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[Chez Ruptures, en défense ardente des #GiletsJaunesConstituants] Macron, Union européenne, médias mainstream…

Le week-end dernier, à Paris, j’ai rencontré deux jeunes gens de Ruptures, l’important journal de résistance au régime illégitime européen.

En voici la trace, dans cet article et cette vidéo, synthèse assez complète de ce que je pense du mouvement formidable — historique et exemplaire — des #GiletsJaunesConstituants.

Extraits 🙂 :

«Sur les ronds-points, les Gilets jaunes font ce que nous devrions tous faire, ils sortent de chez eux, ils arrêtent de regarder la télé, ils refont société»

«Joffrin, Aphatie, Barbier et toute la bande des voleurs de parole sont des couards […] ils ne sont pas capables de me prendre en face-à-face pour discuter du fond»

«L’Union européenne est à mon avis un projet d’occupation, il faut voir le travail remarquable de François Asselineau là-dessus».

Bonne lecture à tous

Étienne.

PS : je serai le 7 janvier à Paris (chez Taddéï), le 12 à Nice, le 14 à Marseille (théâtre Toursky), le 18 à Toulon, le 20 à Avignon, les 24, 25 et 26 à Paris, du 7 au 10 février en Bretagne… 

Vie de fou, mais période passionnante. 

En théorie et en pratique, on grandit ensemble, on devient des adultes politiques. 

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Bon courage à tous 🙂


https://ruptures-presse.fr/actu/gilets-jaunes-macron-union-europeenne-medias-mainstream-entretien-etienne-chouard

Le mouvement des Gilets jaunes a éclaté mi-novembre 2018. Parti à l’origine de la colère contre une taxe écologique supplémentaire sur les carburants, cette mobilisation, totalement inédite et remarquablement déterminée, a très vite associé les exigences sociales et démocratiques.

En haut de la liste des revendications prioritaires des Gilets jaunes, figure en particulier le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), une idée qu’Étienne Chouard, professeur d’économie et de droit, a largement contribué à populariser.

Ruptures a rencontré ce blogueur citoyen, qui s’est notamment fait connaître dans la campagne pour le Non au projet de Constitution européenne, en 2005. Il est aujourd’hui considéré comme une référence du mouvement des Gilets jaunes, et fait l’objet d’attaques virulentes de la part de la presse dominante.

Il s’exprime ici sur la mobilisation et ses enjeux, sur l’Europe contre la souveraineté, et sur les perspectives possibles pour 2019. Entre autres sujets abordés lors de l’entretien, Étienne Chouard revient sur le concept de « souveraineté européenne » porté par Emanuel Macron (à partir de 31 min 16 sec).

Sur les péages d’autoroute, sur les ronds-points comme dans les manifestations souvent improvisées, le drapeau tricolore et la Marseillaise ont fait partout leur apparition caractérisant l’état d’esprit des citoyens mobilisés, et largement soutenus, qu’on pourrait résumer par ce slogan « nous sommes le peuple ».

Lors de l’entretien, Étienne Chouard a notamment réagi aux intentions de certains d’inscrire le mouvement des Gilets jaunes aux élections européennes de mars 2019.

Lire aussi, sur Ruptures : Gilets jaunes : la genèse d’un mouvement qui pourrait marquer l’Histoire de la France

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156832239797317

Je m’expliquais dimanche dernier à Bruxelles chez Michel Collon (sur sa chaîne d’info « Michel Midi »), à propos des Gilets jaunes, du RIC, des calomnies à mon sujet, des médias…

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« (Macron) est un gredin, un voleur, un criminel ! » – Invité chez Éric Morillot (Les Incorrectibles, Sud Radio)

J’aime bien le format « ping pong rapide », en fait ; ça complique un peu la tâche pour développer sa pensée, mais c’est un format complémentaire des exposés en conférence, nettement plus tonique — un peu risqué aussi, parce qu’on peut s’emporter et prononcer des mots qu’on pourrait regretter et qui sont pourtant enregistrés.

Il faudrait un peu plus de temps, quand même, sur des sujets aussi importants et riches en détails décisifs.

Je dis un grand merci à Sud Radio. Je trouve certains commentaires (sous la vidéo) très injustes avec un des seuls médias qui, précisément, me permettent de me défendre en public et en direct (sans tricher). C’est normal qu’ils me rentrent dans le lard, et ils ne sont pas malveillants : il faut que les points problématiques soient évoqués et traités, et leurs questions m’ont permis d’en évoquer beaucoup.

Certes, il aurait fallu plus de temps, ce qui leur aurait permis de poser leurs questions plus lentement, et d’attendre que j’ai répondu à chacune d’entre elles — et à moi de parler un peu plus calmement 🙂 Mais globalement, ce sont des émissions comme celle-là dont nous avons besoin. Je dis un grand merci à Éric Morillot, et j’espère à bientôt ; avec Raphaël Enthoven ce sera assurément passionnant 🙂

Étienne.

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Edit : Un des #GiletsJaunesConstituants nous a mitonné un bon petit résumé, en seulement 11 minutes , de la première partie de l’émission de @SudRadio 🙂 :

Rendez-vous sur Sud Radio dimanche prochain, 30 déc. 2018 de 13h à 14h

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Rendez-vous avec Michel Collon dimanche prochain, 30 déc. 2018, de 12h à 13h

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[#GiletsJaunesConstituants] Entre le peuple et les ennemis du peuple, je suis heureux d’être à ma place

Je ne lis même plus le mépris et la détestation radotante des prétendus « journalistes » vendus aux riches. Je préfère les débats ouverts et constructifs avec les gilets jaunes sur leurs ronds-points, pour imaginer ensemble d’abord, et puis surtout, ensuite, vouloir ensemble une société mieux instituée, par nous-mêmes.

Je viens d’envoyer ce message à un ami, Philippe Pascot, qui me demandait si je tenais le coup :

Oui [je tiens le coup].

Le jour (ronds-points, péages, conférences salles combles), je rencontre des milliers de pauvres gens reconnaissants, passionnants, admirables et très affectueux… Tout ça est très émouvant, très enthousiasmant…

Et le soir, en rentrant à l’hôtel ou chez mes hôtes, à 2 ou 3 h du matin, épuisé de ces nombreuses rencontres chaleureuses et fraternelles de la journée, je lis rapidement les nouvelles et je découvre chaque nuit que tous les journaux de mon pays me présentent comme l’ennemi public n°1, un manipulateur, un idiot ou un facho…
• Sans jamais m’avoir appelé auparavant ( ! ),
• en remâchant de vieux ragots mensongers et malveillants,
• sans rien dire de mon travail sur le fond,
• et surtout sans m’offrir la moindre possibilité de me défendre loyalement ( !! ).
C’est consternant, la bassesse des prétendus « journalistes » en France en 2018.

Alors, je réfléchis, et je vois bien que je suis heureux d’être du côté des pauvres gens, je décide de me foutre de tout l’attirail de mensonges et de perfidies que déploient les ennemis du peuple à travers les journaux qu’ils ont achetés pour ça : je me fais du mal pour rien à lire leurs calomnies, il faut que j’arrête de lire ça, alors que je grandis et progresse à toute vitesse avec les honnêtes gens, les petites gens qui cherchent enfin à instituer eux-mêmes leur puissance de résister aux injustices.

Ce qui se passe est historique, il me semble.

Merci à toi, ami Philippe, pour tout ce que tu fais.

Étienne.

#GiletsJaunesConstituants

#LesMédiasMentent

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[RIC POUR LES GILETS JAUNES (et les autres)] Les mœurs des « journalistes » en France, en 2018, avec les vrais opposants, c’est 2 qui tiennent et 3 qui cognent… et un bâillon pour qu’il se taise… Je demande le droit de nous défendre loyalement : en direct et en face à face

Je me fais une très haute idée de la fonction de journaliste. J’ai été très marqué par l’imaginaire de l’époque de la Révolution française, où les journalistes étaient considérés comme « les sentinelles du peuple ». Déjà, à Athènes, il y a 2500 ans, les citoyens, pour pouvoir tous jouer le rôle de « sentinelles de la démocratie », tenaient plus que tout à l’iségoria (droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos) car ce droit de parole permettait à chaque citoyen de chercher et surtout de dénoncer tous les éventuels complots contre la démocratie, pour la protéger. Grâce à l’iségoria, la démocratie était plus forte, la démocratie avait les moyens de se défendre contre les intrigants, contre les comploteurs.

Aujourd’hui, le croiriez-vous, les « journalistes » (ou en tout cas un grand nombre d’entre eux) traquent les lanceurs d’alertes comme des malfaiteurs, qu’ils appellent des « complotistes »… c’est-à-dire que les « journalistes », au lieu de protéger les citoyens vigilants (et d’en faire partie eux-mêmes !), les martyrisent ! On marche sur la tête.

#LeTermeComplotisteEstUneInsulteÀLintelligenceCritique

Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre le lien direct entre cette profonde perversion (mise à l’envers) de la fonction de journalisme et l’appropriation de tous les journaux par les plus riches (9 milliardaires ont acheté, comme on achète des bagnoles ou des baraques, TOUS les journaux du pays ; c’est une catastrophe, l’opinion n’est plus éclairée mais intoxiquée).

Par ailleurs, je constate à mon sujet que les mœurs des « journalistes », avec les opposants au système de domination parlementaire (à mon avis frauduleusement nommé «Gouvernement représentatif»), deviennent d’une brutalité et d’une déloyauté crasses : car enfin, depuis deux ou trois jours, tous les éditocrates de mon pays publient des « portraits » de moi comme si j’étais l’ennemi public n°1, fourbe, dangereux, complotant dans l’ombre, « trouble » (sic), « sulfureux » (resic), tissant sa toile (reresic)… (sans s’en rendre compte, mes accusateurs sont d’ailleurs précisément ce qu’ils dénoncent : « complotistes »…), mais sans m’avoir jamais appelé avant pour connaître ma version (les seuls à m’avoir appelé avant sont les journalistes de France Info, qui ont d’ailleurs écrit sur moi un article moins mensonger que les autres), sans m’avoir prévenu, et surtout sans me laisser la moindre chance de me défendre, sans me permettre d’expliquer la sottise et la fausseté de toutes ces accusations invraisemblables, et surtout sans jamais confronter nos arguments de fond.

J’ai demandé, sur Twitter, aux premiers de ces éditorialistes calomniateurs un débat à la loyale, en direct, face à face et sur le fond (des problématiques de la souveraineté, de la représentation, de l’initiative des peuples dans les lois auxquels ils consentent à obéir, de choses sérieuses, quoi), plutôt que sur des ragots extravagants qui tournent en boucle dans le milieu fermé des prétendus « antifas », dont tout laisse à croire que leur mission réelle est d’entretenir à gauche une profonde zizanie, à l’aide d’une redoutable police de la pensée ; zizanie qui coupe le peuple en morceaux et qui le condamne éternellement à l’impuissance (électorale).

Chacun commence à comprendre que de débat loyal sur le fond, ils n’en veulent pas. Serait-ce parce que tous ces éditorialistes n’auraient pas d’argument solide (et avouable) contre le RIC ? et qu’ils sont donc réduits à s’en prendre lâchement au messager, dans son dos et sans lui permettre de se défendre ?

Je demande un droit de réponse loyal à ceux qui me calomnient.

Mais leur problème principal , c’est que, quoi qu’ils décident à propos de mon droit de réponse, en l’occurrence tuer le messager ne suffira plus, car il y a désormais dans le pays DES CENTAINES d’autres messagers tout aussi compétents et bons orateurs (c’est-à-dire respectueux des autres) pour prendre ma place : ce qui est né en France, avec les Gilets jaunes et le RIC comme première marche intellectuelle vers une aspiration populaire à un processus constituant populaire (débarrassé des professionnels de la politique), c’est une prise de conscience contagieuse, à la base de la société, que le niveau constituant est le meilleur pour engager les luttes sociales : le niveau législatif est mauvais pour nous émanciper car 1) il nous enferme dans une impuissance politique qui est verrouillée à un niveau supérieur, inaccessible, et 2) il nous empêche de fraterniser contre l’oppression des riches du moment par des disputes sans fin sur des sujets secondaires.

