Invité chez Natacha Polony : « LA DÉMOCRATIE, C’EST LE PEUPLE QUI EXERCE LE POUVOIR. NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ».

Voici un chouette entretien, avec Natacha Polony, vendredi dernier (24/11/2017), pour défendre l’idée d’un nécessaire processus constituant populaire :

Vous allez trouver que je radote, bien sûr 🙂 mais j’espère que ça va vous intéresser, et qu’on renouvellera l’expérience.

Nous devrions soutenir Polony TV (j’y suis abonné depuis le début ; il n’y a pas tant de télés que ça, pour défendre la souveraineté populaire) :
https://www.facebook.com/Polonytv/

Bon courage à tous, bande de virus démocratiques 🙂

Étienne.

PS : le précieux petit livre édité par La Relève et La Peste est disponible à cette adresse 🙂 :


https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155829301132317

28 réponses à “Invité chez Natacha Polony : « LA DÉMOCRATIE, C’EST LE PEUPLE QUI EXERCE LE POUVOIR. NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ».

  1. excellent comme d’hab

  2. Remarquable entretien, j’ai très hâte de voir arriver les débats sur le tirage au sort et encore davantage celui sur la monnaie.

    • Au fil des années, des mots de plus en plus forts et percutants, magnifique synthèse. Merci.

    • Celui sur la monnaie ne pourrait-il pas être l’occasion d’inviter Paul Jorion avec qui vous avez eu de longs échanges déjà sur le sujet, ou bien considérez vous que cet aspect du débat est clos ?

  3. Le Département d’État condamne (seulement la Russie) l’enregistrement comme agents étrangers de certains médias

    Aujourd’hui, le Département d’Etat américain a crevé le plafond de l’hypocrisie.

    Il a déclaré que « la législation qui permet … de qualifier des médias d’ « agents étrangers »… constitue une menace supplémentaire pour les médias libres ». Il a ajouté que « la liberté d’expression -- que ce soit pour les paroles ou pour les médias… est une obligation universelle en matière de droits de l’homme ».

    Cette déclaration a été faite après que le ministère de la Justice des États-Unis a exigé que le média russe RT America s’enregistre comme « agent étranger » en vertu de la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (FARA). RT s’est donc enregistré le 13 novembre comme cela le lui avait été ordonné.

    Mais la déclaration du Département d’État n’était PAS une réaction à l’ordre que le ministère de la Justice avait donné à RT. Le département d’État réagissait à une nouvelle loi que la Russie a promulguée en réponse aux mesures prises contre RT. La nouvelle loi russe est le miroir de la loi américaine FARA. Elle exige que les médias étrangers actifs en Russie s’inscrivent comme « agents étrangers ». (Dans la foulée de la déclaration insensée du Département d’Etat, les caniches de l’UE ont fait une déclaration tout aussi grotesque.)

    En critiquant la version russe de la loi FARA tout en ignorant la décision américaine contre RT, le Département d’Etat vient de donner raison à RT et aux autres médias qui dénoncent l’hypocrisie du gouvernement américain.

    Tout a commencé sous l’administration Obama avec le célèbre menteur James Clapper. Lui, et d’autres membres du « renseignement » ont considéré que les informations données par RT étaient trop vraies pour que ce média soit autorisé à informer le public américain. La publication d’informations fondées sur des faits vérifiables mettant en cause le gouvernement américain est considérée comme un acte hostile qui doit être puni.

    Le Congrès et le département de la Justice des États-Unis de l’administration Trump leur ont emboîté le pas. À l’origine, la loi FARA n’est PAS dirigée contre les médias étrangers. Le ministère de la Justice de Trump a contourné l’esprit de la loi pour l’appliquer à RT.

    Le gouvernement russe a prévenu à plusieurs reprises que l’application de la loi FARA contre RT serait suivie d’une mesure similaire à l’encontre des médias américains en Russie. L’administration Trump a ignoré les avertissements. Elle condamne maintenant la décision russe.

    Voici la chronologie des événements : [….]

    Lire la suite :
    https://www.legrandsoir.info/le-departement-d-etat-condamne-seulement-la-russie-l-enregistrement-comme-agents-etrangers-de-certains-medias.html

    Source : Le Grand Soir (relayant Moon of Alabama)

  4. Entretien 100% concentré démocratique avec un super prof simple citoyen.

  5. Très sympa. Je craignais que Natacha Polony ne t’aie invité que parce qu’elle aurait été harcelée par des Gentils Virus (« Connaissez-vous Etienne Chouard ? »). Mais non, elle te suit depuis longtemps et apparemment connaît le sujet. Ses relances sont pertinentes et bien intentionnées. On espère que cela sera de plus en plus le cas à l’avenir sur ce sujet.

    Quelques points qui m’ont interpellé dans ton discours :

    1) 7:20. Sur l’emprise des marchands avec la Révolution Française.

    Ici, Polony est bienveillante. Mais un jour tu auras des contradicteurs bêtes ou méchants (ou les deux) qui tiendront un discours « Etienne Chouard nostalgique de l’Ancien régime, Etienne Chouard suppôt du féodalisme … ». Il faut préciser que la fin de la fin du régime féodal est un progrès. Le contraire n’est de toute façon pas tenable :

    -- d’un point de vue économique, le capitalisme est une amélioration par rapport au système précapitaliste. Même ses détracteurs le reconnaissent :

    « Le rôle historique progressiste du capitalisme peut être résumé en deux mots : développement des forces productives du travail social et collectivisation de ce travail. Mais selon les domaines de l’économie nationale auxquels on a affaire, ces deux phénomènes prennent des formes extrêmement variées.

