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[Bilan partiel du gouvernement représentatif et du faux « suffrage universel »] Reniements, trahisons, attaques frontales contre le salariat

Un bilan (récent et partiel) du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), imposé depuis deux siècles par des « élus » grâce à une anti-constitution (une prison au lieu d’une protection) :

Quatre ans de malfaisances continues : liste effarante.
Solfériniens : reniements, trahisons, attaques frontales contre le salariat

http://www.legrandsoir.info/solferiniens-reniements-trahisons-attaques-frontales-contre-le-salariat.html

Mon commentaire :

Un bilan complet sur 200 ans du prétendu « gouvernement représentatif » reste à écrire (en travail collaboratif ?), en n’oubliant pas les massacres (de pauvres par des pauvres), appelés fautivement « guerres » pour masquer que ce sont des crimes de masse gouvernementaux (toujours sur ordres d’ultra-riches).

Ceci dit, la plus longue liste de conséquences épouvantables ne nous dispense pas, si l’on veut y échapper, de la recherche des causes premières et décisives. Or, tous les électeurs du monde ont UNE CAUSE COMMUNE, qui est leur impuissance politique constitutionnalisée, et qui devrait donc (logiquement) constituer leur toute première priorité.

Si l’on veut une vraie démocratie, il faudra, par éducation populaire, 1) nous désintoxiquer de la mise à l’envers des mots importants par les grands propriétaires et leurs escrocs politiciens, et donc principalement 2) arrêter de défendre l’élection de maîtres comme une vache sacrée (ça c’est vraiment important), pour 3) apprendre à écrire (et défendre, puis corriger) nous-mêmes une constitution digne de ce nom.

Voici donc (une première ébauche de l’) incroyable liste de trahisons antisociales dont nos prétendus « représentants » sont (ou plutôt devraient être) responsables :

Quatre ans de malfaisances continues : liste effarante

Solfériniens : reniements, trahisons, attaques frontales contre le salariat

BilanPS

On ne pensait pas humainement possible de commettre autant de saloperies en quatre ans. On avait tort : les Solfériniens l’ont fait. Il ne manque que la continuation de la scandaleuse LRU par la zélée Fioraso, le désastre de la politique étrangère de l’endormi Fabius.

Projet de loi El-Khomri

En cas de licenciement illégal, l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire.

Les 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures peuvent être fractionnées.

Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail.

Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos.

Le dispositif « forfaits-jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu.

Les apprentis mineurs pourront travailler 10 heures par jour et 40 heures par semaine.

Le plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi (confirmation d’une loi antérieure).

Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées.

Une mesure peut-être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats.

Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques.

Après un accord d’entreprise, un salarié qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié.

Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour.

Contacter le médecin du travail devient presque impossible.

Le gouvernement envisage de simplifier le licenciement économique.

Rapport Badinter : Des limitations peuvent être apportées aux libertés et droits fondamentaux si elles sont justifiées par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise.

[Envisagé] « Forfait jours » pour les salariés (= fin des heures supp.).

Rapport Badinter : fin de facto des 35 heures.

Austérité : 2 milliards d’euros « d’économies » supplémentaires.

Nouveau cadeau au patronat : prime de 2.000 € par an et par embauche pour les PME.

Prime réservée aux embauches à bas salaires.

La part socialisée des bas salaires sera donc payée par… les contribuables.

La rupture du contrat de travail sera simplifiée.

Basculement du CICE en baisse définitive de charges.

Hollande s’attaque à la durée légale du travail.

Décret n° 2015-1874 : la loi relative au Dialogue social et à l’emploi sacrifie la citoyenneté au travail.

EDF : suppression de 4.000 postes en trois ans.

Promesse de sanctionner les licenciements boursiers non tenue.

Compte pénibilité, l’inverse de la prévention.

Recul sur les critères.

Recul sur les dates d’entrée en vigueur.

Recul sur la date de paiement des premières cotisations.

Recul sur le mode de déclaration.

Criminalisation de l’action syndicale :

Torpillage de la loi d’amnistie sociale votée au sénat.

Prison ferme pour 8 ex-Goodyear malgré le retrait des plaintes.

Arrestation à l’aube de 4 syndicalistes d’Air France.

Répression pour la Confédération Paysanne, mansuétude pour la FNSEA.

Abandon du projet de loi relatif à la démocratie sociale.

Loi Macron : toutes les FNAC parisiennes se retrouvent en ZTI.

Loi Macron : vers un accès restreint aux prud’hommes.

Air France : 100 millions d’€ de CICE en 2 ans = 3000 emplois supprimés.

Démantèlement du droit du travail (ANI)

La prescription sur les rappels de salaire passe de 5 à 3 ans.

Demandes liées à la rupture de contrat passent de 5 à 2 ans.

Différé d’indemnisation de 180 jours pour rupture conventionnelle.

Mutuelle d’entreprise obligatoire (2Mds€ pour 400.000 personnes).

Sapin appelle les entreprises à ne pas augmenter les salaires trop vite.

Retrait du Burn-out de la liste des maladies professionnelles.

Destruction du Code du Travail.

[objectif] Privilégier les accords d’entreprise, au détriment de la loi.

Généralisation du travail du dimanche.

La Poste expérimente la livraison de colis le dimanche.

Ouverture des magasins de nuit.

Loi Rebsamen :

CDD renouvelable 2 fois.

Fragilisation des CE & CHSCT.

Fin de l’obligation de reclassement en cas d’inaptitude professionnelle.

Création du CDI intermittent.

Destruction de l’Inspection du Travail.

Suppression des élections prud’hommales.

Plafonnement des indemnités de prud’hommes pour licenciement abusif.

Condamnation d’une inspectrice du travail (Téfal).

Facilitation des licenciements collectifs.

Le Guen suggère de baisser la durée et le montant des allocations chômage.

Myriam El Khomri envisage la dégressivité des allocations chômages.

Idée réaffirmée le 01.02.16 par Michel Sapin.

Hausse du chômage.

309 000 radiations en novembre 2015.

Prime d’activité :
Moins d’aide pour les plus fragiles (RSA activité et PPE).

Le contribuable compensera les bas salaires du privé.

[Projet] Encourager les emplois de service (« trappes à bas salaires »).

[Projet] Formation : Valls demande des contreparties aux chômeurs.

Précarité : Explosion de l’intérim : +10% en un an.

Ségolène Royal favorable au retour des coupures d’eau pour les mauvais payeurs.

Taux de pauvreté à nouveau en augmentation.

La chasse à la fraude aux allocations s’accentue.

Renforcement du contrôle des chômeurs.

Pas de « coup de pouce » pour le SMIC.

Ouverture des centres d’hébergement seulement par -5°C.

Baisse du montant des APL.

Accessibilité : normes moins contraignantes et dérogations.

Retraites : Revalorisation de… 0,1% en 2015.

Les bénéficiaires de l’AME privés de remboursement.

Remise en cause du droit au séjour pour soins.

Durée de cotisation retraite portée à 43 ans.

Loi Macron 2 : mise en place de fonds de pension.

Hôpitaux : suppression de 22.000 postes en 3 ans.

Gel des retraites >1200€ et décalage de 6 mois de la revalorisation.

Hausse de l’allocation handicapés de 7€.

Prime exceptionnelle (sic) de 40€ pour les retraites les plus faibles.

Abandon de la réglementation sur l’accessibilité aux handicapés.

Baisse de la prestation de compensation du Handicap.

Pas retour sur les franchises de soins.

Loi fin de vie vidée de son contenu (en attente de CMP).

Don du sang : maintien d’une discrimination pour les homosexuels.

Budget Sécurité sociale : suspension des votes à l’Assemblée.

Le taux du Livret A passe pour la 1ère fois sous la barre de 1% (0,75%).

Suppression de centaines de postes de contrôleurs fiscaux.

Îles Vierges, Montserrat, Bermudes et Jersey sortis de la liste des paradis fiscaux.

Pas d’interdiction des paradis fiscaux pour les banques françaises.

3 taux d’imposition pour les entreprises : non tenu.

Fraude fiscale et sociale : aucune annonce.

Fraude aux cotisations sociales (25Mds/an) : aucune annonce.

900 millions d’euros de réduction d’impôts pour les plus riches.

Sapin demande le retrait d’un amendement visant à taxer les dividendes.

Maintien des niches fiscales : 82 milliards de perte pour l’Etat.

Communes : baisse de la DGF.

Incitation à la création de communes nouvelles pour conserver les niveaux de dotation.

CICE : 40 milliards sur 3 ans (dont 12 pour 2015).

Pacte de Responsabilité

Plus forte exonération de « charges » de la Vè République.

– 6,3 milliards pour la protection sociale.

Le bouclier fiscal de Hollande : 730M€ pour 7 630 contribuables aisés.

Maintien du Crédit Impôt Recherche (5,5 Mds€/an).

Interdiction de publication du rapport.

ISF : le gouvernement ne taxera pas les œuvres d’art.

Entraves à la taxe sur les transactions financières.

Abandon de la « grande réforme fiscale » Ayrault.

Recul sur l’alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail.

Recul sur l’instauration d’une taxe sur l’excédent brut d’exploitation.

Valls regrette la hausse (symbolique) des impôts des plus riches.

Vote du TSCG sans renégociation.

Le gouvernement privé de latitude.

Hausse de la TVA de 19,6 à 20% et de 7 à 10%.

Rejet du contrôle des frais des députés, sur avis défavorable d’Eckert.

Rejet du « reporting public » sur demande de C. Eckert.

Michelin : 18M€ de CICE, profits en hausse de 12% : 494 suppressions de postes.

Corruption : les entreprises pourront payer pour éviter le procès.

Loi Macron : Projet de libéralisation des règles d’implantation de la publicité.

Obsolescence programmée : Macron tente de dénaturer la loi sur les pièces détachées.

Loi de finance 2014 : l’article 92 proposait une amnistie totale pour les banques.

La France bascule dans la marchandisation du sang.

Interdiction pour l’EFS de fabriquer du plasma thérapeutique.

Suppression des stock-option : promesse non tenue.

« Autorégulation exigeante » : pas de loi limitant les rémunérations des patrons.

Abandon de l’encadrement des bonus.

40Mds € de dividendes pour le CAC40 en 2014.

47Mds € de dividendes en 2015 (+9,9% hors taux de change).

Pas de séparation banques de dépôt / d’investissement.

Transfert du risque de faillite bancaire sur les déposants.

Démantèlement d’Alstom : le gouvernement cède au lobbying de GE.

Prolongation des concessions autoroutières.

Privatisation des aéroports.

Privatisation des barrages hydro électriques.

TAFTA : négociations secrètes.

ISDS (mécanisme de règlement des différends entre investisseur et Etats) : Un tribunal privé.

Loi « Florange » inefficace et vide (Goodyear, Fralib, Petroplus).

Projet de loi (abandonné) sur le secret des affaires.

Multiplication des Partenariats Public-Privé.

Abandon du projet de loi sur la responsabilité juridictionnelle du Président.

Abandon du projet de réforme du Conseil supérieur de la magistrature.

de la Cour de Justice de la République.

Hollande gonfle le nombre de procédures antiterroristes.

Projet de réforme pénale : Valls veut court-circuiter le Parlement.

Projet de réforme pénale : mise à l’écart des juges.

Justice en faillite : cri d’alarme en Seine-Saint-Denis.

Contrôles de police : abandon de l’idée de récépissé.

État d’urgence étendu à 3 mois.

Projet d’extension à 6 mois & inscription dans la Constitution.

Prolongation de trois mois sans saisir le parlement (22.01.16).

Interdiction des manifestations non commerciales.

Assignation à résidence d’opposants.

Déchéance de nationalité.

Bruno Le Roux envisage la déchéance pour tous.

Instauration d’une rétention de sûreté après certaines peines.

Surveillance massive des citoyens.

Vote avec l’UMP contre un amendement de Taubira sur la Loi Renseignement.

Envisage la privation de liberté à titre préventif.

Fin de la présomption d’innocence.

Extension de la présomption de légitime défense pour la police.

Suspension de la Convention Européenne des Droits de Homme.

Armement des polices municipales.

Valls soutient la candidature de Lagarde à la tête du FMI.

Hollande veut réintégrer pleinement la France dans l’OTAN.

La France déplore (sic) l’exécution par l’Arabie saoudite de 47 personnes.

Livraisons d’armes à la rébellion « modérée » syrienne (viol de l’embargo).

Manipulation des rapports sur les armes chimiques en Syrie.

Vente de Rafales aux pétromonarchies.

Annulation du contrat Mistral avec la Russie, et vente à l’Égypte.

Le PS soutient Juncker à la présidence de la Commission Européenne.

Hollande pousse Tsipras à accepter un accord avec la Troïka.

Refus du droit d’asile pour Assange et Snowden.

Interdiction de survol de l’espace aérien pour le président Evo Morales.

Illégalité du mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions.

Royal veut prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires.

Boues rouges de Gardanne : l’État accorde des permis de polluer.

Un mois après la COP21, forte baisse du bonus à l’achat de véhicules propres.

Loi Macron : Ouibus, la SNCF concurrence ses propres TGV et TER.

Les régions devront financer les déficits induits par ces pertes.

Loi Macron : le droit de l’environnement sera réformé par ordonnances.

Loi Macron : un amendement pour l’enfouissement des déchets radioactifs.

signe un accord du G8 qui promeut la fracturation hydraulique.

Aéroport Notre-Dame-Des-Landes.

Futures lignes TGV et LGV inutiles.

SNCF : suppression de 1400 emplois en 2016.

Désinvestissement dans la SNCF.

Abandon du fret ferroviaire.

Hausse du tonnage des camions.

Davantage d’autocars sur les routes.

Renoncement à la fermeture de Fessenheim.

Réduction de 25% des aides au maintien dans l’agriculture biologique.

Élevage : à la botte de la FNSEA.

Ajournement du rapport de l’ADEME sur une France 100% renouvelable.

Industrialisation de l’agriculture.

Retrait de l’écotaxe.

À peine née, baisse de l’indemnité kilométrique vélo (IKV).

Silence sur les extensions d’autorisation d’OGM.

Sivens : La gendarmerie enquête sur la mort de Rémi Fraisse…tué par un gendarme.

Loi Numérique :

Opposition à la reconnaissance des Communs par la loi.

Claviers, OS souverain, interdiction des hyperliens : le ridicule pour toute politique.

Doublement du budget de Polytechnique, 60M€ d’euros supplémentaires en cinq ans.

Suppression de la publicité dans les programmes jeunesse : Enterrée.

Retour sur l’engagement à sanctuariser le budget de la Culture.

Loi Fioraso (LRU 2) Universités mises en concurrence.

Mise en place chaotique et inégalitaire des TAP en primaire.

Le MEN enterre le Logiciel Libre et « vend » les élèves à Microsoft pour 13 M€.

Réforme du collège :

Autonomie pour 20% des horaires disciplinaires.

Mise en concurrence des établissements.

Baisse des moyens.

Suppression du Latin, du Grec et des classes bilangues européennes.

Nominations de complaisance (ex : compagne d’A. Morelle).

Hollande reproche à Bartolone une campagne trop à gauche.

Abandon du projet de loi relatif aux incompatibilités applicables à l’exercice de fonctions gouvernementales.

11 128 Roms évacués de force de leurs campements en 2015.

Stigmatisation des Roms.

Fermeture des frontières aux réfugiés syriens (30 000 en 2 ans).

Carole Delga et Alain Rousset cumulent députation et présidence de région.

Le Drian cumule les fonctions de ministre et de président de région.

Loi Macron : Constructions illégales, démolition impossible.

Laurence Boone, chef économiste à Bank of America, nommée conseillère à l’Élysée.

Jean-Pierre Jouyet, ministre de Sarkozy, nommé Secrétaire Général de l’Elysée.

Loi Alur vidée de sa substance.

Loi Alur : enterrement discret de la Garantie Universelle des Loyers.

Hollande satisfait du résultat du 1er tour des élections régionales.

Désistement et appel à voter pour la droite.

Renoncement au vote des étrangers.

Appels à la délation (fraude fiscale).

3 recours à l’article 49.3 en un an.

Des enfants en zone d’attente aéroportuaire.

Comptes de campagne : Contrôles pendant 6 mois au lieu de 12.

Préparation d’une « Alliance », sans PCF ni EEL.

