Archives mensuelles : décembre 2017

[Précieuse compilation scientifique contre le néolibéralisme et les voleurs de pouvoirs] « L’ENTRAIDE, L’AUTRE LOI DE LA JUNGLE », plus importante que la compétition !

Chers amis,

Voici d’excellentes nouvelles regroupées en un seul livre, importantes et décisives : depuis quelques années, des scientifiques du monde entier sont en train de PROUVER que LA loi de la jungle, celle qui compte le plus, partout dans le monde vivant, y compris chez les hommes évidemment, la loi décisive qui permet de survivre, en fait, ce n’est pas la compétition, c’est l’entraide !

Depuis des années, je vous parle de Darwin et de Kropotkine (un prince russe devenu anarchiste qui a, lui aussi, écrit un livre passionnant intitulé L’Entraide), mais là, c’est tout un archipel de scientifiques très modernes qui apportent d’abord 1) un fondement scientifique solide à ce que prétendent les démocrates (les humains ne demandent qu’à s’entraider quand l’environnement s’y prête), et surtout 2) un argument majeur pour discréditer les couillonnades des prétendus « économistes » (qui nous voient tous comme des êtres égoïstes mus par leur seul intérêt, et qui nous imposent, sur ce fondement extravagant, des politiques publiques scandaleusement antisociales).

Je suis en train de dévorer un livre passionnant, intitulé L’entraide, l’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, et il me semble que tous les humains soucieux de justice et de paix devraient lire ce formidable travail de compilation scientifique, le crayon à la main. Ce livre nous offre une véritable armurerie intellectuelle, économique et politique, contre les néolibéraux et contre les voleurs de pouvoirs.

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-L_Entraide-9791020904409-1-1-0-1.html

Pour commencer, Pablo Servigne présente ici son précieux bouquin en quelques minutes :

Je reproduis aussi ci-dessous la préface et l’introduction, alléchantes :

Préface d’Alain Caillé :

Quel beau symbole, au fond ! Deux biologistes de formation demandent à un sociologue de préfacer leur excellent livre. Qui ne parle que très peu de sociologie, à moins qu’il ne parle que de ça. Tout dépend, évidemment, de ce qu’on entend par sociologie. Et aussi par biologie, et, au-delà, par science économique, philosophie, etc. On l’aura compris : en mettant au jour une « autre loi de la jungle », pas celle du struggle for life ou de la loi du plus fort, mais aussi ou plus puissante qu’elle, la loi de la coopération et de l’entraide, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle bousculent bien des frontières instituées entre les disciplines scientifiques — des frontières trop souvent hérissées de barricades et de barbelés. Et ils ouvrent la perspective de démarches de pensée généralistes et synthétiques qu’on avait trop tôt déclarées impossibles, voire indésirables. L’ambition est grande. Il ne s’agit de rien moins que de « comprendre la nature coopérative de l’être humain dans le sillage de celle des autres organismes vivants ». Sur ce sujet, écrivent nos auteurs, « pendant des années les résultats, les hypothèses et les théories de chaque discipline sont restés contradictoires. Aucun tableau global n’émergeait, il y avait trop de fossés entre les disciplines, et chacune travaillait en ignorant les autres. Ce n’est que très récemment que des progrès fulgurants ont permis de proposer une structure globale de cette « autre loi de la jungle » ». C’est de ces « progrès fulgurants » qu’ils nous font part.

Avant de tenter de préciser en quelques mots en quoi ces progrès nous importent, je voudrais souligner la fluidité et la maestria pédagogique avec lesquelles nos auteurs nous font entrer dans un univers infiniment complexe qu’ils rendent aisément accessible. Parmi bien d’autres exemples, on peut évoquer le passage où ils nous expliquent la formation d’un récif corallien à la manière d’une recette de cuisine (p. 260-261).

Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas particulièrement passionnés par les virus, bactéries, archées, cyanobactéries ou autres bactéries dinoflagellées, on pourrait résumer le tout par cette belle formule de Victor Hugo, placée en exergue du livre: « Rien n’est solitaire, tout est solidaire. » Des virus et des bactéries aux sociétés humaines les plus vastes et les plus complexes, L’Entraide — dont le titre est emprunté au prince anarchiste Kropotkine et lui rend hommage — décrit à toutes les échelles du vivant, indéfiniment emboîtées les unes dans les autres, tous les entrecroisements possibles de lutte et de rivalité, d’une part, de coopération, d’entraide et de réciprocité (directe, indirecte ou renforcée), de l’autre, que ce soit entre des organismes d’une même espèce ou d’espèces différentes. Selon que c’est la coopération ou la lutte qui prédomine, on obtient une des six formes de relation suivantes: symbiose (ou mutualisme), coexistence, commensalisme, amensalisme, prédation (parasitisme) ou compétition.

De cette vaste synthèse, la leçon essentielle qui se dégage, à l’inverse de tous les darwinismes primaires (que ne partageait nullement Darwin lui-même…), est que, en matière d’évolution, la clé du succès n’est pas la lutte pour la vie, mais bien plutôt l’entraide. Ou, pour le dire plus précisément, selon la formulation de deux biologistes théoriciens de l’évolution, David S. et Edward O. Wilson (eh oui ! Edward Wilson, l’inventeur de la sociobiologie, dont on constatera qu’il a radicalement inversé son propos initial, au grand dam de ses adeptes et disciples) : « L’égoïsme supplante l’altruisme au sein des groupes. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaire. » Ou encore : dans l’ordre du vivant, des sociétés bactériennes aux sociétés humaines, la coopération est hiérarchiquement supérieure à la compétition.

Cette découverte, ici minutieusement argumentée et documentée, constitue un apport essentiel, tant au plan théorique qu’éthique et politique — deux plans d’ailleurs toujours étroitement imbriqués. Où en sommes-nous, en effet ? En science sociale — en économie, bien sûr, mais aussi en sociologie et en philosophie morale et politique —, le dogme dominant depuis les années 1970-1980 est que, dans la vie sociale, tout — actions, normes, institutions, croyances, etc. — s’explique par le jeu des intérêts en conflit, conscient ou inconscient. C’est la même croyance qui a dominé en biologie, avec la sociobiologie première manière et avec la théorie du gène égoïste. C’est ce que j’appelle l’axiomatique de l’intérêt, ou encore l’utilitarisme1.