    Ce n’est qu’à l’époque de la grande industrie mécanique que le développement des forces productives du travail social se manifeste dans toute son ampleur. Jusqu’à ce stade supérieur du capitalisme, en effet, la production est basée sur le travail à la main et sur une technique primitive dont les progrès sont extrêmement lents et purement spontanés. À cet égard, l’époque postérieure à l’abolition du servage se différencie radicalement des autres périodes de l’histoire russe. La Russie de l’araire et du fléau, du moulin à eau et du métier à bras a commencé à se transformer à un rythme rapide en un pays de charrues et de batteuses, de moulins à vapeur et de métiers mécaniques. Et cette transformation complète de la technique a pu être observée dans toutes les branches de l’économie nationale, sans exception, soumises à la production capitaliste.

    De par la nature même du capitalisme, ce processus de transformation comporte inévitablement toute une série d’inégalités et de disproportions : les périodes de prospérité sont suivies par des périodes de crise, le développement d’une branche industrielle aboutit à la décadence d’une autre, les progrès de l’agriculture touchent des aspects de l’économie rurale qui varient selon les régions, le développement du commerce et l’industrie devance celui de l’agriculture, etc. Bon nombre des erreurs commises par les écrivains populistes viennent de ce que ces auteurs tentent de prouver que ce développement disproportionné, aléatoire, par bonds, n’est pas un développement.

    Une autre particularité du développement capitaliste des forces productives sociales, c’est que, comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises, aussi bien pour l’agriculture que pour l’industrie, l’accroissement des moyens de production (de la consommation productive) est bien supérieur à celui de a consommation personnelle. Cette particularité est due aux lois générales qui régissent la réalisation du produit en société capitaliste et correspond en tous points à la nature antagonique de cette société.

    Quant à la socialisation du travail provoquée par le capitalisme, elle se manifeste dans les processus suivants :

    Premièrement, le développement de la production marchande met fin au morcellement propre à l’économie naturelle des petites unités économiques et rassemble les petits marchés locaux en un grand marché national (puis mondial). La production pour soi se transforme en production pour toute la société, et plus le capitalisme est développée, plus la contradiction entre le caractère collectif de la production et le caractère individuel de l’appropriation se renforce.

    Deuxièmement, le capitalisme remplace l’ancien morcellement de la production par une concentration sans précédent et ce aussi bien dans l’agriculture que dans l’industrie. C’est là la manifestation la plus spectaculaire et la plus évidente de cette particularité du capitalisme, mais ce n’est nullement la seule.

    Troisièmement, le capitalisme élimine les formes de dépendance personnelle inhérentes aux anciens systèmes économiques. À cet égard, son caractère progressiste ressort tout particulièrement en Russie où la dépendance personnelle du producteur existait non seulement dans l’agriculture (où elle continue à subsister partiellement), mais également dans l’industrie de transformation (les «fabriques» basées sur le travail servile), dans l’industrie minière, dans les pêcheries, etc. Par rapport au travail du paysan dépendant ou asservi, il va de soi que pour toutes les branches de l’économie nationale le travail du salarié libre constitue un phénomène progressiste.

    Quatrièmement, le capitalisme entraîne inévitablement une mobilité de la population dont les régimes économiques antérieurs n’avaient pas besoin et qui, sous ces régimes, ne pouvait pas exister sur une échelle un tant soit peu importante.

    Cinquièmement, le capitalisme provoque une diminution constante de la part de la population qui travaille dans l’agriculture (où ce sont toujours les formes les plus retardataires de rapports économiques et sociaux qui prédominent) et un accroissement du nombre des grands centres industriels.

    Sixièmement, la société capitaliste accroît le besoin d’unions et d’associations de la population et donne à ces associations un caractère particulier qui les différencie de celles de l’ancien temps. Tout en détruisant les étroites unions corporatives locales de la société moyenâgeuse, et en créant une concurrence acharnée, le capitalisme scinde l’ensemble de la société en vastes groupes de personnes qui se différencient par la position qu’elles occupent dans la production, et donne une vigoureuse impulsion à la constitution d’associations au sein de chacun de ces groupes.

    Septièmement, toutes les transformations de l’ancien régime économique provoquées par le capitalisme que nous venons de signaler entraînent inévitablement une transformation morale de la population. Le caractère saccadé du développement économique, la transformation rapide des modes de production, l’énorme concentration de celle-ci, la disparition de toutes les formes de dépendance personnelle et des rapports patriarcaux, la mobilité de la population, l’influence des grands centres industriels, etc., tout cela ne peut que modifier de façon profonde le caractère même des producteurs et nous avons déjà eu l’occasion de signaler les observations des enquêteurs russes dans ce sens. »

    (Lénine, Le développement du capitalisme en Russie, 1898).

    On ne peut pas nier que par rapport à l’organisation économique de l’Ancien Régime, le capitalisme a augmenté de manière incommensurable la production de richesse matérielle. Rien que pour cela, un retour à des pratiques antérieures n’est ni possible ni souhaitable. Après, Lénine considère aussi comme positif que le capitalisme détruise les solidarités locales ; c’est à mon avis plus discutable mais on sort du sujet.

