[Vidéo] Entretien autour de vos questions, avec Nicolas Clément (Paris, 23 février 2017)

De passage à Paris pour rencontrer Francis Cousin, rencontre étonnante dont je vous parlerai demain ou après-demain, j’ai passé un moment avec Nicolas Clément, jeune homme qui m’a posé tout un tas de questions adressées par vous via le net 🙂

Un bon souvenir, immortalisé grâce à Raphaël Berland, du Cercle des volontaires, toujours disponible et serviable :

Je radote, pardon, mais je laboure 🙂 avec votre aide.

Je voudrais remercier ici, chaleureusement et particulièrement, deux personnes qui m’aident énormément, tous les jours, à semer, dans toutes les parties de la population, vraiment toutes, des graines d’idées de démocratie vraie, pour qu’un jour apparaissent partout, vraiment partout, des citoyens dignes de ce nom c’est-à-dire des citoyens constituants.

Je remercie d’abord Nicolas Clément, qui publie chaque jour, sur sa page Facebook et sur celle appelée Le-Message.org, des extraits incisifs, des rappels importants, des illustrations percutantes, et aujourd’hui un entretien original. Ça se voit, je crois, qu’on est tout heureux de se rencontrer enfin, en chair et en os, à cette occasion 🙂

Je remercie aussi Raphaël Berland, qui anime le Cercle des Volontaires, média libre, journaliste authentique, et qui filme, monte et publie depuis longtemps mon travail et mes rencontres, courageusement.

Merci aussi, évidemment, à tous ceux qui font comme eux dans leur coin, discrètement mais efficacement.

Bon courage à tous, bande de virus 🙂

Étienne.


[Liste des questions avec timeline]

0,00,12 : Introduction

0,00,30 : Q1 : J’aimerais savoir, ne le connaissant pas très bien, s’il a l’intention de mener une action pour renverser l’oligarchie en place, étant donné que nos « élus » ne partiront pas d’eux-mêmes. En gros, se sent-il meneur de mouvement ou se contente-t-il d’implanter des idées ?

0,02,43 : Q2 : À quel moment et par quel moyen, il estimera que la masse critique de gens informés est atteinte (pour qu’un changement advienne) ?

0,04,04 : Q3 : Que pense-t-il du système scolaire qui consiste à passer de la hachette au taille crayon la moindre petite branche qui ne voudrait pas pousser droit ?

0,10,48 : Q4 : Est-il libertaire ?

0,16,28 : Q5 : Pense-t-il qu’un tirage au sort des élus est compatible avec des médias de masse dirigés par des monopoles non démocratiques ? Que pense-t-il de la place des lobbys dans les consultations et expertises sur lesquelles les décisionnaires s’appuient ? Que faudrait-il pour lui pour que des décisions démocratiques ne soient pas sous influence ? (Compilées)

0,20,18 : Q6 : Dans la mesure où il faut au moins que des modalités de vote soient fixées pour prendre une décision collective, quels sont – s’il y en a – les principes fondamentaux de la démocratie, ceux qui encadreraient l’écriture des tout premiers articles d’une constitution ?

0,26,26 : Q7 : N’est-il pas préférable de travailler seul sur quelques articles avant de faire un atelier ?

0,36,08 : Q8 : Dans la mesure où il défend une politique de non professionnels, pense-t-il que c’est également une nécessité que la justice, la police soit non professionnelles ?

0,43,25 : Q9 : Le franc CFA, est-ce une grosse escroquerie française à l’échelle de l’État ? Aucun de nos gouvernants n’en parle, pourquoi ? Est-ce un sujet tabou ?

