Rendez-vous à Millau mardi 5 novembre 2019 pour parler de monnaie libre et de RIC + ateliers constituants, avec les Gilets jaunes de l’Aveyron

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157591670347317

Les prétendus gaz « lacrymogènes » sont en fait des ARMES DE GUERRE, des gaz neurotoxiques !

Il faut arrêter d’appeler « gaz lacrymogènes » les gaz que la police française utilise tous les jours contre les opposants politiques : ce sont des gaz neurotoxiques, interdits en temps de guerre !
Et maintenant, la police française arrête carrément les citoyens qui osent enquêter sur ses propres abus de pouvoir policier…

Une preuve de plus que nous n’avons pas de constitution digne de nom : en France, les pouvoirs les plus dangereux se sont mis eux-mêmes à l’abri de tout contrôle sérieux.

Étienne.

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Gilets jaunes: le biologiste qui enquête sur les gaz lacrymogènes arrêté (source Spunik) :


https://fr.sputniknews.com/france/201910301042348995-gilets-jaunes-le-biologiste-qui-enquete-sur-les-gaz-lacrymogenes-arrete/

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Alexander, c’est celui qui a prouvé l’existence de CYANURE dans les prétendus « gaz lacrymogènes ». Voyez son entretien avec Sanglier Jaune :

Du CYANURE dans les LACRYMOS ? Interview après enquête

https://www.youtube.com/watch?v=IjkBvMxaE-4

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Alex Sam (Alexander) écrit (sur sa page fb) aux policiers qui ont perquisitionné son logement :
https://www.facebook.com/may.hem.94/posts/10218202126858451

Enfin je vous rappelle ce que vous avez perquisitionné chers policiers, pour que jamais vous n’oubliiez cette mémorable enquête sur « cette personne a-t-elle bien lancé un pot de mélange de lave-vitre bio/charbon sur les vitres de la société générale ». Je voudrais que pour chaque pièce, vous me disiez son intérêt dans l’enquête. Ah oui, et que vous me précisiez à quel moment de l’enquête intervient la vérification de l’alibi de la personne sur laquelle vous enquêtez. J’ai pas très bien compris votre démarche.

– trois clés USB contenant mes cours, et mes travaux sur les gaz lacrymogènes
– un livre intitulé « instruction sur la protection contre les gaz de combat TTA602 » que vous avez détruit ensuite
– un livre intitulé « petite histoire du gaz lacrymogène »
– un livre intitulé « domination policière »
– 7 grenades lacrymogènes vides, dont vous m’avez dit « la possession de ces objets est un délit car il s’agit de détention d’armes de guerre, vous risquez 3 ans de prison avec ça ». 3 ans de prison si on a juste la grenade vide ? J’ose pas imaginer ce que ça fait si elles sont pleines ! Mais alors, on utilise bien une arme de guerre contre la population ? Je ne sais pas mais en tous cas j’aurais gracieusement accepté un procès dans le cas où cela établissait ce fait. Vous avez préféré ne pas me poursuivre et les détruire.
– Un tshirt medic de rue lyon, souvenir d’une intervention médicale essentielle pour la santé publique, que vous avez détruit.
– des lunettes de plongée, que vous avez détruit
– une écharpe et des gants noirs, que vous avez détruits
– un sac à dos quechua que vous avez détruit
– deux casques de trottinette que vous avez détruits
– la tablette que l’éducation nationale m’a fournie… ah non finalement on va pas la prendre… ok ça compte pas vous l’avez pas prise finalement malgré votre hésitation

Vous vous êtes rendus à ma voiture et y avez perquisitionné :

– Un ordinateur portable contenant mes travaux sur les gaz lacrymogènes
– un gilet jaune que vous avez détruit
– une grenade vide que vous avez détruite
– deux clés usb contenant de la bonne musique (cf ci-dessous), et mes cours

PETIT UPDATE QUI A SON POIDS :
L’une de mes clés USB contenait les fichiers que vous pouvez voir en image. Ceux-ci ont donc pu être consultés.

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Alexandre Langlois, du syndicat de policiers VIGI, a écrit en septembre cette lettre ouverte :

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR CASTANER SUR LA DANGEROSITÉ DES GAZ UTILISÉS LORS DU MAINTIEN DE L’ORDRE EN FRANCE, POUR LA SANTÉ DES PERSONNES EXPOSÉES

Vendredi 6 septembre 2019

Monsieur le Ministre,

Le mouvement des Gilets Jaunes dure depuis neuf mois. Tous les week-end nos collègues font usage de gaz à effet lacrymogène en très grande quantité, saturant régulièrement l’air.

La plupart de nos collègues ne disposent pas de masque à gaz et de tenue NRBC, alors même qu’ils utilisent une arme chimique, interdite en temps de guerre par la convention de Genève, comme le confirme le site Check News dans son article du 26 novembre 2018.

Ces grenades à effet lacrymogène sont composées d’un gaz : l’agent CS (Orthochlorobenzylidenemalononitrile).

Sur cet agent, Kamran Loghman, expert reconnu en Amérique, a fait date dans de très nombreuses procédures devant les tribunaux fédéraux. Il est un expert sur la dangerosité des gaz de combat et de maintien de l’ordre. D’après lui :

« Les CS et le CN provoquent tous deux une dermatite et sont des sensibilisants susceptibles de provoquer de très graves réactions allergiques à la suite d’expositions répétées. Les tests toxicologiques ont montré que les animaux morts après une exposition au CS montraient une augmentation du nombre de cellules caliciformes dans les voies respiratoires et dans la conjonctive (la membrane muqueuse des yeux, le long de la paupière et recouvrant une partie du globe oculaire), de la nécrose (la mort des cellules) dans les voies respiratoires et gastro-intestinales, œdème pulmonaire (poumons remplis de liquide) et hémorragie de la surrénale.

La mort résulte d’une altération du transfert d’oxygène dans le sang provoqué par un œdème, une hémorragie et une obstruction des voies respiratoires dans les poumons. Dans le cas d’une substance telle que le CS, l’attention doit être portée sur les produits de dégradation qui se produiront dans le corps humain. Le clivage ou l’hydrolyse en malononitrile et en ortho-chlorobenzaldéhyde est une réaction complète à 50% en environ dix minutes.

On pense que le malononitrile subit une dégradation en cyanure et en thiocyanate, tandis que le reste de la molécule est combiné à la glycine et excrété sous forme d’acide ortho-chlorohippurique. Par conséquent, le malononitrile est une substance hautement toxique trouvée dans le CS. La dose mortelle pour une personne de 70 kilogrammes est estimée à moins d’un gramme. »

Cette analyse est corroborée par les informations collectées par le National Center for Biotechnology Information, US National Library of Medecine (NCBI), c’est-à-dire un organisme public américain de renommée mondiale, auprès de chercheurs américains, anglais, chinois, israéliens, italiens, turcs, etc. Nous avons traduit une partie de ces documents dans notre communiqué du 6 juin 2019, en accès libre sur notre site internet www.vigimi.fr.

Sans avoir à traverser l’Atlantique, la classification fournie par les entreprises à l’ECHA (European Chemicals Agency), indique que cette substance est mortelle en cas d’inhalation. Elle provoque une irritation oculaire grave et peut provoquer une réaction allergique cutanée en irritant les voies respiratoires.

Enfin en France nous avons accès à des dossiers médicaux de soldats français ayant utilisés ces munitions sur 20 missions maximum de 1 à 4 heures et qui ont été gravement handicapés toute leur vie sur le plan respiratoire. Leurs poumons brûlée et nécrosés par les gaz qu’ils déployaient. La Justice a reconnu leur préjudice (Par un jugement du 29 août 2017 dans l’affaire 17/00313, Ministre de la Défense contre Yves CARGNINO).

Nous fonctionnaires de Police, force de l’ordre et gardien de la Paix, notre devoir, notre engagement, notre raison de vivre est de protéger la population et donc d’exercer notre droit de retrait et notre devoir d’information, si nous identifions une situation ou une dérive dangereuse pour notre avenir.

Selon les documents portés à notre connaissance, les matériels dits « lacrymogènes » que l’on nous demande d’utiliser au cœur des tactiques des opérations de maintien de l’ordre sont très probablement extrêmement dangereux, sources de lésions irréversibles, voir mortels, vue les durées d’exposition et les concentrations records auquel, nous forces de l’ordre ainsi que la grande majorité des manifestants et passants.

Notre collègue commandant les CRS, le 28 juin 2019 sur le pont Sully, a fait un malaise avec perte de connaissance par suffocation, à cause de l’usage de ces armes chimiques sur ordre du Préfet de Police de Paris, contre des manifestants pacifiques.

En conséquence le syndicat VIGI vous demande :

* La composition exacte des grenades qu’on nous demande d’utiliser.

* Un protocole de décontamination après chaque fin de service où des armes chimiques sont utilisées.

* Un suivi a minima mensuel par la médecine de prévention pour nos collègues exposés à ces armes chimiques, avec prises de sang, ainsi qu’une vérification du bon fonctionnement des reins et du foie indispensable à l’élimination des toxines par l’organisme.
Ce suivi permettra de protéger la santé de nos collègues. En cas d’empoisonnement, il permettra également de faire reconnaître l’imputabilité au service dans les cas d’invalidité, en vue d’une indemnisation.

* Des tenus NRBC (vêtements, masques à gaz…) adaptées au maintien de l’ordre pour protéger la santé de nos collègues.

* La clarification de nos devoirs et de nos responsabilités de policiers de terrain concernant l’usage de ces munitions, afin d’éviter des poursuites à notre encontre. En cas de procès de la part de manifestants, de riverains, de commerçants, voire d’incident diplomatique avec le Qatar dont l’ambassade se situe Place de l’Etoile à Paris, c’est votre éventuelle responsabilité et celle des donneurs d’ordres, qui doit être mise en lumière.

Vu l’urgence sanitaire de la situation, nous attendons votre réponse ou une audience auprès de votre autorité avant le 23 septembre 2019.

En l’attente, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, en mes respectueuses salutations.

Alexandre LANGLOIS
Secrétaire Général

https://vigimi.fr/f/actualites-fr/entry/lettre-a-monsieur-castaner-sur-la-dangerosite-des-gaz-utilises-lors-du-maintien-de-l-ordre-en-france-pour-la-sante-des-personnes-exposees


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[Règles variables selon le détenu] Julian Assange à la prison anglaise de Belmarsh : injustice crasse en Grande Bretagne, qui n’est pas un État de droit

Julian Assange : Privation de justice et double standard à la prison de Belmarsh (21st Century Wire)

[Première partie – 28/8/2019] L’Histoire de deux prisonniers : Julian Assange, fondateur de Wikileaks, et Tommy Robinson, personnalité d’extrême-droite, sont traités très différemment à la prison de Belmarsh. Analyse de Nina CROSS.

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/julian-assange-privation-de-justice-et-double-standard-a-la-prison-de-belmarsh-21st-century-wire.html

Alfred de Zayas, ancien Rapporteur de l’ONU, a décrit les actions des autorités britanniques envers Assange comme ’…. contraires à l’état de droit et à l’esprit de la loi’. Ce que nous voyons à la surface est une illusion de la justice britannique qui masquant un programme politique.

La tristement célèbre prison de Belmarsh, en Grande-Bretagne, est maintenant présentée comme un exemple de bonne gouvernance, révélatrice d’une société juste et équitable, équitable mais ferme à l’égard de ceux qui ont enfreint la loi. Après un examen attentif du cas de Julian Assange, il ne fait guère de doute que placer le journaliste primé dans un tel établissement n’est rien d’autre que la dernière étape avant sa restitution aux États-Unis.

Jusqu’à présent, Belmarsh s’est acquitté de cette volonté de l’État.

Belmarsh comme arme de choix de l’État

La juge Deborah Taylor a envoyé Assange à la prison de catégorie A de Belmarsh pour une infraction à sa liberté surveillée, même s’il a démontré qu’il avait de bonnes raisons de le faire.

Il est difficile de ne pas conclure que son classement en catégorie A fut décidé pour l’affaiblir et le rendre vulnérable. Essentiellement, Assange a été envoyé à Belmarsh pendant 50 semaines pour ne pas s’être présenté à un poste de police. Il n’y avait pas de procès en cours ; il n’avait pas d’antécédents judiciaires ; il n’y avait pas d’accusations ; l’enquête suédoise avait été abandonnée. Donc, le gouvernement britannique n’avait rien d’autre contre lui que le fait de ne pas s’être présenté à un poste de police. Il convient également de souligner que la juge Taylor a commis une série d’erreurs lors de la condamnation le 1er mai [2019], se référant à des accusations de viol en Suède, qu’Assange a corrigées et qu’elle a ensuite reconnues comme étant erronées. Ce qui montre que la juge Taylor s’est présentée devant le tribunal sans être informée, avec l’idée qu’Assange avait été accusée de viol quelque part, d’une manière ou d’une autre. Cela peut expliquer en partie le raisonnement qui sous-tend la condamnation cruelle du juge Taylor, décrite par le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire comme ’disproportionnée’, mais aussi comme favorisant la privation arbitraire de la liberté d’Assange. Qui plus est, il a été souligné que chaque année plusieurs milliers de personnes au Royaume-Uni en liberté surveillée ne se présentent pas au poste de police sans pour autant être soumises à des peines aussi sévères.

De toute évidence, le juge Taylor s’est appuyée sur les narratives fournies par l’État pour envoyer Assange dans un pénitencier de catégorie A, même si ces narratives ont été complètement démontées. Une de ces fausses informations diffusées par l’État britannique et ses principaux partenaires médiatiques était que les autorités suédoises avaient abandonné les allégations sexuelles qu’elles avaient portée contre Assange parce qu’elles ’ne pouvaient pas faire avancer le dossier’ car il était enfermé à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Cette désinformation était fausse, comme en témoigne le fait que les autorités suédoises avaient déjà réalisé pas moins de 44 liaisons vidéo ou entretiens avec des personnes d’intérêt et étaient donc tout à fait capables d’interroger Assange à distance.

Quant à l’affaire elle-même, la question qui se pose maintenant est la suivante : quelle affaire ? Ouverte puis fermée, puis ouverte à nouveau, puis fermée, puis fermée, puis ouverte, et pourtant – le ministère public suédois a encore dit à l’époque qu’’une interview n’était pas à l’ordre du jour’.

Il n’est donc pas surprenant que les autorités suédoises semblent laisser l’affaire en suspens, comme elles le font depuis des années. Les tribunaux suédois ayant récemment déjoué les tentatives du procureur d’extrader Assange vers la Suède, la réouverture de l’affaire n’est-elle plus qu’une simple tactique de contrôle de l’opinion publique ? Peut-être l’ont-ils ouvert pour la troisième fois parce que clôturer définitivement le récit de plus en plus fallacieux du « violeur » risquait d’attirer un soutien accru de la part des membres du public (et du gouvernement) qui n’étaient pas certains auparavant si Assange avait droit à un soutien moral quelconque. Nous verrons si le procureur suédois décidera si un ’entretien est à l’ordre du jour’ après avoir collé l’étiquette de violeur à Assange pendant plus de dix ans déjà.

C’est ainsi qu’avec toute la force que l’establishment britannique pouvait exercer derrière un délit mineur d’infraction à une liberté surveillée, Assange se retrouve piégé à l’intérieur de la prison de Belmarsh.

Belmarsh refuse d’appliquer la loi

Le régime de haute sécurité de la prison de SM Belmarsh s’est avéré jusqu’à présent paralysant pour les espoirs d’Assange d’organiser une défense juridique. Il est maintenant de notoriété publique que les fonctionnaires du gouvernement de Belmarsh ont imposé des restrictions qui ont pour effet de priver Assange de visites juridiques suffisantes, de lui refuser la possibilité de parler à ses avocats américains, de lui refuser l’accès et la possession de documents juridiques et de lui refuser les moyens essentiels pour préparer sa défense juridique, à savoir un ordinateur portable.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas le jargon juridique, les passages suivants montreront comment on peut mesurer le traitement d’Assange par Belmarsh par rapport aux protections et directives reconnues, telles que :

L’article 6.3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui revêt une importance particulière pour les prisonniers (Assange est clairement un prisonnier politique) et stipule que les détenus doivent :

’…. disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de leur défense…’

Le Conseil de l’Europe (CdE) a élaboré une définition de ce que cela signifie dans un guide sur l’article 6 de la CEDH :

386. Les ’facilités’ dont doit bénéficier toute personne accusée d’une infraction pénale comprennent la possibilité de prendre connaissance, aux fins de la préparation de sa défense, des résultats des enquêtes menées au cours de la procédure.
387.Afin de faciliter la conduite de la défense, l’accusé ne doit pas être empêché d’obtenir des copies des documents pertinents du dossier de l’affaire, ni de compiler et d’utiliser toute note prise.

NOTE : Lors de l’audience du tribunal d’extradition américain d’Assange en juin, Assange lui-même a été catégorique sur le fait qu’il n’avait même pas reçu le texte de l’acte d’accusation américain contre lui et a déclaré qu’il devait recevoir les documents juridiques essentiels qui lui étaient adressés. Son équipe juridique a égalementréitéré que la préparation de sa défense était entravée et que l’accès à son client était restreint par le gouvernement britannique. Il est difficile de croire que cette stratégie n’est pas intentionnelle.

Les lignes directrices du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme ont également énoncé dans ses Règles pénitentiaires européennes que :

23.6 Les détenus doivent avoir accès aux documents relatifs à leur procédure judiciaire ou être autorisés à les garder en leur possession.

Fair Trials, l’organisme mondial de surveillance de la justice pénale, explique :

Une personne faisant face à des accusations criminelles doit avoir le temps et les moyens nécessaires pour préparer sa défense. Ce droit existe à tous les stades de la procédure et comprend le droit à des documents, dossiers et informations ainsi que la garantie d’une communication confidentielle avec des avocats.

En mai 2019, Nils Melzer, Rapporteur des Nations Unies sur la torture, a indiqué qu’Assange avait un accès limité aux documents juridiques dans sa cellule.

Plus récemment, le journaliste lauréat John Pilger, a également expliqué qu’Assange n’avait pas eu accès à des documents pour préparer sa défense :

En ce qui concerne la demande d’Assange pour un ordinateur portable, les lignes directrices britanniques sur l’accès à la justice montrent qu’il s’agit d’une demande raisonnable et le cas d’Assange semble répondre exactement aux conditions prévues :

L’orientation dit que les ordinateurs portables devraient être accordés aux personnes qui ne pourraient pas se préparer correctement sans, mais ne devraient pas l’être uniquement pour une raison de commodité.’

Le guide du Conseil de l’Europe sur l’article 6.3 légitime également cette demande :

387. Lorsqu’une personne est détenue en attendant son procès, la notion de ’facilités’ peut inclure des conditions de détention qui permettent à la personne de lire et d’écrire avec un degré raisonnable de concentration. Il est essentiel que l’accusé et son avocat puissent tous deux participer à la procédure et présenter des observations sans souffrir d’une fatigue excessive.

Suite à son évaluation d’Assange en mai à l’intérieur de la prison de Belmarsh, Nils Melzer a publié une déclaration détaillant les conditions de détention. Melzer était accompagné de deux experts médicaux spécialisés dans l’examen des victimes potentielles de torture ainsi que dans la documentation des symptômes, tant physiques que psychologiques. En examinant Assange Melzer a observé ce qui suit :

«  Mais surtout, en plus des maux physiques, M. Assange présentait tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris le stress extrême, l’anxiété chronique et le traumatisme psychologique intense. »

En plus de ces préoccupations, des rapports indiquent également que des médicaments sont administrés à Assange.

Melzer a également expliqué que l’accumulation de procédures judiciaires multiples ajoute au stress et à l’incapacité d’Assange à faire face aux exigences de la préparation de sa défense. :

Il est important de noter que les préparatifs juridiques d’Assange dans cette affaire n’ont rien à voir avec les fausses accusations d’évasion sous liberté surveillée pour lesquelles Assange fut initialement arrêté et détenu par le gouvernement britannique. Sa défense juridique consiste plutôt à combattre ce qui pourrait devenir un précédent juridique déterminant pour notre génération – une affaire d’extradition américaine dans laquelle un citoyen non américain fait face à des accusations en vertu du Espionage Act de 1917 pour son rôle (en tant que journaliste) dans la divulgation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par le gouvernement américain – tous publiés par un média non américain. Par conséquent, on peut soutenir à juste titre qu’en limitant l’accès d’Assange à une défense juridique adéquate dans une affaire aussi médiatisée et historique, le gouvernement britannique agit contre l’intérêt public, non seulement à domicile, mais aussi à l’étranger.

Malgré tout cela, Belmarsh semble avoir ignoré ou rejeté les préoccupations concernant l’incapacité d’Assange d’avoir accès aux tribunaux pour sa défense et lui refuse des ’facilités’.

Les restrictions imposées par Belmarsh à la capacité d’Assange de rencontrer ses avocats et son refus de lui permettre de parler à ses avocats américains semblent saper le fondement même de l’article 6, qui, selon le guide du Conseil de l’Europe :

’….garantit le droit d’un accusé de participer effectivement à un procès pénal.’

En reconnaissance de l’article 6, le site Web du gouvernement britannique fournit des conseils sur le droit de tous les détenus de contacter leur avocat :

Les prisonniers ont des droits, y compris celui d’entrer en contact avec un avocat.’

Les droits des détenus sont également soutenus par le Citizen’s Advice Bureau (CAB) du Royaume-Uni, qui fournit un service consultatif à tous les détenus. Ce qui suit résume les droits des détenus dans les domaines particuliers où Assange a demandé un accès mais s’est vu refuser ou restreindre cet accès par Belmarsh (gras ajouté) :

  • Des installations adéquates pour préparer une défense, y compris un nombre illimité de visites de leur conseiller juridique.
  • Appels téléphoniques illimités à leur conseiller juridique ou au CAB. Un détenu peut être en mesure d’utiliser le téléphone officiel de la prison pour des appels juridiques urgents avec l’autorisation écrite du gouverneur. On s’attend à ce qu’un prisonnier paie pour ces appels, à moins que le gouverneur ne soit convaincu qu’il ne peut pas payer.
  • Un détenu a accès à des installations informatiques, pour une durée limitée, afin de l’aider à préparer une action en justice, lorsqu’il peut démontrer que son cas serait compromis sans cet accès – par exemple, s’il a un handicap ou un autre problème de santé pertinent.

Il apparaît donc clairement qu’Assange se voit refuser les droits des détenus en matière d’accès à la justice. Le résultat de ces restrictions imposées à Assange est qu’il ne peut pas participer effectivement à la procédure judiciaire engagée contre lui. Les restrictions actuelles de M. Belmarsh semblent miner toutes ses tentatives d’accès à toutes les voies de justice, ainsi que les moyens nécessaires pour participer à sa défense juridique depuis qu’il est entré en prison. Ces atteintes aux droits et ces refus d’accès à la justice sont souvent imputés à des pénuries, à des problèmes de système et à des défaillances, et même justifiés par la sécurité et la pratique institutionnelle. Cependant, toutes les lacunes du système britannique dans ce cas pourraient facilement être évitées ou corrigées par les autorités pénitentiaires.

Dans le cas d’Assange, cela signifie que son équipe juridique est forcée de perdre du temps et des ressources à tenter d’obtenir un accès légal à la justice, y compris éventuellement en intentant des poursuites contre Belmarsh et le gouvernement britannique. Il est facile d’imaginer pourquoi les autorités sont très satisfaites que cela se produise : cela fait perdre du temps, épuise les ressources de son équipe juridique et fait s’accumuler les litiges. Le nombre de batailles qui peuvent être livrées en même temps est limité ; l’appel d’Assange contre la sentence de Belmarsh sur la violation de liberté surveillée a déjà été abandonné. Et même si certaines restrictions seront moins sévères lorsqu’Assange se retrouvera probablement en détention provisoire pour lutter contre l’extradition, le bon sens nous dicte que l’impact des restrictions exercées avant cette date sera très préjudiciable à sa défense.

L’accès à la justice’ a été décrit par la CEDH comme suit :

L’accès à la justice permet aux individus de se protéger contre les atteintes à leurs droits, de réparer les torts civils, de demander des comptes au pouvoir exécutif et de se défendre dans les procédures pénales. C’est un élément important de l’État de droit…

Si nous pensons que les obstacles à la capacité d’Assange à se défendre contre l’extradition sont justifiés par les critères d’un système pénitentiaire de haute sécurité ’surchargé et sous-financé ’, alors nous ne faisons que consentir à l’érosion de la loi et accepter à sa place les règles imposées par les administrateurs des institutions de l’État – au détriment de la liberté individuelle. Ces justifications pour refuser à Assange son droit légal fondamental à la justice sont des prétextes commodes pour Belmarsh qui fut choisie – et pas par hasard – pour servir un objectif politique qui cherche à obtenir sa restitution aux Etats-Unis.

Deux poids, deux mesures : l’expérience de la prison de Belmarsh selon le gouverneur

Belmarsh est également la prison d’État de prédilection de Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), personnalité d’extrême-droite controversée et fondateur de l’English Defence League. M. Robinson a été reconnu coupable d’outrage au tribunal pour avoir diffusé le procès d’un gang de trafiquants sexuels sur Facebook Live à l’extérieur du tribunal de Leeds en 2018, et fut par la suite condamné et enfermé comme « détenu civil » [catégorisation des détenus en fonction de leur statut et/ou nature d’infraction – NdT].

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Robinson est entré en prison portant un t-shirt « condamné pour journalisme »

Contrairement à Assange qui a été placé dans la population carcérale générale avant d’être placé dans une aile médicale, le placement spécial de Robinson semble appartenir à la catégorie des détenus à Belmarsh qui, en raison de leur profil public et médiatique, nécessite des dispositions particulières de gestion’ et a donc été isolé de tous les autres détenus. En conséquence, il est détenu dans l’unité de haute sécurité à l’intérieur de Belmarsh. Les détenus civils sont traités de la même manière que les détenus condamnés, à quelques exceptions près, l’une d’entre elles étant le droit de visite. Selon l’un de ses récents visiteurs, Ezra Levant, directeur du média canadien The Rebel Media, par qui Robinson était employé, ce cernier reçoit des visiteurs trois ou quatre fois par semaine. Levant a également déclaré que le directeur de la prison, Rob Davis OBE, visite Robinson tous les jours, notant que,

’…le gouverneur de la prison, le directeur comme nous l’appelons en Amérique du Nord, lui rend visite tous les jours, ne serait-ce qu’un instant, pour lui dire ’comment ça va’. J’ai trouvé cela très intéressant. Non seulement le directeur se met à la disposition de Tommy, mais il inspecte pour s’assurer que tout va bien. J’ai trouvé ça très intéressant et rassurant.’