    -- d’un point de vue institutionnel, la Révolution a aussi été un progrès. A mon avis, si on doit citer les trois points décisifs introduits dans ce domaine ce serait :

    . L’idée de Constitution. Que les pouvoirs sont soumis à un texte plus haut qu’eux est remarquable. Il y avait bien des « Lois du Royaume » auparavant, le roi ne pouvait pas non plus faire n’importe quoi, mais globalement, il n’avait de compte à rendre qu’à Dieu.

    . La fin des privilèges de droit sur une base héréditaire.

    . Le suffrage universel, introduisant l’idée que tous les hommes sont au départ égaux dans la production du droit (idée qui aurait semblé à tous saugrenue dans les siècles antérieurs).

    Aussi on ne peut pas dire qu’il ne s’est rien passé en 1789, qu’on n’a fait que changer de despotisme. Il vaut mieux toujours le souligner.

    2) 30:14. Sur le contrôle des représentants.

    Même si je comprends un peu mieux ce que tu veux dire, j’ai toujours un peu de mal avec l’idée du contrôle des représentants. Certes tu mentionnes bien que l’institution du choix des représentants et l’institution de leur contrôle sont deux mesures distinctes. Les deux ne vont pas forcément ensemble : on peut imaginer des élus contrôlés ou des tirés au sort non contrôlés. Le lien n’est pas automatique mais l’élection s’associe à la confiance donc incite à ne pas contrôler, alors que le tirage au sort incites à la défiance et donc à ajouter une institution complémentaire de contrôle.
    Mais tu évoques que la possibilité de tempérer les tirés au sort qui seraient nuisibles se ferait par un contrôle. Mais non : cette neutralisation des nuisibles se fait par effet statistique : les usages du tirage au sort le préconisent pour des sélections de groupes, par pour désigner des individus. Et c’est par le fait qu’il ne peut jamais y avoir une majorité de nuisibles que l’on peut faire confiance au groupe. Il ne peut pas y avoir à mon sens des intervenants extérieurs qui viennent juger tel individu du groupe tiré au sort pour lui dire : « Toi tu est mauvais, donc tu sors de là » ou pour le sanctionner. Pour moi, il y a une contradiction entre contrôle et tirage au sort.

    Mais bon, c’est peut-être ce que tu penses aussi. Mais alors il faut préciser que l’association « Elus-Confiance » et « Tirés au Sort – Défiance » est un biais cognitif dont il faut se défaire (et dont sans doute on se défera à l’usage). C’est d’ailleurs cohérent avec l’hypothèse institutionnelle de panels citoyens qui contrôleraient le travail législatif de députés élus : on fait ici confiance aux tirés au sort, et on se défie des élus.

    Toutes ces histoires de contrôle restent une pierre d’achoppement dans ma réflexion. A mon avis cela vient du fait que :

    -- je vois bien que la situation actuelle où partout les experts ont le contrôle sur les ignorants est fondamentalement vicieuse

    -- d’un autre côté, personnellement, dans les domaines où je suis expert, il n’y a rien pour moi de plus insupportable que d’avoir un profane qui vienne m’expliquer ce que je dois faire et comment (type « Commissaire du Peuple »)

    -- mais en même temps, il n’est pas possible qu’il n’y ait de contrôle de personne sur personne

    Ce domaine des contrôles reste pour moi encore encore à creuser. Affaire à suivre donc.

    3) 34:30 Sur les catégories droite-gauche/ Adolphe Thiers, homme de gauche.

    Il y a depuis quelque temps un discours qui tend à se développer, c’est qu’originellement, le socialisme n’est pas de gauche. Cela vient sans doute des travaux de Michea. Il est expliqué qu’au XIXè siècle, la droite étaient les conservateurs, et la gauche les libéraux (On retrouve d’ailleurs toujours cette distinctions aux USA où Liberal est synonyme de gauche). Les socialistes ne se reconnaissaient pas dans ce clivage et ne se considéraient pas de gauche (d’ailleurs, dans la plupart des pays, ils n’avaient pas accès au Parlement). Ce n’est qu’au XXè siècle que socialistes et libéraux ont progressivement fusionnés (« Radicaux-Socialistes » et autres en France). Ainsi, pour l’époque, Thiers était bien de gauche. Là aussi tu croiseras peut-être des gens sur cette position.

    Un passage de Michea sur le sujet :

    Je ne sais pas trop pourquoi cette idée se développe actuellement. Il y a peut-être dans le courant socialiste une volonté de recréer une ségrégation nette d’avec les Libéraux.

    4) 37:32 Sur l’association à l’extrême-droite.

    Tu expliques que tu es rapproché du fascisme par ta critique du parlementarisme. C’est exact. Mais je crois que ce n’est pas là le principal. Le rapprochement le plus gênant pour le capitalisme est la convergence des démocrates et de la droite nationale pour une réaffirmation de la souveraineté nationale. Comme le fasciste, le démocrate est attaché au concept de nation. Mais parce que la nation est un niveau bien plus accessible pour que la démocratie puisse s’exercer que le niveau supranational. Les libéraux se rejoignent avec les « antifa » sur l’idée de détruire cette souveraineté nationale. Alors, bien entendu, fasciste et démocrate divergent ensuite : le fasciste veut donner la totalité des pouvoirs à l’Etat-nation central, émanation de l’esprit du peuple. Alors que le démocrate est « subsidiariste » : s’il privilégie le niveau national sur le niveau supranational, il privilégie aussi le niveau communal et local sur le niveau national, car la démocratie est plus apte à s’exercer à un plus petit niveau qu’à un plus grand.

