Rendez-vous à Lyon, le 11 mars 2016, avec Jacques Testart, sur le thème « Tirage au sort et démocratie »

Ah ! que je suis content de revoir cet homme-là !
J’aime son regard, dans tous les sens du terme ; j’aime sa certitude que tous les hommes peuvent devenir meilleurs, ensemble, s’ils acceptent de se parler pour décider du bien commun.

Nous allons animer ensemble, avec Jacques Testart, une rencontre publique à Lyon le 11 mars (vendredi prochain) à 19h, pour réfléchir à cette combinaison essentielle (et encore largement méconnue) :
tirage au sort et démocratie.

Ça se passe dans le cadre d’une semaine « Expériences politiques », dont voici le programme (cliquez sur l’image) :
http://experiences-politiques.fr/programme/

Le lendemain après-midi, il y a un atelier constituant 🙂

Nous n’aurons, vendredi soir, qu’une salle de 150 places, je crois, dont 100 ont été offertes ici : https://www.eventbrite.fr/e/billets-tirage-au-sort-et-democratie-experiences-politiques-22163262916, et dont 50 seront disponibles à la Maison Pour Tous (Lyon 3e).

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Je vous parle de Jacques depuis longtemps ( et , par exemple) parce que je trouve son travail extraordinairement utile pour PROUVER (pour que nous puissions être tous bien certains) qu’un monde politique démocratique digne de ce nom est à la fois possible et souhaitable.

Jacques est un scientifique qui réunit des Conférences de citoyens (assemblées tirées au sort) pour qu’elles forgent et formulent leur opinion sur des sujets d’éthique scientifique complexes et controversés. Mais pour lui, une opinion n’a de valeur que si elle est correctement éclairée, et il travaille précisément sur cet éclairage : il fait former les tirés au sort pendant plusieurs séances avant qu’ils ne puissent voter.

Astucieusement, les conditions de cet éclairage de l’opinion (de cette formation des tirés au sort) sont fixées par un Comité de pilotage, composé d’adversaires connus sur le problème controversé en question : ces adversaires ne vont pas mener eux-mêmes la formation, mais ils vont dire quel programme il faut suivre à leur avis, pour que les tirés au sort opinent en toute connaissance de cause.

Voici comment Jacques l’explique (je le trouve passionnant, tout simplement) :

Jacques Testart : Comment les citoyens peuvent s’emparer des choix de société ?

Conférences de citoyens & Démocratie directe

Le site Sciences citoyennes :

http://sciencescitoyennes.org/

Je trouve cette idée (faire piloter l’éclairage de l’opinion de tous par les adversaires d’une controverse, sujet par sujet) intelligente et stimulante, et je réfléchis à sa généralisation à toutes les institutions (sans la limiter aux seuls sujets d’éthique scientifique). Je compte donc poser quelques questions à Jacques pour avoir son sentiment (et ses suggestions) sur des propositions d’utilisation d’éclairage-guidé-par-des-Comités-de-pilotage en matière de politique générale.

Par exemple, si l’on considère qu’on ne peut valablement voter que si on a travaillé le sujet en question, est-ce qu’on ne devrait pas :

1) empêcher les référendums secs, sans débats contradictoires préalables ?
2) empêcher les sondages habituels, et imposer plutôt les sondage délibératifs ?
3) empêcher un député de voter une loi s’il a dormi ou s’il s’est absenté pendant les débats ? 😉
4) imposer aux services publics d’information de présenter toujours deux personnes en désaccord, sans jamais imposer un point de vue univoque ? (C’est juste une piste, car on sent bien poindre mille difficultés.)
5) empêcher (ou dissuader) un électeur d’élire un candidat sans avoir écouté attentivement tous les autres candidats ? (Ne grimpez pas aux rideaux tout de suite, on réfléchit 🙂 )
6) nous auto-organiser à faible coût un parlement citoyen délibératif et permanent, capable au moins de dire de facon fiable ce que désire réellement « le peuple français » sur tous les sujets de son choix. 50 ou 100 tirés au sort pourraient suffire pour cette institution auto-proclammée qui se chargerait d’interpeller les pouvoirs et de donner son point de vue dans les médias (suggestion de Chris).

Etc.

Je vous invite à nous suggérer ici, en commentaires, d’autres applications qui vous viendraient à l’esprit ; par exemple autour des Chambres de contrôle (toutes tirées au sort) : comment éclairer leur jugement ? Quels articles pourrait-on proposer ?

J’aimerais aussi savoir si, pour Jacques, il est (éventuellement) imaginable de faire passer l’éclairage de l’opinion (par Comités de pilotage) de l’échelle de 40 personnes à celle de 4 000 ou même de 40 millions de personnes, et avec quelles modalités.

Avons-nous besoin de représentants ? Est-il possible de désigner des représentants fidèles ? Comment pourrions-nous instituer un bon éclairage de l’opinion d’une Chambre législative 1) élue sans candidats ou 2) tirée au sort (environ 1000 personnes) ? Et si on écrivait un article ?

Par ailleurs, il est des cas où il n’est peut-être pas possible (et peut-être pas souhaitable) de prendre tout ce temps pour éclairer l’opinion de ceux qui vont voter. Je pense notamment à cet article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 qui déclarait le droit sacré (et le devoir indispensable) du peuple à l’insurrection (contre un pouvoir qui serait devenu tyrannique). Est-on d’accord pour dire qu’un référendum révocatoire n’a pas besoin de formation des électeurs ni de comité de pilotage ? 🙂

J’aimerais enfin (si c’est possible, on verra) consacrer un moment à essayer de faire avec Jacques, sur scène, un atelier constituant 🙂 pour montrer à ceux qui se demandent comment ils pourraient faire leurs propres ateliers, pour qu’ils voient comme c’est simple, finalement : on est autour d’une table à prendre un café, et l’un d’entre nous invite la Constitution dans la conversation, en montrant aux autres l’article qu’il a rédigé ce matin à la hâte au réveil ; il n’est pas très bien écrit, mais on s’en fiche car ce n’est qu’une première mouture et le secret de l’action, c’est de commencer. J’imagine que Jacques va me dire « hep hep hep tu as oublié de prévoir ça et ça, non ? » – « Ah oui, que je suis bête, corrigeons… », et on corrige ensemble, et ainsi de suite… La salle pourrait peut-être intervenir pour nous proposer des mots ou des idées…

Si on est en forme, ça peut être pédagogique, ça peut donner envie à plein de gens d’essayer, en donnant en spectacle le fait que les ateliers constituants c’est simple et agréable, non ?

Bon, j’ai déjà hâte d’y être 🙂

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Un dernier mot pour vous parler du dernier livre de Jacques :

L’humanitude au pouvoir Comment les citoyens peuvent décider du bien commun

http://www.seuil.com/livre-9782021219319.htm

C’est un livre génial 🙂 Ah, mais comme ça donne de l’espoir, toutes ces histoires d’humains devenant plus intelligents et plus généreux par l’effet de la délibération collective bien organisée !

Je vais reproduire ici un extrait que je trouve particulièrement émouvant ; c’est à la page 37 :

L’humanitude : intelligence collective avec empathie

Il est des situations privilégiées, hélas fort peu fréquentes, où les personnes impliquées dans une action de groupe particulièrement exaltante semblent subir une mutation intellectuelle, affective et comportementale que je propose de nommer humanitude. Ce terme, dont la sonorité évoquera celui de bravitude, lancé sans nécessité ni bravoure par la présidente de la Région Poitou-Charentes, risque d’être moqué. Pourtant, j’ai découvert après coup que le mot humanitude a déjà été proposé, il y a trente-cinq ans19 et repris en 1995 pour qualifier la relation de bientraitance vis-à-vis des personnes âgées : « Pour rester en relation avec ces personnes et partager avec elles émotion et sentiment, il faut un  »prendre soin » fondé sur toutes les caractéristiques qui permettent aux hommes de se reconnaître les uns les autres : l’Humanitude20. »

Le sens que nous donnons ici à humanitude n’est pas limité à la bienveillance et porte l’idée d’émancipation collective car, au-delà de la compassion, il vise la recherche active de solutions partagées.

Je ne connais pas de mot qui embrasse toutes les qualités que peut manifester une personne en communion avec ses semblables pour proposer, en responsabilité, des actions bénéfiques au plus grand nombre. En effet, si le substantif « humanisme » signale le caractère altruiste, empathique, fraternel, qui se manifeste dans l’humanitude, il ne dit rien sur l’intelligence collective qui permet d’apporter des propositions concrètes.

Ceux qui ont vécu Mai 68 se souviennent de l’empathie presque générale qui s’était emparée des usagers du métro ou de personnes croisées un peu partout : c’était comme si chacun éprouvait soudain le sens du mot fraternité et s’étonnait de n’en avoir rien su auparavant. Dans l’allégresse partagée, et souvent sans motif évident, on se souriait, échangeait des plaisanteries ou des idées un peu loufoques, on s’entraidait sans qu’il soit besoin de demander. Le monde était à nous parce qu’un autre monde semblait possible, libéré des méchants, des exploiteurs, des emmerdeurs et castrateurs, un monde où l’on aurait le droit de vivre intensément chaque instant, de le transformer en fête des sens et de l’esprit, de communier avec chacun qui n’est plus un inconnu, de découvrir le goût et l’aptitude pour le bonheur simple, l’échange, l’imagination, et le respect des gens.

Cette mutation de l’Homo economicus en Homo enfin sapiens sapiens, celui qui agit en conscience, se réalisait dans une situation où bien peu étaient réellement acteurs, seulement contemporains d’un mouvement débordant la médiocrité quotidienne en ouvrant des fenêtres généreuses et fantasques sur la « vraie vie ». Un phénomène comparable peut exister, par exemple à l’occasion d’une grande manifestation publique où s’expriment, dans l’enthousiasme et le nombre, des idées joliment utopiques mais largement partagées, ou à l’occasion d’une grève soutenue qui amène à des complicités profondes avec des collègues qu’on ignorait au quotidien.

Les avancées politiques et sociales obtenues depuis deux siècles ne résultent pas directement du suffrage universel, mais d’abord des luttes sociales, des mouvements à caractère révolutionnaire où fleurissait l’humanitude et qui ont été capables d’imposer ces avancées au législateur : abolition des discriminations raciales ou de l’esclavage, droits des minorités et des femmes, décolonisation, droits sociaux…

L’humanitude n’est pas une qualité individuelle, elle ne jaillit pas d’un mouvement solitaire, mais par l’émulation qui naît au sein d’un groupe en effervescence intellectuelle, morale et affective. Elle figure le meilleur de l’humanité et de l’intelligence partagée. Dans Douze Hommes en colère (film de 1957), le réalisateur Sidney Lumet montrait comment des jurés en viennent à innocenter un homme dont la culpabilité était initialement certaine : contre les jugements trop rapides, c’était un éloge de la réflexion et de l’esprit critique de citoyens gagnés par l’humanitude.

C’est la même humanitude qui se manifeste dans les conférences de citoyens. Celles-ci stimulent l’exaltation de personnes qui découvrent leur capacité à maîtriser un sujet compliqué et ignoré il y a peu, en inventant des solutions auxquelles les experts n’avaient pas pensé ou qu’ils avaient négligées, en éprouvant la puissance du collectif pour élaborer un avis qui échappe aux mesquineries des intérêts particuliers, en esquissant une nouvelle identité où ils peinent à se reconnaître tant elle est faite de savoir, de rigueur et d’altruisme, et en cultivant l’hypothèse que le monde pourrait être changé grâce à cette œuvre à laquelle ils participent.

Selon un expert allemand des jurys citoyens, « toutes les études démontrent que les conclusions sont fortement marquées par la recherche de l’intérêt général. Sa défense est un rôle si attrayant que les citoyens vont jusqu’à proposer des solutions qui vont parfois à l’encontre de leurs propres intérêts. C’est ainsi qu’aux États-Unis les jurys citoyens ont demandé une augmentation des impôts »21.

Pour la plupart, ces citoyens s’attristent de devoir retourner à la médiocrité où la condition ordinaire les condamne, à l’issue d’une telle communion intellectuelle et humaniste avec quelques-uns de leurs semblables. Ainsi peut-on observer « la transformation personnelle que beaucoup de membres des panels disent avoir subie : l’expérience les marque, certains changeant de métier, de mode de vie, s’impliquant dans la vie publique comme ils ne l’avaient jamais fait »22.

Malgré leur pouvoir informatif ou cathartique, aucune des autres procédures « participatives » n’est capable, au moins le temps d’élaboration d’un avis, de transformer un être banal en citoyen responsable capable d’humanitude. En ce sens, il faut craindre que l’engouement croissant pour faire de l’Internet un outil majeur de l’élaboration démocratique vienne briser l’élan d’empathie, lequel passe aussi par la communion physique, les regards complices, les émotions que traduisent les visages.

C’est surtout l’humanitude qui fait l’originalité d’une conférence de citoyens et ce phénomène nous semble découler d’une levée soudaine de la chape oppressive qui inhibait au jour le jour l’intelligence, la générosité, la volonté de savoir et décider. La conférence de citoyens est l’occasion d’une rébellion paisible mais intégrale contre la domestication. Cela ne suffit pas pour conduire une révolution sociale impliquant la majorité de la population, mais donne à espérer dans les capacités humaines pour définir et réaliser de véritables changements. Car les gens qui peuplent nos sociétés sont rarement admirables : souvent lâches, bêtes et égoïstes, la plupart ne sont que la forme inhibée d’Homo sapiens comme la chenille rampante contient le papillon. Permettre la métamorphose, même dans un bref échantillon, c’est constater que l’imago vaut mieux que la larve et qu’il peut s’épanouir chez le plombier ou la ménagère, le bourgeois ou le travailleur précaire, l’apolitique ou l’électeur d’extrême droite… Il s’agit d’une sorte de miracle, qu’ont observé presque tous ceux qui ont organisé ou participé à de telles procédures.

Peut-être n’est-ce possible que grâce à la sélection des seuls volontaires pour constituer un jury citoyen ? En effet, parmi les personnes tirées au sort mais qui ont refusé ce mandat, exigeant et non rémunérateur, on peut penser que certains auraient manqué de l’aspiration curieuse et altruiste nécessaire pour les transformer en « super-citoyens », c’est-à-dire en personnes pleinement conscientes que la solidarité est le meilleur ciment de l’humanité. Par l’acceptation d’une mission collective d’intérêt public, l’émulation naît dans ce petit groupe et éveille la conscience universaliste de ceux qui ne combattent pas pour prendre ou garder le pouvoir. Ainsi se révèle le meilleur de l’humanité. Pourtant, il ne s’agit pas d’élitisme quand ce sont les élus du sort eux-mêmes qui valident leur participation, offerte par le hasard, et que leur rôle fugace et bénévole se concentre sur le bien commun.

Croire aux vertus de la citoyenneté, ce n’est pas célébrer les êtres humains en l’état où les a placés la société, c’est ne pas douter qu’un citoyen sommeille en chacun et s’efforcer de l’éveiller, c’est cultiver l’humanitude pour faire du gogo un citoyen.

Dans l’immédiat, et pour cultiver au plus tôt la capacité d’humanitude, en faire désirer les effets, les enfants pourraient consacrer davantage de temps aux échanges pour des créations collectives (dessin, scénario, chant choral, théâtre…).

Si des conditions opportunes sont capables de révéler l’humanitude, on peut se demander si cet état de l’humain est le fruit d’une levée d’inhibition ou celui d’une stimulation. L’humanitude est-elle empêchée dans les conditions usuelles, ou bien des conditions exceptionnelles sont-elles capables de créer cet état ? On ne peut que remarquer le rôle de l’économie capitaliste pour maintenir les populations dans une situation d’inhumanitude mais d’autres formes de société semblent aussi y parvenir.

Ainsi, même dans les sociétés dites « primitives », une certaine hiérarchie et l’attribution de rôles affectés aux divers membres pourraient freiner les manifestations d’humanitude. Dans nos sociétés néolibérales, une dispute oppose ceux qui accusent le système de « flatter les bas instincts » avec les jeux d’argent, la culture de compétition, le culte de la réussite, etc., à ceux qui répondent qu’on ne doit pas refuser aux gens ce qui les rend heureux. Mais, ce qui indigne finalement si, comme défendu ici, les êtres humains ne sont pas ce qu’ils paraissent, s’ils peuvent plus et mieux, c’est la dérision qui fait nommer démocratie un mode d’administration du monde qui ignore (qui craint ?) ce supplément d’âme et d’intelligence, qui parque les humains dans un troupeau existentiel n’accédant à la vraie liberté que par des lucarnes intermittentes. La démocratie ne peut se suffire de l’exécution des pulsions de l’humain inachevé, mais c’est pourtant là la seule exigence des démocrates aujourd’hui. Si notre système politique ne peut qu’entretenir cette illusion grâce à l’aliénation des majorités à coups de sondages, de débats publics ou d’élections, c’est qu’il s’adresse toujours à la part la plus médiocre de l’humain. Ainsi va la comédie politique…

 Jacques Testart, « L’humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun », Seuil 2015, p. 37 et s..

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Notes :

  1. Freddy Klopfenstein, Humanitude, Genève, Labor et Fides, 1980.
  2. Voir: http://www.igm-formation.net/index.php?option=com_content & task = view & id = 20 & Itemid = 39
  3. Hans-Liudger Dienel, « Les jurys citoyens: pourquoi sont-ils si rarement utilisés ? », in La Démocratie participative inachevée, Marie-Hélène Bacqué et Yves Sintomer (dir.), Paris, Yves Michel, 2010.
  4. Marie-Angèle Hermitte, « Conférence de citoyens », in Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, voir: http://www.participation-et-democratie.fr/node/1289

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10154009490537317

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Rappel de cette belle rencontre (pour moi très émouvante) entre trois personnes qui, dans le pays, bossent beaucoup à faire connaître au grand public les vertus fondamentalement démocratiques du tirage au sort en politique :

Plan détaillé minuté de « J’AI PAS VOTÉ – La rencontre – Étienne Chouard, Jacques Testart et Yves Sintomer »
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_de_%22J’AI_PAS_VOT%C3%89_-_La_rencontre_-_%C3%89tienne_Chouard,_Jacques_Testart_et_Yves_Sintomer%22
(Ouf ! Quel boulot ! Merci ! 🙂 )

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Autre rappel important :
Traitement des Objections contre le Tirage au Sort
http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Affichage_Objections_contre_le_Tirage_au_Sort

19 réponses à “Rendez-vous à Lyon, le 11 mars 2016, avec Jacques Testart, sur le thème « Tirage au sort et démocratie »

  1. Exemple de conférence et d’ateliers constituants sur le tirage au sort : Bordeaux, août 2014, nous étions 350, formidable soirée :

    • Plan détaillé minuté -- conférence -- Bordeaux -- 21 août 2014 :
    http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_-_conf%C3%A9rence_-_Bordeaux_-_21_ao%C3%BBt_2014

    • Atelier constituant du 21 août 2014 à Bordeaux :
    http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Atelier_constituant_du_21_Ao%C3%BBt_2014_%C3%A0_Bordeaux

  2. Bonne nouvelle, les idées commencent à se répandre !
    Je mets en lien ici une réunion qui se tient une fois par mois dans la bibliothèque universitaire de Lille 3. Même l’université commence à être touchée !


    http://philo.biblio.univ-lille3.fr/7/107/penser-une-constitution

    « Depuis Platon ou Aristote (La République, La Constitution d’Athènes) jusqu’à des formes plus contractuelles comme le traité de Maastricht, en passant par Rousseau (Le Contrat social) ou les activités de l’assemblée constituante en 1789, l’acte de rédiger une constitution accompagne la vie politique et plus encore : il lui donne un cadre légal (ou théorique) dans lequel s’inscriront les autres déterminations de la loi. Par la « caution constitutionnelle » prévaut l’idée que la vie politique repose sur un contrat de citoyenneté. Présent ou non à l’esprit des citoyens, ce contrat est actif. On peut en consulter les termes ; une ou plusieurs institutions veillent à son respect (aujourd’hui le Conseil constitutionnel).

    Parmi les épisodes les plus récents de la vie constituante, on a notamment en mémoire le rejet par référendum en 2005 du « Traité établissant une constitution pour l’Europe » (rejet qui n’a pas empêché un espace politique de fonctionner selon les principes qu’il se souhaitait pour lui-même). Moins connue est la récente volonté citoyenne des Islandais de produire une nouvelle constitution après qu’ils eurent refusé le sauvetage des banques. Ce « non » massif et citoyen refusait de faire le jeu de l’économie financiarisée, de la considérer comme un élément « constituant ». Leur entreprise de réécriture constitutionnelle, en fin de parcours, échoua sur le Conseil constitutionnel islandais, celui-là même qui avait vocation à être reformulé par leur action. Ils furent donc stoppés par ce qu’ils entendaient réformer. Ce qui pose une question éminemment pratique : comment réparer la coque du navire tout en naviguant? Ce qui pose aussi une question éminemment symbolique : qui a autorité pour le faire?

    L’exercice (car ce café-philo est avant tout un exercice) repose nécessairement sur une fiction : nous sommes des Islandais (par exemple) nous avons l’autorité requise, nous sommes mandatés pour penser et écrire une constitution. Les éventuels faits d’ignorance ou naïvetés ne sont pas des obstacles : il n’y a pas de permis ou de diplôme requis pour penser le bien commun. Le « sens commun » doit pouvoir s’en occuper.

    [MàJ : 26/11/2015 -- consulter le compte-rendu] Il a été décidé que l’hypothèse de la fiction ne serait pas retenue. Le groupe se présente pour ce qu’il est: assemblée constituante, composée de citoyennes et citoyens volontaires.

    La question n’est pas tant de savoir (dans un premier temps) ce que nous mettons dans la constitution. Car avant même de nous poser la question du contenu, nous nous poserons celle de la méthode : comment travailler ensemble? Quelles règles se donner ? Comment faire en sorte d’accepter les nouveaux entrants dans la discussion au cours de son élaboration tout au long de l’année? Comment faire de ce travail en commun (de cet exercice) un premier acte politique, organisé, ouvert, et non exclusif?
    L’écriture sera la tâche permanente de ce café-philo. Écriture de comptes-rendus pour chaque séance, consigne de ce que le groupe souhaite mettre dans la constitution, consigne également des conflits éventuels et des arbitrages. La lisibilité des discussions doit pouvoir garantir à quiconque de rejoindre la réflexion quand il le peut ou le veut.

    Le suivi des travaux sera disponible en permanence ici:
    http://philo.biblio.univ-lille3.fr/constitution.

    Venez, faites circuler, participez…

    Une mailing-liste accompagne cet atelier, elle permet de suivre le travail en cours, d’être informé de la publication de nouveaux comptes-rendus ou de prolonger les questions. Vous pouvez vous y inscrire (et vous en désinscrire à tout moment) en suivant ce lien:

    https://groupes.renater.fr/sympa/subscribe/constitution_philo_lille3

    Source : http://philo.biblio.univ-lille3.fr/7/107/penser-une-constitution

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    Petit hors sujet, mais qui je pense peux intéresser les lecteurs de ce blog, John Perkins (confession d’un assassin financier) a sorti une nouvelle édition de son livre le 9 février 2016 avec 15 nouveaux chapitres.

    Cela cartonne apparemment lien amazon : http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/1626566747/counterpunchmaga.

    Je pense que la version française ne mettra pas longtemps à arriver.

    • Chez nous aussi en Belgique, ces questions commencent à s’introduire dans le monde académique. Il y a quelques jours a eu lieu
      un atelier de réflexion organisé par la Faculté de sciences politiques de l’Université de Louvain :
      Workshop: représentation et tirage au sort


      https://www.uclouvain.be/530234.html

      Je ne pense pas qu’il y aura une publication d’un compte-rendu ou d’une video. Je fait dès lors part de quelques notes que j’ai prises en y assistant.

      1) Antoine Verret-Hamelin – « Le tirage au sort peut-il sauver le Sénat canadien ? Deux arguments pour un nouveau bicaméralisme »

      Un débat sur une réforme du Sénat a cours au Canada. Verret-Hamelin propose qu’il soit remplacé par une chambre de citoyens tirés au sort qui aurait pour fonction d’émettre des propositions. Elles seraient d’abord purement consultatives, mais à terme seraient soumises à un référendum contraignant. Les deux points positifs qu’il voit sont l’amélioration de la qualité des propositions (car la délibération en groupe tiré au sort améliore la qualité des décisions, réduit les préjugés, fait appel à une grande diversité de point de vues), et l’égalité entre les intervenants.

      2) Vincent Jacquet – « Accepter ou refuser de participer à une assemblée tirée au sort »

      Un sujet intéressant. Je ne dévoile pas tout car son travail de thèse est encore en cours. Il a effectué des entretiens avec des gens qui avaient été contactés pour participer à des panels citoyens en Belgique (G1000 et autres) et étudié leur motivation pour participer ou non. Il constate un taux d’acceptation de 3 % parmi les tirés au sort. A comparer avec les 50 % qui acceptent de participer aux jurys d’assises. Il estime donc que l’institutionnalisation de la procédure serait importante pour accroître la participation. Il classe les arguments de ceux qui ont refusé de participer à ces panels citoyens en cinq groupes : la suspicion généralisée (l’hostilité contre tout ce qui est politique), l’auto-exclusion (la personne ne se sent pas assez compétente ; cela touche surtout les femmes), le fait que ce n’est pas une priorité (certaines personnes sont satisfaites du système actuel et ne voient pas l’intérêt de tels processus délibératifs ; dans ce groupe, on a beaucoup de gens affiliés à des partis), la critique du processus (ils sont d’accord avec l’idée, mais considèrent que le jeu est pipé et sera récupéré politiquement), et la peur de parler en public. Le manque de disponibilité professionnelle n’est que rarement évoqué, et souvent, ce sont des gens déjà très occupés qui acceptent de participer à ces panels.

      3) Jean-Benoît Pilet – « Les citoyens sont-ils prêts à accepter les décisions d’une assemblée tirée au sort? Retour sur quelques expériences d’assemblée citoyenne »

      Il s’interroge sur le fait que parmi les grands exemples d’assemblées tirées au sort (Colombie Britannique, Ontario, Islande, Irlande, Pays-Bas), dans 50 % des cas, la proposition de l’assemblée a été refusée par le Referendum qui a suivi. Il relève comme causes possibles de ces échecs (à partir de sondages réalisés à l’époque) :

      -- que seule une minorité de la population était au courant qu’ils votaient sur une proposition issue d’une assemblée citoyenne. Seuls 1/3 des articles de presse évoquaient ce fait.

      -- que seuls 50 % de la population faisait confiance au système d’assemblée tirée au sort pour fournir une bonne décision

      -- que les gens satisfaits du système actuel avaient plus tendance à voter Non
      Le soutient des partis au processus ne semblent par contre pas influencer le résultat.

      4) Min Reuchamps – « Des assemblées – partiellement – tirées au sort ? Oui, mais comment ?

      Quelques propositions concrètes »

      Une partie de l’« école belge » du tirage au sort est favorable à des assemblées mixtes élus professionnels/citoyens tirés au sort pour introduire le système en douceur. Ici, l’orateur propose de telles assemblées à trois niveaux de décision possibles. En remplacement de l’assemblée sénatoriale, qui a perdu beaucoup de pouvoir en Belgique récemment, cela dérangerait donc peu de monde (on aurait 50 élus et 100 citoyens, rémunérés de la même manière). En commission parlementaire mixte (12 élus + 12 citoyens), de telles commissions remplissant la fonction classique d’une commission parlementaire. Un simple changement du règlement de l’assemblée suffirait. Et en jury de contrôle du parlement (12 citoyens, présidés par le président de la Chambre), qui émettrait un avis sur les projets de lois (un simple changement du règlement suffit ici aussi).

      5) Laurent de Briey – « Une alternative à l’élection ou à la consultation populaire ? »

      Le tirage au sort ne devrait pas être appliqué indistinctement à toutes les assemblées. Il est intéressant pour les panels citoyens et éventuellement pour une assemblée constituante, mais pas au niveau de l’assemblée législative. Car dans un panel ou une Constituante, la délibération n’a lieu qu’une fois. Il y a donc peu de risque de lobbying, de factions, de jeux de coalitions. Pas contre, dès lors où des membres d’une assemblée législative tiré au sort sont institués pour un mandat plus long avec des votes itératifs sur différents projets, les vices des assemblées actuelles se remettront en place, avec des alliances de circonstance et des échanges de bons procédés.

      Suivent ensuite différents arguments plus ou moins bons contre une assemblée législative tirée au sort. Globalement, pour lui, un représentant doit rester quelqu’un qui garde un lien avec la circonscription qui l’a élu, qui porte la voix de mandataires et rend des comptes de sa mission devant eux.

      6) Hervé Pourtois – « Pourquoi le tirage au sort ne peut remplacer l’élection des parlements​? »
      Ce dernier tient le rôle du méchant qui défend l’élection. Il estime que l’élection est plus démocratique que le tirage au sort car :

      -- par l’élection, l’électeur marque son consentement à être gouverné par tel ou tel. Il n’y a pas de tel consentement donné à un membre d’une assemblée tirée au sort.

      -- dans l’élection, tous participent au processus de décision (indirectement) ; dans le tirage au sort, ce n’est qu’une infime partie.

      -- dans l’élection, il y a une remise des comptes par rapport à ses engagements préélectoraux vis-à-vis de ses électeurs ; il n’y a rien de tel dans le tirage au sort.

      En fait, Hervé Pourtois s’est entièrement centré sur le processus de formation de l’assemblée, mais le défaut argumentaire est qu’il passe complètement à côté du problème du résultat qualitatif pour la population de la délibération dans ces assemblées.

  3. [Rappels importants pour rester en forme, le matin 🙂 ]
    La vérité sort de la bouche des enfants -- Victoria Grant

  4. Sylvia me signale ce documentaire sur
    une Conférence de Citoyens intitulée « Les nanos et nous »,
    dont l’introduction est assez intéressante :

    Nanos et Nous -- intro from David Hover on Vimeo.

    Je serais curieux de savoir si cette Conférence de Citoyens a invité, comme formateurs opposants (très) déterminés dans cette controverse, les militants de « Pièces et Main d’Oeuvre », à Grenoble (très remontés contre les nano-technologies) ? http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?rubrique2

    On n’a pas encore trouvé le film entier…

    • Je viens de contacter le réalisateur, David Hover, un homme charmant, qui m’a expliqué que l’invitation des militants de Pièces et Main d’Oeuvre a été formellement débattue par les organisateurs (instituant le Comité de pilotage ?), bien sûr, et qu’ils ont formellement renoncé à cette invitation par crainte de la violence et de l’intransigeance de ces militants (très remontés).

      Je trouve que c’est une erreur (considérable), parce que P&Md’O est très remonté, certes, mais aussi très documenté, et David convient avec moi que cette non-invitation comme formateurs est un choix regrettable.

      Il reste que ce documentaire sur un travail collectif sur le bien commun par des personnes ordinaires est sûrement un excellent outil pour décomplexer politiquement les simples citoyens.

      Dès que je sais comment se procurer le DVD ou voir le film d’une façon ou d’une autre, je vous préviens 🙂

  5. Bonjour, faut -il s’inscrire pour les ateliers? ou doit-on venir directement? Amicalement. Camille AUVRAY

  6. Étienne je me réjouis de cette conférence à Lyon même si je ne pourrai m’y rendre…
    En revanche, juste un « petit » bémol: je n’ai vu aucune femme dans les intervenants??? Pourquoi cet ostracisme? Je suis assez surpris que la moitié de l’humanité ne soit pas représenté dans ce genre de débat indispensable. Le débat démocratique serait-il encore une fois réservé aux hommes???
    Je compte sur toi pour rétablir la parité 😉
    Bien amicalement
    Dominique

    • Bonjour Dominique,
      Je suis l’organisateur principal des Expériences Politiques. Crois bien qu’il n’y a là aucune forme d’ostracisme volontaire. Il se trouve que j’ai invité principalement des gens que je connais (pour avoir lu leurs livres ou écouté leurs interventions), et que force est de reconnaitre que ce sont majoritairement des hommes. À moi de travailler à découvrir les femmes qui s’expriment sur ces sujets, travail que je vais m’efforcer de faire — toute recommandation est d’ailleurs la bienvenue. Et il se trouve également que les quelques femmes que nous avons invitées n’ont pas pu venir, à mon grand regret.
      Merci d’avoir signalé ce problème, auquel j’apporte une attention particulière.
      Adrian

  7. Atelier constituant n°18 organisé en bienséance par des gentils virus toulousains

  8. Bonjour,

    De nouvelles places sont disponibles pour le débat entre Etienne et Jacques Testart ! Toutes les informations ici :
    http://experiences-politiques.fr/articles/chouard-testart-acces-libre/

    et pour réserver en ligne :
    https://www.eventbrite.fr/e/billets-tirage-au-sort-et-democratie-experiences-politiques-22163262916

    Merci de faire circuler cette information si vous connaissez des gens qui n’ont pas pu réserver leur place.

  9. L’Agence Info Libre vient de mettre en ligne l’interview qu’elle a réalisée avec Etienne à Lyon :
    https://www.youtube.com/watch?v=SKIOHKSkZbQ

  10. Ping : #QEforThePeople « L’argent des Banque Centrales n’est donné qu’aux malfrats » | Blog du Plan C

  11. Ping : La vidéo de la conférence de Lyon (et de l’atelier constituant à deux) avec Jacques Testart est disponible | Blog du Plan C

  12. Voici la trace filmée de cette belle soirée :

    Merci à Thom d’avoir filmé et monté tout ça 🙂

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