Archives mensuelles : mai 2017

« Puisque nous sommes humains, nous nous entraidons. Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

« Dans notre pays [chez les Inuits], nous sommes humains. Et puisque nous sommes humains, nous nous entraidons.
Nous n’aimons pas entendre quelqu’un dire merci pour ça.
Ce que j’ai aujourd’hui, tu peux l’avoir demain.
Ici, nous disons qu’avec les cadeaux on fait des esclaves, et qu’avec les fouets on fait des chiens. »

Précieux enseignement de David Graeber, dans « Dette, 5000 ans d’histoire »… (rappel)

Rappel de la vidéo originale sur le blog, avec une foule de précieux commentaires :

http://chouard.org/blog/2014/04/13/david-graeber-nous-explique-la-lecon-fondamentale-des-inuits/

Le livre épatant :

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Rendez-vous pour un débat à La Tour D’aigues (84) jeudi prochain, 1er juin 2017 à 19h30, avec Attac et la LDH, sur le thème « SOUVERAINETÉ ET DÉMOCRATIE »

Salut à tous 🙂

Je vous propose de débattre ensemble à nouveau, jeudi prochain (1er juin 2017) à 19 h 30, à La Tour D’aigues (84), à l’invitation d’Attac et de la LDH, et en nous concentrant cette fois sur le mot SOUVERAINETÉ, mot aimé des démocrates mais détesté par les penseurs oligarchiques — vous savez, ceux qui nous traitent de « populistes » et de « conspirationnistes » dès qu’on dénonce les intrigues des riches pour exploiter les pauvres et dès qu’on parle de vraie démocratie 🙂

Si l’on doit parler de souveraineté, on parlera donc forcément de MONNAIE (pas de souveraineté politique sans souveraineté monétaire, assurément).

On parlera aussi de la souveraineté pour empêcher la GUERRE : pas de paix durable en asservissant notre volonté à une machine de guerre permanente comme l’OTAN, notamment. La prétendue « UE » nous oblige à tuer dans les guerres illégales de l’OTAN, voulues et commandées par les USA et souvent, au bout du compte, par l’extrême droite israélienne. Le seul moyen de ne pas être embarqués de force dans la guerre, c’est de restaurer (NOUS-MÊMES) notre souveraineté, une vraie souveraineté, populaire, démocratique.

Voici l’affiche préparée par les organisateurs :

Le sujet est majeur, effectivement, mais nous ne saurons que jeudi si notre débat l’a été aussi 🙂

Prenez de quoi écrire : j’aimerais que nous réfléchissions ensemble à quelques articles de constitution (d’origine populaire).

Au plaisir de vous y retrouver.

Étienne.

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Guillemin : les gens de droite s’appellent toujours « les libéraux »

On ne se lasse pas de ce cher Guillemin.
Il change la vie.

Les »libéraux« sont souvent des escrocs : libéraux pour eux mais esclavagistes pour les autres ; ils se servent de l’État en prétendant le servir.

Rappel : lire Domenico Losurdo, « contre-histoire du libéralisme », ça pique.

On devrait apprendre l’histoire à l’école en passant du Guillemin aux enfants.

Chaque matin, avec un peu de Guillemin, on est en forme jusqu’au lendemain 🙂

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Pour ceux qui ne connaissent pas, voyez ce billet (accompagné d’une longue liste « intégrale de Guillemin » ) :

Henri Guillemin explique Robespierre et les « Révolutions Françaises » : la fausse de 1789 (les nouveaux riches prennent le pouvoir aux anciens) et la vraie de 1792 (le peuple est enfin défendu, pendant deux ans) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/04/218-henri-guillemin-explique-robespierre-et-les-revolutions-francaises_la-fausse-et-la-vraie

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Le KLÉROTÉRION, machine à tirer au sort, indispensable rouage pratique pour toute démocratie digne de ce nom, machine dissimulée par les voleurs de pouvoir depuis 2300 ans

Ah ! La formidable trouvaille que ce travail précieux de deux chercheurs au CNRS pour reconstituer et pour expliquer un klérotérion, machine à tirer au sort des Athéniens pendant 200 ans, il y a 2 500 ans !

La démonstration de son MODE D’EMPLOI pratico-pratique est inédite pour moi, je n’avais jamais vu ça ; je vous parle pourtant de cette machine, symboliquement essentielle pour toute démocratie digne de ce nom, depuis 2005…

Voilà donc une vidéo à vous passer entre vous, avant votre prochaine série d’ateliers constituants 🙂 sur la désignation et le contrôle de nos (éventuels) représentants 🙂

Hé ! les virus, il date de quand, votre dernier atelier constituant ?
Hum
Vous avez compris que si vous ne faites rien, il ne se passera rien, n’est-ce pas ?
Il faut « contagier », chacun du mieux qu’il peut, courageusement, opiniâtrement, tout le temps… Moi, demain je suis à Toulouse, vendredi prochain à Colmar, mercredi d’après à La Tour d’Aigues… et vous ? 🙂 Allez, citoyens, les petits ruisseaux font les grandes rivières : pas besoin d’autant voyager que moi, tâchez de parler constitution avec vos proches et vos voisins, ce sera déjà épatant 🙂

Bon courage, bande de virus 🙂

Etienne.


Je profite de l’occasion pour vous rappeler d’autres documents utiles pour réfléchir aux usages et aux modalités pratiques du tirage au sort en politique :

Ma page dédiée au tirage au sort en politique :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

Autres considérations sur le klérotérion :
http://francoib.chez-alice.fr/agora/agmklero.htm

La page wikipédia sur le klérotérion :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Klérotèrion

La page wikipédia sur le tirage au sort en politique :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Tirage_au_sort

Remarques fondamentales de Jacques Testart sur la compétence des citoyens :

Résumé très ramassé du comparatif « élection vs tirage au sort » :

Le procès de l’élection en une vidéo et un texte :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Necessaire_proces_de_l_election.pdf

Ce texte en livre (cliquer sur l’image pour en savoir plus) :

https://lareleveetlapeste.fr/produit/manifeste-1/


Vous pouvez aussi consulter ce florilège que j’ai composé pour nos ateliers de l’UPPA (Université Populaire du Pays d’Aix en Provence) :
UP_d_Aix_sur_le_tirage_au_sort_kleroterion_Sintomer_Montesquieu_Tocqueville.pdf

Vous trouverez, dans la compilation ci-dessus, les textes importants suivants :

• Un extrait (du chapitre 2) du livre littéralement passionnant
d’Yves Sintomer, « Le pouvoir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative », La découverte, mars 2007.

• Des images de klérotérion, la machine à tirer au sort qui a servi il y a 2500 ans à désigner les magistrats tous les matins parmi les milliers de citoyens présents chaque jour. Yves Sintomer explique cette formidable procédure antique ; livre à connaître,

• Le jugement très favorable que Montesquieu portait au tirage au sort, rappelé par Bernard Manin, dans son livre enthousiasmant, « Principes du gouvernement représentatif »,

• Le plaidoyer formidable de Tocqueville pour les jurys citoyens tirés au sort, institution politique émancipatrice et pédagogique : le chapitre VIII de l a 2e partie « De la démocratie en Amérique » est une pure merveille. Ne ratez pas ça, c’est superbement écrit,

• … et quelques textes réglementaires sur les procédures actuelles du tirage au sort des jurys d’Assises en France.

Ne ratez pas non plus ces passionnantes GRANDES CONTROVERSES sur le tirage au sort en politique, où j’ai échangé (parfois très vivement) de forts arguments avec d’irréductibles défenseurs du faux « suffrage universel », notamment Raoul Marc Jennar et François Asselineau. Voyez ce billet de blog (mai 2011, il y a déjà 6 ans !) avec la vidéo et surtout son important fil de commentaires :

Le tirage au sort comme antidote politiquement durable contre l’oligarchie : la vidéo

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/30/127-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie-la-video

Et puis, bien sûr, cet échange historique, de mon point de vue :


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« Destination DÉMOCRATIE » : rendez-vous à la Foire ÉcoBio Alsace, à COLMAR, vendredi prochain, 26 mai 2017 à 15h, pour une conférence et des ateliers constituants

« Destination démocratie », c’est le thème de la Foire ÉcoBio Alsace cette année, qui a inspiré à ses organisateurs une très gentille invitation, vendredi 26 à 15 h, à COLMAR, pour une conférence et des ateliers constituants :

http://www.ecobio.alsace/

De plus en plus, les gens commencent à se préoccuper du vrai sens du mot « démocratie », et donc des conditions d’institution de leur cratos 🙂

Le programme de vendredi :
http://www.ecobio.alsace/foire/vendredi/

Je tâcherai de montrer ce qui rend cruciale, décisive, indispensable, l’approche institutionnelle et monétaire pour les enjeux écologiques (et j’essaierai de vous aider à rédiger vous-mêmes des articles de constitution dans ce sens) :

AUCUNE politique écologique et sociale digne de ce nom n’est possible tant que ce sont les multinationales et les banques (les 1% les plus riches du monde, qui ne pensent qu’en termes d’exploitation et de profit) qui maîtrisent les acteurs politiques et la création monétaire. Or, ce sont précisément nos institutions, et spécialement le faux « suffrage universel » (élire des maîtres au lieu de voter nos lois), qui donnent le pouvoir aux plus riches, toujours et partout. Je tâcherai de montrer qu’en matière écologique comme ailleurs, on ne règle les problèmes correctement qu’en s’en prenant à leur racine : chercher la cause des causes, comme un bon médecin. Qui écrit la constitution, qui désigne les représentants, pour quel mandat, avec quel mode de scrutin, quels contrôles, en protégeant comment les initiatives citoyennes, quelles procédures de révision, etc. L’antienne d’Étienne, quoi 🙂

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.