Je profite de cette question pour évoquer brièvement UN NOUVEAU PARADIGME MONÉTAIRE, que je trouve très prometteur et dont la gauche (tout le monde, en fait) a bien besoin, à mon avis. Une nouvelle organisation qui changerait tout en permettant aux puissances publiques de financer librement les projets qu’elles jugent utiles au bien commun. Mais cette nouvelle organisation monétaire, nous seuls, simples citoyens, pouvons la vouloir (et l’instituer), jamais les élus des banques ne le feront. Jamais. C’est à nous de réfléchir à ça, sans quoi personne ne le fera

1,04,24 : Q10 : Encourages-tu l’abstentionnisme qui s’organise en ce moment ? Et considères-tu que cette démarche sera efficace ou alors qu’elle n’aura aucun impact positif ? Que penses-tu des Bureaux d’Abstention ?

1,11,50 : Q11 : Que pense-t-il de Mélenchon et des idées qu’il lui reprend en partie ? Pense-t-il que c’est utile à la cause ou néfaste qu’un personnage comme lui (faisant partie intégrante du système) la reprenne ?

1,19,41 : Q12 : J’ai une seule et unique question, qui me paraît très importante à l’approche des présidentielles, afin que lui et Jean-Luc Mélenchon puissent débattre ensemble dans une émission télé ou tout autre moyen médiatique.

1,23,11 : Q13 : Êtes-vous pour un retour à la monarchie ?

1,26,15 : Q14 : Que penses-t-il du Décodex ?

1,36,32 : Q15 : Dans l’ordre chronologique idéal, pensez-vous qu’il faille prioritairement changer de constitution puis sortir de l’UE ou l’inverse ?

1,38,32 : Conseils de lectures

1,47,43 : Q16 : Vas-tu écrire un livre ? 😉

1,51,20 : Conclusion

Liste des questions établie à partir de : https://www.facebook.com/NicolasClementFr/posts/1317995664904904

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[Livres signalés] (cliquez sur l’image pour en savoir plus)

Georg Friedrich Knapp – Théorie étatique de la monnaie
(en anglais seulement, pour l’instant, malheureusement)

Joseph Tchundjang Pouemi – Monnaie, servitude, liberté : la répression monétaire de l’Afrique

Nicolas Agbohou – Le Franc CFA et l’Euro contre Afrique

James C. Scott – Zomia ou l’art de ne pas être gouverné

Michelle Zancarini-Fournel – Les luttes et les rêves

Denis Dupré – Camp planétaire

Joseph E. Stiglitz – L’euro, Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe

Joseph Mornet – Psychothérapie institutionnelle

[Références]
L’association Les Citoyens Constituants : http://www.lescitoyensconstituants.org/

Pédagogie Freinet : https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9dagogie_Freinet

Vidéo sur l’école de Summerhill : https://www.facebook.com/le.message.org/videos/1038260136259073/

[Citations importantes]

« Apprenez donc que, hors ce qui concerne la discipline militaire, c’est-à-dire, le maniement et la tenue des armes, les exercices et les évolutions, la marche contre les ennemis des lois et de l’État, les soldats de la patrie ne doivent aucune obéissance à leurs chefs ; que loin de leur être soumis, ils en sont les arbitres ; que leur devoir de citoyen les oblige d’examiner les ordres qu’ils en reçoivent, d’en peser les conséquences, d’en prévenir les suites. Ainsi lorsque ces ordres sont suspects, ils doivent rester dans l’inaction ; lorsque ces ordres blessent les droits de l’homme, ils doivent y opposer un refus formel ; lorsque ces ordres mettent en danger la liberté publique, ils doivent en punir les auteurs ; lorsque ces ordres attentent à la patrie, ils doivent tourner leurs armes contre leurs officiers. Tout serment contraire à ces devoirs sacrés, est un sacrilège qui doit rendre odieux celui qui l’exige, et méprisable celui qui le prête. »
Marat, « L’Ami du Peuple », 8 juillet 1790.

