[via les-crises.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

L’assassinat de la Grèce
par James Petras :

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L’asphyxie de Syriza fait partie intégrante d’un processus qui dure depuis dix ans en vue de l’élimination de la Grèce par l’UE.

by Dr. James Petras

Le gouvernement grec est aujourd’hui enfermé dans une lutte à mort face à l’élite qui domine les banques et les centres du pouvoir politique de l’Union Européenne.

Ce qui est en jeu, ce sont les conditions de vie de 11 millions de travailleurs, fonctionnaires et artisans grecs, ainsi que la viabilité de l’Union Européenne. Si le gouvernement de Syriza capitule face aux exigences des banquiers de l’Union Européenne et accepte de poursuivre la politique d’austérité, la Grèce sera alors condamnée à des décennies de régression, de misère et de domination coloniale. Si la Grèce décide de résister et si elle est contrainte de quitter l’Union Européenne, il lui faudra répudier une dette extérieure de 270 milliards d’euros, provoquant la chute des marchés financiers internationaux et l’effondrement de l’Union Européenne.

Les dirigeants européens : des fantoches impuissants

Les dirigeants de l’Union Européenne misent sur un reniement par les dirigeants de Syriza des promesses faites à l’électorat grec qui, au début du mois de février 2015, voulait, à une écrasante majorité (plus de 70 %), en finir avec l’austérité et le paiement de la dette, développer les investissements de l’état dans l’économie nationale et le développement social (Financial Times 7-8/2/15, p. 3). Les choix sont douloureux, leurs conséquences auront une portée historique mondiale. Les enjeux vont bien au-delà de l’aspect local, ou même régional à court terme. C’est à l’échelle mondiale que tout le système financier en sera affecté (FT 10/2/15, p. 2).

Bien au-delà de l’Europe, le non-remboursement de la dette va se propager à tous, débiteurs ou créanciers ; la confiance des investisseurs à l’égard de l’empire financier occidental sera ébranlée. Avant tout, toutes les banques occidentales ont des liens directs ou indirects avec les banques grecques (FT 2/6/15, p. 3). Quand ces dernières s’effondreront, elles seront profondément affectées au-delà de ce que leurs gouvernements peuvent supporter. L’intervention massive de l’état sera à l’ordre du jour. Le gouvernement grec n’aura plus alors d’autre choix que de prendre le contrôle de l’ensemble du système financier… l’effet domino affectera en premier lieu l’Europe du Sud puis se propagera aux “régions dominantes” du nord ainsi qu’à l’Angleterre et à l’Amérique du Nord (FT 9/2/15, p. 2).

Afin de comprendre les origines de ces crises et des choix auxquels la Grèce et l’Union Européenne sont confrontées, il est nécessaire de passer rapidement en revue les développements économiques et politiques des trois dernières décennies. Nous procéderons en examinant les relations grecques et européennes entre les années 1980 et 2000, puis la crise actuelle et l’intervention européenne dans l’économie grecque. Dans la section finale, nous discuterons de l’ascension et de l’élection de Syriza et de sa soumission grandissante dans le contexte 0de domination et d’intransigeance de l’Union Européenne, mettant en évidence la nécessité d’une cassure radicale avec les anciennes relations de ‘seigneur à vassal’.

Histoire ancienne : la fondation de l’empire européen

En 1980 la Grèce fut admise dans la Communauté économique européenne (CEE) comme un état vassal de l’empire émergent franco-allemand. Avec l’élection d’Andreas Papandréou, chef du parti panhellénistique socialiste grec qui disposait d’une majorité absolue au Parlement, l’espoir d’un changement radical dans les affaires intérieures et extérieures se faisait jour. 1/ En particulier, pendant la campagne électorale, Papandréou avait promis la sortie de l’OTAN et de la CEE, l’annulation des accords autorisant les États-Unis à maintenir des bases militaires en Grèce et une économie fondée sur la “propriété sociale” des moyens de production. Après avoir été élu, Papandréou a immédiatement assuré à la CEE et à Washington que son gouvernement resterait au sein de la communauté européenne et de l’OTAN et renouvelé les accords sur les bases militaires des États-Unis. Des études, commandées par le gouvernement au début des années 80, montrant les résultats à moyen et long terme du maintien de la Grèce dans la CEE, notamment la perte de contrôle du commerce, des budgets et des marchés, ont été ignorées par Papandréou qui a choisi de sacrifier l’indépendance politique et l’autonomie économique sur l’autel des transferts de fonds à grande échelle, des prêts et des crédits venant de la CEE. Depuis son balcon, Papandréou a parlé aux masses d’indépendance, de justice sociale, alors qu’il conservait des liens avec les banquiers européens et les oligarques grecs, armateurs comme banquiers. L’élite européenne à Bruxelles et les oligarques grecs à Athènes ont gardé la mainmise sur les hautes sphères du système politique et économique de la Grèce.

Papandréou a conservé les pratiques de clientélisme politique mises en place par les précédents gouvernements de droite, remplaçant uniquement les fonctionnaires de droite par des membres du parti PASOK.

La CEE a balayé la rhétorique radicale bidon de Papandréou et s’est focalisée sur le fait qu’elle achetait le contrôle et la soumission de l’état grec en finançant un régime clientéliste corrompu, qui détournait les fonds des projets de développement de la compétitivité économique grecque au profit d’un système de favoritisme fondé sur une consommation accrue.

Les élites européennes savaient, au final, que la mainmise financière sur l’économie leur permettrait de dicter la politique grecque et de la garder au sein de l’empire européen émergent.

En dépit de la rhétorique démagogique “tiers-mondiste” de Papandréou, la Grèce était profondément ancrée au sein de l’Union Européenne et de l’OTAN. Entre 1981 et 1985, Papandréou a rejeté sa rhétorique socialiste en faveur d’une augmentation des dépenses sociales pour les réformes de l’aide sociale, l’augmentation des salaires, des pensions et de la couverture de santé, tout en renflouant les entreprises en faillite économique mises à terre par des capitalistes kleptocrates. Résultat, tandis que le niveau de vie augmentait, la structure économique de la Grèce ressemblait toujours à celle d’un état vassal fortement dépendant de la finance de l’Union Européenne, des touristes européens, et à une économie de rente basée sur l’immobilier, la finance et le tourisme.

Papandréou a consolidé le rôle de la Grèce comme avant-poste vassalisé de l’OTAN, une plate-forme pour une intervention militaire américaine au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale doublée d’un marché pour les produits manufacturés d’Allemagne et d’Europe du Nord.

D’octobre 1981 à juillet 1989 la consommation grecque a augmenté tandis que la productivité stagnait. Papandréou a remporté les élections en 1985 en utilisant les fonds de la CEE. Pendant ce temps la dette grecque européenne s’envolait… Les dirigeants de l’UE ont condamné la mauvaise utilisation des fonds par la vaste armée de kleptocrates de Papandréou mais pas trop bruyamment. Bruxelles reconnaissait que Papandréou et le PASOK représentaient le meilleur moyen pour museler l’électorat radical grec et garder la Grèce sous tutelle de la CEE et comme fidèle vassal de l’OTAN.

Des leçons pour Syriza : les réformes à court terme et la stratégie vassaliste du PASOK

Qu’il soit dans le gouvernement ou en dehors, le PASOK a suivi les traces de son adversaire de droite (Nouvelle Démocratie) en acceptant la camisole de force de l’OTAN-CEE. La Grèce a continué à maintenir les dépenses militaires par habitant au niveau le plus élevé de tous les membres européens de l’OTAN. Résultat, la Grèce a reçu prêts et crédits pour financer des réformes sociales à court terme et la corruption à grande échelle à long terme, tout en élargissant l’appareil politique de l’état-parti.

Avec l’ascension du premier ministre ouvertement néolibéral Costas Simitis en 2002, le régime du PASOK a manipulé les comptes, fabriqué des données gouvernementales sur son déficit budgétaire, avec l’aide des banques d’investissement de Wall Street, et est devenu un membre de l’Union Monétaire Européenne. En adoptant l’euro, Simitis a favorisé une plus grande subordination financière de la Grèce aux fonctionnaires européens non élus de Bruxelles, dominés par le ministère allemand des finances et les banques.

Les oligarques grecs ont fait de la place au sommet pour une nouvelle espèce d’élite kleptocratique issue du PASOK, qui a détourné des millions sur les achats militaires, commis des fraudes bancaires et s’est livrée à une évasion fiscale massive.

