Archives mensuelles : novembre 2017

[Représentant enthousiasmant] Nième reddition des comptes volontaire de François Ruffin

Ah ! J’aime ce type 🙂
François est un représentant digne de ce nom, qui reste à la fois proche, simple, exigeant et courageux…
… et marrant 🙂

Nième reddition des comptes volontaire de François Ruffin :

Merci François.

Abonnez-vous à sa chaîne pour rester au courant :

https://www.youtube.com/channel/UCIQGSp79vVch0vO3Efqif_w


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Union européenne. Amnesty découvre que des équipements de torture illégaux (sic) sont en vente à Paris (au salon « Milipol »)

Des chercheurs d’Amnesty International ont découvert des équipements de torture illégaux, notamment des matraques à pointes, des fourches antiémeute à pointes envoyant des décharges électriques, des gilets envoyant des décharges électriques et de lourdes entraves pour les pieds, vendues par des entreprises chinoises sur le salon Milipol, qui présente des équipements militaires et de police et qui se tient à Paris cette semaine.

L’importation et l’exportation d’équipements de torture sont interdites dans l’Union européenne (UE) depuis 2006. En 2016, l’UE a également interdit la promotion et l’exposition de ces équipements dans les salons professionnels.

Certains de ces articles découverts par Amnesty International figuraient dans des catalogues présentés à Milipol, et d’autres étaient exposés au salon, et l’on se demande comment ils ont pu être importés dans l’UE.

[…] Lire la suite :

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/11/eu-amnesty-discovers-gruesome-illegal-torture-equipment-for-sale-in-paris/

Hum.

1) Par déduction du titre, je note qu’il existe des « équipements de torture légaux » qui pourraient donc être en vente libre. (J’aurais préféré que « instrument de torture illégal » soit un pléonasme, dans un état de droit digne de ce nom, mais ce n’est pas le cas.)

2) Je vois là surtout une manifestation de plus de ce que Big Brother (Orwell, 1984) a déjà le champ presque libre, et je pense que c’est grâce à NOTRE DÉMISSION du processus constituant.

Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.

Les violences policières et patronales sont le résultat d’une même cause première, qui est NOTRE CAUSE COMMUNE : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.
Et c’est donc à nous, les autres, de le faire.

Vous et moi — et tous les humains sur terre — ne vivrons une société de justice et de prospérité partagée QUE QUAND nous serons devenus capables de VOULOIR instituer nous-mêmes, ensemble, cette société, où tout pouvoir sera soumis à la vigilance de vrais citoyens et craindra de réelles punitions, et où la rotation des charges politiques sera imposée sévèrement.

Nos querelles quotidiennes, qui restent toutes *législatives* (sur « la politique qu’il faudrait mener », alors que nous sommes tous institutionnellement impuissants à changer quoi que ce soit), me font penser à des bagarres stériles de détenus dans une cellule de prison, sur le sujet inutile de savoir ce qu’on devrait faire si nous nous étions évadés, SANS S’OCCUPER DE LA PORTE — qui n’est pourtant pas verrouillée (!) et qu’il suffirait de pousser ensemble pour nous échapper.

Un commentaire (et plein d’autres photos de cet incroyable « salon ») sur rezo.net (où j’ai découvert cette information) :
« C’est pas le stand qu’il fallait fermer, mais le salon. »
https://seenthis.net/messages/646857


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Nouvo RTS (Suisse) : Et si on tirait au sort nos politiciens au lieu de les élire ? (Vidéo)

Charly Pache nous signale un petit documentaire intéressant (en Suisse) sur le tirage au sort en politique :
 

Ça germe 🙂

Faites passer 🙂
 
==============
 
Rappel : vous devriez mener vous-même
LE NÉCESSAIRE PROCÈS CITOYEN DE L’ÉLECTION :
 
• une vidéo :
Pour comprendre l’intérêt central du tirage au sort, je vous propose de faire ensemble le procès de l’élection : dans cette vidéo, j’observe que chaque vice de l’élection correspond à une vertu du tirage au sort :

 
• le texte :
Pour instituer une démocratie digne de ce nom, il faudra bien que les citoyens deviennent constituants et conduisent eux-mêmes
LE PROCÈS DE L’ÉLECTION Les citoyens sont les seuls légitimes pour choisir entre élection et tirage au sort :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Necessaire_proces_de_l_election.pdf


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[ROBOTS TUEURS] Big Brother n’aura bientôt plus besoin de snipers, si nous n’apprenons pas (très vite) à limiter nous-mêmes ses pouvoirs. Lisez Grégoire Chamayou : Théorie du drone !

Les ateliers constituants populaires (quotidiens et contagieux) ne sont pas « théoriques » : ils sont une réaction sociale de survie, pragmatique et ultra-prioritaire

À lire absolument :

Théorie du drone, par Grégoire Chamayou


https://lafabrique.atheles.org/livres/theoriedudrone/

Nombreux extraits dans ma page ‘Précieuses pépites‘ (cherchez ‘Chamayou’) :

« Les grandes conquêtes impériales qui furent les nôtres à l’autre bout de la terre parce que nous possédions la mitrailleuse Maxim et, qu’en face, ils n’avaient que des sagaies, nous reviendront en mémoire à la vue de ces nouveaux exploits, où le sang ne coulera plus, ou du moins plus de notre côté, car nous aurons les groupes téléchiriques [machines commandées à distance], alors qu’eux, les pauvres, n’auront que du napalm et du gaz moutarde à leur opposer. »
Anonyme, 14 mai 1964, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 39.

Les ressorts différentiels de l’indignation morale ont leurs mystères. Tandis que la chasse virtuelle aux animaux suscitait un scandale à peu près universel, la chasse à l’homme télécommandée pouvait, à la même époque, prendre tranquillement son essor, dans des formes similaires, sans que personne, parmi ces mêmes acteurs, n’y trouvât rien à redire.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 49.

Une guerre qui requiert de notre part une chasse à l’homme internationale.
George W. Bush, 14 février 2003, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 49.

En 2001, Donald Rumsfeld s’était convaincu que « les techniques utilisées par les Israéliens contre les Palestiniens pouvaient tout simplement être déployées à grande échelle ». Il pensait surtout aux programmes d’ « assassinats ciblés » dont l’État d’Israël venait de reconnaître officiellement l’existence. Les territoires occupés étant devenus, comme l’explique Eyal Weizman, « le plus grand laboratoire du monde pour les thanatotactiques aéroportées », il n’était pas étonnant que celles-ci soient exportées.

Mais il restait un problème : « comment organiser le département de la Défense pour les chasses à l’homme ? À l’évidence, confiait Rumsfeld en 2002, nous ne sommes pas bien organisés pour cela à l’heure actuelle. » L’appareil militaire états-unien n’était pas prêt, au début des années 2000, a assurer efficacement à l’échelle mondiale des missions habituellement dévolues à la police dans l’espace domestique : l’identification, la traque, la localisation et la capture ─ mais plutôt dans les faits, l’élimination physique ─ d’individus suspects.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 50.

 
Quoi qu’il en soit, il fallut s’attacher à définir et imposer une nouvelle doctrine stratégique. Des chercheurs travaillèrent à énoncer les « principes théoriques de la chasse à l’homme » destinés à servir de cadre à ces opérations. George A. Crawford les résuma dans un rapport publié en 2009 […] Ce texte, qui se proposait de « faire de la chasse à l’homme un des fondements de la stratégie étatsunienne », en appelait notamment à créer une « agence nationale de la chasse à l’homme », instrument indispensable pour « bâtir une force de chasse à l’homme du futur ».
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 51.

David Rohde, journaliste au New York Times kidnappé en 2008 et détenu au Waziristan pendant sept mois, fut l’un des premiers occidentaux à décrire les effets que cette surveillance létale persistante produit sur les populations qui la subissent. Évoquant un « enfer sur terre », il ajoute : « les drones étaient terrifiants. Depuis le sol, il est impossible de déterminer qui ou quoi ils sont en train de traquer pendant qu’ils décrivent des cercles au-dessus de votre tête. Le bourdonnement lointain du moteur sonne comme le rappel constant d’une mort imminente. […] Tout le monde a peur tout le temps. »
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 67.

« C’est le plus étrange des rituels bureaucratiques : toutes les semaines, plus d’une centaine de membres du tentaculaire appareil de sécurité nationale se réunissent par téléconférence sécurisée pour disserter des biographies de terroristes présumés et désigner au président ceux qui doivent être les prochains à mourir. » Cette réunion hebdomadaire a été surnommée, à Washington, le « mardi de la terreur ». Une fois établie, la liste des nominés part à la Maison blanche, où le président [Obama] approuve personnellement, de façon orale, chaque nom. La « kill list » ayant ainsi été validée, les drones se chargent du reste.

Les critères pertinents, pour l’établissement de ces listes de condamnés à mort sans procès, demeurent inconnus. L’administration se refuse à toute précision en la matière.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 69.

 
Avec le concept de « guerre globale contre la terreur », la violence armée a perdu ses bornes traditionnelles : indéfinie dans le temps, elle l’est aussi dans l’espace. Le monde entier, dit-on, est un champ de bataille. Mais il serait plus exact de dire un terrain de chasse. Car si le rayon de la violence armée se globalise, c’est au nom des impératifs de la traque.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 79.

Comme le rappellent les théoriciens de la chasse à l’homme, « les frontières souveraines comptent parmi les meilleurs alliés » qu’un fugitif puisse avoir.

La Common Law anglaise autorisait autrefois, dans les campagnes, à « mener la chasse aux bêtes de proie nuisibles, tels les renards et les putois, jusque sur la propriété d’autrui ; parce que détruire de telles créatures était réputé d’intérêt public ». C’est ce genre de droit que voudraient aujourd’hui s’arroger les États-Unis, pour des proies humaines, à l’échelle du monde. Il faut, résumait Paul Wolfowitz, « leur dénier tout sanctuaire ».

