Démocratie, c’est pas foutu : Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire » – #pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

 

Démocratie, c’est pas foutu

Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire », qui y étudie l’idée qui grandit des ateliers constituants populaires 🙂


http://www.lagedefaire-lejournal.fr/democratie-cest-foutu/

Commander ce numéro ne coûte que 2 € (ils en ont évidemment besoin), et on peut s’abonner là : http://magasin.lagedefaire-lejournal.fr/

#pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Cat%C3%A9gorie:Atelier_constituant

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Et vous, vos propres ateliers constituants, ça avance ? 🙂
Donnez-nous des nouvelles, s’il vous plaît 🙂

Bon courage à tous
et restez bien concentrés sur l’essentiel :
ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154880151032317

33 réponses à “Démocratie, c’est pas foutu : Un dossier spécial du (remarquable) journal « L’âge de faire » – #pasdedémocratiesanscitoyensconstituants

  1. Les citoyens déjà constituants devraient se procurer ce numéro, comme un renfort pour réveiller les endormis, non ? 🙂

  2. « La constitution d’un pays n’est point le fait de son gouvernement, mais celui du peuple constituant ledit gouvernement. »
    Thomas Paine, « Les droits de l’homme » (1792), p 129.

    (Noté dans mes « Précieuses pépites » : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/precieuses_pepites.pdf)

  3. « À peine sortis des massacres de la Commune, rappelons à ceux qui seraient tentés de l’oublier que la gauche versaillaise, non moins que la droite, a commandé le massacre de Paris, et que l’armée des massacreurs a reçu les félicitations des uns comme des autres. Versaillais de droite et Versaillais de gauche doivent être égaux devant la haine du peuple. »

    Manifeste des proscrits de la Commune, Londres, 1874.

    (Cité par Jean-Claude Michéa en exergue de son dernier livre.)

  4. « Le principal secret du gouvernement consiste à affaiblir l’esprit public, au point de le désintéresser complètement des idées et des principes avec lesquels on fait aujourd’hui les révolutions. Dans tous les temps, les peuples comme les hommes se sont payés de mots. Les apparences leur suffisent presque toujours ; ils n’en demandent pas plus. On peut donc établir des institutions factices qui répondent à un langage et à des idées également factices ; il faut avoir le talent de ravir aux partis cette phraséologie libérale, dont ils s’arment contre le gouvernement. Il faut en saturer les peuples jusqu’à la lassitude, jusqu’au dégoût. On parle souvent aujourd’hui de la puissance de l’opinion, je vous montrerai qu’on lui fait exprimer ce qu’on veut quand on connaît bien les ressorts cachés du pouvoir. Mais avant de songer à la diriger, il faut l’étourdir, la frapper d’incertitude par d’étonnantes contradictions, opérer sur elle d’incessantes diversions, l’éblouir par toutes sortes de mouvements divers, l’égarer insensiblement dans ses voies. Un des grands secrets du jour est de savoir s’emparer des préjugés et des passions populaires, de manière à introduire une confusion de principes qui rend toute entente impossible entre ceux qui parlent la même langue et ont les mêmes intérêts. »

    “Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu” (Machiavel parle ici par la plume de Maurice Joly, 1864)

    Ce livre est épatant ! À connaître absolument.


    http://www.editions-allia.com/fr/livre/162/dialogue-aux-enfers-entre-machiavel-et-montesquieu

    Éditions Allia

  5. Jean-Claude Michéa : « La gauche se réclame de la philosophie des Lumières mais le capitalisme aussi »

    • On ne comprend rien si on veut plaquer les notions de « gauche » et « droite » sur le XVIIIè siécle. L’un des moteur du mouvement des Lumières a été le modèle anglais. A l’époque, la Grande-Bretagne était devenue la première puissance Européenne, et l’on se demandait en France comment ne pas se laisser distancer. Il semblait que son succès était dû à la plus grande liberté dont on y jouissait : plus de liberté politique avec le gouvernement représentatif, et plus de liberté économique avec le capitalisme et la révolution industrielle (la première manufacture date de 1721). Aussi, en France, on était partisan soit des réformes libérales, soit de l’absolutisme. Mais les deux mouvements -- liberté économique et liberté politique -- restent encore conjoints jusqu’à la période 1789-1792.
      En 1792, la République est proclamée, et va alors s’installer un schisme : une partie des révolutionnaires estime que les buts sont atteints en termes économiques et politiques et que l’on peut en rester là. L’autre estime que seule une partie de la Révolution est faite est qu’il faut aller plus loin dans les réformes démocratiques. Ce sera la division entre Girondins -- libéraux économiquement, mais qui seront désormais pour le status quo politique -- et Jacobins, souhaitant étendre les libertés politiques au plus grand nombre (en Angleterre, l’équivalent sera le débat Edmund Burke/Thomas Paine).
      Ainsi, l’on ne peut réellement parler de proto-gauche et proto-droite qu’à partir de 1792-93, mais toutes deux sont bien issues du mouvement de Lumières.

  6. La gauche contre le peuple
    15 minutes savoureuses avec Michéa sur France culture le 11 janvier 2017 :

    https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/la-gauche-contre-le-peuple

    Et encore 20 minutes (seconde partie) :

    https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-2eme-partie/la-gauche-contre-le-peuple-2eme-partie

    Je n’arrive pas à mettre la main sur la troisième partie 🙁 Si quelqu’un peut nous l’indiquer… 🙂

  7. Formidable Jean-Claude Michéa :
    « Ceux d’en bas apparaissent de moins en moins sensibles à l’alternance unique »

    LE COMPTOIR LE 24 février 2016

    Socialiste libertaire, communautarien et décroissant, qui n’hésite pas à tacler la gauche ou la religion du progrès, Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se laissent facilement enfermer dans une case.