« Les lois constitutionnelles tracent les règles qu’il faut observer pour être libre ; mais c’est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l’exécution des lois. La plus inévitable de toutes les lois, la seule qui soit toujours sûre d’être obéie, c’est la loi de la force. L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple qui ne l’est pas, est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l’obéissance passive & de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu ; plus le pouvoir de ce chef sera terrible ; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l’âme ; & fut-il vrai qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu’il pût le vouloir impunément, il n’en reste pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe sans contrepoids, le peuple n’est pas libre ; en dépit de toutes les lois constitutionnelles du monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui n’est point actuellement opprimé ; c’est celui qui est garanti de l’oppression par une force constante & suffisante. »
Robespierre, Discours sur l’organisation des gardes nationales, publié mi-décembre 1790 / utilisé devant l’Assemblée Nationale les 27 & 28 avril 1791

« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine. Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au conseil ? ils nomment des députés et restent chez eux. À force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre.

C’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent. On cède une partie de son profit pour l’augmenter à son aise. Donnez de l’argent, et bientôt vous aurez des fers. Ce mot de finance est un mot d’esclave, il est inconnu dans la cité. Dans un pays vraiment libre, les citoyens font tout avec leurs bras, et rien avec de l’argent ; loin de payer pour s’exempter de leurs devoirs, ils payeraient pour les remplir eux-mêmes. Je suis bien loin des idées communes ; je crois les corvées moins contraires à la liberté que les taxes.

Mieux l’État est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées, dans l’esprit des citoyens. Il y a même beaucoup moins d’affaires privées, parce que la somme du bonheur commun fournissant une portion plus considérable à celui de chaque individu, il lui en reste moins à chercher dans les soins particuliers. Dans une cité bien conduite, chacun vole aux assemblées ; sous un mauvais gouvernement, nul n’aime à faire un pas pour s’y rendre, parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. Les bonnes lois en font faire de meilleures, les mauvaises en amènent de pires. Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État: Que m’importe? on doit compter que l’État est perdu.

L’attiédissement de l’amour de la patrie, l’activité de l’intérêt privé, l’immensité des États, les conquêtes, l’abus du gouvernement, ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C’est ce qu’en certain pays on ose appeler le tiers état. Ainsi l’intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et second rang ; l’intérêt public n’est qu’au troisième.

La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. »
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social (1762),
Chapitre 3.15 : Des députés ou représentants (extrait)

[À lire absolument : ]
Le chartalisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chartalisme


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10155034126567317

20 réponses à “[Vidéo] Entretien autour de vos questions, avec Nicolas Clément (Paris, 23 février 2017)

  1. Une école géniale !

  2. [Rappel] 2005 : quand les Français ont dit non à l’Europe

    • Le commentaire de Coralie Delaume 🙂

      Il va pleuvoir ! France3 réalise un documentaire honnête sur le référendum de 2005 !!


      http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017/03/il-va-pleuvoir-france3-realise-un.html

      Coralie Delaume : « Quelle mouche a piqué France3 ?

      Tant d’honnêteté – qui suppose aussi une évidente lucidité – est troublante tant on n’a pas l’habitude.

      Le 2 mars, la chaîne a en effet de diffusé ce reportage d’une cinquantaine de minutes sur le référendum de 2005 qui s’intitule : “2005 : quand les Français ont dit non à l’Europe”.

      Dès le début, on est bluffé par le ton. “Il y a douze ans, le 29 mai 2005, les Français ont dit non au traité de Constitution européenne. Non à l’Europe de l’austérité et du libéralisme“. Ah bon ? C’est pas la “France moisie” alors, qui a voté “non” ? C’est juste la France anti-austéritaire ? On croit rêver.
      Un peu plus loin, on hallucine : “nous allons voir comment Nicolas Sarkozy devenu président de la République va contourner le vote souverain des Français” Aïe, ça pique !

      Surtout lorsque ceci suit : “cette fracture démocratique fait aujourd’hui le lit du Front national”?

      Naaaaan, sans rire ! C’est la confiscation démocratique qui fait le “jeu-de” ?