Cette croyance hégémonique est au cœur du néolibéralisme. Elle s’est établie avant même que ne commence à triompher à l’échelle planétaire un capitalisme rentier et spéculatif, et elle a permis son essor. L’un, en effet, ne va pas sans l’autre. Pour pouvoir affirmer que la seule forme de coordination efficace, et donc souhaitable, entre les humains est le Marché, il faut se convaincre et convaincre le plus grand nombre que nous ne sommes que des Homo œconomicus, « mutuellement indifférents », comme le disait par exemple le philosophe star de la fin du XXe siècle, John Rawls. Après, le pas est facile à franchir : si la seule chose qui nous anime est notre intérêt personnel, et si la forme première ou ultime de celui-ci est l’appât du gain monétaire, alors libre à chacun de chercher à s’enrichir par tous les moyens possibles, le plus rapidement possible. Plus aucune digue ne doit venir contenir l’expansion continue des marchés spéculatifs, fut-ce au risque de la montée inexorable de la corruption, voire de la criminalité.

Après les livres de Matthieu Ricard ou de Jacques Lecomte, qui avaient ouvert une première brèche, L’Entraide vient à point pour nous aider à déconstruire cette croyance hégémonique. Dans le champ des sciences sociales, nous étions un peu seuls, au MAUSS2, à nous y opposer depuis une trentaine d’années, et à plaider pour une science sociale généraliste qui ne reposerait pas sur l’axiomatique utilitariste de l’intérêt, mais prendrait au contraire comme point de départ la découverte de l’anthropologue Marcel Mauss dans son célèbre Essai sur le don (1924) : celle que, au cœur du rapport social, on trouve non pas le marché, le contrat ou le donnant-donnant, mais ce qu’il appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Ou, si l’on préfère, la loi de la réciprocité. Quelle avancée que de découvrir avec P. Servigne et G. Chapelle que, mutatis mutandis, cette loi ne concerne pas seulement le monde humain, mais l’ensemble du vivant ! Tout ce qu’ils nous exposent est parfaitement congruent avec le « paradigme du don » élaboré peu à peu dans le cadre de La Revue du MAUSS.

Il n’est pas difficile d’en déduire les implications éthiques et politiques. Rien n’est plus urgent désormais que de combattre la démesure, l’hubris, la soif de toute-puissance qu’alimente le néolibéralisme et qui conduit l’humanité à sa perte. Jusqu’ici, une des principales raisons de notre incapacité à sortir du néolibéralisme planétaire a été un certain déficit de ressources théoriques. Mais c’est aussi le manque d’une philosophie politique, largo sensu, qui nous permette d’aller au-delà des grandes idéologies de la modernité — libéralisme, socialisme, anarchisme ou communisme. C’est cette élaboration doctrinale qu’amorcent les auteurs mondialement connus qui se reconnaissent sous la bannière du convivialisme3. P. Servigne (qui compte parmi eux) et G. Chapelle y contribuent de manière décisive. Un bel exemple d’entraide.

Alain Caillé

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Notes de la préface :

  1. Qui constitue la matrice de l’économisme, c’est-à-dire de la croyance que seule l’économie importe. Depuis les années 2000, en science sociale, la mode a tourné à un déconstructionnisme généralisé. Il s’agit de montrer que toutes les normes ou institutions existantes ont été construites historiquement, qu’elles n’ont donc aucune naturalité, mais se révèlent au contraire arbitraires. D’où il est tentant de conclure qu’on pourrait, voire qu’on devrait, les déconstruire. Il ne serait pas difficile de prouver que cette posture théorique représente l’avatar ultime d’un économisme généralisé.
  2. Cf. www.revuedumauss.com et www.journaldumauss.net.
  3. Cf. www.lesconvivialistes.org. Le Manifeste convivialiste (consultable et téléchargeable sur le site), signé par soixante-quatre auteurs alternatifs et engagés, bientôt rejoints par des dizaines d’autres à travers le monde, a été publié en 2013 aux éditions Le Bord de l’eau. Il a été traduit, en abrégé ou in extenso, dans une bonne dizaine de langues (dont le japonais, le chinois, le turc ou l’hébreu). Son premier mérite est d’énoncer des valeurs communes, universalisables, sur lesquelles ont pu se mettre d’accord des intellectuels inscrits dans des horizons idéologiques très divers, allant de la gauche de gauche au centre-gauche, ou droit, voire un peu au-delà à droite quant aux sympathies. Convergence essentielle, car on ne sortira de l’hégémonie du néolibéralisme que grâce à un large consensus mondial. Une des thèses centrales du Manifeste (inspirée de Marcel Mauss) est que le problème politique premier est de permettre aux humains de « coopérer en s’opposant sans se massacrer ». En lisant Servigne et Chapelle, on découvre que c’est très exactement le problème auquel le vivant en général a trouvé une réponse.

INTRODUCTION

L’âge de l’entraide

Connaissez-vous cette histoire ? C’est un mythe des années 1980, mais on dit qu’il vient d’une époque bien plus lointaine. Il était une fois la vie, une arène impitoyable où des millions de gladiateurs se battaient et s’entretuaient. Pas de cadeaux, pas de quartier, pas de pitié. L’agressivité était devenue un atout essentiel, c’était une question de survie. Dans ce monde, l’intelligence — pardon, la ruse — servait à passer devant les autres, ou, mieux, à les enfoncer. Il fallait surveiller ses arrières. « Que le meilleur gagne ! » entendait-on à l’envi. Le grand mangeait le petit, le plus rapide mangeait le plus lent, le plus fort mangeait le plus faible. C’était comme ça depuis la nuit des temps, disaient les sages. Si vous ne faisiez pas partie des gagnants, c’était pas de chance. D’ailleurs, c’était sûrement un peu de votre faute… « Bon sang ! Relevez-vous, battez-vous ! Gagner ! Réussir ! Vous ne comprenez donc pas ? »

Ce mythe a la vie dure. On dit qu’il se raconte encore de nos jours, un peu partout dans le monde. Entre employés pour grimper dans la hiérarchie des organisations, ou entre ces dernières pour conquérir des parts de marché. On raconte que, au plus haut niveau de l’État, c’est l’obsession de la compétitivité, ou la bataille pour la conquête du pouvoir. Ailleurs, c’est la lutte entre les équipes de foot, les candidats aux grandes écoles, les demandeurs d’emploi…

Bien entendu, ce ne sont pas de vraies guerres ; elles sont simulées, cathartiques, parfois théâtrales. Il paraît qu’elles canalisent les pulsions humaines pour nous empêcher de sombrer. Mais empêchent-elles les vrais affrontements, délits, crimes, conflits armés, guerres des classes, guerres des peuples ou guerres contre le vivant ?