Une autre visiteuse de The Rebel MediaJessica Swietoniowski, a rapporté que Robinson est autorisé à faire des appels téléphoniques illimités entre 9h et 11h chaque matin, déclarant :

’… de 9 h à 11 h, il peut sortir de sa cellule, donc sa cellule s’ouvre de 9 h du matin à 11 h, à 11 h [il] revient dans la cellule. Pendant ce temps, il peut faire de l’exercice et passer autant d’appels qu’il veut, ce qui est une bonne nouvelle.’

Il convient de noter ici que la capacité de Robinson d’avoir un accès sans entraves aux appels téléphoniques est probablement due au fait qu’il est un détenu civil. Cependant, cela montre le fossé qui sépare l’accès aux ressources d’un détenu à un autre, et le peu de ressources accordées à Assange en comparaison.

Swietoniowski a également déclaré que le gouverneur de Belmarsh avait ’ fait une exception pour moi ’ de rendre visite à Robinson lors d’une session de visite le vendredi 15 août au matin, et que le directeur de la prison travaillait avec ’nous’ (The Rebel Media) pour assurer que leurs visites à Belmarsh soient aussi ’positives que possible’. Ceci est expliqué dans les ’rapports de prison’ de The Rebel qui documentent leurs visites à Belmarsh.

Il convient également de noter que si le gouverneur a pris la décision de faire une exception pour un organe de presse qui a employé Robinson et qui peut toucher les partisans de Robinson – il y aura forcément des répercussions positives en termes de relations publiques pour Belmarsh, et par extension pour tous les fonctionnaires du gouvernement britannique impliqués dans le processus. Ils espèrent peut-être que les efforts de Belmarsh auront un écho favorable auprès des partisans de Robinson et contribueront à apaiser les menaces d’agitation que craint le gouvernement. De même, aux yeux de la base de soutien de droite de M. Robinson, le traitement globalement positif de M. Belmarsh à l’égard de M. Robinson pourrait avoir des répercussions positives sur le nouveau gouvernement conservateur et le cabinet dirigé par Boris Johnson, alors que le Parlement se dirige vers des élections générales. Il est raisonnable de considérer qu’il s’agit là d’un résultat prévisible du traitement publiquement favorable que le gouverneur a réservé à Robinson.

L’État, par l’intermédiaire de Belmarsh, tente-t-il de calmer les partisans d’un individu tout en refusant à un autre l’accès à la justice ? S’agit-il d’un programme fallacieux qui se déroule actuellement dans le cadre d’un système carcéral politisé ?

Le contraste frappant entre le traitement réservé par la prison à deux personnalités de premier plan, Robinson et Assange, est certainement évident. Bien que Robinson soit traité équitablement et légalement, Assange ne l’est pas.

 

John Pilger

@johnpilger

Visiting Julian in prison I glimpsed his barbaric treatment. Isolated, denied proper exercise, access to the library, a laptop, he cannot prepare his defence. He is even denied calls to his US lawyers. His UK lawyer wrote to the governor on 4 June. Silence. How lawless.

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Selon John Pilger, le directeur de la prison n’avait pas non plus répondu à la lettre envoyée par l’avocat d’Assange, Gareth Peirce, le 4 juin, à propos des restrictions imposées aux droits d’accès d’Assange.

Tout indique que l’État britannique, via la prison de Belmarsh, impose un régime de non-droit à Assange, qui se retrouve une fois de plus à se battre pour ses droits humains fondamentaux et le respect de la légalité en Grande-Bretagne.

[Deuxième partie – 3/10/2019]
Garder Assange en prison au nom des Néocons de Washington

La décision rendue le 13 septembre par la juge Vanessa Baraitser lors d’une ’audience technique’ devant le tribunal de première instance de Westminster signifie que, bien qu’Assange pouvait être libéré sur parole après avoir accompli la moitié de ce que les experts estiment être une peine disproportionnée de 50 semaines, il restera en prison pendant qu’il s’oppose à une extradition vers les États-Unis, un processus qui pourrait prendre de nombreuses années. Baraitser a justifié sa décision ainsi :

’j’ai de bonnes raisons de croire que si je vous libère, vous vous enfuirez à nouveau’

Elle a décrit son changement de statut comme suit :

’….de celui d’un détenu à celui d’une personne menacée d’extradition’

Selon la justice britannique, M. Assange fut initialement appréhendé et condamné à la prison parce qu’il avait ’violé la liberté surveillé’ en cherchant refuge et l’asile politique auprès de l’ambassade équatorienne de Londres. Malgré le fait que l’enquête initiale dans laquelle il était recherché pour interrogatoire par les autorités suédoises (et auquel il s’était conformé) avait été abandonnée, les tribunaux britanniques traitaient toujours Assange comme un criminel dangereux et le condamnaient comme tel. Les narratives contenues dans la déclaration de Baraitser, les injustices qui en découlent et les procédures entourant cette audience ont tous été soulignés et fermement condamnés. De plus, malgré le changement de statut d’Assange, il a jusqu’à présent été maintenu à Belmarsh.

Ces incohérences devraient soulever de sérieux doutes quant au fonctionnement objectif et conforme aux normes juridiques nationales et internationales du système judiciaire britannique.

Le « risque de fuite »

Le rapport d’inspection 2018 du gouvernement décrit Belmarsh comme suit :

« Probablement la prison la plus prestigieuse du Royaume-Uni, elle contenait un mélange extrêmement complexe d’hommes. Il y avait des jeunes adultes et des hommes à faible risque semblables à ceux détenus dans d’autres prisons locales, mais aussi plus de 100 condamnés à une peine d’une durée indéterminée et d’autres détenus pour les infractions les plus graves. »

Dans une récente interview, John Shipton, le père d’Assange, a expliqué qu’Assange était un détenu de catégorie ’B’. Cependant, comme on peut le voir, l’infraction de 2012 d’Assange en rapport à sa liberté surveillée fait partie des critères applicables aux détenus de catégorie C. Selon les données du Conseil de la détermination des peines, seule une minorité d’affaires aboutit à des peines privatives de liberté. Les critères de la catégorie C sont expliqués comme suit :

….vous avez pris la fuite, omis de vous rendre, violé la liberté sous caution, un couvre-feu de détention à domicile ou une libération avec permis temporaire au cours des trois dernières années…

Il est important de noter que ’omis de se rendre’ n’est pas la même chose que s’évader ou prendre la fuite. Si le récit de la fuite est utilisé pour maintenir Assange en détention provisoire c’est aussi un mécanisme juridique pratique pour le maintenir dans la catégorie A à Belmarsh.

Mais nous ne devons pas laisser le récit de Baraitser sur le risque de fuite nous faire croire que c’est ainsi que les choses sont censées fonctionner. Comme nous l’avons déjà souligné, chaque année plusieurs milliers de personnes au Royaume-Uni échappent à leur liberté surveillée – sans se retrouver à la prison de Belmarsh. Il existe une distinction claire entre ceux qui ne se rendent pas à un poste de police et les individus dangereux qui s’échappent d’une garde à vue. Le cadre de sécurité nationale du gouvernement pour les prisons définit les détenus de catégorie A comme suit :

’Un détenu de catégorie A est un détenu dont l’évasion serait très dangereuse pour le public, la police ou la sécurité de l’État, et pour qui l’évasion doit être rendue impossible.

…le potentiel d’évasion n’aura normalement pas d’incidence sur l’examen de la pertinence de la catégorie A, parce que la définition porte sur la dangerosité du détenu s’il s’est évadé et non sur la probabilité qu’il s’évade et, de toute façon, il est impossible de prévoir toutes les circonstances dans lesquelles une évasion peut survenir.’

Parce qu’il fut condamné en avril 2019 pour une infraction mineure, Assange ne pouvait être traité pendant très longtemps comme un détenu de catégorie A. Comment est-ce possible ? La décision du juge Baraitser d’ordonner la détention provisoire d’Assange ’en tant que personne menacée d’extradition’ avec le récit selon lequel ’il s’enfuirait’ ne devrait pas servir de prétexte pour le soumettre à une détention illimitée dans une prison de catégorie A, où il a été démontré que l’accès à la justice est refusé.

De délinquant mineur à criminel dangereux

Quelle que soit votre catégorie, une fois à Belmarsh, vous êtes soumis à de sévères restrictions. C’est un point qui a été soulevé à maintes reprises dans les rapports gouvernementaux. Suite à une inspection gouvernementale en 2013, le texte suivant a été rédigé :

’L’accent mis sur la sécurité dont HMP Belmarsh avait besoin pour son petit groupe de détenus à haut risque avait un impact disproportionné sur sa population plus générale….

…de nombreuses mesures de sécurité supplémentaires n’étaient nécessaires que pour un petit nombre de détenus sur la base de leur catégorie de sécurité, mais la sécurité pourrait devenir une explication fourre-tout des faiblesses et des insuffisances des résultats pour les détenus de catégorie inférieure…’.

En 2018, un rapport de la Chambre des communes sur la santé dans les prisons décrivait comme suit les effets des mesures sévères de sécurité à Belmarsh :

« La population est très hétérogène, allant des détenus de catégorie A aux détenus de catégorie D. Cependant, seuls les détenus à très haut risque sont susceptibles de rester longtemps, car les délinquants peuvent venir à Belmarsh avant d’être transférés dans d’autres prisons. Au moment de notre visite, Belmarsh comptait plusieurs détenus de catégorie D, en raison de problèmes de placement, qui sont gérés avec le même niveau de sécurité que les détenus de catégorie A. »

Le gouvernement reconnaît que les prisonniers qui se rendent à Belmarsh, peu importe leur crime ou leur catégorie, sont soumis à des restrictions de sécurité de catégorie A. Le gouvernement britannique qui poursuit Assange depuis près d’une décennie peut compter sur Belmarsh pour lui infliger une ’expérience de détention intense’ où les restrictions sécuritaires peuvent entraver l’accès à la justice et la capacité de se préparer à sa défense, tout en niant sa capacité à l’autodétermination.

Comment le gouvernement britannique peut-il s’en tirer en imposant la peine la plus sévère possible à quelqu’un qui a commis l’infraction la plus mineure mais qui a aussi embarrassé le gouvernement et ses alliés ? Comment le faire en plein jour tout en le faisant paraître légal ? La réponse est le camouflage : des centaines, des milliers d’hommes, qui ne représentent aucune menace pour le public, ont franchi les portes de la prison de Belmarsh et ont été soumis à de fortes restrictions de sécurité – où tous les prisonniers sont traités comme s’ils étaient de dangereux criminels. C’est devenu la norme, même si le gouvernement lui-même reconnaît que la sécurité est disproportionnée. En se débarrassant d’Assange, quoi de mieux que de le piéger dans un tel endroit, où les questions d’équité et de proportionnalité du traitement peuvent être justifiées comme conséquences des mesures de sécurité.

Plus tard, lorsque sa punition extrême pour avoir enfreint la liberté surveillé prendra fin, l’État britannique pourrait le garder jusqu’à ce qu’une occasion se présente de le rendre à l’allié le plus puissant de la Grande-Bretagne, où Assange croit qu’il perdra la vie à moins que les conditions difficiles auxquelles il est actuellement soumis ne le tuent pas avant.

L’emploi de Belmarsh comme bourreau d’Assange, tout en portant le masque de la bonne gouvernance, est très efficace. Dans une récente interview, Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de Wikileaks, a rapporté que les avocats représentant les prisonniers de catégorie A à Belmarsh ont affirmé que les conditions dans lesquelles Assange est détenu étaient plus sévères que celles des criminels violents qu’ils représentent.

C’est comme si le gouvernement britannique comptait sur les défaillances et la disproportionnalité de son institution la plus sévère pour devenir la norme et échapper à tout contrôle.

Le prisonnier exceptionnel : Assange enfermé à Belmarsh plus longtemps que le meurtrier moyen ?

En plus des directives gouvernementales, des inspections et des conclusions parlementaires, les statistiques démontrent également qu’Assange pourrait faire l’objet d’un traitement exceptionnel.

Les détenus ne relevant pas de la catégorie A sont généralement transférés de Belmarsh dans les mois qui suivent. Son rapport d’inspection de 2018 montre que sur 769 détenus (âgés de plus de 21 ans), 120 seulement étaient encore là après un an. De ce nombre, six seulement n’avaient pas été condamnés (en détention provisoire), tandis qu’aucun détenu non condamné n’y a passé plus de deux ans.

De même, le rapport d’inspection de 2015 montre que sur 808 hommes, seuls 112 (âgés de plus de 21 ans) y sont restés après un an, dont 8 seulement n’avaient pas été condamnés. Un seul prisonnier non condamné était encore détenu après 2 ans. Rien n’indique si les personnes non condamnées l’ont finalement été, une catégorie de détention préventive qui s’applique maintenant à Assange, en vertu des dispositions de la loi de 1989 sur l’extradition et de la loi de 1965 sur l’exécution des mandats d’arrêt.

Il apparaît clairement que Belmarsh n’est ni équipé ni adapté pour garder des détenus non classés dans la catégorie A pendant de longues périodes, en particulier ceux en détention préventive. Le rapport de 2018 souligne que même les criminels dangereux ne devraient pas être gardés à Belmarsh pendant de longues périodes (indiquées comme étant plus d’un an) :

Belmarsh n’a pas été mis en place pour gérer des détenus condamnés pour une longue période.’

La décision de Baraitser signifie qu’Assange ne sera pas libéré pendant qu’il son combat contre l’extradition vers les États-Unis, mais qu’il restera enfermé en tant que personne menacée d’extradition, jusqu’à ce qu’il gagne son procès ou soit extradé vers les États-Unis. Toutefois, l’équipe juridique d’Assange a fait remarquer que cette affaire pourrait durer de nombreuses années.

Cela signifie-t-il qu’Assange pourrait passer des années à languir dans une prison de catégorie A, un prisonnier non condamné qui ne présente aucun danger pour le public, alors que certains des criminels les plus dangereux et les plus violents du pays ne feront que passer ? Si Assange devait être maintenu à Belmarsh, ce serait probablement le cas. Lors d’une conférence de presse cette semaine, John Shipton a expliqué que la lutte de son fils contre l’extradition vers les États-Unis pourrait prendre jusqu’à cinq ans, si elle aboutit devant la Cour européenne des droits de l’homme.

L’isolement pour soins de santé : un récit trop commode

Bien qu’il soit déjà soumis à d’intenses restrictions qui violent ses droits humains fondamentaux, Assange est également soumis au dur régime d’isolement résultant de son incarcération en tant que patient hospitalisé dans l’unité de soins. Les unités de soins offrent un autre moyen d’isoler une personne – de la même manière que la sécurité peut être utilisée pour justifier le déni des droits des détenus. L’isolement dans les établissements pénitentiaires est largement reconnu comme un problème réel, comme le soulignent les instructions de l’administration pénitentiaire sur la foi et les soins pastoraux publiées par le gouvernement :

Un membre de l’équipe d’aumônerie doit rendre visite quotidiennement aux détenus dans le centre de soins. Non seulement il s’agit d’une exigence légale, mais elle reconnaît aussi que les détenus qui reçoivent des soins de santé peuvent souvent se sentir isolés ou déprimés. Ils sont normalement retirés de la routine de la vie carcérale et exclus de l’accès à de nombreuses activités.

Les unités de soins hospitaliers sont des environnements complexes et difficiles. Ils peuvent justifier l’isolement comme mesure préventive, par exemple en cas de maladie infectieuse. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Le rapport d’inspection Belmarsh de 2018 réalisé par le Conseil de surveillance indépendant souligne que les patients hospitalisés sont régulièrement laissés dans leur cellule en raison des nombreuses exigences liées à l’instabilité et à la fragilité des ’patients hospitalisés en santé mentale’, une situation aggravée par un manque de personnel :

Ce qui préoccupe le conseil d’administration, c’est le nombre élevé de patients hospitalisés en santé mentale, de patients « multi-unlock » [ traduction ? NdT] des patients sous surveillance constante. A titre d’exemple, chaque patient sous surveillance constante nécessite un membre du personnel dédié pour le surveiller. Les soins supplémentaires dont ces patients ont besoin affectent le régime de santé et d’autres secteurs de la prison lorsque le personnel doit être mobilisé pour leur apporter un soutien’.

Ainsi, l’isolement est présenté comme une routine dans le système de santé carcéral, expliquée par le manque de personnel, et comme une question de santé et de sécurité. La situation décrite ci-dessus n’est pas satisfaisante en soi, mais n’explique pas le niveau d’isolement que connaît Assange à l’intérieur de l’unité de santé de Belmarsh. Une visiteuse d’Assange, Felicity Ruby, a récemment rapporté qu’il semble y avoir un régime de séparation planifiée :

« Il explique qu’il est transporté à l’intérieur et à l’extérieur de sa cellule, où il est détenu pendant vingt-deux heures par jour dans le cadre de ce que l’on appelle des ’déplacements contrôlés’, ce qui signifie que la prison est fermée à clé et les couloirs sont évacués. »

[note du traducteur : voir compte-rendu de Felicity Ruby en français : https://www.les-crises.fr/assange-derriere-les-barreaux/ ]

Belmarsh tenterait sans doute de fournir un récit sur la sécurité ou la procédure pour justifier cela, mais l’isolement d’Assange a été constant et continu pendant une longue période de temps. En août, John Pilger a révélé qu’Assange n’était pas autorisé à fraterniser avec d’autres détenus pendant les périodes d’activités communes :

«  Ils semblent lui imposer un régime – qui doit être punitif – d’isolement. Il est dans l’aile de santé – ce qu’on appelle l’aile de santé – de la prison de Belmarsh, mais il est dans une seule cellule et il m’a dit : ’ Je vois des gens passer et j’aimerais bien leur parler, mais je ne peux pas ’. Les prisonniers de catégorie A, les meurtriers et les autres personnes qui ont commis des crimes graves sont autorisés à fraterniser. Julian n’a pas le droit de fraterniser. Il n’a même pas le droit de téléphoner à ses avocats américains… »

Plus récemment, dans une autre interview, John Shipton a expliqué qu’Assange est autorisé à assister à la messe catholique, sinon il ne verrait jamais d’autres détenus. Il est important de noter que la pratique de la religion est un droit humain ; ce n’est pas la même chose que la participation à des activités communes, et elle s’exerce sous contrôle.

Le traitement constant doit certainement indiquer qu’un régime a été imposé pour restreindre autant que possible l’interaction d’Assange avec les autres prisonniers, tandis que la seule concession au culte protège les autorités d’une nouvelle controverse publique. C’est là que les processus administratifs de Belmarsh assurent une fonction indirecte de relations publiques.

Assange n’est pas un prisonnier condamné qui purge une peine, mais un prisonnier non condamné qui est innocent.

N’étant plus un prisonnier, les droits et ’privilèges’ d’Assange ont changé. En tant que personne menacée d’extradition, il aurait droit aux conditions énoncées dans l’ordonnance no 4600 de l’Administration pénitentiaire. Voici quelques-uns des droits particuliers accordés aux détenus non condamnés :

  • Avoir accès à ses frais à des livres, journaux, matériel d’écriture et autres moyens d’occupation.
  • Avoir des objets pour des activités et passe-temps dans sa cellule remis par des parents ou des amis ou achetés.
  • Exercer des activités commerciales
  • Porter ses propres vêtements, sauf s’ils soint jugés inappropriés ou inadaptés.
  • Être suivi par son propre médecin ou dentiste agréé, à ses propres frais.
  • Recevoir autant de visites qu’il le souhaite, dans des limites raisonnables. Les détenus non condamnés ont le droit de recevoir autant de visites qu’ils le souhaitent (la politique de l’administration pénitentiaire exige au minimum que les établissements leur accordent trois heures de visite par semaine).

L’association caritative Prisoners’ Advice Service souligne également que les détenus non condamnés ont le droit de dépenser plus d’argent par semaine.

Il apparaît que, très souvent, les détenus en détention provisoire ne reçoivent pas les choses auxquelles ils ont droit, pour diverses raisons. Il est raisonnable de s’attendre à ce que des restrictions soient imposées à Assange et qu’il faudra une pression publique pour les faire tomber. Toutefois, il convient également de rappeler que Belmarsh a fait tout ce qui était en son pouvoir pour accommoder certains prisonniers très en vue et qu’il a démontré publiquement qu’il pouvait s’assurer que les droits et les droits des prisonniers soient respectés. En quittant Belmarsh le vendredi 13 septembre, le jour où Assange s’est vu refuser sa sortie de prison, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), fondateur de la English Defence League, est sorti de la prison de Belmarsh en disant qu’il n’avait rien de ’négatif’ à dire sur le gouverneur. (…) Dans chaque article publié, M. Robinson aurait félicité le gouverneur pour son soutien, notamment en veillant à ce qu’il reçoive plusieurs visites sociales par semaine, ce qui était permis, puisqu’il était un détenu civil condamné.

Maintenant qu’Assange est un prisonnier non condamné, toute personne raisonnable s’attendrait à ce que l’administration pénitentiaire l’aide à obtenir son plein droit de visite, l’accès sans entrave à la justice et tous les autres droits auxquels il a droit en vertu de son ’statut spécial de prisonnier’ d’homme innocent détenu à Belmarsh.

Belmarsh : un hommage symbolique à l’empire américain

Alors pourquoi Julian Assange est-il toujours à la prison de Belmarsh, détenu dans les circonstances les plus oppressantes, isolé et privé des droits fondamentaux d’accès à la justice ? C’est un prisonnier non condamné, il ne représente aucune menace pour la sécurité publique, et son « passé d’évasion » consiste uniquement à avoir demandé et obtenu l’asile politique par crainte d’être persécuté par le gouvernement américain qui le poursuit pour des accusations spécieuses d’espionnage. Compte tenu de tout cela, il est difficile de voir comment un journaliste ou un politicien honnête peut défendre ce que les gouvernements britannique et américain font subir à Assange.

La façon dont le gouvernement britannique a poursuivi Assange fut audacieuse et ostentatoire. Nous avons été témoins de l’exhibition embarrassante de bataillons de policiers métropolitains en uniforme, debout devant l’ambassade de l’Équateur pendant des années, gaspillant des fonds publics indicibles. Et tout cela pour quelqu’un qui n’a jamais été accusé d’un crime, mais dont le travail journalistique a embarrassé les États-Unis.

Les propres normes du gouvernement montrent qu’Assange est traité de manière disproportionnée et qu’il ne peut rester à Belmarsh. Il est possible qu’il puisse être transféré dans une prison de catégorie inférieure, ce qui serait certainement bénéfique à condition qu’il ait pleinement accès à ses avocats et qu’il ait tous les droits des détenus : mais ce serait toujours une détention arbitraire.

Son incarcération à Belmarsh n’est devenue rien de plus qu’un ’show’ ostentatoire destiné à renforcer le récit que ce journaliste primé est en quelque sorte une menace pour le public et à impressionner les néoconservateurs de Washington.

Nina CROSS

1ère partie : https://21stcenturywire.com/2019/08/28/julian-assange-deprivation-of-j…

2ème partie : https://21stcenturywire.com/2019/10/03/britains-unconvicted-prisoner-k…

Traduction « ah, la scène de la Reine dans Alice au Pays des Merveilles… » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/julian-assange-privation-de-justice-et-double-standard-a-la-prison-de-belmarsh-21st-century-wire.html

[Scandale absolu] Destruction de la Sécurité sociale française : encore un crime antisocial voté contre des millions de Français, la nuit, par une poignée de traîtres hors contrôle. Nous n’avons pas de constitution, pas de RIC, pour nous protéger contre les félonies des « élus ».

Les seuls articles de Romaric Godin justifiraient que vous vous abonniez à Mediapart.

Le scandale que Romaric Godin décrit ici est la ruine volontaire de notre sécurité sociale par nos prétendus « représentants » qui « affament l’État » (« starve the beast« ) pour préparer l’opinion à la privatisation des assurances sociales :

Sécurité sociale: l’Assemblée vote le déficit pour compenser la politique néolibérale

24 octobre 2019, par Romaric Godin et Manuel Jardinaud, sur Mediapart

https://www.mediapart.fr/journal/france/241019/securite-sociale-l-assemblee-vote-le-deficit-pour-compenser-la-politique-neoliberale

En première lecture, l’Assemblée nationale a acté que l’État ne compensera pas dans le budget de la Sécurité sociale les exonérations et les transferts de cotisations qui lui servent à mener sa politique de baisse d’impôts. Un précédent d’ampleur auquel les oppositions et une poignée de députés LREM ont tenté, en vain, de s’opposer.

L’analyse est sans appel. Il s’agit d’un « changement radical de philosophie ». Un peu avant minuit, dans la nuit du 22 au 23 octobre, Valérie Rabault, à la tête du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, ne décolère pas. Les députés débattent de l’article 3 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Cet article, pourtant rejeté en commission avec l’apport de voix LREM, prévoit que, désormais, l’État ne compensera pas les baisses de cotisations.

C’est donc une rupture historique du pacte social français. Depuis 1994, en vertu de la loi Veil, les compensations étaient la règle. Pour une raison évidente : la Sécurité sociale, depuis sa création en 1945, est en théorie gérée par ceux qui payent les cotisations sociales : les employeurs et les salariés.

Agnès Buzyn, ministre de la santé. © ReutersAgnès Buzyn, ministre de la santé. © Reuters

 
D’ailleurs, en commission des affaires sociales, c’est une députée LREM, Delphine Bagarry, qui avait fait un petit cours d’histoire à ses collègues de groupe fort peu loquaces ce jour-là alors que la discussion portait sur la possibilité d’amender ce fameux article 3 : « En adoptant ces amendements, nous témoignerions de notre attachement au principe de la gestion paritaire de la Sécurité sociale, tel qu’il a été pensé par le Conseil national de la Résistance. »

Si l’État décide de réduire ces cotisations sans l’accord unanime des partenaires sociaux, alors il lui revient de ne pas faire payer sa décision à la Sécurité sociale et de compenser les pertes de recettes.

Dans l’hémicycle, malgré la demande insistante de l’opposition de décaler le débat au lendemain, en vertu du nouveau règlement de l’Assemblée qui incite à éviter tout débat au-delà de minuit, l’amendement est finalement discuté et rejeté au milieu de la nuit par 93 voix contre 51, plus une abstention. L’article 3 est ensuite voté dans son ensemble avant la suspension de séance à 1 h 05.

Malgré l’heure tardive, l’ensemble de la gauche a tenté de faire basculer le vote sur l’amendement, tout comme les élus LR, UDI et Libertés et territoires, mais aussi huit députés LREM. Fait notable : mis en difficulté tout au long de la discussion, le rapporteur général LREM Olivier Véran n’a pas pris part au vote… Il avait expliqué être attaché à cette autonomie des comptes sociaux mais refusé de soutenir l’amendement en raison de « l’imbroglio juridique » auquel il conduirait en mettant le PLFSS en contradiction avec le projet de loi de finance (PLF).

Une frange non négligeable de la représentation nationale, dont certains au sein de la majorité, a tenté de sauver une certaine conception du modèle social français. En vain.