      Ce ne sont plus le “nationalisme”, “l’europhobie”, la préférence pour le “repli sur soi” et la xénophobie galopante ?

      C’est la première fois, en ce qui me concerne, que je vois le sujet traité ainsi à la télévision. J’aurais signé chaque mot prononcé par la voix off. C’est la première fois également que j’entends ainsi faire le lien entre l’Europe et la loi El Khomri.

      Puis vraiment, tout le monde en prend pour son grade : le Parti socialiste, l’UMP, les éditorialistes, Sarkozy (oh la vache, Sarkozy), Hollande (oh la vache, Hollande). Et ça n’est pas volé.

      Une mention spéciale pour deux hommes politiques qui, si différents soient-ils, ont la particularité d’avoir tous deux compris la dimension dramatique, irrémédiable et porteuse d’une grande violence potentielle qu’a constitué la séquence : non / invalidation du non.

      Ainsi, François Bayrou à 32’44 : “Pour moi, c’était attentatoire au contrat civique. Imaginez que dans quelques mois, après le référendum sur le Brexit, ce soit la chambre des Communes qui disent que le référendum n’a plus aucune valeur. Vous auriez un climat… c’est le mot révolutionnaire qui me vient (…) ce serait un peuple qui se met en absolue rupture avec son pouvoir.”

      Et Jean-Luc Mélenchon, à 34’15 : “on peut se croire malin quand on monte des coups comme ça. Mais les blessures qui sont infligées à la conscience collective, les affects qui sont bousculés par ce type de méthodes laissent des traces indélébiles. Et le sentiment de dégoût qui va finir par être de la haine contre toute la superstructure politique a son terreau initial dans ces jours-là“.

      Ça, c’est dit.

      Le replay ne sera bientôt plus disponible. Alors, sous vos yeux ébahis et pour le bien de vos oreilles avides de s’entendre dire autre chose que “vous n’êtes tous que des fachos” ou “c’est la faute du populisme”… »

      Coralie Delaume.

      Source : L’arène nue, http://l-arene-nue.blogspot.fr/2017/03/il-va-pleuvoir-france3-realise-un.html

  3. Sortir de l’austérité sans sortir de l’euro… grâce à la monnaie fiscale complémentaire

    Par Thomas Coutrot, Dominique Plihon, Wojtek Kalinowski, Bruno Théret, Gaël Giraud, Vincent Gayon, Jean-Michel Servet, Jérôme Blanc, Marie Fare et Benjamin Lemoine

    Introduire des liquidités dans une économie en crise grâce à une monnaie complémentaire, adossée aux recettes fiscales à venir, permettrait d’imaginer d’autres politiques sans pour autant remettre en question la monnaie commune. Cela permettrait une stabilisation de la zone euro.

    Via les crédits qu’elles accordent, les banques commerciales privées disposent dans la zone euro d’un quasi monopole de création de la monnaie. Après les injections massives de liquidités à bas coût de la Banque centrale européenne (BCE) au système bancaire privé, il est clair que ce monopole enferme l’économie européenne dans une trappe déflationniste. Dans les périodes récessives, les banques commerciales sont structurellement incapables d’assurer une création contracyclique de monnaie de crédit destinée aux secteurs productifs. Pour nourrir leurs profits, elles dirigent l’essentiel de leurs liquidités vers les marchés financiers où elles alimentent de dangereuses bulles spéculatives. Aussi, de nombreux économistes et certains politiques s’accordent sur la nécessité de retirer aux banques leur privilège de création de la monnaie, et la Suisse votera sur cette question en 2018. Néanmoins une telle réforme suppose dans l’Union européenne (UE) un accord entre Etats membres qui, dans son état actuel, n’est pas prêt d’aboutir. Que faire d’autre ? Sortir de l’euro ?