Le niveau législatif, celui où l’on décide quelles sont les lois qu’il nous faut aujourd’hui, thème par thème, est celui des disputes sans fin, alors que le niveau constituant, celui où l’on décide comment l’on va mettre au point les lois, qui va nous représenter, avec quel mandat, sous quels contrôles et avec quelles possibilités de révocation, ce niveau constituant est celui de la concorde facile car la plupart de nos aspirations y convergent, que nous soyons de droite, de gauche ou d’autre chose : tout le monde comprend à toute vitesse que NOTRE CAUSE COMMUNE, la cause commune des 99% partout sur terre, c’est : « NOUS VOULONS INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PROPRE PUISSANCE ».

Il me semble que ce pourrait être la devise des Gilets Jaunes du monde entier.

Cette mutation universellement contagieuse va tout changer : les électeurs enfants sont en train d’aspirer à devenir citoyens constituants, et ils n’auront pas à le demander à leurs maîtres : il leur suffira de le vouloir vraiment, ensemble. Étienne de la Boétie l’avait excellemment prédit : soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres.

Je peux me tromper, bien sûr, et je passe mon temps à chercher des contradicteurs pour trouver mes erreurs et progresser, mais il est extravagant de me faire passer pour un tyran qui avancerait masqué. Extravagant.

Je vais reproduire à la fin de ce billet un message important que j’avais rédigé en novembre 2014 (il y a 4 ans déjà), où je faisais le point sur les accusations à propos de Soral. Vous jugerez. Je souligne simplement que, personnellement, je ne parle JAMAIS de Soral, absolument jamais, et que, par contre, tous ceux qui m’accusent de le fréquenter (ce qui n’est pas vrai), eux, en parlent tout le temps… comme si c’était ces imprécateurs eux-mêmes qui étaient chargés de la promotion quotidienne du personnage qu’ils prétendent combattre.

Bref, devant ce torrent de haine recuite, tournant en boucle et auto-entretenue, de la part des « grands » éditorialistes du pays, je me dis que, finalement, être ainsi craint par ces gens-là, c’est un peu comme une Légion d’honneur, une marque de vraie résistance : il semble donc que je ne sois pas, moi, une opposition contrôlée (Cf. 1984 d’Orwell : une opposition dont le pouvoir n’a rien à craindre).

Finalement, il est assez logique que je sois détesté par cette bande de détestables : je rappelle que tous ces « journalistes » (ce sont les mêmes propagandistes qui défendaient tous le Oui pour le référendum contre l’anticonstitution européenne en 2005 et qui étiquetaient déjà « extrême droite » tous leurs adversaires défenseurs du Non, pour ne pas avoir à leur répondre sur le fond), tous ces « journalistes » qui me traitent de « facho », donc, défendent ardemment, depuis 40 ans (depuis le début des années 1980), à la fois le fléau du néo-libéralisme et celui du libre-échange, la catastrophe absolue qu’est la libre circulation des capitaux et donc l’évasion fiscale, les délocalisations et la désindustrialisation du pays, la dérégulation financière et la dépossession des États du pouvoir de création monétaire, le transfert scandaleux de la souveraineté nationale (qui ne leur appartenait pourtant pas) à des institutions supranationales tyranniques hors contrôle et corrompues jusqu’à la moelle, la flexibilité et l’austérité, la désindexation des salaires et des retraites, la rigueur et les coups de ceinture pour les pauvres, les cadeaux somptueux et obscènes pour les plus riches, insatiables pompes à fric, véritables siphons à pognon privant la société des signes monétaires nécessaires à la prospérité, l’asphyxie financière des services publics pour en faire à terme des centres de profit privé, la vente à vil prix des biens publics rentables (autoroutes, péages, aéroports, barrages, industries stratégiques…) aux parrains maffieux qui les ont mis en place à leurs micros, et j’en passe… Il est assez logique que ces défenseurs du capitalisme déchaîné (et de son principal outil, la prétendue Union européenne) ne nous aiment pas et qu’ils nous craignent, moi et les Gilets jaunes devenant constituants.

Mille mercis à tous ceux qui me défendent comme ils peuvent, sur les réseaux sociaux et dans les conversations, il est facile de comprendre combien pour moi c’est émouvant.

Et notamment merci à ceux qu’on appelle les gentils virus démocratiques, dont j’observe tous les jours le dévouement au bien commun et à la démocratie qui vient.

Merci aussi à RT, Russia Today, la chaîne de télé russe qui assume désormais quasiment seule en France le service public de Résistance à l’oppression, en donnant la parole à tout le monde et en permettant de bons débats de fond sur des sujets importants. J’ai rencontré leurs équipes et j’ai été frappé par leur professionnalisme et leur rigueur. Probablement parce qu’ils n’ont aucun droit à l’erreur (le gouvernement et ses complices « journalistes » les traquent depuis leur création), et aussi peut-être parce qu’ils ne suivent pas, eux, un idéal lié au profit ou à la domination.

Merci aussi à François Ruffin, pour son courage. Ce qu’il a fait ne m’étonne pas de lui : il est profondément honnête. C’est sans doute l’homme politique que j’admire le plus dans mon pays (malgré quelques profonds désaccords, notamment sur la très nécessaire sortie de l’UE). J’espère que ses amis (qui sont aussi les miens, dans ma tête en tout cas) ne le martyriseront pas pour ce qu’il a dit de moi (qui n’est quand même pas si grave).

Bon, les Gilets jaunes, on continue d’apprendre à constituer, sur les péages et les ronds-points ? On se fout de ces voleurs de pouvoir, on ne leur demandera pas la permission pour s’émanciper de leur domination. Il faut par contre qu’on s’entraîne, hein ? Allez, à tout à l’heure !
(ce soir jeudi à Bordeaux, vendredi à Périgueux, samedi dans le Lot, dimanche à Brignoles, ou à Toulon je ne sais plus 🙂 )

Amitiés à tous (vraiment à tous).

Étienne.

#GiletsJaunesConstituant

#CeNestPasAuxHommesAuPouvoirDÉcrireLesRèglesDuPouvoir

#PasDeDémocratieSansCitoyensConstituants


Quand le message est trop fort, attaquer le messager…

Voici maintenant, ci-dessous, la copie du billet (important) que j’ai publié ici le 28 novembre 2014 (il y a déjà 4 ans) et où j’ai fait le point sur Soral :

Pour que les choses soient claires

Publié le 28 novembre 2014 | 286 commentaires

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

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Rappel : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?Controverses-et-droit-de-reponse

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ATELIERS POPULAIRES SUR LE RIC : PISTES IMPORTANTES POUR DÉMARRER

Chers amis,

Voici le document que j’ai créé pour vous, et distribué samedi et dimanche dernier (15 et 16 déc), à La Bouilladisse et à La Ciotat (formidables rencontres, inoubliables), pour vous aider dans vos premiers ateliers constituants sur le RIC (et les médias) :

• La colonne de gauche présente notre anticonstitution,

• la colonne du centre présente une proposition citoyenne vraiment démocratique,

• La colonne de droite (vide) insiste sur le fait que vous devrez travailler (au moins un peu) pour vous émanciper.

J’ai soigneusement commenté (oralement) la colonne du centre hier à La Ciotat.

Vous noterez, dans ce document-témoin-pédagogique, qui devrait être très utile à tout le monde, je crois, un alinéa FONDAMENTAL sur LES MÉDIAS (je sens que ça va vous plaire 🙂 ) et les bricoles nécessaires (sur la 2ème page) pour conserver la cohérence de (ce qui reste) notre anticonstitution (mais avec un moteur démocratique au cœur).

Dès que j’ai connaissance d’une vidéo (de La Bouilladisse et de La Ciotat), je vous la fais connaître.

Si on veut être vite prêts à pousser fort, il faut qu’on se colle tous à l’écriture pour de bon, et en détail :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Docs/000_Atelier_RIC_Le_referendum_dans_l_anticonstitution_francaise_de_1958_2p.pdf

Bon courage à tous les citoyens constituants débutants 🙂

Étienne.

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Invité demain chez Taddéï, sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes

Bonne nouvelle : je suis invité demain soir, lundi 10 décembre 2018 à 19 h, chez Taddéï sur RT France, pour parler des #GiletsJaunes 🙂 et, bien sûr, de revendications démocratiques dignes de ce nom, notamment une vraie puissance populaire (directe), pour que les pauvres puissent se défendre contre les riches.

Merci RT.

https://francais.rt.com/magazines/interdit-d-interdire

Marianne battue retire elle-même son bâillon…
Elle va bientôt apprendre à instituer elle-même sa propre puissance.

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Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

[LE VENEZUELA RÉSISTE] Comprendre le Venezuela bolivarien, rdz-vs à Marseille samedi 1er décembre 2018, 18h

J’ai rencontré récemment Romain Migus, que je lis souvent sur le net, et qui est encore plus passionnant en vrai que sur papier 🙂 Pendant notre conversation, je n’ai pas vu le temps passer, et à peine l’ai-je quitté que j’avais hâte de le retrouver… C’est un des connaisseurs importants du formidable laboratoire démocratique qu’est souvent l’Amérique latine.

Je le lis surtout sur Le Grand Soir (un des 4 ou 5 grands sites d’information incontournables en France, à mon avis, avec les-crises, RT, Le Saker francophone et Mediapart). Je vous recommande tous ses articles, c’est passionnant.

Nous pourrons l’entendre (et lui poser mille questions) le 1er décembre prochain, à Marseille à 18 h, Théâtre de la Comédie – 107 bd Jeanne D’Arc, avec Maurice Lemoine, un autre journaliste qui a toute mon admiration depuis presque 15 ans :

L’annonce sur le blog de Romain :
https://www.romainmigus.info/2018/11/venezuela-debat-marseille-le-1er.html

La page Facebook de l’événement :
https://www.facebook.com/events/653999471662397/

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« MÉLENCHONGATE » : DEMANDEZ LE PROGRAMME ! (Régis de Castelnau, Vu du droit)

Encore une très intéressante analyse de Régis de Castelnau, sur son blog Vu du droithttp://www.vududroit.com/2018/10/melenchongate-demandez-programme/ :

« MÉLENCHONGATE » :
DEMANDEZ LE PROGRAMME !

J’avais conclu mon précédent article relatif à ce que l’on va désormais appeler le « Mélenchongate » en prévenant le patron de la France Insoumise qu’il allait vivre des moments assez difficiles et qu’il devait s’y préparer. A-t-il compris ce qui l’attendait ?

L’utilisation cynique de la violence d’État

On passera rapidement sur l’outrance maladroite de ses réactions, où il n’a pas compris que l’imprécation furieuse, registre où il excelle, n’était vraiment pas adaptée. Pas plus que ses attitudes précédentes face aux opérations judiciaires contre ses adversaires politiques. D’ailleurs, ses excès semblent le fruit d’une douloureuse surprise face à l’utilisation cynique de la violence d’État par le pouvoir. Comment ose-t-on infliger à Jean-Luc Mélenchon, pourtant consacré « adversaire et non ennemi » sur le Vieux-Port, le même traitement qu’à Sarkozy, Fillon et Le Pen ? Depuis le temps Jean-Luc Mélenchon, vous devriez savoir qu’en matière de justice politique, la recherche de la connivence avec celui qui tient le manche est toujours vouée à l’échec, mais également que l’innocence ne protège de rien. Là comme ailleurs seul compte le rapport de force, et privilégier la tactique au détriment de la défense des principes est toujours un très mauvais placement.