    Une originalité qui lui a valu de nombreuses attaques de son propre camp – Frédéric Lordon, Philippe Corcuff, Serge Halimi, Luc Boltanski, Isabelle Garo et Jean-Loup Amselle, pour ne citer que les plus connus.

    Pourtant, depuis plus de vingt ans, le Montpelliérain s’échine à mener une critique radicale et originale du libéralisme et à réhabiliter les classes populaires et leurs pratiques – comme le football –, ignorées et méprisées par les politiques de droite comme de gauche.

    Nous devons en partie au philosophe la popularisation récente de l’écrivain George Orwell, ainsi que l’introduction en France de la pensée du sociologue et historien américain Christopher Lasch. Notre admiration pour ce « penseur vraiment critique », comme le qualifient les éditions L’Échappée, n’est un secret pour personne.

    Voilà pourquoi nous avons souhaité lui soumettre quelques questions. Vu la densité de ses réponses, nous avons décidé de les publier en deux fois. Dans cette première partie, Michéa clarifie ces analyses du peuple et du libéralisme. […]

    Lire la suite :
    https://comptoir.org/2016/02/24/jean-claude-michea-ceux-den-bas-apparaissent-de-moins-en-moins-sensibles-a-lalternance-unique-2/

  8. Ce long article sur le site du Comptoir est devenu un livre :

    Michéa : notre ennemi, le capital


    http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=50454&levelCode=sciences

  9. Etienne, bonjour et bonne année !

    Il y a un bon moment que je n’avais pas visité le blog, je le regrette, car il est plus riche que jamais ! Michéa sort de son -- relatif -- silence, c’est une bonne façon de commencer l’année !

    Voici le lien vers l’émission d’avant hier , samedi 14 janvier :

    https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/y-t-il-une-alternative-la-societe-liberale

    Merci aussi pour la vidéo des  » VOEUX… pour la PAIX  » de JLM, que je soutiens, je ne m’en cache pas .
    Je poserai à l’occasion la question qui me tient à coeur : « Rendrez-vous à César( -- CHOUARD ) ce qui lui appartient ? »
    Je continuerai à suivre le fil de ce blog , plus que jamais !

  10. [Trahison des prétendues « élites »] [laboratoire de ce qui nous pend au nez parce que nous ne sommes pas foutus de devenir constituants] Le gouvernement indien, sous contrôle d’un pays étranger (comme l’est aussi notre propre gouvernement, d’ailleurs), martyrise le peuple indien (qu’il est pourtant payé pour défendre), en supprimant (carrément) toute la monnaie liquide (scandale absolu, crime contre l’humanité, trahison ignoble, on manque de mots pour protester contre cette ignominie) :

    Un secret de polichinelle bien gardé

    Washington est derrière la brutale expérience indienne d’abolition de l’argent liquide.

    Par Norbert Häring


    Des Indiens faisant la queue devant une banque

    « Début novembre, sans préavis, le gouvernement indien a déclaré invalides les deux billets de banque de plus grande valeur, abolissant plus de 80 % de la valeur d’argent en circulation. Malgré toute l’agitation et l’indignation qui en ont résulté, personne ne semble avoir pris conscience du rôle décisif qu’a joué Washington dans cette décision. C’est surprenant, car ce rôle a été à peine dissimulé.

    Le président américain Barack Obama a déclaré que le partenariat stratégique avec l’Inde était une priorité de sa politique étrangère. La Chine doit être maîtrisée. Dans le cadre de ce partenariat, l’agence américaine de développement USAID a négocié des accords de coopération avec le ministère indien des Finances. L’un d’eux a pour objectif déclaré de repousser l’utilisation de l’argent liquide en faveur des paiements numériques, en Inde mais aussi dans le monde entier.

    Le 8 novembre, le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé que les deux plus grandes coupures, en valeur, de billets de banque ne pouvaient plus être utilisées, avec un effet presque immédiat. Les propriétaires ne pouvaient récupérer leur valeur qu’en les déposant sur un compte bancaire avant la fin de la période de grâce qui expirait à la fin de l’année [2016], ce que beaucoup de gens et d’entreprises n’ont pas réussi à faire, en raison des longues files d’attente devant les banques. Le montant d’argent liquide que les banques ont été autorisées à payer aux clients individuels a été sévèrement restreint.

    Près de la moitié des Indiens n’ont pas de compte bancaire et beaucoup n’ont même pas de banque à proximité. L’économie est largement basée sur l’argent liquide. Du coup, une grave pénurie de liquidités s’en est suivie. Ceux qui ont souffert le plus sont les plus pauvres et les plus vulnérables. Ils ont éprouvé des difficultés supplémentaires à gagner leur maigre vie dans le secteur informel ou à payer des biens et des services essentiels comme la nourriture, la médecine ou les hôpitaux. Le chaos et la fraude ont régné en décembre. […]

    Lire la suite :
    http://lesakerfrancophone.fr/un-secret-de-polichinelle-bien-garde

    Source : le Saker Francophone

    • Intéressant commentaire d’Ana, lu sur le fil Facebook :

      Ana Sailland : La corruption et le blanchiment sont en effet le prétexte rêvé pour abolir la monnaie palpable, pièces et billets. Ce qui revient à abolir toute possibilité de commercer sans être surveillé. On y vient, ici, avec la difficulté grandissante de retirer de nos comptes plus que quelques petits sous, avec l’interdiction de payer de grosses sommes en liquide. Plus possible de payer nos taxes au trésor public en liquide au delà de 300 euros. Signe des temps, alors qu’en principe le liquide est la seule monnaie légale : la tolérance devient règle.