La loi de la jungle

Si vous observez les êtres vivants (les « autres qu’humains ») à travers ce filtre, celui de la compétition, le tableau vous sautera aux yeux : le lion mange l’antilope, les chimpanzés s’entretuent, les jeunes arbres jouent des coudes pour l’accès à la lumière, les champignons et les microbes ne se font pas de cadeaux. Le mythe se déploie à la lumière de cet univers impitoyable. L’état de nature est synonyme de chaos, de lutte, de pillage et de violence. C’est la loi de la jungle, la « loi du plus fort », la « guerre de tous contre tous », selon l’expression d’un des pères du libéralisme, le philosophe Thomas Hobbes.

Les mythes donnent une couleur au monde. Et une idée répétée mille fois finit par devenir vraie. Faites l’expérience autour de vous : dites que l’être humain est naturellement altruiste, et l’on vous prendra probablement pour un naïf ou un idéaliste. Dites qu’il est naturellement égoïste, et vous aurez les faveurs des « réalistes ».

Depuis le siècle dernier, la culture occidentale, moderne et utilitariste, est effectivement devenue hypertrophiée en compétition, délaissant sa partie généreuse, altruiste et bienveillante, passablement atrophiée. L’entraide ? Mais qui y croit encore ? Parfois elle resurgit miraculeusement, à la faveur d’un fait divers exceptionnel relaté au 20 Heures ou dans une vidéo animalière sur Internet visionnée des millions de fois. Fascinant !

Soyons sincère : qui n’a jamais ressenti cette profonde joie d’aider un proche ou de se voir tendre la main ? Et que se passe-t-il quand une région est sinistrée par une inondation ? Y a-t-il plus de pillages que d’actes de solidarité ? À l’évidence, non ! Les voisins se serrent les coudes, d’autres accourent des alentours et prennent des risques insensés pour sauver ceux qui doivent l’être. Des inconnus, à des centaines ou des milliers de kilomètres de là, s’organisent et envoient de l’argent. Plus largement, la sécurité sociale, la redistribution des richesses, l’aide humanitaire, l’école ou encore les coopératives ne sont-elles pas d’incroyables institutions d’entraide ? Pourquoi cela nous est-il devenu si invisible ?

Un examen attentif de l’éventail du vivant — des bactéries aux sociétés humaines en passant par les plantes et les animaux — révèle que l’entraide est non seulement partout, mais présente depuis la nuit des temps. C’est simple : tous les êtres vivants sont impliqués dans des relations d’entraide. Tous. L’entraide n’est pas un simple fait divers, c’est un principe du vivant. C’est même un mécanisme de l’évolution du vivant : les organismes qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts, ce sont ceux qui arrivent à coopérer.

En réalité, dans la jungle, il règne un parfum d’entraide que nous ne percevons plus. Ce livre sera une tentative de grande et profonde inspiration.

Hémiplégiques à en mourir

L’agressivité et la compétition existent dans le monde vivant: il ne s’agit pas de le nier. C’est par exemple la compétition qui permet d’éviter que des bactéries pathogènes n’envahissent l’écosystème microbien de notre bouche. Elle aussi qui permet aux félins de conserver leur territoire, ou encore à certains humains de stimuler leur goût de l’effort, voire leur esprit d’équipe. Le sport tel que nous le pratiquons est une façon ritualisée de canaliser la compétition. Cette dernière nous force à nous dépasser, et, pour certains, à « donner le meilleur d’eux-mêmes ».

Mais la compétition a aussi de sérieux inconvénients. Elle est épuisante. La plupart des animaux et des plantes l’ont bien compris : ils la minimisent et évitent au maximum les comportements d’agression, car ils ont trop à perdre. C’est trop risqué, trop fatigant. Pour un individu bien équipé, bien entraîné et psychologiquement au meilleur de sa forme, la compétition est un défi qui permet de progresser grâce à un effort puissant (et le plus court possible). Mais, pour les autres, ceux qui ne sont pas prêts, ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas entrer dans l’arène, ou ceux qui y sont depuis trop longtemps, cet effort est une source infinie de stress.

De plus, la compétition sépare ; elle fait ressortir les différences. Les compétiteurs focalisent leur attention sur ce petit « delta », ce petit quelque chose qui les différencie de leurs concurrents et qu’il faut garder secret, car il leur permettra de gagner la course. Ne dit-on pas : « J’ai fait la différence » ? La compétition ne favorise pas le lien, elle pousse à tricher, détourne du bien commun. En effet, pourquoi investir dans le commun si cela peut favoriser les concurrents ?

Au fond, qu’est-ce que « gagner » ? Se retrouver sur la première marche du podium… dramatiquement seul ? Attirer le regard des autres par des passions tristes comme l’envie, la jalousie ou même le ressentiment ? Contribuer à créer une planète qui compte 99 % de « perdants » ?

En poussant le culte de la compétition à son extrême, et en l’institutionnalisant, notre société n’a pas seulement engendré un monde violent, elle a surtout ôté une grande partie de son sens à la vie. La compétition sans limite est une invitation — voire une obligation — à une course à l’infini. Le délitement des liens entre humains et des liens avec le vivant a créé un grand vide, un immense besoin de consolation, que nous tentons de combler en permanence par l’accumulation frénétique d’objets, de trophées, de conquêtes sexuelles, de drogues ou de nourriture. La démesure, que les Grecs appelaient l’hubris, devient alors la seule manière d’être au monde.

Compétition, expansion infinie et déconnexion du monde vivant sont trois mythes fondateurs de notre société depuis déjà plusieurs siècles. Leur mécanique s’est révélée extrêmement toxique : de la même manière qu’une cellule en expansion perpétuelle finit par détruire l’organisme dont elle fait partie, un organisme qui détruit l’environnement dans lequel il vit et empoisonne ses voisins finit par mourir seul dans un désert.

Nous avons malheureusement dépassé l’étape du simple avertissement. C’est là notre réalité. Notre rapport au monde a provoqué des basculements irréversibles : certains systèmes naturels qui constituent la biosphère ont été gravement déstabilisés, au point de menacer sérieusement les conditions de survie de nombreuses espèces sur terre, y compris la nôtre. Et c’est sans compter sur la fin imminente de l’ère des énergies fossiles, l’épuisement des ressources minérales, les pollutions généralisées, l’extrême fragilité de notre système économique et financier ou la croissance des inégalités entre pays et du nombre de réfugiés. Nous avons là une situation qui ressemble à un immense jeu de dominos instable, c’est-à-dire aux prémices d’un effondrement de civilisation1.