Alors bien sûr cher Monsieur Mélenchon, vos emportements ont permis aux gens d’en haut d’exprimer la haine qu’ils vous portent. Non seulement ce n’est pas grave mais cela va présenter quelques avantages. D’abord ces gens-là, parmi lesquels tous les anciens amis du PS que vous essayez actuellement de débaucher, vous combattront toujours, quoi qu’il arrive, puisqu’ils ont définitivement choisi le camp d’en face. Quant aux couches populaires, celles à qui vous devriez vous adresser autrement qu’en enfilant les gilets de sauvetage de l’Aquarius, il y a longtemps qu’elles ne sont plus dupes et qu’elles savent très bien à quoi s’en tenir concernant l’attitude et les discours des serviteurs de l’oligarchie. À quelque chose malheur est bon, vous pourrez ainsi compter ceux qui vous ont soutenu dans l’épreuve.

Répétons une fois de plus que l’opération du 16 octobre avec ses 15 (17 ?) perquisitions n’a pas pu être organisée sans que non seulement le pouvoir exécutif soit au courant, mais ait pris lui-même la décision. Tout permet de l’affirmer et notamment, au-delà de l’expérience professionnelle, l’utilisation du simple bon sens. Une opération de cette ampleur, le jour de l’annonce du remaniement, menée par le parquet mobilisant 100 policiers (!) et dirigée contre un des premiers partis d’opposition, sans que les services de la place Vendôme et notamment le Garde des Sceaux soient au courant ? Sans que Madame Belloubet l’ait décidé en liaison étroite avec l’Élysée ? Une telle mobilisation policière sans que le ministère de l’intérieur ne soit au courant et ait donné son feu vert ? Il faut être sérieux.

Demandez le programme !

Je ne pense pas m’avancer beaucoup, en disant que la fameuse enquête préliminaire a dû déjà être fructueuse et que le parquet dispose d’un dossier bien étoffé. De la même façon il me semble probable que la décision de l’ouverture de l’information judiciaire et la saisine d’un ou plusieurs juges d’instruction est déjà prise, et les magistrats instructeurs choisis. Lors du déclenchement de l’affaire Fillon par le Parquet National Financier, tout le monde savait à l’avance dans le monde judiciaire qui serait le juge d’instruction désigné et que le candidat LR serait immédiatement mis en examen.

Avec le grand cirque médiatico-judiciaire qui va se dérouler, le raid du 16 octobre va rapidement apparaître comme un léger hors-d’œuvre. Collection de convocations diverses et variées aux dirigeants et collaborateurs de la France Insoumise. Soit pour des mises en examen spectaculaires avec des qualifications sonores, de celles qui enjolivent les manchettes, « escroqueries en bande organisée, détournement de fonds publics en réunion, blanchiment de fraude fiscale etc. etc. ». Soit pour des gardes à vue fatigantes dont les durées seront fonctions des qualifications et pourront aller jusqu’à 96 heures… Nouvelles perquisitions bien sûr chez les mêmes, avec des écoutes téléphoniques tous azimuts. La presse sera comme d’habitude scrupuleusement alimentée de copies partielles de procès-verbaux, de pièces de procédure de toute nature, de transcriptions trafiquées d’écoutes téléphoniques. Il est d’ailleurs probable que les interlocuteurs privilégiés sont déjà choisis, l’officine Mediapart, fidèle et zélé petit télégraphiste du pouvoir étant bien sûr de la fête. Et dans les médias, la surenchère et l’effet de meute joueront à fond. Et naturellement comme d’habitude aussi toutes les plaintes pour violation du secret de l’instruction (protégé, il faut le rappeler, par la loi), seront soigneusement rangées par le parquet avec les autres dans l’armoire prévue à cet effet. Et comme d’habitude encore, rapidement couverts de poussière, ils ne donneront jamais lieu à la moindre investigation.

Alors j’espère, qu’à la France Insoumise on ne va plus entendre psalmodier l’incantation imbécile : «il faut faire confiance à la Justice ! ». Tout le système judiciaire d’un pays démocratique repose sur la défiance qu’il faut avoir vis-à-vis de l’institution. Sinon, pourquoi avoir un avocat ? Pourquoi celui-ci doit-il disposer de prérogatives et de privilèges importants ? Pourquoi le double degré de juridiction, pourquoi la collégialité, pourquoi toutes ces règles de procédure ? Parce que l’on donne l’usage de la violence légitime de l’État à des Hommes faillibles qu’il faut impérativement encadrer en rappelant « qu’adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est- la sœur jumelle de la liberté ».

Il y a ensuite l’autre incantation : « mais puisqu’on n’a rien fait ! » Je partage depuis longtemps l’opinion du cardinal de Richelieu qui disait : « Donnez-moi deux lignes de la main d’un homme, et j’y trouverai de quoi suffire à sa condamnation. » Je sais bien qu’en France où l’on préfère l’ordre à la justice, prétendre que l’innocence ne protège de rien est blasphématoire, alors que c’est pourtant la réalité.

CE QUI PROTÈGE L’INNOCENT C’EST LE DÉBAT CONTRADICTOIRE DANS LE RESPECT DES RÈGLES ET DES PRINCIPES FONDAMENTAUX, DEVANT DES JUGES IMPARTIAUX.

On ajoutera que dans les affaires politico-judiciaires le risque est moins la sanction finale si elle arrive un jour, que dans les mises en cause et le cirque médiatique qui les accompagne. Après son démarrage en fanfare, l’affaire Fillon a dormi paisiblement pendant près de deux ans. Les objectifs qui avaient justifié l’urgence initiale ayant été atteints avec l’élimination du candidat de droite. La particularité de ces affaires, et cela se vérifie à chaque fois, est que chaque emportement médiatique provoqué par des révélations opportunes issues des dossiers judiciaires, est toujours directement corrélé à une actualité politique concernant les mis en cause. Et c’est justement cette expérience de ce qui s’est produit pour Nicolas Sarkozy, François Fillon et Marine Le Pen, pour ne citer que les leaders politiques opposés au pouvoir de Hollande puis de Macron, qui permettent de faire ces prévisions.

En route vers le gouvernement des juges ?

Mais il y a deux autres facteurs qui viennent nourrir ce diagnostic. Tout d’abord Emmanuel Macron lui-même a délivré le verdict et annoncé à quelle sauce celui dont il avait dit qu’il n’était pas son ennemi va être dévoré. « L’autorité judiciaire est une autorité indépendante dans notre pays, et j’en suis le garant. Pour tout le monde. N’en déplaise à certains, il n’y a pas d’exception ». Invocation habituelle du mantra « indépendance » qui n’a aucun sens dès lors que l’on n’en fait pas uniquement le moyen de ce qui est essentiel à l’office du juge : l’impartialité. Et là, le président de la République sait parfaitement à quoi s’en tenir, il dispose d’un haut appareil judiciaire qui n’a plus besoin de recevoir des ordres pour agir selon ses vœux. Il existe désormais des connivences sociologiques, politiques professionnelles et idéologiques qui rendent en partie inutile la mise en place de courroies de transmission. C’est ici le deuxième facteur qui permet de prévoir ce qui va se passer. Dans la conduite des affaires politiques, les juridictions soi-disant spécialisées se sont transformées en juridictions d’exception appuyées par les chambres d’instruction et validées par la Cour de cassation. Utilisant des méthodes et mettant en place des jurisprudences qui portent directement atteinte à la liberté politique.

Arrêtons-nous sur les questions en cause dans les deux dossiers qui concernent Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, les attachés parlementaires et les frais de campagne électorale. Les lois de 1988 et 1990 et les textes qui les ont complétées ont mis en place un système de financement public de la vie politique. Dont les trois principes essentiels étaient, le financement par l’État en fonction des résultats électoraux, la limitation des dépenses pendant les campagnes électorales, le contrôle financier enfin exercé par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Ce contrôle porte sur les recettes des partis afin d’éviter les dons interdits, et sur les dépenses en période électorale. Mais le contrôle des dépenses, ne doit porter que sur la réalité celle-ci afin de vérifier si celles-ci n’ont pas été minorées pour empêcher le dépassement du plafond avec toutes les conséquences désagréables qui en découlent. Mais, la stratégie électorale est libre et la commission nationale ne peut pas déterminer à la place du candidat ou du parti les dépenses qui étaient bonnes pour sa stratégie. Si un candidat pense que c’est bon pour son image de circuler en Ferrari, c’est son droit le plus strict. De même s’il pense qu’il faut s’adresser à un grand traiteur plutôt que de demander à ses militants de passer chez Picard surgelés, c’est également sa liberté. À condition d’inscrire les factures correspondantes à leur prix réel dans le compte de campagne. Les magistrats du pôle financier ont trouvé une astuce pour contourner cette évidence. Comme l’État rembourse une partie des frais de campagne aux candidats qui ont atteint un pourcentage minimum, leur raisonnement consiste à dire que du fait de ce versement de fonds publics le juge a un droit de regard sur la nature des dépenses exposées. Il peut contrôler si elles étaient bien justifiées par la campagne mais du point de vue du juge. Donc adieu la Ferrari, le traiteur Le Nôtre et les rémunérations conséquentes éventuellement versées à la société de Madame Chikirou. Ou tout autres dépenses qui auront l’heur de déplaire au président de la Commission nationale ou au juge d’instruction. Qui pourront ainsi les qualifier d’escroquerie non pas vis-à-vis du candidat, des équipes de campagnes, ou des militants mais vis-à-vis de l’État rembourseur. Adieu la liberté d’organiser votre campagne comme vous l’entendez, cette prérogative appartient désormais au juge.

Aucune surprise quand on voit de quelle façon la même Cour de cassation, suivant le pôle financier, a balancé par-dessus les moulins les principes de liberté politique et de séparation des pouvoirs à propos des assistants parlementaires. Un certain nombre de moyens matériels sont mis à la disposition de celui qui a recueilli les suffrages nécessaires pour devenir représentant de la nation. Il n’a de compte à rendre sur l’exécution de son mandat qu’à ses électeurs. Le choix des assistants parlementaires l’organisation et la nature du travail qu’ils effectuent relèvent de sa liberté politique. Dans une affaire qui concernait le Sénat et en justifiant indirectement le raid judiciaire contre François Fillon, la Cour de cassation vient de considérer que le juge avait un droit de regard sur l’organisation de leur travail par les parlementaires. C’est aussi ce qui s’est passé dans l’affaire Fillon et ce qui se passera dans l’affaire Mélenchon. Nouvelles atteintes aux principes, et par la grâce de la cour suprême, les députés de la République devront renoncer à la liberté d’exécuter leur mandat comme ils l’entendent, c’est désormais le juge qui imposera ses choix.

La liberté politique sous la grêle

Cette volonté devenue évidente de la haute fonction publique judiciaire de s’abstraire des principes fondamentaux de la liberté politique et de la séparation des pouvoirs génère des dérives particulièrement inquiétantes. Inquiétude renforcée par le fait qu’aux procédures spectaculaires dirigées contre les représentants de l’opposition politique, s’ajoute une passivité troublante vis-à-vis des affaires concernant les entourages du pouvoir. Comment ne pas soupçonner que la gestion de ces dossiers puisse être conduite par des subjectivités politiques et idéologiques qui n’ont rien à y faire ?

Ce que nous rappelle l’agression médiatico-judiciaire dont sont l’objet aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et son organisation politique c’est bien l’existence de ces dérives dangereuses pour les libertés publiques. Alors quoi qu’on pense de Jean-Luc Mélenchon, il est nécessaire aujourd’hui de le défendre. Parce que ce sera défendre nos libertés et « quand elles sont sous la grêle, fol qui fait le délicat ».

Régis de Castelnau.

Source : Vu du droit, http://www.vududroit.com/2018/10/melenchongate-demandez-programme/

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[Démocratie] L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître (Jacotot – Rancière) – (blog du plan C, 2011)

Rappel formidable (source) :

18 décembre 2011.

Chers amis,

Il y a longtemps que je veux vous parler d’un livre qui me bouleverse, d’abord dans mes convictions de professeur, mais aussi dans mes réflexions sur la démocratie (la vraie).

Il s’agit du livre de Jacques Rancière qui nous fait découvrir l’expérience formidable de Joseph Jacotot avec ses élèves, au début du 19e siècle.

Vous allez voir, c’est épatant.