Ce qui se dessine, c’est un pouvoir invasif se fondant moins sur une notion de droit de conquête que de droit de poursuite. Un droit d’intrusion et d’empiètement universel qui autoriserait à courir sus à la proie partout où elle se réfugie […]

En devenant stratosphérique, le pouvoir impérial modifie son rapport à l’espace. Il s’agit moins d’occuper un territoire que de le contrôler par le haut en s’assurant la maîtrise des airs. Eyal Weizman explique en ces termes tout un pan de la stratégie israélienne contemporaine, qu’il décrit comme une « politique de la verticalité ». Dans ce modèle, « technologie plutôt qu’occupation », il s’agit de « maintenir la domination sur des zones évacuées par d’autres moyens que le contrôle territorial ». À cette verticalisation du pouvoir correspond une forme d’autorité hors-sol, où tout, chaque individu, chaque maison, chaque rue, « même le plus petit événement sur le terrain peut être surveillé, soumis à des mesures de police ou détruit depuis le ciel.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 80.

Lorsqu’elle est établie, le but immédiat d’une « kill box » [zone dessinée sur une carte géographique] est d’autoriser les forces aériennes à conduire des opérations contre des cibles de surface sans autre coordination avec le commandement. […] chaque cube devient alors une « zone autonome d’opération » pour les unités combattantes qui en ont la charge. En clair, dans un cube donné, feu à volonté. Une « kill box » est une zone de tuerie temporaire.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 83.

 
Il s’agit en fait de nano-drones, des robots insectes autonomes capables de marauder en essaim et de « naviguer dans des espaces de plus en plus confinés ». Grâce à des engins de ce type, la violence armée pourrait s’exercer dans de tout petits espaces, dans des micro-cubes de mort. Plutôt que de détruire tout un immeuble pour éliminer un individu, miniaturiser l’arme, passer dans les embrasures et confiner l’impact de l’explosion télécommandée à une seule pièce, voire à un seul corps. Votre chambre ou votre bureau deviennent une zone de guerre. […]

En redéfinissant la notion de zone de conflit armé comme un lieu mobile rattaché à la personne de l’ennemi, on en arrive à revendiquer, sous couvert de droit des conflits armés, l’équivalent d’un droit à l’exécution extrajudiciaire étendu au monde entier, même en zone de paix, contre tout suspect, hors procédure, y compris contre ses propres citoyens.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 85-87.

La guerre de guérilla a toujours posé problème à des grandes puissances régulièrement empêtrées dans des conflits asymétriques. […] Le drone apparaît comme la réponse tardive à ce problème historique : il retourne contre la guérilla, mais sous une forme radicalement absolutisée, son vieux principe : priver l’ennemi d’ennemi. Un partisan confronté à une armée de drones ne dispose plus d’aucune cible à attaquer.
Grégoire Chamayou, « Théorie du drone », p 93.

Si vous faites quelque chose pendant suffisamment longtemps, le monde finira par l’accepter. […] Le droit international progresse par des violations. Nous avons inventé la thèse de l’assassinat ciblé et il nous a fallu l’imposer.
Daniel Reisner, ancien directeur du département juridique de l’armée israélienne, cité par Grégoire Chamayou dans « Théorie du drone », p 231.


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[No News] Témoignage des snipers du massacre du Maïdan : « Les ordres venaient de l’opposition »

Olivier Berruyer publie ce soir un billet important : ça se confirme, les « événements de la place Maïdan » étaient bien un coup d’État fomenté par des nazis, activement soutenus dans leurs crimes par « l’Union européenne » (cette « grande invention à qui l’on doit la paix sur le continent… gna gna gna »). Un enquêteur italien a recueilli le témoignage stupéfiant de snipers du Maïdan : les ordres de tirer, à la fois sur la police et sur les manifestants, venaient de l’opposition…

https://www.les-crises.fr/no-news-temoignage-des-snipers-du-massacre-du-maidan-les-ordres-venaient-de-l-opposition/

Donc, le site citoyen les-crises.fr nous informe, il traduit l’enquête italienne pour qu’on puisse la lire et en juger.
Pendant ce temps, les autoproclamés « grands médias de référence » (que j’appelle, moi, « La Pravda des milliardaires« ) font SILENCE sur cette information… Tout en continuant, bien sûr, à donner des leçons de professionnalisme (et à imposer leur censure) à tous les amateurs qui prétendent participer librement à l’information de la population.

Merci à Olivier, et à toute l’équipe du site les-crises.fr. Avec vous, on a des journalistes dignes de ce nom.

Je reproduis ci-dessous la totalité de cet important billet.

Étienne.


[Olivier Berruyer] Je vous propose aujourd’hui la traduction que nous avons réalisée ce week-end (merci aux volontaires – surtout à Clément, ainsi qu’ à JMB) d’un incroyable reportage passé le 15/11 dans l’émission Matrix de la chaîne de télévision italienne Canale 5 – sorte d’Envoyé spécial sur une des grandes chaînes de télévision italiennes – qui indique avoir retrouvé des snipers qui ont tiré sur les gens à Maïdan, et qui déclarent que c’était à la demande de l’opposition pour semer le chaos.

Nous resterons relativement prudents à ce stade, mais tout ceci nécessiterait un enquête urgente et approfondie de la Justice et des grands médias – du moins s’ils ne veulent pas alimenter le “complotisme”, d’autant que, depuis 5 jours, aucun grand média n’a repris ces informations, à l’exception du grand journal italien Il Giornale, dans un texte que nous avons aussi traduit (voir ci-après).

Rappelons aussi que nous parlons ici du massacre du 20 février (82 morts ce jour là). Les forces de l’ordre ont aussi tiré à d’autres moment sur des émeutiers armés, généralement quand eux-même leur tiraient dessus.

Bel exemple du vrai problème qui nous frappe régulièrement : non pas desFake news, mais des No news des grands médias, qui empêchent de bien comprendre les problèmes.

J’aimerais la traduire en russe et ukrainien au plus vite, ainsi qu’en anglais et allemand. Nous avons besoin de volontaires pour ces quatre langues. Merci de nous contacter ici.

Voici donc ce reportage diffusé le 15/11/17 sur Canale 5 :

(voir sur Dailymotion)

Verbatim du reportage précédent de Canale 5 (si vous n’avez pas vu la vidéo) :

Il y a quatre ans, le 20 février 2014 sur la place de l’Indépendance à Kiev en Ukraine, 80 manifestants ont été tués par de mystérieux tireurs d’élite.

Deux jours après, Ianoukovytch, le président ukrainien pro-Poutine pro-russe, doit fuir, le régime ukrainien change et les rebelles prennent le palais présidentiel et le pouvoir.

Que s’est-il passé depuis ? Avons-nous échappé à une guerre européenne due à l’ingérence russe dans les affaires ukrainiennes ? Et surtout, nous, Européens, nos entreprises le constatent tous les jours,nous payons le prix d’un embargo qui, depuis ce moment-là, est dirigé contre la Russie.

Ce soir, grâce à Gian Micalessin, nous vous montrons un documentaire à couper le souffle. C’est un scoop international. Gian Micalessin a retrouvé trois personnes, trois tireurs d’élite, trois responsables de ces morts qui, vous le verrez dans le documentaire, n’étaient pas pro-russes, mais étaient en contact avec des officiels et des militaires américains.

“Que s’est-il passé ? Quelqu’un a été touché ! Je n’arrive pas à y croire. C’est arrivé ici même… Un homme à côté de moi a été touché !”

“C’était à l’aube. J’ai entendu le bruit et le sifflement des projectiles. Un homme a été touché à la tête par un tireur d’élite !”

Ils nous avaient donné l’ordre de tirer tant sur les policiers que sur les manifestants, sans distinction.

D’où viennent les tirs ? Les tirs provenaient de l’intérieur de l’hôtel Ukraine.

Gian Micalessin, reporter de guerre. — Bonsoir, où les avez-vous rencontrés ? — Je les ai rencontrés après un an de recherches, deux d’entre eux à Skopje, la capitale de la Macédoine, un troisième dans un autre pays d’Europe de l’Est qu’on m’a demandé de ne pas révéler.

— Donc c’étaient des pro-rebelles ? — C’étaient des Géorgiens envoyés par leur président géorgien de l’époque, Saakachvili, pour prendre part à l’opposition ukrainienne.

— Donc ce n’étaient pas des Russes qui ont tiré, c’est bien ça, votre thèse ? — On n’a jamais accusé les Russes d’avoir tiré, seulement d’avoir soutenu le gouvernement qui aurait tiré sur les manifestants.

Mais cette thèse ne tient plus debout selon ces 3 témoignages. Regardez le témoignage.”

Depuis 3 mois, la place Maïdan, au coeur de la capitale ukrainienne, est occupée par les manifestants qui demandent au gouvernement du président Viktor Ianoukovytch de signer l’accord d’association
à l’Union européenne. Le matin du 18 février, les heurts se font plus sanglants. On compte déjà une trentaine de morts. Le pire arrive le matin du 20 février. Un groupe de mystérieux tireurs ouvre le feu
sur les manifestants et les policiers. En quelques heures, on compte environ 80 cadavres. Le lendemain, Ianoukovytch fuit à l’étranger. Le 22 février, l’opposition prend le pouvoir. Mais qui a tiré sur
la foule et les policiers ?