Les élites bruxelloises ont permis à la classe moyenne grecque de vivre l’illusion d’être des “européens prospères” car elles conservaient une influence décisive à travers les prêts et l’accumulation des dettes.

Une fraude bancaire à grande échelle – trois cent millions d’euros – a même impliqué le bureau de l’ex-premier ministre Papandréou.

Les relations clientélistes à l’intérieur de la Grèce n’avaient d’égales que les relations clientélistes entre Bruxelles et Athènes.

Même avant le krach de 2008 les créanciers de l’UE, banquiers privés et prêteurs officiels, fixaient les paramètres de la politique grecque.

Le krach mondial révéla les fondations fragiles de l’état grec – et conduisit directement à l’intervention directe et brutale de la Banque Centrale Européenne, du Fonds Monétaire International et de la Commission Européenne – la tristement célèbre « Troïka ». Cette dernière a imposé les politiques « d’austérité » comme condition du “sauvetage”, qui ont dévasté l’économie, provoquant une crise économique majeure, appauvrissant plus de 40% de la population, réduisant les revenus de 25% et générant 28% de chômage.

La Grèce : captivité par invitation

Prisonnière de l’UE politiquement et économiquement, la Grèce était impuissante au plan politique. Mis à part les syndicats qui ont lancé trente grèves générales entre 2009 et 2014, les deux principaux partis, PASOK et Nouvelle Démocratie, ont amené la prise de contrôle par l’UE. La dégénérescence du PASOK en un appendice de l’UE constitué d’oligarques et de vassaux collaborateurs a vidé de son sens la rhétorique ‘socialiste’. Le parti de droite Nouvelle Démocratie a renforcé et rendu plus profonde encore la mainmise de l’UE sur l’économie grecque. La Troïka a prêté à son vassal grec des fonds (“de sauvetage”) qui furent utilisés pour rembourser les oligarques financiers allemands, français et anglais et renforcer les banques privées grecques. La population grecque était ‘affamée’ par les politiques “d’austérité” destinées à maintenir le flot des remboursements sortant vers le haut.

L’Europe : Union ou Empire ?

La crise de L’Union Européenne de 2008/2009 eut plus d’impact sur ses maillons faibles, l’Europe du Sud et l’Irlande. L’Union Européenne a révélé sa véritable nature d’empire hiérarchique, dans lequel les états puissants, l’Allemagne et la France, pouvaient ouvertement et directement contrôler l’investissement, le commerce, les politiques monétaires et financières. Le “sauvetage” de la Grèce tant vanté par l’UE était en fait le prétexte pour imposer de profonds changements structurels. Ceux-ci incluaient la dénationalisation et la privatisation de tous les secteurs économiques stratégiques, les remboursements de dettes perpétuels, les diktats étrangers sur les politiques de revenus et d’investissements. La Grèce a cessé d’être un état indépendant : elle a été totalement et absolument colonisée.

Les crises perpétuelles de la Grèce : la fin de “l’illusion européenne”

L’élite grecque et, au moins depuis 5 ans, la plupart des électeurs, ont cru que les mesures régressives (“austérité”) adoptées – les licenciements, les coupes budgétaires, les privatisations, etc., étaient des traitements amers de courte durée qui mèneraient rapidement à une réduction de la dette, à l’équilibre budgétaire, à de nouveaux investissements, à la croissance et au redressement. Du moins, c’est ce que leur disaient les experts économiques et les dirigeants de Bruxelles.

En réalité, la dette a augmenté, la spirale descendante de l’économie s’est poursuivie, le chômage s’est amplifié, la dépression s’est aggravée. “L’austérité” était une politique de classe instaurée par Bruxelles pour enrichir les banquiers étrangers et piller le secteur public grec.

La clé du pillage par l’UE a été la perte de la souveraineté grecque. Les deux partis majoritaires, Nouvelle Démocratie et le PASOK, en étaient des complices actifs. Malgré un taux de chômage de 55% chez les 16-30 ans, la coupure de l’électricité de 300 000 foyers et un exode de masse (plus de 175 000), l’UE (comme on pouvait le prévoir) a refusé d’admettre que le plan d’”austérité” avait échoué à redresser l’économie grecque. La raison pour laquelle l’UE s’obstinait dans cette “politique ayant échoué” résidait dans le fait qu’elle bénéficiait du pouvoir, des privilèges et des profits du pillage et de sa suprématie impériale.

De plus, la reconnaissance par l’élite de Bruxelles de son échec en Grèce aurait probablement pour résultat qu’il lui serait demandé de reconnaître également ses échecs dans le reste de l’Europe du Sud et au-delà, y compris en France, en Italie et chez d’autres membres clés de l’UE (Economist 17/1/15, p. 53). Les élites dirigeantes, financières et entrepreneuriales, d’Europe et des USA ont prospéré par les crises et la dépression, en imposant des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux, les salaires et les traitements. Admettre un échec en Grèce aurait des répercussions en Amérique du Nord et en Europe, remettant en question leurs politiques économiques, leur idéologie et la légitimité des dirigeants. La raison pour laquelle tous les régimes de l’UE soutiennent l’insistance de l’UE à ce que la Grèce continue à respecter cette politique “d’austérité” manifestement perverse et rétrograde et impose des “réformes structurelles” réactionnaires, est que ces mêmes gouvernants ont sacrifié le niveau de vie de leur propre population active au cours des crises économiques (FT 13/2/15, p. 2).

Les crises économiques, de 2008/2009 jusqu’à aujourd’hui (2015), demandent toujours de durs sacrifices pour perpétuer les profits des classes dirigeantes et financer les subventions publiques des banques privées. Toutes les institutions financières majeures – la BCE, la Commission Européenne et le FMI – suivent la même ligne : aucune contestation ou écart ne sera toléré. La Grèce doit accepter les diktats de l’UE ou faire face à d’énormes représailles financières. “Etranglement économique ou servage perpétuel envers la dette” est la leçon que Bruxelles envoie à tous les états membres de l’UE. Alors que, ostensiblement, elle parle à la Grèce – c’est un message destiné à tous les états, mouvements d’opposition et syndicats qui mettraient en question les diktats de l’oligarchie bruxelloise et de ses suzerains allemands.

Tous les principaux médias et grands pontes de l’économie ont servi de mégaphone aux oligarques de Bruxelles. Le message répété sans cesse par les libéraux, conservateurs et sociaux démocrates aux nations persécutées, aux travailleurs dont les revenus baissent, qu’ils soient salariés ou payés à la tâche, ainsi qu’aux petits entrepreneurs, est qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter des mesures rétrogrades, taillant dans le vif de leurs conditions de vie (les “réformes”) s’ils veulent espérer la ‘reprise économique’ – qui, bien sûr, n’a pas eu lieu depuis cinq ans !

La Grèce est devenue la cible principale des élites économiques en Europe car les grecs sont passés de manifestations sans conséquence au pouvoir politique. L’élection de Syriza, sur la base d’une souveraineté convalescente, rejetant l’austérité et redéfinissant ses relations avec les créditeurs en faveur d’un développement national marque les prémices d’une éventuelle confrontation à l’échelle du continent.

L’ascension de Syriza : héritage douteux, luttes de masse et promesses radicales (non tenues)

La croissance de Syriza, d’une alliance de petites sectes marxistes en un parti électoral de masse, est largement due à l’incorporation de millions de fonctionnaires des classes moyennes, de retraités et de petits entrepreneurs. Beaucoup soutenaient le PASOK auparavant. Ils ont voté Syriza pour retrouver leurs conditions de vie et la stabilité de l’emploi de la précédente période de “prospérité” (2000-2007) qu’ils avaient obtenue au sein de l’UE. Le rejet total du PASOK et de la Nouvelle Démocratie fut l’aboutissement de 5 années de profondes souffrances qui auraient pu provoquer une révolution dans un autre pays. Leur radicalisme commença par des manifestations, des marches, et des grèves qui furent autant de tentatives de pression sur les régimes de droite pour qu’ils changent le cap de l’UE et que cesse l’austérité tout en restant au sein de l’UE.

Ce secteur de SYRIZA est ‘radical’ en ce qu’il oppose le conformisme présent à la nostalgie du passé – le temps des vacances à Londres et Paris financées par l’euro, du crédit facile pour acheter voitures et mets importés, pour ‘se sentir moderne’ et ‘européen’ et parler anglais !

La politique de Syriza reflète, en partie, cette part ambigüe de son électorat. D’un autre côté, Syriza s’est assuré le vote des jeunes radicaux, chômeurs et travailleurs, qui n’ont jamais fait partie de la société de consommation et qui ne s’identifient pas à “l’Europe”. Syriza s’est imposé comme un parti de masse en moins de 5 ans et ses sympathisants comme ses dirigeants reflètent un haut degré d’hétérogénéité.