Au-delà des enfants, pensez aussi aux électeurs, aux électeurs-enfants que nous sommes, maintenus dans leur enfance par leurs méchants élus-parents, élus qui (font semblant qu’ils) ne peuvent pas croire un instant que ces enfants puissent un jour devenir — et a fortiori SEULS — des citoyens-adultes.

Lisez plutôt :

LE MAÎTRE IGNORANT
Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle
par Jacques Rancière

Chapitre premier : une aventure intellectuelle

En l’an 1818, Joseph Jacotot, lecteur de littérature française à l’université de Louvain, connut une aventure intellectuelle.

Une carrière longue et mouvementée aurait pourtant dû le mettre à l’abri des surprises : il avait fêté ses dix-neuf ans en 1789. Il enseignait alors la rhétorique à Dijon et se préparait au métier d’avocat. En 1792 il avait servi comme artilleur dans les armées de la République. Puis la Convention l’avait vu successivement instructeur au Bureau des poudres, secrétaire du ministre de la Guerre et substitut du directeur de l’École polytechnique. Revenu à Dijon, il y avait enseigné l’analyse, l’idéologie et les langues anciennes, les mathématiques pures et transcendantes et le droit. En mars 1815 l’estime de ses compatriotes en avait fait malgré lui un député. Le retour des Bourbons l’avait contraint à l’exil et il avait obtenu de la libéralité du roi des Pays-Bas ce poste de professeur à demi-solde. Joseph Jacotot connaissait les lois de l’hospitalité et comptait passer à Louvain des jours calmes.

Le hasard en décida autrement. Les leçons du modeste lecteur furent en effet vite goûtées des étudiants. Parmi ceux qui voulurent en profiter, un bon nombre ignorait le français. Joseph Jacotot, de son côté, ignorait totalement le hollandais. Il n’existait donc point de langue dans laquelle il pût les instruire de ce qu’ils lui demandaient. Il voulut pourtant répondre à leur vœu. Pour cela, il fallait établir, entre eux et lui, le lien minimal d’une chose commune. Or il se publiait en ce temps-là à Bruxelles une édition bilingue de Télémaque. La chose commune était trouvée et Télémaque entra ainsi dans la vie de Joseph Jacotot. Il fit remettre le livre aux étudiants par un interprète et leur demanda d’apprendre le texte français en s’aidant de la traduction. Quand ils eurent atteint la moitié du premier livre, il leur fit dire de répéter sans cesse ce qu’ils avaient appris et de se contenter de lire le reste pour être à même de le raconter. C’était là une solution de fortune, mais aussi, à petite échelle, une expérience philosophique dans le goût de celles qu’on affectionnait au siècle des Lumières. Et Joseph Jacotot, en 1818, restait un homme du siècle passé.

L’expérience pourtant dépassa son attente.

Il demanda aux étudiants ainsi préparés d’écrire en français ce qu’ils pensaient de tout ce qu’ils avaient lu. « Il s’attendait à d’affreux barbarismes, à une impuissance absolue peut-être.

Comment en effet tous ces jeunes gens privés d’explications auraient-ils pu comprendre et résoudre les difficultés d’une langue nouvelle pour eux ? N’importe ! il fallait voir où les avait conduits cette route ouverte au hasard, quels étaient les résultats de cet empirisme désespéré. Combien ne fut-il pas surpris de découvrir que ces élèves, livrés à eux-mêmes, s’étaient tirés de ce pas difficile aussi bien que l’auraient fait beaucoup de Français? Ne fallait-il donc plus que vouloir pour pouvoir? Tous les hommes étaient-ils donc virtuellement capables de comprendre ce que d’autres avaient fait et compris ? »

Telle fut la révolution que cette expérience de hasard provoqua dans son esprit. Jusque-là il avait cru ce que croient tous les professeurs consciencieux : que la grande affaire du maître est de transmettre ses connaissances à ses élèves pour les élever par degrés vers sa propre science. Il savait comme eux qu’il ne s’agit point de gaver les élèves de connaissances et de les faire répéter comme des perroquets, mais aussi qu’il faut leur éviter ces chemins de hasard où se perdent des esprits encore incapables de distinguer l’essentiel de l’accessoire et le principe de la conséquence. Bref, l’acte essentiel du maître était d’expliquer, de dégager les éléments simples des connaissances et d’accorder leur simplicité de principe avec la simplicité de fait qui caractérise les esprits jeunes et ignorants. Enseigner, c’était, d’un même mouvement, transmettre des connaissances et former des esprits, en les menant, selon une progression ordonnée, du plus simple au plus complexe. Ainsi l’élève s’élevait-il, dans l’appropriation raisonnée du savoir et la formation du jugement et du goût, aussi haut que sa destination sociale le requérait et était-il préparé à en faire l’usage convenant à cette destination : enseigner, plaider ou gouverner pour les élites lettrées; concevoir, dessiner ou fabriquer instruments et machines pour les avant-gardes nouvelles que l’on cherchait maintenant à tirer de l’élite du peuple; faire, dans la carrière des sciences, des découvertes nouvelles pour les esprits doués de ce génie particulier. Sans doute les démarches de ces hommes de science divergeaient-elles sensiblement de l’ordre raisonné des pédagogues. Mais il n’y avait aucun argument à en tirer contre cet ordre. Au contraire, il faut d’abord avoir acquis une solide et méthodique formation pour donner l’essor aux singularités du génie. Post hoc, ergo propter hoc.

Ainsi raisonnent tous les professeurs consciencieux. Ainsi avait raisonné et agi Joseph Jacotot, en trente ans de métier. Or voilà que le grain de sable venait par hasard de s’introduire dans la machine. Il n’avait donné à ses « élèves » aucune explication sur les premiers éléments de la langue. Il ne leur avait pas expliqué l’orthographe et les conjugaisons. Ils avaient cherché seuls les mots français correspondant aux mots qu’ils connaissaient et les raisons de leurs désinences. Ils avaient appris seuls à les combiner pour faire à leur tour des phrases françaises : des phrases dont l’orthographe et la grammaire devenaient de plus en plus exactes à mesure qu’ils avançaient dans le livre; mais surtout des phrases d’écrivains et non point d’écoliers. Les explications du maître étaient-elles donc superflues? Ou, si elles ne l’étaient pas, à qui et à quoi étaient-elles donc utiles?

L’ordre explicateur

Une illumination soudaine éclaira donc brutalement, dans l’esprit de Joseph Jacotot, cette évidence aveugle de tout système d’enseignement : la nécessité des explications. Quoi de mieux assuré pourtant que cette évidence? Nul ne connaît vraiment que ce qu’il a compris. Et, pour qu’il comprenne, il faut qu’on lui ait donné une explication, que la parole du maître ait brisé le mutisme de la matière enseignée.

Cette logique pourtant ne laisse pas de comporter quelque obscurité. Voici par exemple un livre entre les mains de l’élève. Ce livre est composé d’un ensemble de raisonnements destinés à faire comprendre une matière à l’élève. Mais voici maintenant le maître qui prend la parole pour expliquer le livre. Il fait un ensemble de raisonnements pour expliquer l’ensemble de raisonnements que constitue le livre. Mais pourquoi celui-ci a-t-il besoin d’un tel secours? Au lieu de payer un explicateur, le père de famille ne pourrait-il pas simplement donner le livre à son fils et l’enfant comprendre directement les raisonnements du livre? Et s’il ne les comprend pas, pourquoi comprendrait-il davantage les raisonnements qui lui expliqueront ce qu’il n’a pas compris? Ceux-ci sont-ils d’une autre nature? Et ne faudra-t-il pas dans ce cas expliquer encore la façon de les comprendre?

La logique de l’explication comporte ainsi le principe d’une régression à l’infini : le redoublement des raisons n’a pas de raison de s’arrêter jamais. Ce qui arrête la régression et donne au système son assise, c’est simplement que l’explicateur est seul juge du point où l’explication est elle-même expliquée. Il est seul juge de cette question par elle-même vertigineuse : l’élève a-t-il compris les raisonnements qui lui enseignent à comprendre les raisonnements? C’est là que le maître tient le père de famille : comment celui-ci sera-t-il assuré que l’enfant a compris les raisonnements du livre? Ce qui manque au père de famille, ce qui manquera toujours au trio qu’il forme avec l’enfant et le livre, c’est cet art singulier de l’explicateur : l’art de la distance. Le secret du maître est de savoir reconnaître la distance entre la matière enseignée et le sujet à instruire, la distance aussi entre apprendre et comprendre. L’explicateur est celui qui pose et abolit la distance, qui la déploie et la résorbe au sein de sa parole.

Ce statut privilégié de la parole ne supprime la régression à l’infini que pour instituer une hiérarchie paradoxale. Dans l’ordre explicateur, en effet, il faut généralement une explication orale pour expliquer l’explication écrite. Cela suppose que les raisonnements sont plus clairs, s’impriment mieux dans l’esprit de l’élève quand ils sont véhiculés par la parole du maître, qui se dissipe dans l’instant, que dans le livre où ils sont pour jamais inscrits en caractères ineffaçables. Comment entendre ce paradoxal privilège de la parole sur l’écrit, de l’ouïe sur la vue? Quel rapport y a-t-il donc entre le pouvoir de la parole et celui du maître ?

Ce paradoxe en rencontre aussitôt un autre : les paroles que l’enfant apprend le mieux, celles dont il pénètre le mieux le sens, qu’il s’approprie le mieux pour son propre usage, ce sont celles qu’il apprend sans maître explicateur, avant tout maître explicateur. Dans l’inégal rendement des apprentissages intellectuels divers, ce que tous les enfants d’hommes apprennent le mieux, c’est ce que nul maître ne peut leur expliquer, la langue maternelle. On leur parle et l’on parle autour d’eux. Ils entendent et retiennent, imitent et répètent, se trompent et se corrigent, réussissent par chance et recommencent par méthode, et, à un âge trop tendre pour que les explicateurs puissent entreprendre leur instruction, sont à peu près tous — quels que soient leur sexe, leur condition sociale et la couleur de leur peau — capables de comprendre et de parler la langue de leurs parents.

Or voici que cet enfant qui a appris à parler par sa propre intelligence et par des maîtres qui ne lui expliquaient pas la langue commence son instruction proprement dite. Tout se passe maintenant comme s’il ne pouvait plus apprendre à l’aide de la même intelligence qui lui a servi jusqu’alors, comme si le rapport autonome de l’apprentissage à la vérification lui était désormais étranger. Entre l’un et l’autre, une opacité s’est maintenant établie. Il s’agit de comprendre et ce seul mot jette un voile sur toute chose : comprendre est ce que l’enfant ne peut faire sans les explications d’un maître, plus tard d’autant de maîtres qu’il y aura de matières à comprendre, données dans un certain ordre progressif. S’y ajoute la circonstance étrange que ces explications, depuis qu’a commencé l’ère du progrès, ne cessent de se perfectionner pour mieux expliquer, mieux faire comprendre, mieux apprendre à apprendre, sans qu’on puisse jamais mesurer un perfectionnement correspondant dans ladite compréhension. Bien plutôt commence à s’élever la rumeur désolée qui ne cessera de s’amplifier, celle d’une baisse continue de l’efficacité du système explicatif, laquelle nécessite bien sûr un nouveau perfectionnement pour rendre les explications plus faciles à comprendre par ceux qui ne les comprennent pas…

La révélation qui saisit Joseph Jacotot se ramène à ceci : il faut renverser la logique du système explicateur. L’explication n’est pas nécessaire pour remédier à une incapacité à comprendre. C’est au contraire cette incapacité qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde. C’est l’explicateur qui a besoin de l’incapable et non l’inverse, c’est lui qui constitue l’incapable comme tel.