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Rendez-vous à Toulouse avec Inform’Action, le 20 mai 2017 à 11h, pour des ateliers constituants

Je suis content : je vais vous revoir bientôt, en chair et en os 🙂

L’association Inform’Action de Toulouse nous propose très gentiment (avec une vingtaine de bénévoles pour l’organisation) de nous réunir samedi prochain, 20 mai 2017, dans une belle grande salle, pour faire ensemble des ateliers constituants :

La page de l’association qui annonce la rencontre :
http://asso.informaction.info/blog/actualites-1/post/conference-etienne-chouard-25

La page Facebook de la rencontre :
https://www.facebook.com/events/1481813185212392/permalink/1489048021155575/

Prenez de quoi ÉCRIRE 🙂

J’ai hâte de vous y retrouver 🙂

Étienne.


PS (7 août 2017) : voici les liens vers 4 vidéos composées patiemment et intelligemment par Inform’Action pour garder un souvenir fécond de cette rencontre :

1. POURQUOI RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (1/4) : « Les constitutions du monde, pour l’instant, nous tiennent À L’ÉCART »

2. POURQUOI NE VOULONS-NOUS PAS RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? 2/4 « Qu’est-ce qui manque à cette idée forte, cette CAUSE COMMUNE de l’humanité, pour se répandre plus rapidement ? »

3. ATELIERS CONSTITUANTS : COMMENT RÉÉCRIRE LA CONSTITUTION ? (3/4)

4. [ÉMANCIPATION] ET SI NOUS RÉÉCRIVIONS LA CONSTITUTION ? Vidéo 4/4
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Page Facebook correspondant à ce billet :
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Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre, par Robert Parry

Une bonne synthèse, pour remonter aux sources et découvrir qui veut la guerre, (et qui nous y « tirera par les cheveux », même si on n’est pas d’accord du tout) :

Les Kagan sont de retour ; les guerres vont suivre,

par Robert Parry

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Le 15 mars 2017

Exclusif: La famille “royale” néoconservatrice des Kagan compte sur les Démocrates et les prétendus progressistes pour jouer les fantassins dans la nouvelle campagne néoconservatrice qui vise à pousser les Républicains et le président Trump à engager d’autres guerres de « changement de régime ».

Par Robert Parry

La famille Kagan, fleuron de l’aristocratie néoconservatrice de l’Amérique, refait surface après s’être remise de n’avoir pas vu s’accroître son influence – ce que lui aurait offert l’élection d’Hillary Clinton – et d’avoir perdu son pouvoir officiel au début de la présidence Trump.

L’ancienne Secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes, Victoria Nuland, qui a milité pour le coup d’État en Ukraine et qui a contribué à choisir les dirigeants de l’après coup d’État. (Elle est l’épouse du théoricien néoconservateur Robert Kagan.)

La famille Kagan est de retour, pontifiant dans les tribunes des plus grands journaux. Elle incite maintenant à un élargissement de l’intervention militaire étatsunienne en Syrie et elle harcèle les Républicains pour qu’ils participent avec un peu plus d’enthousiasme à la chasse aux sorcières antirusse au sujet de la contribution présumée de Moscou à l’élection de Trump.

Dans une tribune du Washington Post datée du 7 mars, Robert Kagan, cofondateur du Project for the New American Century et l’un des principaux cerveaux de la guerre d’Irak, a attaqué les Républicains dont le peu d’empressement à enquêter faisait d’eux « des complices après coup de la Russie. »

Puis Frederick Kagan, directeur du Critical Threats Project à l’American Enterprise Institut néoconservateur et sa femme, Kimberly Kagan, qui a son propre groupe de réflexion, l’Institute for the Study of War (Institut pour l’étude de la guerre), vantaient, dans une tribune du Wall Street Journal du 15 mars, les avantages d’un renforcement de l’intervention américaine en Syrie.

Pourtant, quelle que soit l’influence que gardent les Kagan à Washington, dans le monde des groupes de réflexion et des tribunes libres, ils demeurent presque totalement à l’écart des centres du pouvoir de la nouvelle ère Trump, même si, semble-t-il, ils ont vu une porte qu’on pouvait forcer.

Il y a un an, cependant, leurs perspectives avaient l’air bien plus exaltant. Ils pouvaient faire leur choix parmi un grand nombre de candidats républicains néoconservateurs à la présidence ou, comme Robert Kagan, ils pouvaient soutenir la candidate de l’establishment démocrate, Hillary Clinton, dont « l’interventionnisme progressiste » se confondait quasiment avec le néo conservatisme et n’en différait que par les explications rationnelles invoquées pour justifier toujours davantage de guerres.

Il y avait aussi l’espoir qu’Hillary Clinton présidente reconnaîtrait sa communauté de vues avec les faucons progressistes et les néoconservateurs en donnant une promotion à la femme néoconservatrice de Robert Kagan, Victoria Nuland, qui passerait du poste de secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes à celui de secrétaire d’État.

Alors ils auraient bénéficié d’un formidable élan pour à la fois augmenter l’intervention militaire américaine en Syrie et accroître l’escalade de la nouvelle guerre froide avec la Russie, remettant l’idée de « changement de régime» pour ces deux pays à l’ordre du jour. Ainsi, au début de l’an dernier, les opportunités semblaient infinies pour la famille Kagan qui allait pouvoir montrer sa force et engranger beaucoup d’argent.

Une affaire de famille

Comme je l’ai fait remarquer il y a deux ans dans un article intitulé “Une affaire de famille de guerre sans fin” : « Le commentateur néoconservateur Robert Kagan et sa femme, la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes Victoria Nuland, sont à la tête d’une affaire de famille remarquable : elle, elle a déclenché une vraie guerre en Ukraine et elle a contribué à provoquer une seconde Guerre froide avec la Russie, et lui, il intervient pour exiger que le Congrès augmente le budget de l’armée afin que l’Amérique puisse faire face à ces nouvelles menaces contre la sécurité.

L’intellectuel néoconservateur bien connu Robert Kagan. (Photo credit: Mariusz Kubik, http://www.mariuszkubik.pl)

« Cet extraordinaire duo conjugal représente, pour le complexe militaro-industriel, deux forces qui s’unissent, une équipe dedans-dehors qui crée le besoin d’un budget militaire plus important, use de pressions politiques pour assurer des dotations plus élevées et regarde avec reconnaissance les marchands d’armes offrir de généreuses donations aux groupes de réflexion bellicistes de Washington.

« Non seulement la communauté des néoconservateurs dans son ensemble bénéficie de ces largesses, mais c’est le cas aussi d’autres membres du clan Kagan, y compris celui du frère de Robert, Frederick de l’American Enterprise Institute, et de sa femme Kimberly qui dirige sa propre agence, l’Institute for the Study of War. »

Cependant, les événements ne se sont pas déroulés tout à fait comme les avaient imaginés les Kagan. Les Républicains néoconservateurs ont trébuché lors des primaires et c’est Trump qui a gagné, et après qu’Hillary Clinton a renvoyé le sénateur Bernie Sanders dans les cordes et qu’elle a été nommée candidate pour les Démocrates, elle a perdu devant Trump lors de la présidentielle.

A la suite de sa surprenante victoire, Trump, en dépit de ses nombreuses lacunes, a reconnu ne pas être proche des néoconservateurs et les a laissés, pour la plupart, à la porte. Nuland a non seulement perdu son poste de secrétaire d’État adjointe mais elle a aussi démissionné du département d’État.

Trump à la Maison-Blanche, l’establishment de la politique étrangère de Washington, dominé par les néoconservateurs, avait pris un coup, mais il n’était pas au tapis. Les néoconservateurs ont reçu alors une bouée de sauvetage de la part des Démocrates et des progressistes qui détestaient Trump à un point tel qu’ils ont été ravis de reprendre le flambeau de la nouvelle Guerre froide de Victoria Nuland avec la Russie. Participant à un plan douteux pour écarter Trump du pouvoir, les Démocrates et les progressistes ont monté en épingle des accusations sans preuve selon lesquelles la Russie se serait entendue avec l’équipe de Trump afin de truquer l’élection américaine.