      Là dessus vient se greffer l’immense progrès du passeport biométrique. On ne doit pas sourire sur la photo … c’est très gentil pour les logiciels de reconnaissance des formes qui permettent de nous identifier dans la foule. … Il faut bien nous protéger du vilain terroriste, et après tout, si c’est au prix d’un système orwellien, c’est pas grave ; n’est ce pas.

      Mais je me demande ce qu’aurait pu faire dans ce contexte la résistance des années quarante …

      Presque hors sujet : l’argument de ceux qui disent que les monnaies locales c’est du pipeau à cause de l’adossement à l’euro, cet argument ne tient pas la route : outre certains autres avantages, elles sont un outil de résistance à l’abolition du liquide.

      Encore plus hors sujet 🙂 En Grèce, une partie des salaires commence à être payée en bons d’achat. Certains hurlent au scandale. Pourtant, il s’agit là de l’amorce d’une monnaie nationale complémentaire, qui aurait pu/du être mise en place bien plus tôt, une façon d’échapper au chantage à la liquidité physique exercé par l’eurogroupe, et dans le contexte de cette conversation, un frein à l’abolition du liquide.

    • [Article à connaître, de désinformation (cherchant à justifier une politique publique indienne affreusement antisociale et apparemment ardemment voulue par Goldman Sachs & Co…) et commentaires intéressants sur le blog les-crises.fr]

      Démonétisation : l’Inde ouvre en fanfare le bal des QE fiscaux

      http://www.les-crises.fr/demonetisation-linde-ouvre-en-fanfare-le-bal-des-qe-fiscaux/

      Source : Olivier Berruyer les-crises.fr

  11. Pour l’ancien ministre du Bugdet Alain Lambert,

    «La prolifération des normes a tué la « démocratie ». Les administrations règnent, comme au temps des monarchies»

    Alain Lambert : « Comment justifier la tenue d’élections si elles n’ont pas d’effet sur le fonctionnement du pays ? Ce ras-le-bol va encore entraîner une recrudescence du vote populiste. » 
    Alain Lambert : « Comment justifier la tenue d’élections si elles n’ont pas d’effet sur le fonctionnement du pays ? Ce ras-le-bol va encore entraîner une recrudescence du vote populiste. »
     
    Alain Lambert est président du conseil départemental de l’Orne, médiateur des normes applicables aux collectivités locales.

    Vous avez été nommé « médiateur des normes » en mars 2014. Estimez-vous que l’inflation normative est moins vivace aujourd’hui ?

    Non, je crois au contraire qu’aucun progrès n’a été réalisé. Pourtant, des objectifs avaient été fixés par le Président de la République. En juillet 2013, il avait annoncé « un choc de simplification ». En fait, on a assisté à un déferlement de mesures et circulaires censées simplifier les choses, dont les effets ont été au mieux nuls mais le plus souvent contreproductifs.

    Les administrations centrales ont pris le pouvoir en France. Aujourd’hui, comme dans toutes les périodes d’alternance, elles font le gros dos et continuent à faire ce qu’elles ont envie de faire. Elles disposent, sous couvert des lois qui renvoient toutes à un décret d’application (y compris quand ce n’est pas nécessaire), d’un authentique pouvoir normatif, pour ne pas dire un pouvoir quasi exclusif.

    L’intrusion de l’État dans la vie quotidienne des ménages et des entreprises a entraîné la modification du rapport de l’administration à la loi : les lois sont devenues des textes-cadres dont la portée est fixée et précisée par l’administration. Cette dernière est ainsi progressivement devenue le « centre de production du droit » par excellence. Cela fait cinquante ans que je fais du droit, je constate aujourd’hui une forme de « chaos juridique », pire encore que celui des finances publiques…

    Pensez-vous que si le nombre de fonctionnaires est fortement diminué, comme le promet par exemple François Fillon, le nombre de normes diminuera de façon drastique ?

    Cela ne se fera pas de façon mécanique, mais il est vrai que le nombre élevé de fonctionnaires dans les administrations centrales explique en partie la multiplication de normes, dans des proportions très supérieures à ce qui serait nécessaire.

    Par exemple, ce n’est plus l’Etat qui construit les routes ; alors que font les ingénieurs qui travaillent au ministère de l’Ecologie ? Ils créent des normes environnementales. En France, les revendications liées à l’environnement ou à la consommation sont devenues un domaine réservé de certains hauts fonctionnaires. On arrive à des situations ubuesques, dans une mairie par exemple, seul un technicien accrédité est habilité à changer une ampoule grillée ! La réglementation antisismique est aussi un exemple prégnant d’absurdité, surtout quand elle est applicable aux nouvelles constructions dans des zones qui n’ont jamais connu de secousses sismiques. Une ville comme Le Mans se voit ainsi imposer des normes constructives plus draconiennes. Pour un surcoût estimé de l’ordre de 1% à 5% suivant le type d’édifice.

    «Il s’agit d’une lutte de pouvoirs sans merci entre les administrations et les élus. Nos administrations centrales ignorent l’éthique démocratique, elles méprisent le pouvoir politique»

    Comment expliquez-vous la résistance au changement dont font preuve les administrations ?

    Il s’agit d’une lutte de pouvoirs sans merci entre les administrations et les élus. Nos administrations centrales ignorent l’éthique démocratique, elles méprisent le pouvoir politique. Elles répondent à toute commande de sa part avec leurs outils bureaucratiques. Elles plient sous les assauts mais ne cèdent pas.

    Pire, progressivement, les hauts fonctionnaires ont colonisé la sphère politique, ils se font élire et tiennent ainsi le système par les deux bouts !

    L’administration a aussi peur et horreur du changement. Un exemple, il avait été convenu que le silence de l’administration valait acceptation pour une demande effectuée par une entreprise ou un particulier. Mais une série de décrets et d’arrêtés sont venus mettre un frein à ce principe simple, en introduisant des milliers d’exceptions.

    Enfin, la prolifération des normes tient souvent au support juridique qui les prescrit. Des lois, des décrets, des arrêtés contiennent des prescriptions techniques qui devraient relever, en fait, d’un guide de bonnes pratiques ou d’un référentiel. Toute amélioration technologique entraîne de nouveaux textes, avec le cortège de complexité qui en résulte. Mais ce sont souvent des prés carrés pour permettre à l’administration de conserver la mainmise sur le fonctionnement du pays.

    Il y a aujourd’hui une schizophrénie entre l’affirmation sincère du pouvoir politique d’une recherche de simplification et la méthode utilisée par les administrations pour y répondre. Celles-ci imposent des conditions nouvelles qui alourdissent les dispositifs et finissent par miner la confiance, tout en entrainant sur des dépenses supplémentaires à la charge des particuliers comme des entreprises. Une « légistique » qui présente de nombreux effets pervers.

    En prenant le pouvoir, les administrations centrales ont-elles confisqué la démocratie ?

    Oui, la prolifération des normes a tué la démocratie. Les élus ont confié la plume qui leur a été remise par le Peuple français aux administrations, alors que ce sont eux, les élus, qui ont la légitimité pour écrire le droit. Parce que le pouvoir politique semble ne plus être en capacité d’imposer sa volonté à l’administration, il détruit le mythe démocratique, qui repose sur l’exercice du pouvoir par le système de représentation.

    De plus, au prétexte de la démocratie participative, utilisant des groupes de pression, l’administration tente de manière rampante de se doter d’une légitimité démocratique, parallèle et concurrente à celle des élus. Comment justifier la tenue d’élections si elles n’ont pas d’effet sur le fonctionnement du pays ? Les votes populistes en France sont, en partie, directement liés à cette accumulation de normes qui étouffent le pays et le citoyen. Et par le constat que les administrations règnent, comme au temps des monarchies.Les Français ne supportent plus les administrations centrales et les normes qu’elles édictent. Ce ras-le-bol va encore entraîner une recrudescence du vote populiste dont la violence me semble sous-estimée. Tout cela pourrait mal finir, dans la rue.

    Entretien : 

    Source : L’Opinion

    • L’invasion administrative est un souci sérieux. Car, alors que beaucoup de problèmes seraient améliorés par la démocratisation, la puissance de l’administration risque elle d’être accrue. Des dirigeants politiques professionnels élus peuvent relativement faire contrepoids face à l’administration. Mais des citoyens tirés au sort, amateurs, pour un mandat court, risquent d’être une proie bien plus facile pour des technocrates. Je n’ai pas trop de solution à ce problème. Davis Graeber raconte (dans ‘Bureaucratie’) que quand une bureaucratie s’est emballée, il n’y a plus moyen de revenir en arrière : les seule fois dans l’histoire où l’on a trouvé une méthode pour y arriver, c’est ce qu’ont fait les Wisigoth en envahissant Rome, et les Mongols au Proche-Orient : ils ont exterminé tous les fonctionnaires …

      • Je ne comprends pas cette « analyse ». Les administrations ne répondent qu’aux commandes des élus. Ce sont les élus qui pondent les lois, soit par le gouvernement soit par l’assemblée, souvent pour mettre en application les directives de Bruxelles.

        Les gouvernements somment les fonctionnaires d’écrire des textes pour mettre en application les lois ou ordonnances qu’ils ont EUX pondus. Les fonctionnaires ne courent pas après les changement de normes, ça les gave autant que le commun des mortels.

        Ce que fait l’ex-ministre ici, c’est du fonctionnaires bashing, tellement à la mode des GOPE de Bruxelles ces temps-ci.

        • Non, ça c’est penser les choses comme des concepts, mais dans la ‘réalité vraie’ cela ne se passe pas ainsi. La « neutralité bureaucratique » est un concept de Max Weber, mais on ne voit plus aujourd’hui les choses ainsi. L’administration est un corps constitué d’individus qui ont leur mode de pensée, leurs intérêts, leurs objectifs. Ils ne sont pas forcément corrélés à ceux de leurs donneurs d’ordre politiques. L’exemple caricatural étant la politique des USA en Syrie, où la Maison Blanche, la CIA et le Pentagone en sont arrivés à soutenir des groupes différents qui se combattent.
          Ce phénomène a d’abord été constaté dans le privé où l’on a constaté que les dirigeants n’avaient pas forcément le même calendrier que les actionnaires, et que cela pouvait nuire à l’entreprise. Les travaux sur le sujet s’appellent « théorie de l’agence ». C’est suite à cela qu’on a développé les stock-options, pour que les dirigeants administratifs deviennent aussi actionnaires et partagent leurs objectifs.
          Pour une introduction sur le sujet, voir par exemple le cours ici, pages 3-22 :
          https://cours.univ-paris1.fr/pluginfile.php/583372/mod_resource/content/1/C-RATBUREAUCRATIE.pdf

          • « L’administration est un corps constitué d’individus qui ont leur mode de pensée, leurs intérêts, leurs objectifs. » Pouvez-vous illustrer ces affirmations par des exemples concrets en France. Il ne faut pas confondre fonctionnaires et politiques.

            Vous êtes en train de nous dire que l’administration est corrompue, qu’elle est une mafia parallèle aux gouvernements et élus intègres ? Un État dans l’État que les pauvres élus politiques ne pourraient contrôler et qui se financerait par lui-même par quelques pratiques hors-la-loi ?
            Sans doute avez-vous raison en ce qui concerne la CIA qui se financent par la drogue ou autres crimes et pots de vin. Mais « l’État profond » (ou « les États profonds ») en France, ce n’est pas la « corporation » des fonctionnaires.