ROMANE

Source originale : http://www.bilan-ps.fr/liste
Travail heureusement signalé par : http://www.legrandsoir.info/solferiniens-reniements-trahisons-attaques-frontales-contre-le-salariat.html

 
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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154038045692317?pnref=story

Graine de démocratie : mobilisons-nous !

Je reproduis ici un appel urgent qui tourne sur Facebook et qui vise à interpeller personnellement nos parlementaires pour qu’ils résistent aux accapareurs semenciers, au lieu de tout leur céder :


http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/yeswegraine-maraichers-aient-droit-utiliser-semences/14494

Graine de démocratie : mobilisons-nous !

NOUS AVONS JUSQU’AU 10 MARS POUR AGIR !! (voici le lien vers la pétition –> http://bit.ly/yeswegraine)

1ÈRE ÉTAPE : TROUVER LES DÉPUTÉ(E)S DE SA CIRCONSCRIPTION

Voici la carte de la liste des députés par circonscription :
https://www.nosdeputes.fr/circonscription

Voici comment rédiger l’adresse Mail :

Pour la structure d’email pour interpeller un(e) député(e) c’est :
« 1e lettre du prénom collée au nom »@assemblee-nationale.fr
(Par exemple: Jérôme Dupont ⇒ jdupont@assemblee-nationale.fr)

Et pour les noms composés :
(Exemple: Jean-Marie Petit ⇒ jmpetit@assemblee-nationale.fr
ou Michelle Le Guen ⇒ mleguen@assemblee-nationale.fr)

2ÈME ÉTAPE : COPIER/COLLER LE MAIL CI-DESSOUS

Cher(e) (Monsieur/Madame) …

Les 15, 16 et 17 Mars prochain, le Projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages sera voté en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale.

Dans cette loi figurent deux amendements citoyens portant sur la préservation des semences dites « traditionnelles » qui avaient été adoptés en première lecture au Sénat (en janvier dernier) avant d’être supprimés en commission le 2 Mars 2016.

Les voici :

• ARTICLE 4 QUATER : Des semences reproductibles en milieu naturel

Le code de la propriété intellectuelle est ainsi modifié :
Le 3° de l’article L. 623-2 est ainsi modifié :
Après la dernière phrase se terminant par : « à la fin de chaque cycle », y est inséré une virgule et une phrase supplémentaire : « et dont sa semence est reproductible en milieu naturel » ;

Le 3° de l’article L.623-2 est ainsi rédigé :
« 3° demeure stable, c’est-à-dire identique à sa définition initiale, à la suite de ses reproductions ou multiplications successives ou en cas de cycle particulier de reproduction ou de multiplication, à la fin de chaque cycle, et dont sa semence est reproductible en milieu naturel.»

• ARTICLE 4 QUINQUIES: Libre utilisation des semences « traditionnelles » entre maraîchers

Le code rural est ainsi modifié:
L’alinéa 2 de l’article L.315-5 du code rural est ainsi modifié:
Après le mot : « des échanges », sont supprimés les mots : « membres d’un groupement d’intérêt économique et environnemental » ;

L’alinéa 2 de l’article L.315-5 du code rural serait ainsi rédigé:
« Il en est de même, sans préjudice de la réglementation qui leur est applicable, des échanges, entre agriculteurs, de semences ou de plants n’appartenant pas à une variété protégée par un certificat d’obtention végétale et produits sur une exploitation hors de tout contrat de multiplication de semences ou de plants destinés à être commercialisés ».

Ces deux amendements citoyens issus des revendications communes de la pétition #YesWeGraine contribuent à favoriser la pratique de l’agroécologie.

En tant que membre des 70 000 signataires de la pétition #YesWeGraine, je vous invite à déposer ou à voter favorablement pour que ces deux amendements soient de nouveau adoptés.

Je vous prie d’agréer, (Monsieur/Madame), l’assurance de ma considération distinguée.

3ÈME ÉTAPE : ENVOYER LES EMAILS EN AJOUTANT EN COPIE INFOS@COMUNIDEE.COM

Et exprimez votre soutien sur les réseaux sociaux avec le #YesWeGraine

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POUR INFORMATION

Voici les raisons invoquées par les élus pour la suppression des amendements #YesWeGraine :

Les députés ci-dessous ont déposé différents amendements visant simplement à supprimer ceux qui avaient été adoptés par le Sénat.

David Douillet : député des Yvelines, membre de la commission
Martial Saddier : député de Haute-Savoie, membre de la commission
Jean-Marie Sermier : député du Jura et vice président de la Commission développement durable
Julien Aubert : député du Vaucluse, membre de la commission
Virginie Duby-Muller : députée de Haute-Savoie
Antoine Herth : député du Bas-Rhin
Lionel Tardy : député de Haute-Savoie
Geneviève Gaillard : députée des Deux-Sèvres et rapporteur de la commission sur le projet de loi biodiversité

Pour la suppression de
Au second alinéa de l’article L. 315-5 du code rural et de la pêche maritime, les mots : « membres d’un groupement d’intérêt économique et environnemental » sont supprimés.
• Au prétexte que toutes les semences doivent êtres soumises aux règlementations sur les semences commerciales pour « garantir des échanges sains, loyaux et marchands des semences » : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD652.asp

• Au prétexte qu’il n’y aura plus de moyen de contrôle sur les échanges de semences : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD256.asp

• Au prétexte que le libre échange des semences conduit à déconsidérer le travail des semenciers et à nuire au commerce extérieur : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD928.asp

Pour la suppression de
Le 3° de l’article L. 623-2 du code de la propriété intellectuelle est complété par les mots : « et dont sa semence est reproductible en milieu naturel ».

• Au prétexte que les critères actuels sont efficaces (pour les semences reproductibles) : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD255.asp

• Au prétexte qu’en exigeant des semences qu’elles soient désormais reproductibles, le certificat d’obtention végétale (équivalent du brevet) ne soit plus garanti : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD651.asp

• Au prétexte que les semences non reproductibles en milieu naturel sont déjà interdites : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD694.asp

• Au prétexte que les céréales ont besoin de ces procédés et qu’il y a un risque économique pour la filière française : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3442/CION-DVP/CD924.asp

 
Incroyable histoire, que ce scandale planétaire de l’accaparement du droit de semer par les géants semenciers mondiaux. Notre impuissance devant de si détestables intrigues parlementaires (ici, pour tuer notre liberté de semer) est révoltante.
Protestons comme on peut, et aidons ces lanceurs d’alerte, en signant leur pétition et en écrivant à notre député.

Mais sans cesser de nous entraîner à devenir nous-mêmes constituants, c’est important. Il faudra précisément rédiger de bons articles capables d’interdire à tout jamais aux « représentants » d’obéir ainsi (servilement et secrètement) aux barons voleurs du moment.

PS : le lien vers la pétition :
http://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/yeswegraine-maraichers-aient-droit-utiliser-semences/14494
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Lien vers le fil Facebook correspondant à ce billet :
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Histoire détaillée d’un odieux complot, celui de la dérégulation financière : INSIDE JOB, enquête essentielle pour comprendre la prochaine « crise » et l’énorme trahison des « élites »

Chers amis,

Vous vous souvenez sans doute de ce film formidable qui nous avait tous bluffés en 2010 et qui s’appelait INSIDE JOB ?

L’expression « inside job » est utilisée dans les enquêtes policières, si j’ai bien compris, pour parler des crimes qui sont commis de l’intérieur, par des intimes qui connaissaient parfaitement les victimes et qui avaient toute leur confiance avant de les trahir.
On pourrait peut-être traduire ce titre par « TRAHISON ».
Car c’est bien une immense trahison des peuples par leurs « responsables » publics dont ce film apporte les preuves éclatantes.

En septembre dernier (2015), j’ai pensé utile de faire voir ce film à mes étudiants (en économie), et à y travailler ensemble, pour les aider à comprendre les enjeux réels de ce qu’on appelle la « science économique » : régulation ou dérégulation ? Là, on pouvait juger sur pièces, évaluer les résultats d’une dérégulation grandeur nature.

J’ai donc revu ce film pour l’occasion, avant de le présenter, et je me suis alors rendu compte que j’avais oublié, en 5 ans, certains faits importants, des détails décisifs, certains noms des traîtres, certains enchaînements chronologiques et même quelques aveux incroyables. En effet, une vidéo est stimulante à regarder, évidemment attrayante mais aussi superficielle d’une certaine façon : un film grave moins de détails dans notre mémoire qu’un écrit lu et étudié à tête reposée.

J’ai donc entrepris, pour aider mes étudiants à bien fixer leurs idées, de leur préparer une retranscription intégrale, en français, qu’ils pourraient relire et analyser tranquillement, point par point.

Je suis parti des sous-titres en français que j’ai trouvé . Mais ils étaient très sommaires, encombrés d’informations gênantes (minutages de synchro), et lacunaires aussi puisqu’il y manquait carrément tous les noms de ceux qui parlaient, un détail…

Ensuite, au fur et à mesure des corrections et des mises en forme, j’ai ajouté des copies d’écran, toujours pour aider le lecteur à mieux mémoriser, les noms des témoins et des responsables surtout : ainsi, les images nous aident à revoir intérieurement les séquences du film tout en lisant.

Enfin, pour inciter mes élèves à une lecture active, je leur ai posé un peu partout des questions (dans des encadrés vert clair).
Je me suis demandé si je devais vous laisser ces questions, ou s’il valait mieux les retirer. Ne sachant pas ce que vous alliez préférer, je les ai laissées : il n’est pas difficile, pour ceux que ces questions énervent, de les ignorer 🙂

Enfin, j’ai ajouté en dernière page quelques conseils de lectures pour creuser le sujet.

Cliquez sur l’image pour ouvrir

Cliquez sur l’image pour ouvrir

Vous pouvez feuilleter ici-même ce précieux document :
Inside_job_texte_integral_en_francais

Au bout du compte, j’ai dû revoir ce film au moins 20 fois, seconde par seconde, et ce chantier m’a demandé un travail de Romain, des centaines d’heures, pendant des mois et des mois 🙂

Je vous livre aujourd’hui le résultat, en vous invitant à y travailler à votre tour et à faire connaître ce film autour de vous, car c’est la plus formidable enquête que j’ai vue sur ce qui est indéniablement le grand complot de la dérégulation financière : que d’ententes secrètes et de récompenses occultes (parfois différées dans le temps) il aura fallu aux banquiers pour arriver à leurs fins, que d’acteurs universitaires et journalistiques et politiciens à corrompre… (Cette fois, on a les noms, et même des aveux !)

C’est passionnant. Et c’est un procès important pour comprendre la prochaine « crise » (qui n’est pas une crise pour tout le monde…).

La question centrale de cette affaire mondiale est « régulation ou dérégulation ? », « keynésianisme ou néolibéralisme ? ».

Ce choix de société n’a pas du tout les mêmes enjeux pour les 99% et pour les 1% : les 99% ont un intérêt vital à la régulation (pour échapper à l’esclavage) alors que les 1% ont un intérêt central à la dérégulation (devenir les renards libres dans un poulailler libre est le rêve ultime des négriers autoproclamés « libéraux »).

Dès lors, les choix publics qui seront imposés à tous par les représentants politiques (puisque notre prétendue »démocratie« nous interdit de voter nous-mêmes nos lois et nous asservit à des maîtres « élus ») sont absolument décisifs : ce contrôle privé des choix publics, c’est « le mobile du crime », celui qui explique les innombrables intrigues des 1%, à grands coups de milliards, pour corrompre les médias, les professeurs, les intellectuels, les experts, les politiciens, pour faire gagner les élections à leurs hommes de main (étiquetés « droite » ou « gauche », peu importe) et imposer la dérégulation aux 99% par la magie de la »force publique« ainsi privatisée.

À l’évidence, toutes ces manœuvres (bien mises en lumière dans ce film) peuvent légitimement être analysées comme d’odieux complots contre le bien commun. Et ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de complot (et que les donneurs d’alerte sont des « conspirationnistes », des « complotistes », — bientôt des « terroristes » ou des « nazis » si on les écoute…), ceux-là sont soit des suiveurs irréfléchis (je tiens à ne pas dire abrutis), soit des complices des comploteurs.

Les liens entre les « chasseurs de conspis » (sic) et les néoconservateurs va-t-en-guerre sont de mieux en mieux documentés, d’ailleurs ; voir , , et .

Un journaliste digne de ce nom est une sentinelle du peuple, il passe sa vie à chercher les complots contre l’intérêt général et à les dénoncer, vigoureusement et courageusement, sinon c’est un imposteur, il ne sert à rien. Depuis toujours, les démocraties se savent fragiles et ont besoin des yeux des simples citoyens pour monter la garde à tout moment contre les intrigues toujours possibles : à Athènes il y a 2 500 ans, l’iségoria, droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos, servait déjà précisément à armer les citoyens pour que chacun puisse défendre personnellement la démocratie. De ce point de vue, les « chasseurs de conspis » (quel sale nom ils se sont donné à eux-mêmes, vraiment) sont des ennemis de la démocratie (à mon avis). Nous avons tous absolument besoin de donneurs d’alertes, de whistle-blowers, et nous devons les protéger du mieux que nous le pouvons.

Si l’on veut sortir des griffes des 1% et éviter le retour à l’asservissement général du 19e siècle, il va falloir être un peu courageux et arrêter de baisser les yeux devant les extravagantes calomnies des chiens de garde du système.

Le texte au format pdf, 4 Mo (pour une impression facile et propre ; je préconise formellement la couleur) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.pdf

Le texte au format doc, 140 Mo (pour copier/coller facilement des passages importants) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais.doc

Je pense que vous devriez vraiment acheter le DVD (ça coûte à peine 10 € => le rapport qualité/prix est imbattable), pour aider les enquêteurs à financer leur prochain travail, et pour l’avoir encore à disposition quand on nous aura supprimé l’Internet et pour expliquer tout ça à vos petits-enfants 🙂

J’espère que ce travail de retranscription-illustration vous sera utile, pour prolonger et amplifier ce travail d’enquête historique, qui ne doit pas sombrer dans l’oubli.

Bon travail, bande de virus 🙂

Étienne.

PS : la voix du narrateur (Matt Damon) est agréable et sa diction est parfaite : ce film est donc, en plus, un bon cours d’anglais 🙂

PPS : en plus de cette précieuse enquête sur la conspiration pour la dérégulation FINANCIÈRE, il faudra relayer d’autres enquêtes (j’en ai quelques unes en magasin) pour dénoncer en détail les complots qui ont permis la scandaleuse dérégulation COMMERCIALE (et le cortège délocalisations-désindustrialisation-chômage-bas salaires-misère), de même que les intrigues qui sont en train de rendre possible la honteuse dérégulation SOCIALE.

PPPS : j’attire votre attention sur le dernier livre que j’ai signalé en biblio (j’ai gardé le meilleur pour la fin) : ne ratez pas ce livre, il est épatant, vraiment :

« Néolibéralisme versus État-providence.
Le débat économique entre classiques et keynésiens »
par Édouard Cottin-Euziol (2016)


http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/neoliberalisme-versus-etat-providence/

J’ai rarement lu un livre à la fois aussi léger à lire et aussi efficace pour comprendre l’essentiel du débat économique fondamental pour les humains.

Un travail remarquable, à découvrir et à faire connaître.

PPPPS : finalement, je vous ai préparé aussi une version « nue », sans aucun encadré vert avec questions, ni aucun coup de surligneur jaune 🙂
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Inside_job_texte_integral_en_francais_nu.pdf

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »

Voici un texte important, d’Aurélien Bernier, sur son blog :
http://abernier.vefblog.net/32.html#Faire_ouvertement_front_au_projet_europeeneuropeen

Faire ouvertement front au projet européen

La séquence de « négociations » entre la Grèce et l’Union européenne s’est achevée de la pire façon qui soit : par la signature, le 13 juillet, d’un accord renforçant l’austérité et détruisant encore un peu plus la souveraineté du peuple. Un accord accepté par le gouvernement de gauche radicale, élu justement pour en finir avec l’austérité et l’humiliation vécue par les Grecs depuis de longues années.

En rendant les armes, la majorité de Syriza emmenée par le premier ministre Alexis Tsipras n’a pas totalement trahi son programme électoral. Ce dernier, en effet, n’a jamais évoqué le fait de rompre avec l’Union européenne ou de sortir de la zone euro. Par contre, le référendum du 5 juillet, qui a vu le peuple dire massivement Non à un premier projet d’accord, interdisait absolument à Alexis Tsipras de signer un plan aussi proche du projet rejeté dans les urnes et aussi défavorable à la Grèce.

