[Magnifique François Ruffin !] « En quelle langue faut-il donc vous le dire ? Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) est une gabegie ! »

À faire passer partout, à retranscrire et à relire, à afficher partout, dans les écoles et dans les facultés, dans les bureaux, dans les usines, dans les magasins, chez les médecins, dans les palais de justice, dans les prisons, dans les commissariats, dans les casernes, dans les hôpitaux et les hospices, dans toutes les salles d’attente, le long de toutes les files d’attente, chez nous dans l’entrée au salon et ailleurs, à placarder dans les rues et les avenues, sur les portes cochères des banquiers et des grands bourgeois, sur les murs de toutes les salles de rédaction vendues aux milliardaires…

Merci François !

Étienne.


Le texte (à placarder partout) est là :
https://francoisruffin.fr/cice-cyrano/

« Madame la ministre, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, en quelle langue faut-il donc vous le dire ?

En anglais : what a waste ! En italien :che spreco ! Je veux bien, même, essayer en chinois : touome lang fei !

En français, tout de même : quelle gabegie ! Quel gâchis colossal !

J’ai découvert le scandale, un matin, en écoutant la radio – je roulais dans mon Berlingo : « D’après un rapport de France Stratégie, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi aurait permis de créer ou de sauvegarder 100 000 emplois. » C’est le genre de calcul que j’aime bien faire dans ma tête ; ça fait passer le temps au volant. Allons-y ensemble : le CICE coûte aux alentours de 20 milliards d’euros par an ; si l’on divise cette somme par 100 000 emplois, on obtient 200 000.

J’ai dit à mon collaborateur, Vincent, qui était à côté de moi : « Tu te rends compte : 200 000 euros par emploi et par an ! C’est pas possible, j’ai dû m’emmêler dans les zéros… » Sur le siège passager, Vincent a vérifié sur son téléphone portable : « C’est bien ça : 200 000 euros par an pour un emploi. »

Cela paraissait tellement incroyable, tellement délirant, tellement surréaliste ! Si j’étais informaticien, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ». Vous saisiriez le nom d’un métier, « infirmier » par exemple. C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous : les patients attendent des nuits entières aux urgences ; les établissements parisiens épuisent leurs salariés ; dans d’autres, le personnel apporte son propre papier toilette. Bref, l’hôpital est au bord de la crise de nerfs. Donc, embaucher des infirmiers, qui est contre ? Eh bien, ces 20 milliards de CICE, ça fait 625 000 infirmiers !

Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur, chacun pourrait se faire son propre mix, ses embauches idéales : des accompagnants pour les enfants handicapés, des animateurs pour le périscolaire, des auxiliaires pour les personnes âgées, des inspecteurs du travail… et tout ça, par centaines de milliers. Est-ce que vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces 20 milliards ?

Et à qui profite ce CICE ? Pour moitié aux multinationales. Le premier bénéficiaire dans le privé, c’est Carrefour, Carrefour qui licencie 4 500 caissières et autres employés, Carrefour qui reçoit, néanmoins, 130 millions d’euros au titre du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Emploi, emploi… Ça ne vous choque pas ? Dans tout le pays, il n’y a qu’ici que ça ne choque pas ! Tous les experts vous le disent : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est une gabegie. Le comité de suivi de France Stratégie le dit. La fédération « Travail, emploi et politiques publiques » du CNRS le dit. Le laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques le dit. Toutes ces études aboutissent à la même conclusion : un effet quasi-nul.

Malgré ces rapports, ces études, ces évaluations, que décidez-vous ? Que décidez-vous après la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, après la flat tax, après la suppression de l’exit tax, après la baisse de l’impôt sur les sociétés ? Vous décidez de poursuivre le CICE, de le pérenniser en allégements de charges et même, pour cette année, de le doubler, en le faisant passer à 40 milliards d’euros. Quarante milliards, c’est, pour 2018, douze fois le budget de l’agriculture, quatorze fois celui de la culture, quatre fois celui de l’écologie !

Mais vous êtes sourds.

Vous êtes sourds aux faits ; vous êtes sourds aux Français ; vous êtes aveuglés par votre dogme. Ces chercheurs, de France Stratégie ou du CNRS, devraient abandonner leur langue convenue et convenable. Ils devraient vous l’écrire en très grand, en lettres clignotantes, tout en klaxonnant : gaspillage ! Gaspillage ! Gaspillage !

Ou alors, comme Cyrano de Bergerac, ils devraient vous le déclamer.

Généreux : « Moi, si j’avais un tel magot dans ma besace, /Il faudrait sur le champ que je le partageasse ! »

Curieux : « Dites-moi, de quoi sert ce fabuleux pécule ? /Aimez-vous à ce point les très grandes fortunes / Que paternellement vous vous préoccupâtes / De leur tendre ce chèque de 40 000 patates ? »

Dramatique : « Ô rage ! Ô désespoir ! C’est le peuple que l’on saigne ! /Mais pour les millionnaires, quelle formidable aubaine ! »

Agressif : « Le voilà donc, monsieur, votre « pognon de dingue » /Pour que l’oligarchie fasse follement la bringue ! »

Quarante milliards, donc ! Quarante milliards ! Et en même temps, vous osez. En même temps, vous osez geler les pensions de retraite. En même temps, vous osez geler les allocations familiales.

En même temps, vous osez geler les pensions d’invalidité.

Vous vous rattrapez sur les familles pauvres, sur les personnes âgées, sur les personnes handicapées. Sur elles, vous allez gratter 7 milliards. À elles, vous criez la nécessité de l’effort budgétaire. Vous osez. Bravo ! Chapeau !

Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. »
[Aujourd’hui,] vous êtes les maîtres d’œuvre de cette injustice ! Vous êtes le bras armé de cette iniquité ! »

François Ruffin.

Sa chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCIQGSp79vVch0vO3Efqif_w

 

Fil facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10156676332322317

21 réponses à “[Magnifique François Ruffin !] « En quelle langue faut-il donc vous le dire ? Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) est une gabegie ! »

    • Halte à la pub gratuite ! lol
      Il y a tellement de choses qui coïncident avec la venue de Macron , et nous ne sommes pas au bout !
      Chaque personne qui passe à la présidence de la République a qque chose à donner aux ricains , incapables de créer autre chose que des armes et des mensonges d’État ! Un quelque chose qui ressemblerait à un contrat , un échange , un dû ???

    • Il essayait des lunettes là ; non ?

  1. Encore une fois, pourquoi se priveraient-ils, puisque les membres des peuples se révèlent incapables de se mettre d’accord sur un plus petit dénominateur commun et de faire converger leurs forces sur ce point ?

    Le besoin de domination, chez ceux qui sont en position de domination, est inextinguible, et ils iront toujours plus loin, avec à l’horizon les camps de travail, tant que les peuples se laisseront faire…

    Ce n’est pas eux qui sont grands, c’est nous qui sommes à genoux.

    L’eau, comprimée et focalisée dans un jet très fin mais à très haute pression découpe d’épaisses plaques de métal…

    La ministre des lobbies pharmaceutiques, la Buzyn, s’en trouve manifestement un peu mal à l’aise, du moins durant le discours de Ruffin. Gageons que ça ne lui coupera pas l’appétit et que son psychisme, via des mécanismes de double pensée, aura rapidement su rendre le CICE acceptable au regard de ses privilèges.

  2. Si on dit que les élections sont « démocratiques », alors élire un dictateur c’est « démocratique », mais ce n’est pas de la « démocratie ». Ce n’est pas les « élections » ni le « suffrage universel » qui fait que nous vivons en démocratie.
    Dans une vraie démocratie, il serait impossible d’avoir un dictateur qui nous gouverne tous.
    On comprend bien qu’on nous prend pour des demeurés. Ce qui fait que notre système politique est une démocratie ou non, c’est le fait qu’il serait impossible d’avoir une dictature en place du fait de la grande diffusion du pouvoir et des contrôles en place, c’est le fait également que chacun pourrait prendre part à la décision, c’est le fait que l’on pourrait corriger les décisions choisies par erreur.

  3. Adhésion de l’Islande à l’UE? «Non, merci», dit la Première ministre :


    https://fr.sputniknews.com/international/201811041038767252-islande-premiere-ministre-attitude-ue-otan/

    Source : Spoutnik

  4. L’immense scandale de la vente des autoroutes françaises aux barons voleurs

    Source : Le Canard enchaîné

    • En payant les décideurs (les pdg des grandes entreprises) comme les actionnaires (les « stocks options » données aux pdg sont des actions qui rendront des dividendes aux pdg en fonction des décisions de distribution de dividendes prises par… les pdg), les actionnaires ont mis en place un criminel et mondial siphon à pognon (des travailleurs vers les parasites) : plus de dividendes, c’est moins de salaires et plus de malheur sur terre.

      C’est donc aussi moins de débouchés pour la production (puisque les riches ne dépensent pas mais « placent » leurs revenus supplémentaires).

      Et nous ne pouvons rien à ce progressif retour vers l’esclavage parce que nous démissionnons sottement du processus constituant : avec une constitution digne de ce nom, les peuples auraient la puissance politique à la fois d’interdire les sociétés par actions (et les bourses) et d’organiser un financement des investissements qui n’ait pas besoin de l’argent des riches.

  5. Tsipras, révélé dès son élection en bourreau des électeurs grecs, transforme aujourd’hui son pays en régime policier brutal et arbitraire : la trahison du peuple par la prétendue « extrême gauche » pro-UE est totale. Elle sera la même en France car ses chefs ne veulent pas non plus sortir du carcan unioneuropéen. L’UE est une construction antisociale criminelle. Il faut en sortir, vite. #frexit

  6. François Ruffin : « UNE FOIS N’EST PAS COUTUME, J’AI FÉLICITÉ LE GOUVERNEMENT. ENFIN PRESQUE… »

  7. COMMENT ACHETER UN ÉLECTEUR -- JULIA CAGÉ :

    JULIA CAGÉ -- Le prix de la démocratie :


    https://www.fayard.fr/documents-temoignages/le-prix-de-la-democratie-9782213704616

    Mon commentaire (l’antienne d’Étienne) : le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois) donne toujours le pouvoir aux plus riches.

  8. PABLO SERVIGNE & FRANÇOIS RUFFIN : UNE DERNIÈRE BIÈRE AVANT LA FIN DU MONDE
    https://www.youtube.com/watch?v=6J1Lzs-iYAI

    Ruffin sur tous les fronts, ici avec Pablo Servigne sur l’effondrement et l’entraide. Idée géniale que ces 2 là se réunissent.

  9. CYRIL DION : « L’EFFONDREMENT EST DEJA LA »
    https://www.youtube.com/watch?v=Gtw3VfBRzpk

    Belles réflexions de Cyril Dion.

  10. LA CASTE, COMMENT S’EN DÉBARRASSER ? COMMENT LA REMPLACER?

    Entretien entre François Ruffin, Laurent Mauduit, Monique Pinçon-Charlot et Denis Robert.
    La Légion d’Honneur pour François 😉

  11. Dans « Comprendre le malheur français », Marcel Gauchet met ses talents d’analyse pour une approche claire et historique de notre déclin, notamment sur l’UE dans l’indispensable chapitre « Le piège européen » : à lire d’urgence !
    https://twitter.com/CRE_SciencesPo/status/1063383100254769152

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