Le bilan des possibles formes que pourrait prendre cet enchaînement de catastrophes est appelé la collapsologie2 une discipline qui, au-delà de sa fonction d’information, permet de mettre en lien différents milieux et différentes sensibilités : écologistes, survivalistes, universitaires, militaires, ingénieurs, paysans, activistes, artistes, politiciens, etc. Au cours de nos rencontres avec tous ces acteurs préoccupés par la situation, nous avons été frappés de constater à quel point la question de l’entraide était récurrente et urgente. Fréquentes étaient les questions et les réactions telles que: «Comment faire pour que tout cela ne dégénère pas?», «Nous allons tout droit vers un scénario à la Mad Max,.. Il faudrait faire ressortir le meilleur de l’être humain pour l’éviter! », « Nous sommes égoïstes, les gens vont s’entretuer ! »

Si le climat économique, politique et social se dégrade rapidement, notre imaginaire, lui, gavé de cette monoculture de la compétition, produira toujours la même histoire: la guerre de tous contre tous et l’agressivité préventive. Par une prophétie auto-réalisatrice, les « croyants » se prépareront à la violence dans un climat de peur et créeront les conditions parfaites pour que naissent de vraies tensions. Alors qu’un autre scénario, celui de la coopération, pourrait tout aussi bien émerger… si tant est que nous l’incluions dans le champ des possibles !

Ce livre est né de l’idée d’explorer les conditions d’émergence des comportements d’entraide. À l’étincelle de départ — une curiosité scientifique qui date de plus de dix ans — s’est récemment ajouté un élan pour contacter une autre mythologie, enrichir un autre imaginaire, raconter de belles histoires bien enracinées dans révolution du vivant, avec le souci de minimiser les dégâts de cette spirale d’autodestruction et de violence, et, pourquoi pas, de contribuer à favoriser une spirale vertueuse.

L’émergence d’une autre loi de la jungle

Nous ne sommes ni les seuls ni les premiers à penser l’entraide. Ces dernières années, les articles scientifiques sur ce sujet se sont enchaînés à un rythme effréné. Mais ils restent malheureusement relativement inaccessibles au grand public et rares dans les cursus scolaires. Il en va de même pour la longue filiation intellectuelle philosophique et religieuse qui remonte à l’Antiquité et prend une dimension véritablement scientifique au XIXe siècle sous la plume, entre autres, du naturaliste Charles Darwin, du sociologue Alfred Victor Espinas, du géographe Pierre Kropotkine ou encore de l’anthropologue Marcel Mauss.

Qu’on ne s’y trompe pas: les héritiers de ces idées « naïves » sont nombreux. On pense au mouvement du MAUSS3, lancé en 1981 par Alain Caillé et qui aujourd’hui regroupe un grand panel d’intellectuels sous la bannière (très stimulante !) du convivialisme4. On pense aussi au tour d’horizon naturaliste de Jean-Marie Pelt (La Solidarité chez les plantes, les animaux, les humains, 2004), ainsi qu’aux monumentales synthèses de Jacques Lecomte (La Bonté humaine, 2012), de Matthieu Ricard (Plaidoyer pour l’altruisme, 2013) et de Pierre Dardot et Christian Laval (Communs, 2014). Philosophes, managers, écologues, économistes, anthropologues ou sociologues se démènent pour remettre sur le devant de la scène des notions aussi démodées et ringardes que l’altruisme5, la bonté6, la gentillesse7, l’association8, l’égalité9, les communs10, l’empathie11 ou la solidarité12.

La force de cette culture renaissante et émergente est de ne pas se contenter de rester dans les bibliothèques. Elle sort dans la rue, transforme le monde grâce à de nouveaux modes de consommation, de travail, de construction, d’apprentissage,   de   communication,   de  gestion13  ou de production14. L’émergence d’une culture des biens communs, du peer-to-peer et de la collaboration prend une dimension mondiale et touche tous les secteurs. Il est trop tard pour l’arrêter.

Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition. Il est grand temps de devenir tout aussi compétents en matière de coopération, de bienveillance et d’altruisme. L’autre objectif de ce livre est d’apporter une pierre à cet édifice, de participer à la structuration de cette nouvelle culture. En puisant dans plusieurs disciplines, de l’éthologie à l’anthropologie en passant par l’économie, la psychologie, la biologie, la sociologie ou les neurosciences, nous proposons un tour d’horizon des plus récentes découvertes sur cette tendance très puissante qu’ont les êtres vivants (et pas seulement les humains) à s’associer. L’idée d’inclure le reste du monde vivant dans la synthèse était d’arriver à dégager des principes généraux et une architecture générale de ce que l’on pourrait désormais appeler « l’autre loi de la jungle ».

Le chantier du siècle

Notre surprise a été de constater l’incroyable diversité des processus, des sentiments et des mécanismes à l’œuvre depuis la nuit des temps. Mais comment nommer ce monde infiniment complexe, riche et coloré ? Comment nommer cette tendance qui décrit aussi bien une association entre bactéries qu’une entente entre humains ou entre grands singes impliquant des sentiments aussi subtils que l’altruisme, la bonté, l’amitié, la gratitude, la réconciliation ou le sens de la justice ? Nous avions besoin d’un terme qui inclue à la fois les actes et les intentions, mais aussi tous les organismes vivants et tous les processus.

Nous avons choisi le terme d’entraide, conscients qu’il n’a pas la même définition pour tous, et qu’il peut parfois impliquer une touche d’anthropomorphisme, surtout lorsqu’il s’agit de décrire les comportements d’êtres vivants qui ne nous ressemblent en rien. Mais ce mot a aujourd’hui l’avantage d’être à la fois bien accepté par le langage courant et suffisamment oublié des sciences pour être à l’abri d’une définition trop étroite. C’est aussi et surtout un clin d’œil au grand géographe et anarchiste Pierre Kropotkine, l’un des pionniers de cette aventure scientifique, qui écrivit en 1902 une remarquable synthèse dont le titre, Mutual Aid, fut traduit par son ami, le non moins géographe et anarchiste Élisée Reclus, par «entr’aide», mot qu’il offrit à la langue française15.

