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[Remarquable synthèse de l’horreur que nous acceptons en restant silencieux] Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges [Ceci dit, toutes les utopies ne se valent pas]

Le désastre de l’ingénierie de l’utopie – par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges

Karl Popper, dans « The Open Society and Its Enemies », met en garde contre l’ingénierie utopique, les transformations sociales massives menées par ceux qui croient avoir trouvé une vérité révélée. Ces ingénieurs utopistes procèdent à la destruction massive de systèmes, d’institutions et de structures sociales et culturelles dans un vain effort pour réaliser leur vision. Ce faisant, ils démantèlent les mécanismes autorégulateurs des réformes progressives et fragmentaires qui font obstacle à cette vision. L’histoire regorge d’utopistes désastreux – les Jacobins, les marxistes, les fascistes et maintenant, à notre époque, les mondialistes ou les impérialistes néolibéraux.

L’idéologie du néolibéralisme, qui n’a aucun sens économique et qui exige une ignorance délibérée de l’histoire sociale et économique, est la dernière itération de projets utopiques. Elle postule que la société humaine atteint son apogée lorsque les actions entrepreneuriales individuelles sont libérées des contraintes gouvernementales. La société et la culture devraient être dictées par la primauté des droits de propriété, l’ouverture du commerce – qui envoie des emplois manufacturiers dans des ateliers clandestins en Chine et dans le Sud et permet la circulation de l’argent à travers les frontières – et des marchés mondiaux sans entraves. Les marchés du travail et des produits devraient être déréglementés et libérés de la surveillance gouvernementale. Les financiers mondiaux devraient se voir confier le contrôle des économies des États-nations. Le rôle de l’État devrait être réduit à garantir la qualité et l’intégrité de l’argent, ainsi que la sécurité intérieure et extérieure, et à privatiser le contrôle des terres, de l’eau, des services publics, de l’éducation et des services gouvernementaux tels que les services de renseignements et souvent l’armée, les prisons, les soins de santé et la gestion des ressources naturelles. Le néolibéralisme convertit le capitalisme en une idole religieuse.

Cette vision utopique du marché, bien sûr, n’a aucun rapport avec sa réalité. Les capitalistes détestent les marchés libres. Ils cherchent à contrôler les marchés par le biais de fusions et d’acquisitions, en rachetant la concurrence. Ils saturent la culture avec de la publicité pour manipuler les goûts et la consommation du public. Ils se livrent à la fixation des prix. Ils construisent des monopoles inattaquables. Ils mettent en place, sans contrôle ni surveillance, des systèmes de spéculation sauvage, de prédation, de fraude et de vol. Ils s’enrichissent par le rachat d’actions, les combines à la Ponzi, la destruction structurée des actifs par l’inflation, le démembrement des actifs et l’imposition au public d’une dette accablante. Aux États-Unis, ils saturent le processus électoral d’argent, achetant l’allégeance des élus des deux partis au pouvoir pour légiférer sur les boycotts fiscaux, démolir les règlements et consolider encore plus leur richesse et leur pouvoir.

Ces capitalistes d’entreprise dépensent des centaines de millions de dollars pour financer des organisations telles que la Business Roundtable et la Chambre de commerce et des groupes de réflexion comme la Heritage Foundation pour vendre l’idéologie au public. Ils font des dons aux universités, à condition que ces dernières soient fidèles à l’idéologie dominante. Ils utilisent leur influence et leur richesse, ainsi que leur propriété des plateformes médiatiques, pour transformer la presse en leur porte-parole. Et ils font taire les hérétiques ou leur rendent la tâche difficile pour trouver un emploi. La flambée des valeurs boursières, plutôt que la production, devient la nouvelle mesure de l’économie. Tout est financiarisé et marchandisé.

Ces utopistes mutilent le tissu social par la désindustrialisation, transformant des centres de production autrefois gigantesques en friches, et la classe moyenne et ouvrière, rempart de toute démocratie, en un précariat frustré et enragé. Ils travaillent « à l’étranger », procèdent à des licenciements massifs et font baisser les salaires. Ils détruisent les syndicats. Le néolibéralisme – parce qu’il a toujours été un projet de classe et que c’était son but – redistribue la richesse vers le haut. « Privés de la protection des institutions culturelles », écrit Karl Polanyi dans son livre « La Grande Transformation », les êtres humains « périssent des effets de l’exposition sociale » et meurent comme « victimes d’une dislocation sociale aiguë ».

Le néolibéralisme, en tant que projet de classe, est une brillante réussite. Huit familles détiennent aujourd’hui autant de richesses que 50% de la population mondiale. Les 500 personnes les plus riches du monde en 2019 ont augmenté leurs avoirs de 12 000 milliards de dollars, tandis que près de la moitié des Américains n’avaient pas d’économies et que près de 70 % n’auraient pas pu trouver 1 000 dollars en cas d’urgence sans s’endetter. David Harvey appelle cela « l’accumulation par dépossession ». Cet assaut néolibéral, antagoniste de toutes les formes de solidarité sociale qui freinent l’accumulation de capital, a fait disparaître les mécanismes démocratiques autorégulateurs qui rendaient autrefois possible une réforme progressive et fragmentaire. Il a transformé les êtres humains et le monde naturel en marchandises à exploiter jusqu’à épuisement ou effondrement. La dévotion servile des élites dirigeantes pour le profit des entreprises et l’accumulation de richesses par l’oligarchie mondiale signifie qu’elles ne veulent pas ou ne peuvent pas faire face à la plus grande crise existentielle à laquelle l’espèce humaine est peut-être confrontée : l’urgence climatique.