La branche la plus radicale, idéologiquement, est représentée principalement par des groupes marxistes qui à l’origine se sont regroupés pour former un parti. La branche des jeunes chômeurs s’y est jointe suite aux émeutes contre la police déclenchées par l’assassinat d’un jeune activiste lors des premières années de la crise. La troisième vague est composée en majorité de milliers de fonctionnaires licenciés et de retraités qui ont souffert de larges coupes dans leurs pensions sur ordre de la troïka en 2012. La quatrième vague représente les membres de l’ex PASOK qui ont fui le naufrage d’un parti en faillite.

La gauche de Syriza se trouve principalement dans la base populaire et parmi les dirigeants des mouvements locaux issus des classes moyennes. Les grands dirigeants de Syriza qui tiennent les postes-clés sont des universitaires, dont certains étrangers. Beaucoup sont des membres récents voire ne sont même pas membres du parti. Peu d’entre eux ont pris part aux luttes de masse – et beaucoup n’ont que peu de liens avec les militants de base. Ils sont les plus enclins à signer un “accord” trahissant des grecs appauvris.

Depuis que Syriza a remporté les élections en 2015, le parti a commencé à enterrer son programme initial de changements structurels radicaux (socialisme) et à adopter des mesures visant à s’adapter aux intérêts du secteur des affaires grec. Tsipras a parlé de la “négociation d’un accord” dans le cadre d’une Union Européenne dominée par les allemands. Tsipras et son ministre des finances ont proposé de renégocier la dette, l’obligation de payer et 70% des réformes ! Quand un accord a été signé, ils ont complètement capitulé !

Pendant un court moment, Syriza a maintenu une position double : “s’opposer” à l’austérité et parvenir à un accord avec ses créanciers. Cette politique “réaliste” reflète les positions des nouveaux ministres universitaires, des anciens membres du PASOK et de la classe moyenne qui s’enfonce. La rhétorique et les postures radicales de Syriza sont révélatrices de la pression des chômeurs, de la jeunesse et de la masse pauvre, qui seraient ceux qui auraient à perdre si un accord de paiement aux créanciers était négocié.

Union Européenne – SYRIZA : les concessions avant la lutte ont mené à la reddition et à la défaite

La “dette grecque” n’est pas vraiment une dette des grecs. Les créanciers institutionnels et les banques européennes ont prêté sciemment et à grand risque de l’argent à des kleptocrates, des oligarques et des banquiers qui en ont siphonné la plus grande partie dans des comptes en Suisse, dans de l’immobilier de grand standing à Londres et à Paris, activités incapables de générer des revenus afin de rembourser la dette. En d’autres termes, la dette est en grande partie illégitime et a été mise à tort sur le dos des grecs.

Syriza, depuis le début des “négociations”, n’a pas remis en question la légitimité de la dette ni identifié les catégories spécifiques de personnes et les entreprises qui devraient la payer.

De plus, pendant que Syriza contestait la politique “d’austérité”, il ne remettait pas en cause les organisations et les institutions européennes qui l’imposaient.

Depuis ses débuts, Syriza a accepté l’adhésion à l’Union Européenne. Au nom du “réalisme”, le gouvernement Syriza a accepté de payer la dette ou une partie de celle-ci comme base de négociation.

Structurellement, Syriza a développé une direction très centralisée dans laquelle toutes les décisions majeures sont prises par Alexis Tsipras, ce qui limite l’influence des militants de base radicalisés. Cela a facilité les “compromis” avec l’oligarchie de Bruxelles qui vont à l’encontre des promesses de campagne et qui peuvent mener à la perpétuelle dépendance de la Grèce aux dirigeants et créanciers de l’UE.

De plus, Tsipras a resserré la discipline au sein du parti au lendemain de son élection, s’assurant qu’aucun compromis douteux ne ferait l’objet d’un quelconque débat public ou d’une révolte extra-parlementaire.

L’Empire contre le succès démocratique grec

Lors des élections parlementaires grecques, probablement les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale, les travailleurs grecs ont défié une incroyable campagne médiatique de peur et ont voté massivement pour le parti de gauche, anti-austérité, SYRIZA.

Dès l’instant où Syriza a reçu un mandat démocratique, l’élite de l’UE a suivi la route autoritaire typique de tous les monarques impériaux. Elle a exigé de Syriza (1) une reddition inconditionnelle, (2) le maintien des structures, politiques et pratiques du précédent régime vassal de coalition (PASOK-Nouvelle Démocratie) (3) que Syriza suspende toute réforme sociale, (augmentation du salaire minimum, augmentation des dépenses dans le secteur des retraites, de la santé, de l’éducation et de la lutte contre le chômage) (4) que SYRIZA se plie aux directives économiques strictes et à la supervision développées par la “troïka” (la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne, et le Fonds Monétaire International) (5) que SYRIZA conserve l’objectif actuel d’excédent budgétaire primaire de 4,5% du PIB en 2015-2017.

Pour renforcer sa stratégie de strangulation du nouveau gouvernement, Bruxelles a menacé de couper brusquement toutes les facilités de crédit présentes et futures, de réclamer tous les paiements de dette, de mettre fin à l’accès aux fonds d’urgence, et de ne pas soutenir les obligations bancaires grecques – lesquelles fournissent les prêts aux entreprises locales.

Bruxelles offre à Syriza la funeste “solution” de commettre un suicide politique en acceptant le diktat qui lui est imposé, s’aliénant ainsi son électorat. En trahissant son mandat, Syriza se confronterait à des manifestations de colère populaire. En rejetant le diktat de Bruxelles et en mobilisant son électorat, Syriza pourrait chercher de nouvelles sources de financement, en imposant un contrôle des capitaux et en s’orientant vers une « économie d’urgence » radicale.

Bruxelles s’est retranché sur ses positions et a fait la sourde oreille aux premières concessions de Syriza, préférant interpréter celles-ci comme une avancée vers une capitulation totale, au lieu d’y voir des efforts pour parvenir à un “compromis”.

Syriza a déjà abandonné ses demandes d’effacement de grandes parts de la dette, en faveur d’une extension de la période de recouvrement de celle-ci. Syriza a accepté de continuer à payer ses échéances, du moment qu’elles soient liées au taux de croissance économique. Syriza accepte la supervision de l’UE, tant qu’elle n’est pas menée par la “troïka” honnie, laquelle a des connotations toxiques pour la plupart des grecs. Malgré tout, les changements sémantiques ne changent pas la substance de la “souveraineté limitée”.

Syriza a déjà accepté une dépendance structurelle à moyen et long terme dans le but de s’assurer le temps et la marge de manœuvre nécessaires afin de financer ses programmes populaires à court terme. Tout ce que Syriza demande c’est un minimum de flexibilité fiscale sous la supervision de “radicaux” ayant la qualité de ministre des finances allemand !

Syriza a temporairement suspendu les privatisations en cours de secteurs clés de l’infrastructure (infrastructures portuaires et aéroportuaires), de l’énergie et des télécommunications. Cependant, elle n’y a pas mis fin, ni révisé les privatisations passées. Mais pour Bruxelles, la “liquidation” des lucratifs secteurs stratégiques grecs est une partie essentielle de son agenda de “réformes structurelles”.

Les propositions modérées de Syriza et ses efforts pour opérer dans le cadre structurel de l’UE établi par les précédents gouvernements vassaux ont été rejetés par l’Allemagne et ses 27 larbins de l’UE.

L’affirmation dogmatique de politiques extrémistes, ultra néolibérales de l’UE, y compris le démantèlement de l’économie nationale grecque et le transfert des secteurs les plus lucratifs dans les mains d’investisseurs impériaux, est répétée dans les pages de tous les principaux quotidiens. Le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times, le Washington Post, le Monde sont des armes de propagande de l’extrémisme de l’Union Européenne. Confronté à l’intransigeance de Bruxelles et face au ‘choix historique’ de la capitulation ou de la radicalisation, Syriza a essayé de persuader des gouvernements clés. Syriza a tenu de nombreuses réunions avec des ministres de l’UE. Le premier ministre Alexis Tsipras et le ministre des finances Yanis Varoufakis sont allés à Paris, Londres, Bruxelles, Berlin et Rome pour chercher un accord de ‘compromis’. Cela n’a servi à rien. L’élite bruxelloise martelait sans relâche :

La dette devra être payée entièrement et dans les temps.

