Archives mensuelles : août 2014

Frédéric Lordon : se débarrasser du capitalisme

J’aime la pensée — et le verbe — de Frédéric,
et, à partir d’un premier extrait audio,
je vous propose ici une articulation avec d’autres extraits :

Frédéric Lordon (chez Daniel Mermet) :
se débarrasser du capitalisme :

Besoin de Frédéric sur le processus constituant (rappel) :

La position de Frédéric sur le processus constituant (rappel) :

Frédéric Lordon – La révolution n’est pas un pique-nique. Analytique du dégrisement :
D’une étroite ligne de crête : prendre les hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on voudrait qu’ils fussent :


Je cherche le texte (admirable) de cette conférence (ci-dessus). Est-ce que quelqu’un a ça en réserve ?

« Je voudrais finalement poser un problème, dont j’emprunterai volontiers le terme à La Boétie et à Spinoza parce qu’ils l’ont en commun ; c’est un terme à la fois très ordinaire et très profond ; ce terme c’est habitude. Une forme de vie, c’est une habitude ; et le problème de la révolution, c’est de produire en chemin, de construire, quelque chose qu’elle ne peut pas supposer entièrement déjà là, à savoir une habitude du commun et de la liberté. » Frédéric Lordon.

Lordon/Chouard :
l’homme est-il —ou pas— voué à toujours aimer obéir à un maître ?

J’aime cette formule que Frédéric (Bosqué) utilise souvent :
Il faut rendre désirable ce qui est nécessaire.

Fréd & Eric

Bordeaux, 21 août 2014 : les ateliers constituants, c’est épatant !

Les jeunes gens de « la Révolution des Grenouilles » sont en train de bosser sur le montage de la soirée que nous avons passée ensemble à Bordeaux la semaine dernière.

Merci à eux, mille mercis, pour tout ce travail formidable, avant, pendant et après cette rencontre)

Voici la première partie, la présentation des ateliers : on était presque 300 ! Et à minuit, on était encore 180, les yeux bien ouverts ! Tout ça est épatant.

Si un gentil virus veut bien taper (et publier en commentaire) le PLAN détaillé de cet échange (avec le minutage en gros), ça sera utile à tous, je crois, car il y a là quelques sujets nouveaux.

Dès que la deuxième partie (celle des ateliers) sera prête, je la placerai ici. J’ai hâte de voir ce que le montage va donner.

[Mise à jour 2 sept. 2014 :
ça y est ! La vidéo des ateliers eux-mêmes est prête :

(mille mercis à Jean)

Et même, le script des comptes rendus a été préparé par nos Grenouilles révolutionnaires : ]

Atelier constituant du 21 août 2014
http://larevolutiondesgrenouilles.fr/?p=737

Compte-rendu écrit

Voila le compte-rendu écrit des restitutions des différents groupes qui se sont choisit des thèmes particuliers (notez que ceci est une retranscription tel quel des restitutions, pour plus de détails regardez la vidéo). Les personnes présentes n’ont eu qu’une heure pour débattre sur les sujets c’est pourquoi les compte-rendu peuvent vous paraitre superficiels.

Malheureusement il nous en manque quelques-uns certains ayant emporté avec eux le fruit de leur réflexion. Si ceux qui sont partis avec le matériel pouvaient nous envoyer leur compte-rendu écrit ce serait gentil…Faites-le nous parvenir par e-mail à cet adresse : contact@larevolutiondesgrenouilles.fr

 

Thème : La subsidiarité (Groupe 1)

Le principe de constitution est anti-subsidiaire.

Le plus petit élément décide des compétence des qu’il délègue ou gère.

L’entité peut être de nature différente.

 

Thème : La subsidiarité (Groupe 2)

Idée : Structures simples au départ et si besoin création d’autres structures. Deux questions : Qui ? Quoi ?

Dessin1

Thème : Le tirage au sort (Groupe 1)

Tout citoyen/personne majeur pourra être désignée par tirage au sort pour exercer toute responsabilité politique à tous les niveaux de l’État.

  • Possibilité de refuser ?
  • Age maximum ?
  • Durée du mandat ?
  • Collèges hommes/femmes séparés ?
  • Revenus ?
  • Nombres de personnes ?
  • Nationalité ?

Thème : Le tirage au sort (Groupe 2)

La France est une république démocratique. Le pouvoir est exercé par le peuple qui désigne un groupe de tirés au sort pour le pouvoir législatif (lois, budget, contrôle de l’exécutif). Une charte d’éligibilité soumise à referendum pour l’exécutif (trois consuls qui votent publiquement + porte parole du gouvernement). Referendum d’initiative populaire pour révoquer le Président et le parlement.

  • Souveraineté nationale (État) : ministres tirés au sort

– Diplomatie

– Monnaie

– Politique de santé

– Impôts

– Éducation

  • Souveraineté locale :

– Voiries

– Culture

– Police

– Impôts

– Éducation

Thème : L’éducation (Groupe 1)

Elle aurait :

  • Une base nationale : Assemblée tirée au sort. La base nationale détermine un minimum de savoir.
  • Une base locale : N’importe qui peut proposer des matières et on choisit avec le Référendum d’initiative populaire.

L’éducation doit être construite sur la découverte et l’échange. Le professeur servirait de médiateur, en impliquant les élèves dans ses cours à échanger leurs idées, partager leurs connaissances. Phénomène de confiance réciproque professeurs/élèves.

Thème : l’éducation (Groupe 2)

  • Empathie/reconnaitre les singularités
  • Transmission intergénérationnel et inter-culturel réciproque
  • Curiosité
  • Valoriser la prise d’initiative
  • Autonomie et responsabilisation
  • Débat
  • Créativité
  • L’éducation continue à tout âge et dans tous les contextes de la vie
  • Bienveillance
  • Apprendre à réfléchir par soi-même
  • Être capable de remettre en question ce qui est présenté comme la vérité
  • Reconnaitre/Favorise la place de chacun pour mettre en valeur le collectif
  • Il ne faut pas frustrer la curiosité humaine

 

Thème : Le consensus

  • Recherche d’un socle de valeur(s) commune(s) où l’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel
  • L’individu ne doit pas être nié : Sa valeur dépend-elle de ce qu’il possède ? [ATTENTION DANGER]
  • Reconnaitre que “l’autre” a autant de valeur que “moi”
  • Stimuler la curiosité chez l’enfant par l’écoute et la bienveillance.

Thème : Identité et coordination

Garder son identité locale tout en participant à un mouvement global.

L’identité : C’est un individu = une place = des valeurs

La méthodologie :

Il faut une perméabilité des savoirs et des savoirs-faire du local au local pour aboutir à un global et plus.

Dessin2Source : http://larevolutiondesgrenouilles.fr/?p=737


Pour info, un journal courageux (et curieux), INFOS-BORDEAUX — UN SEUL journaliste sur les 400 journalistes informés personnellement par les organisateurs… Ils ne sont pas curieux, ces journalistes, n’est-ce pas ? — un journal de Bordeaux, donc, a publié deux articles (bienveillants) sur cette rencontre ; un avant la soirée et un après la soirée. Voilà ces deux articles (merci à l’équipe qui les a publiés) :

Étienne Chouard à Bordeaux le jeudi 21 aoûtLe jeudi 21 août 2014, le célèbre blogueur Étienne Chouard viendra à Bordeaux donner une conférence sur le thème « la vraie démocratie » (20h00, Espace Darwin au 87 quai des Queyries).

Comme le rappelle Jérôme Bouin dans Le Figaro, « cet homme a été l’un des hérauts de la victoire du « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE). Se déclarant indépendant des partis traditionnels, il avait transformé son blog en arme de destruction du texte conçu sous l’autorité de Valéry Giscard d’Estaing. Au point d’être l’invité de nombreux médias et de voir son argumentaire contre le TCE devenir un véritable best-seller de la blogosphère ».

Cet évènement est organisé par le collectif « la révolution des grenouilles » pour qui « il est temps de sortir de la marmite avant qu’il ne soit trop tard » !

Source : http://www.infos-bordeaux.fr/2014/breves/etienne-chouard-a-bordeaux-le-jeudi-21-aout-6139


Conférence : Étienne Chouard fait le plein à BordeauxPiqués par la curiosité, nous sommes allés enquêter sur ce personnage singulier et ses fameux « ateliers constituants ».

Ateliers constituants à Bordeaux, 21 août 2014

En cette période estivale, plus de 250 personnes de tous âges étaient réunies pour écouter l’introduction de ce professeur d’économie et de droit, dans un hangar. Celle-ci tenait en une conviction, émaillée de digressions diverses : notre système politique vise à produire des « maîtres ».

En effet, dans notre démocratie représentative, le système électif produit naturellement une victoire d’un camp majoritaire sur un autre, minoritaire, lequel ne sera pas pris en considération pendant la durée du mandat. Et l’élection transforme littéralement l’élu, en imposant l’idée qu’il a gagné parce qu’il est le meilleur, et qu’il tire un pouvoir particulier du fait de sa victoire. Aucune place ici au consensus. Ce système, fondé sur le Droit, tire sa légitimité de la Constitution, laquelle, au lieu de garantir la souveraineté du peuple contre les excès naturels des dirigeants, est écrite par les dirigeants eux-mêmes pour protéger leurs privilèges.

Chouard propose de mettre en place un système de tirage au sort des représentants. Ceci a pour avantages de se prémunir des conflits d’intérêt, de maintenir le représentant dans une situation d’humilité, au service de la population, et enfin, de garantir une meilleure représentation que celle où une même oligarchie truste systématiquement les postes de pouvoirs. Ceci assorti de toute la panoplie de la démocratie directe, comme le référendum d’initiative populaire, les mandats non renouvelables et révocables, mais aussi un revenu de base et le contrôle public de la création monétaire.

Dans une longue série d’anecdotes historiques, le professeur rappelle les travaux de l’anthropologue américain Graeber qui détaille plusieurs cas de démocratie authentique : des villages médiévaux qui s’organisaient sous forme de démocratie locale, avec des règles édictées par les villageois eux-mêmes et pour eux-mêmes, aux sociétés de pirates, qui désignent eux-mêmes leur capitaine et se partagent équitablement le butin. Sans parler des multiples sociétés primitives, où on recherche l’unanimité : on discute, parfois pendant longtemps, jusqu’à l’obtention du consensus, et on ne vote jamais.

Or la période des 2 derniers siècles, en Occident, où l’élection s’est imposée de plus en plus comme le mode de désignation des représentants, se caractérise également par une permanence des mêmes élites aux postes de pouvoir, toujours issues des classes les plus riches.

Après les questions du public, Chouard s’est effacé et toute la salle s’est répartie en une douzaine d’ateliers de discussion sur la Constitution, selon plusieurs thématiques, telles que « comment constituer le corps législatif ? », « comment le peuple peut-il garder le contrôle du pouvoir ? », « comment imposer la recherche du consensus et faire en sorte qu’il n’y ait pas de perdants ? », « qu’est-ce que la souveraineté ? » Au bout d’une heure, un représentant de chaque groupe vient présenter le résultat des réflexions : en général rien de bien révolutionnaire, mais au moins – et c’est le but revendiqué par Chouard lui-même – une participation de tous à la réflexion sur la Constitution.

« Le désordre est créateur d’idées et de vie », comme le dit ce blogueur qui gagne à être connu. On ne pourrait mieux résumer la soirée !

Source : http://www.infos-bordeaux.fr/2014/breves/conference-etienne-chouard-fait-le-plein-a-bordeaux-6204


Dans cette conférence, je vous parle de Pasolini, qui déplorait (déjà en 1975 !) que ses amis de gauche renoncent à la politique en traitant les autres de « fascistes », sans rien changer au fond, finalement, et en se donnant simplement bonne conscience à bon compte (des min. 46:53 à 49:15).

Voici le texte dont je parle :

« Toutes ces dernières années, […] (et plus grave) nous n’avons rien fait pour qu’il n’y ait pas de fascistes. Nous les avons seulement condamnés, en flattant notre conscience avec notre indignation ; plus forte était notre indignation, plus tranquille était notre conscience.

En vérité, nous avons eu une attitude fasciste envers les fascistes (je parle surtout des jeunes) : nous avons hâtivement et impitoyablement voulu croire qu’ils étaient prédestinés à être fascistes par leur race et que, face à cette détermination de leur destin, il n’y avait rien à faire.

Et ne nous le dissimulons pas : nous savions tous, dans notre vraie conscience, que quand l’un de ces jeunes décidait d’être fasciste, c’était purement fortuit, ce n’était qu’un geste sans motifs et irrationnel ; un seul mot aurait peut-être suffi pour qu’il en allât différemment.

Mais jamais aucun d’entre nous n’a parlé avec eux, ou ne leur a parlé. Nous les avons tout de suite acceptés comme d’inévitables représentants du Mal, tandis qu’ils n’étaient sans doute que des adolescents et adolescentes de dix-huit ans qui ne connaissaient rien à rien, et qui se sont jetés la tête la première dans cette horrible aventure par simple désespoir. »

Pier Paolo Pasolini, « Écrits corsaires » (1975), p 81.


[Mise à jour (30 août 2014) :
Catherine vient de finir le plan détaillé de cette vidéo. Quel boulot !!! Merci !!