Car l’époque semble révolue où quelques grands principes politiques prennent le pas sur des mesures techniques. Du moins à ce niveau. Car, en réalité, la loi Veil était déjà contournée. En 2019, il manquait deux milliards d’euros de compensations par des artifices comptables. Cette fois, l’attaque est frontale et plus large.

Elle touche le principe même. Pour le budget 2020, cet article 3 va conduire à creuser le déficit de la Sécurité sociale de 5,2 milliards d’euros. Les « mesures gilets jaunes », celles annoncées par Emmanuel Macron le 10 décembre dernier, seront ainsi prises en charge par le budget de la Sécurité sociale sans compensations.

Ce sera le cas non seulement des exonérations des heures supplémentaires (1,9 milliard d’euros de manque à gagner), de l’exonération de la prime exceptionnelle plafonnée à 1 000 euros (1,2 milliard d’euros), de la suppression du forfait social des versements de l’intéressement et de la participation prévu dans la loi Pacte (600 millions d’euros), mais aussi de la baisse de la CSG pour les retraites modestes (1,5 milliard d’euros).

Ce manque à gagner, qui fait replonger la Sécurité sociale dans le déficit, aura des conséquences plus larges. Car comme le fait remarquer dans une note récente l’économiste Henri Sterdyniak, le déficit de la Sécurité sociale et celui de l’État ont une différence notable. Le second vient augmenter une dette qui peut être « roulée », autrement dit son capital n’est jamais remboursé, elle n’est pas « amortie » : on s’endette pour rembourser et ne sont effectivement payés que les intérêts. La dette de la « Sécu », en revanche, doit être amortie. Non par nécessité, du reste, mais par décision politique.

Alors que les taux sont négatifs et que toute dette nouvelle est, jusqu’à son renouvellement, indolore pour les finances publiques (il n’y a pas de nouvelles dépenses d’intérêts), la Sécurité sociale, elle, doit réduire sa dette à marche forcée.

Cette action d’amortissement est réalisée par la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) qui, en 2019, a remboursé 15,7 milliards d’euros en ponctionnant d’autant les recettes de la Sécurité sociale.

Henri Sterdyniak considère donc que l’État fait porter à la Sécurité sociale le seul effort de désendettement public et que, de facto, sans cet effort imposé, la Sécurité sociale afficherait en 2019 un excédent de 11,7 milliards d’euros !

Or, en lui faisant, de surcroît, porter l’effort de financer ses politiques économiques de baisses d’impôt, l’État renforce la pression future sur les comptes sociaux puisqu’il faudra amortir la dette contractée à cette occasion. On doit donc logiquement s’attendre à ce que la part des recettes consacrée au désendettement soit encore plus élevée. Et que, en conséquence, les moyens donnés aux besoins sociaux soient plus réduits.

L’article 3 du PLFSS ouvre donc la voie à un cercle vicieux qui sape les bases financières à long terme de la Sécurité sociale. On peut, du reste, imaginer que lorsque reviendra la question de la compétitivité – et elle reviendra nécessairement –, de nouvelles réductions de cotisation interviendront et réduiront encore la capacité d’action de la Sécurité sociale puisque ces baisses ne seront plus compensées.

« Un point de rupture »

Présent sur les bancs aux côtés d’Agnès Buzyn, la ministre de la santé qui a clamé son attachement à ce que « les budgets de l’État et de la Sécurité sociale, ainsi que les lois qui les concernent, soient séparés », Gérald Darmanin ne s’est pas caché d’envisager de pérenniser un tel arrangement. Malgré ce que le député LR Jean-Pierre Door a appelé « une affaire triste et dramatique » et l’Insoumis Adrien Quatennens « un point de rupture ».

Le ministre du budget Gérald Darmanin, visé par les plaintes de deux femmes. © ReutersLe ministre du budget Gérald Darmanin, visé par les plaintes de deux femmes. © Reuters

 
Le ministre des comptes publics a reconnu en creux que le débat n’était pas clos et que ce non-respect de la loi Veil pourrait ne pas rester exceptionnel : « Nous aurons l’occasion de reparler de cette répartition entre l’État et la Sécurité sociale après l’examen du projet de loi sur les retraites et après le Brexit, après y avoir consacré un peu plus de temps, de travail et de réflexion, et d’une manière peut-être un peu plus dépassionnée. »

Quelques minutes plus tôt, fort de son expérience de participer à la discussion de son 26e PLFSS, Charles de Courson avait prévenu : Tout cela est donc de très mauvaise politique. Dès lors que l’on renonce à l’application de la loi de 1994, tout est permis. »

Car, comme toujours, les réformes du gouvernement Philippe ont une portée plus large et à plus long terme qu’on ne le pense ordinairement. Ici, le but de ces manœuvres est clair : il s’agit de faire porter aux comptes sociaux le poids de l’ajustement budgétaire. La Sécurité sociale devient alors une immense caisse de défaisance des politiques économiques néolibérales du gouvernement : elle doit assurer un désendettement rendu difficile par le refus de s’attaquer sérieusement aux niches fiscales pour les entreprises et par les baisses d’impôts massives.

Mais c’est aussi une lessiveuse à justification des « réformes douloureuses, mais nécessaires ». Car l’article 3 et l’amortissement de la dette étant une machine à créer des déficits, il faudra bien continuer à rationner les moyens de l’assurance-maladie (qui, en 2020, et malgré la crise de l’hôpital, devra effectuer 4,2 milliards d’euros d’économies après les 4 milliards de 2019) et réduire les versements de pension.

Cela tombe fort bien puisque le gouvernement prévoit précisément une réforme des retraites majeure. Et la seule chose que l’on sait de cette réforme, c’est qu’elle devra permettre une gestion par les coûts de l’assurance-vieillesse grâce à un système à « cotisations définies » qui assurera une stabilité des dépenses de retraites à un niveau stable de 14 % du PIB. Autrement dit, au niveau d’une croissance économique qui demeure anémique.

On pourrait cependant répondre qu’une fois la dette amortie, ce qui est prévue en 2025, la Sécurité sociale bénéficiera de moyens nouveaux pour mener ses politiques sociales. Mais c’est doublement un leurre. D’abord parce que, puisqu’on organise la pénurie et les déficits, il n’est pas certain que l’amortissement soit terminé à temps. Le gouvernement n’a cessé de repousser ce terme depuis deux ans.

Ensuite, parce que, une fois largement en excédent, la Sécurité sociale sera utilisée comme « caisse de compensation » du déficit de l’État. Concrètement, on utilisera ses excédents pour améliorer le solde des administrations au sens de Maastricht et pouvoir continuer à baisser les impôts sur le capital et les entreprises, mais aussi sur les plus fortunés. Le « pacte productif » de Bruno Le Maire promet ainsi de nouvelles baisses d’impôt sur la production. Ces baisses seront financées par la Sécurité sociale.

Enfin, l’État pourrait utiliser ce déficit nouveau non pour améliorer les prestations, mais pour, encore une fois, réduire les cotisations et le coût du travail sans le compenser. Quoi qu’il en soit, il paraît évident que désormais la Sécurité sociale n’est plus autonome, mais est placée au service des choix économiques du gouvernement.

Avec cet article 3, le gouvernement donne donc un nouveau coup de poignard dans le dos de l’État social français. Ce qui est attaqué directement, c’est l’idée d’un système autonome paritaire permettant de trouver un équilibre entre les intérêts du capital et ceux du travail pour assurer la redistribution sociale.

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Certes, ce n’est pas nouveau, mais l’ampleur de l’offensive et son caractère désormais ouvert est évident. En menaçant ainsi de rayer pour l’avenir la loi Veil de 1994, le gouvernement brise avec une tradition française : celle de chercher à trouver des compensations a minima aux réformes néolibérales dans la sphère sociale. Désormais, la logique est inversée : la sphère sociale est pillée et ce pillage même vient justifier les réformes.

La mainmise de l’État sur les structures paritaires se fait donc au détriment des politiques sociales. C’est précisément l’action de l’idéologie néolibérale : placer l’État au service exclusif du capital. Pour baisser la pression fiscale, on réduit les politiques sociales. C’est là une politique qu’Emmanuel Macron mène avec une ardeur qui n’a jamais été démentie.

Il le prouve encore avec la réforme de l’assurance-chômage où la suppression des cotisations salariales conduit naturellement à une cogestion État-patronat, avec l’État reprenant la main pour réaliser une réforme extrêmement violente contre les assurés. C’est que l’assurance-chômage n’est plus une assurance. C’est une prestation sociale laissée à la discrétion d’un État. Avec cet article 3 du PLFSS, il en va de même désormais de la Sécurité sociale.

Au cours du débat à l’Assemblée, Adrien Quatennens avait résumé, à l’adresse du banc du gouvernement et de la majorité : « La méthode que vous employez est bien connue. Des chercheurs anglais l’ont théorisée : il s’agit de créer les conditions d’un trou financier, pour ensuite le déplorer afin de justifier d’autres politiques. » Avec le PLFSS 2020, la méthode est bien en marche.

Romaric Godin et Manuel Jardinaud

Source : Mediapart.

 
Mon commentaire : si nous avions une vraie constitution, et donc un RIC digne de ce nom (en toutes matières et écrit par nous-mêmes), nous pourrions empêcher nous-mêmes nos bourreaux élus de nous martyriser : de notre propre initiative, nous abrogerions les lois scélérates et nous révoquerions les traîtres qui les ont votées ; par RIC nous sortirions aussi du carcan unioneuropéen qui permet aux grands marchands de rançonner les sociétés et d’imposer aux populations les pires régressions sociales.

Nous ne sortirons pas de cette prison juridique et économique sans devenir constituants, c’est-à-dire des adultes politiques.

Étienne.

#starvethebeast

Il faut sortir de l’Union européenne, vite ! #frexit


Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF, avouait en 2007, dans la revue Challenges, cette révoltante trahison (évidemment jamais annoncée dans les programmes électoraux) :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes « réformes » par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux.

La liste des « réformes » ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Source : Challenges, 4 octobre 2007, « Adieu, 1945, raccrochons notre pays au monde »

Rendez-vous à Hayange jeudi 24 octobre, pour parler du RIC et de ce que les citoyens pourraient en faire avec des patrons de PME

Inscriptions à cette adresse :
contact@cac140.com

Vidéos autour des rencontres des 27 et 28 sept 2019 (Anglet et Garein)

Voici quelques traces de nos deux rencontres du week-end dernier dans le sud-ouest 🙂

Entretien avec Etienne Chouard : Notre impuissance politique (1/3)
https://www.pressenza.com/fr/2019/10/entretien-avec-etienne-chouard-notre-impuissance-politique-1-3/

Texte repris en espagnol :
https://www.pressenza.com/es/2019/10/entrevista-con-etienne-chouard-nuestra-impotencia-politica-1-3/

Le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), correcteur Démocratique ? (2/3)
https://www.pressenza.com/fr/2019/10/entretien-avec-etienne-chouard-le-referendum-dinitiative-citoyenne-ric-correcteur-democratique-2-3/

Les Ateliers Constituants (3/3)
https://www.pressenza.com/fr/2019/10/entretien-avec-etienne-chouard-les-ateliers-constituants-3-3/

La conférence à Anglet, le 27 septembre :

Entretien avec Philippe Pascot :

Photos du 28 :
https://www.facebook.com/philipe.pascot/posts/10158982805742306

Rendez-vous à Garein (près de Mont-de-Marsan) samedi 28 septembre 2019, avec Philippe Pascot

L’événement Facebook de la rencontre :
https://www.facebook.com/events/416818562263618

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157480470327317

Rendez-vous à Anglet (entre Biarritz et Bayonne), vendredi 27 septembre 2019, avec Philippe Pascot

Le lieu de rendez-vous est au parc « Grenadine et Crayonnade », 1 chemin de Jorlis, 64600 Anglet

La trame des questions envisagées :

L’événement Facebook correspondant à la rencontre :
https://www.facebook.com/events/grenadine-et-crayonnade/d%C3%A9mocratie-horizontale-fantasme-ou-solution-/366940834254482/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157480439787317

Rendez-vous mardi 17 septembre 2019, avec les gilets jaunes à CANNES


https://www.nice-provence.info/2019/09/13/etienne-chouard-conference-cannes-ric-libres-monnaies-locale-et-nationale-souverainete-2/

Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157453020707317

VIOLENCES D’ÉTAT : rendez-vous le 6 sept 2019 à Paris pour en parler avec les Robes Noires et Gilets Jaunes

L’événement Facebook (pour s’inscrire) : https://www.facebook.com/events/475204716362844/

Le groupe « Robes Noires et Gilets Jaunes » : https://www.facebook.com/groups/979317812455821


Fil Facebook correspondant à ce billet :
https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157427645582317

[Courageusement] invité par Denis Robert sur Le Média TV mardi 21 mai 2019 : élections européennes, gilets jaunes, RIC et règles de la représentation

La semaine qui a précédé l’émission du 10 juin (celle dont 3 minutes ont été copieusement montées en épingle et déformées par les acteurs mainstream du système de domination parlementaire — acteurs qui me tapent dessus depuis dix ans et qui ont simplement profité d’une nouvelle maladresse pour redoubler leurs coups, tout ça pour éviter à tout prix de débattre loyalement sur le fond des sujets les plus importants), la semaine précédente, donc, Denis Robert m’avait gentiment – et courageusement – invité sur Le Média TV, le mardi 21 mai 2019, pour évoquer les gilets jaunes et les élections européennes. Voici l’émission complète (que j’avais oublié de vous signaler à l’époque) :

• Ma première intervention est à la min 1h26’45  : l’UE est un outil de dépossession politique absolue, qui nous conduit comme d’habitude à élire plutôt qu’à voter, mais en éloignant encore davantage (et pour toujours) les représentants des représentés ; les professionnels de la politique nous privent de toute possibilité de décider quoi que ce soit ; il faudrait distinguer les deux mots voter (= décider) et élire (= renoncer à voter = contraire de la démocratie = mise à l’écart du peuple depuis l’origine en 1789 avec Sieyes) ; notre vieux système de domination parlementaire national est encore renforcé (et gravement) en devenant international (européen) ; particularité remarquable — historique ! — des gilets jaunes qui deviennent constituants, qui écrivent eux-même le RIC qu’ils veulent ; ce n’est pas aux représentants d’écrire les règles de la représentation : c’est aux aux représentés, qui sont les seuls à être à la fois aptes et légitimes pour écrire la constitution…

• Et surtout, ma 2ème intervention à la minute 1h49’50 : j’interpelle face à face un député, Renaud Muselier, en déplorant que ces grands privilégiés détruisent une à une toutes les protections sociales sans souffrir eux-mêmes des plaies qu’ils infligent au corps social et en toute impunité (sans que leurs victimes, mal représentées, aient la moindre institution pour résister aux mauvais coups de leurs représentants).

Ce serait bien, peut-être, d’isoler ces deux passages dans une vidéo spéciale.

Fil Facebook correspondant à ce billet :

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10157412239722317&id=600922316&preview_rid=10157417597517317


[Édit : certains commentaires entretiennent un ressentiment (contre Denis) que j’estime être un contresens. Je recopie ci-dessous une explication que j’ai rédigée pour Sigolene mais qui devrait aider d’autres personnes à comprendre mon point de vue :

« Chère Sigolene,

Je dis des choses importantes dans cette vidéo (grâce au courage de Denis, qui a bravé l’interdit de me donner la parole malgré les menaces des antifa-natiques), et originales : ce n’est pas tous les matins qu’on est en face d’un élu qu’on peut interpeler, en direct, avec du temps et du calme. Je l’ai interpelé sur son salaire obscène, sur ses privilèges révoltants, sur sa scandaleuse impunité après avoir commis le crime antisocial de la désindexation des retraites, je lui ai signalé la mutation formidable – historique – des gilets jaunes en citoyens constituants (écrivant d’ores et déjà, un peu partout dans le pays, le RIC qu’ils veulent EUX et le salaire des élus qui devrait être égal au salaire médian des électeurs)…

Le spectacle public de cette interpellation (d’un représentant par un représenté, qui conteste jusqu’à sa légitimité), nous le devons au courage de Denis (et ce n’était qu’un début).

C’était AVANT le 10 juin et on voit bien la bienveillance de Denis. Arrêtez de lui coller une responsabilité qui n’est pas la sienne : ceux qui me tapent dessus (par derrière et à plusieurs, sans me permettre de me défendre : Libération, Les Inrocks, L’Obs et tous les complices du système de domination parlementaire) sont les vrais affreux (ça fait dix ans qu’ils me tapent dessus aussi malhonnêtement ; ils tapent simplement plus fort que jamais, toujours pour se dispenser d’un débat de fond loyal qu’ils craignent plus que tout, mais rien n’a changé sur le fond ; c’est une variation d’intensité), affeux qui ont exploité malhonnêtement MA maladresse.

Denis est un type bien.

Étienne. »]

[GILETS JAUNES – Passionnant et important] Comprendre la situation au Venezuela (et en Amérique Latine) avec Romain Migus

Chers amis,

Je vais vous parler d’un jeune homme épatant, enthousiasmant, important.

Il s’appelle Romain Migus et c’est un des meilleurs connaisseurs du Venezuela que je connaisse. Son blog est une source d’informations précieuse pour contredire et invalider les mensonges quotidiens de la presse française (toute entière vendue aux ultra-riches) sur le Venezuela.

Les analyses de Romain sont souvent reprises sur le site Le Grand Soir, que je considère comme un des cinq ou six meilleurs sites d’information en France (avec Les Crises, RT France, Le Saker francophone, Investig’Action et le CADTM, notamment).

Je vais regrouper dans ce billet quelques perles récentes de Romain. Vous allez voir comme c’est excitant et stimulant :


• D’abord, ce formidable entretien de Romain avec Blanca Eekhout, Ministre des Communes, sur l’organisation de la démocratie vénézuélienne — en comparaison (pour l’instant), la France peut rougir de honte pour sa nullité crasse en matière démocratique :

Interview de Blanca Eekhout, ministre des Communes de la République Bolivarienne du Venezuela

https://www.romainmigus.info/2019/06/la-democratie-participative-au.html

Depuis l’étranger, le Venezuela est souvent dépeint comme une dictature, où le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, règnerait de manière autoritaire et violente sans prendre en compte les aspirations populaires. Cette description se heurte pourtant à une réalité qu’il est impossible de nier : le chavisme et le président Maduro possèdent le soutien d’une partie non négligeable de la population vénézuélienne. La propagande du système médiatique [français] ne permet donc pas de répondre à la question : Pourquoi ?

Un des éléments de réponse est à chercher du coté de la démocratie directe et participative implantée au Venezuela depuis l’avènement d’Hugo Chávez au pouvoir. Cet aspect central de la Révolution Bolivarienne est systématiquement nié par le système médiatique. Les luttes du Peuple vénézuélien au sein du système de Conseils communaux et des Communes socialistes sont invisibilisés. Nous sommes donc allés interviewer Blanca Eekhout, ministre des Communes afin qu’elle explique au lecteur francophone l’originalité et la robustesse de la démocratie vénézuélienne. 

Blanca est une militante sociale de la première heure, elle a été la fondatrice de nombreux médias associatifs comme Catia Tv, et est devenu la première présidente de la chaine publique ViVe TV, puis de VTV. Élu députée en 2010, elle deviendra vice-présidente de l’Assemblée nationale de 2011 à 2015.  Cette jeune femme, qui a consacré sa vie à la lutte sociale et à l’approfondissement de la démocratie dans son pays, a occupé plusieurs postes de la haute fonction publique. Elle a été Ministre de la Communication et de l’Information (2009-2010), Ministre de la Femme et de l’Égalité des genres (2016-2018). Elle est aujourd’hui Ministre des Communes depuis septembre 2018.  

Le Ministère des Communes est situé dans le centre de Caracas dans un immeuble où furent relogés plusieurs vendeurs ambulants, il y a quelques années. Il apparaissait logique que ce ministère central déserte les quartiers administratifs traditionnels pour s’implanter aux côtés du Peuple. La ministre nous recevra dans son modeste bureau où trône côte à côte un portrait d’Hugo Chávez et de Josefa Camejo, une héroïne de la guerre d’indépendance du Venezuela : bon résumé iconographique du parcours politique de notre interlocutrice. 

Pendant que Blanca répondait avec fougue et passion à mes questions, je pensais aux revendications des Gilets jaunes français, exprimées à plusieurs milliers de kilomètres de Caracas. En cause ? Les thèmes évoqués par la ministre vénézuélienne : l’Assemblée Constituante et la mobilisation populaire pour écrire la nouvelle Charte suprême, les modalités du référendum révocatoire pour tous les élus, la force des conseils communaux et des communes —où toutes les décisions sont prises lors d’Assemblées générales—, la nécessité d’inventer de nouvelles formes de propriété pour développer le pays. Les paroles de Blanca Eekhout fusent comme une rafale de AK47, chaque balle est un concept qui fait écho aux préoccupations politiques exprimées sur les ronds-points de France. 

L’autre son de cloche que vous pouvez lire ci-dessous témoigne de l’extraordinaire vivacité démocratique du Venezuela, qui marque la colonne vertébrale du projet politique de la Révolution bolivarienne. On comprend mieux alors la terrible violence politique et médiatique qui s’abat contre ce Peuple. La démocratie participative vénézuélienne doit être absolument balayée pour enrayer le risque de voir fleurir 1, 2, 3 Blanca. Pour que ce modèle ne donne pas d’idées à d’autres et ne menace pas le système politique encore dominant… pour l’instant.  


Avec Blanca Eeckout, Caracas 2019. 

Romain Migus Quelles sont les racines de la démocratie participative au Venezuela ? Comment s’est construit le modèle démocratique de la Révolution Bolivarienne ?  

Blanca Eekhout : Il faut commencer par le début de notre mouvement politique, ou en tout cas par la prise de pouvoir par le Commandant Chávez. Sa première action du gouvernement fut de convoquer un processus national constituant. Hugo Chávez a appelé le Peuple à refonder notre République. Avant cela, tout notre cadre juridique était déterminé par le pouvoir en place, par les oligarchies mais aussi par la dépendance historique héritée de notre histoire coloniale. Donc, refonder notre République a impliqué de changer de charte suprême, mais le plus important était de savoir qui allait participer à ce débat. La première action a donc consisté à convoquer un référendum pour mettre en place ce processus constituant. Ce fait politique extraordinaire avait pour racine historique le Congrès d’Angostura, réalisé sous l’égide de notre Libérateur Simon Bolivar, en 1819 (1). Bolivar donnera un discours historique lors de ce congrès et rappellera notamment : « Heureux le citoyen qui invoque et convoque son peuple, consulte la volonté du souverain ». C’est pour cette raison qu’au Venezuela, à partir de 1999, une fois que la nouvelle constitution est approuvée, notre démocratie est devenue participative et « protagonique ».

R.M : Excuse-moi de t’interrompre, mais pourrais-tu expliquer à nos lecteurs comment se sont organisés les comités constituants ? Comment s’est déroulé le débat au sein de la population pour nourrir de projets cette Assemblée Nationale Constituante ?

B.E : D’abord, il y a eu une élection nationale pour choisir nos représentants : il y avait des indigènes, des travailleurs et travailleuses, les femmes en tant que mouvement, les pêcheurs, les paysans, toutes les forces sociales, ceux qui étaient invisibles, ceux qui n’avaient jamais été consultés sur le destin de leur patrie ni sur les lois qui régissaient leur vie. Mais la véritable consultation a été réalisée lors d’assemblées de rue. On a créé différents mécanismes par lesquels on systématisait les propositions ; des camions recueillaient les propositions à travers tout le territoire national. Les mouvements initiaux, ceux du mouvement ouvrier, paysan, participaient par des lettres de propositions et de requêtes historiques.

Ce fut une consultation nationale très, très large et complète car le modèle duquel nous voulions sortir avait eu comme objectif l’application des mesures néolibérales dictées par le FMI et la Banque Mondiale. Ceci avait provoqué une réponse forte de la part du peuple qui était descendu dans la rue en 1989. Cet événement, que nous appelons le Caracazo avait été réprimé de façon très violente. Toutes les demandes qui s’étaient exprimées en réaction contre le modèle néolibéral ont fini par se trouver recueillies dans le processus constituant, en tant que demande de la République, pour garantir le droit à la Sécurité Sociale, la réaffirmation de notre droit à l’éducation gratuite, à la santé gratuite, à la redistribution des revenus, à la reconnaissance des droits indigènes, etc.

Au début, nous avions une révolte nationale mais nous n’avions pas encore un développement des mouvements sociaux suffisamment organisé. C’est la convocation du président à une Assemblée Nationale Constituante qui fait que nombre de ces mouvements se regroupent comme force nationale. On reconnaît alors, par exemple, la communication comme un droit de l’homme ; pour la première fois, les médias alternatifs commencent à occuper l’espace hertzien alors que dans le vieux modèle précédent, ceux-ci étaient considérés comme illégaux, pirates, et étaient sanctionnés. Nous avons mis en marche un processus de révision de la question pétrolière, ainsi que de la question agraire pour face à toutes ces pratiques terribles de saccage de la terre par les grands propriétaires ; c’est pour cela que le mouvement paysan avance à partir du processus constituant. Ce processus a été une impulsion pour que se développent, se consolident et se renforcent les différents mouvements sociaux dans notre pays.


« Nous sommes un Peuple constituant et souverain » 

R.M : On peut dire que le processus constituant marque le départ d’une nouvelle démocratie. En quoi est-elle différente de la démocratie représentative dans laquelle vit la majorité des peuples du monde ?

B.E : En premier lieu, nous, nous avons innové en ce qui concerne l’exercice permanent du pouvoir et de la non-délégation de la volonté. C’est-à-dire que pour le peuple vénézuélien, notre souveraineté réside dans le peuple, elle ne peut pas être déléguée. C’est pour cela que nous dépassons le modèle de la démocratie représentative dans lequel tous les cinq ou six ans, selon les élections, le peuple finit par déléguer à un autre son droit de souveraineté. Dans le cas du Venezuela, il ne peut pas être délégué même si nous réaffirmons l’élection directe et universelle. Nous avons d’ailleurs, au Venezuela, battu des records, car nous avons eu 25 processus électoraux. Nous avons inclus lors de notre Constituante, la possibilité pour les citoyens d’organiser des référendum révocatoire à mi-mandat pour tous les élus. Nous avons été le premier pays à faire un référendum révocatoire pour le président de la République. Nous avons organisé un référendum révocatoire au président Chavez ; et il a été confirmé dans ses fonctions.

