[Pourriture politicienne aggravée] Les « élus » s’auto-amnistient en douce, en réduisant fortement leurs propres délais privilégiés de prescription pénale ; et, en même temps, ces gredins hors contrôle doublent les délais de prescription pour tous les autres citoyens !

Encore un bon sujet pour votre atelier constituant quotidien : est-ce aux « élus » d’écrire eux-mêmes les règles concernant les « élus » ? Et si vous répondez « évidemment non », écrivez concrètement (vous-même, maintenant) l’article de constitution qui prévoit comment faire autrement.

[NB : la prescription est l’extinction de l’action publique après un certain temps d’inaction. Elle est compréhensible et normale. Ce qui est scandaleux, c’est que les « élus » s’octroient à eux-mêmes des conditions favorables de prescription, ce qui revient à s’absoudre eux-mêmes de leurs propres turpitudes.]

 
Article du Canard enchaîné :

« C’est une auto-amnistie, c’est absolument incroyable dans le contexte actuel ! » s’étrangle un haut magistrat. L’objet de son courroux ? Un discret amendement modifiant la loi sur la « prescription pénale ». Voté le 11 février, il concerne les infractions dites « occultes » ou « dissimulées », comme les abus de biens sociaux, les détournements de fonds et autres délits financiers. Aujourd’hui, faute de loi précise, la jurisprudence fait courir le délai de prescription à partir du jour où les faits sont découverts, et non de celui où ils sont commis : le but est d’empêcher que ces affaires « astucieuses » soient enterrées.

Douze ans de bonheur

Glissée, quasi en douce, par le sénateur LR François-Noël Buffet, rapporteur de la loi, une disposition « dérogatoire » bouleverse cette saine logique. À l’avenir, « le délai ne pourra excéder douze ans » et partira « à compter du jour où l’infraction [aura] été commise ». Un beau cadeau octroyé au monde des affaires, qui rêvait de cette réforme depuis des lustres. Un exemple au hasard ? Révélé en janvier 2017, l’emploi, par son époux, de Pénélope Fillon en tant qu’attachée parlementaire entre 1998 et 2012 peut aujourd’hui faire l’objet d’une enquête sur l’ensemble de ces années. Avec la nouvelle loi, les enquêteurs ne pourront remonter que sur une période de douze ans. De 1998 à 2005, tout est oublié, périmé, terminé.

Détail cocasse : dans la même loi, toutes les autres infractions ont, au contraire, vu leurs délais de prescription doublés. Désormais, il faudra vingt ans au lieu de dix pour qu’un crime échappe aux foudres judiciaires, et six ans au lieu de trois s’il s’agit d’un délit.

Et cette réforme va coûter bonbon. L’étude d’impact prévoit « de 10 000 à 25 000 affaires en plus par an », impliquant « un coût supplémentaire annuel compris entre 3,7 millions d’euros et 9,3 millions ». Voilà qui tombe à pic pour le budget de la Justice, sinistré, et pour les tribunaux, qui manquent déjà de magistrats.

L’ensemble devrait être adopté définitivement le 16 février par l’Assemblée. On ne saura jamais combien de « ouf » de soulagement auront salué le vote…

Dominique Simonnot, Le Canard enchaîné.

 
C’est sans doute un excellent sujet pour votre atelier constituant quotidien 🙂 Est-ce aux « élus » d’écrire eux-mêmes les règles concernant les « élus » ?

À l’évidence, une fois de plus, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir (principe fondamental dont tout humain sur terre devrait se sentir personnellement responsable).

Mais alors, comment devrait-on, d’après vous, si vous étiez constituant, déterminer et modifier les règles concernant le train de vie et la responsabilité pénale des « élus » ? Qui est légitime (et sûr) pour définir le statut de l’élu ? Les élus ? ou les citoyens ?

Faut-il, par exemple, instituer une Chambre de Contrôle des Élus ? tirée au sort ? capable d’agir en justice contre ceux qu’elle contrôle et seule habilitée à fixer les règles spécifiques de tous les représentants du peuple ? Combien de membres ? Simples citoyens ou experts ? Quelle durée du mandat ? Qui la saisit ? Peut-elle se saisir elle-même ?