    À propos de ce sujet, juste pour terminer par un extrait pour ceux qui croiraient encore que la critique de la représentation a été inventée avant-hier, non, le passage suivant n’a pas été écrit par un citoyen constituant sur son blog 🙂  :

    « Les révolutions du XVIIè et XVIIIè siècle ont tenté de résoudre ce conflit [de l’individu et de l’Etat], qui est à la base de toute organisation sociale publique, en présentant le pouvoir comme une émanation de la libre volonté du peuple. C’est une fiction et une illusion de plus. D’abord le peuple n’a jamais été défini. En tant qu’entité politique, c’est une entité purement abstraite. Où commence-t-il, où finit-il ? Nul ne le sait. Le qualificatif de souverain, appliqué au peuple, est une tragique plaisanterie. Tout au plus le peuple délègue-t-il, mais jamais il ne peut exercer une souveraineté quelconque. Les systèmes représentatifs appartiennent plus à la mécanique qu’à la morale. Même dans les pays où ces mécanismes, après des siècles et des siècles, sont arrivés au plus haut usage, il est des heures solennelles où l’on ne demande plus rien au peuple parce que sa réponse serait fatale : on lui arrache les couronnes de carton de la souveraineté – bonnes pour les temps normaux – et on lui ordonne, sans plus, d’accepter une Révolution, d’accepter une paix, de marcher vers tout l’inconnu d’une guerre. Au peuple il ne reste plus alors qu’un monosyllabe pour confirmer et obéir.

    Vous voyez que la souveraineté gracieusement accordée au peuple lui est soustraite dans les moments mêmes où il pourrait en sentir le besoin. Elle lui est laissée seulement quand elle est inoffensive ou réputée telle, c’est-à-dire les moments d’administration ordinaire. Imaginez-vous une guerre proclamée par referendum ? Le referendum est parfait lorsqu’il s’agit de choisir l’endroit le plus indiqué pour que l’on y place la fontaine du village ; mais quand les intérêts suprêmes d’un peuple sont en jeu, les gouvernements ultradémocratiques comme les autres se gardent bien de les remettre au jugement du peuple. Dans ces régimes mêmes qui nous ont été confectionnés par l’Encyclopédie – laquelle péchait, à travers Rousseau, par un excès incommensurable d’optimisme – le conflit subsiste donc, immanent, entre la force organisée de l’État et l’éparpillement des individus et des groupes. Des régimes exclusivement fondés sur le consentement populaire n’ont jamais existé, n’existent pas, et n’existeront probablement jamais »

    (B. Mussolini, Préface au Prince de Machiavel, traduction Pinelli, 1929)

  6. -Vivons-nous en démocratie ?-

    Francis Dupuis-Déri défend la thèse de son livre La peur du peuple (Lux, 2016) face aux professeurs de l’UQAM Dominique Leydet (philosophie) et Joseph-Yvon Thériaut (sociologie)

    …intéressant pour comprendre quelles sont les critiques venant des défenseurs de la « démocratie représentative » ou « démocratie moderne ».

    • Merci pour le lien. L’algorithme Youtube ne me l’avait pas suggéré (question de pays probablement). C’est bien de voir que ces débats commence à être discutés sérieusement. Mais bon, les défenseurs de la représentation ne sont pas encore au niveau (« La démocratie directe mène au totalitarisme » … Pff … pathétique). En fait, les pro-démocratie se sont rendu compte qu’il leur a toujours été inculqué que « démocratie = élections », et que cela leur a toujours été présenté comme allant de soi. Mais il faut se dire que du côté de l’élite, il n’y a pas une volonté consciente de manipuler les gouvernés. Le gouvernement représentatif semble aussi « aller de soi » pour les gouvernants. Aussi, lorsqu’il est attaqué -- d’abord la critique est ridiculisée -- il faut un certain temps pour formuler verbalement et argumenter en faveur d’un régime longtemps incontesté.

      • Cher Ronald, quand tu écris « mais il faut se dire que du côté de l’élite, il n’y a pas une volonté consciente de manipuler les gouvernés », tu te places du côté des pro-représentation ?

        • Clairement, la personne qui intervient dans le débat ici (Joseph-Yvon Thériault) est sincère, dit ce qu’elle croit vrai et pense agir pour le bien. Globalement, les quelques petits oligarques que j’ai pu rencontrer m’ont paru l’être tout autant (ce qui ne m’empêche pas de les injurier). J’imagine que cela doit donc être général. Quoique j’ai aussi rencontré quelques personnes qui se réjouissaient quand elles pouvaient consciemment rouler des naïfs, mais c’est vraiment rare.

          • Certes les oligarques ne sont pas tous mauvais par essence comme dit Étienne, mais tout de même, le résultat est là. Il faut aussi se souvenir de ce rapport de l’OCDE que j’avais posté ici même et qui exposait très ouvertement les commandements de mise à l’austérité du peuple sans provoquer la grogne de celui-ci. Ce genre de lecture et d’état d’esprit doit être légion chez nombre d’oligarques, du moins chez ceux qui ont le plus de pouvoir.

  7. Venezuela : « Depuis 18 ans, nous sommes en train de montrer au monde qu’un autre modèle est possible »


    https://www.legrandsoir.info/venezuela-depuis-18-ans-nous-sommes-en-train-de-montrer-au-monde-qu-un-autre-modele-est-possible.html

    Merci au site Le Grand Soir.

