Archives de catégorie : autogestion

Comment fonctionnerait une vraie démocratie ?

Une démocratie digne de ce nom, ça s’institue.

Et jamais des élus ne le feront. Jamais. À cause du conflit d’intérêts.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Seuls les citoyens eux-mêmes sont légitimes et aptes à écrire une vraie constitution.

Quand les politiciens modifient la constitution, c’est un crime : ils volent la souveraineté qui ne leur appartient pas.

#GrèveGénéraleCONSTITUANTE

[Sur notre humaine vulnérabilité aux bobards] Apprendre à se méfier des histoires officielles

L’histoire des paysans a été écrite par les citadins

l’histoire des nomades a été écrite par les sédentaires

L’histoire des chasseurs-cueilleurs a été écrite par les agriculteurs

L’histoire des peuples sans État a été écrite par les scribes du palais

Elles sont toutes répertoriées dans les archives sous le nom de « Chroniques barbares »

Auteur anonyme

cité par James C. Scott dans son livre passionnant, « Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États », 2017, p 234.

[RIC, Gilets jaunes] Entrer dans un parti politique ? Ou multiplier les ateliers constituants populaires autonomes ?

Merci à Benoît, pour la publication de cet extrait, et pour tout son travail sur cette belle chaîne YT.

Les ateliers constituants, c’est le service militaire des citoyens, l’entraînement (auto-organisé) où ils apprennent à se méfier des pouvoirs (et des hommes forts candidats au pouvoir) et où ils apprennent à manier les armes contre les pouvoirs, où ils deviennent des soldats, des soldats de la démocratie, où ils deviennent des adultes politiques, méfiants des puissants et jaloux de leur souveraineté, capables d’utiliser les meilleures armes politiques, loyalement.

Qu’un homme fort (qui se croit meilleur que les autres, qui voudrait tout décider à la place des autres, qui voudrait dominer le plus grand nombre) méprise et même déteste cette idée émancipatrice d’auto-institution de la société, ce n’est pas étonnant.

La seule piste de révolution sans l’aide des financiers, c’est la mutation générale des électeurs en citoyens, donc constituants.

Aucune révolution n’a jamais fonctionné sans l’aide secrète d’un gang financier rival du gang au pouvoir.

Le projet d’une révolution populaire victorieuse est un rêve de singe si on n’a pas formé des soldats politiques avant.

Tâchez de parler de la constitution autour de vous, surtout à des inconnus, pour que nous soyions de plus en plus nombreux.

Étienne.

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[Très important, faites passer] Et si les municipales étaient l’occasion de mettre en place un RIC ? par (le formidable) Raul Magni-Berton

Chers amis,

Ne ratez pas cette importante étude du Raul sur nos possibilités juridiques actuelles d’instituer localement le RIC, ici et maintenant.

À imprimer, à lire le crayon à la main, et à faire connaître partout autour de vous (car il ne faut pas compter sur les prétendus « journalistes » mainstream pour faire une publicité loyale à une telle synthèse des moyens d’émancipation populaire par le RIC).

Bon courage à tous, pour supporter cette période d’élections où les médias nous rebattent les oreilles toute la journée avec le mot démocratie littéralement mis à l’envers, et confondent cent fois par jour, et sans personne pour les contredire, élire et voter…

Hâte de vous retrouver demain à Longuyon 🙂

Étienne.



http://theconversation.com/et-si-les-municipales-etaient-loccasion-de-mettre-en-place-un-ric-130896

Raul Magni-Berton : L’un des principaux points de revendication lors du mouvement des « gilets jaunes » a été le Référendum d’initiative citoyenne – le RIC. Une revendication qui a été largement relayée par la presse nationale entre décembre 2018 et mars 2019 mais qui, depuis, fait de moins en moins la une dans le débat public.

Avec l’essoufflement du mouvement des « gilets jaunes » et la mobilisation importante des derniers mois sur la réforme des retraites, l’appel à la démocratisation par le RIC a perdu sa force. En fait, le refus catégorique de cette mesure de la part de la majorité en place semble avoir découragé ses soutiens.

Pourtant, le RIC local, et plus généralement la démocratisation de la vie locale, sera l’un des enjeux des prochaines élections municipales.

Cette revendication n’est certes plus dans la rue ni dans les médias, mais elle continue à faire son chemin dans des cercles plus restreints. Plusieurs associations visent à consulter les citoyens sur la forme que peut prendre un RIC, à l’image d’Objectif RIC ou de Culture RIC.

Plusieurs référendums locaux organisés par les habitants ont été lancés, à Grenoble entre le 14 et le 20 octobre 2019 ou à Saint-Affrique dans l’Aveyron le 11 novembre.

Enfin, depuis un an nous voyons émerger des think tanks, groupes de pression, mobilisations locales visant à instaurer le RIC au niveau national et local. Des instituts se spécialisent également sur ce processus et sa mise en place concrète en France, comme l’Institut de recherche territoire démocratique dont je suis membre.

Ric local et expérimental à Saint-Affrique : Après les débats en petits comités, les Gilets jaunes invitent au vote par référendum https://www.aveyrondigitalnews.fr/2019/11/22/ric-local-et-experimental-a-saint-affrique-apres-les-debats-en-petits-comites-les-gilets-jaunes-invitent-au-vote-par-referendum/?feed_id=1661&_unique_id=5dd7ea00b5b1d 

Ric local et expérimental à Saint-Affrique : Après les débats en petits comités, les Gilets jaunes invitent au vote par référendum

« Instaurer aussi souvent que possible l’utilisation de produits bio issus de producteurs locaux dans les préparations des cuisines collectives de Saint- Affrique » ; « interdire l’usage du glyphosate et des produits phytosanitaires sur la commune » ; « intégrer le Ric dans les prises de décision de la commune ». Ces trois propositions, les plus soutenues par …

Des initiatives à concrétiser lors des municipales

Les élections municipales constitueront la première étape qui permet d’évaluer l’activité de ces groupes. Plusieurs personnes impliquées dans le mouvement des « gilets jaunes » ont choisi, au niveau municipal, soit de lancer une association pour faire pression sur les candidats, soit de créer des listes citoyennes indépendantes de tout parti politique, soit encore d’entrer dans des listes soutenues par des partis politiques à la condition d’exiger le RIC.

C’est le cas par exemple, de la France Insoumise, d’Europe Écologie les Verts ou du Rassemblement national.

Promouvoir le RIC au niveau local n’est pas un combat évident. La France est un pays très centralisé et bien peu de compétences sont déléguées, qu’il s’agisse du niveau local, et encore plus municipal. Cependant, promouvoir le RIC au niveau local est une stratégie qui vise avant tout à refaire vivre cette revendication, à la faire connaître aux citoyens et à l’exercer concrètement.

Une manifestante en gilet jaune: sa veste porte l’inscription RIC lors d’une mobilisation à Paris le 28 septembre 2019. Zakaria Abdelkafi/AFP

Illégalité de la mesure

Le principal problème lié à cette revendication au niveau municipal est que le RIC est, en tant que tel, illégal.

Plus généralement, les communes n’ont pas la prérogative qui consiste à décider comment elles vont prendre des décisions, puisque celle-ci revient à l’État et apparaît dans le Code général des collectivités territoriales. D’après celui-ci, les deux instruments clefs du RIC – la pétition et le référendum – sont prévus, mais d’une façon qui n’est pas compatible avec le fonctionnement du RIC. Ce dernier prévoit qu’une pétition puisse déclencher automatiquement un référendum dont le résultat est contraignant pour les pouvoirs publics. Par conséquent, il s’agit d’une procédure où, à aucun moment, les représentants ont leur mot à dire.

Or, quatre dispositifs prévoient l’utilisation de la pétition ou du référendum.

D’autres mesures déjà prévues

Tout d’abord, il existe dans la Constitution la possibilité de lancer une pétition pour demander l’inscription d’une question à l’ordre du jour d’une assemblée locale.

Il n’y a pas encore de texte d’application de ce dispositif, mais les communes peuvent y faire appel dans la mesure où il s’agit d’un droit constitutionnellement protégé. Cependant, ce droit ne permet pas de déclencher un référendum.

Il existe également la consultation d’initiative populaire, selon laquelle 20 % des inscrits peuvent déclencher un référendum à travers une pétition, mais ce référendum n’est pas contraignant pour les pouvoirs publics.

D’où son label « consultation », qui signifie qu’il est consultatif. Il faut également noter que le déclenchement du référendum n’est pas contraignant non plus, si bien qu’à chaque étape le conseil municipal peut arrêter le processus.

Par ailleurs si les consultations à l’initiative de la collectivité territoriale existent, elles ne prévoient ni d’initiative citoyenne, ni de référendum contraignant.

Enfin, si le référendum local lui est bien contraignant, il faut que la participation atteigne 50 %. Et, l’initiative de ce référendum revient au conseil municipal.

Un guide pour le RIC

Au-delà de ces dispositifs, aucune autre procédure ne peut être mise en place, sous peine d’être dénoncée par le préfet et annulée par le juge administratif. Le dernier cas en date remonte à 2018, quand la municipalité de Grenoble a vu son RIC – appelé Interpellation et votation citoyenne – annulé de cette façon. Dès lors, il est préférable se contenter des dispositifs existants. La méthode la plus intuitive est de pousser les candidats à utiliser la consultation d’initiative populaire, comme le fait efficacement le Comité de liaison pour l’initiative citoyenne. Ce comité est devenu un véritable lobby pour promouvoir le RIC, en rassemblant les personnes morales qui défendent cette institution et en faisant pression sur les élus.

Cependant, il existe une alternative juridique pour mettre en place un RIC au niveau local bien plus efficace que la consultation. Les détails sont donnés dans le « Guide pour mettre en place le Référendum d’initiative citoyenne dans une commune dès aujourd’hui » en accès libre sur le site de l’Institut de recherche Territoire démocratique et auquel j’ai moi-même participé.