L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a parlé pour nombre d’entre eux quand il a comparé la présumée « ingérence » de la Russie dans les élections avec le bombardement de Pearl Harbour et les attentats du 11-Septembre par al-Qaïda.

Dans l’émission Morning Joe sur MSNBC, il a exigé que les accusations de piratage contre la Russie soient traitées comme un casus belli. « C’était un événement de la même ampleur que le 11-Septembre, a-t-il déclaré. Ils ont attaqué le cœur de notre démocratie. C’était un événement de l’ampleur de Pearl Harbour. » Aussi bien Pearl Harbour que le 11-Septembre ont mené à des guerres.

Ainsi beaucoup de progressistes, aveuglés par leur haine de Trump, ont-ils favorisé le retour des néoconservateurs.

Le harcèlement des Républicains

Robert Kagan a choisi la page des tribunes libres du Washington Post pour harceler des Républicains qui comptent, comme le représentant Devin Nunes, président du House Intelligence Committee, qui se trouvait en photo au-dessus de l’article et de son titre « Roulant pour une ingérence de la Russie ».

Le général David Petraeus devant le Capitole avec Kimberly Kagan, fondatrice et présidente de l’Institute for the Study of War. (Photo credit: ISW’s 2011 Annual Report)

« Il aurait été impossible d’imaginer il y a un an, » écrit Kagan, « que des dirigeants du Parti républicain aideraient effectivement les Russes à s’ingérer dans le système politique de notre pays. Pourtant, et c’est incroyable, c’est le rôle que joue le Parti républicain. »

Kagan a alors repris la doxa des responsables de Washington qui acceptaient, sans émettre le moindre doute, les allégations des directeurs sortants des services de renseignement de la présidence Obama, à savoir que la Russie avait piraté les mails des Démocrates et les avait publiés via WikiLeaks pour gêner la campagne de Clinton.

Bien que les responsables du renseignement d’Obama n’aient fourni aucune preuve pour étayer ce qu’ils avançaient et que WikiLeaks ait nié avoir reçu ces deux liasses de mails des Russes, les officiels de Washington ont largement admis ces allégations, les considérant comme des motifs pour discréditer Trump et essayer de le destituer.

Passant sous silence le conflit politique d’intérêts de ceux qui avaient été nommés par Obama, Kagan a estimé que « vu l’importance de cette découverte particulière [l’ingérence de la Russie], les preuves doivent être déterminantes » et cela justifie « une enquête sérieuse, d’une grande ampleur et transparente. »

Kagan, cependant, doit aussi avoir compris quelle opportunité de revenir au pouvoir constituait pour les néoconservateurs ce rideau de fumée d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie.

Il a déclaré : « La question la plus importante concerne la capacité de la Russie à manipuler les élections des États-Unis. Ce n’est pas un problème politique. C’est un problème de sécurité nationale. Si le gouvernement russe s’est effectivement ingéré dans les processus électoraux des États-Unis l’an dernier, alors il a la capacité de le faire dans toutes les autres élections à partir de maintenant. C’est une arme puissante et dangereuse, plus redoutable que des vaisseaux de guerre, des chars ou des bombardiers.

« Ni la Russie ni aucun autre adversaire éventuel n’a le pouvoir de mettre à mal le système politique étatsunien avec des armes de guerre. Mais en instillant des doutes sur la validité, l’intégrité et la fiabilité des élections des États-Unis, elle peut saper les bases de ce système. »

Une réalité différente

Le ton de la tribune de Kagan était alarmiste, mais la réalité était bien différente. Même si les Russes ont effectivement piraté les mails des Démocrates et les ont, d’une façon ou d’une autre, fait passer à WikiLeaks, affirmation non étayée et controversée d’ailleurs, ces deux séries de mails n’ont pas joué un rôle si important dans le résultat de l’élection.

L’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et le sénateur Bernie Sanders. (NBC photo)

Selon Hillary Clinton, le responsable de sa défaite surprise, c’est le directeur du FBI James Cormey qui a ré-ouvert brièvement l’enquête sur le serveur privé dont elle se servait quand elle était secrétaire d’État.

En outre, tout porte à croire que les mails publiés par WikiLeaks étaient authentiques et révélaient les agissements illicites des dirigeants des Démocrates, comme la manière dont le Comité national du Parti démocrate a lésé Bernie Sanders et favorisé Hillary Clinton. Dans les mails du directeur de campagne de Clinton John Podesta, on a pu lire les discours rétribués que Clinton avait prononcés devant les financiers de Wall Street et qu’elle essayait de cacher aux électeurs, sans oublier quelques exemples d’octroi de marchés aux donateurs de la Fondation Clinton.

En d’autres termes, la publication de WikiLeaks a contribué à informer les électeurs américains à propos des irrégularités du processus démocratique dans leur pays. Les mails n’étaient pas de la « désinformation » ni des « fausses nouvelles », ils contenaient de vraies informations.

On a eu cette semaine une communication d’informations semblable à celles qui s’étaient produites avant l’élection. On a fait fuiter, en effet, des informations sur les feuilles d’impôts de Trump, lesquelles sont protégées par la loi. Cependant, à part le camp Trump, presque personne n’a jugé que la publication illicite des feuilles d’impôts d’un citoyen constituait, quelque part, une menace contre la démocratie américaine.

Les Américains ont le droit de connaître ce genre de détails à propos d’un candidat à la Maison-Blanche, c’était le sentiment général. Je suis tout à fait d’accord, mais est-ce qu’il ne s’ensuit pas également que nous avions le droit de savoir que le Comité du Parti démocrate abusait de son pouvoir pour faciliter la nomination de Clinton, le droit de savoir ce que contenaient les discours prononcés devant les banquiers de Wall Street et le droit de savoir que des gouvernements étrangers cherchaient à se faire attribuer des marchés en faisant des donations à la Fondation Clinton ?

Pourtant, parce que les hauts fonctionnaires nommés par Obama dans la communauté du renseignement « estiment » que la Russie était la source des mails de WikiLeaks, cette attaque contre la démocratie des États-Unis justifie une Troisième Guerre mondiale.

Toujours plus de propos inconsidérés

Accuser cependant, sans preuve, la Russie de fragiliser la démocratie des États-Unis n’était pas suffisant pour Kagan. Il a affirmé comme un « fait », bien que, une fois de plus, il n’ait pas présenté de preuves, les éléments suivants : la Russie « s’ingère dans les élections à venir de la France et de l’Allemagne, et elle s’est déjà ingérée dans le récent référendum italien et dans de nombreuses autres élections en Europe. Elle utilise cette arme contre autant de démocraties qu’elle peut pour saper la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques. »

Le Secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, accompagné de la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et eurasiennes Victoria « Toria » Nuland, s’adresse au président russe Vladimir Poutine lors d’une réunion au Kremlin à Moscou, en Russie, le 14 juillet 2016. [Photo du Département d’État]

Les dirigeants à Washington et les médias traditionnels ont beaucoup déploré leur impuissance au sujet de l’ère « post-vérité », mais ces prétendus avatars de la vérité sont aussi coupables que quiconque, agissant comme si la répétition constante d’une allégation non étayée de faits revenait à la prouver.

Mais ce que Kagan et d’autres néoconservateurs ont à l’esprit est clair : c’est une escalade des hostilités avec la Russie et une augmentation substantielle des dépenses consacrées au matériel militaire américain et à la propagande occidentale pour « contrer » ce qui est considéré comme une « propagande russe ».

Kagan l’admet, il a déjà beaucoup de Démocrates et de progressistes de premier plan de son côté. Donc, il cherche à forcer les Républicains à se joindre à cette campagne hystérique de dénigrement contre la Russie, quand il écrit :

« Mais ce sont les Républicains qui les couvrent. Le chef actuel du parti, le président, remet en cause les découvertes, les motivations et l’intégrité de la communauté du renseignement. Les dirigeants républicains au Congrès se sont opposés à la création d’un comité spécial d’enquête, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Congrès. Ils ont insisté pour que les enquêtes soient menées par les deux comités de renseignement.

« Pourtant, le président républicain du comité à la Chambre a indiqué que cette enquête n’était pas bien urgente et il a même mis en cause la gravité et la validité des accusations. Le président républicain du comité au Sénat a abordé cette tâche à contrecœur.

« En conséquence, on a l’impression que les enquêtes avancent avec une lenteur délibérée, produisant peu d’informations et en fournissant encore moins au public. Il est difficile de ne pas conclure que c’est précisément l’intention de la direction du Parti républicain, à la fois à la Maison-Blanche et au Congrès. …

« Lorsque les Républicains s’opposent à des enquêtes approfondies, transparentes et immédiates, ils deviennent complices de la Russie après coup. »

Mentir avec les néoconservateurs

Beaucoup de démocrates et de progressistes peuvent trouver encourageant qu’un néoconservateur de premier plan, qui a contribué à ouvrir la voie de la guerre en Irak, soit désormais de leur côté pour dénigrer les Républicains coupables de ne pas se joindre avec enthousiasme à la dernière chasse aux sorcières russe. Mais ils pourraient également réfléchir un instant et se demander comment ils ont pu laisser leur haine de Trump les conduire à s’allier avec les néoconservateurs.