    • https://venezuelainfos.wordpress.com/
      11 décembre 2017
      …/… Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral »…/…

  8. Qui est l’homme de l’année 2017 ?

    L’homme de l’année 2017, c’est … le réchauffement climatique.

    Jeudi 7 décembre 2017 :

    La Californie de nouveau face à des flammes dévastatrices.

    L’incendie Thomas touche depuis lundi le nord de Los Angeles. Il a fait un mort. Le gouverneur a déclaré l’état d’urgence dans le comté de Ventura, en proie aux flammes

    L’année 2017 a été la plus mortelle en Californie à cause d’incendies. Plus de 40 personnes sont mortes en octobre dans plus d’une dizaine de feux qui ont ravagé une partie du nord viticole et ont rasé plus de 10 000 bâtiments.

    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/en-images-la-californie-de-nouveau-face-a-des-flammes-devastatrices_1966623.html

    Le réchauffement climatique devrait être plus fort que prévu.

    La hausse de la température moyenne de la planète pourrait se situer 15% au-dessus de la projection la plus pessimiste attendue pour 2100.

    Encore une mauvaise nouvelle pour le climat. En tenant compte des dernières mesures sur Terre et dans l’atmosphère, la hausse moyenne de la température de la planète bleue devrait être plus importante que ce qui était attendu jusqu’à présent vers la fin du siècle, prévoit un article publié mercredi soir dans Nature.

    Les auteurs de la publication, deux chercheurs du département d’écologie globale de l’Institution pour la science de Carnegie à Stanford (États-Unis), tablent sur une hausse globale de la température moyenne de 4,8°C vers 2100 par rapport au début de l’ère industrielle soit un relèvement de 0,5°C, par rapport au scénario le plus sombre du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) qui projette pourtant une hausse de 4,3°C avec des émissions de gaz à effet de serre augmentant à un rythme élevé et provoquant ainsi un important «forçage radiatif» (une hausse accrue de l’effet de serre).

    De plus, la marge d’erreur serait réduite, toujours par rapport aux scénarios du Giec, car certains modèles mathématiques (qui ne sont pas adaptés aux observations) ont été éliminés. Elle serait de 0,4°C autour de la hausse attendue de la température, au lieu de 0,7°C qui avait été calculé jusqu’à présent.

    En 2100, ou peut-être dès 2081, la hausse moyenne de la température serait donc comprise entre 4,4°C et 5,2°C.

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2017/12/06/01008-20171206ARTFIG00282-le-rechauffement-climatique-devrait-etre-plus-fort-que-prevu.php

  9. Étienne, il est impossible de commander ton livre pour les personnes situées hors de France, ce qui est mon cas.

    J’ai écrit au site mais AUCUNE réponse.

    Il y a donc un problème…

    D’ailleurs, sur la page de commande, tu verras que le pays n’est pas modifiable. C’est France et c’est tout.

    Amitiés.

  10. [TV suisse] Regardez l’UE -- Les Grecs se Cachent pour Survivre

    À faire voir à ceux qui défendent encore la prétendue « Union européenne »

  11. Les Etats-Unis forment les vassaux qui serviront les intérêts des Etats-Unis : ces vassaux sont appelés les « Young Leaders ».

    La liste des vassaux des Etats-Unis est publiée par la « French American Foundation » : elle est à l’adresse ci-dessous.

    Un vassal des Etats-Unis peut être recruté dans les partis politiques de droite, mais il peut aussi être recruté à gauche.

    -- Quand on regarde la liste des Young Leaders de l’année 1981, on trouve Alain Juppé, et deux futurs ministres de la Défense : François Léotard, qui était de droite, et Alain Richard, qui était au Parti Socialiste.

    -- Quand on regarde la liste des Young Leaders de l’année 1996, on trouve Pierre Moscovici et François Hollande. Ils étaient au Parti Socialiste.

    -- Quand on regarde la liste des Young Leaders de l’année 2006, on trouve Laurent Wauquiez (le futur chef de la droite) et Najat Belkacem (la future chef du Parti Socialiste).

    -- Quand on regarde la liste des Young Leaders de l’année 2012, on trouve Emmanuel Macron.

    Conclusion :

    Depuis 40 ans, de gauche comme de droite, les dirigeants politiques français sont les caniches des Etats-Unis.

    La liste des caniches :

    https://frenchamerican.org/young-leaders/earlier-classes/

  12. LA VILE MAXIME :

    « Tout pour nous et rien pour les autres, voilà la vile maxime qui paraît avoir été dans tous les âges, celle des maîtres de l’espèce humaine. »

    Adam Smith
    (Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre 2, 1776)

    Cité par Noam Chomsky dans son dernier petit livre (une nouvelle perle) : « requiem pour le rêve américain » :


    https://editions.flammarion.com/Catalogue/climats/essais/requiem-pour-le-reve-americain

  13. Que les archives peuvent être cruelles quand même…

    Ainsi, en faisant des recherches sur le livre que tu évoques, Etienne, je tombe (les méandres d’internet…) sur la réponse que t’avait adressée Bastien François, un proche de Montebourg, au moment du TCE.

    Rétrospectivement, y’a quand même des perles :

    Sur le fait que la constitution ne garantit pas la séparation des pouvoirs, réponse de B. François:

    « Au contraire de tout ce qui est dit par M. Chouard, la Constitution européenne jette les bases d’une Europe réellement démocratique, offrant au citoyen non seulement une lisibilité politique plus grande, mais aussi les plus hauts standards au monde contre toute forme d’arbitraire. »

    Celle-là, elle est belle.