La préconisation de ce guide, écrit à l’origine pour la mise en place du RIC à Grenoble, a été reprise par plusieurs listes candidates aux élections municipales, dont deux des trois citées plus haut.

Il s’agit d’enchaîner trois dispositifs parfaitement légaux : le vœu, la pétition et le référendum local.

Photo prise le 24 octobre 2019 dans le quartier Arlequin, à Grenoble, où les habitants ont mis en place un RIC concernant l’avenir de certains bâtiments dont la démolition ou la rénovation est prévue. Jean‑Pierre Clatot/AFP

Trois dispositifs cruciaux

Tout d’abord, il faut que le conseil municipal formalise son intention politique d’octroyer ce nouveau droit aux citoyens à travers un acte écrit, mais non contraignant. Ceci peut se faire par le vœu.

Cela signifie que le conseil municipal demande au maire d’être saisi sur toute question faisant l’objet d’une pétition écrite par les citoyens et remise au conseil municipal ; c’est une subtilité légale qui permet d’engager le conseil municipal et le maire, tout en n’ayant pas de valeur légale. Il ne confère donc pas un « droit » mais un engagement à faire comme si ce droit existait.

Ainsi, le tribunal administratif de Paris a considéré en 2011 qu’un vœu du conseil de Paris tendant à ce que le maire le saisisse de certaines pétitions n’était pas contraire au droit. Cette étape consiste à rendre crédible le dispositif aux yeux des citoyens.

La deuxième étape consiste à utiliser le droit de pétition pour demander l’inscription d’une question à l’ordre du jour d’une assemblée locale inscrit dans la constitution. Il s’agit ici de mettre concrètement en œuvre le dispositif.

Puisque ce dispositif pétitionnaire n’est pas réglementé par la loi, chaque commune est libre de réglementer comme il le souhaite. Ainsi, elle peut s’engager à rendre compte de toute pétition qui atteint un seuil entre 1 % et 5 % (selon la taille de la commune), ou elle peut également accepter les signatures des résidents non nationaux. Il s’agit d’une procédure assez courante qui, si elle ne débouche pas habituellement sur un référendum, fait souvent l’objet de débats au sein des conseils municipaux, comme, par exemple, c’est le cas à Strasbourg.

Finalement, l’engagement du conseil municipal consiste à mettre en place un référendum local sur tout objet de pétition qui atteint le seuil requis.

Le référendum local n’est contraignant que si le seuil de 50 % de participation est atteint. Si ce seuil n’est pas atteint, le conseil municipal est libre de suivre ou non le résultat majoritaire. Ce seuil est très exigent : il est non seulement très rarement atteint pour les référendums, mais aussi pour les élections locales. Il est donc important que le conseil municipal s’engage auprès des citoyens à suivre systématiquement l’avis majoritaire même si le seuil de participation n’est pas atteint.

Est-ce que cela fonctionne ?

Cette formulation a deux avantages et un inconvénient. Premièrement, elle combine trois dispositifs légaux, et est donc légale face au juge administratif (même s’il y a encore un risque dans l’interprétation du vœu). Deuxièmement, il permet de construire un RIC basé sur des seuils de signatures abordables et sur des institutions contraignantes.

Il a été démontré que des seuils trop hauts conduisent à des dispositifs inopérants, et des dispositifs non contraignants découragent l’utilisation du RIC comme instrument de contestation, en lui enlevant ainsi sa première qualité.

L’inconvénient majeur de ce dispositif – comme tous les autres qui peuvent être mis en place au niveau local à l’heure actuelle – est qu’il repose sur la bonne volonté des élus. Un inconvénient de taille, mais qui ne pourra pas être évité. Comme noté plus haut, le RIC local aura plus une valeur pédagogique et expérimentale qu’une valeur proprement institutionnelle.

Actuellement, des dispositifs démocratiques sont proposés par les différentes listes, même s’ils sont plus ou moins opérants. Une autre initiative de chercheurs – le Participomètre – vise à étudier et donner les moyens à tous d’évaluer l’aspect démocratique des programmes des candidats aux municipales.

Pour la première fois, les programmes peuvent être comparés dans chaque commune par les internautes comme les chercheurs. « Les résultats des évaluations sont publiés et mis en parallèle de ceux résultant de l’évaluation réalisée par les chercheurs » indique le site du Participomètre. Parmi les dispositifs évalués, le référendum d’initiative citoyenne aura une place de choix.

Raul Magni-Berton.

Source : http://theconversation.com/et-si-les-municipales-etaient-loccasion-de-mettre-en-place-un-ric-130896

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Bernard Friot : “Si la bourgeoisie est la classe dirigeante, c’est parce qu’elle dirige le travail, et non pas parce qu’elle est riche”

Bernard Friot : “Si la bourgeoisie est la classe dirigeante, c’est parce qu’elle dirige le travail, et non pas parce qu’elle est riche” Deuxième partie

Source : Frustration Magazine, https://www.frustrationmagazine.fr/si-la-bourgeoisie-est-la-classe-dirigeante-cest-parce-quelle-dirige-le-travail-entretien-avec-bernard-friot-partie-ii/

On a tous quelque chose en nous de communiste. Et même que ce quelque chose réside dans des institutions que nous connaissons très bien, dont la plupart du temps nous nous félicitons de leur existence. Lesquelles ? Le statut de la fonction publique et le régime général de la sécurité social, bien sûr ! C’est ce que nous explique de manière évidente non sans une certaine pugnacité l’économiste et sociologue du travail Bernard Friot, que nous avons rencontré. En plein mouvement social historique contre la réforme des retraites et de débats parlementaires cette semaine, il nous semblait plus que nécessaire de dialoguer avec lui, qu’il nous insuffle ce “Désir de communisme” face au “rouleau compresseur du capitalisme néolibéral”, concrétisé dans son dernier livre co-écrit avec Judith Bernard. L’occasion de se demander pourquoi la question du travail, si centrale pourtant, est si peu ou mal abordée à gauche et même au sein de la gauche dite “radicale”, comment retrouver un second souffle de mobilisation face à la régression des retraites, et qu’est-ce qu’apporte le mouvement des Gilets jaunes au combat social ? Partie II.

Entretien, par Selim Derkaoui et Nicolas Framont

Le mouvement des gilets jaunes a un peu fait voler en éclat tout ça, non ?

Toute cette conjonction de la science sociale critique et des directions politiques est sur la défensive, et en assez grande difficulté pour proposer une alternative. Cette impuissance de ceux qui ont organisé les conquêtes dont j’ai parlé et qui aujourd’hui se révèlent incapables de les promouvoir, incapables de les voir même, fait qu’ont commencé à prospérer d’autres formes de discours et d’action comme les gilets jaunes, qui sont un mouvement de fond inscrit dans la durée.

Les gilets jaunes, à travers des formes d’organisation beaucoup plus horizontales, rejoignent d’autres formes de mobilisations nouvelles, toute cette jeunesse souvent diplômée qui crée des alternatives “ici et maintenant”, dans des tas de champs de la production. On a maintenant toute une marge alternative, communiste à mon sens, de gens qui se destinent à maîtriser leur travail. Cela a toujours existé mais à l’échelle atteinte aujourd’hui, c’est tout à fait nouveau. Cela vient de la crise du capitalisme qui est tellement avancé dans l’élimination du travail vivant par le travail mort des machines qu’il se heurte à de graves problèmes de valorisation qu’il ne parvient pas à juguler par la fuite en avant qu’il pratique à grande échelle.

Quelle en serait la suite logique ?

La rupture de tous ces alternatifs avec la logique capitaliste du travail me semble durable. Avec ses ambiguïtés certes. Ils ont tendance à confondre le marché du travail et les employeurs et avec les conquêtes du salariat : “la retraite, on n’en aura pas”, “non non surtout pas de CDI, je veux rester flexible” … Avec l’illusion que sur les plateformes collaboratives, on va être dans l’horizontalité, on va faire ce que l’on veut… Et la tentation d’adhérer au projet capitaliste qui se substitue au salaire à la qualification personnelle : nos personnes ne peuvent pas être titulaires d’un salaire, mais elles pourraient disposer d’un revenu de base. Il y a donc des illusions mais il y a quelque chose de magnifique à refuser d’être le jouet du capital.

Ces alternatifs sont dans cette situation ambiguë d’une adhésion de fait à une flexibilité recherchée par la bourgeoisie capitaliste, mais pour poser des actes de productions communistes, c’est-à-dire sur des produits qui aient du sens, qui ne soient pas faits pour mettre en valeur du capital, etc. Le dépassement de cette contradiction, ce n’est pas que ces producteurs deviennent des employés, avec un emploi stable auprès d’employeurs, mais qu’ils soient propriétaire de leur qualification et donc titulaires d’un salaire à vie.

Qu’est ce que cela signifie ?

Que l’enjeu pour les livreurs de Deliveroo n’est pas qu’ils deviennent employés de la plateforme mais qu’ils soient titulaires de leur salaire et copropriétaires d’usage de la plateforme, sous une forme coopérative ou autre. Une des choses les plus difficiles vient de ce que la bourgeoisie, qui s’emploie en permanence à disqualifier les institutions qui la mettent en difficulté, a tout fait pour que nous connotions négativement le salaire et positivement le revenu de base. Certes ils ont pour point commun de faire de la ressource un droit politique de la personne. Mais il y a un gouffre entre le pouvoir d’achat minimum que la bourgeoisie est toujours prête à accorder à quiconque dans un revenu de base (surtout s’il est payé par l’impôt, c’est-à-dire assez peu par elle), et la reconnaissance inconditionnelle, dans un salaire à la qualification personnelle, de la capacité de tout adulte à produire de la valeur. Un tel droit politique au salaire pose les personnes comme les seules productrices de valeur et donc candidates légitimes à ravir à la bourgeoisie son monopole sur la valeur économique, qui est le fondement de sa puissance.

