« Puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

« Dans notre pays [chez les Inuits], nous sommes humains. Et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons.
Nous n’aimons pas entendre quelqu’un dire merci pour ça.
Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain.
Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

Précieux enseignement de David Graeber, dans « Dette, 5000 ans d’histoire »… (rappel)

Rappel de la vidéo originale sur le blog, avec une foule de précieux commentaires :

http://chouard.org/blog/2014/04/13/david-graeber-nous-explique-la-lecon-fondamentale-des-inuits/

Le livre épatant :

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155286486452317

13 réponses à “« Puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

  1. Anticor est une association anti-corruption.

    Affaire Ferrand : l’association Anticor annonce une plainte au parquet de Brest.

    « La question est de savoir si l’accord qui liait les Mutuelles de Bretagne à la compagne de Monsieur Ferrand à travers une SCI a été conclu dans l’intérêt des Mutuelles ou dans l’intérêt de cette proche », a expliqué l’avocat de l’association Anticor. Grâce à cet accord, la compagne de Richard Ferrand aurait perçu un total de 600 000 euros, payés par les adhérents des Mutuelles de Bretagne.

    Affaire Richard Ferrand : le parquet de Brest décide finalement d’enquêter.

    Revirement de situation ! Le parquet de Brest aurait finalement décidé d’ouvrir une enquête préliminaire sur les faits reprochés à Richard Ferrand, d’après le Télégramme de Brest. Les magistrats du tribunal, comme ceux du parquet national financier, avaient jusqu’à présent refusé de saisir de cette affaire. Ils auraient donc changé d’avis face “à l’accumulation de faits rapportés dans la presse ces derniers jours” et “à la confusion générée par les déclarations, parfois contradictoires, des différents acteurs du dossier”, rapporte le journal local.

    L’enquête préliminaire porterait sur un champ d’investigation très large. D’après le Télégramme, seraient visés tous les faits pouvant constituer des infractions pénales en matière d’atteintes aux biens, de manquement au devoir de probité et aux règles du code de la mutualité.

    L’affaire Ferrand a démarré lorsque le Canard Enchaîné a révélé qu’il avait proposé en 2011 au conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne, dont il était directeur, de louer des bureaux appartenant à sa compagne via une SCI.

    http://www.capital.fr/economie-politique/affaire-richard-ferrand-le-parquet-de-brest-decide-finalement-d-enqueter-1230392

  2. -- En juin 2016, la réunion du Groupe Bilderberg avait sélectionné deux personnalités politiques françaises. Quelques mois plus tard, ces deux personnalités politiques ont été placées aux postes clés :

    Edouard Philippe est devenu premier Ministre.

    Sylvie Goulard est devenue ministre des Armées (C’est nouveau. La France n’est plus une nation. La France est devenue une région d’un ensemble plus vaste : l’Union Européenne. Donc on vient de supprimer la Défense nationale. Normal : il n’y a plus de nation.)

    -- En juin 2014, le Groupe Bilderberg avait sélectionné deux hommes politiques. Là encore, ils viennent d’être placés aux postes clés :

    Emmanuel Macron est devenu président de la République.

    François Baroin est devenu chef de l’opposition.

    -- En juin 2017, le Groupe Bilderberg n’a plus du tout besoin de sélectionner des hommes politiques français : ils ont déjà placé leurs pions.

    En juin 2017, l’accent est donc mis sur les journalistes, les éditorialistes, les faiseurs d’opinion.

    Objectif : faire un bourrage de crâne dans tous les médias français pour expliquer que la construction européenne, c’est génial, que l’Union Européenne, c’est génial, que l’euro, c’est génial, que la future armée européenne, ça va être génial, etc.