Plan détaillé minuté – conférence – Bordeaux – 21 août 2014

Source : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_-_conf%C3%A9rence_-_Bordeaux_-_21_ao%C3%BBt_2014

Conférence d’Étienne Chouard à Bordeaux : « Les ateliers constituants, c’est épatant ! » organisée par La Révolution des Grenouilles

Source : http://chouard.org/blog/2014/08/28/bordeaux-21-aout-2014-ateliers-constituants/

Plan détaillé et minuté :
Sommaire

1 (0:0:00) Présentation
2 (0:2:59) L’idée des Gentils Virus : coller la crève à l’oligarchie.
2.1 (0:3:18) Système de domination oligarchique : le suffrage universel = perte du droit de décider nous-mêmes
2.2 (0:5:06) Talon d’Achille du système de domination = maîtrise de la force publique qui passe par le droit, droit soumis au droit des droits : la constitution
3 (0:09:15) L’écriture de la constitution : mise en pratique
3.1 Constitution = complexe ?
3.2 (0:11:04) Besoin d’être expert ?
3.3 (0:11:44) Les concepts à maîtriser
3.4 (0:14:03) Importance de l’entraînement et contre-exemple
4 (0:18:55) Livres de David Graeber, Pierre Clastres, Francis Dupuis-Deri, Marcus Rediker
4.1 « La démocratie aux marges » de David Graeber
4.1.1 (0:20:55) Tirage au sort opposé à l’élection
4.2 (0:023:52) Athènes n’était pas la seule démocratie, dans l’histoire des milliers de sociétés étaient démocratiques
4.2.1 (0:25:13) Sans État, la gestion des affaires est démocratique
4.2.1.1 (0:25:41) Sociétés villageoises au Moyen-Age
4.2.1.2 (0:26:50) Sociétés des pirates
4.2.1.3 (0:29:41) Vote et consensus
4.2.1.4 (0:031:53) Le vote est au sein des sociétés armées
4.2.1.5 (0:32:58) État et maîtres
5 (0:34:10) État et contrôle par la constitution
5.1 (0:37:30) L’activité constituante est la première activité politique du citoyen
6 (0:38:27) Les ateliers
6.1 (0:39:10) L’aspect législatif
6.2 (0:40:23) L’initiative populaire
6.3 (0:42:35) Consensus
6.4 (0:45:11) Souveraineté locale, fédérale
6.4.1 (0:46:46) Faire société et gestion des conflits
6.4.1.1 (0:48:33) Pasolini et le mot « fasciste »
6.4.2 (0:49:24) Décisions de la souveraineté selon le niveau et l’échelle, question de subsidiarité
7 (0:54:28) Questions/réponses
7.1 (0:54:37) Consensus, Temps, consciences collectives et individuelles ouverture spirituelle
7.2 (0:56:09) Équilibre entre les pouvoirs spirituels et temporels ; vote par pondération ternaire
7.2.1 (0:57:24) Réponse d’Etienne sur le vote à points
7.3 (1:00:10) consensus et valeurs à 60 millions de personnes
7.3.1 (1:02:59) Réponse d’Etienne : Atelier des valeurs
7.4 (1:04:13) Valeur des tirés au sort
7.4.1 ( 1:05:15) Réponse d’Etienne sur la valeur des tirés au sort
7.5 (1:05:39) Éducation populaire et méthodologie d’action
7.5.1 (1:08:09) Réponse d’Etienne sur la méthodologie : notions de désordre et d’agir en adulte
7.5.1.1 (1:10:33) Processus adulte et référence au philosophe Alain
7.6 ( 1:11:36) Proposition d’une première étape avant la constituante
7.7 (1:14:00) Demande de meilleure diffusion et suivi des manifestations
7.7.1 (1:16:10) Réponse d’Etienne
7.8 (1:16:18) Travail de déconstruction et reconstruction, problème de consensus, contrôle des décisions

1 (0:0:00) Présentation

Remerciements à l’Espace Darwin et présentation par Maxime du collectif de La Révolution des Grenouilles
Le collectif de La Révolution des Grenouilles est un mélange de Colibris, de Démocratie Réelle et de Gentils Virus.
Le site collaboratif alternatif de la Gironde est : http://gironde.demosphere.eu/
2 (0:2:59) L’idée des Gentils Virus : coller la crève à l’oligarchie.

2.1 (0:3:18) Système de domination oligarchique : le suffrage universel = perte du droit de décider nous-mêmes

C’est le système oligarchique qui a organisé depuis 200 ans l’impuissance politique des peuples, partout sur terre, avec l’idée géniale du point de vue oligarchique du suffrage universel nous privant du droit de décider nous-mêmes de nos affaires.
2.2 (0:5:06) Talon d’Achille du système de domination = maîtrise de la force publique qui passe par le droit, droit soumis au droit des droits : la constitution

L’idée des virus est de trouver la faille, l’astuce qui rend le système de domination fragile, arriver à ce que les cellules du corps social que nous sommes tous se polarisent vers le talon d’Achille du système de domination qui est la maîtrise de la force publique qui passe par le droit ( organise l’obéissance de la gendarmerie, de l’armée, des juges, des gardiens de prison, de tous les fonctionnaires).
Toutes les puissances publiques sont organisées autour du droit, le droit soumis au droit des droits : la constitution.
Notre cause commune qui est notre impuissance politique partout sur Terre débouche mécaniquement, logiquement, sur une solution commune : si nous écrivions nous-mêmes la constitution au lieu de la laisser écrire par ceux qui devraient la craindre.
3 (0:09:15) L’écriture de la constitution : mise en pratique

3.1 Constitution = complexe ?

Il faut parier, et faire confiance, sur l’intelligence, le courage, l’honnêteté des gens.
Quand on compte sur eux, ils font tout ce qu’ils peuvent pour être digne de cette confiance.
3.2 (0:11:04) Besoin d’être expert ?

C’est en faisant des ateliers constituants que l’on acquiert de la compétence.
3.3 (0:11:44) Les concepts à maîtriser

La séparation des pouvoirs
La reddition des comptes
L’initiative populaire
Les mandats courts et non renouvelables
Le tirage au sort (protection contre les conflits d’intérêt)

3.4 (0:14:03) Importance de l’entraînement et contre-exemple

Il est essentiel de s’entraîner à la constitution avant que ce soit l’heure d’écrire la vraie, de se préparer à avoir plein de gens prêts à écrire la constitution sans aspirer au pouvoir.
Exemple de la Tunisie et des erreurs concernant la constituante qui a finalement échappée aux citoyens.
4 (0:18:55) Livres de David Graeber, Pierre Clastres, Francis Dupuis-Deri, Marcus Rediker

4.1 « La démocratie aux marges » de David Graeber

Anthropologue, auteur aussi de « Dette – 5000 ans d’histoire » qui permet de comprendre la vraie nature de la monnaie et de la dette, David Graeber avec son livre « La démocratie aux marges » recoupe Pierrre Clastres, anthropologue avec son livre « La société contre l’État » qui est un livre essentiel sur les sociétés primitives ou sans Etat.
Comment les humains se protègent contre les pouvoirs, avec quelles astuces, avec qu’elle vigilance permanente ?
4.1.1 (0:20:55) Tirage au sort opposé à l’élection

Graeber insiste sur le fait que pour lui, anthropologue, sur le plan politique, depuis quelques siècles, les professeurs de droit constitutionnel et les professeurs de politique, les gens qui décrivent les systèmes politiques font comme si la seule démocratie connue était Athènes.
Le tirage au sort nous conserve des représentants humbles qui ne sont pas les meilleurs mais qui sont des serviteurs ; il est opposé à l’élection qui produit des maîtres, les représentants devenant moins humbles et finissant par se comporter comme des chefs. Les conséquences sont mécaniques.
Les tirés au sort préparaient les lois et ne les votaient pas, ce sont les citoyens qui votaient les lois.
4.2 (0:023:52) Athènes n’était pas la seule démocratie, dans l’histoire des milliers de sociétés étaient démocratiques

Ces livres, inclus « Démocratie Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France » de Dupuis-Déri, montrent qu’il n’y a pas qu’Athènes qui était une démocratie. Des milliers de sociétés démocratiques ont existé un peu partout dans l’histoire des Hommes.
Ainsi 95% des sociétés amérindiennes qui étaient en fédération de tribus étaient extrêmement démocratiques avec un chef sans pouvoir (Pierre Clastres) sauf en cas de guerre.
De même chez les pirates (« Pirates de tous les pays » – Marcus Rediker) le capitaine n’a seulement du pouvoir que lors de l’abordage mais ensuite le perd.
4.2.1 (0:25:13) Sans État, la gestion des affaires est démocratique

Ce qu’expliquent les anthropologues c’est que dans l’histoire des Hommes, les humains savent très bien se réunir en petits groupes sans État et gèrent eux-mêmes leurs affaires de façon démocratique. Tout le monde participe à toutes les lois. Mais les intellectuels, les élites, les maîtres n’ont jamais appelé cela « démocratie ».
4.2.1.1 (0:25:41) Sociétés villageoises au Moyen-Age

Ainsi les sociétés villageoises au Moyen-Age vivaient comme des démocraties, votaient leurs lois à main levée. Les seigneurs intervenaient peu dans la vie des villageois, juste pour les impôts ou enrôler les Hommes pour la guerre. Les villageois étaient jaloux de leur pouvoir sur la maîtrise de leurs règles de vie commune.
Les conditions de vie étaient très démocratiques dans l’Ancien Régime bien que l’on apprenne (en la scolarité) que c’était une période noire, d’oppression absolue, tyrannique. L’absolutisme est en effet un aspect tyrannique mais au niveau local il y avait plein de démocratie.
4.2.1.2 (0:26:50) Sociétés des pirates

Rediker dans « Pirates de tous les pays » parle des pirates, marins rebelles, mutins, qui formaient des sociétés sans État, sociétés complexes et avec des gens venant de tous pays.
Ces pirates pourtant décrits par les élites comme des affreux avaient des capitaines sans pouvoir en temps de paix, hors abordage. L’équipage désigne le capitaine et le vire quand il n’est pas content. Le contre-maître sert de contre-pouvoir, il surveille en permanence le capitaine et est à l’écoute de l’équipage. La répartition du butin est quasi-égalitaire, le capitaine reçoit juste une fois et demie de plus que chaque autre membre de l’équipage.
4.2.1.3 (0:29:41) Vote et consensus

Ce que Graeber observe dans ces sociétés c’est que toutes les sociétés primitives ne votent pas à la majorité leurs lois, ils discutent, cherchent tous l’unanimité, le consensus.
4.2.1.4 (0:031:53) Le vote est au sein des sociétés armées

Les rares sociétés dans lesquelles il y avait le vote et non le consensus c’étaient les sociétés armées, des sociétés de soldats.
Ainsi la société d’Athènes ou celle des pirates votaient et étaient armées.

Ce sont les sociétés armées qui votaient, et c’est parce qu’elles été armées qu’elles votaient.
4.2.1.5 (0:32:58) État et maîtres

Il y a plein d’idées d’organisation politiques (Clastres), plein d’exemples de vie où on se respecte, où on décide ensemble de nos affaires.
Aucune de ces sociétés primitives, armées ou pas armées, ne désigne des gens pour voter des lois à leur place.

Il n’y a que les sociétés avec un État qui votent des maîtres. Il n’y a que l’État qui décide cela.
5 (0:34:10) État et contrôle par la constitution

Nous nous réunissons pour former une force publique qui empêche la loi du plus fort, qui fait régner la justice. l’État sert à cela, à rendre compatible cette idée d’un État que nous contrôlerions.
Actuellement nous n’avons aucun contrôle de l’État.

Si nous écrivions la constitution – s’entraîner à l’écrire déjà avant par des ateliers de manière régulière – nous écririons notre puissance politique, nous aurions la puissance qui nous manque pour faire régner la justice alors que dans le capitalisme, système tellement injuste, une poignée de privilégiés se sont octroyés le droit d’écrire la constitution.
5.1 (0:37:30) L’activité constituante est la première activité politique du citoyen

Le peu de politique que nous devrions faire c’est l’activité constituante
Pas de citoyen autre que constituant, un vrai citoyen cela doit-être constituant.
6 (0:38:27) Les ateliers

Quels sujets ?
Tous les sujets. on est libre.
Il suffit de décider de quelques sujets communs.
6.1 (0:39:10) L’aspect législatif

Qu’est-ce que le corps législatif ?
Comment organiser le corps législatif ?
Quel nombre de chambres ?
Élection ou tirage au sort ?
A quel niveau ? Au niveau des communes ou de la fédération ?

6.2 (0:40:23) L’initiative populaire

Comment est-ce qu’on garde le contrôle ?
Comment on fait pour qu’aucun chef ne puisse s’affranchir de tout contrôle ?
Quelle mission de l’éducation nationale ?
Une formation politique à écrire la constitution dès le plus jeune âge ?
Apprendre aux enfants ce qu’est une constitution ?
Référendum d’initiative populaire

6.3 (0:42:35) Consensus

Que prévoir comme institution pour permettre la recherche du consensus plutôt que le vote des lois ?
Que doit-on écrire dans la constitution pour nous aider à, pour nous pousser à, discuter jusqu’au consensus plutôt que de suite voter et mettre de côté une minorité qui n’a plus qu’à se taire ?
Comment rejeter le droit des minorités, éviter la dictature de la majorité ?
Comment on peut faire dans nos institutions pour favoriser, imposer, faciliter la recherche du consensus plutôt que la majorité ?

6.4 (0:45:11) Souveraineté locale, fédérale

Si on fait une démocratie, elle sera forcement locale, au niveau des communes. C’est au niveau des communes que nous allons voter nous-mêmes nos lois. c’est au niveau des communes que nous allons exercer notre souveraineté, souveraineté individuelle et collective, pas au niveau d’un département, d’une région ou autres.

Il y a des niveaux, des économies d’échelle, toutes sortes d’activités économiques et politiques ou militaires où on a intérêt à se fédérer.
Il y aura sûrement une fédération de communes.

Il va falloir décider :

Qu’est-ce que la souveraineté ?
A quel moment je dis : « je suis souverain » ?
Qu’est-ce que je consens comme abandon de la souveraineté dans le cadre de la fédération ?

6.4.1 (0:46:46) Faire société et gestion des conflits

Il est important de respecter les idées d’autrui, de savoir parler aux gens dangereux, et de faire société.
La politique c’est discuter avec les gens, avec qui on n’a pas envie de discuter.
On fait société, entre gens avec des conflits. La politique c’est une mise en scène des conflits, rechercher des solutions des conflits.
6.4.1.1 (0:48:33) Pasolini et le mot « fasciste »

Pier Paolo Pasolini dans son livre « Écrits corsaires » a un passage sur le mot « fasciste » : Être sûr de là où est le bien.
6.4.2 (0:49:24) Décisions de la souveraineté selon le niveau et l’échelle, question de subsidiarité

Où est-ce qu’on fait, à quelle échelle ?
Quels sujets donnés à la commune ?
Quelles sont les lois que nous allons pouvoir voter au niveau local ?
Qu’est-ce qu’il faut absolument mettre au niveau national, peut-être au niveau régional ?