La Grèce devrait restreindre ses dépenses pour accumuler un surplus de 4,5% ce qui assurerait les paiements aux créanciers, aux investisseurs, spéculateurs et kleptocrates.

Le manque de toute flexibilité économique de l’Union Européenne, comme de toute disposition à accepter le moindre compromis, est une décision politique : humilier et détruire la crédibilité de SYRIZA en tant que gouvernement anti-austérité aux yeux de ses soutiens nationaux et de ceux qui seraient susceptibles de l’imiter à l’étranger, en Espagne, en Italie, au Portugal ou en Irlande (Economist1/17/15, p. 53).

Conclusion

Yánis Varoufákis and Aléxis Tsípras (Voltaire)

L’étranglement de Syriza fait partie intégrante du processus, long de 10 ans, visant à l’assassinat de la Grèce par l’Union Européenne. Une réponse brutale à la tentative héroïque d’un peuple entier, projeté dans la misère, condamné à être dirigé par des conservateurs kleptocrates et des sociaux-démocrates.

Les empires ne se défont pas de leurs colonies par des arguments raisonnables ni par la faillite de leurs “réformes” régressives.

L’attitude de Bruxelles envers la Grèce est guidée par la politique du “diriger ou ruiner”. “Sauvetage” est un euphémisme pour recycler les financements, traversant la Grèce et retournant aux banques contrôlées par la zone euro, pendant que les travailleurs et salariés grecs sont accablés par une dette toujours plus importante et une domination durable. Le “plan de sauvetage” de Bruxelles est un instrument de contrôle par des institutions impériales, qu’elles s’appellent “troïka” ou autre.

Bruxelles et l’Allemagne ne veulent pas de membres contestataires, ils peuvent néanmoins condescendre à faire de petites concessions afin que le ministre des finances Varoufakis puisse revendiquer “une victoire partielle” – une comédie grotesque ayant pour euphémisme “rampez ! Sinon…”

Le plan de sauvetage sera décrit par Tsipras-Varoufakis comme étant “nouveau” et “différent” des accords passés ou encore comme un repli “temporaire”. Les allemands peuvent “accorder” à la Grèce de réduire son excédent de budget primaire de 4,5 à 3,5% ‘l’an prochain’ – mais elle devra toujours réduire les fonds destinés à stimuler l’économie et “reporter” la hausse des retraites, des salaires minimums…

Les privatisations et autres réformes régressives ne s’arrêteront pas, elles seront “renégociées”. L’état ne gardera qu’une “part” minoritaire.

On demandera aux ploutocrates de payer quelques taxes supplémentaires mais pas les milliards d’euros d’impôts non payés au cours des dernières décennies.

De même les kleptocrates du Pasok- Nouvelle Démocratie ne seront pas poursuivis en justice pour pillage et vol.

Les compromis de SYRIZA démontrent que la définition délirante donnée par la droite (the Economist, Financial Times Times, NY Times, etc.) de Syriza comme appartenant à la “gauche dure”, ou ultra-gauche n’est nullement fondée sur la réalité. Car “l’espoir pour l’avenir” de l’électorat grec pourrait à présent virer à la colère. Seule une pression populaire peut inverser l’apparente capitulation de Syriza, et les infortunés compromis du ministre des finances Varoufakis. Comme celui-ci manque de soutien dans son parti, Tsipras peut facilement le démettre pour avoir signé un “arrangement” qui sacrifie les intérêts fondamentaux du peuple.

Cependant, si, dans les faits, le dogmatisme de l’Union Européenne et son intransigeance excluent même les accords les plus favorables, Tsipras et Syriza (contre leur volonté) pourraient être forcés de quitter l’Empire de l’Euro et faire face au défi de bâtir une politique et une économie vraiment nouvelles et radicales, en tant qu’état libre et indépendant.

Une sortie réussie de la Grèce de l’empire germano-bruxellois entraînerait probablement la dissolution de l’UE, car d’autres états vassaux se rebelleraient et suivraient l’exemple grec. Ils renieraient non seulement l’austérité mais aussi leurs dettes extérieures et le paiement éternel des intérêts. L’empire financier tout entier – le prétendu système financier mondial pourrait être ébranlé… La Grèce pourrait redevenir le “berceau de la démocratie”.

Post-scriptum : Il y a trente ans, je fus un participant actif et un conseiller pendant trois ans (de 1981 à 1984), du premier ministre Papandréou. Tout comme Tsipras, il a commencé avec des promesses de changement radical et a fini par capituler devant Bruxelles et l’OTAN, se rangeant aux côtés des oligarques et des kleptocrates au nom de “compromis pragmatiques”. Espérons que face à une révolte de masse, le premier ministre Alexis Tsipras et Syriza prendront un tout autre chemin. L’Histoire n’est pas obligée de se répéter comme une tragédie ou une farce.

[1] Le compte-rendu du régime d’Andreas Papandreou s’appuie sur mon expérience personnelle, des interviews et des observations et sur mon article (écrit en collectif) “Socialisme grec : L’état patrimonial revisité” paru dans Paradoxes méditerranéens : la structure politique et sociale de l’Europe du Sud, James Kurth et James Petras (Oxford : presse de Berg 1993/ pp. 160-224)

Source : James Petras, My Catbird Seat, le 22/02/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Source : les-crises.fr

Mon commentaire (l’antienne d’Étienne) :

• Les banques ont une constitution, et donc les banques ont des représentants politiques (qui leur abandonnent premièrement le contrôle de la création monétaire), PARCE QU’ELLES s’occupent d’écrire elles-mêmes la Constitution (comme elles le font à travers les traités européens).

• Les électeurs n’ont PAS de constitution, et donc les électeurs n’ont PAS de représentants politiques (qui pourraient leur garantir le contrôle citoyen de la création monétaire), PARCE QU’ILS ne s’occupent PAS d’écrire eux-mêmes la Constitution (comme ils devraient le faire avec des milliers de mini-ateliers constituants populaires contagieux).

C’est une forme (terrible) de sélection naturelle :
si on veut une Constitution (digne de ce nom), et donc une monnaie publique au service du peuple, il faudra écrire NOUS-MÊMES cette Constitution.

Et pour l’écrire nous-mêmes, il ne suffit PAS d’avoir compris cette idée : il faut s’y entraîner, VRAIMENT, quotidiennement. Ne laissez plus passer une journée sans avoir rédigé vous-mêmes quelques mots de constitution. C’est vous qui devez impulser vous-même votre propre mutation en citoyen constituant. Personne ne le fera à votre place, et c’est votre mutation qui va tout changer. Un citoyen est constituant, forcément.

Faites passer
(aux Grecs aussi, si vous pouvez).

Bon courage à tous.
Étienne.

(Merci à Olivier Berruyer​. Sacré résistant ; esprit libre et courageux. Un type bien.)

53 réponses à “[via les-crises.fr] L’assassinat de la Grèce, par James Petras

  1. claude saint-jarre

    Très on article à lire et excellent commentaire d’Étienne à méditer.

  2. claude saint-jarre

    Quelle est la capacité du peuple Grec de quitter la grandes villes pour aller s’établir sur les quelque 3000 Îles pour y pêcher et cultiver? Si le désir y était, serait-ce faisable? ( par exemple, le coût du billet du bateau peut empêcher; mais les lois empêchent-elles de s’approprier un morceau de terre pour y bâtir maison près des côtes et pêcher?) Est-ce que ce pourrait être une nouvelle Odyssée? Je sais qu’il y a quelques permaculteurs Grecs qui sont déjà dans une île, je reçois des nouvelles; mais pourquoi pas des millions? Je sais, facile à dire…pas facile à faire peut-être???

  3. La dette publique c’est le nom qu’ils donnent à la pénurie monétaire qu’ils imposent aux pays riches grâce à la privatisation de la création monétaire pour piller les richesses et asservir les peuples.

  4. L’austérité c’est une version expéditive de l’endettement publique.

  5. Tant qu’une négociation n’est pas à son terme il me semble difficile d’être aussi affirmatif quand à une reddition du gouvernement grec. Par ailleurs l’audit de la dette a été lancé ces jours ci et bien malin qui pourrait dire aujourd’hui ce qui va en sortir. Alors quand un gouvernement annonce qu’il va rembourser la dette et en même temps organise un audit, il n’y a peut-être pas lieu de l’accabler de la sorte . . .