Mais, au Venezuela, je disais que l’exercice de la démocratie et de la participation n’est pas délimité par des élections au terme d’un quinquennat ou sextennat. D’abord, nous élargissons les pouvoirs. Des trois pouvoirs traditionnels en démocratie (exécutif, législatif et judiciaire), nous en avons rajouté deux : le pouvoir électoral et le pouvoir moral. Le pouvoir électoral est devenu un pouvoir avec suffisamment de force et d’autonomie pour garantir des élections libres, directes, transparentes, totalement automatisées(2). Quant au pouvoir moral, il traite tout ce qui a à voir avec la défense du peuple (3), la fiscalité ; il est devenu un pouvoir important à l’intérieur de la République.

En plus de cela, nous avons établi quelque chose de plus important et de nouveau, c’est le renforcement du pouvoir populaire. Le pouvoir populaire, c’est l’exercice permanent de l’autogouvernement sur le territoire. Nous avons approuvé des lois pour organiser ce pouvoir populaire, et qui déterminent l’organisation, le développement économique de tout ce qui est ce modèle de transfert d’attributions politiques, de gestions de ressources économiques. C’est ce qui nous donne aujourd’hui une force dans le pays.

R.M : Avant de s’attaquer à l’expérience des communes, on va déjà parler des conseils communaux. La première loi de Conseil communal a été votée en 2006  et, je crois qu’il y a eu de nombreuses modifications pour l’adapter peu à peu à la réalité concrète. Ceci démontre  aussi que le Venezuela est en train d’inventer un nouveau système et qu’au début en tout cas, il a tâtonné. On va poser une question basique, mais essentiel pour nos lecteurs qui ne savent rien ou presque du modèle de démocratie vénézuélienne : qu’est-ce qu’un conseil communal ? En quoi consiste-t-il ?

B.E : La loi des Conseils Communaux garantit l’exercice, à tous les niveaux territoriaux de nos communautés de voisinage, à tous les citoyens d’un territoire, de se réunir en Assemblée citoyenne. Ils décident des processus d’actions au cours d’une prise de parole générale. Grâce à des élections directes, lors des assemblées territoriales, il est décidé par l’Assemblée générale de qui est à la tête des projets, des comités, et de la mise en marche des politiques publiques sur le territoire. Nous avons également une loi pour organiser l’économie populaire, nous avons les lois qui régissent l’organisation des communes, ainsi que des lois de communication qui relèvent également du pouvoir populaire.

R.M : Qui décide du rayon d’action du Conseil Communal ? Par qui va-t-il être composé ? Quelle est la relation avec l’Etat et les échelons administratifs de la démocratie représentative qui continuent d’exister ?

B.E : Au sein du Conseil communal, les gens décident, en Assemblée de l’espace territorial qui va délimiter l’action de leur conseil.  Les citoyens doivent être disposés à se regrouper volontairement en fonction de la délimitation géographique de leur territoire. Il y a des conseils communaux beaucoup plus petits, il y en a de plus grands ; s’ils se constituent dans les zones urbanisées, la population se concentre dans un immeuble, et cela peut dépendre de l’urbanisme. Dans les immeubles d’un même quartier, il peut y avoir deux ou même trois conseils communaux. L’assemblée de citoyens décide également de la capacité d’organisation. Pour nous, l’assemblée citoyenne est l’instance de délibération la plus importante ; c’est ce qu’il y a écrit dans l’article 20 de notre loi des Conseils Communaux (4). Elle est aussi l’organe de décision pour l’exercice du pouvoir des communautés de voisinage : la participation et le protagonisme populaire. Les décisions du conseil communal doivent s’appliquer de manière obligatoire. Le conseil communal est reconnu par toutes les autres autorités qu’elles soient municipales ou régionales. Les conseils communaux dans une communauté paysanne peuvent être constitués par un plus petit nombre de familles en raison de l’immensité de l’espace et de la faible concentration de population. Ainsi, les assemblées de citoyens établissent eux-mêmes la délimitation de leur espace territorial.

R.M : Comment les gens s’organisent-ils au sein du Conseil communal ? 

B.E : Dans le Conseil communal, il y a des comités de santé, d’éducation, de culture, d’alimentation, de communication populaire, il y a aussi un comité de d’équité et d’égalité entre les genres, et bien d’autres comités en fonction de la réalité de la vie sur le territoire du Conseil communal. Mais il y a également un comité qui se charge de la question de l’économie et un autre qui se charge de la sécurité. Par sécurité nous n’entendons pas seulement la sécurité inter-personnelle, mais aussi la sécurité et la défense intégrale de notre territoire qui est constamment menacé par une invasion étrangère.

R.M : Combien de conseils communaux y a-t-il sur tout le territoire vénézuélien ? 

B.E : En ce moment, il y en a 47.834. Cela représente l’équivalent de 14 millions de personnes.

R.M : Cet approfondissement de la démocratie directe et du pouvoir populaire vous a amené à reconsidérer le thème de la propriété (de la terre et des moyens de productions). Comment ces deux thèmes s’articulent-ils ? Pourquoi, aux cotés de la propriété privé ou publique avez-vous dû inclure la propriété sociale directe et indirecte ? Comment s’interconnectent l’économie populaire et le pouvoir populaire ?

B.E : Les unités de production familiale, nombre d’entre elles sont également discutées en assemblée citoyenne. Le développement d’une unité de production familiale, une Entreprise de Production Sociale, nombres de réalisations de ce type naissent dans le débat lors de l’assemblée de citoyens. En ce moment, nous sommes encore en train de travailler pour amplifier les types de propriété, non seulement les types d’organisation de propriété sociale mais aussi les types de propriété individuelle, familiale qui existent dans la commune et se mettent au service de la commune. Nous avons encore beaucoup à faire en ce qui concerne le développement d’un modèle économique communal, d’un circuit économique communal.

Les initiatives et les expériences de quelques communes sont extraordinaires, mais nous ne sommes pas encore parvenus à une articulation totale. Nous avons des systèmes de monnaie ou de banque communale qui existent, mais le développement est inégal. Il y a des communes qui ont réussi à dépasser les attentes même de ce que permettait la capacité productive et d’autres qui ne sont pas parvenues à s’articuler au niveau économique et continuent d’être des expériences isolées. Aujourd’hui, nous faisons un travail important pour systématiser la propriété sociale et collective. Nous nous inspirons aussi des conseils paysans qui ne fonctionnent pas tous selon la propriété sociale. Les paysans ont la propriété de leur terre, propriété individuelle ou familiale, et néanmoins, à partir d’expérience coopératives, ils finissent par se rassembler pour que s’ajoute toute la production d’une commune à un effort collectif bien que la propriété soit diversifiée. Les mécanismes et les types de propriété sont diversifiés sur le territoire communal et nous affrontons un défi énorme qui consiste à garantir que tout permette l’autogestion, l’autonomie alimentaire et le renforcement économique sur le territoire.

R.M : Venons-en à la Commune. Qu’appelez-vous une Commune au Venezuela ? Comment expliquerais-tu à une personne qui ignore tout de ce processus politique de premier ordre, ce qu’est une commune et comment fonctionne-t-elle ? Quelle est la relation de la Commune avec les Conseils communaux ?

B.E : Peut-être que la première chose serait de dire qu’il s’agit d’un regroupement de conseils communaux mais c’est beaucoup plus que cela. L’idée est que toutes les forces et les mouvements présents sur un territoire forment une commune.  En plus des Conseils communaux, on trouve dans la Commune les conseils de jeunesse, les conseils paysans, les Conseils de production des travailleurs ; tout ce qui fait la vie politique et économique d’un territoire vient former la commune.  Les différents comités qui forment un conseil communal ont ensuite un porte-parole, qui, dans la commune, participe aux instances d’autogouvernement. Un porte-parole de chaque conseil communal siège au parlement de la commune. L’idée est que cela constitue un système d’agrégation et détermine une nouvelle géométrie du pouvoir. L’objectif est qu’à un moment donné, ce modèle communal dépasse les structures héritées de notre vieil état, où le modèle administratif est basé sur la mairie, ou le gouvernement régional. Ces structures qui nous viennent de la colonisation sont très liées au vieux modèle de démocratie représentative. Elles ne relèvent pas du système permanent et direct d’autogouvernement du peuple sur un territoire qu’il a lui-même décidé. Aujourd’hui au Venezuela, il existe 3078 communes de ce type. Dans la commune et le conseil communal, l’assemblée de citoyens est l’instance supérieure, raison pour laquelle elle permet une démocratie permanente qui ne peut être déléguée. C’est une démocratie pleine, elle est participative, protagonique.

R.M : Quelle est la relation entre cet État communal qui prend forme et les structures traditionnelles de l’État vénézuélien ?

B.E : Les vieilles structures de l’État, les mairies, les conseils municipaux, les gouvernements régionaux, continuent d’avoir un rôle. Nous les avons maintenus, nous les avons rénovés, nous continuons d’organiser des élections — que le chavisme vient de gagner, d’ailleurs — mais nous croyons que, si le pouvoir réside dans le peuple, l’exercice de démocratie par ce souverain qu’est le peuple doit être permanent, et le développement de politiques publiques doit être également entre les mains du peuple. C’est pourquoi, pour nous, le pouvoir de la commune et du conseil communal constitue la base de ce que doit être le nouvel État, un État véritablement populaire, un État qui rompt avec la bureaucratie, avec l’héritage de ce modèle de fausse démocratie bourgeoise et représentative. Nous sommes dans un processus d’invention permanente avec des erreurs et des réussites mais nous essayons de construire un autre modèle. Nous ne pouvons être protagonistes de notre processus politique qu’en le faisant, qu’en nous rencontrant, qu’en débattant, qu’en le discutant dans le même temps où nous sommes un acteur protagonique de ce changement.


Assemblée générale pour élire l’autogouvernement de la Commune Simon Bolivar dans l’Etat rural d’Apure (photo: Carolina Cruz) 

R.M: Si le Conseil communal dépend en partie des instances administratives locales ou nationales pour financer ses projets, la Commune entend être véritablement autonome. Qu’en est-il de l’économie communale ?

B.E : La commune a son mode de fonctionnement propre mais elle intègre les initiatives de l’Etat central comme la création de comité pour la protection sociale ou le Carnet de la Patrie (5). Elle se charge aussi de nouvelles tâches. A cause de la guerre que nous subissons, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP) ont été créés et se chargent de la distribution directe de l’alimentation dans la Commune, maison par maison (5).

Il faut que la Commune soit autosuffisante dans le temps, et qu’elle ait les capacités de produire dans tous les secteurs : agricole, touristique et même dans l’industrie communale car nous avons développé, grâce à l’investissement de l’État, des processus industriels communaux qui garantissent tant l’approvisionnement au niveau de la commune que l’échange et l’apport au niveau national. Le développement économique de la commune est un élément fondamental pour qu’une commune soit une commune. Dans ces temps de guerre, la production est une impérieuse nécessité. Mais il y a aussi des processus différenciés : la capacité de production n’est pas la même dans une zone urbanisée que dans une communauté rurale.

R.M: Évidemment.

B.E : Néanmoins, dans les communes urbaines, nous avons des boulangeries communales, des potagers communaux, les gens commencent surtout à développer l’activité textile et nous avons obtenu, qu’à l’intérieur d’une commune urbaine, il existe des brigades de production auxquelles l’Etat a attribué des terres pour qu’ils produisent dans des zones rurales et rapportent les produits en zone urbaine.

R.M : Quel est le lien entre l’État, le Ministère des Communes, dont tu es la plus haute représentante, et les communes elles-mêmes ? C’est-à-dire entre cet État hérité mais également nécessaire pour appliquer une macro-politique, et les forces populaires organisées ?

B.E : Le Ministère des Communes promeut l’organisation de la Commune, il facilite les mécanismes pour qu’elle soit légale, pour qu’elle s’organise, pour que l’on forme les citoyens et citoyennes et qu’ils puissent se constituer en conseils communaux puis en commune. Ainsi, l’une des principales tâches est de promouvoir l’organisation du peuple pour qu’il parvienne à établir ses propres mécanismes d’autogouvernement. L’un des éléments également important, c’est la formation. D’une part, dans le processus de production et d’autre part dans la mise en marche des politiques sur le territoire, des politiques publiques qui se font au niveau de la commune. Nous soutenons de fait tous les leaderships naissants pour que se constituent des Communes.

Mais, il y a un autre élément qui représente une tâche importante pour nous en tant que ministère. Il nous faut permettre l’articulation nationale de toutes les communes. Le commandant Chávez disait qu’une commune isolée pouvait même être contre-révolutionnaire. La seule façon pour qu’elle soit révolutionnaire, profondément démocratique et transformatrice, c’est qu’il y ait un tissu social communal, qu’il y ait une véritable articulation entre toutes les communes. Nous favorisons l’organisation de Congrès et de rencontres entre les communes. Lors d’une récente rencontre nationale que nous avons organisé, a surgit l’idée de la création d’une Université des Communes. Ou plutôt devrais-je dire d’une Multiversité plutôt qu’Université. Tout ce travail de mise en relation dépend du Ministère. Celui-ci apporte, lorsque cela est nécessaire, des ressources pour le développement d’initiatives de production, des semences pour l’agriculture, des outils, des machines.

Mais l’organisation des communes ne peut relever exclusivement de la responsabilité du Ministère des Communes. Il existe un tel niveau de développement des forces communales qu’elles-mêmes sont et doivent être promotrices de la création d’autres communes, et organisatrices de ce grand mouvement communal national. Nous sommes donc dans une phase de transfert de pouvoir et d’attributions que détient le Ministère aux communes. Pour l’organisation du territoire, l’un des mécanismes est : « la commune sème d’autres communes ». Une commune pionnière, entreprenante qui s’est développée de façon importante économiquement, socialement et au niveau politique devient un facteur multiplicateur des communes à partir de son fonctionnement.


La ministre des Communes Blanca Eeckhout lors d’un échange avec les comuneros 

R.M : Quels sont vos prochains défis politiques ?

B.E : Nous pensons que l’exercice permanent de la démocratie est plus que jamais nécessaire. C’est pourquoi, il nous faut accélérer le transfert de nouvelles attributions au mouvement communal. Nous sommes actuellement dans une phase d’organisation d’élections pour garantir le renouvellement des leaderships, et le renforcement des assemblées citoyennes. Et nous organisons ceci dans un scénario complexe, à cause de toutes les menaces et les attaques contre notre pays, ainsi que la guerre économique qui s’abat contre le Venezuela.

R.M : Dernière question, quelle est l’importance du thème de la démocratie pour la  Révolution Bolivarienne au Venezuela ? 

B.E : La Révolution bolivarienne au Venezuela existe parce qu’il y a un peuple organisé qui exerce le pouvoir. Sans cela, nous n’aurions pas pu supporter les terribles attaques dont nous sommes victimes depuis vingt ans. On nous a appliqué toutes les doctrines de guerre pour transformer le Venezuela en un État voyou, failli, nous vivons sous la menace permanente de coups d’état et d’une intervention militaire. Dans ces circonstances, dans les moments les plus difficiles, la Révolution a toujours convoqué le peuple souverain, comme ce fut le cas encore lors du processus constituant que nous avons initié en 2017.

Cette année là, alors que nous affrontions depuis plusieurs semaines un épisode insurrectionnel qui pouvait provoquer une guerre civile dans le pays, le président Nicolas Maduro a décidé de consulter le peuple, et de convoquer de nouveau une Assemblée Constituante. Ce processus a été encore plus démocratique que celui que nous avons fait en 1999 car le processus d’élections a été territorial et par secteurs de la population. Nous avons choisi de façon directe nos propres porte-paroles pour les personnes âgées, pour les personnes présentant un handicap, pour les paysans, pour les pêcheurs, pour la jeunesse, pour les travailleurs, pour les communes, pour toutes les forces vives de notre pays. Il y a des représentants de tous les secteurs dans notre Assemblée Nationale Constituante.

Actuellement, il y a un débat sur tout, ouvert, acharné, mais ce qui était fondamental pour aller à cette Assemblée Nationale Constituante, ce fut de chercher la paix. Ce qui démontre que la démocratie apporte la paix, la vraie démocratie, celle qui ne réduit pas la volonté du peuple, qui n’est pas la démocratie représentative. La démocratie participative et protagonique est une garantie de paix et c’est la garantie d’une Patrie. Dans les moments les plus difficiles, notre président Nicolas Maduro, de même que le Commandant Chavez avant lui, a constamment appelé au dialogue, à la négociation, à écouter les autres, et il a assumé au sein de ce dialogue des engagements énormes, comme rénover tous les pouvoirs au beau milieu d’une guerre.

En 2017 et 2018, au milieu de la guerre économique (6), de la guerre terroriste, de la tentative de guerre civile (7), nous avons convoqué un processus constituant et nous avons gagné. La voix du peuple est la voix de Dieu, elle s’est manifestée et nous avons retrouvé la paix le lendemain de l’élection des députés constituants. Puis, nous avons convoqué des élections municipales et régionales et enfin une élection présidentielle, et nous avons gagné. Je crois que, difficilement, en plein état de siège, en situation de blocus, un gouvernement se soumet à autant d’élections comme nous l’avons fait. C’est la confiance du peuple, c’est l’exercice direct et réel de la volonté du peuple de vivre en démocratie et d’avoir la paix. Devant toutes les menaces de la barbarie fasciste, je ne crois pas qu’il existe d’autres façons de garantir notre révolution, si ce n’est par une démocratie totale. Parce que, ainsi, c’est le peuple entier qui est concerné et qui s’unit pour la défendre.

C’est cela un peuple en mouvement. Et pour être en mouvement, il doit être protagoniste de son destin. Il ne peut être un « invité de pierre ». C’est pourquoi, malgré les mensonges médiatiques, malgré le fait que des millions d’hommes et de femmes ont été rendu complètement invisibles, ils continuent de défendre cette révolution. Si nous résistons et que nous continuons d’avancer, c’est parce que le peuple est un véritable acteur politique, parce que cette démocratie est une vraie démocratie.


Extrait de notre rencontre avec Blanca Eekhout (en français)

Cette interview serait sûrement encore un fichier .mp3 dissimulé dans un des nombreux dossiers de mon ordinateur sans l’aide précieuse et admirable de Sylvie Carrasco qui nous a aidé à la transcrire et à la traduire. Qu’elle en soit mille fois remerciée.  

Notes ajoutées par nous :

(1)  Convoqué par Simon Bolivar le 15 février 1819 dans la ville d’Angostura (actuelle Ciudad Bolivar) au Venezuela, cette Assemblée constituante avait pour but d’organiser administrativement et législativement les territoires libérés de l’Empire espagnol ou en passe de l’être.

(2)  Pour connaître comment fonctionne le pouvoir électoral, et le système électoral vénézuélien, lire Romain Migus, «Tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela», Venezuela en Vivo, 09/01/2018, https://www.romainmigus.info/2019/01/tout-comprendre-sur-la-nouvelle.html

(3)  Le défenseur du Peuple est une figure équivalente au Défenseur des droits, en France.

(4)  « Ley Organica de los Consejos Comunales », publié au journal officiel nº39.335, 28/12/2009, disponible sur http://www.minci.gob.ve/wp-content/uploads/downloads/2012/11/LEY-CONSEJOS-COMUNALES-6-11-2012-WEB.pdf

(5)  Pour comprendre le système du Carnet de la Patrie ou des CLAP, lire Romain Migus, « Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat. Chroniques d’en bas nº4 », Venezuela en Vivo, 02/08/2018,

https://www.romainmigus.info/2018/08/entre-mesures-durgence-et-construction.html

(6)  Pour se rendre compte de la férocité de la guerre économique contre le Venezuela, lire Romain Migus, « Chronologie actualisée des sanctions économiques contre le Venezuela », Venezuela en Vivohttps://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

(7)  Lire Maurice Lemoine, Chronique d’une déstabilisation, Montreuil : éd. Le Temps des Cerises, 2019.

 

 

Source : https://www.romainmigus.info/2019/06/la-democratie-participative-au.html



• Ensuite, je vous signale ce tout récent entretien, passionnant et important, de Romain Migus avec Vincent Lapierre (lui aussi un connaisseur du Venezuela), exposé à écouter le crayon à la main pour mieux fixer les noms et les dates :

Comprendre la situation au Venezuela



• Ensuite, cet entretien de Romain avec l’excellent Michel Collon (Investig’Action) :

Qu’est-ce que les Gilets Jaunes en ont à foutre du Venezuela ?



GILETS JAUNES ET AMÉRIQUE LATINE

Romain Migus (sur sa page Facebook, le 24 mai 2019) : Le récit des Assemblées de voisinages dans l’argentine en crise (2001-2003). Vous pouvez remplacer Assemblées de Voisins par Ronds-points, les similitudes sont ahurissantes :

PEDRO BRIEGER – Les Assemblées de voisins, une expérience inédite dans la politique

L’émergence d’Assemblées formées à l’initiative de voisins autoconvoqués à la suite de l’insurrection des 19 et 20 décembre 2001 est l’un des phénomènes les plus intéressants et novateurs de la politique argentine contemporaine.

Le peuple argentin a trouvé là, sans la moindre convocation ni antécédents – à part quelques expériences isolées – une nouvelle forme d’organisation. Celle-ci ne correspond même pas à l’élaboration théorico-historique de pratiques similaires dans des processus révolutionnaires tels que la Commune de Paris de 1871, les Soviets de 1905 et 1917, les Comités de Défense de la Révolution (CDR) de Cuba ou les Comités de Défense Sandinistes (CDS) du Nicaragua.

Ce qui constitue la nouveauté de ce phénomène – en particulier si l’on tient compte des expériences du XXe siècle, c’est que les Assemblées ne sont dues à l’initiative d’aucun parti politique qui aurait conçu cette forme d’organisation démocratique des masses comme base d’une mobilisation ayant pour objectif la prise du pouvoir politique. La convocation à la formation d’Assemblées dans les divers quartiers est due à l’initiative personnelle d’individus, en leur qualité de voisins n’ayant eu jusqu’alors aucune activité politique.

Etant donné que la majorité des Assemblées ont surgi dans le périmètre de la Capitale Fédérale qui a le PIB1 le plus élevé du pays au centre duquel est concentrée la classe moyenne, on a eu tendance à analyser l’émergence des Assemblées comme une réaction des secteurs moyens à la confiscation de leurs épargnes effectuée par le ministre de l’économie Domingo Cavallo en décembre 2001. Nous estimons cependant que cette analyse est simplificatrice et ne tient aucun compte de la profonde transformation que l’Argentine a vécue dans les années 90 à la suite des réformes néolibérales conduites par le gouvernement de Carlos Menem qui ont provoqué l’appauvrissement d’amples secteurs de la classe moyenne. Comme le signale à juste titre Ana Maria Fernandez, dans un travail de recherche de l’Université de Buenos Aires, “ l’opinion des médias, des dirigeants politiques et des intellectuels de diverses tendances politiques et/ou idéologiques qui ont estimé dans un premier temps qu’il s’agissait d’une protestation de la classe moyenne pour récupérer son épargne, semblait un peu étroite pour rendre compte de ce phénomène ”.2

En outre, bien que jusqu’à la réélection de Menem en 1995, les réformes néolibérales aient suscité une certaine fascination, il est également vrai que les luttes sociales n’ont pas cessé et qu’elles constituent un préalable à l’insurrection qui a renversé le gouvernement de Fernando de La Rua le 20 décembre 2001.

Les années 90

l’Argentine fut, avec le Mexique et le Pérou, l’un des pays que les organismes financiers internationaux ont montré en exemple pour les réformes néolibérales qui furent entreprises dès la fin des années quatre-vingt en Amérique Latine.3

Peu de pays se sont vu imposer, comme ce fut le cas en Argentine, l’idée généralisée que tout ce qui était public était forcément « inefficace », qu’il fallait diminuer l’Etat, que pour que les entreprises de services fonctionnent, la seule solution était de les privatiser, que l’on réduirait ainsi les dépenses tout en éliminant la corruption. Réduire les dépenses publiques, ouvrir les marchés, flexibiliser et « moderniser » les marchés de l’emploi, briser le pouvoir des syndicats et réduire les dépenses sociales, voilà ce que répétaient inlassablement les médias parmi tant d’autres postulats. En dépit de quoi, au lieu d’atteindre le “ Premier Monde ” comme le promettait le président Menem, l’écart dans la distribution des richesses n’a fait que se creuser et la pauvreté de larges segments de la population s’est considérablement accrue.

Selon des données de l’Institut National de Statistiques et Recensements (INDEC) pour la Capitale Fédérale et le Grand Buenos Aires, où se trouve presque la moitié de la population, en 2002 les 10% les plus riches ont reçu 38,8% de la totalité des revenus, tandis que les 10% les plus pauvres n’en ont reçu que 1,3%. L’écart séparant les revenus des plus riches de ceux des plus pauvres a augmenté 29,8 fois alors qu’en 1974, quand l’INDEC a commencé ces recensements, elle n’était que de 12,3 fois supérieure4. Pour la sociologue Susana Torrado, le modèle imposé en Argentine dans les années quatre-vingt-dix a produit de la pauvreté sans inflation puisqu’en 1991, il y avait 21,5% des gens qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté et après une courbe ascendante avec une inflation nulle depuis 1994, il y en avait 26% en 19985. Un mois avant la chute de Fernando De la Rua, une étude du Cabinet Equis, dirigée par le sociologue Artemio Lopez, rapportait que 40% des argentins vivaient sous le seuil de pauvreté, soit 14 millions de personnes, et qu’au cours de l’année 2001, 730 000 personnes avaient franchi ce seuil6.

En ce qui concerne les niveaux d’emploi, en 1990 les sans emplois et les sous-employés représentaient 18% de la population. En 1999, ils atteignaient 28,1% .7 Ces données nous permettent de comprendre l’apparition de trois nouveaux phénomènes de la politique argentine. (a) les piqueteros, (b) les expériences d’autogestion dans les usines gérées par les travailleurs et © les assemblées.

(a) Les piqueteros sont un pur produit de la fermeture massive des industries privatisées qui donnaient du travail à des milliers d’ouvriers et qui, dix ans après leur privatisation ont laissé sans emploi 80% de leurs travailleurs8 ce qui a provoqué le bouleversement des vieilles identités liées au travail et aux demandes syndicales. Ce n’est pas fortuit si de nombreuses organisations de piqueteros adoptent le nom de Mouvement des Travailleurs Sans Emploi (MTD).9

En ce sens, la route barrée à l’origine du “ piquete ”, est une nouvelle forme de lutte qui permet de mêler des actifs avec toutes leurs facettes – et demandes diverses- aux sans emplois qui ont été expulsés du marché formel. Ce qui s’ajoute aux diverses grèves générales menées par les différentes centrales syndicales et la révolte des 16 et 17 décembre 1993 dans la province de Santiago del Estero où des milliers de personnes ont détruit les symboles du pouvoir (pouvoir exécutif, législatif et judiciaire) et les propriétés de plusieurs politiciens.10

(b)Selon les recherches d’un groupe de sociologues de l’Université de Buenos Aires, le 18 août 2000, les ouvriers de l’Usine métallurgique GIP Metal à Avellaneda, qui avaient été licenciés, ont décidé d’occuper l’usine et de commencer à produire à leur propre compte. À partir de là, un processus inédit de récupération d’usines en faillite et abandonnées a commencé en Argentine. On ne les récupère pas pour des motifs idéologiques puisque l’objectif principal est la protection du travail et la plupart de ceux qui en sont à l’origine manquaient d’expérience politique ou sociale. En un peu plus de deux ans, plus de 100 usines sont autogérées par les travailleurs dans des modalités différentes11 ce qui a permis la naissance du Mouvement National des Usines Récupérées (MNFR).

c) S’il est vrai que ces faits témoignent de la grogne de plusieurs secteurs sociaux dans différentes régions du pays, le phénomène prépondérant, pour comprendre l’apparition des Assemblées dans les grandes villes, est plutôt l’appauvrissement des classes moyennes à l’origine de la formation d’une nouvelle couche sociale très hétérogène et hybride dénommée “ les nouveaux pauvres ”.