Quels sont les sujets qu’il faut (évidemment) retirer de la compétence des élus ?
Leur salaire ? Leur temps de travail ? Leurs obligations d’assiduité ? Leurs indemnités ? Leur taux d’imposition ? Leur régime social (retraite, etc.) ? Leur obligation de rendre des comptes directement aux citoyens ? Leur responsabilité pénale ? Les différentes sanctions correspondant à leurs obligations ? Autres ? Parlez-en entre vous, y compris avec des inconnus.

Je vous invite à écrire des articles là-dessus. Et à nous faire connaître ici les propositions d’articles qui vous semblent utiles à notre cerveau collectif qui grandit chaque jour. Ce sera, comme tout atelier constituant, un excellent exercice pour vous redresser, pour vous transformer en souverain, pratiquement, concrètement, pour passer de l’enfance (électeur obéissant) à l’âge adulte (citoyen constituant).

Bon courage à tous.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154975493132317

22 réponses à “[Pourriture politicienne aggravée] Les « élus » s’auto-amnistient en douce, en réduisant fortement leurs propres délais privilégiés de prescription pénale ; et, en même temps, ces gredins hors contrôle doublent les délais de prescription pour tous les autres citoyens !

  1. Corruption Fillon : plus grave que le PenelopeGate, l’AxaGate

    Par Pierrick Tillet


    Henri de la Croix de Castries (dit Henri de Castries), PDG du groupe Axa, président du comité de direction du groupe Bilderberg et annoncé comme possible ministre de l’économie du futur président Fillon.

    Il ne faudrait pas que le PenelopeGate cache la ténébreuse forêt Fillon : bien plus grave que cette affaire minable d’emploi fictif, il y a l’AxaGate, ou comment un conflit d’intérêt impliquant une personnalité politique de premier plan payé par une grande compagnie d’assurance (pour flinguer la Sécu !) sur fond d’influence du groupe Bilderberg, tourne à une affaire de corruption bien sordide. Très bien expliquée dans la vidéo ci-dessous par les potes du Fil d’Actu.

    Source : Les Chroniques du Yéti
    http://yetiblog.org/index.php?post%2F2260

    • Tout à fait d’accord avec vos commentaires et pour créer une commission de contrôle des parlementaires composée de citoyens un peu sur le principe des jurés.
      Ne serait il pas possible de trouver un porte parole ayant une certaine reconnaissance pour lancer une pétition (sur change.org par exemple) qui serait susceptible de recueillir beaucoup de signatures en ces temps électoraux?
      Cordialement.

  2. Merci Monsieur Chouard pour ce que vous faites ! ♡ Peace 🙂

  3. [Pourriture politicienne] Les petits cadeaux entretiennent l’amitié…


    Deux crapules : le corrupteur et le corrompu

    François Fillon, qui comptait AXA parmi les clients de son cabinet de conseil, aurait reçu 200.000 euros du géant de l’assurance… dont l’ancien PDG est aujourd’hui favori pour un poste de ministre.

    « Jamais dans l’histoire de la République, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n’a été ainsi sous l’influence des puissances d’argent ». L’attaque est rude ; surtout venant d’un homme qui, il y a encore deux mois, se demandait à quelles conditions lui apporter son soutien. François Bayrou a de nouveau enterré la candidature François Fillon ce mercredi soir sur France 2, sur un refrain qui lui est cher, celui de l’argent qui corrompt :

    « De très grandes sociétés multinationales se paient des hommes politiques […] pour qu’ils les aident à ouvrir des portes, à se servir de leurs relations pour leurs intérêts », accuse le maire de Pau. A quoi fait-il référence ? « Ce qui a été annoncé hier par François Fillon lui-même et sa société de conseil et les sommes incroyables, 200.000 euros par-ci, 200.000 euros par là ».

    Lire la suite :
    http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170208.OBS5072/liens-avec-axa-pourquoi-francois-fillon-est-accuse-de-conflits-d-interets.html

  4. GICQUEL JEAN-MARC

    En voila une belle loi pour nos pourris de politiciens.
    Quand est ce que l’on remets tout à plat?