  6. La dette de la Grèce a déjà été payée et les intérêts usuraires ont déjà pris en compte le défaut de paiement. La preuve = la population ne s’est pas enrichie et le taux d’inflation n’est pas au zénith.
    Ils veulent des taux usuraires sans défaut de paiement; c’est le beurre, l’argent du beurre… et le sourire des Grecs.
    L’Europe nous aura évité la guerre, mais pour mieux nous faire les poches et brader tous les biens communs.

  7. « Syriza, depuis le début des “négociations”, n’a pas remis en question la légitimité de la dette ni identifié les catégories spécifiques de personnes et les entreprises qui devraient la payer. »

    Exact à l’instant de la rédaction mais le gouvernement vient de lancer l’audit de la dette. Hier je crois. Sur les traces de ce qui a eu lieu en Amérique latine avec l’assistance du CADTM.

    ;;;;;;;;;;;;;;

    Sauf démonstration contraire, il n’y a pas au sein de l’UE de procédure d’exclusion prévue par les traités.
    Menacer de rester et de jouer le rôle de boulet peut être un argument en cas de négociation relative à un rabotage de la dette.

    ;;;;;;;;;;;;;;;;

    Je ne comprends pas pourquoi si peu de gens invoquent l’idée de monnaie nationale complémentaire

    En Argentine, le peuple s’était doté de monnaies de secours. Si l’état favorise le phénomène, ça peut résoudre bien des problèmes de fluidité des échanges intérieurs. Et donc diminuer le chantage à l’ >>aide<>diplomatique<< l'accueil de navires russes en méditerrannée serait une sacrée giboulée

  8. Je pense qu’on va rapidement (maxi 2 mois) savoir si les grecs résisteront aux créanciers vautours si j’étais a leur place je résisterai quitte a faire exploser tout le système financier mondial car il nous mène a la cata alors pourquoi ne pas accélérer sa chute mais comme dit Etienne il faudrait qu’il s’organise pour reconstruire une démocratie réelle qui donne le pouvoir au plus grand nombre (et pas celui sur son compte en banque).
    L’espoir fait vivre et que ceux de nous qui peuvent le faire les aident a changer de système le fasse.

  9. 1- La Grèce est en faillite.

    2- Les banques privées grecques sont en faillite.

    3- La Banque centrale de Grèce est en faillite.

    4- Mais à part ça, ça va.

    Jeudi 2 avril 2015 :

    Grèce : la BCE relève encore le plafond de l’ELA, à 71,8 milliards d’euros.
    La Banque centrale européenne (BCE) a encore relevé mercredi soir de 700 millions d’euros, à 71,8 milliards, le plafond de son financement d’urgence (ELA) des banques grecques, a-t-on appris de source bancaire grecque.
    La BCE aide par ce seul biais les banques grecques depuis début février.

    romandie.com/news/Grece-la-BCE-releve-encore-le-plafond-de-lELA-a-718-mrd-EUR/580903.rom

    Sur son blog, Olivier Berruyer vient juste de lancer une alerte.

    Lisez cet article :

    ALERTE Grèce

    J’ai hésité à rédiger ce billet, mais bon…
    J’ai discuté cette semaine avec plusieurs spécialistes du dossier grec, y compris des personnes ayant rencontré des ministres de Syriza.
    Les conclusions étant inquiétantes, je les partage avec vous.

    http://www.les-crises.fr/alerte-grece/

  10. Un mouvement pour un retour vers une monnaie publique a peut-être lieu actuellement en Islande. A la demande du premier ministre, le président de la Commission des Affaires économiques et du Commerce Frosti Sigurjonsson vient de remettre un rapport proposant une réforme du système monétaire :
    MONETARY REFORM
    A BETTER MONETARY SYSTEM FOR ICELAND
    http://eng.forsaetisraduneyti.is/media/Skyrslur/monetary-reform.pdf (en anglais)

    Il propose de retirer la possibilité de création monétaire aux banques commerciale et de la réserver à la Banque Centrale Islandaise. C’est intéressant car il entre assez dans le détail de la réforme qui englobe tout le système bancaire (je n’ai d’ailleurs pas tout compris).

    Quelques passages :

    p15

    « The Central Bank will be exclusively responsible for creating the money necessary to support economic growth. Instead of relying on interest rates to influence money creation by banks, the Central Bank can change the money supply directly. Decisions on money creation will be taken by a committee that is independent of government and transparent in its decision-making, as is the current monetary policy committee. New money, created by the Central Bank, will be transferred to the government and put into circulation in the economy via increased government spending, by reduction in taxes, by repaying public debt or by paying a citizen dividend. »

    (La banque centrale sera exclusivement responsable de la création monétaire nécessaire au soutient de la croissance économique. Au lieu de jouer sur les taux d’intérêt pour influencer la création monétaire par les banques, la Banque Centrale peut modifier directement la masse monétaire. Les décisions concernant la création monétaire seront prise par un comité qui est indépendant du gouvernement et transparent lors de sa prise de décision, comme l’est l’actuel comité de politique monétaire. La monnaie nouvellement créée sera transférée au gouvernement et mise en circulation dans l’économie par l’augmentation des dépenses gouvernementales, la réduction des impôts, la réduction de la dette publique ou en versement d’un dividende citoyen.)

    p25. L’auteur cite ici un article concernant l’actuel fonctionnement de la Banque Centrale Islandaise, que l’on pourrait croire copié-collé des traités européens. S’il n’y a pas là derrière un complot mondial …

    « The main objective of the Central Bank of Iceland is to promote price stability. With the consent of the Prime Minister, the Central Bank is authorized to declare a numerical target for the inflation rate.
    The Central Bank shall help promote the government’s economic policy as long as such promotion is not inconsistent with its main objective stated in paragraph 1. »

    (L’objectif premier de la Banque Centrale D’Islande est de promouvoir la stabilité des prix. Avec l’accord du Premier Ministre, la Banque Centrale est autorisée à fixer un objectif chiffré pour le taux d’inflation.
    La Banque Centrale aidera à la promotion de la politique économique du gouvernement, tant que cette promotion n’est pas incompatible avec l’objectif principal énoncé dans le premier paragraphe.)

    p34

    « Yet, despite the fact that many economists and central bankers have long known this model to be a fallacy, it is still taught to students today as factual description of how the monetary system operates. An empirical study by Werner concludes that the money multiplier theory is wrong and banks individually create money out of nothing. »

    (Néanmoins, en dépit du fait que de nombreux économistes et banquiers centraux savent depuis longtemps que ce modèle [que la Banque Centrale a le contrôle sur la création monétaire des banques commerciales] est une fiction, il est encore expliqué aux étudiants comme une description effective du fonctionnement du système monétaire. Une étude empirique de Werner conclut que la théorie de multiplicateur monétaire est fausse et que les banques créent individuellement de la monnaie ex nihilo.)

    p78. Très judicieusement, il évoque la nécessité de séparer les pouvoirs.

    « A fundamental aim of the Sovereign Money System is to reduce the risk of the power to create money being misused or abused for private gains. The powers to create and allocate money presently available to every commercial bank will be repatriated to the state. The power to create money will be held by the CBI while parliament will decide how any new money is allocated. The power to create money is thereby separated from the power to allocate new money.
    An independent Money Creation Committee […] at the CBI will decide how much money is created by the CBI while the elected government will decide how new money is used. As with the state budget, the parliament will debate the government’s proposal for allocation of new money. »

    (Un objectif fondamental du Système de Monnaie Souveraine est de réduire le risque que le pouvoir de création monétaire soit mal utilisé ou fasse l’objet d’abus en faveur d’intérêts privés. Le pouvoir de créer et d’allouer la monnaie actuellement aux mains de chaque banque commerciale sera rendu à l’État. Le pouvoir de création monétaire sera détenu par la Banque Centrale d’Islande, tandis que le parlement décidera comment la monnaie nouvellement créée sera allouée. Le pouvoir de créer la monnaie et celui de l’allouer sont dès lors séparés. Un Comité de Création Monétaire indépendant à la Banque Centrale décidera de la quantité de monnaie créée, tandis que le gouvernement élu décidera comment cette monnaie sera utilisée. Comme pour le budget, le parlement débattra de la proposition gouvernementale concernant l’allocation de cette monnaie.)

    Alors, ce n’est bien sûr pas encore réalisé dans les faits. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette proposition soit publiée par le Premier Ministre :
    http://eng.forsaetisraduneyti.is/news-and-articles/reform-of-the-monetary-system
    Ce qui montre tout de même dans certains pays un stade plus avancé dans la réflexion. En France, ce genre de discours reste confiné à l’Internet Underground (et vous avez de la chance si vous n’êtes pas accusé d’apologie du terrorisme …)

    • Voir aussi l’initiative populaire « monnaie pleine » en Suisse, qui vise à confier l’intégralité de la création monétaire à la BNS.