    L’accession en Grèce en 2015 de Syriza au gouvernement a conduit à envisager une autre stratégie qui, décidée par un Etat, lui permettrait de sortir d’une politique d’austérité sans remettre en cause l’unité de la zone euro : injecter de la liquidité par l’émission d’une monnaie fiscale complémentaire à l’euro. Dans cette stratégie, l’euro est conservé en tant que monnaie commune de cours légal dans tous les Etats membres, mais est complété par un moyen de paiement national constitué de bons du Trésor de faible dénomination -- de 5 à 50 euros -- et de durée limitée mais renouvelable. Adossés comme toute dette publique aux recettes fiscales à venir, ces bons seraient libellés en euro-franc, et maintenus à parité avec l’euro sans pour autant être convertibles sur les marchés des changes.

    Il ne s’agit donc pas d’émettre une monnaie ayant cours légal, mais de proposer des titres de crédit destinés au règlement des salaires des fonctionnaires, des prestations sociales et des achats publics, dépenses qui sont de facto de la dette publique de court terme. Ils seraient réciproquement acceptés en paiement des impôts et, grâce à cette dernière garantie, pourraient circuler en tant que moyens de paiement au niveau national.

    Face aux politiques d’austérité prônées actuellement, il y a urgence à émettre ce type de monnaie partout où la monnaie unique conduit à la récession, au chômage de masse, à la montée de l’insécurité sociale et à l’abandon des investissements de long terme indispensables à la transition écologique. Mais le couple monnaie commune -- monnaie fiscale complémentaire n’est pas seulement une solution d’urgence ; c’est aussi potentiellement un outil durable de stabilisation monétaire de la zone euro. En effet, la réduction de la dette publique par autofinancement de la dette flottante et l’amélioration du solde des échanges extérieurs par réduction des importations (la circulation géographiquement limitée de l’euro-franc inciterait à relocaliser la production) réduisent la dépendance extérieure des Etats à l’égard tant de la finance internationale que des marchés extérieurs qui sont la source principale de son instabilité.

    Cette forme de liquidité émise par les Etats sans passer par les banques n’est pas nouvelle, et sa combinaison avec une monnaie commune dans un système politique de type fédéral a été expérimentée avec succès dans les années 30 aux Etats-Unis et, plus récemment, entre 1984 et 2003 en Argentine. Ces expériences montrent que, sous certaines conditions, un tel dispositif monétaire remplit son office de réduction de la dette publique et de redynamisation de l’économie locale, sans créer de tension inflationniste ni de décrochage entre la monnaie locale et la monnaie centrale.

    En l’état actuel des traités européens, la stratégie ici proposée est conforme au principe de subsidiarité qui reconnaît à tout Etat membre de l’Union la capacité de prendre des initiatives propres en matière de politique fiscale et budgétaire. Les Etats ne sont nullement obligés de se soumettre aux marchés et aux banques commerciales pour se financer, surtout à court terme. Rien ne les empêche de disposer de leurs propres systèmes de paiement, dès lors que ceux-ci remplissent les conditions de sécurité requises.

    Se doter d’une monnaie fiscale nationale -- en France, l’euro-franc -- complémentaire à l’euro bancaire permettrait de financer les services publics et de mettre fin aux politiques d’austérité actuelles qui menacent le projet européen lui-même. C’est une politique réaliste qui peut être décidée immédiatement et unilatéralement au niveau national sans aller à l’encontre des traités européens. Mais pour assurer le succès de l’euro-franc, il ne suffit pas que l’Etat en garantisse l’acceptabilité en l’instituant comme moyen d’acquitter des impôts et en stabilisant sa valeur à la parité avec l’euro. Il doit aussi être soutenu par une large partie de la population qui le reconnaisse comme un instrument crédible de sortie de l’austérité. Pour cela, une fraction des euro-francs créés pourrait être distribuée aux PME et aux ménages endettés comme moyen de règlement de leurs dettes (privées). Cette mesure ferait d’une pierre quatre coups : par ce jubilé partiel des dettes, elle mettrait fin à l’excès d’endettement privé, cause principale de la récession dont souffre notre économie ; loin de pénaliser les créanciers résidents, elle les sécuriserait, vu le contexte d’une solvabilité très incertaine ; elle accomplirait le quantitative easing for the people («assouplissement monétaire pour les gens») dont Mario Draghi reconnaît qu’il est de nature à relancer l’économie européenne et l’emploi ; elle mettrait en circulation une monnaie complémentaire à une échelle qu’aucune des monnaies locales qui s’inventent aujourd’hui ne peut ambitionner.