            Un fonctionnaire n’a rien à perdre ou gagner dans les politiques voulues et mises en place par les élus, il ira jusqu’à sa retraite. Ce ne sont pas des actionnaires de l’entreprise. Et c’est pour cela qu’ils peuvent encore dire de façon neutre à un élu qu’il va à l’encontre du bien public. L’exemple qui me vient en tête c’est Asselineau placardisé par Sarkozy pour avoir oser dire le contraire de la doxa politique dominante sur l’UE. Bien que ce soit eux qui pondent les lois (et donc les normes), les élus ne supportent pas qu’il y ait des normes lorsque ça les dérange et y dérogent continuellement en étant mystérieusement impunis, mais les fonctionnaires s’y plient chaque jour. L’administration est quelque chose de lourd, et les fonctionnaires sont bien obligés d’obéir à qui les commandent même en ayant des convictions opposées, même sous Pétain, Hitler ou Staline. Ce sont les politiques qui mettent au pas les fonctionnaires, pas l’inverse.

            Si certains se font corrompre, croyez-moi, ce sont par les mêmes qui corrompent d’abord et avant tout leurs donneurs d’ordre, et qui n’y voient donc rien à dire, bien au contraire, c’est pour les couvrir. Un fonctionnaire carriériste cherchera à complaire au système, aux donneurs d’ordre. Ceux qui ont beaucoup à gagner dans ces guerres, ce ne sont pas les fonctionnaires (tout le monde peut passer les concours sans faire partie d’une caste ou d’une mafia, contrairement aux professionnels de la politique), mais les marchands d’armes, les gros industriels, les financiers.

            Avec la fin de la fonction publique, on reviendra au temps du clientélisme le plus complet, aux féodalités. Les employés en livrée tels des mercenaires ou des vassaux prêteront allégeance aux puissants riches s’ils veulent manger Il n’y aura même plus le vernis de la décence.

          • L’administration de l’UE, matraquée par les lobbies des multinationales en toute légalité à Bruxelles, les commissaires qui ne passent même pas par la case élection, c’est sans doute ce qui a tué tout semblant de démocratie en France, liée par des traités que le peuple a pourtant clairement refusé en 2005. Les fonctionnaires en France ne font que mettre en application des lois prises par le gouvernement élu pour transposer les directives de Bruxelles. Sans quoi les sanctions et pénalités pleuvent. Peut-on désobéir à ces traités ?

          • @Adeline.

            Je ne vais pas chercher « des » exemples concrets en France, d’autant qu’étant Belge, je ne suis pas en détail la vie politique française.

            Mais je peux en donner un : l’administration des Affaires Extérieures française à une tradition pro-arabe. Nicolas Sarkozy voulait, lui, une diplomatie néoconservatrice et pro-israélienne. Il a dès lors dû affaiblir le Quai d’Orsay, imposer ses hommes et mener une diplomatie parallèle :

            http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=102998&L=fr

          • Ben alors on est d’accord, ce sont bien les élus qui mènent le bal…. et les fonctionnaires joueraient plutôt le rôle du garde-fou.

    • C’est justement parce que nous ne sommes pas en démocratie et qu’une minorité nous gouverne, qu’ils génèrent une prolifération de normes afin de se protéger du peuple, de le surveiller et de le punir. Ils utilisent la force de la loi (dictée par la minorité), ils ont la police et les prisons. Et lorsque la loi ne suffira plus,… Nous passerons à la dictature.

  12. [FMI, banques… au diable ces ennemis des peuples ! Toutes ces « politiques publiques » martyrisant le public nous menacent, nous aussi, faute de citoyens dignes de ce nom pour défendre la société contre les prédateurs !]

    Les documents secrets du FMI sur la Grèce

    « Nous mettons à la disposition du public francophone des documents tenus secrets par le FMI. Il s’agit de documents authentiques qui ont été mis à la disposition de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque par Zoe Konstantopoulou, présidente du Parlement grec du 6 février au 3 octobre 2015. Le contenu de ces 2 documents qui datent de mars et de mai 2010 est accablant pour le FMI. »

    Le compte-rendu officiel de la réunion du 9 mai 2010 au cours de laquelle la direction du FMI approuvé un crédit de 30 milliards € à la Grèce montre très clairement qu’un nombre élevé de membres de la direction ont exprimé de très fortes critiques à l’égard du programme que l’institution s’apprêtait à mettre en œuvre.

    Certains d’entre eux ont dénoncé le fait que le programme visait à sauver les banques privées européennes qui étaient créancières de la dette publique et privée grecque, principalement quelques grandes banques françaises et allemandes.

    Plusieurs d’entre eux ont dénoncé une politique qui reproduisait ce qui avait conduit à la crise argentine de 2001 et à la crise asiatique de 1996-1997 (voir encadré avec la citation du directeur exécutif argentin).

    Plusieurs dirigeants ont dénoncé le fait que le noyau dirigeant du FMI avait modifié à l’insu des autres membres du conseil d’administration une des règles fondamentales qui conditionnent les crédits alloués par le FMI à ses membres. En effet, pour qu’un crédit puisse être octroyé par le FMI, il faut démontrer que ce crédit et le programme qui l’accompagne rendront soutenable le remboursement de la dette. Vu que cette condition ne pouvait pas être satisfaite dans le cas de la Grèce étant donné que la direction du FMI et les autorités européennes refusaient de réduire la dette grecque et d’y faire participer les banques privées, la condition mentionnée plus haut a été supprimée en catimini. Elle a été remplacée par un nouveau critère : la nécessité d’éviter un risque élevé de déstabilisation financière systémique internationale. La direction du FMI a justifié par l’urgence ce changement de critère non respectueux des règles de fonctionnement.