  5. Faut-il vous faire un dessin ?

  6. j’ai malheureusement le sentiment que se n’est plus le système politique en lui même, mais plutôt le système financier qu’il faudrait revoir quoique sur les 2 il y aurais bien a faire ceci dit l’un ne va plus sans l’autre, donc je ferait bien la promo d’ une explosion mondial du système financier pour peut être mieux repartir ( dans la douleur ) sur des bases plus saine

    • Ton projet me semble bien dangereux, une simple mise sous tutelle democratique (la vraie democratie) serait a mon avis plus efficace.

  7. En fait c’est pas con comme vote. Tu repères direct les magouilleurs et les réglos. Tous ceux qui votent Pour, Boum, en prison XD

  8. #ParlonsVrai: jusqu’où l’impudence?

    Par Corinne Lepage -- 16 février 2017

    « Ainsi les députés viennent-ils de voter une disposition qui met un terme à une jurisprudence constante de la Cour de cassation sur l’abus de bien social et sa prescription.

    Les infractions dissimulées (généralement financières qu’il s’agisse de fonds publics ou de fonds privés) ont pour particularité de faire l’objet de montages sophistiqués, recourant souvent à des comptes offshore, dont l’objectif est évidemment de rester cachés. Leur découverte est donc très aléatoire, fruit de dénonciations, de divorce, de conséquences secondaires d’autres procédures etc. La Cour de cassation avait donc fixé un principe clair au terme duquel dans les affaires d’abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics ou privés, la prescription ne courait qu’à compter de la découverte et non pas de la commission d’infraction. Cette jurisprudence avait évidemment pour effet de rendre insécure la situation des délinquants qui ne pouvaient pas s’estimer tranquilles une fois passé le délai de prescription des délits qui était alors de 3 ans.

    C’est ce principe que l’Assemblée nationale vient de renverser en créant un délai de prescription de 12 ans, ce qui est assez long, mais les exemples sont nombreux compris dans l’actualité pour constater que les faits peuvent mettre plus de 12 ans à être connus.

    Ce vote, qui correspond à une demande très ancienne et très constante d’une partie des chefs d’entreprise, arrange bien le monde politique. C’est inadmissible à plus d’un titre. D’une part, la délinquance financière fait l’objet d’une mesure de clémence alors que dans le même temps la prescription pour les autres crimes et délits est rallongée dans le temps. Le deux poids deux mesures s’impose donc comme une règle qui visiblement ne choque pas les parlementaires. En second lieu, ce vote intervient en plein Penelopegate, ce qui ne peut que conforter l’atmosphère nauséabonde qui enveloppe aujourd’hui la classe politique, renforçant encore un peu plus l’idée que celle-ci s’auto-protège et se vote les textes qui lui conviennent. A un moment où, au contraire, les députés devraient rechercher les moyens de recréer la confiance, de fixer des règles plus rigoureuses en accord avec la demande sociale, le signal qui est donné va directement en sens inverse. Enfin, cette manière de faire s’inscrit dans le « droit dans les bottes » qu’affichent un certain nombre d’élus. Ils ne sont pas comptables à l’égard des citoyens des sommes qu’ils gèrent et qui leur sont remises ; ils n’ont pas de compte à rendre du fait de la séparation des pouvoirs.

    Tout ceci est totalement déconnecté du souhait de la société et surtout des pratiques des principales démocraties européennes. Ce vote est une faute politique majeure. »

    Corinne Lepage.

    Sur son blog :
    http://www.corinnelepage.fr/parlonsvrai-jusquou-limpudence/

  9. Je ne suis pas doué pour rédiger du droit néanmoins je suis en mesure de décrire le fonctionnement que je préconise:

    Je n’envisage que deux types d’élus: un président et des maires dont le role serait strictement protocolaire à une exception près: la possibilité de s’exprimer et de voter comme tout les autres citoyens, le fait qu’ils soient élus leur donnerait peut etre une certaine influence. Quelle serait leur utilité? Simplement d’occuper la place de façon à ce que les personnes ayant des véléités oligarchiques ne puissent pas nous faire le coup de réinventer la roue.

