POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE ET IMPUNIE : les députés violent toutes leurs grandes promesses de moralisation, pendant les vacances, en traîtres

Philippe Pascot est fou de rage : la prétendue « loi de moralisation » de la vie publique est une escroquerie politicienne (une de plus) : tout ce qui était important a disparu du projet promis pour être élu, toutes les grandes promesses violées pendant les vacances, en traître. C’est une honte, l’abjection politicienne chimiquement pure. Avec le faux « suffrage universel » (élire des maîtres parmi des candidats qu’on peut aider), LES PIRES GOUVERNENT (prédiction d’Alain, Émile Chartier).

Il n’y a plus que la France insoumise pour nous défendre dans cette assemblée de gredins.

Merci Philippe, tu es un citoyen digne de ce nom : vigilant et courageux. MERCI, honneur à toi.

#cenestpasauxhommesaupouvoirdécrirelesrèglesdupouvoir

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9 réponses à “POURRITURE POLITICIENNE GÉNÉRALISÉE ET IMPUNIE : les députés violent toutes leurs grandes promesses de moralisation, pendant les vacances, en traîtres

  1. Le scandale de l’année : la ministre Muriel Pénicaud a gagné 1,13 million d’euros grâce au licenciement de 900 salariés.

    Pourris par l’argent.

    Je ne vois pas d’autre expression pour les qualifier.

    Ils sont complètement pourris, car ils ne pensent qu’à l’argent.

    En théorie, ils sont « l’élite de la France ».

    Mais dans le monde réel, ils sont pourris.

    Comme dit le proverbe, le poisson pourrit par la tête.

    Dernier exemple en date : la ministre Muriel Pénicaud.

    La ministre Muriel Pénicaud a gagné 1,13 million d’euros grâce au licenciement de 900 salariés.

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/28/l-embarrassante-plus-value-de-muriel-penicaud-chez-danone_5165886_823448.html

  2. Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

    Pas de démocratie digne de ce nom sans CITOYENS CONSTITUANTS.

  3. Après réflexion, je suis de plus en plus opposé aux propos de Pascot dont je pense qu’ils n’ont aucun sens.

    Il est proposé que pour être élu, il faille avoir un casier judiciaire vierge (ou, dans une forme atténuée, vierge de certains délits).
    Cela signifie que dans le cas de l’assemblée législative, les députés désignent un groupe de personnes coupables d’un délit et décrète qu’aucune d’elles ne pourra jamais être élue et donc devenir à son tour législateur.

    On voit une série de conséquences négatives :
    -- une fermeture encore plus grande du corps législatif, par la réductions des possibilité d’accession, vu que les condamnés en sont exclus
    -- contrairement à ce que dit Pascot, c’est par une telle mesure que les votants de cette loi seraient « juges et parties ». En effet, chaque groupe de l’assemblée va décréter inéligible ses adversaires. On l’a vu dans les débats : le groupe la France Insoumise à voté pour que l’on rende inéligibles les coupables de fraude fiscale, mais ils se sont récriés quand la droite a proposé un amendement visant à rendre inéligibles les coupables de violence en réunion (condamnation qui touche les syndicalistes). La loi n’est finalement que l’expression d’un rapport de force au sein de l’assemblée.
    -- accentuer le caractère inamovible des lois : le condamné n’est jamais que quelqu’un qui n’estime pas nécessaire de respecter telle loi édictée à un moment de l’histoire. Si les condamnés n’ont plus le droit d’appartenir au corps législatif, celui-ci se retrouve statistiquement déséquilibré en faveur de ceux qui respectent la loi, et en défaveur de ceux qui y sont opposés. Il y a donc d’autant plus de difficulté de la faire évoluer. Par exemple, admettons que suite à l’arriver de nombreux migrants l’assemblée décrète inéligibles les personnes s’étant rendu coupable d’aider des immigrés clandestins à entrer en France. Pour une raison X, une catastrophe humaine survient dans dix ans en Afrique. Un millions de personne passe la Méditerranée pour arriver en France. Cela accentue les tensions politiques, avec une moitié de l’assemblée qui veut être très dure, et l’autre moitié très humanitaire. Parmi ce second groupe, de nombreux députés vont eux-même aider les réfugiés qui accostent. Ces députés seront jugés, condamnés, et ne seront plus rééligibles pour la mandature suivante. Ce qui accentuera le poids du groupe « dur » et rendra encore plus impossible la survenue de lois « humanitaires ».

