[sentinelle du peuple] Gérard Filoche explique l’importance cardinale du droit du travail (CQFD, ce qu’il faut défendre)

Il y a longtemps, plus de dix ans, que j’aime écouter et lire Gérard Filoche. Cet inspecteur du travail défend bec et ongles les intérêts de ceux qui travaillent contre leurs exploiteurs.

En ce moment, quand les chefs de son propre parti sont en train de littéralement détruire le droit du travail, ses interventions sont particulièrement utiles, je trouve important de focaliser un peu notre attention sur ce que dit Gérard Filoche :

Filoche à l’antenne de Là-Bas Si J’y Suis, avec Daniel Mermet :
9 mars, grève générale contre la « loi travail » :

Le projet de loi EL KHOMRI vu par Gérard FILOCHE :

Extrait : « Tout est dans l’article 1 : ne serait-ce qu’à cause de ce seul article, tout le projet de loi El Khomri doit être retiré. C’est la remise en cause historique, théorique, juridique fondamentale d’un siècle entier de code du travail.

Pour le comprendre il faut savoir que le code du travail est né en 1910 après la catastrophe de Courrières de 1906 dans le Pas-de-Calais. Lors de cette tragédie, 1099 mineurs avaient perdu la vie au fond des puits. Le patron avait exigé que le travail reprenne en cessant la recherche des survivants, car sinon le charbon polonais allait arriver et il allait mettre la clef sous la porte. Une douzaine de jours plus tard, 13 puis 1 survivants étaient réapparus. Le choc émotionnel avait été tel qu’on avait décidé de créer le Ministère du travail pour qu’il échappe aux exigences du Ministère de l’économie.

Le choix fondamental a été d’adapter le travail aux humains et non pas les humains au travail. Si nous avons exigé les 3 X 8 : 8 h de travail, 8 h de loisir, 8h de repos, ce n’est pas pour plaire aux patrons des entreprises, c’est pour plaire aux humains, pour qu’ils puissent vivre avec leur travail.

Aussi lorsque le Président Hollande annonce qu’il allait « adapter le droit au travail aux besoins des entreprises », c’est une contre-révolution conceptuelle. Elle n’a rien de « moderne » et rien à voir avec la « crise » : c’est le retour au 19° siècle, bien avant 1906, aux débuts du salariat post esclavage quand il n’y avait ni lois ni cotisations sociales.

Ça n’a rien à voir non plus avec l’emploi : François Hollande l’avoue le 21 février 2016 en précisant que cette loi « n’aura pas d’effets en termes d’emploi avant plusieurs mois. Mais il s’agit d’installer un nouveau modèle social » Il ne pouvait mieux reconnaitre que le chômage était un prétexte, et qu’il visait surtout à rompre avec le droit du travail existant. »

 
Gérard Filoche (en janvier) : « Un culot monstre de M. Gattaz, d’oser réclamer ça ! »

Il y a aussi ce (trop) court échange, intéressant, avec des petits patrons :
https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=943548459027651&id=100001175166013
(je n’ai pas encore de lien YT vers cette vidéo => seulement FB)

Il faut lire sur le blog de Gérard la synthèse des reproches à formuler contre la loi scélérate « El Khomri »
En condensé, les raisons du RETRAIT du projet El Khomri
http://www.filoche.net/2016/03/07/en-condense-les-raisons-du-retrait-du-projet-el-khomri/

=====

Je relie toutes ces alertes de Gérard Filoche à celles de François Ruffin (et de son équipe du journal Fakir, abonnez-vous), qui est, à mon sens, une autre précieuse « sentinelle du peuple » (c’est comme ça que les révolutionnaires de 1789 appelaient les journalistes, comme Marat) :

[vidéo importante] Quand la gauche a basculé à droite

La mise à mort du CDI décidé par les banques :

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Et puis, bien sûr, je relie aussi tout ça à la définition de Chomsky du socialisme digne de ce nom :

Chomsky : ce qu’on appelle « Socialisme » ? Du sens aux mots.

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Tout ceci ne doit pas, cependant, nous conduire à oublier d’apprendre à constituer : en même temps que nos luttes sociales, il faut multiplier les ateliers constituants populaires.

Ana Saillans a écrit à ce sujet un beau texte, que je reproduis ici pour lui donner un peu plus de l’audience qu’elle mérite :

9 mars 2016

Autant ou plus que contre une loi inique,
c’est contre l’ « élite » qu’il faut se mobiliser.