  10. c est une honte de voir les hommes qui nous gouvernes agir de la sortes ils ce croit tous permis intouchable et sa dicte ou ca empeche le peuple de travailler de bouger ne sarais ce que le petit doit faite le dixieme de ce qu eux font et vous allez voir ce qui va vous arriver il faut virer tous ces politiques tous raser et reccomencer a zero d abord prendre des gens jeunes et des gens choisis dans le peuple voila ou alors elir des gens du peuple qui surveille ces elus

  11. Jean Charles Desvouas

    On peut « toucher du doigt » à quel point il est difficile d’administrer la gouvernance des humains. On peut certes réfléchir à des « institutions » qui permettraient de réduire les risques de dérives multiples inhérentes aux nombreux travers que les représentants du genre humain savent emprunter pour se faire valoir ou pigeonner leurs contemporains. C’est un travail énorme ; les travaux d’Hercule … dont les processus et les procédures réglementaires devront couvrir un telle diversité de comportements possibles qu’ils s’apparenteront à n’en point douter à ce que l’on appelle communément « des usines à gaz » … Le jeu en vaut peut être la chandelle car de toute façon nous n’avons plus tant de choix possibles avant de mettre en péril définitivement l’humanité. En revanche il est aussi légitime de se poser la question à titre personnel du bien fondé d’une telle démarche… En effet rien ne permet de dire qu’en parvenant à établir une démocratie la plus sincère possible le résultat ne soit pas décevant ! En admettant de pouvoir mettre en oeuvre des systèmes de décisions qui reflètent le plus fidèlement l’avis général, le consensus le plus large possible, ou ce qui relèverait de d’un intérêt général le mieux compris rien ne peut garantir que de tels systèmes ne conduisent à un monde meilleur … sauf à faire une confiance aveugle aux hommes. Alors il est aussi légitime de penser que si notre humanité était en capacité de se gouverner sagement…ça se saurait … depuis le temps … et qu’alors la fuite loin des vicissitudes, la vie d’ermite, les traversées des zones les moins peuplées; déserts, océans, est une posture tout aussi honorable… « …Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime… » Henri Laborit, Eloge de la fuite …

  12. saint-jarre claude

    Dans le programme d’Alexandre Jardin, il y a l’écriture citoyenne de la constitution, comme chez Mélenchon. Pourquoi ne pas se relier alors?

    http://www.lescitoyens1.fr/

  13. Le parlement facilite la vie des fraudeurs financiers

    par Martine ORANGE (Médiapart)

    En pleine affaire Fillon, les députés ont adopté le jeudi 16 février un amendement prévoyant un délai de prescription pour les infractions « occultes » et « dissimulées ». Il sera encore plus difficile de mettre au jour des montages de fraude complexes. Une vraie prime à la fraude financière.

    C’est ce qui s’appelle avoir le sens de l’actualité, voire un sens politique. En pleine affaire Fillon, les députés ont adopté le jeudi 16 février un amendement prévoyant un délai de prescription pour les infractions « occultes » et « dissimulées ». Alors que jusqu’à présent la loi ne prévoyait aucune limite dans le temps, le parlement a décidé de fixer à 12 ans à partir du moment des faits les possibilités de poursuite pour tous les délits financiers : abus de bien social, abus de confiance, trafic d’influence, corruption, détournements de fonds (lire ici notre article sur le cas d’espèce de François Fillon).

    Cet amendement, repéré par Le Canard enchaîné, s’inscrit pourtant dans un texte de loi censé au contraire renforcer l’effectivité de la loi et des poursuites pénales. Il n’y est question que « d’améliorer les procédures pour faciliter la répression des délits », « de renforcer la réponse pénale », « de lutter contre le terrorisme ». Cela illustre le ton général du débat : le répressif, l’autoritaire, la sanction l’ont emporté sur tout, dans tous les domaines. Sauf pour les délits financiers.