Exemple : le programme de l’école – niveau national ou local ?
Au niveau national, autant dire que cela vous échappe, ce n’est pas vous qui décidez.
Au niveau local, il est possible d’exercer la souveraineté en vérifiant les méthodes de l’école (idem pou les impôts).

Quel est le périmètre de ce qu’on appelle la subsidiarité ?

7 (0:54:28) Questions/réponses
7.1 (0:54:37) Consensus, Temps, consciences collectives et individuelles ouverture spirituelle

Questions de Valentine :

Besoin de parler du temps. Le consensus prend du temps.
Sociétés primitives, sociétés pirates qui sont des sociétés secrètes ont une conscience collective plus importante ou aimanté par l’ensemble des consciences individuelles.
L’État aujourd’hui est un État sans esprit, sans ouverture spirituelle ; il est important de se relier et cela est lié au consensus.

7.2 (0:56:09) Équilibre entre les pouvoirs spirituels et temporels ; vote par pondération ternaire

Questions de Stéphane :

Question de l’équilibre entre les pouvoirs temporels et les pouvoirs spirituels : l’équilibre de sociétés pérennes est entre ces deux pouvoirs sinon cela crée du désordre.
En complément du vote il y a la pondération ternaire qui est un outil plus précis :

le vote existe
+1 à un candidat
le vote blanc c’est 0
le vote noir c’est -1 à la personne qu’on ne veut absolument pas voir élue

7.2.1 (0:57:24) Réponse d’Etienne sur le vote à points

Pour l’équilibre du pouvoir temporel et spirituel, je suis incompétent, je ne sais pas, n’y ai pas réfléchi.
Le vote à points cela permet de nuancer son point de vue, cela permet de ne pas être manichéen.

Le vote à points c’est le vote de valeur (+6 à -6)
Le dépouillement de ce genre de vote est plus long, plus compliqué, nécessite des machines.
Si machines il y a risque de truand il y a.
La sécurisation du dépouillement fait partie des problèmes de ce type de scrutin.

7.3 (1:00:10) consensus et valeurs à 60 millions de personnes

Question de Nathalie :

Le partage des valeur avec les voisins est non assuré.

Comment arriver à un consensus avec des opinions divergentes et nombreusement divergentes ?
Comment y arriver à 60 millions de personnes ?

7.3.1 (1:02:59) Réponse d’Etienne : Atelier des valeurs

Nos sociétés humaines sont toutes et sont toujours traversées de conflits.
Est-ce que nous serions capables de dire quelles sont ces valeurs sur lesquelles on va être fermes, solides ?
Et quelles sont les valeurs sur lesquelles on peut admettre des compromis ?
C’est un sujet essentiel pour tout le monde.
7.4 (1:04:13) Valeur des tirés au sort

Question de Marie-Ange :

Les personnes sont tirées au sort, pas de vote, pas « je l’aime ou pas » ; elles accepteront ou pas l’honneur de prendre des responsabilités.

7.4.1 ( 1:05:15) Réponse d’Etienne sur la valeur des tirés au sort

Comme on estime qu’on est tous égaux politiquement, il n’y aurait pas besoin de vérifier la valeur des tirés au sort ?
Il faut discuter ensemble pour vérifier si cela est dangereux ou pas.
7.5 (1:05:39) Éducation populaire et méthodologie d’action

Questions de Paolina :

Notion d’éducation populaire : être privé du droit de vote impliquerait une motivation d’action (en son quartier, au travail, là où les gens vivent) et faire de la politique.

Ce qui empêche de faire de la politique c’est le fait de voter.

Après l’écoute (ainsi cette conférence et autres conférences) ce qui compte c’est de passer à l’action.

Quelle méthodologie ? Quelle modération, qu’elles règles ?
Qui pourra tirer au sort ? Faudra-t-il être français pour tirer au sort ou pas ?

7.5.1 (1:08:09) Réponse d’Etienne sur la méthodologie : notions de désordre et d’agir en adulte

C’est à nous de décider.
Nous allons décider ensemble.
On peut synthétiser mais la méthodologie c’est aux citoyens en train de se transformer en constituants de mettre en place eux-mêmes cette méthodologie, de sélectionner et préférer ce qui marche.
Vous allez créer ce qui vous manque, en adulte.
Le désordre n’est pas toujours néfaste, il permet aussi l’imagination. Il n’y a pas de méthode unique ou forcement normative.
7.5.1.1 (1:10:33) Processus adulte et référence au philosophe Alain

Il ne faut pas chercher une méthode unique. Chaque personne en train de réfléchir peut décider. C’est un processus adulte.
Alain : » Une assemblée ne pense pas. »
L’être pensant c’est un individu avec sa responsabilité. Il y a une déresponsabilisation d’une assemblée.
7.6 ( 1:11:36) Proposition d’une première étape avant la constituante

Intervention de Cédric :

Il y a une première étape c’est d’abord sortir du régime européen.

Sillonner et tronçonner le système de l’intérieur comme un cheval de Troie.
Incitation à suivre l’UPR.

7.7 (1:14:00) Demande de meilleure diffusion et suivi des manifestations

Remarque de Delphine :

Non volonté de créer un espace propre.

Les idées pourraient être plus diffusées, elles mériteraient un suivi moins aléatoire que les manifestations ponctuelles.

7.7.1 (1:16:10) Réponse d’Etienne

Je fais ce que je peux.
7.8 (1:16:18) Travail de déconstruction et reconstruction, problème de consensus, contrôle des décisions

Questions de Danny :

Commencer par le commencement : il faudrait procéder à un travail de déconstruction et de reconstruction des mentalités ; ainsi un travail sur les valeurs de chacun, le spirituel de chacun.

Il faudra éduquer les gens, comment cela cela va se faire ?

Pour le consensus on aura un problème de décision finale.

C’est une utopie de penser que tout le monde va prendre part à la décision donc il y aura différents niveaux de décision.

Interrogation par rapport à la mise en place des systèmes de contrôles :

Comment on va contrôler les décisions ?

Source : http://wiki.gentilsvirus.org/index.php/Plan_d%C3%A9taill%C3%A9_minut%C3%A9_-_conf%C3%A9rence_-_Bordeaux_-_21_ao%C3%BBt_2014

Rendez-vous le 31 août à Saint-André-de-Valborgne, pour une journée démocratique

Une belle initiative (de personnes qui viennent de loin) pour aller aider Camille et ses amis dans leur résistance démocratique locale :

Ce serait bien qu’il y ait beaucoup de monde là-bas, ce jour-là et d’autres : Camille a besoin de sentir qu’il y a plein de monde qui compte sur elle et qui est fier de ce qu’elle fait.

Nous devrions être nombreux à aider Camille, de différentes façons, car ce qu’elle fait est emblématique de ce que nous devrions tous faire, commune par commune.

Rappel : le blog où Camille nous tient informés de ses aventures :
http://democratie-saintandredevalborgne.com/

Revenu de base et renouveau démocratique (Périgueux, 22 août 2014) : introduction aux ateliers constituants dédiés au RDB

La jeune et tonique équipe de la première Université d’été du Revenu de base m’a gentiment invité à venir leur dire un mot pour expliquer le lien puissant qui existe entre, d’une part, l’espoir-d’émancipation-politique-générale-par-la-distribution-d’un-revenu-ou-dividende-ou-salaire-inconditionnel-et-à-vie et, d’autre part, l’institution-et-la-défense-par-le-peuple-lui-même-d’une-démocratie-digne-de-ce-nom.

Logo Université d'été du revenu de base 2014

Pressés par les contraintes, les organisateurs m’ont demandé de résumer mon analyse en… 20 minutes (+ 20 minutes d’échanges avec le public). Je parle donc un peu trop vite, pardon, mais c’est comme ça quand je sais que le temps me manque, je déparle un peu 😐

Et on a trouvé encore un peu de temps (2h30) sur cette question le lendemain matin (samedi 23 août), où nous nous sommes retrouvés (nombreux) pour des ateliers constituants dédiés au RDB (ou au salaire à vie, ou au dividende universel, selon les groupes) : j’ai hâte de voir les images et les sons de ces ateliers, c’était épatant.

Voici donc la présentation du vendredi soir (le son commence à 3’30 et moi à 8’30) :

Dès que j’ai les vidéos des ateliers, je les place ici, promis.

Entretien avec Frédéric Bosqué (projet ‘Tera’ : éco-villages avec revenu de base en monnaie locale et constitutions populaires communales)

À l’occasion d’une intervention à l’Université du Revenu de Base, vers Périgueux, j’ai rencontré un humain bien sympathique, Frédéric Bosqué. Voici notre entretien :

Frédéric et son équipe parcourent la France en vélo pour détecter (et nous signaler) des initiatives locales particulièrement intéressantes.
Voici une courte présentation du projet qu’il appelle ‘Tera’ :

Logo du projet Terahttp://www.tera.coop

Trois différents usages politiques du tirage au sort, à bien distinguer : 1) chambres de contrôle 2) corps législatif 3) assemblée constituante

L’infatigable (et très gentil) Benoît (merci à lui) vient d’isoler un passage important de la soirée (formidable) passée à Bruxelles avec David (Van Reybrouck) : il me semble que tous les gentils virus, pour être très contagieux, devraient bien repérer et bien distinguer ces 3 grands usages du tirage au sort :

Et voici le commentaire de Benoît sur sa chaîne Youtube :

Quels sont les atouts et défauts du tirage au sort ?
Voici 3 de ses utilisations en politique :

01:19 1) Les chambres de contrôle

03:11 2) L’assemblée législative

07:26 3) L’assemblée constituante

LES 11 VERTUS DU TIRAGE AU SORT :

1. La procédure du tirage au sort est impartiale et équitable : elle garantit une justice distributive (conséquence logique du principe d’égalité politique affirmé comme objectif central de la démocratie).

2. Le tirage au sort empêche la corruption (il dissuade même les corrupteurs : il est impossible et donc inutile de tricher, on évite les intrigues) : ne laissant pas de place à la volonté, ni des uns ni des autres, il n’accorde aucune chance à la tromperie, à la manipulation des volontés.

3. Le tirage au sort ne crée jamais de rancunes : pas de vanité d’avoir été choisi ; pas de ressentiment à ne pas avoir été choisi : il a des vertus pacifiantes pour la Cité, de façon systémique.

4. Tous les participants, représentants et représentés sont mis sur un réel pied d’égalité.

5. Le hasard, reproduisant rarement deux fois le même choix, pousse naturellement à la rotation des charges et empêche mécaniquement la formation d’une classe politicienne toujours portée à tirer vanité de sa condition et cherchant toujours à jouir de privilèges. Le principe protecteur majeur est celui-ci : les gouvernants sont plus respectueux des gouvernés quand ils savent avec certitude qu’ils reviendront bientôt eux-mêmes à la condition ordinaire de gouvernés.

6. Le tirage au sort est facile, rapide et économique.

7. Le hasard et les grands nombres composent naturellement, mécaniquement, un échantillon représentatif. Rien de mieux que le tirage au sort pour composer une assemblée qui ressemble trait pour trait au peuple à représenter. Pas besoin de quotas, pas de risque d’intrigues.

8. Savoir qu’il peut être tiré au sort incite chaque citoyen à s’instruire et à participer aux controverses publiques : c’est un moyen pédagogique d’émancipation intellectuelle.

9. Avoir été tiré au sort pousse chaque citoyen à s’extraire de ses préoccupations personnelles et à se préoccuper du monde commun ; sa désignation et le regard public posé sur lui le poussent à s’instruire et à développer ses compétences par son travail, exactement comme cela se passe pour les élus : c’est un moyen pédagogique de responsabilisation des citoyens, de tous les citoyens.

10. Préférer le tirage au sort, c’est refuser d’abandonner le pouvoir du suffrage direct à l’Assemblée, et c’est tenir à des contrôles réels de tous les représentants : donc, le tirage au sort portant avec lui des contrôles drastiques à tous les étages, il est mieux adapté que l’élection (qui suppose que les électeurs connaissent bien les élus et leurs actes quotidiens) pour les entités de grande taille. (Alors qu’on entend dire généralement le contraire.)

11. DE FAIT, pendant 200 ans de tirage au sort quotidien (au Ve et IVe siècle av. JC à Athènes), les riches n’ont JAMAIS gouverné, et les pauvres toujours. (Les riches vivaient très confortablement, rassurez-vous, mais ils ne pouvaient pas tout rafler sans limite, faute d’emprise politique.) Ceci est essentiel : mécaniquement, infailliblement, irrésistiblement, le tirage au sort DÉSYNCHRONISE le pouvoir politique du pouvoir économique. C’est une façon très astucieuse d’affaiblir les pouvoirs pour éviter qu’ils n’abusent. On est donc tenté de penser que c’est l’élection des acteurs politiques qui a rendu possible le capitalisme, et que le tirage au sort retirerait aux capitalistes leur principal moyen de domination.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Documents_conferences/centralite_du_tirage_au_sort_en_democratie.pdf

Extrait de « Démocratie fatiguée : quelles solutions ? (1/9) David Van Reybrouck/Étienne Chouard – 18 avril 2014  »

Et de la vidéo du cercle des volontaires, Belgique « Étienne Chouard David Van Reybrouck Démocratie fatiguée Quelles solutions »

Rendez-vous à Amiens, pour un débat organisé par Nouvelle Donne, dimanche 24 août 2014

Pierre Larrouturou m’a gentiment invité autour d’une Table Ronde intitulée « Comment reconstruire l’espoir ? », organisée par Nouvelle Donne, à Amiens dimanche prochain, 24 août 2014, à 9h30 :

Logo de l'Université d'été 2014
http://www.nouvelledonne.fr/journees-dete-nouvelle-donne-2014-a-amiens

Il semble que ce soit la procédure du tirage au sort en politique, en cours d’adoption et de mise au point par ce nouveau mouvement, qu’on va me demander de commenter un peu. Peut-être aussi la nécessaire mutation des électeurs en citoyens constituants ? On verra.

Sur le site de Nouvelle Donne, j’ai effectivement trouvé cette synthèse sur le tirage au sort, et ça donne, bien sûr, envie d’aller en parler avec eux :

Source : http://www.nouvelledonne.fr/le-tirage-au-sort-en-politique

Le tirage au sort en politique

par Diane Vattolo, comité local Nouvelle Donne de Seine-Saint-Denis

Résumé

Pratique jadis éprouvée, le tirage au sort en politique revient aujourd’hui. Le tirage au sort est démocratique et l’élection est aristocratique. Bien pensé dans ses modalités et ses usages, il offre plus de justice et d’égalité politique. C’est pourquoi Nouvelle Donne l’a mis en place dans le cadre de la désignation de ses listes de candidats aux élections européennes de 2014.

