d’organisation et de puissance de feu”, selon l’experte Genevieve Casagrande, une spécialiste de la Syrie au sein de l’Institute for the Study of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste spécialisé Gareth Porter, dans un article explicitement intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ». « Cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays – et ce principalement depuis la Turquie –, ont largement défini la nature de cette guerre », a souligné Gareth Porter en se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite. Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention militaire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article solidement documenté, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aussi permis l’émergence de Daech« .

Les forces de Bachar al-Assad et de ses alliés ont repris Alep des mains de l’opposition syrienne en décembre 2016 (Reuters)

 
Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur « État islamique » ne faisaient qu’un avant leur scission au printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions. Plus exactement, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé l’ « État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur leader, Mohammed al-Joulani, un djihadiste syrien ayant affronté la coalition de George W. Bush en Irak, avait été chargé par Abou Bakr al-Baghdadi de combattre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013 entre ces deux entités terroristes, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

Le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible

Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation, qui conduisit à la création de l’ « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), rebaptisé « État islamique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech et favorisé sa montée en puissance dès janvier 2012. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même conséquence pour le versant « formation militaire » de ce programme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech – selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient directement impliquées dans cette opération.

Des combattants du Front al-Nosra traversent la ville syrienne d’Alep en mai 2015 (AFP)

 
En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à (ou leur attrait pour) ces groupes terroristes, le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste. Or, la simple existence de cette procédure a permis à la CIA de maintenir une façade de respectabilité en affirmant qu’elle ne formait que des « rebelles modérés ».

En réalité, pour quiconque s’affranchit de cette notion orwellienne, les dynamiques de cette opération peuvent être résumées ainsi : supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus parlants, qui sont ceux du spécialiste Sam Heller, « la majeure partie du soutien américain fut dirigée vers des factions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait servi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puissantes factions islamistes et djihadistes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris Daech et al-Nosra

Ces dérives ne furent toutefois pas systématiquement intentionnelles. L’exemple de « Cheg Cheg », devenu le plus grand trafiquant d’armes syrien durant cette guerre, pourrait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhicule en avril 2016, ce baron de la contrebande d’armements avait vendu à des intermédiaires bédouins un certain nombre d’armes issues des bases supervisées par la CIA, dont la mise en place en Turquie et en Jordanie avait dynamisé ses affaires. Or, ces intermédiaires les avaient achetées pour le compte du malnommé « État islamique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas.

À l’origine de ces révélations, le quotidien émirati TheNational.ae évoqua des transferts « involontaires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à travers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pourtant, selon différentes enquêtes approfondies, dont une récemment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les services spéciaux des pétromonarchies du Golfe – essentiellement ceux de l’Arabie saoudite – ont sciemment armé Daech en Syrie comme en Irak, en particulier via une ligne d’approvisionnement Balkans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide discrète de la CIA à partir de janvier 2012.

Ambassadeur américain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est persuadé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « strictement confinées aux réseaux des services secrets ». Étonnamment, cette enquête du JDD ne fait pas mention de ce rôle central de la CIA dans la création de ce trafic d’armes produites dans les Balkans. Toutefois, son auteur a répondu à une demande de clarification en soulignant que « les propos de Robert S. Ford, qui s’est exprimé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davantage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nosra… dont a ensuite profité Daech. »

Une telle franchise est malheureusement trop rare dans les médias occidentaux, et en particulier francophones. En réalité, alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes en Irak et au Levant, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN dans ces politiques catastrophiques ne peut et ne doit plus être éludée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dresser le bilan de cette désastreuse politique, que la majorité de la presse occidentale a dissimulée au profit d’une narration séduisante impliquant des rebelles « modérés » n’ayant qu’un poids limité sur le terrain, on peut dire que la CIA et ses partenaires ont imposé à la Syrie une guerre secrète meurtrière, et que celle-ci a eu comme conséquence des dizaines de milliers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ainsi qu’un nombre indéterminé de victimes civiles, de blessés, de réfugiés et de déplacés internes.

Un Syrien porte deux enfants blessées après une attaque aérienne à Hamouria, dans la Ghouta orientale, en avril 2017 (AFP)

 
Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain.

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain

Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire suffisant pour tenir face à la rébellion, et il s’est maintenu au pouvoir grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama.

Censées être en guerre contre le jihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir diplomatiquement et d’aider militairement leurs alliés régionaux dans leur soutien en faveur de groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance de Daech en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur – le rôle de nos « alliés » turc et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

Après d’innombrables hésitations, ces derniers ont fini par accepter le réel. De ce fait, ils ont progressivement abandonné l’objectif de renverser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en priorité la lutte contre un monstre Frankenstein en grande partie engendré par leurs propres errements stratégiques et diplomatiques, encouragés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-ottomans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dresser de l’interventionnisme occidental au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salutaire que les journalistes, les experts et d’éventuels lanceurs d’alertes dénoncent plus explicitement le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dissimulation de ces politiques clandestines inconsidérées.

À LIRE : La politique d’Obama en Syrie et l’illusion de puissance américaine au Moyen-Orient

En attendant, espérons que le potentiel aggiornamento du président français Emmanuel Macron sur le dossier syrien, et la conclusion du programme anti-Assad de la CIA décrétée par son homologue américain, marquent la fin durable de ces stratégies aventuristes à l’origine de tant de souffrances et de destructions – officiellement imposées au nom de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » –, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence ; un désastre aux conséquences potentiellement plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la tentative de recrutement de deux futurs pirates de l’air du 11 septembre par la CIA et les services secrets saoudiens. Comme l’avait relaté un ex-agent spécial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opération illégale conduisit l’Agence à dissimuler à la police fédérale la présence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empêché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visiblement, cette tragédie était bien loin dans les mémoires des responsables du programme Timber Sycamore, qui ont massivement armé la nébuleuse terroriste contre laquelle les autorités américaines et leurs alliés se revendiquent en guerre depuis 2001.

Maxime Chaix.

Maxime Chaix's picture

Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. Il est diplômé d’un Master 2 « Histoire, théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble. En 2015, il a lancé son propre site afin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour dedefensa.org, Paris Match, et le Club de Mediapart.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Source : Middle East Eye, http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/en-syrie-le-plus-grand-fiasco-de-la-cia-139175839

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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La supercherie du droit-de-l’hommisme, par Bruno Guigue

Encore un texte remarquable de Bruno Guigue :

La supercherie du droit-de-l’hommisme

La sélectivité du droit-de-l’hommisme permet de comprendre pourquoi la condamnation des violations incriminées épouse toujours un axe nord-sud. Aucune ONG vénézuélienne ne mène campagne contre la mainmise d’une poignée de milliardaires sur la quasi-totalité des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occidentales dénoncent sans relâche les violations de la liberté de la presse au Vénézuéla, alors que la presse, loin d’y être opprimée par le pouvoir, appartient à une poignée de capitalistes qui combattent le gouvernement.


Hormis les réactionnaires qui pensent que les hiérarchies sociales sont fondées en nature et qu’il y a des hommes faits pour commander et d’autres pour obéir, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut défendre les droits de l’homme. Mais il faut admettre que les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Si l’on entend par cette expression la possibilité pour chacun de jouir du bien commun, alors l’accès à l’emploi, au logement, aux soins et à l’éducation fait partie des droits de l’homme – ou des droits humains, ne jouons pas sur les mots – au même titre que la liberté d’expression ou le choix de son orientation sexuelle. Prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est y inclure les droits collectifs, c’est-à-dire la possibilité de vivre dans des conditions matérielles décentes.

Les militants des droits de l’homme, pourtant, ne s’intéressent qu’aux droits individuels et délaissent ostensiblement les droits collectifs. Que des individus soient emprisonnés ou empêchés de s’exprimer par des gouvernements autoritaires leur est insupportable, mais que des masses d’affamés subissent la loi d’airain du capital mondialisé leur est indifférent. Leur compassion pour l’humanité souffrante est étrangement sélective. Ils ne se mobilisent que pour des minorités ou des individus isolés, ils agissent au cas par cas en sélectionnant les individus ou les groupes qu’ils jugent dignes de leur attention, et on ne les voit jamais prendre fait et cause pour une classe socialement opprimée.

Le vocabulaire de la plupart des ONG – majoritairement anglo-saxonnes – en témoigne clairement. Elles entendent combattre la discrimination et non l’exploitation, l’exclusion et non la pauvreté, la privation de liberté infligée à quelques-uns et non la misère imposée au grand nombre. Leur philosophie est celle de l’individualisme libéral, qui ne connaît que des individus porteurs de droits et se soucie peu de savoir s’il y a parmi eux des riches et des pauvres. Ne parlons pas de la lutte des classes, ce gros mot qu’elles ne veulent même pas entendre prononcer. La seule lutte qui compte à leurs yeux, c’est celle qui vise à aligner des individus abstraits sur un standard restreint aux libertés formelles – et individuelles – en oubliant allègrement que ces libertés n’existent que sous certaines conditions.

Pour tout dire, le droit-de-l’hommisme ordinaire occulte le fait que ces libertés individuelles ne sont effectives que si les droits collectifs sont garantis par des structures sociales qui les favorisent. En d’autres termes, les droits individuels ne sont réels que si les individus sont correctement nourris, logés, éduqués et soignés, et ces conditions ne sont réunies à leur tour que si un rapport de forces entre classes sociales les inscrit dans la durée. Bref, les droits-de-l’hommistes oublient tout bonnement que les individus ne sont rien sans la société et que les droits individuels dont on réclame l’application ne sont que du vent si la société est divisée en dominants et dominés.

Cette indifférence aux conditions d’exercice des droits dont ils font pourtant leur fonds de commerce n’est pas étonnante. Petits-bourgeois des pays riches, les défenseurs des droits de l’homme défendent les droits dont ils jouissent, dont ils pourraient jouir ou dont ils voudraient que jouissent ceux qui leur ressemblent. Pourquoi dépenseraient-ils leur énergie à lutter contre la faim dans le monde quand leur assiette est pleine ? Pourquoi se battraient-ils pour l’appropriation collective des richesses puisqu’ils n’ont aucun problème de fin de mois ? En luttant pour les droits de l’homme, ils aspergent d’eau bénite leurs états d’âme de nantis que leurs conditions d’existence n’amènent jamais à interroger les ressorts de l’oppression et de l’injustice qu’ils ont constamment à la bouche, mais sans savoir de quoi ils parlent.

Que les pauvres soient pauvres importe peu à leurs yeux, car les pauvres revendiquent en général autre chose que la reconnaissance de droits individuels rendus impossibles par l’absence de droits collectifs. Lorsque l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté, revendiquer la liberté d’expression avec un minimum de sérieux impliquerait d’exiger l’expropriation des capitalistes qui contrôlent la presse afin de créer les conditions d’une information plus objective. Mais on n’a jamais entendu un droit-de-l’hommiste formuler ce genre de revendication. Le contrôle des médias ne s’expose à sa foudre vengeresse que s’il est exercé par de méchants dictateurs qui défient le nouvel ordre mondial. Pour les autres, il n’y a pas de problème.

Sélective, cette indignation pseudo-humaniste choisit ses victimes. Les autres peuvent crever. Lors de la chute du communisme, en 1991, les organisations droits-de-l’hommistes ont crié victoire. L’idéologie des droits de l’homme ayant été inventée pour lutter contre l’URSS, cette victoire finale sembla consacrer leur vision du monde. Mais aucune de ces organisations n’a souligné que les prisons soviétiques étaient vides depuis longtemps et que le totalitarisme dont la philosophie politique des années 70 faisait un mal absolu était une coquille vide. On ne s’émut pas davantage, chez les humanistes, en constatant que sous la présidence Eltsine (1991-2000) l’espérance de vie régressa de dix ans sous l’effet des réformes structurelles dictées à la Russie par le FMI. C’est normal. Les petits vieux qui meurent en masse dans le paradis capitaliste n’intéressent pas les défenseurs des droits de l’homme.

L’humanité souffrante dont se soucient des ONG pétries d’humanisme se résume à un agrégat indistinct d’individus abstraits, atomisés, dont le sort n’est intéressant que s’il témoigne d’une violation de leurs droits individuels, de préférence dans un pays exotique dont le procès est instruit par la doxa occidentale. Mais on n’a jamais vu “Amnesty International” – dont le seul intitulé relève de la publicité mensongère – s’insurger contre le fait que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, ou que des centaines de milliers d’ouvrières sont surexploitées par les multinationales occidentales dans les “maquiladoras” de la frontière mexicaine. On répondra sans doute que ce n’est pas l’objet social de cette organisation, et je répondrai à mon tour que c’est précisément le problème sur lequel il convient d’insister.

Cette triple sélectivité dans le choix des droits en question, des individus concernés, et enfin des pays sur lesquels on braque le projecteur, explique donc beaucoup de choses. Elle explique que l’on fasse le tri parmi les victimes en évitant soigneusement d’incriminer les structures – celles de l’exploitation capitaliste mondialisée – qui sont responsables de 90% des malheurs qui frappent l’humanité. Elle explique aussi la fascination des ONG droits-de-l’hommistes pour la défense des LGBT. La lutte contre les discriminations qu’ils subissent est légitime, mais il faut être lucide sur l’effet de cantonnement qu’elle génère. Car cette cause, aux yeux du droit-de-l’hommisme petit-bourgeois, présente l’avantage de transcender la division sociale, d’évacuer la question des rapports de classe, bref de conférer à la lutte pour les droits humains une universalité abstraite qui sert les intérêts dominants.

La sélectivité du droit-de-l’hommisme permet aussi de comprendre pourquoi la condamnation des violations incriminées épouse toujours un axe nord-sud. Aucune ONG vénézuélienne ne mène campagne contre la mainmise d’une poignée de milliardaires sur la quasi-totalité des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occidentales dénoncent sans relâche les violations de la liberté de la presse au Vénézuéla, alors que la presse, loin d’y être opprimée par le pouvoir, appartient à une poignée de capitalistes qui combattent le gouvernement. Machine de guerre contre les Etats récalcitrants, le droit-de-l’hommisme bénéficie donc de financements colossaux, à l’image de ces “Casques blancs” qui jouent au djihadiste côté cour et au brancardier côté jardin grâce aux 15 millions de dollars versés par des fondations britanniques. Moyennant une trousse à maquillage, ils arrivent même à fabriquer des victimes pour émouvoir le populo scotché devant les petites lucarnes.

Ces exemples montrent également que la fonction expresse de l’idéologie droit-de-l’hommiste – servie par ces appareils idéologiques de masse que sont les ONG – est de saper la souveraineté des Etats qu’elle a pris pour cibles. De la fondation de George Soros aux officines qui participent aux conflits armés sous couvert d’action humanitaire en passant par les révolutions de couleur organisées de l’étranger, la galaxie droit-de-l’hommiste intervient partout, distribuant subventions, éléments de langage et certificats de moralité à qui-mieux-mieux dans le seul but de semer le désordre dans des pays dont la liste est fournie par la CIA et dont le seul tort est de faire obstacle à l’hégémonisme occidental. La Russie en sait quelque chose, et on comprend qu’elle ait neutralisé cette poignée d’exhibitionnistes à moitié débiles (Femen) dont l’activisme desservait les intérêts du peuple russe.

Savamment orchestrée au nom des droits de l’homme, toute cette agitation a pour but de vider de sa substance le droit des peuples à s’organiser comme ils l’entendent. Dirigée contre le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, cette ingérence fait peser une menace d’implosion sur les sociétés dont l’essor ou la résistance déplaît à Washington, Londres ou Paris. Pratiquée à grande échelle, l’intervention militaire chez les autres n’a pas toujours donné les résultats escomptés. Elle est désormais remplacée par cette épée de Damoclès planant sur la tête de tous ceux qui osent défier l’Empire et contester le monopole du dollar. Faute de pouvoir vitrifier ses opposants étrangers à l’arme lourde, un Occident arrogant brandit alors l’étendard de l’internationalisme humanitaire. Relayé par un gauchisme qui dissout ses illusions perdues dans le pathos et oublie Trotsky avec BHL, il agite frénétiquement le miroir aux alouettes des droits de l’homme, éblouissant beaucoup de bonnes âmes qui ne voient pas que cette idéologie est le faux-nez de l’impérialisme.

L’Occident a beau croire qu’il a découvert la pierre philosophale, la conception des droits de l’homme, pourtant, n’est pas univoque. Pour les Chinois, le premier des droits est celui de ne pas mourir de faim. Cette priorité n’est pas celle de la gauche occidentale, sinon elle mobiliserait davantage d’énergie à lutter contre la faim dans le monde qu’à promouvoir les droits des minorités. Mais cette divergence n’est pas une raison suffisante pour dire que les idées chinoises ne valent rien. “A plusieurs, nous sommes moins sujets à l’erreur que lorsque nous sommes seuls à décider”, disait Aristote. On veut bien admettre qu’un milliard 379 millions de Chinois puissent se tromper, mais on peine à croire que ce soit le cas tout le temps, d’autant que leur pays qui était un champ de ruines en 1949 est aujourd’hui la première puissance économique du monde. A défaut de quelques coups bien mérités sur le museau, un peu d’humilité éloignerait homo occidentalis de son penchant indécrottable à donner des leçons à la terre entière.

Bruno GUIGUE

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Article signalé par l’excellent site de désintoxication anticapitaliste Le Grand Soir.

[Lanceurs d’alerte contre la propagande de guerre] Venezuela : comment NE PAS donner une information

Venezuela : comment NE PAS donner une information


Ángeles Diez Rodríguez
photo : Ángeles Diez Rodríguez, Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

 

Le 30 juillet s’est produit un événement politique d’une portée historique considérable : un peuple internationalement assailli à l’extérieur et soumis à la violence paramilitaire à l’intérieur, est descendu dans la rue pour exprimer son double rejet de l’ingérence internationale et des aspirations des élites locales à reprendre le pouvoir.

Il y a moins de vingt ans, au siècle dernier, un événement d’une telle ampleur aurait figuré en première page de toute la presse d’information du monde. Les médias de masse, publics et privés, l’auraient relevé dans leurs gros titres, sans doute manipulateurs, mais ceux-ci auraient parlé du défi du peuple vénézuélien face aux menaces de l’impérialisme. Ils auraient montré des images, peu nombreuses, mais sans doute quelqu’une ou quelqu’autre de ces immenses files de vénézuéliens devant les bureaux de vote, comme ceux du Poliedro de Caracas, ou de ces gens marchant à travers les collines et traversant les rivières dans la région de Táchira ou de Mérida, où les bureaux de vote étant occupés par des guarimberos (casseurs) armés, il fallait se déplacer à la recherche de centres de secours où pouvoir voter, souvent sans y parvenir.

Les légendes des photos auraient sûrement détourné les images et proposé une lecture en accord avec le désespoir de l’opposition putchiste incapable d’accepter une défaite. Mais il y aurait eu une image, un commentaire, une toute petite information qui aurait parlé de la volonté majoritaire du peuple vénézuélien contre tout pronostic et tout calcul rationnel.

Tout journaliste digne de ce nom aurait voulu consigner, analyser, vérifier et même manipuler cet événement. Plus encore en des temps où les réseaux sociaux font circuler une infinité d’images qui comblent les vides des nouvelles qui en sont dépourvues. Là où les médias de masse cachent une image, les réseaux en mettent des centaines. Cependant, le 31 Juillet, l’information sur les élections vénézuéliennes pour l’Assemblée Constituante est passée sous silence dans les médias espagnols. C’est une autre information qui fut donnée à sa place.

La non nouvelle qui a supplanté l’événement vénézuélien, bâtie sur le modèle déjà existant (violence et chaos) était : nouvelle journée de violence au Venezuela. Tous les gros titres visaient, avec plus ou moins de qualificatifs, à façonner une image qui corresponde à la propagande distillée au cours des mois antérieurs. Puis ont éclos les spores disséminées par la non nouvelle, qui avaient déjà été diffusées par les agences impérialistes : auto-coup d’état, fraude, moins de votes que n’en déclare le gouvernement, opposants nouvellement arrêtés, isolement international…

L’événement d’une journée électorale qui a mobilisé des millions de vénézuéliens qui sont allés voter pour leurs candidats à la Constituante, fut trop incontestable pour être passé sous silence ; les flots du peuple vénézuélien trouvaient une infinité de fenêtres numériques par où s’écouler. De sorte que le système de propagande de guerre des médias de masse espagnols, si bien entretenu et huilé par les agences de presse étasuniennes, activa l’un de ses ressorts les plus subtils. Il n’affronta pas la nouvelle en la taisant, bien qu’il le fît également, il ne manipula pas des images comme il l’a réellement fait avec le frauduleux référendum de l’opposition du 16 Juillet (le journal El País dût rectifier une image du test électoral pour l’assemblée Constituante, sous laquelle figurait une légende affirmant que c’étaient des queues pour voter au référendum organisé par l’opposition). Dans ce cas, la technique de propagande médiatique majoritairement employée fit remplacer l’information qui faisait l’évènement par d’autres qui attireraient l’attention des audiences.

Les gros titres parlèrent de violence, dictature et condamnation internationale : “Lors d’une journée marquée par la tension, les manifestations, la réprobation internationale et la violence, les vénézuéliens ont voté pour choisir les membres de l’Assemblée Nationale Constituante » (CNN en espagnol) ; “Maduro concrétise un coup d’état contre lui-même au Venezuela au cours d’une journée électorale des plus violentes” (El País) ; “Condamnation internationale de l’usage disproportionné de la force au Venezuela. 10 personnes au moins sont mortes dans les manifestations pendant les élections à l’assemblée constituante que soutient Nicolás Maduro. (Télévision Espagnole).

Pas une seule image des quelques 14500 bureaux de vote où plus de 8 millions de vénézuéliens attendaient leur tour pour voter. Après les élections présidentielles de 2012 qui élirent Hugo Chávez, ce furent les élections qui mobilisèrent la plus large participation de masse. Toutefois, lorsque l’on consulte les archives photographiques du journal El País, on se trouve devant un étrange phénomène : sur 30 images sélectionnées par le quotidien, 7 sont celles d’explosions, de barricades et d’actes de violence, 2 montrent les opposants, 2 autres le président Maduro et le reste montre des vénézuéliens isolés en train de voter, l’urne en premier plan, des petits groupes regardant les listes ou assis, attendant pour voter ; il n’y a qu’une photo où l’on voit très loin des voitures et des personnes avec une légende qui parle de « files d’attente » pour voter. Le même manque d’images significatives fut constaté sur la Télévision Espagnole. C’est dire que, dans les médias espagnols de grande audience, les images, quand elles faisaient allusion à l’acte de voter, lançaient un message contraire à la réalité qui circulait sur les réseaux sociaux, elles disaient : peu de vénézuéliens sont allés voter. C’étaient des images soigneusement sélectionnées pour appuyer la version de l’opposition et ne pas donner l’information de l’appui massif à la Constituante donné par le peuple vénézuélien.