Jusqu’à ce jour, la thèse officielle parle d’un massacre ordonné par le gouvernement pro-russe. Cette thèse apparaît rapidement très douteuse. Le premier à la contester est le ministre des Affaires étrangères estonien Urmas Paet. Après son retour d’un séjour à Kiev effectué seulement 5 jours après le massacre, Paet transmet à la commissaire des Affaires étrangères de l’UE Catherine Ashton les révélations d’une docteure ukrainienne qui a examiné les cadavres de la place Maïdan. La conversation téléphonique interceptée et diffusée par les médias est déconcertante.

“Ce qui est assez inquiétant… Olga le dit aussi, c’est que toutes les preuves montrent que les personnes tuées par les tireurs, de part et d’autre, à la fois chez les policiers et les gens dans la rue, ont été tuées par les mêmes tireurs embusqués… Bien sûr, c’est… Oui, mais… Ensuite, elle m’a aussi montré des photos. Elle parle en tant que médecin, elle dit que l’écriture est la même, le type de balles est le même. Et ce qui m’inquiète vraiment, c’est que maintenant, la nouvelle coalition refuse d’enquêter sur ce qui s’est vraiment passé, et qu’il y a une conviction de plus en plus forte que derrière les tireurs embusqués, il n’y avait pas Ianoukovytch mais quelqu’un de la nouvelle coalition…”

Nous avons rencontré quelques membres d’un groupe qui ce jour-là a ouvert le feu sur la foule. Ce sont des Géorgiens, mais à l’époque, en février 2014, ils étaient parmi les manifestants qui occupaient la place Maïdan et l’hôtel Ukraine.

L’histoire commence à Tbilissi par de nombreux acteurs cachés en coulisses. Le premier, l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili, a participé en août 2008 à une guerre brève mais sanglante avec la Russie de Vladimir Poutine. Le second est son conseiller militaire, Mamuka Mamoulachvili. Envoyé à Kiev pour appuyer les manifestations de la place Maïdan, il deviendra commandant d’une unité de volontaires géorgiens engagés dans les affrontements avec les insurgés pro-russes du Donbass.

La première rencontre a eu lieu avec Mamoulachvili. “Nous nous sommes présentés à 25 dans le bureau du mouvement national, et sur les 25, 10 ont signé. Vous voyez ceci ? C’est une pièce d’identité à mon nom. C’était le laissez-passer d’une unité composée d’anciens policiers et personnel militaire. Elle était structurée comme une unité militaire. De fait, c’était un service de sécurité. Il avait été créé par Mikheïl Saakachvili. Nous devions aller en Ukraine. Nous n’avions pas le choix”.

Dans un autre pays de l’Europe de l’Est qu’on nous a demandé de ne pas révéler, nous avons rencontré Alexander. Comme les deux autres, lui aussi vient de Géorgie, et comme les deux autres, il a aussi pris part
aux événements tragiques de la place Maïdan. Lui aussi a fait partie des services de sécurité de Saakachvili, et avant cela il a été tireur d’élite dans l’armée géorgienne. C’est pour cette raison qu’il a été choisi par Mamuka Maoulachvili.

“Mamuka m’a d’abord demandé si j’étais vraiment tireur d’élite dans l’armée géorgienne. Alors si c’est vrai, me dit-il, tu dois aller à Kiev. Le 15 janvier, nous sommes partis. Dans l’avion, j’ai
reçu mon passeport et un autre passeport avec ma photo mais avec un nom et un prénom différents. Puis ils nous ont donné 1 000 dollars a chacun avec la promesse de nous en donner encore 5 000 par la suite. Nous devions nous occuper des provocations. C’était nous qui devions provoquer les Berkout, les forces spéciales de la police. Notre rôle était de les provoquer afin de les pousser contre la foule. Vers le 15 et le 16 février, la situation a commencé à devenir chaque jour de plus en plus grave. Désormais tout était hors de contrôle, et on commençait à entendre les premiers tirs. Avec la montée des tensions, de nouveaux protagonistes sont apparus. Un jour, vers le 15 février, Mamoulachvili est venu en personne dans notre tente. Il y avait avec lui un autre homme en uniforme. Il nous l’a présenté et a dit que c’était un instructeur, un militaire américain.”

L’américain s’appelle Brian Christopher Boyenger. C’est un ancien officier et tireur d’élite de la 101e division aéroportée des États-Unis. Après Maïdan, il se déplacera sur le front du Donbass, où il combattra dans les rangs de la Légion géorgienne. “Nous étions toujours en contact avec ce Brian, qui était un homme de Mamoulachvili. C’était lui qui nous donnait les ordres. Moi, je devais suivre toutes ses instructions.”

Les premiers soupçons de la présence d’armes à feu dans les rangs des manifestants impliquent Sergueï Pachinski, un leader de la place Maïdan, devenu ensuite président du Parlement de Kiev. Le 18 février, est apparu du coffre d’une voiture arrêtée par les manifestants un fusil mitrailleur avec une lunette de précision. Quelques secondes après, Pachinsky est arrivé et a demandé qu’on laisse passer cette voiture. Le 1er avril, les militants du groupe d’extrême droite Pravy Sektor quittent Kiev, en emportant d’étranges sacs dans lesquels, prétendent-ils, se trouvent des instruments de musique.

“À cette époque, tous les chefs de l’opposition se trouvaient régulièrement à l’hôtel Ukraine. Pachinski et trois autres personnes, parmi lesquelles se trouvait aussi Parassiouk, ont apporté à l’hôtel les sacs avec les armes. Ce sont eux qui les ont aussi apportées dans ma chambre.” Ce Parassiouk, reconnu par Koba, est Volodimir Parassiouk, un des leaders de la manifestation de la place Maïdan. Quelques jours plus tard, il deviendra célèbre en lançant un ultimatum menaçant de destituer manu militari le président Viktor Ianukovytch. “Si avant demain 10 heures, vous ne demandez pas officiellement la démission de Ianoukovytch, nous vous attaquerons avec des armes… C’est juré !”

Lorsqu’est arrivé Mamoulachvili, je lui ai également demandé « — Qu’est-ce qui se passe ? À quoi servent ces armes ? Tout va bien ? » « — Koba, les choses sont en train de se compliquer, nous devons commencer à faire feu », m’a-t-il répondu. « Nous nous ne pouvons pas attendre des élections présidentielles anticipées. » J’étais là, à l’hôtel Ukraine. Le 18 février, quelqu’un a apporté des armes dans ma chambre. Dans cette chambre, il y avait deux Lituaniens avec moi. Ce sont eux qui ont pris les armes.

Mamoulachvili est arrivé à l’hôtel et nous a expliqué qu’il y aurait une fusillade, à un autre endroit, le matin suivant. Il n’était pas seul, il était avec Brian. Avec eux, il y avait aussi une autre personne que je ne connaissais pas. Si je me souviens bien, cela devait être le 15 ou le 16 février. Pachinski nous a ordonné de rassembler nos affaires, et nous a emmené dans le palais du Conservatoire. Je suis entré dans le palais
avec l’ensemble de mon groupe. Pachinski est arrivé avec d’autres personnes. Tous étaient masqués. En voyant leurs sacs, j’ai compris tout de suite qu’ils étaient armés. Ils ont sorti les armes de leurs sacs et les ont distribuées aux groupes présents.

Seul Pachinski s’exprimait. C’est lui qui donnait les ordres. Il nous expliqua que les Berkout, les forces spéciales de la police, risquaient de donner l’assaut au bâtiment. Il disait que nous devions résister coûte que coûte. On ne nous avait pas dit qu’il fallait tuer des personnes. Nous devions tirer afin de créer du chaos et de la confusion.”

“Bon sang, tu as entendu ? Ce sont des tirs ! Sois prudent ! Il y a un autre blessé. Ces fils de p….. sont en train de tirer ! De là-bas, de là-bas. — De l’hôtel Ukraine, c’est ça ? — Oui, de cette terrasse. Les salauds, ils sont en train de nous tirer depuis l’hôtel Ukraine. Bang ! Puis un autre Bang, comme ça. Un tir puis une pause. Ça venait de l’autre côté de l’hôtel.”

“À ce moment-là, j’ai entendu des tirs qui venaient de la chambre d’à côté. Au même moment, les Lituaniens ont ouvert la fenêtre. L’un d’eux a tiré par la fenêtre tandis que l’autre l’a refermée après. Je ne réussissais pas à comprendre ce qui se passait. Pachinski criait à tout le monde de se tenir prêts, de prendre les armes et le reste du matériel. Alors on s’est tous levés et on lui a donné les instructions. Nous devions tirer par à-coups de deux ou trois. Nous avons tous commencé à tirer deux ou trois coups à la fois. Pachinski se déplaçait d’un groupe à l’autre, et il y avait toujours près de lui cet homme plus jeune, celui qui s’appelait Parassiouk. Nous n’avions pas vraiment le choix, on nous avait donné l’ordre de tirer soit sur les Berkout, la police, soit sur les manifestants, sans faire de différence. C’est pour cela que j’étais complètement terrifié et stupéfait. Alors que depuis les étages supérieurs de l’hôtel Ukraine on tire sur la foule, les manifestants de la place Maïdan se sont réfugiés dans l’hôtel. C’est ainsi que les victimes se sont retrouvées à côté de leurs assassins. À l’intérieur, c’était un tel chaos qu’on ne comprenait même pas qui était qui. Il y avait plein de gens.”

Dans le salon recouvert de cadavres, de sang et de blessés, une caméra filme des hommes armés qui s’éloignent après avoir tiré sur la foule. “C’était un cauchemar, c’était terrible. Quand nous sommes sortis de l’hôtel Ukraine, dans la rue, il y avait des incendies et des policiers blessés. Il y avait des scènes terrifiantes. Nous avons abandonné les armes là. L’ordre était de tout laisser et de partir, de quitter le bâtiment le plus vite possible. On entendait des cris, il y avait des morts et tout autour beaucoup de blessés.