Expliquer quelque chose à quelqu’un, c’est d’abord lui démontrer qu’il ne peut pas le comprendre par lui-même. Avant d’être l’acte du pédagogue, l’explication est le mythe de la pédagogie, la parabole d’un monde divisé en esprits savants et esprits ignorants, esprits mûrs et immatures, capables et incapables, intelligents et bêtes. Le tour propre à l’explicateur consiste en ce double geste inaugural. D’une part, il décrète le commencement absolu : c’est maintenant seulement que va commencer l’acte d’apprendre. D’autre part, sur toutes les choses à apprendre, il jette ce voile de l’ignorance qu’il se charge lui-même de lever. Jusqu’à lui, le petit homme a tâtonné à l’aveuglette, à la devinette. Il va apprendre maintenant. Il entendait des mots et les répétait. Il s’agit de lire maintenant et il n’entendra pas les mots s’il n’entend les syllabes, les syllabes s’il n’entend les lettres que ni le livre ni ses parents ne sauraient lui faire entendre mais seulement la parole du maître.

Le mythe pédagogique, disions-nous, divise le monde en deux. Il faut dire plus précisément qu’il divise l’intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C’est l’intelligence du petit enfant et de l’homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C’est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l’élève et de vérifier que l’élève a bien compris ce qu’il a appris. Tel est le principe de l’explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l’abrutissement.

Entendons-le bien, et, pour cela, chassons les images connues. L’abrutisseur n’est pas le vieux maître obtus qui bourre le crâne de ses élèves de connaissances indigestes, ni l’être maléfique pratiquant la double vérité pour assurer son pouvoir et l’ordre social. Au contraire, il est d’autant plus efficace qu’il est savant, éclairé et de bonne foi. Plus il est savant, plus évidente lui apparaît la distance de son savoir à l’ignorance des ignorants. Plus il est éclairé, plus lui semble évidente la différence qu’il y a entre tâtonner à l’aveuglette et chercher avec méthode, plus il s’attachera à substituer l’esprit à la lettre, la clarté des explications à l’autorité du livre. Avant tout, dira-t-il, il faut que l’élève comprenne, et pour cela qu’on lui explique toujours mieux. Tel est le souci du pédagogue éclairé : le petit comprend-il ? il ne comprend pas. Je trouverai des manières nouvelles de lui expliquer, plus rigoureuses dans leur principe, plus attrayantes dans leur forme; et je vérifierai qu’il a compris.

Noble souci. Malheureusement, c’est justement ce petit mot, ce mot d’ordre des éclairés – comprendre – qui fait tout le mal. C’est lui qui arrête le mouvement de la raison, détruit sa confiance en elle-même, la met hors de sa voie propre en brisant en deux le monde de l’intelligence, en instaurant la coupure de l’animal tâtonnant au petit monsieur instruit, du sens commun à la science. Dès lors qu’est prononcé ce mot d’ordre de la dualité, tout perfectionnement dans la manière de faire comprendre, cette grande préoccupation des méthodistes et des progressistes, est un progrès dans l’abrutissement. L’enfant qui ânonne sous la menace des coups obéit à la férule, et voilà tout : il appliquera son intelligence à autre chose. Mais le petit expliqué, lui, investira son intelligence dans ce travail du deuil : comprendre, c’est-à-dire comprendre qu’il ne comprend pas si on ne lui explique pas. Ce n’est plus à la férule qu’il se soumet, c’est à la hiérarchie du monde des intelligences. Pour le reste, il est tranquille comme l’autre : si la solution du problème est trop difficile à chercher, il aura bien l’intelligence d’écarquiller les yeux. Le maître est vigilant et patient. Il verra que le petit ne suit plus, il le remettra dans le chemin en lui réexpliquant. Ainsi le petit acquiert-il une intelligence nouvelle, celle des explications du maître. Plus tard il pourra être explicateur à son tour. Il possède l’équipement. Mais il le perfectionnera : il sera homme de progrès.

Le hasard et la volonté

Ainsi va le monde des explicateurs expliqués. Ainsi aurait-il dû aller encore pour le professeur Jacotot si le hasard ne l’avait mis en présence d’un fait. Et Joseph Jacotot pensait que tout raisonnement doit partir des faits et céder devant eux. N’entendons pas par là qu’il fût matérialiste. Au contraire : comme Descartes qui prouvait le mouvement en marchant, mais aussi comme son contemporain, le très royaliste et très religieux Maine de Biran, il tenait les faits de l’esprit agissant et prenant conscience de son activité pour plus certains que toute chose matérielle. Et c’était bien de cela qu’il s’agissait : le fait était que ces étudiants s’étaient appris à parler et à écrire en français sans le secours de ses explications. Il ne leur avait rien transmis de sa science, rien expliqué des radicaux et des flexions de la langue française. Il n’avait pas même procédé à la façon de ces pédagogues réformateurs qui, comme le précepteur d’Emile, égarent leurs élèves pour mieux les guider et balisent astucieusement un parcours d’obstacles qu’il faut apprendre à franchir par soi-même. Il les avait laissés seuls avec le texte de Fénelon, une traduction – pas même interlinéaire à la manière des écoles -et leur volonté d’apprendre le français. Il leur avait seulement donné l’ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues. La nécessité l’avait contraint à laisser entièrement hors jeu son intelligence, cette intelligence médiatrice du maître qui relie l’intelligence imprimée dans les mots écrits à celle de l’apprenti. Et, du même coup, il avait supprimé cette distance imaginaire qui est le principe de l’abrutissement pédagogique. Tout s’était joué par force entre l’intelligence de Fénelon qui avait voulu faire un certain usage de la langue française, celle du traducteur qui avait voulu en donner un équivalent hollandais et leur intelligence d’apprentis qui voulaient apprendre la langue française. Et il était apparu qu’aucune autre intelligence n’était nécessaire. Sans y penser, il leur avait fait découvrir ceci qu’il découvrait avec eux : toutes les phrases, et par conséquent toutes les intelligences qui les produisent, sont de même nature. Comprendre n’est jamais que traduire, c’est-à-dire donner l’équivalent d’un texte mais non point sa raison. Il n’y a rien derrière la page écrite, pas de double fond qui nécessite le travail d’une intelligence autre, celle de l’explicateur; pas de langue du maître, de langue de la langue dont les mots et les phrases aient pouvoir de dire la raison des mots et des phrases d’un texte. Les étudiants flamands en avaient administré la preuve : ils n’avaient à leur disposition pour parler de Télémaque que les mots de Télémaque. Il suffit donc des phrases de Fénelon pour comprendre les phrases de Fénelon et pour dire ce qu’on en a compris. Apprendre et comprendre sont deux manières d’exprimer le même acte de traduction. Il n’y a rien en deçà des textes sinon la volonté de s’exprimer, c’est-à-dire de traduire. S’ils avaient compris la langue en apprenant Fénelon, ce n’était pas simplement par la gymnastique qui compare une page de gauche à une page de droite. Ce n’est pas l’aptitude à changer de colonne qui compte, mais la capacité de dire ce qu’on pense dans les mots des autres. S’ils avaient appris cela de Fénelon, c’était parce que l’acte de Fénelon écrivain était lui-même un acte de traducteur : pour traduire une leçon de politique en récit légendaire, Fénelon avait mis en français de son siècle le grec d’Homère, le latin de Virgile et la langue, savante ou naïve, de cent autres textes, du conte d’enfants à l’histoire érudite. Il avait appliqué à cette double traduction la même intelligence qu’ils employaient à leur tour pour raconter avec les phrases de son livre ce qu’ils pensaient de son livre.

Mais aussi l’intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu’ils cherchaient à connaître à ce qu’ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu’ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l’aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu’il ne fallait pas renverser l’ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n’était pas le vrai mouvement de l’intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d’abord la volonté de couper en deux le monde de l’intelligence? Les méthodistes opposent la mauvaise méthode de hasard à la démarche par raison. Mais ils se donnent par avance ce qu’ils veulent prouver. Ils supposent un petit animal qui explore en se cognant aux choses un monde qu’il n’est pas encore capable de voir et qu’ils lui apprendront justement à discerner. Mais le petit d’homme est d’abord un être de parole. L’enfant qui répète les mots entendus et l’étudiant flamand « perdu » dans son Télémaque ne vont pas au hasard. Tout leur effort, toute leur exploration est tendue vers ceci : une parole d’homme leur a été adressée qu’ils veulent reconnaître et à laquelle ils veulent répondre, non en élèves ou en savants, mais en hommes ; comme on répond à quelqu’un qui vous parle et non à quelqu’un qui vous examine : sous le signe de l’égalité.

Le fait était là : ils avaient appris seuls et sans maître explicateur. Or ce qui a eu lieu une fois est toujours possible. Cette découverte, au demeurant, pouvait renverser les principes du professeur Jacotot. Mais l’homme Jacotot était plus à même de reconnaître la variété de ce qu’on peut attendre d’un homme. Son père avait été boucher, avant de tenir les comptes de son grand-père, le charpentier qui avait envoyé son petit-fils au collège. Lui-même était professeur de rhétorique quand avait retenti l’appel aux armes de 1792. Le vote de ses compagnons l’avait fait capitaine d’artillerie et il s’était montré un remarquable artilleur. En 1793, au Bureau des poudres, ce latiniste s’était fait instructeur de chimie pour la formation accélérée de ces ouvriers qu’on envoyait appliquer sur tous les points du territoire les découvertes de Fourcroy. Chez le même Fourcroy il avait connu Vauquelin, ce fils de paysan qui s’était fait une formation de chimiste en cachette de son patron. A l’École polytechnique, il avait vu arriver ces jeunes gens que des commissions improvisées avaient sélectionnés sur le double critère de leur vivacité d’esprit et de leur patriotisme. Et il les avait vus devenir de fort bons mathématiciens, moins par les mathématiques que Monge ou Lagrange leur expliquaient que par celles qu’ils faisaient devant eux. Lui-même avait apparemment profité de ses fonctions administratives pour se donner une compétence de mathématicien qu’il avait plus tard exercée à l’université de Dijon. Tout comme il avait adjoint l’hébreu aux langues anciennes qu’il enseignait et composé un Essai sur la grammaire hébraïque. Il pensait, Dieu sait pourquoi, que cette langue avait de l’avenir. Enfin il s’était fait, à son corps défendant mais avec la plus grande fermeté, une compétence de représentant du peuple. Bref, il savait ce que la volonté des individus et le péril de la patrie pouvaient faire naître de capacités inédites en des circonstances où l’urgence contraignait à brûler les étapes de la progression explicatrice. Il pensa que cet état d’exception, commandé par le besoin de la nation, ne différait pas en son principe de cette urgence qui commande l’exploration du monde par l’enfant ou de cette autre qui contraint la voie singulière des savants et des inventeurs. À travers l’expérience de l’enfant, du savant et du révolutionnaire, la méthode de hasard pratiquée avec succès par les étudiants flamands révélait son second secret. Cette méthode de l’égalité était d’abord une méthode de la volonté. On pouvait apprendre seul et sans maître explicateur quand on le voulait, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation.

Le Maître émancipateur

Cette contrainte avait pris en la circonstance la forme de la consigne donnée par Jacotot. Et il en résultait une conséquence capitale, non plus pour les élèves mais pour le maître. Les élèves avaient appris sans maître explicateur, mais non pas pour autant sans maître. Ils ne savaient pas auparavant, et maintenant ils savaient. Donc Jacotot leur avait enseigné quelque chose. Pourtant il ne leur avait rien communiqué de sa science. Donc ce n’était pas la science du maître que l’élève apprenait. Il avait été maître par le commandement qui avait enfermé ses élèves dans le cercle d’où ils pouvaient seuls sortir, en retirant son intelligence du jeu pour laisser leur intelligence aux prises avec celle du livre. Ainsi s’étaient dissociées les deux fonctions que relie la pratique du maître explicateur, celle du savant et celle du maître. Ainsi s’étaient également séparées, libérées l’une par rapport à l’autre, les deux facultés en jeu dans l’acte d’apprendre : l’intelligence et la volonté. Entre le maître et l’élève s’était établi un pur rapport de volonté à volonté : rapport de domination du maître qui avait eu pour conséquence un rapport entièrement libre de l’intelligence de l’élève à celle du livre — cette intelligence du livre qui était aussi la chose commune, le lien intellectuel égalitaire entre le maître et l’élève. Ce dispositif permettait de désintriquer les catégories mêlées de l’acte pédagogique et de définir exactement l’abrutissement explicateur. Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L’homme — et l’enfant en particulier — peut avoir besoin d’un maître quand sa volonté n’est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. Mais cette sujétion est purement de volonté à volonté.

Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l’acte d’enseigner et d’apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera abrutissement leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l’élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera émancipation la différence connue et maintenue des deux rapports, l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté.

Cette expérience pédagogique ouvrait ainsi sur une rupture avec la logique de toutes les pédagogies. La pratique des pédagogues s’appuie sur l’opposition de la science et de l’ignorance. Ils se distinguent par les moyens choisis pour rendre savant l’ignorant : méthodes dures ou douces, traditionnelles ou modernes, passives ou actives, dont on peut comparer le rendement. De ce point de vue, on pourrait, en première approche, comparer la rapidité des élèves de Jacotot avec la lenteur des méthodes traditionnelles. Mais, en réalité, il n’y avait rien à comparer. La confrontation des méthodes suppose l’accord minimal sur les fins de l’acte pédagogique : transmettre les connaissances du maître à l’élève. Or Jacotot n’avait rien transmis. Il n’avait fait usage d’aucune méthode. La méthode était purement celle de l’élève.

Et apprendre plus ou moins vite le français est en soi-même une chose de peu de conséquence. La comparaison ne s’établissait plus entre des méthodes mais entre deux usages de l’intelligence et deux conceptions de l’ordre intellectuel. La voie rapide n’était pas celle d’une meilleure pédagogie. Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l’an II, la fabrication des poudres ou l’installation de l’École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l’urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain. Sous le rapport pédagogique de l’ignorance à la science, il fallait reconnaître le rapport philosophique plus fondamental de l’abrutissement à l’émancipation. Il y avait ainsi non pas deux mais quatre termes en jeu. L’acte d’apprendre pouvait être produit selon quatre déterminations diversement combinées : par un maître émancipateur ou par un maître abrutissant ; par un maître savant ou par un maître ignorant.

La dernière proposition était la plus rude à supporter. Passe encore d’entendre qu’un savant doive se dispenser d’expliquer sa science. Mais comment admettre qu’un ignorant puisse être pour un autre ignorant cause de science ? L’expérience même de Jacotot était ambiguë de par sa qualité de professeur de français. Mais puisqu’elle avait au moins montré que ce n’était pas le savoir du maître qui instruisait l’élève, rien n’empêchait le maître d’enseigner autre chose que son savoir, d’enseigner ce qu’il ignorait. Joseph Jacotot s’appliqua donc à varier les expériences, à répéter à dessein ce que le hasard avait une fois produit. Il se mit ainsi à enseigner deux matières où son incompétence était avérée, la peinture et le piano. Les étudiants en droit auraient voulu qu’on lui donnât une chaire vacante dans leur faculté. Mais l’université de Louvain déjà s’inquiétait de ce lecteur extravagant pour qui l’on désertait les cours magistraux, en venant s’entasser le soir dans une salle trop petite à la seule lueur de deux bougies, pour s’entendre dire : « Il faut que je vous apprenne que je n’ai rien à vous apprendre. » L’autorité consultée répondit donc qu’elle ne lui voyait point de titre à cet enseignement. Précisément il s’occupait alors d’expérimenter l’écart entre le titre et l’acte. Plutôt donc que de faire en français un cours de droit, il apprit à des étudiants à plaider en hollandais. Ils plaidèrent fort bien, mais lui ignorait toujours le hollandais.

Le cercle de la puissance

L’expérience lui sembla suffisante pour l’éclairer: on peut enseigner ce qu’on ignore si l’on émancipe l’élève, c’est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d’où elle ne sortira qu’à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d’être soi-même émancipé, c’est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l’esprit humain. L’ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu’il le peut et l’oblige à actualiser sa capacité : cercle de la puissance homologue à ce cercle de l’impuissance qui lie l’élève à l’explicateur de la vieille méthode (nous l’appellerons désormais simplement la Vieille).

Mais le rapport des forces est bien particulier. Le cercle de l’impuissance est toujours déjà là, il est la marche même du monde social qui se dissimule dans l’évidente différence de l’ignorance et de la science. Le cercle de la puissance, lui, ne peut prendre effet que de sa publicité. Mais il ne peut apparaître que comme une tautologie ou une absurdité. Comment le maître savant entendra-t-il jamais qu’il peut enseigner ce qu’il ignore aussi bien que ce qu’il sait? Il ne recevra cette augmentation de puissance intellectuelle que comme une dévaluation de sa science. Et l’ignorant, de son côté, ne se croit pas capable d’apprendre par lui-même, encore moins d’instruire un autre ignorant. Les exclus du monde de l’intelligence souscrivent eux-mêmes au verdict de leur exclusion. Bref, le cercle de l’émancipation doit être commencé.

Là est le paradoxe. Car, à y réfléchir un peu, la « méthode » qu’il propose est la plus vieille de toutes et elle ne cesse d’être vérifiée tous les jours, dans toutes les circonstances où un individu a besoin de s’approprier une connaissance qu’il n’a pas le moyen de se faire expliquer. Il n’y a pas d’homme sur la terre qui n’ait appris quelque chose par lui-même et sans maître explicateur. Appelons cette manière d’apprendre « enseignement universel » et nous pourrons l’affirmer : « L’Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. » Mais voilà l’étrange : « Tout homme a fait cette expérience mille fois dans sa vie, et cependant jamais il n’était venu dans l’idée de personne de dire à un autre : J’ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi (…) ni moi ni qui que ce soit au monde ne s’était avisé de l’employer pour instruire les autres. » À l’intelligence qui somnole en chacun, il suffirait de dire : Age quod agis, continue à faire ce que tu fais, « apprends le fait, imite-le, connais-toi toi-même, c’est la marche de la nature ». Répète méthodiquement la méthode de hasard qui t’a donné la mesure de ton pouvoir. La même intelligence est à l’œuvre dans tous les actes de l’esprit humain.

Mais c’est là le saut le plus difficile. Tout le monde pratique cette méthode au besoin mais nul ne veut la reconnaître, nul ne veut se mesurer à la révolution intellectuelle qu’elle signifie. Le cercle social, l’ordre des choses, lui interdit d’être reconnue pour ce qu’elle est : la vraie méthode par laquelle chacun apprend et par laquelle chacun peut prendre la mesure de sa capacité. Il faut oser la reconnaître et poursuivre la vérification ouverte de son pouvoir. Sans quoi la méthode de l’impuissance, la Vieille, durera autant que l’ordre des choses.

Qui voudrait commencer ? Il y avait bien en ce temps-là toutes sortes d’hommes de bonne volonté qui se préoccupaient de l’instruction du peuple : des hommes d’ordre voulaient élever le peuple au-dessus de ses appétits brutaux, des hommes de révolution voulaient l’amener à la conscience de ses droits; des hommes de progrès souhaitaient, par l’instruction, atténuer le fossé entre les classes; des hommes d’industrie rêvaient de donner par elle aux meilleures intelligences populaires les moyens d’une promotion sociale. Toutes ces bonnes intentions rencontraient un obstacle : les hommes du peuple ont peu de temps et encore moins d’argent à consacrer à cette acquisition. Aussi cherchait-on le moyen économique de diffuser le minimum d’instruction jugé, selon les cas, nécessaire et suffisant pour l’amélioration des populations laborieuses. Parmi les progressifs et les industriels une méthode était alors en honneur, l’enseignement mutuel. Il permettait de réunir dans un vaste local un grand nombre d’élèves divisés en escouades, dirigées par les plus avancés d’entre eux, promus au rang de moniteurs. Ainsi le commandement et la leçon du maître rayonnaient-ils, par le relais de ces moniteurs, sur toute la population à instruire. Le coup d’œil plaisait aux amis du progrès : c’est ainsi que la science se répand des sommets jusqu’aux plus modestes intelligences. Le bonheur et la liberté descendent à sa suite.

Cette sorte de progrès, pour Jacotot, sentait la bride. Manège perfectionné, disait-il. Il rêvait autre chose à l’enseigne de l’instruction mutuelle : que chaque ignorant pût se faire pour un autre ignorant le maître qui lui révélerait son pouvoir intellectuel. Plus exactement, son problème n’était pas l’instruction du peuple : on instruit les recrues que l’on enrôle sous sa bannière, les subalternes qui doivent pouvoir comprendre les ordres, le peuple que l’on veut gouverner — à la manière progressive, s’entend, sans droit divin et selon la seule hiérarchie des capacités. Son problème à lui était l’émancipation : que tout homme du peuple puisse concevoir sa dignité d’homme, prendre la mesure de sa capacité intellectuelle et décider de son usage.

Les amis de l’Instruction assuraient que celle-ci était la condition d’une vraie liberté. Après quoi ils reconnaissaient qu’ils devaient l’instruction au peuple, quitte à se disputer sur celle qu’ils lui donneraient. Jacotot ne voyait pas quelle liberté pouvait résulter pour le peuple des devoirs de ses instructeurs. Il sentait au contraire dans l’affaire une nouvelle forme d’abrutissement. Qui enseigne sans émanciper abrutit. Et qui émancipe n’a pas à se préoccuper de ce que l’émancipé doit apprendre. Il apprendra ce qu’il voudra, rien peut-être. Il saura qu’il peut apprendre parce que la même intelligence est à l’œuvre dans toutes les productions de l’art humain, qu’un homme peut toujours comprendre la parole d’un autre homme. L’imprimeur de Jacotot avait un fils débile. On désespérait d’en rien faire. Jacotot lui enseigna l’hébreu. Après quoi l’enfant devint un excellent lithographe. L’hébreu, cela va de soi, ne lui servit jamais à rien — sinon à savoir ce qu’ignoreraient toujours les intelligences mieux douées et plus instruites : ce n’était pas de l’hébreu.

Les choses étaient donc claires : ce n’était pas une méthode pour instruire le peuple, c’était un bienfait à annoncer aux pauvres : ils pouvaient tout ce que peut un homme. Il suffisait de l’annoncer. Jacotot décida de s’y dévouer. Il proclama que l’on peut enseigner ce qu’on ignore et qu’un père de famille, pauvre et ignorant, peut, s’il est émancipé, faire l’éducation de ses enfants, sans le secours d’aucun maître explicateur. Et il indiqua le moyen de cet enseignement universel : apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste d’après ce principe : tous les hommes ont une égale intelligence.

On s’émut à Louvain, à Bruxelles et à La Haye; on prit la chaise de poste de Paris et de Lyon ; on vint d’Angleterre et de Prusse entendre la nouvelle; on alla la porter à Saint-Pétersbourg et à la Nouvelle-Orléans. Le bruit en courut jusqu’à Rio de Janeiro. Pendant quelques années la polémique se déchaîna et la République du savoir trembla sur ses bases.

Tout cela parce qu’un homme d’esprit, un savant renommé et un père de famille vertueux était devenu fou, faute d’avoir su le hollandais.

(Source : premier chapitre du livre de Jacques Rancière, « Le maître ignorant »)

 

La suite est du même tonneau : un livre à ne pas rater, à déguster, à travailler, à infuser…

Monsieur Rancière : merci.

Chacun aura vu le lien (puissant) avec notre réflexion sur les conditions de possibilité d’une vraie démocratie.

J’ai hâte de lire les autres extraits qui vous auront stimulés, ainsi que les réflexions complémentaires qu’ils vous auront inspirés, sans oublier les trouvailles connexes que vous aurez débusquées. 🙂

Étienne.

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« Ce qui abrutit le peuple, ce n’est pas le défaut d’instruction, mais la croyance en l’infériorité de son intelligence.
L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître. »

Joseph Jacotot, militant pour l’émancipation intellectuelle, 1818.