    Qu’on ne vienne pas m’ennuyer avec des arguments du type « mais ça serait pour les délits uniquement très très répréhensibles ». Que ce soit « aider des clandestins » ou « pratiquer le cannibalisme », le principe est le même.

    Le problème vient de la justification de ce projet. Pasot le dit très bien : c’est pour « moraliser » la vie politique. Pour lui, les gens « non moraux » ne devraient pas participer à la confection de la loi. C’est là qu’est l’os : il considère la morale comme universelle et éternelle. Or ce n’est pas le cas. Ce qui est immoral pour un député de droite est très différent de ce qui l’est pour un député de gauche. Et ce qui est condamné par la loi aujourd’hui comme non moral pourrait très bien être largement accepté dans dix ans par la population. Mais si ces « immoraux » n’ont pas accès au corps législatif, comment peuvent-ils espérer faire changer la loi ? On est dans un cercle vicieux qui ne peut créer qu’une tension entre une loi faite par un groupe fermé et une population qui en est déconnectée du point de vue des mœurs.

    On comprend que le paradoxe apparent du casier judiciaire vierge pour certaines fonction évoqué par Pascot n’en est pas un. Pour un fonctionnaire, il est utile qu’il ait un casier vierge. Cela témoigne qu’il respecte la loi, qu’il est soumis à la « morale instituée par l’Etat » en quelque sorte. C’est normal car c’est sa fonction que de servir l’État. Par contre, le député ne doit pas avoir de casier vierge, car il ne PEUT PAS être soumis à la morale instituée, car c’est lui qui en tant que législateur, justement crée ces règles à respecter, et il ne peut le faire qu’en étant libre de toute pression ou sélection morale préalable. En tout cas, c’est ainsi que je vois la justification du procédé, et je l’approuve.

    Aussi, pour moi, tout ce projet est à rejeter. J’ignore s’il comporte un risque d’inconstitutionnalité, mais selon moi, si ce n’est pas le cas, ce devrait l’être. Pour ma part, je mettrais dans la constitution un article tel que « Toute loi visant à restreindre à certains citoyens la possibilité d’accéder au corps législatif est nulle » ou quelque chose de ce style.

  4. La honte à la parole donnée de tous ces gens planqués là , sauf bien sûr les insoumis qui sont combattus à la seconde près pendant leurs interventions !
    Aucune idée sur les questions d’honneur de la part des démarcheurs qui s’en battent les steacks ! Ils doivent penser à leur fin de mois et ce qu’ils vont bien pouvoir en faire !

  5. L’establishment US contre le reste du monde

    par Thierry Meyssan


    http://www.voltairenet.org/article197281.html

    « La classe dirigeante états-unienne s’estime menacée par les changements internationaux impulsés par le président Trump. Elle vient de se coaliser pour le placer sous la tutelle du Congrès. Dans une loi votée à la quasi-unanimité, elle a instauré des sanctions contre la Corée du Nord, l’Iran et la Russie et a cassé les investissements de l’Union européenne et de la Chine. Il s’agit pour elle de stopper la politique de coopération et de développement du président et de revenir à la doctrine Wolfowitz de confrontation et de suzeraineté.

    C’est un scandale sans précédent. Le secrétaire général de la Maison-Blanche, Reince Priebus, faisait partie du complot chargé de déstabiliser le président Trump et de préparer sa destitution. Il alimentait les fuites quotidiennes qui perturbent la vie politique états-unienne, notamment celles sur la prétendue collusion entre l’équipe Trump et le Kremlin [1]. En le renvoyant, le président Trump est entré en conflit avec l’establishment du Parti républicain, dont Priebus est l’ancien président.

    Observons au passage qu’aucune de ces fuites sur les agendas et les contacts des uns et des autres n’a apporté la moindre preuve des allégations avancées.

    La réorganisation de l’équipe Trump qui s’en est suivie s’est faite exclusivement au détriment de personnalités républicaines et au profit des militaires opposés à la tutelle de l’État profond. L’alliance qui avait été conclue contre mauvaise fortune bon cœur par le Parti républicain avec Donald Trump lors de la convention d’investiture, le 21 juillet 2016, est morte. On se retrouve donc avec l’équation de départ : d’un côté le président outsider de « l’Amérique profonde », de l’autre, toute la classe dirigeante de Washington soutenue par l’État profond (c’est-à-dire par la partie de l’administration chargée de la continuité de l’État au delà des alternances politiques).

    À l’évidence cette coalition est soutenue par le Royaume-Uni et Israël.

    Ce qui devait arriver arriva : les leaders démocrates et républicains se sont entendus pour contrecarrer la politique étrangère du président Trump et préserver leurs avantages impériaux.

    Pour ce faire, ils ont adopté au Congrès une loi de 70 pages instaurant officiellement des sanctions contre la Corée du Nord, contre l’Iran et contre la Russie [2]. Ce texte impose unilatéralement à tous les autres États du monde de respecter ces interdictions commerciales. Ces sanctions s’appliquent donc tout autant à l’Union européenne et à la Chine qu’aux États officiellement ciblés.

    Seuls cinq parlementaires se sont désolidarisés de cette coalition et ont voté contre cette loi : les représentants Justin Amash, Tom Massie et Jimmy Duncan, et les sénateurs Rand Paul et Bernie Sanders.

    Des dispositions de cette loi interdisent plus ou moins à l’Exécutif d’assouplir ces interdictions commerciales, sous quelque forme que ce soit. Donald Trump est théoriquement pieds et poings liés. Certes, il pourrait opposer son veto, mais selon la Constitution, il suffirait au Congrès de revoter le texte dans les mêmes termes pour pouvoir l’imposer au président. Celui-ci le signera donc sans s’imposer le camouflet d’être mis au pas par le Congrès. Dans les prochains jours va débuter une guerre inédite.

    Les partis politiques US entendent casser la « doctrine Trump » selon laquelle les États-Unis doivent se développer plus vite que les autres pour conserver le leadership mondial. Ils entendent au contraire rétablir la « doctrine Wolfowitz » de 1992, selon laquelle Washington doit conserver son avance sur le reste du monde en ralentissant le développement de tout compétiteur potentiel [3].

    Paul Wolfowitz est un trotskiste qui s’était mis au service du président républicain Bush père pour lutter contre la Russie. Il devint secrétaire adjoint à la Défense, dix ans plus tard, sous Bush fils, puis président de la Banque mondiale. L’année dernière, il apporta son soutien à la démocrate Hillary Clinton. En 1992, il avait écrit que le plus dangereux compétiteur des États-Unis était l’Union européenne et que Washington devait la détruire politiquement, voire économiquement.

    La loi remet en cause tout ce que Donald Trump a accompli durant les six derniers mois, notamment la lutte contre les Frères musulmans et leur organisations jihadistes, la préparation de l’indépendance du Donbass (Malorossiya), et le rétablissement de la route de la soie.

    En première rétorsion, la Russie a demandé à Washington de réduire le personnel de son ambassade à Moscou au niveau de celui de sa propre ambassade à Washington, c’est-à-dire à 455 personnes, expulsant 755 diplomates. De la sorte, Moscou entend rappeler que s’il a interféré dans la politique US, c’est sans commune mesure avec l’importance de l’ingérence US dans sa propre vie politique.

    À ce propos, ce n’est que le 27 février dernier que le ministre de la Défense, Sergeï Choïgou annonçait à la Douma que les Armées russes sont désormais capables elles aussi d’organiser des « révolutions colorées », avec 28 ans de retard sur les États-Unis.

    Les Européens réalisent avec stupeur que leurs amis de Washington (les démocrates Obama et Clinton, les républicains McCain et McConnell) viennent de stopper net tout espoir de croissance dans l’Union. Le choc est certainement rude, pourtant ils n’ont toujours pas admis que le prétendument « imprévisible » Donald Trump est en réalité leur meilleur allié. Complètement sonnés par ce vote, survenu pendant leurs vacances d’été, les Européens se sont mis en mode attente.

    Sauf réaction immédiate, les sociétés qui ont investi dans la solution de la Commission européenne à l’approvisionnement énergétique de l’Union sont ruinées. Wintershall, E.ON Ruhrgas, N. V. Nederlandse Gasunie, et Engie (ex-GDF Suez) se sont engagées dans le doublement du gazoduc North Stream, désormais interdit par le Congrès. Ils perdent non seulement le droit de concourir à des appels d’offres US, mais tous leurs avoirs aux États-Unis. Ils sont interdits d’accès aux banques internationales et ne peuvent poursuivre leurs activités hors de l’Union.

    Pour le moment, seul le gouvernement allemand a exprimé son désarroi. On ignore s’il parviendra à convaincre ses partenaires européens et à dresser l’Union contre son suzerain US. Jamais une telle crise n’est survenue et par conséquent il n’existe aucun élément de référence pour anticiper la suite des événements. Il est probable que certains États membres de l’Union défendront les intérêts US, tels que pensés par le Congrès, contre leurs partenaires européens.

    Les États-Unis, comme tout État, peuvent interdire à leurs sociétés de commercer avec des États étrangers et à des sociétés étrangères de commercer avec eux. Mais, selon la Charte des Nations Unies, ils ne peuvent imposer leurs propres choix en la matière à leurs alliés et partenaires. C’est pourtant ce qu’ils ont fait depuis leurs sanctions contre Cuba. À l’époque, sous l’impulsion de Fidel Castro —qui n’était pas communiste—, le Gouvernement cubain avait lancé une réforme agraire à laquelle Washington entendait s’opposer [4]. Les membres de l’Otan, qui n’avaient que faire de cette petite île des Caraïbes, suivirent donc le mouvement. Progressivement, l’Occident, imbu de lui-même, a considéré comme normal d’affamer les États qui résistaient à leur puissant suzerain. Voici que pour la première fois, l’Union européenne est touchée par le système qu’elle a aidé à mettre en place.

    Plus que jamais, le conflit Trump/Establishment prend une forme culturelle. Il oppose les descendants des immigrés à la recherche du « rêve américain » à ceux des puritains du Mayflower [5]. D’où, par exemple, la dénonciation par la presse internationale du langage vulgaire du nouveau responsable de la communication de la Maison-Blanche, Anthony Scaramucci. Jusqu’ici Hollywood s’accommodait parfaitement des manières des hommes d’affaire new-yorkais, mais soudainement ce langage de charretier est présenté comme incompatible avec l’exercice du Pouvoir. Seul le président Richard Nixon s’exprimait ainsi. Il fut contraint à la démission par le FBI qui organisa le scandale du Watergate contre lui. Pourtant chacun s’accorde à reconnaître qu’il fut un grand président, mettant fin à la guerre du Vietnam et rééquilibrant les relations internationales avec la Chine populaire face à l’URSS. Il est étonnant de voir la presse de la vieille Europe reprendre l’argument puritain, religieux, contre le vocabulaire de Scaramucci pour juger de la compétence politique de l’équipe Trump ; et le président Trump lui-même le renvoyer à peine nommé.

    Derrière ce qui peut apparaître n’être qu’une lutte de clans se joue l’avenir du monde. Soit des relations de confrontation et de domination, soit de coopération et de développement.

    Thierry Meyssan
    ______

    [1] “State Secrets : How an Avalanche of Media Leaks is Harming National Security”, Senate Homeland Security and Governmental Affairs Committee, July 6, 2017.

    [2] H.R.3364 -- Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act

    [3] « US Strategy Plan Calls For Insuring No Rivals Develop », Patrick E. Tyler, New York Times, March 8, 1992. Le quotidien publie également de larges extraits du rapport secret de Wolfowitz en page 14 : « Excerpts from Pentagon’s Plan : « Prevent the Re-Emergence of a New Rival » ». Des informations supplémentaires sont apportées dans « Keeping the US First, Pentagon Would preclude a Rival Superpower » Barton Gellman, The Washington Post, March 11, 1992.

    [4] « El robo más largo de la historia cometido por un país contra otro », por Jorge Wejebe Cobo, Agencia Cubana de Noticias , Red Voltaire , 19 de julio de 2017.

    [5] « Les États-Unis vont-ils se réformer ou se déchirer ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 octobre 2016.

    Source : réseau Voltaire, http://www.voltairenet.org/article197281.html

  6. Divina sanctio

    http://www.chroniquesdugrandjeu.com/divina-sanctio

    Ainsi, le système impérial a décidé d’aller jusqu’au bout dans sa confrontation avec la Russie et l’intégration eurasienne. A l’image d’un McCain à moitié gâteux tirant ses dernières salves avant de rejoindre l’enfer, l’Etat profond de l’hégémon déclinant, désormais réfugié au Congrès américain, choisit la voie jusque-boutiste. Un grand classique de l’Histoire. C’est comme ça que les empires chutent ; c’est également comme cela que les grandes guerres commencent…

    Les sanctions de Washington ont immédiatement été qualifiées par Poutine d’ « illégales et extrêmement cyniques », le président russe parlant même d’ « impudence » américaine. La patience de Moscou a atteint ses limites et Vladimirovitch, d’habitude mesuré, n’a pas fait le voyage pour rien :

    Désormais, ce sera du tac au tac et les provocations ne seront plus laissées sans réponse. Le temps de la tolérance est passé et ce sont comme on le sait 755 vrais ou faux diplomates (combien d’espions parmi eux ?) états-uniens qui vont faire leurs valises, même si le Kremlin, magnanime, leur laisse jusqu’au mois de septembre. Bien que cette décision soit en réalité un simple retour à la parité, cela constitue la plus grande expulsion de personnel diplomatique des temps modernes. On comprend que l’ambassadeur US soit déçu

    Et ceci n’est qu’une première réponse aux expulsions hivernales d’Obama, d’autres devraient suivre afin de riposter plus spécifiquement au vote sardonique du Congrès (on parle par exemple des exportations de titane dont dépend Boeing) pour « ramener les Etats-Unis à la raison ». Car ces sanctions, dont l’objectif est double, ne trompent évidemment personne.

    Il s’agit d’abord de torpiller tout rapprochement américano-russe voulu contre vents et marées par Trump, qui sera d’ailleurs obligé de signer la loi car un veto présidentiel sera facilement contourné (revote aux deux tiers) comme lors de l’affaire Obama-Saoudie. Le bill du Congrès est particulièrement machiavélique en ce sens qu’il lie les mains de la Maison blanche ; le texte prévoit en effet un mécanisme inédit empêchant plus ou moins le président américain de lever les sanctions.

    Grand jeu oblige, il s’agit surtout d’intimider les Européens afin de rompre l’intégration énergétique de l’Eurasie et, en particulier, saboter le Nord Stream II. Il n’est évidemment pas anodin que ce vote intervienne au moment où la guerre syrienne est perdue pour l’empire, barrant définitivement la route aux pipelines pétromonarchiques vers le Vieux continent qui auraient permis d’isoler énergétiquement la Russie.

    Union Européenne, Allemagne, France ou encore Autriche sont vent debout contre ces sanctions qu’ils jugent illégales et « violant le droit international » ; Bruxelles et Berlin menacent de répondre par des mesures de rétorsion. Nous évoquions ce bouleversement il y a un mois quand la crise était déjà dans les tuyaux :

    Suite aux sanctions susceptibles de toucher des entreprises européennes impliquées dans le Nord Stream II, Berlin n’en démord pas et continue sur sa lancée :

    « Nous estimons qu’il est inacceptable qu’une loi [américaine] puisse demander aux Européens de renoncer au gaz russe pour nous vendre du [gaz] américain à la place, à un prix bien plus élevé », a lancé le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel le 29 juin, en visite officielle en Russie, rapporte le quotidien allemandHandeslbatt. (…)

    En outre, un communiqué commun signé le 15 juin par le chancelier autrichien et le ministre allemand des Affaires étrangères a précisé : « L’approvisionnement énergétique de l’Europe est une question européenne qui ne concerne en rien les Etats-Unis d’Amérique. C’est à nous [les pays européens] et non aux Etats-Unis de décider de qui nous livre notre énergie et de quelle façon.« 

    C’est nouveau, ça… Les euronouilles ont, sous pression américaine, torpillé le South Streamqui aurait pourtant rapporté des bénéfices considérables, notamment dans les Balkans ; ils ont laissé pendant des années Washington faire la pluie et le beau temps énergétique. Et voilà que soudain, le Vieux continent ouvre un oeil, affirme (dans les mots en tout cas) son refus. Quelle révolution copernicienne : trente ans de vassalité européenne volent en éclats et l’on voit des signes d’un retour aux années 80, quand les Etats défendaient encore leurs prérogatives énergétiques face aux Américains, comme dans l’affaire du gazoduc sibérien.

    Que s’est-il donc passé ? La réponse tient en cinq petites lettres : Trump. Ou plus exactement son élection. L’empire n’a plus de direction, plus de centre de commande, les vassaux s’égaillent dans la nature et se retournent contre l’ancien maître. Phénomène classique.

    Un retour sur ce gazoduc sibérien n’est pas inutile car il montre la gradation dans l’asservissement énergétique de l’Europe à l’empire :

    Au hasard des lectures, votre serviteur est tombé sur un rapport parlementaire en date du 3 février 2016 portant sur l’extraterritorialité de la justice américaine. Dans un parallèle entreles impérialismes athénien et US, nous avions vu l’importance de la question :

    Dans le domaine juridique, les tribunaux athéniens devinrent progressivement seuls compétents pour les affaires intéressant les citoyens des cités alliées qui allaient désormais à Athènes plaider leur cause. Ce transfert de souveraineté judiciaire n’est pas sans faire penser à l’évolution actuelle avec les amendes infligées à BNP-Paribas ou à la banque suisse UBS. C’est à l’époque de George W. Bush, que les Etats-Unis décidèrent que leurs lois s’appliqueraient à tous ceux qui exercent tout ou partie de leurs activités sur le sol américain, sont cotés sur une bourse américaine, y effectuent des opérations bancaires ou utilisent le dollar pour leurs opérations financières ou commerciales. Sont ainsi visées la quasi totalité des banques et des grandes entreprises mondiales, car le dollar est encore la monnaie dans laquelle se libellent la plupart des contrats commerciaux. Dans la guerre économique qui fait rage, les Américains veulent imposer leur modèle de régulation juridique et le font à travers un chantage relativement simple : si vous voulez vendre ou produire aux Etats-Unis, si vous voulez utiliser le dollar, vous obéissez à nos lois. Et vous adhérez à notre vision du monde… Ces décisions, prémices d’un droit extraterritorial appliqué par l’empire dominant, nous font en fait revenir 25 siècles en arrière.

    Cette approche est bien sûr risquée car susceptible de torpiller le rôle du dollar, pilier de l’empire. Mais les Etats-Unis n’en ont cure, tellement cela leur paraît naturel, comme l’explique en introduction le rapport parlementaire en question (p. 15) :

    Du point de vue défendu à Washington, la plupart des lois et pratiques que nous qualifions d’« extraterritoriales » – et critiquons en tant que telles – ne le sont pas.

    Les États-Unis adoptent parfois des dispositifs délibérément extraterritoriaux destinés à sanctionner des entités étrangères, généralement des entreprises, qui se refuseraient à appliquer certaines de leurs règles, par exemple l’arrêt des « transactions » de toutes natures avec des personnes, entités ou États ciblés comme terroristes ou pratiquant la prolifération nucléaire.

    Mais il est notable qu’ils ne considèrent pas comme extraterritoriales les dispositions qui justifient, selon eux, la plupart des sanctions financières infligées ces dernières années à nos entreprises ou nos banques pour des faits de corruption ou de non-respect d’un embargo économique américain : certes ces entreprises étrangères effectuaient à l’étranger les transactions ou les versements de pots-de-vin qui leur ont valu des amendes, mais comme elles ont utilisé les facilités de New-York pour compenser des opérations en dollars, ou bien y sont cotées à la bourse, cela suffisait, du point de vue qui est mis en avant, à les soumettre de plein droit à la loi américaine au même titre que des entreprises américaines. Les juristes américains soutiennent qu’il ne s’agit pas d’une application extraterritoriale de leurs lois, puisque « quelque chose » rattachait toujours les faits en cause au territoire américain. Pourtant, on le verra dans la partie du présent rapport consacrée à l’analyse juridique, ce « quelque chose » est parfois bien ténu et discutable.

    Attitude typique d’un empire nombriliste pour lequel les territoires lointains -- l’Europe en l’occurrence -- doivent naturellement suivre la voie du centre et s’y conformer. Or, cela n’a pas toujours été le cas… En p.119 est rapportée l’affaire du gazoduc sibérien :

    Au début des années 1980, la France et l’Allemagne étaient entrées en négociation avec l’URSS pour accroître la fourniture de gaz soviétique à l’Europe occidentale, ce qui passait par la construction d’un gazoduc depuis le gisement d’Ourengoï en Sibérie. Un consortium fut alors constitué, comprenant plusieurs filiales européennes d’entreprises américaines.

    Cependant, l’administration américaine était décidée à bloquer un projet qui renforçait la dépendance européenne aux hydrocarbures soviétiques et devait amener des devises à l’URSS. Suite à l’instauration de la loi martiale en Pologne en décembre 1981, le président Ronald Reagan décréta des sanctions économiques contre l’URSS, notamment dans le secteur énergétique, qui s’imposaient également aux filiales américaines à l’étranger. Cela n’empêcha pas la signature du contrat avec les Soviétiques et la Communauté européenne réagit aux pressions américaines par des mesures radicales, comme la réquisition des entreprises qui prétendaient appliquer les sanctions américaines ou la menace de poursuites pénales contre elles.

    Après une phase de grande tension, où les États-Unis révoquèrent les licences d’exportation de certaines entreprises européennes, l’évolution de la situation politique (avec la libération de M. Lech Walesa en Pologne) permit un apaisement : les États-Unis levèrent leurs sanctions et rétablirent les licences européennes suspendues.

    Sous la Guerre froide, le Grand jeu énergétique, déjà… Mais ce qui frappe, c’est évidemment la réaction furieuse du Vieux continent. La construction européenne, projet américain dès le départ, n’en était qu’à mi-chemin dans les années 80 : CEE non fédérale, institutions sans réel pouvoir, Etats qui avaient encore leur mot à dire etc. Bref, une Europe qui, si elle s’était engagée en catimini sur le chemin de ce qu’elle allait devenir, à savoir une simple succursale états-unienne, n’était pas encore suffisamment intégrée pour suicider les intérêts européens au profit de tonton Sam. Sur l’événementiel de la méchante passe d’armes euro-américaine lors de cette affaire de gazoduc, on pourra lire ceci.

    Les choses changent partiellement la décennie suivante (p. 119-120) :

    En 1996, le Congrès avait adopté les lois dites Helms-Burton et d’Amato-Kennedy qui sanctionnaient délibérément les entreprises non-américaines qui auraient certaines activités économiques à Cuba, en Libye et en Iran. Ce qui était encore la Communauté européenne avait là-aussi réagi vivement (de même que d’autres pays pourtant très liés aux États-Unis, comme le Canada). La réaction européenne avait comporté :

    – l’adoption d’un règlement interdisant aux citoyens et entreprises communautaires de se conformer à ces lois (voir encadré infra pour plus de détail) ;

    – une saisine de l’OMC (procédure non aboutie car abandonnée) ;

    – la recherche d’une solution politique négociée.

    De fait, la réaction européenne avait été efficace : lors du sommet Communauté/États-Unis du 18 mai 1998, les deux parties étaient parvenues à un accord sur la levée des procédures contre les entreprises européennes qui étaient dans le viseur de l’administration américaine (notamment Total pour ses investissements en Iran) et des dispositifs durables de dérogation au profit de ces entreprises, en échange d’engagements européens de principe (tels que tenter de dissuader l’Iran d’acquérir des armes de destruction massive).

    Nous sommes alors en plein apogée de l’empire US, après la chute de l’URSS et avant le retour de la Russie et de la Chine. Le traité de Maastricht a été approuvé, l’euro et l’Europe fédérale sont dans les cartons, le noyautage systématique des institutions européennes par Washington commence. Si les pays du Vieux continent se défendent encore, c’est avec un seul bras…

    Et nous en arrivons à nos années 2010. L’UE n’est plus que le faire-valoir de l’empire qui peut également, deux précautions valent mieux qu’une, se reposer sur ses hommes de paille à la tête des Etats : les fameux partis dits « de gouvernement » (UMPS en France, CDU-SPD en Allemagne etc.) passés au moule des Young leaders (…)

    Aujourd’hui, ce château de cartes est en péril et ce blog l’a suffisamment documenté ces derniers mois, ce qui ne démonte apparemment pas les jusqu’au-boutistes. Les vassaux de l’empire tentent-ils un dernier baroud d’honneur avant que l’inévitable principe de réalité ne revienne en force ?

    Il est revenu… Après l’acmé impérial 1996-2016, qui portait déjà en germe son déclin, nous voilà rendus au début des années 80 et à l’affaire du gazoduc sibérien, quand les Européens défendaient encore leurs intérêts.

    L’élection de Trump, le Brexit mais aussi la défaite du « camp du Bien » en Syrie ont envoyé d’immenses ondes de choc et le château de cartes ne tient plus qu’à un fil. L’on assiste d’ailleurs à l’autodestruction, « au carré » si l’on peut dire, de l’unité impériale. Après l’intronisation du Donald à la Maison blanche, l’on a en effet un temps considéré Berlin comme la deuxième Washington dans un remake de L’empire hors les murs, avec Frau Merkel dans le rôle de régente. Une sorte d’alliance Congrès US + euronouilles face à l’axe Trump-Poutine. Or, c’est cette alliance même qui est aujourd’hui elle aussi en train d’éclater avec le vote du Congrès et la rébellion européenne contre celui-ci !

    Il est encore trop tôt pour savoir si les dirigeants européens résisteront aux faucons états-uniens ou s’ils feront une Tisza, du nom de ce premier ministre hongrois qui, en 1914, s’opposa aux velléités guerrières de la partie germanique de la double monarchie d’Autriche-Hongrie avant de céder, avec les conséquences que l’on sait pour le monde et pour son pays, amputé des deux-tiers.

    Mais la recomposition tectonique à laquelle nous assistons laisse de toute façon rêveur. Pour résumer très schématiquement en trois dates (respectivement, il y a un an, six mois et aujourd’hui) :

    • Congrès + Maison blanche + UE     VS     Moscou
    • Congrès + UE                                  VS     Moscou + Maison blanche
    • Congrès                                           VS     Moscou + Maison blanche + UE

    Le constat est terrible pour le système impérial… Le plus piquant est de voir à la fois le Donald et les Européens, qui ne s’apprécient guère, c’est bien connu, suivre chacun de son côté le même mouvement de rapprochement avec la Russie.

    Source : Les Chroniques du Grand Jeu, http://www.chroniquesdugrandjeu.com/divina-sanctio

  7. RAPPORT D’INFORMATION sur l’extraterritorialité de la législation américaine

    http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4082.asp

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