    Afin de convaincre ceux des dirigeants du FMI qui émettaient de très fortes réserves, les dirigeants français, allemand et hollandais ont menti en assurant que les banques de leur pays ne se débarrasseraient pas des titres grecs. Selon eux, les banques françaises, allemandes et hollandaises allaient conserver les titres grecs en leur possession afin de permettre la réussite du programme qui allait commencer.

    Or il est prouvé que les banques françaises, allemandes et hollandaises ont vendu massivement les titres qu’elles détenaient sur le marché secondaire en provoquant une aggravation de la crise grecque et en reportant sur le dos des contribuables européens, et en premier lieu sur le peuple de la Grèce, les risques qu’elles avaient pris et la crise qu’elles avaient très largement contribué à provoquer.

    Toujours pour lever les réticences de certains membres de la direction du FMI, les responsables du FMI en charge des relations avec la Grèce ont affirmé que des mesures sociales seraient prises pour éviter que les bas salaires et les petits retraités soient touchés par les mesures d’austérité. Ils ont menti.

    Pour emporter également l’accord des membres de la direction du FMI, ils ont affirmé que les banques grecques étaient saines et que leurs problèmes provenaient uniquement des risques que faisaient porter sur elles le poids d’une dette publique trop importante et d’un déficit public abyssal. C’était faux : les banques grecques se trouvaient dans un état désastreux.

    Toujours pour convaincre ceux des dirigeants qui doutaient, on leur a déclaré que le plan serait soumis pour approbation au Parlement grec. Or, en réalité, le programme a été imposé à la hussarde au parlement, sans possibilité d’amendement et en bafouant la constitution grecque, comme l’ont dénoncé à l’époque de nombreux juristes.

    Pour convaincre les membres de la direction du FMI qui souhaitaient qu’on demande aux banques de participer « collectivement » à l’effort en acceptant une réduction de leurs créances, les responsables du dossier grec ont affirmé que les autorités grecques ne voulaient pas d’une réduction de la dette publique. Et le représentant grec, Panagiotis Rouméliotis, a confirmé cette version des faits. Plus tard, ce même représentant a affirmé que c’est sous la pression du président de la Banque centrale européenne (BCE) que la Grèce a déclaré qu’elle ne souhaitait pas une réduction de sa dette. Selon le représentant de la Grèce au FMI, Jean-Claude Trichet aurait menacé la Grèce de couper l’accès des banques grecques aux liquidités de la BCE. Il est certain que Jean-Claude Trichet a utilisé cette menace dans les mois au cours desquels le mémorandum a été négocié. Il est également avéré qu’il a utilisé la même menace à l’égard de l’Irlande quelques mois plus tard lors de la mise au point du mémorandum concernant ce pays. Il est également certain que les banquiers grecs, tout comme les banquiers français, allemands ou hollandais ne voulaient pas entendre parler d’une réduction de la dette grecque car ils n’acceptaient pas d’être mis à contribution pour assurer leur propre sauvetage. Les banquiers ont obtenu deux ans de répit afin de pouvoir se dégager et obtenir des compensations importantes.

    Le FMI affirme très clairement que, vu l’appartenance de la Grèce à la zone euro, il lui est impossible de retrouver de la compétitivité en dévaluant sa monnaie. Du coup, le FMI considère qu’il faut dévaluer les salaires et les allocations sociales : c’est ce qu’on appelle la dévaluation interne. Elle fait des ravages en Grèce et dans d’autres pays périphériques au sein de la zone euro. Le contenu de ces documents secrets conforte le jugement porté par la Commission pour la vérité sur la dette : les dettes réclamées par le FMI à la Grèce sont illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables (voir le chapitre 8 du rapport de la commission)

    En premier lieu, nous proposons à la lecture le compte-rendu de la réunion du conseil d’administration du FMI du 9 mai 2010 car il met en évidence les divergences internes et n’est pas rédigé dans la langue de bois habituelle du FMI. Ce compte-rendu officiel sort tout à fait de l’ordinaire. Il est certain qu’il n’a pas été apprécié par les principaux dirigeants de cette institution despotique et mortifère. À vous de lire et de vous faire une opinion. » […]

    Lire la suite :
    https://blogs.mediapart.fr/cadtm/blog/130117/les-documents-secrets-du-fmi-sur-la-grece

    Source : CADTM

    • Rappel, pour comprendre l’origine véritable (crapuleuse) de cette prétendue « crise grecque » :

      «L’État et les banques, les dessous d’un hold-up historique» par Myret Zaki et Etienne Chouard (1 million de vues 🙂 )

  13. L’argent, ennemi de la démocratie : une vieille histoire

    par Jean-Pierre Guenebaut

    « Les affaires politico-financières font aujourd’hui la une des médias. Elles discréditent la classe politique et nous rappellent l’imperfection, pour ne pas dire l’imposture, de notre régime politique qui n’a de démocratique que le nom. L’inégalité sociale excessive mine la démocratie, fait qui est déploré depuis très longtemps.

