[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

Passionnant Franck Lepage.
Messages essentiels.
On ne s’en lasse pas.
Prenez le temps.
Ne ratez pas ça.

interview Franck Lepage, Bourgueil 2017-05-13 from SkyShot videoshop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – partie 1 (Bourgueil) from SkyShot videoshop on Vimeo.

Franck Lepage Inculture(s) 2 – partie 2 (Bourgueil) from SkyShot videoshop on Vimeo.

Pour suivre l’activité de L’ARDEUR et les différentes conférences gesticulées : http://www.ardeur.net


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155502681292317

19 réponses à “[Éducation populaire – Conférences gesticulées – Résistance au capitalisme] Franck Lepage à Bourgueil, 13 mai 2017

  1. Venezuela : à la rencontre de « l’opposition » (Abby Martin, Empire Files -- 1/2)

  2. Venezuela : à la rencontre de « l’opposition » (Abby Martin, Empire Files -- 2/2)

  3. On saura que le Venezuela est devenu une dictature le jour où les médias arrêteront d’en parler.

    par Viktor Dedaj :


    Photo : Venezuela, février 1989. Les forces armées massacrent des milliers de personnes lors d’une manifestation populaire.

    Au Venezuela (comme ailleurs), la différence entre une dictature de droite et une dictature de gauche est la suivante : sous une dictature de droite, les opposants « disparaissent ». Sous une dictature de gauche, les opposants passent tous les soirs à la télé et dans tous les médias internationaux pour dénoncer la dictature.

    Comme toujours, vous commencez par soulever un sourcil. Alors voici un test : citez-moi une seule dictature de droite. J’entends par là un régime de droite que les médias qualifient de dictature. L’Arabie Saoudite ? Raté. l’Arabie Saoudite n’est pas une « dictature » mais un « royaume », et elle n’est pas « de droite » mais « théocratique. (*) Autre exemple ?

    Vous séchez, et c’est normal.

    Au Venezuela (comme ailleurs), la question de « qui est qui ? » est ignorée, sauf pour un des « qui ». Comme si le contexte n’avait aucune importance, comme si la nature de l’adversaire d’un processus ne déterminait pas le cours du processus. Annoncer 100 morts lors de manifestations sous-entend une foultitude de choses, aussi fausses les unes que les autres. Cela sous-entend que tous ces morts sont des « opposants ». Cela sous-entend qu’il n’y a aucun représentant des forces de l’ordre parmi les victimes. Ce que cela ne sous-entend pas, par contre, c’est la petite entorse à l’étique journalistique – qui me paraît éminemment volontaire – qui consiste à ne pas trop insister sur l’identité de ces morts. Car cela démontrerait une chose : rarement un gouvernement aura fait preuve d’autant de retenue devant des violences systématiques, des violences qui cherchent à faire des victimes. Et rarement les forces de l’ordre d’une dictature (qu’elle soit instaurée ou en devenir) n’auront compté dans leurs propres rangs autant de victimes sans une réaction, disons, « déterminée ».

    Cela sous-entend aussi que le nombre est « exceptionnel » (sinon, pourquoi en parler ?). Alors qu’on parle d’un pays qui a vu – mais c’était pendant la démocratie douce et bucolique d’antan – des manifestations se solder par des milliers de morts, fauchés à l’arme lourde par l’armée de l’époque. Cela sous-entend qu’on n’a jamais découvert des dizaines de charniers dans la Colombie voisine -- dont certains contenaient jusqu’à 2000 cadavres – sous le règne d’une classe qui y est encore et toujours au pouvoir et qui -- ô ironie – trouve le gouvernement vénézuélien peu fréquentable. La liste est longue de ceux qui l’ouvrent et feraient mieux de la fermer – les dirigeants des Etats-Unis en tête. Mais ils ne sont pas les seuls.

    Il y a quelques jours sur France-Inter, un des préposés aux commentaires du matin s’est fendu d’une nouvelle attaque contre le président du Venezuela, Nicolas Maduro. Il expliquait qu’une vidéo appelant les électeurs à voter lors de l’élection de l’Assemblée constituante (qui vient d’avoir lieu) passait à la télévision, et que cette dernière était « bien-entendu, contrôlée par le régime ». Et dans des millions d’esprits d’auditeurs évoluant encore dans leurs brumes matinales, l’image s’imprègne d’un pays où les médias sont « contrôlés » par le pouvoir. Peu sauront, entendront ou comprendront que c’est exactement le contraire, et que les dits médias y sont d’une virulence extraordinaire.

    Une coutume bien implantée -- à gauche, notamment, encore dans sa phase d’auto-flagellation pour cause de recherche de crédibilité auprès des médias -- voudrait que j’entame ici la ritournelle genre « certes, le gouvernement vénézuélien a commis des erreurs, je ne nie pas les problèmes, etc… ». Ne comptez pas sur moi. Oui, oui, je sais, camarades. Il faut éviter de soutenir des processus qui ne le méritent pas. Mais si vous attendez un processus qui mérite d’être soutenu en observant le monde à travers le prisme de vos grands médias préférés, vous allez attendre longtemps.

    À chaque élection, à chaque consultation, à chaque référendum, le Venezuela « fait un pas vers la dictature ». Seulement voilà : il y a un an, le Venezuela était déjà qualifié de dictature par les médias. Maintenant, il ne l’est plus tout à fait mais ne va pas tarder à l’être alors qu’il l’était déjà avant de le devenir. Vous allez voir qu’un jour ils auront raison. Et vous saurez exactement quand car ce sera justement le jour où ils arrêteront d’en parler.

    Viktor Dedaj
    « Je n’ai pas oublié le Honduras – ni les autres »

    (*) pour ceux et celles à qui l’ironie de la phrase aurait échappé : l’Arabie Saoudite est évidemment une dictature de droite… mais jamais (ou très rarement) présentée comme telle.

    URL de cet article 32148
    https://www.legrandsoir.info/on-saura-que-le-venezuela-est-devenu-une-dictature-le-jour-ou-les-medias-arreteront-d-en-parler.html

    Source : Le Grand Soir

  4. CitoyensDebout

    Droite ou gauche : la question est-elle vraiment pertinente ? Une dictature, quelle que soit son orientation, reste une dictature.
    Par ailleurs, il me semble (corrigez-moi si je fais erreur) que maintenir ces débats pour savoir si tel est de droite ou tel autre est de gauche participe au maintien d’une division dans la population dans son ensemble, d’autant plus que si on s’avisait de faire un large sondage pour définir ce que signifie « être de gauche » ou « être de droite », on en arriverait probablement au cliché devenu aujourd’hui assez largement admis, gauche = social, droite = pognon, ce qui n’a strictement aucun sens et encore moins d’intérêt.