Ma première et seule pensée a été de m’en aller rapidement avant que je sois repéré, autrement ils m’auraient réduit en pièces sur place. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs. Je savais bien de quoi ils parlaient. Et puis j’ai vu des morts, tous ces blessés qu’on emportait et j’ai repris mes sens. À ce moment-là je n’avais pas encore réalisé, je n’étais pas prêt. Mais après j’ai compris. Nous avions été utilisés. Utilisés et piégés. La décision de parler, de tout raconter, je ne l’ai pas prise tout de suite. Elle a mûri lentement avec le temps. En vérité, il n’y a aucun motif pour m’inculper. On ne peut m’accuser de rien selon les bases légales de mon pays. Et de toute façon je suis un soldat, je n’ai peur de rien, pas même de mourir.”

“— Ton scoop, Gian Micalessin, montre que ce sont elles, les fake news, les fables selon lesquelles c’est la révolution de la place Maïdan qui a fait sauter le méchant président pro-russe sans les armes et par les réseaux sociaux. C’est une tout autre histoire qui s’est passée sur cette place”. “— Malheureusement cette fake news, comme tu dis, était la vérité officielle, cette vérité officielle qu’on nous a servi pendant au moins quatre ans, et qui nous a coûté très cher à nous, les Italiens. Embargo, et risque de guerre”. “— Mais alors, derrière ces tireurs que tu as rencontrés, qui disent ne pas avoir peur pour leur vie parce que ce sont des soldats, en réalité, comment peut-on croire qu’ils n’avaient pas compris, naïvement, avoir été les instruments d’une révolte qui ne leur appartenait pas ?”

“— Eh bien, ils pensaient seulement accomplir un travail. Il y a eu une révolution semblable, la soi-disant révolution rose en Géorgie, à laquelle ils participèrent sous les ordres de Saakachvili. Celle-là s’est conclue
de manière pacifique. Donc ici aussi ils ont pensé jusqu’au 18 et 19 qu’ils n’auraient pas à prendre les armes, que tout pouvait se dérouler comme une simple révolte. Ces jours-là, clairement, quand la médiation européenne a décidé de faire des élections anticipées pour voir ce que voulait le peuple, les chefs de l’opposition en décidèrent autrement.”

“— De massacrer leur propre peuple pour créer une révolte ?” “— C’est ce qu’ils nous apprennent dans ce film”. “— Incroyable, vraiment. Merci Gian Micalessin”. “— Merci à vous.”

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La version des Snipers sur le massacre de Kiev : « Les ordres venaient de l’opposition »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

« Ils ont tous commencé à tirer deux ou trois coups à chaque fois. Cela à duré de 15 à 20 minutes. Nous n’avions pas le choix. On nous a donné l’ordre de tirer tant sur la police que sur les manifestants sans faire de différence. »

« J’étais totalement stupéfait. » C’est ainsi que le Géorgien Alexander Revazishvilli se remémore la fusillade tragique du 24 février 2014, à Kiev quant un groupe de mystérieux tireurs ouvrirent le feu sur la foule et sur les policiers, massacrant plus de 80 personnes. Ce massacre a horrifié le monde et changé le destin de l’Ukraine en forçant la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovytch accusé d’avoir organisé la fusillade. Mais ce massacre a également changé le destin de l’Europe et de notre pays en déclenchant la crise menant aux sanctions contre la Russie de Poutine. Sanctions qui sont revenues en boomerang sur l’économie italienne.

Les confessions de Revazishvilli et des deux autres Géorgiens – recueillies par l’auteur du document « Ukraine, les vérités cachées » diffusée ce soir à 23h30 sur Matrix, Canal 5 – révèlent une toute autre vérité bien déconcertante. Celle d’un massacre ourdi et exécutée par la même opposition qui a accusé Ianoukovytch et ses alliés russes.

Revazishvilli et ses deux compagnons – rencontrés et interviewés dans le documentaire – sont un ancien membre des services de sécurité de l’ex-président géorgien Mikheil Saakachvili et deux ex-militants de son propre parti. Recrutés à Tbilisi par Mamuka Mamulashvili, le conseiller militaire de Saakashvili, ils sont chargés d’appuyer – avec d’autres volontaires géorgiens et lituaniens – les démonstrations en cours à Kiev, moyennant une prime de cinq mille dollars chacun.

Munis de faux passeports, ils arrivent en Ukraine pour coordonner les démonstrations et pour provoquer la police ukrainienne, initialement sans utiliser d’armes. Celles-ci entreront en scène le 18 février et seront distribuées entre les différents groupes de Géorgiens et de Lituaniens par Mamulashvili et par d’autres dirigeants de l’opposition ukrainienne. « Chaque sac contenait trois ou quatre armes, il y avait des pistolets Makarov, des fusils mitrailleurs AKM, des carabines ainsi que des paquets de cartouches ». Le lendemain Mamulashvili et les chefs des protestataires expliquent aux volontaires qu’ils devront affronter un assaut de la police dans le palais du conservatoire et dans l’hôtel Ukraïna.

On leur explique que, dans ce cas, il faudra tirer sur la place et semer le chaos. Mais un des protagonistes reconnait avoir reçu une autre explication plus exhaustive. « Quand Mamulashvili est arrivé, je le lui ai également demandé. Si les choses se compliquent, alors nous devrons commencer à tirer » – m’a-t-il répondu. « Nous ne pouvons pas aller aux élections présidentielles anticipées. Mais sur qui devons-nous tirer ?, lui ai-je demandé. Il m’a répondu que le qui et le où n’avaient pas d’importance, il fallait tirer partout afin de créer le chaos ».

Cela n’avait pas d’importance si nous tirions sur un arbre, une barricade ou sur ceux qui lançaient des cocktails molotov. Un autre volontaire le confirme : ce qui comptait était de semer la confusion. « J’entendais des hurlements », confesse Alexander – il y avait de nombreux blessés. Ma seule préoccupation était de partir aussi vite que possible avant qu’ils ne me détectent. Autrement, ils m’auraient mis en pièces. Quelqu’un criait déjà qu’il y avait des tireurs d’élite. Quatre ans après les faits, Alexander et ses deux compagnons disent n’avoir pas encore reçu la moindre récompense, raison pour laquelle ils ont décidés de dire la vérité sur ceux qui les ont utilisés et abandonnés. « Sur le moment je n’ai pas réalisé. Je n’étais pas prêt. Puis j’ai compris. Nous avons été utilisés et piégés. »

Source : Gian Micalessin, Il Giornale, 15/11/2017

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[Olivier Berruyer :] Comme rappelé dans le reportage, ce n’est pas la première fois que ce scandale “d’attaque sous faux drapeau” à Maïdan ressort.

Nous avions ainsi présenté sur ce site en mars et avril 2014 :

1/ L’interception d’une communication en off entre un ministre estonien sur place, relatant les doutes à Catherine Ashton :

2/ ce beau reportage de la télévision allemande ARD :

3/ On a appris mi-mai 2014 que la plupart des balles mortelles ne venaient pas des forces de police et que la plupart des preuves (armes, balles, douilles, documents) avaient été perdues ou volées. (Source).

J’indiquais “À ce stade de manipulation, il est quasi certain que des snipers putschistes ont tiré à la fois sur les forces de l’ordre et sur les manifestants désarmés, et sont responsable d’une bonne partie des décès.”…

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Au niveau des propagandes, on se rappellera ceci :

Pour “l’enquête sur les violences qui ont frappé le pays”, on repassera, donc…

Tout s’explique : François Hollande avait une connexion mentale directe avec le peuple ukrainien et connaissait ses aspirations (pas de bol, il était président de la France…)

2 mars 2014, BHL, deuxième adresse au Maidan

Peuple du Maidan !

Vous avez, à mains presque nues, fait reculer les miliciens Berkout.

Vous avez, seuls ou presque, mis en fuite Ianoukovitch.

Vous avez, avec un sang-froid digne des grands peuples, infligé une défaite historique à la tyrannie.

Et donc vous êtes, non seulement des Européens, mais les meilleurs des Européens.

Européens vous l’êtes, certes, par l’histoire ; mais aussi, désormais, par le sang versé.

Européens vous l’êtes, certes, parce que vous êtes les fils de Voltaire, de Victor Hugo et de Taras Chevchenko ; mais vous l’êtes aussi parce que, pour la première fois, ici, sur le Maidan, des jeunes sont morts avec, entre les bras, le drapeau étoilé de l’Europe.

On a voulu vous calomnier.

On a dit que vous étiez les continuateurs de la mémoire noire de l’Europe. Eh non ! C’est le contraire ! Ces vertus de résistance qui font le génie de l’Europe et qu’un grand Français, le Général de Gaulle, a portées à leur sommet, c’est vous qui les incarniez pendant ces journées sanglantes ; et le national-socialisme, l’antisémitisme, le fascisme qui furent la honte de notre continent étaient du côté de vos ennemis.

Je m’incline devant vos morts.

Je m’incline devant votre bravoure et vous dis plus que jamais : « bienvenue dans la Maison commune ».

BHL

(Source)


La longue “martyrologie” des lecteurs du Monde

Une pièce de plus dans la longue “martyrologie” de l’information en France… (avec Piotr Smolar, envoyé spécial du Monde en Ukraine au moment des faits)

Source : les-crises.fr, https://www.les-crises.fr/no-news-temoignage-des-snipers-du-massacre-du-maidan-les-ordres-venaient-de-l-opposition/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
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« Vaincre Macron », le nouveau livre de Bernard Friot, plus incisif, plus bouleversant et plus important que jamais

Chers amis,

Il y a quelques années, en juin 2010, j’ai découvert Franck Lepage (dans une magnifique émission de Daniel Mermet), et Franck m’a fait ensuite découvrir le travail formidable de Bernard Friot. Depuis, nous sommes devenus amis tous les trois et je trouve que Bernard progresse sans cesse (Franck aussi, d’ailleurs) : son discours est de plus en plus précis et pénétrant, son diagnostic et sa proposition sont de plus en plus puissants, de mieux en mieux argumentés.