    Platon fut le premier à le dénoncer, analysant les causes de l’affaiblissement de la démocratie athénienne : « Si un État veut éviter la désintégration civile, il ne faut pas permettre à la pauvreté et à la richesse extrêmes de se développer dans aucune partie du corps civil, car cela conduit au désastre. C’est pourquoi le législateur doit établir maintenant quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté. » (Les lois V 744d)

    L’historien romain Salluste explique ainsi les raisons de la décadence romaine et des guerres civiles: « Ces mêmes romains qui avaient soutenus sans peine les travaux, les périls, les incertitudes et les rigueurs des évènements, furent tristement vaincus par le loisir et les richesses, objets de tous les vœux. D’abord s’accrut la soif de l’or, ensuite celle du pouvoir: ce fut la double cause de tous nos maux. Car l’avidité anéantit la bonne foi, la probité et les autres vertus, pour leur substituer l’orgueil, la cruauté, le mépris des dieux et la vénalité universelle… » (Catilinaires, IX, 1-XII, 5)

    Un chroniqueur italien, Stefani, décrit en 1289 la situation dans la république de Florence: « Les citoyens accédant aux offices de Prieurs ne cherchaient pas à observer les lois, mais à les corrompre. Si un de leurs amis ou parents était passible d’une peine, ils prenaient soin, avec le concours de la Seigneurie et des officiers, de dissimuler leurs fautes, afin qu’ils restassent impunis. Ils ne veillaient pas sur le patrimoine de la Commune, et trouvaient ainsi le moyen de la voler. De la sorte, ils tiraient beaucoup d’argent de la caisse de la Commune, sous prétexte de rémunérer des hommes qui l’auraient servie. Les faibles n’étaient pas secourus, mais les grands leur faisaient du tort, et les « gras » qui occupaient des charges et étaient apparentés aux grands agissaient de la même manière. »

    Thomas More, imaginant un monde meilleur dans son Utopie publiée en 1566, écrit : « L’égalité est impossible dans un État où la possession est solitaire et absolue ; car chacun s’y autorise de divers titres et droits pour attirer à soi autant qu’il peut, et la richesse nationale (…) finit par tomber en la possession d’un petit nombre d’individus qui ne laissent aux autres qu’indigence et misère. (…) Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour cultiver librement son esprit. »

    Francis Bacon, s’interrogeant sur les causes des troubles sociaux, déclarait en 1625 :« Le gouvernement doit prendre des mesures pour éviter que tout l’argent ne s’accumule en un petit nombre de mains (…) ; l’argent, comme le fumier, ne fructifie que si on prend soin de le répandre. »

    Le cinquième article de la Déclaration des droits de l’État de Pennsylvanie, rédigé en 1776 par William Penn et ses amis quakers, partisans de l’égalité, affirmait : « Le gouvernement est, et devrait être, institué pour le bénéfice commun, la protection et la sécurité du peuple, de la nation ou de la communauté ; et non à l’avantage ou pour les émoluments particuliers d’un homme, d’une famille, ou d’une catégorie d’hommes qui ne forment qu’une partie de la communauté. »

    Citons aussi J.J. Rousseau qui jugeait la démocratie irréalisable car : « D’ailleurs, que de choses difficiles à réunir ne suppose pas ce gouvernement : beaucoup d’égalité dans les rangs et dans les fortunes, sans quoi l’égalité ne saurait subsister longtemps dans les droits et l’autorité ; enfin, peu ou point de luxe, car ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion. » (Du Contrat Social, Livre III, 4)

    L’abbé Sieyes, qui joua un rôle important dans le déclenchement de la révolution française, écrivait en 1788 : « Les privilégiés engloutissent et les capitaux et les personnes ; tout est voué sans retour à la stérilité privilégiée. » (Sieyes, Essai sur les privilèges)

    Et qui ne connaît pas les propos de Jacques Roux, le curé rouge chef des Enragés, qui déclara à la tribune de la Convention Nationale le 25 juin 1793 :
    « La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n’est qu’un vain fantôme, quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »

    Jean-Pierre Guenebaut

    http://segolenomaniaousegolenisme.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/04/06/l-argent-ennemi-de-la-democratie-une-vieille-histoire.html

  14. Passionnant Alain Supiot, ce matin sur France Culture :

    Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres 7/12
    L’essor des usages normatifs : la comptabilité et les statistiques

    https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/du-gouvernement-par-les-lois-la-gouvernance-par-les-6

    Ne vous fiez pas au titre (pas sexy du tout   ) : Supiot parle de MONNAIE de façon très intéressante, et il semble chercher, lui aussi, la cause des causes des entorses au bien commun. Depuis des années, je trouve ce juriste passionnant.

  15. Cours absolument passionnant, merci Étienne.

  16. Record historique battu !

    Pour empêcher l’effondrement total du système européen, la Banque Centrale Européenne a été obligée de racheter 24,7 milliards d’euros en une semaine !

    Vous avez bien lu : 24,7 milliards d’euros en une semaine !

    Pour empêcher l’effondrement total du système européen, la BCE est obligée de racheter :

    -- des obligations d’Etat pourries, qui n’ont plus aucune valeur,

    -- et aussi des obligations d’entreprise, dont la valeur dépend de la soi-disant « croissance économique », qui ne cesse de baisser en Europe.

    Problème :

    1- Les pays membres de la zone euro sont en faillite, et ils ne pourront jamais rembourser leur dette publique.

    2- A part en Allemagne, les entreprises privées de la zone euro ne connaissent pas la soi-disant « croissance économique », qui aurait dû créer des millions d’emplois dans la zone euro. Rappelez-vous des promesses qu’on nous avait faites au moment de la création de l’euro.

    3- Toute la zone euro est en faillite, et il n’y a plus que la Banque Centrale Européenne pour empêcher l’effondrement du système.

    4- Malheureusement, une banque centrale n’a jamais pu, ne peut pas, et ne pourra jamais empêcher une crise financière. Lors de la prochaine crise financière, c’est toute la zone euro qui explosera, et sa banque centrale explosera avec elle.

    Lundi 16 janvier 2017 :

    La BCE a acheté pour 24,7 milliards d’euros d’actifs en une semaine, un record.

    http://www.boursorama.com/actualites/la-bce-a-achete-pour-24-7-milliards-d-euros-d-actifs-en-une-semaine-un-record-3171a89d1668028ae8b5e02891fdf5fe

  17. Diabolique Fillon : vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus :

  18. Sondage OpinionWay pour Sciences Po, janvier 2017 :

    Question : « La démocratie fonctionnerait mieux en France si les députés étaient en fait des citoyens tirés au sort »

    48% D’accord (!!!)
    24% Ni d’accord ni pas d’accord (=> mauvaise question ? 🙂 )
    22% Pas d’accord (c’est peu !)