Si la bourgeoisie est la classe dirigeante c’est parce qu’elle dirige le travail, et non pas parce qu’elle est riche. C’est le travail qui est le cœur de la lutte de classes, ce n’est pas l’argent, l’argent c’est la conséquence du travail. Donc la classe dirigeante n’a de pouvoir sur l’argent que parce qu’elle a le pouvoir sur le travail, et c’est son pouvoir sur le travail qu’il faut lui ravir. Et pour le lui ravir il faut d’abord que nous sortions de l’aléa de notre reconnaissance comme travailleur selon le bon vouloir de l’employeur ou selon notre performance sur les marchés sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir en réalité. La bourgeoisie tient ces marchés, soit du travail soit des biens et services, et si nos personnes sont niées comme productrices et que nous ne sommes reconnus comme producteur qu’à la mesure de nos performances sur les marchés qu’elle tient, elle a de longs jours devant elle. Mais elle n’en a pas parce qu’une classe révolutionnaire est en cours de constitution depuis plus d’un siècle et institue l’alternative.

Vous pensez que la gauche a abandonné la question du travail ? Est-ce parce qu’elle est devenue un peu bourgeoise elle aussi ?

Devenir bourgeois c’est quand même précis : c’est être propriétaire de l’outil de travail, décider l’investissement, décider de ce qui vaut, par exemple arbitrer entre la route et le fer pour les transports. La gauche n’est pas devenue bourgeoise.

Mais qu’elle ait abandonné la question du travail, oui. Pour moi, c’est un manque tout à fait considérable. Augmenté encore par cette espèce de fascination pour la financiarisation du capital dans laquelle on nous fait croire qu’il se crée de la valeur dans la sphère de la finance, que finalement le capitalisme n’a plus besoin du travail, que tout ça va pouvoir être fait par des robots, que c’est la fin du travail… c’est dans l’air du temps, bien sûr.

Le mot « argent » l’emporte dans le débat public sur le mot « travail » : on a l’impression que l’argent fait des petits tout seul et que le capitalisme serait en mesure de se passer du travail et donc, qu’il faut lui prendre son pouvoir sur l’argent, que c’est ça qui est décisif. Quand on regarde les propositions alternatives, par exemple à propos de la retraite, elles portent sur le financement des pensions : on peut prendre l’argent là où il est car de toute façon « de l’argent, il y en a ». Mais il est mal réparti, il y a un coût du capital, … c’est ça le fond de l’argumentaire du mouvement progressiste. La solution, c’est une « bonne » fiscalité… Alors voilà le constat : la prise du pouvoir sur le travail n’est pas à l’ordre du jour globalement, sauf chez ces jeunes alternatifs… chez eux oui, c’est très puissant. Mais dans les organisations qui ont été porteuses des conquêtes du salariat, ce qu’on associe à « travail » c’est « souffrance ». Et c’est « réduction ».

Ce sont les mots les plus associés au travail aujourd’hui chez les militants ?

Je n’ai pas fait de lexicométrie à ce propos, mais je pense que les mots les plus associés au travail aujourd’hui, dans les milieux progressistes, ce sont en effet bien eux. Il s’agit de réduire le temps de travail et il y a de la souffrance au travail. C’est-à-dire que le mot travail est connoté négativement. C’est assez rare qu’il soit connoté positivement. Y compris chez les alternatifs qui, justement, parce qu’ils ne veulent pas faire du travail comme leurs aînés, en acceptant des travaux avec lesquels ils seraient en désaccord, vont dire qu’ils ne travaillent pas, vont dire qu’ils sont dans l’activité.

Ça correspond à une vision elle aussi péjorative du travail chez ceux qui aspirent à se libérer du travail, à réduire le temps de travail, et vivent le travail comme de la souffrance qu’il faut gérer. Il faut donc « prévenir la souffrance au travail », faire condamner les employeurs qui génèrent de la souffrance au travail. Mais la souffrance au travail c’est un concept qui est accepté. C’est une sorte de catégorie qui médicalise une violence sociale qui n’est pas dénoncée comme telle. Ce qu’on va condamner, c’est la souffrance qu’elle génère, comme si c’était naturel que le travail génère de la souffrance. Et pourtant les origines de la souffrance au travail sont claires : c’est l’absence de la maîtrise du travail. Donc tant qu’il n’y aura pas détermination à construire les institutions de pouvoir sur le travail, concret, dans l’entreprise, on va continuer à chercher à gérer la souffrance au travail et à chercher à réduire le temps de travail.

Est-ce que ça vient d’un manque de courage à affronter cette question ?

Je sais que c’est dur d’être militant, d’être syndicaliste, j’ai le plus grand respect pour tous ceux qui se battent. C’est plutôt qu’il n’y a pas de tradition de maîtrise collective du travail… On dit, « c’est nous qui produisons, c’est nous qui décidons », mais un peu comme un mantra, c’est comme le « tous ensemble tous ensemble hé » dans les manifs, quand on sait bien qu’on n’est pas tous ensemble et que trop d’organisations se tirent les unes sur les autres …

Rien de concret n’est fait dans les entreprises par les organisations de travailleurs pour qu’ils décident. Parce que décider, ça veut dire s’opposer aux directions. Et s’opposer aux directions ça ne se fait pas par la grève. La grève, c’est un temps pratiquement inexistant dans le secteur privé et très intermittent dans le secteur public. Donc non, ce n’est pas par la grève qu’on s’oppose aux directions, et comme aujourd’hui il n’y a que ça comme moyen d’action, la grève comme absence de travail, on ne mobilise pas toute l’organisation – les militants, les institutions, les protections (par exemple la protection contre le licenciement des délégués syndicaux), on ne mobilise pas toute cette organisation pour dire « ah non non, nous allons nous auto-organiser dans ce que nous faisons au travail ».

C’est ça la réponse à la souffrance au travail. Il n’y a aucune raison que le travail soit source de souffrance, aucune. Au contraire, c’est une source de liberté. Le déplacement à opérer dans l’action collective est autour de « nous nous auto-organisons ». Mais si la maîtrise du travail est abandonnée aux employeurs et que le temps de travail devient insupportable, toute la militance se consacre à la réduction du temps de travail, hebdomadaire et sur le cycle de vie, avec la retraite comme fin du travail. Alors que la retraite, rappelons-le, a été construite en 1946 par les communistes comme la fin de l’obligation d’aller sur le marché du travail pour avoir un salaire. Un retraité ce n’est pas quelqu’un qui ne travaille plus, c’est quelqu’un qui n’a plus besoin de quémander son salaire auprès d’un employeur parce qu’il est devenu titulaire de son salaire. C’est pour cela que vous avez une telle détermination de Macron : « non, entrer en retraite c’est être bénéficiaire du différé de ses cotisations, on ne peut jamais être titulaire de son salaire ». La bourgeoisie a absolument besoin que nous soyons à poil pour que sa domination sur nos vies soit possible, pour que nous ne puissions pas lui ravir le monopole sur la production de valeur qui est la source de son pouvoir.

Pour autant, cette question est totalement absente du débat public sur la réforme des retraites en ce moment  …

Vous avez raison, et c’est parce que le travail, connoté négativement, est absent du débat public. Cela dit, je suis optimiste sur le fait que le travail vienne sur le devant de la scène. La prise de conscience que la maîtrise du travail concret doit devenir le cœur de l’activité collective, ça je suis convaincu que ça va monter. Déjà, il y a tous les alternatifs qui en sont porteurs, et tous les militants syndicaux qui voient bien qu’on ne peut pas se contenter de réduire le temps de travail et d’attendre la retraite comme la fin du travail, et qu’il faut commencer à se poser la question de la conquête des outils de l’affrontement aux directions sur le contenu du travail.

Que penser du traitement médiatique du travail ?

Je suis peu au fait du traitement médiatique, mais ce qui me frappe c’est la montée au cours des trente dernières années, dans l’opinion courante, de la connotation péjorative du travail. Jusqu’à son étymologie, avec l’invention d’une étymologie fausse, le fameux « tripalium », cet instrument de torture. Est tout à fait significative la façon dont Hannah Arendt, dans son essai sur La condition de l’homme moderne, prolongé par Dominique Méda dans la Fin du travail ?, reprend le triptyque aristotélicien sur travail, action, œuvre : le travail ce sont les esclaves, l’œuvre ce sont les artisans et l’action ce sont les citoyens libres, c’est la politique. Ce bouquin a eu un très grand succès, et les années 90 sont des années où dans l’opinion cultivée s’exprime cette dévalorisation du travail qui naturalise l’état déplorable dans lequel la logique du profit met le travail. Et c’est une saga qui, là encore, écrit ce dont la bourgeoisie a besoin.

Cette disqualification du travail vient de la crise du capitalisme : la bourgeoisie n’est plus capable de gérer le travail de façon à ce qu’il soit anthropologiquement, écologiquement, territorialement humain. Incapable de nous mobiliser positivement sur le travail, elle nous mobilise sur des colifichets de la consommation et s’emploie à ce que nous considérions comme naturel que le travail, c’est de la merde. Raison de plus pour nous appuyer sur le déjà-là communiste pour soutenir l’action collective de conquête de la souveraineté sur le travail afin de le tirer de ce mauvais pas. Nous disposons, avec la sécurité sociale de la production de soins que le régime général a su mettre en place de la fin des années 1950 au milieu des années 1970, d’un dispositif que nous pouvons transposer à toute la production. Une hausse du taux et un élargissement de l’assiette de la cotisation à l’assurance-maladie ont permis d’une part de subventionner l’investissement hospitalier, d’inclure dans son sein les hôpitaux psychiatriques, de transformer les hospices en hôpitaux locaux, et d’autre part de conventionner les soins de ville. Et ça s’est fait sur un mode que je qualifie de communiste : salaire à la qualification personnelle des soignants, fonctionnaires hospitaliers ou libéraux conventionnés, subvention de l’investissement ôtant toute place à la propriété lucrative de l’outil.