    Bien sûr, d’autres moyens d’assurer la confiance dans cette monnaie sont parfaitement concevables. Gageons qu’un tel euro-franc ne tarderait pas à être imité par nos voisins, ce qui redonnerait du même coup sa légitimité à un euro devenu monnaie commune.

    Thomas Coutrot , Dominique Plihon, Wojtek Kalinowski, Bruno Théret, Gaël Giraud, Vincent Gayon, Jean-Michel Servet, Jérôme Blanc, Marie Fare, Benjamin Lemoine

    http://www.liberation.fr/debats/2017/03/08/sortir-de-l-austerite-sans-sortir-de-l-euro-grace-a-la-monnaie-fiscale-complementaire_1554260

    Source : « Libération »

  4. Étienne,

    Je crois que plutôt que d’essayer de convaincre Asselineau sur le tirage au sort, on devrait ou aurait du essayer de le convaincre d’ajouter un référendum d’initiative populaire constitutionnel.

    En effet si nous avions un RIP constitutionnel, nous pourrions de nous-même modifier la constitution, voir convoquer une assembler constituante tirée au sort.

    Si on avait un RIP constitutionnel, on aurait plus besoin de passer par une révolution pour appliquer ton idée.

    • Pierre,

      Je suis bien d’accord mais Asselineau propose le RIP.
      Personnellement, j’entends bien m’en servir s’il est élu !

      Ceci dit, je suis totalement d’accord avec toi, convaincre Asselineau sur le tirage au sort, c’est absolument rigoureusement impossible. Il est trop possédé par la Cinquième République et une pensée hiérarchique de façon générale.

      • Asselineau propose le RIP, mais le précise jamais s’il pourra être législatif, révocatoire, abrogatoire et/ou constitutionnel.

        Et ce malgré mes tentatives de lui demander (et celle d’autre personnes).

        Mais ses déclarations laissent à craindre qu’il n’y ait pas de RIP constitutionnel, puisqu’il dit que tout sujet devra préalablement être validé par le conseil constitutionnel, qui vérifiera que le sujet est constitutionnel.

        Or, une modification de la constitution est en soit inconstitutionnelle, et n’a pas à être vérifiée par le conseil constitutionnel.

        Pierre.

        • De plus pour un RIP constitutionnel il est crucial de réfléchir au seuil d’acceptation. En effet pour une modification de la constitution il serait sûrement prudent que l’on demande strictement plus de 50% des citoyens votent pour (55%? 60%? 66%?), afin d’accepter la modification, sans quoi on s’expose…

          Il ne me semble pas que Asselineau est réfléchit à cela.

          • Je l’ai entendu dire tout récemment que le référendum sera abrogatoire si les gens décident de s’en servir pour faire dégager quelqu’un.

            C’est certain, le RIP ne sera pas constitutionnel. Sa proposition est une avancée, mais point trop n’en faut semble-t-il…
            Ses déclarations d’amour à la Constitution de la 5ème sont indiscutables : il ne laissera pas le peuple modifier par lui-même la Constitution.

            Quant au seuil, il n’en a rien dit, mais il te répondrait probablement qu’une loi organique aborderait le sujet et que c’est une décision qui peut se prendre plus tard, une fois le pouvoir acquis.
            Elle est malgré tout cruciale.