    Ça germe 🙂

    Source (page 75) : http://www.youscribe.com/catalogue/tous/actualite-et-debat-de-societe/barometre-de-la-confiance-politique-vague-8-2792582

    • Malaise dans la démocratie

      par Jacques Munier sur France Culture lundi dernier :

      https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-des-idees/malaise-dans-la-democratie-0

      Démocratie directe, participative, inclusive… Les remèdes ne manquent pas face à la crise annoncée de nos systèmes politiques.

      On voit même revenir au goût du jour la procédure du tirage au sort, déjà pratiquée ponctuellement dans certains pays comme l’Islande, après la banqueroute de 2008, où une assemblée de 950 citoyens tirés au sort a élaboré un projet de réforme constitutionnelle. Pour Gil Delannoi, « ce dispositif pourrait servir à redonner du goût à la politique, et à corriger certains défauts des élections. Aristote disait que le vote est aristocratique, puisqu’il légitime un très petit nombre d’élus, le tirage au sort étant par comparaison plus égalitaire. » Le candidat ainsi désigné ne serait pas soumis à l’influence des groupes de pression, ses décisions ne seraient pas biaisées par la perspective de devoir faire campagne. Le politologue suggère dans le mensuel Books de créer « une assemblée consultative de citoyens tirés au sort venant s’ajouter aux députés et sénateurs », ou de tirer au sort une partie des sénateurs parmi les élites du pays : dirigeants divers, universitaires, médecins, juristes… Dans un premier temps, on pourrait expérimenter la formule au niveau municipal : former un conseil tiré au sort que le maire et ses élus seraient tenus de consulter. Et face à l’objection souvent avancée d’incompétence de telles assemblées, il rappelle que sur les questions d’intérêt général, « nous sommes tous capables d’exercer notre jugement », et que sur des questions plus techniques le recours à des experts est toujours possible, comme dans les jurys d’assises, ou chez les anciens Grecs, les citoyens tirés au sort à Athènes pour préparer les réunions de l’Assemblée ou exécuter « les tâches administratives dévolues chez nous à des fonctionnaires : l’impôt, la police, la justice… »

      Mais pour certains critiques de la démocratie, le mal est dans le fruit

      C’est le cas de Jean-Paul Curnier, qui fait l’étonnant parallèle entre système démocratique et piraterie dans son dernier livre, paru aujourd’hui aux éditions Lignes sous le titre La piraterie dans l’âme. Faisant le constat du « malaise devant l’écart considérable que chacun peut constater entre l’idéal qui sous-tend le mot démocratie et les diverses formes de réalité politique qui s’en réclament », le philosophe commence par déconstruire le mythe d’origine de la démocratie grecque. Il rappelle qu’elle est née de la nécessité de répondre à un nouvel état de fait : « une transformation de la composition de la société athénienne qui se trouvait de plus en plus tributaire de nouvelles forces sociales : les propriétaires terriens, les exploitants miniers et les armateurs ».* Ce sont ces derniers qui ont d’ailleurs constitué la cité en « empire de la mer », la thalassocratie athénienne qui, après la victoire sur les Perses, étendit autant que possible son hégémonie en soumettant les cités placées sous sa protection à l’impôt. Fustel de Coulanges, cité par l’auteur, observe par ailleurs que « la démocratie ne supprima pas la misère ; elle la rendit au contraire plus sensible. L’égalité des droits politiques fit ressortir encore davantage l’inégalité des conditions ». Et lorsque la classe pauvre « après plusieurs guerres civiles reconnut que ses victoires ne servaient de rien, que le parti contraire revenait toujours au pouvoir », elle se résolut à se tourner vers les tyrans.

      Et la piraterie dans tout ça ?

      « Les premiers grecs étaient tous pirates » écrit Montesquieu dans L’esprit des lois, ce que confirme Thucydide. Et Jean-Paul Curnier relève que rien n’était plus démocratique que le « code des pirates ». Ils élisaient leur capitaine, qui restait comptable de sa charge et toujours menacé de destitution par la communauté des réprouvés, mutins, exilés politiques, esclaves libérés puis enrôlés qui formaient le gros des équipages flibustiers. Tout projet d’abordage était soumis à délibération. Et les pirates s’étaient même dotés d’un système de protection sociale. Jean-Paul Curnier prolonge le parallélisme avec la démocratie en évoquant le colonialisme, entreprise mondialisée de prédation, sous couvert d’un apport de la civilisation – mais pas de la démocratie, en l’occurrence. Et jusqu’à nos jours, selon lui, « si la démocratie se fait des ennemis, ce n’est pas du fait de l’ignorance, de la mauvaise foi ou de l’arriération des autres, mais du fait des dégâts qu’elle engendre dans les autres formes de sociétés humaines ».

      Reste que le tirage au sort, héritage de la démocratie grecque mais aussi des républiques italiennes comme Venise et Florence, semble avoir conservé toute son attractivité

      Dans Marianne, Thierry Pech se dit lui aussi favorable à ce « qu’une partie du Sénat soit tirée au sort, de même que pour des assemblées consultatives comme le Conseil économique, social et environnemental ». Le directeur de Terra Nova livre son diagnostic dans le Portrait de la France qui vient, publié au Seuil sous le titre _Insoumissions_. « Le problème le plus aigu en France, ce n’est pas la société, c’est la scène démocratique ».

      Par Jacques Munier

      * « A Athènes, il y a 2500 ans, c’est la démocratie qui a été l’instrument de constitution du peuple et non le peuple qui a constitué la démocratie » P. 66

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