Cette nouvelle catégorie se caractérise précisément par ce qu’elle a d’hétérogène et d’hybride. Des professionnels, des employés du secteur public et privé, déchus de façon abrupte ou progressive, appartiennent à cette couche sociale, des gens qui ont perdu leur lieu de travail et n’en trouvent pas de nouveau, qui ont cessé de partir en vacances, ne peuvent payer les mensualités d’une école privée ni les mutuelles contractées dans les années quatre-vingt-dix ; ils vendent leur voiture ou bien ont commencé des travaux chez eux qu’ils ont dû abandonner à mi-chemin. Il y a ceux qui ont décidé d’accepter les “ retraites volontaires ” dans les processus de privatisation et ont fini par faire faillite dans les nouvelles entreprises qu’ils ont mises en route. Il y a ceux qui ont eu un travail stable et une bonne position pendant plusieurs années et qui maintenant, à la maturité, se débrouillent à leur propre compte sans aucun bénéfice social ni perspective d’un avenir meilleur. Contrairement aux pauvres structurels, concentrés dans des aires géographiques délimitées (en général des bidonvilles) la pauvreté des classes moyennes est diffuse et dispersée dans les grandes villes, “ invisible ” ou “ intra muros ” car n’importe quel immeuble de la classe moyenne peut l’abriter.12 Dans l’étude du Cabinet Equis citée précédemment, on rapporte que 60 % des 4,5 millions de pauvres, vivant dans la Capitale et le Grand Buenos Aires, proviennent de la classe moyenne.

La décomposition sociale, le chômage et la chute retentissante des classes moyennes sont les éléments sociaux qui ont engendré une bombe à retardement qui a explosé les 19 et 20 décembre 2001 et qui a provoqué l’émergence des Assemblées.

L’émergence des assemblées

L’une des caractéristiques de l’insurrection des 19 et 20 décembre qui provoqua le déferlement dans la rue de milliers de personnes frappant sur leurs casseroles fut son caractère spontané inhabituel13, sans banderoles partisanes et sans qu’aucune organisation politique n’ait pu en réclamer la tutelle. A la différence des manifestations politiques traditionnelles avec les militants attroupés derrière des banderoles partisanes, le 19 décembre, après dix heures du soir, des milliers de familles ont parcouru les rues de la ville de Buenos Aires (et d’autres provinces) avec leurs enfants en bas âge sur les épaules et même accompagnés de leurs chiens dans une ambiance totalement festive malgré le fait que leur mobilisation défiait l’état de siège. Des marées humaines ont sillonné les principales artères tandis que depuis les balcons des milliers de gens joyeux et rageurs frappaient sur leurs casseroles faisant de la casserole une arme de résistance. Et pour la première fois dans l’histoire argentine un gouvernement civil a été renversé par une mobilisation populaire sans qu’y prennent part les Forces Armées.

Le caractère spontané de la participation massive au ‘cacerolazo’ du 19 décembre et l’effet qu’elle eut – le renversement d’un président – ne put être récupéré par aucun parti politique justement à cause du discrédit de toutes les forces politiques, les partis de gauche de l’opposition inclus, quoique ceux-ci n’aient eu aucune expérience de gestion gouvernementale.

Le 19 décembre l’irruption dans les rues fut une réaction directe contre le décret d’Etat de Siège du président De la Rua et la manière de défier le pouvoir cette nuit-là permet d’envisager que le cycle inauguré le 24 mars 1976 se referme avec l’impertinence et la violation massives du décret restrictif des droits civils.14

A un peu plus d’un an de leur création, nous croyons nécessaire de différencier deux étapes dans l’évolution des Assemblées. La première fut marquée par la nécessité de rester dans les rues. La seconde, une fois qu’elles furent affermies, par la recherche de légitimité dans leur environnement naturel, le quartier.

1.Une nouvelle appropriation des rues.

Après le « cacerolazo » du mercredi 19 décembre, il y en eut encore trois autres sans qu’aucune organisation ne s’en mêle. Le vendredi 28 décembre contre le président Rodriguez Saa – qui avait pris ses fonctions le 23 – à cause de la nomination de politiciens connus et discrédités. Un autre le mardi 1 janvier, le soir même où le président Eduardo Dualde assumait ses fonctions puis le quatrième, le jeudi 10. Les caractéristiques furent les mêmes pour tous : son manque d’organisation et de préparation, le fait qu’on en ignorait la réalité jusqu’à l’apparition du bruit des casseroles, la participation massive des familles et de personnes qui n’avaient jamais participé à des manifestations de rues, et une consigne unique qui s’est progressivement imposée “qu’ils s’en aillent tous”.

Ce ne fut que le vendredi 25 janvier, sous une pluie torrentielle, qu’eut lieu le premier « cacerolazo » (cinquième) planifié, décidé cette fois-ci par les Assemblées de quartier de création récente. Ce que mettent en évidence les « cacerolazos » c’est l’effervescence politique que l’on a vécu en Argentine après la chute de De la Rua ; la nécessité de continuer à manifester de façon spontanée, originale, en dehors de toute structure partisane, et la résolution des gens à rester dans les rues. Ce n’est pas fortuit si l’émergence des Assemblées ne répond pas à des convocations provenant de partis politiques, de centrales syndicales, ni même de mouvements sociaux. Les Assemblées sont en premier lieu le fruit de la mobilisation réussie des 19 et 20 décembre qui a permis aux ‘gens’ devenus le ‘peuple’ de vérifier leur force en renversant un gouvernement constitutionnel, fait sans précédent dans l’histoire argentine et qui dans les années quatre-vingt-dix ne s’est répété que dans cinq autres pays.15.

La nuit du 19 eut l’évolution caractéristique des moments d’effervescence révolutionnaire. Les gens sortirent dans les rues contre l’Etat de Siège, ils marchèrent sans que personne n’en donne l’ordre sur la Place de Mai (symbole du pouvoir politique) et sur la maison du Ministre de l’Economie Domingo Cavallo – considéré responsable de la crise économico-financière pour le répudier « in situ » et exiger sa démission immédiate. Quand les médias annoncèrent la renonciation de Cavallo, personne ne voulut s’en contenter et abandonner la rue. On redoubla la mise en demandant que tous s’en aillent, et en premier lieu le président de la nation. Revenus chez eux vers 2 heures du matin, leur retour en force sur la Place de Mai le lendemain, résistant à la répression policière qui a fait plusieurs morts a obligé De la Rua à démissionner et confirmé que la décision de ne pas abandonner la rue était la bonne.

Les assemblées sont une conséquence directe du besoin de demeurer dans les rues, espace public réinvesti massivement. C’est pourquoi, il n’est pas fortuit qu’elles ont toutes commencé à se réunir au coin des rues ou dans les places publiques pour témoigner leur présence dans les lieux réappropriés le 19 décembre. « Personne ne sait qui a convoqué ni pourquoi : Réunion de voisins, ‘cacerolazo’, assemblée ? Quelques petites pancartes timides, inconnues (…) Au coin de la rue qui est à l’ombre, un petit groupe avec une tête de… regarde un petit groupe sur le trottoir ensoleillé, et un autre au troisième coin, puis un quatrième (…) quelqu’un a convoqué mais on ne sait pas qui (…) au milieu de la rue, au milieu de nulle part, on confectionne la pancarte : jour, heure et lieu de la réunion. On la montre aux gens ; On la lit. Sur la place, on chante l’hymne. Une Assemblée de quartier vient de naître » 16

Les premières réunions des Assemblées furent l’occasion de nouvelles fondations (a) politiques, (b) culturelles et (c) spatiales. Il existait bien des assemblées dans différents domaines, mais elles se constituaient toujours autour d’une activité précise ou autour d’un conflit, aussi bien dans les usines qu’à l’université ou dans un quartier pour une réclamation ponctuelle. Elles étaient convoquées généralement par une organisation politique ou sociale puis disparaissaient aussitôt. En vérité, phénomène nouveau, elles n’avaient même pas de référence spatiale.

a) Sur le plan politique : Toute personne peut participer aux Assemblées quelle que soit son appartenance politique, militance partisane ou idéologique. Aucune condition n’est exigée pour y participer. De fait, c’est un lieu de rencontre de personnes qui sortent protester pour la première fois dans les rues sans aucune expérience politique antérieure, de militants de partis politiques et de mouvements sociaux (principalement à gauche), et d’anciens militants des années soixante-dix qui , après de nombreuses années à vide, trouvent enfin un large espace idéologique. Phénomène transversal, il touche toutes les classes sociales : les fonctionnaires de second échelon du gouvernement de la Ville de Buenos Aires y ont même participé, depuis le début, en qualité de voisins avec le désir de se démarquer d’un régime qui venait d’être renversé bien que leur présence ait provoqué de nombreuses frictions dans les Assemblées.

b) Sur le plan culturel : L’un des premiers débats tourna autour du nom à donner aux Assemblées : de voisinage ? de quartier ? populaires ? Chaque Assemblée en décida de façon autonome selon la plus ou moins grande influence des partis exercée par les partis de gauche qui voulaient imposer le terme ‘populaire’. Ce fut l’occasion d’un chaleureux débat dans le quartier de San Telmo.

« Pourquoi ne votons-nous pas un nom ? », lance un voisin, assis sur une estrade et après plusieurs tentatives, l’on se résout à voter. Commence alors une discussion sur le nom, ‘Autoconvoqués de San Telmo’, propose l’un ‘et de Monserrat’, ajoute un autre ; ‘Assemblée populaire de San Telmo’, soutient un troisième. ‘et de Monserrat’ rajoute l’autre ; ‘Enlevons Populaire pour ne pas effrayer les voisins n’ayant pas de pratique militante’, réfléchit l’acteur ; “’Voisins Multisectoriels de San Telmo Carlos Almiron’ propose un professeur ; ‘et de Monserrat’ insiste l’autre. Grande huée, bien qu’il y ait également des applaudissements et des encouragements.”17

c) Ce qui est également nouveau c’est qu’elles sont “ autoconvoquées ”, ce qui permet aux voisins de sentir qu’elles leur appartiennent depuis le début. Ils sont tous ‘propriétaires’ de l’Assemblée et personne n’en a la propriété exclusive. A la différence des partis politiques où l’on se joint à une structure existante et où les hiérarchies sont clairement établies, n’importe qui peut intégrer une assemblée à tout moment sur un plan d’égalité absolue.

Par ailleurs, en réaction à la politique traditionnelle, les Assemblées naissent en rejetant tout leadership. Jusqu’à présent, la recherche d’une pratique horizontale est l’une des préoccupations de toutes les Assemblées. C’est la raison pour laquelle personne ne peut déterminer ce dont on discute ou pas et que dans un premier temps, il y a des moments d’intense catharsis, d’explosions de colère spontanée, de démonstrations enthousiastes de solidarité entre pairs. Certains évoquaient leurs problèmes de travail, les bruits désagréables produits par d’autres voisins, l’augmentation des prix des médicaments, la confiscation de l’épargne, la corruption, les effets du néolibéralisme et toutes les questions possibles liées à la vie politique ou quotidienne.

La plupart des Assemblées n’ont pas d’ « ordre du jour » fixé à l’avance. Une fois qu’ils sont tous ensemble – bien qu’on rentre et sorte quand on veut – chaque voisin est libre de proposer n’importe quel thème pour que l’ensemble en débatte. Devant l’impossibilité de discuter de tout et la nécessité de trouver un mode d’organisation pour des tâches ponctuelles, des commissions spécifiques ont fait leur apparition où l’on débattait plus à fond les thèmes que 50 ou 100 personnes ne pouvaient embrasser au cours de 3 ou 4 heures.

Contrairement aux réunions politiques traditionnelles, l’Assemblée a d’habitude une ambiance de quartier/ familiale où les voisins sortent même leurs propres chaises de chez eux pour participer, et leurs chiens qui accompagnent réunions et marches.

d) Sur le plan spatial : La plupart des Assemblées se réunissent dans les rues, se montrent, sont visibles. Certaines ont adopté le nom du croisement de rues où elles se concentrent (Corrientes et Juan B. Justo), d’une place (Place Dorrego) ou d’un quartier (Liniers), refondant des espaces et ignorant des divisions en quartiers existant dans la mémoire collective ou utilisées par les organismes gouvernementaux qui ont divisé la ville en 16 circonscriptions électorales.

Ignorant toute expérience antérieure, les voisins décident d’organiser l’Assemblée sur une base territoriale, dans l’esprit du 19 décembre où les gens investirent les rues depuis les quartiers. La plupart des gens étaient chez eux à l’heure tardive du discours du président De la Rua. L’annonce de l’Etat de Siège a suscité une explosion d’indignation qu’ils ont traduite sur un plan politique casseroles à la main. Chaque maison devint lieu d’expression politique, et chacun prit une dimension différente en se retrouvant dans la rue avec des gens connus ou inconnus qui –rassemblés par leurs casseroles et sans avoir besoin de consignes politiques – occupèrent le quartier en signe de protestation. Beaucoup commencèrent à marcher, mais un plus grand nombre encore restèrent où ils étaient, au coin de leur quartier, à taper sur leurs casseroles. La rue, transformée en terrain dangereux pendant la dictature militaire par peur de la répression, et en démocratie par la violence délictueuse, est alors recherchée comme objet de réappropriation, qui rompe l’individualisme et l’enfermement perpétué à l’intérieur des maisons pendant des dizaines d’années.

“Nous sommes restés pendant trop longtemps sous la coupe du : ‘ne t’en mêle pas’, les gens avaient très peur (…) les gens s’expriment maintenant douloureusement. Des gens qui n’ont jamais pu crier ce qui leur arrivait. ”18

2. La consolidation et les actions concrètes dans les quartiers.

Même les médias, historiquement liés à la bourgeoisie argentine, ont perçu positivement – dans un premier temps – le phénomène des Assemblées, estimant qu’elles représentaient une réaction adéquate face aux partis politiques discrédités vu que celles-ci les répudiaient ouvertement. Le premier article du journal La Nacion à les analyser les considère même comme “les Assemblées de voisinage (ce qu’elles sont), berceau de futurs leaders” (27 janvier 2002).

Cependant, deux semaines plus tard, un éditorial du journal avertissait qu’elles pouvaient se transformer en soviets. 19 Certains partis de gauche estimant la situation vécue en Argentine comme ‘révolutionnaire’, ils ont cherché à faire en sorte que les Assemblées – en plus d’autres secteurs sociaux- n’abandonnent pas les rues et maintiennent une mobilisation permanente autour de toutes les revendications sociales, ce qui fut totalement impossible à soutenir excepté pour les militants disposés à courir les manifestations.

La mobilisation ne put être maintenue, tout d’abord, à cause de la consolidation du gouvernement d’Eduardo Duhalde qui avait l’appui du principal parti politique, le péronisme, parvenu à remplir le vide produit après la chute de De la Rua. Deuxièmement, parce que la consigne ‘qu’ils s’en aillent tous’ ne pouvait se concrétiser dans la réalité par manque d’alternative réelle qui puisse prendre en charge le vide de pouvoir que le péronisme, lui, parvenait à combler. L’existence de plus de 100 assemblées dans le centre névralgique du pays et quelques 200 autres dans tout le territoire national n’en faisait pas par elles-mêmes des organismes au ‘pouvoir double’ dans le sens soviétique du terme – capables de disputer le pouvoir au gouvernement.

Étant donné que les Assemblées n’ont pas d’antécédents historiques ni de miroirs où se regarder, pendant les premiers mois, les réunions se caractérisèrent par la recherche d’un chemin qui permettent de les orienter politiquement.

Pepa Vivanco de l’Assemblée de Scalabrini Ortiz et Cordoba le dit clairement « nous avons la sensation d’être en train de construire quelque chose de nouveau, mais nous ne savons pas ce dont il s’agit » 20. Les militants des partis de gauche, soi-disant dotés d’un ‘savoir historique’ ont essayé d’imposer leurs consignes ‘révolutionnaires’ bien que la réalité ait démontré que la mobilisation générale diminuait. Ils se sont également absorbés dans des débats ennuyeux pour que les Assemblées adoptent des consignes qui étaient bien loin de refléter les nécessités concrètes des voisins qui avaient gagné les rues et essayaient de reconstruire les tissus sociaux dans le quartier.

“ Comment faire avorter un processus d’Assemblée– se demandait en février 2002 une ex-militante du Mouvement vers le Socialisme – ‘Comment réduire une Assemblée de 400 à 75 personnes ? (…) Dans notre Assemblée, il existe plusieurs groupes politiques identifiés, à demi-identifiés et d’autres en train de l’être… Je dis cela parce qu’au début, certains qui ne se saluaient même pas, ne disaient rien là-dessus et qu’à mesure que nous nous sommes connus, nous nous sommes rendu compte qu’ils se connaissaient déjà par ailleurs, d’ailleurs, qu’ils venaient ensemble… et puis ils ont commencé à oser dire ‘Je suis au MST’, ‘Je suis au PTS’, ‘Je suis militante de la non violence active’ (PH), (…) l’intervention désespérée des groupes politiques qui, quelques heures avant de se déterminer en faveur ou non du congrès ‘piquetero’ y sont allés avec des renforts pour les faire voter et ce fut notoire (…) Et pourquoi les gens partaient-ils ? Pourquoi l’ambiance des Assemblées s’est-elle rompue sur la base d’accusations, d’insultes, de soupçons de la part de militants de ces courants vis à vis des pauvres voisins inexpérimentés qui faisaient la moindre connerie (…)?

Les courants politiques devraient se comporter autrement, ils sont en train de noyauter les Assemblées… ils veulent les diriger et personne ne leur a rien demandé… Agir ainsi, ce n’est pas être révolutionnaires, mais plutôt contre le processus d’organisation le plus vaste qu’aient vécu cette ville et ce pays depuis des décennies… Ils sont en train de le faire avorter” 21. En réalité, le problème majeur de la gauche, c’est qu’ils (a) n’ont pas prévu le ‘cacerolazo’ du 19 décembre ni l’effet qu’il aurait pour renverser De la Rua, (b) ils n’ont pas imaginé la formation des Assemblées qu’ils ne possédaient même pas dans leur patrimoine idéologique.

Cependant, il faut signaler que l’une des contributions les plus importantes des partis de gauche fut d’essayer de relier les Assemblées qui faisaient leur apparition dans une ‘Assemblée des Assemblées’ qui se réunissait les dimanches après-midi dans un jardin public (Le Parc Centenario). “l’Inter-quartiers ” eut lieu les dimanches de janvier et février 2002. Des milliers de personnes se réunissaient au Parc Centenario pour discuter à l’air libre dans un climat festif les thèmes proposés par chaque Assemblée et les convocations aux mobilisations.

“La première réunion inter-quartiers – écrit Modesto Emilio Guerrero eut lieu le second dimanche de janvier, alors que les vingt-trois assemblées de voisinage fonctionnaient déjà. Toutes n’y ont pas assisté, et malgré tout, trois cent personnes y furent réunies. Jusqu’à sa seconde réunion, elle a fonctionné selon une liste d’intervenants et un ordre du jour mis en place de façon chaotique, comme tout jusqu’alors. On débattait librement, bien qu’y prédominent les pronunciamientos et les considérations générales (…) A la deuxième rencontre, il y avait le double de voisins, à la troisième, on comptait presque deux mille personnes, à la quatrième plus de deux mille cinq cents et à la cinquième presque trois mille ‘membres’. A partir de cette assemblée, le nombre a commencé à diminuer avec autant de force qu’il avait augmenté. Environ deux mille sept cents participants assistèrent à la dernière, le 24 février” 22.

Pourtant, de même qu’il faut reconnaître que les partis de gauche ont influencé la création inter-quartiers, il faut bien dire qu’ils ont représenté le principal facteur de leur disparition. Au lieu de faire en sorte que l’Inter-quartier recueille les préoccupations de chaque Assemblée, le besoin des partis de gauche d’imposer leurs consignes ou de débattre ‘en interne’ sur les mouvements ‘piqueteros’ ou les usines récupérées a abouti à ce que l’Inter-quartier devienne un lieu débat stérile entre partis. Sergio, de l’Assemblée de Liniers a lu un discours au sein de l’Inter-quartier pour critiquer le mode d’action de ces groupes.

Nous, qui participons, savons qu’aujourd’hui les assemblées sont en train de passer par un reflux objectif, dû en partie aux bagarres des appareils du MST et PO fondamentalement (mais la majorité des autres partis de gauche n’y échappe pas non plus) qui, au lieu d’aider au développement des assemblées, en ont fait leur chasse gardée ou un tremplin pour imposer leurs propres ‘tactiques’. Non seulement ils ont divisé l’Acte du 1er mai, mais il y a eu, comme chacun sait, deux batailles rangées brutales pour le plus grand plaisir de la droite et du gouvernement” 23. Vidée de son contenu dynamique et de rencontre initial, l’affrontement physique entre militants a fini par la détruire.

Une fois que les mobilisations eurent commencé à diminuer, et face à l’arrivée des rigueurs de l’hiver, les Assemblées se sont proposé d’abandonner les rues. Lentement, elles sont passées, de mouvement de protestation de rue, à avoir comme objectif la reconstruction de la trame sociale. Comme le signalent Julieta Mira et Carlos Juarez Aldazabal, “confrontés à un tissu social corrodé pendant des décennies par les formes dictatoriales et démocratiques du capitalisme néolibéral, nous misions sur une nouvelle construction à partir du quartier, un nouveau commencement de la Nation à partir d’une nouvelle volonté collective” 24.

Tenant compte des différences et particularités de chaque quartier, les Assemblées ont commencé à faire des courses communautaires, des soupes populaires pour les plus nécessiteux, des bourses de travail pour les sans-emplois, des rencontres culturelles, des cantines, des marches contre l’augmentation des prix des entreprises de services privatisées et à soutenir les travailleurs qui avaient pris les usines.

En ce sens “ La trama, une rencontre entre culture et politique ” organisée par l’Assemblée de Palermo Viejo les 25 et 26 mai 2002 reflète cette intentionnalité de reconstruire la trame sociale dans le quartier. Palermo Viejo a changé de physionomie au cours des cinq dernières années. Du quartier à forte concentration en caves et ateliers de réparation de voitures qu’elle était, elle s’est transformée en un quartier peuplé de petits bars, restaurants et théâtres. Cette métamorphose a eu lieu grâce à l’installation du journal El Cronista Comercial au coeur du quartier et de plusieurs chaînes de télévision, qui ont attiré journalistes, acteurs et personnes gravitant dans le monde culturel. La trama permet de comprendre comment la pensée des membres des assemblées a évolué. L’idée est venue parce que l’un des problèmes des voisins du quartier qui y vivent depuis très longtemps c’est qu’ils ne le connaissent pas, alors qu’il a précisément des caractéristiques historiques intéressantes.

Une fois, quelqu’un proposa l’idée de faire quelque chose pour connaître le quartier, l’idée est venue alors de faire une ballade et un jeune qui connaît très bien le quartier puisqu’il est distributeur de journaux avec des architectes a organisé un parcours. 35 membres de l’Assemblée partirent un samedi après-midi, avec des chiens et des bicyclettes à la découverte du quartier. Ils ont reconnu les maisons les plus anciennes, les caves en usage à un moment donné, les problèmes d’odeurs des caves existant il y a soixante ou soixante-dix ans et qui n’existent plus. En le parcourant, ils ont découvert quantité de théâtres, de bars et de restaurants et que l’un des problèmes culturels, c’est que, si les gens veulent aller au théâtre, il faut qu’ils sortent du quartier, qu’ils se rendent au centre de la ville. Etant donné que Palermo Viejo a plein de lieux liés à la culture, descentres culturels etc, pourquoi sortir du quartier se demandèrent les gens des Assemblées. En plus, pourquoi ne pas organiser une activité dans le quartier, pour les gens du quartier et d’accès gratuit.

Les gens des assemblées, au lieu de porter au quartier une proposition toute faite, l’ont parcouru pour que d’autres voisins y joignent leurs propositions. Ce qui a commencé avec une idée d’une vingtaine d’activités a fini par en rassembler plus de deux cents. Les bars et restaurants ont offert de confectionner des menus promotionnels les fins de semaine, de faire des expositions de peintres, les théâtres ont offert de monter des œuvres à l’entrée gratuite et plusieurs espaces culturels ont offert de faire des repas politiques.

Peut être l’une des plus grandes nouveautés, c’est que bars et restaurants ont ouvert leurs portes pour faire des débats politiques et organiser dans un espace fermé une foire artisanale. La trama des 25 et 26 mai fut une très modeste expérience d’autogestion, car ce fut l’Assemblée qui articula les différents secteurs sociaux du quartier. Bien qu’il soit difficile de calculer combien de gens y ont participé, Julieta Mira, membre de l’Assemblée estime “que plus de 5000 personnes sont venues dans le quartier participer à la rencontre” 25.

Julieta Mira : “ La lucha politica en un barrio mirada desde la economia politica. Las estrategias comunicacionales y culturales de la Asamblea Vecinal de Palermo Viejo 2002-2003 ” ? (M.S. Inédit) Ce que démontre La trama, c’est que l’une des caractéristiques développées par les Assemblées est la combinaison de la réclamation faite à l’Etat et leur organisation en marge de celui-ci, en le supplantant même là où il s’est retiré suite aux processus de privatisation des services sociaux.

Cantines, lieux de goûter, tout cela fait partie d’une économie de résistance — dit Gustavo Vera de l’Assemblée du 20 décembre du Parc Avellaneda – Depuis mars l’agenda des Assemblées a changé, la dévaluation a attaqué les portefeuilles et maintenant la faim et le chômage sont criants.