Tous les centres de pouvoir en concurrence, y compris le gouvernement, ont maintenant été accaparés par le pouvoir des entreprises, et corrompus ou détruits. Nous avons subi ce que John Ralston Saul appelle un coup d’État au ralenti. Il est terminé. Ils ont gagné.

Dans le même temps, ces utopistes, qui tentent de projeter la puissance américaine et la domination mondiale, ont lancé des invasions et des occupations dans tout le Moyen-Orient qui sont tombées dans des bourbiers futiles coûtant aux États-Unis entre 5000 et 7000 milliards de dollars. Ce projet utopique en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et, par procuration, au Yémen, a tué des centaines de milliers de personnes, déplacé ou fait fuir des millions de personnes, détruit des villes et des nations, créé des États en faillite qui couvent des groupes djihadistes radicaux et affaibli fatalement la puissance américaine. En effet, ces guerres, dont certaines sont maintenant dans leur 18e année, constituent la plus grande bévue stratégique de l’histoire américaine. Les utopistes – ignorant culturellement, linguistiquement et historiquement les pays qu’ils occupaient – croyaient dans leur naïveté qu’ils pouvaient implanter la démocratie dans des endroits comme Bagdad et la voir se propager dans tout le Moyen-Orient. Ils nous ont assuré que nous serions accueillis comme des libérateurs, que les revenus du pétrole paieraient la reconstruction et que l’Iran serait intimidé et déstabilisé. Ce n’était pas plus réalisable ni plus ancré dans la réalité que le projet utopique de libérer le marché et de libérer la prospérité et la liberté dans le monde.

Dès qu’une cabale – monarchique, communiste, fasciste ou néolibérale – s’empare du pouvoir, son démantèlement des mécanismes qui rendent la réforme possible ne laisse à ceux qui recherchent une société ouverte d’autre choix que de faire tomber le système. L’État d’entreprise, comme les régimes communistes que j’ai couverts en Europe de l’Est, n’est pas réformable de l’intérieur. Les échecs qui nous accablent sont des échecs bipartites. Sur toutes les grandes questions structurelles, y compris la guerre et l’économie, il y a peu ou pas de divergence entre les deux partis politiques au pouvoir aux États-Unis. La concentration des richesses et du pouvoir entre les mains d’une élite oligarchique, comme l’avait prévenu Aristote, ne laisse que deux possibilités : la tyrannie ou la révolution. Et nous sommes en plein sur la voie de la tyrannie.

L’utopie néolibérale, parce qu’elle supprime les libertés d’organisation, de régulation et de protection du bien commun et qu’elle permet d’exploiter et de consolider la richesse et le pouvoir, est toujours vouée, écrit Polanyi, à l’autoritarisme ou au fascisme pur et simple. Les bonnes libertés sont perdues. Les mauvaises remportent la victoire.

Le néolibéralisme a donné naissance à la pire forme de capitalisme monopoliste et au plus haut niveau d’inégalité des revenus de l’histoire américaine. Les banques et les industries agricoles, alimentaires, de l’armement et des communications ont détruit les réglementations qui entravaient autrefois leurs monopoles, leur permettant de fixer les prix, de bloquer les salaires, de garantir les profits, d’abolir les contrôles environnementaux et d’abuser de leurs travailleurs. Ils ont fait disparaître la concurrence du marché libre.

Le capitalisme sans entraves, comme l’a souligné Karl Marx, détruit le soi-disant marché libre. Il est hostile aux valeurs et aux traditions d’une démocratie capitaliste. La dernière étape du capitalisme, a écrit Marx, est marquée par le pillage des systèmes et des structures qui rendent le capitalisme possible. Ce n’est pas du tout du capitalisme. L’industrie de l’armement, par exemple, avec son projet de loi officiel d’autorisation de dépenses pour la défense de 612 milliards de dollars – un chiffre qui ignore de nombreuses autres dépenses militaires cachées dans d’autres budgets, masquant le fait que nos dépenses réelles pour la sécurité nationale dépassent les mille milliards de dollars par an – a amené le gouvernement à s’engager à dépenser 348 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour moderniser nos armes nucléaires et construire 12 nouveaux sous-marins nucléaires de classe Ohio, estimés à 8 milliards de dollars chacun. Nous dépensons quelque 100 milliards de dollars par an pour le renseignement – la surveillance de la presse – et 70 % de cet argent va à des entrepreneurs privés comme Booz Allen Hamilton, qui tire 99 % de ses revenus du gouvernement américain. Nous sommes les plus grands exportateurs d’armes au monde.

Selon le Fonds monétaire international, l’industrie des combustibles fossiles engloutit 5300 milliards de dollars par an dans le monde entier en coûts cachés pour continuer à brûler des combustibles fossiles. Cet argent, note le FMI, vient s’ajouter aux 492 milliards de dollars de subventions directes offertes par les gouvernements du monde entier par le biais d’amortissements, de dépréciations et de lacunes dans le droit d’utilisation des terres.

Les subventions des contribuables aux grandes banques – JPMorgan Chase, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo et Goldman Sachs – sont estimées à 64 milliards de dollars par an, un montant à peu près égal à leurs bénéfices annuels habituels.

En 1980, les trains de marchandises ont été déréglementés. Le nombre de chemins de fer de classe I est passé de 40 à 7. Quatre d’entre eux représentent 90 % des revenus du secteur. Près d’un tiers de tous les affréteurs n’ont accès qu’à un seul chemin de fer.

Le Telecommunications Act de 1996 du président Bill Clinton a été présenté comme un moyen d’ouvrir le secteur du câble à la concurrence. Au lieu de cela, il a vu une consolidation massive de l’industrie entre les mains d’une demi-douzaine de sociétés qui contrôlent ce que 90% des Américains regardent ou entendent sur les ondes.

L’industrie aéronautique, libérée de toute réglementation, s’est rapidement consolidée. Quatre compagnies aériennes contrôlent 85 % du marché intérieur. Elles ont divisé le pays en centres régionaux où elles extorquent des redevances, fixent les prix, annulent les vols à volonté, laissant les passagers bloqués sans indemnisation, et fournissent un service de mauvaise qualité.

Les sociétés pharmaceutiques et d’assurance qui gèrent notre industrie des soins de santé à but lucratif ont soutiré 812 milliards de dollars aux Américains en 2017. Cela représente plus d’un tiers (34,2 %) des dépenses totales pour les visites chez le médecin, les hôpitaux, les soins de longue durée et l’assurance maladie. Si nous avions un système de santé publique, comme au Canada, cela nous permettrait d’économiser 600 milliards de dollars en une seule année, selon un rapport des Médecins pour un régime national de santé. En 2017, les coûts d’administration de la santé étaient plus de quatre fois plus élevés par habitant aux États-Unis qu’au Canada (2 479 dollars contre 551 dollars par personne), note le groupe. Le Canada a mis en place un système à payeur unique « Medicare for All » en 1962. En 2017, les Américains ont dépensé 844 $ par personne pour les frais généraux des assureurs. Les Canadiens ont dépensé 146 $.

Le néolibéralisme ne peut être défendu comme étant plus innovant ou plus efficace. Il n’a pas répandu la démocratie et, en orchestrant des niveaux sans précédent d’inégalité des revenus et de stagnation politique, il a vomi des démagogues et des régimes autoritaires qui promettent mensongèrement de se venger des élites dirigeantes qui ont trahi le peuple. Notre démocratie, soumise à cet assaut, a été remplacée par un théâtre politique dénué de sens.

Comme l’ont détaillé les universitaires Benjamin Page et Martin Gilens dans leur étude exhaustive de 2017 « Democracy in America ? » :

« les meilleures preuves indiquent que les souhaits des Américains ordinaires n’ont que peu ou pas d’impact sur l’élaboration de la politique du gouvernement fédéral. Les particuliers fortunés et les groupes d’intérêt organisés, en particulier les sociétés commerciales, ont … beaucoup plus de poids politique. … [L]e grand public [est] … pratiquement impuissant. … La volonté des majorités est … contrecarrée par les riches et les personnes bien organisées, qui bloquent les propositions politiques populaires et s’accordent des privilèges particuliers. … La majorité des Américains sont favorables à des politiques spécifiques conçues pour faire face à des problèmes tels que le changement climatique, la violence armée, un système d’immigration intenable, des écoles publiques inadaptées et des ponts et des autoroutes en ruine. … De larges majorités d’Américains sont favorables à divers programmes visant à fournir des emplois, à augmenter les salaires, à aider les chômeurs, à fournir une assurance médicale universelle, à assurer des pensions de retraite décentes et à payer ces programmes avec des impôts progressifs. La plupart des Américains veulent également supprimer les « la protection sociale gérée par les entreprises ». Pourtant, ce sont surtout les riches, les groupes d’entreprises et les blocages structurels qui ont empêché ces nouvelles politiques. … »

Il ne devrait pas y avoir de débat sur la manière d’apporter des changements. Une réforme fragmentaire et progressive est toujours préférable à l’anarchie inévitable que crée tout vide de pouvoir. Le problème est que nos ingénieurs utopistes, dans leur démantèlement vertigineux d’un système économique et démocratique, ainsi que dans l’épuisement des ressources de l’État dans les guerres qu’il mène à l’étranger, ont dynamité les outils qui pourraient nous sauver. Ils ne nous ont laissé d’autre choix que de nous révolter et de les chasser du pouvoir.

Nous mènerons des actions soutenues de désobéissance civile pour faire tomber ces oligarques corporatifs ou bien nous vivrons dans une tyrannie orwellienne, au moins jusqu’à ce que l’urgence climatique fasse disparaître l’espèce humaine. Les règlements, les lois, la planification et le contrôle ne sont pas les ennemis de la liberté. Ils empêchent les capitalistes de détruire la liberté, de nier la justice et d’abolir le bien commun. La liberté de la classe capitaliste d’exploiter les êtres humains et le milieu naturel sans restriction transforme la liberté du plus grand nombre en liberté du plus petit nombre. Cela a toujours été ainsi.

Chris Hedges.

Source : Truthdig, Chris Hedges

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
https://www.les-crises.fr/le-desastre-de-l-ingenierie-de-l-utopie-par-chris-hedges/

[Fake constitutions, diviseuses, écrites par des constituants illégitimes et antidémocrates] Frustration Magazine : « UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME »

UN PROJET SALUTAIRE ! NOS PROPOSITIONS POUR LUTTER CONTRE LE SÉPARATISME :


https://www.facebook.com/FrustrationMag/photos/a.174102112784410/1438039903057285

Frustration Magazine : « Nous saluons cette initiative du gouvernement. Enfin on ose s’attaquer à un sujet tabou, dont l’ampleur augmente chaque année et qui pourrit le quotidien de nombreux Français. Le communautarisme bourgeois fait de terribles dégâts, en coupant une classe sociale du reste de la population et en lui permettant de s’organiser pour l’exploiter et la précariser. Ça suffit comme ça ! Nous proposons au premier ministre d’intégrer dans son courageux projet de loi les mesures suivantes :

– Suppression des grandes écoles et attribution de leurs moyens à un système d’enseignement universel et qui abolisse la séparation entre formations techniques, manuelles et intellectuelles. Les cols blancs imbus d’eux-mêmes coupés du terrain dans leur tour d’ivoire, nous n’en voulons plus, pas plus que l’entre-soi et le petit réseau qu’on cultive dans les écoles de la bourgeoisie. Les écoles privées subventionnées, ça suffit. Si les bourgeois veulent s’éduquer entre eux, qu’ils payent eux-mêmes leurs lieux.

– Interdiction de la chasse à cour, des quartiers résidentiels privés et de l’achat d’îles : de plus en plus de nos concitoyens riches se barricadent dans leur propres espaces où ils pratiquent des loisirs coûteux et attentatoire à la biodiversité [et au respect des êtres sensibles]. Il est temps pour eux de se mêler à nouveau au peuple et de cesser de se séparer des autres. Et gratuité pour le péage du Pont de l’Île de Ré : cet endroit est en train de devenir une zone de non-droit pour bourgeois, démocratisons-le.

– Fin du monopole bourgeois sur la politique : notre Assemblée nationale est préemptée par des avocats, patrons et hauts fonctionnaires. Il est temps de mettre fin à ce communautarisme politique en imposant des quotas sociaux à chaque élection. Il y a une moitié d’ouvriers et d’employés dans la population, il nous faut une moitié d’ouvriers et d’employés parmi nos représentants.

Ce ne sont que quelques mesures d’urgences, en surface, mais le fond du problème à régler tient évidement à la façon dont une seule classe sociale tire profit du travail des autres et, accumulant à chaque génération, se sépare chaque décennie un peu plus des lois de la République ! La racaille bourgeoise, ça suffit ! »

Signé : Frustration magazine

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Mon commentaire :

. L’élection (parmi des candidats qu’on peut aider) donne toujours le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le tirage au sort ne donne jamais le pouvoir aux riches, par construction, mécaniquement, fatalement, éternellement.

. Le choix de la procédure — élection ou tirage au sort — incombe aux représentés — et surtout jamais aux représentants, évidemment. Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. C’est aux simples citoyens eux-mêmes, directement, d’écrire et de corriger les règles de leur représentation. Ils sont les seuls à pouvoir le faire correctement, structurellement, logiquement.

Le tirage au sort protège la société contre toutes les formes de communautarisme (et contre toutes les sociétés secrètes, d’ailleurs), sans s’en prendre à qui que ce soit en particulier, sans avoir à désigner des boucs émissaires.

Défendre une procédure permet d’éviter de s’attaquer (vainement) à des personnes et de modifier (efficacement) des structures, ce qui permet de régler –d’un coup et durablement — un grand nombre de problèmes qui paraissaient insolubles et éternels.

Réfléchissez à ça, on est au niveau des racines de nos tourments. Et vous, personnellement, vous avez un rôle important à jouer dans le développement de ce plan.

Bon courage à tous.

Étienne.

#GrèveGénéraleConstituante

[Mutation en citoyen constituant] Vincent Lindon : « comment ce pays si riche… »

Vers la fin de cette bonne synthèse, Vincent mute en citoyen constituant 🙂

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-richehttps://www.mediapart.fr/journal/france/060520/un-appel-de-vincent-lindon-comment-ce-pays-si-riche

 

Comment ce pays si riche…

Traversé par le flot incessant des commentaires, désorienté par l’addition d’analyses souvent contradictoires, j’ai tenté de réfléchir à la question la plus banale : mais comment avons-nous pu en arriver là ? À cette situation inédite, littéralement stupéfiante.

Spécialiste en rien, intéressé par tout, il m’a paru pourtant utile de contribuer en faisant entendre une voix simplement citoyenne. Suis-je légitime pour interpeller nos dirigeants, tous professionnels de la chose publique, tous diplômés des meilleures écoles ? Pas plus qu’un autre sans doute, mais pas moins non plus, ayant pris soin de consulter nombre d’avis autorisés, notamment dans le domaine de la santé, où André Grimaldi [professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière – ndlr] m’a apporté son éclairage.

Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir, pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d’avoir le meilleur système de santé du monde.

C’était avant.

Avant que s’impose la folle idée que la santé devait être rentable, puisque tout désormais devait être marchandise, jusqu’à la vie des hommes.

Un espoir s’était pourtant levé avec le nouveau chef de l’État Emmanuel Macron, et son programme promettant un « investissement massif dans le système de santé ». Hélas, l’élection acquise, il préféra poursuivre l’action de ses prédécesseurs. S’il n’est donc que le dernier avatar d’une même politique, il porte pourtant une responsabilité particulière, pour avoir ignoré tous les signaux d’alerte.

Douze mois de grève des urgences ? Les patients patienteront.

1 200 chefs de service démissionnent de leurs fonctions administratives ? Moins de paperasse.

Présence massive des soignants dans toutes les manifestations ? Sortez les LBD et les grenades de désencerclement…

Au-delà de la santé, c’est l’ensemble du secteur public qui subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : privations pour ce qui coûte (l’éducation, la justice, la police, l’armée, la santé…) et privatisations pour ce qui rapporte.

Tandis que les budgets des ministères régaliens sont comprimés et les salaires de leurs fonctionnaires bloqués, la grande braderie est ouverte. Villepin solde les autoroutes, Nicolas Sarkozy fait absorber Gaz de France par un groupe privé, Suez, et enfin François Hollande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand profit de l’américain General Electric.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête continue. Deux entreprises publiques, la Française des jeux (FDJ) et Aéroports de Paris (AdP), sont très rentables ? Vendez-les !

Pour comprendre l’attachement aveugle de notre président à cette ligne idéologique, il est nécessaire de revenir sur trois années d’exercice de son pouvoir, que notre Constitution a voulu absolu.

Qu’en retenir ?

Dès les premiers jours, une évidence : le goût du nouveau président pour la pompe et les rites de la monarchie, se mettant régulièrement en scène dans les décors de la royauté ; ainsi a-t-il choisi le palais du Louvre pour son intronisation, marchant seul devant la pyramide, le château de Versailles pour recevoir Vladimir Poutine, l’empereur du Japon ou 150 millionnaires high-tech et, enfin, celui de Chambord pour célébrer son 40e anniversaire.

Une prédilection annoncée par des déclarations antérieures – en 2015, il affirmait déjà : « Dans la politique française, l’absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » – et confirmée jusque dans son programme, qui prévoyait de rétablir les chasses présidentielles. Ce qui n’a rien d’un détail.

L’ego comblé, le jeune homme allait pouvoir s’attaquer à son grand œuvre : bâtir cette « start-up nation » où les « premiers de cordée » allaient tirer vers les cimes ces « Gaulois réfractaires ». Au pas de charge : suppression de l’ISF et allègement de l’impôt sur les profits financiers pour les uns, réformes restrictives du droit du travail ou des allocations chômage et baisse des APL pour les autres. Cinq euros en moins sur les APL ! Mais qu’est-ce qui peut bien passer par la tête d’un dirigeant pour accoucher d’une aussi mauvaise idée ? La brume des sommets obscurcit-elle le jugement au point de lui faire oublier le poids des symboles ? C’était donc ça le « en même temps » macronien, des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien, des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout ?

Mais c’est le premier été du quinquennat, et tout semble encore permis au conquérant de l’Élysée. Malgré quelques protestations, le nouveau monde impose ses lois grâce au soutien de sa majorité obéissante et reconnaissante.

Premier grain de sable à l’été 2018, l’affaire Benalla et son traitement rocambolesque, qui jette une lumière crue sur la conception et les pratiques du pouvoir.

Avec l’automne, un vent se lève, une révolte inattendue et pourtant évidente : des femmes et des hommes en jaune envahissent les ronds-points et les Champs-Élysées, naturellement accompagnés par une très faible minorité qui prétexte le port de la chasuble pour casser plutôt que pour revendiquer, une revendication légitime qui emporte l’adhésion de l’opinion, contraignant le gouvernement à un repli tactique : 10 milliards jetés à la hâte pour tenter d’éteindre la colère sociale.

Trop tard. Les sacrifiés de la mondialisation ultralibérale veulent plus. Plus de moyens, certes, mais aussi plus de pouvoirs, notamment celui de contrôler ceux dont la mission est de les représenter.

Après la carotte, vient le temps du bâton. Une répression brutale, policière, avec mains arrachées et manifestants éborgnés, mais aussi judiciaire, avec une distribution massive de condamnations fermes. Pendant que les pouvoirs exécutif et judiciaire répriment, les législateurs ferraillent pour imposer une réforme des retraites dont une majorité des Français ne veut pas.

Occupés à bâtir leur nouveau monde, les responsables n’accordent qu’une attention distraite à un virus agressif qui, parti de Chine, va très vite ravager la planète et envahir la totalité de l’espace politique, donnant à nos gouvernants l’occasion de montrer l’étendue de leur compétence.

Dans les hôpitaux, la situation est dramatique. On manque de tout, de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de lits et de personnels en réanimation. Le 29 février, après que le Covid-19 a fait ses premières victimes en France, Édouard Philippe convoque un conseil des ministres extraordinaire consacré au virus. Une grande décision en ressort : utiliser le 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites !

Alors que l’épidémie progresse, se faisant pandémie, le pouvoir s’affole, s’agite comme un poulet sans tête. Sur quoi s’interroge l’exécutif aux premiers jours de mars ? Mais sur le maintien des municipales, bien sûr ! La veille du premier tour, le premier ministre joue les contorsionnistes, invitant les Français à rester chez eux, mais, en même temps, à aller voter. Chapeau l’artiste !

Pendant que nos voisins allemands se mettent en ordre de bataille, le gouvernement français peaufine sa communication.

Une seule stratégie, mentir.

Relayant le discours présidentiel, l’équipe gouvernementale multiplie les déclarations absurdes et contradictoires. Ainsi affirme-t-on successivement qu’il ne s’agit que d’une « grippette », que l’épidémie, comme le nuage de Tchernobyl, ne touchera pas la France – alors même qu’à notre frontière sud, l’Italie est frappée –, puis qu’elle est « sous contrôle », avant de devoir avouer la gravité de la situation.

Sur la question cruciale des masques de protection, la parole officielle est schizophrène : aux premiers temps, leur utilité est affirmée. D’ailleurs, il y en a des millions en stock, prêts à être distribués à la population en cas de besoin. La menace virale se précisant, les masques sont soudain déclarés inutiles, voire dangereux puisqu’on ne sait pas s’en servir. Ce qui est fort opportun, puisque les stocks se sont volatilisés.

Pschitt…

Plus de masques.

Pas même de quoi équiper tous les soignants qui doivent monter au front armés de leur seul courage. Bon, d’accord, pas de masques, mais ils arrivent. Quand ? Mais demain, bien sûr ! Hélas, les jours et les semaines passent, la pénurie persiste. Ignorés, méprisés et matraqués quelques semaines plus tôt, les soignants sont désormais portés aux nues.

Pour le commun des Français, le confinement est la règle, chômage technique pour les uns, télétravail pour les autres. Tous les Français ? Non. Pour les caissières, les livreurs, les éboueurs, les policiers ou les pompiers, l’activité doit se poursuivre, quels que soient les périls. Eux qui formaient le gros des bataillons en gilet jaune, naguère vilipendés, sont désormais officiellement essentiels. Exit les premiers de cordée, place aux premiers de corvée.

Le 23 avril, dans une adresse solennelle à la nation, le président Macron annonce enfin le déconfinement pour le 11 mai. Pourquoi le 11 plutôt que le 5 ? Pourquoi mai plutôt que juin ? Parce que.

Deux semaines plus tard, le premier ministre en dévoile les conditions. Acte 1 : réouverture des crèches et des écoles primaires. Curieux puisqu’elles avaient été les premières à être fermées, avant même le début du confinement, au motif qu’elles étaient un lieu hautement favorable à la propagation du virus… Évidemment économique – il s’agit bien sûr de libérer les parents de l’obligation de garder leurs jeunes enfants, pour leur permettre de reprendre le travail –, la véritable raison de ce choix sera passée sous silence, voire niée, alors même qu’elle est audible : vouloir éviter l’effondrement total de l’activité et son cortège de drames est après tout une motivation hautement respectable.

Empêtré dans ses mensonges et ses omissions, le pourvoir tergiverse. Très vite, le discours s’infléchit : l’obligation de retourner en classe ne s’appliquera pas systématiquement. Les maires, les préfets pourront décider, ou non, de s’y conformer.

Mieux, les parents seront libres de garder leurs enfants à la maison. Dans les milieux favorisés, on n’hésitera guère. Mais dans les milieux plus modestes, le dilemme est cornélien. Alors que le chômage enfle, dois-je exposer mon enfant au risque de tomber malade, ou accepter l’éventualité de perdre mon emploi ? Et si les parents sont d’avis contraires, le couple pourra-t-il résister, notamment si les choses tournent mal ? Questions sans réponses…

Une bonne nouvelle, pourtant : les masques arrivent. Des masques en tissu, lavables et réutilisables. Efficaces ? « Oui, dit le Pr Grimaldi, contre la transmission du virus. Mais comme ils n’empêchent pas le porteur d’être infecté lui-même, la mesure ne vaut que si elle s’impose à tous, dans l’espace public au moins. » Prisonnier de son discours récent, le gouvernement ne peut se résoudre à rendre obligatoires partout ces masques qu’hier encore il déclarait inutiles. « Pourtant, ajoute le PGrimaldi, on a le droit de se tromper, mais le devoir de reconnaître ses erreurs. »

Au rythme où s’enchaînent les événements, ce droit à l’erreur pourrait bien m’être utile, mes propos risquant de devenir rapidement caducs, tant les stratégies gouvernementales oscillent, sinon à la vitesse de la lumière, au moins à celle où se propage le virus.

En termes de gestion et de communication de crise, je ne sais pas qui aurait pu faire mieux, mais je ne vois pas qui aurait pu faire pire.

En mettant au jour ses insuffisances, cette crise pourrait-elle être l’occasion d’une refonte radicale de notre démocratie ? Dans un discours célèbre, Churchill affirmait que c’était là « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Mais, ajoutait-il aussitôt, « la démocratie n’est pas un lieu où on obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut ».

Si l’on s’accorde pour ne pas changer de système, alors il faut changer LE système.

Mais l’urgence est ailleurs. Déjà insupportables, les inégalités ont explosé avec la pandémie. Confinés dans des logements exigus ou contraints d’affronter les périls, les plus fragiles vivent des jours terriblement difficiles. Et leurs lendemains ne chantent pas. Après la crise sanitaire, ils seront sûrement les premières victimes de l’inévitable catastrophe économique et sociale.

Que faire ?

L’État ne pouvant pas tout, il me paraît impératif d’innover. Comment ? En demandant aux plus grosses fortunes une solidarité envers les plus démunis. Cette idée, juste et légitime, pourrait prendre la forme d’une contribution exceptionnelle, baptisée « Jean Valjean », conçue comme une forme d’assistance à personnes en danger, financée par les patrimoines français de plus de 10 millions d’euros, sans acrobaties, à travers une taxe progressive de 1 % à 5 %, avec une franchise pour les premiers 10 millions d’euros.

À période exceptionnelle, contribution exceptionnelle. Même si j’applaudirais évidemment tout amendement visant à pérenniser cet effort de réduction des inégalités. Après tout, une fois peut devenir coutume.

D’après les économistes que j’ai pris soin de consulter, cette contribution devrait représenter environ 36 à 37 milliards d’euros, qui seront distribués aux quelque 21,4 millions de foyers trop pauvres pour être assujettis à l’impôt sur le revenu.

Compte tenu de l’urgence, l’État assurerait la trésorerie et abonderait marginalement la collecte, leur distribuant sans délai et sans prélèvement, la somme de 2 000 €, à charge pour lui de recouvrer ultérieurement le produit de la contribution « Jean Valjean ».

Même si je ne doute pas un instant que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’occasion ainsi offerte de montrer leur patriotisme et leur générosité, il me paraît prudent que les législateurs mettent en place des sanctions suffisamment dissuasives pour décourager les improbables mauvaises volontés. Je pense ici, surtout, à nos compatriotes domiciliés fiscalement à l’étranger, évidemment conviés à manifester leur solidarité.

Mon rôle n’est évidemment pas d’entrer dans le détail de ces sanctions. Je voudrais néanmoins en proposer une, essentiellement symbolique – car je crois, moi, à la force du symbole : alléger les réfractaires de leurs pesantes décorations (Ordre du mérite ou Légion d’honneur, par exemple) pour leur permettre de gambader librement dans les couloirs des hôpitaux étrangers, voire français, où ils seraient évidemment les bienvenus après avoir refusé de financer notre système de santé national et plus généralement notre service public. En un mot, leur pays.

Bien sûr, je sais que ces précautions seront sans nul doute inutiles, tous ces privilégiés étant bien conscients de ce qu’ils doivent au pays qui les a formés et souvent enrichis. Mais la confiance n’excluant pas la prudence, de telles dispositions ne sauraient nuire.

Après cette mesure d’urgence, il sera temps de nous pencher sur les moyens de réparer notre démocratie. Comment ? On pourra s’étonner que je me pose la question et plus encore que j’essaie d’y répondre. Alors, sans prétendre détenir des solutions – j’ai gardé le sens du ridicule –, je me risque à évoquer quelques pistes de réflexion.

Instituer des contre-pouvoirs. La Constitution de la Ve République avait été taillée sur mesure pour le général de Gaulle. Un costume bien trop grand pour ses récents successeurs. D’autant que, depuis l’instauration du quinquennat, le président dispose toujours, et pendant toute la durée de son mandat, d’une franche majorité au Parlement. Élue en même temps que lui, grâce à lui et sur son programme, l’Assemblée nationale a logiquement la même couleur que l’Élysée et le législatif n’a donc pas vocation à s’opposer à l’exécutif.

Quant au pouvoir judiciaire, son indépendance n’est que théorique, tant il est simple de le contrôler par le jeu des nominations et des promotions. Depuis Montesquieu, qui a théorisé la séparation des pouvoirs (il n’en connaissait que trois, lui), un quatrième s’est imposé : la presse. Problème : neuf milliardaires en possèdent l’immense majorité, on ne s’étonnera donc pas que l’intérêt des puissants soit ménagé dans le traitement de l’information. Impuissante politiquement, la contestation s’exprime là où elle le peut encore, dans la rue et dans les sondages d’opinion.

Responsabiliser les élus. Les élus devront être comptables de leur action devant le peuple dont ils ont obtenu la confiance. Une élection, c’est quoi ? C’est l’histoire d’un mec qui arrive et qui dit : « Faites-moi confiance, voilà ce que je vais faire », et qui, une fois élu, ne le fait pas. À la place, il fait autre chose ou rien. Eh bien non, ça ne peut plus marcher comme ça. En cas de défaillance, il est nécessaire qu’ils puissent être démis de leur fonctions, démocratiquement, c’est-à-dire si une fraction de citoyens le propose et si une majorité d’électeurs l’exige.

Insistons : cette mesure doit s’appliquer à tous les élus, jusqu’au président de la République, qui, en France, ne peut être démis par personne en cours de mandat, ni même être jugé depuis la scandaleuse décision du Conseil constitutionnel sous la présidence du douteux Roland Dumas.

Sanctionner sévèrement les dérives, pour interdire l’alliance mortifère entre les copains et les coquins. Depuis des décennies, aucun élu, même le plus corrompu, ne craint les rigueurs de la loi. Il y a à cela une excellente raison : la prison, c’est pour les autres. Eux pourront toujours solliciter les meilleurs avocats et multiplier les procédures des décennies durant, jusqu’au moment où les juger n’aura plus aucun sens.

D’où une proposition en trois points :

  1. Rendre passible de longues années de prison ferme tout acte de corruption avérée d’un élu. Parce qu’elle menace dangereusement la démocratie, en décourageant le vote notamment, la corruption politique me paraît un crime plus grave qu’un braquage de banque. Excessif ? Je ne pense pas. Enfant, je me souviens que, sur les billets de banque, il était inscrit que « la fabrication de fausse monnaie [était] passible des travaux forcés à perpétuité ». Pas une goutte de sang versée, pourtant, mais une atteinte criminelle au bien commun.
  2. Définir des couloirs judiciaires dédiés, pour éviter qu’on ne juge que des cadavres. L’ensemble des procédures, appel et cassation compris, devra être bouclé dans les 12 mois suivant l’ouverture de l’instruction.
  3. Augmenter fortement la rémunération des hommes et des femmes qui choisiront de servir la collectivité avec compétence, zèle et intégrité. Pourquoi ? Pour avoir les meilleurs. Pour leur éviter la tentation. Et pour rendre inexcusable qu’ils y cèdent.

Constitutionnelles, électorales ou judiciaires, ces propositions de réforme peuvent apparaître éloignées des préoccupations immédiates, en ces temps troublés surtout.

Je les crois pourtant essentielles. Même si elles ne résolvent pas l’ensemble des problèmes auxquels notre époque est confrontée, elles m’apparaissent nécessaires pour rétablir l’indispensable confiance du peuple en ses représentants, enfin comptables de leurs promesses comme de leur action, et responsables de leurs erreurs.

Vincent Lindon.

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Au Danemark, pas d’aide financière pour les entreprises avec dividendes ou paradis fiscaux

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux

« En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

Ce weekend, le gouvernement danois a décidé de prolonger ses programmes d’aide aux entreprises et aux travailleurs pour augmenter l’enveloppe d’environ 100 milliards de couronnes, soit 9 milliards d’euros. L’Etat danois a décidé d’exclure de cette aide financière toutes les entreprises qui versent des dividendes ou étant enregistrées dans des paradis fiscaux. Une contrainte économique avant-gardiste sur la scène internationale.

Dans un communiqué publié dimanche, le gouvernement du Danemark et tous les groupes d’opposition ont décidé de prolonger jusqu’au 8 juillet le programme d’aide financière accordé aux entreprises et aux travailleurs pour éviter les licenciements et les faillites.

Parmi les mesures annoncées, les petites et moyennes entreprises pourront désormais récupérer certains paiements de TVA qu’elles ont effectués l’année dernière sous forme de prêts à taux zéro, et les charges sociales seront remboursées à certains secteurs d’activité.

Côté travailleurs, le gouvernement s’engage à destiner un fonds pour renforcer et maintenir les emplois danois, tandis que les droits au chômage et aux indemnités de maladie vont être prolongés. Mais la mesure qui détonne le plus, c’est le conditionnement des aides publiques.

« Les demandeurs, comme condition pour recevoir une indemnisation pour la période prolongée, doivent déclarer par la foi et les lois que les sociétés ne paieront pas de dividendes ou ne rachèteront pas d’actions pour les exercices 2020 et 2021. (…) Les entreprises basées dans des paradis fiscaux, conformément aux lignes directrices de l’UE, ne peuvent pas recevoir de compensation financière.«  a ainsi déclaré le gouvernement

En clair : les entreprises qui versent des dividendes, rachètent leurs propres actions ou sont enregistrées dans des paradis fiscaux ne seront éligibles à aucun des programmes d’aide, qui s’élèvent désormais à un total de 400 milliards de couronnes (37 milliards d’euros), y compris les prêts et les garanties.

Dans le même temps, en France, l’Assemblée Nationale a voté favorablement à un plan de 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises « stratégiques » comme Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec. Sans leur demander aucune contrepartie écologique et sociale en échange, suite au rejet du seul amendement qui aurait pu rétablir l’équilibre.

Le projet de loi de finances rectificative 2020 qui a été adopté par l’Assemblée Nationale vendredi soir doit maintenant passer devant le Sénat mardi 21 avril. La politique économique sociale avant-gardiste du Danemark va-t-elle faire écho auprès de nos sénateurs ? pas sûr…

20 avril 2020 – Laurie Debove.

Source : La Relève et la Peste, https://lareleveetlapeste.fr/au-danemark-pas-daide-financiere-pour-les-entreprises-avec-dividendes-ou-paradis-fiscaux


Mon commentaire :

Les actionnaires sont une classe oisive, parasitaire, des ennemis de l’Humanité qui vont bientôt tous nous faire crever (pour toujours gagner davantage sans jamais travailler), de la même façon qu’un ver solitaire tue la bête qu’il ponctionne à mort, stupide au point de crever lui-même avec sa victime…

Nous devrions supprimer la possibilité même de verser des dividendes. Nous devrions même supprimer la forme juridique des sociétés par actions.

On va nous objecter : « Sans actions ni dividendes, comment attirerez-vous les capitaux pour investir ? »

Nous répondrons : NOUS N’AVONS PAS BESOIN DE L’ARGENT DES RICHES POUR INVESTIR : nous pouvons financer l’investissement par une cotisation sociale (à une Caisse sociale des investissements, créée pour ça), exactement comme nous avons construit tout notre système de soins hospitaliers avec des cotisations sur nos salaires versées à des caisses d’assurance maladie qui ont intégralement financé aussi bien les investissements que le fonctionnement des hôpitaux, sans emprunter un sou ni verser un centime d’intérêts aux marchés financiers.

Écoutez et lisez Bernard Friot, et aidez le Réseau Salariat.

Les actionnaires sont un cancer, non nécessaires.

Pour survivre, il va bien falloir nous occuper personnellement de cette menace mortelle.

Étienne.

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