    Le Groupe Bilderberg a donc sélectionné pour faire sa propagande médiatique sept Français, tous européistes, tous chargés de répandre la bonne parole européiste :

    Henri de Castries, ancien patron d’AXA, président de l’Institut Montaigne
    Nicolas Baverez, journaliste, éditorialiste de l’hebdomadaire LE POINT
    Thomas Buberl, patron d’AXA
    Christine Lagarde, patronne du FMI
    François Lenglet, journaliste sur France 2
    Benoît Puga, ancien chef d’état-major
    Bruno Tertrais, patron de la Fondation pour la recherche stratégique

    http://bilderbergmeetings.org/participants.html

  3. == Un vrai bouleversement de la scène politique == L’UPR est le parti politique qui présente le plus de candidats aux élections législatives de 2017

    https://www.upr.fr/actualite/france/vrai-bouleversement-de-scene-politique-lupr-parti-politique-presente-plus-de-candidats-aux-elections-legislatives-de-2017

  4. Ce qu’il aurait été plus judicieux de faire ;
    L’Inuit , possesseur d’un savoir à exploiter son terroir aurait dû inviter son voyageur à sa partie de pêche ! Et à son tour , le voyageur lui fait part de ses aventures , du savoir recueilli et peut-être de ses projets futurs ! Bon , je vous l’accorde , le moyen de communiquer reste à accorder !…..le mime , le dessin , les bruitages , les pirouettes …..
    Autre fait d’Inuit , hier soir en rentrant chez moi , j’ai trouvé deux belles salades de laitue sur le devant de ma porte , sans carte de visite , et mon Inuit a filé ! Je ne sais pas qui je dois remercier , ni même comment , et avec quoi ! Bon week-end

  5. Belle conférence de vulgarisation sur le fonctionnement de base de notre système monétaire, tenue par Gérard Foucher, simple, clair et efficace :

    https://www.youtube.com/watch?v=HraXC6eX-PQ

  6. Pourquoi les Nord-Coréens nous haïssent-ils ? C’est simple, ils se souviennent de la Guerre de Corée Par Mehdi Hasan

    Source : The Intercept le 03-05-2017.

    Photo: Bert Hardy/Picture Post/Getty Images

    « Pourquoi nous haïssent-ils ?

    C’est une question qui, en pensant au monde arabo-musulman, a rendu les Américains inlassablement perplexes à la suite des événements du 11 septembre. Actuellement, toutefois, c’est une question qui est de plus en plus posée à propos des Nord-Coréens repliés sur eux-mêmes.

    Soyons clairs : il ne fait aucun doute que les citoyens de la République Démocratique de Corée craignent et abhorrent les États-Unis. La paranoïa, la rancœur et un anti-américanisme grossier sont alimentés depuis des décennies, à l’intérieur du Royaume Ermite. À l’école, on enseigne aux enfants la haine des Américains tandis que les adultes commémorent chaque année un « mois de lutte contre l’impérialisme américain » (c’est en juin, au cas où vous ne le sauriez pas).

    Les officiels nord-coréens profèrent des menaces violentes contre les États-Unis tandis que le régime, dirigé par le brutal et sadique Kim Jong-un, produit de fausses informations à une échelle industrielle sous forme d’une propagande qui sert ses propres intérêts. En République Démocratique de Corée, la haine anti-américaine est une denrée dont on ne manque jamais.

    « Cette haine », toutefois, telle que l’a observée depuis longtemps dans le Washington Postl’observateur de la Corée du Nord Blaine Harden, « n’est pas entièrement fabriquée ». Elle « trouve en partie ses racines dans une narration fondée sur des faits que la Corée du Nord se remémore obsessionnellement et que les États-Unis oublient avec insouciance. »

    Oublient, comme dans « guerre oubliée ». Oui, la guerre de Corée, vous vous rappelez ? Celle qui est coincée entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre du Vietnam ? La première guerre « chaude » de la Guerre Froide, qui a eu lieu entre 1950 et 1953, et qui depuis a été commodément évacuée de la plupart des discussions et des débats à propos du régime « cinglé » et « dément » de Pyongyang. Oubliée bien que cette guerre particulière ne soit même pas terminée – elle a été suspendue par unaccord d’armistice et non par un traité de paix – et bien que ce conflit ait vu les États-Unis commettre de nombreux crimes de guerre, ce qui continue de façonner, peut-être ne faut-il pas en être surpris, la manière dont les Nord-Coréens voient les États-Unis, même si les habitants des États-Unis ignorent béatement le passé de belligérant de leur pays.

    Pour l’histoire, ce sont les Nord-Coréens, et non les Américains ou leurs alliés Sud-Coréens qui ont débuté la guerre en juin 1950, lorsqu’ils ont franchi le 38e parallèle et envahi le sud. Néanmoins, « ce que les Américains ignorent ou se rappellent à peine, c’est que nous avons tapissé de bombes le Nord pendant trois ans sans trop nous préoccuper des pertes civiles » écrit dans son livre « La guerre de Corée : une histoire » Bruce Cummings, historien de l’Université de Chicago.

    Combien d’Américains, par exemple, sont conscients du fait que les avions américains ont lâché, sur la péninsule coréenne, plus de bombes – 635 000 tonnes – et de napalm – 32 557 tonnes – que pendant toute la campagne du Pacifique contre les Japonais au cours de la Seconde Guerre mondiale ?

    Combien d’Américains savent que « sur une période de trois ans ou à peu près », pour citer Curtis LeMay, général de l’Armée de l’Air et chef du Commandement Stratégique Aérien pendant la guerre de Corée, nous avons assassiné… 20% de la population » ?

    Vingt pour cent. Par comparaison, les Nazis ont exterminé 20% de la population polonaise présente avant la Seconde Guerre mondiale. Selon LeMay, « nous sommes allés là-bas pour faire la guerre et nous avons fini par incendier et détruire chaque ville de Corée du Nord. »

    Chaque. Ville. On estime que plus de 3 millions de civils, dont la majorité habitaient le Nord, ont été tués dans les combats.

    Une vieille femme et son petit-enfant errent parmi les décombres de leur maison détruite au lendemain des bombardements aériens des avions américains sur Pyongyang, la capitale communiste de la Corée du Nord. (Photo Keystone/Getty Images).

    Combien d’Américains connaissent les déclarations du secrétaire d’État Dean Rusk ou le représentant de la Cour Suprême William O. Douglas ? Rusk, qui était fonctionnaire au département d’État en charge des Affaires de l’Extrême-Orient pendant la guerre de Corée, a plus tard admis que les États-Unis avaient bombardé « chaque brique posée sur une autre, tout ce qui bougeait ». Il a souligné que les pilotes américains « bombardaient juste cette putain de Corée du Nord. »

    Douglas a visité la Corée au cours de l’été 1952 et a été pétrifié par la « misère, la maladie, la souffrance et la famine, aggravées » par les bombardements des avions de guerre américains qui, à court de cibles militaires, avaient bombardé les fermes, les barrages, les usines et les hôpitaux. « J’ai vu les villes d’Europe meurtries par la guerre, a confessé le représentant de la Cour Suprême, mais je n’avais pas vu la dévastation avant de voir la Corée. »

    Combien d’Américains ont déjà entendu parler du plan déjanté du général Douglas Mac Arthur pour gagner la guerre contre la Corée du Nord en seulement 10 jours ? Mac Arthur, qui dirigeait le Commandement des troupes des Nations Unies pendant le conflit, voulait lâcher « entre 30 et 50 bombes atomiques… pour étrangler la Mandchourie » et cela « aurait laissé derrière nous une ceinture de cobalt radioactif ».

    Combien d’Américains ont entendu parler du massacre de No Gun Ri en juillet 1950, au cours duquel des centaines de Coréens ont été tués par des avions de guerre américains et par des membres du 7e régiment de Cavalerie américains alors qu’ils se réfugiaient sous un pont ? Les détails de ce massacre ont fait surface en 1999 lorsque Associated Press a interrogé des dizaines de militaires américains à la retraite. « Au diable tous ces gens », disait le capitaine d’un vétéran dans les souvenirs de ce dernier. « Débarrassons-nous d’eux tous ».

    Combien d’Américains ont appris à l’école le massacre de la Ligue Bodo perpétré sur des dizaines de milliers de personnes suspectées d’être communistes sur les ordres de l’homme fort sud-coréen soutenu par les Américains, le président Syngman Rhee, au cours de l’été 1950 ? Les témoinsrapportent que des jeeps pleines d’officiers américains étaient présentes et « supervisaient la boucherie ».

    Il est fort possible que des millions d’Américains souffrent d’une combinaison toxique d’ignorance et d’amnésie, mais les victimes des coups d’État américains, de leurs invasions et de leurs campagnes de bombardement à travers le monde tendent, eux, à ne pas oublier. Demandez aux Irakiens, ou aux Iraniens, ou alors aux Cubains ou aux Chiliens. Et, oui, demandez aussi aux Nord-Coréens.

    Pour les habitants de la République Démocratique de Corée, d’après Charles Armstrong, historien à l’Université Columbia, dans son livre « La tyrannie des faibles : La Corée du Nord et le reste du monde, 1950-1992″, « la guerre aérienne américaine a laissé une impression profonde et durable. Plus que tout autre facteur, elle a donné aux Nord-Coréens un sentiment collectif de peur et d’angoisse face aux menaces extérieures, qui perdurera longtemps après la fin de la guerre. »

    Ne vous méprenez pas : je ne prétends pas que le régime totalitaire et violent de Kim le serait moins aujourd’hui si les États-Unis n’avaient pas tapissé de bombes la Corée du Nord il y a près de 70 ans. Je ne m’attends pas non plus à ce que Donald Trump, de tous les présidents, présente des excuses officielles à Pyongyang au nom du gouvernement américain pour les crimes de guerre perpétrés entre 1950 et 1953.

    Selon l’éminente spécialiste de la Corée, Kathryn Weathersby, la Corée du Nord est, en interne, « toujours dans les années 1950… et le conflit avec la Corée du Sud et les États-Unis est toujours en cours. La population au Nord se sent acculée et menacée. »

    Si on veut éviter une autre guerre de Corée, une guerre potentiellement nucléaire, et si, comme l’écrivain d’origine tchèque Milan Kundera l’a écrit dans une phrase célèbre, « la lutte d’un homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli », alors les Américains ordinaires ne peuvent plus se permettre d’oublier l’héritage de mort, de destruction et d’écrasement de la guerre originelle de Corée.

    Mehdi Hasan

    Photo du haut : des troupes Américaines emmènent des prisonniers de guerre nord-coréens, le 7 octobre 1950.

    Source : The Intercept le 03-05-2017.

    Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

    SOURCE : Olivier Berruyer, les-crises.fr, http://www.les-crises.fr/pourquoi-les-nord-coreens-nous-haissent-ils-cest-simple-ils-se-souviennent-de-la-guerre-de-coree-par-mehdi-hasan/

  7. La souffrance et la survie au Timor Oriental, par John Pilger

    Le Timor Oriental, qui a gagné son indépendance de l’Indonésie en 1999 après avoir enduré des années de génocide, est à présent un flambeau de la démocratie en Asie, mais doit faire face à de nouvelles pressions coloniales dues à la mondialisation, écrit John Pilger.

    « En filmant en secret au Timor Oriental en 1993, j’ai suivi un paysage de croix : grandes croix noires se dessinant sur le ciel, croix sur des sommets, croix descendant les collines, croix le long de la route. Elles jonchaient la terre et saturaient le regard.


    Une manifestation appelant à un meilleur partage de revenus pour le pétrole offshore et le gaz naturel pour le Timor Oriental.

    Les inscriptions sur les croix révélaient l’extinction de familles entières, balayées en l’espace d’une année, d’un mois, d’un seul jour. Des villages entiers se tiennent là comme des monuments commémoratifs.

    Kraras est l’un de ces villages. Connu comme le « village des veuves », la population de 287 personnes fut massacrée par les troupes indonésiennes. Avec une machine à écrire au ruban usé, un prêtre local a enregistré le nom, l’âge, la cause du décès et la date du meurtre de chaque victime. Dans la dernière colonne, il a identifié le bataillon indonésien responsable de chaque meurtre. C’est la preuve d’un génocide.

    J’ai toujours le document, que je trouve difficile à retranscrire, comme si le sang du Timor Oriental était encore frais sur ces pages. Sur la liste, il y a la famille Dos Anjos.

    En 1987, j’ai interviewé Arthur Stevenson, connu sous le nom de Steve, un ancien commando australien qui a combattu les Japonais dans la colonie portugaise du Timor Oriental en 1942. Il m’a raconté l’histoire de Celestino dos Anjos, dont l’intelligence et la bravoure lui ont sauvé la vie, et la vie d’autres soldats australiens combattant derrière les lignes japonaises.

    Steve décrit le jour où des tracts ont été lancés depuis un avion de l’Air Force australienne : « On ne vous oubliera jamais », lisait-on sur le tract. Très vite après, les Australiens recevaient l’ordre d’abandonner l’île de Timor, laissant la population à son sort.

    Quand j’ai rencontré Steve, je venais juste de recevoir une lettre du fils de Celestino, Virgillo, qui avait le même âge que son propre fils. Virgillo écrivait que son père avait survécu à l’invasion indonésienne du Timor Oriental en 1975, mais il continuait : « En août 1983, les forces indonésiennes sont entrées dans notre village, Kraras. Ils ont pillé, brûlé, massacré, avec l’appui d’un avion de chasse. Le 27 septembre 1983, ils ont obligé mon père et ma femme à creuser leurs propres tombes et ils les ont tués à la mitrailleuse. Ma femme était enceinte. »

    Honte aux complices de l’Indonésie.

    La liste de Kraras est un document politique extraordinaire qui déshonore les partenaires faustiens de l’Indonésie en Occident, et nous apprend beaucoup sur la façon dont le monde est conduit. L’avion de chasse qui a attaqué Kraras venait des États-Unis ; les mitrailleuses et les missiles sol-air venaient de Grande-Bretagne ; le silence et la trahison venaient d’Australie.

    Portrait officiel du dictateur indonésien Suharto

    Le prêtre de Kraras écrivit sur la dernière page : « Pour les gouvernants du monde capitaliste, le pétrole du Timor sent meilleur que les larmes et le sang des Timorais. Qui apportera cette vérité au monde ? … Il est évident que l’Indonésie n’aurait jamais commis un tel crime si elle n’avait pas reçu des garanties favorables de la part des gouvernements occidentaux. »

    Alors que le dictateur indonésien, le général Suharto, était sur le point d’envahir le Timor Oriental (les Portugais avaient abandonné leur colonie), il en a averti les ambassadeurs d’Australie, des États-Unis et de Grande-Bretagne. Dans des télégrammes secrets ensuite révélés, l’ambassadeur australien, Richard Woolcott, encourage son gouvernement à « agir de façon à minimiser l’impact sur le public en Australie, et à soutenir de manière privée l’Indonésie ». Il faisait allusion au potentiel inexploité de pétrole et de gaz dans la mer du Timor qui sépare l’île de l’Australie du Nord.

    Il n’y avait aucun signe de préoccupation au sujet des Timorais.

    Dans mon expérience de reporter, le Timor Oriental fut le plus grand crime de la fin du 20e siècle. Il y a beaucoup à dire sur le Cambodge, mais même Pol Pot n’a pas massacré autant de personnes – proportionnellement – que Suharto qui a tué et affamé la population du Timor Oriental.

    En 1993, le Comité des Affaires étrangères du Parlement australien a estimé « qu’au moins 200 000 » Est-Timorais, un tiers de la population, avait péri sous Suharto.

    L’Australie est le seul pays occidental qui a formellement reconnu le génocide et la conquête de la part de l’Indonésie. Les forces spéciales criminelles indonésiennes connues comme « Kopassus », avaient été entraînées en Australie par les forces spéciales, dans une base proche de Perth. La récompense en matières premières, a dit le ministre des Affaires étrangères Gareth Evans, valait une « infinité » de dollars.

    Célébration au champagne.

    Dans mon film de 1994, « Mort d’une Nation : La conspiration contre le Timor », on voit un Evans réjoui levant son verre de champagne avec le ministre des Affaires étrangères de Suharto Ali Alatas, alors qu’ils survolaient la mer du Timor, après avoir signé un traité de piraterie qui partageait les richesses pétrolières et gazières de la mer du Timor.

    Le ministre des Affaires Étrangères australien Gareth Evans et le ministre des Affaires étrangères Ali Alatas célèbrent la signature de l’accord sur le pétrole et le gaz.

    J’avais aussi filmé des témoins comme Abel Gutteras, maintenant ambassadeur du Timor-Leste (nom post-indépendance du Timor Oriental) en Australie. Il m’a dit : « Nous croyons que nous pouvons gagner et que nous pouvons compter sur tout ces gens dans le monde pour nous écouter – que rien n’est impossible, et que la paix et la liberté valent toujours la peine de se battre pour elles. »

    Remarquablement, ils gagnèrent. Beaucoup de gens de par le monde les ont entendus, et un mouvement infatigable a pressé les soutiens de Suharto à Washington, Londres et Canberra d’abandonner le dictateur.

    Mais il y a aussi eu le silence. Pendant des années, la presse libre des pays complices a tout fait pour ignorer le Timor Oriental. Il y a eu quelques exceptions honorables, comme le courageux Max Stahl, qui a filmé le cimetière du massacre de 1991 à Santa Cruz. Des journalistes éminents se sont littéralement prosternés devant Suharto. Sur une photo d’un groupe d’éditeurs australiens visitant Djakarta, emmenés par l’éditeur de Murdoch Paul Kelly, l’un d’eux se prosterne devant Suharto le génocidaire.

    De 1999 à 2002, le gouvernement australien a encaissé un revenu estimé à 1,2 milliard d’un unique gisement de pétrole et de gaz dans la mer du Timor. Pendant la même période, l’Australie a donné moins de 200 millions pour une prétendue aide au Timor Occidental.

    En 2002, deux mois avant que le Timor Occidental ne gagne son indépendance, Ben Doherty rapportait : « L’Australie s’est secrètement retirée des procédures de résolution des conflits de frontières maritimes à la convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, et de la juridiction équivalente de la Cour Internationale de Justice, de façon à ce qu’il ne soit pas possible de la contraindre à se plier légalement à l’arbitrage international. »

    L’ancien Premier Ministre australien John Howard a décrit le rôle de son gouvernement pour l’indépendance du Timor Oriental comme « noble ». Le ministre des Affaires étrangères de Howard, Alexander Downer, a fait une fois irruption dans le bureau du Premier Ministre Alkatiri, à Dili au Timor Oriental, et lui a dit « Nous sommes très durs… laissez-moi vous donner une leçon de politique… »

    Aujourd’hui, c’est le Timor Oriental qui donne des leçons de politique. Après des années de ruses et de harcèlement de la part de Canberra, le peuple du Timor Oriental a réclamé et a gagné le droit de négocier devant la Cour permanente d’Arbitrage (PCA) une frontière maritime légale et un partage réel du gaz et du pétrole.

    L’Australie a une énorme dette envers le Timor Oriental – certains diraient, des milliards de dollars de réparation. L’Australie devrait rendre, sans conditions, toutes les royalties emmagasinées depuis que Gareth Evans a trinqué à la dictature de Suharto en volant au-dessus des tombes des victimes.

    La menace de la mondialisation

    Les économistes louent le Timor Oriental comme le pays le plus démocratique de l’Asie du Sud-Est aujourd’hui. Est-ce un hommage ? Ou est-ce le souhait que ce petit pays vulnérable se joigne au grand jeu de la mondialisation?

    Une carte montrant en rouge le Timor Oriental.

    Pour le plus faible, la mondialisation est un colonialisme insidieux qui permet à la finance transnationale et ses adeptes de pénétrer plus profondément, comme le remarque Edward Said, que les vieux impérialistes avec leurs vaisseaux de guerre.

    Cela peut signifier un modèle de développement qui a produit en Indonésie sous Suharto des inégalités énormes et de la corruption ; qui a conduit les populations hors de leurs terres pour vivre dans des bidonvilles, puis s’est ensuite enorgueilli du taux de croissance.

    Le peuple du Timor Oriental mérite mieux que les tièdes éloges de la part des « gouvernants capitalistes du monde », comme l’écrit le prêtre de Kraras. Ils n’ont pas combattu et ne sont pas morts et n’ont pas voté pour une pauvreté aggravée et un taux de croissance. Ils méritent le droit de pouvoir se suffire à eux-mêmes quand le pétrole et le gaz s’épuiseront, comme cela arrivera. Et au moins, leur courage doit devenir un flambeau dans notre mémoire, une leçon universelle de politique.

    Bravo, Timor Oriental, bravo, et soyez prudent. »

    John Pilger

    Le 5 mai, John Pilger a été récompensé de l’Ordre du Timor Oriental par l’Ambassadeur du Timor Oriental en Australie, Abel Gutteras, en reconnaissance pour ses rapports sur le Timor Oriental sous l’occupation brutale de l’Indonésie, et spécialement pour son film documentaire de référence, « Death of a Nation: the Timor Conspiracy. » ( Mort d’une Nation : la conspiration contre le Timor ).

    Source : Consortium News, le 08-05-2017.

    Traduit par les lecteurs du site http://www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

    http://www.les-crises.fr/la-souffrance-et-la-survie-au-timor-oriental-par-john-pilger/

    Source : Olivier Berruyer, les-crises.fr

  8. L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (2/4)

    http://lesakerfrancophone.fr/lhistoire-de-la-prise-de-controle-par-les-neocons-sur-les-etats-unis-24

    Source : Le Saker francophone

  9. L’histoire de la prise de contrôle par les néocons sur les États-Unis (3/4)

    http://lesakerfrancophone.fr/lhistoire-de-la-prise-de-controle-par-les-neocons-sur-les-etats-unis-34

    Source : Le Saker francophone

  10. Un nouveau référendum piétiné : les Pays-Bas ratifient le traité UE-Ukraine
    https://ruptures-presse.fr/actu/referendum-pietine-pays-bas-ratification-traite-association-ue-ukraine/

    La liste s’allonge…

  11. Super Étienne!
    L’anthropologie d’une part et d’autres chemins spirituels, dont les Évangiles d’autre part, sont des mines pour notre maturation.
    Ainsi, pour pousser jusqu’au bout l’attitude du don déjà très étudiée en anthropologie, imaginons-nous que, tous, ne faisons que donner à autrui. Tout ce que j’ai je le donne. Mais autrui fait pareil. Ainsi, jamais nous ne manquerions de rien.
    Voilà une pierre d’achoppement quasi eschatologique qui qualifie les échanges, et leur sens, entre les êtres humains.
    Sans rien vouloir idéaliser, ceci est juste une caricature de base de ce qui nous aura sans doute porté longtemps jusqu’à ce que la révolution industrielle en Occident fiche en l’air ces anciennes structures qui portaient un équilibre fécond sans que nous nous en rendions compte.
    Aujourd’hui? ….

  12. Un document intéressant, publié ce matin par Raphael Jolivet, extrait du livre « À nos amis » du Comité invisible, document critiquant radicalement TOUT processus constituant, par nature mauvais selon eux, extrait suivi dans les commentaires d’un intéressant début de controverse :

    https://www.facebook.com/raphael.jolivet/posts/10155334155844603

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