La métamorphose sociale est catastrophique. Sans manger on ne peut pas livrer bataille”.26

Le sociologue péruvien Anibal Quijano considère que “Les Etats de la périphérie ont commencé à travailler contre la majorité de leurs populations parce qu’ils ont été privatisés à nouveau. Il n’est plus possible de capturer cet Etat ; mais en même temps il y a un autre processus plus étendu qu’on ne le pense. Il y a un processus de formation de nouvelles formes d’autorité politique dont la tendance est communale et dont le développement ne peut se faire sans une lutte contre l’Etat”. Tenant compte de l’expérience de l’Equateur, et des assemblées en Argentine, Quijano ose prophétiser que “ce qui vient, c’est l’émergence de la reconstitution de formes d’autorité publique qui supposent une auto-gouvernance où les électeurs ont la possibilité d’utiliser des mécanismes de contrôle immédiat de leurs élus” 27. C’est ce qui arrive justement dans nombre d’assemblées, quand quelques-unes de leurs initiatives politico-sociales remplacent celles de l’Etat, et donnent à leurs actions la particularité d’un “ double pouvoir ” de facto.

Provoquant des résistances chez certains et chez d’autres – les plus ‘voisins’, les plus liés au milieu territorial- le sentiment de l’urgence, les assemblées ont peu à peu assumé la situation et le devoir d’affronter simultanément toutes les tâches que réalisaient auparavant des organismes maintenant disparus. Plus que le désir d’être tout, les membres des Assemblées sentaient que c’était un devoir de l’être 28.

Les prises d’espaces étatiques (et privés) abandonnés et récupérés par les Assemblées sont l’un des repères fondamentaux de l’expérience des Assemblées de 2002. Fruit de la nécessité de se doter d’un espace ‘physique’où se réunir pendant l’hiver, ce qui dans bien des cas partait d’une nécessité physique a fini en expériences autogestionnaires. Les Assemblées ont pris des terrains vagues, des bouts de terrain en bordure des chemins de fer, des cliniques abandonnées, des bars et des pizzerias fermés ou des marchés municipaux abandonnés depuis des lustres, toujours dans le but de leur donner un contenu communautaire.

Il se peut que la récupération de la Clinique Portugaise ait été l’un des cas les plus intéressants de récupération d’immeubles. En août 2002, deux assemblées du quartier de Flores qui avaient besoin d’un espace où se réunir ont décidé de rentrer dans l’immeuble abandonné depuis 6 ans de ce qui avait été une clinique maintenant fermée. Grande fut leur surprise en y trouvant quatre étages équipés en matériel médical et des installations en parfait état. Face à la nouvelle situation, les membres de ces assemblées changèrent leurs plans et décidèrent de convoquer des médecins et des infirmiers pour remettre la clinique en activité et construire un projet d’action sanitaire et sociale permettant aux travailleurs des usines récupérées manquant de couverture médicale d’accéder à la santé.

L’Assemblée de Palermo Viejo a récupéré les petites rues entourant un marché municipal à moitié abandonné et a lancé un projet productif pour des dizaines de personnes qui, à la suite du chômage, ont recours à la fabrication d’artisanat comme moyen de subsistance. Les artisans ont décidé de baptiser la foire, ce qui est assez parlant, “la trama”, la considérant comme héritière de celle qui s’était déroulée pendant l’événement “la trama” organisée par l’Assemblée quelques mois plus tôt. Les lieux récupérés, qui n’apportaient guère au quartier que saleté, danger de contamination et risques pour la communauté, ont été transformés en espaces de participation collective. Au lieu de lutter seulement pour la prise révolutionnaire du pouvoir, après laquelle tout était censé changer, de nombreuses Assemblées ont constitué des formes embryonnaires de pouvoir alternatif qui ont été légitimées par les voisins et même par les autorités locales.

Conclusion

Un an a passé depuis la création des Assemblées qui ont accompli un changement qualitatif depuis leur apparition.. Elles sont passées par une étape de mobilisations (nullement abandonnées depuis) pour concevoir progressivement des zones de pouvoir basées sur l’organisation des voisins, ce que le gouvernement est très loin de pouvoir réaliser. Il est impossible de savoir où vont les assemblées. Tout est nouveau. Les usines récupérées aussi bien que le mouvement piquetero. Dans l’usine métallurgique Gip Metal il y a eu 48 heures entre les licenciements et l’occupation ; à ce moment-là, les ouvriers ne savaient pas jusqu’où ils iraient dans leur prise de décision ni qu’elle prendrait de l’extension. Les piqueteros ne pouvaient pas non plus prévoir en 1995-1996, quand ils ont commencé à s’organiser, que le chômage deviendrait un phénomène structurel qui ne ferait que s’aggraver.

La formation des assemblées a changé quatre aspects de la réalité sociale de l’Argentine :

• Elle a contribué à revaloriser les autres mouvements sociaux, en particulier les piqueteros, habituellement délégitimés par les médias en raison de leur persistance dans les barrages routiers. Selon Toty Flores de MTD-La Matanza, la légitimité des Assemblées provient de ce qu’elles sont issues de la classe moyenne et de sa relation avec les piqueteros qui les a fortifiées 29. Silvano Villagra, du mouvement piquetero Quartiers Debout reconnaît que l’organisation en assemblées des voisins a eu des répercussions sur les pratiques de son mouvement 30.

• La classe moyenne appauvrie, après avoir souffert des conséquences des réformes structurelles sans articuler de réponse sociale a maintenant trouvé des espaces d’organisation pour changer sa réalité.

• Une nouvelle dimension socio-politique très significative, transcendant aussi bien le simple lieu d’habitat que le statut social émerge autour du quartier. C’est également le cas des piqueteros qui marquent nouvellement le territoire. Ayant été expulsés du marché de l’emploi – qui, en général, divise les travailleurs – le territoire devient leur lieu de rencontre naturel. Ils s’organisent comme piqueteros là où ils vivent, font leurs expériences de lutte de rue, communautaires ou de production, également là où ils vivent, c’est-à-dire sur un plan territorial. Ce qui unit les voisins des Assemblées, avant tout, c’est l’articulation de la politique à partir du local.

• Le thème du pouvoir prend une nouvelle dimension : le prend-on ?

Le pouvoir est-il une construction de l’État ? Construit-on du pouvoir à travers les expériences d’autogestion ? Ou un contre-pouvoir ? “Je défends l’idée que les assemblées doivent être des organes de contre-pouvoir et d’autodétermination du peuple – dit Elbio de l’Assemblée de Ciudadela Norte – et à chaque pas accompli pour remettre en cause l’autorité des gouvernements national, provincial et municipal, nous construisons un contre-pouvoir.” Il est clair qu’il y a des tâches que les Assemblées n’attendent plus de l’État : elles prennent l’initiative et le font elles-mêmes, comme l’occupation de terrains abandonnés. On ne demande pas au gouvernement de les remettre en état ; les Assemblées les récupèrent pour la communauté, mais c’est aussi un signe de pouvoir. Il est probable que nous soyons au seuil d’une nouvelle étape du mouvement des Assemblées, bien qu’il soit possible d’affirmer qu’en tant que nouvelle forme de participation politico/citoyenne, elles sont bien là et pour longtemps.

PEDRO BRIEGER (3/1/2019)

Source: http://pedrobrieger.com/2019/01/03/las-asambleas-en-la-argentina/

*Texte traduit par Claudia Karlinsky

1. Le PIB de la ville de Buenos Aires représente 25% du PIB national ; Ka Nation 13-08-20022.Ana Maria Fernandez, “ El mar en una botella ”, publié par la revue “ El campo grupal ” AÑO4, n°32-Marzo 2002, Buenos Aires,

3. Pour voir une analyse minutieuse par rapport aux années quatre-vingt-dix en Amérique Latine voir Brieger, Pedro : “ De la década perdida a la década del mito neoliberal ”.In La globalizacion economico-fiannciera. Su impacto en América Latina (AAVV) Ed. CLASCO5.Clarin, 10 juin 1999

6. Clarin, 23 novembre 2001

7. Clarin, 17 décembre 1999

8. Ariel Ogando : Desocupados y cortes de ruta en el noroeste argentino ”. in Revista Herramienta n°15. Buenos Aires, Automne 2001

9. Voir Tony Flores. De la culpa a la autogestion. Un recorrido del movimiento de Trabajadores Desocupas de La Matanza. MTD Editora, Buenos Aires, décembre 2002.

10. Voir le travail de Nicola Inigo Carrera et Maria Cella Cotarelo “ Clase y protesta social en la Argentina de los “ 90 ”. Agencia Wayruro, 26 juin 2001.

11. “ Una investigacion de la UBA sobre las fabricas recuperadas por sus obreros ” in Pagina 12, 5 janvier 2003

12. Pour comprendre en profondeur le phénomène des “ nouveaux pauvres ” voir l’excellent travail d’Alberto Minujin et Gabriel Kessler “ La nueva pobreza en la Argentina. ” Buenos Aires. Ed Planeta, 1995

13. Voir Pedro Brieger “ Testimonio de una pueblada ”, in El GRANO DE ARENA n° 120, 26/12/2001

14. Voir Emilio Cafassi : Olla a presion (cacerolazos, piquetes y asambleas sobre fuego argentino. Univ. De Buenos Aires, avril 2002, Pgs 79-82

15. Avant De la Rua, les présidents suivants sont tombés suite à des mobilisations populaires: Fernando Collor de Melho au Brésil, en décembre 1992, Carlos Andrés Perez au Vénézuela en mai 1993, Abdala Bucaram en Equateur en février 1997, Raul Cubas Grau au Paraguay en Mars 1999, Jamil Mahuad en Equateur en janvier 2000 et Alberto Fujimori au Pérou en novembre 2000.

16. Alejandro Horowicz, dans Oscar Caram ‘que se vaya todo’, Manuel Suarez Editor, Buenos Aires 2002, pag. 22.

17. Pagina/12, 20 janvier 2001

18. Asucena , Assemblée d’Almagro ; in Oscar Caram, opus cité page 30

19. S’il est vrai que l’essor de ces assemblées semble la conséquence du ras le bol public face aux conduites peu dignes de confiance de la classe politique, l’on doit tenir compte du fait que de tels mécanismes de délibération populaire renferment un danger, de par leur nature, on peut les rapprocher de l’inquiétant modèle de décision des “ soviets ”, (La Nacion , 14 fdévrier 2002)

20. Denis et Joelle Chassin : Pour comprendre la crise argentine. Institut d’études poliitques. Strasbourg.Janvier 2003, pag. 186

21. Pollo (pseudonyme) “ Para militantes y militados ”, 13 février 2002, in www. Indymedia.org 5e22.Modesto Emilio Guerrero : “ Emergencia y desafios de las asambleas barriales ”, Revista Herramienta N°19, Automne 2002, Buenos Aires.“

23. Modesto Emilio Guerrero ; “ Emergencia y desafios de las asambleas barriales ”, Revista Herramienta N° 19, Automne 2002, Buenos Aires, Argentine.

24. Julieta Mira y Carlos Juarez Aldazabal “ Cultura y politica en un barrio : La trama de la Asamblea de Palermo Viejo ”. Soutenance présentée aux Vèmes journées de sociologie de la UBA, novembre 2002

26. Gustavo Vera, Asamblea Popular 20 décembre, Parc Avellaneda ; in Oscar Caram, Opus.Cité page 80

27. Entrevue avec Anibal Quijano, Buenos Aires, Juillet 2002.

28. Cristina Feijoo et Lucio Salas Oroño ; “ Las asambleas y el movimiento social ”. In qué son las Asambleas populares. Ed. Continente/Pena Lillo ; Buenos Aires 2002..Pag.2429. Entrevue avec Toty Flores, janvier 2003.30. Entrevue avec Silvano Villagra, janvier 2003.

Source : https://www.romainmigus.info/2019/05/pedro-brieger-les-assemblees-de-voisins.html


Michel Collon résume son livre (important) : « les 7 péchés d’Hugo Chavez » :


https://www.legrandsoir.info/les-7-peches-d-hugo-chavez.html


Voici aussi un débat très intéressant sur le Venezuela, sur RT France avec Frédéric Taddéi, en janvier 2019, où Romain Migus est accompagné de Maurice Lemoine (une autre référence absolue pour comprendre l’Amérique Latine, de mon point de vue) pour contrer les erreurs de Renaud Girard et Gabriel Giménez-Roche :

Interdit d’interdire : La crise vénézuélienne : le débat


Il faut aussi signaler une passionnante série d’articles de Romain pour comprendre la guerre qui vient contre le Venezuela :

Comprendre la Guerre qui vient 

Romain Migus : « La guerre contre le Venezuela a déjà commencé. Mais une offensive d’envergure est en train de se préparer contre le pays caribéen, que seule la capitulation totale, ou la disparition du camp bolivarien, pourraient endiguer. Comme ces options ne sont pas à l’ordre du jour, le conflit militaire contre le Venezuela prend chaque jour un peu plus forme.

Comment comprendre la guerre qui s’annonce ? Quels seront les acteurs impliqués dans ce conflit ? Quelles seront les stratégies mises en place pour dévaster le pays ? Dans cette analyse en cinq parties, nous tenterons d’apporter des éléments de réponse pour que nos lecteurs comprennent toutes les dimensions d’un affrontement qui paraît inéluctable. »

1ère partie: Le rôle des Etats-Unis et de leurs alliés (22/05/2019). Lire l’article
2ème partie: Constitution d’une armée parallèle (03/06/2019). Lire l’article
3ème partie: Les combattants vénézuéliens (déserteurs, civils et criminels) (07/06/2019). Lire l’article 
4ème partie: Les éléments étrangers (mercenaires, paramilitaires et forces spéciales) (11/06/2019) Lire l’article
5ème partie: La stratégie d’agression contre le Venezuela. (19/06/2019). Lire l’article


Tout ça est passionnant, je trouve, très proche des préoccupations des gilets jaunes constituants français, très utile pour tenir bon et pour progresser.

Bon travail à tous pour découvrir tout ça.

Étienne.

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[Moment rare] Interdit d’interdire : Olivier Berruyer et Jean-Michel Aphatie – Information ou propagande ?

Un échange rarissime, et intéressant, sur RT (forcément) (puisque c’est presque le dernier grand média libre du pays) :

On y parle des violences policières très mal couvertes par les gens comme Apathie, des critiques de l’UE et de l’euro pas couvertes non plus par Apathie et ses complices, de pluralisme de la presse en danger, du fléau de la traque gouvernementale aux opposants via les dernières lois comme celle sur les « fake news », et de la dérive autoritaire du régime Macron sous l’œil indifférent de des prétendus « journalistes » (incapables de dire du mal de Big Brother Macron et des ravages qu’il cause au pays).

On y parle d’Assange, de son emprisonnement pour avoir révélé des choses vraies, des protestations de l’ONU et des ONG contre les mauvais traitements qu’on lui inflige, et du silence de la presse française sur ce point (avec la technique fourbe de la page 27) : je trouve scandaleux le mépris assumé d’Apathie pour la torture du journaliste Julian Assange ; au moins, ici, c’est prouvé. Il y a des gens à qui le qualificatif d’ennemi du peuple va comme un gant (de fer).

On y parle aussi du RIC, outil démocratique par excellence dans un système de domination parlementaire : je trouve aussi scandaleuse l’incompétence crasse d’Apathie sur ce sujet, dont il ose pourtant parler avec aplomb un peu partout. Apathie essaie (deux fois) de se servir des controverses qu’il entretient lui-même sur Chouard comme épouvantail à moineaux pour détourner les regards du RIC ; mais Olivier esquive bien.

Apathie évoque même les ateliers constituants populaires (en soulignant qu’il aime beaucoup le droit constitutionnel), mais c’est pour les trouver absolument ridicules (sans le moindre argument bien sûr).

Merci à Frédéric Taddéi d’organiser des moments comme celui-là. Merci à Carla Costantini, surtout 🙂

Amitiés à tous.

N’oubliez pas de faire des ateliers constituants tous les jours, avec vos voisins, avec vos copains, avec vos frangins, avec vos cousins… Vous allez progressivement (et sans l’aide d’aucun chef) devenir tous très bons pour écrire le contrat de travail de vos représentants. Et, le moment voulu, c’est ça qui va tout changer.

Étienne.

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[APPAUVRISSEMENT général pendant que les ultra-riches se goinfrent] Scandale de NOTRE DÉSINDUSTRIALISATION, VOULUE ET IMPOSÉE depuis 40 ans par Pompidou (banquier) et ses successeurs, eux aussi vendus aux plus riches. Les gilets jaunes construisent déjà l’alternative : ateliers constituants, RICs sauvages…

Pierre Lévy, fondateur du journal Ruptures radicalement eurocritique, vient de publier sa troisième émission télévisée, « Le Point de Ruptures », et cette fois, nous avons travaillé sur le petit livre (très stimulant) de Pierre Vermeren, « La France qui déclasse. Les gilets jaunes, une jacquerie du 21e siècle » (Tallandier 2019).


https://www.tallandier.com/livre/la-france-qui-declasse/

Voici notre entretien :

Nous avons donc parlé de la scandaleuse désindustrialisation VOLONTAIRE (appauvrissement continu, régression historique, mise en dépendance dangereuse et non nécessaire) décidée sans débat public ni accord populaire — et sans aucune remise en cause malgré les innombrables résultats catastrophiques pour le pays.

Le livre de Pierre Vermuren propose un état des lieux tonique et documenté de quarante ans de ce j’appelle des « trahisons » et que l’auteur appelle « un gâchis ». Après que Pierre ait résumé le panorama (effrayant) des résultats (cataclysmiques) des politiques pensées et imposées par nos prétendues « élites » depuis 40 ans, sans avoir jamais eu aucune responsabilité à assumer, j’ai insisté sur les diableries du libre-échange et de la « dette publique » (qui sont dans l’ADN de l’UE), et de l’euro fort (qui est dans l’ADN de l’euro, comme autant d’instruments de torture des peuples et de « tiermondisation ».

Tous les pays qui ont appliqué le libre-échange (L-É) se sont ruinés.

Tous.

. Tous les pays développés se sont protégés.

Tous.

. Le L-É est une idéologie criminelle, toujours imposée par un empire à ses colonies.

. En Europe, l’Allemagne se comporte comme la tête de pont d’un empire, prédatrice et cruelle (voyez comme elle pille encore la Grèce), et la France se comporte comme une colonie, servile et rançonnée, dont les « élites » corrompues trahissent leur pays à tout propos.

. Partout sur terre, les multinationales martyrisent les pays colonisés, dirigés par des traîtres.

Je voulais signaler ici un livre très important : « Comment les pays riches sont devenus riches et pourquoi les pays pauvres restent pauvres » d’Erik Reinert, avec une préface exceptionnelle (un vrai bon livre en soi) de Claude Rochet :


https://books.google.fr/books?id=nmHLDAAAQBAJ…..

Le livre de Pierre est un bon livre. Mais, j’en ai souligné une (grande) lacune, dans son évocation des gilets jaunes : pas un mot n’a été dit, alors que c’est une innovation historique et porteuse de grands espoirs inédits, de l’action révolutionnaire des gilets jaunes, avec leurs RICs SAUVAGES (déclenchés sans l’aide des élus) et leurs ateliers constituants (transformant des foules d’électeurs enfants en citoyens adultes), partout dans le pays.

Les gilets jaunes sont exemplaires, en ténacité, en volonté d’unité, et en créativité ; ils montrent le chemin de l’émancipation au reste de la population : nous sommes en train d’apprendre nous-mêmes à écrire nous-mêmes le contrat de travail de nos représentants (notre constitution en peuple digne de ce nom), et nous n’avons pas besoin de nos maîtres pour nous émanciper de la sorte.

Merci à tous pour votre soutien, très émouvant et très important : vous êtes pour moi comme une armure contre les mauvais coups des ennemis du peuple : nous sommes déjà en train de nous émanciper sans eux.

Restez unis.

Et continuez, inlassablement, à transformer les autres en constituants. On ne progresser que par éducation populaire, entre nous.

On grandit ensemble.

Étienne.

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Il n’y aura plus de Jeudi Chouard sur Sud Radio pour quelque temps

Chers amis,

Il n’y aura plus de Jeudi Chouard sur Sud Radio pour quelque temps.

Pour retirer à Didier Maisto ce fardeau (imaginez la pression qu’il subit depuis dix jours par ma faute), je lui ai demandé d’arrêter. Il a accepté. C’est sage.

Je voudrais dire toute ma reconnaissance à cet homme, que je trouve bon et courageux. Je l’ai vu se transformer depuis des mois, semaine après semaine, et rallier la cause du peuple, des gilets jaunes et de la démocratie, contre vents et marées. Pas évident et pas facile quand on est à sa place. Je le trouve admirable.

Je pense que je vais continuer, même si, là, je suis épuisé.
Il est question de créer ma chaîne Youtube, librement.

Merci pour toutes vos marques de sympathie, merci pour vos innombrables et émouvants encouragements, ici et sur tous les forums. Vous êtes pour moi comme une armure, qui me permet de tenir sous les coups des usurpateurs et des exploiteurs.

Là, j’aspire à me reposer, me ressourcer, pendant l’été.

Il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
On verra.

La lutte continue.

Fraternellement.

Étienne.

Le Point de Ruptures N°2 : que se cache-t-il derrière « le populisme » ?, avec Pierre Lévy et Pierre-Yves Rougeyron

À la suite des élections européennes, on parle ici « des populismes », mot important et positif utilisé comme une insulte par les démophobes, ennemis du peuple, d’abord au singulier pour dire « extrême droite et démagogue », puis mis au pluriel pour y fourrer « la gauche radicale ».

On parle aussi un peu des gilets jaunes constituants et des RICs SAUVAGES qui se multiplient un peu partout dans le pays :

[Important] L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine Orange, Mediapart

L’Italie est-elle en train de créer une monnaie parallèle ? par Martine ORANGE, Mediapart

Source : Mediapart, https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

« Officiellement, il ne s’agit que d’une motion de principe, sans autre portée. Mais cette motion a été votée à l’unanimité par la chambre des députés italienne le 28 mai. Et c’est cette unanimité qui inquiète d’abord nombre de responsables européens. Toutes tendances confondues, les députés ont approuvé le principe de créer des titres de paiement appelés mini-BOTs (Buoni ordinari del tesoro). Sorte de bons ordinaires du Trésor à court terme, ils sont censés pouvoir être utilisés pour payer les créances intérieures de l’État italien.

Tout de suite après le vote, le premier ministre Giuseppe Conte et le ministre des finances Giovanni Tria ont dit tout le mal qu’ils pensaient de cette initiative parlementaire, assurant que jamais ils n’auraient recours à de tels instruments. Mais ces annonces n’ont pas suffi à calmer le monde financier et les responsables européens. De nombreux analystes s’interrogent sur les intentions du gouvernement italien, dominé par le chef de la Ligue, Matteo Salvini. Va-t-il ou non utiliser ces nouveaux titres ? Ceux-ci pourraient-ils être assimilés à une monnaie parallèle, au risque de miner l’euro ?

La menace est prise tellement au sérieux que le président de la BCE, Mario Draghi, s’est senti obligé lors d’une conférence de presse du 6 juin de commenter cette initiative italienne, dans l’espoir de l’arrêter au plus vite. « Les mini-BOTs sont soit de la monnaie, alors ils sont illégaux, soit de la dette et alors l’endettement italien va encore augmenter. Je ne pense pas qu’il y ait une troisième possibilité », a-t-il expliqué. Signe de l’inquiétude grandissante, l’ancien vice-président de la BCE, Vitor Constâncio, est à son tour intervenu pour essayer de tuer dans l’œuf l’idée italienne. « Ce genre de “bons” a déjà été expérimenté en Argentine ou en Autriche, dans les années 1930. Cela n’a jamais fonctionné »insiste-t-il, après avoir rappelé que ces instruments seraient contraires aux traités européens.

Le responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © ReutersLe responsable de la Ligue, Matteo Slavini, pendant la campagne des élections européennes. © Reuters
 
C’est l’économiste Claudio Borghi, conseiller de la Ligue et maintenant président de la commission du budget de l’Assemblée nationale, qui est à l’origine de l’idée des mini-BOTs. Militant de longue date pour la sortie de l’euro, il ne parle plus depuis son élection – tout comme la Ligue, d’ailleurs – d’une sortie brutale de la monnaie unique. Trop dangereux. Mais marqué par la crise européenne et le traitement réservé à la Grèce, il a promu l’idée de créer des instruments de paiement qui pourraient permettre de redonner des marges de manœuvre économiques et budgétaires au gouvernement italien dans le cadre des traités existants, et servir de moyens alternatifs en cas de crise. Et, avec cette idée, la Ligue a convaincu son allié gouvernemental, le Mouvement Cinq Étoiles (M5S).

Selon le mécanisme imaginé par Borghi, les mini-BOTs seraient des titres de paiement – comme une sorte de reconnaissance de dette –, pouvant aller de 1 à 500 euros, émis par le Trésor italien pour faire face aux retards de paiement de l’État à l’égard de ses fournisseurs. L’État italien pourrait aussi les émettre comme des lettres de crédit pour les contribuables qui bénéficient de remboursement. Ces titres, sans limite de temps, seraient garantis par l’État, et pourraient être acceptés comme paiement pour les impôts. Les particuliers, en revanche, ne seraient pas obligés de les accepter.

Pour les deux alliés de la coalition gouvernementale, ce système aurait le mérite de permettre à l’Italie de sortir du carcan de l’austérité imposé par l’euro, sans enfreindre les traités européens. D’après leurs premières estimations, entre 50 et 100 milliards d’euros pourraient être émis sous la forme de mini-BOTs, ce qui permettrait, selon eux, de relancer l’économie.

Quelles sont les intentions réelles de Matteo Salvini ? Prépare-t-il sans le dire une sortie de l’euro ? Ou cherche-t-il avec les mini-BOTs à se donner un moyen de pression pour mieux négocier des marges de manœuvre avec Bruxelles ? À ce stade, personne ne sait répondre. Les responsables européens regardent en tout cas son initiative comme une menace susceptible d’ébranler tout l’édifice européen.

La Ligue et M5S se défendent aujourd’hui de toute volonté de sortir de l’euro, en utilisant les mini-BOTs. Pour le responsable de M5S, Luigi Di Maio, il s’agit juste d’une idée pour payer les arriérés dus par l’État. « Si c’est une proposition pour accélérer le paiement des dettes commerciales de l’administration publique, discutons-en », dit-il. Depuis la crise, de nombreuses PME accusent l’État de les avoir mises en difficulté, faute de payer à temps ses factures.Mais pour les détracteurs de ce projet, les mini-BOTs sont bien plus qu’un moyen de sécuriser la dette existante : ils constituent une menace de monnaie parallèle. Comment empêcher en fait que ces titres ne deviennent pas des titres de paiement pour les transactions courantes entre particuliers ?

Le risque de voir les mini-BOTs se transformer en une monnaie parallèle à l’euro est d’autant plus grand que la Ligue met tout en œuvre pour créer cette confusion. En début d’année, elle a fait adopter une disposition législative pour rappeler que l’or déposé à la Banque d’Italie appartient bien à l’État. Elle aimerait aussi donner aux titres émis l’aspect de billets, en reprenant certains modèles de la lire, ce qui confirmerait son statut de monnaie.

Insensiblement, le gouvernement italien est ainsi en train de mettre en place, à travers le Trésor public, les moyens pour créer une sorte de banque centrale autonome du système de l’euro, susceptible d’émettre sa propre monnaie et de la garantir. Dès lors, la BCE, qui est garante de l’émission et du contrôle de la monnaie, perdrait tout contrôle sur une partie des émissions en euros. Au risque de saper toute la crédibilité de la monnaie européenne.

Monnaie ou dette ?

Le deuxième risque, aux yeux des responsables européens, est que le gouvernement italien utilise les mini-BOTs pour s’affranchir de toute discipline budgétaire. Ces titres, préviennent-ils, ne pourraient être assimilés qu’à des instruments de dette et donc contribuer à la dette totale de l’Italie, déjà énorme : 133 % du PIB.

Surtout, insistent-ils, si les contribuables paient leurs impôts avec des mini-BOTs, cela ne pourrait que diminuer les revenus de l’État italien en euros et poser des questions sur sa capacité à honorer le service de sa dette à l’extérieur. Ce doute, à terme, risque de porter atteinte à la signature de l’Italie et plus généralement de la zone euro, voire de relancer une crise, préviennent-ils. Sur les marchés financiers, le spread (différence) entre les taux italiens et les taux allemands, qui servent de référence sur le marché obligataire de la zone euro, est déjà de plus de 2,5 %.

La défiance des responsables européens à l’égard du gouvernement italien est totale. Et les critiques fusent. « Quand nous examinons l’économie italienne, nous voyons les dommages causés par les choix politiques récents. Le chemin pour le redressement et la croissance italienne ne passe pas par dépenser plus quand il n’y a pas les marges de manœuvre financière pour le faire »dit Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne. 

Pour la troisième fois depuis 2008, l’Italie est en récession. Faute d’activité et de rentrées suffisantes, l’État italien a le plus grand mal à tenir ses engagements budgétaires : le déficit pourrait atteindre 2,5 % au lieu des 2 % prévus, selon les calculs européens. Il y a quinze jours, la Commission européenne a engagé les premières étapes pour déclencher une nouvelle procédure pour déficit excessif contre Rome. Elle considère que le gouvernement ne prend pas les mesures suffisantes pour stabiliser sa situation économique et financière et réduire son endettement.

Le ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © ReutersLe ministre italien des finances Giovanni Tria et le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno. © Reuters

Même si le premier ministre réaffirme sa volonté de s’en tenir strictement aux cadres imposés par la Commission européenne – il a menacé de démissionner la semaine dernière s’il ne parvenait pas à un accord gouvernemental sur ce point –, la Ligue conteste de plus en plus ouvertement les règles et les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles. « Nous ne sommes pas la Grèce. Nous sommes des contributeurs nets au budget européen. Nous avons un excédent commercial, nous avons un budget primaire [avant service de la dette – ndlr] excédentaire. Nous ne demandons rien à personne. Et nous sommes en meilleure forme que la France », s’indigne Claudio Borghi, qui aimerait voir les mini-BOTs entrer en action au plus vite.

Alors que le ton est déjà monté très haut entre Rome et Bruxelles, il pourrait monter encore plus haut à partir de septembre, au moment des négociations sur le budget de 2020. La Ligue a déjà fait savoir qu’il était hors de question de respecter les règles européennes et d’appliquer des mesures d’austérité et de consolidation budgétaire alors que le pays est en pleine récession. « Je ne vais pas me suicider pour des règles imbéciles. Tant que le chômage n’est pas tombé à 5 %, nous avons le droit d’investir. Nous avons des régions où le chômage des jeunes est supérieur à 50 % », a déclaré Matteo Salvini devant un auditoire de la Ligue tout acquis à sa cause.

Le leader du parti d’extrême droite souhaite imposer dans le cadre du prochain budget une forte diminution des impôts, notamment pour les plus aisés, pour relancer l’activité. Cela pourrait peut-être à très court terme faire remonter la croissance italienne. Mais les effets de ces mesures retombent comme un soufflé, comme le prouve l’amnistie fiscale décrétée par Donald Trump. Dix-huit mois plus tard, il n’y a plus rien sauf des dettes supplémentaires. Les réductions fiscales pourraient coûter à l’Italie 1 % à 2 % d’endettement supplémentaire, selon de premières estimations.

Tout cela est impensable pour la Commission européenne. Pour elle, il faut s’en tenir aux règles, rien qu’aux règles. Mais derrière son opposition à la politique d’extrême droite de Matteo Salvini se cache aussi un déni à l’égard de l’Italie. À aucun moment, Bruxelles n’a voulu admettre les critiques et encore moins apporter le moindre remède à une construction de la zone euro mal faite qui s’est traduite par un effondrement économique de l’Italie.

Depuis son entrée dans l’euro, le pays stagne. Il n’a pas retrouvé aujourd’hui son niveau d’activité de 2007. Des régions entières dans le sud sont sinistrées. Son système bancaire est miné par les mauvaises créances et les impayés. Même s’il respecte nombre de règles européennes, comme celle portant sur le déficit budgétaire depuis 2005, il n’est pas parvenu à reconstituer les ressources suffisantes pour relancer son économie et diminuer son endettement.

Face à cette situation, l’Europe s’en est sortie jusqu’à présent en invoquant « l’irresponsabilité » italienne. Sans se poser la moindre question sur son action et ses conséquences. Car la montée en puissance de l’extrême droite et de Matteo Salvini se nourrit de ce terreau de désastre économique. De cela non plus, les responsables européens ne se sont pas excusés.

La situation est arrivée à un tel point de tension avec Rome que Bruxelles devrait cependant s’interroger sur les réponses à apporter à l’Italie. Car cette fois, l’Europe risque de ne pas pouvoir retenter un coup d’État larvé, comme elle l’a fait au sommet de Cannes de 2011 pour écarter Silvio Berlusconi du pouvoir. Cette fois, l’extrême droite italienne s’est dotée de moyens de riposte.

Car dans ce bras de fer, les mini-BOTs prennent l’allure d’une arme de dissuasion massive, tant leur charge représente un caractère détonant pour l’ensemble de la zone euro. « L’Union européenne devrait agir avec précaution […], le danger est que plus Salvini se trouve politiquement “cornérisé”, plus il risque de recourir à cet instrument. Et quand il le fera, la crise de l’Eurozone resurgira. Et cette fois, la BCE pourrait ne pas être capable de venir à la rescousse »avertit Wolfgang Münchau, éditorialiste du Financial Times.

L’enchaînement, qui pourrait conduire à une nouvelle crise, n’est pas assuré. Mais les risques sont bien là. À tout moment, l’Europe pourrait voir resurgir la crise qui n’a pas été traitée, mais seulement anesthésiée grâce à la politique monétaire de la BCE. Et cette fois, le danger est plus pressant. L’Italie n’est pas la Grèce : c’est la troisième puissance économique de l’Europe.

Martine Orange, Mediapart.

https://www.mediapart.fr/journal/economie/170619/l-italie-est-elle-en-train-de-creer-une-monnaie-parallele

Jeudi Chouard #14, jeudi 13 juin 2019, avec François Bégaudeau

Ce soir, 13 juin 2019, c’est Jeudi Chouard #14 sur Sud radio, et cette fois, j’ai le vif plaisir, l’honneur, l’émotion, de recevoir François Bégaudeau.

J’aime lire et écouter cet homme : il pense.
Librement.

Je voudrais parler avec lui de son dernier livre, « Histoire de ta bêtise », plein de pépites, de phrases qui claquent et de bons sujets de conversation politique.

Je voudrais aussi creuser quelques points importants évoqués dans son entretien chez Thinkerview, passionnant lui aussi.

ThinkerView : François Bégaudeau : Gilets Jaunes, Populisme, Bourgeois :

Sud radio, les Incorrectibles : François Bégaudeau : « le bourgeois de gauche oublie qu’il est de gauche »

J’aimerais parler avec François :
. du concept de « peuple », du « populisme »,
. de la gauche et de la droite,
. de l’intérêt général, de la volonté générale, de la loi, du législateur, du RIC,
. des communs et de leur gestion, d’Elinor Ostrom, de projets communs qui soient davantage qu’un « salmigondis unanimiste » (p. 82) 🙂
. de la nécessaire morale et des redoutables pharisiens (prêchant cruellement une morale qu’ils ne respectent pas eux-mêmes),
. des vertus de l’indignation,
. du rôle central de l’isoloir dans la liberté d’opiner (sans pression), du fait qu’une assemblée ne pense pas (Alain) et que, in fine, c’est chacun qui opine (co-décide) seul APRÈS avoir bien débattu,
. de l’impossibilité de décider sans vote,
. des « riches » et du « capital »,
. de la nécessité – ou pas – d’un État (sous contrôle populaire) pour établir un société anarchiste (authentiquement démocratique), de James C. Scott (Petit éloge de l’anarchisme),
. de la façon de penser contre soi par le jeu de bonnes institutions (une vraie mise en scène des conflits, une obligation à écouter nos pires ennemis avant de décider quoi que ce soit),
. de l’idée d’un processus constituant populaire pour protéger durablement les populations du monde contre l’arbitraire – et même contre le capitalisme…
. de Bernanos (La France contre les robots) et du Comité invisible (À nos amis)..
. du temps qui passe et de la lutte quotidienne, physique, pour arracher au capital du temps pour soi….
. de la bêtise (?) et du cynisme (indifférence à la souffrance d’autrui),
. du « complotisme » et des étiquettes (personne n’aime être étiqueté),
. d’Henri Guillemin,
. du mérite et de la responsabilité,
. de l’école,
. de la société (fiction utile ?),
. du jansénisme,
. de Foucault, de sa détestation de « toute la tradition socialiste » (1977) et de son rôle conceptuel dans le néolibéralisme, scientisme ennemi de toute forme d’autorité politique (scientisme commun à l’URSS et à l’UE), rôle souligné par Alain Supiot (Du gouvernement par les lois à la gouvernance par les nombres),
. de l’apport de Deleuze dans la pensée (mystérieux pour moi),
. de l’importance d’être reconnu par ses pairs (Cf. Thorstein Veblen et la rivalité ostentatoire) et de ne pas être reconnu par les pauvres (p. 93),
. de l’identité, que François juge être « une fable » (p. 94), de l’utilité des fables 🙂 , de Régis Debray (Éloge des frontières),
. du mot d’ordre des bourgeois : « tout sauf les classes ! » (p. 95),

Je voudrais aussi lire des passages puissants de son livre.

Rien ne me ferait plus plaisir que de passer mon procès de l’élection au feu de son esprit critique.

J’ai particulièrement hâte d’y être.

Du fond du cœur, je remercie tout ceux qui comprennent le sens de mon travail et qui m’aident, un peu partout dans le pays et sur Internet, à résister à la domination.

Étienne.

Étienne Chouard : « Je ne suis évidemment pas négationniste, ni antisémite, les chambres à gaz sont une horreur absolue qui ont tué des foules d’innocents, toutes les erreurs, toutes les manipulations et toutes les idéologies de domination devraient pouvoir être publiquement contestées en toute liberté, la Shoah est une des pires atrocités de l’histoire humaine, et tout mon travail depuis 15 ans consiste précisément à élaborer ensemble des STRUCTURES d’origine populaire qui empêchent durablement que de tels crimes puissent se reproduire. »

J’ai toujours été (et j’ai toujours dit être) sur la ligne de Noam Chomsky, que j’admire en tous points :

Je ne suis évidemment pas négationniste, ni antisémite, les chambres à gaz sont une horreur absolue qui ont tué des foules d’innocents, toutes les erreurs, toutes les manipulations et toutes les idéologies de domination devraient pouvoir être publiquement contestées en toute liberté, la Shoah est une des pires atrocités de l’histoire humaine, et tout mon travail depuis 15 ans consiste précisément à élaborer ensemble des STRUCTURES d’origine populaire qui empêchent durablement que de tels crimes puissent se reproduire.

Je précise formellement ces pensées personnelles car le microcosme politicien et journalistique est en train de faire tourner en boucle quelques mots que j’ai osé dire à Denis Robert et Mathias Enthoven il y a quelques jours sur Le Média : « je ne sais pas », en les déformant et en les montant en épingle.

Je voudrais remercier Denis Robert et Mathias Enthoven qui m’ont offert ce jour-là une possibilité de m’expliquer publiquement sur les controverses qui circulent à mon sujet, et je souligne que je prends leur invitation et cet entretien comme des actes à la fois exigeants et non malveillants.

Je trouve que la plupart des commentaires sous la vidéo, qui s’indignent des conditions de l’entretien, sont des contresens : Denis et Mathias cherchent à comprendre honnêtement qui je suis, en se parlant à cœur ouvert, sans a priori.

Je dois bien reconnaître que je suis maladroit ; mais le lynchage médiatique qui s’organise subitement autour de ces maladresses ressemble plus à un règlement de comptes pour se débarrasser facilement d’un opposant politique qu’à une véritable indignation bien fondée.

En fait, je devrais carrément refuser de m’exprimer sur ces sujets, qui servent surtout aux puissants du moment à museler leurs opposants politiques.

Je propose d’en reparler (un peu) jeudi prochain sur Sud radio, avec Didier Maïsto et Élisabeth Lévy, et peut-être aussi avec François Bégaudeau.

[Edit – Voilà l’entretien en question :
Sud Radio ! Y a du peuple, Seul contre tous ! Etienne Chouard débat avec Elisabeth Lévy – 13/06/19

]

Étienne.

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https://www.facebook.com/etienne.chouard/posts/10157210192657317


Quelques sources sur ce sujet, que je découvre et travaille, progressivement, depuis le jour de cette émission (28 mai) :

https://phdn.org/negation/index.html

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/703551/visite-camp-photoreportage

https://www.amazon.fr/voix-sous-cendre-Sonderkommandos-dAuschwitz-Birkenau/dp/2253115258

https://www.amazon.fr/Sonderkommando-Dans-lenfer-chambres-gaz/dp/2253128910

https://www.youtube.com/watch?time_continue=757&v=8XALDqt2Qeg

Rendez-vous à BAYONNE le 10 juin : perspectives pratiques ouvertes — et travaillées un peu partout en France et dans d’autres pays — par les Citoyens constituants depuis 2005, puis par les Gilets jaunes constituants depuis le mois de décembre 2018

Rendez-vous à BAYONNE le 10 juin 🙂
• Rencontre sur quelques ronds-points dans la matinée,
• Ateliers constituants (sur les médias) l’après midi,
• Conf-débat le soir, sur les perspectives pratiques ouvertes — et travaillées un peu partout en France et dans d’autres pays — par les Citoyens constituants depuis 2005, puis par les Gilets jaunes constituants depuis le mois de décembre 2018 :

Événement FB : https://www.facebook.com/events/440288913463402/

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[Entretien TED historique, à ne pas oublier et à faire connaître partout] Julian Assange : pourquoi le monde a besoin de WikiLeaks

À écouter plusieurs fois, dont une fois le crayon à la main, pour apprécier, goûter, la pensée, l’action, le courage, la voix, le regard, le sourire, et finalement l’importance de ce journaliste exemplaire.
Penser à activer les sous-titres français, puis penser à les retirer pour se concentrer sur l’image et sur le son original)

Un nouveau VOYAGE À LONDRES (pour soutenir Julian) est prévu le 12 juin :

https://yurplan.com/event/Soutien-Julian-Assange-le-12-06-2019-a-Londres/44517?fbclid=IwAR22DjEO56u1IBuvLVuU2jS-N9iLINUmYkYe-mVrgxoVs78KCu1rtfBHJEs#/

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Passionnante Monique Pinçon-Charlot sur Thinkerview : Casse sociale, le début ?

[RIC ETM EPNM] Jeudi Chouard #13, 6 juin 2019 : LÉGITIMITÉ vs LÉGALITÉ, et ÉTAT DES LIEUX sur le foisonnement d’initiatives locales, souvent Gilets jaunes, autour du RIC

Demain, 6 juin 2019, à 20 h, ce sera Jeudi Chouard #13 sur Sud radio, on va beaucoup parler du RIC (ETM en toutes matières et EPNM écrit par nous-mêmes), et ça va sans doute être passionnant.

[Edit : Voici les vidéos :

Y a du peuple, seul contre tous ! #13 (6/6/2019) Etienne Chouard avec Gil Mihaely :
1) Macron peut-il être réélu en 2022 ?
2) L’écologie est-elle compatible avec la mondialisation ? (1h) :

Jeudi Chouard #13 (6/6/2019) LÉGITIMITÉ des RIC SAUVAGES – État des lieux du foisonnement des initiatives locales « Gilets Jaunes Constituants » dans le pays (3h) :


]

Je recevrai d’abord Quentin Chardon, étudiant en 5ème année de droit que je trouve particulièrement efficace dans l’art d’expliquer (vous allez voir comme il est clair et convaincant), pour qu’il nous explique le concept essentiel de LÉGITIMITÉ, à bien distinguer, évidemment, de celui de LÉGALITÉ, et vous verrez son talent à choisir ses exemples… Je trouve ce jeune homme épatant 🙂

Et on appliquera ensuite ce concept de légitimité aux RICS SAUVAGES (qui se multiplient un peu partout), ainsi qu’à toutes les initiatives populaires qu’on détaillera pendant la soirée, mais aussi aux actions des élus, présidents et autres représentants.

Ensuite d’autres personnes vont enchaîner sur des descriptions des innombrables initiatives locales qui se multiplient autour du RIC : RIC sauvages (légitimes ou pas ?), projets de listes RIC pour les prochaines municipales un peu partout (surtout dans les toutes petites communes, plus facilement gagnables), etc.

Je recevrai donc Hakim Löwe, qui bosse depuis vingt ans sur la démocratie et sur l’intelligence collective, l’éducation populaire. Il fait beaucoup d’AG sur le RIC (on commence d’ailleurs à l’appeler « Monsieur RIC » 🙂 ). Il est bourré de talents pédagogiques et il fait souvent des ateliers, des exercices et des simulations en taille réelle… Il vient de fonder « Objectif RIC« , https://objectif-ric.org/, et il va nous en parler.

Je recevrai aussi Mike TDi, un autre personnage ravigotant, qui, lui, bosse sur le projet « Culture RIC », https://culture-ric.fr/, et vous allez voir que ça décoiffe : il s’agit de regrouper et de décrire toutes les initiatives relatives au RIC dans le pays, c’est enthousiasmant.

J’espère que Daniel Vienne, celui qui, depuis début décembre, donne vie à de nombreuses idées pour promouvoir le RIC à partir de Saint-Clair-du-Rhône, voudra bien intervenir aussi, pour donner toutes les pistes d’actions, concrètes et prometteuses, qu’il imagine (et il en imagine tous les jours de nouvelles, il pétille d’idées sans arrêt 🙂 ).

Priscillia (Ludoski) sera là, elle aussi, pour questionner la légitimité de nombreuses actions qu’elle a eu à connaître autour des gilets jaunes.

Dominique Gaigne sera là également, fidèle au poste 🙂

Et Didier (Maïsto) sera demain soir avec nous, comme ange gardien de Sud radio 🙂

On sera huit en tout. C’est beaucoup. Je pense qu’il faudra que Didier, Priscillia et moi parlions moins que d’habitude 🙂 pour laisser de la place à tous ces méconnus connaisseurs du RIC.

Tout ça, j’en suis sûr, va donner la pèche à tout le monde (et aussi plein d’idées pratiques d’organisation), par le simple fait de savoir tout ce qu’inventent et mettent en place les Gilets jaunes (sans qu’aucun média mainstream n’en parle jamais, évidemment).

J’ai très hâte d’être à demain soir 🙂

Merci à tous pour tous vos vibrants messages, vous êtes vraiment très gentils ; vous me donnez beaucoup de force en restant unis et déterminés sur l’essentiel : il ne faut pas élire l’assemblée constituante, il faut que ce soit des simples citoyens qui écrivent (et défendent ensuite) la Constitution ; il faut que le processus constituant soit populaire, strictement.

Étienne.

PS : exceptionnellement, de 19 h à 20 h, je n’aurai pas comme contradicteur Régis ou Élisabeth (qui sont retenus), mais Gil Mahaely, co-fondateur de Causeur.


Voici maintenant quelques documents pour vous donner une idée du foisonnement dont on va parler demain :

OBJECTIF RIC

https://objectif-ric.org/

(présenté par Hakim)

Depuis la fin de l’année 2018, l’introduction dans notre système constitutionnel d’une procédure de référendum d’initiative citoyenne (RIC), parfois aussi appelée référendum d’initiative populaire, est d’actualité. Déjà institutionnalisée dans bien des pays d’Europe et d’ailleurs sous diverses modalités, cette procédure a été popularisée en France à l’aune du mouvement des « gilets jaunes ». Depuis, les sondages ont montré qu’une majorité des Françaises et Français s’estime favorable à son institutionnalisation, dépassant ainsi largement le soutien au mouvement des « gilets jaunes ».

Le projet « Objectif RIC » entend organiser la co-construction citoyenne d’une proposition d’objet législatif répondant à cette attente et adaptée au système politique français. Cette élaboration se veut démocratiquement exemplaire, contradictoire et transparente.

Elle se décomposera en trois étapes :

1/ des auditions exhaustives des analyses, des propositions et des prises de positions politiques quant au RIC ;

2/ des ateliers inclusifs et normés de co-construction de propositions :

3/ une votation finale de la proposition retenue.

« Objectif RIC » rassemble désormais plusieurs centaines de volontaires et organise d’ores-et-déjà la première phase de l’élaboration d’un RIC français.

 


CULTURE-RIC

https://culture-ric.fr/

(présenté par Mike TDi)

– Raison d’être


☞ Au préalable, définissons : « consensus » et « consentement »

– La recherche, dans chaque étape, le plus de « légitimité » et de « représentativité » comme fil conducteur non négociable.

– La méthode


☞ Au préalable définissons « les grands principes » et « les modalités »

En 1) Faisons l’inventaire de ce que doit être ou permettre le RIC et ce qu ‘il ne doit pas être ou ne pas permettre, et faisons la différence entre ses grands principes et ses modalités d’application.

En 2) Déterminons le processus d’un RIC, trouvons les grandes étapes et les sous étapes successives de la naissance d’une problématique à l’application de la décision prise par RIC.

En 3) Trouvons ces fameuses modalités d’application qui devront respecter l’avis des Français 1) et 2).

À cette étape, ce « cadre » dans lequel les propositions de RIC ont intérêt à rentrer le plus possible, remplacent potentiellement le cadre de la photo de Macron dans 80 % des Mairies…

En 4) Écrivons le projet de loi constitutionnelle et organique nécessaire pour que cela respecte 1), 2) et 3)

À cette Etape, le RIC écrit par nous-mêmes remplace la photo de Macron à l’Elysée.

En 5) Trouvons la solution pour instaurer le RIC Consenti par les citoyen(ne)s dans notre constitution. Introduction au Municipalisme (Daniel) ?

En 6) Inspirons les pays voisins avec le premier RIC démocratique.

– Les outils :

• Carte des ateliers citoyens, locaux + en ligne + ceux recensent des « copains » + éventuellement ceux voulant transmettre de l’info (en ligne ou localement)

• Agenda des agendas RIC ( conférences, réunions ateliers locales ou en lignes + divers )

• La biblio-RIC , tout ce que l’on trouve et que l’on a le temps de trier et classer autour du ric

• Les réseaux sociaux, Facebook, Discord (et NEXXO)
. Facebook page Culture-RIC (actuellement 1500 abonnés)
. Discord permet les réunions en ligne et le stockage thématisé de liens d’informations (pratique et performant mais pas accessible au plus grand nombre)

• Le SITE WEB qui est comme le RIC, à l’initiative des citoyens. et actuellement en construction
. site ouvert avec 20% de taux de remplissage d’infos (appel à compétences)
. Il coûte un temps de DINGUE ! (question de savoir si on veut aller plus vite ou plus pro etc) et de toute façon va falloir aider tsha tsha parce qu’elle se met en danger dans son taf là )

– Les perspectives :

« Créer c’est résister et résister c’est créer » CNR

• Outils de versionning (plateforme classique amelioré ou spécifique)
• Outils de votation numérique et vocal
• Tout ce que l’on n’a pas encore pensé mais que l’intelligence collective nous promet

CONCLUSION


L’image de la cocotte minute, le gouvernement a posé et fermé le couvercle, ce qui mécaniquement augmente la pression qui ne se voit pas mais se ressent toujours… On va l’entendre siffler et bientôt ça sentira bon partout dans la maison .

 


ACTUALITÉ DU RIC (juin 2019)
RÉCAPITULATIF DES INITIATIVES CITOYENNES AUTOUR DU RIC (élaboré par Leo Girod)

TABLEAU « TOUT SUR LE RIC » :


https://docs.google.com/spreadsheets/d/10Qzv-gW9K-EjiSHgaEa8v-1WZMhjXWH42T8yzwb70H4/edit

Attention, il y a SIX FEUILLES (onglets en bas du tableau ci-dessu). Ce tableau est d’une richesse inouïe. Merci Léo !!!

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Premier échange de vues avec Charles Gave (29 mai 2019)

Cet échange m’a paru vraiment très court… 🙂

Hâte de recommencer, pour approfondir quelques sujets importants :

. Qui est légitime pour créer la monnaie, avec quels risques et avec quels effets ?

. À qui sert le libre-échange ?

. Quel est le bon rôle pour l’État en matière économique et financière ? Faut-il réguler les activités privées ou les déréguler ?

. Le « libéralisme » est-il bon pour tout le monde ? ou bien libéral pour quelques uns et esclavagiste pour le plus grand nombre ?

. Quand le chômage martyrise la société, faut-il mener des politiques de l’offre ou des politiques de la demande ?

. Faut-il abandonner aux experts (les prétendus « économistes ») la prise des décisions ?

Etc.

Après les élections européennes : entretien avec Coralie Delaume et Pierre Levy (Ruptures Presse)

 

Première émission du Point de Ruptures – Rôle des médias, vote écolo, souveraineté bafouée, etc. : le décryptage des européennes

https://ruptures-presse.fr/actu/video-ruptures-point-europeennes/

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Notre régime actuel et les outils démocratiques possibles : rendez-vous à BAYONNE lundi prochain, 10 juin 2019

Rendez-vous à BAYONNE lundi prochain, 10 juin 2019

• Rencontre sur quelques ronds-points dans la matinée,
• Ateliers constituants (sur les médias) l’après midi,
• Conf-débat le soir, sur la critique citoyenne du « régime » actuel et sur les perspectives démocratiques ouvertes — et travaillées un peu partout en France et dans d’autres pays — par les Citoyens constituants depuis 2005, puis par les Gilets jaunes constituants depuis décembre 2018.

Hâte de vous y retrouver.
Ces déplacements permanents sont éreintants, évidemment, mais ils sont surtout passionnants et émouvants.
Sacrée tranche de vie, je peux vous dire…

Merci à vous tous qui donnez du temps et de l’énergie pour que le mouvement continue sans trop se diviser et en restant bien concentré sur l’essentiel.

Étienne.

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Franck Lepage (mars 2019) : gilets jaunes, RIC écrit par nous-mêmes = institution subversive maximale, résistance radicale au capitalisme, lutte des classes, écologistes = opposition contrôlée, violences…

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Jeudi Chouard #12, 30 mai 2019 : FRANC CFA et GBAGBO – L’exemple africain pour comprendre quelques rouages importants de l’asservissement des peuples (et pour organiser la résistance partout sur terre) ; avec Nicolas AGBOHOU, Bernard HOUDIN et François MATTEI

Chers amis,

Comme vous le savez, je travaille depuis quinze ans principalement sur trois chantiers : la démocratie (nécessairement instituée par les peuples eux-mêmes), la monnaie (nécessairement sous contrôle citoyen) et l’Union européenne (prison marchande 2.0 dont il faudrait s’échapper au plus vite).

Ce sont les deux premiers chantiers (droit des peuples à décider d’eux-mêmes et asservissement par le contrôle de la monnaie – et par la dette) que je vous propose de travailler ce soir, avec deux grands scandales à l’étranger : le franc CFA, encore imposé par la France à 14 pays africains et le coup d’État français contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Vous allez voir que ces deux coups de force perpétrés à l’étranger, à l’aide d’une puissante corruption politicienne, poussent à réfléchir…

[Édit : voici la vidéo :

(2 juin) ÉC]

Ce soir, jeudi 30 mai 2019, à 20h, je recevrai sur Sud radio, en direct :

1) Nicolas AGBOHOU, qui a écrit « Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique » (éditions Solidarité mondiale, sept. 2012) :


https://www.sangonet.com/Promoa/CFA-EuroAfri.html

Pour Jean ZIEGLER (écrivain et Professeur à l’Université de Genève en Suisse) :

 » Nicolas AGBOHOU [docteur en économie politique] a écrit un livre de révolte, intelligent et puissant. Livre d’économiste d’abord. En homme de science, érudit et précis. L’auteur démontre le mécanisme de la répression monétaire des anciennes colonies de la France. Le maintien du Franc CFA, en d’autres termes : la camisole de force des pays africains enserrés dans la zone franc, est pour lui la première cause de la persistante misère, de l’humiliation permanente, du sous-développement devenu réalité minérale des pays d’Afrique francophone…

Nicolas AGBOHOU défend sa thèse avec un langage vif, tranché et une foule d’arguments logiques et d’énoncés pertinents. Il est le contraire de ces scientifiques désincarnés et mornes qui, usant de leur érudition, énoncent des évidences, puis éteignent la lumière et sortent du champ de bataille. AGBOHOU est Africain, passionnément. C’est un patriote continental. Un homme en révolte. Bref : un intellectuel engagé au service des luttes populaires et des lumières à venir.

AGBOHOU appelle donc à la renaissance, à la revitalisation des mémoires, à l’insurrection des consciences. Quelles humiliations ne subissent-ils pas, les Africaines et Africains de cette fin de millénaire !

Ce livre est nécessaire. Il faut le diffuser largement et le lire avec attention. « 


2) Bernard HOUDIN qui a écrit « GBAGBO, un homme, un destin » (éditions Max Milo, déc. 2018) :


https://www.maxmilo.com/produit/gbagbo-un-homme-un-destin/

En 2000, à la surprise générale, l’opposant Laurent Gbagbo gagne les élections en Côte d’Ivoire, vitrine de la « Françafrique » depuis l’époque d’Houphouët-Boigny.
Cette victoire historique et démocratique ne va pas être « acceptée » par l’ex-puissance coloniale. Au prix d’une intervention militaire, le 11 avril 2011, Nicolas Sarkozy va installer au pouvoir Alassane Ouattara et orchestrer, avec Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), le transfert de Laurent Gbagbo à La Haye.

Après sept ans de détention et trois ans de procès au cours duquel sont apparues au grand jour les manipulations et errances de la justice internationale, l’heure de la vérité a sonné. S’appuyant sur des documents confidentiels, en particulier entre les autorités françaises et la CPI, l’auteur franco-ivoirien retrace la vraie histoire de ce combat sans merci pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire.


et 3) François MATTEI, qui a écrit, avec Laurent Gbagbo lui-même, « LIBRE, pour la vérité et la justice » (éditions Max Milo, nov. 2018)


https://www.maxmilo.com/produit/libre/

Chassé du pouvoir manu militari par l’armée française le 11 avril 2011, à l’issue de l’élection présidentielle contestée de novembre 2010 en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a été accusé de crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye le 5 décembre 2011.

Ce livre, écrit à partir de 2012, grâce à de très nombreuses visites et entretiens en prison, est le seul à avoir été réalisé avec la participation du président ivoirien pendant son incarcération et son procès.

Ce témoignage unique apparaît plus que jamais comme un document pour l’histoire, parce qu’il met en lumière les manipulations du scrutin de 2010, les connivences entre la France de Nicolas Sarkozy et la CPI pour se débarrasser de Laurent Gbagbo, jusqu’aux montages et manœuvres dilatoires qui ont entaché « le Gbagbogate ».

À l’occasion de nouvelles rencontres avec François Mattei, Laurent Gbagbo revient sur ses sept années de prison, en donne le sens et dévoile sa vision de l’avenir. Celle, quoi qu’il arrive, d’un homme libre.


Pour vous préparer à cette soirée, je vous propose de voir les quelques documents suivants :

– ITV (août 2017) de Nicolas Agbohou sur Africa 24 :

– ITV (fév 2019) de Bernard Houdin sur TV5 Monde Afrique :

https://afrique.tv5monde.com/videos/magazines/et-si-vous-me-disiez-toute-la-verite/season-2018-2019/episode-21-2

– ITV (fin mai 2019) de Bernard Houdin par Michel Collon (passionnant) :

– ITV (janv 2019) de Bernard Houdin sur L’Opinion :

– ITV radio de Bernard Houdin sur Abidjan TV :

– ITV (janv 2019) de Francois Mattei sur Sputnik :

– ITV passionnante (janv 2019) de Francois Mattei par Bercoff sur Sud radio :

https://www.sudradio.fr/monde/francois-mattei-laurent-gbagbo-est-un-vrai-democrate


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DÉMOCRATIE DIRECTE OU RIC ? : rendez-vous à TOULOUSE le 9 juin au Parc des Expositions, avec Christian Laurut


https://www.facebook.com/events/897498767309181/

Ça va être une très chouette rencontre 🙂

Étienne.


⚠ INSCRIPTION nécessaire en ligne sur HelloAsso: frama.link/npUfBDFF
Le nombre de place est limité, ATTENTION ⚠

Les «VRAIS DÉBATS citoyens» des #Giletsjaunes présentent « VERS LA DÉMOCRATIE… » 📣

✅ Dimanche 9 juin de 10H à 19H.
✅ HALL 8 Parc des Expositions à #Toulouse, métro Palais de Justice
✅ Buvette et restauration sur place. Vegans bienvenus.

⏱ 10H00 : Accueil : LA DÉMOCRATIE EN QUESTION

🔸 LE RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne) par Etienne Chouard
🔸 LA DÉMOCRATIE DIRECTE par Christian Laurut
🔸 QUESTIONS DU PUBLIC AUX INTERVENANTS

⏱ 12H30 : Pause repas

⏱ 13H45 : Reprise. STRATÉGIE DE CHANGEMENT DE RÉGIME POLITIQUE & PROCESSUS CONSTITUANT,

🔸DÉBAT E. Chouard / C. Laurut / AVEC LE PUBLIC.
🔸 VOTATION SYMBOLIQUE au sujet du REFERENDUM CONSTITUTIONNEL (Approuvez-vous que les citoyens écrivent eux-même la constitution)
🔸 ATELIER CONSTITUANT

⏱ 18H30 : Conclusion et fin.

#GJ #France #YellowVests #Giletjaune #Démocratie

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Très intéressante enquête sur la prison des peuples européens : « ON A INFILTRÉ LA COMMISSION EUROPÉENNE »

 

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Jeudi Chouard #11, 23 mai 2019, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l »UPR et Joël Périchaud du Pardem

Ce Jeudi Chouard #11, avec Régis de Castelnau sur Sud Radio, je recevais Charles-Henri Gallois de l’UPR et Joël Périchaud du Pardem, pour étudier les LIENS entre la prison européenne et nos difficultés quotidiennes : on a parlé des détestables et criminelles GOPÉ, Grandes Orientations des Politiques Économiques européennes.

. Voici la première heure, intitulée « y’a du peuple. Seul contre tous » #11 le 23 mai 2019, où l’on parle de la liberté d’informer puis de la DÉSINDEXATION DES RETRAITES PAR DES DÉPUTÉS QUI SE SONT BIEN ARRANGÉS POUR NE RIEN CRAINDRE POUR LEUR PROPRE RETRAITE :

. Et les trois heures suivantes, intitulées « Jeudi Chouard, l’heure des citoyens constituants » #11, le 23 mai 2019, où l’on parle des arguments soit pour élire soit pour s’abstenir (ou boycotter), puis où l’on parle des GOPÉ.

Et où je découvre que réguler les prises de parole, c’est un métier 🙂 J’ai plusieurs fois eu l’impression de revivre l’émission « droit de réponse » d’autrefois, avec ses chahuts mais bien vivants, à l’époque où il passait parfois des choses intéressantes à la télévision.

Peut-être cette émission-ci a-t-elle été trop politicienne, pardon, et dans doute aurais-je dû inviter un militant FI et deux GJ pour expliquer leur projet de listes GJ. À y réfléchir après-coup, je m’en veux de ces oublis, pardon :

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Courte itv sur l’île de La Réunion, la semaine dernière

Courte itv sur l’île de La Réunion, la semaine dernière :

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Disqualifier pour mieux dominer : LE COMPLOT DES ANTICOMPLOTISTES

[Rappel d’un papier IMPORTANT de Frédéric Lordon,
dans Le Monde diplomatique, en octobre 2017]

Disqualifier pour mieux dominer :
LE COMPLOT(ISME) DE L’ANTICOMPLOTISME

L’image est familière : en haut, des gens responsables se soucient du rationnel, du possible, du raisonnable, tandis que ceux d’en bas, constamment ingrats, imputent à leurs dirigeants une série de malveillances. Mais l’obsession du complot ne relève-t-elle pas plutôt des strates les plus élevées de la société ? Les journalistes reprenant les idées du pouvoir privilégient eux aussi cette hantise.

Après « réforme », « moderne » et « logiciel » (« en changer »), « complotisme » est en train de devenir le nouvel indice du crétin, le marqueur qui situe immanquablement son homme. Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter.

Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications. Comme un premier mouvement de panique, « antisémitisme » a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute critique du capitalisme ou des médias (1). Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe atomique s’il s’agit simplement d’éteindre un départ de feu. C’est que par définition on ne peut pas se livrer à un usage ordinaire et à répétition de la munition maximale, sauf à lui faire perdre rapidement toute efficacité. Ses usages tendanciellement grotesques soulignant son ignominie de principe, le procédé a fatalement entraîné l’autodisqualification de la disqualification.

Supposé moins couvrir ses propres utilisateurs de honte et mieux calibré pour l’arrosage extensif, susceptible par là d’être rapatrié dans le domaine du commentaire ordinaire, le « complotisme » est ainsi devenu le nouveau lieu de la bêtise journalistique — et de ses dépendances, philosophe dérisoire ou sociologue de service. Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples.

D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées…

Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité. « Vouloir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugements faux et n’interprètent pas tout de travers, écrivait il y a déjà longtemps Spinoza, c’est le comble de la stupidité (2). »

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de comprendre le mécanisme qui fait voir des complots partout, il y a lieu symétriquement de comprendre celui qui fait voir du complotisme partout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspirationnistes ni l’intention disqualificatrice, quoique massive, ne rendent entièrement compte de l’obsession non pas pour les complots, mais pour les complotistes — un complotisme anticomplotiste, si l’on veut… Si cette nouvelle idée fixe trouve si bien à prospérer, c’est aussi parce qu’elle trouve une profonde ressource dans des formes de pensée spontanées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des dominants, dont les journalistes, qui aux étages inférieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbibés comme par un fatal dégât des eaux.

La paranoïa des puissants

C’est que, par construction, être un dominant, c’est participer à des jeux de pouvoir, être immergé dans leurs luttes, en vivre toutes les tensions, et notamment l’impérieuse obligation de la vigilance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stratégies et contre-stratégies pour conserver ou bien développer ses positions de pouvoir. En réalité, dans ses strates les plus hautes, la division fonctionnelle du travail est inévitablement doublée par une division du pouvoir… la seconde ayant pour propriété de vampiriser la première : les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir.

Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante. On rêverait de pouvoir observer les journées d’un patron de chaîne, d’un directeur de journal, d’un cadre dirigeant, d’un haut fonctionnaire, d’un magistrat ou d’un mandarin universitaire louchant vers le ministère, pour y chronométrer, par une sorte de taylorisme retourné à l’envoyeur, les parts de son temps respectivement consacrées à remplir la fonction et à maintenir la position. La pathétique vérité des organisations peut conduire jusqu’à cette extrémité, en fait fréquemment atteinte, où un dirigeant pourra préférer attenter aux intérêts généraux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une opposition interne inquiétante ou d’obtenir la faveur décisive de son suzerain — et il y a dans ces divisions duales, celle du travail et celle du pouvoir, une source trop méconnue de la dysfonctionnalité essentielle des institutions.

La logique même du pouvoir, dont la conquête et la conservation sont immédiatement affaire d’entreprise décidée, voue par construction les hommes de pouvoir à occuper alternativement les deux versants du complot : tantôt comploteurs, tantôt complotistes.

En réalité, le complot est leur élément même, soit qu’ils s’affairent à en élaborer pour parvenir, soit que, parvenus, ils commencent à en voir partout qui pourraient les faire sauter. On n’imagine pas à quel degré la forme complot imprègne la pensée des puissants, jusqu’à la saturer entièrement. Leur monde mental n’est qu’un gigantesque Kriegspiel. La carte du théâtre des opérations est en permanence sous leurs yeux, leurs antennes constamment déployées pour avoir connaissance du dernier mouvement, leur énergie mentale engloutie par la pensée du coup d’avance, leur temps colonisé par le constant travail des alliances à nouer ou à consolider. Bien davantage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habiter le monde violent des dominants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr passeport pour le complotisme. Le pire étant que, pour un homme de pouvoir, la paranoïa n’est pas une pathologie adventice : elle est un devoir bien fondé. La question constante de l’homme de pouvoir, c’est bien : « Qu’est-ce qui se trame ? »

Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a « toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège (3) » — c’est en effet très différent.

Sans doute y a-t-il une forme d’injustice à ce que, de cet effet projectif, ce soient les journalistes ou les publicistes, dominés des dominants, qui portent cependant l’essentiel du poids de ridicule. Car les dominants eux-mêmes lâchent rarement le fond de leur pensée : leur sauvagerie la rend imprésentable, et puis ce sont toujours des schèmes complotistes particuliers qu’il y aurait à y lire : « celui-ci me monte une cabale », « ceux-là m’orchestrent un coup », etc. Ironiquement, ce sont donc des agents simplement satellites des plus hauts lieux de pouvoir, donc moins directement engagés dans leurs paranoïas, qui vont se charger de faire passer les schèmes complotistes particuliers au stade de la généralité, puis de les verbaliser comme tels, mais bien sûr toujours selon le mouvement d’extériorisation qui consiste à les prêter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pensée complotiste passe ainsi de ceux qu’elle habite en première instance à ceux qui racontent leur histoire. D’abord parce que les journalistes politiques se sont définitivement abîmés dans les « coulisses », les « arcanes » et le « dessous des cartes », manière ostentatoire de faire savoir qu’« ils en sont », mais surtout perspective qui emporte nécessairement la forme complot. Ensuite parce que la fréquentation assidue de leurs « sujets » se prête idéalement à la communication et au partage des formes élémentaires de la pensée, si bien que l’inconscient complotiste est peu ou prou devenu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre directement en œuvre dans leurs propres manœuvres institutionnelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de passer dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bruno Roger-Petit, qui aurait furieusement nié toute action concertée au sein de l’univers des médias pour faire aboutir la candidature Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services officiellement récompensés. C’est donc très logiquement qu’il n’a pas cessé avant d’être nommé porte-parole de l’Élysée de dénoncer comme complotiste toute lecture de l’élection comme synarchie financière et médiatique : c’était une pure chevauchée politique.

De la croisade anticomplotiste à l’éradication de la fake news (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un « décodeur » du Monde.fr au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anticomplotistes ?

Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un « effet de milieu », plus complexe et plus diffus. Pas moins puissant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une perception simple. Un milieu sécrète ses formes de pensée. La forme de pensée médiatique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pensées individuelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de : 1) l’adhésion globale à l’ordre social du moment, 2) l’hostilité réflexe à toute critique radicale de cet ordre, 3) la réduction à une posture défensive dans un contexte de contestation croissante, la pénurie de contre-arguments sérieux ne laissant plus que la ressource de la disqualification, 4) la croisade anticomplotiste comme motif particulier de la disqualification, répandu par émulation, dans les couches basses du pouvoir médiatique, du schème éradicateur développé comme mauvaise conscience projective dans les couches hautes — un effet de « ruissellement », si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte.

En résumé, on commence par entendre pendant des années des « BHL » et des Jean-Michel Aphatie, et puis, par lente imprégnation, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique Les décodeurs du Monde.fr, d’autant plus pernicieux qu’on a affaire, comme on dit à Marseille, à « un innocent ».

Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas Les décodeurs par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes. Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

Il est vrai que, manifestation canonique de l’« innocence », les journalistes vivent dans la parfaite inconscience subjective de leur fonctionnalité objective, où leur dénégation prend tous les accents de la sincérité. Le fait est là pourtant, et le schème du retournement, qui prête au peuple des tendances paranoïaques en réalité partout présentes dans l’univers des dominants, n’en prend que plus de force.

Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : couvrir projectivement le peuple révolté de monstruosité est une opération vieille comme la presse ancillaire — qu’on se souvienne des hauts faits de la presse versaillaise pendant la Commune ou de ceux de la presse bourgeoise russe relatant la prise du Palais d’hiver. La croisade médiatique contemporaine contre la fake news aura du mal à recouvrir que la presse elle-même est le lieu le plus autorisé de mise en circulation de fake news (4) — ceci expliquant cela ? Au milieu d’un océan : Le Monde rapporte sans un battement de cil ni le moindre commentaire le propos, cet été, d’un « responsable macroniste » inquiet : « Les Français ont l’impression qu’on fait une politique de droite (5). » Quelques jours auparavant, le Financial Times rencontrait le premier ministre Édouard Philippe (6) : « Lorsqu’on [lui] suggère que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : “Vous vous attendiez à quoi ?” »

Frédéric Lordon

Économiste et philosophe. Dernier ouvrage paru : Les Affects de la politique, Seuil, Paris, 2016.

Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Le complot des anticomplotistes »

(1) Cf. typiquement Nicolas Weill, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde, 2 avril 2004.

(2) Lire « Conspirationnisme, la paille et la poutre », La pompe à phynance, 24 août 2012, et le dossier « Vous avez dit « complot » ? », Le Monde diplomatique, juin 2015.

(3) « Affaire DSK : Cambadélis ne croit pas à “la théorie du complot” », n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.

(4) Lire Pierre Rimbert, « Les chauffards du bobard », Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, « Le voyage en Grèce de Macron raconté par Le Monde ? Tout est faux ! », blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017.

(5) Solenn de Royer, « Après un mois de juillet difficile, Macron veut reprendre la main », Le Monde, 28 juillet 2017.

(6) « French centre-right premier says he is at ease with Macron agenda », Financial Times, Londres, 11 juillet 2017.

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/LORDON/57960

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Rendez-vous dimanche 19 mai 2019 à Saint-Clair-du-Rhône (Isère) pour la rencontre FAITES DES RIC, avec Maxime Nicolle (Fly Rider)


https://www.facebook.com/1890557154349362/videos/2692116347526768/

L’événement fb : https://www.facebook.com/events/363560327699691/

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Rdz-vs samedi 18 mai à Saint-Hilaire-du-Touvet pour faire décoller le RIC, avec Fly Rider MaximeNicolle

🎪 Samedi 18 mai 🎪
LA CIBLE, C’EST LE RIC

Bien connu, le petit village de St HILAIRE du Touvet dans les Alpes, est la Mecque du VOL LIBRE…

💠 Après midi :
Plein air…et bain de SOLEIL…🐥
Apportez votre pique nique !
Pour partager le RIC !

VOUS CROISEREZ peut-être :
🐥Etienne Chouard, Fly rider Maxime Nicolle…
🐥Les gentils parapentistes,
🐥De grands photographes…

💠 Soirée Conférence : « les ailes du RIC »
LE LIEU : sera communiqué 48 h à l’avance, en fonction de la météo !

CONTACT PRESSE :
ALEXANDRE PY BLOUCH
gsm 0033-(0)6-21-46-22-77
Email : indianagrenoble@gmail.com

Il est prévu de la pluie plusieurs fois dans la journée, on n’est donc pas sûrs de voler, mais le vrai soleil est dans nos têtes, on fera la fête 🙂

Au plaisir de vous rencontrer 🙂

Étienne.

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Ce 16 mai 2019, Jeudi Chouard #10, on reçoit trois Algériens passionnants : Amazigh Kateb, Hicham Ruibah, et Rachid Bendjeguelal, pour évoquer les exemples démocratiques qui leur sont chers, algériens, berbères…

Je rentre de La Réunion après trois jours de ronds-points gilets jaunes et de conférences émouvantes et stimulantes.

Ce 16 mai 2019, pour Jeudi Chouard #10 sur Sud Radio, on reçoit trois Algériens passionnants, dont un chanteur populaire en Algérie et citoyen constituant : Amazigh Kateb, un universitaire doctorant épatant : Hicham Ruibah, et un citoyen historien-commerçant captivant : Rachid Bendjeguelal.

Dans l’esprit de recherche démocratique de cette émission, je voudrais qu’ils nous décrivent d’abord le présent, les énormes manifestations actuelles en Algérie (leurs causes, leurs modalités, leurs conséquences, et bien sûr les rapports des opposants politiques avec la police), et puis ensuite qu’ils nous expliquent un peu le passé, les nombreuses institutions démocratiques traditionnelles chez les Berbères.

Pour bâtir notre propre démocratie, je suis sûr qu’on a plein de leçons à tirer des expériences berbères.

On parlera aussi de la constitution algérienne, et on fera peut-être, j’espère, un atelier constituant 🙂

Le cahier d’exercices constituants spécial Algérie est presque prêt 🙂

Je pense qu’on va apprendre plein de choses importantes 🙂

Étienne.

Ps : Élisabeth et moi sommes tombés d’accord pour évoquer ce soir deux sujets d’actualité qui pourront nous être utiles pour illustrer cette émission :

. bilan politique provisoire du mouvement des gilets jaunes

. et commentaire du prétendu « référendum d’initiative partagée » sur la vente d’Aéroport de Paris.

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[Edit : les 2 vidéos de cette soirée :

Y’a du peuple ! Seul contre tous #10 avec Élisabeth Lévy, 16 mai 2019 : bilan GJ & RIP ADP :

Jeudi Chouard, c’est l’heure des Citoyens constituants #10, 16 mai 2019, avec Amazigh Kateb, Hicham Ruibah et Rachid Bendjeguelal, pour parler des mvts sociaux en Algérie :

Merci à tous ceux qui ont rendu ça possible.

Étienne.]

Rendez-vous sur la belle île lointaine de La Réunion les 12, 13 et 14 mai 2019

J’ai bien de la chance…

Samedi soir, je pars retrouver les gilets jaunes (actuels et futurs) de La Réunion 🙂

On se retrouve le 12 mai à Saint-Benoît, le 13 mai à Saint-Leu et le 14 mai à Saint-Pierre. Peut-être pourrai-je aussi voler un peu, comme la dernière fois 🙂

Merci à tous pour cette pluie quotidienne de messages affectueux qui me donnent bien de la force ; on grandit ensemble.

Étienne.

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Jeudi Chouard #9 (9 mai 2019, avec Régis de Castelnau) sera consacré à l’idée d’une constitution provisoire de transition, avec Yves Chouard, Emmanuel Valette (Wikicrate) et Sophie Norton

Chers amis,

Demain soir, pour ce Jeudi Chouard #9 sur Sud Radio, avec Régis de Castelnau, nous écouterons trois personnes qui ont beaucoup travaillé à l’idée d’une constitution provisoire de transition : Yves Chouard (qui n’est pas de ma famille, et qui défend le projet nommé « le phoenix français »), Emmanuel Valette (parfois appelé Wikicrate sur Facebook), et Sophie Norton (qui viendra spécialement de Nancy pour nous présenter sa proposition).

• La proposition d’Yves est consultable ici : http://lephoenixfrancais.e-monsite.com/medias/files/livret-constitution-transitoire-1-.pdf

• La proposition d’Emmanuel est consultable ici : http://wikicratie.fr/documents/CPT.pdf

• La proposition de Nancy est consultable ici : http://constitu-citoyens.monsite-orange.fr/

Vous devriez IMPRIMER les trois propositions, pour les avoir sous les yeux pendant l’émission, et pour y noter vos propres idées 🙂

Nous leur demanderons :
. pourquoi un tel projet est important,
. ce qu’il faut absolument prévoir dans un tel texte,
. les qualités qu’ils trouvent à leur propre proposition,
. et (avec bienveillance) les reproches qu’ils pourraient faire aux autres propositions, sachant qu’au final ce serait bien de tous tomber d’accord sur un seul texte qui fasse l’unanimité au sein du peuple.

Probablement allons-nous mener devant vous (et j’espère avec vous) des ateliers constituants 🙂

Hâte d’y être.

Étienne.

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Apprenons à écrire nous-mêmes notre contrat social, notre constitution, en peuple digne de ce nom.

Jean Bricmont analyse ici l’UE et les élections européennes, en s’appuyant sur les livres de Coralie Delaume, David Cayla et Olivier Delorme

Jean Bricmont étudie le projet profondément antidémocratique et antisocial appelé « Union Européenne » :

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Rendez-vous à Paris le 10 mai pour un débat et des ateliers constituants sur le thème « mise en scène des conflits par l’intelligence collective »

Encore une rencontre épatante programmée la semaine prochaine, le lendemain de Jeudi Chouard 🙂

Période palpitante, enthousiasmante…

Merci à tous les neurones du cerveau collectif constituant qui grandit à toute vitesse.

La Justice se relève et va faire face à l’adversité.

Étienne.

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