Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »

Voici un texte important, d’Aurélien Bernier, sur son blog :
http://abernier.vefblog.net/32.html#Faire_ouvertement_front_au_projet_europeeneuropeen

Faire ouvertement front au projet européen

La séquence de « négociations » entre la Grèce et l’Union européenne s’est achevée de la pire façon qui soit : par la signature, le 13 juillet, d’un accord renforçant l’austérité et détruisant encore un peu plus la souveraineté du peuple. Un accord accepté par le gouvernement de gauche radicale, élu justement pour en finir avec l’austérité et l’humiliation vécue par les Grecs depuis de longues années.

En rendant les armes, la majorité de Syriza emmenée par le premier ministre Alexis Tsipras n’a pas totalement trahi son programme électoral. Ce dernier, en effet, n’a jamais évoqué le fait de rompre avec l’Union européenne ou de sortir de la zone euro. Par contre, le référendum du 5 juillet, qui a vu le peuple dire massivement Non à un premier projet d’accord, interdisait absolument à Alexis Tsipras de signer un plan aussi proche du projet rejeté dans les urnes et aussi défavorable à la Grèce.

Le premier ministre a cru que la large victoire du Non le 5 juillet suffirait à assouplir la position des créanciers. Ce fut exactement le contraire. Mais cette erreur d’appréciation n’est rien à côté de la faute politique commise par la suite. Un référendum n’est pas un simple sondage d’opinion. Il engageait Alexis Tsipras à obtenir de meilleures conditions ou à refuser de signer. Quitte à démissionner en cas de blocage complet des négociations, lui qui avait mis cette démission sur la table huit jours plus tôt, à l’occasion du scrutin.

En acceptant l’ultimatum des créanciers, Syriza envoie un message terrible, à savoir que la rupture avec l’Union européenne serait encore pire que l’extrême austérité et la mise sous tutelle politique qui figurent dans l’accord. C’est une victoire de Margaret Thatcher à titre posthume : il n’y aurait aucune alternative à l’eurolibéralisme. C’est évidemment faux. Certes, il fallait envisager d’autres alliances (avec la Russie, la Chine…) qui n’auraient pas été sans contreparties, il fallait s’attendre à des représailles de la part des dirigeants européens et il fallait surtout avoir le courage de nationaliser largement, de dévaluer, de relancer la production et la consommation nationales. Mais on imagine difficilement que ce « plan B » puisse donner de pires résultats que le « plan A » qu’Alexis Tsipras a signé.

Peut-être la majorité de Syriza mise-t-elle sur un coup de billard à trois bandes pour se soustraire, à posteriori, à certaines clauses de l’accord. En attendant, ceux qui ont voté Non le 5 juillet ont bel et bien été trahis. Et les conséquences de cette faute sont prévisibles : le parti d’extrême droite Aube dorée s’est déjà positionné comme dernier rempart face à l’Union européenne ; il risque fort de progresser de façon spectaculaire lors des prochains scrutins.

Les répercussions seront également sévères dans le reste de l’Europe. Pour Podemos en Espagne tout d’abord, qui a cru bon de soutenir la majorité de Syriza après l’accord du 13 juillet. Dans ces conditions, où la coalition de gauche annonce à l’avance qu’elle aussi préférera se coucher plutôt que de rompre avec Bruxelles, on voit mal pourquoi les Espagnols la porteraient au pouvoir. Le renoncement de Syriza se paiera cher aussi en France. On imagine déjà Marine Le Pen renvoyer cet échec de la gauche radicale grecque à la figure de Jean-Luc Mélenchon ou de Pierre Laurent, qui auront bien du mal à trouver des arguments convaincants pour se défendre.

Les difficultés actuelles et celles qui s’annoncent sont très largement dues à la myopie de la gauche radicale sur la véritable nature de l’Union européenne. Pendant dix ans, entre le Non français du 29 mai 2005 et aujourd’hui, elle n’a cessé de prétendre, en dépit du bon sens, que les institutions communautaires étaient réformables. L’Union européenne pouvait bien imposer le traité de Lisbonne, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), martyriser et humilier les pays du Sud, négocier avec les États-Unis le Grand marché transatlantique… les Syriza, les Front de gauche et les Podemos n’en démordaient pas : la négociation avec Bruxelles, Francfort et Berlin permettrait de « changer l’Europe ». Et de faire de l’euro un outil au service des peuples… Le plus tragique est de ne pas avoir perçu que ce discours, même s’il est plus virulent dans sa forme, n’est qu’une réplique de la propagande sociale-démocrate : demain, l’Europe sociale ! Les promesses trahies de François Mitterrand, de Lionel Jospin puis de François Hollande suffisaient à disqualifier totalement cette stratégie. Mais la gauche radicale s’entêtait. Jusqu’à la séquence grecque de 2015 qui fait définitivement voler en éclat l’illusion de la « réforme de l’intérieur ».

Il est bien temps aujourd’hui d’entrouvrir ces débats, tout en les canalisant pour qu’ils ne nous emmènent pas trop loin. Clémentine Autain (Ensemble) estime que l’on peut à présent douter du fait que l’union monétaire soit le paradis sur Terre et que, par conséquent, on est en droit de remettre en cause son existence. Tout en précisant aussitôt que refuser l’euro ne veut pas dire refuser l’Union européenne. En Belgique, le trotskiste Daniel Tanuro accepte enfin d’envisager la sortie de la Grèce de la zone euro… avant d’indiquer que cette solution n’est pas valable pour la France ou d’autres pays. Je repense alors aux écrits de mon ami et camarade Samir Amin, au lendemain du 29 mai 2005 : « On ne pourra jamais faire évoluer « de l’intérieur » l’Europe engagée dans la voie du libéralisme atlantiste, en direction d’une « Europe sociale » et indépendante (des États-Unis). C’est en faisant front ouvertement au projet européen tel qu’il est qu’on maximisera les chances d’une construction alternative authentique1. » Et je me dis que nous avons perdu dix ans.

J’ai défendu de mon côté l’idée de « désobéissance européenne », en lui donnant un contenu très clair : restaurer la souveraineté juridique et monétaire au niveau national pour mener des politiques de gauche. Je considérais qu’à partir du moment où un État dirigé par la gauche radicale recouvrait sa souveraineté, l’appartenance formelle aux institutions communautaires était secondaire. Cela reste techniquement vrai, mais le sort qui est fait aujourd’hui à la Grèce change la donne. Le simple fait d’être membre de l’Union européenne est devenu politiquement intolérable pour la gauche. Il ne s’agit plus seulement de rompre avec l’eurolibéralisme. Il s’agit d’affirmer que nous n’avons absolument rien en commun, ni du point de vue des objectifs, ni du point de vue des valeurs, avec ces institutions conçues dans une logique de classe, pour lutter contre les peuples, et qui se sentent à présent assez puissantes pour ne plus faire le moindre compromis. Le seul objectif valable est d’en sortir et de les démanteler.

Aurélien Bernier.

________
Notes :
1« Quel « projet européen » ? », Samir Amin, 21 juin 2005.

Source : Démondialiser et coopérer.

 
Mon commentaire : seuls ceux qui appellent clairement à quitter l’UE tout de suite sont des résistants dignes de ce nom. Les autres, volontairement ou non, sont des collaborateurs de l’occupant.

La capitulation est totale. Abjecte.
Comme celle de nos « socialistes » et « communistes » à nous.
« Élites » toujours capitulardes et cruelles quand leurs privilèges sont contestés par le peuple.

Qu’on ne vienne plus me dire que la solution viendra de l’élection ou des « élus » :
Le faux « suffrage universel » (l’élection de maîtres constituants parmi des candidats) FONDE le capitalisme, et le VERROUILLE.

 
Ne ratez pas ce livre important :

 
(Moi, après avoir lu le seul rappel sur l’épouvantable félonie du chef (Robert HUE) du PC en 1997 (confirmée chaque jour depuis par TOUS les chefs du PC français), j’aurais plutôt intitulé le livre : « La gauche radicale et ses trahisons »…)

Pour ceux qui n’aiment pas lire, c’est cette vidéo qu’il ne faut manquer à aucun prix :

http://lesmutins.org/la-gauche-radicale-et-ses-tabous

— »’

Le fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10153563891887317

108 réponses à “Aurélien Bernier : « Faire ouvertement front au projet européen »

  1. Un exemple (parmi cent autres) de l’horreur économique infligée aux Grecs, de façon absolument non nécessaire :
    L’Europe impose à la Grèce un plan de privatisation punitif
    http://www.alterecoplus.fr/grece/leurope-impose-a-la-grece-un-plan-de-privatisation-punitif-201507231651-00001889.html

  2. Jacques Sapir : « La Gauche Radicale face à l’heure des choix: rompre avec l’#Euro ou mourir de compromissions »
    (La Grèce, la gôche, la gauche (II))
    http://russeurope.hypotheses.org/4140

  3. Aurélien Bernier : « L’échec de Syriza, c’est l’échec de l’idée d’une réforme de l’UE de l’intérieur »
    http://www.marianne.net/echec-syriza-c-est-echec-idee-reforme-ue-interieur-100235495.html

  4. Pauvres Grecs : après les tanks en 1941, les banks en 2015…

    Les Panzer des banques allemandes écrasent la Grèce, Washington grimace
    http://lesakerfrancophone.net/les-panzer-des-banques-allemandes-ecrasent-la-grece-washington-grimace/

    « Le payeur allemand de l’Europe a soumis la Grèce avec une cruauté à couper le souffle. En 1941, l’Allemagne nazie a écrasé la Grèce avec ses chars Panzer. Aujourd’hui, sans coup férir, les banques Panzer allemandes ont accompli la même chose, transformant le pays de facto en un protectorat allemand dont les actifs et la souveraineté nationale sont remis par diktat entre les mains des financiers de Berlin. »
    [Lire la suite…]

  5. Si on répudie la dette odieuse, les usuriers auront du mal à nous tirer des larmes :
    Les 10 plus grandes fortunes françaises possèdent 60,6 % du montant de la dette grecque
    http://www.humanite.fr/les-10-plus-grandes-fortunes-francaises-possedent-606-du-montant-de-la-dette-grecque-579373

  6. Bonjour. Alors, là, si je comprends bien, le nouveau mot d’ordre du Plan C est de quitter L’union européenne tout de suite. Passer par les élections?

    • Ce n’est pas vraiment nouveau : ça fait dix ans…

      🙂

      • Je voyais une différence entre ne pas vouloir y entrer et vouloir en sortir, sur le plan de l’action, de la stratégie.

        • Exact, claude saint-jarre, mais dire que l’on veut en sortir implique de donner raison sur toute la ligne à l’UPR qui ne répète cela à qui veut l’entendre…, que depuis 8 ans !…
          La réalité de l’UE se fait jour car le système est acculé et ne peut plus dissimuler qu’il est esclavagiste et en étroite symbiose avec la politique américaine…
          Si tout le monde a le droit de rêver, tout le monde a aussi le droit de se réveiller… Et mieux vaut tard que jamais !

          • Merci Norton! On en sort par l’écriture citoyenne de la Constition? Si je comprends que la Constitution est actuellement suspendue aux States, il n’y en a aucune en réalité qui eset effective.

        • je ne comprend pas vraiment ta logique claude?
          Quand tu dis « ne pas vouloir y entrer »; tu parle du Canada?

          • Non, en 2005 les Européens ne voulaient pas y entrer, avoir une union européenne, elle s’est constituée par la force. Alors, maintenant, il y a un désir d’en sortir. Mais, en sortir, c’est différent, je présume , d’y être entré!

    • Le 21 juillet, Juncker a dit :
      « les Européens n’aiment pas l’Europe, qui est en mal d’explications. La construction européenne, née de la volonté des peuples, est devenue un projet d’élite, ce qui explique le fossé entre les opinions publiques et l’action européenne ».
      D’abord, il confond Europe et UNION DES BANKSTERS.
      Il confirme bien que c’est « un projet d’élite », donc aristocratie.
      Mais là où il se trompe, c’est que ça en est un depuis son origine.
      Et sa volonté des peuples dans une aristocratie, c’est du vent.

  7. Le modèle de l’Union Européenne n’est qu’une vulgaire copie du programme de l’Allemagne NAZIE. Ils n’ont pas pu faire mieux. Ce que Hitler et ses créanciers avaient rêvé, nous (notre élite) l’avons réalisé.
    http://www.comite-valmy.org/spip.php?article5975
    Question:
    Si le CNR avait voulu changer l’Allemagne Nazie de l’intérieur, nous serions déjà tous Allemands aujourd’hui.
    Qu’ont ils fait alors à la place ? Ils ont résisté et renversé l’envahisseur en appliquant leur propre programme :
    http://www.comite-valmy.org/spip.php?article13
    C’est ce programme que l’Union des Banksters a démoli.
    Dans ce programme je retiens entre autres:
    -l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie;
    -une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes;
    -la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances de l’argent et des influences étrangères;
    -la liberté d’association, de réunion et de manifestation;
    -l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance;

    • joss,
      « Le modèle de l’Union Européenne n’est qu’une vulgaire copie du programme de l’Allemagne NAZIE. Ils n’ont pas pu faire mieux. Ce que Hitler et ses créanciers avaient rêvé, nous (notre élite) l’avons réalisé. »

      Walter Hallstein ne vous le ferait pas dire…

      https://m.youtube.com/watch?v=nwS0E1N1OCg

  8. La séparation d’un territoire de l’union e se fait elle de la plus petite partie à la plus grande ou par une fédération globale européenne des éléments pro séparaion?

    • claude saint-jarre,
      Voyez comme l’UPR a du mal à rassembler en France,… imaginez au niveau européen !
      L’avenir reste national ou bien utopique et finalement servile.

    • Claude, vous parlez comme si vous étiez maître de votre destin, et nous du notre!

      • À Boucherville où je demeure, il y a des trains pleins de pétrole des sables bitumineux qui passent sur des voies chancelantes, tout près de maisons ; sur le fleuve des pétroliers passeront ( probablement) et s’ils en échappent nous le boirons! et pour couronner le tout, des pipelines en transportent sur le territoire de la ville. Maître chez-nous??!! Le gouvernement Fédéral qui gère tout ça a les pouvoirs sur le transport en vertu de la constitution.

  9. Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges

    Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, vient de donner le samedi 25 juillet une interview à Marianne[1]. Il justifie sa position au sujet de la Grèce et son soutien à la capitulation consentie par Alexis Tsipras. C’est son droit. Mais, pour se faire, il prend un certain nombre de libertés avec les faits. Et cela est beaucoup plus condamnable. Cette interview est une excellente illustration des illusions d’une partie de la « Gauche Radicale », illusions sur l’Euro et sur l’Europe, dont il semble désormais que le Parti de Gauche commence à se dégager[2].

    Un petit florilège des citations de Pierre Laurent permet de voir qu’il entretient de sérieuses illusions, et même qu’il adopte un point de vue « européiste » qui n’est pas éloigné de celui du Parti dit « socialiste ». Mais, il faut aussi savoir que les prises de position de Pierre Laurent sont aujourd’hui fortement critiquées dans de larges fractions de la base comme de l’appareil du PCF. Ces prises de position reflètent bien plus les errances d’un homme et d’un groupe de direction du PCF qu’une position largement défendue au sein du Parti.

    Une analyse tendancieuse du 13 juillet

    Tout d’abord, quand il entend justifier la capitulation de Tsipras, Pierre Laurent dit au journaliste la chose suivante :

    « Ils ont enfermé la Grèce et ses dirigeants dans une alternative qui était soit le Grexit — souhaité par les Allemands de manière ouverte, Wolfgang Schaüble, le ministre des Finances allemand, a plaidé jusqu’au dernier moment auprès des Grecs pour une sortie ordonnée —, soit le plan d’austérité qui a finalement été imposé. Le choix qu’a fait Tsipras est un choix qui évite la banqueroute bancaire de son pays, une situation qui aurait été terrible pour les Grecs. Je crois qu’il n’avait pas d’autres alternatives »[3].

    Si je suis d’accord qu’un effondrement des banques est une catastrophe, je signale à Pierre Laurent que ce que Tsipras a refusé c’est la proposition de Varoufakis de (1) réquisitionner les banques et (2) de réquisitionner la Banque de Grèce. Ce faisant, le gouvernement aurait eu accès aux réserves (sous contrôle de la BCE avant la réquisition) déposées à la Banque de Grèce mais aussi dans les banques commerciales. La réquisition est un mécanisme qui permet à tout gouvernement de la zone Euro de s’affranchir de la tutelle de la BCE. Dire, dans ces conditions, que le choix de Tsipras était entre la banqueroute et la capitulation est faux. La décision de Tsipras a été politique, et non économique. C’était un choix entre s’engager sur une voie, celle que proposait son Ministre des finances Yanis Varoufakis, voie pouvant le conduire à sortir de l’Euro, ou bien d’accepter l’austérité. Présenter cela comme une décision économique est un mensonge éhonté[4]. Les choses sont désormais publiques, et il est triste de voir Pierre Laurent s’enferrer dans le mensonge.

    Pierre Laurent révolutionne la science économique

    Commentant un possible Grexit, Pierre Laurent ajoute alors :

    « Et une sortie de la zone euro laisserait n’importe quel pays qui la pratiquerait devant la même pression des marchés financiers, voire une pression décuplée et une dévaluation nationale plus grave encore ».

    Il semble ici que Pierre Laurent, qui a pourtant fait des études d’économie à Paris 1, ignore qu’il existe des moyens réglementaires permettant à un pays de faire fortement baisser la pression exercée par les marchés financiers. Cela s’appelle le contrôle des capitaux. Non pas le « contrôle des capitaux » imposé par la BCE à la Grèce, et qui aboutit à empêcher les entreprises grecques de faire des opérations sur l’étranger via les comptes Target2 (et qui s’apparente en réalité à un contrôle des changes), mais les contrôles sur les mouvements de capitaux à court terme non liés à des opérations matérielles. Ces mouvements représentent entre 90% et 95% des flux de capitaux, et sont essentiellement des mouvements spéculatifs. Bien entendu, pour les mettre en œuvre, il faut recouvrer le contrôle sur la Banque Centrale. Ici, soit Pierre Laurent fait la preuve de sa méconnaissance des mécanismes économiques de base, soit il les connaît, et en ce cas il ment en toute connaissance de cause. Je laisse le lecteur libre de son choix.

    Pierre Laurent est un grand logicien

    Pierre Laurent assène alors un argument qui lui apparaît imparable pour écarter une sortie de l’Euro. Cet argument, le voici :

    « Il y a d’ailleurs des pays aujourd’hui qui, en dehors de la zone euro, sont également frappés par des politiques d’austérité. Car la pression des marchés s’exerce partout et sur tous les pays ».

    On reste sidéré par ce que ce paragraphe implique comme méconnaissance des liens logiques qui relient plusieurs éléments. Bien sûr, il existe des pays qui ont des politiques d’austérité sans appartenir à l’Euro. Nul ne l’a nié. Mais, connaît-on un pays de la zone Euro qui n’applique pas une politique d’austérité ? En fait, on peut montrer que la zone Euro induit un cadre dépressif pour les économies qui y participent[5]. Donc, cet argument ignore ce qu’en logique on appelle des conditions nécessaires et des conditions suffisantes. La sortie de l’Euro est une condition nécessaire à une rupture avec une politique d’austérité, mais ne constitue nullement une condition suffisante. Par contre, par sa méconnaissance de la logique la plus élémentaire, Pierre Laurent nous montre qu’il est suffisant mais pas nécessaire.

    Pierre Laurent révolutionne la science économique (bis)

    On revient à un argument en apparence plus économique avec la citation suivante, qui se révèle, à nouveau, tout à fait catastrophique :

    « Oui, mais aujourd’hui, la différence est que tous les avoirs détenus par les Grecs sont en euros. Et le transfert de ces avoirs dans une monnaie nationale qui serait dévaluée par les marchés financiers conduirait, dans un premier temps, à un affaiblissement considérable du potentiel de ressources des Grecs. Alors que pour reconstruire leur pays, ils ont besoin d’un niveau d’investissement important ».

    Notons tout d’abord que ce ne sont pas les « marchés financiers » qui transfèrent les avoirs qui sont détenus par les grecs. C’est en réalité le système bancaire, s’il s’agit d’avoirs détenus en Grèce. Pierre Laurent, à l’évidence soit ne connaît pas les règles de fonctionnement de l’économie, soit cherche à nous mener en bateau. Ces avoirs en Euros seront automatiquement re-dénominés en Drachmes. Mais cette redénomination touchera toutes les valeurs de l’économie grecque. Donc, le potentiel d’investissement sur la base de l’épargne (oui, cette chose que l’on apprend en fin de première année d’économie, l’égalité entre l’épargne et l’investissement) sera inchangé par rapport aux valeurs de l’économie grecque. Mais, une partie de ces avoirs ne sont pas détenus en Grèce. Donc, ils resteront en Euros (ou dans une autre monnaie, que ce soit le Dollar ou, peut être, le Mark allemand…). Si la Drachme est dévalué, disons de 25%, cela signifie que ces avoirs seront réévalués de 33%. Donc, le potentiel d’investissement, sur la base des avoirs grecs détenus à l’étranger, sera largement augmenté. Ce qui veut dire que les grecs ayant mis leurs avoirs à l’étranger pourraient les rapatrier avec un effet bien plus positif sur les investissements que si la Drachme n’avait pas été dévaluée. Notons encore que ceci s’applique aussi à l’ensemble des investisseurs étrangers. En fait, une sortie de l’Euro et une dévaluation de 25% de la Drachme constituent la condition pour qu’un flux d’investissement important en drachmes se reconstitue en Grèce.

    Mais, il est peu probable que Pierre Laurent ignore à ce point les mécanismes de base de l’économie, ou alors il faut s’interroger sur les conséquences délétères sur le cerveau humain d’années de travail au journal l’Humanité. Il est bien plus probable que Pierre Laurent, ici encore, mente, et qu’il mente avec l’appond d’un arracheur de dents.

    Quand Pierre Laurent joue au prestidigitateur

    Reprenons le cours du raisonnement. Pierre Laurent nous offre une magnifique perle avec la citation suivante :

    « Puisque les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro. Ce n’est pas la zone euro qui les empêche mais la décision politique prise par les dirigeants allemands et un certain nombre d’autres dirigeants européens de rendre impossible l’expérience politique de Syriza ».

    Ici, Pierre Laurent fait mine de croire que les dirigeants allemands et européens ont été conduits uniquement par leur haine politique de Syriza. Que ces dirigeants n’aient pas apprécié Syriza est certain. Mais, quand bien même l’auraient-ils apprécié, accepter les solutions proposées par Tsipras impliquait, à relativement court terme, faire basculer la zone Euro vers ce que l’on appelle une « union de transfert ». Or, les montants nécessaires pour faire fonctionner la zone Euro sans les politiques d’austérité ont été évalués, et on trouvera l’une de ces évaluations d’ailleurs dans ce carnet. Pour faire court, il faudrait que l’Allemagne consacre entre 8% et 10% de son PIB tous les ans pendant environ dix ans à ces transferts. Il est clair que cela n’est pas possible, sauf à vouloir détruire l’économie allemande. La véritable cause du rejet des options de Syriza se trouve là. Affirmer que « les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro » est un nouveau mensonge. Les solutions proposées par Tsipras impliquaient une refonte totale de la zone Euro, et cette refonte aboutissait à faire peser un poids excessif sur l’Allemagne. Telle est la vérité. Mais, cette vérité gêne Pierre Laurent, qui préfère la faire passer sous le tapis pour sauver l’illusion de la possibilité d’une zone Euro qui ne soit pas austéritaire. Pierre Laurent doit donc mentir quant aux conditions de viabilité de la zone Euro, mais, nous l’avons vu, il n’est pas à un mensonge près.

    Le dernier mensonge

    Il ne reste donc à Pierre Laurent qu’un argument : le point Godwin ou la réduction du dilemme grec à un affrontement avec le Front National. Il suffit de regarder le paragraphe suivant pour s’en convaincre :

    « Il y a aujourd’hui trois options en débat. L’option d’une Europe de l’ordre libérale, celle qui existe aujourd’hui. Il y a l’option d’une destruction de l’Europe et d’un retour à la compétition, voire au choc des nations dans la crise que traverse l’Europe, c’est l’option du Front national et des forces qui l’appuient. Et il y a l’option qui est la nôtre, celle de Tsipras, la mienne, celle que nous défendons, qui est l’option de la reconstruction d’une Europe de coopération, de solidarité, d’une Europe de souveraineté qui doit laisser plus de place aux pouvoirs de chaque nation de négocier démocratiquement son insertion dans cette Europe de solidarité. Nous parlons d’une Europe à géométrie choisie… ».

    Passons sur le fait que proclamer que l’on vivrait mieux dans le monde des bisounours, la troisième option, na jamais fait avancer le débat. Mais, une sortie de la Grèce de l’Euro, et à terme, une dissolution de l’Euro, entraineraient-ils ce cataclysme que prévoit Pierre Laurent ? En fait, de nombreux économistes soutiennent aujourd’hui qu’une sortie de l’Euro était préférable, certains conservateurs comme Henkel[6], d’autres progressistes comme Kevin O’Rourke[7] ou Stefano Fassina[8], ancien ministre du PD en Italie, et parmi eux des assistants de Varoufakis[9]. C’est donc un nouveau mensonge de Pierre Laurent que de prétendre que l’option d’une sortie de l’Euro serait le fait du seul Front National. Un mensonge de plus dira-t-on. Espérons, en tous les cas, qu’il soit le dernier.

    [1] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, entretien avec Bruno Rieth, Marianne, 25 juillet 2015, http://www.marianne.net/pierre-laurent-sortie-zone-euro-n-empeche-pas-pression-marches-100235637.html

    [2] Voir le blog de Guillaume Etievant, responsable économique du PG, le 24 juillet 2015,http://guillaumeetievant.com/2015/07/24/soyons-prets-a-sortir-de-leuro/

    [3] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, op.cit..

    [4] Je renvoie à l’article de Jamie Galbraith, qui a travaillé avec Varoufakis publié dans Harper’s,http://harpers.org/blog/2015/07/greece-europe-and-the-united-states/ ainsi qu’aux explications données par Yannis Varoufakis lui-même sur son blog : http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/14/on-the-euro-summits-statement-on-greece-first-thoughts/

    [5] Voir Bibow, J., et A. Terzi (eds.), Euroland and the World Economy—Global Player or Global Drag? Londres, Palgrave, 2007.

    [6] http://www.conservativehome.com/platform/2015/07/hans-olaf-henkel-mep-greece-must-leave-the-eurozone-for-the-good-of-us-all.html

    [7] http://www.socialeurope.eu/2015/07/moving-on-from-the-euro/

    [8] http://www.stefanofassina.it/lavoroeliberta/2015/07/19/sono-daccordo-con-schouble-una-grexit-assistita-unica-soluzione/

    [9] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », inSocialEurope, 23 juillet 2015,http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

    Source : https://russeurope.hypotheses.org/4144

    • https://histoireetsociete.wordpress.com/2015/07/26/le-changement-de-regime-en-russie-neocons-detrompez-vous-par-neil-clark/#comments

      Commentaire:

      Norton
      juillet 26, 2015 at 1:42
      Du bon usage du communisme…(je plaisante…)

      «Ce n’est pas seulement les popularité de m. Poutine qui constitue la pierre d’achoppement selon les neocons pour le « changement de régime ». Le principal parti d’opposition à Poutine et à son parti Russie unie, n’est pas les Pro-OTAN, pro-Israël « libéraux », mais le parti communiste, qui est le parti le plus populaire dans le pays…»

      Où l’on mesure l’ampleur des dégâts causés par la trahison des élites communistes françaises…
      Le PCF, le vrai, est demeuré jusqu’en 81 la composante essentielle de la barrière anti-impérialiste car les USA ne pouvaient prendre appuis sur lui pour coloniser la France et renverser de Gaulle…
      L’action d’un vrai PCF dans l’opposition ne se mesure donc pas seulement au travers des luttes syndicales et du combat social en général mais également à son effet répulsif contre la dictature financière concoctée outre-Manche et outre-Atlantique…

      Triple trahison, donc, de la part des élites communistes, puisqu’en trahissant le communisme et les adhérents du PCF, ils ont trahis la France pour quelques miettes de pouvoir, en abandonnant le poste de garde que le gaullisme avait su si intelligemment leur confier…

      La France est peut-être de droite, mais depuis au moins le Conseil National de la Résistance, une chose est certaine, c’est que la force et l’action du PCF ont largement contribué à la préservation de sa souveraineté et ce, jusqu’à la grande trahison mitterandienne…

      Mitterand n’était ni le « dernier des grands présidents », ni le premier des petits…
      Son intellectualisme lui a permis de dissimuler son vrai visage, mais n’a pu cacher à tous qu’il n’avait d’Auguste que le masque…

      • « Triple trahison, donc, de la part des élites communistes, »
        on peu rajouter dans la foulée que cette trahison est aussi certainement responsable de la progression de l’extrême droite…

  10. Pierre Laurent est le digne successeur de Robert Hue, dont l’ignoble et catastrophique trahison des militants en 1997 est très utilement rappelée et soulignée par Aurélien Bernier dans la vidéo et le livre signalés ci-dessus.

    Le PC n’est même plus l’ombre de lui-même ; à cause de ses chefs.

    C’est le problème de toutes les organisations hiérarchiques : il suffit de corrompre la tête pour paralyser tout le groupe.

    Le parti des ouvriers est complètement dévoyé par une bande de fripouilles qui ne pensent qu’à leurs places et à leurs privilèges d’ « élus ».

    Pauvres ouvriers.

    Et pauvres de nous tous.

    • Les partis politiques sont comme des trains.
      On monte dans un qui était sensé nous mené à Paris et il nous débarque à Lyon. Une fois qu’on est dans le train, on y croit jusqu’à la fin. Ils nous donnent un tas de justificatifs : il faut vivre avec son temps, il faut s’adapter au changement, c’est la mondialisation, il n’y a pas d’autre alternative,…
      Ce qui compte pour eux, c’est que l’on monte dans leur train, qu’on y croit, qu’on joue le jeu des élections.
      Puis, il y en a qui croit qu’en montant dans le train, ils vont pouvoir changer la destination, en négociant… Le train pour Auschwitz arrive à Auschwitz.

    • Pas seulement à cause de ses chefs, Étienne… Les syndicats étaient la boîte à idées du PCF et leurs dirigeants ne valent pas plus cher…

      Le PCF, incapable de la moindre autocritique, c’est figé comme un mort… Il pourrit à la fois de sa tête et de sa base syndicale qui ont en commun de pèter toutes deux dans la soie bruxelloise…

      Pendant qu’ils choisissaient le mobilier de leur bureaux flambant-neufs, la courroie de transmission c’est complètement arrêtée…
      Qu’auraient t’ils bien pu se transmettre, sinon les adresses de leur fournisseurs…?

      On leur laisse combien de temps avant de les traiter de collabos ?

      Pendant qu’on enterre nos paysans, morts salement de cancers étranges, paysans-chimistes, chimistes-paysans qui s’ignorent, pratiquant l’agriculture de l’UE, avec des produits estampillés « CEE », protégés par des scaphandres estampillés « CEE », dans des cabines de tracteurs filtrantes estampillées « CEE »…, pendant qu’on crève au travail à la campagne, donc, ces messieurs choisissent leur mobilier…!

      Pourtant le sénat avait bel et bien réuni une commission sur le sujet, avec des spécialistes qui n’ont pas caché que la dangerosité des produits était largement sous estimée et qu’en conséquence, le matériel de protection répondait à des normes insuffisantes.

      N’y a t’il pas un sénateur de Paris qui s’appelle Laurent ?…, Pierre Laurent…, communiste à la ville,…propre sur lui…, grand défenseur des journalistes et de la presse,…sa principale activité au sénat…?

      Mais on ne l’entend jamais défendre les ouvriers et les employés…,alors les paysans…!

      Il va falloir faire sans le PCF, cette fois-ci,… Moscou n’envoie plus d’ordres…, c’est Bruxelles qui leur jette des cacahuètes…
      Ça change pas mal de choses…

  11. La haute trahison de Robert Hue (puis de ses successeurs) est expliquée ici à partir de la minute 9’05 :

  12. Oui l’affaire grecque révèle bien le caractère de traitrise de la « gauche dite radicale » qui ne l’est que de façade et ce depuis le début : le PG ou FdG sont aussi des Syriza et Podemos, des futurs traitres, dans l’âme, à la cause de ceux qui l’aideront à être élus ou au pouvoir si toutefois, ils y arrivent.https://www.wsws.org/fr/articles/2015/mar2015/npaf-m05.shtml.

    .Bien que WSWS avait prévu d’avance ce qu’il en était de cette pseudo-gauche concoctée par l’élite pour la mener droit dans le mur ou dans la gueule du loup : https://www.wsws.org/fr/articles/2015/jul2015/pers-j25.shtml En effet depuis le début ce journal de gauche d’obédience pourtant trotskiste, dénonce les Varoufakis et autres Tsipra ou Podemos comme autant de leurres adoubés par le FMI ou le Brooking Institute Usa et l’Union Européenne : https://www.wsws.org/fr/articles/2013/fev2013/tsip-f02.shtml.

    Et le FdG/PG avec Mélenchon a sa tête ne fera pas mieux surtout quand on lit qu’il approuve les faits et fait passer pour une victoire ce qui est une défaite programmée : une vraie trahison, il est temps de dénoncer ces Mélenchon, et autres Coquerel, Martine Billard, qui sont prêts à vendre le peuple et ceux qui les élisent au profit de l’UE et les banques…Surtout quand ils désirent rester dans l’UE et prétendent « reformer de l’intérieur » un vaste blague . a part une révolte populaire générale je ne vois pas d’autre façon d’y arriver. Hélas

  13. CLAUDE tu es responsable je t’accuse de m’instruire par la plus belle encyclopédie actuellement avec un prix conjoint ( nobel et trottier ) à ÉTIENNE chouard.
    Pour gagner de l’argent, il faut bien le prendre à quelqu’un…
    Marcel Pagnol (1895-1974)
    Vrai jusqu’en 1912, ensuite les faux monnayeurs impriment l’argent pour eux (supers riches-banksters) les esclaves-pauvres eux n’ont pas cet argent ils doivent travailler au lieu de penser quoi faire pour changer les règles du jeu. Bonne nouvelle aujourd’hui il y un groupe avec comme mentor ÉTIENNE chouard qui en toute humilité la solution se trouve dans la cause des causes. Il s’agit de se servir de notre intelligence collective d’en faire un dénominateur commun, c’est tellement simple que j’ai peur que pour la masse ce soit trop compliqué. ♥ allez à http://www.acrq.org Tout simplement pour arrêter de nous faire voler par les personnes que nous mettons en place pour nous voler, il nous faut être des millions. merci de me lire. serge1trottier@gmail.com

  14. Hors-propos: retour à Dale Scott: j’ai bien compris que selon lui les États-Unis sont actuellement en état de suspension de la Constitution. Vrai?

  15. Bonsoir à tous,
    Je suis peut-être naïf mais j’espère toujours que tsipras a un plan B.
    Actuellement je me dis qu’il y travaille car vu que les conditions qu’il a accepté sont totalement intenables et donc explosives a très court terme.
    Peut-être qu’il attend d’avoir une nouvelle ligne de crédit de la BCE pour redonner la souveraineté monétaire et politique a son pays en les envoyant promener sur la dette? De toute façon on va le savoir très bientôt car le plan de soumission de la grèce ne tiendra pas six mois.
    Sinon le plan B de Varoufakis n’était pas si bête
    http://www.huffingtonpost.fr/2015/07/26/crise-de-la-dette-plan-b-fou-yanis-varoufakis-secret-sauver-grece_n_7875386.html
    D’une manière générale il faudra s’attendre au même style de blocage bancaire de la part de la BCE si nous français ou autres essayons un jour de reprendre le pouvoir alors il vaut mieux commencer a y réfléchir dés maintenant pour ne pas se retrouver dans la même situation que les grecques.

  16. J’ai pris « quelques » heures pour composer le texte qui suit, et que j’ai posté sur le blog de Jacques Sapir (c’est une première que je m’autorisais…), en réponse au texte signalé plus haut par Étienne « Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges ». On y trouvera quelques éléments qui résonnent avec ce débat (notamment avec le message qu’Élisabetha aposté hier après-midi).

    —--

    « illusions sur l’Euro et sur l’Europe, dont il semble désormais que le Parti de Gauche commence à se dégager [2] »

    [2] http://guillaumeetievant.com/2015/07/24/soyons-prets-a-sortir-de-leuro/

    Bonsoir Jacques,

    une fois n’est pas coutume, je ne soutiens pas cette part[ie] d’analyse de votre part — du moins cette impression optimiste, partagée comme par parenthèse, qui aura pu vous animer dans un moment de faiblesse bien compréhensible (chacun a besoin de se laisser quelques temps d’espoir…). Et comme il va sans dire que cette question particulière a une assez grande importance dans le débat « européen », je sors de ma petite retraite temporaire de la vie politique (et je ressors un peu mes dossiers) pour vous faire cette réponse.

    Ayant eu l’honneur, il y a quelques années, d’être affublé quelques mois du titre pompeux de secrétaire national aux affaires européennes et monétaires (1) d’un mouvement qui s’évertua à être le compagnon de route du Front de Gauche, j’ai eu, à l’époque, à consacrer une attention particulière aux déclarations et autres écrits du Parti de Gauche — ce mouvement politique auquel j’ai appartenu aspirait encore, à cette époque, à intégrer le Front de gauche, dont les dirigeants l’ont écarté du fait qu’il appelait à sortir de l’euro et de l’UE et n’entendait évidemment pas négocier ce point (il n’est pas inutile de préciser encore que lesdits dirigeants n’ont fourni à leurs militants que des explications fallacieuses au sujet de cette alliance jamais opérée, illustration parmi d’autres du fait que l’option de la sortie « sèche » de l’euro (a fortiori, de l’UE) était tout bonnement privée de voix au chapitre au FdG, ce qui, je le crains fort, reste le cas).

    I) Même si je préférerais franchement éviter de braquer d’emblée certains lecteurs militants, il me paraît essentiel de commencer par cette mise au point. Jacques Généreux (prédécesseur de Guillaume Étievant au titre de secrétaire national officiellement en charge au PG), dans son petit manifeste « Nous, on peut ! » (p 58), a fait un aveu à peine croyable pour un citoyen qui compterait sur la bonne foi de ses élus : « la Gauche » du temps de Maastricht a accepté de soutenir la création de l’euro… dont elle savait pertinemment qu’il serait intenable. Pourquoi ? Il allait en faire baver les peuples, les travailleurs, les entrepreneurs, mais… justement (!!!) : cela les forcerait donc à se rebeller et, donc, à devoir s’unir (malgré tous les obstacles qu’on imagine, et avec lesquels « la rue », « les luttes », après tout, n’auraient qu’à se débrouiller elles-mêmes)… pour « changer l’Europe » (postulat non discuté, qui exclut bien sûr celui d’un démantèlement de la monnaie unique), ce processus (inhumain) aboutissant dans les faits à la formation du peuple européen… (ce qui était évidemment le but de cette stratégie cynique, autant que la condition du fédéralisme). Je prie le lecteur, au besoin, de relire trois fois ce paragraphe, surtout s’il avait déjà compris la manoeuvre, au point de ne plus s’en émerveiller.

    Naturellement, « on » n’a pas présenté les choses ainsi aux électeurs, ni à l’immense majorité des militants. Et à l’évidence, ce n’est toujours pas le cas (à l’exception rare de propos de ce genre, qu’il faut encore savoir un peu décrypter, ou dont il faut simplement réapprendre à s’émerveiller). J’ajoute, en passant, qu’au regard de la « curieuse » logique décryptée au paragraphe précédent, il faudrait re-considérer jusqu’aux implicites de votre question sur les « illusions » en question… Quoi qu’il en soit, l’une des seules questions qui se pose au présent, à ce sujet, est de savoir si la direction du PG (pour ne parler que de ce cas) a réellement abandonné cette abominable stratégie. A cette question, je considère malheureusement que la réponse reste négative.

    II) Une seconde mise au point me paraît tout aussi indispensable, qui concerne le problème fondamental de « l’union de transferts » — vous avez été (c’est un drame) l’un des rares, à ce jour, à daigner expliquer assez correctement cette question au menu peuple — mais surtout, ses conditions de viabilité.

    1) Il doit être bien clair (ce qui est très rarement dit et encore plus rarement expliqué) qu’un tel mécanisme, pour être à la hauteur des montants concernés et pour être durable (non remis en cause à la première occasion), implique nécessairement le véritable fédéralisme, qui suppose précisément que la loi fondamentale et les instruments juridiques dérivés qui détermineraient notamment — et rendraient automatiques — les compensations financières entre « État membres » (label irrémédiablement confédéral) soient établies par des institutions (légitimes) qui ne seraient plus aucunement dirigées par des représentants des « État membres », mais qui constitueraient un « arbitre » situé « au-delà et au-dessus » de ces derniers. (2) En somme, que les exécutifs nationaux rentrent chez eux (même la chambre haute fédérale ne saurait être composée de gens exerçant simultanément la fonction de députés nationaux, du moins à moyen terme). Sur ce point cardinal, il paraît évident : d’une part, que l’UE demeure aux antipodes du schéma institutionnel nécessaire à la viabilité d’une union monétaire ; d’autre part, que tous les européistes (plutôt que de les qualifier de nationalistes « européens » je préfère, pour cette même raison, parler de suppôts de l’impérialisme) se bercent d’illusions (la folle et meurtrière stratégie susdite constituant en quelque sorte la « défense psychologique » la moins coûteuse face à ce problème).

    2) Avant que l’on me reproche de vouloir tout, tout de suite, je tiens à souligner que, si le verdict du paragraphe précédent semble découler d’une analyse désespéramment statique, celle-ci n’a malheureusement pas d’échappatoire trivial à trouver dans la dynamique. Ou plutôt, il y a que tout reste à inventer, à imaginer. Quand bien même toute une classe politique et toute une intelligentsia, ou presque, se réfugient dans la fuite en avant désespérée ; quand bien même on peut tout à fait concevoir, dans une logique technocratique ô combien avancée, qu’un appareil d’État tout entier se suicide pour passer la main à « l’Europe » (pourvu qu’il reste en vie tout en débarrassant son personnel des responsabilités politiques) ; quand bien même, allons-y gaiement, on peut imaginer que les défis de la diversité des langues et de l’organisation pan-européenne des « luttes sociales » trouvent (à moyen terme) des solutions géniales à coups de technologie et de cybernétique ; quand bien même, encore, cette population qui se fait à tout accepterait (à moyen terme), pour les besoins de l’union monétaire, d’aller boucher les trous du « marché du travail » non plus à 500 bornes de chez elle mais, assez durablement, aux confins du continent (ça commence franchement à faire beaucoup pour constituer un peuple), il y a que les classes dirigeantes, d’ici ou d’ailleurs, n’ont elles-mêmes aucun intérêt égoïste à trouver dans la re-constitution d’un système dont elles ont si bien profité de la désagrégation au plan national : un régime parlementaire un tant soit peu digne de ce nom… Ou l’on devrait finir par comprendre que le « posturalisme » (F. Lordon) des tenants de l’internationalisme mal compris (F. Lordon encore [par la négative]) à de quoi s’enliser longtemps… sauf à ce que l’épreuve des faits en vienne à torturer autre chose que les gueux sans-voix qu’ils prétendent défendre — je peine à m’interdire ici de commenter l’affreux révisionnisme que le chef du mouvement pour la 6e République version PG, parachuté politicard professionnel (rien que son CV en ligne laisse songeur), en croyant convoquer Marx, a développé dans un texte qu’il a composé en opposition frénétique au tirage au sort (sa seule qualité est de présenter le plus naïvement qui soit ce à quoi en est arrivé le socialisme institutionnel).

    Je souhaiterais ici ouvrir une parenthèse, en particulier à l’adresse des économistes de profession (ou de formation). La théorie (largement admise, semble-t-il) de la « zone monétaire optimale » me semble recourir à plusieurs concepts dangereusement mal ou mal formulés, et en définitive elle me paraît très problématique dans son ensemble, du moins dans l’usage qu’on ne peut manquer d’en faire (Mundel lui-même n’a-t-il pas soutenu la création de l’euro ?). En un mot, d’abord, elle est supposée établir les conditions de viabilité d’une union monétaire, alors que nous savons, y compris par l’expérience, que toutes les tentatives d’union monétaire finissent par échouer… Autrement dit, alors qu’une monnaie unique ne fonctionne pas (sauf, justement, dans un cadre national, dans lequel l’emploi de ce terme n’a plus guère de sens, la mention de l’unicité relevant de la tautologie). Ensuite, la notion d’ « accord politique entre les États-membres » est éminemment trompeuse : comme je l’ai dit plus haut, c’est un oxymore (une contradiction dans les termes), pour la bonne raison que la condition même de la soutenabilité de cet accord fondamental (et de la viabilité de l’union monétaire) est que lesdits « État-membres » ne doivent pas, eux-mêmes, être en position de le remettre en cause, ce qui fait d’eux de simples États fédérés dans un système fédéral au sens strict (pour qui admet les points 1) et 2) ci-dessus, la confédération n’est pas seulement un mode distinct de la fédération, ces deux modes sont aussi et surtout antagonistes). Du reste, cette notion même de « zone monétaire optimale » forme un dangereux euphémisme : en réalité, elle devrait signifier rien moins que les conditions de viabilité de l’union monétaire, sauf à supposer que la dynamique du processus institutionnel puisse déboucher sur le fédéralisme (retour à la dynamique désespérée dont je parlais à l’instant : il est extrêmement douteux que l’on puisse modifier de l’intérieur un système confédéral pour le rendre fédéral). (3)

    La plupart des discours autour des notions d’ « union de transfert » et de « zone monétaire optimale », enfin, font appel à une dernière formule problématique, reposant sur un postulat implicite qui me paraît fortement suspect : on y présente les transferts financiers inter-« régions » comme essentiellement conjoncturels, liés à des « chocs » économiques plus ou moins passagers. Vous parlez d’ailleurs, ici même, d’une période limitée à 10 années environ — pour le niveau calculé « entre 8% et 10% » du PIB de l’Allemagne (et ensuite, plus rien ?). Je conteste également cette hypothèse du caractère seulement conjoncturel des transferts, pour la simple raison que, par hypothèse, il s’agit de viabiliser à long terme une union monétaire, ce qui, encore une fois, impliquerait la fédéralisation au sens strict. En clair : dans un cadre national, il ne s’agit évidemment pas d’implanter une industrie aéronautique en Lozère et en Ardèche pour que ces « régions » atteignent tel niveau de PIB par tête égal à celui de chacune des autres, afin d’être en mesure d’équilibrer leur balance commerciale avec le département du Rhône ou l’Île-de-France… Pour la même raison, on sait qu’à terme, l’union monétaire a pour conséquence de pousser à concentrer l’industrie automobile à Détroit, telle activité ici, telle autre là, et on en revient au problème crucial, évoqué plus haut, de la mobilité du « facteur de production travail » à l’échelle d’un gros morceau de continent — avec des déplacement sur des durées longues, qui ne soient pas seulement ceux d’une classe de managers déracinés (qui véhicule une idéologie du déracinement). Soit on vise l’union monétaire, donc la fédéralisation (à supposer que le projet soit tenable), et alors on parle bien de transferts (massifs) en grande partie structurels et non pas conjoncturels, soit on parle de transferts essentiellement conjoncturels… mais on n’ambitionne qu’une forme institutionnelle bâtarde et un projet politique bancal ou inhumain. Pour le dire encore autrement, soit on exige de la Grèce d’équilibrer sa balance commerciale avec les autres États-membres, soit on fait une monnaie unique et une véritable fédération européenne (et un peuple européen…) mais on ne demande justement plus, dans ce cas, à des « régions » agricoles, touristiques, montagneuses ou autrement « enclavées » de maintenir une telle balance. Là encore, donc, nous voyons des formules bâtardes, reposant sur des postulats inconséquents, qui ont surtout pour effet de tromper quant à ce qui est viable et de soutenir l’exigence des classes dirigeantes d’obtenir du peuple le beurre et l’argent du beurre. Et en particulier, les transferts de souveraineté sans les transferts de responsabilité.

    III) En écrivant « il semble désormais… », vous paraissez considérer que la « doctrine Étiévant » marque une évolution par rapport à la « quatrième voie » de J. Généreux, position présentée notamment dans l’ouvrage cité en I), ou bien que cette dernière propose une stratégie qui tiendrait enfin un peu la route. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas mon avis.

    En un mot, la voie que le PG propose continue de traîner le défaut rédhibitoire d’essayer de changer les traités UE pour viabiliser, en particulier, la monnaie unique. Si sortir de l’euro, pour la direction du PG, n’a surtout pas à être un préalable, c’est précisément parce que sa priorité, en dépit de tout son baratin assurant qu’on n’hésitera absolument pas à sortir de l’euro « si on ne nous laisse pas d’autre choix » (tout est dit), est toujours de sauver l’euro et l’UE. Or, outre que les réformes considérables qui seraient requises pour maintenir l’euro (et le rendre plus social et démocratique, ce qui est la même chose) supposeraient un accord unanime des vingt-huit, outre que cela supposerait sans doute, de surcroît, de la part de l’Allemagne, de se défaire en bonne part de l’ « idiosyncrasie » (F. Lordon encore) monétaire que l’on sait, il y a qu’on parle dans le vide de « refonte radicale des traités européens » du fait que la condition fondamentale de la structure fédérale — a fortiori, celle de la dynamique qui pourrait y mener (pas dans 50 ans) — n’est, assurément, pas du tout explicitée (qu’elle effraie une majeure partie des électeurs et des militants, et ceci d’ailleurs de plus en plus, est une chose, mais ce n’est évidemment pas une raison de la masquer, bien au contraire).

    Dans la même logique, le candidat présidentiel (et présumément hostile au « présidentialisme ») du PG entend obtenir pour mandat de choisir lui-même, dans le fil d’une navigation à vue dans les arcanes de la finance et des Conseils européens, de la sortie ou non de l’euro… Belle avancée que cette « quatrième voie » : la même impasse à la clef, plus un nouveau chèque en blanc… Et le PG feint de ne pas comprendre que le peuple ne gobe pas massivement sa proposition, alors qu’elle empeste la cachotterie. Plus accessoirement, dans le texte auquel vous vous référez, Étievant présente avec une candeur inouïe la question de la sortie de l’euro comme un argument bassement électoraliste… — fut-il contre-productif à ses yeux (il en appelle opportunément à la confirmation par les faits, dans le cas de la Grèce et de Syriza, sans songer (ou en faisant semblant de ne pas songer) que ladite expérience électorale, par elle-même, ne démontre pas du tout que Syriza n’aura pas obtenu encore plus de voix si son programme avait celui d’une sortie annoncée de l’euro… mais il n’y a rien de surprenant à ce que, sur la base d’un projet bancal et, qui plus est, occulte, on ne compte plus les prises de liberté avec la logique).

    Je crains de distraire le lecteur de l’essentiel en commentant cette énième version floue de la rhétorique PG, qu’Étievant développe en quelques phrases dans le billet en question. Mais rigueur et transparence obligent, il me faut aussi en passer par là, et le mieux est même d’en citer in extenso presque toute la (seconde) moitié :

    « Ce que porte aujourd’hui le Parti de Gauche, c’est que quel que soit l’état du rapport de force au niveau européen, s’il arrivait au pouvoir, il appliquerait son programme, en désobéissance avec les traités européens et avec un contrôle immédiat des mouvements de capitaux pour permettre la mise en place de sa politique. S’ensuivrait une crise diplomatique en Europe qui pourrait amener à une renégociation des traités (a), mais qui pourrait également conduire au même type d’étranglement que celui qui vient de faire plier le gouvernement d’Alexis Tsipras : le blocage des liquidités par la BCE. Alors, il faudra sortir de l’euro (b) et être prêt à cela (c).

    Au Parti de Gauche, nous assumons que nous travaillons à un plan B (d) : si notre stratégie de désobéissance aux traités n’aboutit pas à une refonte radicale des traités européens (e), nous
    organiserons une sortie négociée de la zone euro (f), qui conduira à un changement radical de structure monétaire, via l’instauration d’une monnaie commune (g). (…)

    La position du Parti de Gauche est donc claire (h) : nous ne ferons aucun sacrifice pour l’euro et nous en sortirons plutôt que de renoncer à notre politique (i). Mais nous considérons que le
    préalable au changement n’est pas la sortie, mais bien au contraire (j) la bataille politique pour créer une crise diplomatique et politique au sein de l’Union européenne. C’est cette bataille qui, soutenue par les mouvements sociaux, permettra de conscientiser et de fédérer les peuples européens (k). Notre but stratégique est l’application de notre programme et donc la sortie de l’austérité.
    Faire de la sortie de l’euro ou de l’Union européenne un but en soi, c’est détourner notre combat de son horizon : sortir de la domination du capital sur la vie. (l)

    Notre sortie de l’euro et notre désobéissance aux traités mettront fin à l’Union européenne (m). Car il n’y a pas d’Union européenne sans la France. Ce ne sera donc pas à la France de sortir de l’Union européenne (n), ce qui serait une position qui nous minoriserait et qui ferait le jeu de l’Allemagne et de ses alliés (o). La France devra construire d’autres solidarités avec les gouvernements qui le souhaiteront dans un nouveau cadre européen et internationaliste. (p) »

    Fichtre…

    (h) : Une position très claire, en effet…

    (a) / (e) / (j) / (n) : il est surtout très clair que le PG continue à vouloir changer l’euro et l’UE, autrement dit à vouloir qu’on y reste, que cela reste (donc) son objectif prioritaire, et qu’il continue à ne surtout pas aborder la question institutionnelle fondamentale (de la mutation fédérale nécessaire à la viabilisation de l’union monétaire), tandis qu’il distrait les gens avec un ou quelques hochets (comme si un contrôle national des mouvements de capitaux était durablement praticable dans le contexte d’un marché unique affublé d’une monnaie unique…).

    (k) : formule visant, à l’instar du passage du livre de J. Généreux évoqué au début de ce message, à conférer une apparence de respectabilité à la cynique « stratégie du pire » susdite — où il est confirmé une nouvelle fois que le PG ne s’est pas démarqué de cette stratégie inavouable que Généreux attribue pudiquement à « la Gauche » (de l’épisode Maastricht). Plus « poliment », on en remet encore et encore une couche pour ancrer dans les esprits le mythe d’une « construction européenne » voulue par les européens et au service des européens, auxquels il n’est toujours pas proposé la moindre perspective d’évolution institutionnelle viable, simplement de se démerder seuls pour former, dans la douleur et sous la terreur, un peuple européen on ne sait comment.

    (b) / (c) / (d) / (f) / (g) / (i) : il est aussi très clair qu’on ne saura même pas à quoi consiste au juste le plan B du PG… alors qu’il devrait justement être bien clarifié. Sauf pour les ignorants ou les naïfs, sur les voix desquels « on » compte, il y a un gouffre entre une sortie « sèche », nilatérale, de l’euro (ou de l’UE) et une sortie « négociée »… aux fins d’établir une monnaie commune, c’est-à-dire non seulement négociée mais concertée (on reconnaît à ce symptôme, qu’on retrouve particulier dans le programme du Front national, la résolution à ne pas sortir…). Sans chercher à être du tout exhaustif, il y a, en particulier, ce « point de détail » que constitue la nécessité d’une unanimité des dix-sept (et même des vingt-huit), difficultée combinée à un cadre ô combien pressurisant et à un problème décisif de timing sous (disons) la pression des « marchés financiers » et (selon l’objectif suivi, ici une sortie « de Gauche ») dans l’optique éventuelle de démanteler ces derniers (comme J. Sapir, ou encore, Nikonoff, respectivement, l’ont amplement expliqué). Parlant de timing (dans le cas plus directement ambitieux d’une sortie de l’UE), il est manifeste que la plupart des gens qui parlent de l’article 50 ne l’ont pas lu : il est tout à fait abusif de voir dans cette clause la permission d’une sortie par décision réellement unilatérale (l’aval de certaines institutions UE étant explicitement requis, celles-ci gardant même le contrôle du calendrier), et il est parfaitement évident qu’elle forme ce qu’on appelle une mesure dilatoire (en l’occurrence, c’est une mesure permettant de gagner du temps afin de dissuader le candidat à la sortie, notamment au motif d’assurer la continuité de la « juridiction » ô combien démocratique de l’OMC, l’article 50 faisant explicitement référence à l’article 88) — un grand mérite de la position de Nicolas Dupont-Aignan (quoiqu’elle ne me semble pas entièrement claire), est précisément de rejeter l’idée d’un recours à cet article 50 qui est un piège et une offense (un État n’a pas à négocier sa sortie selon des modalités imposées par le cadre dont il sort, ce qui ne signifie évidemment pas qu’il aie intérêt à ne rien négocier mais que c’est à lui de définir ce qui mérite de l’être).

    (j) / (l) : où l’on continue d’assurer les gens qu’on peut aboutir à un euro non austéritaire, social et démocratique, bref, supportable (en s’acharnant, une fois encore, à ne pas parler du principal, d’un cadre institutionnel requiérant un bouleversement complet, impliquant que les exécutifs nationaux perdent tout pouvoir au plan européen).

    (o) : naturellement, le PG, qui continue odieusement à assimiler la volonté de sortir de l’euro et de l’UE au « nationalisme », en arrivera et en arrive déjà, à l’instar de tous les autres
    européistes, à recourir à la rhétorique nationaliste : c’est (une fois de plus) la faute à « l’Allemagne ».

    (p) : on en reviendrait donc surtout à l’horizon désespérant d’un cadre européen, priorité douteuse au sens de l’internationalisme.

    (1) Je ne suis pas économiste de formation, juste un ingénieur en mécanique qui, certes, avait passé une grosse décennie de mes temps libres à me former. J’ai depuis « repris ma liberté » vis-à-vis de cette organisation, non par désaccord politique mais du fait d’obligation personnelles, principalement (du reste, disons que je n’attends pas d’un parti politique qu’il soit un miracle
    démocratique).

    (2) F. Lordon, par exemple, a proposé cette importante clarification, mais ne l’a malheureusement pas poussé explicitement jusqu’à ses conclusions ultimes, portant sur la structure institutionnelle : « (…) ce qui persiste de transferts financiers interrégionaux automatiques, liés au poids dominant du budget central, conduit objectivement les régions les plus riches à soutenir les plus pauvres, mais sans que ces contributions soient vécues par les contributeurs comme une charge contingente dont ils auraient été injustement lestés, par là propre à nourrir une protestation acrimonieuse. Faute de poser le problème en ces termes, les discours qui en appellent avec des trémolos à la « solidarité » (financière) des peuples européens (« Nous devrions nous montrer solidaires avec la Grèce »), ou au contraire qui stigmatisent l’« égoïsme » de l’Allemagne, se condamnent au dernier degré de l’inanité politique — par dissolution dans un consternant bouillon moraliste. (…) » — http://www.monde-diplomatique.fr/2014/04/LORDON/50301#nh4

    (3) Pour aller un peu plus loin sur le sujet, je me permets de vous signaler ce texte que j’ai composé un peu plus tard, également à titre personnel : http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/nous-on-veut-pourquoi-il-faut-118812

  17. [Edit (28/7/2015 17h30) :

    Pour bien lire le texte suivant, il faut souligner que son auteur, Zoe Konstantopoulou, est une eurolâtre déterminée, un de ces innombrables politiciens de métier qui nous ont jetés en 1957 — et qui nous enferment encore aujourd’hui — dans le piège antidémocratique et colonial que sont l’UE, l’euro et l’OTAN. C’est-à-dire que cette dame se lamente ici (avec talent) des conséquences épouvantables dont elle impose ELLE-MÊME les causes profondes à son peuple (puisque c’est bien elle qui est au pouvoir, et pas les Grecs), soit par aveuglement dogmatique, soit par duplicité.

    Il y a donc une façon de lire ce discours qui consiste à noter surtout que JAMAIS, pas une seule fois, cette dame ne propose de (simplement, logiquement, courageusement, résolument, puissamment) SORTIR du piège dont elle dénonce les méfaits.

    É.C.]

     

    Discours de Zoe Konstantopoulou au Parlement grec le 22 juillet 2015 :
    La soumission totale d’un pays démocratique à la volonté d’autres gouvernements ne constitue pas un accord

    « En ma capacité de Présidente du Parlement, j’ai écrit au Président de la République grecque, M. Prokopis Pavlopoulos et au Premier ministre Alexis Tsipras pour leur faire remarquer qu’il est de ma responsabilité institutionnelle de souligner que les conditions dans lesquelles cette loi est présentée n’offre aucune garantie que la Constitution sera respectée, pas plus que le processus démocratique que doit favoriser le Parlement dans l’exercice du pouvoir législatif, pas plus qu’elle ne permet aux députés de voter en conscience. Nous nous trouvons dans une situation de chantage flagrant exercé par les gouvernements d’autres États membres de l’Union européenne sur ce gouvernement et sur les membres du parlement. En effet comme le reconnaît le Ministre de la Justice que je respecte profondément comme il le sait, à cause des exigences d’autres États membres, le parlement ne peut pas amender le texte de cette loi qui constitue une intervention majeure dans le fonctionnement de la justice et dans l’exercice des droits fondamentaux des citoyens, d’une manière qui nie le fonctionnement de la démocratie grecque en tant qu’État de droit qui doit préserver la séparation des pouvoirs selon la Constitution ainsi que le principe de jugements équitables.

    Actuellement, les ministres sont obligés de présenter des mesures législatives qu’ils désapprouvent (et la déclaration du Ministre de la Justice est révélatrice à cet égard), des mesures auxquelles ils sont en fait directement opposés, et les députés sont obligés de les voter alors qu’ils y sont également opposés, comme l’exprime clairement chacune des prises de position des députés appartenant aux deux familles politiques de la majorité.

    Tout ceci se passe sous la menace d’une faillite désordonnée et révèle qu’en fait ces mesures qui sont une exigence préalable de gouvernements étrangers, constituent une tentative de mener à terme la dissolution de notre système, car elles prévoient une intervention majeure dans le troisième pouvoir indépendant, à savoir la justice. Ces mesures veulent miner la fonction judiciaire et supprimer des garanties fondamentales à un procès équitable et les droits fondamentaux des citoyens.

    Je considère qu’il est de mon devoir institutionnel de réagir en tant que Présidente du Parlement et de demander à mes homologues de tous les parlements des États membres de l’Union européenne, ainsi que je l’ai déjà fait dans le passé et comme je l’ai fait dans ma lettre au Président du Parlement européen, et d’appeler à s’opposer à pareille dissolution.

    De même dans ma lettre au Président et au Premier Ministre, qui sera reprise dans le compte-rendu, je leur demande d’informer leurs homologues des conditions de chantage dans lesquelles nous sommes amenés à voter.

    Monsieur le Ministre, je m’adresse à vous en me référant aux fonctions que j’occupais lors de la législature précédente : le groupe parlementaire de SYRIZA et le Premier ministre actuel, alors chef de l’opposition, m’avaient placée à la tête du groupe parlementaire pour la transparence, la justice et les droits humains. Précédemment, à ce titre, je vous ai félicité pour les projets de lois que vous avez présentés, et particulièrement pour votre projet de loi sur le système pénitentiaire. Aujourd’hui, en cette capacité, je vous dis qu’il est évident que personne dans le groupe parlementaire de SYRIZA ne peut soutenir les clauses de cette loi puisque pendant la législature précédente, le groupe parlementaire de SYRIZA s’est expressément et farouchement opposé à ces mêmes mesures, qui là, non sans ironie, nous sont présentées sous une forme quasi identique au projet de votre prédécesseur M. Athanassiou, et sont imposées avec une urgence proprement choquante par les créanciers afin de se débarrasser définitivement de la démocratie.

    En effet, exactement comme ils ont essayé de transformer le NON du peuple grec en un OUI tant dans le communiqué du sommet de la zone euro que la loi présentée ici à nouveau en urgence le mercredi 15, ils essaient ici de transformer en OUI, 93,12% de NON lors du référendum organisé auprès des avocats en décembre 20141.

    Ces démarches qui nient les résultats de deux référendums montrent clairement que pour les créanciers tout processus démocratique est vain, que la démocratie directe par laquelle se sont exprimés les citoyens ou les avocats n’a aucune pertinence. C’est là un message empoisonné pour les sociétés européennes, c’est un message dont la gauche et SYRIZA doivent empêcher la propagation.

    Il est clair que l’objectif visé est l’anéantissement du gouvernement et du groupe parlementaire qui le soutient, par le chantage. Il est clair que ce qui est mis en cause est la démocratie dans notre pays. Ce qui nous est demandé, ce qui m’est demandé par les créanciers, c’est en fait de leur remettre un sceau qui dirait « Parlement grec » pour valider leurs diktats.

    Il n’est pas acceptable qu’aujourd’hui, après la lutte acharnée menée en novembre 2012 par SYRIZA et la commission pour la transparence, la justice et les droits humains contre les 800 pages de manipulation antidémocratique que constituaient ces mesures, le gouvernement soit obligé par le chantage de présenter deux articles comprenant 977 pages, le premier contenant 1008 articles du Code de Procédure civile et l’autre 130 articles transposant une directive européenne, dont beaucoup couvrent deux à trois pages ; le résultat recherché est l’humiliation. Le gouvernement de gauche ne peut pas être obligé de présenter ces mesures urgentes, dans des délais intenables, alors qu’il les a dénoncées par le passé.

    M. le Ministre, je sais qu’en m’adressant à vous, je frappe à une porte ouverte puisque vous avez combattu ces mesures, vous avez analysé les raisons qui font que ce code devait être retiré en 2014, et l’a d’ailleurs été, ce qui était une grande victoire non seulement pour les avocats qui s’étaient battus pour défendre les citoyens mais aussi pour les mouvements citoyens, pour toutes ces associations qui s’étaient mobilisées, et enfin pour le principal parti d’opposition de l’époque et pour l’opposition dans son ensemble.

    C’est cette victoire qu’ils veulent transformer en défaite pour envoyer le message que nous devons légiférer sous l’égide de la peur. M. Juncker a dit sans vergogne : l’accord a été obtenu par la peur. Est-il possible que ceci soit jamais accepté et toléré dans une Union européenne qui reprend dans ses principes fondateurs la protection des droits des citoyens et de la démocratie ?

    M. le Ministre, le NON des avocats en décembre 2014 voulait et veut toujours dire NON à des évictions en référé, NON à des mises en vente forcées, NON à des procès bidons sur papier qui court-circuitent les procédures d’audience, NON à la détérioration de la justice, qui est un pilier de la démocratie, il veut dire NON à la destruction des droits constitutionnels des citoyens.

    Quand à l’été 2014, M. Hardouvelis a repris à son compte l’obligation imposée par la Troïka de compenser toute conséquence de décision judiciaire qui irait à l’encontre des clauses des protocoles d’accord, l’opposition d’alors, la commission pour la transparence, la justice et les droits et le département de la justice de SYRIZA ont été les premiers à proclamer que c’était intolérable, qu’une telle ingérence dans le fonctionnement judiciaire était inacceptable, et pourtant, c’est ce même projet qui nous est imposé sous le chantage. Il serait donc bon que les collègues et camarades, que je respecte sans exception, n’oublient pas leurs convictions et n’aillent pas parler d’accord. La coercition n’est pas un accord. Le chantage n’est pas un accord. La soumission totale d’un pays démocratique à la volonté d’autres gouvernements et d’autres pays n’est pas un accord.

    Et nous ne devons pas oublier nos convictions parce qu’alors nous pourrions aussi bien tout oublier et en venir à parler de ces textes comme s’ils étaient à nous. Ils ne sont pas à nous, le contenu de cette loi, ce n’est pas le souhait et la volonté du gouvernement. C’est aussi manifeste, M. le Ministre, dans le fait que vous ayez créé une commission spéciale pour étudier un nouveau code de Procédure Civile.

    Et ce n’est pas non plus le souhait des députés qui vont voter pour et font partie de groupes parlementaires qui soutiennent le gouvernement. Ils ne souhaitent pas appliquer ces mesures inhumaines, qui laissent les citoyens (surtout les emprunteurs) sans aucune défense face aux banques.

    M. le Ministre, vous le savez, vous, mais peut-être les citoyens ne le savent-ils pas aussi bien, qu’à la tête de la commission qui a rédigé ce code se trouvait M. Chamilothoris, qui était responsable de l’odieuse loi 4055 sous le mémorandum de 2012, une loi qui a été dénoncée non seulement par des associations mais aussi par les avocats et des représentants de l’appareil judiciaire et que SYRIZA s’est engagé à faire abroger, vous le savez aussi que des membres de cette commission étaient des conseillers de banques privées. Il ne doit donc faire aucun doute que l’objectif est à nouveau de dépouiller les citoyens au profit des banques, de servir les banquiers au détriment des citoyens.

    Nous ne devons pas permettre que cet objectif soit atteint, un objectif que vise précisément l’adoption aujourd’hui de ce Code de Procédure Civile et je voudrais ici vous demander à vous et à mes collègues avocats de vous exprimer franchement ; voter une loi n’est pas à prendre à la légère, ce n’est pas juste pour un temps, et ça n’a rien d’une plaisanterie. Il va s’agir d’un cadre législatif qui stipule que l’État grec cède le pas aux banques et passe après elles en cas de liquidation. Il va s’agir d’un cadre législatif qui stipule que les travailleurs cèdent le pas aux banques et passent après elles en cas de liquidation. Il ne suffit pas de dire que ce que nous votons maintenant nous ne l’appliquerons pas. Ils nous diront « Vous l’avez voté » et quelle que soit la position que nous occupons, nous savons que ce n’est que pour un temps.

    Il s’agit d’une loi applicable à partir du 1er janvier 2016. Cela montre bien qu’il n’y a pas urgence et que nous pouvons prendre le temps de débats dans des conditions normales mais soulève également de grandes inquiétudes quant aux aspirations et aux capacités de nuire de ceux qui cherchent à renverser ce gouvernement et à humilier les forces politiques qui le soutiennent, dont l’objectif immédiat est de les discréditer aux yeux des citoyens.

    Collègues, en tant que députée de SYRIZA je ne pourrai jamais voter cette loi ; en tant que responsable de la commission pour le contrôle du travail parlementaire sur des questions de justice, transparence et droits humains du groupe parlementaire de SYRIZA, un poste où pendant trois ans j’ai combattu les attaques des Protocoles d’accord contre la justice et les droits humains mais aussi l’orgie de corruption et d’intérêts privés inscrite dans les Protocoles, je ne pourrai jamais voter cette loi ; en tant qu’avocate, je ne pourrai jamais voter cette loi, et en tant que Présidente du parlement, je ne pourrai jamais rendre légales des procédures qui font du Parlement un élément décoratif, qui nient son rôle de garantie du citoyen, qui circonviennent la conscience de parlementaires et finalement se débarrassent de la démocratie. Je vous remercie pour votre attention. »

    Traduit par le CADTM

    Source CADTM : http://cadtm.org/Discours-de-Zoe-Konstantopoulou-au

    • Un coup d’État sous faux drapeau

      Cette déclaration que Mme Zoi Konstantopoulou a faite devant le Parlement grec le 22 juillet 2015 est l’un des messages politiques les plus répugnants que j’aie vus passer cette année (ce qui n’est évidemment pas peu dire). Mais si vous croyez déjà me voir venir, je crains que vous n’y soyez pas du tout.

      Il est certain que le contenu de ce propos aura révolté beaucoup de monde (et c’est bien le problème, disais-je) : les grecs souffrent, ils vont souffrir toujours plus, les violations des mécanismes démocratiques les plus élémentaires sont même flagrantes, et tout cela se produit sous l’action de la Troïka (au service de ces horribles et implacables « marchés financiers ») – et même par le « chantage flagrant exercé par les gouvernements d’autres États membres de l’Union européenne sur ce gouvernement et sur les membres du parlement » (pour qui douteraient encore que l’UE nous ramène au nationalisme).

      C’est effectivement à vomir. Mais ce qui rend cette déclaration spécifiquement scandaleuse n’est justement pas à chercher dans ce que cette déclaration dit — n’avez-vous pas remarqué, d’ailleurs, à la longue, qu’en fait, à peu près tout le monde dit peu ou prou la même chose, … dont l’immense majorité des européistes, faux internationalistes et autres « posturalistes », qui seront d’ailleurs réjouis de voir cette dame en rajouter une couche, valider le hurlement des loups avec le tampon de sa légitimité élective ?

      Le plus odieux, de très loin, réside précisément dans ce qu’elle ne dit pas :

      1) Pas une seule fois elle évoque la sortie de l’euro, ne fut-ce que comme une possibilité qui existe pour libérer d’un coup son peuple de ces fléaux, et la « démocratie » grecque de ces violations de procédures toujours plus caractérisées ; pas une seule fois elle se réfère aux mécanismes institutionnels UE pour y chercher une cause profonde de ce qu’elle présente ici comme un coup d’État, là comme une colonisation, ou là encore comme un « totalitarisme économique » (on nous vole tous les mots) ;

      2) pas une seule fois, non plus, elle rappelle que ce Parlement grec, auquel elle s’adresse ici, dans lequel son parti (sa coalition) est majoritaire (et qu’accessoirement elle préside), a le pouvoir INT֤ÉGRAL, d’une simple signature, de faire sortir son pays de l’Union européenne, de l’euro, ou d’organiser un référendum sur ces questions. Et non pas sur des questions (comme le paiement ou non de telle échéance) qui ne mènent qu’au milieu d’un gué pour très vite ramener, comme chacun le comprend ou, du moins, le constate, à la case départ — dans une autre déclaration récente, elle a passé beaucoup de temps à dire ce que le oui ou le non grecs veut dire et ne veut pas dire, et bien sûr, en bonne pale copie d’une numéro 2, 3, 5 ou 10 d’un PG français, elle a insisté notamment pour dire que si un oui n’aurait pas signifié un « oui à l’Europe »… le non ne signifiait pas une volonté du peuple grec de sortir de l’euro.

      Ni vu ni connu…

      Et ça va tourner en quelques jours sur des milliers de blogs, nourrir des dizaines de milliers de commentaires tout aussi larmoyants, et ce nuage de fumée rendormir les peuples. (1)

      La moindre des choses, faute de remplir ses devoirs élémentaires, si elle ne les a pas compris (elle enfume d’autant mieux le lecteur qu’elle ne fait que parler de ses devoirs dans les petits détails pour mieux ne pas rappeler quels sont les principaux), soit si elle se croit effectivement si impuissante, serait encore de démissionner.

      Car il est bien possible qu’elle soit aveuglée par son idéologie. Mais le peuple s’en fout, du moins ça ne change rien à son affaire. Il est très secondaire d’apprendre, par exemple, que son papa, qui fut même ministre quelques mois, dirigea pendant dix ans un parti (Synaspismos) qui, en gros ancêtre de Syriza, vota oui à Maastricht, ou qu’avant de se faire payer les frais de scolarité de l’Université de Columbia, elle a bénéficié d’une bourse Erasmus, en plus des faveurs de a princesse française, pour étudier le droit européen (et international).

      En France, le Président et le Premier ministre manifestent dans la rue, pour dire qu’ils « sont Charlie » (une évidente offense à ses morts, on n’est plus à une ignominie et à une propagande grotesque près), au lieu de faire leur boulot et de combattre le terrorisme, ce qui devrait consister d’abord à s’abstenir de fermer les yeux sur qui le finance, ensuite à affranchir leur pays de son empire ; en Grèce, la Présidente du Parlement, numéro deux de l’État dans l’ordre protocolaire, représentante éminente du parti du chef de l’État, se fait passer et le fait passer pour totalement impuissants alors qu’ils devraient avoir à assumer chacune des misères du peuple grec, qui ne sont pour eux qu’un moyen de nous enfumer pour le compte de l’empire.

      Le plus scandaleux, dans cette déclaration de Mme Konstantopoulou, est précisément qu’elle voile totalement la réalité du pouvoir légitime alors qu’elle est de son fait. Elle viole ainsi ce qui constitue le tout premier devoir des « représentants » ; car du point de vue du citoyen qui voudrait pouvoir s’y fier, ce qui est en quelque sorte, en retour, son premier droit politique, il n’y a effectivement plus de définition des Pouvoirs, de séparation des Pouvoirs (ce qui est la même chose). (2) Un faux constat signé par le Pouvoir, au nom même de la démocratie.

      (1) Je précise que j’avais prévu de faire cette réponse avant l’ « edit » qu’a inséré Étienne tout à l’heure (avouons même que notre hôte s’est fait passer un savon par votre serviteur…), non pas pour me faire mousser ou je ne sais quoi, mais simplement pour rappeler que, sous le coup de l’émotion et dans la précipitation que semble nous imposer sans cesse un calendrier dont nous ne décidons pas, nous sommes chacun susceptibles de nous laisser aller à relayer à peu près n’importe quelle propagande pourvu qu’elle soit larmoyante), et que cette dictature de l’urgence qui en résulte dans les débats est un drame, elle anéantit la capacité de ceux qui le voudraient de mener le minimum de recherches et de communiquer ; bref, que cela fait plonger le niveau des débats, et sauf à en prendre conscience et à se faire violence, chacun, c’est irrémédiable et ça ira de mal en pis.

      (2) Et puisque nous en revenons, très logiquement, à la chasse hystérique au « conspirationnisme », il nous faut ajouter cette dernière remarque élémentaire : par construction, un Pouvoir qui n’est pas défini est usurpé. Tyran : du grec ὁ τύραννος, littéralement « celui qui a usurpé le pouvoir », sans connotation nécessaire de brutalité.

      • Ce que disent les représentants est intéressant, mais les gens ? Depuis ici, il est très difficile de savoir si les citoyens grecs souhaitent quitter l’euro.

        • Ce qu’ils disent… et, plus encore, parfois, disais-je, ce qu’ils ne disent pas.

          Et surtout ce qu’ils ne font pas. On se pignole et on se frictionne avec des résultats de référendums qui ne nous sont jamais qu’octroyés ; le plus athée et le plus féroce anti-UE en est réduit, admettons-le, à se voir secrètement bénir le ciel qu’on les ait eus, ces questions et ces réponses, alors qu’évidemment, en 2005 ici et en 2015 en Grèce, quitte à dissuader les gens d’aller à la pêche, ça ne coûtait à peu près rien d’ajouter ce genre de question : quitter l’euro O/N, quitter l’UE O/N. Et tant qu’à faire : Quitter l’OTAN O/N, Quitter l’OMC O/N.

          Tout au plus a-t-on quelques bouts de sondages, octroyés par le journal de monsieur untel et celui de monsieur untel, sur des questions rarement non faussées d’ailleurs, et nos gouvernement pas de gêne que l’on ait à s’en contenter. « Depuis ici il est très difficile… » : tu sais bien que c’est tout aussi difficile de savoir ce que pensent les français. Le tout est de ne pas leur poser officiellement la question.

          Foutage de gueule libre et non faussé. Mais qui en parle, en reparle sans se lasser ? Et à force de ne pas revenir à l’essentiel, on en vient même à s’entre-déchirer pour des réponses à ces questions non posées.

          Le tout est de matraquer le peuple d’une propagande qui, très clairement quoique indirectement juste ce qu’il faut, fasse paraître ces questions comme inconcevables, ou odieuses, ou bien pas décisives, ou encore de présenter la sortie comme le début d’un chemin qui mène à l’enfer — quand l’UMPS joue sur les quatre options à la fois, la fausse opposition des dirigeants du PCF ne prend que la dernière option, celle des dirigeants du PG (ou du NPA, à leurs manières respectives), l’avant dernière ; quant à ceux du FN, qui se posent comme toujours en dernier recours, elle consiste carrément à faire croire qu’ils veulent sortir de l’euro et de l’UE, ce qui n’est pas le cas.

          • Ana Sailland

            Le référendum à l’initiative du prince a pour fonction de ne poser que les questions qui conviennent au prince. En effet.

  18. JOSEPH STIGLITZ :
    GRÈCE, L’AGNEAU SACRIFICIEL

    26 juillet 2015 | Par Monica M.

    « Joseph Stiglitz a publié hier dans Le New York Times un article sur l’inanité des exigences de la Troïka envers la Grèce.

    L’intérêt de cet article très clair est de montrer à quel point la politique de l’Eurozone a dépassé toutes les limites du bon sens en matière même de … capitalisme. Le plus inquiétant est que cette politique européenne, menée sous les auspices de l’Allemagne prétendument « ordo-libérale » (en fait, tenante d’un capitalisme à visage inhumain), soit cautionnée et mise en œuvre sans état d’âme par des zélés « socialistes » et autres « sociaux-démocrates ». Ces Leaders élus ne prêtent apparemment qu’un œil distrait ou aveugle à la paupérisation des peuples qu’ils gouvernent, au chômage galopant de la jeune génération, et adoptent tranquillement, au nom du « pragmatisme du réel » des règles insensées élaborées par des technocrates.

    Voici ma traduction de cet article Greece, the sacrificial lamb, de Jospeh Stiglitz,ancien Économiste en chef de la Banque Mondiale.»

    [à lire sur Mediapart…]

    Source : https://blogs.mediapart.fr/blog/monica-m/260715/joseph-stiglitz-grece-lagneau-sacrificiel

  19. Grèce, Plan B et implications
    par Jacques Sapir, 27 juillet 2015

    http://russeurope.hypotheses.org/4148

  20. Déclaration du bureau de Yanis Varoufakis, à propos du plan B développé au sein de son ministère
    http://arretsurinfo.ch/declaration-du-bureau-de-yanis-varoufakis-a-propos-du-plan-b-developpe-au-sein-de-son-ministere/

  21. Des nouvelles de Grèce:
    http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0452.html
    Varoufakis et son « complot »
    La Troïka, la main sur les recettes fiscales grecques
    Schäuble et sa privatisation de l’Allemagne de l’est à outrance
    L’appareil répressif qui se renforce

  22. Je me pose la question sur l’endettement des états. Faire appel aux banques privées est ce vraiment la réalité et la loi de 1973 est-elle responsable de notre dette. Voir la vidéo de Vincent Brousseau. Tout simplement j’y perd mon latin…
    A partir de la 39 mn vidéo ‘l’Euro est-il irrévocable’ de Vincent Brousseau…j’attends des explications.

    • Tout euro circulant est un euro de dette.
      Besoin de plus ?

    • @ Gracia,

      il aurait, bien sûr, beaucoup trop de développements à faire pour répondre à tout ça d’un coup, et il faudrait déjà amplement développer les questions elles-mêmes. Cela a suscité des centaines et des centaines de pages de débats rien que sur ce blog (ou plutôt son ancêtre).

      Je ne peux guère que répondre, ici, que si j’apprécie grandement le souci de qualité pédagogique de V. Brousseau, je suis en grand désaccord avec lui sur ce qu’il PARAIT dire ou penser (lui aussi doit bien faire court).

      Une des grandes sources de malentendus sur ces questions fondamentales provient, comme souvent, du fait que l’analyse ou la critique se situent soit dans un cadre qui est ce qui est, soit au regard de ce qui pourrait être, et que cette distinction est elle-même rarement posée. Exemple, même si la loi de 1973 n’avait rien changé pour la dette publique et en termes de pouvoirs conférés aux « marchés financiers » (ce qui est faux, mais je ne peux me permettre de redémontrer en quoi ici, à la va-vite), il y a encore qu’elle aurait pu le faire — une loi qui n’aurait rien changer à un système de privilèges et de pouvoir occulte resterait une loi scélérate, un semblant de changement qu’on apporterait justement pour que rien ne change (cette loi était d’abord sensée répondre au projet d’en faire une, annoncé à la Libération dans le cadre d’un programme qui devait nous libérer des féodalités économiques).

      Une autre source de confusion énorme vient du fait qu’on ne peut pas analyser les choses de la même manière selon qu’on est ou non dans l’euro. Par parenthèse, avant de revenir sur ce point particulier, je répète ici que la question passionnante et fondamentale de la création monétaire constitue elle-même (un comble) une distraction importante par rapport à la question également décisive mais en très grande partie indépendante, de l’euro (dont on aurait du se passer)… Un exemple très emblématique en est donné par le débat — à science-po, de mémoire (en tous cas c’est sur Youtube) — entre le « néo-chartaliste » Grjebine et J. Sapir. En un mot, quand le second martèle, à très juste titre, que le problème de l’euro n’est pas une affaire de dette publique mais une question de déséquilibre des balances commerciales entre États-membres, que ne saurait combler qu’un système de compensations dit « Union de transferts » (automatiques, ajoute Lordon, et j’ai bien ré-expliqué plus haut que cela ne peut se faire que dans un système strictement fédéral, qui est aux antipodes de ce qu’est l’UE — voir mon message du 27/07 à 20:16), le premier nous assure (à tort, je pense) que la création monétaire pourrait résoudre miraculeusement la chose.

      Je reviens, disais-je, sur le fait qu’on ne peut pas analyser les choses de la même manière selon qu’on est ou non dans l’euro. En particulier, il y a que ce qu’explique V. Brousseau au début (à la minute 39) tient à peu près la route si, justement, on est dans l’euro, tandis que ce ne serait pas du tout une fatalité sinon. Un point très important est que toute émission de monnaie par la banque centrale s’inscrit, dans ses comptes, comme un passif en ce qui la concerne, mais que cela ne veut absolument pas dire que cette « dette » doive être remboursée. Et d’ailleurs, chacun sait ou devrait savoir que la masse monétaire (en particulier M0, celle de la monnaie fiduciaire) ne cesse d’augmenter (donc ce passif virtuel). Dans le cadre d’une nation souveraine, c’est, en un mot, une dette de la société envers elle-même, et on s’en fout éperdument, l’important étant que la circulation monétaire (au besoin, l’émission monétaire) soit suffisante pour financer la production de biens et de services dont le peuple a besoin. L’erreur considérable que semble commettre V. Brousseau au début de passage (minute 39) (*), n’est pas tant de ne raisonner que sur les intérêts (« loyer » de l’argent) en oubliant que des intérêts versés aux épargnants privés ou à la BC ne sont pas la même chose (il s’agirait déjà, a minima, de compenser cela par l’impôt, ce qui n’est pas mécanique), mais de raisonner sur un ensemble État -- BC propriété de l’État en oubliant que l’institut d’émission n’a absolument pas à rembourser le passif en question (ce qui ne reviendrait évidemment pas à rembourser quiconque, seulement à retirer de la monnaie de la circulation).

      Mais du fait de l’union monétaire, le passif (virtuel) en question, pour la Banque de France, se traduit par une dette de la nation française envers l’ensemble des peuples des États membres de la zone euro. En quelque sorte, par ce biais maléfique, la Banque de France redevient un agent ordinaire, qui peut faire faillite, et dont la dette devrait être épongée solidairement par tous les États de la zone euro (au prorata de leurs parts au capital du SEBC, soit, disons, de leurs populations respectives ou de leurs parts de PIB à la date du traité machin, passons). Une autre manière de le dire est que la banque centrale de Grèce a un « droit de tirage » qui se limite à la part de PIB de la Grèce dans la zone euro alors qu’il faudrait justement l’augmenter si on veut qu’elle se développe pour « rattraper » les autres pays (sans ajustement vers le bas de la variable « revenus du travail ») — et ici, Grjebine a raison, même si, dans la pratique, son miracle qui ne sera jamais mis en place dans le cadre UE est surtout une diversion par rapport à la question de la nécessaire sortie de l’euro (qui, pour la nième fois, s’impose du fait que jamais une union monétaire n’a tenu, du simple fait, pour la énième fois, que cela suppose le véritable fédéralisme, en l’occurrence un État européen, avec des gouvernements des « États membres » qui n’exercent plus aucun pouvoir au plan fédéral, bref, le contraire de ce qui découle d’une construction par traités).

      Sur un point technique plus accessoire, V. Brousseau me semble prendre les choses tout à fait à l’envers (il a du simplement inverser les mots sans s’en rendre compte) : il dit que, s’il n’y avait qu’une seule banque de dépôt dans le système, elle ferait ce qu’elle voudrait, tandis que s’il y en a un très grand nombre, le multiplicateur monétaire ne marcherait plus. C’est le contraire : c’est précisément parce qu’il y a plusieurs banques de dépôt, et non une seule, que les banques de dépôt peuvent créer de la monnaie par le biais du crédit (et bénéficier d’une part des intérêts et du pouvoir de décider de l’orientation du crédit, donc des investissements), et qu’elles peuvent le faire sans limite pourvu simplement que chacune le fasse en proportion de sa part de « chiffre d’affaires » en termes de dépôts qu’elle attire. Quant à dire qu’e, tel cas, la BC n’aurait plus d’importance, cela n’a pas de sens, du moins au regard de ce qui pourrait être, du fait que la BC (de préférence, sur décision générale du Parlement) pourrait notamment imposer d’importantes réserves obligatoires (à 100%, il n’y a plus de versements d’intérêts à des agents privés), des bonifications de crédit selon les secteurs d’activités financées (avec plusieurs banques, on a encore l’encadrement du crédit qui met un point d’arrêt brutal à la course au chiffre d’affaire pour le crédit (et pour les dépôts)).

      (*) https://www.youtube.com/watch?v=KD95JLgqd64

      • L’analyse de V. Brousseau, décidément, me paraît et dangereusement prisonnière d’une vision erronée de l’économie comme système de vases communicants (une vision archaïque d’ailleurs reprise par aucun grand économiste dans l’histoire, sauf par les gratte-papier du régime impérial qui nous gouverne).

        Cela apparaît notamment à la minute 52, quand il dit que « le protectionnisme », s’il nous est indispensable pour ne pas sombrer sans fin vers le niveau de développement et de revenus du Laos, reviendrait à laisser ce dernier dans sa misère.

        Du reste, « le protectionnisme », entier et aveugle, n’est évidemment pas la solution, il est à pratiquer au cas par cas, ce qu’on sait depuis son premier théoricien moderne, dont le nom m’échappe, là tout de suite… Des mesures protectionnistes unilatéralement décidées par la France, pourvu qu’elles soient ciblées, réfléchies, n’empêchent pas le Laos d’en prendre aussi (ni d’adopter un régime monétaire juste), ni même de passer des accords d’échanges commerciaux équitables avec le Laos, etc.

        Le problème constant de ces débats minutés est de forcer celui qui s’exprime à isoler bien trop les paramètres. Mais il paraît que les gens, qui ont toujours le temps de lire mille textes courts et de ce simple fait trompeurs, répugnent à lire de très longs textes (quand bien même ils supplient le ciel de leur envoyer des programmes complets, ficelés et cohérents).

      • Sortir de l’euro sauve ( c’est nécessaire ) mais on peut faire beaucoup mieux.
        Les rares politiques qui prônent la sortie sans aborder la question d’une reforme fondamentale très au loin de 1972 loupent un chapitre immense … et se privent d’un énorme pouvoir de séduction.
        Car selon les mécanismes monétaires choisis, on est dans la civilisation de la pingrerie ou dans celle de l’abondance.

    • La loi de 73 s’inscrit dans un processus qui mène à la création d’une banque centrale européenne (BCE) privée et indépendante des états et qui contrôle les banques nationales (voir traités de Maastricht et Lisbonne qui ont suivi cette loi). C’est la première marche de l’escalier.

      L’objectif:
      Les états s’endettent uniquement envers des banques privées.
      Ce qui permet une politique économique d’endettement des états et d’enrichissement du secteur privé (surtout bancaire).
      Asservissement de l’état par les banques privées.

      Mais l’augmentation de la dette qui a été enregistrée n’a été possible que grâce à la politique « d’austérité » (complicité de nos chers politiques) :
      -de réduction de certaines dépenses (services publics),
      -d’augmentation de certaines dépenses (aides aux multi-nationales),
      -de casse salariale,
      -d’augmentation d’impôts (pour le citoyen),
      -de diminution d’impôts (pour les multi-nationales),
      -sans oublier les privatisations (le dépeçage de l’état).

    • Sur la création monétaire:
      Tout l’argent qui circule au niveau mondial est de l’argent prêté.
      Par qui ? par les banques privées.
      Prêté ? les banques ne donnent pas d’argent, elles ne savent que le prêter.
      Jusque là, on joue au « Monopoly », à la fin du jeu tout retourne dans la boîte (la banque).
      Maintenant 2 points importants:
      Avant de le prêter, elles le créent à partir de rien.
      Comme l’argent n’est que prêté, elles demandent de le rembourser, avec un loyer: des intérêts.
      Mais les intérêts ne sont pas prêtés ! Il faudra les chercher dans l’emprunt du voisin (provoque faillite) ou dans l’emprunt futur (augmente la dette).
      Ce qui veut dire que :
      A- si tout le monde rembourse ses dettes, il n’y aura plus d’argent qui circule,
      B- et pour rembourser les intérêts de la dette, il faudra se ré-endetter (retour au point A-).
      Ce qui est un cercle vicieux:
      on passe de A- à B- à A- à B- à A- à…
      C’est pire que le Monopoly !

  23. Jacques Sapir démonte de mieux en mieux l’arnaque européiste du prétendu « PCF » :
    http://russeurope.hypotheses.org/4155

  24. Egalité et Réconciliation démontre lui aussi de mieux en mieux le blocage cérébral des idiots utiles.
    « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes » Winston Churchill

    http://www.dailymotion.com/video/x2zev2a_ertv-a-la-manifestation-de-soutien-au-peuple-grec-paris-28-06-2015_news

    • le problème c’est qu’en même temps E&R soulève des rires gras par ses incitations à la violence à peine masquée…

  25. C’est peut-être HS bien que ce soit un moyen parmi d’autres de s’opposer au diktat européen … le salaire à vie!
    http://www.mediapart.fr/journal/economie/300715/de-la-finlande-laquitaine-le-revenu-de-base-en-debat?onglet=commentaires#comment-6745145

    • Je ne voudrais pas être pessimiste et me réjouis de me tromper et de constater la réussite, mais le salaire à vie dans le cadre de l’euro me semble difficile techniquement.

      Par contre si outre un franxit on réformait le mécanisme de création monétaire en passant du mécanisme monnaie-prêtée au mécanisme monnaie-injectée, le revenu inconditionnel deviendrait plus une conséquence qu’une revendication.

      ( cf quantitative easing for the people )

      • Je suis d’accord avec toi dans l’euro cela risque de ne pas passer, bien que comme le reste de nos réflexions sur une vrai constitution démocratique le principal PB réside dans notre capacité a les diffuser et a y faire adhérer un max de gens. L a vidéo dont Etienne a déjà parlé:
        http://www.dailymotion.com/video/xgxhto_le-revenu-de-base-le-film_news
        est super mais un peu longue et peut=être un schouya technique pour accrocher le citoyen mais qui sait les potes a Etienne du message.org sont bon pour en faire un court plus « vendeur »?

  26. JE NE CONNAIS QU’UN SEUL PARTI POLITIQUE ENTIEREMENT TOURNE VERS LA SORTIE DE L’EURO / L’U.P.R.
    http://www.upr.fr/
    Son défaut : il n’envisage pas de remettre à plat la constitution.

    • À propos de l’article 50 autant piocher dans des arguments déjà bien écrits plus haut pas Sam:

      « Parlant de timing (dans le cas plus directement ambitieux d’une sortie de l’UE), il est manifeste que la plupart des gens qui parlent de l’article 50 ne l’ont pas lu : il est tout à fait abusif de voir dans cette clause la permission d’une sortie par décision réellement unilatérale (l’aval de certaines institutions UE étant explicitement requis, celles-ci gardant même le contrôle du calendrier), et il est parfaitement évident qu’elle forme ce qu’on appelle une mesure dilatoire (en l’occurrence, c’est une mesure permettant de gagner du temps afin de dissuader le candidat à la sortie, notamment au motif d’assurer la continuité de la « juridiction » ô combien démocratique de l’OMC, l’article 50 faisant explicitement référence à l’article 88) — un grand mérite de la position de Nicolas Dupont-Aignan (quoiqu’elle ne me semble pas entièrement claire), est précisément de rejeter l’idée d’un recours à cet article 50 qui est un piège et une offense (un État n’a pas à négocier sa sortie selon des modalités imposées par le cadre dont il sort, ce qui ne signifie évidemment pas qu’il aie intérêt à ne rien négocier mais que c’est à lui de définir ce qui mérite de l’être).’

  27. HS -- Microsoft propose une migration gratuite vers Windows 10…en échange de votre vie privée:
    http://fawkes-news.blogspot.jp/2015/07/microsoft-propose-une-migration.html

  28. J’envisage une migration gratuite vers ubunto 😉

    • tu n’y es pas déjà??

      • Pas évident quand on achète un ordi où le bios est quasi verrouillé

        • il faut bien sûr y consacrer un minimum de temps, mais pour s’affranchir cela en vaut la peine. il existe maintenant même des tablettes et des téléphone sur lesquels tu peu installer ubuntu. il faut prendre patience de poser quelques question sur des pages spécialisée, pour vérifier la conformité de tes appareils avec les différents dérivés de linux, ce genre http://doc.ubuntu-fr.org/portable

          Alternative, tu peu trouver une esclave qui en échange d’une modique séductions sera prêt à mouiller sa chemise pour ta ‘mutation’…

          • Ana Sailland

            La séduction n’est pas plus évidente que le bios, grand éclat de rire.

            J’ai déjà consacré des jours à faire ce que tu me suggères, mais merci quand même pour les conseils.

            Si je vis plus longtemps que mon PC, j’en achèterai un dans une petite échoppe en posant mes conditions, ou chez un assembleur.

          • alternative à l’alternative, prendre ton vieux pc, portablettect, y coller dessus un ubuntu pas trop récent mais maintenu a jour genre ubuntu 12.04 LTS…
            après, sauf exception exceptionnelle, tu n’aura plus besoin d’escrosoft.

        • Il faut presque avoir 2 PC:
          un avec Microsoft (ou autre OS Orwellien) NON CONNECTE,
          un avec UBUNTU (ou autre OS Libre) CONNECTE.

    • Pour les plus bricoleurs il y a Voyager X8 (une Débian personnaliser) et sinon je suis fan de Voyager sous Xubuntu qui tourne très bien même sur des vieux PC vive le Libre en Open Source

  29. « Pour Varoufakis » par Jacques Sapir :
    http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6201
    ou la BCE et ses colonies de la zone euro

  30. Pour Varoufakis

    Source : http://russeurope.hypotheses.org/4160

    La menace d’une inculpation pour Haute Trahison pesant désormais sur Yanis Varoufakis a quelque chose d’absurde, mais aussi de terriblement révélateur[1]. Elle éclaire de manière crue le faite que la zone Euro est désormais devenue un monstre, ou plus précisément un tyran qui s’est dégagé de toute règle.

     

    Les faits

    Yanis Varoufakis, en tant que Ministre des finances, a pris la décision de faire pénétrer clandestinement le système informatique de l’administration fiscale grecque. On a rendu compte de ce « plan B » dans ce carnet[2], et c’est ce qui lui est reproché. Mais, il a pris cette décision en accord avec le Premier ministre, Alexis Tsipras. Il a pris cette décision concernant le système informatique de l’administration fiscale grecque parce que ce dernier était en réalité sous le contrôle d’hommes de la « Troïka », c’est à dire du Fond Monétaire International, de la Banque Centrale Européenne et de la Commission Européenne. C’est donc le Premier ministre conservateur, M. Samaras, battu lors des élections du 25 janvier, qui a en réalité commis cet acte de Haute Trahison en confiant l’administration fiscale à une (ou des) puissances étrangères. C’est lui, et lui seul, qui porte la totale responsabilité de ce qui est alors survenu.

    Cette décision avait pour but de mettre en œuvre un système de paiements parallèles qui aurait permis au gouvernement grec de contourner le blocage des banques qui fut organisé par la BCE à partir de la fin juin 2015. Ceci aurait été nécessaire pour éviter la destruction du système bancaire grecque qu’a provoquée l’action de la Banque Centrale Européenne. Cette action illégale de la BCE a mis en péril le système bancaire alors que l’une de ses missions, inscrites dans la charte de la BCE est justement d’assurer le bon fonctionnement de ce système bancaire. Si Yanis Varoufakis doit être inculpé, il serait logique, il serait juste, que le Président de la BCE M. Draghi ainsi que le Président de l’Eurogroupe, M. Dijsselbloem, le soient aussi.

    Il est exact que ce système parallèle de paiements aurait aussi pu permettre un glissement très rapide de l’Euro vers la Drachme, mais Varoufakis, selon les propos rapporté par The Telegraph, n’envisageait cela qu’en toute dernière extrémité[3].

     

    Une décision absurde.

    Inculper M. Varoufakis est ainsi absurde. Le fait qu’il soit désormais défendu par des personnalités comme Mohamed El-Erian, l’économiste en chef d’Allianz et Président d’un comité d’experts économiques auprès du Président des Etats-Unis[4], montre bien que ce qu’il a fait, il l’a fait pour le plus grand bien de l’Etat qu’il servait comme Ministre des finances. Cette inculpation, si elle devait de confirmer, ne pourrait avoir lieu qu’avec la complicité d’Alexis Tsipras qui aurait alors lâché son ancien Ministre des finances, et qui n’assumerait pas ses responsabilités. Cette inculpation, si elle survenait, serait un acte odieux, un acte de pure justice politique, de vengeance des autorités européennes contre un homme qui a osé, appuyé par son peuple, les défier.

    Cette inculpation serait aussi quelque chose de très révélateur de l’attitude néo-coloniale qu’ont les autorités européennes aujourd’hui vis-à-vis de la Grèce, mais aussi d’autre pays. Stefano Fassina, ancien Vice-Ministre des finances du gouvernement italien, membre du Parlement de ce pays et l’un des membres éminents du Parti Démocrate actuellement au pouvoir, a écrit dans un texte qui a été publié sur le blog de Yanis Varoufakis[5] : « Alexis Tsipras, Syriza et le peuple grec ont eu le mérite historique indéniable d’arracher le voile de rhétorique Européiste et d’objectivité technique qui n’a pour but que de masquer la dynamique de la zone Euro »[6]. Il ajoute aussi : « Nous devons reconnaître que l’Euro fut une erreur de perspective politique. Il nous faut admettre que dans la cage néo-libérale de l’Euro, la Gauche perd sa fonction historique et qu’elle est morte comme force servant la dignité et l’importance politique du travail ainsi que de la citoyenneté sociale en tant qu’instrument d’une démocratie réelle »[7]. Il conclut enfin en écrivant : « Pour une désintégration qui soit gérée de la monnaie unique, nous devons construire une large alliance de fronts de libération nationale »[8].

    Cette perspective est aujourd’hui entièrement justifiée. La zone Euro s’est bien révélée une machine de guerre au service d’une idéologie, le néo-libéralisme, et au service d’intérêts particuliers, ceux de la finance, et d’une oligarchie sans frontières. La perspective offerte par Stefano Fassina est bien celle que nous avons aujourd’hui devant nous, soit la constitution d’une « alliance des fronts de libération nationale » des pays de la zone Euro pour faire plier le tyran, et pour démanteler la zone Euro.

    Jacques Sapir.

    Notes

    [1] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

    [2] http://russeurope.hypotheses.org/4148

    [3] http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11764018/Varoufakis-reveals-cloak-and-dagger-Plan-B-for-Greece-awaits-treason-charges.html

    [4] http://www.project-syndicate.org/commentary/varoufakis-agenda-defended-by-mohamed-a–el-erian-2015-07

    [5] Voir Fassina S., « For an alliance of national liberationfronts », article publié sur le blog de Yanis Varoufakis par Stefano Fassina, membre du Parlement (PD), le 27 juillet 2015, http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/27/for-an-alliance-of-national-liberation-fronts-by-stefano-fassina-mp/

    [6] Alexis Tsipras, Syriza and the Greek people have the undeniable historical merit of having ripped away the veil of Europeanist rhetoric and technical objectivity aimed at covering up the dynamics in the eurozone

    [7] We need to admit that in the neo-liberal cage of the euro, the left loses its historical function and is dead as a force committed to the dignity and political relevance of labour and to social citizenship as a vehicle of effective democracy.

    [8] For a managed dis-integration of the single currency, we must build a broad alliance of national liberation fronts

    • Le droit devient bizarre qui envisage de poursuivre pour haute trahison une pensée non réalisée. Mais bon. On va vers le pire.

      Et trahison de qui au fait ? De la Grèce ou des informaticiens extérieurs ?

      • Ca devient du « 1984 » pur jus (avec leur Police de la Pensée).
        Mais toutes les trahisons d’intention, manquées ou non, ne sont pas jugées, c’est une justice à la tête du client. On doit éliminer un tel, qu’est-ce qu’on peut imaginer pour pouvoir l’inculper ?
        Tsipras, n’a t’il pas trahi son peuple en refusant le résultat du référendum ? ou quand il a signé l’accord de la Troïka en disant « qu’il n’y croyait pas », n’a t’il pas une intention de trahison derrière la tête ? ou plutôt de haute trahison.

      • Même si elle a une certaine légitimité de la part d’un démissionnaire post referendum/pré capitulation, cette réponse ne me paraît pas cinglante du tout, je la trouve un peu molle et malheureusement toujours empreinte d’un manque de réalisme suspect quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de l’UE et de ses technocrates.

    • Gérard Foucher sur Varoufakis, son plan B et le complot :

      • Le point notable est que l’argent créé ne devient réellement de la « dette » qu’à partir du moment où la reconnaissance de dette est refilée à un épargnant réel, en échange de son pécule. A la base, un habitant du nord de l’Europe, par sentiment prosocial, aurait tendance à soutenir le peuple grec, et son souhait d’être libéré du fardeau de l’endettement. Mais dès lors qu’il comprend que le créditeur, c’est devenu lui-même (indirectement : par les assurances-vie, les comptes en banques menacés de faillite, le budget des Etats prêteurs, etc ), les sentiments égoïstes des gens du nord l’emportent sur leurs sentiments altruistes, et ils s’engagent dans la lutte aux côtés de la finance contre les habitants du sud. Si ça, ce n’est pas un mécanisme proprement satanique …

        • La TITRISATION modifie l’identité du créancier, et dope le devoir moral de l’emprunteur :->

          Au la racine du circuit de la dette, le créancier est l’émetteur de monnaie ex nihilo, légal mais illégitime, et l’emprunteur, s’il a un devoir institutionnel ( douteux ) n’a aucun devoir moral au sens strict.
          Son défaut ne lèse pas.

          Mais celui qui plus tard achète sur les marchés des titres de dette les paye de sa poche, et de ce fait, l’emprunteur initial se voit alourdi d’une dette morale envers un créancier physique et de chair.
          Désormais, le défaut lèse.

          La titrisation est une sorte de blanchiment de la monnaie ex nihilo, qui en cas d’audit de la dette des états rend l’allègement difficile et nécessairement partiel.

          La titrisation a été autorisée dans les années 80 et permet de jongler et tricher à qui mieux mieux.

          • La titrisation est une sorte de blanchiment de la monnaie ex nihilo

            belle expression, je dirais même plus, dans le processus de blanchiment de la drogue de l’argent, la titrisation est le moment où l’addiction prend corps.
            Or, la crise de manque est aussi insupportable que tabou, …ce qui peut participer à expliquer l’accusation de haute trahison faite à Marie Varoufakir.

        • C’est comme un type A qui vend une voiture volée à un type B. Si le propriétaire retrouve sa voiture, le type B aura tout perdu: la voiture et son argent.
          Le type A, c’est la banque.
          Le type B, c’est l’épargnant (nous).
          Le propriétaire, c’est l’état.
          Créer l’argent ex nihilo et l’utiliser de cette manière, c’est donc du vol.
          Et pour profiter du système, le propriétaire (en partie, les politiques dans le cas de l’état) est complice avec le type A !

  31. Grèce, nucléaire iranien, Guignols de l’Info : entretien avec Jean Bricmont
    http://www.agenceinfolibre.fr/grece-nucleaire-iranien-guignols-de-linfo-entretien-avec-jean-bricmont/

  32. Très bon texte :

    « Grèce : six mois pour rien ? »


    http://www.revue-ballast.fr/grece-six-mois-pour-rien/

    Extraits :

    « Le « tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983 (deux ans après l’arrivée des socialistes au pouvoir en France) n’est rien à côté de ce franchissement de toutes les « lignes rouges » de Syriza : réduction des retraites, limitation des impôts des entreprises, travail du dimanche, détricotage des droits syndicaux, mesures concernant la propriété des pharmacies ou la concurrence entre boulangeries… Sans oublier l’augmentation de la TVA sur des produits alimentaires et de première nécessité (îles comprises, jusqu’alors épargnées pour compenser le coût de transport des marchandises) — au hasard : la TVA passera de 13 à 23 % sur les préservatifs, le sel et l’eau de mer, la viande de bœuf (mais pas le porc), les brochettes (mais pas sans sel), le sucre (mais pas les yaourts sucrés), les huiles (mais pas d’olive), le fromage râpé (mais pas au kilo)… Bref, tout ce que la gouvernance européenne sait produire de plus ubuesque et indigeste. Elle va appliquer à la société grecque, après cinq ans de chômage massif et de coupes budgétaires sociales, une nouvelle dose de cheval de ses « remèdes » qui ont pourtant déjà largement prouvé leur caractère inepte et néfaste. En forçant le gouvernement grec à prendre des décisions qui ne sont pas seulement « impopulaires » mais inhumaines, injustes, désespérantes et ravageuses dans un pays déjà ruiné par six années de récession. »

    […]

    « Il fallait faire payer aux Grecs le référendum et son résultat. Se servir d’eux comme exemple pour montrer qu’aucune alternative politique n’est envisageable dans le cadre européen. Voilà à quoi nos chers dirigeants, fiers d’avoir « sauvé l’euro », ont passé leur week-end. »

    […]

    « Varoufakis dira avoir été stupéfait par cette « absence totale de scrupules démocratiques, […] d’avoir des personnages très puissants qui vous regardent dans les yeux et disent : « Ce que vous dites est vrai, mais nous allons vous broyer quand même. » » Le plus incompréhensible reste que, pendant six mois, l’équipe Tsipras a ainsi encaissé les coups sans jamais les rendre ni changer de stratégie.  »

    […]

    « les dirigeants européens ont aussi conditionné leur aide au fait que le premier paquet de mesures soit voté dans les trois jours. Un temps record, qui ne permet évidemment pas que les parlementaires prennent correctement connaissance des textes signés à Bruxelles, ni qu’un débat de fond ait lieu. D’autres pays européens ont pris des années pour faire passer de telles mesures. Par exemple, la révision du Code de procédure civile, qui signifiera notamment la multiplication des expulsions de ménages n’ayant pas pu s’acquitter de leur taxe d’habitation, doit être adoptée la semaine suivante (ce jour-là, les députés recevront les 970 pages de lois vingt-quatre heures avant le vote). Une procédure d’urgence que Syriza a toujours vertement critiquée lorsqu’elle était utilisée par les précédents gouvernements et qui destitue d’autant plus le parlement de son rôle et de sa fonction qu’elle se déroule dorénavant « sans la possibilité d’introduire le moindre amendement ». »

    […]

    « La majorité des sections locales de Syriza et des membres de son Comité central s’oppose à la décision du Premier ministre. Celui-ci, après avoir renié la totalité de son programme et avalé toutes les couleuvres européennes, s’accroche au pouvoir. Il refuse de retirer son plan et même de réunir le Comité central de Syriza avant l’accord (comme il s’y était pourtant engagé), menaçant au contraire de convoquer des élections s’il n’obtient pas le soutien des parlementaires de son parti, d’exclure les « frondeurs » qui oseraient voter « non ». Bien loin des postures rooseveltiennes prises il y a une semaine à peine, le chef d’État qui s’affichait comme l’un des derniers défenseurs de la démocratie se montre sous un autre jour.  »

    […]

    « Pour la première fois depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir, les services publics sont en grève. Aux alentours de Syntagma, des affrontements éclatent. Les forces spéciales de police (MAT), que Syriza avait promis de dissoudre et qu’on ne voyait plus en rue depuis janvier, refont leur apparition et chargent brutalement les manifestants. »

    […]

    « Dès sa divulgation, l’accord a été descendu en flammes, qualifié de toutes parts de néfaste et d’impraticable. Quelques jours après sa signature, il est devenu quasi impossible d’en trouver le moindre défenseur, hormis parmi les socialistes français et quelques obscurs technocrates bruxellois.  »

    […]

    « Le « Waterloo de Syriza » (comme l’appelle l’ethnologue Panagiotis Grigoriou sur son blog Greek Crisis) aura démontré l’impasse dans laquelle mène la double volonté de faire partie de la zone euro et d’y mener des politiques anti-austérité. Il aura été un accélérateur de mutations : mutation expresse du pouvoir grec, mutations de la société et de l’opinion. Car il n’est pas du tout certain qu’après avoir présenté ce choix si crument, le peuple grec et d’autres qui sont en apparence attachés à l’Europe préfèrent rester à tout prix dans son union monétaire. Ce chiffre impressionnant vient nous le rappeler : 85% des Grecs de 18 à 24 ans ont voté non au référendum, ce qui indique combien cette génération sacrifiée est loin de partager l’européanisme béat de ses dirigeants. »

    […]

    Source : BALLAST

    À l’évidence, tout « élu de gauche » qu’il soit, Tsipras prouve à tout propos qu’il ne vaut pas mieux que Hollande et la clique des voleurs-menteurs que sont les chefs du P$ (et du PC) en France. Encore un menteur, un traître.

    Le faux « suffrage universel » (l’élection de maîtres parmi des candidats promus par les plus riches) ne porte au pouvoir QUE des ennemis du peuple.

    La véritable cause première de nos malheurs, c’est NOTRE INAPTITUDE à écrire nous-mêmes une constitution digne de ce nom.

    Rappel, à placarder sur tous les murs de toutes les villes et de tous les villages DU MONDE :

    « La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consultée.

    Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie.

    Ils n’étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain.

    Quels que soient les noms des fonctionnaires publics et les formes extérieures du gouvernement, dans tout État où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer l’abus que ses délégués font de sa puissance et d’arrêter leurs attentats contre la constitution de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est abandonnée absolument à la merci de ceux qui exercent l’autorité.

    Et comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impunément, il s’ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui.

    Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d’autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l’ancien despotisme, n’en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections. »

    Robespierre, 29 juillet 1792.

  33. Les perspectives d’un Front contre l’Euro

    http://russeurope.hypotheses.org/4164

    Jacques Sapir, plus que jamais au-delà des bavardages des cinglés gauchistes.

    • Hors sujet -- deux liens pour vous Sam, sur l’arnaque du réchauffement climatique :

      http://www.acseipica.fr/acseipica-meta-tv/

      http://www.acseipica.fr/le-ciel-nous-tombe-sur-la-tete-sur-meta-tv-en-integralite/

      bien cordialement

    • Berbère, merci pour les liens, mais il y a un truc qui me chagrine vraiment : même si je pars du principe que les chemtrails sont un dossier qui pue (je n’ai pas encore fait le boulot minimum pour le suivre), ils sont aussi… un des arbres qui cachent la forêt de l’arnaque du réchauffement climatique, une chimère qui est une terrible plaie pour la science, un merveilleux fondement idéologique totalitaire et au final, une affaire politiquement très déterminante, dont il est urgent que les gens prennent connaissance après bientôt 30 ans de matraquage.

      Pour les « nuls », voyez d’abord, en particulier, ce manuel du sceptique :

      https://lemytheclimatique.files.wordpress.com/2010/01/manuel.pdf

      https://lemytheclimatique.files.wordpress.com/2010/01/manuel-du-sceptique-ii-v4.pdf

      Pour les gens qui veulent aller plus loin, qui ne causent pas le globish et qui voudraient une pointure citant ses sources, la mine d’or n°1 reste, bien sûr : http://www.pensee-unique.fr/

      Pour les plus fainéants, qui continueront à n’avoir pas idée de la manière dont se décline, en la matière, la formule « plus c’est gros, plus ça passe », et, au-delà, pour celles et ceux qui voudraient connaître le vrai gros, le premier mobile politique de cette arnaque mondialisée (les liens cités, comme tant d’autres, sont encore bien gentils, politiquement et même scientifiquement parlant), on fera observer que :
      1) le CO2 a le chic d’être à la fois un machin sans frontière et, au sens de la messe, une question d’urgence, double condition nécessaire pour fonder une terreur mondialiste ;
      2) que depuis le sommet de la guerre froide, dans les années 1960 (Iron Montain report) et la chute du mur (rapport du Club de Rome), l’instrumentalisation de la menace d’une pollution atmosphérique majeure puis, plus précisément, de celle d’un bouleversement climatique, ont été identifiés par les clercs de l’empire comme le substitut de premier choix à la disparition de la guerre traditionnelle puis de l’ennemi global, afin de remettre les troupeaux en rang derrière leurs indispensables « représentants ».

  34. À propos de la faillite de la Grèce en 2009 :

    Le 6 octobre 2009, Georgios Papandréou devient Premier ministre.

    Onze jours après son arrivée au pouvoir, il annonce, dans un souci de transparence, que l’état réel des finances grecques avait été caché par le précédent gouvernement. Il fait rétablir les véritables données économiques, dont un déficit équivalent à 12,5 % du PIB pour la seule année 2009. La Commission européenne confirmera cette falsification des données quelques semaines plus tard.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Ge%C3%B3rgios_Papandr%C3%A9ou_(1952-)

    Le 17 octobre 2009, tout le monde comprend que la Grèce est en faillite : la dette publique de la Grèce est de 299,69 milliards d’euros, soit 129,7 % du PIB. Mais les autres dirigeants européens, la BCE et le FMI ne veulent pas que la Grèce quitte la zone euro.

    Les autres dirigeants européens, la BCE et le FMI décident de tout faire, et même de faire n’importe quoi, pour garder la Grèce dans la zone euro.

    En 2009, au lieu de laisser la Grèce faire un défaut total sur sa dette, sortir de l’euro, revenir à la drachme, dévaluer, etc, ils décident de sacrifier le peuple grec et de garder la Grèce dans la zone euro.

    Six ans plus tard, le résultat est le suivant :

    Le peuple grec a été sacrifié.

    La Grèce est en faillite.

    Les banques grecques sont en faillite.

    L’Allemagne a réalisé 100 milliards d’euros d’économies grâce à la crise grecque. C’est ça, le plus important.

    Pour que l’Allemagne continue à s’enrichir, il faut que la Grèce continue à s’appauvrir.

    La construction européenne, c’est des nations du sud qui doivent continuer à s’appauvrir, pour que les nations du nord continuent à s’enrichir.

    La construction européenne, c’est un boulevard pour les fureurs nationalistes, pour les colères populaires, pour les partis extrémistes, puis, au bout du boulevard, …

    … la guerre.

    L’Allemagne, qui a adopté une ligne dure vis-à-vis d’Athènes, a fortement profité de la crise économique et financière en Grèce, révèle un institut d’études économiques allemand aujourd’hui.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/08/10/97002-20150810FILWWW00214-grece-l-allemagne-a-profite-de-la-crise-etude.php

    • Sauf qu’il me semble que l’Allemagne ne peut plus se permettre de revenir au Mark étant donné que l’énorme masse de capitaux engrangée serait compensable en Marks et celui-ci s’écroulerait si les déposants retiraient subitement leur argent…, ce qui est la hantise des Allemands…
      L’Allemagne pourrait perdre bien plus que ce qu’elle a gagné au moindre incident de la zone Euro… Le « système UE » repose sur la libre circulation des capitaux ( article 63 du TFUE…) et fait que l’Allemagne est condamnée à faire durer l’Euro…, bien qu’à la fin, elle risque d’être la seule à en avoir et qu’il ne vaudra plus rien…
      Remarquez, c’est souvent comme ça que finissent les envolées germaniques : à la fin, l’Allemagne est marron !…

      La situation s’est bloquée et l’Union Européenne est pat…, mais chacun fait comme si la partie pouvait continuer…
      L’affaire grecque montre que nous entrons dans l’ère des contorsions plus ou moins légales pour faire durer une agonie dont chacun espère se sortir le moins mal possible…
      C’est pitoyable et absurde…, mais aussi très dangereux…

    • et à continuer:

      « L’Allemagne a réalisé 100 milliards d’euros d’économies grâce à la crise grecque. C’est ça, le plus important.

      Pour que l’Allemagne continue à s’enrichir, il faut que la Grèce continue à s’appauvrir. »

      « C’est les boches qui payent tout », n’est-ce pas? (Célèbre parole prononcée dans les négociations à Versailles en 1918)

      N’auriez-vous toujours pas compris que ce gouvernement Juncker/Lagarde/Draghi de l’UE travaille pour l’oligarchie mondiale? Et que ce n’est pas « L’Allemagne » qui gagne des millions mais les oligarches de la France, de l’Angleterre, ,de l’Allemagne, d’Israel, des Etats-Unis et j’en passe, soutenus par L’UE qui le font et ne payeront pas un rond d’impôts, ni en Allemagne ni en Grèce, par decret de Juncker?

      Comment peut-on être rétro à ce point? N’avez-vous pas lu que l’appauvrissement du peuple allemand continue et continue? cela vous fait peut-être plaisir, vu le couloir idéologique dans lequel vous me semblez vous trouver, mais sérieusement, comment Etienne, vous pouvez souligner en rouge ces « analyses » qui ne donnent que du mépris comme d’hab envers « les allemands » et n’analysent rien du tout?

      ce que vous saviez peut-être pas, puisque la dimension extrême de votre mépris traditionnel reste têtue: « le peuple » allemand est aussi peu cohérent comme celui de la France.

      Plus encore, il est mélangé de toute forme, mais pourtant, ce même peuple, en 1945, a créé ce dont vous rêvez encore: le BGB, un texte de base de lois, qui est humainement à une hauteur jamais atteinte en France.

      Et ce que vous ne savez toujours pas: l’Allemagne que vous imaginez être un pays constitué de richissimes propriétaires avares, n’a toujours pas de traîté de paix . En 1955, les Russes le lui ont proposé mais c’était les Américains, la France et l’Angleterre qui ont fait obstacle. Jusqu’aujourd’hui.

      Devinez pourquoi?

      Pour pouvoir mieux les mettre sous pression permanente et les culpabiliser jusqu’à la fin de nos jours? Exactement.

      Quand je lis ces « analyses » pas meilleures que la une du daily mirror ou de Paris match, la bonne idée d’Etienne, les analyses disparaissent au profit du:
      Tous les humains sont pareils sauf les allemands. Et celle-là elle a une barbe longue comme celle de Méthulasem.

      Allez-vous vous réveiller un jour?

  35. Passionnant et essentiel :
    Éric Toussaint (CADTM) résume les étapes du coup d’État des banques en Grèce depuis 2010, torture du peuple pour sauver les banques grecques de la faillite frauduleuse qu’elles méritaient mille fois, tourments populaires imposés avec la collaboration active des bourreaux de la fausse « gauche radicale parlementaire » (oxymore impossible).

    Éric Toussaint explique aussi en deux minutes importantes (à la fin) l’alternative principale, (expérimentée avec succès en Équateur, mais refusée par les traîtres prétendument « de gauche » de Syriza) : reprendre le contrôle public de la création monétaire :


    Ce qui est évident, c’est le parallèle criant entre la haute trahison de Tsipras et celle des « élus » francais : ramassis de menteurs professionnels, TOUS au service des usuriers (à qui ils doivent TOUT).

  36. Intéressant :

    Francis Cousin : « Nos enfants ne verront plus les nations »

  37. L’ordolibéralisme allemand, cage de fer pour le Vieux Continent.
    Un article passionnant et important, à lire en intégralité dans le Diplo journal papier ce mois-ci :
    https://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/DENORD/53518

    • « Si quelqu’un voulait encore une preuve du danger que font peser les référendums sur le fonctionnement des démocraties modernes, la voilà », fulminait le site de l’hebdomadaire Der Spiegel le 6 juillet 2015

      ->

      Au delà du cadre particulier présent, on voit ici en clair le mésusage dramatique du mot démocratie. C’est caricatural. Et surtout cauchemardesque.

      ;;;;;;;;;;;;

      « Pour lui, les règles ont un caractère divin »
      « faire respecter les règles  »

      Voici donc que les économistes libéraux se prennent pour des archanges, des prophètes, les messagers de la parole divine, donc incontestable.
      Tout ceci avec le mot démocratie plein la bouche, quand il s’agit d’une religion, armée qui plus est.

      Ces gens sont les réincarnats de l’inquisition, qui vont brûler toute pensée à son stade foetal. La réflexion est interdite. Le hold up monétaire mondial est considéré comme sain. C’est la fin de l’humanisme.

      • ah oui, la nouvelle tactique : parler comme les révolutionnaires pour semer le doute et reconforter le fa niente. « tu vois, même le Spiegel dit qu’il faut changer, donc tout va bien, ils vont bouger… » Le Spiegel a été autrefois le journal critique intellectuel tout comme Libération l’ETAIT. Il est, comme DIE ZEIT, détourné donc redoutable.

    • et alors? Fixer des règles (= la constitution) est exactement ce que vous proposiez, Etienne, où est la nouveauté? Où est la surprenante analyse?

      Il se peut que pour les mondialistes et les bobos le mot « règle » c’est du blasphème.

      L’important est quand-même de savoir qui a construit les règles et si c’était avec le consentement du peuple oubien, mieux encore, s’ils sont le fruit des ateliers constituants. Voilà ce qui devrait être le centre des réflexions.

      A donner un mot (« ordolibéralismes ») à une chose que tout le monde fait, n’a rien de nouveau et il montre combien ces « politiques » sont totalement bêtes et bouffés par le fric et le pouvoir, Varoufakis inclu.

  38. Il y a aussi, dans le même numéro du Diplo, un article poignant sur l’utra-violence d’État et les ultra-violences connexes » au Mexique ; une autonomisation de tous les pouvoirs qui glace le sang :

    Dire la violence extrême au Mexique
    « Deux individus armés se sont approchés… »

    https://www.monde-diplomatique.fr/2015/08/GONZALEZ_RODRIGUEZ/53512

    Pour se protéger durablement de toutes les formes de torture impunie, les humains doivent devenir constituants.

    Massivement.

    • Escroquerie politique
      http://www.greekcrisis.fr/2015/08/Fr0459.html

      Le gouvernement d’Alexis Tsipras vient de démissionner au soir du jeudi 20 août. Les élections législatives anticipées auront lieu le 20 septembre prochain. C’est très probablement le dernier acte de l’escroquerie politique SYRIZA… primitif ; du temps d’avant, et en premier lieu de son équipe dirigeante-dirigée. Dans son allocution radiotélévisée, le Premier ministre du mémorandum III s’est justifié avec maladresse, s’accrochant à l’hybris, mensonge après mensonge. Piètre spectacle des temps modernes.

      Athènes, août 2015

       
      Alexis Tsipras a donc démissionné, après avoir fait exactement le contraire de ce qu’il prétendait accomplir devant la nouvelle situation méta-démocratique, instaurée par la gouvernance par la dette en 2010. Une décision qui s’imposait, tout d’abord parce que le gouvernement avait perdu sa majorité à la Chambre, situation il faut dire insoluble autrement, et d’autre part, parce qu’il n’avait plus aucune légitimité démocratique pour mettre en œuvre un programme sur lequel… il n’a pas été élu. Sauf que la légitimé démocratique est désormais le dernier des soucis pour les politiciens… arrivés à maturation de SYRIZA II. Le mémorandum est passé par là.

      Aussitôt, un proche conseiller de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, vient de déclarer via son compte Twitter que “les élections anticipées en Grèce peuvent être un moyen d’élargir le soutien au MES, et de son programme d’appui à la stabilité que vient de signer le Premier Ministre Tsipras au nom de la Grèce”. C’est la suite… logique, à l’autre phrase désormais bien célèbre de Jean-Claude Juncker: “Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens déjà ratifiés”, (“Le Figaro”, 29/01/2015).

      Suite logique que seule la sophistique d’Alexis Tsipras prétend alors ignorer: “Nous tenons entre nos mains, la démocratie et la Grèce” avait-il lancé avant de conclure lors de son allocution. J’ai remarqué qu’il n’a pas prononcé une seule fois le mot “Constitution”. Lors de son discours d’investiture en janvier dernier, Alexis Tsipras avait pourtant déclaré: “La fierté et la dignité de notre peuple ne seront pas posées sur la table des négociations ; Nous sommes la chair de la chair de ce peuple, nous sommes chaque mot de la Constitution de ce pays et c’est lui que nous servirons jusqu’au bout”. Effectivement, “Nous sommes chaque mot de la Constitution de ce pays… l’Allemagne”, ironise-t-on en ce moment en Grèce.

      Expression du moment. Athènes, août 2015

       
      Il faut bien le reconnaître. Le plan européiste (et mondialiste) aurait été si bien préparé, il comportait d’ailleurs déjà en son sein SYRIZA (d’en haut) et cela depuis longtemps. La suite est connue: Calendrier des élections anticipées en janvier, fausses et rarement vraies négociations, éjection de la Plateforme de Gauche et nouvelles élections en septembre 2015 aussitôt après le choc du mémorandum III, le but étant de constituer un nouveau bloc mémorandiste (SYRIZA, Potami, PASOK etc.).

      Seul imprévu, ce résultat du référendum, les Tsipriotes et les autres “vendus” de la Colonie auraient sans doute expliqué aux maîtres-fous troïkans que le ‘NON’ l’emporterait seulement de justesse. C’est ainsi qu’Alexis Tsipras a osé même prononcé cette phrase terrible lors de son allocution du 20 août: “J’ai la conscience tranquille”, copiant de la sorte Antonis Samaras jusqu’au grotesque, ignorant comme il semble l’être, de cette éventualité désormais plausible le concernant, à savoir de comparaître un jour devant un tribunal, au même titre que les autres dirigeants de la gouvernance mémorandaire (Papandréou, Papadémos, Samaras), en commençant par l’initiateur même de l’avant-projet, Costas Simítis.

      Jeudi 20 août, Alexis Tsipras a dissous le Parlement, après avoir dissous la Démocratie, l’espoir, la Grèce, et même SYRIZA, pour ne pas dire toute la Gauche dans un sens. Sauf qu’il était aussi grand temps peut-être. Car lorsqu’enfin Alexis Tsipras déclare “entamer une discussion démocratique avec nos partenaires européens”, plus personne n’y croit en Grèce et ceci est un réel progrès. Et donc, nombreux sont ceux qui retiendront son autre petite phrase “il faut que mon gouvernement puisse tirer tout le bénéfice du soutien populaire” alors que SYRIZA d’en haut, a tout fait pour court-circuiter tout mouvement d’en bas authentiquement en sa faveur, surtout entre janvier et février 2015.

      Grèce, été 2015

       
      SYRIZA II, navigue déjà loin, très loin des préoccupations des Grecs. Les Tsipriotes espérèrent en tout cas se maintenir au pouvoir, sous les effets du choc et dans la mesure où le nouveau Front de gauche organisé autour du ‘NON’ (Plateforme de gauche quittant SYRIZA, mouvement du Plan-B et bien d’autres), a déjà suffisamment tardé à prendre corps. Suffisamment tardé par cette accélération du temps historique signifie pour nous tous vivant dans la Colonie, quelques semaines seulement… et pourtant.

      En ce moment, de nombreux électeurs dégoûtés de l’escroquerie SYRIZA, se dirigent déjà vers l’abstention, à l’instar de mon voisin Costas: “Depuis tant d’années je lutte et je votais SYRIZA. J’en suis profondément dégouté, voire troublé. Nous autres Grecs, nous sommes bien incorrigibles. Je me retire de tout, je ne suivrai même plus l’actualité et je n’irai plus jamais voter. Je ferai de l’ésotérisme, je fabriquerai mon sens autrement”.

      D’autres au contraire, électeurs de droite et anciens du PASOK, se sentent mieux libres pour voter en faveur du parti instrumentalisé par les dirigeants Tsipriotes, maintenant que SYRIZA est un parti du mémorandum exactement comme les autres, le faux alibi en plus. Alexis Tsipras devient ainsi… le plus jeune… cadavre politique du pays depuis bien longtemps. Même en cas de réélection, il gouvernera de concert avec les déchets du népotisme athénien Bruxellocompatible, et surtout, il ne gouvernera guère trop longtemps.

      Autres navires. Musée de l’Acropole. Athènes, août 2015

       
      Car les raisins de la colère grecque sont déjà mûrs. Depuis son île, Naxos, Manólis Glézos avertit déjà Alexis Tsipras: “Le gouvernement du Palais du Premier ministre, a décidé de conduire à des élections hâtives et anticipées pour le 20/9, en ignorant SYRIZA, ce qui explique pourquoi aucune vaste réunion n’a été convoquée. L’objectif est évident: La soumission aux créanciers (Troïka) et à l’oligarchie. Suite à cela, tous les fondateurs de SYRIZA, comme tous ceux qui ne tiennent pas à la répétition d’un nouveau Liban (accords néfastes pour la Resistance de Gauche en 1944), ils sont appelés à former un Front de Résistance uni, populaire, bénéficiant de la coopération partisane, pour éviter l’hémorragie imposée à notre peuple et la destruction du pays, le peuple est le seul compétent, à en juger comme de décider de son avenir”, “Quotidien des Rédacteurs” du 20 août au soir.

      À quelques heures seulement de la dissolution du Parlement du 25 janvier et de Zoé Konstantopoúlou (sa Présidente), les députés de la Plateforme de Gauche formeront très probablement un groupe indépendant, devenant ainsi le troisième groupe parlementaire, derrière SYRIZA et derrière la Nouvelle démocratie. Ce qui lui donnera dans pareil cas, une meilleure présence à travers les médias durant la campagne électorale… que le voisin Costas ne suivra pas, puisque “c’est de la comédie, tout est décidé par avance et par les vrais centres du pouvoir planétaire”.

      Raisins sous l’Acropole. Août 2015

       
      Les temps galopent, l’été grec décidément se prolonge.

      En Crète, “le maire de la ville de Siteia, se référant à une ‘lacune’ qu’existe dans la loi grecque, entreprend l’abattage des animaux dits ‘sans surveillance’, leur viande est ensuite distribuée à travers l’épicerie sociale municipale aux familles confrontées à de graves problèmes financiers. Comme l’a déclaré le maire Theodoros Paterakis: ‘Seulement la semaine dernière, 37 chèvres et boucs ont été transformés en nourriture pour les populations nécessiteuses de Siteia, plus de 500 kg de viande ont été distribués !”, quotidien “Kathimeriní” du 20 août.

      Tout est dit à travers la petite phrase: “des animaux dits ‘sans surveillance’”, dont nous sommes en quelque sorte… la chair de la chair, et la Grèce n’est plus à sa première mutation de la méta-démocratie galopante.

      Source : greekcrisis.fr

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