    Suit une succession d’affirmations qui, quand on connaît la suite de l’histoire, laissent pantois: tant de naïveté chez un seul homme!

    Et cette conclusion, immémoriale à sa manière:

    « C’est bien parce que je suis persuadé que cette Constitution peut enfin permettre de sortir l’Europe de l’ornière économique dans laquelle elle s’est embourbée pour créer enfin une vraie démocratie continentale que j’appelle à voter « oui » ; c’est bien parce que l’Europe reconnaît enfin une place aux droits sociaux et aux services publics qu’il faut valider ce traité. Sans cette constitution, l’avenir est connu : l’Europe sera pour longtemps un simple espace de libre-échange où règneront en maître les multinationales et les lobbies économiques, sans que le politique, sans que les citoyens, aient leur mot à dire. »

    C’est ici: https://web.archive.org/web/20071026004623/http://www.place-publique.fr/imprimersans.php3?id_article=1649

  14. À l’époque, en 2005, mon site n’était pas (encore) un blog : personne ne pouvait y laisser directement des commentaires.

    J’avais donc proposé à mes lecteurs (incroyablement nombreux et actifs) un mode opératoire indirect, qui a très bien fonctionné pendant des mois : les gens m’écrivaient par mail, je regroupais leurs objections, je triais leurs suggestions et nouvelles, et je publiais (assez souvent) mes réponses et signalements sur cette page « Échanges remarquables » :


    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Echanges.htm

    Tout ça était présenté dans l’ordre chronologique décroissant (les plus récents en tête) pour permettre aux lecteurs de lire directement en tête les nouvelles du jour en arrivant sur la page.

    J’ai cessé de mettre à jour cette page après le référendum du 29 mai 2005.
    Et j’ai créé le blog, le forum et le wiki en janvier 2006.

    Nostalgie intense 🙂

  15. Comment Israël a fait de la Palestine la plus grande prison du monde (Middle East Eye)

    Ilan PAPPÉ


    Un manifestant palestinien tente de détruire le mur séparant la ville d’Abu Dis de Jérusalem-Est en novembre 2015 (AFP)

    Un ouvrage historique sur l’occupation israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza décrit les techniques militaires utilisées pour contrôler la vie des Palestiniens.

    La guerre des Six jours de 1967 entre Israël et les armées arabes a entraîné l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

    Israël a fait passer cette guerre pour une guerre fortuite. Mais de nouveaux documents historiques et minutes d’archives montrent qu’Israël l’avait, au contraire, bien préparée.

    En 1963, des personnalités de l’armée, des autorités judiciaires et civiles israéliennes ont participé à l’Université hébraïque de Jérusalem à l’étude d’un plan global de gestion des territoires qu’Israël allait occuper quatre ans plus tard et du million et demi de Palestiniens qui y vivaient.

    Ces recherches étaient motivées par l’échec d’Israël dans le traitement des Palestiniens de Gaza pendant sa courte occupation à l’occasion de la crise de Suez en 1956.

    En mai 1967, quelques semaines avant la guerre, les gouverneurs militaires israéliens ont reçu des instructions légales et militaires sur la façon de contrôler les villes et villages palestiniens pour continuer à transformer la Cisjordanie et la bande de Gaza en de gigantesques prisons sous contrôle et surveillance militaires.

    Les colonies, les points de contrôle et les punitions collectives faisaient partie de ce plan, comme le montre l’historien israélien Ilan Pappé dans La plus grande prison sur terre : Une histoire des territoires occupés, une étude circonstanciée de l’occupation israélienne.

    Publié à l’occasion du 50ème anniversaire de la guerre de 1967, le livre a été présélectionné pour le Palestine Book Awards 2017, un prix qui sera décerné par Middle East Monitor à Londres le 24 novembre. Middle East Eye a interrogé Pappé sur son livre et sur ce qu’il nous apprend.

    * * *

    Middle East Eye : Dans quelle mesure ce livre s’appuie-t-il sur votre livre précédent, Le nettoyage ethnique de la Palestine, qui portait sur la guerre de 1948 ?

    Ilan Pappé : Ce livre est évidemment la suite de mon livre précédent, Le nettoyage ethnique, qui décrivait les événements de 1948. Je vois tout le projet sioniste comme une structure, pas seulement comme un événement unique. Une structure de colonisation par laquelle un mouvement de colons colonise un pays. Tant que la colonisation n’est pas absolue et que la population indigène résiste à travers un mouvement de libération nationale, chaque période que j’étudie n’est qu’une phase de la même structure.

    La plus grande prison est un livre d’histoire, mais cette histoire n’est pas finie, nous sommes toujours dans le même chapitre historique. D’ailleurs, il y aura probablement un troisième livre sur les événements du 21ème siècle et la manière dont la même idéologie de nettoyage ethnique et de dépossession est mise en œuvre dans ce nouveau siècle et celle dont les Palestiniens s’y opposent.

    MEE : Vous parlez du nettoyage ethnique qui a eu lieu en juin 1967. Qu’est-il arrivé aux Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ? En quoi était-ce différent du nettoyage ethnique de la guerre de 1948 ?

    IP : En 1948, le projet était clairement d’expulser autant de Palestiniens que possible d’autant de Palestine que possible. Les colons croyaient pouvoir créer en Palestine un espace juif complètement débarrassé des Palestiniens. Ils ont presque atteint leur objectif, comme vous le savez. 80% des Palestiniens qui vivaient dans ce qui est devenu l’Etat d’Israël sont maintenant des réfugiés.