Si vous ne connaissez pas cette alternative, c’est le moment de la découvrir, avec ce nouveau livre (petit et pas cher) qui en propose une synthèse très claire. Il s’intitule « Vaincre Macron » (je n’aime pas trop ce titre) mais il dépasse bien sûr (de loin) les problèmes de personnes et vise le cœur (les institutions) du système dit « capitaliste » : décider QUI est légitime pour attribuer la VALEUR économique ?

• Je reproduis ici sa courte introduction, que je trouve puissante, ainsi que son plan.
• Je vous signale ensuite la vidéo d’une bonne conférence où Bernard décrit l’essentiel de son nouveau livre.
• Je vous signale aussi une conférence que Bernard donne ce soir, à Marseille, ainsi qu’un atelier qu’il anime demain après-midi.
• je vous rappelle enfin que l’association « Réseau salariat » a besoin de notre aide à tous pour continuer la bagarre.

https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

Introduction

Pour vaincre Macron, il faut prendre la mesure de son entreprise. Et, pour cela, commencer par le commencement: le printemps des peuples tel qu’il jaillit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, comme en témoignent des documentaires comme La Sociale (1) ou L’Esprit de 45 (2), et la réponse que lui oppose dès le début des années 1950 la construction de ce qui deviendra l’Union européenne. L’énergie que va déployer la classe dirigeante dans la constitution de cette dernière ne peut se comprendre que si on se libère de la lecture soporifique de la Libération qui en fait un moment de circonstances exceptionnelles ayant permis un meilleur partage des richesses entre le capital et le travail au bénéfice des travailleurs. Je montrerai qu’au contraire les lendemains de la Seconde Guerre mondiale sont une période révolutionnaire, c’est-à-dire un moment où le mode de production est mis en cause : ce qui se joue, ce n’est pas la répartition de ce qui est produit, mais la production elle-même et ses deux institutions essentielles, le régime de propriété de l’outil de travail et le statut du producteur. Le marché commun puis l’Union européenne vont être mis en place pour restaurer le mode de production capitaliste que les institutions révolutionnaires, créées après 1945, ont subverti.

Tant que l’on ne prend pas la mesure de cette subversion, soigneusement niée dans l’histoire officielle, on ne comprend pas la « réforme » que vont impulser les gouvernements réunis dans l’Union, en s’appuyant les uns sur les autres, à partir de l’Acte unique mis en musique par Jacques Delors, dans les années 1980. La partition française de la chose a été pour l’essentiel écrite par Philippe Seguin et Michel Rocard, entre 1986 et 1991. Les gouvernements qui leur succéderont vont l’interpréter instrument par instrument, avec une grande application et une grande constance, mais avec une médiocre ampleur de vue, liée aux escarmouches de l’alternance droite/gauche, que leur reprocheront le MEDEF et la CFDT. Aujourd’hui, avec la présidence d’Emmanuel Macron, la classe dirigeante se débarrasse des pesanteurs de l’alternance, l’esprit du couple Seguin-Rocard est à nouveau à l’œuvre avec le caractère systématique de la réforme et son inscription dans les clous imposés par l’Union européenne. Le MEDEF et la CFDT applaudissent avec la retenue qui sied au partage des rôles entre les instances de l’économique et celles du politique.

À quoi s’attaque la réforme? C’est l’objet du premier chapitre. Il est consacré au récit des prémices d’une institution communiste du travail telle que l’initient, en 1946, le Parti communiste et les militants de la CGT emmenés pour l’essentiel par les anciens de la CGT-Unitaire. « Communiste » – et c’est ainsi qu’on entend ce terme dans cet ouvrage – parce quelle est le chemin de sortie du capitalisme : le communisme ne se définit pas autrement qu’empiriquement, par les institutions d’une autre pratique de la valeur économique que l’action des travailleurs organisés parvient à imposer. Contre les institutions capitalistes de la valeur que sont la propriété lucrative, le financement de l’investissement à crédit, la rémunération des travailleurs au prix de leur force de travail, les militants construisent, comme je le montrerai: la copropriété d’usage de l’outil de travail, la subvention de l’investissement et le salaire à vie, en s’appuyant sur les acquis anticapitalistes de la codification du travail qui avait démarré au tournant du XXe siècle, sous l’impulsion de la CGT et de la SFIO naissantes. Et leur dynamique ne s’arrête pas avec l’expulsion des ministres communistes en 1947 : les trois décennies suivantes connaîtront une consolidation substantielle des conquêtes de 1946. Pourquoi 1946 et non pas 1945 ? Pourquoi ces gros mots de révolution et de communisme? Je m’en expliquerai, bien sûr. Mais j’alerte tout de suite le lecteur : ce premier chapitre interroge la fable de « 1945 », et les gros mots sont nécessaires pour refaire vivre l’histoire populaire révolutionnaire qui nous a été volée.

Le deuxième chapitre inscrit les initiatives d’Emmanuel Macron dans la « réforme » menée par la classe dirigeante depuis les années 1980. Il sort sa compréhension de l’impasse dans laquelle la mise l’invocation du néolibéralisme. Ce terme recouvre des interprétations différentes, mais leur dénominateur commun est l’absence de lutte de classes. Le capitalisme serait un « système » qui certes bouge pour se reproduire, d’où sa périodisation, mais, ses déplacements relèveraient d’une cause interne : épuisement du fordisme, baisse du taux de profit, caractère mortifère du fétichisme de la valeur, pour reprendre quelques-unes des explications avancées pour définir le néolibéralisme. Le postulat de la science sociale, fût-elle critique, est qu’il n’y a qu’une seule classe pour soi, c’est-à-dire consciente de ses intérêts et organisée pour les promouvoir : la bourgeoisie. Les travailleurs ne peuvent mener qu’un conflit de répartition : au mieux faire bouger le curseur à leur avantage dans la répartition de la « valeur », hypostasiée dans sa forme capitaliste de valeur d’échange. Dans cette perspective, la réforme ferait reculer les droits des travailleurs pour restaurer un partage de la « valeur » à l’avantage du capital. Je propose une tout autre interprétation: la réforme est une contre-révolution, qui vise à restaurer la pratique capitaliste du régime de propriété et du statut du producteur. Le deuxième chapitre s’intéresse surtout au statut du producteur.

Contre le statut communiste du producteur qui s’est affirmé fortement jusque dans les années 1970 – autour de la généralisation du salaire à la qualification attaché à la personne -, la classe dirigeante a entrepris, depuis les années 1980, de remplacer ce dernier par deux piliers de ressources sans lien avec la qualification : un premier pilier dit « non contributif » universel, forfaitaire, fiscalisé, dont la forme la plus aboutie est le revenu universel, et un second pilier « contributif » adossé au marché des capitaux, qui réassigne les travailleurs à la performance marchande en « sécurisant leurs parcours » à coups de comptes individuels, dont la forme la plus aboutie est le compte personnel d’activité (CPA). Sur cette base, elle tente aujourd’hui de faire revenir le travail à l’invisibilité qu’il subissait avant la conquête du code du travail en remplaçant ce dernier par le prétendu dialogue social.

Le dernier chapitre propose un chemin pour vaincre Macron. Le lecteur en devine d’emblée la boussole. La réponse offensive à une contre-révolution capitaliste ne peut être que la poursuite délibérée de la révolution communiste du travail : copropriété d’usage des entreprises par les salariés et pour cela subvention de l’investissement et salaire à vie. Il faut poursuivre la socialisation salariale de la valeur en doublant le montant des cotisations actuelles pour les affecter à la généralisation du salaire à vie et à la subvention de l’investissement, afin de rendre effectifs les droits économiques à attribuer à chacun à sa majorité, car – et ce sera le point central du chapitre – les personnes doivent être titulaires de leur salaire et de leur outil de travail pour pouvoir réellement décider de la valeur économique.

Je ne sous-estime pas le changement de la culture militante qu’appelle un tel chemin communiste. Ou plutôt des deux cultures militantes qui s’opposent à la réforme. Celle de la gauche de gauche mène la riposte à la réforme en appelant les citoyens et les travailleurs à se mobiliser pour une bonne politique publique, pour un bon usage de l’argent par une bonne fiscalité, une bonne création monétaire et un bon crédit public, pour de bons pôles publics dans des secteurs d’activité décisifs. « Bon » signifie ici : permettant la mutation écologique de l’appareil productif, garantissant des droits d’intervention des travailleurs, assurant le partage du travail pour tous. L’autre culture militante, celle des alternatifs de l’ici et maintenant, se situe plutôt dans la dissidence avec le souci de démontrer qu’une production non capitaliste est possible malgré tout à l’échelon local, dans le souci du sens de ce qui est produit et de la façon dont il l’est. Ces militants sont défiants vis-à-vis des institutions de l’économie, qu’il s’agisse de la valeur, du travail, de la monnaie, et préconisent la décroissance en témoignant d’un mode de vie conforme à leurs convictions. Ces deux types de militance, qui souvent s’ignorent ou se méfient l’un de l’autre, sont de fait les deux pieds avec lesquels nous pouvons sortir du surplace de la défaite ou de la marginalité pour mettre en marche l’alternative communiste à la contre-révolution réformatrice. Mais cela ne sera possible que si les uns et les autres dépassent leur commune cécité sur le déjà-là communiste du travail : les premiers pour sortir d’une attente d’un salut venu de pouvoirs publics soutenus par une mobilisation militante et fonder leur riposte sur la poursuite de la conquête de droits économiques des travailleurs permettant leur souveraineté effective sur le travail, les seconds pour sortir de leur vision péjorative de l’économie, et travailler à l’affermissement d’institutions macrosociales du travail.