Cette procédure qui peut nous sembler aujourd’hui surprenante en politique, nous paraît normale et positive dans les jurys d’assise (désignation des jurés par tirage au sort sur les listes électorales).

Le tirage au sort pour désigner les représentants – et même les personnes exerçant un pouvoir exécutif – jalonne pourtant l’histoire politique. Fondamental dans la démocratie Athénienne, le tirage au sort est aussi très présent dans les républiques de Venise et de Florence.

Aujourd’hui dans le monde entier, des expériences citoyennes ayant recours au tirage au sort se multiplient. Quelques exemples :

  • En Colombie-Britannique (Canada) pour désigner une assemblée citoyenne écrivant le projet de réforme du mode de scrutin en 2001.
  • Les jurys citoyens (Bürgerforum) sont notamment utilisés depuis 2001 dans 17 quartiers de Berlin pour décider d’une partie de leur budget (500 000 euros).
  • Islande après 2008 : assemblée citoyenne constitutive tirée au sort, suivie d’un conseil élu (25 personnes ordinaires, parlementaires exclus) puis référendum.
  • En France, plusieurs expérimentations ont eu lieu au niveau national, notamment sur des questions relatives à la sciences et à la technologie (bioéthique, OGM, etc.) à partir de 1998. Depuis lors, les conférences de citoyens sont également utilisées par les collectivités territoriales pour formuler des avis sur des sujets très divers : la gestion de l’eau, le traitement des déchets, la politique sociale, le développement rural, la santé…

Les grands penseurs de la démocratie (Aristote, Montesquieu, Rousseau, Harrington, Tocqueville…) s’accordent à reconnaître que « Le tirage au sort est démocratique et l’élection est aristocratique », même si tous ne défendent pas nécessairement la première solution, et l’histoire montre que l’aristocratie tend généralement vers l’oligarchie.

Certains biais de l’élection sont totalement absents du tirage au sort : pour être élu (choisi) il faut être connu, ce qui nécessite une campagne électorale coûteuse (même si elle sera peut-être remboursée, il faut au moins avancer les fonds) et des talents spécifiques à celle-ci pour les candidats (communication, présentation…) pas forcément en lien avec les talents essentiels une fois élu (prendre les bonnes décisions après s’être formé, proposer des évolutions intéressantes…).

La légitimité du tirage au sort, dépend essentiellement des réponses à ces questions :

  • pour quelles fonctions ? (représentative, législative, exécutive)
  • dans quelles conditions s’exerceront ces fonctions ? (durée, limites, révocabilité…)
  • sur quelle base ? (tous ou une partie sélectionnée et alors sur quels critères ?)

De plus, une rotation rapide des tâches / le non cumul des mandats dans le temps, couplé au tirage au sort, permet au plus grand nombre d’exercer les fonctions politiques.

L’objection essentielle avancée au tirage au sort est la peur de désigner un incompétent, à laquelle on peut répondre :

  • On peut s’en prémunir par des institutions complémentaires comme :
    • le volontariat, d’autant plus s’il est couplé à une nécessaire reddition des comptes assorties de sanctions.
    • Une certaine sélection de la base du tirage au sort (par exemple citoyens non déchus de leurs droits civiques, car s’ils sont aptes à voter…)
  • On peut former et assister (assistants parlementaires et experts, jurys citoyens et autres outils de participation citoyenne)
  • Dans les parlements, les décisions sont collégiales, donc seul le fait que la majorité soit composée d’incompétents est à craindre.

Les principaux intérêts d’une désignation par tirage au sort comparée à l’élection sont :

  • le caractère réellement démocratique : le tirage au sort rend plausible pour chaque citoyen d’être au pouvoir.
  • la représentativité : catégories socio-professionnelles, d’âge, de sexe, d’opinions sont également représentées, surtout si l’échantillon est grand.
  • Une bien plus grande résistance à la corruption (pas de campagne à financer).
  • L’éducation populaire, par la pratique pour les désignés par le sort, et par extension de tous puisque la perspective d’accéder au pouvoir existe plus facilement.
  • C’est un mécanisme externe et neutre, empêchant les déchirements entre factions, et préservant l’ego de ceux qui ne sont pas désignés

Pour les raisons évoquées ci-dessus, Nouvelle Donne a mis en place le tirage au sort parmi les adhérents volontaires :

  1. pour la constitution de la commission électorale qui déterminera la première moitié de la liste des candidats aux européennes
  2. pour la désignation des candidats de la deuxième moitié de la liste (qui n’ont de chances d’être élus que si nous faisons bien plus de 50%…)

La base est donc large (tous les adhérents), des garde-fous sont mis en place (volontariat, contrat du candidat et de l’élu Nouvelle Donne, collégialité) et la formation considérée comme essentielle.

Ces conditions nous permettent donc de revendiquer fièrement cette pratique du tirage au sort dans ce cadre comme plus juste et équitable, et peut-être bien plus efficace.

Glossaire

La démocratie (du grec ancien δημοκρατία / dēmokratía, « souveraineté du peuple », de δῆμος / dêmos, « peuple » et κράτος / krátos, ‘pouvoir’, ‘souveraineté’ ou encore kratein, ‘commander’) est le régime politique dans lequel le peuple est souverain (le peuple renvoyant cependant à la notion plus restrictive de citoyens, la citoyenneté n’étant pas forcément donnée à toute la population).

La démocratie est devenue un système politique (et non plus un simple régime) dans lequel la souveraineté est attribuée au peuple qui l’exerce de façon :

  • directe lorsque le régime dans lequel le peuple adopte lui-même les lois et décisions importantes et choisit lui-même les agents d’exécution, généralement révocables. On parle alors de démocratie directe ;
  • indirecte lorsque le régime dans lequel des représentants sont tirés au sort ou élus par les citoyens, pour un mandat non-impératif à durée limitée, durant lesquels ils ne sont généralement pas révocables par les citoyens. On parle alors de démocratie représentative ;
  • semi-directe dans le cas de démocraties indirectes dans laquelle le peuple est cependant appelé à statuer lui-même sur certaines lois, par les référendums, qui peut être un référendum d’initiative populaire, soit pour poser un véto à un projet de loi, soit pour proposer un projet de loi.

(source Wikipedia)

Une oligarchie (du grec ancien ὀλιγαρχία / oligarkhía, dérivé de ὀλίγος / olígos (« petit », « peu nombreux »), et ἄρχω / árkhô (« commander ») est une forme de gouvernement où le pouvoir est réservé à un petit groupe de personnes qui forment une classe dominante.

On peut distinguer les oligarchies institutionnelles et les oligarchies de fait. Les oligarchies institutionnelles sont les régimes politiques dont les constitutions et les lois ne réservent le pouvoir qu’à une minorité de citoyens. Les oligarchies de fait sont les sociétés dont le gouvernement est constitutionnellement et démocratiquement ouvert à tous les citoyens mais où en fait ce pouvoir est confisqué par une petite partie de ceux-ci.

L’oligarchie est faite des meilleurs (« aristocratie » au sens étymologique), des plus riches (ploutocratie), des scientifiques et techniciens (technocratie), des anciens (gérontocratie), de ceux qui bénéficient de la force ou de tout autre pouvoir de fait.
(source Wikipedia)

Références

Ce travail s’appuie principalement sur les travaux synthétiques sur le sujet de : Yves Sintomer, Bernard Manin et Étienne Chouard

Livres :
Yves Sintomer, « Petite histoire de l’expérimentation démocratique – Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours », La découverte, 2011
Bernard Manin, « Principes du gouvernement représentatif », Champs Flammarion, 1995
(en) Oliver Dowlen « Sorted: Civic lotteries and the future of public participation », MASS LBP, 2008 http://www.masslbp.com/download/MASSLBPSortedfulltext.pdf

Extraits recensés par l’Université Populaire du Pays d’Aix :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Ressources_UPCPA/UP_d_Aix_sur_le_tirage_au_sort_kleroterion_Sintomer_Montesquieu_Tocqueville.pdf

Vidéos de conférences :
Tirage au sort et politique : de l’autogouvernement républicain à la démocratie délibérative
(Yves Sintomer, conférence au Collège de France, 15 février 2012)
http://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/seminar-2012-02-15-10h00.htm

Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie – Étienne Chouard
Sortition as a sustainable protection against oligarchy (VF sous-titrée anglais) – Étienne Chouard
https://www.youtube.com/watch?v=0e22oUvDSwM

Sites synthétiques :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php
http://stochocratie.free.fr/
(en) http://equalitybylot.wordpress.com/
(en) http://www.constitution.org/elec/sortition.htm
(en) http://thecommonlot.com/

Articles de presse :
http://www.liberation.fr/politiques/2014/03/07/les-elections-n-ont-jamais-ete-concues-pour-etre-democratiques_985329
http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-remettre-gout-jour-tirage-au-sort-politique-democratie-gil-delannoi-243801.html
http://www.ledevoir.com/politique/canada/70598/colombie-britannique-la-democratie-mise-a-niveau-par-les-citoyens
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/11/des-candidats-par-tirage-au-sort-pour-rapprocher-les-politiques-des-citoyens_1627965_1471069.html


Citations essentielles

« Allons-nous oublier […] que l’on tire meilleur parti d’une ignorance associée à une sage pondération que d’une habileté jointe à un caractère capricieux, et qu’en général les cités sont mieux gouvernées par les gens ordinaires que par les hommes d’esprit plus subtil ? Ces derniers veulent toujours paraître plus intelligents que les lois […]. Les gens ordinaires au contraire […] ne prétendent pas avoir plus de discernement que les lois. Moins habiles à critiquer l’argumentation d’un orateur éloquent, ils se laissent guider, quand ils jugent des affaires, par le sens commun et non par l’esprit de compétition. C’est ainsi que leur politique a généralement des effets heureux. »
Thucydide (citant Cléon), « La Guerre du Péloponnèse », II, 37,
in Œuvres complètes, Gallimard, « La Pléiade », Paris, 1964.

« Le jury, et surtout le jury civil, sert à donner à l’esprit de tous les citoyens une partie des habitudes de l’esprit du juge; et ces habitudes sont précisément celles qui préparent le mieux le peuple à être libre. […]
Il répand dans toutes les classes le respect pour la chose jugée et l’idée du droit. […]
Il enseigne aux hommes la pratique de l’équité. »
Tocqueville, « De la démocratie en Amérique », Livre 1, deuxième partie, chapitre VIII

Diagramme représentant la constitution des Athéniens au IVe siècle
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Constitution-des-Atheniens-au-IVe-siecle.png?uselang=fr
GNU FDL / CC By-SA Mathieugp avec contribution de WartDark. Améliorations importantes effectuées en mai 2010 grâce à la critique constructive de Laurent Henry.

 > Désignation des candidats Nouvelle Donne aux européennes

 Source : http://www.nouvelledonne.fr/le-tirage-au-sort-en-politique

On devrait être six (dont Edwy Plenel) lors de cette Table Ronde, et on aura deux heures (puis une heure 30 de questions-réponses) : on n’aura donc peu de temps pour défendre des idées ; il va falloir choisir.

Le programme est ici.

 

Pour mémoire, à l’occasion de notre conférence à deux avec David Van Reybrouck (délicieux souvenir), à Bruxelles, j’avais résumé en une douzaine de minutes les trois grands usages du tirages au sort en politique
que j’ai repérés, depuis presque dix ans que je travaille sur cette procédure
(c’est de la minute 11:30 à 23:20) :

Par ailleurs, la revue Hiatus d’avril 2013 avait publié le récapitulatif où je résume les vices de l’élection et les vertus du tirage au sort :

Comparaison entre élections (de maîtres) et tirage au sort (de serviteurs)

(Il va sans dire que le tableau inverse peut être tenté par celui qui en ressentira le besoin.)

Ce serait bien que les différents membres de Nouvelle Donne fassent bien germer toutes ces idées (en allant SURTOUT jusqu’au tirage au sort de l’Assemblée constituante et des Chambres de contrôle — j’insisterai là-dessus dimanche, si je le peux).
Ça a l’air bien parti (mais on peut prévoir raisonnablement de nombreux obstacles). Nous verrons bien.

J’espère pouvoir y défendre l’idée d’une constitution (forcément) d’origine populaire, de citoyens (forcément) constituants, et de tirage au sort (forcément) antidote anti-oligarchique universel. (Et de l’indispensable sortie de l’UE, évidemment.)

J’ai hâte d’y être.

Étienne.

[Edit (10 sept 2014) :
la vidéo complète de cette table ronde est ici :
]

Rendez-vous les 22 et 23 août près de Périgueux, pour la première Université d’Été du Revenu de Base, avec atelier constituant dédié à l’allocation universelle inconditionnelle

Je vous propose de participer à un atelier constituant dédié au revenu de base (ou aux variantes possibles, également émancipatrices), vendredi et samedi prochains, 22 et 23 août 2014, à la première Université d’été du revenu de base, près de Périgueux,

Page d'accueil du site de l'université d'été du revenu de base, Périgueux, août 2014http://universite.revenudebase.info/

Le drame des êtres vivants sur terre, ce qui fonde « la malédiction du travail », c’est LE CHANTAGE INSTITUÉ par 1% des humains (les grands propriétaires) contre tout ce qui vit sur terre, et les TRAVAUX FORCÉS, le bagne pour tous, que ce chantage rend possibles et apparemment inéluctables.

Ce chantage a besoin de quelques POINTS D’APPUI fondamentaux (dont le déplacement permettrait sans doute de nous débarrasser des maîtres-chanteurs). Entre autres points d’appui,
le type de monnaie utilisé (aujourd’hui privée, rare, chère, à valeur stable),
la possibilité d’une coercition sur les individus (un État doté du monopole de la violence),
une anticonstitution qui permet aux plus riches, grâce à un faux « suffrage universel », d’acheter les acteurs politiques (manœuvrant l’État) et donc de produire un DROIT inique, trop gentiment dénommé « capitalisme », qui met toute la société à leur service,
la confiscation des terres (et des ressources) rendue possible par le droit capitaliste,
• notre désespérante vulnérabilité aux bobards et les sciences exactes de la tromperie,
• la division du travail,
l’atomisation des travailleurs
• et leur dépendance à la monnaie.

S’il fallait pointer un ou deux points d’appui particulièrement décisifs des maîtres-chanteurs (à part le droit reconnu par tous d’écrire et de réviser la constitution, qui est, selon moi, le principal verrou & levier des 1% contre les 99%), je choisirais sans doute la création monétaire privatisée et la dépendance individuelle à la monnaie.

L’idée du « revenu de base » s’en prend donc à notre dépendance à la monnaie, mais ne parle pas de création monétaire.
Le « dividende universel » (de Stéphane Laborde), lui, s’en prend aux deux à la fois, en finançant la monnaie fondante du dividende par création monétaire.
Mais son montant (ses calculs préconisent 600€ par mois, si je me souviens bien) est à mon avis insuffisant, car il risque de laisser intactes les conditions du chantage des employeurs (en leur offrant même un effet d’aubaine, avec une possibilité inespérée de baisser les salaires), je le crains : ce sera intéressant d’en parler avec Stéphane (il prend la parole vendredi à 16h30).
J’espère qu’il y aura dans cet événement des activistes du réseau-salariat pour défendre les puissants arguments de Bernard Friot en faveur du salaire à vie financé par cotisation sociale. Politiquement, c’est l’ensemble de propositions le plus cohérent, je trouve.

Décider entre nous d’instituer un versement d’argent inconditionnel et à vie, une somme suffisante pour vivre dignement sans travailler, ce serait à la fois nous libérer des maîtres-chanteurs, et permettre à chaque humain de mener librement l’activité qu’il juge la plus intelligente.

De mon côté, j’ai repéré certaines des propositions qui vont dans le sens de cette émancipation par distribution inconditionnelle de monnaie, comme :
– le revenu de base ;
– le salaire à vie, financé par nos cotisations sociales, avec qualification de la personne et pas du poste, de Bernard Friot (c’est la proposition que je préfère, personnellement ; mais toutes m’intéressent) ;
– le dividende universel financé par création monétaire de Stéphane Laborde ;
– le crédit social défendu par Louis Even…
J’espère découvrir de nouvelles piste lors de ces journées à Coulounieix-Chamiers.


L’objection sur laquelle je voudrais attirer l’attention, c’est le fait que la dépendance à la monnaie et aux employeurs (qui sont, pour nous, les seuls pourvoyeurs de monnaie) est un rouage CENTRAL de la société de travaux forcés (appelée frauduleusement « libéralisme ») mise en place à la fin du 18ème siècle par les grands marchands et par les banques ; et que les artisans de ce bagne (les parlementaires, les ministres, et la plupart des professionnels de la politique, qui ont bâti cette prison et qui l’entretiennent aujourd’hui) ne laisseront PAS détruire la clef de voûte de leur chantage permanent sans résister.

En tout cas, ce ne sont PAS ces hommes-là qui écriront les règles de notre émancipation, puisqu’ils tirent précisément leur pouvoir et leurs privilèges de notre infantilisation et de notre asservissement.

Autrement dit, il ne sert à rien de demander cette institution aux parlementaires, la solution ne viendra pas des « élus » (car ils ne servent, pour l’essentiel, que les riches qui les font élire).

Autrement dit, si nous voulons instituer l’outil monétaire de notre émancipation des maîtres-chanteurs, il faudra l’écrire nous-mêmes, et au plus haut niveau du droit pour le mettre à l’abri des péripéties politiciennes quotidiennes.

D’où l’idée, vendredi soir (18h), en plénière, d’expliquer rapidement cette idée, pour alimenter & stimuler les travaux pratiques du lendemain, samedi matin (9h30), avec un atelier constituant spécialement dédié à l’institution du revenu de base (ou du salaire à vie, ou du dividende universel, etc.) : si nous écrivions nous-mêmes la constitution, avec quels mots le ferions-nous ? Et avec quelles modalités de mise à jour ? Indexation automatique ? Sur quel indice ? Contrôlé par qui et comment ? Revenu minimum couplé ou pas avec un revenu maximum ? Etc.

Cette fin de soirée, cette nuit et ce petit matin, placés entre l’exposé du vendredi soir et l’atelier du samedi matin, permettent habituellement aux gens (on l’a déjà fait) de regrouper des idées prometteuses et de venir avec plein de suggestions, à échanger / vérifier en petits groupes.

Ce sera la première fois qu’on dédie un atelier constituant au revenu-de-base/salaire-à-vie/dividende-universel… J’ai hâte de voir ce que ça va donner.

Au plaisir de vous y retrouver.

Étienne.


NB : Agnès Maillard, alias Le Monolecte, a écrit un bon papier sur le sujet :
De l’absolue nécessité d’un revenu universel
http://blog.monolecte.fr/post/2014/08/12/de-labsolue-necessite-dun-revenu-universel

Je suis très content de retrouver Agnès lors de cette rencontre. Si vous ne connaissez pas Agnès, allez lire Le Monolecte, le blog des agitateurs du vide, c’est passionnant 🙂

Qu’est-ce qu’un « atelier constituant » ?

Un « atelier constituant » est une séance pratique, au cours de laquelle on s’entraîne — personnellement et réellement, seul ou à plusieurs — à écrire des articles de notre constitution.

C comme Constitution, C comme Citoyen :

L’idée du « Plan C », c’est que « ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ». Nous n’avons PAS de Constitution parce que NOUS la laissons écrire par les professionnels de la politique (qui sont précisément ceux qui ne devraient PAS l’écrire, puisqu’ils devraient la craindre). Nous n’aurons de constitution QUE QUAND nous l’écrirons NOUS-MÊMES. La proposition, simple et forte, est donc, de façon autonome, sans rien demander à personne, de devenir capables d’instituer nous-mêmes notre puissance politique, en écrivant d’abord (et en protégeant ensuite) nous-mêmes une Constitution d’origine Citoyenne.

Il s’agit donc, radicalement, de prendre nos problèmes économiques et sociaux à leur racine, et il se trouve que cette racine est commune : nous avons une cause commune, c’est notre impuissance politique.

Les ateliers constituants sont donc la mise en pratique de la proposition théorique du Plan C, pour démontrer et rendre sensible 1) que c’est possible, et 2) que c’est beaucoup mieux : des humains dont ce n’est pas le métier peuvent très bien écrire eux-mêmes les règles supérieures qui instituent des pouvoirs publics (parlement, gouvernement, justice, médias et banques), et surtout des contre-pouvoirs (séparation des pouvoirs, rotation des charges, chambres de contrôle tirées au sort, révocabilité des acteurs, reddition des comptes et référendums d’initiative populaire). Non seulement les simples citoyens peuvent le faire, mais ils sont les seuls à pouvoir le faire correctement : les professionnels de la politique, eux, sont en conflit d’intérêts dans le processus constituant.

Sur le plan pratico pratique, c’est très simple : il suffit d’apporter de quoi écrire ; peut-être aussi des marqueurs et des grandes feuilles pour afficher au mur la synthèse de chaque atelier (pour la mise en commun à la fin)… N’importe qui peut faire un atelier constituant, n’importe où et n’importe quand : il suffit d’en avoir envie.

Au plan individuel (et intérieur), cet entraînement pratique rend possible et enclenche une mutation fondamentale : un atelier constituant transforme un électeur constitué (un enfant politique) en citoyen constituant (un adulte politique). Et en prenant nos problèmes par ce bout-là, nos utopies deviennent des projets politiques ; ce que nous prenions pour des obstacles insurmontables disparaît. Essayez, vous verrez, c’est enthousiasmant :o)

Étienne Chouard.

PS : merci au jeune Krapo, pour ses dessins, patiemment travaillés avec une bande de virus.

Rendez-vous à Bordeaux, le 21 août, pour un atelier constituant

Ça fait longtemps que je ne suis pas allé à la rencontre des virus atlantiques (la dernière fois, c’était pour une conférence avec Bernard Friot)…

« La Révolution des Grenouilles » a préparé tout ce qu’il faut, à Bordeaux, pour que nous puissions, une nouvelle fois, nous entraîner à instituer nous-mêmes notre puissance politique (celle-là même que nous refusent, obstinément et hypocritement, les « élus » de la « république » depuis 200 ans).

Ce sera jeudi prochain, 21 août 2014, à 19h30. Voici les liens utiles :

http://larevolutiondesgrenouilles.fr/?p=635

La Révolution des Grenouilles, à Bordeaux

Atelier constituant à Bordeaux le 21 août 2014, 19h30.

Suggestion (parfaitement indicative ; nous sommes libres) :

Je viens de finir le livre épatant de David Graeber, « La démocratie aux marges », et je voudrais vous inviter, après avoir résumé les points que j’ai trouvés bouleversants dans ce bouquin, à nous concentrer ce soir sur les articles relatifs à la création des lois : comment composer le parlement (élections avec ou sans candidats ? élections ou tirage au sort ? ou les deux ?), comment voter les lois (majorité ou consensus ? Quel mode de scrutin ?), à quelle échelle ? (nationale ou locale ? Quels domaines pour le local ? quels domaines pour le national ?), quelles garanties et modalités pour l’initiative populaire, etc.

Prenez de quoi écrire ! 🙂

Et puis, si vous avez un peu bossé sur la façon (foncièrement antidémocratique, démophobe même) dont notre anticonstitution de 1958 prévoit que les lois seront toujours écrites SANS NOUS et même MALGRÉ NOUS s’il le faut, ce sera bien, parce que vous irez plus vite à l’essentiel.

Le texte de notre anticonstitution (à avoir toujours à portée de la main, pour apprendre seul à faire mieux) : en PDF  ou en livre.

L’annonce sur Facebook…

Au plaisir de vous revoir bientôt, bande de virus 🙂

HOLOCAUSTE DES ANIMAUX NON HUMAINS : pétition pour un nouveau statut juridique de l’animal

la multiplication sur Terre des holocaustes (massacres industriels) pousse à en chercher les causes profondes. Le plus banalisé, et sans doute le plus ancien, des holocaustes, celui des animaux, est peut-être le premier, dont la légalité juridique légitime au fond les autres.

Je ressens souvent les tortures et les massacres infligés sans remord aux animaux comme une des racines importantes des tortures et des massacres infligés sans remord à des humains, comme si le mépris absolu de certains être vivants et sensibles rendait possible – et donc prévisible – le mépris absolu de n’importe quel être vivant et sensible, et donc nos semblables : dans un tel système juridique d’impunité pour les crimes contre les animaux, il suffit à un homme malveillant d’animaliser ceux dont il veut se débarrasser pour légitimer les pires horreurs.

Parmi les actions que nous pourrions entreprendre de façon radicale (c’est-à-dire en prenant les problèmes à la racine), il y a le statut juridique que les hommes (animaux humains, armés) donnent aux bêtes (animaux non humains, désarmés).

Une pétition lancée par l’association « 30 millions d’amis » demande au législateur (mais si, vous savez, l’assemblée d’animaux humains « élus » par leurs semblables pour observer et comprendre « la volonté générale », pour ensuite la retranscrire en « lois »), une pétition demande au législateur, donc, de modifier notre Code civil pour cesser de considérer les animaux comme des « meubles ». En droit, la définition des biens meubles est négative : sont meubles tous les biens non immeubles, et les animaux en font partie, pour l’instant. La pétition demande formellement que les animaux non humains ne soient plus qualifiés juridiquement de meubles, mais plutôt d’êtres vivants sensibles.

Pour un nouveau statut juridique de l’animal – Pétition :

pétition pour modifier le code civil en faveur des animaux non humains
http://www.30millionsdamis.fr/jagis/signer-la-petition/je-signe/22-pour-un-nouveau-statut-juridique-de-lanimal/

Il est possible que la possibilité même de chosifier les animaux soit un obstacle logique puissant qui nous empêche depuis des millénaires de nous protéger  contre les tueries, en rendant légitimes et non criminelles certaines tueries.

Il est donc possible que déchosifier les animaux soit un chemin qui nous conduise progressivement à déchosifier les hommes VRAIMENT.

Je dis possible pour être prudent, mais je pense plutôt probable.


Rappel (voir tout le fil de commentaires) des tortures que nous sommes capables, sans remord ni peine, d’imposer en masse à nos compagnons de vie sur terre, les animaux, nous autres humains soi disant supérieurs en dignité :

Le coup de poing dans la figure du film Earthlings (Terriens). Le sort que les animaux « hommes » réservent aux autres terriens — l’abus de pouvoir généralisé, cruel et industriellement quotidien — est un traitement digne des nazis.

écorchés vifs pour leur fourrure, des animaux non humains

HOLOCAUSTE AU CONGO, durablement et actuellement assisté par nos « représentants » : où sont nos « journalistes » ?

Pas envie de commenter tout de suite, la colère est mauvaise conseillère.
Mon impuissance politique me pèse de plus en plus.



Colon porté, au Congo

http://friendsofthecongo.org/

http://congojustice.org/

Tell to your representatives « We want PL 109-456 fully implemented »

En faisant preuve de retenue, la Russie n’a fait que persuader Washington qu’elle était faible, par Paul Craig Roberts, traduit et signalé par les-crises.fr

Je le reproduis in extenso parce que je trouve que ce qui y est dit est vital.
Merci à Olivier et à ses lecteurs, pour ce travail d’utilité publique. Faites passer.
ÉC
« Un billet de Paul Craig Roberts…
Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics.
Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal.
Sa vision décape, en général… »
[Olivier Berruyer]
Olivier Berruyer (www.les-crises.fr)

Paul Craig Roberts, 1er août 2014 :

Je viens juste d’entendre deux choses sur la radio publique nationale [NPR] qui ont complètement anéanti le peu de confiance qu’il me restait encore dans l’Administration américaine. J’en ai conclu que l’expression « un Américain intelligent » est un oxymore.

Les élites américaines ont décidé que les Américains n’étaient pas suffisamment menacés par la guerre et le chaos économique, aussi nous apportent-elles le virus Ebola en Amérique. La radio publique nationale [NPR] a annoncé que deux personnes infectées par le virus Ebola, qui est incurable et généralement mortel, ont été conduites à l’hôpital universitaire d’Emory à Atlanta, en Géorgie. Il suffit d’une toux, d’un éternuement, d’une goutte de salive, et le virus est relâché dans l’un des principaux centres du réseau de transport des États-Unis.

Une pandémie, ça vous tente ? Il y a peu de doutes que toute la planète ou presque pousserait un grand soupir de soulagement d’être débarrassé de Washington.

Les porteurs de l’Ebola seront prétendument mis en quarantaine dans des locaux spéciaux. Mais nous savons déjà que les hôpitaux américains ne sont même pas capables de contenir les infections nosocomiales [http://rt.com/usa/177408-nightmare-bacteria-antibiotic-southeast/]. Qu’advient-il des couverts, assiettes, bols et verres qu’utilisent les personnes infectées pour manger et boire? Et qui s’occupe de nettoyer les lits? Une bourde faite par une personne, une déchirure dans un gant en caoutchouc, et le virus est lâché dans la nature.

Si on ne meurt pas d’Ebola, on devra encore échapper à une guerre nucléaire.

J’ai écouté une partie de la conférence de presse d’Obama. Obama accuse Poutine de faire tout ce qu’Obama est le seul à faire. Si Obama croit ce qu’il a dit à la presse, il se laisse mener en bateau par ses conseillers. S’il ne croit pas en la propagande grossière dont il parle, il nous mène tout à fait consciemment vers une guerre avec la Russie, ce qui signifie probablement aussi la guerre avec la Chine et notre fin à tous.

Gardez à l’esprit qu’en huit ans, l’armée américaine a été incapable d’occuper l’Irak avec succès, et qu’en 13 ans, les États-Unis ont été incapables de venir à bout de quelques milliers de Talibans faiblement armés en Afghanistan.

La Russie et la Chine ne sont pas l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan.

La guerre avec la Russie sera nucléaire. Washington s’y est préparé. Washington a abandonné le traité ABM, a créé ce qu’il pense être un « bouclier anti-missiles balistiques », et a changé sa doctrine de guerre pour permettre aux USA de lancer les premiers une attaque nucléaire . Tout ceci évidemment dirigé contre la Russie, ce que son gouvernement sait très bien. Combien de temps la Russie va-t-elle rester les bras croisés à attendre la première frappe de Washington ?

La Russie n’a rien fait d’autre que d’opposer des obstacles tardifs aux mensonges de Washington, ceux que Washington utilise pour déclencher des guerres. La Russie (et la Chine) se sont laissées berner par Washington et les armes de destruction massive irakiennes. La Russie (et la Chine) se sont laissées berner par Washington sur la soi-disant traque de 13 ans de Ben Laden, qui aurait nécessité la conquête et l’occupation de l’Afghanistan. La Russie (et la Chine) sont tombées dans le panneau lorsque Washington a affirmé que la résolution des Nations unies établissant une zone d’exclusion aérienne sur la Libye avait pour but d’empêcher l’armée de l’air de Kadhafi de bombarder son propre peuple. Avant de découvrir que Washington faisait un usage abusif de cette résolution en envoyant la force aérienne de l’OTAN renverser le gouvernement libyen.

Lorsque Washington a tracé une « ligne rouge » concernant l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien contre les forces extérieures – celles que Washington avait organisées et envoyées en Syrie pour renverser le gouvernement – ne cessant de prétendre que ces mercenaires islamistes étaient les vrais représentants de la démocratie en Syrie, la plus grande partie du monde a su que Washington était sur le point d’organiser une attaque chimique et d’accuser Assad. Quand l’attaque a eu lieu au moment prévu, cette fois la Russie et la Chine ne s’y sont pas laissé prendre. Pas plus que le Parlement britannique. Washington n’a pu produire la moindre preuve des accusations que Washington avait montées de toute pièce, et qui lui auraient au moins valu le concours des Britanniques pour un assaut militaire contre la Syrie. La Russie, en revanche, fut capable d’apporter des preuves, et celles-ci ont déjoué le complot de Washington à l’encontre de la Syrie.

Cette intervention de la Russie a provoqué la colère de Washington, tout comme celle qui avait déjoué les manigances de Washington en vue d’attaquer l’Iran. Washington, sans aucune preuve, et en contradiction avec les rapports des inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique opérant sur le terrain, selon lesquels il n’y avait jamais eu de détournement d’uranium du programme nucléaire légal vers un programme d’armement, avait quand-même mis en place ce qu’il fallait pour une attaque de l’Iran. Celle-ci s’est retrouvée encerclée par une quarantaine de bases militaires américaines et menacé par deux des flottes de Washington au large de ses côtes.

Mais la Russie s’est interposée et a élaboré un plan que Washington a été obligé d’accepter : maintenir l’enrichissement d’uranium iranien à un niveau suffisant pour produire de l’énergie, mais bien trop bas pour servir à l’armement.

Deux mauvaises notes pour la Russie, dont le gouvernement a empêché des guerres que Washington voulait. La Russie (et la Chine) étaient censées avaliser les mensonges de Washington, à l’instar des États-pantins de l’Europe et autres pays lui ayant abandonné leur souveraineté depuis belle lurette : Canada, Australie, et Japon.

Malheureusement pour elle, en montrant qu’elle avait à présent suffisamment de pouvoir et d’influence pour bloquer les plans de guerre de Washington, la Russie a, de facto, déclenché la doctrine Wolfowitz à son encontre. J’ai déjà cité cette doctrine dans des articles récents, mais vous pouvez chercher sur Google et la découvrir par vous-même. Cette doctrine est la base de la politique étrangère de Washington. Elle affirme que l’objectif principal de Washington est d’empêcher la montée de tout pays qui pourrait faire obstacle à son hégémonie sur le monde. (La doctrine mentionne explicitement la Russie, mais elle s’applique aussi à la Chine.)

Washington est perturbé parce que la Russie a, par deux fois, déjoué ses intentions belliqueuses et parce que le Parlement du Royaume-Uni, État fantoche des US, a voté du côté des Russes.

Washington est aussi préoccupé par la montée des relations économiques et politiques entre ses marionnettes européennes et la Russie. Les pays européens, particulièrement l’Allemagne, ont des liens économiques nombreux et fructueux avec la Russie, et toute l’Europe est dépendante de la fourniture d’énergie russe.

Washington a donc conclu qu’il risquait de voir le contrôle de l’Europe lui échapper. Pendant que le gouvernement russe s’endormait aux commandes lors des Jeux olympiques, Washington a réussi son coup à Kiev.

Le néoconservatrice Victoria Nuland, appointée par Obama comme Sous-secrétaire d’Etat, a annoncé en conférence de presse en décembre dernier que Washington avait dépensé cinq milliards de dollars, achetant des ONG ukrainiennes pour former une “cinquième colonne” pouvant s’introduire dans des manifestations en vue de déstabiliser un gouvernement, manipulant et achetant des politiciens ukrainiens destinés à servir de larbins à Washington. Nuland,bien sûr, a présenté cet achat de l’Ukraine par Washington comme étant “une grande avancée” de la démocratie.

Le coup d’État de Washington contre un gouvernement démocratiquement élu a mis au pouvoir des extrémistes proclamant leur haine des Juifs et des Russes. Ces extrémistes ont détruit les mémoriaux russes commémorant la libération de l’Ukraine du Troisième Reich par la Russie, ont proscrit le russe comme langue officielle régionale, et s’en sont violemment pris physiquement aux russophones.

L’Ukraine a toujours été une zone aux frontières changeantes. Comme l’ont dit certains, « l’Ukraine est un pays à la recherche de frontières ». Quand l’Ukraine était une province soviétique, les dirigeants soviétiques rattachèrent, pour diverses raisons, des provinces traditionnellement russes à la République Socialiste Soviétique d’Ukraine. Après l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, la pression de Washington sur une Russie affaiblie conduisit à séparer l’Ukraine de la Russie, y compris la Crimée qui faisait partie de la Russie depuis les années 1700 et constituait son accès aux mers chaudes.

Les populations russes des ex-territoires russes rattachés à l’Ukraine, de manière inconsidérée, par les dirigeants soviétiques ont été alarmées par l’extrême russophobie du gouvernement mis en place à Kiev par Washington. Les ex-territoires russes ont voté pour rejoindre leur pays d’origine et quitter l’Etat fantoche russophobe établi à Kiev par les États-Unis.

Le gouvernement russe a accepté la demande de la Crimée, mais a repoussé les demandes émanant d’autres ex-provinces russes afin de démontrer à l’Europe que la Russie ne faisait pas de provocation et n’était pas à l’origine de cette crise. Poutine a même fait annuler par la Douma son pouvoir d’intervenir en Ukraine pour protéger les provinces sécessionnistes. Cette retenue a gêné plus qu’aidé la position du gouvernement russe. Washington a usé de sa machine de propagande pour qualifier l’autodétermination des Criméens d’« invasion et annexion de la Crimée par la Russie ».

La retenue de la Russie à l’égard des demandes des autres anciennes provinces russes pour rejoindre la Russie a eu pour conséquence une attaque militaire déclenchée par le gouvernement fantoche de Kiev, encouragé par Washington, contre les provinces séparatistes, attaque que la Russie a refusé d’accepter. La propagande de Washington a ensuite réussi à accuser la Russie d’être responsable de la guerre que Washington a lancée sur les provinces séparatistes.

Washington n’a aucun intérêt pour la vérité. De ce fait, la Russie ne peut pas gagner la propagande de guerre lorsque Washington en contrôle la langue : l’anglais. Les médias occidentaux, quant à eux, sont des abrutis donnant les mains libres à Washington pour exterminer toute vie sur Terre.

Si le gouvernement russe avait accepté la demande des provinces séparatistes, il n’y aurait eu aucune guerre. Le gouvernement ukrainien est certes cinglé et contrôlé par Washington, mais pas au point d’attaquer les territoires reconnus par la Russie comme étant les siens.

En faisant preuve de retenue, la Russie n’a fait que persuader Washington qu’elle était faible, et Washington a augmenté la pression. La Russie a convaincu l’Europe qu’il ne lui en coûterait rien de se plier aux sanctions de Washington contre la Russie. En comptant sur la bonne volonté, la raison, la vérité et les preuves, la Russie s’est trompée sur Washington et ses serviles marionnettes européennes.

Ce qu’Obama voulait dire lors de sa conférence de presse à la Maison Blanche aujourd’hui (1er août) lorsqu’il a dit que Poutine devrait utiliser la diplomatie – ce que Poutine n’a cessé de faire en vain – c’est que Poutine devrait rendre la Crimée au gouvernement de pantins de Washington à Kiev, malgré l’opposition des habitants de Crimée et du peuple russe. Cela permettrait à Washington d’expulser la Russie de son port de mer chaude et de son accès à la mer Méditerranée et rendrait inutile la base navale de la Russie à Tartous, en Syrie. Obama veut aussi que Poutine envoie des forces militaires russes dans les zones séparatistes de l’Ukraine, régions qui faisaient traditionnellement partie de la Russie, pour soumettre ces territoires séparatistes au gouvernement de pantins de Washington à Kiev.

Telle est la position « diplomatique » de Washington. Seule une personne totalement démente pourrait considérer la position d’Obama comme réaliste.

En tant que personne considérée comme saine d’esprit par les médias mondiaux, et parvenant à des conclusions raisonnables malgré la propagande de Washington, je suis souvent interviewé par des médias étrangers ainsi que des médias américains indépendants. Dernièrement, les médias russes se sont tournés vers moi à de nombreuses occasions. Ce que j’ai appris est que l’hostilité de Washington envers la Russie rend perplexes les médias russes.

La Russie n’agit pas dans le vieux Sud Confédéré pour essayer de monter les États sudistes contre Washington du fait des vols, des meurtres et de la destruction de la culture sudiste commis par Washington. Mais Washington se permet d’agir dans le sud de la Russie en essayant de monter l’Ukraine, longtemps partie intégrante de la Russie, contre la Russie.

Comme les Russes, sauf peut-être au sein du gouvernement, ignorent l’existence de la doctrine Wolfowitz, ils ne savent pas que le but principal de Washington est d’empêcher l’avènement de toute autre puissance qui pourrait limiter son rôle de Moi-le-Pouvoir-Unique, d’Hegemon sur la Terre. Au lieu de comprendre la véritable nature de la menace, les médias russes me demandent si les finances russes peuvent se permettre de répondre aux sanctions de Washington et de l’UE en coupant les approvisionnements en énergie de l’Europe.

Je suis surpris à chaque fois que j’entends cette question. La Russie peut provoquer l’arrêt d’une grande partie de l’industrie européenne et priver les Européens de chauffage pendant l’hiver, et les médias russes me demandent si la Russie peut se le permettre ?!

La Russie peut-elle se permettre d’être diabolisée par des mensonges, ensevelie sous un tas de sanctions propagandistes qui affecteront l’Europe et certaines sociétés américaines, de montrer une image d’elle-même si faible et si démunie face aux sanctions occidentales qu’elle doive les accepter sans même en faire peser le coût sur l’Europe et les États-Unis ?

Les Russes, à leur tour, auraient-ils subi un lavage de cerveau de Washington ?

Je suis préoccupé par la crise que Washington a orchestrée, parce que je pense qu’elle va mener à la guerre, et qu’elle sera nucléaire. Êtes-vous prêts à être détruits suite aux mensonges de Washington concernant un avion de ligne malaisien ? Je suis convaincu que Washington est derrière la destruction du vol MH-17, car leur propagande était déjà prête et est entrée immédiatement en action. Que Washington soit responsable est la raison pour laquelle Washington ne veut pas publier les photos satellites de la zone au moment de la destruction de l’avion de ligne. Que Washington soit responsable est la raison pour laquelle Washington répond aux preuves factuelles de la Russie avec des mensonges et de la propagande. C’est Obama et ses larbins à Kiev qui refusent de négocier, pas la Russie.

La Russie a autant de têtes nucléaires que Washington, et le « bouclier ABM » de Washington n’est qu’une farce. Si ce gouvernement américain insensé engendre une crise menant à la guerre, que seul Washington aura causée, nous allons tous mourir, et pour quoi ? La réponse est : pour un MENSONGE de Washington.

Voulez-vous mourir pour un mensonge ? Un autre mensonge de Washington ?

Si vous ne voulez pas, vous feriez bien d’en faire part à Washington.

La Russie ne peut mettre fin à cette crise sans taper du poing sur la table. J’ai soutenu l’idée que la Russie devrait plaider son cas aux Nations Unies. Ou alors, le gouvernement russe doit poser à l’Europe deux questions. La première : l’Europe veut-elle que la Russie lui coupe ses approvisionnements en énergie, énergie que Washington, malgré ses mensonges, ne pourra remplacer avant 3 ans voire plus, si tant est qu’elle le puisse ? L’autre question est : l’Europe veut-elle la guerre avec la Russie et l’Europe pense-t-elle que ces pays idiots qui hébergent les missiles de Washington ne se retrouveront pas atomisés et exterminés ?

Cette crise en Ukraine continuera aux dépens de la Russie et de toute l’humanité jusqu’à ce que la Russie explique à l’Occident stupide, arrogant et empli d’hubris que les actions criminelles et agressives de l’Occident contre la Russie comportent un coût réel et que la Russie est prête à le faire payer.

Les Occidentaux qui subissent la propagande n’ont aucune idée du destin vers lequel leurs gouvernements déments les conduisent. Il faut que la Russie signifie clairement aux Occidentaux victimes de la propagande et du lavage de cerveau qu’elle ne sera pas le jouet de l’Occident et n’acceptera pas l’agression gratuite du fou de la Maison Blanche.

Si la Chine en faisait autant, cela pourrait contribuer à sauver la vie sur terre. Le plus tôt serait le mieux.

Si le monde ne freine pas les criminels déments de Washington, le monde a signé son propre arrêt de mort.

Source : Paul Craig Roberts, traduction collective par les lecteurs du blog www.les-crises.fr

Source : http://www.les-crises.fr/pcr-russie-faible/

Avignon, 9 juillet 2014, Fête de la démocratie, suggestions d’ateliers constituants, avec Camille Halut

L’équipe de Cause Toujours a filmé, monté et mis en ligne (en 3 vidéos liées) notre rencontre avec Camille près d’Avignon, à propos de sa courageuse (et emblématique) résistance à Saint-André de Valborgne (résistance dont je vous parlais déjà ici et ici)..

Il me semble que Camille nous montre un chemin, un exemple vivant de ce que nous pourrions faire nous-mêmes, chacun dans notre commune, pour donner vie, concrètement, à l’aspiration démocratique qui grandit :

Je cherche des moyens pour aider Camille et ses amis.
Nous devrions au moins faire connaître cette initiative, en parler entre nous.
Peut-être même aller dans son village, pour assister physiquement à tout ça.
Si on essaie de faire la même chose chez nous, lui faire savoir, pour qu’elle sente que ses efforts font des petits.
Si vous avez d’autres idées…

Saint-André de Valborgne Saint-André de Valborgne Saint-André de Valborgne

Merci aux intrépides reporters de Cause Toujours 🙂

Innombrables expériences démocratiques non athéniennes : lire Graeber, Dupuis-Déri et Rediker

Voici un article que j’ai préparé pour le magazine Kaizen (les Colibris de Pierre Rabhi) et qui vient d’être publié sur leur site :

innombrables expériences démocratiques NON athénienneshttp://www.kaizen-magazine.com/innombrables-experiences-democratiques-non-atheniennes-lire-graeber-dupuis-deri-et-rediker/

Innombrables expériences démocratiques non athéniennes :
lire Graeber, Dupuis-Déri et Rediker

David Graeber est épatant. Après m’avoir remué en profondeur sur le sujet de la monnaie avec son livre Dette : 5 000 ans d’histoire, voici qu’il me retourne sur celui de la démocratie avec son livre La démocratie aux marges (avec une passionnante préface d’Alain Caillé).

La démocratie aux marges, de david Graeber

David Graeber

Après m’avoir fait comprendre que presque tout ce qu’on nous apprend en « économie » sur la monnaie et la dette est un tissu de contresens, voilà que David me fait réaliser, à moi qui justement croyais avoir déjà fait un bon travail de démystification sur le plan politique autour de la démocratie, que j’ai encore un étage à monter pour prendre conscience des erreurs courantes en la matière.

Cet anthropologue observe les sociétés humaines réelles, y compris et surtout les communautés dont l’imaginaire n’a pas encore été colonisé par les marchands (et leurs armées), les sociétés qu’on appelle « primitives » et qui sont, en fait, à bien des égards, plus humaines et plus généreuses que nous, stupides consommateurs matérialistes et compétiteurs égoïstes – décervelés par la réclame et les jeux du cirque – que nous sommes devenus.

Du point de vue de l’anthropologue Graeber, Athènes n’est pas la seule démocratie au monde, loin de là, et c’en est même une version plutôt dégradée (militaire et brutale), alors que toutes les sociétés sans État se sont organisées ─ et s’organisent encore, naturellement, spontanément ─ de façon démocratique ! C’est-à-dire en se réunissant tous pour discuter ensemble et décider ensemble, et presque toujours sans voter ! En cherchant toujours le consensus, sorte de quasi-unanimité… Cornegidouille, ça secoue !

Le passage sur le petit nombre de sociétés qui votent leurs lois (alors que je pensais, après l’avoir pas mal étudiée, que la démocratie, c’est précisément voter nous-mêmes nos lois au lieu d’élire des maîtres) est passionnant : Graeber explique que les sociétés qui votent leurs lois sont toujours des sociétés de soldats, donc armées, donc redoutables, capables d’imposer leurs vues par la force, et pour qui le vote est une solution raisonnable pour ne pas s’entre-tuer et économiser des vies humaines en se comptant avant de se battre.

Et il décrit, au contraire, la multitude des autres sociétés (que les anthropologues connaissent bien mais que nous ignorons trop), les communautés sans coercition, sans État, où personne n’a les moyens d’imposer un comportement à qui que ce soit, et qui préfèrent la solution apparemment la plus difficile : négocier plutôt que voter, chercher un consensus plutôt qu’une majorité.

Graeber explique ce choix étonnant d’une façon lumineuse (page 48 et s.) :

On doit se demander pourquoi ces méthodes [lever la main pour dire son accord ou désaccord avec une proposition] sont si rarement employées. Et pourquoi, à l’inverse, les communautés humaines ont toujours préféré s’imposer la tâche bien plus difficile d’aboutir à des décisions unanimes.

L’explication que je voudrais suggérer est la suivante : il est plus facile, dans des communautés de face-à-face, de se représenter ce que la plupart des membres veulent faire, que d’imaginer les moyens de convaincre ceux qui sont en désaccord.

La prise de décision consensuelle est typique des sociétés au sein desquelles on ne voit aucun moyen de contraindre une minorité à accepter une décision majoritaire, soit parce qu’il n’existe pas d’État disposant du monopole de la coercition, soit parce qu’il ne manifeste aucun intérêt ni aucune propension à intervenir dans les prises de décisions locales. S’il n’y a aucun moyen de forcer ceux qui considèrent une décision majoritaire comme désastreuse à s’y plier, alors la dernière chose à faire, c’est d’organiser un vote. Ce serait organiser une sorte de compétition publique à l’issue de laquelle certains seraient considérés comme des perdants. Voter serait le meilleur moyen de provoquer ces formes d’humiliation, de ressentiment et de haine qui conduisent au bout du compte à la disparition des communautés. […]

Cela ne veut pas dire que tout le monde doit être d’accord. La plupart des formes de consensus incluent toute une variété de formes graduées de désaccords. L’enjeu est de s’assurer que personne ne s’en aille avec le sentiment que ses opinions ont été totalement ignorées […]

La démocratie majoritaire ne peut donc émerger que lorsque deux facteurs sont conjointement à l’œuvre : 1) le sentiment que les gens doivent avoir un pouvoir égal dans la prise de décision au sein du groupe, et 2) un appareil de coercition capable d’assurer l’application des décisions.

Dans la plus grande partie de l’histoire humaine, ces deux conditions n’ont été qu’exceptionnellement réunies au même moment. Là où existent des sociétés égalitaires, imposer une coercition systématique est jugé habituellement de façon négative. Parallèlement, là où un appareil de coercition existait pour de bon, il ne venait guère à l’esprit de ses agents qu’ils mettaient en œuvre une quelconque volonté populaire.

Nul ne saurait contester l’évidence que la Grèce antique a été l’une des sociétés les plus compétitives que l’histoire ait connues. Elle avait en effet tendance à faire de toute chose un objet de rivalité publique, de l’athlétisme à la philosophie ou à l’art dramatique, etc. Il n’est donc guère surprenant que la prise de décision politique ait connu elle aussi un sort semblable.

Plus crucial encore est le fait que les décisions étaient prises par le peuple en armes.

En d’autres termes, si un homme est armé, on a tout intérêt à prendre en compte son opinion. […]

Chaque vote était, au sens fort du terme, une conquête. »

Source : David Graeber, La Démocratie aux marges, Bord de l’eau, 2014

En lisant la suite, je voudrais tout publier, tout relayer :

  • le « miroir des horreurs » (le spectacle dégoûtant d’une foule cruelle et dangereuse que le prince renvoie exprès à son peuple — à travers les jeux du cirque hier, ou à travers les déformations télévisées à 20 h aujourd’hui —, pour le dissuader de convoiter le pouvoir en ayant peur de lui-même),
  • la réfutation parfaite de la thèse ridicule de Samuel Huntington (qui prétend que les valeurs démocratiques sont spécifiquement « occidentales », alors que la réalité des élites en question est au contraire, toujours et partout, la haine de la démocratie et le massacre des démocrates),
  • l’évocation du travail formidable de Marcus Rediker sur l’éthique profondément démocratique des pirates des mers (premiers résistants farouches à la brutalité marchande à la fin du XVIIe siècle),
  • la mise en valeur de l’extraordinaire expérience de l’AZLN dans la forêt du Lacandon (« Les zapatistes ont développé un système très élaboré d’assemblées communautaires opérant par voie de consensus, complétées par des comités de femmes et de jeunes ─ afin de contrebalancer la domination traditionnelle des adultes mâles ─ et des conseils formés de délégués révocables. »),
  • etc.

Ce texte de Graeber (assez court, finalement) est d’utilité publique, il faudrait le faire lire dans les écoles, il devrait être en libre accès sur Internet pour tous ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter des livres.

Donc, pour Graeber, les démocraties dignes de ce nom ne sont advenues — et ne peuvent advenir (et c’est là, pour l’avenir, que j’espère qu’il se trompe) — QUE à l’abri de l’État, qu’aux marges des sociétés ayant institué un monopole de la coercition à une puissance publique.

J’aimerais bien échanger avec lui, pour passer au feu de sa critique mon idée de « processus constituant populaire », car, même après l’avoir lu, je continue à me demander comment une société peut protéger efficacement les 99 % contre les 1 % les plus forts et les plus égoïstes sans organiser une puissance publique protectrice qui soit, par construction, supérieure à toute puissance privée et sous contrôle public permanent.

Dans sa conclusion, cet anar de Graeber (mais la vraie démocratie est-elle autre chose que l’anarchie, ce projet fondamentalement généreux et pacifique défendu par des héros comme Proudhon, Kropotkine, Tolstoï ?), cet anar de Graeber, donc, nous suggère de résister à l’Empire du moment avec la méthode zapatiste d’une refondation démocratique par l’auto-organisation de communautés autonomes. Ça me fait penser aux « micro-résistances », que Michel (Onfray) suggère d’organiser contre ce qu’il appelle des « micro-fascismes ». Ces deux propositions sont intéressantes, évidemment, mais elles ne me paraissent pas tout à fait à la hauteur de la puissance et de la cruauté du projet d’asservissement des grands privilégiés qui nous préparent une toute prochaine guerre… Ils devraient bien s’entendre, ces deux-là (David et Michel), d’ailleurs. On dirait que les anthropologues (Graeber, Clastres…), à force d’étudier des sociétés bien réelles sans chefs et pourtant calmes et prospères, deviennent naturellement anarchistes… D’ailleurs (mais je ne vais pas démarrer là-dessus), David Graeber a écrit un troisième petit livre, lui aussi tout à fait passionnant du début à la fin : Pour une anthropologie anarchiste (2004)… Je vous en parlerai une autre fois.

* * * * *

Par ailleurs, sur ce même sujet de réappropriation populaire du mot démocratie, je voudrais signaler deux autres livres que je lis en même temps, et qui renforcent et complètent mon auto-formation, ma cure de désintoxication politique.

Francis Dupuis-Déri, dont j’ai déjà parlé, vient d’écrire un livre vraiment passionnant, très instructif, très utile pour notre éducation populaire : Démocratie, histoire politique d’un mot, aux États-Unis et en France (2013). Je souligne ici notamment l’exemple formidable des communautés villageoises au Moyen Âge, incroyablement démocratiques au regard des portraits calamiteux que nous ont dressés de l’Ancien régime les prétendues « Lumières » (très marchandes, en fait, et très ploutocratiques, au fond, les « Lumières »). Cet exemple de la démocratie quotidienne au Moyen Âge est édifiant. L’exemple très démocratique des Amérindiens est, lui aussi, passionnant. Il faut que nous creusions tout ça.

Francis Dupuis-Déri :

Francis Dupuis-Déri

Voyez ce passage, pages 40 et s. :

Cela dit, « démocratie » et ses dérivés sont rarement utilisés avant le XIXe siècle. Jusqu’alors, il s’agit plutôt de termes savants qui font référence à l’Antiquité gréco-romaine.