    Comme je le montre dans le livre, il y avait des décideurs politiques israéliens qui pensaient que nous pourrions refaire en 1967 ce que nous avions fait en 1948. Mais la grande majorité d’entre eux savait que la guerre de six jours de 1967 était trop courte. De plus il y avait déjà la télévision, et il y avait déjà les réfugiés de 1948.

    Donc, je pense que la stratégie choisie n’a pas été le nettoyage ethnique comme en 1948. Ils ont décidé de procéder à ce que j’appellerais un nettoyage ethnique progressif. Dans certains cas, ils ont expulsé des foules de gens comme à Jéricho, dans la vieille ville de Jérusalem et autour de Qalqilya. Mais, le plus souvent, ils ont enfermé les Palestiniens sur leur propre terre et sous la botte d’un strict régime militaire, dans l’idée qu’un siège serait aussi efficace que des expulsions.

    De 1967 à aujourd’hui, il y a un nettoyage ethnique très lent qui s’étend sur une période de 50 ans, si lent que, parfois, il peut ne toucher qu’une seule personne en une seule journée. Mais si on regarde l’ensemble de la situation de 1967 à aujourd’hui, on voit qu’il y a des centaines de milliers de Palestiniens qui ne sont pas autorisés à retourner en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza.

    MEE : Vous faites la différence entre deux techniques militaires utilisées par Israël : le modèle de prison ouverte en Cisjordanie et le modèle de prison à sécurité maximale dans la bande de Gaza. Comment définissez-vous ces deux modèles ? Les termes que vous employez sont-ils les termes militaires officiels ?

    IP : J’utilise ces termes comme des métaphores pour expliquer les deux formes de la colonisation qu’Israël fait subir aux Palestiniens dans les territoires occupés. J’insiste pour utiliser ces termes parce que je pense que la solution à deux États correspond en fait au modèle de la prison ouverte.

    Les Israéliens contrôlent les territoires occupés directement ou indirectement, et ils évitent d’aller dans les villes et villages palestiniens densément peuplés. Ils ont morcelé la bande de Gaza en 2005 et ils continuent de morceler la Cisjordanie. Il y a une Cisjordanie juive, et une Cisjordanie palestinienne qui n’a plus de cohérence territoriale.

    A Gaza, les Israéliens sont des gardiens de prison qui privent les Palestiniens de tout contact avec le monde extérieur mais qui n’interfèrent pas avec ce qu’ils font à l’intérieur.

    La Cisjordanie est une sorte prison à ciel ouvert pour petits délinquants qui ont le droit de sortir pour travailler à l’extérieur. Et même si à l’intérieur il n’y a pas de graves sévices, cela n’en reste pas moins une prison. Le président palestinien Mahmoud Abbas lui-même, s’il veut passer de la zone B à la zone C, doit demander aux Israéliens de lui ouvrir la barrière. Et c’est pour moi tout un symbole que le président ne puisse pas se déplacer sans que le geôlier israélien ouvre sa cage.

    Cet état de choses provoque, bien sûr, des réactions palestiniennes. Les Palestiniens ne sont pas passifs et ils n’acceptent pas la situation. Nous avons eu la première Intifada et la deuxième Intifada, et peut-être verrons-nous une troisième Intifada. Les Israéliens disent aux Palestiniens avec leur logique de gardiens de prison : si vous résistez, nous supprimerons tous vos privilèges, comme nous le faisons en prison. Vous ne pourrez pas travailler à l’extérieur. Vous ne pourrez pas vous déplacer librement et vous serez puni collectivement. Les gardiens de prison utilisent communément la punition collective comme représailles.

    MEE : La communauté internationale condamne du bout des lèvres la construction ou l’expansion des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Elle ne les considère pas comme une partie essentielle de la structure coloniale israélienne comme vous dans le livre. Comment les colonies israéliennes ont-elles commencé et leur fondement est-il rationnel ou religieux ?

    IP : Après 1967, il y avait deux cartes des colonies ou de la colonisation. Il y avait une carte stratégique conçue par la gauche en Israël. Et le père de cette carte était feu Yigal Allon, le principal stratège qui a travaillé avec Moshe Dayan en 1967 sur un plan de contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Leur objectif était stratégique, pas tellement idéologique, même si, dans leur esprit, la Cisjordanie appartenait à Israël.

    Ils ne voulaient pas que les Juifs s’installent dans les zones arabes densément peuplées. Ils disaient que nous devions nous installer là où les Palestiniens ne sont pas trop nombreux. C’est pourquoi, ils ont commencé avec la vallée du Jourdain parce que dans la vallée du Jourdain il y a de petits villages mais le peuplement n’est pas aussi dense que dans d’autres parties de Palestine.

    Mais ils ont rencontré un problème : au moment où ils dessinaient leur carte stratégique, un nouveau mouvement religieux messianique est né. Gush Emunim, ce mouvement religieux national juif, ne voulait pas s’inspirer de leur carte stratégique pour implanter des colonies. Ils voulaient suivre la carte biblique. Ils pensaient que dans la Bible on trouve le site exact des anciennes villes juives. Et selon la carte biblique, les Juifs devaient s’installer en plein milieu de Naplouse, Hébron et Bethléem, en plein milieu des plus importants lieux de vie palestiniens.