            Enfin, une autre question cruciale est celle du nombre de citoyens nécessaires au déclenchement du RIP. Il me semble l’avoir entendu parler de 500 000 personnes. (Son programme sera présenté tout bientôt).
            Je n’ai pas de recul mais je trouve que ça fait beaucoup. Par comparaison, qui vaut ce qu’elle vaut, les pétitions qui dépassent les 500 000 signatures sont très rares. En réalité, la seule qui me vient à l’esprit est celle de Joyeux sur les vaccins.

          • >il ne laissera pas le peuple modifier par lui-même la Constitution.

            A mon avis ce n’est pas sûr. Je pense que, si Étienne ou quelqu’un d’autre qui a de l’influence, pouvait en débattre avec lui, il y aurait peut-être possibilité de le convaincre.

            En tous les cas, rien ne dit le contraire, pour l’instant on ne l’a jamais entendu s’exprimer sur cette question.

    • Je ne pense pas vous apprendre qu’Asselineau a deja examiné le tirage au sort, voici le lien néanmoins pour ceux qui suivent cette discussion :
      https://www.upr.fr/articles/les-inconvenients-theoriques-politiques-et-pratiques-que-presente-la-democratie-par-tirage-au-sort-que-prone-m-chouard

  5. Pour les fans et aussi les autres!!

    François Asselineau chez Thinkerview :
    Présidentielle 2017 sans filtre ?

  6.  Dans ce collège, une pause lecture est imposée à tout le monde !

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    Le collège de Banon dans la région PACA a fait le pari d’imposer à ses élèves et tout son personnel, un quart d’heure de lecture chaque jour – malgré la crainte que cette injonction ne fédère pas, le plaisir a finalement pris le dessus.

    1, 2, 3 : roi du silence !

    C’est devenu un rituel respecté de tous. Si vous passez par le collège de Banon entre 13h40 et 14h05, vous serez agréablement surpris par l’atmosphère calme et silencieuse. La nouveauté de la rentrée scolaire a fédéré tous les éléments du collège : élèves, professeurs, corps administratif, personnel de cantine etc. Les tâches quotidiennes et le temps s’arrêtent ensemble pour ouvrir une fenêtre échappatoire sur une histoire envoutante dans un silence apaisant. Chaque jour, c’est pareil, chaque recoin du collège est calme, on lit où on veut et de la manière que l’on veut tant que l’on se plonge entre les lignes. Sur une chaise, perché sur un appui de fenêtre, sous un porche ou derrière un bureau : chacun profite à sa façon.

    Redonner le goût de la lecture à tous

    France 3 Provence-Alpes a récemment consacré un reportage à ce collège et son initiative. Cela peut paraître simple, mais ce quart d’heure représente beaucoup pour tous ceux qui en profitent. Le côté obligatoire de ce moment à part a fait douter la principale à l’initiative de cette idée : « On est parti un peu à l’aventure en se disant, « c’est une injonction de demander aux gens de lire chaque jour à la même heure ». On s’est inquiété. On s’est dit ça va marcher trois fois, quatre fois… et ça fait des mois que ça dure ! ». Notre vie dont chaque seconde est occupée par une tâche quelconque laisse de moins en moins de place à la lecture qui pourtant favorise l’imagination, stimule la réflexion, approfondit les connaissances, offre une fenêtre d’évasion et de détente. 64% des français aimeraient lire plus et déplorent le manque de temps ; en imposant ce quart d’heure de lecture, la principale de ce collège a créé un espace qui en fait, manquait à tout le monde.

    Source : Positivr

    Reportage signalé par :

    Source : http://lareleveetlapeste.fr/college-pause-lecture-imposee-a-monde/

  7. Une conversation vraiment très intéressante,
    qui ressemble beaucoup à un atelier constituant, non ? 🙂

    MÉLENCHON : Esprit de Campagne spécial 18 mars (Version non complète) -- #18mars2017

    • Il y a quelques jours, on discutait aussi 6° république et institutions sur le plateau de Médiapart. Un peu ronronnant dans l’entre-soi, mais toujours intéressant (j’ai par exemple ainsi découvert que apparemment la métropole lyonnaise est une sorte de république bananière au sein du pays) :
      https://www.youtube.com/watch?v=qo5M_TOYxnY
      (le débat commence à 52 min)

  8. Une explication :

    La Constituante de Jean-Luc Mélenchon permet-elle à la souveraineté populaire de s’exprimer ?