    On peut continuer pendant très longtemps à se morfondre sur des constats, mais si on ne présente pas de solution viable et surtout durable, l’intérêt décroît encore. On parle de démocratie, mais pour l’instant j’ai surtout le sentiment qu’on ne fait qu’en parler. Les actions sont largement plus rares.
    Mon cher monsieur Chouard, vous avez lancé l’initiative des ateliers constituants, et c’est tout à votre honneur. Pourtant, il semble depuis le temps que ça stagne, c’est en tous cas l’impression que j’en retire personnellement. En réfléchissant à cette approche, il m’est venu une idée qui irait largement plus loin. J’ai tenté de vous faire parvenir un document par courriel, mais probablement à cause d’un niveau de sollicitation difficilement gérable vous ne l’ayez pas vu. J’ai produit un petit document que je vous invite à consulter https://drive.google.com/open?id=0Bxjvh9_dkVtackoxZy1MYVBZbHc : 4 pages plus une table des matière et une annexe d’une page. Je ne revendique pas la paternité de l’idée, cette dernière a plus de 2000 ans. Je ne peux pas lancer ça tout seul, d’abord parce que je n’ai pas votre notoriété, ensuite parce que techniquement je ne me lancerai pas à nouveau dans un projet aussi important tout seul, mais l’aspect technique reste relativement secondaire. Et le sujet, c’est la remise au goût du jour de l’agora citoyenne. Tous les avis seront bienvenus, les débats (argumentés) sont largement ouverts, mais c’est à la population de se saisir du problème, il ne faut rien attendre des politiciens sur ces questions.

  5. Très intéressante relativisation de la prétendue « violence » politique, par Thomas Guénolé :

  6. Les 10 victoires du Président Maduro, par Ignacio Ramonet


    http://www.les-crises.fr/les-10-victoires-du-president-maduro-par-ignacio-ramonet/
    Source : les-crises.fr Olivier Berruyer

  7. claude saint-jarre

    Il y a une conférence gesticulée sur la Constituante?

  8. Faut-il tirer au sort les élus? Débat entre Dominique de Buman et Charly Pache


    http://www.rts.ch/play/radio/redirect/detail/8794742

  9. Adrien Quatennens :

  10. Robespierre, le grand mensonge

    Jean-Clément Martin

    Selon l’interprétation traditionnelle, Robespierre reste l’incarnation sanglante, redoutable et redoutée de la Révolution française. Dans « Robespierre, la fabrication d’un monstre », Jean-Clément Martin, ancien directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, professeur émérite à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, démolit l’image caricaturale du tyran, savamment façonnée, selon lui, immédiatement après sa mort. L’historien y dévoile un personnage plus nuancé, discret, complexe et souvent indécis, en proie à une situation politique chaotique à laquelle il s’adapte plus qu’il ne la provoque.

    Qui était le jeune Maximilien ? […]

    Lire la suite :
    http://communication-ccas.fr/journal/robespierre-le-grand-mensonge/

    ————--

    Un livre à lire :

  11. La médiocrité au travail et le chômage structurel de masse :
    « L’organisation du travail reste très largement stupide; Nous en savons tous plus que ce que l’on nous laisse faire. » Franck Lepage

    Extrait de «Inculture 2 : l’éducation» par Franck Lepage

    Lisez « La médiocratie » :

    http://amzn.to/2ob7gfF

  12. La « BHLisation des esprits » plus grave que leur « lepenisation » :
    Jean Bricmont répond à BHL (VIDEO)

    Accusé de négationnisme dans le Bloc note de Bernard-Henri Lévy du 20 juillet (le Point), le physicien et essayiste Jean Bricmont répond et explique sa vision de la liberté d’expression dans un entretien accordé à RT France.

    Alors qu’il ripostait contre Le Monde Diplomatique dans son « Bloc-note » du 20 juillet publié dans Le Point, le philosophe Bernard-Henri Lévy a accusé le physicien et écrivain belge Jean Bricmont d’être un « négationniste […] longtemps préposé dans le journal [Le Monde Diplomatique], au traitement de l’actualité éditoriale antiaméricaine et antisioniste ».

    Invité par RT France, Jean Bricmont a répondu aux propos de l’écrivain, qu’il qualifie de « diffamation ». Une vidéo à retrouver bientôt en intégralité sur RT France.

    Jean Bricmont est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la liberté d’expression, son travail, proche de celui de Noam Chomsky aux Etats-Unis, traite de la censure et de la propagande en démocratie. Il est notamment opposé à la loi Gayssot, qui, en France, punit sévèrement toute remise en question historique des conclusions du Tribunal de Nuremberg en 1946. Plusieurs universitaires et intellectuels ont été condamnés en vertu de cette loi au cours de procès, souvent très médiatisés. On se souvient notamment de celui du philosophe et ancien député communiste Roger Garaudy en 1998 ou encore des nombreuses procédures lancées contre le professeur de lettres devenu farouche militant «révisionniste» Robert Faurisson.

    « Vous accusez quelqu’un sans preuve d’un délit, c’est de la diffamation. »

    Considérant qu’il n’est qu’une cible annexe dans ce qui est selon lui une «attaque hystérique contre Le Monde Diplomatique», Jean Bricmont nie avoir été préposé à une quelconque tâche dans ce journal, pour lequel il n’aurait écrit que quelques articles. Le plus grave dans cette affaire réside, pour l’essayiste, dans le fait que BHL l’accuse de négationnisme.

    « Vous accusez quelqu’un sans preuve d’un délit, c’est de la diffamation et ce n’est couvert par la liberté d’expression dans aucun pays », s’est ainsi défendu le physicien qui dit ne pas vraiment croire à ses chances de victoire devant la justice contre BHL s’il décidait de le poursuivre. […]

    Lire la suite :
    https://francais.rt.com/entretiens/41608-bhlisation-esprits-plus-grave-que-lepenisation-selon-jean-bricmont

    Source : RT.com

  13. Dix clefs pour comprendre et analyser la victoire du chavisme à la constituante


    https://www.legrandsoir.info/dix-clefs-pour-comprendre-et-analyser-la-victoire-du-chavisme-a-la-constituante.html

    Source : Le Grand Soir

    • Je ne vois pas ce que cet article apporte au débat. Il devrait s’intituler plutôt « dix commentaires hagiographiques du gouvernement du Presidente Maduro ». Que les médias du système fassent de la propagande, c’est dans leur rôle, mais je voudrais que ceux qui se vantent de faire de contre-information nous aident à y voir plus clair. Wikipedia (francophone, mais aussi les versions anglophones et hispanophones) présente quand même les choses avec toute une autre tonalité que Le Grand Soir. J’aimerais qu’au minimum il soit répondu aux problèmes soulevés (au-cela de dire simplement que Wikipedia est inféodé au capitalisme international).

      On va juste aborder un problème : l’opposition a refusé de participer aux élections de l’assemblée constituante car elle juge le processus inconstitutionnel. Qu’en est-il ?

      Si l’on consulte la constitution du Vénézuela, on trouve dans le chapitre relatif à l’Assemblée Constituante :

      Chapitre III. De l’Assemblée Nationale Constituante
      Article 347
      . Le Peuple du Venezuela est le dépositaire du Pouvoir Constituant originel. Dans l’exercice de ce pouvoir, il peut convoquer une Assemblée Nationale Constituante dans le but de transformer l’Etat, créer un nouvel ordonnancement juridique et rédiger une nouvelle Constitution.
      Article 348.
      L’initiative de convocation de l’Assemblée Nationale Constituante peut être prise par le Président ou Présidente de la République en Conseil des Ministres ; l’Assemblée Nationale, après accord des deux tiers de sa composante ; les Conseils municipaux, siégeant, après le vote des deux tiers ; ou quinze pour cent des électeurs et électrices inscrits sur le registre électoral.
      Article 349.
      Le Président ou la Présidente de la République ne peut soulever d’objections en ce qui concerne la nouvelle Constitution. Les pouvoirs constitués ne peuvent en aucune manière empêcher les décisions de l’Assemblée Nationale Constituante. Aux fins de la promulgation de la nouvelle Constitution, celle ci sera publiée au Journal Officiel de la République Bolivarienne du Venezuela ou au Journal de l’Assemblée Nationale Constituante.

      Source :http://etienne.chouard.free.fr/Europe/ConstitutionVenezuela.pdf, avec corrections personnelles

      Le président Maduro à donc convoqué une Assemblée Constituante : il en précise les modalités dans un décret du 23 mai :
      http://www.oevenezolano.org/wp-content/uploads/2017/05/Gaceta-Oficial-41156-Bases-Comiciales-ANC.pdf
      (évidemment, parmi les centaines de commentateurs francophones qui débattent depuis deux mois sur le bien-fondé de cette convocation, aucun ne fait l’effort de renvoyer à ce décret ; l’ont-ils seulement lu?)
      Globalement, l’assemblée est composée de deux contingent :
      1) environ un tiers élus sur base « corporatiste » : différents groupes sociaux – étudiants, retraités, hommes d’affaires, … -- élisent chacun leurs représentants. Le conseil national électoral détermine la clef de répartition entre ces groupes en consultant les registres statistiques nationaux.
      2) environ deux tiers élus sur base « territoriale » : le mode de désignation est formulé de manière un peu laconique par Maduro dans l’article 3 du décret, mais il semble que :
      -- les petites municipalités ont un représentant, élu au suffrage universel uninominal majoritaire à un tour
      -- les grosses agglomérations ont deux représentants, élus aux suffrage universel mais la répartition est ici proportionnelle
      -- la capitale a sept représentants, élus aux suffrage universel, avec représentation proportionnelle

      Il faut savoir que la campagne et les petites villes sont majoritairement chaviste, alors que la capitale et les grosses agglomérations sont majoritairement pour l’opposition :
      https://es.wikipedia.org/wiki/Elecciones_municipales_de_Venezuela_de_2013

      Mon analyse est donc la suivante :
      On ne peut par dire que la convocation de l’assemblée sont inconstitutionnelle. Mais la Constitution du Vénézuela est (sans doute volontairement) floue sur la mise en place d’une nouvelle Constituante. Après le blabla habituel sur la souveraineté populaire (« Le Peuple du Venezuela est le dépositaire du Pouvoir Constituant originel … »), l’initiative concrète est laissée à ses représentants (« L’initiative de convocation de l’Assemblée Nationale Constituante peut être prise par le Président ou Présidente de la République en Conseil des Ministres … »).
      Plus grave : le mode de désignation des membres de l’assemblée n’est pas défini par l’actuelle constitution. Il n’est donc pas étonnant que le chef de l’État décide de lui-même par décret du mode de désignation des membres.
      Comme on le sait, pouvoir choisir le mode de scrutin, c’est déjà choisir le résultat souhaité …

      Ici, Maduro choisit de faire élire une partie de l’assemblée sur base corporatiste. Ainsi, la représentativité sociale est assurée. Les groupe sociaux qui ont tendance à ne pas se déplacer lors des élections (qui sont aussi les groupes chavistes) ne sont ainsi pas désavantagés par la faible mobilisation.
      Alors, cela étant dit , je ne juge pas non plus le principe des quotas corporatistes forcément mauvais. C’est une manière astucieuse de corriger le défaut de l’abtentionnisme des classes populaires. C’est une sorte de pis-aller du tirage au sort.
      Pour le composant élu sur base territoriale, son idée est la suivante.
      Les petites municipalités (pro-chavez) élisent selon le principe first-past-the-post : 100 % des représentants élus ici seront de ses partisans.
      Les grosses agglomérations (pro-opposition) élisent selon un scrutin proportionnel : 55 % des représentants élus là seront pro-opposition, et 45 % pro-Maduro.
      On voit tout de suite l’astuce, et je comprends que ça puisse énerver les partis de l’opposition.

      La mise en place actuelle de l’Assemblée Constituante n’est donc pas inconstitutionnelle, mais son mode de sélection est entièrement entre les mains de Maduro et il a usé de cette prérogative au maximum.

      La leçon a tirer, c’est que lorsqu’une assemblée constituante démocratique rédigera une nouvelle constitution, elle doit s’astreindre à prévoir avec précision les modalités de renouvellement de cette constitution, le droit d’initiative, et le mode de désignation des constituants. Cela doit être fait avec l’objectif de ne pas être suspecté de manipulation, d’autant que les convocations de constituantes ont lieu en période de tension, et qu’il n’est alors plus temps de débattre de la justice de ces modalités. Leur mise en place ne doit pas prêter à discussion de la part des groupes qui se sentiraient lésés.

  14. Photos : médias contre droit au suffrage des Vénézuéliens

    par Thierry DERONNE

    Ils ont marché pendant des heures à flanc de montagne, sous la pluie, traversé à pied des torrents impétueux en se tenant par la main, ou à quatre pattes sur un tronc d’arbre, ils ont emprunté des camions, des bétaillères, sont montés sur des chevaux, ils ont fait des queues interminables pour accéder aux bureaux de vote, ils ont bravé les menaces des opposants meurtriers, ils sont le peuple vénézuélien comme nous le montre ici en photos notre ami Thierry Deronne depuis Caracas, photos que vous chercherez vainement dans nos médias libres et objectifs, médias de milliardaires adulés par les défenseurs de la démocratie qui veulent persuader (non sans succès) le peuple de France que le Venezuela est une dictature.

    Le Grand Soir

    Lire l’article, épatant, de Thierry Deronne :

    https://www.legrandsoir.info/photos-medias-contre-droit-au-suffrage-des-venezueliens.html

  15. Dégâts Collatéraux -- Les sanctions US visent la Russie, et frappent l’Europe

    par Diana JOHNSTONE

    « Savent-ils ce qu’ils font ? Lorsque les représentants au Congrès américain adoptent des sanctions qui visent surtout à affaiblir le Président Trump et à exclure tout effort d’améliorer les relations avec la Russie, savent-ils que ces mesures reviennent à une déclaration de guerre économique contre leur chers « amis » européens ?

    Qu’ils le sachent ou non, ils s’en fichent. Les politiciens outre-Atlantique voient le reste du monde comme un grand arrière-pays, à exploiter, punir ou ignorer avec impunité.

    La Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (l’Acte de sanctions pour lutter contre les adversaires de l’Amérique) fut adoptée le 25 juillet par 419 députés de la Chambre contre trois. Une version précédente fut adoptée par tous les Sénateurs sauf deux. Le passage final est certain, dans des proportions telles qu’il puisse passer outre à un éventuel véto présidentiel.

    Cette crise de colère du Congrès frappe dans tous les sens. Les victimes principales seront sans doute les chers alliés européens, en particulier l’Allemagne et la France – qui, soit dit en passant, peuvent parfois être des concurrents économiques des Etats-Unis. Mais de telles considérations ne frôlent pas l’esprit des nobles élus du peuple américain, tous dévoués à l’avancement de la moralité universelle.

    La “puissance douce” américaine frappe dur

    Sous le régime des sanctions U.S., chaque nation qui fait des affaires avec la Russie (ou avec les autres pays cités) peut se trouver dans le pétrin. En particulier, cette loi vise toute entreprise engagée dans la construction du gazoduc Nord Stream 2, destiné à provisionner l’Allemagne en gaz naturel de la Russie.

    Petit détail : les sociétés américaines sont prêtes à donner un coup de main à leurs amis allemands en leur vendant leur propre gaz naturel, obtenu par fracturation, beaucoup plus cher.