    Au début, le gouvernement israélien a essayé de contrôler ce mouvement biblique pour qu’ils s’implantent de façon plus stratégique. Mais selon des journalistes israéliens, Shimon Peres, qui était ministre de la défense au début des années 70, a décidé d’autoriser les colonies bibliques. Les Palestiniens de Cisjordanie ont eu à subir l’implantation de deux sortes de colonies, les stratégiques et les bibliques.

    La communauté internationale reconnaît que, selon le droit international, peu importe que ce soit une colonie stratégique ou biblique, elles sont toutes illégales.

    Malheureusement, la communauté internationale de 1967 a accepté l’argument israélien selon laquelle « les colonies sont illégales mais temporaires, une fois la paix assurée, nous veillerons à ce que tout soit légal, mais tant que la paix n’est pas là, nous avons besoin des colonies parce que nous sommes toujours en guerre avec les Palestiniens. »

    MEE : Vous dites que « occupation » n’est pas le terme juste pour décrire la réalité en Israël, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Et dans Sur la Palestine, un entretien avec Noam Chomsky, vous critiquez le terme « Processus de paix ». Pourquoi ces termes ne sont-ils pas les bons ?

    IP : Je pense que le choix des mots est très important. La façon dont vous définissez une situation peut affecter votre capacité à la changer.

    On a collé les mauvais mots sur la situation en Cisjordanie dans la bande de Gaza et à l’intérieur d’Israël. Le mot occupation implique normalement une situation temporaire.

    La solution à l’occupation est la fin de l’occupation, l’armée d’invasion retourne dans son pays, mais ce n’est pas la situation en Cisjordanie ni en Israël ni dans la bande de Gaza. Le terme qui la décrit le mieux, à mon avis, est celui de colonisation, même si ce terme semble anachronique au XXIe siècle. Oui, Israël colonise la Palestine. Il a commencé à la coloniser à la fin du XIXe siècle et la colonise encore aujourd’hui.

    Il y a un régime colonial qui implante des colonies et qui contrôle l’ensemble de la Palestine de différentes manières. Dans la bande de Gaza, il contrôle de l’extérieur. En Cisjordanie, le contrôle est différent selon les zones A, B et C. La politique est encore différente envers les Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés qu’Israël ne laisse pas rentrer chez eux. Ne pas laisser les personnes expulsées revenir sur leurs terres est une autre façon de perpétuer la colonisation. Tout est lié, tout fait partie de la même idéologie.

    Donc, je pense que les mots « processus de paix » et « occupation » donnent, quand on les met ensemble, l’impression fausse que la seule chose à faire pour avoir la paix entre Israël et la future Palestine, c’est de faire sortir l’armée israélienne de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

    Mais l’armée israélienne n’est pas dans la bande de Gaza ni dans la zone A. Elle est aussi très peu présente dans la zone B, où elle n’est pas nécessaire. Il n’y a pas pour autant de paix dans ces endroits-là. La situation y est même bien pire qu’avant les Accords d’Oslo de 1993.

    Le soi-disant processus de paix a permis à Israël de poursuivre sa colonisation, mais cette fois avec le soutien international. Je suggère donc de parler de décolonisation, pas de paix. Je suggère de discuter d’un changement de la législation qui régit la vie des Israéliens et des Palestiniens.

    Je pense qu’il faut parler d’un état d’apartheid. Il faut parler de nettoyage ethnique. Il faut trouver par quoi remplacer l’apartheid. Nous avons un bon modèle avec l’Afrique du Sud. Le seul moyen de remplacer l’apartheid est un système démocratique. Une personne, une voix, ou, au moins, un état bi-national. Je pense que c’est ce vocabulaire qu’il faut se mettre à utiliser, parce que si nous continuons à utiliser les anciens mots, nous continuerons à perdre notre temps et nos forces sans changer la réalité sur le terrain.

    MEE : Qu’est qui va advenir de la domination militaire israélienne sur les Palestiniens ? Va-t-il y avoir un mouvement de désobéissance civile comme celui de Jérusalem en juillet dernier ?

    IP : Je pense qu’il va y avoir de la désobéissance civile non seulement à Jérusalem mais dans toute la Palestine, et cela inclut les Palestiniens qui vivent en Israël. La société elle-même n’acceptera pas éternellement cette situation. Je ne sais pas quelle forme la désobéissance prendra. On ne sait ce qui peut arriver quand les autorités n’ont pas de stratégie claire et que les individus décident de mener leur propre guerre de libération.

    Ce qui a été vraiment impressionnant à Jérusalem, c’est que personne ne croyait qu’une résistance populaire réussirait à forcer les Israéliens à annuler les mesures de sécurité qu’ils avaient mises en place à Haram al-Sharif. Je pense que cela peut être un modèle pour la future résistance. Une résistance populaire ponctuelle, pas partout à la fois mais partout où il faut.

    La résistance populaire ne cesse jamais en Palestine, même si les médias n’en parlent pas. Les habitants manifestent contre le mur de l’apartheid, ils manifestent contre l’expropriation des terres, ils font des grèves de la faim parce qu’ils sont prisonniers politiques. Le petit peuple se bat obstinément. Les élites palestiniennes, elles, attendent de voir venir.

    Traduction : Dominique Muselet

    »» http://www.middleeasteye.net/news/interview-ilan-pappe-44144233

    Source : Le Grand Soir : https://www.legrandsoir.info/comment-israel-a-fait-de-la-palestine-la-plus-grande-prison-du-monde-middle-east-eye.html

  16. Eric Toussaint -- Faire autrement le métier de la banque

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *