Formidable Frédéric LORDON, avec un nouveau livre et sur France Inter

Frédéric était l’invité passionnant de France Inter ce matin (jeudi 17 avril 2014) :


L’économiste Frédéric Lordon : « Il faut sortir… par franceinter

Sur la vidéo, il manque le début de l’entretien.

Par ailleurs, on voit que Frédéric est particulièrement sombre et sérieux. C’est frappant. Je ne l’ai jamais vu comme ça.

à propos de son dernier livre, de plus en plus radical-démocratique, donc institutionnel, donc important :

« La malfaçon.
Monnaie européenne et souveraineté démocratique. »

Présentation de l’éditeur :

Un livre qui, dans la perspective des élections européennes, sera au cœur du débat.

L’européisme est devenu le pire ennemi de l’Europe. Ne voulant plus que « l’Europe » intransitivement, c’est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s’il le faut à martyriser des peuples entiers, en Grèce, au Portugal ou en Espagne, il est devenu une obstination aveugle auquel il est temps de mettre un coup d’arrêt.

Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare majeure, et congénitale, est politique : le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires.

Certains, à gauche, continuent cependant de croire qu’on pourra changer l’euro austéritaire en un euro social.

Mais, la crise présente l’a assez démontré, une monnaie unique aimable suppose d’être parachevée par une union politique authentique… que l’européisme présuppose sur le mode de la pure pétition de principe sans jamais vouloir en analyser les exigeantes (et improbables) conditions de possibilité.

Aussi bien l’urgence économique et sociale que la disponibilité immédiate des institutions matérielles et symboliques de la souveraineté commandent alors de réexaminer de près l’option des monnaies nationales.

Sous deux codicilles cependant :

1) reconstruire les concepts de souveraineté et de nation d’une manière qui les rendent irrécupérables par l’extrême-droite ;

2) réaffirmer que défaire la monnaie européenne, de toute façon aussi mortifère que non-viable, n’exclut nullement de continuer à œuvrer pour l’approfondissement résolu de tous les autres liens entre les peuples européens – et enfin de faire Europe autrement que par l’économie ! –, ni même de penser à refaire un commun monétaire européen, sous la forme non plus d’une monnaie unique mais d’une monnaie commune.

Pour vous, j’ai tapé le plan détaillé du livre (que j’ai sous les lunettes), passionnant :

PLAN :

Avant propos : de quoi s’agit-il ?

PARTIE 1 : IMPASSES DE L’EUROPE

Chapitre 1 – Tératologie politique
(La soustraction européenne de la souveraineté)
• la financiarisation, une révolution politique silencieuse
• la finance, tiers intrus au contrat social
• Le modèle européen des règles : entre contresens économique et barbarisme politique
• Anti-politique européenne

Chapitre 2 – D’une impasse à l’autre
(TSCG et eurobonds)
• Le « solde structurel » en plein arbitraire
• La fausse solution des eurobonds
• Les eurobonds (façon capitaine Haddock)
• Les marchés, le tout, les parties
• Ne pas perdre la normalisation des « partenaires » par les marchés — ou bien en faire des protectorats de politique économique

Chapitre 3 – De la domination allemande
(ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas)
• La « germanophobie », ou l’asile de l’aveuglement européiste
• Le pouvoir révélateur des crises extrêmes
• Fractures allemandes
• L’opinion allemande derrière la Bundesbank
• Kramer contre Kramer
• À la lumière des controverses
• L’indépendance de la banque centrale : à géométrie variable
• L’Allemagne, « reluctant sheriff » de l’euro
• La pire des dominations
• Le débat sur l’Allemagne entre hémiplégie et tétanie intellectuelles

PARTIE 2 : EN SORTIR

Chapitre 4 – L’éclaireur grec
(Notre stratégie du choc !)
• Némésis politique
• Sortie, mode d’emploi
• Désastres réels, désastres fantasmés
• « Contagion » ?
• Le parti des créanciers et celui des débiteurs
• Une occasion historique à ne pas louper : faire du défaut une arme politique
• Ingénierie du défaut — ou la création monétaire sans brouette
• Sortir de l’euro… et commencer à sortir du capitalisme ? NOTRE stratégie du choc !
• La mauvaise économie de l' »oubli du peuple »
• La « paix » et « l’amitié entre les peuples » — disaient-ils

Chapitre 5 – La possibilité du national
• Les amnésies intéressées
• De l’inconséquence de la pétition de principe post-nationale
• L’Europe ou les oligarchies nationales ?
• Déconstitutionnalisation, repolitisation
• La fausse excuse des « solutions coopératives »
• Le « coopératif » des effets d’entraînement
• Les taches aveugles de l’économicisme

Chapitre 6 – Excursus
(Un peuple européen est-il possible ?
• Les impasses de l’idée cosmopolite-fédérative
• Enforcement, imperium, État
• Peuple et affect commun
• Affects communs globaux, affects communs locaux (ou les données de la viabilité d’un corps collectif)
• La possibilité d’un « pas supplémentaire »
• Les conditions de possibilité passionnelles d’une « loi de la majorité » européenne

Chapitre 7 – Pour une monnaie commune
(sans l’Allemagne — ou bien avec, mais pas à la francfortoise)
• Entre monnaie unique et SME rénové : le meilleur des deux mondes
• Dévaluer dans le calme, soulager la politique monétaire
• Réintermédier le financement de l’économie
• Faire régresser les interdépendances financières — « renationaliser » le financement des déficits publics
• Pour une « politique des balances courantes »
• Pour un nouveau régime de règles
• La cécité germanomane
• Ne plus avoir peur du « chaud »
• Une adresse européenne

ANNEXE
Ajustements de change internes et externes en monnaie commune

• Ajustements de change internes
– Principe 1. Interdire les mouvements cherchant les gains spéculatifs de « réalignement »
– Principe 2. Laisser faire les mouvements cherchant à éviter les pertes
• Politique de change externe
– Fixer un objectif de change interne
– Conduire la politique de change externe

Chapitre 8 – Ce que l’extrême droite ne nous prendra pas
• Souverainisme de droite, souverainisme de gauche
• Contre l' »armée de réserve » des sans-papiers : la régularisation !
• Faucher la nation au FN — en fait : la récupérer
• Immigration et chômage ?
• Le FN ou la « réconciliation nationale » sous l’égide du capital
• Récupérations lepénistes et braiements médiatiques

APPENDICES – Gauche et droite
• Histoires de cadre. Avertissement

• Gauche de gauche, gauche de droite
– gauche/droite : une affaire de cadre
– L’éternel retour du refoulé européen
– Espoirs et désespoirs d’une critique de gauche en période électorale
– Hollande, Obama… Roosevelt
• Le balai comme la moindre des choses
– 1983, 2012 : d’un basculement l’autre (de la « politique de terrain » à la « politique de service »)
– Les contresens de la politique de l’offre
. Impasse de la « compétitivité »
. Impasse de la « flexibilité »
– De la panique à la reddition sans condition : la nouvelle alliance de classe du PS
– Les prises d’otages du capital
– Le PS, ou la droite complexée
– La révolution des balais ?

Mon commentaire :

Il manque juste au dernier livre de Frédéric, de mon point de vue, un dernier chapitre, suite logique des précédents, intitulé par exemple :

Chapitre 9 – De la qualité du processus constituant
(Des vertus du tirage au sort en politique, ou comment des professionnels de la politique élus ne seront jamais capables d’instituer la démocratie qui ne peut être que la souveraineté du peuple)

🙂

J’ai trouvé frappante la façon dont il a, ce matin, particulièrement bien martelé la définition chimiquement pure de la souveraineté, et, corolairement, la malfaisance fondamentale des institutions européennes contre les peuples d’Europe.

Il faudrait recomposer en un seul fichier les deux parties de l’entretien sur France Inter, et rédiger le verbatim de l’émission.

12 réponses à “Formidable Frédéric LORDON, avec un nouveau livre et sur France Inter

  1. Bonjour,

    J’ai écouté F Lordon sur Fr Culture :

    où il a défendu l’idée de retrouver notre souveraineté populaire et de quitter l’euro.

    C’est certes une proposition séduisante, mais qui ne me semble PAS pouvoir être adoptée « à gauche ». On voit par exemple que JL Mélenchon ne soutient pas une pareille orientation. En effet, il a encore récemment déclaré « La question n’est pas l’euro, c’est comment on gère l’euro » (voir son interview sur C politique, Fr5 Dimanche 13 avril, 51ème minute). Et JLM n’est pas isolé à la gauche du PS (position identique pour NPA, PCF, Ensemble…). Sans parler des Verts qu’il recherche comme alliés.

    Et JL Mélenchon a sans doute raison: ce n’est pas électoralement payant à gauche : même dans la Grèce « martyrisée » Syrisa (la gauche « mélenchonienne » grecque) ne veut pas de la sortie de l’euro. Sans doute parce que leurs clientèles électorales étant faiblement « ouvrier/employé » bénéficient plutôt de l’euro, du moins à court terme.

    Il ne reste donc que le FN (et DLR de Dupont Aignan) qui soutient fermement une telle position.

    C’est regrettable, mais pour l’emploi de nos enfants, il nous faut nous résoudre à voter pour des partis (le FN ou DLR) qui sont franchement à droite, et, pour le FN pas très appétissant.

    NB : j’ajouterai que je doute que le FN, pas plus que les autres partis, ne tienne ses promesses électorales. Mais en votant pour lui aux européennes, on envoie un signal.

    • Vous voulez quittez l’Euro(pe), vous n’aurez plus la BCE et donc plus aucun moyens de sauver les pays de la dette, si ce n’est la répudiation, ce qui signifie la mort du système, -- répudiation, faillite renégociation etc.

      Sortir de l’Europe comme seule perspective et comme seule idée, sans une alternative économique (vraisemblablement de type planifiée), est une mauvaise idée. Sortir de l’Europe signifie la fin de l’économie de marché, à court terme… êtes vous prêts ? moi je crois que personne n’est prêt.

  2. Benoît a isolé une vraie perle dans l’entretien ci-dessus. Merci à lui.

    Frédéric Lordon :
    La souveraineté c’est la démocratie,
    annulée par l’Union Européenne

  3. Je vire ma cuti
    Par Bernard Maris
    (sur le blog, souvent passionnant, de Gilles Raveaud)

    J’ai voté oui à Maastricht, oui au traité Constitutionnel. Aujourd’hui je pense qu’il faut quitter la zone euro.

    Il n’est jamais trop tard (même s’il est bien tard) pour reconnaître qu’on s’est trompé. J’ai cru, pauvre nigaud, qu’une monnaie unique nous mettrait la voie d’une Europe fédérale.

    (Pourquoi une Europe fédérale et non la « France éternelle », d’ailleurs ? Parce qu’une Europe unie me semblait plus civilisée que le reste du monde et mieux à même de contrer ces crétins d’Amerloques, ces brutes de Russes, cette affreuse dictature chinoise et le reste du monde. Bien.)

    Donc monnaie unique, pouvoir régalien de battre monnaie supranational, tout ça conduisait à un État fédéral.

    Idiot.

    Les États conservaient l’autonomie fiscale, il n’y avait pas de budget fédéral. Dès lors au lien de s’unir, à cause de la monnaie unique, les États allaient se lancer dans une concurrence fiscale et budgétaire : ils allaient organiser leur budget à leur manière, sous le parapluie de l’euro. Les Grecs par exemple empruntaient en Euro, mais remboursaient en « économie grecque », c’est-à-dire en féta et fromage de chèvre. Les Allemands empruntaient en euros, et remboursaient en Porsche et Mercédès, les Français en sacs Vuitton, etc. etc.

    De sorte que les emprunts en monnaie unique, n’empêchaient pas la séparabilité des dettes : une dette grecque vaut du fromage, une dette allemande des machines outils et de la technique de pointe. Chacun son truc.

    Plus l’euro était fort, plus les Allemands étaient contents, car ils vendent des machines dont personne ne peut se passer : ils les vendaient donc de plus en plus cher, investissaient dans des machines de plus en plus performantes et un service après vente impec, tandis que les grecs ne parvenaient plus à vendre leur fromage ; à tel point que l’industrie agroalimentaire allemande finit par récupérer la fabrication de fromage grec (authentique).

    Quel intérêt ont les Grecs à rester dans la zone euro ? Aucun. Ils finiront d’ailleurs par être foutus dehors par « les marchés » (les prêteurs en euros qui, comme tous les prêteurs, préfèrent prêter aux riches qu’aux pauvres).

    Les français ont également payé affreusement la politique de l’euro fort. Pourquoi une politique de l’euro fort ? Parce que l’industrie allemande est heureuse avec un euro fort, et parce que les rentiers du monde entier sont heureux avec un euro fort. Quand tu prêtes, tu souhaites que ton capital garde de la valeur. Plus l’euro monte, plus ton capital prend de la valeur, plus tu es content. Une monnaie forte est faite pour les prêteurs (les rentiers), une monnaie faible pour les emprunteurs (les ménages, les entreprises si elle sont situées en bas de l’échelle de production, si leurs produits sont en concurrence).

    L’euro fort a détruit l’industrie française. D’autres facteurs ont aidé : la nullité des patrons français, l’insuffisance de la recherche, le transfert massif des « intelligences » (sic) vers la finance au détriment de l’industrie. Soit on reste dans l’euro, et on accepte qu’il n’y ait plus aucune industrie en France, qu’il ne reste que du tourisme et un peu d’industrie informatique liée aux média, mais ni avions, ni industrie pharmaceutique, ni biotechnologies, ni voitures évidemment, ni rien, soit ont sort de l’euro et on sauve ce qui peut être sauvé.

    Pourquoi faudrait-il sauver l’industrie, ducon ? Parce que la recherche appliquée peut booster la recherche fondamentale : il y a une synergie entre les deux. Si l’on veut une recherche de qualité, il faut un minimum d’industrie (cela dit, on peut se foutre complètement de la recherche et dire « vive les Amish », ce que je comprends). Si l’on veut une « transition énergétique », il faut un minimum d’industrie.

    Mais si on sort de l’euro, tout se casse la gueule, non ?

    Et non… (À Suivre)

    Bernard Maris


    Le sophisme de Benoit Apparu
    Par Bernard Maris

    (toujours sur le blog de Gilles Raveaud)

    Faut-il sortir de l’euro ? Oui.

    Est-ce possible ? C’est une autre paire de manches.

    Comment vivait la France avant l’euro ? Sa monnaie fluctuait au gré des dévaluations par rapport au dollar décidées par les gouvernement en fonction des « attaques » contre le Franc (autrement dit des ventes massives de francs par les résidents ou les étrangers, autrement dit des sorties massives de capitaux). En ce temps-là les marchés de capitaux étaient plus faciles à contrôler. D’abord il n’y avait pas de capitaux « off-shore », flottants entre les États. Ensuite le volume de l’épargne cherchant à se placer ici ou là était beaucoup plus faible ; malgré tout le capital circulait, et les États contraient cette circulation par le contrôle des changes ou la dévaluation. Arrivant au pouvoir, de Gaulle dévalue de 20%. L’économie repart à tour de bras.

    Les temps ont changé. Les marchés de capitaux « off shore », internationaux, brassent des sommes considérables. En zone euro, les marchés ne peuvent plus attaquer directement les monnaies (le franc à disparu) mais les contreparties de l’euro, les supports de l’euro. Il y a en trois : l’or (négligeable), les créances sur les économies (la dette Suez, la dette Renault, etc.) et surtout les dettes publiques, les dettes sur les Trésors publics. Tout se passe exactement comme avant, sauf que les États ne peuvent plus répliquer en jouant sur la valeur de leur monnaie.

    Avant d’envisager de sortir de l’euro, il faut réfuter le sophisme de Benoit Apparu. Sur une chaine de télé il dit : « La dette française est de 2 000 milliards (dont 1 300 détenue par des étrangers). Sortir de l’euro dévalue l’eurofranc (la nouvelle monnaie) de 25%. Automatiquement on doit 400 milliards de plus. Autrement dit un budget annuel de l’État. Donc on peut pas sortir, cqfd. »

    Sauf que c’est faux. La dette, le jour où l’on sort de l’euro, n’est plus libellée en euros, mais en eurofrancs. Donc on doit illico 2 000 milliards d’eurofrancs. Et on rembourse en eurofrancs émis par la Banque de France. Benoit Apparu raisonne comme si on changeait de monnaie sans sortir de la zone euro. Sophisme.