  11. Hors sujet : le code civil sur le gestionnaire de sources GITHUB
    Article de korben .. http://korben.info/code-civil-git.html

    Je suis allé voir assez facile d’ emploi … permet de voir les modifications apportées au code civil dans le temps pour ceux que le sujet interesse
    https://github.com/steeve/france.code-civil

  12. Tiens, quelqu’un qui ne crache pas sur Tsipras :

    Grèce : comment Tsipras a renversé la situation
    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-tsipras-a-renverse-la-situation-466309.html

      • La Russie a accès à un port en Syrie. C’est un peu peu.
        Pour Tsipras c’est un gros atout.

      • claude saint-jarre

        Bonjour. Vous qui êtes un pays.. contrairement au Québec, la situation est un peu plus claire, peut-être. Ici, un peu plus complexe. Comment envisagez-vous la mise en place d’une Assemblée Constituante? Y -a-t-il un plan, un échéancier, une improvisation? Souhaitez-vous que ce soit le Gouvernement qui le mette sur pied ou bien elle se fera sans Gouvernement, par communes ou autrement? C’est un secret?? 😉 Si vous me posez la même question pour ici, ma réponse est: je ne sais plus! Et un réponse nouvelle est peut-être en gestation…

        • claude saint-jarre

          ben… on a une dette aussi:)

        • claude saint-jarre

          Ce matin au lever: pour une Constitution familiale via une Assemblée Constituante familiale et l’écriture familiale de sa Constitution! C’est facile!
          Il faut une école de vie démocratique me disait un ami. Bien sûr. Mais une école de vie démocratique familiale, du village et de la ville et de sa région. Vous diriez de votre Commune, je crois. Sans oublier une école de vie démocratique pour l’individu et par l’individu.

  13. Tsipras Cunctator … génial

  14. « Le gouvernement grec de la gauche radicale a préparé un plan de nationalisation du système bancaire et d’introduction d’une monnaie parallèle à l’euro »

    A court d’argent, la Grèce admet un retour à la drachme

    http://fr.sputniknews.com/economie/20150403/1015491156.html#ixzz3WHJTsPBL

    yessssssssssssss 🙂

    • Tsipras doit nous lire sur FB mdr

      Je crois que l’empire UE est sans défense face au concept de monnaie nationale complémentaire et ne peut que froncer les sourcils.

      C’est la fin du chantage à la non liquidité locale.

      Le caractère archipel du pays serait en outre favorable à une mosaïque de monnaies locales, mais ça je ne pense pas que ça se fera.

      J’en profite pour resemer mon antienne

      La démocratie à grande échelle ne peut se concevoir que comme une démocratie gigogne à étages multiples où le contenu délègue au contenant et non pas où le contenant concède au contenu. ( principe de subsidiarité ascendante ) et il me semble que la monnaie peut ou doit être organisée selon une topologie calquée sur celle de la codécision politique.

  15. L’analyse qui mène à définir l’UE comme un empire me semble pertinente. A condition de comprendre « empire » non comme un impérialisme comme le conçoit un certain marxisme (les effets de l’accumulation du capital), mais Empire au sens Allemand du terme. C’est-à-dire un ensemble de régions dominées par une autre (par exemple: le Saint-Empire Romain Germanique). D’ailleurs les deux conceptions, l’une plus économique et l’autre plus politique et historique ne s’excluent pas forcement..
    Nous entrons dans une période historique qui voit l’affaiblissement des états-nation au profit d’ensembles politiques de type empire (le Chine correspond à ce modèle, elle n’est pas vraiment une nation). Les géopoliticiens et historiens comprendront à quoi je fait allusion.
    Il est impossible à la France (pour des raisons qui s’expliquent par son histoire et ses institutions, sa culture quoi, i.e le pays à l’origine du modèle d’état-nation) de marcher dans ce modèle au delà d’un certain seuil, quand bien même ses élites font tout pour aller dans cette direction, toute cette affaire va se heurter à des contradictions maximales. L’histoire Européenne reprend la voie du tragique…

    • pour une analyse plus précise, voici un extrait de l’article « Une Europe Détestable, conduite par des gens méprisables
      par Charles Gave  » qu’Etienne a posté plus haut:

      Les partisans Français de l’Etat Européen (Delors, Trichet etc..) décidèrent alors de faire un coup d’Etat et de forcer la création de cet Etat en commençant par la monnaie, c’est à dire l’Euro, ce qui était censé coincer l’Allemagne, Mitterrand annonçant fièrement alors «qu’il avait cloué les mains de l’Allemagne sur la table de l’Euro». On le vérifie chaque jour.

      A l’époque, j’avais écrit ” des Lions menés par des Anes”, mon premier livre, dans lequel j’expliquais que l’Euro allait amener à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France et trop d’usines en Allemagne et où j’annonçais un désastre économique sans précédent dans l’Europe du Sud.

      Et pour cause, je ne connais pas dans l’histoire de fixation de taux de changes fixes entre deux pays avec une productivité différente qui ne se soit pas terminé par un désastre.

      Et la conclusion de ce livre était que l’Euro allait tuer l’Europe que j’aimais, c’est à dire l’Europe de la diversité et faire remonter les vieilles haines ancestrales à la surface…

      Car toutes les tentatives dans l’Histoire de recréer l’Empire Romain, ce fantôme qui hante notre histoire, se sont terminées dans la guerre et dans le sang.

      Comme on pouvait s’y attendre, depuis ce coup d’Etat, les procédures de remises au pas de ceux qui ne sont pas d’accord sont devenues de moins en moins démocratiques.

      Lorsque la crise Grecque, la première, commença, un socialiste, Papandreou était au pouvoir. Il accepta les conditions imposées par le FMI qu’il avait appelé à la rescousse (présidé alors par Strauss-Kahn…), à la condition que le peuple Grec soit consulté par referendum. Il fut instantanément remplacé, après de sordides manœuvres de couloir par un dénommé Papademos…ancien vice gouverneur de la BCE.

      Quelque temps après, Berlusconi, le premier Ministre Italien, émit l’idée que si l’Allemagne continuait à suivre une politique déflationniste qui tuait ses voisins, alors l’Italie pourrait décider de quitter l’Euro. Lui aussi fut promptement débarqué et remplacé par le Quisling de service, un ancien Commissaire Européen, dénommé Monti, que personne n’avait jamais élu et qui avait fait toute sa carrière à Bruxelles.

      Dans les deux cas de figure, un premier ministre parfaitement légitime qui avait osé remettre en cause la Doxa Européenne a été débarqué manu militari pour être remplacé par quelqu’un de plus …souple.

      Mais tout cela s’est fait dans une certaine discrétion, le but étant de ne pas affoler les populations.

      Avec les dernières élections Grecques, les masques sont tombés.

      Tour à tour, nous avons eu :

      Monsieur Barroso, ancien Mao/Trotskyste et ancien Président de la Commission Européenne qui déclare que les élus ne savent pas résister aux demandes incongrues de la population et que donc les responsabilités doivent être exercées par des gens non élus, peu sensibles aux foucades du corps électoral…
      Schäuble, le ministre des finances allemand qui dit que les élections Grecques ne changeaient rien. Pourquoi voter ?
      Et enfin Juncker, le fraudeur fiscal, viré par les électeurs Luxembourgeois et instantanément nommé comme Président de la Commission Européenne qui annonce qu’il n’existe pas de sortie «démocratique» aux Institutions Européennes.

      (…)

  16. Discours inaugural de Zoe sur la dette grecque, elle ne mâche pas ses mots :

    Discours de la présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou, à la session inaugurale de la Commission de vérité de la dette publique

    http://cadtm.org/Discours-de-la-presidente-du

  17. L’Islande est en train de faire une révolution.

    Et même : l’Islande est en train de faire LA Révolution.

    Lisez cet article :

    Un changement radical dans l’histoire de la finance moderne : l’Islande veut redonner le monopole de la création de monnaie à sa banque centrale.

    Le gouvernement islandais envisage de retirer des banques la création monétaire pour la confier à la seule banque centrale de l’île.
    Dans un rapport de 113 pages commandé par le Premier ministre islandais, intitulé «A better monetary system for Iceland » (« Un meilleur système monétaire pour l’Islande » -- voir ce rapport ci-dessous), Frosti Sigurjonsson recommande au Framsóknarflokkurinn (Parti progressiste) au pouvoir de confier entièrement la création de l’argent à la banque centrale, avant de remettre cette prérogative au parlement.
    L’Islande veut ainsi mettre fin à un système qui s’est caractérisé par une série de crises, y compris la crise financière de 2008, qui a mis le pays en quasi-faillite.
    Si ce plan est approuvé par le parlement islandais, il changera totalement la donne et apportera un changement radical dans l’histoire de la finance moderne.

    On peut donc supposer que les banques commerciales du monde occidental doivent suivre cette initiative avec beaucoup d’attention, et d’inquiétude, dans la mesure où elle vise à les déposséder d’un certain pouvoir.

    L’Agence France Presse a présenté ce projet :

    Selon l’étude, à laquelle ont participé quatre banquiers centraux, l’île a connu plus de 20 crises financières de divers types depuis 1875, avec six crises graves qui se produisent environ tous les 15 ans. Frosti Sigurjonsson précise que ces passages de crise surviennent à des moments bien déterminés :

    « Le problème survient à chaque fois à partir d’une bulle de crédit pendant un cycle économique fort. »

    Selon Frosti Sigurjonsson, les banques centrales n’ont pas le pouvoir de restreindre cet emballement du crédit, ce qui fait grimper l’inflation, favorise les prises de risque excessives et la spéculation, fragilise les banques et mène à des interventions coûteuses de l’État.
    En Islande, comme dans les autres pays développés, la banque centrale contrôle l’émission des pièces et des billets, mais ce n’est pas elle qui est à l’origine de la création de la plus grande partie de la masse monétaire (« M1 »). Celle-ci provient des lignes de crédit que les banques octroient à leurs clients. La seule possibilité de la banque centrale, c’est de tenter d’influencer le rythme de cette création monétaire au travers de sa politique monétaire.

    Le rapport indique ainsi que les banques commerciales en Islande ont créé environ 91% de l’argent en circulation, comparativement à 9% pour la banque centrale islandaise.

    En vertu de la proposition nommée « Sovereign Money » (« Argent souverain »), la banque centrale islandaise deviendrait la seule instance ayant le pouvoir de créer de l’argent.

    « De façon essentielle, le pouvoir de création de la monnaie est isolé du pouvoir de décider comment cet argent sera utilisé », a écrit Frosti Sigurjonsson dans sa proposition. « Comme pour le budget de l’Etat, le Parlement débattra sur ​​la proposition du gouvernement concernant la répartition de la monnaie nouvellement créée ».
    Les banques poursuivraient leurs activités de gestionnaires des comptes et des transferts bancaires et elles agiraient comme des intermédiaires entre les prêteurs et les emprunteurs en matière de crédit.

    Frosti Sigurjonsson est un homme d’affaires et économiste, et il est l’un des cerveaux à l’origine du programme d’allégement de la dette pour les nombreux ménages islandais qui se sont retrouvés en 2014 en situation de surendettement à la suite de la crise de 2008.

    La réforme monétaire de l’Islande :

    http://www.express.be/business/fr/economy/un-changement-radical-dans-lhistoire-de-la-finance-moderne-lislande-veut-redonner-le-monopole-de-la-creation-de-monnaie-a-sa-banque-centrale/212481.htm

  18. Sans lien avec l’article, je vous poste ma correspondance avec un élu au sujet de la loi renseignement.

    J’ai utilisé pas mal de la rhétorique d’Etienne, et les réponses sont édifiantes :

    #députésdépassés
    http://merome.net/blog/index.php?post/2015/04/05/d%C3%A9put%C3%A9sd%C3%A9pass%C3%A9s

    • bravo à vous deux

    • sublime! Très beau combat! Ce que j’aime le plus c’est la fin quand le député dégringole avec l’arrogance du maître: c’est Manu la tremblotte en train de défendre la liberté d’expression quand une député accuse le gouvernement de n’avoir rien fait contre les profs pédophiles dans les écoles.
      Aucun rapport.

      Tu t’opposes à celui qui se croit être assis à la droite de dieu. Si tu ne comprends pas ca, il te traîte de malade mental et te chasse du paradis (du boulot facile).

      C’est la même chose ici: un jeune journaliste a demandé le chef des Verts Özdemir pourquoi il a caché au peuple d’avoir été entraîné au programme « young leaders » des Euroatlantistes. Il a changé immédiatment de mec sympa-liberté-d’expression en fou-furieux- dictateur, traîtant le jeune journaliste de fou qui devrait se rendre en thérapie le plus vite possible à cause de sa question.

      Il ya 40 ans, les maîtres ne désignaient pas les « terroristes », mais les « communistes » d’ennemi, pas « C’est ma liberté » mais « C’est comme ca ».
      Le reste: pareil. Ils ont réussi à tranquiliser le parlement et l’assemblée avec des indemnités faramineuses.
      Sauf si tu touche à l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Là , fini . ne jamais toucher à l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal et tout se passe très bien.

    • Merci Merome, c’est épatant !

      Les autres, ne ratez pas ça (rappel) :

      Lettre ouverte aux traîtres à la République
      http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-chemla/030415/lettre-ouverte-aux-traitres-la-republique

      Je vous engage à relire, avant de voter,
      la DÉFINITION de ce qu’est un ÉTAT POLICIER selon Raymond Carré de Malberg :

      « L’État de police est celui dans lequel l’autorité administrative peut, d’une façon discrétionnaire et avec une liberté de décision plus ou moins complète, appliquer aux citoyens toutes les mesures dont elle juge utile de prendre par elle-même l’initiative, en vue de faire face aux circonstances et d’atteindre à chaque moment les fins qu’elle se propose : ce régime de police est fondé sur l’idée que la fin suffit à justifier les moyens.

      À L’État de police s’oppose l’État de droit. »

      En écartant le juge judiciaire de toute autorisation préalable aux écoutes administratives, c’est l’État de droit que vous détruisez: garant des libertés individuelles, sa remise en cause nie le principe de séparation des pouvoirs.

  19. Oui, très chouette échange.

    Je suis toujours stupéfait qu’on puisse utiliser l’argument « Je sais bien que, parce que je ne suis pas un terroriste, je n’aurais jamais une caméra dans ma salle de bains et cela ne me dérange en rien que des terroristes soient vus et écoutes partout où ils peuvent se trouver afin de déjouer leurs actions. »

    Sous prétexte que l’on ne fait rien d’illégal, on se dit qu’on ne le fera jamais et donc qu’on n’a rien à craindre d’une loi qui cible les personnes dans l’illégalité. Et donc qu’on peut tout à fait permettre ces lois. C’est quand même ignorer que ce n’est pas nous qui décidons ci ce que nous faisons est illégal, c’est l’Etat. Par exemple, le pouvoir décide qu’il est interdit de relayer la position de l’Etat Islamique et donc fait fermer les sites qui le font (et sans doute surveiller leurs auteurs). Je ne relaie pas l’Etat Islamique, donc je n’ai rein à craindre. Mais demain, d’autres comportements autorisés aujourd’hui seront probablement jugé illégaux ou simplement suspects : par exemple relayer la position russe sur l’Ukraine, promouvoir le non remboursement des dettes publiques, etc. … D’autres personnes qui ont laissé faire se retrouveront de la sorte dans le groupe des individus suspects, sans avoir pour cela changé leur attitude.

    En fait dire : « Je ne fais jamais rien d’illégal, je ne risque donc rien », cela n’est cohérent que si l’on dit « Quoi qu’il arrive, je serai toujours du côté du pouvoir » (ce qui, il est vrai, est le cas de beaucoup de monde).

    • Ce post était en réponse à celui de Merome.

    • Les lois liberticides doivent être refusées AVANT la dictature, après c’est trop tard. Pire encore, elles peuvent en faciliter la genèse.
      Les élus qui vont nous imposer ça sont des apprentis sorciers inconscients du serpent qu’ils introduisent dans l’oeuf.
      Le plus terribles c’est que certains sont sincères et honnêtes, ce qui signifie incompétents et dangereux.
      Finalement,
      On en revient toujours à l’élection comme racine de tous les maux.

      Que ces crétins ( je n’aime pas parler comme ça, mais il le faut) s’imaginent ce qu’aurait été la résistance en 39-45 dans le contexte électronique moderne et avec la loi qui se trame. Jean Moulin n’aurait même pas émergé.
      Qui va pouvoir fabriquer un passeport biométrique dans un atelier secret …….
      Et si toute la monnaie est scripturale avec carte sans contact, quel opposant peut survivre ?
      On nous prépare l’impossibilité technique de nous défendre, définitivement.