    Cet amendement a été glissé par le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, lors de la discussion sur la prescription pénale. « J’ai un petit amendement à proposer », aurait-il glissé lors de l’examen du texte au Sénat, le 13 octobre, comme le rapporte LCP. En fait de petit amendement, c’est une vraie prime à la fraude financière.


    Jean-Jacques Urvoas, ministre de la justice © Reuters

    Le texte propose en effet de faire courir un délai de prescription de 12 ans à partir du moment où la fraude est découverte. Impossible d’aller au-delà. Un retour en arrière complet par rapport à la législation en vigueur contre les délits financiers.

    Si les législateurs n’avaient pas encadré les délits financiers dans un délai de temps à partir du moment où les faits sont découverts, c’est en connaissance de cause. « La Cour de cassation avait fixé un principe clair, au terme duquel dans les affaires d’abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics ou privés, la prescription ne courait qu’à compter de la découverte et non pas de la commission d’infraction. Cette jurisprudence avait évidemment pour effet de rendre insécure [sic] la situation des délinquants, qui ne pouvaient pas s’estimer tranquilles une fois passé le délai de prescription des délits, qui était alors de 3 ans », rappelle Corinne Lepage, en s’indignant de cette adoption qu’elle juge être « une faute politique ».

    Les délits financiers, la corruption, les abus de biens sociaux sont les plus difficiles à découvrir et à prouver. Il faut avoir une connaissance très précise de ce qui se passe à l’intérieur d’une entreprise, avoir accès à des documents internes, qui, par nature, sont soigneusement dissimulés, pour comprendre les méfaits commis. Souvent, les fraudeurs ont recours à des montages compliqués, cachés, comme l’ont prouvé les scandales Panama Papers et Lukleaks. Tout cela demande du temps et parfois beaucoup de chance pour le découvrir.

    Avec le nouveau texte, il y a de grands risques de ne pouvoir plus jamais enquêter sur bien des affaires financières complexes. Et d’étouffer ainsi nombre d’affaires sensibles. Que seraient devenues les affaires Karachi, des frégates de Taïwan, Tapie, du Crédit lyonnais, une partie de l’affaire UBS et même une partie de l’affaire Fillon avec un tel texte, alors les faits remontent souvent à quinze voire vingt ans ? Qu’adviendra-t-il de dossiers découverts à l’occasion d’un autre Panama Papers révélant des montages frauduleux mis en place en 2000 ou avant ?

    Le monde des affaires n’en espérait pas tant. Cela fait des années qu’il milite pour un encadrement des délais de poursuite pour les abus de biens sociaux. « Une qualification attrape-tout, qui fait courir un risque juridique quasi-imprescriptible aux dirigeants d’entreprise », tonne le Medef depuis des années. En 2007, Nicolas Sarkozy, tout juste élu, promettait au Medef une « dépénalisation du droit des affaires ». « Le constat a été fait de longue date d’un risque pénal excessif. Ce risque entrave l’action économique », renchérissait Rachida Dati, alors ministre de la justice. Un groupe de travail avait été constitué pour faire des propositions. À l’issue de ses travaux, il préconisait de garder la pénalisation des délits comme la fraude, l’escroquerie, le faux. Mais il recommandait de limiter le délai de poursuite des abus de biens sociaux, en partant justement du moment où il a été commis. « La découverte, dix ans après les faits, d’une infraction économique et financière, pose de nombreux problèmes, comme le soulignent les enquêteurs, notamment en termes d’établissement de la preuve (disparition de pièces comptables dont le délai légal de conservation est souvent de dix ans) », expliquaient-ils.

    C’est l’un des arguments qu’a utilisés le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, pour reprendre cette disposition, tombée dans les oubliettes après la crise financière. « Comment réunir les preuves, se souvenir des faits 15 ans après, alors que la durée de conservation des documents est souvent limitée à 10 ans », expliquait-il.