Le sujet est évidemment colossal. Chaque chapitre de notre livre pourrait faire l’objet d’un traité de plusieurs tomes ! Le but n’était pas d’en faire un travail encyclopédique, mais d’établir des ponts entre les disciplines, en particulier entre les sciences humaines et les sciences biologiques. Voir leur discipline croquée à grands traits génère évidemment d’inévitables frustrations chez les spécialistes, et il en va de même pour nous, qui aurions aimé partager encore plus d’extraordinaires détails des mécanismes du vivant16.

Nous avons démarré ce chantier il y a une douzaine d’années, avec autant d’enthousiasme que de naïveté. Notre label « biologique17 » ne nous avait pas préparés à absorber les incroyables avancées des sciences humaines, ni les paradoxes qui émergeaient de ce foisonnement de découvertes18. Explorer tout cela a été une véritable aventure qui n’a fait qu’attiser toujours davantage notre curiosité. Ce bilan est donc loin d’être définitif, et il se révèle être au final une invitation à continuer l’exploration.

Ce livre n’est pas un traité de collapsologie, ni une critique de la société de consommation et du capitalisme, pas plus qu’une encyclopédie naturaliste ou un traité philosophique. C’est une tentative pour faire du lien entre tout cela et poser un jalon sur le chemin de notre génération.

Nous commencerons notre voyage en tordant le cou au mythe d’une nature agressive où ne régnerait qu’une seule loi. Puis nous découvrirons au fil des chapitres les mécanismes et les subtilités de l’entraide humaine. Enfin, nous terminerons en revenant à l’ensemble du monde vivant, ce qui nous permettra d’effleurer quelques grands principes de la vie sur terre.

Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

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Notes de l’introduction :

  1. Pour l’instant, les pays industrialisés sont relativement épargnés, mais uniquement grâce à un fragile écran de technologie… qui dépend de ressources énergétiques et minérales de moins en moins accessibles.
  2. Servigne et Stevens R. (2015).
  3. Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales. Voir ia préface de ce livre, ainsi que le site de La Revue du MAUSS, www.revuedumauss.com.fr/.
  4. Manifeste des convivialistes (2013) ; Alain Caillé (dir.) et les Convivia-listes (2016); www.lesconvivialistes.org.
  5. Kourilsky (2009) ; Kourilsky (2011) ; Ricard (2013) ; Ricard et Singer (dir.) (2015).
  6. Lecomte (2012).
  7. Jaffelin (2015); Martin (2014).
  8. Laville(2010).
  9. Wilkinson et Pickett (2013).
  10. Dardot et Laval (2014) ; Coriat (dir.) (2015).
  11. De Waal (2009) ; Rifkin (2011).
  12. Pelt (2004) ; Supiot (dir.) (2015) ; Mathevet (2011).
  13. Malgré les progrès récents de certaines entreprises, force est de constater la consternante inertie de ce milieu. Gauthier Chapelle a été conseiller en développement durable (en biomimétisme) pendant dix ans pour les entreprises. Il s’efforçait de leur montrer que, en s’inspirant des relations d’entraide du monde vivant, leur organisation serait non seulement durable, mais bien plus efficace. Malheureusement, il s’est souvent rendu compte que de nombreuses entreprises ne voulaient pas prendre le risque de changer leur structure et leur raison d’être.
  14. Pour un tour d’horizon, voir Novel (2013) ; Riot, Novel (2012) ; Filip-povafcoord.) (2015). Sur les moyens de communication, voir Rifkin (2014); Bauwens (2015). Sur les entreprises, voir Laloux (2015); Lecomte (2016). Sur l’énergie, voir Rifkin (2012).
  15. L’apostrophe disparut en 1931. À ce sujet, lire Enckell (2009).
  16. Nous n’avons malheureusement pu inclure dans ce travail qu’environ un tiers de notre bibliographie, et nous sommes conscients que celle-ci ne doit représenter qu’une petite partie de ce qui est disponible sur le sujet…
  17. Nous sommes tous deux agronomes de formation et spécialistes de biologie animale. Nous avons surtout le point commun d’éprouver, depuis notre plus tendre enfance, un grand malaise à baigner dans ce mythe d’une nature cruelle, agressive et compétitive. Cela ne colle ni avec notre expérience, ni avec nos observations, ni avec notre ressenti. Même si notre sensibilité naturaliste nous a vaccinés contre une telle soupe idéologique, il nous a tout de même fallu plus de vingt-cinq ans pour transformer cette intuition en certitude, et quelques années de plus pour inscrire cette dernière dans une synthèse cohérente.
  18. Pendant des années, les résultats, les hypothèses et les théories de chaque discipline sont restés contradictoires. Aucun tableau global n’émergeait. Il y avait trop de fossés entre les disciplines, et chacune travaillait en ignorant les autres. Ce n’est que très récemment que des progrès fulgurants ont permis de proposer une structure globale de cette « autre loi de la jungle ».

* * * * *

Source : « L’Entraide. L’autre loi de la jungle », livre de Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, éditions Les Liens Qui Libèrent, 2017 http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-L_Entraide-9791020904409-1-1-0-1.html

Enfin, le sommaire montre bien que ce livre est d’une richesse inouïe pour tous les humanistes (concentrez-vous, chaque ligne compte, ce bouquin est un bijou) :

Table

Préface, par Alain Caillé

Introduction. L’âge de l’entraide
La loi de la jungle
Hémiplégiques à en mourir
L’émergence d’une autre loi de la jungle
Le chantier du siècle

Chapitre 1. Histoire d’un oubli

Partout, tout le temps, et de toutes les couleurs
Entre semblables
Entre lointains cousins
Entre organismes qui n’ont rien à voir
Nos plus lointains ancêtres, champions de l’entraide toutes catégories
Toutes les couleurs de la «symbiodiversité»
Nous sommes une inextricable pelote d’interdépendances
Remettre les pendules à l’heure

Pourquoi la société ne l’a pas vue — Une histoire de mythes
Kropotkine, le prince anarchiste à contre-courant
Les oeillères de notre société

Pourquoi la science ne l’a pas vue – Une histoire de gènes
Avant les années 1970
Vie, mort et renaissance de la sociobiologie, 1970-2000
La renaissance des années 2000

Chapitre 2. L’entraide spontanée

Contrairement aux idées reçues
Où vit l’Homo oeconomicus ?
Ce qui émerge en situation de crise
Ce qui émerge du stress et de l’inconnu

Comment expliquer ces automatismes ?
La fin des modèles simplistes
Un automatisme malléable

Chapitre 3. Les mécanismes du groupe

Le noyau dur de l’entraide : la réciprocité
L’obligation de rendre
Les racines de la réciprocité