Car la loi n’est écrite ni par un ministre ni par un parlement,
ceux là ne font que tenir le stylo et le micro, … et les armes,
mais de tous temps la loi est écrite par une classe psychosociale unique,
intemporelle, unie, et sans vergogne,
hypercompétente…
dans l’art de consolider la république des copains-coquins.
Ses guerres intestines, sur le fond, ne sont qu’un leurre,
un mensonge qui n’a d’égal que celui de son humanisme de façade, et d’apparat.

Même s’il y eut, à l’occasion de drames guerriers, de brèves rémissions , la classe des maîtres a toujours, depuis les siècles des siècles, été unie contre les faibles.

Remplacer des élites par d’autres élites, et le mot élite m’écorche l’entendement … , cela a toujours conduit au même résultat : la persistance de la soumission du grand nombre au petit nombre.

Que se vayan todos, si, pero todos

La révolution ne s’arrête pas au moment où le tyran tombe,
c’est au contraire à cet instant qu’elle commence vraiment,
si
et seulement si
le peuple ne rentre pas à la maison,
refuse l’émergence de nouveaux leaders,
refuse de se confier aux plus séduisants d’entre ses rangs,
interdit aux voleurs de révolution de s’emparer de la réorganisation,
écrit lui-même le contrat nouveau dont il sera le seul gardien,
établit fermement la décision collective comme un bien commun,
inaltérablement commun.

Nous ne savons pas, nul ne peut prévoir, ce qu’il adviendra dans les jours qui viennent du mouvement ronchon qui légitimement gronde. Pétard mouillé ou chute du gouvernement, tout est possible. Mais souvenons nous toujours que, pour un peuple, confier son destin, c’est le perdre. »

Ana Saillans

Source : https://www.facebook.com/ana.sailland/posts/1726688287549461

 
Je conseille à tout le monde de lire les réflexions d’Ana : ce qu’elle exprime est toujours utile au bien commun, toujours fort et clair.

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Encore une petite pointe de colère bien sentie, avant de rejoindre la manif :
Raquel Garrido remet en place la classe politique qui pousse vers les bas salaires

Salut à tous, bande de virus 🙂

Étienne.

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154017371762317

13 réponses à “[sentinelle du peuple] Gérard Filoche explique l’importance cardinale du droit du travail (CQFD, ce qu’il faut défendre)

    • Bonjour Etienne et tous les virus sympas,

      Je n’ai pas de compte facebook, alors un ami m’a extrait la vidéo de Gérard Filoche (où il discute avec les patrons de PME). Et je l’ai mis en ligne pour vous. Malheureusement youtube demande un numéro de téléphone pour « vérifer » le compte avant de pouvoir envoyer une vidéo. Alors je l’ai mis en ligne chez vimeo.

      https://vimeo.com/158841083

      Gérard Filoche défend le code du travail auprès de patrons de petites entreprises avec talent from douzedouze on Vimeo.

      Continuez comme ça, ces idées et ce site me donnent espoir.

      Cordialement,
      Douzedouze

      • Bonjour,
        J’aime les idées de Gérard Filoche, je suis actuellement en train de lire son livre « Vivre l’Entreprise » et j’ai remarquer plusieurs aberrations…
        Il milite pour les droits du salariés et contre la loi El… je suis complément pour. Mais ce qui me déplait c’est qu’il parle majoritairement (pour pas dire exclusivement) des grandes entreprises du CAC40. Quand il est en face de petits chefs d’entreprises, comme dans cette interview, il n’a aucun discours et quand il en a un, il dévie et parle de la régulation et de freiner les grosses entreprises, ce qu’il faut faire sans aucun doute, mais tout de ne dépend pas des « 1000 Entreprises » et toutes les petites entreprises ne sont des sous-traitants.
        Il à un discours très honorable, mais les chefs d’entreprises qu’il à eu au téléphone ont sans aucun doute pour moi, moins de stabilité que le salarié qu’il emplois. Alors attaquer les gros d’accord, mais en parallèle il faut défendre les petites, je parle pas des droits des salariés mais surtout de la taxation imposante pour une petite. J’aime les chiffres mais son discours revient sur les mêmes problématiques qui sont les actionnaires, les dividendes, la délocalisation, mais la petite entreprise n’es pas concernée et ce qu’elle veut et je le constate, c’est bien d’avoir plus de flexibilité, concernant non pas les salarié mais les charges et taxes lourdes. Dans son livre il fait des généralités un peu absurde mais je suis d’accord si on parle exclusivement des grandes entreprises.
        Enfin j’espère m’être trompé dans mon analyse mais c’est ce que j’ai retenu de son militantisme.