    « Il ne s’agit pas de défendre la délinquance en col blanc »

    Sa préoccupation était aussi « d’assurer la lisibilité juridique ». Selon le ministre de la justice, seuls les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Mais en ne fixant pas de délai à l’abus de bien social et à tous les délits financiers, cela revenait à les rendre imprescriptibles dans les faits. Un argument que n’aurait pas renié le patronat, mais qui paraît aussi parfaitement convenir au procureur général de la Cour de cassation Jean-Claude Marin. Alors que les procédures ne cessent de s’allonger, laisser les choses en l’état, c’était s’exposer à « un chaos judiciaire », a expliqué ce dernier au ministère de la justice et aux parlementaires de la commission des lois.

    Ce juriste connaît son sujet : en tant que directeur des affaires criminelles au ministère de la justice, il était l’inspirateur, si ce n’est l’auteur en 2004, d’un décret, déjà, sur la prescription des peines, jugé par la suite irrégulier par la Cour de cassation. Il connaît aussi tout de la délinquance financière et politique : en tant que procureur de la République à Paris, puis auprès de la Cour de cassation, Jean-Claude Marin est celui qui a requis un non-lieu pour Jacques Chirac dans l’affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris, enterré l’affaire des frégates de Taïwan, écarté les documents qui décrivaient tout le montage occulte luxembourgeois qui permettait les rétro-commissions dans le dossier Karachi, qui a requis la relaxe pour Christine Lagarde dans l’affaire Tapie, qui reçoit avec tous les honneurs la présidente de la Cour constitutionnelle du Gabon, une proche d’Ali Bongo.

    « Il ne s’agit pas de défendre la délinquance en col blanc », s’est défendu Jean-Jacques Urvoas. Les députés qui ont voté l’amendement reprennent le même argument. Loin d’eux l’idée de ne pas combattre les délits financiers, en insistant sur le fait que les affaires en cours, y compris l’affaire Fillon, relevaient des anciennes dispositions.

    S’ils ont malgré tout adopté cet amendement, expliquent-ils, c’est par nécessité de calendrier. Le repousser aurait voulu dire un renvoi de toute la loi au Sénat. Et comme, en raison de la campagne présidentielle, les vacances parlementaires commencent, l’ensemble du texte serait resté en suspens, en attendant la prochaine législature.

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    En dépit de toutes les justifications avancées, le gouvernement, les élus, tous partis confondus, et la justice envoient le même message : le monde des affaires et de l’argent a le droit de bénéficier d’un statut à part. Même si ce n’est pas passé dans une grande loi, la dépénalisation du droit des affaires, réclamée par le Medef, est entrée en œuvre par réécritures successives.

    Avant cet amendement, il y a eu une succession de lois, de décrets pour amoindrir, contourner toutes les sanctions à l’égard des délits financiers. Le Conseil constitutionnel a lui-même indiqué cette volonté : par deux fois, il a annulé des mesures pour lutter contre l’évasion fiscale. Dans le même temps, Paris a milité avec ardeur pour l’adoption de la directive sur le secret des affaires, qui va permettre de garder à l’abri des regards du public tous les agissements avouables et inavouables des entreprises. Les tribunaux, eux, se montrent bien cléments face à la fraude fiscale et sociale, le détournement de l’argent public, comme le rappelle la sanction de Christine Lagarde, condamnée à rien pour sa « négligence », coûtant 400 millions d’euros à l’État.

    Alors que le monde entier se demande, stupéfait, comment François Fillon ose encore maintenir sa candidature, ce nouvel épisode législatif prouve l’effondrement moral de nos responsables. Le délit financier n’est même plus vu comme une faute. La fraude, la corruption, les abus de biens sociaux, le trafic d’influence, le détournement d’argent public n’y sont considérés que comme des délits mineurs, à peine répréhensibles, en tout cas de moins en moins souvent condamnés. En revanche, voler un fromage dans un supermarché, voilà qui est grave, porteur d’un trouble inacceptable à l’ordre public. Cela mérite bien trois mois de prison.