Le passage au groupe : la réciprocité étendue
La réputation (la réciprocité indirecte)
Récompenses et punitions (la réciprocité renforcée)

Les très grands groupes : la réciprocité invisible
Les normes sociales
Les institutions

Chapitre 4. L’esprit du groupe

Un moment magique : quand le groupe fait corps
Le sentiment de sécurité
Le sentiment d’égalité
Le sentiment de confiance
La naissance d’un superorganisme

Vers des principes universels ?
Les «fondamentaux», une mise en pratique
Les principes d’une bonne gouvernance

L’entraide poussée à l’extrême
La dissolution du soi
L’extase collective
La fermeture du groupe

Un moment tragique: quand l’entraide s’effondre

Chapitre 5. Au-delà du groupe

Le principe du grand méchant loup
La compétition avec d’autres groupes
Un environnement hostile
Un objectif commun à atteindre

Les groupes peuvent-ils s’entraider ?
Dépasser la compétition entre les groupes
Les mêmes mécanismes qu’au niveau inférieur
Une limite de taille ?
L’opportunité des catastrophes globales

Chapitre 6. Depuis la nuit des temps

L’évolution de l’entraide humaine
S’associer pour survivre
Une bande de primates immatures

L’évolution de l’entraide entre semblables
«L’union fait la force»: la puissance de la sélection de groupe
« Winter is coming» : la puissance du milieu hostile
Les autres forces évolutives

L’évolution de l’entraide entre espèces
Avoir besoin de l’autre
parfois de manière réciproque
au point de ne plus pouvoir s’en passer
Encore et toujours le milieu hostile

Une source infinie d’innovation
L’entraide appelle l’entraide
Se transformer au contact des autres
Passer au niveau supérieur
Comment l’entraide a changé la face du monde

Conclusion. Le nouveau visage de l’entraide
Bien plus qu’une simple loi de la jungle
Les grands principes de l’entraide
Vers une nouvelle vision de l’entraide

Épilogue. Pour quel monde ?
Allons-nous nous entretuer ?
Vers une autre mythologie
Au-delà de l’humanité

Annexe. De la « nouvelle sociobiologie »

Tremblement de terre au pays de la sociobiologie
Le secret devait se trouver dans les gènes
La lente trahison du père fondateur
La puissance d’un seul homme

Les diverses forces évolutives à l’origine de l’entraide
À l’origine de la sociobiologie : sélection  de parentèle et altruisme réciproque
La découverte d’autres voies: réciprocité indirecte et sélection spatiale
Vers une sociobiologie plus ouverte et plus complexe

Gratitude

Références

Bibliographie sélective
Les ouvrages indispensables en français
Les indispensables en anglais

 

En lisant ce livre, j’ai découvert, commandé et commencé une autre perle : « La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité » de Jacques Lecomte… et je me régale… 🙂

https://www.odilejacob.fr/catalogue/psychologie/psychologie-generale/bonte-humaine_9782738127105.php

Je rangerai ces précieux outils avec mes livres de Jean-Marie Pelt (« La loi de la jungle » 2003, « La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains » 2004), et à côté des livres épatants de Frans de Waal (notamment « L’âge de l’empathie » 2009), sur le (grand) rayon « Respect et exemplarité des animaux / éthique / bien-mal / humanité-animalité ».

Bonne lecture à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155901523017317

[Souveraineté, guerres et responsabilités] Oliver Stone : « On attend un leader français ou européen comme De Gaulle »

Entretien intéressant d’Oliver Stone, sur RT en français :


https://francais.rt.com/international/46645-oliver-stone-on-espere-leader-francais-europeen-de-gaulle

Rappel :

• les entretiens d’Oliver Stone avec Poutine (diffusés sur France 3 en juin 2017, très intéressants) dont il est question ci-dessus :

1. https://rutube.ru/video/fa2c54495589ba5ab40bf54c78b27ee1/

2. https://rutube.ru/video/1626c1292288434540d30c6f685d5437/

3. https://rutube.ru/video/e65630bb9a3efc6e8ab09aacb7a1d9aa/

4. https://rutube.ru/video/e81025ac176cdb8a38114bb05d36e30e/

• Je n’arrive pas à retrouver la vidéo du débat qui a suivi la diffusion de ce long film sur France 3, avec Hubert Védrine.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155886558697317

[Dès 2008] Faute de constitution digne de ce nom, Bolloré acquiert la totalité de l’institut de sondage CSA !

Le groupe Bolloré acquiert la totalité de l’institut de sondage CSA !


https://tempsreel.nouvelobs.com/medias/medias-pouvoirs/20080710.OBS2328/le-groupe-bollore-acquiert-la-totalite-de-l-institut-de-sondage-csa.html

La France est un pays sans constitution digne de ce nom.

Une vraie constitution interdirait le contrôle de l’information par les plus riches.

#PasDeDémocratieSansCitoyensConstituants

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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[Big Brother, Big Data, gaspillages, services publics transformés en pompes à fric via des mercenaires voyous] Actualité de la résistance citoyenne aux mouchards LINKY.

Un exposé intéressant, de Stéphane Lhomme, sur l’actualité de la résistance qui s’organise un peu partout chez les citoyens, contre (une partie) des mouchards de Big Brother appelés « linky » :

Projet d’expérimentation démocratique, mobilisation des volontaires : nouveau Mumble d’information prévu le 25 janvier 2018

Comme vous le savez, je soutiens totalement le projet lancé par Maxime Péroud. Ce projet consiste à simuler le fonctionnement d’une assemblée délibérative strictement démocratique et à élaborer son règlement intérieur. Les travaux qui y sont prévus s’annoncent passionnants autant qu’indispensables.

Je vous en avais longuement parlé dans un article en septembre, article que je vous recommande de lire si vous ne connaissiez pas déjà ce projet :
http://chouard.org/blog/2017/09/09/projet-dexperimentation-democratique-elaborer-ensemble-le-reglement-interieur-de-nos-prochaines-assemblees-democratiques-avec-maxime-peroud/

Pour que ce projet puisse démarrer, il lui faut un tout petit nombre de volontaires supplémentaires qui viendront compléter l’équipe déjà réunie et qui attend impatiemment de commencer les travaux.