    Ce n’est qu’un des moyens par lesquels cette loi soumettrait les banques et sociétés européennes à des restrictions, poursuites judiciaires et amendes gigantesques.

    Tout en prêchant la « libre compétition » au monde entier, les Etats-Unis prennent constamment des mesures pour l’entraver.

    Depuis l’accord de juillet 2015 qui garantissait le non-développement d’armes nucléaires par l’Iran, les sanctions internationales contre ce pays furent levées, mais les Etats-Unis en a gardées d’autres, plus anciennes. Ainsi, toute entreprise européenne qui envisage de faire des investissements ou du commerce avec l’Iran a toutes les chances de recevoir une lettre d’une entité basé à New York, s’appelant United Against Nuclear Iran (Unis contre l’Iran nucléaire) qui prévient qu’il reste « de sérieux risques légaux, politiques, financiers et de ternir sa réputation, associés au commerce avec l’Iran, surtout dans les secteurs de l’économie iranienne tels que le pétrole et le gaz. » Parmi les risques cités on trouve des milliards de dollars d’amendes, la surveillance par un grand nombre d’organismes de régulation, des dangers personnels, la cyber-insécurité, la perte de bonnes affaires, une mauvaise réputation et un déclin de la valeur boursière.

    Les Etats-Unis se comportent en gangster en toute impunité parce que pendant de longues années ils ont crée un vaste labyrinthe juridique, impénétrable et capable de s’imposer à la vie économique du « Monde Libre » grâce à l’omniprésence du dollar, des capacités de renseignement sans pareil et l’intimidation pure et simple.

    Les dirigeants européens ont réagi avec indignation à cette dernière rafale de sanctions. Le ministère des affaires étrangères allemand jugeait « inacceptable d’utiliser les sanctions comme un instrument pour servir les intérêts de l’industrie des Etats-Unis ».

    Le Quai d’Orsay a dénoncé comme illégale « l’extraterritorialité » de la législation américaine, annonçant que « pour nous protéger des effets extraterritoriaux de cette législation, il faut adapter nos lois françaises et européennes ».

    En effet, l’imposition arrogante des Etats-Unis de leurs propres lois aux autres pays inspire une croissante amertume en France. Déjà le 5 octobre dernier, un rapport sérieux sur « l’extraterritorialité de la législation américaine » fut présenté aux commissions des affaires étrangères et de la finance de l’Assemblée nationale.

    L’extraterritorialité

    Le président de la commission d’enquête qui a produit ce rapport, Pierre Lellouche, a résumé la situation ainsi :

    « Les faits sont très simples. Nous sommes devant un mur de législations américaines extrêmement touffues avec une intention précise qui est d’utiliser le droit à des fins d’imperium économique et politique dans l’idée d’obtenir des avantages économiques et stratégiques. Comme toujours aux Etats-Unis, cet imperium, ce rouleau compresseur normatif se déroule au nom des meilleures intentions du monde puisque les Etats-Unis se définissent comme un benevolent power, c’est-à-dire un pays qui ne peut faire que le bien. »

    Toujours au nom de la « lutte contre la corruption » ou la « lutte contre le terrorisme », les Etats-Unis entament les poursuites contre tout ce qui peut être appelé un « U.S. person », ce qui selon le droit bizarre du pays peut désigner n’importe quelle entreprise liée au pays par une filiale américaine, ou qui est côté en bourse à New York, ou qui utilise un serveur basé aux Etats-Unis, ou qui tout simplement fait du commerce en dollars, ce qu’aucune entreprise internationale ne peut éviter.

    En 2014, la plus grande banque française, BNP-Paribas, s’est résignée à payer aux Américains des amendes de presque neuf milliards de dollars, rien que pour avoir utilisé des transferts en dollars au cours de transactions avec des pays sous sanctions américaines. Ce commerce était parfaitement légal en droit français. Mais parce que les échanges étaient en dollars, elles transitaient par les Etats-Unis, où elles étaient repérées par les régulateurs.

    Dans ces cas, les banques européennes ont le choix entre se faire traîner devant les tribunaux hostiles pour des procès interminables, ce qui entraînerait divers ennuis et punitions même avant le verdict, ou bien, suivre le conseil des avocats d’affaires américains bien rémunérés et accepter d’entrer dans l’obscure culture judiciaire américaine du « plea bargaining », du « plaider coupable », pour y échapper. Tout comme le misérable accusé de piquer des pommes, les entreprises européennes sont incitées à se confesser pour échapper à des conséquences bien pires.

    Alstom, joyau de l’industrie française, a cédé sa branche énergie au géant américain General Electric en 2014, au moment où Alstom était sous pression américaine suivant des accusations de corruption (probablement liées à des dessous-de-table versés aux intermédiaires de certains pays du Sud).

    Selon le rapport parlementaire déjà cité :

    « Le rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric a également suscité des interrogations sur une éventuelle instrumentalisation des procédures pour corruption engagées contre Alstom en vue de convaincre ses dirigeants de choisir l’offre américaine plutôt que celle de Siemens et de Mitsubishi. … Selon Le Figaro du 17 décembre : ’les avocats de GE auraient joué un rôle clé : leur intervention aurait permis de faire baisser le montant en échange d’une promesse d’appliquer le code de bonne conduite du groupe américain chez le français. L’accord ne devait toutefois être révélé qu’après la finalisation de l’opération pour que l’amende n’apparaisse pas comme un élément qui aurait fait pencher la balance du côté américain plutôt qu’en faveur de Siemens-Mitsubishi’ ».

    « À propos de cette amende, qui s’est tout de même élevée à 772 millions de dollars, il faut ajouter qu’au nom de la continuité juridique de la société Alstom, c’est ce qui reste de celle-ci, c’est-à-dire essentiellement l’ex-branche transport, laquelle ne représentait qu’un tiers du chiffre d’affaires du groupe avant son démantèlement, qui l’a réglée, alors même que les manquements à l’origine de cette sanction concernaient les activités énergie reprises par General Electric ! »

    L’hypothèse sous-jacente à ces poursuites est que la supposée corruption enlève des marchés aux firmes américaines plus vertueuses. Cela peut bien être le cas, mais ce qui manque est la moindre réciprocité. Toute une panoplie d’agences américaines, avec les moyens d’espionner n’importe quelle communication, est consacrée à la tâche de traquer les méfaits de leurs concurrents partout dans le monde. Par exemple, l’Office of Foreign Assets Control, travaille à cette tâche avec 200 employés et un budget de plus de $30 million. Son homologue à Paris emploie cinq personnes.

    Le dernier volet de sanctions est destiné à exposer les banques et les entreprises européennes à des conséquences encore plus sévères, surtout en ce qui concerne le gazoduc Nord Stream.

    Il faut noter que les sanctions font partie de toute une série de mesures législatives qui visent à miner la souveraineté nationale en créant une juridiction globale où n’importe qui peut poursuivre n’importe qui d’autre pour n’importe quoi, mais où la capacité ultime d’enquêter et d’imposer la loi reste chez les Américains.

    Sabotant l’économie européenne

    Plus d’une dizaine de banques européennes se sont trouvées dans le collimateur moralisant étasunien (anglaises, allemandes, françaises, néerlandaises, suisses), qui vise les grands pays, tandis que l’influence américaine écrasante dans des pays du Nord-Est – Pologne, les Etats Baltes et même la Suède – empêche l’Union Européenne de prendre des mesures d’autodéfense contraires aux intérêts américains.