Vaincre Macron, faut-il le préciser, n’est pas séparable d’une victoire sur le Front national, ce joker que la classe dirigeante garde en main. Que cette classe en soit, aujourd’hui, à se découvrir au point de laisser tomber le masque de l’alternance entre le Parti socialiste et Les Républicains montre l’importance de l’obstacle qu’elle veut vaincre : le refus populaire de la façon dont elle organise la production. C’est au travail, c’est dans l’entreprise, c’est sur le terrain de la production quelle va gagner ou perdre. Sa force tient dans le sentiment très répandu qu’il n’y a pas d’alternative à ce qu’elle impose en la matière à des travailleurs exaspérés mais résignés. Vaincre Macron repose donc sur la capacité de transformer un refus populaire désarmé en adhésion à une pratique de changement de la production, de la recherche, de l’entreprise et du travail qui les sortira de l’ornière capitaliste, parce qu’elle fera des travailleurs eux-mêmes les décideurs de ce qui est produit: où, comment, par qui, avec quel financement, avec quelle place pour nos activités dans la division internationale du travail. Il n’y a pas besoin d’aller chercher cette pratique dans l’utopie, il faut généraliser et radicaliser ce qui est déjà-là: la copropriété d’usage de l’outil de travail par les intéressés sans soumission à des propriétaires lucratifs ; le salaire à vie qui, en libérant les personnes des aléas d’une rémunération liée à l’emploi ou au bénéfice, leur permet de prendre des initiatives et d’intervenir efficacement dans les décisions économiques ; la subvention de l’investissement ainsi débarrassé du chantage des prêteurs.

Retrouver la dynamique de ces institutions, mises en difficulté par la contre-révolution réformatrice, va nous faire renouer avec l’extension considérable du champ du travail qu’elles ont rendu possible en transformant en travailleurs productifs des fonctionnaires, des parents, des soignants, des retraités, des chômeurs : autant de catégories, notons-le, dont le travail productif laisse une empreinte écologique faible, ce qui montre que l’on peut étendre le champ du travail en harmonie avec le vivant, dès lors qu’on marginalise une production capitaliste indifférente jusqu’à la folie à la valeur d’usage de ce qui est produit. Il faut beaucoup plus de travail pour produire bio et c’est bien meilleur pour la poursuite de notre existence sur terre. Sortir le travail du carcan capitaliste est urgent pour la démocratie : le débat public sera pourri par la xénophobie tant que nous accepterons le mot d’ordre inadmissible du « partage du travail », qui suppose que le travail est en quantité limitée. Alors que si nous libérons la production de l’impasse productiviste capitaliste nous pourrons l’enrichir de l’apport de tous les travailleurs qui le désirent. Cet apport sera d’autant plus possible que les deux types de militance que j’ai évoqués auront comme souci commun de bénéficier de l’apport aigu de celles et ceux qui se vivent comme les indigènes de la République. Face à une bourgeoisie aujourd’hui rassemblée derrière Emmanuel Macron pour une contre-révolution à nouveau systématisée, seul trouvera le chemin de la victoire un salariat très ouvert qui se construira dans sa lutte pour poursuivre la révolution communiste de la production.

[…]

Lire la suite, passionnante, dans ce petit livre important :
https://ladispute.atheles.org/economietravail/vaincremacron

1. Gilles Perret, La Sociale, Rouge Productions, 2016.
2. Ken Loach, L’Esprit de 45, Why Not Production, 2013.


PLAN

Introduction

Chapitre premier La révolution communiste du travail

1. La création conflictuelle du régime général de Sécurité sociale en 1946
2. Contrat de travail et salaire : des institutions anticapitalistes
3. Les prémices d’une production communiste à grande échelle

Chapitre 2 La réforme, une contre-révolution

1. Une institution du travail hors de toute qualification
2. Un droit de la personne hors de tout lien avec la valeur
3. L’invisibilisation du travail par le dialogue social

Chapitre 3 Poursuivre la pratique communiste du travail

1. Donner un nouvel horizon au travail
2. Attacher à la personne les droits de souveraineté sur la valeur
3. Centrer la démocratie sur le travail
4. Poursuivre le geste de création du régime général en 1946

Conclusion
Index des matières

Bernard sera ce soir, 18 novembre 2017, à Marseille, Théâtre Mazenod, 88 rue d’Aubagne, à 18h30 :

Bernard Friot : Conférence gesticulée « Oui à la révolution communiste du travail »

http://www.reseau-salariat.info/e81c434a9e3619ce650f74d507658ad3?lang=fr

Bernard sera encore à Marseille dimanche matin, 19 novembre 2017, Mars Media Lab (UrbanProd), 18 rue Colbert, de 14 h à 17 h :

Atelier-Formation sur le salaire à vie avec Bernard Friot

http://www.reseau-salariat.info/dc0806b01b75deb0aa019bd0d5383f0d?lang=fr

• Enfin, il faut signaler « Réseau Salariat », qui est la structure associative qui soutient le travail de Bernard Friot, et que nous devrions tous aider du mieux que nous pouvons :

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

Voilà. Si vous ne connaissez pas Friot, vous devriez le découvrir, et le faire connaître autour de vous 🙂

Amitiés.

Étienne.

Post scriptum : un dernier mot pour évoquer, sans la développer, la petite pointe de tristesse que je ressens toujours quand je vois ces amis chers (dont le trouve les idées importantes au point que je les intègre en profondeur dans mon propre travail) ne pas intégrer (du tout) dans leur propre analyse l’activité populaire constituante pour sortir de la prison juridique où nous sommes tous enfermés (depuis que les riches nous ont imposé leur définition humiliante du « suffrage universel » : élire des maîtres au lieu de voter les lois).
Je garde cette tristesse au fond de moi, sans en rajouter ; je me dis que toutes les graines mettent du temps à germer puis à pousser, et qu’il ne sert à rien de s’impatienter.


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Qui peut écrire une constitution ? (vidéo 5 minutes)

Parlez-en entre vous.

Et autour de vous.


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Rappel : les 12 vidéos de « Devenons citoyens ! » Entretiens à propos d’une démocratie digne de ce nom :

http://chouard.org/blog/2015/11/11/devenons-citoyens-entretiens-a-propos-dune-democratie-digne-de-ce-nom/

1 Quels sont les défauts du gouvernement représentatif ? (5 min.)
2 Quels sont les grands principes de la démocratie ? (5 min.)
3 La république favorise-t-elle la démocratie ? (5 min.)
4 Le public aux mains des intérêts privés (4 min.)
5 Individualisme et démocratie : ce n’est pas un problème (7 min.)
6 Faut-il un « chef » dans une démocratie ? (6 min.)
7 Comment être efficace pour rétablir une vraie démocratie ? (5 min.)
8 Étienne Chouard est-il un gourou de la démocratie ? (6 min.)
9 Qui peut écrire une constitution ? (5 min.)
10 Démocratie, religions et laïcité (4 min.)
11 Comment se finance une démocratie ? (10 min.)
12 Conseils de lectures anti-esclavagistes (12 min.)

10ème anniversaire du verdict condamnant injustement Jamal Zougam, véritable nouveau Dreyfus, pour les attentats de Madrid en 2004. Une enquête bouleversante de Cyrille Martin.

Chers amis,

Je vous propose de découvrir ci-dessous une enquête remarquable, menée par un simple citoyen, Cyrille Martin, pour disculper un pauvre homme broyé par « La Justice » et croupissant injustement en prison depuis plus de 10 ans pour que nos sociétés puissent maudire un bouc émissaire.

Je vous laisse lire Cyrille et surtout voir son film, vraiment bien fait, je trouve.

La vidéo proposée en bonus est très bonne aussi : je trouve Daniele Ganser épatant, admirable ; je vous en reparlerai (je suis en train de dévorer son dernier livre « les guerres illégales de l’OTAN », aux éditions Demi-Lune).

Étienne.



Cyrille Martin :

« Il y a 10 ans, le 31 octobre 2007, la Justice espagnole rendait son verdict dans l’affaire des terribles attentats de Madrid du 11 mars 2004 (Atocha, 191 morts). Après avoir suspecté l’ETA, l’enquête s’était dirigée vers de supposés djihadistes, au premier rang desquels le marocain Jamal Zougam, qui fut condamné à la réclusion à perpétuité, accusé d’être l’un des poseurs de bombes.

Ce jugement est remis en question par un documentaire, réalisé en autoproduction par l’auteur de ces lignes. Intitulé ’Un nouveau Dreyfus, Jamal Zougam, bouc émissaire des attentats de Madrid ?’, ce documentaire est construit sur la comparaison des images des journaux télévisés avec celles des enregistrements vidéos du procès. Il montre que, dans certains cas sensibles, on continue sur le vieux continent à condamner à perpétuité des boucs émissaires dont le seul tort est d’avoir la ’mauvaise’ religion du moment. Que ce soit par l’intermédiaire de la Justice espagnole ou de la Justice européenne.

La version espagnole du documentaire (diffusée sur internet et sur la chaîne latino-américaine TeleSur) a commencé à briser le tabou qui entoure cette affaire en Espagne. Nous vous proposons l’interview de la famille de Jamal Zougam, réalisée suite à cette diffusion par l’un des rares médias espagnols à critiquer le verdict, elespanol.com. Ainsi que le bonus à cette version espagnole : une interview vidéo en français de l’historien Daniele Ganser, qui bat en brèche l’idée que le terrorisme serait aujourd’hui nécessairement islamiste (sans pour autant revenir à l’accusation d’ETA, idée encore soutenue dans certains médias espagnols). »

Le documentaire en français :


Interview de la famille de Jamal Zougam, Elespanol.com, 10 et 12 mars 2017 :

La famille Zougam est musulmane mais elle a des goût occidentaux. Les filles sont en jeans et ne portent pas le voile. Mohamed [frère de Jamal] aime les Beatles et Mike Oldfield. « A mon travail à la banque, tout le monde m’a cru dès le début et ils m’ont traité comme si j’étais une victime de plus de cet attentat, même si je n’avais pas de proches dans ces trains » assure Samira [sa soeur]. « Pareil à la maison » ajoute Mohamed. « Les voisins n’ont pas changé avec nous. Parce qu’ils sentent qu’on n’est pas des mauvaises gens. »

Ce matin-là, jure Mohamed, ce fut la routine habituelle. « Quand je me suis levé, il était là, devant moi. Je ne l’oublierai jamais. Il était complètement endormi. Il dort comme une souche, pas moyen de le réveiller quand il dort ». « Moi je n’ai pas été appelé à déclarer au procès », dit Samira. « Je crois que ça a été à cause d’une erreur de notre avocat José Luis Abascal. Il ne se réunissait même pas avec nous. Il ne nous consultait pas. »

Cinq fois par semaine, Zougam a le droit de faire un appel téléphonique de cinq minutes. Et sa famille peut lui rendre visite une fois par mois. « Il a été en régime d’isolement total jusqu’à il y a deux ans. Toujours seul, même pendant qu’il était dans la cour. Il a de l’arthrose et il souffre beaucoup du froid, mais personne ne règle ça » dit Samira.

Questions à Aicha, mère de Jamal Zougam, qui rompt 13 années de silence :

Comment savez-vous que votre fils est innocent ?

Parce qu’il n’a rien fait. Parce qu’il était avec moi la nuit du 10 mars. Il est rentré du gymnase, en sueur, vers minuit… Et il serait allé poser des bombes au matin ? Puis il serait allé au travail ? Ce matin-là on a discuté, la télévision était allumée. Son frère est parti au travail en premier et lui est resté discuter avec moi.

Est-ce vrai que la veille des attentats, Jamal avait visité un appartement à louer pour emménager avec sa femme ?

C’est vrai. Il est allé voir le logement, il a laissé la photocopie de sa carte d’identité au propriétaire. Et il est allé au travail. La police et la Justice le savent, parce qu’ils sont allé voir le propriétaire… Mais tout a été étouffé ensuite.

Cette information n’est pas sortie, ensuite, pendant le procès ?

Ils ne voulaient pas, ils ne me laissaient même pas parler pendant le procès. Ce salaud [le juge Gomez Bermudez] ne m’a même pas laissé parler. Il m’a dit « C’est bon, c’est bon. Tais-toi ». Mais il s’agit de mon fils, je devais parler ! Pourquoi ? Pourquoi ne m’ont-ils pas laisser parler ? [A la fin de l’entretien, elle s’excuse pour ce coup de sang : « C’est à cause de cette impuissance »]

Ce n’est pas vrai que vous avez logé chez vous Abou Mughen ?

Jamais. Je ne le connais même pas. Écoutez, personne n’est venu chez moi. Tout les voisins me connaissent. Je n’ai pas déménagé. Ils sont tous gentils avec moi.

Croyez-vous que votre fils a été choisi intentionnellement, ou simplement qu’il n’a pas eu de chance ?

Ils l’ont choisi.

Pourquoi ?

Je ne le sais pas. Je ne sais pas. Parce qu’ils n’avaient personne d’autre.

Jamal a dit pendant le procès que ça pourrait être pour se venger du fait qu’il ait refusé l’offre du CNI [les services de renseignement] de collaborer avec eux.

Ils lui avaient dit qu’ils arrangeraient le venue de son père du Maroc… mais il n’a pas voulu.

Qui aurait commis les attentats selon vous ?

Je ne sais pas. Je ne peux pas… je ne sais pas. La police ? Je ne sais pas. Beaucoup de gens.

Que pensez-vous d’Al Qaeda et de l’État Islamique ?

Du mal, beaucoup de mal. Les barbus je ne peux même plus les voir à la télévision. Je vous jure. Je vois les gens qui vont voilés, comme ça, au Maroc, et je dis « Regarde la fille de p… A cause de ces gens mon fils est en prison. »

Votre fils est condamné sur la base du témoignage de deux femmes roumaines. Pourquoi croyez-vous qu’elles aient déclaré l’avoir vu dans les trains ?

Parce qu’elles ont été payées, et bien payées [Elles ont reçu une indemnité et une régularisation en tant que victimes, note du traducteur]. Pourquoi aucun espagnol n’est venu dire qu’il l’avait vu ? Seulement des roumaines ? Il y en a eu quatre ou cinq. Mais pas d’espagnols, ni marocains, ni italiens. Seulement des roumains… parce qu’elles ont touché. Je demande au gouvernement qu’il rouvre le dossier de mon fils, parce qu’il n’a rien fait. S’il vous plaît.

Avez-vous vu le documentaire du français Cyrille Martin, qui défend l’innocence de votre fils ?

Non. Je n’aime pas voir mon fils dans ce procès, ni me rappeler des images de cette époque. Je ne peux pas. Mais ses frères et sœurs l’ont vu et ils disent qu’il raconte les choses telles qu’elles se sont passées.

Après tout ce qui s’est passé, vous regrettez d’être venue en Espagne ?

Oui… Vous savez que ça fait 13 ans que mon fils est en prison et personne ne parle de lui, alors que tout le monde sait qu’il n’a rien fait. Il y en a qui ont les preuves de ça. Ils ne veulent pas parler. Tout le monde la ferme. Pourquoi ? Parce qu’il est marocain ? Pourquoi ? Beaucoup de gens ont commis des erreurs et personne ne veut parler.

 

Bonus de la version espagnole du documentaire, une interview exclusive en français de Daniele Ganser :

Cyrille Martin

Source : Le Grand Soir :
https://www.legrandsoir.info/10eme-anniversaire-du-verdict-condamnant-injustement-jamal-zougam-veritable-nouveau-dreyfus-pour-les-attentats-de-madrid.html

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Jean-Luc Mélenchon : « IL FAUT RÉGLER LA QUESTION DE LA DETTE »

Nous, on en parle (et on la dénonce centralement) depuis plus de 10 ans (mi 2006, alertés par André-Jacques Holbecq), mais c’est vrai que lui, là, maintenant qu’il a bien compris le mécanisme, il en parle assez bien 🙂

JLM va peut-être finir par admettre l’ultra priorité de la sortie de l’UE 😉

Rappels (entre autres) :

Premiers cris d’alerte contre le scandale de la « dette publique » sur le forum du Plan C, le 20 août 2006 :
http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=81

Sur le forum : compilation du fil très important
« Reprendre le pouvoir sur notre monnaie » (1200 pages, pdf, 10 Mo) :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Reprendre_le_pouvoir_sur_notre_monnaie.pdf

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Proposition à soutenir sur « Parlement&Citoyens » : Instaurer le référendum d’initiative populaire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution

Une très bonne proposition, que nous devrions tous soutenir du mieux que nous le pouvons, sur le site « Parlement & Citoyens » :

Instaurer le référendum d’initiative populaire RIC en toutes matières dans l’article 3 de notre Constitution

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Description :
M. Castaner a affirmé au nom du gouvernement, et nous en sommes ravis : « aujourd’hui on veut sortir de cette théorie des droits formels qui sont sur le papier mais qui ne sont pas la réalité. »

Christophe Castaner, délégué général “En marche” et porte-parole du gouvernement, a annoncé le 30 août sur BFM :
(ici à 07:55) « la fin d’un monde politique » qui se contentait de donner des « droits théoriques » sans se préoccuper des « droits réels ».

Il a pris l’exemple de Lionel Jospin qui avait fait voter « le droit au logement opposable à tous ». C’est à dire que « tout le monde a droit au logement » avec la réalité que l’on constate.

Le CLIC (Comité de Liaison pour l’Initiative Citoyenne), propose justement de modifier l’article 3 de notre Constitution. L’art. 3 attribue la souveraineté nationale et en fixe les modalités d’exercice, mais ce n’est qu’un droit purement théorique. En effet, les citoyens n’ont pendant 5 ans aucun pouvoir d’agir sur leurs représentants, et cela quoi qu’ils fassent ! Quant aux référendums, en 60 ans, il n’y en a eu que 9, dont 2 étaient de purs plébiscites, et le dernier référendum de 2005 (il y a 12 ans !) a vu ses 55% de NON transformés en OUI en 2008 par le Congrès. (voir Note)

Le peuple disposera d’un “droit réel” avec cette simple modification de l’article 3 :

Proposition de loi constitutionnelle du CLIC
Article 3 :
“La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, y compris constitutionnelle et de ratification des traités ; cet article ne peut être modifié que par voie référendaire.
Si la loi organique fixant les modalités de ce référendum n’a pas été promulguée dans les six mois suivant l’adoption de cet article, l’assemblée nationale est dissoute ; les élections générales ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après la dissolution.”

Explication de cette formulation : Le référendum d’initiative exclusivement parlementaire, mensongèrement nommé « référendum d’initiative partagée” par la quasi totalité des médias et des élus, inscrit dans l’article 11 de la Constitution en juillet 2008, n’est entré en vigueur que le 1er janvier 2015. Six ans et demi après son adoption par le Congrès !

Note

1° Pour l’exercice de la souveraineté par la voie de ses représentants.