Le président russe Vladimir Poutine, après son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 septembre 2015. (Photo de l’ONU)

Mercredi, dans The Wall Street Journal, Frederick, le frère de Robert Kagan, et sa femme, Kimberly, sont allés plus loin en présentant le vieux rêve des néocons d’une invasion américaine à grande échelle en Syrie, projet qui a été mis en attente en 2004 à cause des échecs militaires des États-Unis en Irak.

Cependant, les néoconservateurs sont avides, depuis longtemps, d’un « changement de régime » en Syrie et n’ont pas été satisfaits par ce qu’a fait Obama en armant les rebelles antigouvernementaux et par l’implication limitée de forces spéciales dans le nord de la Syrie afin de contribuer à la reconquête de la « capitale » de l’EI, Raqqa.

Dans leur tribune du Wall Street Journal, Frederick et Kimberly Kagan appellent à l’ouverture d’un nouveau front dans le sud-est de la Syrie.

« Les forces armées américaines seront nécessaires. Mais les États-Unis peuvent recruter de nouveaux partenaires sunnites en combattant avec eux dans leur pays. Au départ, le but doit être de se battre contre l’EI parce qu’il contrôle, en Syrie, les dernières zones où les États-Unis peuvent raisonnablement espérer trouver des alliés sunnites qui ne soient pas sous l’influence d’al-Qaïda. Mais après la défaite de l’EI, il faudra lever une armée arabe sunnite capable de vaincre al-Qaïda et de contribuer à négocier un règlement de la guerre.

« Les États-Unis devront faire pression auprès du régime d’Assad, de l’Iran et de la Russie pour mettre fin au conflit dans des conditions que les arabes sunnites accepteront. Ce sera plus facile si on dispose d’une base sûre, indépendante et influente à l’intérieur de la Syrie. Le président Trump devrait s’affranchir des raisonnements erronés et de la planification inadaptée hérités de son prédécesseur. Il peut transformer cette lutte, mais seulement en transformant l’approche qu’en a l’Amérique »

Un nouveau plan pour la Syrie

En d’autres termes, les néoconservateurs sont de retour avec leur habileté à jouer avec les mots et leurs manœuvres stratégiques pour amener les forces armées étatsuniennes à accomplir un projet de « changement de régime » en Syrie.

Ils pensaient avoir quasiment atteint ce but en faisant porter au gouvernement syrien la responsabilité de la mystérieuse attaque au gaz sarin qui a eu lieu dans la banlieue de Damas le 21 août 2013 et en piégeant ainsi Obama qui se serait trouvé forcé de lancer une attaque aérienne d’envergure contre l’armée syrienne.

Mais le président Vladimir Poutine est intervenu et il a réussi à ce que le président syrien Bachar el-Assad livre toutes ses armes chimiques, même si ce dernier continuait à nier avoir joué le moindre rôle dans l’attaque au sarin.

L’intercession de Poutine, en mettant en pièces le rêve des néoconservateurs d’un « changement de régime » en Syrie, l’a propulsé en haut de la liste de leurs ennemis. Des néoconservateurs importants, comme Carl Gershman, président du National Endowment for Democracy, n’ont pas tardé alors à prendre l’Ukraine pour cible, ce qui, pour Gershman, constituait « la plus belle récompense » et une première étape qui devait aboutir à la destitution de Poutine à Moscou.

C’est à la secrétaire adjointe Victoria « Toria » Nuland qu’est revenu de superviser le « changement de régime » en Ukraine. L’un des coups de fil qu’elle a donné sur une ligne non sécurisée fin janvier ou début février 2014 a été intercepté, et on l’y entend parler avec l’ambassadeur en Ukraine, Geoffrey Pyatt, d’« arranger » ou d’« accoucher » un changement dans le gouvernement élu du président Viktor Ianoukovitch.

Quelques semaines plus tard, les combattants néonazis et ultranationalistes étaient en première ligne de l’attaque violente contre les bâtiments gouvernementaux et ont forcé Ianoukovitvh et d’autres responsables à s’enfuir pour sauver leur vie tandis que le gouvernement étatsunien se dépêchait de saluer le gouvernement issu du coup d’État comme « légitime ».

Mais le putsch ukrainien a conduit à la sécession de la Crimée et à une sanglante guerre civile dans l’est de l’Ukraine contre la minorité ethnique russe, des événements que le département d’État et les médias occidentaux ont qualifié d’« agression russe » ou d’« invasion russe ».

Ainsi, depuis les dernières années de l’administration Obama, tout était en place pour que les néoconservateurs et la famille Kagan mènent à bien la dernière étape de leur plan stratégique qui consistait à acculer la Russie et à instituer un « changement de régime » en Syrie.

Tout ce qu’il fallait, c’était qu’Hillary Clinton soit élue présidente. Pourtant, étonnamment, ces plans si bien conçus ont échoué. Bien qu’il ne soit pas, d’une manière générale, apte à la présidence, Trump a battu Clinton, amère déception pour les néoconservateurs et leurs alliés progressistes interventionnistes.

Pourtant, la prétendue #Resistance à la présidence de Trump et l’utilisation sans précédent par le président Obama de ses agences de renseignement pour dépeindre Trump comme un « candidat vendu aux Russes » a donné un nouvel espoir aux néoconservateurs pour la mise en œuvre de leur ordre du jour.

Il ne leur a fallu que quelques mois pour se réorganiser et se regrouper, mais ils ont maintenant l’espoir d’exercer sur Trump, à propos de la Russie, une pression si forte qu’il n’aura plus d’autre choix que de se laisser convaincre par leurs plans bellicistes.

Comme c’est souvent le cas, la famille Kagan a défini la stratégie : forcer les républicains à se joindre à la campagne de dénigrement de la Russie et à persuader un Trump radouci de lancer une invasion à grande échelle de la Syrie. Et dans cette entreprise, les Kagan utilisent Démocrates et progressistes comme fantassins.

Robert Parry.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a dévoilé une grande partie des scandales Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek dans les années 1980.

Source : Consortium News, le 15/03/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

http://www.les-crises.fr/les-kagan-sont-de-retour-les-guerres-vont-suivre-par-robert-parry/


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[Démocratie directe, l’exemple suisse] La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux (par Wolf Linder)

Moi qui suis assez vieux tout de même, c’est la première fois de ma vie que je n’ai pas voté élu mon prochain maître.

Je me suis abstenu, pour éviter de faire des bêtises, perdu dans le choix lamentable qui m’était imposé par les ultra-riches et leurs serviteurs.

Cette élection présidentielle fut donc un épisode particulièrement odieux de prétendue « démocratie représentative » : on te met le pistolet (d’extrême droite) sur la tempe (chantage qui prend des années à mettre en place, grâce aux médias qu’il a fallu acheter pour ça) et un dimanche fatal, on te dit :

« tu dois voter :

– soit pour la prétendue « Union européenne » — c’est-à-dire la perpétuation de la schlague de l’ordolibéralisme allemand et l’asservissement par la dette, les concurrences déloyales du « libre-échange », les délocalisations et la désindustrialisation, les « travailleurs détachés », le chômage de masse et les bas salaires, l’espionnage généralisé et la colonisation du pays par les USA, et puis finalement le pillage et la dévastation bientôt comme les pauvres Grecs —,

– soit pour… « le péril fasciste » (sic)…

Allez, maintenant, vote ! »

Heu, non.

Tout compte fait, en cette occurrence calamiteuse, même le vote blanc valide l’escroquerie représentative : j’ai relu Libertad et je me suis abstenu.

66% des gens qui élisent Macron (!), leur pire ennemi (et, bien entendu, rien à foutre de l’abstention, des blancs et des nuls)… La prédiction de Tocqueville (la devise des riches) s’est encore parfaitement confirmée : « je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira ».

Après cet épisode odieux, donc, je vous propose de revenir aux fondamentaux (quel contrat social allons-nous mettre en place nous-mêmes, précisément, dès que nous serons assez nombreux à être devenus vraiment constituants ?), avec cet article de Wolf Linder, aimablement traduit par Domaine public.

Avant de vous laisser le lire, je vous rappelle que c’est à VOUS, personnellement, quotidiennement, de réfléchir à la constitution et de vous entraîner à constituer, pour, le jour où il sera question de changer de contrat social, être prêt à refuser d’élire une assemblée constituante et prêt à exiger soit de participer vous-même à l’écriture, soit que l’AC soit tirée au sort parmi de simples mais vrais citoyens (donc constituants).

Pas de démocratie sans citoyens constituants et vigilants.