Je crois que vous avez des propositions qui s’appuient sur cet existant ?

Oui, l’application d’une telle sécurité sociale à l’alimentation (SSA) par exemple est un terrain d’autant plus propice qu’il y a déjà des alternatifs à tous les niveaux : de la production des biens bruts comme le lait ou le blé, à la production des biens élaborés, la distribution, la restauration, la production d’outils agricoles : tout cela aujourd’hui est investi par des alternatifs qui ne sont plus quantité négligeable, même s’ils restent marginalisables ou récupérables… Le levier serait une cotisation qui pourrait être de 8% de la valeur ajoutée marchande, soit 120 milliards, ce qui correspond en gros à la moitié des dépenses de consommation alimentaire aujourd’hui – ce qui n’est pas rien, et qui serait une opération blanche à l’échelle macro pour les entreprises, puisqu’à ces 120 milliards de cotisation correspondront 120 milliards de non remboursement de dettes, ou de non-versement de dividendes. Ça suppose toute une bataille politique sur l’illégitimité du crédit…

On n’affecterait pas la totalité de ces 120 milliards à solvabiliser la population, parce que les alternatifs ne peuvent pas aujourd’hui assurer la moitié des besoins d’alimentation. Disons pour lancer le débat qu’on peut proposer d’affecter les 2/3 des 120 milliards aux consommateurs/usagers, soit 100€ par personne et par mois, sur la carte vitale. Un foyer de 3 personnes perçoit dont 300€ par mois, ça ne couvre pas la totalité de la dépense en alimentation, mais c’est quand même très significatif. Et cette carte vitale, elle ne pourra être présentée que chez des professionnels conventionnés– exactement comme pour les hôpitaux et les médecins libéraux. On ne va évidemment pas conventionner la grande distribution, l’agrobusiness etc. Et il faudra aller loin dans le refus du conventionnement : un des enseignements qu’on peut tirer de l’assurance maladie, c’est qu’on a conventionné les producteurs de soins en conservant un mode capitaliste de production du médicament, moyennant quoi on a fourni un marché public incroyable aux groupes capitalistes comme Sanofi qui ont investi, et en partie pourri, la pratique du soin… Il ne s’agit pas qu’on fasse la même chose dans l’alimentation en fournissant un marché public à Massey Ferguson ou à Bayer ! Il faut que ne soient conventionnés que les producteurs qui ne font pas appel à des fournisseurs capitalistes, qui produisent bio en respectant le droit du travail (ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui), des entreprises dont les travailleurs sont les propriétaires d’usage de leur outil de travail…

Quant au tiers restant des 120 milliards, il serait consacré au soutien des producteurs alternatifs. Il faut acheter des terres, notamment : il faut arracher la terre à la logique marchande et en faire un bien commun, et ça aussi c’est un travail considérable. Il faut payer les travailleurs conventionnés à la qualification personnelle. Il faut subventionner l’investissement de producteurs agricoles alternatifs, il faut aider les agriculteurs qui voudraient passer au bio à le faire –il y en a pour quatre ou cinq ans, avant que ce soit rentable, et pendant ces quatre ou cinq ans il faut qu’ils soient soutenus ; il faut soutenir la production de machines nouvelles, etc.

Et je voudrais conclure sur le fait que nous créons là une institution macroéconomique qui pourrait être articulée avec cette autre institution macro qu’est la retraite, entendue comme l’âge où l’on devient titulaire de son salaire sans plus passer par le marché du travail. On pourrait la fixer à l’âge critique sur le marché du travail, 50 ans. Les quinquagénaires retraités, dotés de leur salaire et d’une responsabilité d’auto-organisation des travailleurs, pourront évidemment investir massivement ces entreprises alternatives dont l’activité va être considérablement augmentée.  Et ce qu’on vient de dire sur l’alimentation, on pourrait le transposer sur la production de logement, sur le transport de proximité, sur l’énergie, la culture, l’accès à la justice… Retrouver la dynamique communiste rend inventif et joyeux !

Bernard Friot

Première partie de l’entretien ici

Photos de Serge d’Ignazio

Source : Frustration Magazine, https://www.frustrationmagazine.fr/si-la-bourgeoisie-est-la-classe-dirigeante-cest-parce-quelle-dirige-le-travail-entretien-avec-bernard-friot-partie-ii/

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Rendez-vous le 27 janvier 2020 à Rostrenen, en Bretagne, avec Franck Lepage

Je suis heureux de vous revoir bientôt, et cette fois avec un ami cher :

#Démocratie #ÉducationPopulaire #GiletsJaunes #RIC #ProcessusConstituantPopulaire #ÉlectionVsTirageAuSort #SourcesDeLImpuissancePolitiquePopulaire …


• En attendant, pour ceux qui ne l’ont pas vue passer, je vous signale une série d’entretiens très intéressants avec Franck, datant de l’été dernier (2019) : https://www.youtube.com/playlist?list=PLFePO0DghdicNrU0KytikJAV310b9i7Gz

#1 – Introduction aux conférences gesticulées (3’10) :

#2 : Naissance des conférences gesticulées (9’23) :

#3 – Les Gilets Jaunes (10’14) :

#4 : Le piège des élections (5’39) :

#5 – Le Néo-Libéralisme (6’19) :

#6 – Intellectuels de gauche et Gilets Jaunes (7’23) :

#7 : Bernard Friot (5’44) :

#8 : L’avenir (5’45) :

#9 – La place de la violence (6’34) :

#10 : Conclusion (2’23) :

• Lire aussi cet article sur les gilets jaunes (Le Comptoir, 26 déc 2018) :

Franck Lepage : « Le gilet jaune est le symbole d’une conscience de classe qui est en train de renaître » :

https://comptoir.org/2018/12/26/franck-lepage-le-gilet-jaune-est-le-symbole-dune-conscience-de-classe-qui-est-en-train-de-renaitre/

• Et bien sûr les deux conférences gesticulées mythiques (passionnantes, ne ratez pas ça) :

Inculture(s) 1 « L’éducation populaire, Monsieur, ils n’en ont pas voulu… » Une autre histoire de la culture (3 h 50)

http://www.ardeur.net/conferences-gesticulees/conference-gesticulee-franck-lepage-inculture-1/

NB : il y a un exemplaire 5h40 (!) de ce formidable spectacle Inculture 1 sur la Culture.

Inculture(s) 2 Et si on empêchait les riches de s’instruire plus vite que les pauvres ? Une autre histoire de l’éducation (3 h 45)

http://www.ardeur.net/conferences-gesticulees/conference-gesticulee-franck-lepage-inculture-2/

• Voir aussi les ressources de L’Ardeur :
http://www.ardeur.net/liens/liens-ressources/

• Et puis, l’agenda de Franck 🙂 :
http://www.ardeur.net/agenda/

J’ai hâte d’y être 🙂

Bon courage à tous.

Étienne.


[Edit : voici les 7 vidéos qui retracent cette formidable soirée :

LEPAGE ET CHOUARD #1 – Introduction à une soirée d’éducation populaire

LEPAGE ET CHOUARD #2 – La parole au public : « Après un an de GJ, vous êtes dans quel état ? »

LEPAGE ET CHOUARD #3 – Le débat mouvant, par Franck Lepage

LEPAGE ET CHOUARD #4 – Introduction aux ateliers constituants

LEPAGE ET CHOUARD #5 – Les conseils d’Etienne Chouard pour vos ateliers constituants

LEPAGE ET CHOUARD #6 – Reportage pendant les ateliers constituants

LEPAGE ET CHOUARD #7 – Restitution des Ateliers Constituants et conclusion

Toulouse: Les citoyens vont pouvoir voter pour dire s’ils sont favorables au RIC… ou pas

Nous devrions tous organiser nous-mêmes, localement, les consultations que nous jugeons utiles au bien commun.

36 000 communes, 36 000 initiatives de ce type… Expansion formidable prévisible de l’aspiration populaire à décider.

Il faut qu’on devienne beaucoup plus nombreux : tous gilets jaunes constituants… Bon courage à tous 🙂

Étienne.

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Toulouse: Les citoyens vont pouvoir voter pour dire s’ils sont favorables au RIC… ou pas

DÉMOCRATIE Les organisateurs veulent donner la possibilité à tous les citoyens de s’exprimer sur cette proposition portée par les «gilets jaunes»

Lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse.
Lors d’une manifestation des « gilets jaunes » à Toulouse. — F. Scheiber / SIPA
 

  • Depuis le début du mouvement, les « gilets jaunes » plaident pour la mise en place du référendum d’initiative citoyenne (RIC).
  • Les 24 et 31 mars prochains, les Toulousains pourront voter pour dire s’ils sont favorables ou non au RIC en toutes matières.
  • Des débats sont organisés en amont de ce vote pour que chacun puisse se faire une idée sur le sujet.

 
C’est devenu un leitmotiv, une des premières revendications des « gilets jaunes » depuis le 17 novembre dernier. Pendant des décennies, la proposition d’instaurer un référendum d’initiative citoyenne (RIC) a été le combat des chantres de cet outil de démocratie directe.

Comme Yvan Bachaud, un des membres de l’association «Article 3», qui militait en sa faveur bien avant le début du mouvement. En janvier dernier, il a participé à l’organisation dupremier vote sur le RIC, à Saint-Clair du Rhône, en Isère.