    Le plus gros poisson dans cette expédition de pêche risque d’être la Deutsche Bank. Actuellement, la Deutsche Bank fait l’object de poursuites pour avoir participé aux spéculations sur les subprimes aux Etats-Unis. Selon Pierre Lellouche, « la Deutsche Bank va être redressée pour un montant de 14 milliards de dollars alors qu’elle en vaut 5 et demi. Surtout, elle est exposée à hauteur de l’équivalent de treize fois le PIB de l’Allemagne. Autrement dit, si cette affaire va à son terme, on risque par un effet de dominos, une crise financière majeure en Europe. »

    La question ici n’est pas les pratiques de la Deutsche Bank – sans doute répréhensibles – mais des « deux poids deux mesures » pratiqués par une puissance qui se comporte en empire. Les sanctions sont une véritable épée de Damoclès qui menace les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis. Ce comportement punitif risque fort de finir par affaiblir l’économie américaine elle-même.

    Dans les auditions parlementaire, Elisabeth Guigou a déclaré que la situation est choquante. « Nous avons eu, à plusieurs reprises, des échanges avec des responsables américains, et notamment avec l’ambassadrice américaine en France : nous leur avons indiqué que cette situation était insupportable. »

    Jacques Myard enchaînait : « Actuellement, nous assistons à une volonté manifeste des États-Unis d’utiliser leur droit à des fins politiques, de sécurité et d’influence, mais également à des fins commerciales : c’est une volonté impérialiste. Le droit américain est utilisé pour obtenir des marchés et éliminer des concurrents. Nous devons ne pas être naïfs et prendre conscience de ce qui se passe. … En effet, les grands groupes sont dans les mains des cabinets d’avocats américains, qui leur conseillent de ne surtout pas avertir les autorités françaises, et de régler leurs procès discrètement, grâce au mécanisme du plaider coupable ; ces cabinets facturent pour cela des honoraires substantiels. »

    Cette enquête marquait un pas vers une prise de conscience et de la résistance contre une nouvelle forme de “taxation sans représentation”. Les députés s’accordaient pour dire qu’il faut faire quelque chose.

    C’était en octobre dernier. Au mois de juin, lors des élections parlementaires, le président de la commission, Pierre Lellouche, la rapporteur Karine Berger, Elisabeth Guigou et Jacques Myard ont tous perdu leurs sièges en faveur des novices du parti de Macron, la République en marche. Les nouveaux arrivants semblent désorientés, et peu enclins à confronter la puissance impériale. Macron non plus, lui qui a facilité la reprise d’Alstom par General Electric en 2014.

    Pourtant, il y a des situations si déséquilibrées qu’elles ne peuvent pas durer indéfiniment.

    Diana JOHNSTONE

    Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/degats-collateraux-les-sanctions-us-visent-la-russie-et-frappent-l-europe.html

  16. Vidéo de lecture de deux textes passionnants de Bakounine qui je trouve alimentes notre réflexion collective

    Michel Bakounine
    L’INSTRUCTION INTÉGRALE
    Texte extrait : http://kropot.free.fr/Bakounine-Instrucintegr.htm

    La première question que nous avons à considérer aujourd’hui est celle-ci : L’émancipation des masses ouvrières pourra-t-elle être complète, tant que l’instruction que ces masses recevront sera inférieure à celle qui sera donnée aux bourgeois, ou tant qu’il y aura en général une classe quelconque, nombreuse ou non, mais qui, par sa naissance, sera appelée aux privilèges d’une éducation supérieure et d’une éducation (sic : instruction) plus complète ? Poser cette question, n’est-ce pas la résoudre ? N’est-il pas évident qu’entre deux hommes, doués d’une intelligence naturelle à peu près égale, celui qui saura davantage, dont l’esprit se sera plus élargi par la science, et qui, ayant mieux compris l’enchaînement des faits naturels et sociaux, ou ce que l’on appelle les lois de la nature et de la société, saisira plus facilement et plus largement le caractère du milieu dans lequel il se trouve, — que celui-ci, disons-nous, s’y sentira plus libre et plus puissant que l’autre ? Celui qui sait davantage dominera naturellement celui qui saura moins ; et n’existât-il d’abord entre deux classes que cette seule différence d’instruction et d’éducation, cette différence produirait en peu de temps toutes les autres, le monde humain se retrouverait à son point actuel, c’est-à-dire qu’il serait divisé de nouveau en une masse d’esclaves et un petit nombre de dominateurs, les premiers travaillant comme aujourd’hui pour les derniers.

    On comprend maintenant pourquoi les socialistes bourgeois ne demandent que de l’instruction pour le peuple, un peu plus qu’il n’en a maintenant et que nous, démocrates-socialistes, nous demandons pour lui l’instruction intégrale, toute l’instruction, aussi complète que la comporte la puissance intellectuelle du siècle, afin qu’au-dessus des masses ouvrières, il ne puisse se trouver désormais aucune classe qui puisse en savoir davantage, et qui, précisément parce qu’elle en saura davantage, puisse les dominer et les exploiter. Les socialistes bourgeois veulent le maintien des classes, chacune devant représenter, selon eux, une différente fonction sociale, l’une, par exemple, la science et l’autre le travail manuel ; et nous voulons au contraire l’abolition définitive et complète des classes, l’unification de la société, et l’égalisation économique et sociale de tous les individus humains sur la terre. Ils voudraient, tout en les conservant, amoindrir, adoucir et enjolivé l’inégalité et l’injustice, ces bases historiques de la société actuelle, et nous, nous voulons les détruire. D’où il résulte clairement qu’aucune entente, ni conciliation entre les socialistes bourgeois et nous n’est possible.

    Mais, dira-t-on, et c’est l’argument qu’on nous oppose le plus souvent et que Messieurs les doctrinaires de toutes les couleurs considèrent comme un argument irrésistible, mais il est impossible que l’humanité tout entière s’adonne à la science ; elle mourrait de faim. Il faut donc que, pendant que les uns étudient, les autres travaillent, afin de produire les objets nécessaires à la vie, pour eux-mêmes d’abord, et ensuite pour les hommes qui se sont voués exclusivement aux travaux de l’intelligence ; car les hommes ne travaillent pas seulement pour eux-mêmes ; leurs découvertes scientifiques, outre qu’elles élargissent l’esprit humain, s’appliquent à l’industrie et à l’agriculture, et, en général, à la vie politique et sociale, n’améliorent-elles pas la condition de tous les êtres humains, sans aucune exception ? Les créations artistiques n’ennoblissent-elles pas la vie de tout le monde ?