Quoi que fassent les élus – et jusqu’au contraire de certaines promesses – pendant 5 ANS, les électeurs ne peuvent pas reprendre la parole pour décider de ce qui pourtant les regarde. En effet, ils ne disposent pas du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières qui leur permettrait d’en appeler à l’arbitrage du corps électoral.

Une loi estimée inappropriée ou injuste pourrait faire l’objet d’un référendum abrogatif ou d’un veto suspensif provisoire.

Une promesse qui “ tarderait à venir” pourrait être soumise rapidement au peuple devenu souverain.

2° Pour l’exercice de la souveraineté par la voie du référendum (à l’initiative du Président de la République)

Depuis l’adoption de la Constitution de la Vème République en 1958, environ 60 ans, il n’y a eu que 9 référendums à l’initiative du Président ! Un tous les 6 à 7 ans. (Et encore il y en a eu 2 qui étaient de purs “plébiscites”.)

Au lieu d’utiliser la voie du Congrès, F.Mitterrand et J.Chirac, absolument certains de la réponse OUI, ont utilisé la voie coûteuse du référendum pour “jouer les démocrates” à bon compte !

Objectif
Obtenir le RIC !

Le Référendum d’Initiative Citoyenne, permet à des citoyens estimant certaines lois inappropriées ou injustes, de tenter de les faire abroger, mais il leur permet également d’en adopter de nouvelles élaborées par des citoyens compétents et motivés. Le référendum d’initiative citoyenne est la condition sine qua non d’une relation de confiance entre citoyens et élus.

On ne peut faire confiance à des élus qui – pendant 5 ans – confisquent le pouvoir au peuple « dit » souverain.

Un nombre utile de citoyens « compétents et motivés » dans un domaine, ne viendra assidûment « participer », que quand il pourra en appeler à l’arbitrage du corps électoral s’il estime ne pas avoir été suffisamment entendu par les élus. On ne fait pas discuter utilement des pots de terre et des pots de fer.

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https://parlement-et-citoyens.fr/projects/petition-legislative/collect/deposez-votre-petition/proposals/instauration-du-referendum-d-initiative-citoyenne

J’ai voté moi-même avec ce commentaire
(l’antienne d’Étienne 🙂 ) :

« Dans une vraie démocratie, les citoyens votent eux-mêmes les lois => donc, pas besoin de référendum.

Mais dans une « démocratie représentative » (qui est un oxymore, une tromperie), le minimum, pour que les électeurs ne soient pas complètement sans défense contre les abus de pouvoir, le minimum est d’instituer un VRAI RIC.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Si on veut une constitution digne de ce nom, il faudra apprendre à l’écrire nous-mêmes, dans des mini-ateliers constituants populaires, prolifiques et contagieux. »

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Participation au Forum Mondial de la Démocratie – « Le populisme en question(s) », au Conseil de l’Europe, demain 9 nov 2017, à Strasbourg, sur le thème « Démocratie participative : un antidote au populisme ? »

Juste un mot pour vous signaler que je suis en route pour Strasbourg, où j’expliquerai demain l’idée des ateliers constituants populaires au Forum Mondial de la Démocratie organisé par le Conseil de l’Europe :

Le « laboratoire » où j’interviens est intitulé « N°5 : Démocratie participative : un antidote au populisme ? » et il est annoncé ici :

https://www.coe.int/fr/web/world-forum-democracy/2017-lab-participatory-democracy-an-antidote-to-populism-

Les inscriptions sont fermées et je crains que rien de tout cela ne soit filmé…

Mais je vous promets que je ferai de mon mieux pour défendre le populisme contre les démophobes, pour critiquer nos prétendues démocraties représentatives et pour exprimer la montée de l’exigence populaire en matière constituante.

Il faudra commencer par consacrer quelques minutes pour déconstruire tous les mots menteurs de ces fichus intitulés démophobes 🙂

Bien à vous tous.

Etienne.

La fin de [la prétendue] Union européenne : une bonne recension (par Claude Rochet) d’un très bon livre (de Coralie Delaume et David Cayla, 2017)

Olivier Berruyer nous signale sur son précieux blog plusieurs bonnes critiques d’un excellent livre, publié début 2017 par Coralie Delaume et David Cayla et intitulé « La fin de l’Union européenne ». Je trouve la recension de Claude Rochet particulièrement pertinente :

La fin de l’Union européenne

L’Union européenne va-t-elle survivre, ou est-elle condamnée, comme l’URSS, à l’implosion par incohérence interne de ses politiques et de son fonctionnement? Deux auteurs de la nouvelle génération, la talentueuse polémiste à la plume acérée Coralie Delaume et David Cayla, qui assure la relève d’une génération d’économistes, nous livrent un ouvrage aussi complet que pertinent.

Le livre de Coralie Delaume et de David Cayla mérite d’être lu. Non seulement parce qu’il annonce une bonne nouvelle – la fin de l’Union européenne – mais aussi et surtout parce qu’il est bien écrit, ce qui mérite d’être souligné pour un ouvrage traitant d’un sujet aussi ennuyeux et aussi soumis aux poncifs que sont les questions européennes.

On saluera le travail des deux auteurs qui sont magnifiquement parvenus à une unité de plume. Les approches de Coralie Delaume, dont on connaît la plume acérée, et de l’économiste David Cayla sont parfaitement intégrées. Tout juste reconnaît-on le talent pour les formules assassines de Coralie Delaume dans cette description de François Hollande « l’homme qui a élevé la vacuité consensuelle au rang de discipline olympique ».

L’ouvrage traite des questions politiques et économiques : il commence par la description de la palinodie des référendums européens où l’on doit revoter jusqu’à ce qu’on vote oui, et où les électeurs, selon l’injonction de Jean-Claude Juncker – l’homme qui parle avec les dirigeants d’autres planètes-, se doivent de voter oui indépendamment de la question posée. Il se termine par l’impossibilité de la démocratie européenne et les possibilités de construire une coopération entre pays d’Europe une fois que le Leviathan aura rendu l’âme.

Mais la force et l’intérêt de cet ouvrage est qu’il n’est pas un ouvrage d’économie ni encore moins de bavarde science politique. C’est un livre d’histoire. Une histoire contemporaine, celle que nous vivons qui est racontée comme un témoignage pour l’avenir. Le mérite de ce livre c’est qu’on le lira avec profit dans quelques décennies comme on lit les ouvrages sur l’implosion de l’URSS. Pas de théories alambiquées, mais le récit de l’enchaînement des faits, de nombreuses études de cas sur la Grèce, la Finlande et l’Irlande, avec une part de lion naturellement réservée à l’Allemagne. Les manipulations statistiques et financières qui font du Luxembourg (qui n’a plus d’usines) une puissance industrielle alors qu’il n’est qu’une lessiveuse à blanchiment fiscal, ou qui font de l’Irlande une grande puissance exportatrice avec une croissance extraordinaire du PIB avec des marchandises qui ne circulent que sur le papier et un niveau de vie qui stagne désespérément, sont clairement exposées et démontées.

Un livre d’histoire qui nous renvoie à l’histoire de l’économie et du développement des pays d’Europe. Le chapitre sur la polarisation du développement créé par l’industrialisation en régime de libre-échange, qui fait référence à l’industrialisation de l’Angleterre au XVIII° siècle puis au rattrapage par l’Allemagne au XIX°, puis de la France, se réfère aux travaux de Paul Bairoch et bien sûr de Friedrich List et nous rappelle cette dynamique du développement : l’industrialisation appelle l’industrialisation. C’est ce qu’on appelle les synergies entre activités qui créent les rendements croissants – laissant les régions périphériques dans un moindre développement, voire un sous-développement quand les activités périphériques sont aspirées par le pôle central, entraînant la désertification des pays. Tout cela avait été théorisé et exposé par L. Von Thünen au début du XIX°.

On sait aujourd’hui le modéliser quand on étudie le développement urbain avec les lois de Tobler (« ce qui est plus proche se connecte plus avec ce qui est plus proche ») et de Zipf (« les grandes villes mangent les petites »). Ce qui permet aux auteurs de nous rappeler que la crise des pays périphériques de l’Europe, élégamment appelés PIGS par les eurocrates (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) n’est pas liée à une quelconque tare anthropologique et raciale, mais à une poursuite de l’effet de polarisation qui trouve sa source dans le développement de l’Europe depuis le XVI° siècle, et que le libre-échange, comme l’avait clairement expliqué Friedrich List dans son irremplaçable « Système National d’Economie Politique » de 1841, combiné à la funeste et impérialiste Théorie de avantages comparatifs de Ricardo, ne fait qu’accroître. On renverra à l’indispensable ouvrage de Erik Reinert « Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres ».

Nos anciens, pour définir les politiques de développement qui ont fait la prospérité de l’Europe, ne se référaient pas à une « théorie économique » mais à l’histoire, ce que j’ai exposé dans mon Histoire de l’Etat stratège. La funeste science économique ne naît que dans la première moitié du XIX° siècle  en Angleterre et surtout en France avec sa rencontre avec le positivisme, qui va vouloir en faire une science exacte devant s’imposer à la politique, celle-ci se résumant, comme l’avait écrit Auguste Comte « il faut considérer la marche de la civilisation comme assujettie à une loi invariable fondée sur la nature des choses[1] » : la politique se résumait à l’application de supposée lois de l’économie. Cahuc et Zylberberg ne disent pas autre chose aujourd’hui en appelant à la répression en vers ceux qui refusent que l’économie soit une science exacte à laquelle le politique doit se plier.

Un livre bien écrit, qui se lit facilement, comme un livre d’histoire, bien référencé, qui gagnera à être relu au fil des évenements pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Claude Rochet.

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[1]  Auguste Comte, Opuscule de philosophie sociale, 1819-1826, p. 111

Source : https://blogs.mediapart.fr/rochet-claude/blog/300817/la-fin-de-lunion-europeenne