    Martine Orange

    Lire l’article :
    https://www.mediapart.fr/journal/france/170217/le-parlement-facilite-la-vie-des-fraudeurs-financiers

    Source : Mediapart

  14. Sur la notion de frontière ou clôture dans les systèmes autonomes (ex. le vivant ou la société) :

    -Séparer et distinguer pour comprendre : nécessité de la frontière pour le modélisateur, mais aussi relier et rejoindre pour comprendre.
    -Nécessité de voir la frontière comme un lieu fructueux d’échanges nécessaires à l’évolution du système.
    -Se représenter un système comme un « tout » actif dans un plus grand «tout» (environnement). D’où la nécessité de tracer une frontière entre ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.
    -La frontière dépend (aussi) des finalités du modélisateur ! «Dis-moi les frontières que tu dessines dans ton environnement et je te dirai quels sont tes buts». Ex. la construction de l’Union Européenne !
    -Ex. Notre système visuel est suffisamment autonome pour produire lui-même des visions qui ne correspondent pas au réel…L’exemple du cinéma : nous ne pouvons pas ne pas voir de mouvement, alors qu’il n’y en a pas…et que nous le savons !
    -De l’enfant acquérant son autonomie…à l’autonomie des marchés financiers! L’autonomie (et l’intelligence) ne sont (donc) pas forcément de bonnes choses !
    -Comment rendre hétéronome un système qui est « trop » autonome ? En l’empêchant de se clore sur lui-même: l’absence de frontière comme source d’hétéronomie…Ex: la construction de la soit-disant Union Européenne (sans frontière) qui empêche les pays membres d’être autonomes !
    -Les frontières ne sont pas étanches, elles sont un lieu d’échanges. La clôture n’est pas fermeture. Un système fermé n’a pas de frontières (distinction entre clôture et fermeture).

  15. [Pourriture sondagière]

    Il était une fois… les instituts de sondage

    Dans une constitution digne de ce nom, infos, sondages et statistiques seraient obligatoirement des services publics indépendants (des pouvoirs et des entreprises) et sous contrôle citoyen.

  16. Il est très facile de détruire ce qui a été fait et légué en héritage (école, santé, justice, et toutes les autres institutions réparatrices, et non correctrices comme la police et l’armée : notez que les ordo libéraux ne jurent que par la sécurité, mais sans la protection).
    Il est plus difficile de constuire, surtout après qu’on a détruit.

    L’infirmière libérale qui est venue à l’instant à la maison nous a témoigné de la détresse de ses collègues de l’hôpital : elles n’en peuvent plus.
    Elle nous a appris, après discussion pour s’épancher, qu’une de ses connaissances, médecin anesthésiste, s’est suicidé sur son lieu de travail, à cause de la pression bureaucratique.

    Les opérationnels, les seuls vraiment utiles, ne sont pas écoutés ; ils assument les contraintes débiles qui viennent d’en haut, et qui viennent de gens, qui s’ils avaient à les subir, les changeraient.

    Les donneurs d’ordre et de leçons se croient hors système, car ils ne sont pas amenés à subir les conséquences des décisions qu’ils prennent pour les autres. C’est donc ce point capital qu’il va falloir changer.

    En bref la représentativité des élus doit être mise sous condition, soit de contrôle, soit de vérification du bien fondé des décisions arrêtées ; il ne suffit pas de dire que seuls les élus (et non les tirés au sort, cf Montebourg Libération du 26.12.16) peuvent écrire la loi car ils représentent les gens : les gens ne se reconnaissent plus dans le personnel politique ; l’état n’est plus à l’image de ce que les opérationnels font : donc la représentativité n’est pas effective.

    Partant de là, les soi-disant législateurs ne peuvent avoir aucune légitimité.

  17. Savoureuse Nicole Ferroni :

    Citoyens VS Politiques : à qui la faute du désamour ?

    J’adore quand elle prend l’accent de chez nous, ça paie 🙂

  18. Guillaume Meurice : Quand les députés se font un cadeau

  19. Le plus fou dans cette affaire c’est le ton employé dans les medias pour en parler, hier sur france info dans la voiture j’entends un chronique sur l’affaire Fion et le parquet qui accélère la procédure parce que « o c’est balot » (ils l’ont presque dit, le ton c’était vraiment ça) une nouvelle loi qui prescrit les faits anterieurs a 12 ans bla bla bla. C’est surréaliste.

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