Première publication : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/18/170-lame-humaine-est-capable-de-sinstruire-seule-et-sans-maitre-jacotot-ranciere

Ne ratez pas les commentaires de cette première publication, ils sont passionnants !

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156569044562317

[Controverse sur la monnaie et les banques] Mes réponses à Alain Beitone, qui conteste l’alternative monétaire chartaliste (création monétaire publique) et ma « vision complotiste désespérante », moi qui dénonce la prédation déchaînée des banquiers contre les peuples

Après la publication début août d’une vidéo où j’explique pourquoi je souhaite une création monétaire publique affranchie des banques privées, Alain Beitone, un professeur d’économie à Marseille, vient de publier un papier sur un site néocon pour expliquer que je n’y comprends rien sur la monnaie, que c’est « une vision complotiste désespérante » que d’accuser les banques de se servir et d’asservir au lieu de servir, que prétendre que les banquiers conspirent contre l’intérêt général c’est semer « la confusion », que c’est simpliste, que « la réalité est plus complexe », que l’incrimination des banquiers dans les malheurs des peuples par la captation du financement des puissances publiques et par l’endettement généralisé de toute l’humanité, c’est « un fantasme de l’extrême droite »… et que défendre le chartalisme (Théorie étatique de la monnaie de G. F. Knapp, 1905, admirée et reprise par Keynes) démontre une « incompréhension totale des questions monétaires », etc.

Je défends donc à nouveau mon point de vue et je démontre que chacune de ces critiques est infondée.

(Rappel : j’ai déjà eu à me défendre, en 2011, contre les diffamations de Monsieur Beitone.)

Voici mes réponses :

Le fichier pdf : Reponse_a_Alain_Beitone_sur_la_monnaie_et_les_banques_2-9-2018.pdf


Vous pouvez cliquer sur l’image ci-dessus pour ouvrir le fichier pdf complet.
Vous pouvez aussi feuilleter directement le pdf ci-dessous.

Reponse_a_Alain_Beitone_sur_la_monnaie_et_les_banques_2-9-2018

 
C’est une controverse importante.
Signalez-moi en commentaire, s’il vous plaît, les arguments qui pourraient, selon vous, être encore avancés, dans un sens ou dans l’autre.

Bonne lecture.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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[Fake news débitées au km par les prétendus « News checkers »] Le EU DisinfoLab à l’origine d’une intox : l’affaire Benalla, produit de la « russosphère » ?

[Fake news débitées au km par les prétendus « News checkers »] Encore une enquête remarquable d’Olivier Berruyer, sur les-crises.fr :

Le EU DisinfoLab à l’origine d’une intox : l’affaire Benalla, produit de la « russosphère » ?


https://www.les-crises.fr/nicolas-vanderbiest-et-le-eu-disinfolab-a-l-origine-d-une-intox-l-affaire-benalla-produit-de-la-russosphere/

« Après le Brexit, l’élection de Trump, la Catalogne, les fausses informations lors de l’élection de Macron, les armes chimiques en Syrie, la cyberattaque des JO de Pyeongchang, la Vague de Froid de l’hiver dernier, etc, voici aujourd’hui l’ombre russe dans… l’affaire Benalla.

Cette narrative est venue de l’association “EU DisinfoLab”, par la voix du cofondateur Nicolas Vanderbiest et de son président Alexandre Alaphilippe.

Nous allons donc présenter cette association, puis ses récents travaux et enfin analyser les réactions de la presse.

  1. EU DisinfoLab et sa galaxie
  2. Le Monitoring des élections françaises de 2017 par EU DisinfoLab
  3. L’étude de Nicolas Vanderbiest sur l’affaire Benalla
  4. Les tweets de Nicolas Vanderbiest sur le “gonflage numérique” de l’affaire Benalla
  5. “L’écosystème russophile” de Nicolas Vanderbiest
  6. De la désinformation par les grands médias à la récupération politique
  7. Fact-checking de Nicolas Vanderbiest : la victime crimméenne
  8. Des erreurs et biais grotesques disqualifiant l’étude ?

[…] Lire la suite, enquête approfondie, sur les-crise.fr :
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Mon commentaire :

Et les prétendus « journalistes » (désormais tous vendus aux plus grands voleurs) du pays « France » (franc signifie libre) qui voient des >complots russes< partout (et qui prétendent voir aussi des >complotistes< paranoïaques partout — non mais regardez qui parle, sans blague !) et qui relaient et amplifient ces conneries russophobes sur la « russosphère » partout dans leurs pages, sans jamais rien démentir même quand il devient évident qu’ils ont publié de la m…

Une fois de plus, les médias des riches nous intoxiquent pour nous conduire à vouloir leur sale guerre. Le grand George Orwell avait bien expliqué (dans 1984) que Big Brother avait besoin d’une guerre permanente pour légitimer sa contrainte totale sur la population, et comment la désinformation systématique était un autre outil central de domination.

J’espère que vous, au moins, dans vos ateliers constituants quotidiens, vous bossez sur vos projets d’articles de constitution sur l’indépendance des journalistes et sur le contrôle de la qualité de l’information des citoyens 🙂

 
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Wikipédia, outil de calomnie et de mensonge pour ses parties politiques (et économiques), comme tous les autres médias vendus : l’Affaire Philip Cross, par Craig Murray

Pour simplifier l’accès aux savoirs SCIENTIFIQUES ET HISTORIQUE, Wikipédia est un outil pédagogique souvent très utile, évidemment ; mais dans les domaines POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES, où les voleurs de pouvoir (et les voleurs tout court, comme les industriels et les banquiers) ont beaucoup à gagner ou à perdre — et où il y a donc de puissantes raisons pour mentir —, Wikipédia est un outil de manipulation et de mensonge, exactement comme les autres médias achetés par les riches pour désinformer les citoyens, en discréditant fallacieusement les opposants et en flattant pernicieusement les dominants.

Pour preuve, par exemple, l’article passionnant ci-dessous, de Craig Murray.

C’est ainsi que ma propre page Wikipédia est progressivement devenue un outil de calomnie malveillante chimiquement pure — avec interdiction de m’y défendre moi-même…

Étienne.

Est-ce que le fait d’être libre n’offre pas forcément l’objet libre aux plus riches (le privant rapidement de réelle liberté) ?


L’Affaire Philip Cross par Craig Murray [Trad.]

Note Soverain : Cet article de Craig Murray met en évidence les liens entre Wikipédia, généralement réputée pour être une encyclopédie libre et participative (et donc une référence dans le domaine de l’information), et la manière dont elle est utilisée à des fins (géo)politiques avec la complicité supposée de son fondateur et de certains rédacteurs. Cet article traite de l’affaire « Philip Cross », un utilisateur de Wikipédia qui a un grand nombre de révisions à son actif, toutes en faveur des médias néo-conservateurs britanniques et en défaveur des médias indépendants et alternatifs. Cet article apporte des éléments de réponse pour juger de la neutralité de Wikipédia, et permet d’avoir un aperçu des difficultés rencontrées par d’autres personnes physiques ou morales (partis politiques, associations), même en France, pour disposer d’une page objective.

Craig Murray : « Philip Cross » n’a pas eu un seul jour de répit sur sa page Wikipedia depuis presque cinq ans. « Il » a édité tous les jours du 29 août 2013 au 14 mai 2018. Y compris cinq jours de Noël. Ça fait 1 721 jours consécutifs de révisions.

133 612 modifications ont été apportées à Wikipédia au nom de « Philip Cross » sur une période de 14 ans. C’est plus de 30 éditions par jour, sept jours sur sept. Et je ne l’utilise pas au sens figuré : Les révisions Wikipedia sont enregistrées dans le temps, et si vous les tracez, la carte de temps pour l’activité Wikipedia de « Philip Cross » est étonnante si il s’agit d’un seul individu :

L’activité se déroule comme une horloge, sept jours sur sept, toutes les heures de la journée, sans variation significative. Si « Philip Cross » est vraiment un individu, on ne peut nier qu’il soit maladivement obsédé. Je ne suis pas psychiatre, mais à mes yeux tout à fait inexpérimentés, cela ressemble au comportement d’un psychotique dérangé sans activités sociales en dehors de son domicile, sans travail (ou un patron incroyablement tolérant), vivant sa vie à travers un écran. Je dirige ce qui est sans doute le blog politique le plus lu au Royaume-Uni, et je ne passe pas autant de temps sur Internet que « Philip Cross ». Ma « timecard » montre les endroits où je regarde le football le samedi, je vais boire le vendredi, je vais au supermarché et me promener ou sortir en famille le dimanche, et en général, je me détends beaucoup plus et je lis des livres le soir. Cross n’a pas les schémas d’activité d’un être humain normal et parfaitement équilibré.

Il y a trois options. « Philip Cross » est soit une personne très étrange en effet, soit une fausse personne déguisant une activité payante pour contrôler le contenu de wikipedia, soit une vraie personne de façade pour une telle opération en son nom.

Pourquoi cette qualification d’obsessionnel compulsif sans amis – pour prendre l’explication officielle – est justifiée ?

Parce que le but de l’opération « Philip Cross » est de systématiquement attaquer et de miner la réputation de ceux qui jouent un rôle de premier plan dans la remise en cause du discours dominant des entreprises et des médias d’Etat, en particulier dans les affaires étrangères. « Philip Cross » cherche aussi systématiquement à faire briller la réputation des journalistes des médias grand public et d’autres personnalités qui jouent un rôle de premier plan dans la promotion de la propagande néoconservatrice et dans la promotion des intérêts d’Israël.

C’est important parce qu’un lecteur ordinaire qui tombe sur un article questionnant (disons le comme ça) le récit officiel sur les Skripals, est très susceptible de se tourner vers Wikipedia pour obtenir des informations sur l’auteur de l’article. En termes simples, le but de l’opération « Philip Cross » est de s’assurer que si ce lecteur recherche une personne antimilitariste comme John Pilger, ils concluront qu’ils ne sont pas du tout fiables et peu dignes de confiance, alors que s’ils recherchent un journaliste MSM de droite, ils concluront qu’ils sont un modèle de vertu et qu’il faut leur faire pleinement confiance.

Le traitement « Philip Cross » est réservé non seulement aux partisans de l’aile gauche, mais à tous les sceptiques du néo-conservatisme et qui s’opposent aux « guerres d’intervention ». La liste des victimes de Cross comprend Alex Salmond, Peter Oborne, John Pilger, Owen Jones, Jeremy Corbyn, Tim Hayward, Diane Abbott, Neil Clark, Lindsey German, Vanessa Beeley et George Galloway. Comme on peut s’y attendre, « Philip Cross » est particulièrement actif dans la modification des articles de Wikipedia des médias alternatifs et des sites de critique MSM. « Philip Cross » a fait 36 révisions à la page Wikipedia de The Canary et, de façon stupéfiante, plus de 800 révisions sur Media Lens. George Galloway reste la cible favorite de l’opération « Philip Cross » avec un nombre incroyable de 1 800 révisions.

Tout aussi révélateurs sont les gens que « Philip Cross » cherche à protéger et à promouvoir. Sarah Smith, l’uber-syndicaliste de la BBC Scotland, a demandé à « Philip Cross » de supprimer les références de son entrée sur Wikipedia aux liens familiaux qui (ahem) ont pu l’aider dans sa carrière. La députée Ruth Smeeth, de Labour Friends of Israel, a fait référence au câble diplomatique américain Wikileaks qui a montré qu’elle était une informatrice à l’ambassade des États-Unis sur les secrets du Parti travailliste, supprimé par « Philip Cross ». La chroniqueuse de droite Melanie Phillips et son déni du changement climatique s’est fait exciser par Cross.

« Philip Cross » ne se contente pas de veiller et protèger soigneusement la page Wikipedia de l’éditrice du Guardian Katherine Viner, qui a changé sa plume pour le camp néo-con, mais Philip Cross a aussi rédigé la page hagiographique (NDLT : écriture de la vie des saints) originale. Le contact MI6 du Guardian, Luke Harding, est particulièrement pris en charge par Cross, de même que leurs obsessifs anti-corbyn Nick Cohen et Jonathon Freedland. Il en va de même pour Murdoch, David Aaronovitch et Oliver Kamm.