Une idée que six Toulousains ont décidé d’appliquer à la Ville rose. « Il y a encore quelque temps les gens ne s’intéressaient plus à l’exercice du pouvoir, nous, nous voulons donner aux gens l’envie de se ressaisir de leur avenir. Au lieu de donner leur voix pour quelqu’un, là, c’est pour une idée », explique Arthur, un des membres de l’association « Article 3 Toulouse ».

Chacun pourra mettre son bulletin dans l’urne pour dire oui ou non au RIC en toutes matières: pour proposer des lois, révoquer des responsables politiques, modifier la Constitution ou encore abroger une loi. Pour se faire une idée sur la question et avoir toutes les cartes en main, deux débats auront lieu en amont du vote, ce dimanche et jeudi prochain.

 

Les dates des débats et scrutins organisées par l'association Les dates des débats et scrutins organisées par l’association – Article 3 Toulouse

 
« Le scrutin local aura lieu les 24 et 31 mars avec l’objectif de faire une expérimentation, sans a priori. Ce n’est pas pour clore le débat, mais au contraire pour l’alimenter. Ce qui nous importe c’est d’avoir un taux de participation pour que cela ait une valeur morale », poursuit Sylvain, qui travaille dans le secteur médical.

Ouvert à tous

Un vote loin d’être réservé aux seuls « gilets jaunes », mais bien ouvert à tous les citoyens, électeurs ou pas. Il se déroulera dans les mêmes conditions que n’importe quelle élection, avec urnes, isoloirs et papiers au grammage près.

« Nous avons fait une demande à la mairie des listes électorales de Toulouse et nous avons sélectionné les bureaux de vote 8, 9, 10, 11 et 12 de la première circonscription, soit 4.000 à 5.000 électeurs. Une urne leur sera réservée, deux autres urnes seront disponibles pour tous ceux qui veulent s’exprimer », détaille Antoine, un des bénévoles.

Les résultats de ce premier test citoyen n’auront aucune valeur légale mais seront remis aux maires de quartier. « Ça donnera peut-être envie à des gens de faire la même chose », espère Antoine.

Source : 20 minutes, https://www.20minutes.fr/societe/2467595-20190308-toulouse-citoyens-vont-pouvoir-voter-dire-favorables-ric

[Merci RT] «Le référendum d’initiative populaire est la cause commune des Gilets jaunes»

Les gilets jaunes, de mon point de vue, sont des héros, des exemples pour le reste de la société : ils sortent de chez eux, ils se retrouvent dans le froid, sous la pluie, même la nuit !, pour réfléchir au bien commun, aux causes de leurs souffrances, en se fondant sur une immense défiance de la représentation, et ils sont en train de se concentrer sur l’institution de leur propre puissance, en commençant par une exigence prioritaire : le référendum d’initiative populaire en toutes matières.

C’est historique.

Merci à RT France, merci à tous les techniciens et à tous les animateurs de ce nouveau média passionnant et important, merci du fond du cœur, de nous aider dans cette lutte fondamentale.

Merci Meriem, merci Carla MC, merci RT France.

Étienne.

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APPEL DES GILETS JAUNES DE COMMERCY À LA FORMATION D’ASSEMBLÉES POPULAIRES : « Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »

Formidable tournure institutionnelle – et donc radicale, et donc possiblement unitaire, vraiment unitaire, enfin ! – que prend ce mouvement populaire historique :

https://lundi.am/APPELDES-GILETS-JAUNES-DE-COMMERCY-A-DES-ASSEMBLEES-POPULAIRES-PARTOUT

« Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer. »

REFUSONS LA RÉCUPÉRATION !
VIVE LA DÉMOCRATIE DIRECTE !
PAS BESOIN DE ’REPRÉSENTANTS’ RÉGIONAUX !

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations-services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des « soupes solidaires » pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls « interlocuteurs » des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de « représentants » qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font DÉJÀ remonter notre colère et nos revendications. Ils savent DÉJÀ qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que s’il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où « ceux qui ne sont rien » comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des « représentants » et des « porte-paroles », ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant « représentants du peuple » qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra-riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une « maison du peuple » comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation ! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça,là-haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !!

Si vous vous retrouvez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contactez-nous sur giletsjaunescommercy@gmail.com et coordonnons-nous sur la base d’assemblées populaires et égalitaires !


À ceux qui vont à Paris demain, RESTEZ CALMES, envers et contre tout, malgré les provocations et les injustes violences qui vont vous énerver, vous révolter.

Une grande foule ne réfléchit pas, c’est imprévisible, manipulable et dangereux.

Votre immense puissance, inédite, historique, actuellement, sur chaque point de blocage, c’est votre froide détermination, votre calme réflexion, votre refus de la représentation, votre totale dispersion géographique ET votre grandissante concentration sur UNE idée démocratique : l’institution de la puissance populaire par le RIC en toutes matières.

Cette dispersion géographique + concentration politique radicale vous rend invulnérables, insaisissables, redoutables.

Votre regroupement à Paris par millions va créer une fragilité, un risque de fin prématuré, faites attention, restez calmes et déterminés, unis puissamment autour d’une idée, la puissance populaire qu’il s’agit d’instituer.

Soyez forts, pas impatients, pas violents.

Étienne.

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Gilets jaunes, un mouvement révolutionnaire ? Échanges avec Philippe Pascot et Jean Lassalle sur BTLV

Mon commentaire de ce formidable graffiti 🙂 :

Pour avoir un président des pauvres, il faut changer la constitution.

Et, pour écrire une constitution digne de ce nom, il faut des Gilets jaunes qui se transforment en citoyens constituants.

On n’a pas besoin de maîtres qui se déguisent en représentants, il nous faut des représentants qui restent les serviteurs du bien commun : ce sont des PROCÉDURES (de désignation et de contrôle et de révocation et de punition) qui peuvent garantir cette fiabilité des représentants.

Et c’est complètement idiot de laisser écrire et modifier ces procédures fondatrices par les représentants eux-mêmes !…

Voilà l’impasse politique où est coincée l’Humanité depuis toujours et dont les Gilets Jaunes sont en train de sortir, en se caillant sur des péages et des ronds-points, et en devenant constituants débutants, loin de Paris mais la tête bien sur les épaules.

Étienne.

[IMPORTANT] Bernard Friot : « la cotisation sociale, ce n’est pas une ponction, c’est un supplément ! C’est ça qui faut bien comprendre. Parce que sinon, après, on va penser qu’il faut taxer le capital pour financer la Sécu »

Il y a quelque temps, je vous ai parlé d’une nouvelle conférence de Bernard Friot : [IMPORTANT et TRÈS ORIGINAL, PASSIONNANT] Bernard Friot : Histoire et enjeu de la sécurité sociale et des cotisations.

J’avais alors suggéré de retranscrire cette conférence, et l’un d’entre vous, Pascal, a commencé… Merci à lui !

Voici donc, le début de cette conférence de Bernard Friot, à propos de son livre « Puissance du salariat » :


https://www.reseau-salariat.info/9b0f66c9924c63fd4bc6d61564f97466.pdf?revision=1511870655

Bernard Friot : « Autour de cet ouvrage, puissance du salariat, j’ai prévu un petit topo introductif… Ce que j’ai voulu, c’est, parce que ça me semble être des questions qui aujourd’hui sont vraiment en débat et qui font l’objet de beaucoup de troubles, c’est, à travers l’histoire de la cotisation, comprendre ses relations avec l’impôt et avec l’épargne.

Parce que, qu’il s’agisse de la capitalisation ou qu’il s’agisse de la CSG, la cotisation est prise dans un étau, et bien souvent on n’arrive pas à s’y retrouver dans cette affaire, surtout si des gens comme Piketty arrivent et assimilent la cotisation à l’impôt, de sorte que, je crois, on est dans l’incapacité de comprendre la signification de la cotisation.

Alors, je vais passer par son histoire pour essayer de poser un certain nombre de repères.

Je vais d’abord voir cotisation et impôt et ensuite cotisation et épargne.

Cotisation et impôt

La première cotisation importante qui ait existé en France, c’est la cotisation famille. C’est par ça que la sécu démarre en France. Ce sont les allocations familiales qui, jusque dans les années 50, sont le cœur de la sécurité sociale. Théoriquement, la moitié de la cotisation de sécurité sociale va aux allocations familiales – si on prend par exemple la situation de 1946, la cotisation à la sécurité sociale, c’est 36 % du salaire brut : la moitié (16%) va aux allocations familiales et 16 % vont aux assurances sociales, c’est-à-dire santé et vieillesse, qui sont liées depuis la loi de 1930. La sécurité sociale c’est la réunification de la législation sur les assurances sociales de 1930 et sur les allocations familiales de 1932.

Que signifie le fait de financer par le salaire les allocations familiales (alors que de très nombreux pays choisissent de les financer par l’impôt) ?

Lorsque Croisat est ministre communiste du travail de fin 45 à début 47, il fait la loi d’août 46 sur les allocations familiales et puis met en place les caisses de sécurité sociale dans le premier semestre 46, et il double le taux de cotisation à la sécurité sociale, il triple les prestations familiales, de sorte qu’à la fin des années 40, dans une famille populaire moyenne – donc de 3 enfants en moyenne –, le salaire c’est pour moitié les allocations familiales ; des allocations familiales qui sont indexées sur les salaires. Ce n’est pas un forfait qui bougerait en fonction de telle ou telle décision politique : c’est un salaire indexé sur les salaires, le salaire des ouvriers de la Région Parisienne ; c’est ça, la règle de l’indexation des prestations familiales, des allocations familiales. Donc, la moitié du salaire d’une famille ouvrière, c’est le salaire des emplois des parents, et l’autre moitié c’est le salaire des allocations familiales.

Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? Ça veut dire que nous n’avons pas du tout construit « un droit de l’enfant » — ça, c’est ce que l’on fait lorsque l’on fiscalise le dispositif. On n’a pas non plus fait « une politique de lutte contre la pauvreté ». Toutes les politiques familiales qui sont à base d’impôt sont des politiques de lutte contre la pauvreté, ou alors des politiques de droits de l’enfant – avec un forfait par enfant à la naissance, de type Europe nordique.