        Petit virus abstentionniste

  1. Bonjour Etiénne,
    Filoche a totalement raison dans sa défense du code qui impacte le plus les français mais que fait-il encore au PS?
    A moins que cela soit pour les « petits » avantages cité ci-dessus?

  2. Au coin des idées #1 : La loi travail
    Entretien avec David van der Vlist

  3. Jeudi 23 juin 2016, il y aura un référendum au Royaume-Uni. Ce jour-là, le peuple décidera de rester ou de sortir de l’Union Européenne.

    Mais il y aura peut-être un autre référendum.

    En Finlande, par référendum, le peuple finlandais décidera de rester ou de sortir de la zone euro …

    … sauf si le parlement finlandais refuse d’organiser ce référendum.

    Alors ?

    Le parlement finlandais va-t-il accepter de consulter le peuple ?

    Ou alors le parlement aura-t-il peur de la réponse du peuple ?

    Devinez !

    Vendredi 11 mars 2016 :

    L’abandon de l’euro a de plus en plus d’adeptes en Finlande.

    L’euroscepticisme gagne du terrain en Finlande. Une pétition signée par plus de 50.000 citoyens, et déposée jeudi 10 mars devant le Parlement, va forcer les députés à débattre de l’éventualité d’un référendum pour que le pays abandonne l’euro.

    Si un retour au mark finlandais semble complètement improbable, l’initiative a dépassé le seuil exigé pour être mise à l’ordre du jour. Elle a été lancée par le député européen Paavo Väyrynen, 69 ans, huit fois ministre, qui agit en franc-tireur dans cette affaire. Il n’est soutenu par aucun parti, ni le sien (le Centre du Premier ministre Juha Sipilä), ni même les Vrais Finlandais (eurosceptiques) membres de la coalition au pouvoir. Mais « au sein du peuple il y a un large soutien pour que la Finlande quitte la zone euro », a assuré Paavo Väyrynen lors d’une conférence de presse à Helsinki. Selon le dernier sondage sur la question en décembre, 31% sont pour, alors qu’ils n’étaient que 19% quatre ans auparavant.

    Les divers référendums tenus sur l’Union européenne dans d’autres pays membres ces dernières années ont vu la montée de l’hostilité à l’intégration européenne. Les Britanniques doivent voter le 23 juin sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, et un « Brexit » est une hypothèse tout à fait envisageable.

    http://www.lesechos.fr/monde/europe/021757794054-labandon-de-leuro-a-de-plus-en-plus-dadeptes-en-finlande-1206154.php

  4. Howard Zinnn, une histoire populaire américaine:
    https://www.youtube.com/watch?v=ueWW6JDQMiU

    « Tant que les lapins n’avaient pas d’historiens, l’histoire était racontée par les chasseurs. »

  5. Qui veut sortir de l’Union Européenne ?

    Pour répondre à cette question, il faut consulter les 28 peuples, en organisant 28 référendums.

    -- Référendum au Royaume-Uni : il aura lieu jeudi 23 juin 2016.

    -- Référendum en France : 53 % des Français le veulent. François Hollande va peut-être accepter de consulter le peuple.

    -- Référendum en Finlande : les députés finlandais vont peut-être accepter de consulter le peuple. Ce référendum porterait sur le maintien ou la sortie de la zone euro.

    Récapitulons.

    Jeudi 23 juin 2016, il y aura un référendum au Royaume-Uni. Ce jour-là, le peuple décidera de rester ou de sortir de l’Union Européenne.

    Mais il y aura peut-être deux autres référendums.

    En France :

    Une majorité de Français souhaite un référendum sur la sortie de la France de l’UE.

    Une majorité de Français (53 %) souhaite un référendum sur le maintien ou non de la France dans l’Union européenne (UE), à l’instar de celui prévu au Royaume-Uni le 23 juin. C’est l’une des révélations de l’enquête menée début février auprès de 8 000 électeurs dans six pays de l’Union (Allemagne, France, Pologne, Irlande, Espagne et Suède) par l’université d’Edimbourg et le cercle de réflexion allemand D/part.

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/03/12/une-majorite-de-francais-souhaite-un-referendum-sur-le-frexit-la-sortie-de-la-france-de-l-ue_4881768_3214.html

    François Hollande va-t-il accepter de consulter le peuple français par référendum ?

    Ou alors François Hollande va-t-il refuser de consulter le peuple ?

    Quel suspens ! Mais quel suspens !

    En Finlande :

    Par référendum, le peuple finlandais décidera de rester ou de sortir de la zone euro …

    … sauf si le parlement finlandais refuse d’organiser ce référendum.

    Alors ?

    Le parlement finlandais va-t-il accepter de consulter le peuple ?

    Ou alors le parlement finlandais va-t-il refuser de consulter le peuple ?

    Devinez !

    http://www.lesechos.fr/monde/europe/021757794054-labandon-de-leuro-a-de-plus-en-plus-dadeptes-en-finlande-1206154.php

  6. Bonjour Etienne,
    Un texte a lire que je trouve très clair et intéressant:
    http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160310.OBS6187/au-travail-ou-en-politique-nous-sommes-pousses-a-la-mediocrite.html?xtor=RSS-17
    La seule chose qui m’étonne c’est que se soit l’obs qui le publie.

    • Il y avait ce témoignage qui m’avait marqué : « L’époque est au jugement de tous sur tous et sur tout, de la mesure de tous et de tout, qualités et quantités isolées de leurs contextes et de leurs histoires, réduites à quelques indicateurs qui viennent déterminer un idéal. » https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-coffin/blog/191015/lideal-est-une-norme

      …………………

      Et bien que l’ensemble de cette conférence soit passionnante (http://www.uitc-edu.org/l-uitc/comite-socio-scientifique/jean-louis-le-moigne.html), je n’en retranscris que la fin :

      47 :13 « Mon dernier exemple pour terminer, il est très beau : c’est le giratoire. Vous vous souvenez – pas – que jusqu’en 1938 je crois, quand on n’avait pas encore inventé le concept de route à grande priorité, quand quatre voitures se présentaient à la même seconde à un carrefour, le code de la route prévoyait que les quatre automobilistes arrêtaient leurs véhicules, sortaient de leur véhicules, se réunissaient au milieu du carrefour [rires de l’auditoire] – c’était dans le texte ! – et délibéraient sans donner de règles, ils délibéraient entre eux… vous pouvez dire les femmes d’abord, les jeunes d’abord, les vieux, comme vous voulez, mais ils délibéraient ; et ils finissaient par dire bon ben c’est toi d’abord, on remontait dans sa voiture et c’était réglé… c’est le rêve de l’organisation, celle où tout le monde délibérerait ! Bon ben alors évidemment c’est un peu un beau rêve ; mais alors après on a été atroce, on a dit puisque c’est ça il faut un chef. Alors je ne sais pas si vous avez suivi, mais c’est un prodige de génie informatique : les procédures de régulation de trafic par feu rouge / feu vert sur des ordinateurs centraux d’une puissance quasi infinie, avec des milliards de capteurs, une équation mathématique optimisante – enfin vous voyez le discours ou vous le devinez et vous en avez été l’heureuse victime ou… selon les cas de figures. Et puis alors là la seule contrainte c’est que le citoyen se percevait comme ayant une obligation de débilité mentale. Nous devions être, comme il reste beaucoup trop de gens dans les entreprises, en situation de débilité mentale : je fais ce qu’on me dit, je ne fais rien d’autre, et si je fais quelque chose d’autre ce n’est pas bien. Et voilà que tout d’un coup les anglais renversent le sablier et disent « eh bien non ! A partir de maintenant il n’y a plus de chef, mais je vais créer une seule contrainte – elle est forte – je vais mettre un giratoire au milieu du carrefour. » Quel est l’effet du giratoire ? Il oblige chacun de nous à ralentir, qu’on le veuille ou non, parce qu’on ne va pas aller dans le mur. Si on ralentit, on a le temps de se construire une représentation riche – et pas complexifiée – du contexte. On voit ce qui arrive à droite, ce qui arrive à gauche, si c’est glissant, si ce n’est pas glissant… enfin bref, tout ce que vous pouvez [imaginer]… et dans ces quelques secondes, on a le temps à la fois de construire une représentation du contexte et d’élaborer intentionnellement son comportement. Si j’amène ma femme à l’accouchement, c’est très grave, ce ne sera pas le même que si je suis en balade amoureuse – voyez, pour prendre un exemple parmi [d’autres] – et ceci en permanence. Autrement dit, tout acteur dans une organisation complexe, en situation de pouvoir se représenter de façon intelligente et intelligible, effectivement, le contexte dans lequel il va avoir à agir, est capable d’élaborer son comportement. […] Gardons ce modèle en tête, il a une vertu de généralisation extraordinaire : du coup il n’y a plus de chef ! Il n’y a plus une intelligence pivot – centrale – qui est intelligente pour tout le monde : chacun s’exerce à l’exercice de son intelligence, si j’ose dire. »

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