Il ne fait aucun doute que Kamm, chef de file du Murdoch’s Times, est en lien avec l’opération « Philip Cross ». Beaucoup de gens croient que Kamm et Cross sont la même personne, ou que Kamm fait partie d’une personne multiple. Six fois j’ai eu personnellement des modifications hostiles à ma page Wikipedia par « Philip Cross » faites en liaison directe avec des attaques de Kamm, soit sur Twitter, dans un éditorial du Times ou dans le magazine Prospect. Au total, « Philip Cross » a effectué 275 modifications sur ma page Wikipedia. Il s’agit notamment d’appeler ma femme strip-teaseuse, de supprimer ma photo, de supprimer ma réponse aux attaques lancées contre moi par Kamm et Harding, entre autres, et de supprimer mon refus de tous les honneurs alors que j’étais diplomate britannique.

Neil Clark et Peter Oborne sont unes des nombreuses victimes de Philip Cross sur Wikipedia en même temps que les attaques de Kamm sur d’autres médias. Clark poursuit Kamm en justice pour harcèlement criminel – et « Philip Cross » a supprimé toute référence à ce fait de la page Wikipedia de Kamm.

Ce qui est clair, c’est que Kamm et Cross ont des opinions politiques extrêmement similaires, et que la ligne de démarcation entre ceux qu’ils attaquent et ceux qu’ils défendent est basée clairement sur les principes du Manifeste d’Euston (NDLT : une déclaration de principes d’un groupe de journalistes et activistes libéraux basés au Royaume-Uni). C’est peut-être un peu flou, mais il s’agit en fait d’une importante déclaration blairite de soutien à Israël et aux guerres néo-conservatrices d’intervention, et elle était liée à la fondation de la Henry Jackson Society. Qui est responsable de l’édition de la page Wikipedia du Manifeste d’Euston ? « Philip Cross ».

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que les positions de « Philip Cross » sont exactement les mêmes que celles de Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia. Jimmy Wales a été sur Twitter ces trois derniers jours extrêmement grossier et désagréable pour quiconque remettait en question les activités de Philip Cross. Son engagement en faveur de la liberté de Cross d’opérer sur Wikipedia serait bien plus impressionnant si l’opération Cross ne faisait pas la promotion des propres opinions de Wales. Jimmy Wales s’est activement prononcé contre Jeremy Corbyn, soutient le bombardement de la Syrie, soutient Israël, est tellement blairite qu’il a épousé la secrétaire de Blair, et siège au conseil d’administration de Guardian Media Group Ltd aux côtés de Katherine Viner.

L’attitude extrêmement défensive et le caractère surnaturel des réponses twitter de Wales sur l’opération « Philip Cross » est très révélateur. Pourquoi pensez-vous qu’il réagit ainsi ? C’est assez intéressant. Le bras mendiant de Wikipedia UK, Wikimedia UK, les a rejoint avec des réponses hostiles identiques à tous ceux qui remettent en question Cross.

En réponse, de nombreuses personnes ont envoyé des preuves à Jimmy Wales, qu’il a ignorées, tandis que sa  » fondation  » s’est fâchée contre ceux qui remettent en question les activités de Philip Cross.

Wikimedia est arrivé sans y être invité dans un fil twitter discutant des activités « Philip Cross » et a immédiatement commencé à attaquer les gens qui remettent en question la légitimité de Cross. Quelqu’un voit-il quelque chose d’insultant dans mon tweet ?

Je le répète, la coïncidence des opinions politiques de Philip Cross avec celles de Jimmy Wales, alliée à l’hostilité immédiate de Wales et de Wikimedia à l’égard de quiconque remet en question les activités de Cross – sans avoir besoin d’examiner des preuves – soulève un grand nombre de questions.

Philip Cross ne cherche pas à cacher son mobile ou sa haine de ceux dont il attaque les pages de Wikipedia. Il les raille ouvertement sur Twitter. La malhonnêteté évidente de ses révisions est évidente pour tout le monde.

Dans le passé, j’ai échangé des messages avec « Philip Cross ». Il dit qu’il est une personne, et qu’il édite en lien avec les tweets d’Oliver Kamm parce qu’il suit Kamm et que ses tweets l’inspirent à éditer. Il dit qu’il a rencontré Kamm et admet être en contact électronique avec lui. Cet échange que j’ai eu avec Cross, c’était il y a quelques années. Communication plus récente avec Cross (qui a maintenant changé son ID Twitter en « Julian »).

a été moins coopératif et il n’a pas répondu :

George Galloway offre une récompense de £1,000 pour le nom et l’adresse de « Cross » afin qu’il puisse également intenter une action en justice.

Je pense que Philip Cross est probablement une personne physique, mais qu’il fait la couverture d’un groupe agissant sous son nom. Il est incontestable, en fait le gouvernement s’en est vanté, que le MOD et le GCHQ ont tous deux des opérations de « cyberguerre » visant à défendre le récit « officiel » contre les médias alternatifs, et c’est précisément le but de l’opération « Philip Cross » sur Wikipedia. L’extrême régularité de la production plaide contre le fait que « Philip Cross » soit une opération à un seul homme ou bénévole. Je n’exclus cependant pas la possibilité qu’il ne soit vraiment qu’un seul fanatique extrêmement obsédé par la droite.

Enfin, il convient de noter que sur Wikipedia, une campagne visant à renforcer la narration des médias grand public et à dénigrer les sources alternatives présente l’énorme avantage que seule l’information provenant des médias grand public est autorisée dans les articles politiques.

En conclusion, quelques images des pages de révision des articles de Wikipedia pour donner un petit aperçu de ce dont je parle :

Je m’inquiète un peu, de peur de devenir moi-même obsédé. Trouvez-vous cela aussi fascinant que moi ?

Craig Murray.

Source originale : https://www.craigmurray.org.uk/archives/2018/05/the-philip-cross-affair/

Source en français : https://www.soverain.fr/laffaire-philip-cross/

 

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Aude Lancelin, sur la scandaleuse appropriation des médias (y compris des prétendus « Reporters sans frontières », apparemment) par les ultrariches, en France comme ailleurs

Remarquable synthèse, en 7 min, sur la scandaleuse appropriation des médias (y compris des prétendus « Reporters sans frontières« , apparemment) par les ultrariches, en France comme ailleurs.

Merci Aude Lancelin.


Ça me rappelle évidemment ma propre synthèse, en 3 min en 2014, qui reliait cette honteuse mainmise médiatique à l’escroquerie historique du faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois), à notre impuissance politique populaire et à sa cause première : notre démission du processus constituant :

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La pensée critique face aux médias, par Christophe Michel (« Hygiène mentale »)

Passionnante invitation à muscler notre esprit critique (et celui des enfants) :

Je trouve intéressantes et utiles plusieurs des vidéos de Christophe Michel (celui qui anime la chaîne « Hygiène mentale »). Parfois (rarement), bien sûr, j’ai l’impression qu’il se trompe, mais je le trouve toujours très intéressant.
Et honnête, ce qui n’est pas rien.

La liste de vidéos qui est épinglée en commentaire de cette conférence et qui conseille d’autres sites sur l’esprit critique est vraiment utile pour creuser la question. Si vous en connaissez d’autres, je suis preneur 🙂

Étienne.

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« Les Pays-Bas suppriment le référendum » annonce la presse vendue

« Les Pays-Bas suppriment le référendum » titre la presse vendue.


Deux voleurs de pouvoir en action, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte (centre) et Kajsa Ollongren, ministre des Affaires intérieures | Photo d’illustration – EPA

https://www.ouest-france.fr/europe/pays-bas/les-pays-bas-suppriment-le-referendum-5592281

Ce titre est trompeur, car il laisse entendre que ce sont les Néerlandais eux-mêmes qui ont choisi de renoncer à leur propre souveraineté, à leur droit de décider eux-mêmes de ce qu’est le bien commun, loi par loi.

Mais en fait, ce sont les voleurs de pouvoir qui s’autonomisent, comme toujours et partout dès que les peuples leur font confiance au lieu de s’en méfier comme de la peste.

Ce sont, comme d’habitude, des « élus » irresponsables, des professionnels du mensonge, des ennemis du peuple, qui s’affranchissent traîtreusement de tout contrôle sérieux de la part de ceux qu’ils prétendent « représenter ».

CE N’EST PAS AUX HOMMES AU POUVOIR D’ÉCRIRE LES RÈGLES DU POUVOIR.
C’est la règle n°1 en politique.
Et seuls les simples citoyens sont aptes et légitimes pour la comprendre et pour l’imposer, au plus haut niveau du droit.

Encore faut-il que ce soit des citoyens dignes de ce nom, c’est-à-dire qu’ils soient constituants. De simples électeurs, c’est-à-dire des enfants politiques, démissionnaires de leurs responsabilités constituantes c’est-à-dire démissionnaires de leur vigilance personnelle et permanente à l’égard de tous les pouvoirs, de tels électeurs ne méritent nullement d’être nommés citoyens : ce ne sont encore que des enfants ; il faudra qu’ils se transforment en adultes politiques pour devenir des citoyens dignes de ce nom.

De la même façon qu’on ne naît pas adulte,
ON NE NAÎT PAS CITOYEN, ON LE DEVIENT.

Les progrès du carcan oligarchique sont très inquiétants, ces derniers temps. La perte de la télévision et des journaux (désormais tous contrôlés par les plus riches) est une terrible catastrophe pour l’intérêt général et pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Ça va encore mal se terminer, je le crains, avec l’aval de la population désinformée.

Il serait temps de se réveiller.

Étienne.

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« Les profiteurs de la crise », énième symptôme de la marchandisation des hommes rendus politiquement impuissants à y résister, impuissance organisée au plus haut niveau du droit, dans la constitution

Quand vous souffrez d’un mal, inutile de gémir sur les conséquences : cherchez la cause des causes.

L’autorisation par la loi des « rachats d’entreprises » traite les collectifs de travail comme de vulgaires marchandises, à vendre ou à liquider.

C’est « du droit », mais à l’évidence, c’est un droit écrit par les marchands au profit des marchands.

La liberté des propriétaires et la servitude des travailleurs sont programmées dans la constitution, au plus haut niveau du droit.

Tant que nous serons démissionnaires du processus constituant, nous serons les esclaves des négriers et des usuriers. NOTRE IMPUISSANCE EST TOTALEMENT DE NOTRE FAUTE : soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres (Étienne de la Boétie). Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes idiots.

Vos ateliers constituants quotidiens, avec vos proches et avec vos voisins, si vous vous en occupez enfin, seront un OUTIL D’ÉDUCATION POPULAIRE RADICALE : un outil qui prendra LOGIQUEMENT nos maux à leur RACINE.

Le fait que ça ne se passe pas encore à grande échelle n’est PAS « la faute des autres ». Notre distraction permanente, notre incapacité à rester concentrés sur l’essentiel (qui est APPRENDRE À INSTITUER NOUS-MÊMES NOTRE PUISSANCE À NOUS DÉFENDRE), sont bien plus décisives que les manigances et intrigues des puissants du moment.

• Je vous suggère, par exemple, de bosser sur LES MÉDIAS (outil central et stratégique des riches pour désinformer les pauvres) : écrivez ensemble le ou les articles qui garantiraient durablement que l’opinion des citoyens soit correctement (contradictoirement et loyalement) éclairée.

• Je suggère aussi que vous réfléchissiez aux articles qui permettraient de ne pas limiter la démocratie (vraie) aux décisions prises au niveau de la nation, mais qui imposeraient aussi LA DÉMOCRATIE DANS TOUS LES GROUPES DE TRAVAIL (ce qu’on appelle aujourd’hui les « entreprises »).

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.


Nombreuses ressources sur vos ateliers constituants :

Le wiki des GV, Catégorie:Atelier constituant :
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant


http://chouard.org/blog/tag/ateliers-constituants-2/

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