Là, ce que nous avons construit, c’est tout à fait autre chose. C’est du salaire pour l’activité d’éducation, un salaire qui est la moitié du salaire, ce n’est pas tout à fait n’importe quoi.

C’est-à-dire que les allocations familiales en tant qu’élément du salaire reconnaissent de la valeur économique au travail des parents. Le salaire, c’est ce qui reconnaît que nous produisons de la valeur économique. Ça, je le montre dans « l’enjeu du salaire » qui est un autre ouvrage mais dont j’avais discuté déjà ici en début d’année ou à la fin de l’an dernier.

Là, on a donc quelque chose d’assez inouï : la reconnaissance que des gens qui n’ont ni employeur, ni actionnaire, qui ne produisent pas de marchandises, qui n’obéissent pas à la loi de la valeur, c’est-à-dire à la dictature du temps comme mesure de la valeur, sont productifs et sont payés. Ils sont payés.

Et c’est une reconnaissance que l’activité d’éducation des enfants, c’est du travail, c’est-à-dire, ce n’est pas simplement quelque chose d’utile (ça, c’est l’activité), mais c’est quelque chose qui, utile, produit également de la valeur économique, reconnue par du salaire.

Et il a une assez forte résistance populaire, finalement, [en préférant] l’idée de mettre les allocations familiales sous condition de ressources, de les fiscaliser, etc. La cotisation, c’est ce qui pose l’activité productive de son titulaire, parce que le salaire, c’est ce qui nous pose comme producteur de valeur économique : pour reprendre un exemple archi-courant, si je conduis mes gamins à l’école, je ne suis pas réputé produire de la valeur économique ; mais, si c’est une assistante maternelle, elle va être payée parce que, là, la même activité, la même valeur d’usage, est réputée doublée d’une valeur économique — voyez que c’est une convention, au demeurant : la valeur économique, c’est une convention sociale — mais précisément, la cotisation sociale, c’est ce qui met ses titulaires dans le champ de la valeur économique et donc dans la production de valeur.

Les allocations familiales ne sont pas de la lutte contre la pauvreté (parce que, de fait, le fait d’avoir une famille génère de la pauvreté, ou de la pauvreté relative d’avoir une famille) ; ce n’est pas non plus un droit de l’enfant, qui démarrerait au premier enfant, etc., qu’on pourrait forfaitiser, etc. etc. Ça n’a jamais été ça. C’est la reconnaissance par du salaire que éduquer des enfants, c’est du travail et pas simplement de l’activité.

(8’25) Si on prend maintenant la deuxième occasion de confrontation entre la cotisation et l’impôt (la première, c’est donc les allocations familiales : nous choisissons le salaire pour les allocations familiales et non pas l’impôt, avec cette signification que je viens de donner), la deuxième confrontation, c’est à propos de la maladie. Alors, bon, la maladie, il y a une vieille tradition mutualiste, disons au XIXème siècle, mais qui ne couvre quand même pas grand-chose, c’est facultatif, etc. C’est la loi sur les assurances sociales qui a rendu obligatoire une cotisation maladie en 1930. Cette cotisation maladie, elle va pratiquement ne servir à rien et les caisses vont être largement excédentaires, encore une fois elles iront alimenter le déficit des allocations familiales. Qui elles, bien que collectant l’équivalent de la moitié de la sécurité sociale sont déficitaires. Jusque dans les années 50. Ensuite, les courbes vont s’inverser. Je vous donne les éléments historiques à partir desquels on peut réfléchir sur la signification de l’institution. Dans les années 30, les caisses d’assurances sociales sont très largement excédentaires parce qu’il n’y a pratiquement pas d’occasion de dépenser la cotisation maladie : les médecins ne sont pas conventionnés (donc il n’y pas de remboursement de la médecine de ville par l’assurance maladie, par les assurances sociales), il y a un refus médical du conventionnement, le syndicalisme médical est né en 1930 en réaction à la législation des assurances sociales. Ils seront conventionnés en 61, à partir de 61. Donc, pendant 30 ans nous avons une cotisation qui ne peut pas être du tout affectée au remboursement de la médecine de ville. Quant à la médecine hospitalière, il est interdit à ceux qui sont solvables d’aller à l’hôpital, l’hôpital est réservé aux insolvables.

C’est Vichy, je crois, qui, en 42, autorise les assurés sociaux à aller à l’hôpital : ils sont solvables puisqu’ils sont assurés sociaux. Ils ont le droit d’aller à l’hôpital mais l’hôpital reste un lieu extrêmement peu sanitarisé : la sanitarisation de l’hôpital ça va être après la réforme Debré (Debré grand-père… Robert…) en 58, qui va créer les CHU, etc., qui va sanitariser l’appareil de soins – jusque-là c’est un appareil extrêmement peu sanitarisé. Donc, la couverture populaire de la santé, c’est l’impôt. C’est les Offices d’hygiène sociale qui fleurissent dans les années 30. C’est tout ce socialisme municipal qui crée de la santé publique. La santé publique et qui va être encore accentuée par Vichy, Vichy créant la PMI, la médecine du travail. Mais déjà, donc, le socialisme municipal, le communisme municipal, avait créé des Offices d’hygiène sociale un peu partout en France, donc c’est la santé publique, c’est l’impôt qui assure la santé.

Alors, les choses vont se renverser dans les années 60, assez tardivement finalement, lorsque le conventionnement des médecins, des libéraux, se fait en 61, à partir de 61 parce que l’État peut imposer des conventions départementales et non plus individuelles. Et puis, d’autre part, parce qu’on a une sanitarisation de l’hôpital qui a complètement changé la donne. C’est vraiment ce qui est financé par l’assurance maladie qui est l’essentiel de l’offre de soins.

Donc, qu’est-ce que signifie le fait, dans les années 60, d’affirmer la cotisation ? La cotisation maladie augmente pour assurer l’investissement – les CHU ont été construits sans appel au marché des capitaux, sans appel à la propriété lucrative. Ils ont été construits par une hausse du taux de cotisation, tout comme les allocations familiales ont été construites par une cotisation.

Ça veut dire quoi relativement à l’impôt ? Ça veut dire que la Sécurité sociale, ça génère du commun, pas du public. Ce n’est pas un service public, la Sécurité sociale. Jusqu’en 61 (parce que de Gaulle va mettre bon ordre à tout ça, mais jusqu’en 61), les caisses sont gérées par un Conseil d’administration qui a une compétence générale, le Directeur a une compétence limitée, il est élu par le Conseil d’administration, les Caisses de Sécurité sociale obéissent à un principe tout à fait démocratique : l’élection des Directions, et les administrateurs ce sont des administrateurs salariés : les employeurs représentent seulement le quart des administrateurs, les administrateurs pour trois quart sont des salariés élus sur des listes par des élections dites sociales, qui sont des élections absolument majeures en 1947, en 50, en 55, en 62 — de Gaulle les retarde, elles auraient dû avoir lieu en 60 mais il les a retardées jusqu’en 62, finalement il les supprime en 67, mais…

Un dispositif qui gère l’équivalent d’une fois et demie le budget de l’État dans un processus exceptionnellement démocratique. C’est très passionnant quand on fait l’histoire de la démocratie sociale. On se bat les flancs, là aujourd’hui, pour faire la démocratie participative, voir comment la société civile pourrait je ne sais pas quoi… tout ça qui est en général bidon… Là, nous avons eu effectivement une expérience tout à fait intéressante. Bon, encore une fois, de Gaulle ne pouvait pas supporter… il l’a supprimée, mais enfin le MEDEF, le CNPF, ne pouvait pas supporter : il a trouvé en de Gaulle un allié pour [la supprimer], mais quand même, nous avons 15 années extrêmement intéressantes qui n’opposent pas le public au privé, qui affirment le commun. La cotisation c’est du commun, ce n’est pas du public. La sécu, ce n’est pas un service public, c’est autre chose, beaucoup plus innovant. Et qui va, par exemple, permettre le libre choix. Vous avez de la gratuité et du libre choix, c’est intéressant comme dispositif. Quand on compare à des dispositifs fiscalisés dans lesquels le libre choix du médecin est absent… Là, vous avez un dispositif de commun qui à la fois solvabilise et en même temps assure le libre choix. La cotisation me semble extrêmement supérieure à l’impôt.

S’agissant des allocations familiales, parce qu’elles innovent incroyablement en disant que des parents qui ne relèvent pas du marché du travail, qui ne mettent pas en valeur de capitaux, qui ne produisent pas de marchandises, enfin etc., produisent de la valeur économique reconnue dans ce qui fait la moitié du salaire de ces familles.

Donc, ça, c’est une innovation décisive quant à la définition de ce que c’est que travailler. Travailler, ce n’est pas avoir un emploi au service d’un employeur pour mettre en valeur du capital. Travailler, c’est être dans la situation où sont les parents et percevoir du salaire qui n’est pas du tout lié à l’emploi. La Sécurité sociale, c’est une déconnexion entre salaire et emploi, qui affirme que l’on travaille hors emploi.

C’est le cas aussi, évidement, de l’assurance maladie, bien sûr, mais là, ce n’est pas différent de l’impôt, de ce point de vue-là : pour l’assurance maladie, l’essentiel des soignants sont des gens qui ne relèvent pas de l’emploi, soit parce qu’ils sont travailleurs indépendants, soit parce qu’ils sont fonctionnaires de la fonction publique hospitalière. Et la cotisation affirme que ces personnes-là ne sont pas [comme les] religieuses dans les années 50, c’est-à-dire des femmes qui produisent des valeurs d’usage mais pas de valeur économique. Les soins ne sont pas [à l’époque] réputés produire de la valeur économique.

Dans les années 60, la hausse de la cotisation va générer une hausse du PIB qui correspond à la reconnaissance de la valeur économique produite par les soignants.

Donc, la cotisation, là aussi, en matière de maladie, affirme que des fonctionnaires, qui ne produisent pas de marchandises et qui ne mettent en valeur aucun capital, travaillent. C’est une affirmation d’une autre convention de travail que la convention capitaliste qui, elle, suppose, pour qu’il y ait travail, qu’il y ait un marché du travail, une propriété lucrative, et une mesure de la valeur par le temps de travail.

Là, on a tout à fait autre chose : soit des libéraux conventionnés de secteur 1 (le secteur 2 n’existe pas encore, nous sommes là dans le secteur 1), soit l’élite du corps médical qui est salariée dans les CHU, [sont dans] cette convention de travail (qui ne met en valeur aucun capital et qui ne repose pas sur le marché du travail) [qui] est réputée produire de la valeur économique, et c’est la cotisation sociale qui le fait, ça.

La cotisation sociale ce n’est pas une ponction, c’est un supplément. C’est ça qui faut bien comprendre, parce que sinon, après, on va penser qu’il faut taxer le capital pour financer la Sécu par exemple, ce qui n’a jamais jamais été dans la tradition Française : on s’en est bien gardé au contraire.

Sinon, c’est mettre la sécu sous la dépendance de la bonne santé du capital : c’est gênant…

Ce n’est pas une taxe, la cotisation. Lorsque Croisat double le taux de cotisation, il triple les prestations familiales. Qu’est-ce qu’il fait ? Il entraîne une hausse des prix, puisque, s’il y a des cotisations plus élevées, cela va être répercuté sur les prix. Cette hausse des prix va générer une création monétaire pour faire circuler cette marchandise à prix plus élevé. Et cette création monétaire n’est pas inflationniste parce que, en face, [il y a une valeur économique créée] (pour qu’une monnaie ne soit pas inflationniste, il faut qu’il y ait de la valeur économique en face)…

Et vous voyez que c’est une affirmation antagonique de la logique du capital — c’est pour ça que c’est en permanence contesté (même dans nos têtes, l’idéologie de nos têtes étant l’idéologie dominante – les idées dominantes sont les idées de la classe dominante comme disait Marx, c’est bien vrai) : le capital, en permanence, dit : « mais non, on ne peut pas créer de valeur en dehors de la logique du capital, et la Sécu, c’est une ponction pour des activités, certes utiles, mais non productives : ce n’est pas productif d’éduquer des enfants, ce n’est pas productif de soigner ». Ça, c’est le discours du capital, mais ce que nous avons mis en place avec la cotisation, aussi bien familiale que maladie, c’est l’affirmation qu’on travaille alors même qu’on n’obéit pas à la définition et à la pratique capitalistes du travail.

Parce qu’on n’est pas sur un marché du travail, les fonctionnaires ont un grade, ils ne sont pas payés pour leur poste, ils sont payés pour leur grade. Donc, il n’y a pas de marché du travail et il n’y a pas d’actionnaires, ni de valeur travail, c’est-à-dire de mesure de la valeur par le temps de travail.

Dès qu’arrive  le New Public Management à l’hôpital, on s’aperçoit que, effectivement, le capitalisme, lui, repose sur le temps, puisque, aussitôt, c’est la dictature du temps et l’appréciation de toute chose par le temps de production. »

[…]

Bernard Friot.

Merci à Pascal, pour cette première retranscription (de cette conférence qu’on peut écouter ).

Les cotisations, Franck Lepage en parle si bien :

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156651431697317

[IMPORTANT et TRÈS ORIGINAL, PASSIONNANT] Bernard Friot : Histoire et enjeu de la sécurité sociale et des cotisations

Ambroise Croizat

Je viens de dénicher, sur le site Rosa-Lux, une nouvelle conférence de Bernard Friot, plus passionnante que jamais, je trouve :

http://www.rosa-lux.fr/bernard-friot-histoire-enjeu-securite-sociale-cotisations/

(]playlist ids= »7323,7324,7325,7326,7327″[)
(23/10/18 – playlist supprimée)

Il faudrait retranscrire les 5 passages audio diffusés sur le site (en bas de page), il me semble : il y a là des passages vraiment forts et une retranscription nous aiderait à diffuser ces idées essentielles.

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156607114482317


Sur Bernard Croizat :

Merci à Michel Etievent, pour ses livres bouleversants sur l’histoire de la Sécu et pour son travail d’éducation populaire sur l’actualité d’Ambroise Croizat.

Par exemple, lisez cet entretien pour (l’excellent) site Comptoir :

 

Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »


Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

Je vous recommande particulièrement deux livres de Michel Etievent :

« Ambroise Croizat ou l’invention sociale »

« Marcel Paul, Ambroise Croizat : chemins croisés d’innovation sociale »

Ces deux magnifiques bouquins peuvent être commandés avec ce bon :

N’oubliez pas Ambroise Croizat :

Fil Facebook correspondant à Michel Etievent :
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Hé, les jeunes gens ! Si vous ne faites pas de politique, vous aurez L’INSÉCURITÉ SOCIALE ! Et vous aurez mérité cette insécurité, car la sécurité sociale ça se construit et ça se défend, pied à pied contre les négriers :

https://www.youtube.com/watch?v=TUIoO4p9Jto&feature=youtu.be&t=208

La preuve : Macron, ennemi du peuple, avoue ici (min 1’17) froidement l’assassinat de la Sécurité sociale française, crime programmé depuis longtemps et qu’il réalise aujourd’hui vite fait, sans rien demander à personne dans le pays qu’il ruine :

[Démocratie = d’abord locale] Rendez-vous le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec Les Affranchis, pour des ateliers sur une constitution d’agglo, premier niveau de fédération de communes libres

Chers amis,

Je vous propose de nous rencontrer à nouveau pour des ateliers constituants, mais cette fois sur le thème d’une « constitution d’agglo » ; ce que le gouvernement appelle une « agglo » est une agglomération de communes, c’est-à-dire un projet (très avancé) de crime contre la commune : le pouvoir se débarrasse ainsi, scandaleusement, de la plus démocratique des entités politiques du pays : la commune. Plus la taille de la communauté politique est grande, moins les pouvoirs sont contrôlables et moins la démocratie est possible. Et inversement.

Voyez ce billet de juillet 2011, « PAS DE DÉMOCRATIE SANS CELLULES POLITIQUES À TAILLE HUMAINE : VIVE LA COMMUNE », où je vous signalais à la fois une alerte de Roland Hureaux sur les projets en cours contre les communes et une analyse importante de Jean-Jacques Rosa : « L’arithmétique de la démocratie, ou les conséquences démocratiques de la dimension des nations ».

De tous temps, les pouvoirs exécutifs (ceux qui contrôlent l’administration, la police et l’armée) ont une tendance lourde à s’autonomiser, à s’affranchir de tout contrôle. La généralisation des agglomérations de communes est une des manifestations de cette tendance antidémocratique à s’affranchir de tout contrôle, en éloignant les pouvoirs des peuples assujettis à ces pouvoirs. Le pompon actuel de cette dérive, c’est pour la prétendue « Union européenne », agglomération de nations dont absolument tous les organes de décision publique sont d’ores et déjà complètement hors de contrôle des citoyens ; et cette dérive tyrannique sera encore aggravée si les prétendues « élites » parviennent à instaurer un « gouvernement mondial », comme le souhaite expressément Jacques Attali (entre autres « mondialistes »).

Pour Les affranchis, en Ardèche, l’agglo est donc inévitablement, de fait, le prochain cadre de l’exercice d’un éventuel pouvoir constituant populaire. Je peux l’entendre (même si je conteste la légitimité de toute agglomération qui ne soit pas une fédération de communes libres), ça m’intéresse, ça se discute, et on va en parler ensemble, le 13 octobre 2018 à Aubenas, avec vous et en compagnie de Dominique Filatre, un praticien de la politique locale que j’ai hâte de rencontrer.

Le rendez-vous est au 168 chemin des Vignettes, 07200 Saint-Didier-Sous-Aubenas, de 9h30 à 18h.

L’annonce sur Facebook : https://www.facebook.com/events/2042975935721590/

On parlera sans doute du procès de l’élection et de l’alternative (radicalement anticapitaliste) du tirage au sort, mais je pense que nous allons tâcher de nous concentrer sur les (éventuelles) spécificités d’une constitution locale (communale ou « agglomérale » 🙂 ) par rapport à une constitution nationale ou fédérale.

Je reproduis ci-dessous les deux pages du Manifeste politique des Affranchis (que je trouve très bien) :

Deux jeunes gens présentent ici leur projet :


Ces deux « Affranchis » m’ont rendu visite récemment pour évoquer cette prochaine rencontre à Aubenas, et ils ont filmé notre entretien, à la maison. En voici quelques extraits :

1. Comment des ateliers constituants vont permettre notre émancipation et, en attendant, comment ce travail enthousiasmant va sans doute vous plaire (1’30) :

2. À propos de la constitution, du rôle obligatoire des citoyens dans la définition des contrôles de nos représentants, et des ateliers constituants populaires, sous peine d’insécurité sociale généralisée (5’30) :

Le livre formidable dont je parle ci-dessus est « Mad in USA. Les ravages du ‘modèle américain' » de Michel Desmurget (éd. Max Milo, 2008) :

3. À propos des jeunes gens qui créent des communautés alternatives : c’est formidable mais ça ne suffit pas pour empêcher la tyrannie (4′) :

4. À propos des exercices pratiques de mise en oeuvre de notre souveraineté, à propos de notre aptitude à nous exprimer très précisément, l’exemple (important) de l’expression « La loi est l’expression de la volonté générale » (7′) :

5. On devrait tester au niveau local les Chambres de contrôle des pouvoirs, tirées au sort (4′) :

6. Comment on peut à la fois désirer l’anarchie (qui ressemble beaucoup à une démocratie digne de ce nom) et un État (sous contrôle citoyen quotidien) (5’30) :

J’ai hâte de vous retrouver 🙂

Étienne.

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La souveraineté monétaire *rend possible* la souveraineté politique — et pas l’inverse.

Un nouveau résumé (14 min) de mon travail, en cet été 2018 :


(Compte censuré par Youtube…)

Copie de la vidéo sur Facebook :

La souveraineté monétaire rend possible la souveraineté politique — et pas l’inverse.
Les deux souverainetés doivent être instituées *ensemble*, et seuls des citoyens dignes de ce nom (donc constituants) sont à la fois légitimes et aptes pour le faire, en personne.

Jamais les « élus » des banques n’institueront autre chose que la souveraineté de leurs maîtres financiers.
Si on veut s’émanciper des travaux forcés au service des usuriers, il faut qu’on s’en occupe nous-mêmes personnellement, ce soir, demain soir, le plus souvent possible, opiniâtrement, contagieusement.

Je ne connais pas de meilleur plan de lutte contre toute forme de tyrannie sur terre.

Merci à Vincent Lapierre de relayer à son tour cette idée très radicalement antifasciste des ateliers constituants populaires.

Étienne.


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[Passionnant] La démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne.

Un livre passionnant, de Paulin Ismard :

« Supposons un instant que le dirigeant de la Banque de France, le directeur de la police et celui des Archives nationales soient des esclaves, propriétés à titre collectif du peuple français. Imaginons, en somme, une République dans laquelle certains des plus grands serviteurs de l’État seraient des esclaves.

Ils étaient archivistes, policiers ou vérificateurs de la monnaie : tous esclaves, quoique jouissant d’une condition privilégiée, ils furent les premiers fonctionnaires des cités grecques. En confiant à des esclaves de telles fonctions, qui requéraient une expertise dont les citoyens étaient bien souvent dénués, il s’agissait pour la cité de placer hors du champ politique un certain nombre de savoirs spécialisés, dont la maîtrise ne devait légitimer la détention d’aucun pouvoir. Surtout, la démocratie directe, telle que la concevaient les Grecs, impliquait que l’ensemble des prérogatives politiques soit entre les mains des citoyens. Le recours aux esclaves assurait ainsi que nul appareil administratif ne pouvait faire obstacle à la volonté du peuple. En rendant invisibles ceux qui avaient la charge de son administration, la cité conjurait l’apparition d’un État qui puisse se constituer en instance autonome et, le cas échéant, se retourner contre elle.

Que la démocratie se soit construite en son origine contre la figure de l’expert gouvernant, mais aussi selon une conception de l’État qui nous est radicalement étrangère, voilà qui devrait nous intriguer. »


Paulin Ismard est maître de conférences en histoire grecque à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a récemment publié L’Événement Socrate (Flammarion, 2013, prix du livre d’histoire du Sénat 2014).

Source : http://www.seuil.com/ouvrage/la-democratie-contre-les-experts-paulin-ismard/9782021123623

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Quand le politique primait sur l’expert

Avec son ouvrage stimulant, La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne, l’historien Paulin Ismard fait revivre un monde où le politique refusait de déléguer son pouvoir à des spécialistes de la gouvernance, et avait inventé pour cela une conception de l’État où des esclaves, soumis à l’autorité des citoyens, se chargeaient d’une partie de l’administration de la Cité. [Mediapart]

[AU DIABLE L’AUSTÉRITÉ !] Atelier sur les ALTERNATIVES MONÉTAIRES, à Paris, jeudi 14 juin 2018, 18h, avec LES CITOYENS CONSTITUANTS

Chers amis,

Je vous propose de nous retrouver à Paris la semaine prochaine, pour réfléchir ensemble aux meilleures alternatives monétaires que l’espèce humaine devrait apprendre à mettre en place elle-même pour échapper — ou au moins survivre — à l’effondrement qui vient.

Je voudrais notamment vous demander de m’aider à illustrer / imager / résumer la comparaison entre les vices du système actuel et les vertus du système chartaliste, en association avec des monnaies locales complémentaires (libres ?). Nous aurons un tableau en papier et plein de crayons 🙂 Si nous arrivions à produire des ébauches de schémas éclairants et interpellants, je serais le plus heureux des hommes 🙂

Je vous inviterai également à rédiger des articles de constitution instituant ces alternatives monétaires sans emprisonner les générations futures dans nos vues actuelles : les garanties durables d’un débat public loyal permanent sont plus importantes que la perfection illusoire d’un choix figé, même bien pensé.

On sera incités à bien rester sur le plan constitutionnel par Les Citoyens Constituants (LCC), que je suis heureux de retrouver à cette occasion.

Je remercie Nancy — et l’association Miguel Angel — pour sa gentille invitation, dans cette grande salle où elle nous a déjà accueillis pour faire connaître la lutte héroïque de Martine Donnette contre les géants de la grande distribution.

· L’annonce par l’association :

À vos agendas !

Alternatives monétaires
avec Étienne Chouard
Jeudi 14 juin 2018 de 18h à 22h

Participez à un nouveau format de conférence interactive (et ateliers avec sablier pour garantir le temps de parole !)
Nous espérons que vous serez nombreux à venir partager cette expérience.

LIEU : ass. Miguel Angel 14 rue de Patay, 75013 Paris

ACCUEIL : 17h30-18h

DROIT D’ENTRÉE : Participation libre.

(Nous suggérons une participation aux frais de 5 €, ou plus si vous le pouvez. Il ne faut surtout pas que l’aspect financier soit un frein à cette rencontre.)

INSCRIPTION et renseignements complémentaires :

par mail : kapulibay@gmail.com (Nancy Gomez)

ou FB 🙂 (Nancy Invitation)

C’est une activité bénévole aussi n’hésitez pas si vous le voulez à me proposer votre aide pour la mise en place, le rangement, l’accueil… un grand merci !

· L’événement FB créé par LCC : https://www.facebook.com/events/246809369230723/)

Au plaisir de vous revoir, bande de virus démocratiques, et de travailler ensemble concrètement à un monde meilleur.

Étienne.

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[Pa-ssio-nnant] Bernard Friot interrogé par Aude Lancelin sur Le Média

Je vous parle de Bernard Friot depuis de nombreuses années. Cet homme est, de mon point de vue, un des penseurs les plus importants de notre temps. Il se concentre sur des piliers fondateurs de notre émancipation à venir : la souveraineté populaire sur la définition de la valeur économique, le salaire à vie selon la qualification de la personne, la subvention de l’investissement par la cotisation, en des termes innovants, stimulants, entraînants.

Il est de plus en plus sollicité, interrogé, en débat, de toutes parts à travers le pays, et son propos devient ainsi de plus en plus convainquant, de plus en plus enthousiasmant.

Cet « entretien libre » avec Aude Lancelin est un nouveau bijou. Vous allez passer une heure passionnante, vous verrez.

Ce que Bernard dit là mérite d’être connu, retravaillé, compris, et largement diffusé, par éducation populaire : inutile de compter sur les « journalistes » vendus pour faire ce boulot, c’est à nous tous, personnellement, de relayer ce travail autour de nous.

Je rappelle les coordonnées de Réseau salariat, l’association qu’il faut aider pour faire connaître les propositions de Bernard Friot :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Je rappelle aussi la passionnante rencontre de Friot et Lordon à Tolbiac la semaine dernière :

B. Friot & F. Lordon, « En quoi la révolution est-elle encore d’actualité ? », Paris, 3 avril 2018

Je rappelle enfin mon billet sur le dernier livre de Bernard Friot, Vaincre Macron ; Bernard aurait préféré ce titre-là : « la révolution communiste du travail » 🙂 :


https://chouard.org/blog/2017/11/18/vaincre-macron-le-nouveau-livre-de-bernard-friot-plus-incisif-plus-bouleversant-et-plus-important-que-jamais/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156183226287317

[Mémoire des luttes] Vivre l’Utopie, pendant la « guerre d’Espagne », et à Marinaleda

Ana a publié ceci aujourd’hui. Je le relaie ici :

« Au cas où on confondrait encore anarchie et bande à Bonnot …

Histoire :
**********


Plus au présent :
******************

Liens youtube en pagaille :
****************************
https://www.youtube.com/results?search_query=vivre+l%27utopie+espagne

Ana Saillans. »


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156098969177317

Rappels : http://chouard.org/blog/2016/02/11/film-passionnant-vivre-lutopie-memoire-des-luttes-ouvrieres-anarchistes-pour-la-justice-et-pour-la-paix-en-autogestion-pendant-la-guerre-despagne/

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012%2F05%2F21%2F223-vivre-l-utopie-memoire-des-luttes-ouvrieres-anarchistes-pour-la-justice-et-la-paix

[Autogestion en pratique – Grecs épatants] La démocratie comme patron #DATAGUEULE 79

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[edit] J’ai trouvé ce matin, dans un de vos commentaires (fb), un texte que j’ai trouvé à la fois long et extrêmement intéressant, qui expose des arguments CONTRE l’autogestion, contre les syndicats, et en fait contre toute forme de représentation et même d’organisation 🙂
C’est donc très radical, mais je trouve que ces nombreux arguments devraient nous conduire à y réfléchir ensemble. J’ajoute donc ce lien au billet d’origine pour vous inciter à le commenter, s’il vous plaît :

Perspectives sur les Conseils, la Gestion Ouvrière et la Gauche Allemande, par Pierre Guillaume, (1974) :
http://aufhebung.fr/textes/pierre_guillaume/perspectives_sur_les_conseils_la_gestion_ouvriere_et_la_gauche_allemande/

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