Après avoir visionné la longue vidéo de présentation du projet préparée par Maxime (cf mon article de septembre), venez participer au prochain Mumble d’information sur ce projet. Inscrivez-vous sur FB :


https://www.facebook.com/events/174698466470688/

(et lisez bien la description de l’événement 🙂 )

Vous pouvez aussi vous inscrire sans Facebook, bien sûr 🙂 :
https://exp-demo.jimdo.com/contact-inscription/

Salut à tous 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant au premier billet annonçant le Mumble du 8 janvier 2008 :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155885991532317

Deuxième fil Facebook correspondant au billet annonçant le Mumble du 25 janvier 2008 :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155940365437317

Guillaume Meurice questionne nos prétendus « représentants » sur le CETA, et leur niveau d’incompétence et/ou de traîtrise est consternant

Merci Guillaume.

#pasdedémocratiesanstirageausortdelassembléeconstituante

Pour plus d’info :

Stop CETA, Stop TAFTA : la même lutte


https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/stop-ceta-stop-tafta-la-meme-lutte

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Invité chez Natacha Polony : « LA DÉMOCRATIE, C’EST LE PEUPLE QUI EXERCE LE POUVOIR. NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE ».

Voici un chouette entretien, avec Natacha Polony, vendredi dernier (24/11/2017), pour défendre l’idée d’un nécessaire processus constituant populaire :

Vous allez trouver que je radote, bien sûr 🙂 mais j’espère que ça va vous intéresser, et qu’on renouvellera l’expérience.

Nous devrions soutenir Polony TV (j’y suis abonné depuis le début ; il n’y a pas tant de télés que ça, pour défendre la souveraineté populaire) :
https://www.facebook.com/Polonytv/

Bon courage à tous, bande de virus démocratiques 🙂

Étienne.

PS : le précieux petit livre édité par La Relève et La Peste est disponible à cette adresse 🙂 :


https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/


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[MAGNIFIQUE] Pour nos ateliers constituants quotidiens, une application formidable : jecrislaconstitution.fr

Chers amis,

Aujourd’hui, je vous présente un site formidable, conçu et réalisé tout exprès pour nous, citoyens constituants, un site que Tristan, un jeune homme qui vit dans le midi, nous prépare depuis des mois et des mois, en immersion totale. C’est un boulot de dingue et le résultat est épatant. Je suis heureux, j’espère que ce magnifique outil va nous aider à nous retrouver malgré les distances, à progresser techniquement et à nous mobiliser davantage en restant bien concentrés sur l’essentiel.

Vers le printemps de cette année (2017), Tristan m’a demandé de l’aider à préparer le cahier des charges d’un site spécialement dédié aux citoyens constituants, pour nous aider à travailler des articles de constitution, parfois seuls et parfois ensemble.

Voici ce que ma mémoire a conservé de ce cahier des charges d’un logiciel idéal pour des citoyens constituants (ça ressemble beaucoup — en mieux ! — à la wikiconstitution que j’avais créée en janvier 2006, que nous avions utilisée pendant presque 10 ans, et qui est malheureusement tombée en panne il y a quelques années) :

J’ai suggéré que ce logiciel nous aide d’abord dans notre travail PERSONNEL :

Un logiciel idéal pourrait nous aider à écrire —et organiser entre eux— des articles, avec des commentaires en petite taille pour expliquer les raisons profondes des articles importants ; il pourrait offrir la possibilité de mettre en forme les caractères (gras, italiques, liens HT, etc.) et de tout corriger/améliorer à tout moment ; il permettrait de disposer de plusieurs niveaux de plan (selon la personne qui rédige) ; il aiderait à déplacer des parties entières simplement. Ce serait bien que chacun puisse développer et mémoriser son propre projet de constitution ; éventuellement en s’inspirant de constitutions existantes, exposées dans le site même et dont on pourrait importer un ou plusieurs articles bien faits. Il faudrait qu’on puisse sauvegarder tout ça simplement chez nous de temps en temps. Il faudrait que chacun puisse choisir de montrer son travail aux autres, ou bien de rester « chez lui », à l’abri des regards, au moins pendant une phase « débutant » ; chacun pourrait inviter telle ou telle personne amie (mais pas les autres pour l’instant — et puis un jour, plus tard, inviter tout le monde 🙂 ) à venir voir son projet constituant.

Pour travailler ENSEMBLE, ce logiciel idéal permettrait d’aller LIRE le projet d’autres citoyens constituants ; il proposerait pour chaque article de chaque projet une zone de DISCUSSION et une possibilité de VOTER (en positif et en négatif (!)… quel pénible ce Chouard 🙂 ), avec possibilité de changer d’avis à tout moment (vote modifiable) ; chacun pourrait ensuite aller sur le site et demander la LISTE des articles les plus discutés en ce moment, les plus votés (ou les moins votés, aussi) et participer aux échanges qui l’intéressent et voter à son tour. Quand des gens commentent ou votent un article que l’on a écrit, il faudrait que le logiciel nous écrive un MAIL pour nous alerter et pour qu’on puisse réagir rapidement.

Toujours sur le travail ENSEMBLE, le logiciel proposerait un CHANTIER COMMUN, une constitution collaborative centrale, dont les propositions d’articles adoptés seraient les plus votées à un moment donné.

Encore sur le travail ENSEMBLE, le logiciel permettrait d’organiser et de mémoriser des ATELIERS, en nous aidant à proposer (et à consulter) des rendez-vous (agendas par zones géographiques, ou pas) pour réunir, autant de fois que l’on voudrait, un petit nombre (8-10) de RÉDACTEURS, accompagnés d’un nombre illimité de SPECTATEURS, dotés du droit de discuter en marge de l’atelier (un ‘chat’ parallèle à l’atelier) et de voter les articles en cours de discussion. Les échanges seraient plutôt ÉCRITS (mais on doit pouvoir ouvrir une fenêtre Mumble à côté pour ceux qui veulent du son) et on garderait une TRACE de tout ça, pour l’histoire, traces indexées je ne sais comment 🙂 Pendant l’atelier, on pourrait importer dans la discussion un article qu’on a écrit ou qu’on a lu et qui nous semble bien, pour le montrer aux autres. On pourrait mettre en forme (gras, couleurs…) et corriger (éditer) nos interventions. Etc.

J’en oublie, évidemment… 🙂 Regardez les démos de Tristan, ci-dessous, c’est magnifique.

 
Et depuis le printemps (!!), ce cher Tristan bosse comme un fou, très perfectionniste et incroyablement dévoué !

Aujourd’hui, son « enfant » logiciel est né. Il est là : http://jecrislaconstitution.fr/


Pour nous aider, Tristan a préparé de très belles pages d’EXPLICATIONS, en textes et images :

http://jecrislaconstitution.fr/aide/faire-un-tour


Tristan nous a aussi préparé (je trouve le dévouement de ce jeune homme très émouvant) 4 courtes vidéos de PRÉSENTATION, pour ceux qui préfèrent les démos animées :

1. JecrisLaConstitution – Introduction : pourquoi s’entraîner à écrire la Constitution ? (12 min)

2. JecrisLaConstitution – 1/3 : Présentation page « Ma Constitution » (7 min)

3. JecrisLaConstitution – 2/3 : Présentation page « Constitution Collaborative » (5 min)

4. JecrisLaConstitution – 3/3 : Présentation page « Ateliers Constituants » (8 min)


Je suis tout ému de vous présenter tout ça, j’ai l’impression d’être immensément débiteur envers ce jeune homme si courageux et si généreux.

Je vous demande, s’il vous plaît, de lui faire honneur et de l’aider, de le remercier, et de l’encourager.

On peut l’aider financièrement, évidemment, et je crois que c’est bien bien bien mérité !
http://jecrislaconstitution.fr/aide/nous-soutenir

Je vais commencer à créer ma propre page, et aussi regarder ce que vous nous signalez de votre côté.

Merci Tristan, merci ! 🙂

Au plaisir de vous retrouver bientôt dans ces ateliers, bande de virus 🙂

Étienne.

Page Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155826394517317

[EMPOISONNEMENT UNIVERSEL] DEMAIN, TOUS CRÉTINS, EMPOISONNÉS PAR « LE CAPITALISME » (qu’on ferait mieux d’appeler le crapulisme)

https://www.arte.tv/fr/videos/069096-000-A/demain-tous-cretins/

Passionnant reportage sur Arte (à voir vite avant qu’il ne disparaisse des écrans), que je recoupe avec le bouquin formidable, captivant et profondément révoltant, de

Fabrice Nicolino, « UN EMPOISONNEMENT UNIVERSEL.
Comment les produits chimiques ont envahi la planète »


http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Un_empoisonnement_universel-401-1-1-0-1.html


Mon commentaire :

Dans une constitution digne de ce nom, le « lobbying » (comme le « pantouflage ») serait qualifié de TRAFIC D’INFLUENCE CRIMINEL — au lieu d’être légalisé, et même encouragé (!), dans nos régimes kleptocratiques, où les plus grands voleurs, menteurs et empoisonneurs achètent tous les pouvoirs grâce au faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter les lois).

Et dans une constitution digne de ce nom, les riches industriels et banquiers perdraient tout leur pouvoir d’influence sur les représentants politiques 1) grâce à l’institution massive du tirage au sort (au moins dans le processus constituant et dans les organes de contrôles) et 2) grâce à la socialisation de tous les outils d’information (les grands médias et évidemment les instituts de sondage et de statistiques).

C’est à vous (et pas « aux autres ») de préparer cette révolution démocratique, dans vos ateliers constituants quotidiens 🙂

 
Comment ça « tu radotes… » ? 🙂

Je vais vous offrir ce week-end un outil épatant pour vous aider à organiser vos ateliers 🙂

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

[Edit, 1er déc. 9h]

Sébastien Mischel me signale (sur Facebook) le « debunking » suivant, de Martin Clavey sur « The sound of science », qui critique sévèrement le documentaire d’Arte :

Tous pris pour des crétins devant Arte

https://www.soundofscience.fr/644

Mon commentaire :

C’est toujours intéressant, de voir des avis très opposés au sien, de façon à modérer son opinion. Ici, je retiens que l’auteur condamne surtout le ton alarmiste et des approximations « hasardeuses », ainsi qu’un conflit d’intérêts non avoué.

Je trouve cette critique utile mais pas décisive : je reste sur mon intérêt vif pour ce film d’Arte parce qu’on y trouve des informations importantes et qu’on peut comprendre (et admettre) la peur bien réelle (et donc les extrapolations liées à ces peurs) de ceux qui ont conçu ce reportage, car nous avons, nous aussi, bien d’autres sources d’information qui confirment les raisons d’être très inquiets de l’empoisonnement de la planète par les industriels mus par le seul profit.

Et puis aussi, pas décisive parce que des points inquiétants ou intéressants (comme le cas des retardateurs de feu réimposés par les industriels après leur interdiction) ne sont pas debunkés.

Quant au conflit d’intérêts, je le trouve véniel et pas évident : il faudrait entendre ce que l’accusée avance pour sa défense ; ce qu’elle fait des sommes gagnées, par exemple, pourrait désactiver complètement l’accusation.

Certes, les auteurs du reportage sont affectés par un biais de confirmation (nous avons tous tendance à privilégier les informations qui confirment ce que nous croyons déjà, et à minimiser les informations qui contredisent nos croyances du moment), COMME NOUS TOUS, TOUT LE TEMPS, et comme l’auteur du debunking aussi, bien sûr.

Il est important de connaître ce biais et d’intégrer cette conscience dans nos comportements. Ainsi, je vois bien que beaucoup de contestataires du système de domination parlementaires sont, comme moi, très inquiets de l’évolution de nos régimes politiques vers une tendance autoritaire, arbitraire et esclavagiste, et que nous récoltons donc surtout les informations qui vont dans ce sens plutôt que les discours rassurants que nous considérons comme lénifiants. Je vois aussi que souvent nous exagérons, nous forçons le trait pour accélérer la prise de conscience et pour favoriser la mobilisation. C’est un biais, c’est vrai. Mais on en trouve bien d’autres de toutes parts. Beaucoup de journalistes, et même des scientifiques, font ainsi du sensationnalisme, tous les jours, pour toutes sortes de bonnes ou mauvaises raisons. C’est humain, pourrait-on dire. Il vaut mieux le savoir, certes, mais c’est exagéré de le diaboliser.

Enfin, je trouve bien des critiques dérisoires dans ce papier : je ne trouve pas convaincants, par exemple, la critique du titre (surtout que le titre du debunking est lui-même une exagération, juste pour faire un bon jeu de mot), ni le procès d’intention (« les auteurs prennent volontairement tous leurs auditeurs pour des idiots »). Globalement, je trouve que le debunking coupe souvent les cheveux en quatre pour faire de gros reproches sur des défauts sans gravité.

Bon, en tout cas, c’est toujours intéressant d’entendre plusieurs sons de cloche.

Merci à Sébastien d’avoir signalé ça. Un cerveau collectif, c’est vraiment plus intéressant qu’un cerveau isolé 🙂

Étienne.

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