Pourtant, au Moyen Âge et pendant la Renaissance européenne, des milliers de villages disposaient d’une assemblée d’habitants où se prenaient en commun les décisions au sujet de la collectivité. Les « communautés d’habitants », qui disposaient même d’un statut juridique, ont fonctionné sur le mode de l’autogestion pendant des siècles. Les rois et les nobles se contentaient de gérer les affaires liées à la guerre ou à leurs domaines privés, d’administrer la justice et de mobiliser leurs sujets par des corvées. Les autorités monarchiques ou aristocratiques ne s’ingéraient pas dans les affaires de la communauté, qui se réunissait en assemblée pour délibérer au sujet d’enjeux politiques, communaux, financiers, judiciaires et paroissiaux. […]

La participation à l’assemblée était obligatoire et une amende était imposée aux absents quand l’enjeu était important. Un quorum de deux tiers devait alors être respecté pour que la décision collective soit valide, par exemple celle d’aliéner une partie des biens communs de la communauté (bois ou pâturage). Il était si important que la communauté s’exprime que même lorsque la peste a frappé dans la région de Nîmes, en 1649, l’assemblée a été convoquée dans la campagne sur les deux rives d’une rivière, pour permettre de réunir à la fois les personnes ayant fui la ville et celles qui y étaient restées. En général, le vote était rapide, à main levée, par acclamation ou selon le système de « ballote » distinguant les « pour » des « contre » par des boules noires et blanches. Lorsque la décision était importante, les noms des personnes présentes et ayant voté étaient portés au procès-verbal. […]

En plus des assemblées de la communauté, des assemblées fédérales réunissaient plusieurs communautés d’une même vallée, par exemple, pour traiter des affaires communes. […]

En plus de ces assemblées municipales, des assemblées au sein des guildes de marchands et d’artisans. […]

La démocratie médiévale, bien vivante alors, mais aujourd’hui si méconnue, permettait au peuple de traverser de longs mois sans contact direct avec des représentants de la monarchie, une institution qui offrait finalement très peu de services à sa population composée de sujets, et non de citoyens. […]

Les communautés d’habitants et les guildes de métiers perdent peu à peu de leur autonomie politique non pas en raison d’un dysfonctionnement de leurs pratiques démocratiques, qui se poursuivent d’ailleurs dans certains cas jusqu’au XVIIIe siècle, mais plutôt en raison de la montée en puissance de l’État, de plus en plus autoritaire et centralisateur. [Lire La fin des Corporations de Steven L. Kaplan.] Vers les XVIe et XVIIe siècles, les royaumes monarchiques se transforment peu à peu en États, soit un nouveau système politique qui développe plusieurs stratégies pour accroître son pouvoir d’imposition, de taxation et de conscription, alors que la guerre coûte de plus en plus cher, en raison des développements technologiques de la marine et de l’armement (arquebuses, canons). En effet, ces États modifient petit à petit les lois et règlements qui encadrent les villes et villages, pour maximiser leur capacité d’appropriation des revenus et des hommes. […]

L’assemblée d’habitants est alors un espace où s’organise la résistance face à cette montée en puissance de l’État. Par exemple, en protestation contre une conscription jugée illégitime, les assemblées choisissent un handicapé pour servir dans la milice. Lorsqu’on annonce de nouvelles taxes, les cloches convoquent l’assemblée et le démos se transforme parfois en foule émeutière, en plèbe : elle attaque les prisons pour libérer les prisonniers endettés, incendie la maison du « gabeleur », voire l’assassine. En guise de représailles, les troupes royales confisquent les cloches et les fondent. Finalement, les assemblées d’habitants sont tout simplement interdites et le roi nomme des préfets à la tête des communautés. 

[…]

En Amérique du Nord, les colonisateurs d’origine européenne ont été en contact avec des sociétés amérindiennes fonctionnant selon des principes démocratiques. Pour le cas de la Nouvelle-France, notons l’exemple des Wendats (connus aussi sous le nom de Hurons), qui comptaient quatre niveaux de gouvernement, soient le clan, le village, la nation et la confédération. Le clan regroupait environ 250 personnes, soit une dizaine de familles. Chaque clan avait un chef civil et un ou plusieurs chefs de guerre, nommés souvent par un conseil de femmes. Ces chefs n’avaient pas de pouvoir coercitif leur permettant d’imposer leur volonté. […] Selon un Français témoin des sociétés amérindiennes au tout début du XVIIIe siècle, le titre de « chef » « ne leur donne aucun pouvoir sur les guerriers ; ces sortes de gens ne connaissent point la subordination militaire non plus que civile. Cela est tellement vrai que si ce grand chef s’avisait de commander quelque chose au moindre homme de son parti, [ce dernier] est en droit de répondre nettement à cette figure de capitaine qu’il ait à faire lui-même ce qu’il ordonne aux autres ». […]

De telles communautés égalitaires et démocratiques attiraient inévitablement les Européens déserteurs de la marine ou de l’armée, les esclaves en fuite et des femmes fuyant un mari violent. Si bien que les autorités coloniales interdisaient les contacts entre les esclaves, par exemple, et les communautés amérindiennes.

Conscient que les pratiques démocratiques d’assemblées délibératives ont été très répandues dans le monde, l’anthropologue Marcel Détienne insiste sur l’importance de contester « une opinion fort répandue, dans les États-Unis d’Europe et d’Amérique, que la démocratie est tombée du ciel, une fois pour toutes, en Grèce, et même sur une seule cité, […] Athènes.

Comme le rappellent aussi l’anthropologue David Graeber et l’économiste Amartya Sen, la pratique de s’assembler pour délibérer au sujet des affaires communes a existé un peu partout, y compris en Europe au Moyen Âge et dans les siècles suivants, et dans les territoires que l’Europe a conquis et colonisés. »

Source : Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot, aux États-Unis et en France

* * * * *

De son côté, Marcus Rediker entretient la mémoire des luttes des marins et des pirates contre le capitalisme naissant (fin XVIIe, début XVIIIe) : j’ai quatre ou cinq de ses livres, parmi lesquels Pirates de tous les pays (2004).

Pirates de tous les pays

Marcus Rediker

Cette lecture est édifiante : encore une contre-histoire puisqu’il s’agit ici de déconstruire les mensonges des historiens prostitués aux riches (ils ne le sont pourtant pas tous) qui ont copieusement calomnié les pirates en occultant les conditions de travail épouvantables des marins qui ont justifié — ô combien ! — les mutineries : les pirates étaient des résistants à la cruauté marchande et ils ont organisé des communautés incroyablement démocratiques, au sens strict. Voyez ce passage, passionnant je trouve (mais Rediker est toujours passionnant…), pages 120 et s. :

« Chaque vaisseau fonctionne selon les termes d’un contrat court approuvé par l’équipage, établi au début du voyage ou à l’occasion de l’élection d’un nouveau capitaine. C’est en fonction de ces conventions écrites que les équipages confient l’autorité, distribuent le butin et la nourriture et font respecter la discipline”. Ces arrangements font du capitaine la créature de l’équipage. [Ça donne des idées, non ?] […]

Ayant besoin de quelqu’un qui ait à la fois un tempérament courageux et des compétences de navigateur, les hommes élisent leur chef. Ils veulent un commandement par l’exemple, pas un commandement dû à un statut et à une hiérarchie imposés de fait. Ils n’accordent que peu de privilèges. […] L’équipage garantit au capitaine une autorité incontestée pour le combat et la chasse, mais « pour tous les autres aspects quels qu’ils soient », il est « gouverné par une majorité. » Un capitaine marchand scandalisé note : « Le capitaine semble n’avoir aucune méthode de commandement, mais quand il s’agit de partir en chasse ou d’engager un combat, alors il a le pouvoir absolu. » [Comme les chefs amérindiens qui n’ont de pouvoir qu’en temps de guerre.]

De la même façon que la majorité élit, elle peut démettre. Certains sont démis de leurs fonctions pour couardise, cruauté ou pour avoir refusé de « capturer et de piller des vaisseaux anglais. » Un capitaine doit subir une colère inspirée de la conscience de classe de son équipage pour s’être comporté « comme un gentleman. » Occasionnellement, en cas de despotisme, il peut être sommairement exécuté.

Souvenons-nous du commentaire de Walter Kennedy affirmant que la plupart des bandits des mers, « ayant auparavant souffert des mauvais traitements infligés par leurs officiers, se protègent soigneusement d’un tel mal ». La sélection démocratique des officiers apparaît ainsi en contraste total et significatif avec l’organisation quasi dictatoriale du commandement dans le service marchand et la Royal Navy.

Afin d’éviter les abus d’autorité, les pirates élisent un officier appelé le quartier-maître, dont les pouvoirs contrebalancent ceux du capitaine. William Snelgrave explique qu’il « est chargé de l’inspection générale de toutes les affaires, il contrôle souvent les ordres du capitaine. Cette personne est aussi celle qui doit être la première lors de l’abordage de n’importe quel bateau ». Un autre prisonnier, le capitaine Richard Hawkins, qualifie le quartier-maître de « directeur en chef » du vaisseau pirate. […]

Le quartier-maître est donc le gardien de la tradition pirate, celui qui émet les jugements définitifs concernant la pratique culturelle. Comme un tribun dans la Rome antique, il protège le peuple contre les puissants, les plébéiens contre les patriciens. Dans le service marchand, le quartier-maître n’est pas considéré comme un officier mais simplement comme un marin « dégourdi », c’est-à-dire bien informé et expérimenté. Chez les pirates, il est élevé à une position suprêmement valorisée de confiance, d’autorité et de pouvoir. […]

Le rôle du quartier-maître consistant à maintenir l’autorité au sein d’un exécutif dualiste et représentatif est un principe propre à l’organisation sociale des pirates, et il influence la création de nouveaux bateaux. Le quartier-maître, tribun, médiateur, trésorier et partie prenante du maintien de la paix à bord d’un navire, devient souvent le capitaine d’un nouveau vaisseau lorsqu’un bâtiment est capturé puis converti. […]

Et pourtant, ni le capitaine ni le quartier-maître ne représentent l’autorité la plus élevée sur le bateau pirate. Cet honneur revient au conseil commun, qui réunit régulièrement tous les hommes, du capitaine jusqu’à l’homme du beaupré. Les décisions ayant le plus de conséquences sur le bien-être de l’équipage sont prises lors de réunions ouvertes où les débats sont houleux. En rendant l’équipage souverain, les pirates s’appuient sur une ancienne coutume maritime tombée dans l’oubli vers 1700, suivant laquelle le maître d’un navire marchand consultait tout son équipage (qui était souvent en partie propriétaire de la cargaison) pour la prise de décisions vitales. Les flibustiers connaissent également la tradition navale militaire – le conseil de guerre – au cours duquel les officiers supérieurs d’un navire ou d’une flotte se retrouvent afin de définir une stratégie. La réunion de la communauté flottante accréditait la réalité du vieux proverbe qui affirme : « Nous sommes tous ensemble sur ce bateau. » […]

Les décisions prises par le conseil sont sacro-saintes. Même le capitaine le plus courageux n’ose les affronter. Les conseils ont démis un certain nombre de capitaines et d’autres officiers de leur poste. Thomas Anstis perd sa fonction de capitaine : il est, selon l’expression des marins, « remis au pied du mât », c’est-à-dire qu’il redevient un marin ordinaire sur le bateau qu’il a auparavant commandé. Charles Vane, étiqueté comme couard par son équipage, est démis de ses fonctions de capitaine. Charles Martel perd son titre en raison de sa cruauté envers l’équipage et les prisonniers, un homme « plus juste » est nommé à sa place. Parce qu’une majorité de l’équipage de Bartholomew Roberts considère que le « vieux pirate » David Simpson est devenu vicieux depuis qu’il est quartier-maître, il est « viré par les hommes ».

La démocratie à bord des navires peut paraître étouffante. Certains équipages font en permanence appel au conseil, « décidant toutes choses à la majorité des votes ». D’autres l’organisent comme un tribunal. « Ils aiment voter », déclare un capitaine capturé, « toutes les affaires des pirates sont traitées de cette façon ». En réalité, il y a « tellement peu de gouvernement et de subordination » parmi les pirates qu’« ils sont, selon l’occasion, tous capitaines, tous chefs ». Le capitaine de marine militaire Humphrey Orme, qui capture et interroge un gang de pirates en 1723, résume succinctement la situation : « Les plaisirs tirés d’une fonction sont très précaires à bord des bateaux pirates et reposent entièrement sur le bon vouloir et le bien-être de l’équipage. »

La distribution du butin est explicitement régulée par la charte du navire. Les pirates font appel à un système de partage précapitaliste afin de répartir leurs prises. Le capitaine et le quartier-maître reçoivent entre une part et demie et deux parts ; les canonniers, maîtres d’équipage, seconds, charpentiers et docteurs reçoivent entre une part et un quart et une part et demie ; tous les autres ont droit à une part chacun”. Ce système de rémunération prend une distance radicale avec les pratiques de la marine marchande, de la Royal Navy et des corsaires. Il institue un système élaboré de niveaux hiérarchiques de revenus, qui réduit drastiquement les disparités entre le haut et le bas de l’échelle. En réalité, il s’agit probablement de l’un des programmes d’attribution des ressources les plus égalitaristes du XVIIIe siècle. Si comme le suggère Philip Gosse, éminent historien de la piraterie, « les meilleurs des marins sont les pirates », la distribution équitable du butin et la conception du partenariat peuvent être comprises comme l’œuvre d’hommes qui accordent de la valeur et du respect aux compétences de leurs camarades.

En expropriant un navire marchand (après une mutinerie ou une capture), les pirates s’approprient les moyens de production maritimes et déclarent qu’ils sont la propriété commune de ceux qui travaillent à son bord. Ils abolissent la relation salariale qui se trouve au cœur du processus d’accumulation capitaliste.

Source : Makus Rediker, Pirates de tous les pays, éditions Libertalia (ça ne s’invente pas), 2014

Cerise sur ce gâteau démocratique, l’exergue choisi par Marcus Rediker :

« Maudit sois-tu, tu n’es qu’un lâche, comme le sont tous ceux qui acceptent d’être gouvernés par les lois que des hommes riches ont rédigées afin d’assurer leur propre sécurité. Ils nous font passer pour des bandits, ces scélérats, alors qu’il n’y a qu’une différence entre eux et nous, ils volent les pauvres sous couvert de la loi tandis que nous pillons les riches sous la protection de notre seul courage. »
Charles Bellamy

Complément vidéo (à propos du livre passionnant À bord du négrier (2013) de Markus Rediker :

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On n’aura donc aucun mal, finalement, à fournir à nos contradicteurs incrédules d’autres exemples que celui d’Athènes, pour illustrer la possibilité bien réelle de sociétés authentiquement démocratiques.

S’ils passent par ici, je remercie David, Francis et Marcus d’exister, je grandis en les lisant.

Étienne Chouard

Source : http://www.kaizen-magazine.com/innombrables-experiences-democratiques-non-atheniennes-lire-graeber-dupuis-deri-et-rediker/