    Mais non, pas du tout. Et le plus grand reproche que nous ayons à adresser à la science et aux arts, c’est précisément de ne répandre leurs bienfaits et de n’exercer une influence salutaire que sur une portion très minime de la société, à l’exclusion, et par conséquent aussi au détriment, de l’immense majorité. On peut dire aujourd’hui des progrès de la science et des arts ce qu’on a dit déjà avec tant de raison du développement prodigieux de l’industrie, du commerce, du crédit, de la richesse sociale en un mot, dans les pays les plus civilisés du monde moderne. Cette richesse est tout exclusive, et tend chaque jour à le devenir davantage, en se concentrant toujours entre un plus petit nombre de mains et en rejetant les couches inférieures de la classe moyenne, la petite-bourgeoisie, dans le prolétariat, de sorte que le développement [de cette richesse] est en raison directe de la misère croissante des masses ouvrières. D’où il résulte que l’abîme qui déjà sépare a minorité heureuse et privilégiée des millions de travailleurs qui la font vivre du travail de leurs bras, s’ouvre toujours davantage, et que plus les heureux, les exploiteurs du travail populaire, sont heureux, plus les travailleurs deviennent malheureux. Qu’on mette seulement en présence de l’opulence fabuleuse du grand monde aristocratique, financier, commercial et industriel de l’Angleterre, la situation misérable des ouvriers de ce même pays ; qu’on relise la lettre si naïve et si déchirante écrite tout dernièrement par un intelligent et honnête orfèvre de Londres, Walter Dungan, qui vient de s’empoisonner volontairement avec sa femme et ses six enfants, seulement pour échapper aux humiliations de l misère et aux tortures de la faim, et on sera bien forcé d’avouer que cette civilisation tant vantée n’est, au point de vue matériel, rien qu’oppression et ruine pour le peuple.

    Il en est de même des progrès modernes de la science et des arts. Ces progrès sont immenses ! Oui, c’est vrai. Mais plus ils sont immenses, et plus ils deviennent une cause d’esclavage intellectuel, et par conséquent aussi matériel, une cause de misère et d’infériorité pour le peuple ; car ils élargissent toujours davantage l’abîme qui sépare déjà l’intelligence populaire de celle des classes privilégiées. La première, au point de vue de la capacité naturelle, est aujourd’hui évidemment moins blasée, moins usée, moins sophistiquée et moins corrompue par la nécessité de défendre des intérêts injustes, et par conséquent elle est naturellement plus puissante que l’intelligence bourgeoise ; mais, par contre, cette dernière a pour elle toutes les armes de la science, et ces armes sont formidables. Il arrive très souvent qu’un ouvrier fort intelligent est forcé de se taire devant un sot savant qui le bat, non par l’esprit qu’il n’a pas, mais par l’instruction, dont l’ouvrier est privé, et qu’il a pu recevoir, lui, parce que, pendant que sa sottise se développait scientifiquement dans les écoles, le travail de l’ouvrier l’habillait, le logeait, le nourrissait et lui fournissaient toutes les choses, maîtres et livres, nécessaires à son instruction.

    Le degré de science réparti à chacun n’est point égal, même dans la classe bourgeoise, nous le savons fort bien. Là aussi il y a une échelle, déterminée non par la capacité des individus, mais par le plus ou moins de richesse de la couche sociale dans laquelle ils ont pris naissance ; par exemple, l’instruction que reçoivent les enfants de la très petite bourgeoisie, très peu supérieure à celle que les ouvriers parviennent à se donner eux-mêmes, est presque nulle en comparaison de celle que la société répartit largement à la haute et moyenne bourgeoisie. Aussi, que voyons-nous ? La petite-bourgeoisie, qui n’est actuellement rattachée à la classe moyenne que par une vanité ridicule d’un côté, et, de l’autre, par la dépendance dans laquelle elle se trouve vis-à-vis des gros capitalistes, se trouve pour la plupart du temps dans une situation plus misérable et bien plus humiliante encore que le prolétariat. Aussi, quand nous parlons des classes privilégiées, n’entendons-nous jamais cette pauvre petite-bourgeoisie, qui, si elle avait un peu plus d’esprit et de cœur, ne tarderait pas à se joindre à nous, pour combattre la grande et moyenne bourgeoisie [qui] ne l’écrase pas moins aujourd’hui qu’elle écrase le prolétariat. Et si le développement économique de la société allait continuer dans cette direction encore une dizaine d’années, ce qui nous paraît d’ailleurs impossible, nous verrions encore la plus grande partie de la bourgeoisie moyenne tomber dans la situation de la petite-bourgeoisie d’abord, pour aller se perdre un peu plus tard dans le prolétariat, toujours grâce à cette concentration fatale de [la richesse en un] nombre de mains de plus en plus restreint ; ce qui aurait pour résultat infaillible de partager le monde social définitivement en une petite minorité excessivement opulente, savante, dominante, et une immense majorité de prolétaires misérables, ignorants et esclaves.

    Il est un fait qui doit frapper tous les esprits consciencieux, c’est-à-dire tous ceux qui ont à cœur la dignité humaine, la justice, c’est-à-dire la liberté de chacun dans l’égalité et par l’égalité de tous. C’est que toutes les inventions de l’intelligence, toutes les grandes applications de la science à l’industrie, au commerce et généralement à la vie sociale, n’ont profité jusqu’à présent qu’aux classes privilégiées, aussi bien qu’à la puissance des États, ces protecteurs éternels de toutes les iniquités politiques et sociales, jamais aux masses populaires. Nous n’avons qu’à nommer les machines, pour que chaque ouvrier et chaque partisan sincère de l’émancipation du travail nous donne raison. Par quelle force les classes privilégiées se maintiennent encore aujourd’hui, avec tout leur bonheur insolent et toutes leurs jouissances iniques, contre l’indignation si légitime des passes populaires ? Est-ce par une force qui leur serait inhérente à elles-mêmes ? Non, c’est uniquement par la force de l’État, dans lequel d’ailleurs leurs enfants remplissent aujourd’hui, comme il l’ont fait toujours, toutes les fonctions dominantes, et même toutes les fonctions moyennes et inférieures, moins celle des travailleurs et des soldats. Et qu’est-ce qui constitue aujourd’hui principalement toute la puissance des États ? C’est la science.

    Oui, c’est la science. science de gouvernement, d’administration et science financière ; science de tondre les troupeaux populaires sans trop les faire crier, et quand ils commencent à crier, science de leur imposer le silence, la patience et l’obéissance par une force scientifiquement organisée ; science de tromper et de diviser les masses populaires, afin de les maintenir toujours dans une ignorance salutaire, afin qu’elles ne puissent jamais, en s’entraidant et en réunissant leurs efforts, créer une puissance capable de les renverser ; science militaire avant tout, avec toutes ses armes perfectionnées, et ces formidables instruments de destruction qui «font merveille» ; science du génie enfin, celle qui a créé les bateaux à vapeur, les chemins de fer et les télégraphes ; les chemins de fer qui, utilisés par la stratégie militaire, décuplent la puissance défensive et offensive des États ; et les télégraphes, qui, en transformant chaque gouvernement en un Briarée à cent, à mille bras, lui donnent la possibilité d’être présent, d’agir et de saisir partout, créent les centralisations politiques les plus formidables qui aient jamais existé au monde.

    Qui peut donc nier que tous les progrès de la science sans aucune exception, n’aient tourné jusqu’ici qu’à l’augmentation de la richesse des classes privilégiées et de la puissance des États, au détriment du bien-être et de la liberté des masses populaires, du prolétariat ? Mais, objectera-t-on, est-ce que les masses ouvrières n’en profitent pas aussi ? Ne sont-elles pas beaucoup plus civilisées qu’elles ne l’étaient dans les siècles passés ?