Bon courage à tous
(parce que là, on va perdre à la fois le droit du travail, la sécurité sociale, la retraite, et j’en passe… dans l’impuissance politique la plus totale).

Étienne.


La Landsgemeinde, mieux que les médias sociaux

La vraie démocratie suppose d’assumer son opinion et de la confronter à celle des autres

icone auteurWOLF LINDER | icone calendrier 8 mai 2017 | icone calendrier DP 2164

Photo jimynu
Photo jimynu (licence CC)

Durant de longues années, je ne comptais pas parmi les fervents admirateurs de l’institution de la Landsgemeinde, partageant un scepticisme très répandu: dans de telles assemblées, le secret du vote n’existe pas.

Chacun peut voir comment et pour qui vote son fils, son voisin ou son employé. Le talent oratoire d’un Landamman peut influencer l’avis de l’assemblée. Le décompte d’une courte majorité est presque impossible lors d’un vote à main levée.

On se souvient encore de l’entêtement des Appenzellois des Rhodes-Intérieures qui ont refusé à plusieurs reprises le droit de vote à leurs femmes. Il a fallu qu’une poignée de vaillantes Appenzelloises portent la cause jusqu’au Tribunal fédéral pour obtenir en 1990 les droits politiques dont les autres Suissesses bénéficiaient depuis longtemps. A cette époque, j’aurais voté comme les Nidwaldiens et les Appenzellois des Rhodes-Extérieures qui ont aboli leur Landsgemeinde dans les années 90.

Aujourd’hui, seuls les cantons de Glaris et d’Appenzell Rhodes-Intérieures connaissent encore une assemblée annuelle du corps électoral qui élit ses autorités, se prononce sur les finances et sur les questions importantes – telle l’interdiction de la burka, refusée dimanche 7 mai 2017. Seraient-ils donc les derniers à célébrer ce folklore et à tenir à cette vieille tradition n’ayant plus de place à notre époque?

Mes premiers doutes sont apparus il y a une dizaine d’années lors d’une discussion avec Marianne Kleiner, première conseillère d’Etat d’Appenzell Rhodes-Extérieures, puis conseillère nationale (PRD). Celle-ci s’est battue sans succès pour réintroduire la Landsgemeinde à Trogen et Hundwil (AR), échouant malgré un argumentaire remarquable. Et en 2006, à Glaris, une motion de jeunes socialistes proposant la fusion des 25 communes du canton en trois nouvelles communes fut acceptée par la Landsgemeinde. Une année plus tard, la même assemblée faisait de Glaris le premier canton – et toujours le seul – à connaître le droit de vote à 16 ans.

Il s’agissait donc de bien autre chose que de folklore. Par la suite, deux travaux de recherche menés sous ma direction à l’Institut de science politique de l’Université de Berne ont parachevé mon revirement d’opinion.

Le premier, la thèse de doctorat de Hanspeter Schaub, compare la qualité de la démocratie telle que pratiquée dans la Landsgemeinde d’une part, et par le vote dans les urnes d’autre part, dans six cantons; le second travail interroge un millier de citoyens glaronnais sur leur expérience de la Landsgemeinde, afin de savoir de quelle manière les débats à l’assemblée ont contribué à former leur propre opinion. De plus, il s’agissait de vérifier l’intensité du soutien à la démocratie d’assemblée.

Les deux travaux montrent une image nouvelle et fascinante de cette institution. Le vote dans les urnes voit l’initiative et le référendum contre les décisions du parlement se substituer à l’assemblée des citoyens. Un tel système permet une plus grande indépendance de la justice et accroît la capacité d’action du gouvernement. Par contre, la démocratie « radicale » de la Landsgemeinde élargit les possibilités de choix du peuple et permet aux citoyennes et aux citoyens de véritablement décider sur un plus grand nombre de dossiers. La Landsgemeinde permet également de mieux clarifier la responsabilité du gouvernement. Mais le plus surprenant est la qualité démocratique des débats tenus dans l’enceinte de la Landsgemeinde, révélé par les deux études.

Certes, un quart seulement du corps électoral participe à l’assemblée. Mais les Glaronnais sont fiers de leur institution et perçoivent les décisions prises comme particulièrement crédibles. Et à raison, car l’assemblée est le théâtre de réels et vifs débats sur les questions de politique cantonale. L’étude détaillée de deux objets soumis à votation a montré qu’une bonne partie des participants ont formé leur avis au cours de l’assemblée. Les nouveaux arguments lancés dans le débat ont influencé la formation de l’opinion. Les personnes interrogées accordent une forte crédibilité aux propositions formulées par les personnes directement concernées par le problème discuté et par des citoyens sans mandat électif. Si leur point de vue est bien argumenté, il peut emporter l’adhésion.

Une étude plus ancienne, portant sur la révision du plan général d’affectation des sols dans 60 communes du canton de Zurich, arrive à des conclusions similaires: les propositions véritablement nouvelles émergent lors de l’assemblée communale censée adopter le nouveau plan, soit à la fin du processus de révision, et non lors des étapes précédentes qui passent par la consultation des partis ainsi que des associations et des groupes d’intérêts concernés.

Ces avantages devraient contribuer à expliquer pourquoi certaines communes suisses alémaniques ont aboli les conseils communaux introduits dans les années 1970. Dans les villes, le vote à l’urne devrait rester, pour des raisons pratiques, la seule solution possible. Mais les communes pour qui l’assemblée fonctionne bien n’ont pas de raison de se « moderniser » en lui substituant un conseil élu. En outre, nous devrions éviter de monter les systèmes l’un contre l’autre. Selon Schaub, les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients et s’avèrent en de nombreux points comparables en termes de qualité du système démocratique local. L’absence de secret lors du vote en assemblée générale pose encore un réel problème – que le recours au smartphone permettrait de résoudre.

Mais quelles sont, alors, les raisons de la grande qualité des débats dans une démocratie d’assemblée, non seulement dans les Landsgemeinde mais également dans les centaines d’assemblées communales à travers le pays? Tout d’abord, se lever pour soumettre une proposition à une assemblée requiert du courage: son auteur sait qu’elle ne va pas plaire à tout le monde. Ce courage ne va pas de soi;  j’ai participé à des assemblées où j’en ai moi-même manqué, ce que j’ai regretté ultérieurement. Ce courage se retrouve dans la plupart des assemblées où les propositions de ces valeureux intervenants sont probablement appréciées tout comme dans le « ring » glaronnais.

En outre, la liberté d’expression dans le cadre d’une assemblée publique ne constitue pas seulement un droit mais impose un devoir envers soi-même. On doit répondre de ce qu’on dit. Voilà la grande différence avec l’anonymat de ces médias sociaux où règnent scandales et fausses informations et où se mobilise une communauté virtuelle d’individus partageant des opinions analogues – mais dont personne ne répond ni de ses propres affirmations ni des « informations » qu’il partage généreusement. Enfin les propositions présentées en assemblée se doivent d’être justifiées dans les faits. Elles aboutissent à une discussion du pour et du contre, indispensable pour une décision démocratique où ne s’impose aucune certitude, ni du bien, ni du juste.

Wolf Linder

Une première version de cet article a paru en allemand dans l’hebdomadaire Die Weltwoche.

Source : Domaine public, https://www.domainepublic.ch/articles/31490 

 
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Plus de chèques en blanc aux élus : mettez en place le Référendum d’Initiative Citoyenne !

Une pétition proposée par Olivier Berruyer, sur les-crises.fr :
http://www.les-crises.fr/plus-de-cheques-en-blanc-aux-elus-mettez-en-place-le-referendum-dinitiative-citoyenne/

Aujourd’hui scandaleusement interdit au peuple par les politiciens, le RIC est pourtant un MINIMUM indispensable dans une « démocratie représentative » digne de ce nom
(alors que, bien sûr, le RIC ne servirait à rien dans une vraie démocratie — donc directe — où le peuple voterait lui-même toutes ses lois).

Mais, JAMAIS les professionnels de la politique ne nous donneront le RIC (le vrai), car ils sont en conflit d’intérêts dans le processus constituant : ils ont tous un intérêt personnel contraire à l’intérêt général : rester les seuls à détenir l’initiative des lois.

Donc, si la plèbe veut le RIC, et elle en a bien besoin, il faudra qu’elle apprenne à l’instituer elle-même.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Pas de démocratie sans citoyens constituants.

———————

Comme d’habitude, une pétition ne sert pas à influencer les professionnels de la politique, qui sont le plus souvent des menteurs professionnels, des voleurs de pouvoir et des ennemis du peuple, de la plus mauvaise foi qui soit dans le processus constituant, mais une pétition sert à lancer à la cantonade des cris de ralliement, entre nous, et à réveiller des endormis 🙂

———————

Et n’oubliez pas, tous les jours, d’inviter la constitution dans vos conversations : c’est en forgeant qu’on devient forgeron ; c’est en constituant qu’on devient citoyen.

Étienne.