Dans ces temps des réseaux sociaux, où les hommes politiques ne font pas de déclaration, ils twittent, où la volatilité de l’information numérique prévaut sur le papier et où les télévisions copient les réseaux sociaux, les façons de mentir et de déformer sont de plus en plus complexes. Plutôt que de cacher une information, il est plus efficace d’en donner une autre différente, qui occupe la place de la réelle. Nous appellerons cela la « non information ».

Il semble, d’après les recherches du CIS (Centre d’investigations sociologiques) que ceci soit habituel dans les médias espagnols. Comme antécédents nous avons cette étude de Juin 2016 qui signalait que la Télévision Espagnole, alors que le chômage était toujours la première préoccupation des espagnols, lui avait consacré la moitié du temps qu’elle avait employé à parler de la crise politique au Venezuela (les journaux télévisés de ce mois-là consacrèrent 71 minutes à la situation du Venezuela face aux 31 qu’ils dédièrent au chômage dans notre pays) ou ce 7 avril de cette année, alors que tous les bulletins d’information du monde ouvraient sur le désarmement de l’ETA, la Télévision Espagnole parlait du Venezuela plutôt que du désarmement de l’ETA.

Cette technique de propagande de guerre qu’emploient les journaux d’information espagnols fait partie d’autres techniques mieux répertoriées comme : le deux poids deux mesures, prendre la partie pour le tout, les infos toxiques, la partialité des sources, l’occultation ou l’inversion cause/effet.

Dans le cas de l’information de substitution, la non information, elle, doit comporter certaines caractéristiques. En premier lieu, elle doit être crédible, c’est-à-dire qu’elle doit se situer dans la logique même de la matrice déjà établie ; dans le cas des élections à l’Assemblée Constituante cette matrice est : violence, coup d’état, chaos, urgence humanitaire.

De plus, elle doit avoir comme base un fait certain comme le feu mis à quelque bureau de vote, des barricades incendiées, un quelconque incident isolé. Ce fait, du point de vue de l’importance sociale, est anecdotique ou ne peut être généralisé si l’on prend en compte l’évolution des votes. Cependant, pour ne pas donner l’information importante -celle qui, elle, est généralisable quantitativement et qualitativement-, il est fondamental de s’appuyer sur ce fait qui, entre les mains de la guerre médiatique, fonctionne, comme les attentats sous faux drapeaux ou attentats contre soi-même, (ceux qui sont commis pour rejeter la faute sur l’ennemi et justifier une intervention). Ainsi, lors de la journée d’élections vénézuélienne il y eut des incidents provoqués par l’opposition, un attentat contre la Garde Nationale Bolivarienne, des embuscades armées pour dissuader les votants et incendie de bureaux de vote. Mais si l’on prend la journée dans son ensemble, le fait notable a été l’attitude pacifique et la détermination des votants dans l’accomplissement de leur devoir électoral.

En troisième lieu, l’information de substitution doit être au rang du spectaculaire autant que l’information réelle, afin de retenir toute l’attention. La violence est toujours une information spectaculaire en soi, elle est capable de retenir l’attention et de reléguer tout autre fait. C’est pourquoi, même lorsque l’on ne dispose pas d’images de violence il faut que le journaliste apparaisse portant un gilet pare-balles, un masque à gaz et un casque, pour que notre cerveau prête foi aux actes de violence dont parle le reporter.

En quatrième lieu, elle doit être capable de concentrer l’attention de ceux qui sont critiques envers les médias de masse, afin que tout le potentiel de contre-information soit pointé vers la mise en cause du « messager » (les moyens de communication de masse). Nous, les intellectuels et analystes, nous nous focalisons sur la dénonciation de la manipulation des médias et nous laissons de côté la diffusion de l’information réelle, par exemple nous nous sommes concentrés sur la dénonciation de l’attentat contre la garde nationale bolivarienne, que les médias ont transformé en « répression contre Maduro » ou sur la dénonciation de la violence des paramilitaires de l’opposition qui sabotaient les élections, au lieu de parler des vénézuéliens élus pour réformer la Constitution, de leur origine sociale, de leur engagement envers leurs bases, des premières propositions pour la réforme de la Constitution, des problèmes d’impunité que souhaite résoudre la nouvelle carta magna … En théorie de la communication cela se comprend comme l’Agenda Setting, c’est-à-dire que ce sont les médias de masse qui imposent ce dont on parlera, qui fixent ce qui est important, ce qui ne doit apparaître dans aucun média, comment livrer l’information. L’agenda des médias de masse devient l’agenda de l’opinion publique.

Une autre non information de ces jours derniers a été « l’isolement international du Venezuela ». Aux Nations Unies, le Venezuela a obtenu le ferme appui de 57 pays qui, au sein du Conseil des Droits de l’Homme, approuvèrent une résolution de reconnaissance de la Constituante vénézuélienne et réclamèrent la non-ingérence. Parmi ces pays figuraient les plus peuplés au monde et quelques autres de grand poids international comme la Russie, la Chine, l’Iran, l’Inde ou le Pakistan.

La non information qui remplaça celle-ci fut « Les Etats-Unis et les principaux pays d’Amérique Latine condamnent la Constituante de Maduro (El País) » information également présente dans la majorité des médias espagnols le lendemain des élections.

Mais cette technique ne fonctionne que si l’on dispose du personnel spécialisé capable, presque spontanément, d’élaborer les non informations, capable de regarder ailleurs, bien équipé du déguisement du « reporter de guerre ». Ce sont les parajournalistes, et à la tête de la profession internationale se trouvent les espagnols, tant des médias de masse privés que des médias publics.

L’an dernier j’ai déjà défini ce que j’entends par parajournalistes : « Si l’on qualifie de paramilitaire celui qui est affilié à une organisation civile dotée d’une structure ou d’une discipline militaire, nous pouvons dire des parajournalistes qu’ils sont ces journalistes affiliés à des médias de masse qui suivent une discipline militaire, lançant des bombes informatives sur les objectifs définis par leurs entreprises ». Parmi ces derniers nous avons Marcos López et Nuria Ramos, correspondants de Télévision Espagnole, qui sans aucun doute méritent une mention spéciale pour leur mauvais travail journalistique, toujours prêts à se placer du côté de ceux qui jettent les bombes incendiaires sur la garde bolivarienne, capables de contredire sans difficulté les images que recueillent leurs propres appareils de photos, disposés à se faire les victimes –tout comme l’opposition- de la « répression du gouvernement bolivarien ».

La grande offensive contre le gouvernement du Venezuela de la part des médias de masse espagnols fait partie de la guerre mondiale contre tout processus qui ne se plie pas aux intérêts impérialistes. Nos parajournalistes jouent leur rôle comme membres de l’armée vassale. Ces jours derniers nous avons vérifié que la guerre médiatique contre le Venezuela est l’une des plus féroces que l’on connaisse, peut-être parce que l’escalade guerrière d’aujourd’hui est sans précédents, et qu’en réalité il n’existe pas différents types de guerre mais une seule qui revêt divers aspects. Si, comme dirait le Pape François, nous sommes face à une Troisième Guerre Mondiale dont nous ne voyons que des bribes, le Venezuela est aujourd’hui l’un des objectifs prioritaires pour l’empire. La difficulté vient de ce que, contrairement à ce que nous vendent les films de Hollywood, aujourd’hui la guerre ne se présente pas à nous sous la même forme qu’au siècle dernier, il nous est plus difficile de reconnaître son mode de déroulement et d’identifier ses nouveaux et ses anciens bataillons.

Cette guerre contre le Venezuela essaie de combattre les deux piliers sur lesquels repose la Révolution bolivarienne : la souveraineté nationale et l’utopie socialiste. Elle vise à miner l’image du Venezuela à l’extérieur pour contrebalancer deux des traits les plus caractéristiques de la révolution bolivarienne : la voie pacifique et démocratique pour transformer le pays et l’utilisation de ses ressources naturelles pour améliorer les conditions de vie socio-économiques de la population. C’est-à-dire, miner l’image d’un pays qui construit une alternative au Capitalisme. En ce sens, le Venezuela a également pris la relève de Cuba comme référent de lutte pour d’autres peuples. Tout comme Cuba, il est devenu le mauvais exemple.

D’où les missiles qui sont constamment lancés depuis les médias de masse afin d’éviter l’appui à la révolution bolivarienne : la violence et l’autoritarisme. Il s’agit là de deux torpilles qui traditionnellement sont pointées sur la ligne de flottaison de toute utopie socialiste.

Avec un pareil objectif, les moyens de communication et tout le système de propagande contre le Venezuela visent très spécialement le terrain des campagnes électorales et mettent en cause sa démocratie. Il ne faut pas oublier que les élections sont la condition de la démocratie pour les élites politiques mais, seulement si l’on peut garantir que les gens votent ce qu’il faut, c’est-à-dire, si, grâce à la guerre des moyens de communication, l’on parvient à convaincre la population de qui doivent être leurs gouvernants.

Les guerres ne sont pas l’affaire des gouvernements, ni des corporations, ni des moyens de communication, ni des peuples. Les guerres sont le résultat de tous et de chacun de ces éléments. Les gouvernements déclarent la guerre mais, avant, les peuples assument qu’elle « était inévitable », mais, avant, les corporations font leurs comptes et le bilan des coûts et profits, mais, avant, les moyens de communication créent les conditions pour qu’il n’y ait pas de résistance.

Mais tout n’est pas perdu : selon un rapport élaboré par l’Université d’Oxford en 2015 et publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, sur les 11 pays européens étudiés, les moyens de communication espagnols sont les moins fiables. Au niveau mondial, quand sont étudiés les publics des Etats-Unis, Grande Bretagne, Allemagne, France, Espagne, Italie, Irlande, Danemark, Finlande, Brésil, Japon et Australie, seuls les moyens de communication étasuniens ont moins de crédibilité que les espagnols.

Ángeles Diez Rodríguez
Docteure en Sciences Politiques et en Sociologie, professeure de l’Universidad Complutense de Madrid.

Source : http://www.alainet.org/es/articulo/187357

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

»» https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/19/venezuela-comment-ne-p…

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Voilà pourquoi la Corée du Nord déteste autant les États-Unis…

Voici une synthèse remarquable sur les raisons du comportement prétendument agressif de la Corée du Nord, synthèse signalée par le principal (de loin) service public d’information en France : les-crises.fr

Quand les États-Unis détruisaient un pays pour le sauver

Le 25 juin 2010 marque le soixantième anniversaire du début de la Guerre de Corée, appelée « Guerre de Libération de la patrie en République populaire démocratique de Corée.  Entre 1950 et 1953, les hostilités ont fait près de quatre millions de victimes, mais l’ héritage de cette guerre va  bien au-delà de ce bilan humain déjà terrifiant : l’accord d’armistice signé à Panmunjom le 27 juillet 1953 a scellé la division de la péninsule coréenne en établissant une ligne de démarcation militaire entre le nord et le sud, et,faute de véritable traité de paix, la Corée reste techniquement en état de belligérance.

Au lendemain de la libération de la Corée (15 août 1945), après 35 ans de colonisation japonaise, le peuple coréen pouvait pourtant légitimement prétendre à recouvrer son indépendance et sa souveraineté, comme s’y étaient engagés les pays alliés lors de la Conférence du Caire (novembre 1943).

Cette légitime aspiration de la nation coréenne ne fut malheureusement pas réalisée dans le contexte d’affrontement des grandes puissances : dès le mois de septembre 1945, deux zones d’occupation, soviétique et américaine, se mirent en place de part et d’autre du 38eme parallèle. En 1948, l’organisation d’élections séparées au sud, sous l’égide de l’ONU où les Etats-Unis disposaient de la majorité, aboutit à la création de deux Etats coréens : la République de Corée au sud, la République populaire démocratique de Corée au nord.La partition de fait de la Corée était réalisée. La nation coréenne se trouvait dramatiquement divisée contre son gré par la frontière artificielle du 38eme parallèle, autour de laquelle divers accrochages firent des milliers de morts de 1945 à 1950.

La thèse de l’offensive nord-coréenne du 25 juin 1950 servit de prétexte à une intervention militaire des Etats-Unis, dans le cadre d’une stratégie américaine globale de « refoulement du communisme ». L’intervention américaine en Corée fut légitimée par le Conseil de sécurité de l’ONU  – où l’URSS ne siégeait pas en raison du refus d’y admettre la jeune République populaire de Chine -, le président américain Harry Truman présentant alors l’envoi de troupes en Corée comme une « opération de policedont le but était de repousser un « raid de bandits contre la République de Corée« . Le président américain l’a fait sans déclaration de guerre, jusqu’alors une condition préalable à la participation militaire des Etats-Unis à l’étranger. Il a ainsi établi un précédent pour le président Lyndon Johnson qui a engagé des troupes dans la Guerre du Vietnam sans jamais solliciter un mandat du Congrès pour son action. Les interventions en Irak et en Afghanistan ont été menées selon les mêmes principes.

Pour cette »opération de police, les Etats-Unis eurent recours à des armes de destruction massive, ou menacèrent d’en utiliser, ce qui contribue encore à éclairer la situation actuelle. Comme l’écrit  l’historien américain Bruce Cumings en conclusion de l’article que nous reproduisons ci-après, la Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.

Cumings écrivait ces lignes en 2004, sous l’administration Bush. Elles restent d’une troublante actualité, surtout  après l’annonce, le 6 avril 2010, de la nouvelle posture nucléaire de l’administration Obama, selon laquelle les Etats-Unis s’autorisent à frapper la Corée du Nord avec des armes nucléaires même si celle-ci n’utilise que des armes conventionnelles.


Mémoires de feu en Corée du Nord

par Bruce Cumings

 Plutôt que d’une guerre oubliée, mieux vaudrait parler, s’agissant de la Guerre de Corée (1950-1953), d’une guerre inconnue. L’effet incroyablement destructeur des campagnes aériennes américaines contre la Corée du Nord – qui allèrent du largage continu et à grande échelle de bombes incendiaires (essentiellement au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chimiques [1] et à la destruction de gigantesques barrages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indélébile. Ces faits sont toutefois peu connus, même des historiens, et les analyses de la presse sur le problème nucléaire nord-coréen ces dix dernières années n’en font jamais fait état. [NdT : ce texte a été écrit en décembre 2004] 

La Guerre de Corée passe pour avoir été limitée, mais elle ressembla fort à la guerre aérienne contre le Japon impérial pendant la Seconde Guerre mondiale, et fut souvent menée par les mêmes responsables militaires américains. Si les attaques d’Hiroshima et de Nagasaki ont fait l’objet de nombreuses analyses, les bombardements incendiaires contre les villes japonaises et coréennes ont reçu beaucoup moins d’attention. Quant aux stratégies nucléaire et aérienne de Washington en Asie du Nord-Est après la Guerre de Corée, elles sont encore moins bien comprises, alors que ces stratégies ont défini les choix nord-coréens et demeurent un facteur-clé dans l’élaboration de la stratégie américaine en matière de sécurité nationale. (…)

Le napalm fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son utilisation provoqua un débat majeur pendant la Guerre du Vietnam, attisé par des photos insoutenables d’enfants qui couraient nus sur les routes, leur peau partant en lambeaux… Une quantité encore plus grande de napalm fut néanmoins larguée sur la Corée, dont l’effet fut beaucoup plus dévastateur, car la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comptait bien plus de villes peuplées que le Nord-Vietnam. En 2003, j’ai participé à une conférence aux côtés d’anciens combattants américains de la Guerre de Corée. Lors d’une discussion à propos du napalm, un survivant de la bataille du Réservoir de Changjin (Chosin, en japonais), qui avait perdu un œil et une partie de la jambe, affirma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle tombait sur les bonnes personnes.

Les bonnes personnes ? Comme lorsqu’un bombardement toucha par erreur une douzaine de soldats américains : Tout autour de moi, les hommes étaient brûlés. Ils se roulaient dans la neige. Des hommes que je connaissais, avec qui j’avais marché et combattu, me suppliaient de leur tirer dessus… C’était terrible. Quand le napalm avait complètement brûlé la peau, elle se détachait en lambeaux du visage, des bras, des jambes… comme des chips de pommes de terre frites.  [2]

Un peu plus tard, George Barrett, du New York Times, découvrit un tribut macabre à la totalité de la guerre moderne dans un village au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : Les habitants de tout le village et dans les champs environnants furent tués et conservèrent exactement l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frappés par le napalm : un homme s’apprêtait à monter sur sa bicyclette, une cinquantaine d’enfants jouaient dans un orphelinat, une mère de famille étrangement intacte tenait dans la main une page du catalogue Sears-Roebuck où était cochée la commande no 3811294 pour une “ravissante liseuse couleur corail”. Dean Acheson, secrétaire d’Etat, voulait que ce genre de reportage à sensation soit signalé à la censure afin qu’on puisse y mettre un terme . [3]

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L’un des premiers ordres d’incendier des villes et des villages que j’ai trouvés dans les archives fut donné dans l’extrême sud-est de la Corée, pendant que des combats violents se déroulaient le long du périmètre de Pusan, début août 1950, alors que des milliers de guérilleros harcelaient les soldats américains. Le 6 août 1950, un officier américain donna l’ordre à l’armée de l’air que soient oblitérées les villes suivantes : Chongsong, Chinbo et Kusu-Dong. Des bombardiers stratégiquesB-29 furent également mis à contribution pour des bombardements tactiques. Le 16 août, cinq formations de B-29 frappèrent une zone rectangulaire près du front qui comptait un grand nombre de villes et de villages, et créèrent un océan de feu en larguant des centaines de tonnes de napalm. Un ordre semblable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple mention : Onze villages incendiés. [4]

Les pilotes avaient ordre de frapper les cibles qu’ils pouvaient discerner pour éviter de frapper des civils, mais ils bombardaient souvent des centres de population importants identifiés par radar, ou larguaient d’énormes quantités de napalm sur des objectifs secondaires lorsque la cible principale ne pouvait être atteinte. La ville industrielle de Hungnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B-17 pendant la Seconde Guerre mondiale. Fin août, les formations de B-29 déversaient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord. [5] Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm.

 

Boy victim of napalm
Enfant coréen brûlé par le napalm

Au sein de l’armée de l’air américaine, certains se délectaient des vertus de cette arme relativement nouvelle, introduite à la fin de la précédente guerre, se riant des protestations communistes et fourvoyant la presse en parlant de bombardements de précision. Les civils, aimaient-ils à prétendre, étaient prévenus de l’arrivée des bombardiers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet. [6] Cela n’était qu’un prélude à la destruction de la plupart des villes et villages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

Larguer trente bombes atomiques ?

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L’entrée des Chinois dans le conflit provoqua une escalade immédiate de la campagne aérienne. À compter du début novembre 1950, le général MacArthur ordonna que la zone située entre le front et la frontière chinoise soit transformée en désert, que l’aviation détruise tous les équipements, usines, villes et villages sur des milliers de kilomètres carrés du territoire nord-coréen. Comme le rapporta un attaché militaire britannique auprès du quartier général de MacArthur, le général américain donna l’ordre de détruire tous les moyens de communication, tous les équipements, usines, villes et villages à l’exception des barrages de Najin, près de la frontière soviétique et de Yalu (épargnés pour ne pas provoquer Moscou et Pékin). Cette destruction [devait] débuter à la frontière mandchoue et continuer vers le sud. Le 8 novembre 1950, 79 B-29 larguaient 550 tonnes de bombes incendiaires sur Sinuiju, la rayantde la carte. Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoeryong dans le but de liquider l’endroit. Le 25 novembre, une grande partie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes ennemies plus au sud(…) est plus ou moins en feu. La zone allait bientôt devenir uneétendue déserte de terre brûlée. [7]

Tout cela se passait avant la grande offensive sino-coréenne qui chassa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951). A mesure que les Américains se retiraient au sud du 38eme parallèle, la politique incendiaire de la terre brûlée se poursuivit : Uijongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rapprochait, furent la proie des flammes. [8]

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L’aviation militaire tenta aussi de décapiter la direction nord-coréenne. Pendant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe surnommée MOAB (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capacité explosive de 18 000 livres de TNT. Newsweeken publia une photo en couverture, sous le titre Pourquoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? ». [9]Au cours de l’hiver 1950-1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient revenus à leur point de départ des années 1930 et se terraient dans de profonds bunkers à Kanggye, près de la frontière mandchoue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débarquement d’Inchon, les B-29 larguèrent des bombes Tarzan sur Kanggye. Il s’agissait d’une bombe nouvelle, énorme, de 12 000 livres, jamais utilisée auparavant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incendiaire ultime, la bombe atomique.

Le 9 juillet 1950, deux semaines seulement après le début de la guerre, le général MacArthur envoya au général Ridgway un message urgent qui incita les chefs d’état-major (CEM) à examiner s’il fallait ou non donner des bombes A à MacArthur. Le général Charles Bolte, chef des opérations, fut chargé de discuter avec MacArthur de l’utilisation de bombes atomiques en soutien direct aux combats terrestres.Bolte estimait qu’on pouvait réserver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capacités militaires globales des Etats-Unis s’en trouvent affectées outre mesure. MacArthur suggéra à Bolte une utilisation tactique des armes atomiques et lui donna un aperçu des ambitions extraordinaires qu’il nourrissait dans le cadre de la guerre, notamment l’occupation du Nord et une riposte à une potentielle intervention chinoise ou soviétique comme suit : Je les isolerai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls passages en provenance de Mandchourie et de Vladivostok comportent de nombreux tunnels et ponts. Je vois là une occasion unique d’utiliser la bombe atomique, pour frapper un coup qui barrerait la route et demanderait un travail de réparation de six mois.

À ce stade de la guerre, toutefois, les chefs d’état-major rejetèrent l’usage de la bombe car les cibles suffisamment importantes pour nécessiter des armes nucléaires manquaient, ils redoutaient les réactions de l’opinion mondiale cinq ans après Hiroshima et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit renversé par des moyens militaires classiques. Le calcul ne fut plus le même lorsque d’importants contingents de soldats chinois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.

Lors d’une célèbre conférence de presse, le 30 novembre, le président Truman agita la menace de la bombe atomique. [10] Ce n’était pas une bourde comme on le supposa alors. Le même jour, le général de l’armée de l’air Stratemeyer envoya l’ordre au général Hoyt Vandenberg de placer le commandement stratégique aérien en alerte afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des formations de bombardiers équipés de bombes moyennes en Extrême-Orient,(…) ce supplément [devant] comprendre des capacités atomiques. Le général d’aviation Curtis LeMay se souvient à juste titre que les CEM étaient parvenus auparavant à la conclusion que les armes atomiques ne seraient probablement pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une campagne atomique générale contre la Chine maoïste. Mais puisque les ordres changeaient en raison de l’entrée en guerre des forces chinoises, LeMay voulait être chargé de la tâche ; il déclara à Stratemeyer que son quartier général était le seul qui possédait l’expérience, la formation technique et la connaissance intime des méthodes de largage. L’homme qui dirigea le bombardement incendiaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nouveau sur l’Extrême-Orient pour diriger les attaques. [11] Washington se souciait peu à l’époque de savoir comment Moscou allait réagir car les Américains possédaient au moins 450 bombes atomiques tandis que les Soviétiques n’en avaient que 25.

Peu de temps après, le 9 décembre, MacArthur fit savoir qu’il voulait un pouvoir discrétionnaire concernant l’utilisation des armes atomiques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il soumit une liste de cibles devant retarder l’avancée de l’ennemi pour lesquelles il disait avoir besoin de 26 bombes atomiques. Il demandait en outre que 4 bombes soient larguées sur les forces d’invasion  » et 4 autres sur lesconcentrations ennemies cruciales de moyens aériens.

Dans des interviews parues après sa mort, MacArthur affirmait avoir un plan permettant de remporter la guerre en dix jours : « J’aurais largué une trentaine de bombes atomiques (…) en mettant le paquet le long de la frontière avec la Mandchourie. » Il aurait ensuite amené 500 000 soldats de la Chine nationaliste au Yalu, puis aurait répandu derrière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une ceinture de cobalt radioactif (…) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pendant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion terrestre de la Corée par le nord. Il avait la certitude que les Russes n’auraient pas bougé devant cette stratégie de l’extrême : Mon plan était simple comme bonjour. [12]

La radioactivité du cobalt 60 est 320 fois plus élevée que celle du radium. Selon l’historien Carroll Quigley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pourrait détruire toute vie animale sur terre. Les propos bellicistes de MacArthur paraissent insensés, mais il n’était pas le seul à penser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comité dépendant des chefs d’état-major avait déclaré que les bombes atomiques pourraient s’avérer être le facteur décisif qui stopperait l’avancée chinoise en Corée. Au départ, on envisageait éventuellement leur utilisation dans un cordon sanitaire [pouvant] être établi par l’ONU suivant une bande située en Mandchourie juste au nord de la frontière coréenne.

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le député Albert Gore (le père d’Al Gore, candidat démocrate malheureux en 2000), qui s’opposa par la suite à la Guerre du Vietnam, déplorait que la Coréedétruise peu à peu la virilité américaine et suggérait de mettre fin à la guerre par quelque chose de cataclysmique, à savoir une ceinture radioactive qui diviserait la péninsule coréenne en deux de façon permanente. Bien que le général Ridgway n’ait pas parlé de bombe au cobalt, après avoir succédé à MacArthur en tant que commandant américain en Corée, il renouvela en mai 1951 la demande formulée par son prédécesseur le 24 décembre, réclamant cette fois 38 bombes atomiques. [13] Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes atomiques, au moment, précisément, où Truman révoquait MacArthur. Si les informations concernant cet événement sont encore en grande partie classées secrètes, il est désormais clair que Truman ne destitua pas MacArthur uniquement en raison de son insubordination réitérée, mais parce qu’il voulait un commandant fiable sur le terrain au cas où Washington décide de recourir aux armes atomiques. En d’autres termes, Truman se débarrassa de MacArthur pour garder ouverte sa politique en matière d’armes atomiques. Le 10 mars 1951, après que les Chinois eurent massé de nouvelles forces près de la frontière coréenne et que les Soviétiques eurent stationné 200 bombardiers sur les bases aériennes de Mandchourie (d’où ils pouvaient frapper non seulement la Corée, mais les bases américaines au Japon) [14], MacArthur demanda une force atomique de type Jour J afin de conserver la supériorité aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le général Vandenberg écrivait : Finletter et Lovett alertés sur les discussions atomiques. Je pense que tout est prêt. Fin mars, Stratemeyer rapporta que les fosses de chargement des bombes atomiques sur la base aérienne de Kadena, à Okinawa, étaient de nouveau opérationnelles. Les bombes y furent transportées en pièces détachées, puis montées sur la base, seul le noyau nucléaire restant à placer. Le 5 avril, les CEM ordonnèrent que des représailles atomiques immédiates soient lancées contre les bases mandchoues si de nouveaux contingents importants de soldats chinois se joignaient aux combats ou, semble-t-il, si des bombardiers étaient déployés de là contre des positions américaines. Le même jour, Gordon Dean, président de la Commission sur l’énergie atomique, prit des dispositions pour faire transférer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9eme groupe de bombardiers de l’aviation militaire, affecté au transport des bombes atomiques. (…)

Les chefs d’état-major envisagèrent de nouveau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tactique sur le champ de bataille [15] – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppenheimer, l’ancien directeur du Projet Manhattan, travailla sur le Projet Vista, destiné à évaluer la faisabilité de l’usage tactique des armes atomiques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effectuait une mission secrète pour le département de la Défense, étudia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exister un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait devenir le père de la bombe à neutrons. [16]

Des milliers de villages anéantis

Le projet nucléaire le plus terrifiant des Etats-Unis en Corée fut probablement l’opération Hudson Harbor. Cette opération semble avoir fait partie d’un projet plus vaste portant sur l’exploitation ouverte par le département de la Défense et l’exploitation clandestine par la Central Intelligence Agency, en Corée, de la possibilité d’utiliser les armes nouvelles (un euphémisme désignant ce qu’on appelle maintenant les armes de destruction massive). (…)

Sans recourir aux armes nouvelles, bien que le napalm ait été très nouveau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des millions de civils avant la fin de la guerre. Pendant trois années, les Nord-Coréens se sont trouvés face à la menace quotidienne d’être brûlés par le napalm : On ne pouvait pas y échapper, m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pratiquement tout avait été complètement rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les survivants vivaient dans des grottes. (…)

Au cours de la guerre, écrivit Conrad Crane, l’armée de l’air américaine provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. Il ressortait d’un tableau établi par l’auteur que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme un monticule étendu de cendres violettes. Le général William Dean, qui fut capturé après la bataille de Taejon, en juillet 1950, et emmené au Nord, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit quedes gravats ou des ruines couvertes de neige. Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement. [17] Winston Churchill, vers la fin de la guerre, s’émut et déclara à Washington que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en aspergerait toute une population civile. [18]

Telle fut la guerre limitée livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entreprise aérienne effrénée, citons le point de vue de son architecte, le général Curtis LeMay, qui déclara après le début de la guerre :Nous avons en quelque sorte glissé un mot sous la porte du Pentagone disant : “Laissez-nous aller là-bas (…) incendier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répondu par des cris – “Vous allez tuer de nombreux civils”, et “c’est trop horrible”. Pourtant, en trois ans (…), nous avons incendié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (…). Sur trois ans, on arrive à le faire passer, mais tuer d’un coup quelques personnes pour régler le problème, beaucoup ne peuvent pas l’encaisser. [19]

La Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.

Bruce Cumings
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Bruce Cumings est professeur d’histoire à l’université de Chicago. Il est auteur, entre autres, de Parallax Visions : Making Sense of American-East Asian Relations, Duke University Press, Londres, 1999 et deNorth Korea, Another Country,The New Press, New York, 2004.

[1] Stephen Endicott, Edward Hagerman, Les armes biologiques de la Guerre de Corée, Le Monde diplomatique,juillet 1999.

[2] Cité dans Clay Blair, Forgotten War,Random House, New York, 1989.

[3] Archives nationales américaines, dossier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Barrett, 8 février 1951.

[4] Archives nationales, RG338, dossier KMAG, boîte 5418, journal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.

[5] The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er septembre 1950.

[6] Voir « Air War in Korea », dans Air University Quarterly Review4, n° 2, automne 1950, pp. 19-40, et « Precision bombing », dansAir University Quartely review4, n° 4, été 1951, pp. 58-65.

[7] Archives MacArthur, RG6, boîte 1, Stratemeyer à MacArthur, 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, Bouchier aux chefs d’état-major, 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.

[8] Bruce Cumings, The Origins of the Korean War, tome II, Princeton University Press, 1990, pp. 753-754 ; New York Times,13 décembre 1950 et 3 janvier 1951.

[9] Newsweek, 24 mars 2003.

[10] The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.

[11] Hoyt Vandenberg Papers, boîte 86, Stratemeyer à Vandenberg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Vandenberg, 2 décembre 1950. Voir aussi Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydrogen Bomb, 1955, pp. 444-446.

[12] Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willoughby Papers, boîte 8, interviews par Bob Considine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.

[13] Carroll Quigley, Tragedy and Hope : A History of the World in Our Time, MacMillan, New York, 1966, p. 875. C. Quigley fut le professeur préféré de William Clinton à Georgetown University. Voir aussi B. Cumings, op. cit., p. 750.

[14] Les documents rendus publics après l’effondrement de l’Union soviétique ne semblent pas corroborer cette information. Selon les historiens, les Soviétiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette importance à l’époque, contrairement à ce que pensaient les services de renseignement – en raison peut-être d’une désinformation efficace de la part des Chinois.

[15] Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tactiques, non encore disponibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tactiquement dans les combats, comme les bombes classiques larguées par les B-29 avaient été utilisées dans les combats depuis fin août 1950.

[16] Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Armageddon, Simon & Schuster, New York, 1983, p. 220. Sur Oppenheimer et le projet Vista, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751-752, David C. Elliot, Project Vista and Nuclear Weapons in Europe, dans International Security 2, no 1, été 1986, pp. 163-183.

[17] Conrad Crane, American Airpower Strategy in Korea,University Press of Kansas, Lawrence, 2000, pp. 168-169.

[18] Jon Halliday et Bruce Cumings, Korea : The Unknown War, Pantheon Books, New York, 1988, p. 166.

[19] John Foster Dulles Papers, histoire orale Curtis LeMay, 28 avril 1966.

 

Le Monde Diplomatique, décembre 2004

(photos ajoutées par l’AAFC)

 

Picasso_Massacre_in_Korea.jpg

Massacre en Corée, par Pablo Picasso, 1951

(Musée national Picasso – Paris)

Synthèse signalée par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr : http://www.les-crises.fr/voila-pourquoi-la-coree-du-nord-deteste-autant-les-etats-unis/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155537291172317

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Voir aussi « La Corée est une », de Guy Dupré :

La Corée est une - Guy Dupré

Paul Craig Roberts : « WASHINGTON : SEIZE ANS DE GUERRE. POURQUOI ? Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. »

Une nouvelle puissante illustration de la nullité absolue du faux « suffrage universel » (élire nos maîtres au lieu de voter nos lois) — du point de vue du bien commun et de la paix.

Comme nous, les Américains n’ont pas de constitution et pas de représentants. Comme nous, ils sont gouvernés EN FAIT par les étrangers les plus riches, les plus menteurs, les plus menaçants et les plus retors.

Et comme les autres, un jour ou l’autre, faute d’avoir été vigilants à l’égard des pouvoirs, faute d’avoir su devenir nombreux constituants à temps, nous nous ferons enfermer dans les prisons et assassiner par les armes fabriquées et utilisées avec nos propres impôts.

Je soumets à votre jugement ce court article de Paul Craig Roberts, traduit par le Saker francophone, très bon site de désintoxication médiatique.

Étienne.

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Washington : seize ans de guerre. Pourquoi ?


Paul Craig Roberts

Par Paul Craig Roberts – Le 30 juin 2017
Source CounterPunch

Depuis seize ans, les États-Unis ont été en guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dépensant des milliards de dollars, commettant des crimes de guerre incalculables et envoyant des millions de réfugiés de guerre en Europe, tout en affirmant que Washington ne pouvait pas assurer ses obligations de sécurité sociale et de Medicare [soins aux personnes de plus de 65 ans], ni financer un service national de santé comme tous les pays civilisés.

Compte tenu des énormes besoins sociaux qui ne peuvent être satisfaits en raison du coût massif de ces guerres orchestrées, on pourrait penser que le peuple américain se poserait des questions sur le but de ces guerres. Qu’est-ce-qui est accompli avec ces énormes dépenses ? Les besoins intérieurs sont négligés de sorte que le complexe militaro-sécuritaire peut s’engraisser avec les profits de la guerre.

Le manque de curiosité de la part du peuple américain, des médias et du Congrès sur le but de ces guerres, qui ont été fondées entièrement sur le mensonge, est extraordinaire. Qu’est-ce qui explique cette conspiration de silence, ce désintérêt incroyable pour le gaspillage d’argent et de vies ?

La plupart des Américains semblent accepter vaguement ces guerres orchestrées comme la réponse du gouvernement au 11 septembre. Cela s’ajoute au mystère car c’est un fait que l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, l’Afghanistan et l’Iran (l’Iran n’a pas encore été attaqué, sauf avec des menaces et des sanctions) n’ont rien à voir avec le 11 septembre. Mais ces pays ont des populations musulmanes, et le régime de Bush et les médias prostitués ont réussi à associer le 11 septembre avec les musulmans en général.

Peut-être que si les Américains et leurs « représentants » au Congrès avaient compris de quoi il s’agit avec ces guerres, ils se lèveraient d’eux-mêmes pour faire des objections. Alors, je vais vous dire de quoi il retourne avec la guerre de Washington contre la Syrie et la guerre prévue contre l’Iran. Prêt ?

Il y a trois raisons pour la guerre de Washington, et non la guerre des États-Unis – car Washington n’est pas l’Amérique – en Syrie :

La première raison tient aux profits du complexe militaro-sécuritaire. Ce dernier est une combinaison de puissants intérêts privés et gouvernementaux qui nécessitent une menace pour justifier un budget annuel qui dépasse le PIB de nombreux pays. La guerre confère à cette combinaison d’intérêts privés et gouvernementaux une justification pour son budget massif, un budget dont le fardeau incombe aux contribuables américains dont le revenu médian réel par famille n’a pas augmenté depuis quelques décennies, alors que la charge de leurs dettes pour soutenir leur niveau de vie a augmenté.

La deuxième raison a trait à l’idéologie néoconservatrice cherchant  l’hégémonie mondiale américaine. Selon les néoconservateurs, qui ne sont certainement pas conservateurs en quoi que ce soit, l’effondrement du communisme et du socialisme signifie que l’Histoire a choisi le « capitalisme démocratique », qui n’est ni démocratique ni capitaliste, en tant que système socio-économico-politique mondial et c’est la responsabilité de Washington d’imposer l’américanisme au monde entier. Des pays comme la Russie, la Chine, la Syrie et l’Iran, qui rejettent l’hégémonie américaine, doivent être déstabilisés et détruits, car ils sont un obstacle à l’unilatéralisme américain.

La troisième raison se rapporte aux ressources en eau du sud du Liban dont Israël a besoin. Deux fois, Israël a envoyé l’armée israélienne, tant vantée, pour occuper le sud du Liban, et le Hezbollah, une milice soutenue par la Syrie et l’Iran, a expulsé par deux fois cette armée israélienne tant renommée.

Pour être direct, Israël utilise l’Amérique pour éliminer les gouvernements syrien et iranien qui fournissent un soutien militaire et économique au Hezbollah. Si les Américains peuvent éliminer les soutiens du Hezbollah, l’armée israélienne peut voler le sud du Liban, tout comme elle a volé la Palestine et certaines parties de la Syrie. Voici les faits : depuis seize ans, la population américaine insouciante a permis à un gouvernement corrompu à Washington de gaspiller des milliards de dollars nécessaires au pays au bénéfice du complexe militaro-sécuritaire, au service de l’idéologie néoconservatrice cherchant l’hégémonie mondiale des États-Unis, et pour finir au service d’Israël.

De toute évidence, la démocratie américaine est frauduleuse. Elle sert tout le monde, sauf les Américains.

Quelle est la conséquence probable du fait que le gouvernement américain serve des intérêts non américains ?

La meilleure conséquence effective est la pauvreté pour les 99 pour cent. La pire est l’Armageddon nucléaire.

Les services rendus par Washington au complexe militaro-sécuritaire, à l’idéologie néoconservatrice et à Israël négligent complètement des faits collatéraux surpuissants.

L’intérêt d’Israël au renversement de la Syrie et de l’Iran est totalement incompatible avec l’intérêt de la Russie qui veut empêcher l’importation du djihadisme dans la Fédération de Russie et en Asie centrale. Par conséquent, Israël a mis les États-Unis en conflit militaire direct avec la Russie.

Les intérêts financiers du complexe militaro-sécuritaire américain consistant à encercler la Russie avec des sites de missiles sont incompatibles avec la souveraineté de la Russie, tout comme l’accent mis par les néoconservateurs sur l’hégémonie mondiale des États-Unis. Le président Trump ne contrôle pas Washington. Washington est contrôlé par le complexe (regardez sur Youtube la description faite par le président Eisenhower de la menace représentée par le complexe pour la démocratie américaine), par le lobby israélien et par les néoconservateurs. Ces trois groupes d’intérêts organisés ont préempté le peuple américain, qui est impuissant et non impliqué dans les décisions concernant son avenir.

Tous les représentants et sénateurs des États-Unis qui ont tenu tête à Israël ont été battus dans leur campagne de réélection. C’est la raison pour laquelle, quand Israël veut quelque chose, cela passe dans les deux chambres du Congrès à l’unanimité. Comme l’amiral Tom Moorer, chef des opérations navales et président du Joint Chiefs of Staff, l’a déclaré publiquement : « Aucun président américain ne peut s’opposer à Israël. » Israël obtient ce qu’il veut, peu importent les conséquences pour l’Amérique. Moorer avait raison. Les États-Unis donnent à Israël chaque année suffisamment d’argent pour acheter notre gouvernement. Et Israël achète notre gouvernement. Le gouvernement américain est beaucoup plus redevable envers Israël qu’envers le peuple américain. Les votes de la Chambre et du Sénat le prouvent.

Incapable de résister au minuscule Israël, Washington pense qu’il peut intimider la Russie et la Chine. Le fait, pour Washington de continuer à provoquer la Russie et la Chine est un signe de folie. À la place de l’intelligence, nous voyons l’orgueil et l’arrogance, la marque des imbéciles.

Ce dont la planète Terre et ses créatures ont besoin plus que tout, ce sont des dirigeants en Occident qui soient intelligents, qui aient une conscience morale, qui respectent la vérité et soient capables de comprendre les limites de leur pouvoir.

Mais le monde occidental n’a pas ce genre de personne.

Paul Craig Roberts

Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Source : Le Saker francophone
http://lesakerfrancophone.fr/washington-seize-ans-de-guerre-pourquoi


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Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Parry

Une bonne synthèse, pour remonter aux sources et découvrir qui veut la guerre, (et qui nous y « tirera par les cheveux », même si on n’est pas d’accord du tout) :

Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre,

par Robert Parry

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Le 15 mars 2017

Exclusif: La famille “royale” néoconservatrice des Kagan compte sur les Démocrates et les prétendus progressistes pour jouer les fantassins dans la nouvelle campagne néoconservatrice qui vise à pousser les Républicains et le président Trump à engager d’autres guerres de « changement de régime ».

Par Robert Parry

La famille Kagan, fleuron de l’aristocratie néoconservatrice de l’Amérique, refait surface après s’être remise de n’avoir pas vu s’accroître son influence – ce que lui aurait offert l’élection d’Hillary Clinton – et d’avoir perdu son pouvoir officiel au début de la présidence Trump.

L’ancienne Secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes, Victoria Nuland, qui a milité pour le coup d’État en Ukraine et qui a contribué à choisir les dirigeants de l’après coup d’État. (Elle est l’épouse du théoricien néoconservateur Robert Kagan.)

La famille Kagan est de retour, pontifiant dans les tribunes des plus grands journaux. Elle incite maintenant à un élargissement de l’intervention militaire étatsunienne en Syrie et elle harcèle les Républicains pour qu’ils participent avec un peu plus d’enthousiasme à la chasse aux sorcières antirusse au sujet de la contribution présumée de Moscou à l’élection de Trump.

Dans une tribune du Washington Post datée du 7 mars, Robert Kagan, cofondateur du Project for the New American Century et l’un des principaux cerveaux de la guerre d’Irak, a attaqué les Républicains dont le peu d’empressement à enquêter faisait d’eux « des complices après coup de la Russie. »

Puis Frederick Kagan, directeur du Critical Threats Project à l’American Enterprise Institut néoconservateur et sa femme, Kimberly Kagan, qui a son propre groupe de réflexion, l’Institute for the Study of War (Institut pour l’étude de la guerre), vantaient, dans une tribune du Wall Street Journal du 15 mars, les avantages d’un renforcement de l’intervention américaine en Syrie.

Pourtant, quelle que soit l’influence que gardent les Kagan à Washington, dans le monde des groupes de réflexion et des tribunes libres, ils demeurent presque totalement à l’écart des centres du pouvoir de la nouvelle ère Trump, même si, semble-t-il, ils ont vu une porte qu’on pouvait forcer.

Il y a un an, cependant, leurs perspectives avaient l’air bien plus exaltant. Ils pouvaient faire leur choix parmi un grand nombre de candidats républicains néoconservateurs à la présidence ou, comme Robert Kagan, ils pouvaient soutenir la candidate de l’establishment démocrate, Hillary Clinton, dont « l’interventionnisme progressiste » se confondait quasiment avec le néo conservatisme et n’en différait que par les explications rationnelles invoquées pour justifier toujours davantage de guerres.

Il y avait aussi l’espoir qu’Hillary Clinton présidente reconnaîtrait sa communauté de vues avec les faucons progressistes et les néoconservateurs en donnant une promotion à la femme néoconservatrice de Robert Kagan, Victoria Nuland, qui passerait du poste de secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes à celui de secrétaire d’État.

Alors ils auraient bénéficié d’un formidable élan pour à la fois augmenter l’intervention militaire américaine en Syrie et accroître l’escalade de la nouvelle guerre froide avec la Russie, remettant l’idée de « changement de régime» pour ces deux pays à l’ordre du jour. Ainsi, au début de l’an dernier, les opportunités semblaient infinies pour la famille Kagan qui allait pouvoir montrer sa force et engranger beaucoup d’argent.

Une affaire de famille

Comme je l’ai fait remarquer il y a deux ans dans un article intitulé “Une affaire de famille de guerre sans fin” : « Le commentateur néoconservateur Robert Kagan et sa femme, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes Victoria Nuland, sont à la tête d’une affaire de famille remarquable : elle, elle a déclenché une vraie guerre en Ukraine et elle a contribué à provoquer une seconde Guerre froide avec la Russie, et lui, il intervient pour exiger que le Congrès augmente le budget de l’armée afin que l’Amérique puisse faire face à ces nouvelles menaces contre la sécurité.

L’intellectuel néoconservateur bien connu Robert Kagan. (Photo credit: Mariusz Kubik, http://www.mariuszkubik.pl)

« Cet extraordinaire duo conjugal représente, pour le complexe militaro-industriel, deux forces qui s’unissent, une équipe dedans-dehors qui crée le besoin d’un budget militaire plus important, use de pressions politiques pour assurer des dotations plus élevées et regarde avec reconnaissance les marchands d’armes offrir de généreuses donations aux groupes de réflexion bellicistes de Washington.

« Non seulement la communauté des néoconservateurs dans son ensemble bénéficie de ces largesses, mais c’est le cas aussi d’autres membres du clan Kagan, y compris celui du frère de Robert, Frederick de l’American Enterprise Institute, et de sa femme Kimberly qui dirige sa propre agence, l’Institute for the Study of War. »

Cependant, les événements ne se sont pas déroulés tout à fait comme les avaient imaginés les Kagan. Les Républicains néoconservateurs ont trébuché lors des primaires et c’est Trump qui a gagné, et après qu’Hillary Clinton a renvoyé le sénateur Bernie Sanders dans les cordes et qu’elle a été nommée candidate pour les Démocrates, elle a perdu devant Trump lors de la présidentielle.

A la suite de sa surprenante victoire, Trump, en dépit de ses nombreuses lacunes, a reconnu ne pas être proche des néoconservateurs et les a laissés, pour la plupart, à la porte. Nuland a non seulement perdu son poste de secrétaire d’État adjointe mais elle a aussi démissionné du département d’État.

Trump à la Maison-Blanche, l’establishment de la politique étrangère de Washington, dominé par les néoconservateurs, avait pris un coup, mais il n’était pas au tapis. Les néoconservateurs ont reçu alors une bouée de sauvetage de la part des Démocrates et des progressistes qui détestaient Trump à un point tel qu’ils ont été ravis de reprendre le flambeau de la nouvelle Guerre froide de Victoria Nuland avec la Russie. Participant à un plan douteux pour écarter Trump du pouvoir, les Démocrates et les progressistes ont monté en épingle des accusations sans preuve selon lesquelles la Russie se serait entendue avec l’équipe de Trump afin de truquer l’élection américaine.

L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a parlé pour nombre d’entre eux quand il a comparé la présumée « ingérence » de la Russie dans les élections avec le bombardement de Pearl Harbour et les attentats du 11-Septembre par al-Qaïda.

Dans l’émission Morning Joe sur MSNBC, il a exigé que les accusations de piratage contre la Russie soient traitées comme un casus belli. « C’était un événement de la même ampleur que le 11-Septembre, a-t-il déclaré. Ils ont attaqué le cœur de notre démocratie. C’était un événement de l’ampleur de Pearl Harbour. » Aussi bien Pearl Harbour que le 11-Septembre ont mené à des guerres.

Ainsi beaucoup de progressistes, aveuglés par leur haine de Trump, ont-ils favorisé le retour des néoconservateurs.

Le harcèlement des Républicains

Robert Kagan a choisi la page des tribunes libres du Washington Post pour harceler des Républicains qui comptent, comme le représentant Devin Nunes, président du House Intelligence Committee, qui se trouvait en photo au-dessus de l’article et de son titre « Roulant pour une ingérence de la Russie ».

Le général David Petraeus devant le Capitole avec Kimberly Kagan, fondatrice et présidente de l’Institute for the Study of War. (Photo credit: ISW’s 2011 Annual Report)

« Il aurait été impossible d’imaginer il y a un an, » écrit Kagan, « que des dirigeants du Parti républicain aideraient effectivement les Russes à s’ingérer dans le système politique de notre pays. Pourtant, et c’est incroyable, c’est le rôle que joue le Parti républicain. »

Kagan a alors repris la doxa des responsables de Washington qui acceptaient, sans émettre le moindre doute, les allégations des directeurs sortants des services de renseignement de la présidence Obama, à savoir que la Russie avait piraté les mails des Démocrates et les avait publiés via WikiLeaks pour gêner la campagne de Clinton.

Bien que les responsables du renseignement d’Obama n’aient fourni aucune preuve pour étayer ce qu’ils avançaient et que WikiLeaks ait nié avoir reçu ces deux liasses de mails des Russes, les officiels de Washington ont largement admis ces allégations, les considérant comme des motifs pour discréditer Trump et essayer de le destituer.

Passant sous silence le conflit politique d’intérêts de ceux qui avaient été nommés par Obama, Kagan a estimé que « vu l’importance de cette découverte particulière [l’ingérence de la Russie], les preuves doivent être déterminantes » et cela justifie « une enquête sérieuse, d’une grande ampleur et transparente. »

Kagan, cependant, doit aussi avoir compris quelle opportunité de revenir au pouvoir constituait pour les néoconservateurs ce rideau de fumée d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie.

Il a déclaré : « La question la plus importante concerne la capacité de la Russie à manipuler les élections des États-Unis. Ce n’est pas un problème politique. C’est un problème de sécurité nationale. Si le gouvernement russe s’est effectivement ingéré dans les processus électoraux des États-Unis l’an dernier, alors il a la capacité de le faire dans toutes les autres élections à partir de maintenant. C’est une arme puissante et dangereuse, plus redoutable que des vaisseaux de guerre, des chars ou des bombardiers.

« Ni la Russie ni aucun autre adversaire éventuel n’a le pouvoir de mettre à mal le système politique étatsunien avec des armes de guerre. Mais en instillant des doutes sur la validité, l’intégrité et la fiabilité des élections des États-Unis, elle peut saper les bases de ce système. »

Une réalité différente

Le ton de la tribune de Kagan était alarmiste, mais la réalité était bien différente. Même si les Russes ont effectivement piraté les mails des Démocrates et les ont, d’une façon ou d’une autre, fait passer à WikiLeaks, affirmation non étayée et controversée d’ailleurs, ces deux séries de mails n’ont pas joué un rôle si important dans le résultat de l’élection.

L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et le sénateur Bernie Sanders. (NBC photo)

Selon Hillary Clinton, le responsable de sa défaite surprise, c’est le directeur du FBI James Cormey qui a ré-ouvert brièvement l’enquête sur le serveur privé dont elle se servait quand elle était secrétaire d’État.

En outre, tout porte à croire que les mails publiés par WikiLeaks étaient authentiques et révélaient les agissements illicites des dirigeants des Démocrates, comme la manière dont le Comité national du Parti démocrate a lésé Bernie Sanders et favorisé Hillary Clinton. Dans les mails du directeur de campagne de Clinton John Podesta, on a pu lire les discours rétribués que Clinton avait prononcés devant les financiers de Wall Street et qu’elle essayait de cacher aux électeurs, sans oublier quelques exemples d’octroi de marchés aux donateurs de la Fondation Clinton.

En d’autres termes, la publication de WikiLeaks a contribué à informer les électeurs américains à propos des irrégularités du processus démocratique dans leur pays. Les mails n’étaient pas de la « désinformation » ni des « fausses nouvelles », ils contenaient de vraies informations.

On a eu cette semaine une communication d’informations semblable à celles qui s’étaient produites avant l’élection. On a fait fuiter, en effet, des informations sur les feuilles d’impôts de Trump, lesquelles sont protégées par la loi. Cependant, à part le camp Trump, presque personne n’a jugé que la publication illicite des feuilles d’impôts d’un citoyen constituait, quelque part, une menace contre la démocratie américaine.

Les Américains ont le droit de connaître ce genre de détails à propos d’un candidat à la Maison-Blanche, c’était le sentiment général. Je suis tout à fait d’accord, mais est-ce qu’il ne s’ensuit pas également que nous avions le droit de savoir que le Comité du Parti démocrate abusait de son pouvoir pour faciliter la nomination de Clinton, le droit de savoir ce que contenaient les discours prononcés devant les banquiers de Wall Street et le droit de savoir que des gouvernements étrangers cherchaient à se faire attribuer des marchés en faisant des donations à la Fondation Clinton ?

Pourtant, parce que les hauts fonctionnaires nommés par Obama dans la communauté du renseignement « estiment » que la Russie était la source des mails de WikiLeaks, cette attaque contre la démocratie des États-Unis justifie une Troisième Guerre mondiale.

Toujours plus de propos inconsidérés

Accuser cependant, sans preuve, la Russie de fragiliser la démocratie des États-Unis n’était pas suffisant pour Kagan. Il a affirmé comme un « fait », bien que, une fois de plus, il n’ait pas présenté de preuves, les éléments suivants : la Russie « s’ingère dans les élections à venir de la France et de l’Allemagne, et elle s’est déjà ingérée dans le récent référendum italien et dans de nombreuses autres élections en Europe. Elle utilise cette arme contre autant de démocraties qu’elle peut pour saper la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques. »

Le Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, accompagné de la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes Victoria « Toria » Nuland, s’adresse au président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion au Kremlin à Moscou, en Russie, le 14 juillet 2016. [Photo du Département d’État]

Les dirigeants à Washington et les médias traditionnels ont beaucoup déploré leur impuissance au sujet de l’ère « post-vérité », mais ces prétendus avatars de la vérité sont aussi coupables que quiconque, agissant comme si la répétition constante d’une allégation non étayée de faits revenait à la prouver.

Mais ce que Kagan et d’autres néoconservateurs ont à l’esprit est clair : c’est une escalade des hostilités avec la Russie et une augmentation substantielle des dépenses consacrées au matériel militaire américain et à la propagande occidentale pour « contrer » ce qui est considéré comme une « propagande russe ».

Kagan l’admet, il a déjà beaucoup de Démocrates et de progressistes de premier plan de son côté. Donc, il cherche à forcer les Républicains à se joindre à cette campagne hystérique de dénigrement contre la Russie, quand il écrit :

« Mais ce sont les Républicains qui les couvrent. Le chef actuel du parti, le président, remet en cause les découvertes, les motivations et l’intégrité de la communauté du renseignement. Les dirigeants républicains au Congrès se sont opposés à la création d’un comité spécial d’enquête, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Congrès. Ils ont insisté pour que les enquêtes soient menées par les deux comités de renseignement.

« Pourtant, le président républicain du comité à la Chambre a indiqué que cette enquête n’était pas bien urgente et il a même mis en cause la gravité et la validité des accusations. Le président républicain du comité au Sénat a abordé cette tâche à contrecœur.

« En conséquence, on a l’impression que les enquêtes avancent avec une lenteur délibérée, produisant peu d’informations et en fournissant encore moins au public. Il est difficile de ne pas conclure que c’est précisément l’intention de la direction du Parti républicain, à la fois à la Maison-Blanche et au Congrès. …

« Lorsque les Républicains s’opposent à des enquêtes approfondies, transparentes et immédiates, ils deviennent complices de la Russie après coup. »

Mentir avec les néoconservateurs

Beaucoup de démocrates et de progressistes peuvent trouver encourageant qu’un néoconservateur de premier plan, qui a contribué à ouvrir la voie de la guerre en Irak, soit désormais de leur côté pour dénigrer les Républicains coupables de ne pas se joindre avec enthousiasme à la dernière chasse aux sorcières russe. Mais ils pourraient également réfléchir un instant et se demander comment ils ont pu laisser leur haine de Trump les conduire à s’allier avec les néoconservateurs.

Le président russe Vladimir Poutine, après son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2015. (Photo de l’ONU)

Mercredi, dans The Wall Street Journal, Frederick, le frère de Robert Kagan, et sa femme, Kimberly, sont allés plus loin en présentant le vieux rêve des néocons d’une invasion américaine à grande échelle en Syrie, projet qui a été mis en attente en 2004 à cause des échecs militaires des États-Unis en Irak.

Cependant, les néoconservateurs sont avides, depuis longtemps, d’un « changement de régime » en Syrie et n’ont pas été satisfaits par ce qu’a fait Obama en armant les rebelles antigouvernementaux et par l’implication limitée de forces spéciales dans le nord de la Syrie afin de contribuer à la reconquête de la « capitale » de l’EI, Raqqa.

Dans leur tribune du Wall Street Journal, Frederick et Kimberly Kagan appellent à l’ouverture d’un nouveau front dans le sud-est de la Syrie.

« Les forces armées américaines seront nécessaires. Mais les États-Unis peuvent recruter de nouveaux partenaires sunnites en combattant avec eux dans leur pays. Au départ, le but doit être de se battre contre l’EI parce qu’il contrôle, en Syrie, les dernières zones où les États-Unis peuvent raisonnablement espérer trouver des alliés sunnites qui ne soient pas sous l’influence d’al-Qaïda. Mais après la défaite de l’EI, il faudra lever une armée arabe sunnite capable de vaincre al-Qaïda et de contribuer à négocier un règlement de la guerre.

« Les États-Unis devront faire pression auprès du régime d’Assad, de l’Iran et de la Russie pour mettre fin au conflit dans des conditions que les arabes sunnites accepteront. Ce sera plus facile si on dispose d’une base sûre, indépendante et influente à l’intérieur de la Syrie. Le président Trump devrait s’affranchir des raisonnements erronés et de la planification inadaptée hérités de son prédécesseur. Il peut transformer cette lutte, mais seulement en transformant l’approche qu’en a l’Amérique »

Un nouveau plan pour la Syrie

En d’autres termes, les néoconservateurs sont de retour avec leur habileté à jouer avec les mots et leurs manœuvres stratégiques pour amener les forces armées étatsuniennes à accomplir un projet de « changement de régime » en Syrie.

Ils pensaient avoir quasiment atteint ce but en faisant porter au gouvernement syrien la responsabilité de la mystérieuse attaque au gaz sarin qui a eu lieu dans la banlieue de Damas le 21 août 2013 et en piégeant ainsi Obama qui se serait trouvé forcé de lancer une attaque aérienne d’envergure contre l’armée syrienne.

Mais le président Vladimir Poutine est intervenu et il a réussi à ce que le président syrien Bachar el-Assad livre toutes ses armes chimiques, même si ce dernier continuait à nier avoir joué le moindre rôle dans l’attaque au sarin.

L’intercession de Poutine, en mettant en pièces le rêve des néoconservateurs d’un « changement de régime » en Syrie, l’a propulsé en haut de la liste de leurs ennemis. Des néoconservateurs importants, comme Carl Gershman, président du National Endowment for Democracy, n’ont pas tardé alors à prendre l’Ukraine pour cible, ce qui, pour Gershman, constituait « la plus belle récompense » et une première étape qui devait aboutir à la destitution de Poutine à Moscou.

C’est à la secrétaire adjointe Victoria « Toria » Nuland qu’est revenu de superviser le « changement de régime » en Ukraine. L’un des coups de fil qu’elle a donné sur une ligne non sécurisée fin janvier ou début février 2014 a été intercepté, et on l’y entend parler avec l’ambassadeur en Ukraine, Geoffrey Pyatt, d’« arranger » ou d’« accoucher » un changement dans le gouvernement élu du président Viktor Ianoukovitch.

Quelques semaines plus tard, les combattants néonazis et ultranationalistes étaient en première ligne de l’attaque violente contre les bâtiments gouvernementaux et ont forcé Ianoukovitvh et d’autres responsables à s’enfuir pour sauver leur vie tandis que le gouvernement étatsunien se dépêchait de saluer le gouvernement issu du coup d’État comme « légitime ».

Mais le putsch ukrainien a conduit à la sécession de la Crimée et à une sanglante guerre civile dans l’est de l’Ukraine contre la minorité ethnique russe, des événements que le département d’État et les médias occidentaux ont qualifié d’« agression russe » ou d’« invasion russe ».

Ainsi, depuis les dernières années de l’administration Obama, tout était en place pour que les néoconservateurs et la famille Kagan mènent à bien la dernière étape de leur plan stratégique qui consistait à acculer la Russie et à instituer un « changement de régime » en Syrie.

Tout ce qu’il fallait, c’était qu’Hillary Clinton soit élue présidente. Pourtant, étonnamment, ces plans si bien conçus ont échoué. Bien qu’il ne soit pas, d’une manière générale, apte à la présidence, Trump a battu Clinton, amère déception pour les néoconservateurs et leurs alliés progressistes interventionnistes.

Pourtant, la prétendue #Resistance à la présidence de Trump et l’utilisation sans précédent par le président Obama de ses agences de renseignement pour dépeindre Trump comme un « candidat vendu aux Russes » a donné un nouvel espoir aux néoconservateurs pour la mise en œuvre de leur ordre du jour.

Il ne leur a fallu que quelques mois pour se réorganiser et se regrouper, mais ils ont maintenant l’espoir d’exercer sur Trump, à propos de la Russie, une pression si forte qu’il n’aura plus d’autre choix que de se laisser convaincre par leurs plans bellicistes.

Comme c’est souvent le cas, la famille Kagan a défini la stratégie : forcer les républicains à se joindre à la campagne de dénigrement de la Russie et à persuader un Trump radouci de lancer une invasion à grande échelle de la Syrie. Et dans cette entreprise, les Kagan utilisent Démocrates et progressistes comme fantassins.

Robert Parry.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a dévoilé une grande partie des scandales Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

http://www.les-crises.fr/les-kagan-sont-de-retour-les-guerres-vont-suivre-par-robert-parry/


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Olivier Berruyer : « APPEL AUX DONS : J’ai VRAIMENT besoin de vous pour défendre ce blog ! » (les-crises.fr)

Chers amis,

Olivier Berruyer a besoin de nous. Comme d’autres, qui résistent chacun à leur manière aux intimidations et aux médias-mensonges de l’empire du moment, il fait l’objet d’une sale campagne de calomnies croisées (ça me rappelle bien des choses). Il a besoin de sous pour se défendre et, comme nous avons besoin de lui pour nous défendre, je pense que nous devrions l’aider.

Chacun fera comme il le peut, librement, bien sûr, et je suis sûr qu’on l’aidera substantiellement. Voici la page par laquelle il nous appelle à l’aide :

APPEL AUX DONS : J’ai VRAIMENT besoin de vous pour défendre ce blog !


http://www.les-crises.fr/aide-jai-besoin-de-vous-pour-defendre-ce-blog/


Je profite de l’occasion, que me donne cet appel à notre solidarité pour défendre le bien commun, pour rappeler que Stéphanie Gibaud, courageuse et précieuse lanceuse d’alerte, a aussi vraiment besoin d’aide. Voyez ces deux liens :

http://www.leetchi.com/c/solidarite-de-gibaud-stephanie

http://lemurdesinsoumis.fr/


Je mettrai ci-dessous, en commentaires, différents liens concernant ces bagarres pour le bien commun menées par de simples citoyens contre les puissants du moment. Vous allez voir comme les calomniateurs sont vraiment de fieffés menteurs sous fausse bannière, et vous verrez comme il y a les mêmes outre-Atlantique : « antifas » « anticonspis » « anticomplotistes » du monde entier, tous unis pour aider l’Empire à imposer la guerre partout dans ses provinces.

Je compte sur vous pour aider Olivier du mieux que vous le pouvez.

Il faudra sans doute qu’on s’aide de plus en plus les uns les autres, au fur et à mesure que les guerres vont s’approcher et que seront dénoncés et martyrisés ceux qui s’opposent à ces guerres.

Bon courage à tous 🙂

Étienne.

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Rendez-vous à Bruxelles le 4 février 2017, avec Michel Collon, sur les médiamensonges, qui préparent les opinions à accepter (et même à vouloir) les guerres

Chers amis,

Je vais reprendre (un peu) la route 🙂 Bruxelles, Toulon, Genève.

Je serai vers Bruxelles les 3 et 4 février prochain, et une rencontre publique est prévue à Braine-le-Château (au sud de Bruxelles) le 4 février à 16 h, avec Michel Collon 🙂 Je trouve essentiel (et courageux) le travail opiniâtre de Michel sur les médias-mensonges qui préparent l’opinion à accepter (et même vouloir) la guerre.

J’aimerais bien faire avec Michel un ou plusieurs ateliers constituants (évidemment 🙂 ) sur son domaine d’expertise (les médias et la guerre), en public s’il le veut bien, et avec vous dans tous les cas.

En tout cas, je vous propose de faire ensemble, samedi prochain, des ateliers constituants à partir des analyses de Michel : quels articles de constitution (au plus haut niveau du droit, là où le droit devient plus politique que juridique) pourrait-on écrire pour empêcher durablement les médiamensonges, les provocations sous faux drapeau, et les guerres prétendument « humanitaires » ?

Voici l’annonce des amis belges qui organisent gentiment cette rencontre :


Démocratie et contrôle citoyen

Voter, ça suffit ?

Atelier citoyen 4 février 2017  à 16 h

avec Étienne Chouard & Michel Collon

Non, dit Étienne Chouard, blogueur militant français, devenu célèbre en 2005 en faisant campagne pour le « Non » lors du référendum sur la Constitution pour l’Europe. Contre l’ensemble des partis et des médias, cette campagne d’info à la base suscita un énorme débat sur le Net et fit basculer l’opinion en montrant qu’elle n’avait pas été informée en fait. Il milite pour des institutions permettant un véritable contrôle citoyen par la participation active. Michel Collon, journaliste et écrivain, fondateur d’Investig’Action, a étudié les techniques de la propagande de guerre et la désinformation médiatique. Il appelle les citoyens à tester collectivement l’info en examinant qui les possède, quels intérêts sont servis et en développant leurs propres canaux de débat citoyen.

Étienne, exceptionnellement en Belgique, exposera comment chacun peut développer une initiative pour construire collectivement une Constitution citoyenne. Le débat est ouvert sur tous les thèmes souhaitables dans un tel document.

Où ? Salle « Les Tournesols » 115B rue de Nivelles, à Braine-le-Château

Quand ? Le 4 février à 16 heures.

Participation gratuite, pas de réservation.

Je suis très heureux de revenir en Belgique.
D’autant que je vous réserve une surprise en rentrant, après un entretien important là-bas. Mais chuut 🙂

Au plaisir de vous revoir bientôt 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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Je partage les vœux de Jean-Luc Mélenchon, que je trouve remarquables : UNE FRANCE NON ALIGNÉE POUR LA PAIX

PS : je sens venir une tempête de commentaires (sur Facebook, notamment)… 🙂 Quand on dit du bien de Mélenchon, on se prend les gens d’Asselineau sur le museau, et inversement.
Alors quand on aime les deux, ce qui est mon cas, on s’en prend des deux côtés, double ration d’agressions et de « cruelles déceptions » 🙂 Je m’attends donc au traditionnel cinéma, mais je suis serein 🙂
Je rappelle que trouver intéressant et utile le propos de quelqu’un ne vaut PAS « allégeance », obéissance, soumission… : on peut apprécier les gens sans esprit partisan.
Et puis regardez la vidéo, avant de commenter, non ? 🙂
Je supprimerai simplement les messages trop venimeux.

PPS : et n’oubliez pas que la solution ne viendra PAS de l’élection.
Donc, inutile de dramatiser celle-là. Où en êtes-vous, d’ailleurs, personnellement, avec vos mini-ateliers constituants ? 😉

Ça crépite dur, déjà, sur le fil Facebook correspondant à ce billet 🙂

Eric Zuesse : « HOMME BLANC AVOIR LANGUE FOURCHUE »… Le double jeu infamant de l’Occident avec Gorbatchev

How America Double-Crossed Russia and Shamed West


Eric Zuesse

Par Eric Zuesse – Le 10 septembre 2015 – Source Strategic Culture

La conditionnalité de l’accord de l’Union soviétique, pour permettre à l’Allemagne de l’Ouest de récupérer l’Allemagne de l’Est, et terminer ainsi la guerre froide, était que l’OTAN ne s’étendrait pas «d’un pouce vers l’est». C’est l’accord qui a été approuvé par le président russe de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, un grand homme et un héros exemplaire pour les démocrates partout dans le monde.

Il accepta alors de mettre fin à l’Union soviétique, en abandonnant le communisme, et donc de mettre fin à la guerre froide. Il a accepté cela, parce qu’on lui avait promis que l’OTAN ne s’étendrait pas «d’un pouce vers l’est» ou «d’un pouce à l’est», selon la façon dont la promesse a été traduite et comprise – mais elle a le même sens, peu importe la traduction. Il a fait confiance au président américain George Herbert Walker Bush, dont l’ami et secrétaire d’État James Baker a fait cette promesse à Gorbatchev. Avec cette promesse, Gorbatchev a accepté de mettre fin à l’Union soviétique, au pacte communiste de défense mutuelle, qui était leur équivalent de l’OTAN, le Pacte de Varsovie. Et il croyait que la nation restante, la Russie, qu’il dirigerait alors, serait acceptée comme une démocratie occidentale.

Il a même été promis par les États-Unis que «nous allions être un membre [de l’OTAN], nous serions d’abord observateurs, puis un membre». En d’autres termes, les États-Unis ont promis que l’OTAN ne s’étendrait pas jusqu’aux frontières de la Russie en devenant une menace mortelle pour la sécurité nationale du peuple russe, isolé et séparé de ses anciens alliés militaires. Au lieu de cela, a dit Gorbatchev, la Russie serait elle-même accueillie dans l’Alliance occidentale, et finalement deviendrait un membre de l’OTAN. C’était l’accord, mettant fin à une guerre froide de quarante-six ans.

La Russie a respecté sa part de l’accord. Les États-Unis ne l’ont pas fait. Les États-Unis ont la langue fourchue [comme dans leurs accords avec les Amérindiens, NdT] et ont depuis élargi l’OTAN, pour y intégrer les anciennes nations membres du Pacte de Varsovie dans une alliance militaire anti-russe – exactement ce que les États-Unis avaient promis de ne jamais faire. Le président américain George Herbert Walker Bush a dit en privé au chancelier de l’Allemagne de l’Ouest Helmut Kohl (qui était d’accord avec ce que James Baker avait arrangé) : «Qu’ils aillent au diable ! Nous avons vaincu, pas eux.» Il ne voulait pas la paix avec la Russie. Il voulait la conquérir. Il voulait enfoncer le nez des Russes dans leur infériorité par rapport aux Américains.

Le désir constant de la Russie de rejoindre l’OTAN a été rejeté. C’est une guerre intentionnelle de l’OTAN. C’est exactement le contraire de ce que les États-Unis avaient promis à la Russie, sur la base de quoi le Pacte de Varsovie a pris fin. Comment le peuple russe peut-il alors faire confiance à un pays comme les États-Unis ? Ils seraient fous de le faire.

Mais cette tromperie, cette double peine, n’est pas seulement la honte de l’Amérique. Elle est aussi devenue la honte de l’ensemble des nations qui ont adhéré à cette promesse occidentale à l’époque. Parce que tous ont accepté le leadership de l’Amérique dans le double jeu de cette guerre contre la Russie, la guerre de l’Amérique pour conquérir la Russie. Ils l’acceptent tout simplement, en restant membres de ce gang militaire, maintenant néfaste, que l’OTAN est devenue. Pire encore, certains des pays membres de l’OTAN à l’époque étaient –  comme Kohl en Allemagne occidentale, le modèle de sa protégée Angela Merkel, qui perpétue maintenant le crime – eux-mêmes des participants majeurs à l’élaboration, puis maintenant à la rupture, de cette promesse faite aux Russes.

Voici la preuve de ce crime international historique, massif et constant. Le crime qui est à l’origine de tant de misère, de destructions et de morts, non seulement en Russie, mais dans le reste de l’Europe, où des millions de réfugiés fuient la Libye, la Syrie, l’Ukraine et d’autres anciens pays alliés de la Russie – suite au chaos engendré par les États-Unis.

LE TÉMOIGNAGE

«J’étais là quand nous avons dit aux Russes que nous allions en faire un membre, un observateur d’abord, puis un membre» – Lawrence Wilkerson, le 3 octobre 2014, sur The Real News Network, à 18:54 dans l’entretien.

«Quand j’ai parlé avec Baker, il a convenu qu’il disait à Gorbatchev que si l’Union soviétique autorisait la réunification allemande et l’adhésion à l’OTAN, l’Occident ne développerait pas l’OTAN d’un pouce à l’est.» – Bill Bradley, le 22 août 2009 .

«M. Kohl a choisi de faire écho à M. Baker et non à M. Bush. Le chancelier a assuré M. Gorbatchev, comme M. Baker l’avait fait, que ‘naturellement l’OTAN ne pouvait pas étendre son territoire’ en Allemagne de l’Est […] La réunion Gorbatchev-Kohl s’est terminée par un accord, contrairement à la session de Gorbatchev-Baker la veille […] M. Kohl et ses collaborateurs ont immédiatement rendue publique cette importante concession, lors d’une conférence de presse. Puis ils sont retournés chez eux pour commencer à fusionner les deux Allemagnes, sous une monnaie et un système économique unique.» – Mary Louise Sarotte, New York Times, 29 novembre 2009.

«Selon les dossiers de la chancellerie, Kohl a choisi de se référer à Baker, pas à Bush, puisque la ligne douce de Baker était plus susceptible de produire les résultats que Kohl voulait : l’autorisation de Moscou pour commencer à réunifier l’Allemagne. Kohl a ainsi assuré à Gorbatchev que ‘naturellement l’OTAN ne pourrait pas étendre son territoire au territoire actuel de l’Allemagne de l’Est’. Dans des entretiens parallèles, Genscher a transmis le même message à son homologue soviétique, Edouard Shevardnadze : L’OTAN ne s’étendra pas à l’Est. Mais l’énoncé de Kohl deviendra rapidement une hérésie parmi les principaux décideurs occidentaux.

Une fois Baker retourné à Washington, à la mi-février 1990, il est tombé d’accord avec l’avis du Conseil de sécurité nationale et a adopté sa position. Dès lors, les membres de l’équipe de politique étrangère de Bush ont imposé une stricte discipline de message, ne faisant aucune remarque sur l’OTAN figée à la ligne de 1989. Kohl, lui aussi, a aligné sa rhétorique sur celle de Bush, comme le montrent les relevés de notes des États-Unis et de l’Allemagne de l’Ouest au sommet des 24 et 25 février à Camp David. Bush a exprimé à Kohl ses sentiments, à propos du compromis avec Moscou : ‘Qu’ils aillent au diable ! Nous avons vaincu, pas eux’,a-t-il dit. En avril, Bush a exprimé sa pensée dans un télégramme confidentiel adressé au président français François Mitterrand […] Bush à clairement fait comprendre à Mitterrand que l’organisation de sécurité dominante dans l’Europe de l’après-Guerre Froide devait rester l’OTAN – et non une sorte quelconque d’alliance paneuropéenne.

Le mois suivant, Gorbatchev a proposé un tel arrangement paneuropéen, dans lequel une Allemagne unifiée rejoindrait l’OTAN et le Pacte de Varsovie, créant ainsi une institution massive de sécurité. Gorbatchev a même soulevé l’idée de faire adhérer l’Union soviétique à l’OTAN. ‘Vous dites que l’OTAN n’est pas dirigée contre nous, qu’il s’agit simplement d’une structure de sécurité qui s’adapte aux nouvelles réalités’, a déclaré Gorbatchev à Baker en mai, selon les archives soviétiques. Baker a refusé d’envisager une telle idée, répliquant avec dédain : ‘La sécurité paneuropéenne est un rêve…’ Au moment du Sommet de Camp David, […] tous les membres de l’équipe de Bush, avec Kohl , se sont accordés sur une offre par laquelle Gorbatchev recevrait une aide financière de l’Allemagne de l’Ouest – et un peu plus à côté – en échange d’autoriser l’Allemagne de se réunifier et de permettre à une Allemagne unie de faire partie de l’OTAN.» – Mary Louise Sarotte.

«L’incapacité d’apprécier la fin de la guerre froide a eu un profond impact sur les attitudes russes et occidentales – et aide à expliquer ce que nous voyons maintenant. La supposition commune que l’Occident a forcé l’effondrement de l’Union soviétique et a ainsi gagné la guerre froide est fausse. Le fait est que la guerre froide s’est terminée par la négociation au profit des deux côtés. Au sommet de Malte en décembre 1989, Mikhaïl Gorbatchev et le président George H.W. Bush ont confirmé que la base idéologique de la guerre avait disparu, déclarant que les deux nations ne se considéraient plus comme des ennemis. Au cours des deux années suivantes, nous avons travaillé plus étroitement avec les Soviétiques qu’avec même certains de nos alliés. ‘Par la grâce de Dieu, l’Amérique a remporté la guerre froide’, a déclaré Bush lors de son discours sur l’état de l’Union en 1992. Cette rhétorique n’aurait pas été particulièrement dommageable par elle-même. Mais elle a été renforcée par les mesures prises sous les trois présidents suivants. Le président Bill Clinton a appuyé le bombardement de la Serbie par l’OTAN, sans l’approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies et l’expansion de l’OTAN pour inclure les anciens pays du Pacte de Varsovie. Ces démarches semblaient violer l’accord disant que les États-Unis ne profiteraient pas de la retraite soviétique de l’Europe de l’Est. L’effet sur la confiance des Russes dans les États-Unis a été dévastateur.» – Jack Matlock, Washington Post, 14 mars 2014.

«Sir Rodric Braithwaite GCMG, ancien ambassadeur britannique en Union soviétique et en Russie, nous a informés que des assurances avaient été données, en 1990, par les États-Unis (James Baker, secrétaire d’État américain), l’Allemagne (Helmut Kohl, chancelier allemand), le Royaume-Uni (par le Premier ministre de l’époque, John Major, et le ministre britannique des Affaires étrangères, Douglas Hurd) et la France (par le président français François Mitterrand). Sir Rodric Braithwaite a déclaré que ce ‘dossier factuel n’a pas été contesté avec succès en Occident’.» L’UE et la Russie : avant et après la crise en Ukraine, 20 février 2015, Chambre des Lords britannique, paragraphe 107.

Conclusion

L’incapacité de Gorbatchev à exiger ces assurances par écrit a été largement critiquée, mais les accords de poignée de main dans les affaires internationales sont courants et aucun traité ne devait être signé à la fin de la guerre froide parce que cela n’avait pas été une guerre chaude, il n’y avait aucune restitution ou réparations à payer par l’une ou l’autre partie. Gorbatchev a pensé que les États-Unis étaient honnêtes et dignes de confiance, que les accords obtenus en privé devant de nombreux témoins seraient honorés par l’Occident, comme ils le seraient par la Russie.

Malheureusement, il faisait confiance à des méga-escrocs qui étaient dirigés par un super-gangster, G.H.W. Bush, et le monde entier souffre de ces escrocs aujourd’hui, tous les jours. Au lieu de s’excuser et de s’arrêter, l’Occident insulte la Russie constamment. C’est approfondir encore plus les conséquences du péché originel de G.H.W. Bush, le méga-crime de l’Occident, qui produit un chaos et une effusion de sang croissants en Libye, en Syrie, en Ukraine et ailleurs, avec une crise de réfugiés qui en résulte dans toute l’Europe.

Par exemple, Defense News, la revue commerciale des entreprises travaillant pour la défense aux États-Unis, a fait son gros titre le 4 septembre 2015 avec «La nouvelle doctrine militaire ukrainienne identifie la Russie comme un agresseur, et envisage des acquisitions navales», en précisant :

«Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk [que Victoria Nuland, du Département d’État américain, avait choisi le 4 février 2014, 18 jours avant le coup d’État] a déclaré que le nouveau projet de doctrine militaire du pays est le premier dans l’histoire de l’Ukraine, à identifier clairement la Russie comme ennemi et agresseur. L’annonce a été faite le 1erseptembre lors de la visite du Premier ministre à Odessa. […] Iatseniouk a déclaré que […] le président ukrainien ‘signera le décret correspondant’ […] Le vice-amiral James Foggo, commandant de la 6e flotte américaine, et l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine Geoffrey R. Pyatt [qui a pris les instructions de Nuland et lancé le coup d’État pour elle] ont participé à la cérémonie […] ‘Nous nous sentons comme une seule force avec nos partenaires, les pays membres de l’OTAN, avec nos partenaires américains. Par conséquent, les navires américains sont entrés et vont entrer dans les eaux territoriales ukrainiennes à l’avenir [pour vaincre les Russes en Crimée et expulser la base navale de la marine russe qui a son siège là depuis 1783]. Nous allons continuer notre exercice conjoint’, a déclaré Iatseniouk.»

Eric Zuesse

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

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[Passionnant, émouvant, important] John PILGER interroge Julian ASSANGE (vidéo), et John Pilger insiste sur le rôle criminel des « journalistes » mainstream qui nous conduisent à nouveau à accepter la guerre

Je considère John Pilger et Julian Assange comme deux personnes admirables, du point de vue du bien commun ; deux journalistes dignes de ce nom, deux héros de la résistance à la corruption, aux abus de pouvoir et à la guerre.

Je regroupe ici deux documents poignants, essentiels pour comprendre pour quelles lamentables raisons l’humanité va subir à nouveau l’enfer sur terre.

1) Une vidéo passionnante, où Pilger et Assange évaluent calmement les responsabilités scandaleuses de la guerre qui vient.

2) Une synthèse écrite, importante, à lire le crayon à la main, où Pilger pointe la responsabilité cardinale des journalistes dans les guerres qui ravagent et ravageront la planète.

Merci à RT et à LGS de relayer ces importantes informations, au milieu de l’ambiance générale va-t-en-guerre de la presse prostituée aux pires criminels.

C’est à nous, simples citoyens, de défendre ces héros, lanceurs l’alertes, « whistleblowers », du mieux que nous pouvons, pied à pied, de porter leur parole, partout sur terre, contre les mensonges des médias de la banque et de la guerre, pour que la conscience populaire refuse massivement la guerre, où que ce soit, et pour que soient un jour incriminés les riches assassins.

Étienne.


Entretien exclusif de John Pilger avec Julian Assange :

À l’intérieur du gouvernement invisible : Guerre, Propagande, Clinton & Trump


par John PILGER
Le journaliste américain, Edward Bernays, est souvent présenté comme l’inventeur de la propagande moderne. Neveu de Sigmund Freud, le pionnier de la psychanalyse, Bernays a inventé le terme « relations publiques » comme un euphémisme pour désigner les manipulations et les tromperies.En 1929, il a persuadé les féministes de promouvoir les cigarettes pour les femmes en fumant lors d’une parade à New York – un comportement considéré à l’époque comme saugrenu. Une féministe, Ruth Booth, a déclaré,  » Femmes ! Allumez un nouveau flambeau de la liberté ! Luttez contre un autre tabou sexiste ! »

L’influence de Bernays s’étendait bien au-delà de la publicité. Son plus grand succès a été de convaincre le public américain de se joindre à la grande tuerie de la Première Guerre mondiale. Le secret, disait-il, était « de fabriquer le consentement » des personnes afin de les « contrôler et orienter selon notre volonté et à leur insu« .

Il décrivait cela comme « le véritable pouvoir de décision dans notre société » et l’appelait le « gouvernement invisible« .

Aujourd’hui, le gouvernement invisible n’a jamais été aussi puissant et aussi peu compris. Dans toute ma carrière de journaliste et de cinéaste, je n’ai jamais connu de propagande aussi influente sur nos vies que celle qui sévit aujourd’hui, et qui soit aussi peu contestée.

Imaginez deux villes. Les deux sont en état de siège par les forces gouvernementales de ces pays. Les deux villes sont occupées par des fanatiques, qui commettent des atrocités, comme la décapitation.

Mais il y a une différence essentielle. Dans une des deux villes, les journalistes occidentaux embarqués avec les soldats gouvernementaux décrivent ces derniers comme des libérateurs et annoncent avec enthousiasme leurs batailles et leurs frappes aériennes. Il y a des photos en première page de ces soldats héroïques faisant le V de la victoire. Il est très peu fait mention des victimes civiles.

Dans la deuxième ville – dans un pays voisin – il se passe presque exactement la même chose. Les forces gouvernementales assiègent une ville contrôlée par la même trempe de fanatiques.

La différence est que ces fanatiques sont soutenus, équipés et armés par « nous » – par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ils ont même un centre de médias financé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

Une autre différence est que les soldats gouvernementaux qui assiègent cette ville sont les méchants, condamnés pour avoir agressé et bombardé la ville – ce qui est exactement ce que les bons soldats font dans la première ville.

Déroutant ? Pas vraiment. Tel est le double standard de base qui est l’essence même de la propagande. Je parle, bien sûr, du siège actuel de la ville de Mossoul par les forces gouvernementales irakiennes, soutenues par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et le siège d’Alep par les forces gouvernementales de la Syrie, soutenues par la Russie. L’un est bon ; l’autre est mauvais.

Ce qui est rarement signalé est que les deux villes ne seraient pas occupées par des fanatiques et ravagées par la guerre si la Grande-Bretagne et les États-Unis n’avaient pas envahi l’Irak en 2003. Cette entreprise criminelle fut lancée sur la base de mensonges étonnamment semblables à la propagande qui déforme maintenant notre compréhension de la guerre en Syrie.

Sans ce battement de tambour de propagande déguisé en informations, les monstrueux Daesh, Al-Qaida, al-Nusra et tout le reste de ces bandes de djihadistes pourraient ne pas exister, et le peuple syrien ne serait pas en train de se battre pour sa survie.

Certains se souviendront peut-être de tous ces journalistes de la BBC qui en 2003 défilaient devant les caméras pour nous expliquer que l’initiative de Blair était « justifiée » pour ce qui allait devenir le crime du siècle. Les chaînes de télévision US fournissaient les mêmes justifications pour George W. Bush. Fox News invita Henry Kissinger pour disserter sur les mensonges de Colin Powell.

La même année, peu après l’invasion, j’ai filmé une interview à Washington de Charles Lewis, le célèbre journaliste d’investigation. Je lui ai demandé, « Qu’est-ce qui se serait passé si les médias les plus libres du monde avaient sérieusement remis en question ce qui s’est avéré être une propagande grossière ? »

Il a répondu que si les journalistes avaient fait leur travail, « il y a de très fortes chances qui nous ne serions pas entrés en guerre contre Irak. »

Ce fut une déclaration choquante, et confirmée par d’autres journalistes célèbres à qui j’ai posé la même question – Dan Rather de CBS, David Rose du Observer et des journalistes et producteurs de la BBC, qui souhaitaient rester anonymes.

En d’autres mots, si les journalistes avaient fait leur travail, s’ils avaient contesté et enquêté sur la propagande au lieu de l’amplifier, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants seraient encore en vie aujourd’hui, et il n’y aurait pas de Daesh et aucun siège à Alep ou à Mossoul.

Il y aurait eu aucune atrocité dans le métro de Londres le 7 Juillet 2005. Il n’y aurait eu aucune fuite de millions de réfugiés ; il n’y aurait pas de camps misérables.

Lorsque l’atrocité terroriste a eu lieu à Paris, au mois de novembre dernier, le président François Hollande a immédiatement envoyé des avions pour bombarder la Syrie – et plus de terrorisme a suivi, de façon prévisible, produit par la grandiloquence de Hollande sur la France « en guerre » et « ne montrant aucune pitié ». Que la violence de l’État et la violence djihadiste s’alimentent mutuellement est une réalité qu’aucun dirigeant national n’a le courage d’aborder.

« Lorsque la vérité est remplacée par le silence« , a déclaré le dissident soviétique Yevtushenko, « le silence devient un mensonge« .

L’attaque contre l’Irak, l’attaque contre la Libye, l’attaque contre la Syrie ont eu lieu parce que les dirigeants de chacun de ces pays n’étaient pas des marionnettes de l’Occident. Le bilan en matière de droits de l’homme d’un Saddam ou d’un Kadhafi est hors de propos. Ils ont désobéi aux ordres et n’ont pas abandonné le contrôle de leur pays.

Le même sort attendait Slobodan Milosevic une fois qu’il avait refusé de signer un « accord » qui exigeait l’occupation de la Serbie et sa conversion à une économie de marché. Son peuple fut bombardé, et il fut poursuivi à La Haye. Une telle indépendance est intolérable.

Comme WikLeaks l’a révélé, ce ne fut que lorsque le dirigeant syrien Bashar al-Assad rejeta en 2009 un projet d’oléoduc qui devait traverser son pays en provenance du Qatar vers l’Europe, qu’il a été attaqué.

A partir de ce moment, la CIA a prévu de détruire le gouvernement de la Syrie avec les fanatiques jihadistes – les mêmes fanatiques qui tiennent actuellement en otage les habitants de Mossoul et des quartiers est d’Alep.

Pourquoi les médias n’en parlent pas ? L’ancien fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères britannique, Carne Ross, qui était responsable des sanctions opérationnelles contre l’Irak, m’a dit : « Nous fournissions aux journalistes des bribes d’informations soigneusement triées, ou nous les tenions à l’écart. Voilà comment ça fonctionnait. ».

L’allié médiéval de l’Occident, l’Arabie Saoudite – à laquelle les Etats-Unis et la Grande-Bretagne vendent des milliards de dollars d’armement – est en ce moment en train de détruire le Yémen, un pays si pauvre que, dans le meilleur des cas, la moitié des enfants souffrent de malnutrition.

Cherchez sur YouTube et vous verrez le genre de bombes massives – « nos » bombes – que les Saoudiens utilisent contre des villages de terre battue, et contre les mariages et les funérailles.

Les explosions ressemblent à de petites bombes atomiques. Ceux qui pilotent ces bombes depuis l’Arabie Saoudite travaillent côte à côte avec des officiers britanniques. Vous n’en entendrez pas parler dans les journaux télévisés du soir.

La propagande est plus efficace lorsque notre consentement est fabriqué par l’élite éduquée – Oxford, Cambridge, Harvard, Columbia – qui fait carrière à la BBC, au Guardian, New York Times, Washington Post.

Ces médias sont réputés pour être progressistes. Ils se présentent comme des gens éclairés, des tribuns progressistes de la morale ambiante. Ils sont anti-racistes, pro-féministes et pro-LGBT.

Et ils adorent la guerre.

En même temps qu’ils défendent le féminisme, ils soutiennent les guerres rapaces qui nient les droits d’innombrables femmes, dont le droit à la vie.

En 2011, la Libye, un Etat moderne, fut détruite sous prétexte que Mouammar Kadhafi était sur le point de commettre un génocide contre son propre peuple. L’information tournait en boucle ; mais il n’y avait aucune preuve. C’était un mensonge.

En réalité, la Grande-Bretagne, l’Europe et les États-Unis voulaient ce qu’ils aiment à appeler un « changement de régime » en Libye, le plus grand producteur de pétrole en Afrique. L’influence de Kadhafi sur le continent et, surtout, son indépendance était intolérable.

Il a donc été assassiné avec un couteau dans le dos par des fanatiques, soutenus par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Devant une caméra, Hillary Clinton a applaudi sa mort horrible en déclarant,  » Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort !« 

La destruction de la Libye fut un triomphe médiatique. Tandis que l’on battait les tambours de guerre, Jonathan Freedland écrivait dans le Guardian : « Bien que les risques soient bien réels, le cas d’une intervention reste forte. »

Intervention. Un mot poli, bénin, très « Guardian« , dont la signification réelle, pour la Libye, fut la mort et la destruction.

Selon ses propres dossiers, l’OTAN a lancé 9.700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers étaient destinées à des cibles civiles. Elles comprenaient des missiles avec des ogives d’uranium. Regardez les photos des décombres à Misurata et à Syrte, et les fosses communes identifiées par la Croix-Rouge. Le rapport de l’Unicef sur les enfants tués dit, « la plupart [d’entre eux] avaient moins de dix ans. » Comme conséquence directe, Syrte est devenue la capitale de l’Etat Islamique.

L’Ukraine est un autre triomphe médiatique. Des journaux libéraux respectables tels que le New York Times, le Washington Post et le Guardian, et les diffuseurs traditionnels tels que la BBC, NBC, CBS et CNN ont joué un rôle crucial dans le conditionnement de leurs téléspectateurs pour accepter une nouvelle et dangereuse guerre froide.

Tous ont déformé les événements en Ukraine pour en faire un acte maléfique de la Russie, alors qu’en réalité, le coup d’Etat en Ukraine en 2014 fut le travail des États-Unis, aidés par l’Allemagne et de l’OTAN.

Cette inversion de la réalité est tellement omniprésente que les menaces militaires de Washington envers la Russie sont passées sous silence ; tout est occulté par une campagne de dénigrement et de peur du genre de celui que j’ai connu pendant la première guerre froide. Une fois de plus, les Russkoffs viennent nous chercher des poux, dirigés par un nouveau Staline, que The Economist dépeint comme le diable.

L’occultation de la vérité sur l’Ukraine est une des opérations de censure les plus complètes que j’ai jamais vue. Les fascistes qui ont conçu le coup d’Etat à Kiev sont de la même trempe que ceux qui ont soutenu l’invasion nazie de l’Union soviétique en 1941. Alors que l’on se répand sur les craintes d’une montée de l’antisémitisme fasciste en Europe, aucun dirigeant ne mentionne les fascistes en Ukraine – sauf Vladimir Poutine, mais lui ne compte pas.

Beaucoup dans les médias occidentaux ont travaillé dur pour présenter la population russophone ethnique de l’Ukraine comme des étrangers dans leur propre pays, comme des agents de Moscou, presque jamais comme des Ukrainiens qui cherchent une fédération en Ukraine et, en tant que citoyens ukrainiens, qui résistent à un coup d’Etat orchestré depuis l’étranger contre leur gouvernement élu.

Chez les bellicistes règne pratiquement le même état d’excitation que lors d’une réunion de classe. Le batteurs de tambour du Washington Post qui incitent à la guerre contre la Russie sont les mêmes qui publiaient les mensonges sur les armes de destructions massive de Saddam Hussein.

Pour la plupart d’entre nous, la campagne présidentielle US est un spectacle de monstres, où Donald Trump tient le rôle du grand méchant. Mais Trump est détesté par ceux qui détiennent le pouvoir aux États-Unis pour des raisons qui ont peu à voir avec son comportement odieux et ses opinions. Pour le gouvernement invisible à Washington, le Trump imprévisible est un obstacle au projet de l’Amérique pour le 21e siècle, qui est de maintenir la domination des États-Unis et de soumettre la Russie, et, si possible, la Chine.

Pour les militaristes à Washington, le vrai problème avec Trump est que, dans ses moments de lucidité, il ne semble pas vouloir une guerre avec la Russie ; il veut parler avec le président russe, pas le combattre ; il dit qu’il veut parler avec le président de la Chine.

Dans le premier débat avec Hillary Clinton, Trump a promis de ne pas être le premier à utiliser des armes nucléaires dans un conflit. Il a dit : « Je ne voudrais certainement pas effectuer la première frappe. Une fois l’option nucléaire prise, c’est fini. » Les médias n’en ont pas parlé.

Le pensait-il réellement ? Qui sait ? Il se contredit souvent. Mais ce qui est clair, c’est que Trump est considéré comme une grave menace pour le statu quo entretenu par le vaste appareil de sécurité nationale qui opère aux États-Unis, quel que soit l’occupant de la Maison Blanche.

La CIA veut le voir battu. Le Pentagone veut le voir battu. Les médias veulent le voir battu. Même son propre parti veut le voir battu. Il représente une menace pour les dirigeants du monde – contrairement à Clinton, qui n’a laissé aucun doute qu’elle était prête à aller en guerre contre la Russie et la Chine, deux pays qui possèdent des armes nucléaires.

Clinton a la forme, comme elle s’en vante souvent. En effet, elle n’a plus rien à prouver. En tant que sénatrice, elle a soutenu le bain de sang en Irak. Quand s’est présentée contre Obama en 2008, elle a menacé de « totalement détruire » l’Iran. En tant que secrétaire d’Etat, elle a comploté dans la destruction des gouvernements de la Libye et du Honduras et mis en branle la provocation de la Chine.

Elle a promis de soutenir une zone d’exclusion aérienne en Syrie – une provocation directe d’une guerre avec la Russie. Clinton pourrait bien devenir le président le plus dangereux des États-Unis de mon vivant – un titre pour lequel la concurrence est rude.

Sans la moindre preuve, elle a accusé la Russie de soutenir Trump et d’avoir piraté ses e-mails. Publiés par WikiLeaks, ces e-mails nous révèlent que ce que dit Clinton en privé, dans ses discours aux riches et puissants, est le contraire de ce qu’elle dit en public.

Voilà pourquoi il est si important de faire taire et de menacer Julian Assange. En tant que dirigeant de WikiLeaks, Julian Assange connaît la vérité. Et permettez-moi de rassurer tous ceux qui sont préoccupés, il va bien, et WikiLeaks tourne à plein régime.

Aujourd’hui, la plus grande accumulation de forces dirigées par les Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale est en route – dans le Caucase et l’Europe orientale, à la frontière avec la Russie, et en Asie et dans le Pacifique, où la Chine est la cible.

Gardez cela à l’esprit lorsque le cirque de l’élection présidentielle atteindra son apogée le 8 Novembre, Si Clinton gagne, un chœur des commentateurs écervelés célébrera son couronnement comme un grand pas en avant pour les femmes. Aucun ne mentionnera les victimes de Clinton : les femmes syriennes, les femmes irakiennes, les femmes libyennes. Aucun ne mentionnera les exercices de défense civile menées en Russie. Aucun ne rappellera « les flambeaux de la liberté » d’Edward Bernays.

Un jour, le porte-parole chargé des relations avec la presse de George Bush a qualifié les médias de « facilitateurs complices ».

Venant d’un haut fonctionnaire d’une administration dont les mensonges, permis par les médias, ont provoqué tant de souffrances, cette description est un avertissement de l’histoire.

En 1946, le procureur du Tribunal de Nuremberg a déclaré au sujet des médias allemands : « Avant chaque agression majeure, ils lançaient une campagne de presse calculée pour affaiblir leurs victimes et préparer psychologiquement le peuple allemand pour une attaque. Dans le système de propagande, la presse quotidienne et la radio étaient les armes les plus importantes. »

John Pilger

Traduction « j’avais récemment recommencé à écouter France-Inter mais je n’ai tenu qu’une petite semaine » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» http://johnpilger.com/articles/inside-the-invisible-government-war-pro…
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[Passionnant] « France, terrorisme et diplomatie en carton » : Pierre Conesa interrogé par Thinkerview

Ce type est vraiment passionnant.

« Diplomatie en carton » me paraît un euphémisme trop gentil, comme si les acteurs politiques faisaient de leur mieux pour servir le bien commun, mais en étaient incapables.

L’hypothèse de la corruption et de la traîtrise est beaucoup plus plausible, je trouve.

Il me semble qu’il manque surtout à cette réflexion (très riche et utile) la recherche de causes premières encore plus en amont : qui, sur terre, a intérêt au chaos en question (évidemment contraire au bien commun) ? Et quel est le processus constituant qui nous conduit toujours à choisir précisément la procédure qui donne le pouvoir aux grands privilégiés, toujours ennemis du bien commun ?

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[Honte à nos « représentants », qui nous jettent (à nouveau) dans la guerre] Comment l’Occident a contribué à créer l’ « État Islamique »

On a peine à croire que nos propres « représentants » nous conduisent ainsi de force, comme « en nous tirant par les cheveux » dans la guerre que nous refusons tous évidemment.

L’intérêt et l’importance de l’article ci-dessous vont crescendo jusqu’à la fin. A mon avis, il faut connaître ces faits et les faire connaître ; il faut faire passer. On aimerait que de vrais journalistes comme Maxime Chaix (http://maximechaix.info) travaillent dans les médias grand public. Mais il n’en est rien, ou presque. Au lieu de ça, on dirait que les prétendus « journalistes » sont presque tous devenus des agents de l’étranger…

Avant de vous laisser lire cette enquête-synthèse édifiante (et très documentée, comme tous les travaux de Maxime Chaix), je voudrais insister sur ce qui me semble essentiel, du côté des causes premières de tous ces drames insensés :

Si les « élus » peuvent ainsi violenter impunément l’intérêt général (la paix et la justice), c’est parce que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom ; et la totale impuissance politique populaire — qui résulte directement de cette absence de constitution — est principalement de notre faute, car nous sommes les seuls capables d’écrire une constitution digne de ce nom, nous-mêmes, en personne, sans représentants.

Or, pour le moment, massivement, nous nous foutons de la constitution…

Donc, si on réfléchit au fond des choses, l’impuissance politique populaire n’est pas (du tout) une fatalité, mais, tant que nous restons aussi inertes que nous le sommes actuellement sur le plan constituant, la-guerre-qui-vient-contre-quoi-on-ne-peut-rien c‘est bien fait pour nous.

Bonne lecture (et bons ateliers constituants) 🙂

Etienne.


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Comment l’Occident a contribué à créer l’« État Islamique »

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En armant le Front al-Nosra dès 2012, les services secrets occidentaux et leurs alliés proche-orientaux ont directement et massivement soutenu le futur « État Islamique », comme je tente de le démontrer dans ma dernière analyse sur le conflit syrien. Publiée sur le site Contrepoints.org, elle inclut de brèves mais percutantes interventions du spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche et du député PS Gérard Bapt. Je les remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et je vous encourage à diffuser largement cet article si vous estimez qu’il est digne d’intérêt.

Le site du magazine Foreign Policy vient de publier une enquête particulièrement instructive sur la rencontre qui a conduit à la séparation entre le Front al-Nosra – la branche syrienne d’al-Qaïda dirigée par Abou Mohammed al-Joulani –, et le réseau qui était alors connu sous le nom d’État Islamique en Irak (EII). Dans cet article, Foreign Policy nous détaille cette rencontre cruciale entre d’importants commandants jihadistes, dont Abou Bakr al-Baghdadi, qui était alors le leader de l’EII, et Abou Omar al-Shishani, le chef militaire de Daech qui a été tué par une frappe de l’U.S. Air Force en juillet 2016. Initialement, al-Shishani avait été formé par des instructeurs du Pentagonelorsqu’il combattait au sein des Forces spéciales géorgiennes en 2006, n’étant pas encore radicalisé. Décrit comme un « élève star » à cette époque, il avait combattu l’armée russe en 2008 lors du conflit en Ossétie du Sud. En 2013, avec les miliciens du mouvement jihadiste qu’il avait fondé, le Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, il a joué un rôle déterminant dans la prise de la base aérienne de Menagh, au nord d’Alep – une « victoire hautement stratégique (…) ayant permis d’ouvrir un corridor pour l’opposition dans le Nord de la Syrie ». Il recevait alors ses ordres du colonel Okaidi, un commandant de l’Armée Syrienne Libre (ASL) soutenu par les États-Unis et la Grande-Bretagne qui, de son propre aveu, entretenait des relations « fraternelles » avec les extrémistes du Front al-Nosra et de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cette même année 2013, Abou Omar al-Shishani prêta allégeance à l’EIIL, s’imposant rapidement comme le «ministre de la guerre » de Daech. Comme nous le verrons, al-Shishani est loin d’être le seul combattant de cette organisation à avoir bénéficié d’un soutien occidental direct, du moins jusqu’en 2013.

Organisée en avril de cette même année, cette rencontre entre chefs jihadistes a lancé le processus de création de l’« État Islamique », qui fut décrété au mois de juin 2014 par son leader, Abou Bakr al-Baghdadi. Au plan symbolique, elle a conduit au changement de nom de l’EII, qui s’est alors rebaptisé l’EIIL (État Islamique en Irak et au Levant). Interrogé par Foreign Policy, un participant à cette rencontre – surnommé « Abou Ahmad » pour des raisons de sécurité –, décrit le fonctionnement interne de ces milices terroristes. Essentiellement, cet article nous indique que cette rencontre a abouti non pas à une scission entre ces deux organisations, mais à une véritable absorption des combattants, des cadres et des moyens militaires et logistiques du Front al-Nosra par l’EIIL d’al-Baghdadi au printemps 2013. Nous analyserons donc dans quelle mesure les opérations clandestines de la CIA et de ses alliés, dont les services français, ont alimenté dès 2012la montée en puissance de l’EII au sein d’al-Nosra, donc de ce qui allait devenir l’EIIL en avril 2013, puis l’« État Islamique » en juin 2014.

Printemps 2013 : l’EII absorbe la majorité des moyens humains et militaires d’al-Nosra

Pour le lecteur averti, l’information la plus importante de cet article de Foreign Policy se trouve dans sa conclusion. En effet, lors de la séparation d’avril 2013 entre l’EII et le Front al-Nosra, une «large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas » leur leader Mohammed al-Joulani – le fondateur d’al-Nosra issu de l’EII, qui durant l’été 2011 avait été envoyé en Syrie par Abou Bakr al-Baghdadi pour y mener le jihad. Au contraire, ces combattants prêtèrent massivement allégeance à al-Baghdadi, se séparant du Front al-Nosra et constituant ce qui allait officiellement devenir l’« État Islamique » en juin 2014. Selon Foreign Policy, « le changement de l’EII vers l’EIIL signifiait que tous les groupes ou factions qui avaient rejoint l’EIIL perdraient leur nom. Pour le Front al-Nosra et son leader, Abou Mohammed al-Joulani, ce développement était un potentiel désastre ; il pouvait signifier la fin de leur influence dans le champ de bataille jihadiste le plus important au monde. Al-Joulani ordonna donc aux combattants d’al-Nosra de ne pas rejoindre l’EIIL, et d’attendre que [le numéro un d’al-Qaïda Ayman] al-Zawahiri se prononce sur qui devait diriger le jihad sur le théâtre de guerre syrien. Une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [al-Joulani].Lorsqu’Abou Ahmad visita Alep quelques semaines plus tard seulement, environ 90 % des combattants d’al-Nosra dans cette ville avaient déjà rejoint l’EIIL. Les nouveaux soldats de Baghdadi ordonnèrent aux quelques derniers loyalistes d’al-Nosra de quitter l’hôpital d’al-Oyoun, qui avait été jusqu’à présent la principale base d’al-Nosra dans cette ville. “Vous devez partir ; nous constituons al-dawla [l’État] et nous regroupons la vaste majorité des combattants” dirent-ils aux hommes d’al-Nosra, selon Abou Ahmad. “Donc ces quartiers généraux nous appartiennent.”Partout dans le Nord de la Syrie, l’EIIL s’empara des QG d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes. Étonnamment, la branche d’al-Qaïda en Syrie devait soudain combattre pour sa survie. Une nouvelle époque démarrait – celle de l’État Islamique. »

Interrogé sur ces informations de Foreign Policy, l’expert de la Syrie Fabrice Balanche confirme leur exactitude, tout en précisant que « ces faits étaient connus à l’époque, mais plutôt du côté des spécialistes ». Selon lui, « entre avril 2013 et janvier 2014, la majorité du Front al-Nosra s’est rangée du côté de l’EIIL. Al-Joulani s’est donc retrouvé en minorité. Le rapport devait être d’un quart de combattants restant loyaux à al-Nosra, contre trois quarts se ralliant à l’EIIL. La majorité des combattants du groupe jihadiste étaient des étrangers, dont beaucoup d’Irakiens. Ils ont donc préféré al-Baghdadi. » D’après ce chercheur, qui travaille actuellement au Washington Institute, « al-Nosra en Syrie regroupait environ 20 000 combattants avant la scission d’avril 2013. Par conséquent, près de 15 000 auraient rejoint l’EIIL et 5 000 seraient restés combattre sous la bannière d’al-Nosra – même si ces chiffres sont approximatifs. Par la suite, al-Nosra s’est renforcé en s’alliant avec d’autres groupes syriens contre l’EIIL. Dans cette histoire complexe, il faut retenir que la guerre entre al-Nosra et l’EIIL fut particulièrement sanglante durant l’hiver 2013-2014. Elle a laissé des traces, ce qui empêche les deux groupes de joindre leurs efforts. » Également interrogé sur cette scission, le député socialiste Gérard Bapt précise que « l’EIIL a ensuite été soutenu par les services spéciaux du prince Bandar pour contrer l’influence des Frères Musulmans qui s’exprimait à travers le Front al-Nosra, une milice appuyée principalement par le Qatar et la Turquie. Les Saoudiens n’imaginaient probablement pas les conséquences d’un tel soutien, avec la proclamation désastreuse de l’État Islamique entre l’Irak et la Syrie en juin 2014. »

Les services secrets saoudiens et la CIA : du jihad afghan au takfir syrien

Rappelons alors qu’en juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. Surnommé « Bandar Bush » du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir indirectement soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. Après qu’il fut écarté de son poste de chef des services spéciaux en avril 2014, le Guardian souligna que « Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins,il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. » Or, comme à l’époque du jihad afghan, la CIA et les services secrets saoudiens ont étroitement collaboré en Syrie, la grande proximité du prince Bandar avec l’Agence facilitant cette politique clandestine.

En réalité, les relations entre la CIA et les services saoudiens sont littéralement fusionnelles. Début 2016, le New York Times révéla que l’Arabie saoudite avait été « de loin » le principal financeur de la guerre secrète anti-Assad de la CIA, baptisée « opération Timber Sycamore ». Afin de renverser le gouvernement syrien, l’Agence a mobilisé « environ un milliard de dollars » chaque année depuis 2013, dans le cadre de ce que le Washington Post a décrit comme un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. En d’autres termes, la CIA a facilité et coordonné dès janvier 2012 les opérations syriennes des services secrets de ces pays, essentiellement financées par les pétrodollars saoudiens. Comme des experts et desjournalistes américains l’on expliqué à l’automne 2015, cette guerre secrète aurait pu aboutir au renversement de Bachar el-Assad, essentiellement du fait des pertes infligées à l’armée syrienne par les missiles TOW made in USA. En 2013, sous couvert d’équiper sa garde nationale et son armée de terre, l’Arabie saoudite avait acheté plus de 15 000 missiles TOW à la multinationale américaine Raytheon – soit un investissement de 1,1 milliard de dollars. En réalité, plusieurs milliers de missiles ont été distribués aux rebelles anti-Assad par différents services depuis les « MOC » (Military Operations Centers), des bases secrètes supervisées par la CIA en Turquie et en Jordanie.

Toujours selon le New York Times, « les efforts saoudiens [en Syrie] furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, (…) qui demanda aux espions du royaume d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles. La CIA a facilité certains [sic] de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient être hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables américains craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. » En réalité, malgré ces craintes, la CIA coordonnait clandestinement depuis le mois de janvier 2012 au moins deux réseaux d’approvisionnement en armes financés par les pétromonarchies du Golfe et la Turquie : une série de livraisons aériennes depuis les Balkans, qui a récemment fait l’objet d’uneenquête approfondie du BIRN et de l’OCCRP confirmant le rôle central de la CIA dans ce trafic d’armes illégal ; et une autre voie d’approvisionnement maritime depuis la Libye, selon lesrévélations jamais démenties du journaliste d’investigation Seymour Hersh. Concernant le trafic en provenance des Balkans, seuls cinq médias francophones ayant rapporté cette enquête sont recensés par Google Actualités. Et parmi eux, seuls Mediapart.fr et Bruxelles2.eu ont souligné la coresponsabilité des États-Unis dans ces opérations, contrairement à Liberation.fr, DirectMatin.fr, et LOpinion.fr – qui se sont contentés d’articles laconiques pour traiter ce sujet.

En juillet 2013, d’après le parlementaire britannique Lord Ashdown, ces opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires avaient armé « presque exclusivement » les jihadistes du Front al-Nosra, qui incluait jusqu’au printemps 2013 l’EII d’al-Baghdadi. Bon connaisseur des Balkans, cetancien Haut Représentant des Nations-Unies en Bosnie-Herzégovine confirmait ainsi lesrévélations du New York Times, qui nous avait informés en mars 2013 que les services spéciaux turcs, qataris, jordaniens, émiratis et saoudiens avaient introduit au moins 3 500 tonnes d’armements en Syrie depuis janvier 2012 avec l’aide discrète de la CIA – ce qui a considérablement renforcé la coalition Front al-Nosra/EII avant la séparation d’avril 2013. Et comme nous l’avons démontré, la majorité des combattants d’al-Nosra ont alors été absorbés par l’EII, qui s’est rebaptisé EIIL et qui s’est accaparé les principales ressources humaines, logistiques et militaires d’al-Nosra. Il est donc indéniable que ces politiques clandestines ont grandement encouragé le développement de ce qui allait devenir Daech en juin 2014, du moins sur le théâtre de guerre syrien. En Occident, le fait que si peu d’observateurs l’aient souligné semble être symptomatique d’une réticence collective à accepter que les réseaux d’al-Qaïda en Syrie furent massivement armés et soutenus par nos propres services spéciaux, et ce dans le but de renverser Bachar el-Assad. L’irrésistible montée en puissance de Daech est donc bel et bien une conséquence directe de cette stratégie, comme l’avait prédit le Renseignement militaire du Pentagone dès 2012.

La coresponsabilité des alliés occidentaux et israéliens de la CIA dans le chaos islamiste en Syrie

Bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans ce désastre, la CIA et ses alliés turcs et pétromonarchiques n’en sont pas les seuls fautifs. Selon les magistrats de la Haute Cour criminelle britannique, les services spéciaux de Sa Majesté ont soutenu la coalition Front al-Nosra/EII, potentiellement pour le compte de la CIA afin que cette dernière puisse échapper à la supervision du Congrès. Depuis 2014, il est de notoriété publique qu’Israël soigne des combattants d’al-Nosraet, comme le grand reporter Robert Parry l’a souligné, Tsahal « a également mené des frappes aériennes en Syrie qui ont soutenu les avancées d’al-Nosra, ce qui a notamment impliqué l’élimination de conseillers du Hezbollah et de l’Iran qui aidaient le gouvernement syrien ». En décembre 2012, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius avait repris à son compte les arguments des alliés pétromonarchiques de la France, qui pensaient que le Front al-Nosra faisait du « bon boulot sur le terrain » alors que le Département d’État plaçait cette milice sur la liste onusienne des organisations terroristes – en contradiction avec la politique clandestinede la CIA et de ses partenaires. Cette déclaration stupéfiante, qui fut relayée par le journal Le Monde, n’avait pas été reprise dans la presse. Elle avait été prononcée par Laurent Fabius alors que l’EII faisait partie intégrante de ce réseau terroriste ce qui, manifestement, n’a été relevé par aucun observateur.

En mars 2016, le magazine Marianne a révélé que la direction de la prospective du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, alerté le ministre des Affaires étrangères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient les groupes jihadistes en Syrie. Dans une note qui fut ignorée par leur hiérarchie, ces experts soulignaient que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [risquions] d’y tomber ». Finalement, à partir de 2014, plusieurs députés de l’opposition ont affirmé que la France avait soutenu le Front al-Nosra. Interrogé sur cette question, le député Gérard Bapt confirme un « soutien clandestin de l’État français en faveur des différentes mouvances islamistes en Syrie, au regard de la porosité et de la proximité entre ces groupes alliés sur le terrain. Or, l’aide française aux rebelles en Syrie, et plus généralement le soutien occidental en leur faveur, se sont poursuivis y compris après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, pourtant revendiqués par al-Qaïda. »

Nous pouvons conclure de ces différentes révélations que les services secrets occidentaux et leurs partenaires régionaux ont, au moins jusqu’en 2013, massivement armé et soutenu la milicetakfiriste qui allait devenir Daech l’année suivante, puisque l’EII et al-Nosra constituaient une seule et unique entité avant leur séparation d’avril 2013. Par conséquent, le Pentagone et ses alliés, qui incluent les forces aériennes françaises, sont en train de bombarder une organisation terroriste dont la CIA et ses partenaires ont grandement favorisé la montée en puissance en Syrie à partir de janvier 2012. Hélas, cette schizophrénie stratégique subsiste : depuis deux ans, nos armées sont engagées dans des opérations contre Daech à l’efficacité d’ailleurs contestable, alors que la CIA et ses alliés continuent de soutenir al-Qaïda pour renverser le gouvernement el-Assad. Or, selon un prestigieux think tank britannique cité par le Guardian en décembre dernier, « plus de la moitié des combattants rebelles en Syrie qui sont opposés au Président Bachar el-Assad sont favorables aux vues de l’État Islamique ». Dans ce même article, il est précisé que « si Daech est vaincu [en Irak et en Syrie], au moins 65 000 combattants appartenant à d’autres groupes salafistes-jihadistes sont prêts à prendre sa place ».

Ainsi, comme l’avait préconisé Michel Colomès en octobre 2015, il serait peut-être temps d’arrêter de « jouer les “bons” contre les “méchants” islamistes », une politique qui revient selon lui à « payer la corde qui nous pendra ». Et comme l’avait dénoncé la représentante au Congrès Tulsi Gabbard le 19 novembre 2015 – soit moins d’une semaine après les attentats de Paris –, «renverser le gouvernement syrien d’el-Assad est le but de Daech, d’al-Qaïda et d’autres groupes islamistes extrémistes. Nous ne devrions pas nous allier avec ces fanatiques en les aidant à remplir leur objectif, car cela est contraire aux intérêts sécuritaires des États-Unis et de la civilisation. » Quinze ans après le 11-Septembre, et dans un contexte de multiplication des attentats en Occident, ces arguments ne peuvent que remettre en cause l’impunité que la raison d’État légitime, et qui encourage des politiques échappant totalement aux contre-pouvoirs démocratiques.

Maxime Chaix.

Source : http://maximechaix.info/?p=3583

[Honte aux faux journalistes, chiens de guerre de l’empire] « Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité. » John Pilger.

La provocation d’une guerre nucléaire par les médias

par John PILGER

La disculpation d’un homme accusé du pire des crimes, le génocide, n’a pas fait les manchettes. Ni la BBC ni CNN n’en ont parlé. The Guardian s’est permis un bref commentaire. Un tel aveu officiel et rare fut, sans surprise, enterré ou occulté. Cela révélerait trop de choses sur les dirigeants du monde.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a discrètement blanchi le feu président serbe, Slobodan Milosevic, de crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995, y compris du massacre de Srebrenica.

Loin d’avoir conspiré avec le leader des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, qui a été condamné, Milosevic avait en réalité « condamné le nettoyage ethnique », s’était opposé à Karadzic et a tenté d’arrêter la guerre qui a démembré la Yougoslavie. Enterré vers la fin d’un arrêt de 2,590 pages sur Karadzic, publié au mois de Février dernier, cette vérité démolit un peu plus la propagande qui justifia l’assaut illégal de l’OTAN sur la Serbie en 1999.

Milosevic est mort d’une crise cardiaque en 2006, seul dans sa cellule à La Haye, au cours de ce qui équivaut à un procès bidon par un « tribunal international » inventé par les Etats-Unis. Une intervention chirurgicale, qui aurait pu lui sauver la vie, lui fut refusé et son état s’est empiré et il fut surveillée et maintenu au secret par les autorités US, comme WikiLeaks l’a révélé depuis.

Milosevic a été victime de la propagande de guerre qui aujourd’hui coule à flots sur nos écrans et journaux et signale un grand danger pour nous tous. Il était l’archétype du démon, vilipendé par les médias occidentaux comme le « boucher des Balkans » qui était responsable de « génocide », en particulier dans la province yougoslave sécessionniste du Kosovo. Le Premier ministre Tony Blair l’a dit, a invoqué l’Holocauste et a demandé des mesures contre « ce nouveau Hitler ».

David Scheffer, l’ambassadeur itinérant des crimes de guerre [sic], a déclaré que jusqu’à « 225.000 hommes albanais ethniques âgés de 14 à 59 ans » ont pu être assassinés par les forces de Milocevic.

Ce fut la justification des bombardements de l’OTAN, dirigés par Bill Clinton et Blair, qui tuèrent des centaines de civils dans des hôpitaux, des écoles, des églises, des parcs et des studios de télévision et détruisirent l’infrastructure économique de la Serbie. Ce fut un geste manifestement idéologique ; à une fameuse « conférence de paix » à Rambouillet, en France, Milosevic a été confronté par Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat US, qui allait entrer dans les annales de l’infamie avec sa remarque sur la mort d’un demi-million d’enfants irakiens qui « en valait la peine ».

Albright a communiqué une « offre » à Milosevic qu’aucun leader national ne pouvait accepter. À moins de convenir d’une occupation militaire étrangère de son pays, avec des forces d’occupation « en dehors d’un processus juridique », et de l’imposition d’un « marché libre » néo-libéral, la Serbie serait bombardée. C’était contenu dans une « Annexe B », que les médias n’ont pas lue ou ont censurée. L’objectif était d’écraser le dernier Etat « socialiste » indépendant de l’Europe.

Une fois que l’OTAN a commencé à bombarder, il y eut une ruée de réfugiés kosovars « fuyant un holocauste ». Quand tout fut terminé, les équipes internationales de police se sont rendues au Kosovo pour exhumer les victimes. Le FBI n’a pas réussi à trouver une seule fosse commune et ils rentrèrent chez eux. L’équipe médico-légale espagnole a fait de même, son chef dénonçant avec colère « une pirouette sémantique par les machines de propagande de guerre ». Le décompte final des morts au Kosovo est 2788. Cela inclut les combattants des deux côtés et les Serbes et les Roms assassinés par le pro-OTAN Front de libération du Kosovo. Il n’y a pas eu de génocide. L’attaque de l’OTAN fut à la fois une fraude et un crime de guerre.

Tous sauf une fraction des tant vantés missiles à « précision guidée » des Etats-Unis ont touché non pas des cibles militaires mais des civils, y compris les studios de la Radio Télévision de Serbie à Belgrade. Seize personnes ont été tuées, dont des cameramen, des producteurs et une maquilleuse. Blair qualifia les morts, de manière profane, comme « le commandement et le contrôle » de la Serbie.

En 2008, le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, a révélé qu’elle avait subi des pressions pour ne pas enquêter sur les crimes de l’OTAN.

Ceci devint le modèle pour les invasions futures par Washington de l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, de manière furtive, la Syrie. Toutes ces invasions pouvaient êtres qualifiées de « crimes suprêmes » selon la norme établie à Nuremberg ; toutes dépendaient de la propagande des médias. Alors que le journalisme à sensation a joué son rôle habituel, c’était le journalisme sérieux, crédible, souvent progressiste qui a fut le plus efficace – la promotion évangélique de Blair et de ses guerres par le Guardian, les mensonges incessants sur les armes de destruction massive inexistantes de Saddam Hussein dans The Observer et le New York Times, et les battements de tambours ininterrompus de la propagande du gouvernement par la BBC dans le silence de ses omissions.

Au plus fort des bombardements, Kirsty Wark de la BBC a interviewé le général Wesley Clark, le commandant de l’OTAN. La ville serbe de Nis venait d’être pulvérisé par des bombes à sous-munitions états-uniennes, tuant femmes, personnes âgées et enfants dans un marché ouvert et un hôpital. Wark n’a pas posé une seule question sur ce sujet, ni sur tous les autres morts civils.

D’autres furent plus effrontés. En Février 2003, au lendemain de l’écrasement de l’Irak par Blair et Bush, le rédacteur en chef politique de la BBC, Andrew Marr, se trouvait à Downing Street [Bureaux du Premier Ministre Britannique – NdT] et prononça ce qui équivaut à un discours de victoire. Il déclara avec enthousiasme à ses téléspectateurs que Blair avait « dit qu’ils seraient en mesure de prendre Bagdad sans bain de sang, et qu’en fin de compte les Irakiens allaient célébrer. Et sur ces deux points, il a eu totalement raison ». Aujourd’hui, avec un million de morts et une société en ruines, les interviews de Marr à la BBC sont recommandées par l’ambassade des Etats-Unis à Londres.

Les collègues de Marr s’alignèrent pour qualifier les actions de Blair de « justifiées ». Le correspondant à Washington de la BBC, Matt Frei, déclara : « Il ne fait aucun doute que la volonté d’apporter le bien, les valeurs américaines au reste du monde, et en particulier au Moyen-Orient … est désormais de plus en plus liée au pouvoir militaire. »

Cette prosternation devant les États-Unis et leurs collaborateurs comme une force bienveillante qui « apportent le bien » est profondément ancrée dans le journalisme occidental moderne. Il veille à ce que la catastrophe actuelle en Syrie soit exclusivement de la faute de Bachar al-Assad, contre qui l’Occident et Israël conspirent depuis longtemps, non pas pour des considérations humanitaires, mais pour consolider le pouvoir agressif d’Israël dans la région. Les forces jihadistes déchaînées et armées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie et leurs mandataires de la « coalition » sont là pour ça. Ce sont eux qui dispensent la propagande et les vidéos qui deviennent des informations aux États-Unis et en Europe, et qui fournissent un accès aux journalistes et garantissent une « couverture » partisane de la Syrie.

Aux informations, on parle de la ville d’Alep. La plupart des lecteurs et téléspectateurs ne seront pas au courant que la majorité de la population d’Alep vit dans la partie occidentale contrôlée par le gouvernement. Le fait qu’ils souffrent quotidiennement des bombardements d’artillerie d’al-Qaida parrainé par l’Occident n’est pas mentionné. Le 21 Juillet, les bombardiers français et américains ont attaqué un village du gouvernement dans la province d’Alep, tuant jusqu’à 125 civils. Cela a été rapporté en page 22 du Guardian ; il n’y a pas eu de photos.

Après avoir créé et soutenu le djihadisme en Afghanistan dans les années 1980 dans le cadre de l’Opération Cyclone – une arme qui visait à détruire l’Union soviétique – les États-Unis sont en train de faire quelque chose de similaire en Syrie. Comme les moudjahidin afghans, les « rebelles » syriens sont les fantassins de l’Amérique et de la Grande-Bretagne. Beaucoup combattent pour al-Qaida et ses variantes ; certains, comme le Front Nosra, se sont rebaptisés pour se conformer aux sensibilités américaines post-11 Septembre. La CIA les dirige, avec difficulté, comme elle dirige des djihadistes partout dans le monde.

L’objectif immédiat est de détruire le gouvernement de Damas qui, selon le sondage le plus crédible (YouGov Siraj), est soutenu par la majorité des Syriens, ou tout au moins qui se retournent vers lui pour sa protection, quelle que soit la barbarie qui peut régner en coulisses. L’objectif à long terme est de nier à la Russie un allié clé du Moyen-Orient dans le cadre d’une guerre d’usure de l’Otan contre la Fédération de Russie qui finirait éventuellement par détruire cette dernière.

Le risque nucléaire est évident, bien qu’occulté par les médias du « monde libre ». Les éditorialistes duWashington Post, ayant promu le mensonge sur les Armes de destruction massive en Irak, demandent à Obama d’attaquer la Syrie. Hillary Clinton, qui se réjouissait publiquement de son rôle de son bourreau lors de la destruction de la Libye, a indiqué à plusieurs reprises que, en tant que présidente, elle « ira plus loin » qu’Obama.

Gareth Porter, un journaliste basé à Washington, a récemment révélé les noms de ceux qui sont susceptibles de faire partie du cabinet Clinton, qui planifient une attaque sur la Syrie. Tous ont des passés de belligérants de la guerre froide ; l’ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, a déclaré que « le prochain président devra envisager d’envoyer des forces spéciales supplémentaires sur le terrain ».

Le plus remarquable dans la propagande de guerre qui bat actuellement son plein est son côté absurde et familier. J’ai visionné des films d’archives des années 1950 à Washington, à l’époque où des diplomates, des fonctionnaires et des journalistes étaient traqués et ruinés par la chasse aux sorcières déclenchée par le sénateur Joe McCarthy contre ceux qui contestaient les mensonges et la paranoïa au sujet de l’Union Soviétique et de la Chine. Comme une tumeur renaissante, le culte anti-Russe est de retour.

En Grande-Bretagne, Luke Harding du Guardian entraîne ses lecteurs qui détestent la Russie dans un flot de parodies journalistiques qui attribuent à Vladimir Poutine tous les malheurs de la terre. Lorsque la fuite desPanama Papers fut publiée, la première page du quotidien mentionna M. Poutine, et il y avait une image de Poutine ; peu importe si le nom de Poutine n’était mentionné nulle part dans les documents.

Comme Milosevic, Poutine est le Diable en chef. C’est Poutine qui a abattu un avion de ligne Malaisienne au-dessus de l’Ukraine. Le titre auquel on a eu droit est le suivant : « En ce qui me concerne, Poutine a tué mon fils. » Pas besoin de preuves. C’est Poutine qui est responsable du renversement du gouvernement élu à Kiev en 2014, organisé (et financé) par – documents à l’appui – Washington. La campagne de terreur qui a suivi, déclenchée par les milices fascistes contre la population russophone de l’Ukraine était le résultat de « l’agression » de Poutine. Prévenir que la Crimée de devienne une base de missiles de l’OTAN et protéger la population majoritairement russe qui s’était prononcée par référendum pour son intégration à la Russie – à la suite de quoi la Crimée fut annexée – étaient autant d’exemples de « l’agression » de Poutine. La calomnie par les médias devient inévitablement une guerre par les médias. Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité.

Aux États-Unis, la campagne anti-Russe s’assimile à la réalité virtuelle. Paul Krugman du New York Times, un économiste lauréat du prix Nobel, a appelé Donald Trump le « candidat Sibérien » parce que Trump est l’homme de Poutine, dit-il. Trump a osé suggérer, dans un moment rare de lucidité, qu’une guerre avec la Russie pourrait être une mauvaise idée. En fait, il est allé plus loin et a retiré les livraisons d’armes US à l’Ukraine de son programme. « Ne serait-ce pas merveilleux si nous nous entendions avec la Russie, » a-t-il dit.

C’est pourquoi l’establishment libéral belliciste des Etats-Unis le déteste. Son racisme, sa démagogie et ses rodomontades n’ont rien à voir avec ça. En matière de racisme et d’extrémisme, Bill et Hillary Clinton n’ont rien à envier à Trump. (Cette semaine marque le 20e anniversaire de la « réforme de la protection sociale » de Clinton qui a été une guerre contre les Afro-Américains). Quant à Obama : tandis que les armes de la police US abattent ses frères afro-américains, le grand espoir de la Maison Blanche n’a rien fait pour les protéger, rien fait pour soulager leur misère, tout en menant quatre guerres rapaces et une campagne d’assassinat sans précédent.

La CIA a demandé que Trump ne soit pas élu. Des généraux du Pentagone ont demandé qu’il ne soit pas élu. Le pro-guerre du New York Times – pendant les pauses de leur campagnes anti-Poutine – demandent qu’il ne soit pas élu. Il y a quelque chose qui se mijote. Ces tribuns de la « guerre perpétuelle » sont terrifiés que le business de plusieurs milliards de dollars de la guerre par laquelle les Etats-Unis maintiennent leur domination serait compromis si Trump trouvait un accord avec Poutine, puis avec Xi Jinping de la Chine. Leur panique devant la possibilité d’une grande puissance parlant de paix dans le monde – ce qui est peu probable – serait une farce macabre si l’avenir n’était pas aussi sombre.

« Trump aurait aimé Staline ! » hurla le vice-président Joe Biden lors d’un rassemblement de soutien à Hillary Clinton. Avec Clinton hochant la tête, il a crié : « Nous ne nous inclinons jamais. Nous ne plions jamais. Nous ne nous agenouillons jamais. Nous ne cédons jamais. La victoire est à nous. Voilà qui nous sommes. Nous sommes l’Amérique ! »

En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn a également provoqué l’hystérie des faiseurs de guerre du Parti travailliste et d’un média qui se consacre à lui rentrer dedans. Lord West, ancien amiral et ministre du Travail, l’a bien formulé. Corbyn prenait une position anti-guerre « scandaleuse » « parce que cela lui attire le vote des masses irréfléchies ».

Lors d’un débat avec son challenger à la direction du parti, Owen Smith, le modérateur a demandé à Corbyn : « Comment réagiriez-vous en cas de violation par Vladimir Poutine d’un Etat-membre de l’Otan ? »

Corbyn a répondu : « Vous voudriez d’abord éviter que cela n’arrive. Vous établiriez un bon dialogue avec la Russie … Nous pourrions tenter une démilitarisation des frontières entre la Russie, l’Ukraine et les autres pays frontaliers de la Russie en l’Europe de l’Est. Ce que nous ne pouvons pas faire c’est de laisser une série d’accumulations de troupes calamiteuses de chaque côté, ce qui nous conduit inéluctablement vers un grand danger »

Pressé de dire s’il autoriserait la guerre contre la Russie « s’il le fallait », Corbyn a répondu : « Je ne veux pas faire la guerre – ce que je veux c’est parvenir à un monde où on n’aurait pas à faire la guerre ».

Poser une telle série de questions doit beaucoup à la montée des libéraux bellicistes en Grande-Bretagne. Depuis longtemps, le Parti travailliste et les médias leur ont offert des opportunités de carrière. Pendant un certain temps, le tsunami moral du grand crime commis contre l’Irak a provoqué un flottement, leurs contre-vérités flagrantes sont devenues un fardeau embarrassant mais passager. Indépendamment du rapport Chilcot et de la montagne de faits qui l’incriminent, Blair est toujours leur source d’inspiration, parce qu’il est un « gagnant ».

Le journalisme et enseignements dissidents ont depuis été systématiquement bannis ou accaparés, et les idées démocratiques vidées pour être remplacées par la « politique identitaire » qui confond genre et féminisme, l’angoisse de la société et libération, et qui ignore volontairement la violence d’Etat et le mercantilisme des armes qui détruisent d’innombrables vies dans des pays lointains, comme le Yémen et la Syrie, et qui invitent la guerre nucléaire en Europe et à travers le monde.

La mobilisation de personnes de tous âges autour de la montée spectaculaire de Jeremy Corbyn peut constituer une certaine résistance. Il a passé sa vie à dénoncer les horreurs de la guerre. Le problème pour Corbyn et ses partisans est le Parti Travailliste. Aux Etats-Unis, le problème pour les milliers d’adeptes de Bernie Sanders est le Parti Démocrate, sans parler de l’ultime trahison de leur grand espoir [son ralliement en rase-campagne à H. Clinton – NdT].

Aux Etats-Unis, pays des grands mouvements pour les droits civiques et contre la guerre, ce sont les mouvements comme Black Lives Matter et CODEPINK qui constituent les graines d’une version moderne.

Seul un mouvement qui grossirait à chaque coin de rue, qui déborderait des frontières et qui n’abandonnerait pas pourrait arrêter les fauteurs de guerre. L’année prochaine, cela fera un siècle que Wilfred Owen a écrit ce qui suit. Chaque journaliste devrait le lire et le retenir.

Si vous entendiez, à chaque cahot, le sang
Qui gargouille et s’écoule de ces poumons empoisonnés,
Cancer obscène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incurables sur des langues innocentes,
Mon ami, vous mettriez moins de zèle à répéter
À des enfants en mal de gloire désespérée,
Le vieux mensonge : Dulce et decorum est
Pro patria mori. [« Il est doux et glorieux de mourir pour sa patrie »]

(Traduction française par Georges Gernot)

John Pilger

Traduction « quand organiserons-nous un nouveau Nuremberg ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Journaliste, cinéaste et auteur, John Pilger est l’un des deux journalistes à avoir remporté deux fois la plus haute distinction du journalisme britannique. Pour ses documentaires, il a remporté un Emmy, un British Academy Award, un BAFTA. Parmi de nombreux autres prix, il a remporté un Prix du meilleur documentaire duRoyal Television Society. Son épopée de 1979, Cambodge année zéro, est classé par le British Film Institutecomme l’un des dix documentaires les plus importants du 20e siècle.

»» http://johnpilger.com/articles/provoking-nuclear-war-by-media

URL de cet article 30795
http://www.legrandsoir.info/provoquer-une-guerre-nucleaire-par-les-medias.html

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Merci aux journalistes du site Le Grand Soir, qui font un travail important contre les guerres impériales, un travail quotidien de désintoxication médiatique.

Contre la guerre, je recommande à tous ceux qui s’éveillent de lire Le Grand Soir tous les jours, de même que les-crises.fr d’Olivier Berruyer, le Saker francophone, et investigaction.net de Michel Collon.
Étienne.

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Sur le terrorisme et la guerre : Daniele GANSER, Michel COLLON, Henri GUILLEMIN

Sur le terrorisme et la guerre, cette petite vidéo publiée par Jordanix vient de dépasser le million de vues en 48 h (!) :

https://www.facebook.com/Jordaniiix/videos/888085901324553/?pnref=story

Sacré internet…

Version Youtube pour les allergiques à Facebook 🙂 :

Du bon boulot de bon virus, bravo 🙂
#auseindupeupleleniveaumonte

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POUR CREUSER le sujet (essentiel) des mensonges malfaisants de nos prétendus « représentants » pour justifier leurs sales guerres (depuis toujours), je vous conseille ces quelques documents (importants) :

1) Daniele Ganser nous explique les ARMÉES SECRÈTES DE L’OTAN et les innombrables attentats sous faux drapeau (STRATÉGIE DE LA TENSION) pour légitimer des guerres impériales de rapine :

Ne ratez pas les travaux de Daniel GANSER. Ce document est particulièrement important et mérite d’être téléchargé, sauvé en lieu sûr, étudié attentivement le crayon à la main (pour fixer les dates et les noms), et diffusé autour de vous au maximum :

2) Michel COLLON nous explique les innombrables MEDIAMENSONGES proférés par les prétendus « journalistes » (presque tous salariés de banques ou de marchands de canons) pour légitimer les guerres de rapine de la grande bourgeoisie :

3) Henri GUILLEMIN nous explique LE FASCISME, mutation autoritaire et guerrière des prétendus « républicains » conservateurs qui renient même leur faux « suffrage universel » (désigner des maîtres au lieu de voter les lois) dès qu’ils voient que le peuple ne va plus voter correctement, c’est-à-dire quand le vrai socialisme monte et que les usuriers négriers (les héritiers des « Girondins » et des « Versaillais ») sentent qu’ils vont perdre les élections — et donc le pouvoir : le fascisme, brandi contre le péril extérieur, sert à faire diversion pour ne pas traiter les problèmes intérieurs, l’éternelle « question sociale » :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/multimedia/Guillemin_Le_fascisme_en_France_1987.mp3

(Conférence signalée sur ce blog il y a 4 ans, déjà : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/06/01/225-henri-guillemin-le-fascisme-en-france.)

J’en profite pour vous rappeler quelques mots sur ce que je pense de l’apport immense de Guillemin, pour comprendre l’importance de la guerre, VOULUE ET IMPOSÉE PAR LA CLASSE DES 1% LES PLUS RICHES contre la classe des 99% « pauvres » :

#auseindupeupleleniveaumonte

Merci à vous tous, bande de virus 🙂 pour tout ce que vous faites, personnellement, quotidiennement, opiniâtrement, concrètement, pour notre éducation populaire commune, entre nous, tous les jours.

Étienne.

PS : la-vidéo-aux-500-000-par-jour publiée par Jordanix est extraite d’un entretien de 20 min. avec Olivia, à Annecy en septembre 2014.

 

Pour résister à nos maîtres du moment (qui se prétendent nos « représentants ») et à leurs sales guerres, il faut que nous devenions tous constituants, pragmatiquement, réellement :

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John Pilger : « une guerre mondiale a commencé – Brisez le silence ». – ÉC : « cherchez la cause des causes dans notre consentement au faux >>’suffrage universel’<< (élire des maîtres au lieu de voter nos lois)."

Encore une remarquable synthèse de John Pilger, intitulée « Une guerre mondiale a commencé – Brisez le silence » (voir plus bas).

Mon commentaire : j’aime lire John Pilger. Mais, je désespère de ne trouver, même chez lui, toujours pas un mot sur la cause première de toutes ces grandes misères : notre consentement au faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois), procédure ploutocratique qui donne (toujours) le pouvoir de décider aux ultras-riches et qui conduit donc — mécaniquement, depuis 200 ans — au capitalisme, et à la guerre.

Nous aurons la guerre tant que nous adorerons (idiotement) l’élection comme une vache sacrée.
La seule procédure qui retire toute prise aux escrocs politiciens est aussi la seule procédure authentiquement démocratique, c’est le tirage au sort.
Pas de paix sans démocratie et pas de démocratie sans tirage au sort.
Mais pas de tirage au sort sans processus constituant populaire => Vous n’y couperez pas, il va falloir travailler : si vous voulez une vraie constitution, il faudra apprendre à l’écrire vous-même.

Sinon, comme toujours, les pires gouverneront.

Une guerre mondiale a commencé – Brisez le silence (par John Pilger)

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9ae3deca6381c2a9e1ecfec3d7b54303John Pilger est un journaliste de nationalité Australienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et travaille comme correspondant pour nombre de journaux, comme The Guardian ou le New Statesman.

Il a reçu deux fois le prix de meilleur journaliste de l’année au Royaume-Uni (Britain’s Journalist of the Year Award). Ses documentaires, diffusés dans le monde entier, ont reçu de multiples récompenses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

John Pilger est membre, à l’instar de Vandana Shiva et de Noam Chomsky, de l’IOPS (International Organization for a Participatory Society), une organisation internationale et non-gouvernementale créée (mais encore en phase de création) dans le but de soutenir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des principes comme l’autogestion, l’équité et la justice, la solidarité, l’anarchie et l’écologie.

Article initialement publié le 20 mars 2016 en anglais, sur le site officiel de John Pilger, à cette adresse.


Je suis allé filmer aux îles Marshall, qui se situent au Nord de l’Australie, au milieu de l’océan Pacifique. A chaque fois que je raconte cela à des gens, ils demandent, « Où est-ce ? ». Si je leur donne comme indice « Bikini », ils répliquent, « vous parlez du maillot de bain ».

Bien peu semblent savoir que le maillot de bain bikini a été ainsi nommé pour commémorer les explosions nucléaires qui ont détruit l’île de Bikini. Les États-Unis ont fait exploser 66 engins nucléaires aux îles Marshall entre 1946 et 1958 – l’équivalent de 1,6 bombe d’Hiroshima chaque jour, pendant 12 ans.

Bikini est silencieuse aujourd’hui, mutante et contaminée. Des palmiers y poussent sous une étrange forme de grille. Rien ne bouge. Il n’y a pas d’oiseaux. Les stèles du vieux cimetière sont vibrantes de radiations. Mes chaussures ont été déclarées “dangereuses” sur un compteur Geiger.

Debout sur la plage, j’ai regardé le vert émeraude du Pacifique disparaître dans un vaste trou noir. Il s’agissait du cratère laissé là par la bombe à hydrogène qu’ils avaient appelée « Bravo ». L’explosion a empoisonné les gens et leur environnement sur des centaines de kilomètres, peut-être pour toujours.

Lors de mon voyage de retour, je me suis arrêté à l’aéroport d’Honolulu, et j’ai remarqué un magazine états-unien intitulé « Women’s Health » (la Santé des Femmes) . Sur la couverture, une femme souriante dans un maillot de bain bikini, et comme titre : « Vous aussi, vous pouvez avoir un corps bikini ». Quelques jours auparavant, aux îles Marshall, j’avais interviewé des femmes qui avaient des« corps bikini » très différents ; elles souffraient toutes de cancer de la thyroïde ou d’autres cancers mortels.

Contrairement à la femme souriante du magazine, elles étaient toutes pauvres, victimes et cobayes d’un superpouvoir vorace, aujourd’hui plus dangereux que jamais.

Je relate cette expérience en guise d’avertissement et pour mettre un terme à une distraction qui a consumé beaucoup d’entre nous. Le fondateur de la propagande moderne, Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme « la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions » des sociétés démocratiques. Il l’a appelé le « gouvernement invisible ».

Combien sont au courant qu’une guerre mondiale a commencé? En ce moment, il s’agit d’une guerre de propagande, de mensonges et de distraction, mais cela peut changer instantanément au moindre ordre mal interprété, avec le premier missile.

En 2009, le président Obama se tint devant une foule en liesse au centre de Prague, au cœur de l’Europe. Il s’engagea à « libérer le monde des armes nucléaires ». Les gens applaudirent et certains pleurèrent. Un torrent de platitudes jaillit des médias. Par la suite, Obama reçut le prix Nobel de la paix.

Un tissu de mensonge. Il mentait.

L’administration Obama a fabriqué plus d’armes nucléaires, plus de têtes nucléaires, plus de systèmes de vecteurs nucléaires, plus de centrales nucléaires. Les dépenses en têtes nucléaires à elles seules ont plus augmenté sous Obama que sous n’importe quel autre président. Le coût sur 3 ans s’élève à plus d’1 billion de dollars.

Une mini- bombe nucléaire est prévue. Elle est connue sous le nom de B61-12. C’est sans précédent. Le Général James Cartwright, ancien vice-président de l’état-major interarmées, a expliqué que:« Miniaturiser [rend l’utilisation de cette bombe] nucléaire plus concevable ».

Au cours des  dix-huit derniers mois, la plus grande concentration de forces militaires depuis la seconde Guerre Mondiale — opérée par les USA — a lieu le long de la frontière occidentale de la Russie. Il faut remonter à l’invasion de l’Union Soviétique par Hitler pour trouver une telle menace envers la Russie par des troupes étrangères.

L’Ukraine — autrefois membre de l’Union Soviétique — est devenue un parc d’attraction pour la CIA. Ayant orchestré un coup d’état à Kiev, Washington contrôle efficacement un régime frontalier et hostile envers la Russie, un régime littéralement infesté de Nazis. D’importantes personnalités du parlement Ukrainien sont les héritiers politiques des partis fascistes OUN et UPA. Ils font ouvertement l’apologie d’Hitler et appellent à la persécution et à l’expulsion de la minorité russophone.

Tout cela est rarement rapporté en Occident, quand ce n’est pas inversé pour travestir la vérité.

En Lettonie, Lituanie et en Estonie — à côté de la Russie — l’armée US déploie des troupes de combat, des tanks, des armes lourdes. Cette provocation extrême de la seconde puissance nucléaire du monde est passée sous silence en Occident.

La perspective d’une guerre nucléaire est d’autant plus dangereuse qu’une campagne parallèle a été lancée contre la Chine.

Il est rare qu’un jour passe sans qu’on parle de la Chine comme d’une « menace ». Selon l’Amiral Harry Harris, le commandant en chef US du Pacifique, la Chine « construit un grand mur de sable dans le Sud de la Mer de Chine ».

Il fait référence à la construction par la Chine de pistes d’atterrissage dans les îles Spratly, qui font l’objet d’un conflit avec les Philippines — un conflit sans importance avant que Washington ne mette la pression sur le gouvernement de Manille et ne tente de le soudoyer, et que le Pentagone ne lance une campagne de propagande appelée « liberté de navigation ».

Qu’est-ce que cela veut vraiment dire? Cela signifie la liberté pour les navires de guerre états-uniens de patrouiller et de dominer les eaux côtières de la Chine. Essayez d’imaginer la réaction états-unienne si les navires de guerre chinois faisaient la même chose au large de la Californie.

J’ai réalisé un film appelé « La guerre invisible », dans lequel j’ai interviewé d’éminents journalistes aux USA et au Royaume-Uni: des reporters comme Dan Rather de CBS, Rageh Omar de la BBC, et David Rose de The Observer.

Tous déclarèrent que si journalistes et radiodiffuseurs avaient joué leur rôle en remettant en question la propagande selon laquelle Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, que si les mensonges de George W. Bush et de Tony Blair n’avaient pas été amplifiés et colportés par les journalistes, l’invasion de l’Irak de 2003 aurait pu ne pas avoir eu lieu, et des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants seraient encore en vie aujourd’hui.

La propagande préparant actuellement le terrain pour une guerre contre la Russie et/ou la Chine n’est en principe pas différente. A ma connaissance, aucun journaliste du « mainstream » Occidental — un équivalent de Dan Rather, disons — ne pose la question de savoir pourquoi la Chine construit des pistes d’atterrissage dans le Sud de la mer de Chine.

La réponse devrait être flagrante. Les USA encerclent la Chine d’un réseau de bases militaires, de missiles balistiques, de groupes de combat, de bombardiers nucléaires.

Cet arc létal s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, les Mariannes, les îles Marshall et Guam, les Philippines, la Thaïlande, Okinawa et la Corée, et à travers l’Eurasie, jusqu’à l’Afghanistan et l’Inde. Les USA ont passé la corde autour du cou de la Chine. Cela ne fait pas l’objet d’un scoop. Silence médiatique. Guerre médiatique.

En 2015, dans le plus grand secret, les USA et l’Australie ont effectué le plus important exercice militaire air-mer de l’histoire contemporaine, sous le nom de Talisman Sabre. Il visait à répéter un plan de bataille Air-Mer, bloquant les voies maritimes, comme les détroits de Malacca et de Lombok, ce qui couperait l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières vitales provenant du Moyen-Orient et de l’Afrique.

Dans le cirque que constitue la  campagne présidentielle états-unienne, Donald Trump est présenté comme un fou, un fasciste. Il est certainement odieux; mais il est aussi un pantin de haine médiatique. Ce simple fait devrait suffire à éveiller notre scepticisme.

Les idées de Trump sur l’immigration sont grotesques, mais pas plus que celles de David Cameron. Ce n’est pas Trump le Grand Déportateur des USA, mais le prix Nobel de la Paix, Barack Obama.

Selon un prodigieux commentateur libéral, Trump « déchaîne les forces obscures de la violence » aux USA. Il les déchaîne?

Ce pays est celui où des bambins tirent sur leur mère et où la police mène une guerre meurtrière contre les noirs américains. Ce pays est celui qui a attaqué et tenté de renverser plus de 50 gouvernements, dont de nombreuses démocraties, qui a bombardé de l’Asie au Moyen-Orient, entraînant la mort et le déplacement de millions de gens.

Aucun pays n’atteint ce niveau record de violence systémique. La plupart des guerres états-uniennes (presque toutes contre des pays sans défense) n’ont pas été déclarées par des présidents républicains mais par des libéraux démocrates: Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton, Obama.

En 1947, une série de directives du conseil de sécurité national illustrent l’objectif primordial de la politique étrangère états-unienne : « un monde considérablement fait à l’image [de l’Amérique] ». L’idéologie de l’américanisme messianique. Nous étions tous américains. Ou autres. Les hérétiques seraient convertis, subvertis, soudoyés, calomniés ou broyés.

Donald Trump est un symptôme de tout cela, mais c’est aussi un anticonformiste. ll dit que l’invasion de l’Irak était un crime; il ne veut pas de guerre contre la Russie et la Chine. Le danger pour nous n’est pas Trump, mais Hillary Clinton. Elle n’a rien d’une anticonformiste. Elle incarne la résilience et la violence d’un système dont « l’exceptionnalisme » tant vanté n’est qu’un totalitarisme au visage occasionnellement libéral.

À mesure que se rapproche l’élection présidentielle, Clinton sera saluée comme la première femme présidente, sans considération aucune de ses crimes et de ses mensonges — tout comme Obama fut acclamé en tant que premier président noir, et que les libéraux gobaient ses propos absurdes sur« l’espoir ». Et l’illusion se perpétue.

Dépeint par le chroniqueur du Guardian Owen Jones comme « drôle, charmant, tellement cool qu’il éclipse pratiquement tous les autres politiciens », Obama a récemment envoyé des drones massacrer 150 personnes en Somalie. Il tue habituellement des gens le mardi, selon le New York Times, lorsqu’on lui remet une liste de personnes à tuer par drone. Tellement cool.

Lors de la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton a menacé de « totalement oblitérer » l’Iran par voie d’armes nucléaires. En tant que secrétaire d’état sous Obama, elle a participé au renversement du gouvernement démocratique du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 fut une quasi-jubilation. Lorsque le leader Libyen, le colonel Kadhafi, fut publiquement sodomisé avec un couteau — un meurtre rendu possible par la logistique états-unienne — Clinton se réjouit de sa mort : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ».

L’une des plus proches alliés de Clinton est Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’état, qui s’en est pris à des jeunes filles parce qu’elles ne soutenaient pas « Hillary ». La tristement célèbre Madeleine Albright qui célébra à la télévision la mort d’un demi- million d’enfants irakiens comme« valant le coup ».

Parmi les plus importants soutiens de Clinton, on retrouve le lobby Israélien et les compagnies d’armement qui ont alimenté la violence au Moyen-Orient. Elle et son mari ont reçu une fortune de la part de Wall Street. Et pourtant, elle s’apprête à se voir affublée du titre de candidate des femmes, à même de triompher du diabolique Trump, le démon officiel. On dénombre également de nombreux féministes parmi ses supporters: ceux de la trempe de Gloria Steinem aux USA et d’Anne Summers en Australie.

Une génération auparavant, un culte post-moderne que l’on appelle aujourd’hui « la politique identitaire » a bloqué de nombreux esprits libéraux intelligents dans leur examen des causes et des individus qu’ils soutenaient — comme les fraudes que sont Obama et Clinton; comme le mouvement progressiste bidon Syriza en Grèce, qui a trahi son peuple en s’alliant avec ses ennemis.

L’auto-absorption [le narcissisme, NdT], une forme « d’égocentrisme », devint le nouvel esprit du temps dans les sociétés occidentales privilégiées et signala la défaite des grands mouvements collectifs contre la guerre, l’injustice sociale, l’inégalité, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, ce long sommeil prend peut-être fin. Les jeunes s’agitent à nouveau. Progressivement. Les milliers de britanniques qui ont soutenu Jeremy Corbyn comme leader du parti travailliste font partie de cette agitation — ainsi que ceux qui se sont ralliés au sénateur Bernie Sanders.

Au Royaume-Uni, la semaine dernière, le plus proche allié de Jeremy Corbyn, le trésorier de l’opposition John McDonnell, a engagé le gouvernement travailliste au paiement des dettes frauduleuses des banques, et, dans les faits, à continuer sa politique de soi-disant austérité.

Aux USA, Bernie Sanders a promis de soutenir Clinton si ou lorsqu’elle sera nominée. Lui aussi a voté pour l’utilisation de la violence par les USA contre d’autres pays lorsqu’il jugeait cela « juste ». Il dit qu’Obama a « fait un excellent travail ».

En Australie, il règne une sorte de politique mortuaire, dans laquelle des jeux parlementaires assommants sont diffusés dans les médias tandis que les réfugiés et les peuples indigènes sont persécutés et que croissent les inégalités, ainsi que la menace d’une guerre. Le gouvernement de Malcolm Turnbull vient d’annoncer un budget de la soi-disant défense de 195 milliards de dollars, véritable incitation à la guerre. Il n’y eut aucun débat. Silence.

Qu’est devenue la grande tradition populaire d’action directe, libre de tout parti? Où sont le courage, l’imagination et l’engagement qu’exige la lutte pour un monde meilleur, juste et paisible? Où sont les dissidents de l’art, du cinéma, du théâtre, de la littérature?

Où sont ceux qui oseront briser le silence? Devons-nous attendre que le premier missile nucléaire soit tiré?

John Pilger


Traduction: Nicolas Casaux

Édition & Révision: Héléna Delaunay

Source : http://partage-le.com/2016/04/une-guerre-mondiale-a-commence-brisez-le-silence-par-john-pilger/

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