  9. Bonjour

    J’aime bien l’idée de Mélenchon que les citoyens décident eux-mêmes la proportion de tirés au sort dans l’assemblée constituante en votant pour le candidat « tirage au sort ». Ca c’est vraiment démocratique.

    Moi je voterai uniquement pour les gens de mon bord. A quoi se rajouteront un certain nombre de personnes de mon bord parmi les tirés au sort que les autres auront choisi. Vos me direz que si tout le monde fait comme moi, il n’y aura pas de tirés au sort. Mais je ne pense pas que les autres soient si malins.

    Blagues à part: avec la méthode de Mélenchon, on pourrait aboutir à zéro tirage au sort même si chaque citoyen souhaite 100% de tirage au sort. Si on veut vraiment que ce soit démocratique, il ne faut pas procéder ainsi, mais d’abord soumettre au référendum le principe que les membres de la constituante soient 100% tirés au sort.

    Cordialement

  10. Monsieur Chouard, je suis assez déçu par ce que vous dites dans cet entretien par rapport à Mélenchon d’une part, et par rapport à Asselineau d’autre part.

    Sur Mélenchon, je ne m’étendrai pas, son programme est une escroquerie, vous pourrez par exemple utilement voir ce démontage en vidéo sur https://www.youtube.com/watch?v=kvEA-frbckE

    Sur Asselineau, je sais ce qui vous retient : vous voulez le tirage au sort, lui vous dit que ce n’est pas possible. Permettez-moi de soumettre une troisième voie à votre sagacité : vous avez tous les deux raison.
    Vous avez raison sur le tirage au sort et les avantage que vous décrivez fort bien ne sont même pas à discuter. Mais Asselineau à également raison…. dans l’état actuel des choses. Il manque quoi ? Une repolitisation du citoyen afin qu’il redevienne un acteur de la chose publique ( res publica ) et non un simple témoin passif comme il l’est devenu depuis des décennies. Mais il ne vous aura pas échappé que les militants de l’UPR deviennent incollables sur les articles des traités ou l’article 5 de la constitution. Asselineau fait là un travail fantastique, mais ce n’est qu’un début et il serait plus constructif de pousser dans ce sens pour à terme aboutir à ce que votre idée devienne applicable.

    Je sens dans vos propos une résignation « On ne peut rien faire, ils ne peuvent pas gagner, etc.. » : Je vous ai vu plus opiniâtre. Je soutiens tout à fait votre idée d’une constitution écrite PAR et POUR les citoyens, mais de là à tout virer pour recommencer à zéro à la manière 6ieme république à la Mélenchon, il me semble que c’est exagéré, d’autant que tout n’est pas mauvais dans la constitution de 1958. Il faut nettoyer tous les bidouillages qui y ont été introduits au fil des années. Mais si vous avez écouté Asselineau, vous savez ce qu’il veut faire à ce sujet : un grand nettoyage incluant par exemple le retrait de la procédure du congrès. C’est tout de même une première étape assez énorme pour qu’on y accorde de l’intérêt, et ça, Mélenchon ne le propose pas : ce que je devine dans le programme de la France Insoumise, c’est que puisqu’on ne peut théoriquement pas rester dans l’UE par rapport à la constitution, changeons de constitution pour intégrer l’UE et rendre légal ce qui jusqu’à aujourd’hui est une violation. Le procédé est plutôt sournois et Mélenchon pour l’instant nous démontre jour après jour qu’il se propose sans le dire d’être le Tsipras français.

    Que vous en semble ?

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