—–

PS : demain, on élit un maître, au lieu de voter nos lois.

Demain soir, on réintègre notre cellule, dans la prison politique du parlementarisme, pour 5 ans d’exploitation renouvelée et aggravée.

Mais en élisant, on valide nous-mêmes le système de domination parlementaire (qui a engendré cette saloperie de « capitalisme », l’empire des grands marchands), certes sous la pression d’un chantage de plus en plus odieux, mais on le valide quand même.

Pas de démocratie sans tirage au sort.
Pas de démocratie sans citoyens constituants.

Essayez les ateliers constituants, vous verrez, c’est une façon adulte de faire de la politique, c’est enthousiasmant, c’est stimulant, c’est excitant, c’est valorisant, c’est énergisant ; jour après jour, on grandit : on ne demande rien à personne, on se hisse au rang de souverain, on s’habitue à penser en souverain, en adulte, au-dessus des représentants, on sort de l’enfance (de la parole interdite), on conteste l’hétéronomie que nous imposent les « élus », on apprend à assumer notre autonomie, on devient des adultes politiques.

La liberté ne se demande pas, elle se prend.

Si l’on veut un jour constituer, il faut dès aujourd’hui nous entraîner, personnellement, quotidiennement, courageusement.

Bon courage, bande de virus 🙂

Rappel, pour ceux qui ne savent pas (encore) très bien ce qu’est le référendum d’initiative populaire (RIC) 🙂

(Cette vidéo devrait bien intéresser tous les virus démocratiques 🙂 )

[Nicolas Grégoire, lanceur d’alerte, muselé par TOUS les journalistes du pays : « pas avant le 2ème tour » : ] Bayrou, soutien de Macron, accusé d’emplois fictifs et autres turpitudes, et pourtant… SILENCE TOTAL de « La Pravda des milliardaires » (lémédia)

L’homme qui raconte son histoire ci-dessous, Nicolas Grégoire, lanceur d’alerte, accuse Bayrou (soutien de Macron) de graves délits (du même tonneau que ceux de Fillon) et pourtant, il est complètement blacklisté — aucune enquête complémentaire, même pas un simple relais — par TOUS les chefs « journalistes » du pays (qui ne s’acharnent que contre FF et MLP) ; c’est intéressant, on dirait un cas d’école, pour étudier le naufrage du journalisme vendu aux riches.

Bien sûr, il faudrait vérifier tout ça, mais, précisément, le fait de ne pas en parler du tout (jusqu’à l’élection protectrice) est assez révoltant quand on se souvient du foin que tout le monde médiatique a fait illico chaque jour contre FF et MLP.

La Pravda des milliardaires (lémédia) dispose de deux poids et deux mesures pour « informer » — c’est-à-dire fabriquer le consentement (© Chomsky) de — la plèble.

Même les gars de Mediapart, qu’on pensait incorruptibles, étouffent l’affaire… ???

Apparemment, TOUT le système de domination VEUT Macron
(notre prochain bourreau banquier, vous savez, celui qui veut (carrément) détruire la sécurité sociale, l’été, par ordonnances, sans être ralenti par le parlement => son premier engagement = « supprimer les cotisations sociales salariales » !!!!) ;
il leur faut Macron, à tout prix


Tout se passe comme prévu. Picture ©Louison, all rights reserved

Ça me rappelle fortement la campagne référendaire de 2005 : à l’époque, déjà, ceux qui résistaient à l’UE étaient tous considérés par lémédia comme des racistes « d’extrême droite »…

Alors que le vrai fascisme est financier et que son principal mécanisme d’asservissement des peuples européens s’appelle aujourd’hui « Union européenne ».

Voyez vous-mêmes comment Nicolas Grégoire nous interpelle.

Étienne.

#LanceurDalerte
#BayrouMacronGate


Pas avant le deuxième tour

Source : https://medium.com/@nicolasgregoire/pas-avant-le-deuxi%C3%A8me-tour-593526d58a2a

En dénonçant Bayrou, je voulais changer la politique. Censuré, espionné, cambriolé, j’ai découvert que je ne pouvais pas gagner.

Tout se passe comme prévu. Picture ©Louison, all rights reserved

Le 2 avril, j’ai décrit dans une tribune mon parcours dans les bas fonds de la politique. Emplois fictifs, extorsion, agressions sexuelles, tout y était, version François Bayrou. Plus de soixante-dix mille lecteurs plus tard, j’ai découvert les dessous d’une élection ou tout s’accordait, jusqu’au sommet de l’Etat, pour protéger Emmanuel Macron. Chronique d’un échec annoncé. Et d’une France qui n’est pas la nôtre.

Maintenant ou jamais

“Bonjour ! Je m’appelle Nicolas Grégoire, j’ai eu deux emplois fictifs à l’UDF pour François Bayrou. Et aujourd’hui, je balance”

C’était le bon moment : un mois avant le premier tour. Dans une élection qui s’annonçait serrée. Avec un bon texte, des preuves et une campagne sur les réseaux sociaux, tout le monde m’entendrait. Les médias, d’abord réticents, finiraient par relayer. Et François Hollande, soucieux de sa réputation et peu enclin à protéger ennemis et traîtres, resterait neutre.

En lisant mon brouillon, mes amis découvrent un Nicolas inconnu, un peu inquiétant. “Tout est vrai, sauf le rez-de-chaussée. Je préfère qu’on ne sache pas à quel étage j’habite”. Après quelques jours de relecture, ma souris reste comme suspendue au-dessus de Publier. Le temps ralentit. Avec l’angoisse des grandes décisions, mon doigt s’écrase sur le bouton.

Quinze minutes de célébrité

“Si vous devez lire une chose aujourd’hui, lisez-ça. Vraiment” — quelqu’un sur Twitter

D’abord partagé par trois personnes, Fictif(s) se propage sur les réseaux sociaux. De programmeur en programmeur. Puis un journaliste informatique. Puis France Culture. Puis Cécile Duflot. Puis tout le monde. Pendant deux jours je regarde, fasciné, mon histoire sillonner la France. Et faire le tour des rédactions.

Très vite, les demandes d’interviews arrivent. En choisissant mes mots, je leur dis la même chose. Oui, la politique, c’est vraiment ça : les avantages, les passe-droits. La vie en première classe. Oui, les emplois fictifs sont répandus. Dans tous les partis. “Ah bon, François Bayrou ne me connaît pas ? Pourtant, quand il y avait une coquille dans le journal du parti, il savait où me trouver !” J’insiste sur l’urgence de changer la vie politique avant que, demain ou après-demain, Marine Le Pen gagne l’Elysée. “François Bayrou a l’amnésie pratique. Je ne crois pas qu’il aura l’honneur d’admettre. Oui, il faut moraliser la vie politique. Mais Bayrou ne peut en être ni la caution, ni l’instrument”.

Le jour de la parution de Fictif(s), je reçois un email d’un journaliste de Marianne. “Compte-tenu de sa qualité, seriez-vous intéressé pour une éventuelle reprise sur le site de Marianne ?” J’accepte. Deux jours plus tard, je relance. Aucune réponse. Le lendemain, Marianne publie deux pages d’interview exclusive de François Bayou.

Mediapart, qui n’avait pas voulu de mon papier, le publie maintenant sans mon autorisation. En signant “la rédaction de Mediapart”. Mes mails de protestation et de demande d’accès abonné n’ont pas de réponse.

Très vite, la qualité de mes conversations téléphoniques avec les journalistes est particulièrement mauvaise. Après deux ou trois minutes, les voix se hachent, deviennent métalliques. “Vous voyez, j’habite dans une zone où ça capte plutôt mal. Ça va, mais je capte tout juste. Et là, clairement, quand j’appelle certaines personnes, de la bande passante s’échappe quelque part”.

Je contacte le Canard Enchaîné, dont je connais le rédacteur en chef, Erik Emptaz. “Le Canard vous remercie d’avoir pensé à lui, me répond la secrétaire de rédaction. Votre message est transmis à Erik Emptaz”. Soulagé, je réponds “vous vous réveillez enfin, c’est bien. Je commençais à me demander si vous protégiez Bayrou”. Le Canard ne publiera rien. Et enchaînera les révélations sur Fillon et Le Pen.

Les interviews s’enchaînent. On m’enregistre. On prend note. J’avertis : “Attention, il va y avoir des pressions !” Et toujours la même réponse. “Ah mais Bayrou et ses amis ne font pas la loi chez nous !” Et le sujet ne sort pas.

6 avril. Pour répondre aux demandes des médias et faire taire les mauvaises langues, je publie toutes mes preuves sur Twitter. Et mets les originaux en lieu sûr. Corinne Lepage, qui avait avant moi dénoncé les emplois fictifs chez François Bayrou, retweete immédiatement. Deux minutes plus tard, elle se rétracte.