    Le 15 août 1971, Nixon a aboli la convertibilité du dollar, pourtant garanti urbi et orbi 35 dollars l’once d’or. L’or s’est mis à flamber, et la Fed à émettre des dollars. À un journaliste du Monde qui lui demandait si un jour les États-Unis parviendrait à rembourser leur dette colossale, Milton Friedman répondit justement : « Notre dette est en dollars, donc on ne vous doit rien ».

    Petit bémol néanmoins, car tout semble trop facile. De quelle juridiction dépend une dette ? Les pauvres pays d’Afrique se sont endettés jusqu’à l’os et n’ont jamais pu rembourser leurs dettes parce qu’elles étaient gérées et défendues par les tribunaux des nations prêteuses. Pour passer en douce de l’euro à l’eurofranc, encore faut-il que les dettes publiques françaises dépendent de juridiction françaises. Est-ce le cas ? Oui, à 93% (1). 93% des contreparties de la dette, des OAT (Obligations assimilables du Trésor, les « bons » entre 5 et 50 ans émis par le Trésor et garantis par l’Etat) sont de droit français. Il n’en va pas de même pour les banques et les entreprises ; elles sont endettées pour 300 milliards d’euros, et sont soumises au droit luxembourgeois, britannique, et pour certaine au droit des Iles Caïman.

    Difficile d’imaginer une renationalisation de la dette. Donc il faudrait refinancer les banques et les entreprises en euro-francs, afin de leur permettre de rembourser leurs dettes. Mais alors… l’inflation ?

    (À suivre)

    Bernard Maris

    (1) Lire l’excellent bouquin de Franck Dedieu, Benjamin Masse Stamberger, Béatrice Mathieu, et Laura Raim, Casser l’euro pour sauver l’Europe, Les liens qui libèrent.


    La deuxième guerre civile
    Par Bernard Maris

    (sur le blog de Gilles Raveaud)

    En 1992, François Mitterrand a ouvert une deuxième guerre de 30 ans en croyant par la monnaie unique arrimer l’Allemagne à l’Europe.

    L’Allemagne réalise sans le vouloir par l’économie ce qu’un chancelier fou avait déjà réalisé par la guerre : elle détruit à petit feu l’économie française. Certes, elle n’est pas responsable de cette situation, au contraire ; elle n’est jamais intervenue dans la politique intérieure de la France, elle a tendu la main aux Français du temps de Balladur pour réaliser un début d’unité fiscale et budgétaire (qui lui fut refusée).

    C’est François Mitterrand qui, à deux reprises, a voulu arrimer la politique monétaire de la France à celle de l’Allemagne, détruisant une industrie qui n’allait pas bien fort : en 1983 d’abord, avec le tournant de la rigueur et la politique du « franc fort », en 1989 ensuite, en paniquant après la réunification Allemande, et en avalisant celle-ci au prix d’une monnaie unique et d’un fonctionnement de la BCE calqué sur celui de la Bundesbank.

    Plus de vingt ans de guerre économique ont passé, et l’industrie Allemande a laminé les industries italienne et surtout française. Aujourd’hui la guerre est terminée et gagnée. La part des exportations de l’Allemagne en zone euro représente 10% du total. Le reste est hors zone euro, aux États-Unis et en Asie. L’Allemagne n’a plus besoin de la zone euro. Au contraire : la zone euro commence à lui coûter cher, à travers les plans de soutien à la Grèce, au Portugal, et à l’Espagne, à tel point qu’elle songe elle aussi à quitter l’euro.

    Il est bien évident que ni la Grèce, ni le Portugal, ni l’Espagne, ni même la France et l’Italie ne pourront jamais rembourser leur dette avec une croissance atone et une industrie dévastée. La zone euro éclatera donc à la prochaine grave crise de spéculation contre l’un des cinq pays précités.

    La Chine et les États-Unis contemplent avec ravissement cette deuxième guerre civile interminable, et se préparent (pour les États-Unis une deuxième fois) à tirer les marrons du feu. La Chine et les États-Unis pratiquent une politique monétaire astucieuse et laxiste. On pourrait ajouter à la liste des pays pratiquant une politique monétaire intelligente la Corée du Sud, et aujourd’hui le Japon. La Grande Bretagne, elle, prépare tout simplement un référendum pour sortir de l’Europe.

    On a le choix : sortir de l’euro ou mourir à petit feu. Sinon, le dilemme pour les pays de la zone euro est assez simple : sortir de façon coordonnée et en douceur, ou attendre le tsunami financier.

    Une sortie coopérative et en douceur aurait le mérite de préserver un peu de construction européenne, un tsunami sera l’équivalent du Traité de Versailles, les perdants étant cette fois les pays du Sud. Et au-delà des pays du Sud, toute l’Europe.

    La sortie douce et coordonnée est assez simple, et a été déjà envisagée par nombre d’économistes. Il s’agit tout simplement de revenir à une monnaie commune, servant de référentiel aux différentes monnaies nationales. Cette monnaie commune, définie par un « panier de monnaies » nationales, atténue les spéculations contre les monnaies nationales.

    C’est un retour au SME (Système monétaire européen) ? Oui. Des marges de fluctuations autour de la monnaie commune. Une stabilisation de la spéculation par des limitations des mouvements de capitaux, stabilisation qui pourrait être accrue par une taxe type Tobin sur ces mêmes mouvements de capitaux. Mais le SME a échoué, direz-vous… Oui, parce que le SME ne s’était pas donné de lutter contre la spéculation, et n’avait pas adopté une « Chambre de compensation » comme la souhaitait Keynes dans son projet pour Bretton Woods (abandonné au profit du projet américain).

    Le meilleur moyen de rendre l’Europe odieuse, détestable pour longtemps, de faire le lit des nationalismes les plus étroits, est de poursuivre cette politique imbécile de monnaie unique associée à une « concurrence libre et non faussée » qui fait se pâmer de joie ceux qui en profitent, Chinois, Américains et autres BRICs.

    Bien évidemment la mainmise du politique sur la monnaie ne suffit pas à faire une économie puissante : la recherche, l’éducation, la solidarité sont certainement aussi importantes. Mais laisser les « marchés » gouverner les pays est tout simplement une honteuse lâcheté.

    (À suivre)

    Bernard Maris

  4. Est-il économiste, Lordon, vraiment ? Quel économiste classique perdait son temps avec Spinoza … ? Galbraith, Keynes, Marx ? Bernard Maris, est-il économiste ? Même Jorion ne l’est pas, il est anthropologue, ex-agent d’assurance. Sans parler du fait que les économistes eux-même se trompent bien souvent.

    1) Encore une fois, sortir de l’euro et penser que la dévaluation va tout résoudre, c’est oublier que le système est à l’agonie. Donc la seule prolongation est à l’intérieur de l’euro, grâce aux rachats des dettes par la BCE. Il faut dire au gens n’est ce pas, que c’est ça où le chaos, non seulement on se prive de l’incarnation de l’universel qu’est l’UE mais aussi du pouvoir lénifiant monétairement (et inavouable), de la BCE.

    Je veux bien qu’on sorte de l’UE, mais vous ne continuerez pas un capitalisme, ni même une économie de marché ! Car si les banques nationales s’occupent des dettes ce sera une série de dévaluations sans fins, ou bien la mort du rentier en direct, et donc imaginez au moins ce qui risque de se passer ! Moi aussi j’ai voté non au TCE, c’est parce que je sais à quel point la situation est grave que je recommande d’être prudent.

    L

  5. Lordon y vient, tout doucement, mais il y vient. L’enjeu est l’articulation entre l’économie et la politique. Faut-il d’abord changer notre rapport à l’économie, reprendre la main sur l’économie ou d’abord changer notre rapport à la politique, reprendre, nous citoyens, la main sur la politique ?

    Ça me fait penser à ce débat à propos du film « Les jours heureux » avec B. Friot : http://www.dailymotion.com/video/x1bvmlw_les-jours-heureux-debat-avec-bernard-friot_news?start=2
    Friot, convaincu par son idée d’extension du système de la cotisation, ne conçoit finalement un bouleversement constitutionnel que dans un SECOND temps, après la mise en place de sa politique économique. Il considère l’avènement de la démocratie comme une sorte de mieux, de luxe, mais totalement inutile si, dit-il, nous n’avons pas la main sur l’économie. Selon lui, d’une certaine manière, la démocratie prisonnière du capitalisme, quel intérêt ?

    Lordon a un temps d’avance sur Friot (qui d’ailleurs y viendra sûrement à son tour) : en bon spinoziste, il a compris (même si ça lui a pris un peu de temps…) qu’une économie de gauche nécessite un bouleversement des structures politiques. Si ça intéresse quelqu’un, j’échangerai avec plaisir sur cet argument, mais il est intéressant d’observer comment Lordon amorce une glissade menant des problématiques d’ordre économique aux enjeux proprement politiques (c’est-à-dire institutionnels).

    Surtout, à mon sens, il faut aller plus loin encore et décorréler notre sensibilité anticapitaliste de nos revendications démocratiques. La démocratie n’appartient à aucun camp. Peut-être qu’une démocratie véritable entraînerait mécaniquement une sortie du capitalisme dans la mesure où les décideurs subiraient moins les pressions du secteur marchand et entrepreneurial ou de l’idéologie libérale aujourd’hui régnante. Mais ce n’est en aucun cas une certitude et ce n’est pas si grave.

    Dédramatiser cet aspect de la question peut être douloureux mais en toute conformité, il me semble, avec l’idéal démocratique. Parce qu’il faut défendre la démocratie pour la démocratie, selon l’ordre des principes (idem discussion intéressante en perspective autour des principes légitimant l’idéal démocratique). Si l’idée c’est de défendre la démocratie dans le cadre d’un calcul politicien pour faire gagner telle ou telle idée, tel ou tel modèle de société, on ne sort finalement pas d’une logique électoraliste. On persiste à dire : j’ai raison, vous avez tort ; là où l’expression démocratique serait : j’ai mes idées, vous avez les vôtres, comment faire en sorte que la décision qui nous concerne tous les deux soit légitime ?

    Laissons un peu de temps à Lordon, mais il va y venir.

  6. Saint-Maurice

    Maris écrit que l’on rembourserait en eurofrancs, ok mais ce passage d’euro en eurofranc revient à un défaut, une dévaluation et donc quelque part de l’argent disparait (où? les fonds propres des entreprises financières, les actionnaires (dans les entreprises mais aussi les propriétaires immobiliers), les déposants à long terme dans les banques, les déposants à court terme, les dépots à vue, tout le monde quoi, d’environ 20 à 30 % s’entendent-ils à prévoir, que nous décidions de faire défaut en euro ou passer de l’euro en euroF, c’est kif kif…
    Mais faire croire que de passer à l’euroF est la solution est perdre de l’énergie et du temps que nous ferions mieux de mettre sur le 100 % monnaie, sur la constituante, le système de change….

  7. Saint-Maurice

    tout en organisant ce défaut nécessaire puisqu’on n’a trop créé de monnaie (par rapport aux dettes, ces passifs qui devaient compenser cette création de monnaie mais qui sont devenus pour pas mal bien pourris…)
    Expliquer donc que chacun va perdre 20 à 30 % du prix de sa maison (certains disent 50 %), de ses actions (si on en a…), de son argent placé (sauf s’il est caché) ou même de son compte courant
    Assurer aussi que l’état organisera la prise en charge de ceux qui vont déguster en perdant ces 20 à 30 % (grâce à la constituante, au 100 % monnaie, au système de change fixe nouvellement choisi et son étalon (diverses monnaies)…

    Autre moyen de faire dégonfler cette somme d’argent (de dévaluer), plutôt que de faire perdre 20 à 30 % à chacun…Décider que tous les billets de 500 euros ne valent plus rien (ceux dont la source n’est pas identifiée, les autres sont remboursés entre autre coupures), cela fait quelques centaines de milliards envolés (de la poche de ceux qui ont à voir avec les porteurs de mallettes pleines de liquides) Mais ça… je le proposerai si vous me le demandez…
    De même je pourrai vous raconter comment on fait pour que ces décisions soient prises sur le plan mondial, car sinon, évidemment cela ne peut pas marcher…
    Mais si cela vous intéresse, car sinon cela fait de trop long commentaires de tout dire en une fois…lol

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