    A ceci nous répondrons par une observation de Lassalle, le célèbre socialiste allemand. Pour juger des progrès des masses ouvrières, au point de vue de leur émancipation politique et sociale, il ne faut point comparer leur état intellectuel dans le siècle présent avec leur état intellectuel dans les siècles passés. Il faut considérer si, à partir d’une époque donnée, la différence qui avait existé alors entre elles et les classes privilégiées ayant été constatée, elles ont progressé dans la même mesure que ces dernières. Car s’il y a eu égalité dans les deux progrès respectifs, la distance intellectuelle qui les sépare aujourd’hui du monde privilégié sera la même ; si le prolétariat progresse plus vite davantage et plus vite que les privilégiés, cette distance est devenue nécessairement plus petite ; mais si au contraire le progrès de l’ouvrier est plus lent et par conséquent moindre que celui des classes dominantes, dans le même espace de temps, cette distance s’agrandira ; l’abîme qui les avait séparé est devenu plus large, l’homme privilégié est devenu plus puissant, l’ouvrier est devenu plus dépendant, plus esclave qu’à l’époque qui a été prise pour point de départ. Si nous quittons tous les deux, à la même heure, deux points différents, et que vous ayez eu 100 pas d’avance sur moi, vous faisant 60, et moi seulement 30 pas par minute, au bout d’une heure, la distance qui nous séparera ne sera plus de 100, mais de 280 [1900] pas.

    Cet exemple donne une idée tout à fait juste des progrès respectifs de la bourgeoisie et du prolétariat jusqu’ici. Les bourgeois ont marché plus vite dans la voie de la civilisation que les prolétaires, non parce que leur intelligence ait été naturellement plus puissante que celle de ces derniers , — aujourd’hui à bon droit on pourrait dire tout le contraire, — mais parce que l’organisation économique et politique de la société a été telle, jusqu’ici, que les bourgeois seuls ont pu s’instruire, que la science n’a existé que pour eux, que le prolétariat s’est trouvé condamné à une ignorance forcée, de sorte que si même il avance — et ses progrès sont indubitables —, ce n’est pas grâce à elle, mais bien malgré elle.

    Nous nous résumons. Dans l’organisation actuelle de la société, les progrès de la science ont été la cause de l’ignorance relative du prolétariat, aussi bien que les progrès de l’industrie et du commerce ont été la cause de sa misère relative.Progrès intellectuels et progrès matériels ont donc également contribué à augmenter son esclavage. Qu’en résulte-t-il ? C’est que nous devons rejeter et combattre cette science bourgeoise, de même que nous devons rejeter et combattre la richesse bourgeoise. Les combattre et les rejeter dans ce sens que, détruisant l’ordre social qui [en] fait le patrimoine d’une ou de plusieurs classes, nous devons les revendiquer comme le bien commun de tout le monde.

    —-

    Deuxième texte à 23:25 extrait de « Égalité » du 14 août 1869.
    https://fr.wikisource.org/wiki/Bakounine/%C5%92uvres/TomeV/Articles_%C3%A9crits_pour_le_journal_l%E2%80%99%C3%89galit%C3%A9

    Nous avons démontré que tant qu’il y aura deux ou plusieurs degrés d’instruction pour les différentes couches de la société, il y aura nécessairement des classes, c’est-à-dire des privilèges économiques et politiques pour un petit nombre d’heureux, et l’esclavage et la misère pour le grand nombre.

    Membres de l’Association internationale des travailleurs, nous voulons l’égalité, et, parce que nous la voulons, nous devons vouloir aussi l’instruction intégrale, égale pour tout le monde.

    Mais si tout le monde est instruit, qui voudra travailler ? demande-t-on. Notre réponse est simple : Tout le monde doit travailler, et tout le monde doit être instruit. À ceci, on répond fort souvent que ce mélange de travail industriel avec le travail intellectuel ne pourra avoir lieu qu’au détriment de l’un et de l’autre : les travailleurs manuels feront de mauvais savants, et les savants ne seront jamais que de bien tristes ouvriers. Oui, dans la société actuelle, où le travail manuel et le travail de l’intelligence sont également faussés par l’isolement tout artificiel auquel on les a condamnés tous les deux. Mais nous sommes convaincus que dans l’homme vivant et complet, chacune de ces deux activités, musculaire et nerveuse, doit être également développée, et que, loin de se nuire mutuellement, chacune doit appuyer, élargir et renforcer l’autre : la science du savant deviendra plus féconde, plus utile et plus large quand le savant n’ignorera plus le travail manuel, et le travail de l’ouvrier instruit sera plus intelligent et par conséquent plus productif que celui de l’ouvrier ignorant.

    D’où il suit que, dans l’intérêt même du travail aussi bien que dans celui de la science, il faut qu’il n’y ait plus ni ouvriers, ni savants, mais seulement des hommes.

    Il en résultera ceci, que les hommes qui, par leur intelligence supérieure, sont aujourd’hui entraînés dans le monde exclusif de la science et qui, une fois établis dans ce monde, cédant à la nécessité d’une position toute bourgeoise, font tourner toutes leurs inventions à l’utilité exclusive de la classe privilégiée dont ils font eux-mêmes partie, — que ces hommes, une fois qu’ils deviendront réellement solidaires de tout le monde, solidaires, non en imagination ni en paroles seulement, mais dans le fait, par le travail, feront tourner tout aussi nécessairement les découvertes et les applications de la science à l’utilité de tout le monde, et avant tout à l’allégement et à l’ennoblissement du travail, cette base, la seule légitime et la seule réelle, de l’humaine société.

    Il est possible et même très probable qu’à l’époque de transition plus ou moins longue qui succédera naturellement à la grande crise sociale, les sciences les plus élevées tomberont considérablement au-dessous de leur niveau actuel ; comme il est indubitable aussi que le luxe et tout ce qui constitue les raffinements de la vie devra disparaître de la société pour longtemps, et ne pourra reparaître, non plus comme jouissance exclusive, mais comme un ennoblissement de la vie de tout le monde, que lorsque la société aura conquis le nécessaire pour tout le monde. Mais cette éclipse temporaire de la science supérieure sera-t-elle un si grand malheur ? Ce que la science perdra en élévation sublime, ne le gagnera-t-elle pas en élargissant sa base ? Sans doute, il y aura moins de savants illustres, mais en même temps il y aura moins d’ignorants. Il n’y aura plus ces quelques hommes qui touchent les cieux, mais, par contre, des millions d’hommes qui, aujourd’hui, eussent été avilis, écrasés, marcheront humainement sur la terre ; point de demi-dieux, point d’esclaves. Les demi-dieux et les esclaves s’humaniseront à la fois, les uns en descendant un peu, les autres en montant beaucoup. Il n’y aura donc plus de place ni pour la divinisation, ni pour le mépris. Tous se donneront la main, et, une fois réunis, tous marcheront avec un entrain nouveau à de nouvelles conquêtes, aussi bien dans la science que dans la vie.

    Loin donc de redouter cette éclipse, d’ailleurs tout à fait momentanée, de la science, nous l’appelons au contraire de tous nos vœux, puisqu’elle aura pour effet d’humaniser les savants et les travailleurs manuels à la fois, de réconcilier la science et la vie. Et nous sommes convaincus qu’une fois cette base nouvelle conquise, les progrès de l’humanité, tant dans la science que dans la vie, dépasseront bien vite tout ce que nous avons vu et tout ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui.

    Mais ici se présente une autre question : Tous les individus sont-ils également capables de s’élever au même degré d’instruction ? Imaginons une société organisée selon le mode le plus égalitaire et dans laquelle tous les enfants auront dès leur naissance le même point de départ, tant sous le rapport économique et social que sous le rapport politique, c’est-à dire absolument le même entretien, la même éducation, la même instruction ; n’y aura-t-il pas, parmi ces milliers de petits individus, des différences infinies d’énergie, de tendances naturelles, d’aptitudes ?