22h. Dans un appartement éteint et silencieux, je lis à côté de ma fille qui dort à poings fermé. Mon chien bondit en direction de la porte d’entrée en poussant des hurlements. Exactement comme il y a huit ans, quand on essayait de me cambrioler. Je me lève. “Qu’est ce qui se passe, mon chien ?” J’entends quelqu’un dévaler l’escalier. Je reste là, une bonne minute. Le doute s’installe. Dans quoi me suis-je foutu.

Ca sort !

“C’est lui, Grégoire, qui vous a donné ça ? Il est gonflé, le mec !” — Jean-Jacques Hyest, devant mon contrat de travail

Quand les autres rédactions bloquent le sujet, Hervé Chambonnière, grand reporter au quotidien régional Le Télégramme, mène son enquête. Avec sérieux, courant après le scoop, il analyse mes preuves, appelle mon ancienne secrétaire de rédaction. Qui lui confirme que je travaillais au parti. Il rend visite à Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, mes financiers. Qui nient me connaître et m’avoir embauché. “Après 1988, impossible !” lui jure Hyest. Avant de retrouver la mémoire, devant un CDI signé de sa main.

Quatre jours après mes révélations, le Télégramme sort en exclusivité un article d’une page.

Bayrou se réfugie derrière son entourage, qui crie à l’élucubration. J’exulte. J’ai dû m’auto-publier. Me dénoncer. Mais la vérité, maintenant, règne. Et Sylvain Maillard, porte parole d’En Marche, me suit sur Twitter.

Le Télégramme en poche, j’appelle l’AFP. On prend mon message. A 20h, un SMS. “Bonjour, je suis journaliste AFP au bureau de Rennes. Pouvons-nous nous rencontrer ?” Tout sourire, mon ex-femme me dit “tu avais raison. Il suffisait qu’un seul le sorte !” L’ancien du Figaro, naguère si pessimiste, me félicite.

Et pourtant les beaux jours sont terminés. Je vais découvrir les rouages d’une machine à influencer le résultat de l’élection présidentielle. Une alliance d’intérêts dont je n’aurais jamais deviné l’existence ou l’ampleur.

Pressions, surveillance et petites lâchetés

“Mon rédacteur en chef ne veut pas le passer. Je comprends pas, je lui ai montré les preuves” — un journaliste de RMC.

10 avril. Trois journalistes d’Europe 1 me contactent en cinq minutes. A Paris, un homme à la voix de chroniqueur m’enregistre dans la cabine. “Mettez vos ceintures, le tourbillon médiatique va commencer”, dis-je à mes proches. On me dit que ça va passer au journal de 18 heures, ou à la matinale. Et le lendemain, sur Europe 1, j’entends : “sinon en politique aujourd’hui, pas grand-chose. On tourne en rond”.

Je contacte le journaliste. “On va le passer votre témoignage, me dit-il. Mais il y a beaucoup d’actu en ce moment”. Agacé, je prolonge par texto. “Bayrou, c’est au moins 12 ans de permanents du siège payés avec des contrats parlementaires : vous avez mon témoignage en 97 et celui de Lepage en 2009. (…) C’est un système couvert par tout le monde, amnistié cette année par un gouvernement de gauche. On n’est pas dans l’anecdote. C’est un scandale énorme. Faites votre enquête”. Une semaine après, je relance. On me répond “ce sujet est en attente”.

11 avril. Après un détour obligatoire sur une messagerie cryptée, je vois la journaliste de l’AFP au café du coin. Nous parlons longuement. Elle semble très intéressée.

12 avril. France Info m’invite à la matinale. “A la suite de votre annonce sur l’emploi fictif en tant qu’attaché parlementaire, seriez-vous disponible pour qu’on en discute pour une éventuelle interview en studio demain matin à 7h40 ?” J’accepte. Quelques heures plus tard, la chargée de production me dit “non, c’est trop compliqué pour demain. (…) Et comme on a déjà fait un sujet dessus ma rédaction en chef préfère attendre. Je suis désolée”. Je ne trouve aucune trace du sujet. Je demande qu’on me donne le nom du journaliste qui a couvert. Pas de réponse.

Le même jour, le responsable des investigations du Nouvel Observateur me dit “je vais prendre vos coordonnées, un journaliste va vous rappeler”. Personne ne rappelle. Et pourtant l’Obs couvre avec assiduité les affaires Fillon et Le Pen.

Après un début fracassant, je me sens cerné par un mur de silence. Au téléphone, l’ancien du Figaro est furieux. “C’est très grave ! On parle d’une élection présidentielle ! Bien sûr que quand ton rédac-chef te refuse un sujet comme ça, tu as envie de ne rien dire pour ne pas perdre ta place. Mais journaliste, c’est pas n’importe quel métier ! On a des responsabilités ! Il faut s’insurger !”

L’enthousiasme fait place à l’impatience. Puis à l’indignation. J’interpelle journalistes et rédactions sur Twitter. “Et ça, pourquoi vous n’en parlez pas ?” Je contacte les quotidiens. Ils connaissent mon papier, que de nombreux journalistes ont relayé sur les médias sociaux. J’envoie des mails à des adresses souvent bien cachées. En y mettant des pisteurs très sophistiqués. Certains ne les détectent pas. A Libération, l’Express, on ouvre mon mail, on clique sur ma tribune. Je les vois faire en direct. Et il ne se passe rien. D’abord réservé, Hervé Chambonnière finit par partager mon incrédulité. “C’est fou. Personne ?” Ce qui n’était qu’une possibilité devient pour moi une évidence : on protège François Bayrou. Mais surtout, via lui, Emmanuel Macron. La bonne société parisienne a choisi son candidat.

— T’as vu, ça sort nulle part !

— Attends, tu viens avec des preuves, et tu n’as aucun rédac-chef qui sort le truc, parce qu’ils ont tous peur d’être punis. Je vais te dire notre profession, elle est morte.

Silences et barbouzeries

“Le message est très clair : tu ne sortiras rien le week-end du premier tour. C’est déjà serré, tu vas pas faire chier”

18 avril. Je formate mon téléphone et mets à jour sa sécurité. Les problèmes de batterie et de qualité sonore disparaissent.

20 avril. Sur l’écran de mon ordinateur, une alerte de l’antivirus. “Votre protection est désactivée”. Impossible de reprendre la main sur le système. Au bout de trois minutes, tout revient à la normale.

21 avril. J’écris à un journaliste de Libération : “je viens avec des preuves d’un système de financement illégal d’un parti (fiches de paie, contrats de travail, preuves que je bossais à l’UDF) et ça ne sort pas. (…) Tous les jours on sort des trucs (et c’est bien) sur Fillon et Le Pen. Et Bayrou, allié de Macron, rien. C’est quand même plus que bizarre, vous ne trouvez pas ? D’ailleurs pourquoi Libé ou aucun quotidien national ne couvre ? J’aimerais qu’on m’explique en quoi les emplois fictifs chez Bayrou ce n’est pas de la news.” Et j’ajoute, écoeuré : “puisque c’est ainsi, je vais sortir un deuxième papier sur les trucs hallucinants qui se passent de mon côté (…). En tous cas, je n’épargnerai personne”.

J’appelle ensuite une amie, journaliste en Suède. En lui racontant ma semaine, j’ai l’impression d’évoluer dans une réalité parallèle. Où l’information est sous contrôle. Où l’on espionne les lanceurs d’alertes. “Bon allez, je te laisse, dis-je, il faut que j’aille à la piscine avec ma fille. A bientôt !” Deux heures plus tard, je m’installe à mon bureau, allume mon ordinateur. Rien. Des pans entiers de mon disque dur ont été effacés. Je pense à un piratage. Puis me souviens avoir éteint ma machine. Il fallait donc y accéder physiquement. On s’est introduit chez moi. Un vertige me prend. La voix tremblante, j’appelle l’ancien du Figaro.

— On m’a effacé mon disque dur.

— Tu sais qui fait ça…

— Les services ?

— Bah oui… C’est illégal. Quelqu’un risque sa carrière. Mais ils le font surtout pour te déstabiliser. Ne t’inquiètes pas, dans quinze jours, ça sera fini.

Comment les services auraient-ils pu aller si loin sans l’aval de l’Elysée ? En tous cas, mission accomplie. Alors que chaque jour sort une révélation sur Fillon ou le FN, le clan Macron a l’air blanc comme neige. Sur les plateaux télé, François Bayrou donne des leçons d’honnêteté. Et personne ne lui pose la question qui dérange.

24 avril. Mediapart sort un article, La revanche de François Bayrou. Ses détournements de fonds n’y sont pas mentionnés, alors que Mediapart dispose des preuves. Sur Twitter, encore une fois, je m’immisce. “Et les emplois fictifs de Bayrou, vous ne couvrez pas ?” Silence. Cette nuit-là, je rêve que je rentre chez moi. Que quelqu’un m’attend dans mon entrée. Ganté de cuir, pour m’étrangler.

— On va te traiter de parano, de conspirationniste.