Le premier ministre a cru que la large victoire du Non le 5 juillet suffirait à assouplir la position des créanciers. Ce fut exactement le contraire. Mais cette erreur d’appréciation n’est rien à côté de la faute politique commise par la suite. Un référendum n’est pas un simple sondage d’opinion. Il engageait Alexis Tsipras à obtenir de meilleures conditions ou à refuser de signer. Quitte à démissionner en cas de blocage complet des négociations, lui qui avait mis cette démission sur la table huit jours plus tôt, à l’occasion du scrutin.

En acceptant l’ultimatum des créanciers, Syriza envoie un message terrible, à savoir que la rupture avec l’Union européenne serait encore pire que l’extrême austérité et la mise sous tutelle politique qui figurent dans l’accord. C’est une victoire de Margaret Thatcher à titre posthume : il n’y aurait aucune alternative à l’eurolibéralisme. C’est évidemment faux. Certes, il fallait envisager d’autres alliances (avec la Russie, la Chine…) qui n’auraient pas été sans contreparties, il fallait s’attendre à des représailles de la part des dirigeants européens et il fallait surtout avoir le courage de nationaliser largement, de dévaluer, de relancer la production et la consommation nationales. Mais on imagine difficilement que ce « plan B » puisse donner de pires résultats que le « plan A » qu’Alexis Tsipras a signé.

Peut-être la majorité de Syriza mise-t-elle sur un coup de billard à trois bandes pour se soustraire, à posteriori, à certaines clauses de l’accord. En attendant, ceux qui ont voté Non le 5 juillet ont bel et bien été trahis. Et les conséquences de cette faute sont prévisibles : le parti d’extrême droite Aube dorée s’est déjà positionné comme dernier rempart face à l’Union européenne ; il risque fort de progresser de façon spectaculaire lors des prochains scrutins.

Les répercussions seront également sévères dans le reste de l’Europe. Pour Podemos en Espagne tout d’abord, qui a cru bon de soutenir la majorité de Syriza après l’accord du 13 juillet. Dans ces conditions, où la coalition de gauche annonce à l’avance qu’elle aussi préférera se coucher plutôt que de rompre avec Bruxelles, on voit mal pourquoi les Espagnols la porteraient au pouvoir. Le renoncement de Syriza se paiera cher aussi en France. On imagine déjà Marine Le Pen renvoyer cet échec de la gauche radicale grecque à la figure de Jean-Luc Mélenchon ou de Pierre Laurent, qui auront bien du mal à trouver des arguments convaincants pour se défendre.

Les difficultés actuelles et celles qui s’annoncent sont très largement dues à la myopie de la gauche radicale sur la véritable nature de l’Union européenne. Pendant dix ans, entre le Non français du 29 mai 2005 et aujourd’hui, elle n’a cessé de prétendre, en dépit du bon sens, que les institutions communautaires étaient réformables. L’Union européenne pouvait bien imposer le traité de Lisbonne, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), martyriser et humilier les pays du Sud, négocier avec les États-Unis le Grand marché transatlantique… les Syriza, les Front de gauche et les Podemos n’en démordaient pas : la négociation avec Bruxelles, Francfort et Berlin permettrait de « changer l’Europe ». Et de faire de l’euro un outil au service des peuples… Le plus tragique est de ne pas avoir perçu que ce discours, même s’il est plus virulent dans sa forme, n’est qu’une réplique de la propagande sociale-démocrate : demain, l’Europe sociale ! Les promesses trahies de François Mitterrand, de Lionel Jospin puis de François Hollande suffisaient à disqualifier totalement cette stratégie. Mais la gauche radicale s’entêtait. Jusqu’à la séquence grecque de 2015 qui fait définitivement voler en éclat l’illusion de la « réforme de l’intérieur ».

Il est bien temps aujourd’hui d’entrouvrir ces débats, tout en les canalisant pour qu’ils ne nous emmènent pas trop loin. Clémentine Autain (Ensemble) estime que l’on peut à présent douter du fait que l’union monétaire soit le paradis sur Terre et que, par conséquent, on est en droit de remettre en cause son existence. Tout en précisant aussitôt que refuser l’euro ne veut pas dire refuser l’Union européenne. En Belgique, le trotskiste Daniel Tanuro accepte enfin d’envisager la sortie de la Grèce de la zone euro… avant d’indiquer que cette solution n’est pas valable pour la France ou d’autres pays. Je repense alors aux écrits de mon ami et camarade Samir Amin, au lendemain du 29 mai 2005 : « On ne pourra jamais faire évoluer « de l’intérieur » l’Europe engagée dans la voie du libéralisme atlantiste, en direction d’une « Europe sociale » et indépendante (des États-Unis). C’est en faisant front ouvertement au projet européen tel qu’il est qu’on maximisera les chances d’une construction alternative authentique1. » Et je me dis que nous avons perdu dix ans.

J’ai défendu de mon côté l’idée de « désobéissance européenne », en lui donnant un contenu très clair : restaurer la souveraineté juridique et monétaire au niveau national pour mener des politiques de gauche. Je considérais qu’à partir du moment où un État dirigé par la gauche radicale recouvrait sa souveraineté, l’appartenance formelle aux institutions communautaires était secondaire. Cela reste techniquement vrai, mais le sort qui est fait aujourd’hui à la Grèce change la donne. Le simple fait d’être membre de l’Union européenne est devenu politiquement intolérable pour la gauche. Il ne s’agit plus seulement de rompre avec l’eurolibéralisme. Il s’agit d’affirmer que nous n’avons absolument rien en commun, ni du point de vue des objectifs, ni du point de vue des valeurs, avec ces institutions conçues dans une logique de classe, pour lutter contre les peuples, et qui se sentent à présent assez puissantes pour ne plus faire le moindre compromis. Le seul objectif valable est d’en sortir et de les démanteler.

Aurélien Bernier.

________
Notes :
1« Quel « projet européen » ? », Samir Amin, 21 juin 2005.

Source : Démondialiser et coopérer.

 
Mon commentaire : seuls ceux qui appellent clairement à quitter l’UE tout de suite sont des résistants dignes de ce nom. Les autres, volontairement ou non, sont des collaborateurs de l’occupant.

La capitulation est totale. Abjecte.
Comme celle de nos « socialistes » et « communistes » à nous.
« Élites » toujours capitulardes et cruelles quand leurs privilèges sont contestés par le peuple.

Qu’on ne vienne plus me dire que la solution viendra de l’élection ou des « élus » :
Le faux « suffrage universel » (l’élection de maîtres constituants parmi des candidats) FONDE le capitalisme, et le VERROUILLE.

 
Ne ratez pas ce livre important :

 
(Moi, après avoir lu le seul rappel sur l’épouvantable félonie du chef (Robert HUE) du PC en 1997 (confirmée chaque jour depuis par TOUS les chefs du PC français), j’aurais plutôt intitulé le livre : « La gauche radicale et ses trahisons »…)

Pour ceux qui n’aiment pas lire, c’est cette vidéo qu’il ne faut manquer à aucun prix :

http://lesmutins.org/la-gauche-radicale-et-ses-tabous

— »’

Le fil Facebook correspondant à ce billet :
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[Passionnant et important] Peter Dale Scott, « L’État profond américain. La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle ».

Billet à classer dans la catégorie : Dénonçons —courageusement— LA PRATIQUE DES COMPLOTS (c’est-à-dire une des principales et éternelles modalités concrètes de la lutte des classes), plutôt que dénoncer —lâchement— « la théorie du complot » (c’est-à-dire une expression inventée et diffusée par la CIA dans les années 60 pour discréditer facilement tous les lanceurs d’alerte, accusés en bloc de paranoïa, et protéger ainsi les comploteurs de la classe dominante)…

Voici des semaines que je dévore un livre essentiel (sur le très nécessaire — mais très défaillant — contrôle des pouvoirs à travers le monde et les époques) et que je veux vous en parler. C’est un livre bouleversant, et très documenté (des milliers de notes commentées, pour sourcer et prouver tout ce qui y est décrit et analysé).

Il s’agit du dernier livre de Peter Dale Scott, professeur et diplomate canadien (il a 86 ans), qui travaille sur son sujet depuis 40 ans… Son titre est :
« L’État profond américain.
La finance, le pétrole et la guerre perpétuelle. »

On peut trouver sur le site Demi-Lune (petit éditeur courageux et qu’il faut soutenir pour cela) des extraits absolument essentiels de ce livre que nous devrions tous avoir lu et qui devrait ensuite alimenter nos conversations quotidiennes.

Avec l’accord de l’éditeur, je vais reproduire ici quelques uns de ces extraits que je trouve fondamentaux, ce qui va faire un billet long à lire, pardonnez-moi, mais je voudrais vraiment attirer votre attention sur l’importance cardinale de ce livre pour comprendre ce qui nous arrive sur terre, notre dépossession politique de plus en plus caricaturale et les guerres impériales de plus en plus inévitables notamment.

Sur la forme du livre, je signale que ce livre est très bien fabriqué : il est parfaitement imprimé et très solidement relié, ce qui le rendra résistant aux nombreux mouvements et annotations que vous ne manquerez pas de lui imposer au cours de votre lecture enfiévrée 🙂 Il est prêt à ne plus vous quitter pendant des semaines sans se désintégrer (comme le font honteusement les livres d’autres éditeurs comme GF – Granier Flammarion dont je maudis l’imprimeur relieur, grand gougnafier et grand saccageur de chefs-d’œuvre devant l’éternel, dont TOUS les livres s’autodétruisent dès la lecture des premières pages, grrr…). Le livre de Peter Dale Scott, lui, édité par Demi-Lune, est un vrai livre qui est fait pour être lu (et donc manipulé dans tous les sens). Pardon d’avoir insisté sur ce détail (qui compte pour moi).

Pour ceux qui n’aiment pas lire, Peter Dale Scott, parfaitement bilingue, a donné un entretien très intéressant sur son travail dont voici la vidéo (d’une heure) :

Voici donc les extraits de ce livre que je vous recommande chaleureusement :

• La 4ème page de couverture :

S’appuyant sur plus de quatre décennies de recherches, Peter Dale SCOTT nous offre une analyse inédite de « l’État profond américain », un système informel et méconnu, dont l’influence sur l’Histoire contemporaine est absolument majeure. En dehors du cadre légal, celui-ci conditionne secrètement, souvent illégalement, les politiques officielles de l’Etat public à Washington – voire les contredit ou les neutralise. Observateur politique de premier plan, SCOTT décrit le processus de militarisation croissante des États-Unis, en particulier depuis le 11-Septembre. Il explique également l’origine de la « dérive sécuritaire » (écoutes et surveillance illégales, détentions arbitraires massives, usage de la torture, assassinats ciblés) et de l’accroissement des inégalités de revenus que connaît ce pays depuis la guerre du Vietnam.

L’État profond constitue aujourd’hui un système quasi institutionnalisé dans des agences (comme la CIA et la NSA) qui échappent au contrôle démocratique. Mais il ne se limite pas à ces services secrets, et l’auteur décrit notamment l’influence excessive d’entreprises privées telles que Booz Allen Hamilton (l’ex-employeur d’Edward Snowden) et la SAIC, 70 % des budgets du Renseignement aux États-Unis étant aujourd’hui sous-traités. Derrière ce système opaque, où la distinction entre « public » et « privé » semble pour le moins ténue, il retrace l’influence traditionnelle des banquiers et des avocats de Wall Street alliés aux « supermajors », les plus grandes compagnies pétrolières internationales. Il explique ainsi comment les pétromonarchies du golfe Persique, les entreprises de défense états-uniennes et Wall Street ont formé ensemble et progressivement un État profond supranational – qui mène des politiques parfois radicalement opposées aux intérêts nationaux des États-Unis, de son peuple et de ses institutions.

Un travail remarquable qui clôt avec brio la trilogie entamée avec La Route vers le nouveau désordre mondial et La Machine de guerre américaine…

 

• Le dossier de présentation du livre :
http://www.editionsdemilune.com/media/presse/Dossier-de-presse-Etat-profond-americain-OPT.pdf

• Éloges et critiques + Sommaire :

Éloges et critiques

« L’État profond américain résume plus de quatre décennies de recherches menées par Peter Dale Scott sur les aspects les plus obscurs de la Politique profonde aux États-Unis. Il en résulte une perspective inédite sur le véritable système de gouvernance dans ce pays. Son analyse est méticuleuse, brillante et magistrale »

Daniel Ellsberg, « l’homme qui fit tomber Nixon », auteur de Secrets: A Memoir of Vietnam and the Pentagone Papers

« Une nouvelle fois, Peter Dale Scott met en lumière les dessous de l’État profond américain à travers cette étude passionnante et fondamentale. Cet ouvrage explique comment et pourquoi nous avons perdu le contrôle de la politique étrangère des États-Unis et comment elle est en train de détruire notre démocratie. Ce livre indispensable est le fruit de recherches brillantes et raisonnées, qui achèvent de nous convaincre que nous ne pouvons sauver notre République sans identifier les forces profondes qui nous ont imposé leurs règles depuis bien longtemps – et ce d’une manière encore plus brutale et dramatique depuis le 11-Septembre. »

Richard Falk, professeur émérite de Droit international à l’Université de Princeton, et à l’Université de Californie, (Santa Barbara) ; Rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour les Territoires palestiniens

« Peter Dale Scott est l’universitaire le plus audacieux dans l’étude des struc­tures de pouvoir qui dirigent les États-Unis. Dans cet ouvrage, il démarre ses recherches là où le pionnier Charles Wright Mills s’était arrêté, mettant en lumière un sombre labyrinthe de pouvoir – un monde obscur qui est devenu encore plus arrogant et violent depuis l’époque de l’‘élite de pouvoir’ et du ‘complexe militaro-industriel’. Nous ne pouvons comprendre le fonctionnement réel du pouvoir sans nous aventurer dans la description révélatrice que Scott nous offre à travers L’État profond américain. »

David Talbot, fondateur du site d’information Salon.com

« Lorsque s’écrira la véritable Histoire intellectuelle de notre époque, Peter Dale Scott sera reconnu pour sa perspicacité et son honnêteté. Dans L’État profond américain, Scott perçoit une nouvelle fois la réalité de manière précise, brillante et courageusement intègre, nous alarmant sur nos fatales illusions. Il s’agit de l’un des livres les plus importants de notre époque. »

Roger Morris, ancien membre du Conseil de Sécurité Nationale des États-Unis sous les présidences de Lyndon Johnson et de Richard Nixon

« Peter Dale Scott analyse en profondeur chaque aspect du système orwellien de sécurité nationale – de la surveillance extrajudiciaire aux détentions arbitraires, en passant par la loi martiale. Il montre comment les services de renseignement et l’armée des États-Unis sont dorénavant impliqués de façon permanente dans le maintien de l’ordre. Pour l’essentiel, ce système opaque – c’est-à-dire le gouvernement secret – est ce que Scott appelle l’‘État profond’. Il s’agit de l’influent secteur qui éclipse les institutions démocratiques. Pourtant, les agences publiques [la NSA, la CIA, le JSOC, le Pentagone, etc.] qui forment cet État profond n’en représentent qu’un seul niveau. En effet, leur pouvoir provient également de leurs connexions cruciales en dehors du gouvernement – comme le montre l’exemple de la CIA, qui est solidement ancrée à Wall Street. (…) Tout est dans ce livre. Une lecture absolument obligatoire. »

Pepe Escobar, correspondant itinérant pour Asia Times (Hong Kong) et auteur de Empire of Chaos

« Depuis longtemps, Peter Dale Scott a été un pionnier dans l’étude métho­dique de l’État de sécurité nationale et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis. Avec ce nouvel ouvrage, il se surpasse en offrant une analyse véritablement complète de l’empiètement croissant d’un ‘État profond’ incontrôlé dans le système politique démocratique de ce pays, depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. (…) Il s’agit d’un travail brillant et incisif, une lecture obligatoire pour tous ceux qui souhaitent comprendre les interactions entre le capitalisme mondialisé, la sécurité nationale et les objectifs douteux des services de renseignement les plus puissants, mais aussi les plus secrets. »

Nafeez M. Ahmed, spécialiste des questions de ressources énergétiques, de terrorisme, et de sécurité internationale, auteur de La Guerre contre la vérité

« Dans cet excellent livre, Peter Dale Scott montre comment les restrictions imposées par le Congrès des États-Unis aux services de renseignement US ont entraîné la fusion de l’État profond américain avec des services étrangers, afin d’opérer depuis d’autres pays. (…) L’auteur explique comment le pétrole saoudien et les contrats d’armement US ont pérennisé une relation spéciale entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. (…) L’État profond américain a toujours été lié aux banquiers de Wall Street et aux supermajors, l’ancien direc­teur de la CIA Allen Dulles en étant l’archétype – lui qui voyait les dirigeants politiques élus comme des nationalistes à l’esprit étroit, incapables de gérer les affaires politiques globales. »

Ola Tunander, professeur de Relations internationales, à Oslo (PRIO).

« Peter Dale SCOTT nous offre sa dernière dissection des sombres entrailles du gouvernement des États-Unis. (…) Un ouvrage alarmant et stimulant. »

Publishers Weekly, revue professionnelle hebdomadaire, équivalent US de Livres Hebdo

 

sommaire

– Remerciements
– Acronymes
– Note au sujet de la couverture de l’édition originale 17
– Avant-propos de l’auteur 21

  1. Le Projet Jugement dernier, les événements profonds et l’érosion de la démocratie aux États-Unis 25

– La sociodynamique des pouvoirs répressifs dans les sociétés impériales 30
– Un pouvoir incontrôlé : la CIA et le retour de la connexion narcotique globale 33
– La « Continuité du Gouvernement » (COG) et l’occupation militaire des États-Unis 35
– L’État profond américain38

  1. L’État profond, le supramonde de Wall Street et les supermajors 41

– L’État profond, le gouvernement de l’ombre et le supramonde de Wall Street 44
– La longue histoire du supramonde de Wall Street 46
– L’État profond et le financement des opérations clandestines de la CIA 47
– Les commissions occultes de Lockheed et les clients de la CIA : les Pays-Bas, le Japon, l’Italie, l’Indonésie et l’Arabie saoudite 49
– L’Iran en 1953 : comment une opération du cartel pétrolier est devenue une mission de la CIA 51
– La CIA, Booz Allen Hamilton et le supramonde de Wall Street 55
– La CIA, Miles Copeland et Adnan Khashoggi 57
– Khashoggi, Edward K. Moss et la corruption politique 59
– Moss, Khashoggi, le Safari Club et le supramonde international 62
– L’État profond, le Safari Club et la BCCI 63
– Les supermajors, l’Arabie saoudite, le Safari Club et la défaite du Président Carter en 1980 65
– L’État profond et la dissimulation autour de la BCCI 67
– Conclusion : un État profond supranational 69

  1. Le Projet Jugement dernier : comment la COG a supplanté la Constitution des États-Unis le 11-Septembre 71

– La mise en œuvre de la COG le 11-Septembre 75
– La militarisation du maintien de l’ordre aux États-Unis 81
– La proclamation d’urgences nationales permanentes 82
– La participation de Cheney et de Rumsfeld au comité secret de planification de la COG 83
– La COG, l’état d’urgence nationale et le National Emergencies Act 85

  1. La prétendue guerre « contre » le terrorisme (1re partie): l’Histoire profonde de la protection par les États-Unis d’Ali Mohamed, un terroriste d’al-Qaïda 89

– L’intervention du FBI auprès de la GRC pour qu’elle libère Ali Mohamed (1993) 94
– La libération d’Ali Mohamed : un événement profond ignoré par les médias aux États-Unis 96
– Une Histoire des États-Unis à deux niveaux : l’Histoire officielle et l’Histoire profonde 98
– La protection plus ancienne d’Ali Mohamed par le FBI et le gouvernement des États-Unis 100
– Le centre al-Kifah, Ali Mohamed et le flux de jihadistes vers l’Afghanistan 102
– La dissimulation par le FBI des liens d’Ali Mohamed avec le meurtre de Meir Kahane 103
– La protection d’Ali Mohamed par le FBI dans l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993 105
– Le soutien des États-Unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite au réseau Maktab al-Khadamat 107
– La cible d’al-Kifah en 1993 : la Bosnie et non l’Afghanistan 109
Al-Kifah, al-Qaïda, le Tadjikistan et la drogue 110
– La protection du centre al-Kifah par les États-Unis visait-elle à faciliter le financement et l’envoi de jihadistes à l’étranger ? 113

  1. La prétendue guerre « contre » le terrorisme (2e partie) : la protection et l’utilisation d’al-Qaïda par l’État profond et les pétromonarchies 115

– Le soutien de l’Arabie saoudite au Maktab al-Khadamat et plus tard à al-Qaïda 115
– Quel prince saoudien aida un Oussama ben Laden privé de passeport à quitter l’Arabie saoudite ? 118
– Les divergences entre le Département d’État et la CIA sur la question de l’Afghanistan – et les intérêts pétroliers 121
– Les opérations clandestines et le pétrole en Asie centrale 122
– Ben Laden, Ali Mohamed et la famille royale saoudienne 124
– Le financement de ben Laden par la famille royale saoudienne, incluant son transfert au Soudan 125
– La protection de Mohammed Jamal Khalifa, le beau-frère d’Oussama ben Laden, par les États-Unis et l’Arabie saoudite 128
– La protection de Khaled Sheikh Mohammed, une figure centrale d’al-Qaïda, par les États-Unis et le Qatar 130
– La protection fédérale de deux pirates de l’air présumés du 11-Septembre 133
– Une dissimulation permanente de la vérité qui s’est poursuivie après le 11-Septembre 136
– Le complexe pétrolier américano-saoudien et la défense du système des pétrodollars 138
– Conclusion : un nouveau désordre mondial 141

  1. La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale 143

– La guerre de terreur de Bush et la falsification des renseignements 143
– La guerre de terreur et le projet de domination globale de Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz 146
– La dissimulation autour du 11-Septembre et le rôle de la CIA dans le laisser-faire de ces attentats 151
– Les accords de liaison avec d’autres services de renseignement 155
– Retour en arrière : le Safari Club et William Casey 158
– Les accords de liaison et la protection de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi 163
– Richard Blee avait-il un objectif inconnu pour dissimuler les renseignements ? 166
– Le SOCOM avait-il un objectif inconnu pour stopper le programme Able Danger ? 167
– La récurrence des événements profonds derrière les engagements militaires des États-Unis 169
– L’impact du 11-Septembre sur le Droit international et états-unien 170
– Post-scriptum 172

  1. Comment l’État profond s’est imposé aux Présidents successifs des États-Unis (1961-1980) 175

– L’État profond, les événements profonds et la violence 175
– L’hostilité de l’armée et de la CIA envers les stratégies présidentielles successives (1961-1980) 180
– La Révolution Reagan et le « consensus de Washington » 185

  1. Les événements profonds structurels : JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre 189

– Les comportements bureaucratiques malveillants comme facteur ayant contribué à l’assassinat de JFK ainsi qu’au 11-Septembre 193
– Le même type de comportements bureaucratiques malveillants autour du 11-Septembre 196
– L’élargissement des pouvoirs répressifs à la suite des événements profonds 198
– Des recoupements de personnel entre les événements profonds successifs 201
– Un dénominateur commun aux événements profonds structurels : le Projet Jugement dernier et la COG 202

  1. L’État profond américain, les événements profonds et leurs sources de financement occulte 209

– L’État profond américain 214
– La CIA et le pouvoir du portefeuille 216
– Les fonds provenant des contrats d’armement 218
– Khashoggi, le Safari Club, la BCCI et le supramonde international 219
– Les clauses secrètes dans les contrats d’armement 220
L’accord AWACS 221
L’accord al-Yamamah 222
– Les financements offshore et la continuité des événements profonds 222
La contre-surprise d’octobre de 1980 223
Le scandale de l’Irangate (dont le financement des Contras, les ventes d’armes illégales à l’Iran et le soutien des moudjahidines en Afghanistan) 224
Le 11-Septembre 227
– Conclusion : l’État profond américain aujourd’hui 229
– Post-scriptum 230

  1. L’État sécuritaire incontrôlé des États-Unis : la continuité de la planification de la COG (1936-2001) 233

– Hoover, McCarthy et notre hystérie du Jugement dernier 233
– La source du pouvoir illicite de Hoover : la Division du Renseignement du FBI 243
– Les pouvoirs de Hoover et le renforcement de l’État dualiste aux États-Unis 247
– Hoover et les origines de la planification des internements de crise de la COG 249
– Comment les plans d’internement de Hoover furent intégrés à la planification nationale de crise (COG) 251
– L’évolution de la préparation de la loi martiale : le plan Garden Plot, l’opération Cable Splicer et la FEMA 254
– Le Système national de communications et le Projet Jugement dernier 255

  1. L’État sécuritaire incontrôlé des États-Unis et l’illégalité 259

– L’utilisation par Hoover de méthodes illégales pour combattre le Ku Klux Klan 263
– La fin du Hooverisme et les débats de la période de l’après-guerre du Vietnam 269
– Le débat sur les pouvoirs secrets dans la transition entre l’après-guerre du Vietnam et la présidence Reagan 272
– Le Hooverisme et l’hystérie du Jugement dernier : une différence instructive 275
– L’expansion des pouvoirs secrets depuis le 11-Septembre 277
– Conclusion 278

  1. Pourquoi les citoyens des États-Unis doivent stopper les guerres auto-génératrices de leur pays 283

– Les dérives de la Pax Britannica à la fin du XIXe siècle 285
– La Pax Americana à l’aune de la Pax Britannica 290
– L’alliance secrète entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, et la guerre « contre » le terrorisme 293
– Le soutien de l’Arabie saoudite aux terroristes 296
– L’exemple du Mali 297
– Une opportunité pour la paix, et l’insécurité comme principal obstacle à celle-ci 298
– Que doit-on faire ? 301

Épilogue. Théâtre grec – Mario Savio et la quête socratique 307

– Annexes 313
– Notes 315
– Bibliographie sélective 407
– Index 414

 

• Avant-propos de l’auteur pour l’édition française :

avant-propos de l’auteur

Les États-Unis, la France et l’État profond international

L’État profond américain devrait être une préoccupation universelle, et particulièrement en France. Ce système renforce le milieu suprana­tional des super-riches (le « supramonde »), dont seulement 80 d’entre eux possèdent autant que 3,5 milliards d’êtres humains.1 Grâce à la croissance récente et colossale de la richesse à travers le monde, ceux qui composent l’« élite de pouvoir globalisé » réunie chaque année au Forum de Davos ont aujourd’hui plus d’influence sur la gouvernance mondiale que ceux qui siègent à l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Les participants de Davos n’ont pas besoin de donner leurs instruc­tions à l’État profond américain, qui s’est structuré pour satisfaire les intérêts de Wall Street et d’autres milieux, dont celui du crime organisé.2 Certains éléments de ce supramonde font partie des « élites de l’ombre, dont l’influence découle de moyens illicites ou non conven­tionnels. »3 D’autres acteurs, tels que le vendeur d’armes saoudien Adnan Khashoggi * – qui fut autrefois appelé « l’homme le plus riche du monde » – font partie intégrante de l’Histoire de l’État profond améri­cain.

Depuis l’après-guerre, ce système de gouvernance opaque et informel s’est progressivement internationalisé. Dans les années 1980, William Casey – le directeur de la CIA sous la présidence Reagan – contourna sa propre agence pour financer la guerre secrète contre les Soviétiques en Afghanistan. Pour ce faire, il eut recours aux services de la BCCI (Bank of Credit and Commerce International), une multinationale bancaire corrompue et impliquée dans le trafic de drogue global, qui était enracinée au Pakistan, au Luxembourg, en Arabie saoudite, ainsi qu’à Abou Dhabi. Plus récemment, des éléments de l’État profond américain – notamment la puissante entreprise de services pétroliers Halliburton –, se sont mis à l’abri de la supervision des autorités US en délocalisant leurs sièges sociaux dans les capitales moins régulées du golfe Persique.5

Pendant deux décennies, depuis l’attentat à la station Saint-Michel du RER B en 1995 jusqu’à ceux de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher début 2015, la France a souffert du terrorisme. La vague d’attentats de l’été 1995 en France fut perpétrée par d’anciens moudjahidines ayant combattu en Bosnie ; le chapitre 4 de ce livre décrit comment cette campagne bosniaque a notamment été soutenue par le centre al-Kifah de Brooklyn, New York – qui était alors protégé par les autorités US.6 Dans cet ouvrage, je retracerai l’historique de la protection et du soutien clandestins, par les États-Unis, de réseaux terroristes pourtant considérés comme ennemis.

Ce processus est étroitement lié à la prétendue guerre « contre » le terrorisme lancée par George W. Bush en 2001, et menée avec la coopération de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Pakistan. Or, les élites de ces trois pays ont été les principaux soutiens financiers et politiques des réseaux jihadistes que les États-Unis sont censés avoir combattus jusqu’à présent. Dans le même temps, les plus farouches opposants à ces terroristes sunnites – les gouvernements d’Irak, de Libye, de Syrie et d’Iran – ont été renversés (Irak et Libye), déstabilisés avec l’appui des États-Unis et de la France (Syrie) ou sanctionnés et menacés en tant qu’éléments de l’« Axe du Mal » (Iran). Selon des estimations crédibles, cette guerre « contre » le terrorisme aurait engendré au moins 1,3 million de morts en Afghanistan, en Irak et au Pakistan depuis 2001 – une campagne militaire globale que j’ai rebaptisée « guerre de terreur » dans le chapitre 6 de cet ouvrage.7

La stratégie commune des États-Unis et de l’Arabie saoudite dans la défense du système des pétrodollars a sous-tendu ces politiques perverses et dangereuses. Ainsi, les importations de pétrole du golfe Persique – qui sont réglées en dollars – ont été compensées par les exportations d’armes vers les pétromonarchies, dont le royaume des Saoud qui en fut le premier importateur en 2014.8 Comme je l’explique dans ce livre, une part des profits de ces contrats d’armement ont été utilisés pour financer des opérations clandestines, comme l’Iran-Contra ou la guerre secrète en Afghanistan dans les années 1980.

Dans ce contexte de guerre perpétuelle, il est urgent que les citoyens des États-Unis – mais aussi de la France et plus largement de l’Europe – fassent pression sur leurs gouvernements pour stopper cette stratégie basée sur le pétrole et les armes. Il est donc indispensable de mieux comprendre ce système de l’État profond, et c’est l’un des principaux buts de ce livre.

Peter Dale Scott.

 

• et puis l’extrait du chapitre 1 (ne ratez surtout pas ça) :
http://www.editionsdemilune.com/media/extraits/l-etat-profond-americain/EDL-EPA-Extraits-chapitre-1.pdf

chapitre 1 : Le Projet Jugement dernier, les événements profonds et l’érosion de la démocratie aux États-Unis

« Je suis conscient de la possibilité d’instaurer une véritable tyrannie aux États-Unis. Nous devons donc nous assurer que cette agence [la National Security Agency], et toutes celles qui possèdent ces technologies, opèrent dans un cadre légal et sous une supervision appropriée, de sorte que nous ne tombions jamais dans cet abîme. Y sombrer serait sans retour. »
– Sénateur Frank Church (1975)

Ces dernières années, j’ai été de plus en plus préoccupé par l’interaction entre trois tendances alarmantes et déterminantes dans l’Histoire contem­poraine des États-Unis. La première est la militarisation croissante de ce pays, et essentiellement sa propension, voire son obsession, à s’engager dans des guerres néfastes et inutiles. (Comme l’ancien Président Jimmy Carter l’a expliqué avec pertinence, « le reste du monde considère presque unanimement les États-Unis comme le principal fauteur de guerre. »)1 La deuxième tendance, qui lui est étroitement liée, est l’éro­sion progressive de la politique publique et de l’État de droit, du fait qu’ils sont subordonnés – y compris sur notre territoire – aux exigences des opérations clandestines états-uniennes à l’étranger.

La troisième tendance, elle aussi étroitement liée aux précédentes, est l’influence majeure de ce que j’ai appelé les « événements profonds » sur l’Histoire des États-Unis – une influence de plus en plus nocive. Il s’agit d’événements qui, dès le départ, sont entachés de mystère, comme l’assassinat du Président Kennedy, l’effraction du Watergate ou le 11-Septembre. Par ailleurs, ils impliquent systématiquement des actes criminels ou violents, et ils sont intégrés dans les processus clandestins des services spéciaux. Enfin, ils ont pour conséquence d’étendre la part secrète de l’État, et ils font ensuite l’objet de dissimulations systématiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement.

Il existe un facteur liant l’assassinat de JFK, le Watergate, la « contre-surprise d’octobre » de 1980 visant à empêcher la réélection du Président Carter, l’affaire Iran-Contra et le 11-Septembre. Il s’agit de l’implication, dans les coulisses de tous ces événements profonds, d’individus ayant participé à la planification de crise la plus secrète et importante des États-Unis. Depuis les années 1950, on désigne celle-ci comme le programme de la « Continuité du Gouvernement » (COG pour Continuity of Government) – plus communément appelé le « Projet Jugement dernier » au Pentagone. La mise en œuvre des mesures de la COG le matin du 11 septembre 2001 fut l’aboutissement de plusieurs décennies de cette planification. Elle a eu comme conséquences la militarisation permanente du territoire des États-Unis, de même que l’instauration de processus et d’institutions ayant pour objectif d’imposer l’hégémonie de ce pays à l’étranger.

Ces dernières décennies, en étudiant ces événements profonds à mesure qu’ils survenaient, je me suis intéressé aux liens qu’ils pouvaient avoir entre eux. Dorénavant, il est possible de démontrer en quoi chacun fut lié aussi bien à celui qui le précédait qu’à l’occurrence suivante.

Dans ce chapitre, je souhaiterais approfondir cette analyse, en proposant un cadre théorique qui permette d’étudier les forces immuables derrière les événements profonds les plus importants. Il s’agit ainsi de comprendre dans quelle mesure ces forces ont contribué à la prédominance politique de ce qui était appelé autre­fois le « complexe militaro-industriel ». C’est pourquoi je tenterai de décrire certaines lois informelles qui déterminent la sociodynamique de chacune des grandes sociétés que l’on appelle les « empires ». Celles-ci déploient leur excès de puissance pour s’étendre au-delà de leurs propres frontières en imposant leurs volontés aux autres peuples. De façon prévisible, ce processus d’expansion génère des tendances propres aux institutions impériales et aux individus luttant pour s’élever dans leurs hiérarchies. Aux États-Unis, ce phénomène a trans­formé le complexe militaro-industriel : d’une menace en marge de l’ordre social, il est progressivement devenu une force omniprésente qui domine celui-ci.

Par ce cadre théorique, j’espère convaincre les lecteurs que notre Histoire récente est, à certains égards, plus simple qu’elle n’y paraît – notamment dans les médias. Notre société, du fait de ses réussites économiques et de l’expansion qui en découle, a engendré des forces impersonnelles à la fois en dedans et en dehors d’elle-même. Jusqu’à présent, celles-ci ont transformé notre démocratie élective en un empire répressif. Et parmi ces forces évoluent celles qui sont à l’ori­gine des événements profonds.

Je suis loin d’être le seul à percevoir cette dégradation politique aux États-Unis, notamment en termes de processus décisionnels. Un tel phénomène, reflétant le déclin des empires du passé, fut décrit de manière approfondie par le regretté Chalmers Johnson :

« Une abondance de preuves démontre que, dans la décennie suivant la fin de la guerre froide, la politique étrangère des États-Unis s’est consi­dérablement éloignée de la diplomatie, de l’aide au développement, du Droit international et des institutions multilatérales. La plupart du temps, elle s’est au contraire matérialisée par les intimidations, la force militaire et les manipulations financières. »2

Cependant, mon analyse va plus loin que celles de Chalmers Johnson, Kevin Phillips, Andrew Bacevich et d’autres observateurs. En effet, elle vise à démontrer que les trois principaux événements profonds – l’assassinat de JFK, le Watergate et le 11-Septembre – ne furent pas seulement des symptômes de ce déclin démocratique aux États-Unis, mais qu’ils en ont été des facteurs importants.

À l’instar de Michael Lind, certains auteurs ont remarqué que, depuis longtemps, deux différentes cultures politiques avaient prévalu aux États-Unis. Celles-ci sous-tendent les divergences politiques entre les citoyens de ce pays, de même qu’entre divers secteurs de l’État.3 L’une de ces cultures est principalement égalitaire et démocratique, favorisant le renforcement juridique des droits de l’Homme aussi bien aux États-Unis qu’à l’étranger. La seconde, bien moins admise mais profondément enracinée, priorise et enseigne le recours à la violence répressive. Visant à maintenir l’« ordre », elle est dirigée à la fois contre la population des États-Unis et contre celles du Tiers-Monde.

Dans une certaine mesure, on peut retrouver ces deux mentalités dans chaque société. Elles correspondent à deux exercices opposés du pouvoir et de la gouvernance, définis par Hannah Arendt comme la « persuasion par arguments » face à la « contrainte par la force ». Se conformant à Thucydide, Arendt attribue l’origine de ces principes à la « manière grecque de gérer les affaires intérieures, la persuasion (ttsiGsiv), ainsi [qu’à] la conduite habituelle des affaires étrangères, centrée sur la force et la violence ((3ia). »4 Dans un autre essai, Arendt écrivit que « la violence et le pouvoir [persuasif] ne sont pas identiques. (…) Le pouvoir et la violence sont à l’opposé l’un de l’autre ; là où l’un règne d’une manière absolue, l’autre est absent. »5

On peut considérer que l’apologie, par Hannah Arendt, du pouvoir persuasif comme fondement d’une société constitutionnelle et ouverte est aux antipodes de la défense – par le professeur de Harvard Samuel P. Huntington – d’un pouvoir de l’ombre autoritaire et coercitif comme prérequis de la cohésion sociale. Ce pouvoir coercitif prôné par Huntington constitue donc l’antithèse du pouvoir ouvert et persuasif. Selon lui, « le pouvoir ne peut rester fort que lorsqu’il est maintenu dans l’ombre ; lorsqu’il est exposé à la lumière du jour, il commence à s’évaporer. »6

Arendt admirait la Révolution américaine, puisqu’elle avait abouti à la création d’une Constitution visant à assurer l’encadrement du pouvoir politique par l’ouverture et la persuasion. Au contraire, dans l’Afrique du Sud ségrégationniste, Huntington conseilla le gouvernement Botha dans la mise en place d’un puissant appareil d’État sécuritaire non soumis au contrôle public. Nous pourrions dire qu’Arendt était une théoricienne du pouvoir constitutionnel, et Huntington du « pouvoir de l’ombre ». Ce dernier est l’essence même de ce que j’ai voulu signifier en me référant à « l’État profond » – une expression que j’ai empruntée à la Turquie en 2007. Il s’agit d’un pouvoir qui ne provient pas de la Constitution, mais de sources extérieures et supérieures à celle-ci, et qui est « plus puissant que l’État public. »7 En 2013, le retour de l’armée à la tête de Égypte, de même que les révélations sur la surveillance de la NSA par Edward Snowden, ont donné de la valeur à la notion d’État profond. Celui-ci a été défini dans un éditorial du New York Times comme « [un] niveau de gouvernement ou de super contrôle difficilement perceptible qui se maintient quel que soit le résultat des élections et qui est susceptible de contrecarrer les mouvements sociaux ou les changements radicaux. »8 À partir du chapitre 2, j’approfondirai mon analyse et ma définition de l’État profond.

Écrivant durant les manifestations et les émeutes des années 1960, Arendt aussi bien qu’Huntington craignaient que l’autorité traditionnelle ne soit en danger. En effet, Arendt la percevait comme étant menacée par le « déclin [contemporain] de la tradition et de la religion ». Un demi-siècle plus tard, je dirais que l’État profond représente un bien plus grand péril pour l’équilibre social. En revanche, il est un atout majeur pour ceux qui, à la droite de l’échiquier politique, invoquent l’autorité au nom de la sécurité, de la tradition et de la religion. Nous avons pu observer l’implication massive des États-Unis dans un mouvement de domination et d’exploitation du reste du monde, notamment par les méthodes clandestines et hors-la-loi de l’État profond. Ainsi, les processus persuasifs ouverts, qui ont constitué l’idéal traditionnel de ce pays dans la gestion de ses affaires intérieures, ont été de plus en plus subordonnés à la violence autoritaire.

Comme je le montrerai dans ce livre, les mécanismes horizontaux de la démocratie ont été graduellement supplantés par les processus verticaux de l’État profond. Or, j’ai tendance à penser que les pressions immuables de l’Histoire vont dans l’autre sens : celui de l’atténuation de la violence par les forces de persuasion. Par exemple, la Russie tsariste s’est transformée en un système anachronique voué à l’effon­drement car il lui manquait un enracinement populaire. Je souhaiterais un meilleur avenir pour les États-Unis.9

La tendance actuelle au renforcement d’un pouvoir vertical, répressif ou violent est idéologiquement défendue comme étant un moyen de garantir la sécurité et la stabilité sociale, alors qu’au contraire, il les menace. Comme Kevin Phillips et d’autres auteurs l’ont démontré, les empires bâtis sur la violence ou la répression ont tendance à triom­pher puis à s’effondrer, bien souvent avec une rapidité surprenante.10 Selon la thèse centrale de ce chapitre, le pouvoir répressif est instable par essence, en ce qu’il engendre des forces dialectiques à la fois en dedans et en dehors de lui-même. De par le monde, le pouvoir répressif a favorisé la création de ses propres ennemis, comme le démontrent les exemples de la Grande-Bretagne (en Inde), de la France (en Indochine) et de la Russie (en Europe de l’Est).

Mon argument central est que l’expansionnisme d’un pays hors de ses frontières engendre le développement d’un pouvoir répressif. Ce phénomène a des conséquences prévisibles, qui dépassent les intentions de quiconque évoluant au sein de ce système. Des agences récemment mises en place et mal supervisées appliquent des politiques contradic­toires à l’étranger, dont le résultat global est habituellement coûteux et néfaste – non seulement pour la nation ciblée, mais également pour les États-Unis.

Ce constat s’applique tout particulièrement aux agences clandes­tines, dont l’usage du secret induit que des politiques controver­sées prolifèrent sans coordination ou sans contrôle. Essentiellement, depuis 1945, l’Asie a été la principale région dans laquelle la CIA a outrepassé ou ignoré les directives politiques du Département d’État. Comme je le documente dans La Machine de guerre américaine, les interventions de l’Agence sur le continent asiatique – en particulier celles qui ont mené aux guerres du Laos, du Vietnam et d’Afghanistan – ont favorisé le développement d’une connexion narcotique globale de la CIA (que j’ai appelée dans des travaux précédents un « ‘sombre quadrant’ de pouvoirs incontrôlés »).

Cette connexion narcotique globale, abondamment financée par les revenus des trafics et de la violence illégale, a un intérêt majeur dans les interventions étrangères des États-Unis – en particulier dans ces guerres ingagnables, qui aggravent les conditions de non-droit nécessaires à la prolifération du trafic de drogue. Il est donc parfaitement logique que cette connexion narcotique ait continuellement favorisé la création d’un empire global états-unien – que la plupart de nos concitoyens n’ont jamais demandé. Plus particulièrement, ce « sombre quadrant » a contribué à chacun des principaux événements profonds, dont l’assas­sinat du Président Kennedy, le cambriolage du Watergate et les attaques du 11-Septembre. Ces événements ont encouragé la militarisation de ce pays, ainsi que l’affaiblissement de ses institutions démocratiques.22

La « continuité du gouvernement » (cog) et L’occupation militaire des États-Unis

Comme je l’ai écrit précédemment, deux mentalités conflictuelles ont sous-tendu chacun des événements profonds importants ayant frappé les États-Unis : celle de l’ouverture et celle de la domination répres­sive. Les origines de ce conflit remontent à la guerre de Sécession, ainsi qu’aux guerres indiennes du milieu du xixe siècle – et avant celles-ci à la Révolution américaine. 23 Bien que cette conflictualité soit ancienne et permanente, en conclure que rien n’a changé récem­ment serait une erreur. Au contraire, les USA traversent actuellement une nouvelle crise suscitée par ce très vieil antagonisme.

Depuis la seconde guerre mondiale, le secret a été utilisé pour accumuler de nouveaux pouvoirs bureaucratiques classifiés, sous couvert de la planification d’urgence censée répondre aux désastres nationaux. Au sein même comme en dehors de l’État, ce programme est connu sous le nom de code de « Projet Jugement dernier ». Au début de la présidence Reagan, cette planification a été rebaptisée par une appellation trompeuse, la « Continuité du Gouvernement » (ou COG). Notamment développée par Oliver North, Donald Rumsfeld et Dick Cheney depuis le début des années 1980, la COG est en fait devenue le vecteur d’un important changement de gouvernement depuis son instauration le 11 septembre 2001. À l’origine, les pouvoirs répressifs extrêmes qui avaient été accumulés dans le cadre du Projet Jugement dernier furent développés afin de contrôler le reste du monde. À présent, les États-Unis eux-mêmes sont traités comme s’ils étaient un territoire occupé – et ce à un degré sans précédent.

Ces plans – initialement centrés sur une éventuelle décapitation du gouvernement des États-Unis à la suite d’une attaque nucléaire –, furent progressivement recalibrés afin de gérer le problème de la désobéissance civile, et plus particulièrement de la résistance de l’opinion publique états-unienne aux campagnes militaires à l’étranger. En effet, les plans de la COG furent modifiés sous l’administration Reagan afin de traiter le peuple des États-Unis comme une forme d’ennemi. Devant les Comités restreints du Congrès sur l’affaire Iran-Contra, Oliver North avait déclaré : « Nous n’avons pas perdu la guerre au Vietnam, nous l’avons perdue ici même, dans cette ville [c’est-à-dire Washington]. »24 Ainsi, le Projet Jugement dernier a repris et élargi les directives de l’opération Garden Plot développées par l’armée US. Ce programme était destiné à gérer des manifestations anti-guerres et des émeutes urbaines qui, après l’assassinat de Martin Luther King Jr, avaient abouti à la création de ce que l’on appelle la « salle de guerre intérieure » du Pentagone (la « domestic war room », ou Directorate of Civil Disturbance and Planning Operations [DCDPO]). Les stratèges de la COG y ont également incorporé des plans du Département de la Justice, qui organisaient la mise en place d’un système de centres de détention pour des milliers de dissidents – ces derniers ayant été fichés pour être immédiatement arrêtés en cas d’urgence nationale. 25

Le résultat de cette planification de la COG fut un ensemble de mécanismes répressifs, préparés pendant deux décennies par un groupe très restreint et élitiste, puis instaurés à partir du 11-Septembre. J’en discuterai dans le chapitre 3, en me référant à leur appellation officielle de « Continuité du Gouvernement » (c’est-à-dire les plans de la COG). Cet ensemble de mesures comprenait 1) la surveillance extrajudiciaire, ce qui a été confirmé par les révélations d’Edward Snowden ; 2) la détention arbitraire, incluant des dérogations sans précédent au droit de ne pas être emprisonné arbitrairement (l’habeas corpus) * et 3) des mesures inédites favorisant la militarisation de la sécurité intérieure et l’érosion du Posse Comitatus Act (une loi de 1876 interdisant au gouvernement fédéral d’avoir recours à l’armée dans l’application civile de la loi).

Depuis 2008, une brigade de combat de l’armée US a été déployée de façon permanente aux États-Unis. Sa mission principale consiste à être « mobilisée pour assurer la gestion des troubles civils et le contrôle des foules. »26 Visiblement, la plupart des gens n’ont pas conscience que les citoyens des États-Unis ont vécu depuis 2002, comme la brigade en question, sous l’autorité d’un commandement militaire de l’US Army appelé le NORTHCOM.27 Certains observateurs ont établi un paral­lèle entre le déploiement de cette unité en 2008 et l’année 49 av. J.-C., lorsque César et ses légions franchirent le Rubicon.

Il est probable que cette force reste déployée aux États-Unis, constituant alors un symbole ostensible de la militarisation de notre sécurité intérieure. Il faut donc espérer que le Congrès finisse par remplir les obligations que lui impose le National Emergencies Act, et qu’il mette fin à l’état d’urgence national sous lequel nous vivons depuis le 11-Septembre.

L’état profond américain

Les chapitres suivants constituent dans leur ensemble une tentative de définition de l’État profond américain – un système informel et complexe, qui est donc aussi chaotique mais néanmoins aussi puissant qu’un système météorologique. Depuis différentes perspectives, et avec certaines répétitions corroboratives, je tenterai de décrire la présence d’un trou noir transnational au cœur de nos principales difficultés politiques actuelles.

Il apparaît clairement que des forces profondes interviennent à certaines occasions pour modifier la trajectoire politique des États-Unis. Nous avons pu l’observer après que le Président Kennedy eut annoncé en 1963 sa décision de retirer les troupes états-uniennes du Vietnam. Nous pouvons également citer l’exemple des attaques du 11-Septembre, qui ont déclenché la guerre de terreur globale (également appelée dans cet ouvrage la guerre « contre » le terrorisme).28 En revanche, il est bien plus difficile de prouver que ces interventions profondes ont un quelconque lien entre elles. Afin d’enquêter sur cette possibilité, il est nécessaire de mener des recherches au-delà des archives du domaine public, sur lesquelles les universités nous habituent à travailler.

Je tenterai de démontrer que, derrière les institutions ouvertes de l’État public et leurs archives consultables, il existe un système plus obscur et abyssal, qui n’est que partiellement reconnu et documenté : le système de l’État profond. Au cœur de celui-ci évoluent les diffé­rentes agences instituées à l’abri du contrôle du Congrès et de la vue du public, telles que la CIA, la NSA et le Commandement mixte pour les opérations spéciales créé en 1980 (JSOC pour Joint Special Operations Command). En théorie, la CIA a été instaurée en 1947 par une loi du Congrès. Mais en réalité, elle a été façonnée et imposée à un Président récalcitrant par des banquiers et des avocats de Wall Street, dont Allen Dulles. Je le montrerai dans le chapitre 2, où je décrirai le système de l’État profond dans le contexte de Wall Street et des supermajors (appelées « Big Oil » aux États-Unis). Dans le chapitre 3, j’expliquerai comment le programme peu remarqué du Projet Jugement dernier – c’est-à-dire les plans de la COG mis en œuvre le 11 septembre 2001 – ont contribué à la subordination de la Constitution des États-Unis par les différentes mesures de crise analysées ici (ces procédures étant toujours en place aujourd’hui).

Les chapitres 4, 5 et 6 analyseront les contrevérités dans les récits officiels de la guerre « contre » le terrorisme – une campagne militaire qui a été invoquée pour justifier les procédures d’urgence de la COG. Je montrerai en quoi le contexte de « guerre » a permis de masquer la protection d’importants agents d’al-Qaïda par de hauts responsables des gouvernements états-unien, saoudien et qatari – à partir des années 1990, et même après le 11-Septembre. Plus particulièrement, le chapitre 6 s’intéressera aux raisons cachées de la guerre de terreur lancée par les États-Unis depuis le 11-Septembre.

Le chapitre 7 démontrera dans quelle mesure les pouvoirs profonds se sont imposés aux différents Présidents des États-Unis depuis 1961. Cette analyse nous conduira à l’argument central du chapitre 8, selon lequel il est plus probable que les événements profonds tels que le 11-Septembre – et avant celui-ci le Watergate ou l’assassinat de JFK – aient été l’œuvre de forces obscures issues de l’État profond, plutôt que d’éléments marginaux extérieurs au gouvernement. À un niveau plus obscur et abyssal, ils peuvent être considérés comme des séquences centrales et structurelles dans l’Histoire de l’État profond américain. Après quatre décennies de recherches, je peux également conclure qu’ils sont liés entre eux, notamment à travers le rôle récurrent – dans les coulisses de ces événements profonds – du réseau de communications de crise développé à travers ce que le Pentagone a appelé le « Projet Jugement dernier ».

Dans le chapitre 9, je reviendrai sur mon analyse de l’État profond. Je reprendrai alors certains éléments de cet ouvrage à la lumière des liens qu’entretiennent les États-Unis avec l’Arabie saoudite et d’autres États ou organisations (des connexions décrites en profondeur dans les chapitres 4 à 6). Mon analyse nous conduira à cette découverte fondamentale : des financements occultes, provenant des commissions versées dans le cadre d’importants contrats à long terme avec l’Arabie saoudite, « sont le dénominateur commun derrière chaque événement profond structurel (EPS) ayant affecté les États-Unis depuis (…) 1976 ». Ces EPS incluent l’Irangate (ou affaire Iran-Contra) et le 11-Septembre.

Afin de mieux comprendre l’offensive actuelle contre la démocratie états-unienne, les chapitres 10 et 11 décriront les toutes premières origines de la planification de la COG. C’est pourquoi j’analyserai la Peur rouge de 1919 ; les mesures de surveillance décidées par le directeur du FBI J. Edgar Hoover, qui étaient parfois illégales ; l’état d’urgence proclamé par le Président Truman durant la guerre de Corée ; ou encore le plan Huston de 1970 (un mémorandum de la Maison Blanche ayant été brièvement mis en œuvre, puisqu’il avait été jugé anticonstitutionnel et rejeté par John Mitchell, le ministre de la Justice – Attorney General – du Président Nixon).

Finalement, je rejoindrai celles et ceux qui perçoivent le déclin de la soi-disant Pax Americana, caractérisé par une course aux armements perpétuelle et un élargissement du recours à la violence militaire. Je comparerai ce déclin à celui – très similaire au phénomène actuel – de la Pax Britannica il y a un siècle. Aujourd’hui, nous devons mettre un terme à des politiques qui semblent aussi néfastes pour les États-Unis et le reste du monde qu’elles l’étaient à l’époque de l’Empire britannique. Le problème est que nos institutions sont à nouveau sous l’emprise d’une hystérie collective, comme ce fut le cas durant les raids de Palmer en 1919 ou les persécutions du maccarthysme dans les années 1950. La société civile doit œuvrer pour que le gouvernement US s’éloigne de l’hystérie et de l’illégalité, à l’image du réveil collectif ayant eu raison du maccarthysme. Cependant, pour reprendre le contrôle de leurs affaires politiques, les citoyens des États-Unis doivent comprendre les forces obscures de l’État profond et apprendre à les combattre.

Comme je le suggérerai à la fin de cet ouvrage, les États-Unis, à l’instar de la Grande-Bretagne, ont bien plus à offrir à l’humanité que le pouvoir violent.

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* NdT : L’habeas corpus établit une liberté fondamentale, celle de ne pas être empri­sonné sans jugement. En vertu de ce principe, toute personne mise en état d’arresta­tion a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Alors que cette note est rédigée en mars 2015, l’un des plus anciens détenus de Guantánamo ne sait toujours pas ce que les autorités états-uniennes lui reprochent. En effet, comme l’a rappelé Peter Dale Scott en 2013, « la Commission sur le 11-Septembre, se basant sur des témoignages extirpés sous la torture, a qualifié Abou Zoubeida [ou ‘Abu Zubaydah’] de ‘lieutenant de Ben Laden’ et de ‘[numéro 3] d’al-Qaïda’. (…) Toutes ces accusations furent ensuite remises en cause et, jusqu’à présent, Zoubeida n’a jamais été inculpé. En 2009, d’après le Washington Post, il ‘n’était pas même un membre (…) d’al-Qaïda, selon [des informations issues] de documents juridictionnels et d’entretiens avec des sources des renseignements, de la police et de l’armée. (…) Un ancien responsable du Département de la Justice [a déclaré] : ‘Faire de cet homme [un leader d’al-Qaïda] est ridicule.’ La même année, le gouvernement des États-Unis lui-même, dans sa réponse contre la requête en habeas corpus de Zoubeida, décida explicitement de ne pas soutenir qu’il ‘était un membre d’al-Qaïda, ou qu’il était formellement identifié comme faisant partie de cette organisation.’ Quiconque ose remettre en cause la version gouvernemen­tale du 11-Septembre se voit imposer le sobriquet de ‘complotiste’. » – Source : Peter Dale Scott, « America’s Unchecked Security State, Part I: The Toxic Legacy of J. Edgar Hoover’s Illegal Powers », Japanfocus.org, 29 avril 2013,

www.japanfocus.org/-Peter_Dale-Scott/3932

 

Je voudrais tout publier, tellement tout ça est important, notamment (chapitre 3) le projet d’enfermement de tous les Américains dissidents dans des camps de concentration : 800 camps FEMA aux USA, prêts à l’emploi dès que ça va péter, grâce à d’incroyables exercices militaires d’arrestations et d’enfermements massifs…

Pour moi qui travaille depuis dix ans sur les pouvoirs institués et sur le très nécessaire — et pas facile — contrôle de ces pouvoirs, sur la tendance universelle des pouvoirs à s’autonomiser (pour s’affranchir progressivement de tout contrôle), et sur l’importance cardinale de la vigilance citoyenne pour instituer et faire vivre une constitution digne de ce nom, vous imaginez comme ce livre est un formidable cas pratique de ce qui nous pend au nez demain si nous ne devenons pas VITE, à travers le monde, des citoyens constituants.

Bonne lecture.

Étienne.

Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique

Dimanche prochain (22 mars 2015), sur Arte, nous pourrons voir un document préparé par Flore Vasseur (une chic fille, courageuse), qui nous présente un homme épatant, Larry Lessig.

Voici la présentation qu’en fait Flore :

« Ce dimanche à 12h55, Arte diffuse mon film de 26 minutes sur Larry Lessig, le professeur de Harvard qui est entré en rébellion contre l’influence de l’argent en politique. Grâce à la Revue XXI qui m’avait demandé un reportage, j’avais pu mieux comprendre le travail de cet homme.

Voici le film de Flore qui a été diffusé sur Arte :

Ce film est le premier épisode d’une série en création originale appelée TEDStories, née d’un partenariat entre les conférences TED et Arte. Le concept ? Repérer une idée forte dévoilée à TED. Partir à la rencontre de la personne qui la porte, où qu’elle soit, pour documenter l’impact concret. À travers le portrait de cette idée, une solution locale à un problème universel, révéler le destin d’une personne qui a décidé de se mettre en marche. Je veux lier la vie d’une idée à celle de son porteur, mêler histoire personnelle et solution pour le monde. Mon intuition de départ ? Les idées pour « changer le monde » sont partout. Mais les questions, mes préférées, demeurent : pourquoi un jour y croit-on suffisamment pour passer à l’action ? Qu’est-ce qu’on trouve sur ce chemin et qu’est-ce qu’il en coûte ?

La création de cette série a été passionnante et difficile. Un an de joie, d’aventure, de désarroi aussi. De bataille. Je ne m’en serais jamais sortie sans quelques bonnes fées aux cœurs et talents XXI et notamment Héloise Condroyer, Nicolas Gaume et Bruno Giussani.

Un second épisode est en cours de montage sur un tout autre sujet mais dores et déjà, j’adorerais savoir ce que vous avez pensé de ce premier épisode. Si cela vous tente de partager avec moi votre ressenti, dites-le moi et j’essaierai d’organiser une rencontre tous ensemble, près de vous.

En espérant que cela vous intéressera et que tout va bien pour vous,
À bientôt
Flore »

• FB de FV : https://www.facebook.com/flore.vasseur.1
• Blog de FV : http://blog.florevasseur.com

Voici les liens vers
• la NH Rebellion, ses marches de mobilisation dans le New Hampshire : http://www.nhrebellion.org/
• et vers MayDay : https://mayday.us/

Pour mémoire, cette vidéo est vraiment bien :

J’ai hâte de voir le documentaire de Flore (je le verrai en différé car je serai encore à Athènes dimanche).

Faites connaître autour de vous cette programmation : c’est un sujet central pour nous tous.

On en reparlera après ?

Étienne.

Scandale Alstom : qu’est-ce qui peut conduire un pays, progressivement, à se retrouver gouverné comme une colonie par des agents de l’étranger ?

Qu’est-ce qui peut conduire un pays, progressivement, à se retrouver gouverné comme une colonie par des agents de l’étranger ?

Cherchez la cause des causes.

Vente d’Alstom :
le dessous des cartes

http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/01/05/31007-20150105ARTFIG00339-vente-d-alstom-les-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php

« Pour Jean-Michel Quatrepoint, la vente d’Alstom est un «scandale d’État». Le journaliste et économiste révèle que le gouvernement a délibérément confié à un groupe américain l’avenir de l’ensemble de notre filière nucléaire. »

[…] « Vendredi 19 décembre, dans un complet silence médiatique, les actionnaires d’Alstom ont approuvé à la quasi-unanimité le passage sous pavillon américain du pôle énergie du fleuron industriel. 70% des activités d’Alstom sont donc vendues au conglomérat General Electric (GE). Que cela signifie-t-il concrètement?

J-M Q : « Le protocole d’accord approuvé par Emmanuel Macron en novembre et voté par l’assemblée générale d’Alstom, le 19 décembre, est proprement hallucinant! tant il fait la part belle à Général Electric et ne correspond pas à ce qui avait été négocié et présenté au printemps dernier.

Au-delà des éléments de langage des communicants et de la défense de Patrick Kron, il s’agit, bel et bien de la vente – oserais-je dire, pour un plat de lentilles – d’un des derniers et des plus beaux fleurons de l’industrie française à General Electric.

Pour comprendre les enjeux, il faut rappeler quelques faits. Le marché mondial de la production d’électricité, des turbines, est dominé par quatre entreprises: Siemens, Mitsubishi, General Electric et Alstom. Le groupe français détient 20 % du parc mondial des turbines à vapeur. Il est numéro un pour les centrales à charbon et hydrauliques. Alstom Grid, spécialisé dans le transport de l’électricité, est également un des leaders mondiaux. Mais c’est dans le nucléaire qu’Alstom était devenu un acteur incontournable. Avec 178 turbines installées, il couvre 30 % du parc nucléaire mondial. Ses nouvelles turbines, Arabelle sont considérées comme les plus fiables du monde et assurent 60 ans de cycle de vie aux centrales nucléaires. Arabelle équipe les futurs EPR. Mais Alstom a également des contrats avec Rosatom en Russie et avec la Chine pour la livraison de quatre turbines de 1000 MW. Alstom, faut-il le rappeler, assure la maintenance de l’îlot nucléaire des 58 centrales françaises.

C’est désormais le groupe américain qui décidera à qui et comment vendre ces turbines. C’est lui aussi qui aura le dernier mot sur la maintenance de nos centrales sur le sol français… Nous avons donc délibérément confié à un groupe américain l’avenir de l’ensemble de notre filière nucléaire. »

[…]

« Les États-Unis sont nos alliés, mais il peut arriver dans l’histoire que des alliés soient en désaccord ou n’aient pas la même approche des problèmes, notamment dans la diplomatie et les relations entre États. Est-on sûrs qu’en cas de fortes tensions entre nos deux pays, comme ce fut le cas sous le Général de Gaulle, la maintenance de nos centrales nucléaires, la fourniture des pièces détachées seront assurées avec célérité par la filiale de GE ?

En outre, on a également oublié de dire qu’il donne à GE le monopole de la fourniture de turbines de l’ensemble de notre flotte de guerre. D’ores et déjà, le groupe américain fournit près de la moitié des turbines à vapeur de notre marine, à travers sa filiale Thermodyn du Creusot. Alstom produit le reste, notamment les turbines du Charles de Gaulle et de nos quatre sous-marins lanceurs d’engins. Demain, GE va donc avoir le monopole des livraisons pour la marine française. Que va dire la Commission de la concurrence? Monsieur Macron a-t-il étudié cet aspect du dossier ?

Enfin, il est un autre secteur qu’apparemment on a oublié. Il s’agit d’une petite filiale d’Alstom, Alstom Satellite Tracking Systems, spécialisée dans les systèmes de repérage par satellite. Ces systèmes, installés dans plus de 70 pays, équipent, bien évidemment, nos armées, et des entreprises du secteur de la défense et de l’espace. C’est un domaine éminemment stratégique, car il concerne tous les échanges de données par satellite. General Electric récupère cette pépite.

Quand on sait les liens qui existent entre la NSA, les grands groupes américains pour écouter, lire, accéder aux données des ennemis, mais aussi des concurrents, fussent-ils alliés, on voit l’erreur stratégique à long terme que le gouvernement vient de commettre.

Le ministère de la Défense a t il donné son avis? »

[…]

« Oui, il y a bien une corrélation entre l’étrange défaite de 1940, qui vit en quelques semaines l’effondrement de notre pays et celle, plus insidieuse et plus longue, qui voit le délitement de notre appareil industriel. »

Jean-Michel Quatrepoint

Source : Figaro Vox

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Voir aussi :

RAPPORTS DU CF2R N°13
RACKET AMÉRICAIN ET DÉMISSION D’ÉTAT.
LE DESSOUS DES CARTES DU RACHAT D’ALSTOM PAR GENERAL ELECTRIC

http://www.cf2r.org/fr/rapports-du-cf2r/racket-americain-et-demission-etat-le-dessous-des-cartes-du-rachat-alstom-par-general-elec.php

http://www.cf2r.org/images/stories/RR/rr13.pdf

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Fil Facebook correspondant à ce sujet de préoccupation : https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153206702717317

[Edit (25 octobre 2015) :
[Empire en marche, bientôt chez toi (parce que tu roupilles)]

La vente d’Alstom, histoire d’une guerre économique

Un résumé intéressant — et révoltant — proposé par Stratpol, avec Eric Denécé et Jean-Michel Quatrepoint :

Ma question :
mais à quoi servent donc les prétendus « journalistes » français (presque tous vendus, littéralement, aux banques et aux marchands d’armes) ?
Marat, reviens !]

Salutaire et légitime interpellation des « actionnaires » (frelons oisifs) et des « grands patrons », fléaux de l’Humanité

http://television.telerama.fr/television/chez-sanofi-la-sante-profite-surtout-aux-actionnaires,123564.php

Exemple de « patron » (gredin, scélérat, voleur) payé 24 000 € PAR JOUR !, payé autant précisément et exclusivement pour baisser — et même détruire — les salaires de TOUS les autres, ce qui est la marque des salauds, des collabos.

Merci Élise Lucet.

Fil facebook correspondant :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153206702717317

Évident (et monstrueux) COMPLOT : les 99% ne devraient pas se laisser intimider par l’accusation de « théorie du complot », accusation qui protège les comploteurs et les traîtres, en interdisant tout diagnostic correct (et donc toute remédiation) des drames en cours

Un jeune homme de l’Agence Info Libre à Marseille m’a proposé de parler un peu, au calme, du « prix Nobel » Jean Tirole et de quelques autres sujets économiques.

Laurent Mauduit,  Steve Keen,  Jean Massin,
Inside Job : les universitaires économistes pris la main dans le sac
(Ne ratez à aucun prix le film « Inside Job » : c’est une bombe.)

Finalement, on a parlé de l’émission « Ce soir ou jamais » (extrait à 5 millions de vues au cours du seul mois de septembre), de Jean Tirole, donc, et de la catastrophique corruption de l’enseignement universitaire dont cet homme est coresponsable, de Laurent Mauduit qui démontre puissamment ces malversations en France (avec son livre révoltant « Les imposteurs de l’économie ») et de Steve Keen qui dénonce la même intoxication intellectuelle de nos meilleurs enfants (et du public) partout dans le monde (avec son livre formidable « L’imposture économique »), deux importants résistants contre ce dévoiement criminel de notre école par les escrocs qu’on appelle gentiment « la finance » ou « le capital ». On a aussi parlé du film bouleversant Inside Job, du ministre de l’économie Emmanuel Macron (banquier gouvernant carrément le pays qu’il ruine), du tirage au sort (bien sûr, mais ce n’est pas le plus important), d’auto-éducation populaire constituante, du parti de Pierre Larrouturou « Nouvelle Donne », et de Mélenchon :


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Pour approfondir ces sujets importants :

► « LES IMPOSTEURS DE L’ÉCONOMIE » de Laurent Mauduit :

Laurent Mauduit,

• Une bonne recension de ce livre important sur (l’excellent site) Le Grand Soir : Laurent Mauduit. Les Imposteurs de l’économie.
http://www.legrandsoir.info/laurent-mauduit-les-imposteurs-de-l-economie.html

• L’article de Laurent Maudit sur Tirole-l’imposteur-doublé-d’un-corrupteur (article important, prenez le temps de lire ça, c’est du journalisme digne de ce nom), sur Médiapart (abonnez-vous, ces donneurs d’alerte ont besoin de notre aide à tous, pour rester indépendants de « la finance ») :

Jean Tirole, prix Nobel des «imposteurs de l’économie»

|  Par Laurent Mauduit

Le Nobel a été attribué lundi au président et fondateur de l’École d’économie de Toulouse, l’un des principaux promoteurs en France de l’OPA de la finance sur l’enseignement et la recherche économique à l’université.

C’est, sans grande surprise, un concert de louanges qui a accueilli l’attribution du « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en l’honneur d’Alfred Nobel » – improprement appelé prix Nobel d’économie – au Français Jean Tirole. Du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, jusqu’à Jacques Attali, en passant par Najat Vallaud-Belkacem ou encore Valérie Pécresse, ce sont des applaudissements venus de tous les horizons qui ont salué le président et fondateur de l’École d’économie de Toulouse, par ailleurs professeur invité au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Jean Tirole.Jean Tirole. © (dr)

Avant de se laisser emporter par cet unanimisme émouvant et un tantinet franchouillard, mieux vaut savoir qui est l’heureux récipiendaire de cette récompense planétaire. Car le personnage suscite aussi beaucoup de controverses. Il est même celui qui a le plus contribué, en France, à l’OPA du monde de la finance et de l’assurance sur la recherche économique de pointe. Il est, dans notre pays, l’une des figures les plus connues de cette catégorie d’experts que j’avais baptisés dans un livre publié en avril 2012, les Imposteurs de l’économie (Éditions Pocket), dont Mediapart avait publié les bonnes feuilles (lire L’OPA de la finance sur la recherche économique). Et il n’y a guère que l’association Attac qui s’en soit souvenu, lundi, en publiant un communiqué à contre-courant : « Alors qu’un déluge de commentaires élogieux en forme de « cocoricos » se propage dans les médias, Attac déplore ce choix qui s’inscrit dans la lignée des prix attribués à Hayek, Friedman et autres économistes néolibéraux en grande partie responsables de la crise actuelle ».

Certes, tout cela ne transparaît nullement dans le communiqué officiel annonçant l’honneur fait à l’économiste français. Le jury du Nobel s’y est seulement borné à souligner qu’il entendait récompenser Jean Tirole pour son « analyse de la puissance du marché et de la régulation ». « Jean Tirole est l’un des économistes les plus influents de notre époque. Il est l’auteur de contributions théoriques importantes dans un grand nombre de domaines, mais a surtout clarifié la manière de comprendre et réguler les secteurs comptant quelques entreprises puissantes. (…) La meilleure régulation ou politique en matière de concurrence doit (…) être soigneusement adaptée aux conditions spécifiques de chaque secteur. Dans une série d’articles et de livres, Jean Tirole a présenté un cadre général pour concevoir de telles politiques et l’a appliqué à un certain nombre de secteurs, qui vont des télécoms à la banque », lit-on encore dans ce communiqué.

Dans la communauté des économistes français, la nouvelle risque pourtant d’être accueillie avec beaucoup plus de réserves. D’abord, parce que le jury du Nobel d’économie a pris la détestable habitude depuis plus de deux décennies de ne récompenser, à l’exception de Paul Krugman en 2008, qu’un seul courant de pensée, celui du néolibéralisme. Or l’économie n’est pas une science exacte mais une branche des sciences sociales, c’est-à-dire une discipline dont la richesse dépend du pluralisme de ses approches. Avec Jean Tirole, la détestable habitude se prolonge encore une année de plus.

Il y a une autre explication à la déception que ressentiront beaucoup d’économistes, qui tient à la personnalité même du récipiendaire. Car Jean Tirole est à l’origine – et toujours à la direction – de l’École d’économie de Toulouse, qui est la tête de pont au sein de l’université française des courants de pensée libéraux ou ultralibéraux en économie. Plus que cela ! C’est lui, effectivement, qui a joué les précurseurs pour inviter le monde de la finance à sponsoriser la recherche économique.

Dans ce livre sur Les Imposteurs de l’économie, je m’étais certes intéressé à beaucoup d’autres économistes que lui. J’avais surtout cherché à montrer comment la crise financière avait suscité aux États-Unis un large débat public, alimenté notamment par le documentaire Inside Job, sur l’honnêteté et l’indépendance des économistes. Mais j’observais qu’en France, aucune enquête sérieuse n’avait encore eu lieu sur le même sujet (lire ici mon billet de blog).

En m’appuyant sur des premiers travaux, notamment ceux de l’économiste Jean Gadrey, j’avais cherché à établir la liste des économistes français qui arguent de leur qualité d’universitaire pour monopoliser les débats publics, notamment sur les plateaux de télévision, mais qui cachent le plus souvent qu’ils siègent dans des conseils d’administration de grandes banques, de compagnies d’assurance –ce qui est interdit par la loi –, ou alors qui mènent des missions rémunérées par elles –,ce qui est également interdit par la loi si l’intéressé n’en formule pas la demande auprès de son autorité hiérarchique. Dans cette enquête, je me suis donc attardé sur des personnalités telles que Daniel Cohen,  Jean-Paul Fitoussi, Jean-Hervé Lorenzi ou encore Olivier Pastré et leurs amis du Cercle des économistes (de la pensée unique !).

En somme, je m’étais appliqué à établir que le monde de la finance avait lancé une OPA sur le monde des économistes et que certains d’entre eux y avaient cédé, en devenant peu ou prou lobbyistes au profit de leurs discrets employeurs.

Pour bien souligner la gravité de cette évolution, je m’étais aussi appliqué à établir que le monde de la finance avait lancé une véritable OPA sur l’ensemble du secteur de la recherche économique de pointe en France et notamment sur les pôles d’excellence à l’Université. Et c’est la raison pour laquelle je m’étais alors intéressé à Jean Tirole. Voici donc ce que j’écrivais dans Les Imposteurs de l’économie sur l’École d’économie de Toulouse et, par contraste, sur sa grande rivale, l’École d’économie de Paris. Cela ne permet pas de cerner les travaux personnels de Jean Tirole. Mais avec le recul, c’est utile pour quiconque veut comprendre l’importance qu’il a acquise dans le monde de l’enseignement et de la recherche économique en France.

               ———————————————————-

C’est peu dire en effet que le monde de l’économie, et donc celui de l’enseignement et de l’Université vivent depuis quelques années une sorte d’épidémie, comme si un virus s’était propagé dans l’ensemble des secteurs de l’Université chargés de l’enseignement de l’économie – ces secteurs qui paraissaient précisément le plus protégés de ces funestes évolutions pour n’obéir qu’à une seule logique, celle de la recherche et du savoir. Ce n’est pas le virus des « subprimes », mais c’est tout comme. Par commodité, appelons-le le « virus Tirole ».

Dans la galaxie de l’Université, l’économiste Jean Tirole occupe une place à part. Avec Jean-Jacques Laffont (1947-2004), qui jouissait d’une grande notoriété pour ses travaux sur la théorie des incitations et de la régulation, il est à l’origine de l’École d’économie de Toulouse – la célèbre Toulouse School of Economics (TSE) – qui est indéniablement l’une des très grandes réussites françaises, avec l’École d’économie de Paris (PSE).

Grand spécialiste de l’économie industrielle, récipiendaire de la médaille d’or du CNRS, Jean Tirole est l’un des plus grands économistes français, l’un des plus talentueux. Mais disons-le franchement, c’est aussi l’un des plus inquiétants, car c’est lui, à Toulouse, qui a fait entrer le plus spectaculairement le loup dans la bergerie, ou plutôt la finance dans le monde de l’Université. Il a donné l’exemple, que d’autres universités ont suivi. Ce qui est à l’origine d’une véritable implosion de l’enseignement de l’économie et de la recherche.

Le virus Tirole

C’est en effet l’Institut d’économie industrielle (Idei), ancêtre de la Toulouse School of Economics qui, au début des années 90, a avancé en éclaireur, en nouant des partenariats avec des entreprises pour créer et financer une fondation abritant des enseignants- chercheurs disposant de compléments de salaire par rapport aux rémunérations publiques et couvrant de nouveaux secteurs de recherche, souhaités notamment par les entreprises. Ou alors pour financer directement une chaire d’enseignement spécifique.

Marchant sur ces brisées, de nombreuses universités ont créé à leur tour des structures semblables, profitant de financements publics mais aussi de capitaux privés. Aux quatre coins de la France, des fondations ont donc vu le jour ou des chaires financées par le privé ont éclos. Mais dans cette « financiarisation » de l’enseignement de l’économie, Toulouse a toujours gardé cent coudées d’avance sur les centres rivaux.

Le drame, c’est que le processus est invisible ; il est souterrain. Tous les nouveaux centres qui prospèrent affichent l’ambition d’être des pôles d’excellence. Et tous les critères de validation, propres à toute recherche scientifique, sont scrupuleusement respectés. Mais le monde de la finance s’est introduit, si l’on peut dire, dans le cœur du réacteur. La loi de 2006 sur la recherche, en organisant ce système de fondation financée par des fonds publics et des groupes privés voire même des mécènes, avec à la clef de très fortes défiscalisations, a brutalement accéléré cette privatisation à peine masquée de l’enseignement universitaire de pointe et de la recherche économique.

Certes, Jean Tirole conteste, bec et ongles, les effets corrupteurs de cette OPA de la finance sur le monde académique. Dans une tribune libre publiée par le journal Le Monde (11 décembre 2007), il a présenté un long argumentaire en défense de son école : « Et l’indépendance ? Bien que fortement financées par le secteur privé, les universités américaines sont non seulement des lieux de bouillonnement intellectuel intense, mais aussi des espaces de liberté extraordinaires. Peut-on craindre qu’il en soit différemment pour les universités françaises ? Je ne le crois pas. Tout d’abord, parce que, d’expérience personnelle, les entreprises respectent l’indépendance de l’Université. À l’avenir, elles financeront l’Université française collectivement pour avoir accès à des étudiants bien formés et des experts. Violer cette indépendance irait à l’encontre des objectifs recherchés. L’indépendance peut de surcroît être renforcée par la diversification des partenariats, la constitution d’un capital, le droit de publier librement, la validation des travaux par les grandes revues internationales (garantes de qualité) et la concurrence entre universités (frein aux dérives intellectuelles). »

Mais, ses arguments peinent à emporter l’adhésion car ils ne donnent qu’une faible idée de l’implosion du système universitaire qu’induisent ces partenariats déséquilibrés avec le privé. Pour en prendre la mesure, il suffit de parcourir un rapport au-dessus de tout soupçon, dont la presse n’a jamais parlé car il n’a pas été rendu public, celui que la Cour des comptes a consacré à cette école.

Ce rapport confidentiel de la Cour des comptes, le voici. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous :

Ecole d’economie de Toulouse: le rapport de la Cour des comptes by Laurent MAUDUIT

Le tapis rouge pour Axa et BNP

Dans ce rapport qui couvre les années 2007 à 2010, on mesure en effet que ce partenariat public-privé a pris une forme étrange. Tout a été fait par l’État pour que les grands groupes industriels et financiers soient aux postes de commande, presque à parité avec les organismes publics. C’est une privatisation, ou du moins une privatisation partielle de l’Université et de la recherche économique qui a été organisée.

L’École d’économie de Toulouse est gérée par une fondation du type de celle que la loi ultralibérale sur la recherche de 2006 a autorisée. Dénommée Fondation Jean-Jacques Laffont, cet organisme a été créé par des établissements publics prestigieux : le CNRS, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l’université Toulouse 1. Mais, plutôt que de garder la main sur leur « bébé » et de n’inviter des partenaires privés que de manière minoritaire, ces organismes ont tout fait, sous la houlette de Jean Tirole, pour que le privé entre en force dans la fondation, pour qu’il en partage la gouvernance et les financements.

Les apports financiers prévus sur la période 2007-2012 pour financer la Fondation et les 140 chercheurs qu’elle abrite au sein de l’école en témoignent : 42,8 millions d’euros proviennent de l’État, 0,825 des fondateurs, et 33,4 millions des entreprises privées. À titre d’illustration, pour la seule année 2010, l’État a apporté 7,5 millions d’euros, les fondateurs 0,165 et le privé 6,825 millions d’euros.

En clair, les portes de TSE, à la pointe de la recherche économique en France, ont toutes grandes été ouvertes au privé. Le groupe Axa a ainsi apporté 600.000 euros ; EDF 500.000 euros ; Electrabel (filiale de GDF Suez) 600.000 euros ; la Caisse des dépôts 600.000 euros ; BNP Paribas 600.000 euros, La Poste 300.000 euros ; Crédit Agricole 600.000 euros, Total 600.000 euros et France Télécom 250.000 euros.

La gouvernance de la fondation est presque identique. Les financeurs privés détiennent des sièges au conseil pratiquement à parité avec les fondateurs. Outre Jean Tirole, qui préside, et deux personnalités qualifiées, les membres du conseil au titre des fondateurs sont au nombre de six ; et les membres représentant les entreprises sont au nombre de cinq, en l’occurrence les représentants d’Exane, de GDF Suez, de France Télécom, du Crédit Agricole et de BNP Paribas.

En somme, une bonne partie des « gestionnaires » de la recherche économique de pointe en France sont des entreprises privées, et notamment des banques. Des établissements privés qui ont bien sûr importé le fonctionnement du privé au sein de l’école.

La Cour des comptes mentionne cet état de fait notamment dans le cas des rémunérations. Alors que le traitement d’un professeur d’université en fin de carrière avoisine les 5.000 euros net par mois, les bénéficiaires d’une « chaire senior » à l’École de Toulouse profitent de rémunérations financées par la fondation qui oscillent entre « 21.000 et 80.000 euros ». Ces rémunérations, note la Cour des comptes, résultent d’une « négociation de gré à gré entre la direction de TSE et les intéressés », dans des conditions de discrétion « proche de l’opacité».

À cela s’ajoute une rémunération au mérite, grâce à des primes attribuées aux chercheurs qui publient dans les meilleures revues internationales. Ces primes ont atteint un montant proche de 700.000 euros en 2010 pour les 140 chercheurs. Soit 5.000 euros en moyenne. Mais les deux tiers des chercheurs n’en perçoivent pas. Autrement dit quelque 46 chercheurs se partagent la somme, soit plus de 15.000 euros chacun. « Les bénéficiaires d’une chaire junior se voient proposer des rémunérations de 35.000 à 42.000 euros par an (soit près du double de la rémunération d’un maître de conférences en début de carrière), plus 10.000 euros de frais de recherche », note encore la Cour des comptes.

En bref, c’est une bombe qui a été logée au sein de l’Université française. Une bombe qui risque de conduire à un éclatement de l’Université dans les disciplines économiques : avec une université de luxe, sous la coupe du privé, disposant de professeurs et de chercheurs profitant des rémunérations considérablement supérieures à celles de la fonction publique ; et une université du pauvre, abandonnée au public, avec des professeurs sous-payés.

(…) Mais les conséquences de cette privatisation pas même masquée vont encore au-delà car ce système induit un type de recrutement de chercheurs bien particuliers. On se doute en effet que les économistes spécialistes de l’exclusion sociale ou des inégalités ont assez peu de chances de faire carrière à Toulouse. En tout cas, ils ont moins de chances que les chercheurs dont les inclinaisons sont plus libérales et les thématiques de recherches davantage liées aux marchés financiers. Survenu à la rentrée universitaire 2009, un recrutement à Toulouse est particulièrement illustratif de ce phénomène, celui d’Augustin Landier.

Dans les allées poisseuses du CAC 40

Diplômé de l’École normale supérieure, agrégé de mathématiques et titulaire d’un doctorat d’économie au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), il a fondé un hedge funds à New York avant de passer au Fonds monétaire international pour finalement atterrir à la Toulouse School of Economics. Trader autant qu’économiste, spéculateur autant que théoricien, Augustin Landier est le symbole vivant de ce dangereux effacement des frontières entre la finance et l’Université. Il est même devenu l’une des coqueluches de TSE et n’a pas attendu bien longtemps avant d’être coopté au Conseil d’analyse économique.

(…) Mais, une autre série de conséquences est également prévisible : ce ne sont plus les critères académiques, ou en tout cas plus seulement eux, qui président aux choix de l’attribution des financements à tel ou tel pôle. Désormais, les sponsors privés détiennent une bonne partie de la décision. Même entre les différents pôles d’excellence, ils peuvent ainsi privilégier un type de recherche plutôt qu’un autre. Avantager par exemple la recherche sur toutes les thématiques qu’affectionne le monde de la finance et désavantager les recherches liées à une meilleure régulation de l’économie.

Les promoteurs de la privatisation, Jean Tirole en tête, récusent cette dérive. Ils font valoir que le secteur privé cofinance les fondations – celle de Toulouse comme les autres qui ont ensuite vu le jour – mais qu’il y a une frontière étanche entre la gestion et les contenus scientifiques. C’est sa ligne de défense. C’est aussi une fable. Et il n’est pas difficile d’en établir la démonstration.

Prenons un autre exemple, tout aussi prestigieux, celui de l’École d’économie de Paris (PSE), créée en décembre 2006 et qui est gérée de la même manière, c’est-à-dire par l’entremise d’une fondation où sont représentées de grandes institutions publiques (l’École normale supérieure, l’École des hautes études en sciences sociales, le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la recherche économique et de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne) mais aussi des groupes privés, dont AXA et Exane.

(…) En apparence, PSE, qui accueille quelque 150 enseignants-chercheurs et économistes donne l’impression de s’être tenue à l’écart des dérives de son homologue de Toulouse. L’École de Paris a ainsi veillé à ce que les entreprises privées qui financent la fondation ne disposent que de trois sièges au conseil d’administration, dont le président est Roger Guesnerie, professeur au Collège de France. PSE se tient donc à distance raisonnable du monde de la finance, qui a été associé au projet mais qui n’en a pas pris le contrôle.

Cette situation tient en grande partie à la personnalité du premier directeur de l’école, Thomas Piketty. Farouchement jaloux de son indépendance, très peu enclin aux mondanités – contrairement à nombre d’autres économistes –, le jeune chercheur s’est détourné de ses recherches quelques mois fin 2006-début 2007 pour porter le projet et trouver des financements privés. Mais, passant le relais à un autre économiste, François Bourguignon, ex-chef économiste de la Banque mondiale, il est retourné à ses études sitôt l’école créée, début 2007, suscitant la colère de certains des sponsors, dont Henri de Castries, le patron d’Axa. La mini-crise qui a émaillé la naissance de l’École d’économie de Paris a contribué, elle aussi, à mettre un peu de distance entre la prestigieuse école et ces sponsors privés. Pour des raisons de fond comme de circonstance, l’OPA sur l’École d’économie de Paris, peut sembler avoir échoué.

Pourtant, là encore, on peut sans trop de difficultés constater que le système mis en place à partir de 2006 a eu des conséquences néfastes sur cet établissement.

D’abord, par cette loi de 2006, les chercheurs ou les économistes ont été sommés d’arpenter les allées, parfois poisseuses, du CAC 40 pour faire la manche. Ce qui est naturellement malsain ou humiliant (…) Mais il y a plus préoccupant : face à Toulouse qui a avancé à marche forcée dans ce processus de privatisation, l’École d’économie de Paris a cherché à défendre son indépendance. Mais, elle l’a fait dans des conditions de plus en plus difficiles comme le souligne cet autre rapport confidentiel de la Cour des comptes, couvrant exactement la même période 2006-2009.

Ce rapport confidentiel, le voici. On peut le télécharger ici ou le consulter ci-dessous:

Ecole d’economie de Paris: le rapport de la Cour des comptes by Laurent MAUDUIT

33 millions pour Toulouse, 2 millions pour Paris

(…) La plus spectaculaire illustration de cette inégalité, ce sont les financements que PSE a trouvés en quantité beaucoup plus faible que ceux de TSE. Alors que Toulouse est parvenue à lever 42,8 millions d’euros provenant de l’État, 0,825 des fondateurs, et 33,4 millions des entreprises privées, l’École de Paris n’a obtenu en comparaison qu’une misère : l’État a apporté 20 millions d’euros en 2007, les fondateurs (École normale supérieure, CNRS, EHESS, Paris I…) 300.000 euros et les groupes privés seulement… 2,375 millions d’euros, fournis notamment par Axa et Exane (un groupe financier lié à BNP Paribas). Et même si l’on ajoute à ces sommes près de 20 millions d’euros générés par des apports immobiliers en faveur de PSE, le magot global de l’école ne dépasse pas 45 millions d’euros.

Au total, les grands groupes privés ont apporté 33,4 millions d’euros à TSE et seulement 2,375 millions à PSE. Dans la disproportion spectaculaire des chiffres, on comprend sur-le-champ les risques induits par cette privatisation rampante de la recherche et de l’enseigne- ment de pointe en économie : le secteur privé – les grandes banques, les groupes d’assurance ou quelques mastodontes industriels – a la faculté de favoriser un pôle d’excellence plutôt qu’un autre.

Triste mais logique ! Réputée plus à gauche et plus attachée à la régulation, l’École d’économie de Paris a trouvé beaucoup moins d’argent que Toulouse, réputée plus à droite et plus ouverte aux thèses libérales sinon ultralibérales. Imagine-t-on que le très réactionnaire patron d’Axa, Henri de Castries, subventionne de gaieté de cœur l’École d’économie de Paris et, du même coup, les travaux de Thomas Piketty qui dressent un formidable réquisitoire contre le monde inégalitaire dont le même Henri de Castries est l’un des symboles ?

Assez logiquement, des groupes comme Axa ou BNP Paribas adorent l’économiste Augustin Landier et les thématiques libérales et réactionnaires sur lesquelles il travaille, et ont en horreur Thomas Piketty, et les thématiques progressistes qui inspirent ses travaux. On devine sans grande peine qu’Henri de Castries ne doit par exemple pas être un adepte de la « révolution fiscale » dont Thomas Piketty est le premier et plus fougueux partisan.

Épilogue de cette histoire, d’ailleurs prévisible : fin 2010, Henri de Castries a annoncé qu’il ne sollicitait pas le renouvellement de son mandat de membre du conseil d’administration de PSE. Et en janvier 2011, le patron d’Exane, Nicolas Chanut, a adressé une lettre véhémente à tous les administrateurs de PSE pour leur annoncer que lui aussi tirait sa révérence et ne siégerait plus au conseil.

Le plus invraisemblable dans cette affaire, c’est que le rapport de la Cour des comptes ne cherche même pas à identifier les racines de la faiblesse des apports privés en faveur de PSE ni même ses possibles dangers. Se bornant à l’aspect comptable des choses, qui relève de son champ de compétence, la Cour déplore que l’École d’économie de Paris n’ait pas su lever plus de fonds auprès de… bailleurs privés ! « La Cour recommande plus particulièrement que la fondation accroisse fortement son capital par la levée de fonds privés, afin d’augmenter le produit de ses placements », dit-elle en conclusion, sans mesurer l’ineptie du constat.

Dans ce monde où la finance détient toutes les commandes, les inégalités entre PSE et TSE ne se jugent pas seulement à l’aune de ces dotations. À la différence de son homologue de Toulouse, l’École d’économie de Paris est aussi confrontée à d’inextricables difficultés dans la rémunération des économistes qui y travaillent. Car elle ne peut pas offrir les mêmes avantages. L’École de Paris – c’est tout à son honneur ! – n’a pas voulu copier le système de rémunération mis en œuvre à Toulouse, qui dynamite les modes de rémunération qui ont cours à l’Université. PSE a juste choisi d’abonder les rémunérations publiques des chercheurs, en leur versant des compléments, le plus souvent modestes. Certains enseignants- chercheurs sont également invités à dispenser chaque mois un ou deux jours de cours ou de formation dans des enceintes publiques (Banque de France…), ce qui leur garantit un complément de ressources.

Que faire d’autre ? Face aux pratiques anglo-saxonnes, les rémunérations publiques françaises sont si faibles que PSE perdrait certains de ces économistes, qui seraient alors tentés de partir à l’étranger, si une solution de complément de salaire n’avait pas été trouvée.

Le rapport de la Cour des comptes détaille les rémunérations de PSE : de 1.000 à 2.000 euros net par mois pour deux cours de masters de 24 heures dans l’année pour les titulaires de chaire associée ; 3.600 euros net pour un cours de masters de 24 heures pour les professeurs associés ; 2.600 euros par mois pour les doctorants et 4.000 euros par mois pour les post-doctorants… En clair, PSE est à la traîne par rapport à TSE.

Mais ce système est, en vérité, hypocrite. Car l’École d’économie de Paris n’est pas une oasis. Et dans un monde où la finance a tout perverti, elle y a été happée, elle aussi, et elle doit trouver sans trop le dire d’autres subterfuges pour que ses chercheurs soient rémunérés au-delà de ce que l’Université offre ordinairement à ses professeurs.

(…) Ce système de rémunération présente un aspect alarmant parce qu’il n’est pas publiquement assumé par la puissance publique, parce qu’il est en rupture avec les grilles de rémunérations publiques. Les économistes de PSE n’en sont pas directement responsables. C’est la logique infernale de l’État pauvre qui pousse l’école à pratiquer le système « D » au cas par cas. Terrible logique ! En conduisant une politique d’austérité, l’État fait cause commune avec les milieux de la finance qui veulent mettre la main sur les pôles d’excellence de la recherche économique française.

(…) Quoi qu’il en soit, tout se cumule, les dotations aussi bien que les rémunérations, pour que PSE soit désavantagée par rapport à TSE ; et plus encore les autres universités, par rapport à ces pôles d’excellence. L’État asphyxie les uns ; la banque ou l’assurance financent les autres… Oui, tout se cumule, en bout de course pour que les recherches libérales sur des thématiques proches de la finance ou de l’industrie soient beaucoup plus nombreuses que les recherches sur des thématiques plus citoyennes. En bref, quoi qu’en dise Jean Tirole, c’est la finance qui a pris le pouvoir. Et même si PSE traîne des pieds – et il faut l’en féliciter –, la finance est en passe de gagner la partie.

Laurent Mauduit.

Source : Médiapart, http://www.mediapart.fr/journal/france/131014/jean-tirole-prix-nobel-des-imposteurs-de-l-economie?onglet=full

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► « L’IMPOSTURE ÉCONOMIQUE » de Steve Keen :

Steve Keen,

• Une recension intéressante de ce livre important par Alain Granjean (qui produit lui aussi, d’ailleurs, un travail important, sur la relation fondamentale entre « Chômage et monnaie ») :
Steve Keen un évènement à ne pas rater
http://alaingrandjean.fr/2014/08/13/steve-keen-un-evenement-a-ne-pas-rater/

• Une autre recension intéressante, par Dan Israël sur Médiapart :
« L’imposture économique », le livre qui ébranle la pensée néolibérale
http://www.mediapart.fr/journal/economie/071014/limposture-economique-le-livre-qui-ebranle-la-pensee-neoliberale?onglet=full

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► « MARAT » de Jean Massin :
Jean Massin,

Ne ratez pas ce livre épatant.
L’icône emblématique des 99%, ce devrait être Marat, authentiquement l’Ami du peuple, dévoué et incorruptible
(et Voltaire l’icône des 1%, banquiers, négriers et marchands d’armes, menteurs, voleurs et assassins au besoin).

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► « LES CHAÎNES DE L’ESCLAVAGE » de Marat :
Marat,

Texte intégral des « chaînes » sur (l’indispensable site de l’)UCAQ : http://classiques.uqac.ca/classiques/marat_jean_paul/chaines_esclavage/chaines.html

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► Rappel de l’extrait de « Ce soir ou jamais » qui fait sur Internet, par buzz, ce que les médias mainstream refusent de faire : semer à grande échelle la graine d’idée émancipatrice de la traîtrise systémique de nos prétendus « représentants » et DONC de l’importance radicale de notre auto-éducation populaire constituante :
https://www.facebook.com/video.php?v=10204569192140196&set=vb.1545684073&type=3&theater
(1 270 000 vues pour ce seul post facebook, fin octobre…)

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► « INSIDE JOB » le documentaire qui PROUVE la trahison de « grands » universitaires « économistes », littéralement prostitués aux banques (la fin est stupéfiante !) :

Importance cruciale de notre entraînement populaire AVANT le prochain « match » : l’exemple très parlant de la TUNISIE

Merci Benoît.
(Sacré virus, celui-là, hein ? )
Faites passer

Élection vs tirage au sort : l’objection de la CORRUPTION

Pour argumenter sur la CORRUPTIBILITÉ COMPARÉE entre les élus et les tirés au sort, pensez à comparer les CONTRÔLES respectifs des représentants :

• Comment sont contrôlés les représentants élus (puisqu’on est censés les contrôler au moment de leur désignation, et donc leur faire confiance ensuite) ?

• Comment sont contrôlés les représentants tirés au sort (puisqu’on est censés ne PAS les contrôler au moment de leur désignation, et donc NE PAS leur faire confiance ensuite) ?

Et là, vous allez faire voir (et démontrer) l’évidence que le tirage au sort, avec ses nombreux contrôles, permanents et rigoureux, certes ne sera pas parfait (personne ne dit cela, personne), mais sera beaucoup mieux (pour les 99%, au moins) que l’élection (de maîtres, surtout constituants donc hors contrôle) :

(Merci Benoît, pour ce petit extrait, certainement plus viral que la grande originale.)

Faites passer.