      • « Je suis fondamentalement convaincu qu’Internet peut mettre fin à l’asymétrie de l’information qu’ont imposé les puissants au reste du monde. C’est le sens de notre combat. Un renversement des transparences : ce n’est pas à l’État de tout savoir de ses citoyens, mais aux citoyens de tout savoir de l’État »

        Julian Assange
        http://obsession.nouvelobs.com/people/20141112.OBS4705/julian-assange-nous-ne-sommes-qu-au-tout-debut-d-une-nouvelle-ere-democratique.html

        Voilà une phrase courte, facile à retenir, qui peut aisément et rapidement circuler.

        Sinon, amplement d’accord, c’est tuer toute défense de manière définitive…

        Et même avant d’en arriver à la défense, c’est aussi tuer l’esprit critique, la curiosité, la créativité… Figer les cerveaux dans la peur et forcer toute pensée à être en parfaite adéquation avec celle du système. Car en application concrète, ça donne quoi ?

        Impossibilité de mener la moindre enquête sur le net, sous peine de tomber sur des sites classés « dangereux » et donc de manifester un comportement « suspect », ce qui impacte directement les journalistes indépendants, les avocats, les associations de défense des citoyens, les lanceurs d’alerte, les artistes dit « engagés », les médecins, toute recherche sur la santé, les produits toxiques, le nucléaire, les lois liberticides, les lois de type TAFTA, les détournements de fond, ou n’importe quel scandale… La liste est sans fin. Autant nous faire subir une ablation cérébrale.

        Bien sûr, cette loi ne peut déranger les élus, ils pensent déjà comme il faut pour la plupart, vu les avantages qu’ils tirent du système, ils n’ont aucune raison de s’y opposer… Pour les autres, la masse, ceux dont ils ne se préoccupent guère, c’est tout le contraire. Subissant de plein fouet les désavantages du système, ils n’ont d’autre moyen que de le dénoncer pour défendre leurs droits, et de s’y opposer.

        Dernière remarque, sur le mot « terrorisme » :
        Je vois qu’il a été fort utile pour nos élus de qualifier les auteurs des attentats de « terroristes », et non simplement de « tueurs ». Ainsi, même celui qui n’a pas encore commis de crime peut être suspecté. Et la surveillance peut s’étendre à la masse.

  20. Tsipras, acteur du grand basculement?
    par Jacques SAPIR :

    http://russeurope.hypotheses.org/3699

    • -« agir en sorte d’être expulsé  » >>> je crois que les traités n’ont pas prévu l’expulsion. C’est un sacré atout ( pouvoir jouer le fait accompli )
      Par contre pousser l’UE à la faute est malin de chez malin.

      -La monnaie complémentaire étant complémentaire n’a pas besoin forcément d’être convertible, ou bien cette question n’est peut être pas essentielle. -> ?
      Il y a des semaines que nous nous demandions ici ou ailleurs pourquoi cette solution n’était pas envisagée, voilà, c’est fait 🙂

      -Compter sur une corévolution avec d’autres pays est en effet un gros risque de désillusion, et Tsipras doit louvoyer au mieux pour assainir ses positions avant un choc dont à mon avis il peut sortir gagnant … l’effet domino venant ensuite, comme conséquence et pas comme outil.
      C’est ce besoin d’assainir qui si je choisis un angle de vue optimiste donne cette impression d’attentisme que les gros vilains ont aimé présenter comme trahison. Ils risque d’être déçus ( … et moi aussi hihi )

  21. La Grèce est hyper-endettée.

    La Grèce est complètement écrasée sous des montagnes de dettes.

    Avril 2015 :

    Le 9 avril, la Grèce devra rembourser 458 millions d’euros au FMI.

    Le 14 avril, la Grèce devra rembourser 1,4 milliard d’euros, et le 17 avril, elle devra rembourser 1 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Problème : en avril 2015, la Grèce est en faillite.

    Solution ( ? ? ? ) du problème :

    Mercredi 8 avril, la Grèce a … emprunté 1,14 milliard d’euros sur les marchés. Durée : 6 mois. Taux : 2,97 %.

    Et en mai 2015 ?

    Le 8 mai, la Grèce devra rembourser 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Le 12 mai, la Grèce devra rembourser 763 millions d’euros au FMI.

    Le 15 mai, elle devra rembourser 1,4 milliard d’euros de bons du Trésor.

    Problème : en mai, la Grèce sera en faillite.

    Solution du problème :

    En mai, l’Allemagne paiera à la Grèce les 279 milliards d’euros qu’elle lui doit depuis la Seconde Guerre Mondiale.

    Et comme ça, la crise de la dette grecque sera finie.

    Et comme ça, tout le monde sera content.

    Et tout est bien qui finit bien.

    Non, je déconne.

    Berlin rejette les demandes de réparation d’Athènes.

    En plein débat sur la dette grecque, Athènes a exigé que l’Allemagne rembourse une dette datant de la Deuxième Guerre mondiale, et verse des compensations. Cette demande a été vivement critiquée par le ministre allemand de l’Économie.

    « Pour être honnête, je trouve cela idiot », a déclaré Sigmar Gabriel le 7 avril. Après tout, la Grèce a tout intérêt à obtenir une certaine marge de manœuvre de ses partenaires de la zone euro étant donné ses problèmes financiers, poursuit-il. « Et cette marge de manœuvre n’a absolument rien à voir avec la Deuxième Guerre mondiale ou des réparations », martèle-t-il.

    Le soir du lundi 6 avril, le vice-ministre grec des Finances, Dimitris Mardas, a présenté une évaluation de ce que devrait être la compensation pour les crimes commis par les Nazis au parlement grec. Cette compensation devrait s’élever à 278,7 milliards d’euros, selon lui.

    http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/berlin-rejette-les-demandes-de-reparation-de-la-grece-313608

  22. Eric Toussaint, sur l’audit de la dette grecque :
    Grèce, dette, démocratie !
    http://cadtm.org/Grece-dette-democratie

    • Jacques Sapir : « Monsieur Manuel Valls ment, Monsieur Manuel Valls ment, Monsieur Manuel Valls est Allemand »
      http://www.les-crises.fr/sur-lair-de-la-cucaracha-par-jacques-sapir/

      Jacques Sapir : « C’est en cela que notre droit de la nationalité s’avère supérieur au « droit du sang ». Et là, il faut reconnaître que Manuel Valls, mais avec lui Emmanuel Macron et François Hollande, ne sont pas, ne sont plus, français tout comme ne l’étaient plus les sinistres personnages de Vichy. Car le problème n’est jamais l’origine. On se souvient que les premières troupes de la 2ème DB à entrer dans Paris, celles du Capitaine Dronne, étaient des Républicains espagnols… Le problème est pour qui, et pour quoi l’on se bat.

      Et là, Manuel Valls a clairement choisi le camp de Bruxelles, mais aussi celui de l’Allemagne et en général de tous ceux qui ont choisi l’austérité contre les peuples et l’Union Européenne contre la Démocratie. Car, ce à quoi Monsieur Manuel Valls tend, ce à quoi il conspire, c’est tout simplement de forcer un gouvernement légalement élu, et représentant la souveraineté du peuple, d’appliquer une autre politique, une politique décidée à Bruxelles, à Francfort et à Berlin. Cela fait de lui un complice de Jean-Claude Junckers, l’homme qui déclarait que les institutions européennes étaient plus importante qu’une élection, d’une Madame Merkel, d’un Wolfgang Schäuble.

      Il a fait ces déclarations, lui, Premier ministre de la république française, héritier d’une tradition qui associe liberté et souveraineté, dépositaire, tout comme le Président de la République, d’une Constitution qui dit bien que « la République est sociale ». »

      • c’est fou qu’on en soit ici réduit à défendre l’élection 🙂 🙂 🙂

        mais pas si fou que ça puisque ces gens ne respectent même plus la fausse démocratie et s’efforcent d’instituer pire encore.

        • Nous pouvons encore reconnaître le bon grain de l’ivraie. Nous avons appris à naviguer, nous savons utiliser la boussole et suivre les étoiles. Nous connaissons la cause des causes. Mais la population qui est baignée dans la novlangue…une chatte n’y retrouverait pas ses petits 😉

  23. Les créanciers de la Grèce ont-ils peur de la vérité ?
    (Interview d’Eric Toussaint 19 avril 2015) :

    http://cadtm.org/Les-creanciers-de-la-Grece-ont-ils

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