— Je m’en doute. Mais je me suis pas cambriolé moi-même, non plus !

L’agence prend son temps

“Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant” — journaliste de l’AFP

En plein blackout médiatique, je m’accroche à l’AFP. Et encore une fois, j’attends. Le 18, une semaine après l’interview, la journaliste me dit ne pas avoir “contacté tous les protagonistes. Ca devrait sortir mardi matin”.

Le 21 avril, jour de mon cambriolage et vendredi d’avant le premier tour, nouveau texto : “Avez-vous le contact de l’ancienne secrétaire de l’UDF ?” J’en suis sur le cul. Elle n’a même pas fini son article. “Dix jours pour faire une dépêche AFP ! Mais je te la dicte tout de suite, moi : ‘Un ancien assistant parlementaire accuse François Bayrou d’avoir favorisé un système d’emplois fictifs…’ Ca tient en une colonne”.

L’AFP ajoute “je ne connais pas la date de publication, car nous attendons la réaction de M. Bayrou”. Immédiatement, je tape :

— C’est honteux.

— Pardon ?

— Bayrou refuse de réagir en espérant que ça ne sorte pas et vous rentrez dans son jeu. C’est hallucinant.

— Ecoutez, ma collègue ne l’a pas encore contacté car elle croule sous le travail et je dois encore avoir M. Hyest. Evitez certains commentaires. Bonne journée.

— Vous avez des preuves, des contrats de travail. Le Télégramme est sorti il y a dix jours. Contrairement à vous, je dirai et j’écrirai ce que je voudrai.

— Vous n’allez pas me dicter ce que je dois faire ou écrire. Je vous prie d’arrêter d’être désobligeant.

— Oh, je ne vous dicte rien. Vous n’avez pas besoin de moi.

J’appelle Chambonnière. “Je vais sortir un deuxième papier. Mais cette fois-ci, je vais m’attaquer aux médias”. Il a un blanc. “C’est pas une bonne idée”.

Iceberg, droit devant

“Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres.” — Georges Orwell, La ferme des animaux

Le soir, je regarde le ballet des motards autour de la voiture de Macron. Le dîner dans son Fouquet’s à lui. Au diable les apparences.

Le mercredi d’après le premier tour, l’AFP me demande encore des précisions. Quinze jours ! La dépêche n’est pas encore prête ! “Je n’ai jamais vu une attitude pareille, même Bayrou que je viens d’avoir au téléphone n’a pas été aussi agressif”, me glisse miss AFP Bretagne. Elle m’écrit ensuite “l’unique raison pour laquelle je n’ai pas rédigé le papier c’est tout simplement que je n’ai pas eu le temps. (…) Je vous aurais dit si mes chefs bloquaient le papier”. Tout va bien alors. Mais cela n’a plus d’importance. “De toutes façons, écris-je en conclusion, il fallait que ça sorte avant le premier tour, pour qu’acculés, Bayrou et surtout son allié Macron fassent des promesses fortes. Maintenant que Macron est assuré d’avoir la présidence, tout cela ne sert plus à grand-chose. J’ai perdu mon pari”.

La dépêche devrait sortir quelques jours avant l’élection. Devrait. Hier sûrement confiant d’avoir Matignon, Bayrou tremble, pantomime l’indignation. Il est sale, il le sait. Et pourtant, il s’absout. Comme je l’ai entendu dire en bureau politique : “on me dit ‘tu ne ramènes pas autant queLéotard’. C’est vrai, et j’en suis fier”. “Et quand il revenait d’Afrique, rigole un élu, il avait les mains vides. Parce que c’était Lehideux qui portait les valises !”

En politique, on a une drôle vision de la morale. Qui s’élastifie encore pour les élections. Macron trahit Hollande. Valls trahit Hamon. Les Républicains trahissent Juppé pour Fillon. Puis Fillon pour Juppé. Et retournent vers Fillon. Nicolas Dupont-Aignan trahit la République. Et l’Elysée trahit la liberté d’expression. Comme disait déjà Cicéron en s’adressant au Sénat : “vous êtes des putes”.

Cette réalité, les grands médias la connaissent bien. Mais vous comprenez, le peuple est trop simplet. Il faut lui tenir la main. Des grands médias contrôlés par une poignée de milliardaires. Et des journalistes politiques emplis d’eux-mêmes. Inféodés. Accros aux confidences de cocktails. A leurs places dans le Falcon présidentiel. Des journalistes méprisés par les politiques, qui jouissent à les manipuler.

Il est loin le temps où Maurice Maréchal, directeur du Canard Enchaîné, virait son journaliste pour avoir eu la Légion d’honneur. “Il ne fallait pas la mériter !” Ces copinages, cette soumission au clic de la grande presse, et surtout cette confusion entre informer et occulter, font le lit des extrémismes.

Pendant ce temps, dans l’Aisne, un homme vole une pièce de vingt centimes et écope d’un mois ferme. A Bordeaux, un autre homme sans ressources prend quinze jours pour un paquet de saucisses, des gâteaux et une brosse à dents. Et ma voisine fait des ménages au noir, pour compléter sa retraite. Avec quarante-deux ans de cotisation et une prothèse de genou. Noyée dans les vaines promesses, une France s’écroule. Le Front National a huit millions de votants. Le 7 mai, ils seront peut-être le double. Dans cinq ou dix ans, ils fêteront leur victoire. C’est le début de la fin pour une Cinquième usée, presque impotente.

Les politiques doivent être tenus en laisse. Il faut réformer la rémunération des parlementaires. Qu’ils arrêtent de l’utiliser pour s’acheter, légalement, des villas sur la côte d’Azur. Il faut punir sévèrement toute corruption. Tout favoritisme. Par une peine de prison ferme et l’inéligibilité à vie. Il faut une vraie transparence. Que pour tout, les politiques rendent des comptes. Il faut une nouvelle République, avec comme modèle la Suisse.

Et surtout il faut sortir cette race de seigneurs de ses palais, ses banquets, ses voitures à cocardes, ses gardes armés, ses jets privés, ses centre-villes privatisés. Ces politiques qui ne représentent qu’eux-mêmes.

La France appartient à ses habitants.

Epilogue

“C’est quand même sympa de la part de l’AFP de ne pas vouloir perturber l’élection avec de veilles affaires. Comme pour Fillon !”

3 mai. Histoire de laisser une dernière chance, j’écris encore à l’AFP.

— Bonjour, vous êtes vraiment sûre que vos chefs ne bloquent pas le sujet ?

— Pour être honnête, je ne sais pas. Dès que j’en sais plus je vous dis. Ca peut effectivement paraître après le second tour. Je ne suis plus décisionnaire depuis que je l’ai rédigé.

Dépité, je pars au bistrot du coin. Et m’épanche auprès de la tenancière. “Les médias décident pour qui on doit voter”. Elle hausse les épaules en essuyant un verre. “Ça c’est pas nouveau”. Je touille mon café chantilly. “Oui, mais il faut pas que Bayrou ait Matignon. Sinon je suis dans la merde”. Elle s’empare d’un plat de pommes de terre. “Bayrou premier ministre ? Quelle drôle d’idée ! Il passera pas, Macron. C’est Le Pen qui va passer”. J’arrête de touiller. “Ah bon ?” Elle nappe les pommes de terre d’huile. “De toutes façons on l’aura à un moment ou à un autre. Autant l’avoir maintenant.”

Nicolas Grégoire.

Source : https://medium.com/@nicolasgregoire/pas-avant-le-deuxi%C3%A8me-tour-593526d58a2a


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Pétition : « Nous voulons voter pour choisir le processus constituant de notre pays. »

Je trouve que le texte de cette pétition est bien, et mérite d’être soutenu :

« Nous voulons voter pour choisir le processus constituant de notre pays. »

https://www.change.org/p/nous-voulons-voter-pour-choisir-le-processus-constituant-de-notre-pays

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Mon commentaire (l’antienne d’Étienne 🙂 ) :

Les pétitions ne visent pas à convaincre les voleurs de pouvoirs, qui sont des fourbes et qui ne lâcheront jamais rien de leurs larcins : les pétitions servent surtout à nous crier des messages importants, entre nous, pour réveiller les endormis 🙂

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Ce n’est pas aux parlementaires, ni aux ministres, ni aux juges, ni à aucun professionnel de la politique, de rédiger ou de réviser la constitution : dans tout processus constituant, les politiciens sont en conflit d’intérêts, forcément, mécaniquement, dramatiquement : ils écrivent des règles pour eux-mêmes. Et c’est précisément ce qui explique qu’ils instituent toujours (et partout) LEUR puissance (et l’impuissance populaire).

Si nous voulons une constitution digne de ce nom, il faudra l’écrire nous-mêmes.

Pas de démocratie sans citoyens constituants.

Si on n’est pas fichus d’animer nous-mêmes, personnellement et quotidiennement, des ateliers constituants populaires, prolifiques et contagieux, personne ne le fera à notre place.

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

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