    Voilà le grand argument de nos adversaires, bourgeois purs et socialistes bourgeois. Ils le croient irrésistible. Tâchons donc de leur prouver le contraire. D’abord, de quel droit se fondent-ils sur le principe des capacités individuelles ? Y a-t-il place pour le développement de ces capacités dans la société telle qu’elle est ? Peut-il y avoir une place pour leur développement dans une société qui continuera d’avoir pour base économique le droit d’héritage ? Évidemment non, car, du moment qu’il y aura héritage, la carrière des enfants ne sera jamais le résultat de leurs capacités et de leur énergie individuelle : elle sera avant tout celui de l’état de fortune, de la richesse ou de la misère de leurs familles. Les héritiers riches, mais sots, recevront une instruction supérieure ; les enfants les plus intelligents du prolétariat continueront à recevoir en héritage l’ignorance, tout à fait comme cela se pratique maintenant. N’est-ce donc pas une hypocrisie que de parler non seulement dans la présente société, mais même en vue d’une société réformée, qui continuerait toutefois d’avoir pour bases la propriété individuelle et le droit d’héritage ? n’est-ce pas une infâme tromperie que d’y parler de droits individuels fondés sur des capacités individuelles ?

    On parle tant de liberté individuelle aujourd’hui, et pourtant ce qui domine ce n’est pas du tout l’individu humain, l’individu pris en général, c’est l’individu privilégié par sa position sociale, c’est donc la position, c’est la classe. Qu’un individu intelligent de la bourgeoisie ose seulement s’élever contre les privilèges économiques de cette classe respectable, et l’on verra combien ces bons bourgeois, qui n’ont à la bouche à cette heure que la liberté individuelle, respecteront la sienne ! Que nous parle-t-on de capacités individuelles ! Ne voyons-nous pas chaque jour les plus grandes capacités ouvrières et bourgeoises forcées de céder le pas et même de courber le front devant la stupidité des héritiers du veau d’or ? La liberté individuelle, non privilégiée mais humaine, les capacités réelles des individus ne pourront recevoir leur plein développement qu’en pleine égalité. Quand il y aura l’égalité du point de départ pour tous les hommes sur la terre, alors seulement — en sauvegardant toutefois les droits supérieurs de la solidarité, qui est et restera toujours le plus grand producteur de toutes les choses sociales : intelligence humaine et biens matériels — alors on pourra dire, avec bien plus de raison qu’aujourd’hui, que tout individu est le fils de ses œuvres. D’où nous concluons que, pour que les capacités individuelles prospèrent et ne soient plus empêchées de porter tous leurs fruits, il faut avant tout que tous les privilèges individuels, tant économiques que politiques, aient disparu, c’est-à-dire que toutes les classes soient abolies. Il faut la disparition de la propriété individuelle et du droit d’héritage, il faut le triomphe économique, politique et social de l’égalité.

    Mais une fois l’égalité triomphante et bien établie, n’y aura-t-il plus aucune différence entre les capacités et les degrés d’énergie des différents individus ? Il y en aura, pas autant qu’il en existe aujourd’hui peut-être, mais il y en aura toujours sans doute. C’est une vérité passée en proverbe, et qui, probablement, ne cessera jamais d’être une vérité, qu’il n’y a point sur le même arbre deux feuilles qui soient identiques. À plus forte raison sera-ce toujours vrai par rapport aux hommes, les hommes étant des êtres beaucoup plus complexes que les feuilles. Mais cette diversité, loin d’être un mal, est au contraire, comme l’a tort bien observé le philosophe allemand Feuerbach, une richesse de l’humanité. Grâce à elle, l’humanité est un tout collectif dans lequel chacun complète tous et a besoin de tous ; de sorte que cette diversité infinie des individus humains est la cause même, la base principale de leur solidarité, un argument tout-puissant en faveur de l’égalité.

    Au fond, même dans la société actuelle, si l’on excepte deux catégories d’hommes, les hommes de génie et les idiots, et si l’on fait abstraction des différences créées artificiellement par l’influence de mille causes sociales, telles qu’éducation, instruction, position économique et politique, qui diffèrent non seulement dans chaque couche de la société, mais presque dans chaque famille, on reconnaîtra qu’au point de vue des capacités intellectuelles et de l’énergie morale, l’immense majorité des hommes se ressemblent beaucoup ou qu’au moins ils se valent, la faiblesse de chacun sous un rapport étant presque toujours compensée par une force équivalente sous un autre rapport, de sorte qu’il devient impossible de dire qu’un homme pris dans cette masse soit beaucoup au-dessus ou au-dessous de l’autre. L’immense majorité des hommes ne sont pas identiques, mais équivalents et par conséquent égaux. Il ne reste donc, pour l’argumentation de nos adversaires, que les hommes de génie et les idiots.

    L’idiotisme est, on le sait, une maladie physiologique et sociale. Il doit donc être traité non dans les écoles, mais dans les hôpitaux, et l’on a droit d’espérer que l’introduction d’une hygiène sociale plus rationnelle, et surtout plus soucieuse de la santé physique et morale des individus, que celle d’aujourd’hui, et l’organisation égalitaire de la nouvelle société, finiront par faire complètement disparaître de la surface de la terre cette maladie si humiliante pour l’espèce humaine. Quant aux hommes de génie, il faut d’abord observer qu’heureusement, ou malheureusement, comme on voudra, ils n’ont jamais apparu dans l’histoire que comme de très rares exceptions à toutes les règles connues, et on n’organise pas les exceptions. Espérons toutefois que la société à venir trouvera dans l’organisation réellement pratique et populaire de sa force collective le moyen de rendre ces grands génies moins nécessaires, moins écrasants et plus réellement bienfaisants pour tout le monde. Car il ne faut jamais oublier le mot profond de Voltaire : « Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que les plus grands génies, c’est tout le monde ». Il ne s’agit donc plus que d’organiser ce tout le monde par la plus grande liberté fondée sur la plus complète égalité, économique, politique et sociale, pour qu’il n’ait plus rien à craindre des velléités dictatriales et de l’ambition despotique des hommes de génie.

    Quant à produire des hommes de génie par l’éducation, il ne faut pas y penser. D’ailleurs, de tous les hommes de génie connus, aucun ou presque aucun ne s’est manifesté comme tel dans son enfance, ni dans son adolescence, ni même dans sa première jeunesse. Il ne se sont montrés tels que dans la maturité de leur âge, et plusieurs n’ont été reconnus qu’après leur mort, tandis que beaucoup de grands hommes manqués, qui avaient été proclamés pendant leur jeunesse pour des hommes supérieurs, ont fini leur carrière dans la plus complète nullité. Ce n’est donc jamais dans l’enfance, ni même dans l’adolescence, qu’on peut déterminer les supériorités et les infériorités relatives des hommes, ni le degré de leurs capacités, ni leurs penchants naturels. Toutes ces choses ne se manifestent et ne se déterminent que par le développement des individus, et, comme il y a des natures précoces et d’autres fort lentes, quoique nullement inférieures, et souvent même supérieures, aucun maître d’école ne pourra jamais préciser d’avance la carrière et le genre d’occupations que les enfants choisiront lorsqu’ils seront arrivés à l’âge de la liberté.

    D’où il résulte que la société, sans aucune considération pour la différence réelle ou fictive des penchants et des capacités, et n’ayant aucun moyen pour déterminer, ni aucun droit de fixer, la carrière future des enfants, doit à tous, sans exception, une éducation et une instruction absolument égale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *